Pr Dominique Stéhelin (1943-2019). Un brillant pionnier de la recherche des gènes du cancer

Bonjour

La science sait parfois, elle aussi, être une jungle. Carnet du Monde daté du 11 avril 2019. On y apprend la mort, survenue le 5 avril, du Pr Dominique Stéhelin. « Esprit brillant, il appartenait à ces grands chercheurs qui allient une intelligence exceptionnelle à une formidable intuition, résume avec justesse La Voix du Nord. Il avait ainsi apporté une contribution majeure à la découverte des oncogènes, une catégorie de gènes dont l’altération favorise la survenue des cancers. »

Pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises dans les années 1980 (pour Le Monde) nous gardons de Dominique Stéhélin le souvenir d’un biologiste hors du commun, brillant, pédagogue, charismatique – le représentant d’une nouvelle génération incarnée quelques années plus tôt par son confrère Philippe Maupas (1939-1981) . Deux hommes promis au Nobel de médecine qui, de manière différente mais également injuste leur échappa.

« Au début des années 1970, les mécanismes du cancer faisaient l’objet de nombreux débats, rappelle l’Inserm dans la biographie qu’il lu avait consacré. Les uns pensaient que les causes de la cancérisation étaient externes aux cellules (théorie virale des cancers), alors que d’autres défendaient une origine cellulaire des dérèglements cancérigènes (théorie génétique). La connaissance des virus et l’avènement de la biologie moléculaire ont permis de clarifier ce débat. Le premier virus identifié pour causer des tumeurs (sarcomes) chez le poulet fut le virus du sarcome de Rous en 1911 par le chercheur américain Peyton Rous.

 « En 1976, Dominique Stéhelin, alors chercheur détaché du CNRS dans le laboratoire de Michael Bishop à San Francisco, démontre par une technique d’hybridation différentielle, la présence d’un fragment d’ADN du virus du sarcome de Rous dans le génome de cellules normales non infectées. Cela démontrait que le gène src du virus avait sa contrepartie dans les cellules normales et sa caractérisation a permis de montrer que le virus était devenu cancérigène, en incorporant et en modifiant ce gène dans son génome. Quinze ans plus tard, en 1989, le prix Nobel de physiologie et médecine a été décerné pour cette découverte de l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux aux co-auteurs du travail, les américains Michael Bishop et Harold Varmus. »

Le Monde du 10 octobre 1989

C’était il y a trente ans. Et nous gardons également en mémoire la profonde injustice que ressentit la communauté scientifique spécialisée en apprenant  l’exclusion du chercheur français d’une récompense qu’il méritait amplement de partager – et ce d’autant que les deux lauréats plaidèrent sa cause. En vain. Rue des Italiens, Le Monde daté du 10 octobre 1989 :

« Le prix Nobel de médecine a été décerné, lundi 9 octobre, à deux chercheurs américains de San-Francisco, J. Michael Bishop et Harold E. Varmus, pour leur découverte de  » l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux « .

« L’attribution de ce prix a immédiatement entraîné la réaction du professeur Dominique Stehelin, spécialiste français des oncogènes, qui a été le premier à travailler sur le sujet à l’époque où il appartenait au laboratoire _ de 1972 à 1975 _ de San-Francisco. « Je suis très déçu, je trouve cela très injuste et très moche », a déclaré le professeur, affirmant qu’il avait, lui seul, découvert les « gènes du cancer » (oncogènes) et que « ses travaux lui appartiennent ». Le professeur Stehelin, qui travaille actuellement à Lille, a ajouté : « Je ne comprends pas pourquoi la communauté scientifique refuse de m’attribuer cette découverte, sans doute parce que je n’ai pas « ramé » et parce que travailler à Lille est jugé moins prestigieux que d’être chercheur à San-Francisco. » »

A son retour des Etats-Unis, Dominique Stéhelin avait mis en place  une équipe de recherche à l’Institut Pasteur de Lille et poursuit la découverte et la caractérisation de nouveaux oncogènes. Il poursuivit son œuvre, montrant aussi que des rétrovirus peuvent contenir deux oncogènes susceptibles de leur conférer des propriétés “transformantes” accrues et/ou de cancériser des cellules. Et plus généralement le rôle essentiel des oncogènes dans tous les processus cellulaires normaux et clarifie leur implication dans le cancer lorsqu’ils sont dérégulés.

Il fut aussi à l’origine de la création en 1996 de l’Institut de biologie de Lille, avec le soutien du CNRS, de la région Nord Pas de Calais et de l’Etat. De très nombreux chercheurs français et étrangers ont été formés dans le laboratoire de Dominique Stéhelin, qui a su les attirer par ses qualités scientifiques, associées à son charisme et son ouverture d’esprit. Plusieurs sont devenus directeurs de laboratoires à l’Inserm, au CNRS, dans des laboratoires internationaux, ou directeurs de département dans l’industrie pharmaceutique.

On pourrait gloser sur la meurtrissure durablement vécue par ce biologiste. On ne gardera que le souvenir d’un homme hors du commun, brillant, pédagogue, charismatique. Son intelligence et son intuition. Son regard et son sourire.

A demain

@jynau

 

Invraisemblable : retrouvé comateux dans une pièce condamnée des urgences de Roubaix

Bonjour

Quand l’étrange émerge au sein même de nos urgences.

Le 4 mars un habitant de Wasquehal (Nord) âgé de 57 ans  appelle le SAMU –  « forts maux de tête ». Il est aussitôt conduit aux urgences de l’hôpital de Roubaix où il est pris en charge dans la matinée. Puis il disparaît. L’hôpital estime alors qu’il a « quitté les urgences vers 11 h 00 sans attendre les résultats de ses examens ». Inquiets de ne pas le voir rentrer, ses deux fils « le cherchent  partout, appelant ses collègues, son usine, le commissariat, tous les hôpitaux, en vain ».

« Quand on a joint l’hôpital Victor-Provo de Roubaix, ils nous ont expliqué qu’il était venu et reparti rapidement, alors qu’il se trouvait à ce moment-là dans une pièce vide, en travaux, qui aurait dû être fermée, à deux mètres de l’accueil, explique l’un d’eux – information de La Voix du Nord (Julien Dufurier). Ils l’ont finalement retrouvé le 5 mars en fin de matinée, soit 24 heures après, et on nous a dit qu’il était dans le coma, qu’on ne savait pas si c’était un AVC, une rupture d’anévrisme et qu’on ne savait pas non plus comment il s’était retrouvé là. »

« Personne ne nous explique rien »

Et ce fils de s’interroger « Pourquoi personne ne l’a vu entrer dans cette pièce ? Pourquoi personne n’a entendu sonner son portable ? Comment une personne peut-elle disparaître aux urgences ? ». Et ce fils de juger cette situation « inimaginable ». « Des images de vidéosurveillance attestent qu’il est sorti fumer une cigarette à 11 h 00 et après, plus rien. »

Et ce fils d’agir. « Personne ne nous explique rien, il n’y a aucune transparence, c’est pourquoi j’ai porté plainte contre l’hôpital ». La Direction départementale de la sécurité publique confirme qu’une plainte a été déposée pour « mise en danger » de la vie d’autrui et qu’une enquête avait été confiée au commissariat de Roubaix.

L’hôpital ? Il a confirmé le déroulé des événements, tout en assurant avoir pris « des mesures immédiates ». « En particulier, la sécurité de ces locaux qui ne sont pas mis en service a été immédiatement renforcée afin d’y empêcher tout accès fortuit », a-t-il indiqué. Mieux encore, il « communiquera tous les éléments d’information à sa disposition dans le cadre de l’enquête en cours ». Le malade ? Toujours dans le coma il a été transféré vers un hôpital de Lille.

Au sein même de nos urgences, l’émergence de l’insondable étrange.

A demain

@jynau

 

Clash : Mme Agnès Buzyn a manqué de savoir vivre républicain vis-à-vis de Mme Martine Aubry

Bonjour

Voilà donc un sujet qui ne « mérite pas de faire la Une des journaux » (Gilles Le Gendre, patron des députés macroniens, RTL). Pour autant voilà bien une anecdote signifiante, le symptôme de la fracture entre un monde qui se voudrait nouveau et un ancien qui, paradoxalement incarné par M. Le Gendre, entend bien ne pas disparaître de la scène des médias.

C’était le 22 février à Lille dont l’édile, nul ne l’a oublié, est Martine Aubry, fille de Jacques Delors et ancienne élève du lycée Notre-Dame-des-Oiseaux. Deux ministres arrivent dans sa ville : Agnès Buzyn (Solidarités et Santé) accompagnée de Nicole Belloubet, (Garde des Sceaux, Justice). Deux poids lourds du gouvernement. Or Martine Aubry n’a pas, comme le veulent l’usage, le protocole et le savoir vivre en République, été informée de cette visite. Une affaire d’autant plus grave que ces deux clefs de voûte de la Macronie sont venues  inaugurer le Centre national de ressources et de résilience installé au CHRU de Lille dont Martine Aubry préside le conseil de surveillance. On peut le dire simplement : c’est un affront.

Clash républicain (1)

 Dans une vidéo publiée par La Voix du Nord et par 20 minutes on peut voir Martine Aubry  tancer les deux ministres dès leur arrivée au centre hospitalier :

« On ne prévient pas l’ancien monde dont je suis. Je suis maire de Lille, présidente du CHRU. Je n’ai pas été prévenue de votre visite sauf hier soir par le préfet, ce que je trouve quand même inacceptable »,

Mmes Belloubet et Buzyn se tiennent coites, gênées, comme médusées. La maire de Lille poursuit :

« De toute façon, je suis habituée. Il n’y a pas un ministre qui nous appelle. Très franchement, le mépris des élus. (…) Je suis habituée, c’est comme ça en permanence avec ce nouveau gouvernement. Et après, on nous parle de République et de démocratie. »

Et ce n’est pas fini, Mme Aubry dénonçant la manière dont le pouvoir exécutif a cru bon d’agir face au rassemblement d’infirmières, de médecins et de Gilets Jaunes qui attendaient les deux ministres.

« Je n’ai pas non plus apprécié la façon… Il y avait des médecins et des infirmiers qui étaient là… J’ai été ministre de la santé. Je n’ai pas fait une visite sans qu’il y ait des manifestants. Je n’ai jamais fait charger la police. […] Ce n’est pas vous. Mais je trouve que ça s’est mal passé . »

Martine Aubry a un moment exercé les fonctions de secrétaire d’Etat à la santé. C’était au siècle dernier. Gilles Le Gendre l’avait-il oublié ? Il ne voit plus, ici, qu’amertume. Et, au micro, décrète doctement que le sujet, décidément, ne vaut pas la Une des journaux. Le tout, à l’heure des réseaux sociaux.

A demain

@jynau

(1) A découvrir : « L’Ere du clash », de Christian Salmon Editions Fayard

 

 

Se pendre, à 17 ans, pour quelques grammes de cannabis (lycée du Touquet-Paris-Plage)

Bonjour

C’est l’une de ces informations tragiques et édifiantes qui n’émergent jamais à l’échelon national. Elle était rapportée, il y a quelques jours, par La Voix du Nord : « Étaples – Le Touquet Après le suicide de leur fille, les parents portent plainte »  (Élodie Rabé).

« Après le suicide de leur fille de 17 ans au port d’Étaples les parents de l’adolescente ont décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au Lycée Hôtelier du Touquet peu de temps avant que l’étudiante commette cet acte désespéré ».

Selon les informations du quotidien nordiste (confirmées par le procureur de la République de Boulogne) les fonctionnaires de police sont intervenus au sein de ce lycée hôtelier sur réquisition du chef d’établissement. Ce dernier soupçonnait l’élève, originaire de Lille et interne au lycée, de dissimuler des stupéfiants.

Les forces de l’ordre ont perquisitionné le casier de l’adolescente et ont effectivement retrouvé une petite quantité de cannabis à l’intérieur. C’est à ce moment-là que la jeune fille se serait enfuie. On ne la retrouvera que plusieurs heures plus tard, pendue au port d’Étaples. Le corps de la lycéenne a été découvert par un agent communal d’astreinte qui a tout de suite alerté les secours mais la jeune fille est décédée sur place.

Onde de choc

L’établissement touquettois où l’adolescente étudiait s’est refusé à tout commentaire, le temps de l’enquête. Le rectorat a tout de même indiqué qu’une cellule d’écoute et d’accompagnement avait été mise en place après l’onde de choc qui a secoué le lycée. La Voix du Nord :

« Si l’autopsie, ordonnée par le parquet, a confirmé le suicide, les parents ont tout de même décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au lycée ce jour-là. Une enquête a été ouverte par le commissariat de police mais l’objet de la plainte doit être précisé. Pénalement, seule la provocation au suicide peut être réprimée par la loi.

Si vous avez vous-même des idées suicidaires ou si vous remarquez des comportements inquiétants autour de vous, n’hésitez pas à contacter le Fil santé jeunes, un numéro anonyme et gratuit, au 0800 235 236, de 9 h à 23 h. Vous pouvez aussi vous rendre sur : https ://www.filsantejeunes.com/ ».

Cela s’est passé au Touquet-Paris-Plage, une cité radieuse, depuis peu régulièrement citée dans les médias – citée également dénommée « Arcachon du Nord », « Jardin de la Manche », « Perle de la Côte d’Opale », « Paradis des sports » ou « Station des quatre saisons ».

Elle avait 17 ans.

A demain

@jynau

La bien troublante histoire de la patiente retrouvée morte dans l’ascenseur du CHRU de Lille

Bonjour

Une enquête vient d’être ouverte pour « recherche des causes de la mort » après la découverte le jour de Noël du corps sans vie d’une patiente de 53 ans – découverte dans un ascenseur du centre hospitalier régional universitaire de Lille.

Comment comprendre ? Cette personne avait « fugué de sa chambre de l’hôpital Claude Huriez dans la soirée de samedi à dimanche en y laissant ses effets personnels et sa disparition a été signalée par les équipes soignantes à la police », a affirmé le service de communication de l’hôpital.

Mais encore ? Cette disparition « a été considérée par l’équipe soignante comme inquiétante puisque cette patiente devait poursuivre son hospitalisation et qu’il y avait un risque pour son état de santé », a ajouté cette source. N’était-ce pas le moins ?

En savoir plus ? « Des recherches ont été menées avec la police et la famille pour retrouver cette dame » qui était hospitalisée dans un service de maladies de l’appareil digestif. La patiente a finalement « été retrouvée à 7 heures lundi matin dans un ascenseur du CHR. Les causes de sa mort sont pour l’heure inconnues », a confié à l’AFP une source policière.

Accepter cette version des faits ? Le CHRU de Lille affirme ignorer depuis combien de temps cette patiente se trouvait dans cet ascenseur réservé au personnel. La Voix du Nord fait état de la détresse extrême de la famille. Cette dernière aurait été « laissée dans l’ignorance durant six heures » – et ce alors même que le corps avait déjà été retrouvé. Selon le parquet de Lille, une autopsie devait être pratiquée au lendemain de Noël.

La patiente se prénommait Fabienne

A demain

Cannabis et double peine : que dire des juges qui condamnent un malade hémiplégique ?

Bonjour

Un journaliste ne commente pas une décision de justice. Mais il ne lui est pas interdit d’en faire état. « Il est arrivé que la justice prononce une condamnation avec dispense de peine dans des cas d’usage et même de culture de cannabis dans un cadre purement thérapeutique. Pour le tribunal de Valenciennes, c’est non » rapporte La Voix du Nord.

Où il est question d’un homme de 42 ans habitant la commune de Brillon. Victime d’un AVC en 2009, aujourd’hui hémiplégique, il dit souffrir de contractures musculaires, de spasmes, de tremblements quotidiens… et ne cache pas avoir recours au cannabis à visée thérapeutique. « Il a essayé les remèdes légaux, mais sans succès :  ‘’ Les effets secondaires sont abominables ‘’, a-t-il expliqué à la barre du tribunal. Le premier provoquait des crises d’épilepsie, tandis qu’avec le second, il passait sa vie à dormir, peut-on lire dans le quotidien régional. Seul médicament qui pourrait l’aider, d’après son avocate : le Sativex®, à base de cannabis et autorisé, mais… toujours pas commercialisé. » 1

Autonomie autarcique

On ne commente pas une décision de justice. Mais on peut tenter de comprendre ceux qui en font l’objet. L’habitant de Brillon était un ancien consommateur récréatif. Devenu hémiplégique il a, comme tant d’autres, commencé à cultiver la plante dans son sous-sol. C’était en 2015. Une autonomie autarcique pour ne pas se fournir « dans la rue », ne pas douter de la qualité ingérée, ne pas financer des mafieux. Une démarche sanitaire et citoyenne en somme.

La vie est parfois difficile dans le Nord. Le quotidien régional rapporte que son ex-compagne, copropriétaire du logement et qui exigeait 200 euros par mois (« les sous du silence »), a fini par le dénoncer en février dernier. Et pour payer cette somme, il avait dû vendre une partie de sa récolte à des amis rencontrés dans des associations et souffrant également de ‘douleurs chroniques’’.

Les douleurs et la peine

On ne commente pas une décision de justice. A Valenciennes la substitut Garnaud a rappelé que la culture de cannabis est, en France, considérée comme un crime – même si le dossier a été correctionnalisé. Elle a refusé d’entrer dans un débat médical et s’est attachée à la loi : « Je ne veux pas qu’on diffuse le message que parce qu’on a des douleurs, on peut être dispensé de peine. »

Pour un peu on parlerait de double peine. Mais ce serait commenter. Puis la substitut Garnaud a requis : 150 jours-amende à 10 euros l’unité pour l’ex (qui avait profité de la culture et de la vente), quatre mois avec sursis et obligation de soins (sic) pour le quadra hémiplégique et trois mois avec sursis pour la mère de ce dernier (qui l’aidait dans la récolte).

L’avocate de ces deux derniers a dit « l’honneur » qu’elle ressentait à les défendre. Elle a précisé que son client utilise, « avec un usage raisonnable », des « espèces médicinales » et ce « sans aucune défonce ». Elle considère qu’il s’agit, en l’espèce, d’un « usage illicite mais indispensable » et réclame la relaxe – ou, au pire, une dispense de peine.

Au final les juges du tribunal de Valenciennes ont condamné le quadra à six mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende, sa mère à 2 000 euros d’amende et l’ex à 1 000 euros. Il est des condamnations qui ne réclament pas d’être commentées.

A demain

1 Sur l’actualité politique et économique du Sativex®, lire : « Cannabis : les nouveaux brouillards français » Slate.fr 30 mai 2017

Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain