Affaire de la Première Dame : les cachets, le blues et La Lanterne

Bonjour. Nous avons vu il y a quelques jours  le blues (mémoire-blog). Ou plus précisément le gros coup de blues.  Mais le post-blues ?  Les symptômes, les diagnostics différentiels, la thérapeutique et les pronostics ? On plaisante bien évidemment. Mais bien tristement. Comment traiter autrement cette mise en scène publique d’une affaire dont les principaux intéressés (et leurs proches) ne cessent d’affirmer (dans les médias) qu’elle est privée ? On peut accuser la presse bien sûr, comme on peut accuser un auteur de feuilleton de tenir ses lecteurs en haleine. Comme on peut accuser le système du page-turner et le concept de storytelling. Et s’en repaître.

Coquillettes et jambon sans télévision

Quelles sont les nouvelles du strict point de vue médical ? Valérie Trierweiler a quitté samedi 18 janvier l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Elle vient de tweeter :

« Merci du fond du cœur à tous ceux qui ont envoyé des messages de soutien et de rétablissement via twitter, SMS ou courriels. Très touchée. »

Elle y aura séjourné pendant près de huit jours. « Plus d’une semaine cloîtrée dans une chambre de la Salpêtrière, cernée de vigiles et d’infirmières, avec son iPhone pour seule compagnie ! Très abattue, la tension en berne, elle s’est nourrie de jambon-coquillettes de l’hôpital, ce qui la changeait des petits plats délicats de l’Elysée. Elle n’a vu presque personne, à part ses fils, dont le plus jeune tous les jours, sa mère et son frère de temps en temps » nous apprend Paris Match qui semble s’être procuré le plat unique proposé durant la semaine à l’AP-HP.

S’évanouir sous les flashes

Paris-Match qui affirme qu’il n’y a pas d’écran-plat à La Pitié : « Mardi, c’est de son lit qu’elle a regardé la conférence de presse du Président de la République sur le mini-écran de son iPhone, car elle n’a ni télé, ni iPad. C’est peu de dire qu’elle est déçue par la façon expéditive qu’il a eu d’éluder le problème. Elle avait songé un moment à assister à cette conférence. Les médecins l’en ont dissuadée. Trop affaiblie. Pas besoin de s’évanouir au milieu des flashes et des micros. » Sans doute les médecins de la Pitié ont-ils eu raison.

« Jeudi, Valérie Trierweiler déclarait à son fils qu’elle voulait coûte que coûte quitter l’hôpital pour aller se ressourcer à la Lanterne, croit savoir l’hebdomadaire qui connaît le poids des mots et qui a dû tenter beaucoup pour prendre quelques photos. Elle allait mieux. Mais curieusement, vendredi en fin de matinée, son fils n’était plus le bienvenu à son chevet. Aux abonnés absents, elle semblait s’être endormie très profondément. Son fils explose, s’inquiète auprès du médecin. On lui répond que sa mère a besoin de repos. »

Mises en abyme médiatiques

Question à la nouvelle direction générale de l’AP-HP : peut-on écouter aux portes des chambres de La Pitié ? « La veille au soir, jeudi vers 21 h 15, celui qui demeure encore son compagnon officiel lui rend visite pendant une demi-heure. Ils ne se sont pas sautés dans les bras, on n’en est plus là. Il lui aurait dit avoir « besoin de temps ». C’est là qu’ils auraient convenu d’un séjour pour elle à La Lanterne « en attendant ». En attendant quoi ? C’est tout le problème. »

Rappelons que nous sommes ici dans une mise en abyme sans issue. Avant d’être Première Dame Valérie Trierweiler  était journaliste à Paris Match. Elle l’est restée après, prenant tous les risques inhérents à la confraternité (1), cette haine vigilante.

Bodygyards

Paris Match, parlant aujourd’hui de la Première Dame : « après dix-neuf mois à se couler dans la fonction non-définie de Première Dame sous les yeux des Français et sous la loupe de la presse mondiale, après moult apparitions publiques, après les chauffeurs, assistantes, bodyguards, robes de couturiers, il doit être difficile de redescendre dans le quotidien. Redevenir anonyme ? Impossible ! Valérie n’a jamais voulu lâcher son job d’origine : ses articles pour Paris Match. Un ancrage. Une sorte d’assurance ? L’appartement de la rue Cauchy dans le 15ème où le couple habitait avant l’élection est au nom de François Hollande. Sera-t-il encore son domicile à elle ? On imagine l’inquiétude. » Comment ne pas l’imaginer ?

Abyme médiatique, toujours : « Il lui faudra du temps, des années, pour encaisser le choc le plus violent de sa vie : la tromperie de celui qui fut son compagnon depuis huit ans. Le pire : lire dans la presse que l’histoire avec Julie Gayet aurait commencé avant l’élection… Valérie oscille entre l’abattement et la rage. »

Des « cachets » mais pas de TS

Abymes encore : « Dès la publication des photos de «Closer», après une conversation musclée – les aveux – avec François Hollande, elle aurait pris quelques somnifères, histoire de trouver un peu de répit dans un sommeil qui n’arrivait pas ; elle a peut-être avalé un comprimé de trop. Mais ça n’est pas cette mère de trois garçons, bosseuse, très ancrée dans le réel qui va faire une tentative de suicide. Le lendemain, elle se réveille à l’Elysée, nauséeuse, mal en point, on le serait à moins. « Les services » de l’Elysée lui conseillent de se faire hospitaliser, afin de prendre du champ. »

Paris-Match assure que la Présidence aurait souhaité ne pas ébruiter son hospitalisation. Mais c’est par le cabinet de Valérie Trierweiler que l’information a fuité. Et c’est alors que l’on a appris que le Palais de l’Elysée (où se trouve ce cabinet) confirmait le diagnostic de « gros coup de blues ».

« Centre Emotion »

On complètera le dossier avec Le Journal du Dimanche, titre appartenant au même groupe que Paris Match. Laurent Valdiguié et Marie-Christine Tabet y étoffent le chapitre, essentiel ici, des antécédents. Sur les circonstances on découvre que l’hospitalisation aurait été justifiée par la prise de « quelques cachets mais sans qu’il y ait tentative de suicide ». « Une installation à La Lanterne (ancien pavillon de chasse devenu propriété de la République) aurait été envisagée (avec assistance médicalisée). « Mais il a finalement été décidé de l’hospitaliser à La Pitié-Salpêtrière, l’hôpital du conseiller santé du président Olivier Lyon-Caen, dans le service du Pr Roland Jouvent, un spécialiste de la dépression. » Professeur de psychiatrie, auteur d’un ouvrage chez Odile Jacob (« Le  cerveau magicien ») le Dr Roland Jouvent est, au Cnrs, le directeur du « Centre Emotion » .

Paris Match dit qu’à l’Elysée, « on est déjà tenté de tourner la page… » Page-turner.  A demain.

(1) Il s’agit d’un ouvrage mal compris au moment de sa sortie, durant l’été 2012. Un ouvrage qui ne tardera plus à être redécouvert. Signé du journaliste (ancien du Monde)  Laurent Greilsamer il est intitulé « La Favorite » et il est édité chez Fayard. Voici la recension qu’en faisait Didier Pourquery dans les colonnes du Monde datée du 27 août 2012 :

« Portrait au vitriol d’une hyper Première Dame

Faut-il qu’elle ait énervé Laurent Greilsamer, pour qu’il lui consacre un tel essai ! Ceux qui connaissent un peu le biographe d’Hubert Beuve-Méry, René Char et Nicolas de Staël, ex-directeur adjoint du Monde cravaté de demi-teinte, ne s’attendaient certes pas à une charge pareille. (…) cette Favorite  est une chronique au vitriol des cent jours de Valérie Trierweiler comme première dame ; un pamphlet, et de la plus belle eau ; une « adresse à », écrite à la deuxième personne du singulier.

L’auteur écrit à une consœur revendiquée (« première journaliste de France. No comment », écrit-il) avec le tutoiement de rigueur entre confrères. Sauf qu’il s’agit là d’une journaliste un peu particulière, autoproclamée chroniqueuse à Paris Match… « Cela s’appelle une sinécure et c’est toi qui l’as imposée », glisse Greilsamer.

Tout le livre est sur ce ton qui brosse le portrait d’une angoissée, aveuglée par son ambition, sa jalousie, ses réflexes, sa volonté de contrôle. « As-tu conscience de jouer à la Pompadour, roturière des Lumières ? Eclairée et détestée ? », lui demande l’auteur. Si cet ouvrage s’intitule La Favorite, c’est qu’il situe ces cent jours-là dans l’Histoire, notamment autour de l’affaire du tweet du 12 juin : « Tu devrais relire Michelet, suggère le pamphlétaire, son récit de la guerre que livra la duchesse d’Etampes, favorite de François Ier, à Diane de Poitiers, favorite d’Henri II. Médite cette histoire (…). Veux-tu vraiment harceler Ségolène jusqu’à ce que mort s’ensuive ? »

Portrait d’une amoureuse intranquille aux côtés de « son homme », le soir du 6 mai, « la télé-réalité, c’est vous », note le confrère qui prend parfois des accents empathiques : « Pourquoi ne parviens-tu pas à être apaisée ? Pourquoi cette douleur, cette angoisse qui n’est jamais loin, tapie, là, juste derrière ? »

Laurent Greilsamer, dans ses imprécations et ses faux conseils souvent drôles (« Tu répéteras cent fois : moi première dame de France, je ne perdrai pas mes nerfs »), montre comment peu à peu son personnage perd pied et ne s’appartient plus. Personnage de roman, Valérie Trierweiler l’est, à n’en pas douter.

Et c’est une vertu de ce livre de faire prendre conscience qu’après le quinquennat Sarkozy où le président était éminemment romanesque (souvenons-nous du livre de Yasmina Reza et du film La Conquête), François Hollande, lui, est d’une autre étoffe. Laurent Binet semble en avoir fait l’amère expérience (il a écrit Rien ne se passe comme prévu, le récit de la campagne du candidat Hollande).

Sa compagne en revanche est une vraie héroïne de fiction, pétrie de contradictions, de doutes et d’angoisses, poussée à l’action par ses affects, ses coups de tête et de colère. Poussée en avant aussi par le souvenir de ses origines qui l’inclineraient à chercher une revanche.

L’affaire du tweet qui la symbolise sera-t-elle bientôt oubliée ? Pas sûr, estime Laurent Greilsamer : « Chère Valérie, as-tu finalement compris que ces 135 signes ont d’emblée conféré une couleur équivoque au nouveau quinquennat ? (…) Seras-tu l’aimant qui attire l’impopularité autour du président ? »

En tout cas, cette « hyper-première dame » et sa communication estivale, après un bref passage par la case « fantôme », est restée un sujet de conversation pour les Français pendant leurs vacances ; la rentrée pour elle sera particulièrement délicate à négocier. Dans quel registre jouera-t-elle ? Ce livre féroce nous donne quelques pistes pour en juger.

La Favorite, Laurent Greilsamer, Fayard, 112 p., 8 €.