Délices politiques : après le «chipoter» de Touraine, le «chochottes» de Juppé

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Lacan Jacques n’a pas précisé si, chez les politiques aussi, l’inconscient était comme un langage structuré. Reste que certains de leurs mots en disent long sur leur volonté, leur âge, leur CSP. Il y avait eu, début septembre, le désormais célèbre « chipoter », verbe assez familier (premier degré) de Marisol Touraine.

« Chipoter » que la ministre de la Santé, ennemie du tabac,  avait préférer à « mégoter ». Elle s’exprimait alors au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Et parlait de la future indemnisation des quelques milliers de victimes de la Dépakine®. Un dossier de quelques milliards d’euros. L’Etat ne saurait chipoter, ne chipotera pas.

La gomme est mise

Aujourd’hui c’est au tour d’Alain Juppé, 71 ans, énarque, agrégé de lettres classiques et candidat pour un seul quinquennat à la Présidence de la République. Les tours de pistes imposés par la « Primaire de la Droite et du Centre » l’avaient conduit à user de termes rarement usités par les plus jeunes des futurs électeurs. Il y eut ainsi le délicieux Prisunic®, enseigne disparue au tournant du millénaire. Une boulette dont il s’était expliqué le lendemain sur RTL. Il avait alors « battu sa coulpe » et juré vivre dans notre monde, le vrai monde, le monde réel :

« Je voudrais vous rassurer tout à fait. Je fais mes courses moi-même à Bordeaux. Je ne vais pas à Prisunic, je vais à Monoprix, je vais à Auchan®, je vais à Simply® et Carrefour Market®. (…) Je vis dans le monde réel et je fais la queue à la caisse de ces magasins (…) de ces superettes de proximité. »

Puis, rebondissement. Après le choc Fillon une rumeur circula : Juppé avait envisagé de « jeter l’éponge ». Rumeur tuée dans l’œuf : « Je n’ai jamais hésité une seconde à continuer le combat assura l’intéressé au 20 Heures de France 2. Je vais mettre toute la gomme. »

« Mettre la gomme » ? Ce fut jadis, au temps des moteurs à explosions,  une expression assez populaire  signifiant que l’on allait « accélérer l’allure », « se dépenser dans une activité ». Cette formule était déjà datée au milieux du siècle passé comme en témoigne le roman Tournez jolies gosses de Paul Vialar paru en 1956 : « [dans l’auto(…). Le garçon mettait, comme on disait, ‘’toute la gomme’’ ».

 Flaubert revisité

Sommes-nous passés de gomme à « gommeux » ? Mystère et boule de. Hier 23 novembre, à la veille d’un face à face tragique Alain Juppé à osé un « chochotte » de derrière les fagots. C’était à la messe du 20 heures de TF1. :

« Je n’ai jamais attaqué en dessous de la ceinture, j’ai posé des questions pour demander des clarifications. J’en ai d’autres. Sur la santé, par exemple. François Fillon veut-il vraiment que les infirmières dans les hôpitaux travaillent demain 39 heures payées 37 ? (…) Disons des choses crédibles, sérieuses, qui sont réalistes, plutôt que d’annoncer des choses qu’on ne fera pas. (…) Il ne faut pas avoir l’épiderme trop sensible… Il ne faut pas jouer les chochottes ».

Dans la même séquence le candidat Juppé a argué avoir subi des attaques d’une rare bassesse  évoquant notamment des « scuds » et une « campagne dégueulasse ».

« Sous la ceinture » ? « Chochotte » ? En anglais se dit  sissywusspansy voire pansy. En français,  évoque un garçon chouchouté, douillet, maniéré. On parle aussi de tendance bêcheuse, snob, mijaurée voire chichiteuse.

Alain Juppé ou Flaubert revisité : « Prisunic® : supérette de quartier, existait au siècle passé ». « Gomme : jadis, on en mettait ». « Chochotte : sutout, ne pas les jouer ».

A demain

François Hollande ferait un geste en faveur des buralistes. Rien pour la cigarette électronique

 

Bonjour

L’idée est dans l’air. Ces mots, glanés dans les indiscrets de L’Express du jour :

« Du bon tabac. François Hollande surveille de près la renégociation du contrat d’avenir (sic) entre les buralistes et Bercy, avec une idée en tête : pas de vagues à l’approche de l’élection présidentielle. La discussion doit s’achever d’ici la fin de l’année et pourrait porter notamment, sur un meilleur ciblage des aides financières ainsi que sur une augmentation de la rémunération des professionnels. »

 Il y a quelques jours le site des buralistes soulignait que Michel Sapin avait annoncé au « Grand Jury RTL / LCI/ Le Figaro » qu’il n’y aurait pas d’augmentation de taxes du tabac. Pas de vagues.  Et le site ajoutait que RTL annonçait  que le Président de la République souhaitait un geste marquant en faveur des buralistes : « François Hollande aurait décidé de s’attaquer aux géants du tabac tout en soutenant les buralistes en vue de l’arrivée du fameux paquet neutre ».

Bruno Le Roux applaudit

Ce serait un consensus antivagues pré-électorales  : François Hollande souhaiterait tout simplement une réduction des marges des cigarettiers au profit des buralistes tout en imposant un marquage des paquets pour réduire la contrefaçon. La décision aurait été prise par le chef de l’Etat lors d’une réunion à l’Élysée il y a quinze jours. L’idée serait de compenser le surcroît de travail représenté, pour les buralistes, par le paquet neutre.

François Hollande n’est pas seul à voler au secours de ceux qui vendent, pour l’Etat, du tabac à des esclaves fumeurs. Il faut aussi compter avec Bruno Le Roux, fidèle président du Groupe Socialiste à l’Assemblée nationale. Le 8 septembre il publiait un communiqué explicite ; il partage, approuve et applaudit la tribune, publiée le même jour dans  Les Échos, par Bernard Gasq, président des buralistes d’Ile-de-France, Oise et Seine-Maritime. A savoir :

 « Vente exclusive du tabac et des jeux dans les bureaux de tabac, hausse de la rémunération à 11% du prix d’un paquet de cigarettes, meilleure sécurité des bureaux de tabac, plan de lutte contre le commerce parallèle de tabac et plan pour une plus grande diversification ».

Euphémisme

On rappellera (pour mémoire) que François Hollande a solennellement annoncé, le 4 février 2014, le lancement d’un « Plan national de réduction du tabagisme », qu’aucune hausse du prix du tabac n’est intervenue sous son quinquennat et que, depuis, la consommation de tabac n’a cessé d’augmenter. Sans oublier que rien n’a été fait (euphémisme) pour promouvoir le recours à la cigarette électronique dans le cadre d’une politique de réduction des risques tabagiques (80 000 mors prématurées par an).

 Pluraliste, le site des buralistes cite aujourd’hui  Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction qui vient de sortir un kit pratique « Jeunes et Tabac ». Invité d’Europe 1 Midi  Jean-Pierre Couteron, membre actif de SOS Addictions a rappelé que, parmi les conseils prodigués, les addictologues préconisent la cigarette électronique aux mineurs fumeurs afin d’éviter la cigarette classique.

Il ne s’agit pas là d’encourager les praticiens à violer la loi mais bien de « laisser une place à la réduction des risques ».  Les buralistes (qui ne rechignent pas à vendre du tabac à des mineurs) font observer que la cigarette électronique est interdite à la vente aux moins de 18 ans.

A demain

 

Indemniser les victimes de la Dépakine® ? Marisol Touraine a utilisé le verbe «chipoter»

Bonjour

« Chipoter ». C’est le verbe assez familier (premier degré) utilisé par Marisol Touraine. Elle aurait pu dire « mégoter » 1. La ministre de la Santé s’exprimait aujourd’hui  au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Il s’agissait ici de l’indemnisation (par l’Etat) des quelques milliers de victimes de la Dépakine®.

« Chipoter » ? Est-ce pour mieux se faire comprendre de la population ? Elle aurait aussi pu user d’ « ergoter », de « marchander », de « discuter avec mesquinerie », de « chicaner ». Non, c’est acté : l’Etat « ne chipotera pas ». On entend déjà la joie des avocats. Pour autant d’autres tremblent. Car ce même Etat se retournera vers d’autres responsables, si autres responsables il y a. Tous les yeux sont tournés vers le groupe français Sanofi – qui a déjà assuré de jamais avoir failli.

Gérard Bapt retoqué

Mais encore ? L’Etat français s’auto flagellera-t-il pour ne pas avoir su bâtir une « Agence du médicament » suffisamment vigilante ? Ira-t-il jusqu’à poursuivre des prescripteurs peu regardants ou n’ayant pas su suffisamment échanger avec leurs patientes épileptiques ou bipolaires ? Nul ne sait. Pour l’heure cela donne :

« Il faut que les victimes soient indemnisées rapidement et simplement. On ne va pas chipoter. Et s’il pense que d’autres responsables que l’Etat sont en jeu, alors il va se retourner contre eux. »

On savait qu’un fonds d’indemnisation sera voté au Parlement d’ici à la fin de l’année pour ces victimes. Mais on sait aussi, désormais, que l’idée d’un financement de ce fonds via une taxe sur tous les produits de santé est retoquée. Cette idée avait été préconisée il y a quelques jours par le député (socialiste) Gérard Bapt.  Marisol Touraine, contre toute attente, estime que cette solution ne serait « ni très juste, ni très morale ».

Argumentaire risqué

Comment cela ? « Je suis pour que ceux qui sont responsables paient et pas pour que tout le monde mette au pot » a expliqué la ministre de la Santé en citant l’exemple de la responsabilité du laboratoire Servier dans le scandale du Mediator®. Cet argumentaire est d’autant plus curieux que tout le monde s’accorde pour dire que, précisément, l’affaire de la Dépakine® est structurellement aux antipodes de celle du Mediator®. Qui, précisément est responsable dans l’affaire de la Dépakine® ? Et qui le dira ?

On ajoutera que cet argumentaire est politiquement à haut risque dans la mesure où de très nombreuses associations viennent de se prononcer pour que l’on prenne enfin « Big Pharma par les cornes ». Marisol Touraine a par ailleurs précisé les modalités de la mission confiée au début de l’année à deux magistrats concernant les modalités des indemnisations. Ces magistrats vont notamment « se prononcer sur le mécanisme de l’indemnisation, sur la date à partir de laquelle on va considérer que l’information devait être donnée, c’est-à-dire la date à partir de laquelle les données scientifiques étaient bien connues, et sur les éventuelles responsabilités des uns et des autres ».

Rude et vaste travail confié à ces deux magistrats. Qui les conseille ? On espère pour eux qu’il n’auront pas à trop ergoter.

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1 « Chipoter », c’est aussi : Manger du bout des dents, lentement et sans appétit.  Nana chipota la viande, se contenta de sucer l’os (Zola, Nana,1880) ; Tâter, tripoter, examiner avec insistance et sans délicatesse. Où qu’elles s’amènent les crécelles pour chipoter la camelote, c’est plus qu’un massacre (Céline, Mort à crédit, 1936).

Quant à la chipoterie c’est une dispute sur des vétilles, souvent avec un esprit de chicane. Le système constitutionnel (…) c’est le gouvernement du juste-milieu, de la médiocrité, des chipoteries (Balzac, Petites misères de la vie conjugale,1846).

 

Cigarette électronique et paquet neutre : le gouvernement, cible de la convergence des luttes

 

Bonjour

Tabac et feux croisés sur Marisol Touraine et le gouvernement français. A droite les 25 000  buralistes ; à gauche les centaines de milliers (trois millions ?) de vapoteurs. Et dans les deux camps d’innombrables caisses de résonance. Tout cela sera mis en scène, dès aujourd’hui, par LCI et BFM TV puisque ce 20 mai correspond à l’arrivée des premiers paquets neutres dans les rayonnages à toxiques.

Chacun convient (sur scène ou en coulisse) que cette mesure sera totalement inefficace si elle n’est pas associée à une augmentation massive et durable des prix. Chacun sait que le gouvernement (et la majorité socialiste) ne veut pas de hausse des prix du tabac avant la fin du quinquennat – hausse que Marisol Touraine continue de porter (sic). Chacun sait, enfin, que les Français fument comme jamais. On continue, pour autant, de parler de « mesure phare », de « Programme national de réduction du tabagisme » et d’une France « mauvaise élève » (80 000 morts prématurées chaque année). Et la puissance publique de continuer à snober la cigarette électronique.

Buralistes et paquet neutre. Rien ne presse. A compter de ce 20 mai les géants du tabac ne doivent certes plus produire de paquets avec logo destinés au marché français. Mais leurs livraisons aux buralistes pourront durer jusqu’au  20 novembre (« écoulement des stocks… »).  Jusqu’au 1er janvier 2017, les paquets ennemis pourront donc coexister.

La Confédération des buralistes a annoncé, jeudi 19 mai, avoir déposé mercredi un recours contre le décret et l’arrêté d’application du paquet neutre, devant le Conseil d’Etat. Elle « demande un report de la mesure tant que l’ensemble des pays européens ne l’aura pas mis en place ». Japan Tobacco International et la Seita (filiale française du cigarettier britannique Imperial Tobacco) engage le même combat devant le Conseil d’Etat.

« Jusqu’ici, les tentatives des industriels ont échoué. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a validé le 4 mai la directive européenne permettant de renforcer la lutte contre le tabagisme, rappelle Le Monde (Pascale Santi.  Le Monde  A sa suite, la Haute Cour de justice britannique a ensuite débouté  Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobacco et Imperial Tobacco qui s’opposaient à la législation britannique sur l’instauration du paquet neutre, arguant d’une atteinte à la propriété intellectuelle. »

Les vapoteurs et la cigarette électronique. C’est la guerre. Après les espoirs nés du récent « 1er sommet de la vape », l’Association pour les utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce) dénonce une nouvelle fois avec force le fait que la cigarette électronique soit assimilée à un produit du tabac. Ce qu’à l’évidence elle n’est pas : c’est un outil qui peut, précisément, aider à sortir du tabac.

Or la directive instaure des règles sur le conditionnement, l’emballage, interdit certains additifs. Elle limite à 20 milligrammes par millilitre le contenu de nicotine dans le liquide de recharge, et à 2 millilitres pour les cartouches. Au-delà de ce seuil de 20 mg/ml, le produit est considéré comme un médicament. « Ces restrictions techniques imposées par cette réglementation ne servent qu’à protéger les produits peu efficaces des filiales de l’industrie du tabac », conteste l’Aiduce. Le monde le la vape envisage lui aussi des recours.

La Fivape (Fédération interprofessionnelle de la vape) converge dans la lutte :

« Alors que le consensus en faveur de l’e-cigarette la place au fil des mois comme un outil efficace dans la réduction des risques liés au tabagisme et dans la lutte contre le tabac, l’assimilation de la vape aux produits du tabac conventionnels, pour entre autres les mesures relatives à la publicité et à la propagande, relève du grotesque, par la mise sur un pied d’égalité du poison et de l’antidote ».

Poison et antidote

Toutes les associations françaises de lutte contre le tabagisme se rejoignent aujourd’hui pour reconnaître que « la cigarette électronique est une arme de réduction massive des risques mortels liés au tabac ». Le Collège royal de médecine britannique vient de conclure que la cigarette électronique est « essentielle et efficace » dans une politique de réduction du tabagisme. Ne pas confondre, en somme, le poison de la fumée et l’antidote de la vapeur

Marisol Touraine, on ne le dira jamais assez fort, continue à faire la sourde oreille. C’est à peine si, entre mille et une sorties médiatiques elle a, le 3 mai, sur Europe 1 consenti à déclarer : « Il vaut mieux ne pas fumer. Mais mieux vaut la cigarette électronique que la cigarette tout court. »  Que ne le dit-elle plus haut, plus fort, et au plus vite ?

A demain

Nucléaire : réapparition de l’abcès de Fessenheim; le principe de précaution remis en question

Bonjour

On l’avait presque oubliée : l’énergie nucléaire est de retour dans le paysage politique français de la santé publique. La dernière information en date est celle donnée par Emmanuelle Cosse. C’est aussi la première donnée par la nouvelle ministre du … Logement. Où l’on apprend que  la centrale de Fessenheim, doyenne du parc nucléaire français, sera bien fermée en 2016. Faut-il croire Mme Cosse en qui ne croient plus ses anciens amis écologistes qui l’accusent de haute trahison ? Mme Cosse fait ici publiquement état du calendrier que lui a « répété à plusieurs reprises » François Hollande, président de la République. On se souvient peut-être que ce dernier s’était engagé, s’il était élu à « fermer Fessenheim d’ici la fin 2016 ». « C’est ça, la date », a insisté l’ancienne chef de file d’Europe Ecologie-Les Verts, invitée le 6 mars de l’émission Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. 

Tourner un bouton

La ministre du Logement croit savoir que « le processus pour arrêter un réacteur [nucléaire] est assez simple ». C’est moins vrai des rouages et manettes politiques. L’Agence France Presse se souvient ainsi qu’en septembre dernier, François Hollande avait déclaré que la centrale du Haut-Rhin, en service depuis 1977, ne fermerait pas en 2016 comme prévu initialement, et contrairement à l’une de ses promesses électorales de 2012, en raison du retard pris par le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche). Mieux : Ségolène Royal ministre de l’Environnement et de l’Energie,  a demandé en octobre à EDF d’entamer la procédure de fermeture de Fessenheim d’ici à « la fin juin 2016 », en vue d’une fermeture effective en 2018. Car, « pour fermer deux réacteurs comme ceux de Fessenheim, il ne suffit par de tourner un bouton », avait-elle expliqué auparavant. Qui croire ? A qui parle Mme Cosse ?

Vendredi 4 mars, Berlin a réaffirmé haut et fort son souhait de voir fermer Fessenheim « le plus vite possible », invoquant un « risque sécuritaire » du fait de son ancienneté. Réplique immédiate de l’Autorité (française) de sûreté nucléaire (ASN) : « Du point de vue de la sûreté nucléaire, il n’y a pas de raison de fermer la centrale de Fessenheim ». L’ASN  jugeant son niveau de sécurité « globalement satisfaisant ».

« Une autre manière d’agir »

Mme Cosse, ministre du Logement parlait nucléaire que Jacques Repussard s’exprimait dans Le Journal du Dimanche. M. Repussard dirige (depuis 13 ans) l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Il remet aujourd’hui en question le principe de précaution maximale et propose, cinq ans après la catastrophe de Fukushima, « une autre manière d’agir ».

« Je crains qu’en cas d’accident nucléaire en France les décideurs n’appliquent un principe de précaution maximale, redoutant de possibles procès pour mise en danger de la santé. Le risque supplémentaire de cancer associé à quelques millisieverts en plus est très marginal. La doctrine en vigueur, qui considère qu’il n’y a pas de radioactivité sans risque sanitaire, crée une sorte de phobie surreprésentant le risque associé à une contamination radiologique, même faible, d’un territoire. » 

 Tirant les leçons de  Fukushima il constate qu’ « au Japon, des villages meurent sans raison radiologique ». « Des décisions administratives fondées sur une démarche de précaution purement radiologique pourraient entraîner un transfert de risques, avec des conséquences psychosociales, sanitaires et économiques élevées au final bien plus lourdes que celles de l’impact radiologique. Nous devons donc à mon sens faire bouger notre doctrine ».

Inacceptable

Ces quelques phrases ne sauraient suffire. Qu’est-ce qu’une « démarche de précaution purement radiologique » ? Jacques Repussard  devrait, en toute logique s’expliquer plus précisément, plus longuement. De quoi parle-t-il lorsqu’il évoque des « transferts de risques », des « conséquences plus lourdes que l’impact radiologique » ?  A partir de quand un impact radiologique n’est-il plus sanitairement acceptable ? La ministre du Logement pourrait-elle nous éclairer sur un tel sujet ?

A demain

 

Le burn-out écartèle la gauche plurielle. S’épuiser au travail est-il une maladie professionnelle ?

Bonjour

Tout, aujourd’hui déchire la gauche.  Pas un jour sans une nouvelle fissure, une nouvelle fracture. On le voit depuis peu sur le front du travail, ce mot-clef des forces de progrès. Confronté au chômage de masse et à ses innombrables pathologies, le gouvernement vient de mettre au feu un « assouplissement » du code du travail applaudi par la droite. Une toute jeune ministre fraîchement nommée (Myriam El Khomri), met le feu aux poudres (article 49-3) . Aussitôt la poudrière gouvernementale prend feu , Ségolène Royal, Marisol Touraine et Jean-Marc Ayrault faisant soudain acte de dissidence ouverte.

C’est en marge de cette affaire naissante qu’apparaît un autre abcès : celui du « burn-out »1. La collectivité doit-elle ou non le considérer comme une maladie professionnelle, l’indemniser comme tel ? C’est un abcès économique, politique, philosophique. Il prend la forme d’une proposition de loi symptomatique signée de Benoît Hamon, longtemps ministre, ministre démissionnaire, ancien porte-parole du Parti socialiste, aujourd’hui député (Parti socialiste, Yvelines).

Le mal de notre temps

M.Hamon vient de déposer une proposition de loi « visant à faciliter la reconnaissancedu syndrome dépuisement professionnel en tant que maladie professionnelle ». Il le fait avec un petit groupe d’élu(e)s socialistes et écologistes chaque jour un peu plus opposé(e)s au gouvernement de Manuel Valls et au président François Hollande. Au point où l’on en viendrait à se demander si cette initiative n’est pas, aussi, une manière d’exister médiatiquement dans un paysage de plus en plus mouvementé. Extrait de l’exposé des motifs :

« En France 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de « burn-out » [Étude du cabinet Technologia, publiée en mai 2014] ou syndrome d’épuisement professionnel. Ce syndrome frappe sans distinction, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé. Il est la conséquence d’un trop plein de travail, d’un trop plein de pression qui mènent des hommes et des femmes à l’effondrement.

La mondialisation économique a profondément bouleversé le fonctionnement des entreprises. Confrontées à une compétition désormais mondiale, les entreprises se sont adaptées. Très vite, de nouvelles formes de management et d’organisation du travail ont transformé en profondeur le quotidien de millions de salariés, soumettant ceux-ci à des évaluations de performance de plus en plus exigeantes. Les nouvelles technologies ont accéléré le mouvement, maintenant le lien entre les individus et leur travail bien au delà du temps réel passé dans l’entreprise.

Ce travail, qui colonise la vie, est souvent la première étape d’un processus qui s’achève par des pathologies physiques et psychiques lourdes et durables. La souffrance au travail est le mal de notre temps, comme l’exploitation des femmes et des enfants ou les conditions d’hygiène et de sécurité des travailleurs ont été la face sombre de la révolution industrielle au XIXe siècle. »

Cesser d’escamoter

On attendait, ministre en titre, Myriam El Khomri. Ce fut Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis mai 2012 et invitée le 21 février du « Grand Jury » RTL- Le Figaro-LCI.  « Il est temps de regarder les choses en face. La souffrance au travail, c’est une réalité que l’on ne peut plus escamoter a déclaré Mme Touraine.  Benoît Hamon a raison d’alerter sur ce sujet, mais avant d’en faire une maladie professionnelle, il faut définir ce que c’est que cette maladie ».

C’est pourquoi la  ministre de la Santé souhaite mettre en place « un groupe de travail » réunissant médecins, experts et chercheurs pour définir médicalement le burn-out. Ce n’est pas la première fois que Marisol Touraine et le gouvernement traitent du burn out.  Fin juin 2015 la ministre de la Santé expliquait  souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat venait alors de la retirer  de la liste des maladies professionnelles. Peu avant les députés avaient  adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

Brouillard nosographique

Puis en juillet François Rebsamen  (alors ministre du travail) concluait  brutalement l’affaire : la loi sur le dialogue social comprendrait « un début de reconnaissance » du burn-out. Pour autant le « syndrome d’épuisement professionnel » ne figurerait pas « au tableau des maladies professionnelles ». En août cette loi tait promulguée. Six mois plus tard voici à nouveau l’impossible ouvrage remis sur le vieux métier.

L’Académie de médecine ne sera guère utile aux socialistes frondeurs et aux écologistes : elle vient de réclamer davantage de recherches sur ce concept flou empruntant, médicalement, à une nosographie dans le brouillard. Sans parler des chiffres avancés : entre 30 000 et trois millions de personnes touchées.

A demain

1 Une petite somme sur le sujet :  « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  (9 euros-Que sais-je ?)  L’auteur travaille au centre de recherche sur les risques et les crises des Mines Paris Tech.

 

Marisol Touraine défie Michel Sapin: elle veut une hausse du prix du tabac avant la fin du quinquennat

 

Bonjour

Qui croire ? Où est la vérité ? Qui dit le vrai ? Mardi 16 février Michel Sapin, ministre des Finances et proche de François Hollande, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin. M. Bourdin, journaliste qui officie sur RMC-BFMTV bouscule quelque peu le ministre sur la question du tabac et de son prix. Cela donne ceci :

« Est-ce que le prix des cigarettes, du tabac, va augmenter en France ?

  • On a voté cette question-là à la fin de l’année 2015 pour 2016… il n’y aura pas d’augmentation du prix du tabac
  • Vous vous rendez compte… Cela encourage la consommation…
  • Non ….
  • Excusez-moi… Tous ceux qui se battent contre le tabac le disent…
  • En sens inverse nous avons mis en place quelque chose de très nouveau – qui a d’ailleurs fait réagir un certain nombre de personnes et qui s’appelle le paquet neutre. Le choix qu’a fait le gouvernement, c’est pas la même année et le paquet neutre et une augmentation (sic)
  • Donc aucune augmentation …
  • Pour l’année 2016… 
  • Aucune augmentation avant la présidentielle…
  • Ah j’en sais rien… Mais pour l’année 2016
  • Mais moi je vous le dit… ! Pas avant la présidentielle… Il y a un calendrier !
  • On va prendre les choses dans l’ordre… ça se discute dans une loi de finances…

« Faire feu de tout bois »

Aujourd’hui 21 février Marisol Touraine est l’invitée de  l’émission Le Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. Cela donne ceci :

« La ministre de la Santé s’est montrée favorable à une nouvelle augmentation du prix du tabac. En plus de l’entrée en vigueur du paquet neutre prévue pour le 20 mai prochain, Marisol Touraine explique qu’elle « souhaite toujours qu’il y ait une augmentation forte et significative du prix du tabac avant la fin du quinquennat ».

« À la question de savoir si elle souhaitait que le prix d’un paquet de cigarettes puisse monter à 10 euros, elle répond par l’affirmative. « Oui, bien sûr le plus vite possible, je ne sais pas quand, et ce n’est pas à l’horizon de ce quinquennat que le paquet sera à dix euros, mais oui », a-t-elle précisé après avoir expliqué que c’était pour elle « difficile à entendre ».

« J’ai toujours dit que si on veut lutter contre le tabac il faut faire feu de tout bois (sic), il faut y aller franchement, on ne peut pas continuer comme ça et se résigner (…). Le prix du tabac est un enjeu de santé publique », a-t-elle poursuivi. »

Grand n’importe quoi

Ni Michel Sapin, ni Marisol Touraine ne reviennent sur les engagements tarifaires anti-tabac pris en février 2014 par le président de la République- engagements jamais tenus 1. Jamais le Premier ministre ne s’exprime sur un sujet de santé publique qui engage au premier chef le gouvernement. Le ministre des Finances dit qu’il n’y aura pas de hausse des prix, la ministre de la Santé  dit son souhait d’une hausse forte et significative avant la fin du quinquennat.

« Manifestement, la ministre de la Santé ne croit pas beaucoup elle-même en l’efficacité du paquet neutre en soi. Et cette soudaine surenchère sur les prix de la ministre montre une nouvelle fois comment la politique anti-tabac n’est absolument pas maîtrisée par ceux qui en ont la charge. Du grand n’importe quoi » peut-on lire sur le site des buralistes. Qui croire ? Où est la vérité ? Qui dit le vrai ?

A demain

 1 Les députés avaient rejeté en octobre 2015 toute hausse des prix du tabac, suivant ainsi la volonté du gouvernement. La dernière hausse du prix des cigarettes remonte à janvier 2014. Elle a porté le prix du paquet le moins cher à 6,50 euros, et celui du plus cher, pour la marque la plus vendue (Marlboro), à 7 euros.