Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

Bonjour

Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

A demain

Scandale littéraire : Louis-Ferdinand Céline a été censuré par « La Presse Médicale »

Bonjour

C’est un beau scoop suisse : Dans La Tribune de Genève Antoine  Grosjean révèle  qu’un citoyen de Genève a découvert un inédit du Dr Destouches. Extraits :

« Ce ne sont que quelques feuillets, mais pour les inconditionnels de Céline, la découverte d’un texte inédit de leur auteur fétiche est toujours excitante. Ces pages signées par l’auteur du Voyage au bout de la nuit ont été trouvées à Genève, un peu par hasard, dans les archives de la Société des Nations (SDN), l’ancêtre de l’ONU. On doit cette trouvaille à Alexandre Junod, juriste et écrivain genevois de 35 ans. Elle a été publiée en octobre, sous le titre On a les maîtres qu’on mérite, dans le mensuel belge consacré à Céline, Le Bulletin célinien. (N° 367)»

Hommage à Semmelweis 

L’inédit retrouvé est le début d’un article écrit en 1924 pour la revue La Presse Médicale et intitulé « La Vie, Pasteur, Semmelweis et la Mort ». Il est signé Louis Destouches. Agé de trente ans, jeune  diplômé de médecine, le futur Céline travaille alors depuis peu à la section d’hygiène de la SDN, à Genève, où il vivra jusqu’en 1927. Son texte est un hommage à Louis Pasteur et à Ignace Semmelweis, un médecin hygiéniste hongrois du XIXe siècle. Semmelweis auquel Destouches vient de consacrer sa formidable  thèse de doctorat en médecine  (disponible avec une préface de Sollers chez Gallimard).

« La Presse Médicale publie cet article en juin 1924, mais en le tronquant du premier tiers, jugé trop philosophique et pas assez médical, écrit La Tribune.  Ce sont justement ces quelques pages mises de côté, et restées inconnues depuis, qui font aujourd’hui le bonheur des céliniens. Huit ans avant le Voyage, on y découvre déjà les thèmes de l’œuvre future: l’absurdité de l’existence, la désillusion, l’horreur de la guerre, la défiance aux hommes de pouvoir (..). Le ton est donné, même si le style rabelaisien qui fera le succès de Céline, sa «petite musique» comme il se plaisait à le dire, n’est pas encore à son sommet. »

Papier carbone

«La découverte d’Alexandre Junod est importante car les textes inédits de Céline sont rarissimes, à l’exception de sa correspondance», explique Marc Laudelout, éditeur du Bulletin célinien et grand spécialiste de l’écrivain.

Les circonstances de la découverte ? Alors qu’il mène un projet de recherche sur Céline, Alexandre Junod fouille dans un vieux carton d’archives de la SDN. De la paperasserie administrative, des coupures de presse, un rapport d’une mission aux Etats-Unis – laquelle inspirera certains des plus beaux passages du Voyage – mais jusque-là, rien de très nouveau. Soudain, il tombe sur une quinzaine de pages tapées sur papier carbone qui attirent son attention. «J’avais déjà épluché le dossier de Céline il y a cinq ans et ce tapuscrit ne s’y trouvait pas, raconte-t-il. D’ailleurs, son principal biographe, qui est également passé par les archives de la SDN, ne le mentionne jamais. Apparemment, ce document a été déclassé entre mon premier passage en 2009 et la reprise de mes recherches en 2013. On peut y lire des corrections de la main de Céline, dont l’écriture manuscrite est très reconnaissable.»

Trop philosophique

Pendant quelques mois, le Genevois garde sa découverte pour lui, pensant la réserver pour son projet personnel. «Puis, je me suis dit que ça devait être rendu public.» Il montre le texte à Marc Laudelout, qui consulte à son tour un autre célinien réputé, Eric Mazet. «Ils m’ont confirmé que c’était un inédit. J’étais très ému, mais j’ai surtout eu de la chance.»

Dans Libération de demain 5 décembre Edouard Launet  revient sur ce sujet. Il précise que si La Presse médicale  a publié l’article en juin 1924 amputé du premier tiers du texte, c’est qu’il avait été « jugé trop philosophique ». Trop philosophique ? La Presse médicale s’expliquera-t-elle, quatre-vingt dix ans plus tard ?On l’espère.

Céline et l’alcool

« Les textes inédits de Céline sont devenus rarissimes hors correspondances, ajoute Edourad Launet.  En mai 2012, Artcurial avait mis aux enchères un manuscrit autographe de quatre pages daté de 1937 et titré «la Vigne au vin», destiné, selon l’auteur du catalogue de la vente, à aider Gen Paul qui s’était engagé à peindre une grande fresque de 100 personnages destinée au Palais des vins de France à l’exposition universelle de 1937. Cette apologie par Céline du vin et de l’esprit bachique était singulière, notait le Bulletin célinien, dans la mesure où l’ancien médecin hygiéniste s’était toujours revendiqué buveur d’eau et dénonçait l’alcoolisme. »

Ce dernier point est rigoureusement exact. La preuve : «Rien n’est gratuit en ce bas monde. Tout s’expie, le bien comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c’est beaucoup plus cher forcément.»

A demain