Sportifs et publicités alcooliques : onze experts accusent Emmanuel Macron et Agnès Buzyn

Bonjour

Poisson-pilote ? Elle s’appelle Perrine Goulet. Députée (La République en marche, Nièvre) elle avait travaillé chez EDF Gaz de France Distribution comme conseillère clientèle à Nevers avant d’intégrer, il y a dix ans, le Centre nucléaire de Belleville comme responsable système d’information.

Le 26 mars 2018, Greenpeace portait plainte contre elle pour incitation au meurtre, à la suite d’une déclaration à l’Assemblée nationale datant du 22 mars concernant les militants pénétrant dans des complexes nucléaires : « Pourquoi nous ne ferions pas un peu comme aux États-Unis, (…) avec possibilité de ne pas se poser de questions et, quand il y a une intrusion, de tirer ? ». La députée s’était défendue dès le lendemain. Hors ed question de vouloir tuer des militants de Greenpeace elle voulait signifier « tirer dans les jambes ».

Peu de temps après Edouard Philippe, Premier ministre lui demandait un rapport sur le « financement du sport ». Travail achevé. Le Journal du Centre :

« Vendredi 30 novembre, à l’Assemblée nationale, la députée LREM Perrine Goulet, dans un rapport sur le financement des politiques sportives en France, a proposé des pistes pour financer le sport.

L’élue nivernaise, dans ses propos, semble douter de «  »l’efficacité » pour la santé publique de la loi Évin, qui restreint la promotion de l’alcool et du tabac depuis 1991. Elle déplore plusieurs incohérences, comme l’apparition des publicités prohibées sur des chaînes françaises à l’occasion de compétitions à l’étranger », rapporte une dépêche de l’AFP. Elle est favorable au « retour du sponsoring d’équipes françaises pour les viticulteurs et les brasseurs ».

« Ça ne sert à rien d’interdire l’alcool dans les stades si les gens s’enivrent massivement avant d’aller au match, ce qui pose des problèmes de sécurité », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Elle propose, également, la suppression du certificat de non contre-indication à la pratique sportive. »

Lundi 3 décembre, méchant retour de volée d’une équipe de onze experts historiques de santé publique 1. Réintroduire sans limites la vente d’alcool dans les stades sous prétexte de soutien aux petits clubs sportifs ? « C’est oublier, disent-ils, les trente-neuf morts du Stade du Heysel à Bruxelles le 29 mai 1985. L’alcool avait coulé à flots avant que ne s’accumulent les morts. »

« Explication éculée »

Pour ces experts l’ explication éculée de Mme Goulet ne doit tromper personne. La même proposition a déjà été faite par un de ses collègues LREM, Alain Touret, pour soutenir les clubs de foot de la ligue 1 en commençant par un match du PSG, « petit club s’il en est ». Et de filer une métaphore aquatique :

« Ne soyons pas dupes. Il est évident que le lobby alcoolier harcèle la représentation nationale pour autoriser de nouvelles occasions de boire, avant et pendant les matchs. La députée LREM n’est que le poisson pilote des requins de l’alcool dont le but réel est d’en finir une fois pour toutes avec la Loi Evin et la loi Alliot-Marie de 1993 (interdiction de l’alcool, des chants racistes ou injurieux, des fumigènes), ce qui en langage hypnotique, macronien et alcoolier se dit « assouplir la loi ». »

Et ces experts de s’attaquer directement au chef de l’Etat et à la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Désigné comme l’Homme de l’année par la Revue du Vin de France pour l’ensemble de son œuvre en faveur de l’alcool, le président Macron considère que l’information sanitaire est « anxiogène », voire « mortifère ». Méprisant les recommandations de l’OMS qui demandent d’élaborer les politiques de santé sans interférence des lobbies, il a installé le lobby alcoolier à l’Elysée même, en la personne de sa conseillère Agriculture, Audrey Bourolleau, ancienne Déléguée générale de Vin et Société. Le lobby alcoolier, ivre de ses succès, prétend même devenir un acteur crédible de la prévention. Autant confier aux renards la garde des poulaillers.

« Le gouvernement, par la voix d’Agnès Buzyn, s’est incliné récemment au Parlement face à la stratégie agressive des alcooliers pour faire boire les jeunes à coups de prémix à base de vin après les avoir appâtés avec des bonbons au mojito. La majorité à l’Assemblée nationale envisage maintenant d’ouvrir en grand les vannes de l’alcool dans le sport, avec en perspective les profits de la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et des Jeux Olympiques de 2024. »

Et de rappeler que le grand « Plan national (2018-2022) de mobilisation contre les addictions » est toujours dans les limbes de la République.  Un invraisemblable retard qui, selon eux, s’explique : le pouvoir exécutif est en écrit actuellement une nouvelle version sous la dictée des lobbies.

A demain

1 Bernard Basset, vice-président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie de médecine ; Claude Got, Professeur honoraire, université René Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, université de Lorraine, président du Collège universitaire national des enseignants d’Addictologie (CUNEA) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie ; Nicolas Simon, professeur de médecine à Marseille, président de l’ANPAA

 

 

Alcool et santé publique : Emmanuel Macron a sacrifié au rite bachique et républicain

 

Bonjour

L’homme n’est pas sans cohérence. Après avoir confié que, pour lui, « la politique, c’est mystique » voici qu’il sacrifie au vieux rite bachique sous de nouveaux habits. Emmanuel Macron le fait entre condisciples dans la revue Terre de Vins : « Macron : ses confidences à ‘’Terre de Vins’’ – Vidéos ». On le présente ainsi :

« Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, créateur du mouvement « En Marche ! » et ex-ministre de l’Économie, est aussi un amateur de vin. Ce météore politique de 39 ans, qui pourrait bien créer la surprise en avril-mai dans les urnes, s’est plié à l’exercice de l’interview et… de la dégustation lors d’un récent passage à Bordeaux. »

Equilibrisme

Bordeaux, capitale mondiale de la planète viticole mais aussi forteresse électorale de celui qui, dit-on, sera peut-être son dernier adversaire au sacre suprême. La revue spécialisée rappelle que, lorsqu’il s’agit de défendre le vin, les hommes politiques français prennent toujours d’immense précautions. Chacun sait que cette activité représente un pan majeur de la culture et de l’histoire française, de sa gastronomie et de son économie. Pour autant (et quand bien même l’alcoolisme ne s’aurait s’y réduire) le poids de l’addiction à l’alcool fait que la prise de parole autour du vin relève toujours d’une épreuve d’équilibriste. Or, surprise, Emmanuel Macron ne semble pas s’en soucier. Est-ce un subtil calcul ou l’un des effets de son atypique jeunesse ?

 « Le candidat à l’élection présidentielle aime le vin, et il ne s’en cache pas. Et il est prêt à le défendre. Les vignerons le savent, malgré l’opposition ferme de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, la loi Macron leur a apporté une avancée importante : l’assouplissement de la loi Evin. Une mesure essentielle pour faciliter la communication autour de l’œnotourisme. »

 Lafite-Rothschild tous les midis

Entre Pomerol et Médoc Emmanuel Macron s’est confié à Rodolphe Wartel, directeur de Terre de Vins, et Jefferson Desport, journaliste politique à Sud-Ouest. Extraits de la confession :

« J’ai été élevé par mes grands-parents qui avaient cette formule : ‘Le vin rouge est un antioxydant’. Il n’y avait pas de caractère culpabilisant ». Bien que natif d’Amiens, une région pas vraiment connue pour ses vignes, il a grandi dans une famille où l’on trouvé « un certain nombre de bouteilles à la cave » et a pu, par la suite, parfaire ses connaissances, notamment lors de son passage à la Banque Rothschild : « j’ai eu l’occasion de former mon palais, même si je ne buvais pas du Lafite tous les midis, malheureusement ! »

« Au fil de l’entretien, l’ex-ministre de l’Économie aborde notamment la question sensible des pesticides, affirmant que « la réponse aux pesticides ne passe pas uniquement par le bio mais aussi par l’innovation […] Il ne faut pas opposer les techniques conventionnelles au bio ». Pour lui, le vin est « un formidable atout pour le rayonnement de la France ». Et d’ajouter : « la France déçoit quand elle ne met pas les petits plats dans les grands. J’y tenais beaucoup quand j’étais à Bercy. Quand je recevais nos hôtes étrangers, ils s’attendaient à boire du bon vin, un bon champagne, un digestif. Le vin est un ambassadeur. » Confiant dans le potentiel encore grand de cette filière, il conclut en rappelant que « l’économie est une science morale, c’est de la psychologie. Elle comporte une dimension irrationnelle […] Avec le vin, il y a ce petit trésor poétique […] C’est une culture à la française qu’on ne nous prendra pas ».

68 millions d’euros l’hectare

On verra ici la suite de ses confidences : « Macron : ses confidences à ‘’Terre de Vins’’ – Vidéos  ». Un jour prochain sa marche le conduira sur la Côte de Nuits ou celle de Beaune. Emmanuel Macron sait ce qu’il en est de l’histoire de la Lotharingie, de la Bourgogne et, depuis un millénaire, des liens entre ses grands vins et la chrétienté catholique. Mais il lui faudra faire avec la brûlante actualité financière. On lui expliquera que deux ouvrées (5,26 ares) de Musigny viennent d’être achetées sur la base de soixante-huit millions d’euros l’hectare (bien lire 68 millions). Transaction faite au bénéfice d’une grosse maison de la place pour le compte, raconte-t-on, d’un magnat chinois.

L’épidémie gagne. Stanley Kroenke, principal actionnaire du club de foot d’Arsenal vient de racheter le domaine Bonneau du Martray, sur la prestigieuse colline de Corton. Onze hectares de grand cru pour une somme fantasmatique. Le mythique Clos des Lambrays (8,70 hectares) a été acheté par Bernard Arnault (LVMH) pour la somme de cent-un (101) millions d’euros.  Tout cela vient d’être merveilleusement raconté, sur France Culture, par notre consœur Julie Gacon : « Sur la route… du vignoble dépossédé ».

« C’est fini. En Bourgogne, aujourd’hui, il n’y a plus la moindre logique financière, s’alarme Bruno Quénioux, l’un des meilleurs dénicheurs-connaisseurs du vignoble français. II faudra plusieurs générations pour rentabiliser de telles opérations d’un point de vue viticole. Le foncier échappe désormais aux familles traditionnelles et rend les successions de plus en plus difficiles. Au-delà même du vin c’est une destruction annoncée, programmée, du savoir-faire et des transmissions familiales et culturelles. Il est plus qu’urgent que le politique s’empare de ce dossier. »

A demain

 

 

Alcoolisme et hédonisme : Michel Onfray relèvera-t-il le défi que lui lance William Lowenstein ?

Bonjour

C’est une partie de billard philosophique et médical sur tapis vert médiatique. Dans le numéro de novembre de La Revue du vin de France le philosophe hédoniste Michel Onfray s’exprime sur le vin, l’alcoolisme et le judéo-christianisme. Incidemment il rend à Emmanuel Berl (1892-1976) ce que l’on attribue généralement à Philippe Pétain (1856-1951), au Front national et plus largement à tous ceux qui estiment que la terre ne saurait mentir. Nous avons donné ici des extraits de l’entretien accordé par Michel Onfray au mensuel œnologique : « Michel Onfray nous parle des philosophes alcooliques, de la loi Evin, du Qatar et des vignes de Petrus ».

Les propos provocateurs du philosophe médiatique auraient pu tomber à l’eau. Ils ont toutefois grésillé sur la Toile. Certains en ont ri, d’autres s’en sont émus. Le Dr William Lowenstein a saisi la balle au bond. Sur Slate.fr le président de SOS Addictions vient de nous offrir un revers lifté de toute beauté : « Alcoolisme et hédonisme : Michel Onfray ou le cauchemar de l’addictologue ».

Toxicomanie des idées reçues

Nous pourrions certes en rester là. Et continuer à ratiociner devant des auditoires conquis.  Mais la réponse médicale est aussi un appel :

« Un homme admirable, résistant patenté à la toxicomanie des idées reçues, n’aurait jamais pu écrire de telles sottises au sujet des addictions, des assuétudes, des usages, des abus et des dépendances. Ressaisis-toi Michel, reprends ta copie. Nous serons nombreux à t’en dire merci. »

Michel Onfray est passé maître dans l’art du prêche pédagogique et radiophonique. Il accepte aussi, parfois, de descendre de ses chaires. Ainsi faisait-il assaut d’amabilité, hier, dans Le Point  avec la troublante Mylène Farmer. Et demain ? Se ressaisira-t-il comme le Dr William Lowenstein lui demande ?  Bien au-delà du débat, et de la controverse, « Hédonisme versus alcoolisme » ferait une belle dispute. A retrouver sur France Culture et Slate.fr. Entre mille et un cauchemars il n’est pas interdit de rêver.

A demain

Michel Onfray nous parle des philosophes alcooliques, de la loi Evin, du Qatar et des vignes de Petrus

Bonjour

Michel Onfray ou l’ubiquité. On retrouve aujourd’hui notre philosophe hédoniste dans les colonnes de La Revue du vin de France. Entre le champagne Nicolas Feuillatte ® et le champagne Janisson & Fils®. Sa biographie express fait état, dans son dernier et célèbre ouvrage « Cosmos », d’une verticale de Moët & Chandon® incluant notamment les 1983, 1959 et 1921. Pas de conflit d’intérêt déclaré. La Revue du vin de France a été fondée en 1927. Michel Onfray est né en 1959.

Vallée de la Loire

Que nous dit l’auteur de « La Raison gourmande » ? Il nous parle beaucoup de lui, de son enfance, de son attirance actuelle pour les « vins vrais et justes partout où ils se trouvent ». A savoir : la vallée de la Loire, le Jura et le Languedoc-Roussillon. Soit des vins (encore) assez loin de la spéculation 1. S’étonner ? Michel Onfray explique mettre ses pas dans ceux de Gaston Bachelard (Bourgogne) et de Michel Serres (château d’Yquem). Il ne craint pas de citer les « philosophes alcooliques » : Sartre, Beauvoir, Deleuze et Debord notamment. Mais aussi un abstème : Rousseau  et des buveurs qui ne sont pas allés jusqu’aux frontières de l’assuétude hépatique : Montaigne, Descartes, Kant et Hegel. Et ne parlons pas de la folie de Nietzche qui coupait  son vin d’eau.

Loi Evin

Là où les choses se compliquent, comme toujours, c’est quand l’amateur hédoniste se pique de discuter la légitimité de ce qui entend combattre l’alcoolisme. Le Revue du vin de France ne fait pas l’économie de la question qui tue, celle de savoir si la « loi Evin »n’est pas « un frein à l’initiation des jeunes au vin ». La réponse ne manque pas de sel :

« Bien sûr… Boire un verre n’est pas s’engager sur la voie de l’alcoolisme qui, lui, passe désormais chez les jeunes par les alcools forts mélangés à des sodas ou à des jus de fruits pour obtenir l’ivresse très rapidement. Ce qui est le contraire d’une consommation de vin comme un produit culturel. L’alcoolisme est rarement le fait de ceux qui boivent bon, mais toujours de ceux qui boivent beaucoup. Lutter contre tous les alcools équivaut à lutter contre tous les films sous prétexte qu’il existe un cinéma pornographique (…) Il faudra faire un jour l’histoire des civilisations qui ont prohibé le vin et interdit l’alcool. Une civilisation construite sur l’eau et dans laquelle les adultes boivent des boissons d’enfants, gazeuses, pétillantes et sucrées, mérite une analyse sémiotique et psychologique. »

Judéo-christianisme

La complexité monte d’un cran avec les religions qui, comme l’islam, interdisent la consommation d’alcool.

« Tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre. Si la France devait un jour ne plus être ce pays, son rapport au vin se modifierait ! L’Algérie a connu une époque (de 1830 à 1862) où le vin était cultivé (sic) ; elle en a connu une autre où les vignes ont été arrachées. S’il venait à l’idée du Qatar d’acheter Petrus 2 pour arracher ses vignes, peut-être serions-nous plus regardants sur le patrimoine que nous bradons désormais aux pays les plus offrants. »

Pétain et Berl

Et puis, bien sûr, voilà le Maréchal :

« Les racines sont essentielles (…) renvoyer aux racines c’est s’entende dire la plupart du temps qu’on souscrit à cette fameuse phrase : ‘’La terre, elle, ne ment pas’’. Dès lors on se retrouve compagnon de route du Maérchal Pétain, alors que cette phrase se trouve dans un discours rédigé par Emmanuel Berl, un intellectuel juif, urbain, issu d’une grande famille apparentée aux Proust et aux Bergson… Les paysans et les gens qui aiment la terre paient cher ce don mot d’un brillant écrivain des villes. Les racines permettent de savoir d’où nous venons, du néant du cosmos en l’occurrence, et ce vers quoi l’on va, le néant du cosmos, ce qui donne un poids considérable à cette parenthèse entre deux néants qu’on nomme la vie. »

Fermons ici la parenthèse. Et ajoutons, coïncidence et fatalité, que René Girard vient de mourir. 3

A demain

1 On fera ici une exception pour le désormais étrangement mythique « Clos Rougeard » (Saumur Champigny) des non moins étranges « Frères Foucault » de Chacé (Maine-et-Loire) – un vin dont la cote a explosé et dont les introuvables bouteilles se négocieraient désormais entre 100 et 400 euros le col.

2 Petrus (11,4 hectares plantés de merlot à Pomerol) n’est pas, pour l’heure, à vendre.

3 « René Girard, l’homme qui nous aidait à penser la violence et le sacré », Henri Tincq, Slate.fr