Invraisemblable : retrouvé comateux dans une pièce condamnée des urgences de Roubaix

Bonjour

Quand l’étrange émerge au sein même de nos urgences.

Le 4 mars un habitant de Wasquehal (Nord) âgé de 57 ans  appelle le SAMU –  « forts maux de tête ». Il est aussitôt conduit aux urgences de l’hôpital de Roubaix où il est pris en charge dans la matinée. Puis il disparaît. L’hôpital estime alors qu’il a « quitté les urgences vers 11 h 00 sans attendre les résultats de ses examens ». Inquiets de ne pas le voir rentrer, ses deux fils « le cherchent  partout, appelant ses collègues, son usine, le commissariat, tous les hôpitaux, en vain ».

« Quand on a joint l’hôpital Victor-Provo de Roubaix, ils nous ont expliqué qu’il était venu et reparti rapidement, alors qu’il se trouvait à ce moment-là dans une pièce vide, en travaux, qui aurait dû être fermée, à deux mètres de l’accueil, explique l’un d’eux – information de La Voix du Nord (Julien Dufurier). Ils l’ont finalement retrouvé le 5 mars en fin de matinée, soit 24 heures après, et on nous a dit qu’il était dans le coma, qu’on ne savait pas si c’était un AVC, une rupture d’anévrisme et qu’on ne savait pas non plus comment il s’était retrouvé là. »

« Personne ne nous explique rien »

Et ce fils de s’interroger « Pourquoi personne ne l’a vu entrer dans cette pièce ? Pourquoi personne n’a entendu sonner son portable ? Comment une personne peut-elle disparaître aux urgences ? ». Et ce fils de juger cette situation « inimaginable ». « Des images de vidéosurveillance attestent qu’il est sorti fumer une cigarette à 11 h 00 et après, plus rien. »

Et ce fils d’agir. « Personne ne nous explique rien, il n’y a aucune transparence, c’est pourquoi j’ai porté plainte contre l’hôpital ». La Direction départementale de la sécurité publique confirme qu’une plainte a été déposée pour « mise en danger » de la vie d’autrui et qu’une enquête avait été confiée au commissariat de Roubaix.

L’hôpital ? Il a confirmé le déroulé des événements, tout en assurant avoir pris « des mesures immédiates ». « En particulier, la sécurité de ces locaux qui ne sont pas mis en service a été immédiatement renforcée afin d’y empêcher tout accès fortuit », a-t-il indiqué. Mieux encore, il « communiquera tous les éléments d’information à sa disposition dans le cadre de l’enquête en cours ». Le malade ? Toujours dans le coma il a été transféré vers un hôpital de Lille.

Au sein même de nos urgences, l’émergence de l’insondable étrange.

A demain

@jynau

 

Clash : Mme Agnès Buzyn a manqué de savoir vivre républicain vis-à-vis de Mme Martine Aubry

Bonjour

Voilà donc un sujet qui ne « mérite pas de faire la Une des journaux » (Gilles Le Gendre, patron des députés macroniens, RTL). Pour autant voilà bien une anecdote signifiante, le symptôme de la fracture entre un monde qui se voudrait nouveau et un ancien qui, paradoxalement incarné par M. Le Gendre, entend bien ne pas disparaître de la scène des médias.

C’était le 22 février à Lille dont l’édile, nul ne l’a oublié, est Martine Aubry, fille de Jacques Delors et ancienne élève du lycée Notre-Dame-des-Oiseaux. Deux ministres arrivent dans sa ville : Agnès Buzyn (Solidarités et Santé) accompagnée de Nicole Belloubet, (Garde des Sceaux, Justice). Deux poids lourds du gouvernement. Or Martine Aubry n’a pas, comme le veulent l’usage, le protocole et le savoir vivre en République, été informée de cette visite. Une affaire d’autant plus grave que ces deux clefs de voûte de la Macronie sont venues  inaugurer le Centre national de ressources et de résilience installé au CHRU de Lille dont Martine Aubry préside le conseil de surveillance. On peut le dire simplement : c’est un affront.

Clash républicain (1)

 Dans une vidéo publiée par La Voix du Nord et par 20 minutes on peut voir Martine Aubry  tancer les deux ministres dès leur arrivée au centre hospitalier :

« On ne prévient pas l’ancien monde dont je suis. Je suis maire de Lille, présidente du CHRU. Je n’ai pas été prévenue de votre visite sauf hier soir par le préfet, ce que je trouve quand même inacceptable »,

Mmes Belloubet et Buzyn se tiennent coites, gênées, comme médusées. La maire de Lille poursuit :

« De toute façon, je suis habituée. Il n’y a pas un ministre qui nous appelle. Très franchement, le mépris des élus. (…) Je suis habituée, c’est comme ça en permanence avec ce nouveau gouvernement. Et après, on nous parle de République et de démocratie. »

Et ce n’est pas fini, Mme Aubry dénonçant la manière dont le pouvoir exécutif a cru bon d’agir face au rassemblement d’infirmières, de médecins et de Gilets Jaunes qui attendaient les deux ministres.

« Je n’ai pas non plus apprécié la façon… Il y avait des médecins et des infirmiers qui étaient là… J’ai été ministre de la santé. Je n’ai pas fait une visite sans qu’il y ait des manifestants. Je n’ai jamais fait charger la police. […] Ce n’est pas vous. Mais je trouve que ça s’est mal passé . »

Martine Aubry a un moment exercé les fonctions de secrétaire d’Etat à la santé. C’était au siècle dernier. Gilles Le Gendre l’avait-il oublié ? Il ne voit plus, ici, qu’amertume. Et, au micro, décrète doctement que le sujet, décidément, ne vaut pas la Une des journaux. Le tout, à l’heure des réseaux sociaux.

A demain

@jynau

(1) A découvrir : « L’Ere du clash », de Christian Salmon Editions Fayard

 

 

Se pendre, à 17 ans, pour quelques grammes de cannabis (lycée du Touquet-Paris-Plage)

Bonjour

C’est l’une de ces informations tragiques et édifiantes qui n’émergent jamais à l’échelon national. Elle était rapportée, il y a quelques jours, par La Voix du Nord : « Étaples – Le Touquet Après le suicide de leur fille, les parents portent plainte »  (Élodie Rabé).

« Après le suicide de leur fille de 17 ans au port d’Étaples les parents de l’adolescente ont décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au Lycée Hôtelier du Touquet peu de temps avant que l’étudiante commette cet acte désespéré ».

Selon les informations du quotidien nordiste (confirmées par le procureur de la République de Boulogne) les fonctionnaires de police sont intervenus au sein de ce lycée hôtelier sur réquisition du chef d’établissement. Ce dernier soupçonnait l’élève, originaire de Lille et interne au lycée, de dissimuler des stupéfiants.

Les forces de l’ordre ont perquisitionné le casier de l’adolescente et ont effectivement retrouvé une petite quantité de cannabis à l’intérieur. C’est à ce moment-là que la jeune fille se serait enfuie. On ne la retrouvera que plusieurs heures plus tard, pendue au port d’Étaples. Le corps de la lycéenne a été découvert par un agent communal d’astreinte qui a tout de suite alerté les secours mais la jeune fille est décédée sur place.

Onde de choc

L’établissement touquettois où l’adolescente étudiait s’est refusé à tout commentaire, le temps de l’enquête. Le rectorat a tout de même indiqué qu’une cellule d’écoute et d’accompagnement avait été mise en place après l’onde de choc qui a secoué le lycée. La Voix du Nord :

« Si l’autopsie, ordonnée par le parquet, a confirmé le suicide, les parents ont tout de même décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au lycée ce jour-là. Une enquête a été ouverte par le commissariat de police mais l’objet de la plainte doit être précisé. Pénalement, seule la provocation au suicide peut être réprimée par la loi.

Si vous avez vous-même des idées suicidaires ou si vous remarquez des comportements inquiétants autour de vous, n’hésitez pas à contacter le Fil santé jeunes, un numéro anonyme et gratuit, au 0800 235 236, de 9 h à 23 h. Vous pouvez aussi vous rendre sur : https ://www.filsantejeunes.com/ ».

Cela s’est passé au Touquet-Paris-Plage, une cité radieuse, depuis peu régulièrement citée dans les médias – citée également dénommée « Arcachon du Nord », « Jardin de la Manche », « Perle de la Côte d’Opale », « Paradis des sports » ou « Station des quatre saisons ».

Elle avait 17 ans.

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@jynau

La bien troublante histoire de la patiente retrouvée morte dans l’ascenseur du CHRU de Lille

Bonjour

Une enquête vient d’être ouverte pour « recherche des causes de la mort » après la découverte le jour de Noël du corps sans vie d’une patiente de 53 ans – découverte dans un ascenseur du centre hospitalier régional universitaire de Lille.

Comment comprendre ? Cette personne avait « fugué de sa chambre de l’hôpital Claude Huriez dans la soirée de samedi à dimanche en y laissant ses effets personnels et sa disparition a été signalée par les équipes soignantes à la police », a affirmé le service de communication de l’hôpital.

Mais encore ? Cette disparition « a été considérée par l’équipe soignante comme inquiétante puisque cette patiente devait poursuivre son hospitalisation et qu’il y avait un risque pour son état de santé », a ajouté cette source. N’était-ce pas le moins ?

En savoir plus ? « Des recherches ont été menées avec la police et la famille pour retrouver cette dame » qui était hospitalisée dans un service de maladies de l’appareil digestif. La patiente a finalement « été retrouvée à 7 heures lundi matin dans un ascenseur du CHR. Les causes de sa mort sont pour l’heure inconnues », a confié à l’AFP une source policière.

Accepter cette version des faits ? Le CHRU de Lille affirme ignorer depuis combien de temps cette patiente se trouvait dans cet ascenseur réservé au personnel. La Voix du Nord fait état de la détresse extrême de la famille. Cette dernière aurait été « laissée dans l’ignorance durant six heures » – et ce alors même que le corps avait déjà été retrouvé. Selon le parquet de Lille, une autopsie devait être pratiquée au lendemain de Noël.

La patiente se prénommait Fabienne

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Cannabis et double peine : que dire des juges qui condamnent un malade hémiplégique ?

Bonjour

Un journaliste ne commente pas une décision de justice. Mais il ne lui est pas interdit d’en faire état. « Il est arrivé que la justice prononce une condamnation avec dispense de peine dans des cas d’usage et même de culture de cannabis dans un cadre purement thérapeutique. Pour le tribunal de Valenciennes, c’est non » rapporte La Voix du Nord.

Où il est question d’un homme de 42 ans habitant la commune de Brillon. Victime d’un AVC en 2009, aujourd’hui hémiplégique, il dit souffrir de contractures musculaires, de spasmes, de tremblements quotidiens… et ne cache pas avoir recours au cannabis à visée thérapeutique. « Il a essayé les remèdes légaux, mais sans succès :  ‘’ Les effets secondaires sont abominables ‘’, a-t-il expliqué à la barre du tribunal. Le premier provoquait des crises d’épilepsie, tandis qu’avec le second, il passait sa vie à dormir, peut-on lire dans le quotidien régional. Seul médicament qui pourrait l’aider, d’après son avocate : le Sativex®, à base de cannabis et autorisé, mais… toujours pas commercialisé. » 1

Autonomie autarcique

On ne commente pas une décision de justice. Mais on peut tenter de comprendre ceux qui en font l’objet. L’habitant de Brillon était un ancien consommateur récréatif. Devenu hémiplégique il a, comme tant d’autres, commencé à cultiver la plante dans son sous-sol. C’était en 2015. Une autonomie autarcique pour ne pas se fournir « dans la rue », ne pas douter de la qualité ingérée, ne pas financer des mafieux. Une démarche sanitaire et citoyenne en somme.

La vie est parfois difficile dans le Nord. Le quotidien régional rapporte que son ex-compagne, copropriétaire du logement et qui exigeait 200 euros par mois (« les sous du silence »), a fini par le dénoncer en février dernier. Et pour payer cette somme, il avait dû vendre une partie de sa récolte à des amis rencontrés dans des associations et souffrant également de ‘douleurs chroniques’’.

Les douleurs et la peine

On ne commente pas une décision de justice. A Valenciennes la substitut Garnaud a rappelé que la culture de cannabis est, en France, considérée comme un crime – même si le dossier a été correctionnalisé. Elle a refusé d’entrer dans un débat médical et s’est attachée à la loi : « Je ne veux pas qu’on diffuse le message que parce qu’on a des douleurs, on peut être dispensé de peine. »

Pour un peu on parlerait de double peine. Mais ce serait commenter. Puis la substitut Garnaud a requis : 150 jours-amende à 10 euros l’unité pour l’ex (qui avait profité de la culture et de la vente), quatre mois avec sursis et obligation de soins (sic) pour le quadra hémiplégique et trois mois avec sursis pour la mère de ce dernier (qui l’aidait dans la récolte).

L’avocate de ces deux derniers a dit « l’honneur » qu’elle ressentait à les défendre. Elle a précisé que son client utilise, « avec un usage raisonnable », des « espèces médicinales » et ce « sans aucune défonce ». Elle considère qu’il s’agit, en l’espèce, d’un « usage illicite mais indispensable » et réclame la relaxe – ou, au pire, une dispense de peine.

Au final les juges du tribunal de Valenciennes ont condamné le quadra à six mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende, sa mère à 2 000 euros d’amende et l’ex à 1 000 euros. Il est des condamnations qui ne réclament pas d’être commentées.

A demain

1 Sur l’actualité politique et économique du Sativex®, lire : « Cannabis : les nouveaux brouillards français » Slate.fr 30 mai 2017

Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain

Agressions sauvages contre les soignants aux urgences de Tourcoing. Et demain ?

Bonjour

Le titre est trouvé : « Brutes contre des hommes et des femmes en blanc ». L’affaire est racontée par Nord  EclairLa Voix du Nord (Vincent Depecker) : « Tourcoing : émotion après une agression ‘’sauvage’’ aux urgences du CH Dron ». Résumons

Samedi  15 octobre, vers 22h30 au Centre hospitalier Dron, à Tourcoing. Trois voitures arrivent dans le sas des urgences. Un groupe d’une quinzaine de personnes accompagnent un patient âgé. Une infirmière demande alors aux accompagnants d’aller dans la salle d’attente. Ils refusent. Premières insultes et menaces de coups. Le patient est néanmoins pris en charge et placé dans une salle d’examen. « Là, une dizaine de personnes sont entrées en force dans le box, explique une infirmière à La Voix du Nord. Une personne leur a demandé de sortir. Cinq personnes sont  entrées dans ce qu’on appelle la rotonde, le centre névralgique des urgences, pour agresser verbalement un médecin. »

Touffe de cheveux

Un autre médecin intervient. Il est pris par le cou et cinq personnes l’immobilisent et le rouent de coups. « Ma seule crainte, c’était de chuter sur le patient âgé, par peur de lui faire mal. Puis un sixième, un type d’une quarantaine d’années, saute par-dessus la mêlée, pour me donner deux droites » rapporte le médecin au quotidien régional.

Une interne est aussi prise à partie. Elle est attrapée par les cheveux par ses agresseurs. Une touffe de cheveux est arrachée. La sécurité de l’hôpital intervient, puis la police nationale. « Quand tout s’arrête, je me rends compte que la rotonde des urgences est complètement hébétée. Des patients sont terrorisés. Des proches de patients sont en pleurs » poursuit le médecin.

Tout s’est passé à côté de la salle de déchoquage où des médecins intubaient une personne en arrêt cardio-respiratoire. « Nous étions en train d’expliquer à ses proches qu’il fallait peut-être envisager un don d’organes. C’est inadmissible » déclare  le Dr Hacène Moussouni, chef de service.

Préparer leur défense

Au final trois personnes sont interpellées et placées en garde à vue. Elles ont été déférées en comparution immédiate le lundi 17 octobre, mais ont alors réclamé du temps pour « préparer leur défense ». Le procès est fixé au  lundi 7 novembre. La direction du centre hospitalier a résumé l’affaire dans un communiqué.

Le directeur, Didier Nonque, a immédiatement doublé les équipes de sécurité. Désormais, deux vigiles avec chiens surveillent le parking et deux autres filtrent les entrées. « Mais la sécurisation a ses limites, déclare-t-il. La rotonde est conçue pour faciliter la visualisation par le personnel de l’ensemble des salles d’examens. Pas pour résister à l’intrusion de quinze individus qui ont forcé le rideau du sas des ambulances pour passer, et ouvert de l’intérieur l’issue de secours incendie. »

« Où sont les sept autres agresseurs ? » demandent les médecins. Ils  rapportent qu’ils ont été menacés au tribunal et victimes d’intimidation. « Ils leur ont dit, le sourire aux lèvres, qu’ils se reverraient bientôt. Un autre médecin a été insulté. » Déjà, au lendemain de l’agression, trois personnes s’étaient présentées aux urgences du centre hospitalier pour leur demander de retirer la plainte. « On est en droit d’attendre de la prison ferme. On parle d’une violence extrême. On sera attentifs au jugement, soulignent les médecins. Les jours à venir vont être très difficiles sur le plan psychologique. C’est un épisode qui marquera l’histoire des urgences. Doit-on continuer dans ce contexte ? »

Caméras de surveillance

Et demain ? Réagissant aux chiffres ordinaux concernant les agressions de médecins, le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, a la solution. La voici :

 « Il appartient aux pouvoirs publics de prendre à bras le corps ce problème sociétal et de prendre toutes les mesures pour que les médecins, et plus largement les professionnels de santé, soient des professionnels protégés.

Cela passe notamment par la mise en place de lignes téléphoniques spéciales « urgence sécurité » pour les médecins pour alerter la police ou la gendarmerie, des caméras de surveillance aux abords des cabinets médicaux (tout en veillant au secret médical) et par la création d’un véritable statut de « professionnel protégé » pour les médecins. »

Pour l’heure Marisol Touraine garde le silence 1. Il fut un temps, pas si lointain, où nul n’aurait imaginé que l’on pût lever la main sur un médecin en train de soigner. Ce temps n’est plus. Cela s’est passé aux urgences du centre hospitalier de Tourcoing.

A demain

1 Interrogée ce mardi 18 dans l’après-midi lors des questions au gouvernement, Marisol Touraine a condamné la « violence incroyable » à l’hôpital de Tourcoing et réclamé des «sanctions exemplaires» contre les agresseurs.