Sperme et PMA : si les importations sont licites, à quoi sert la loi française de bioéthique ?

Bonjour

Que retenir, en résumé, du long monologue jupitérien ? L’interdiction faite, désormais, aux pauvres de jeter des pierres sur les « premiers de cordée » (« sinon c’est toute la cordée qui dégringole »). Et le refus de tirer à boulets rouges sur celles et ceux qui ne partagent pas les convictions présidentielles sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou homosexuelles. Car si le discours ne varie pas sur le fond le ton, lui, a bien changé. A commencer par cette précision de taille : si elle devait se faire l’ouverture des indications de PMA des outils juridiques devraient prévenir une évolution mécanique vers la GPA à laquelle Emmanuel Macron affirme avec une plus grande clarté être totalement opposé.

Pour le reste, gant de velours : « Le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences » ; « sujet complexe qui heurte les convictions philosophiques et religieuses ». Et volonté réitérée d’obtenir, en 2018, un climat apaisé seul garant d’un débat de qualité. Comment Emmanuel Macron apaisera-t-il les passions qui enflamment, sur ce sujet, Mmes Marlène Schiappa, jeune secrétaire d’Etat, Irène Théry, sociologue militante médiatisée et Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ».

Insémination artificielle à domicile

C’est dans ce contexte qu’un autre mouvement radicalisé (« L’AVenir pour Tous ») vient d’annoncer à ses ouailles « avoir découvert sur internet que l’auto-reproduction (…) est bien une réalité consommée depuis les années 1990 et son développement via internet. En effet, l’insémination à domicile avec donneur anonyme est pratiquée et commercialisée depuis le Danemark (première banque de sperme au monde) dans plus de 100 pays dont … la France. Et ce depuis 30 ans ! ».

A dire vrai le sujet est loin d’être nouveau qui était abordé il y a quelques jours dans un documentaire diffusé sur Arte : « Bébés sur mesure ».  Pour autant il s’agit bien d’un sujet essentiel qui soulève, en France, une série de questions juridiques, médicales et éthique hautement dérangeantes et, à ce titre, régulièrement occultées. Où l’on reparle de la firme danoise Cryos International spécialisée dans le commerce de paillettes de sperme congelé. Cryos dont Libé livrait un portrait il y a dix ans déjà « Sperme de luxe ».

Cryos International, donc, ses « donneurs », la « sélection » de ses derniers, les « réservations », les « tarifs » et son mode d’emploi pour la livraison et l’insémination à domicile . Avec ces précisions :

« Expédiez-vous du sperme de donneur à des clients privés dans le monde entier pour des inséminations à domicile ?

– Oui. Cryos est une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et cellules humains. À ce titre Cryos peut expédier du sperme de donneur ayant fait l’objet de tests de dépistage à des clients privés à des fins d’insémination à domicile, quelles que soient leur situation matrimoniale et leur orientation sexuelle. Toutefois nous recommandons toujours à tous nos clients d’être suivis par un médecin. De nombreux facteurs peuvent influer sur le résultat d’une insémination artificielle, comme les examens médicaux, le diagnostic, les analyses, le moment choisi, la stimulation hormonale ou les autres traitements médicamenteux. Un traitement est généralement plus efficace s’il est réalisé par un médecin ou dans une clinique, et présente un taux de réussite trois ou quatre fois supérieur par cycle. Le traitement peut prendre la forme d’une insémination intra-utérine (insémination directement dans la cavité utérine avec du sperme purifié) ou d’une FIV (fécondation in vitro). Ces deux méthodes ne peuvent être réalisées que par un médecin ou dans une clinique.

Le sperme de donneur est du même standard de la même qualité que celle fourni aux médecins et aux établissements de procréation médicalement assistée.

Ai-je légalement le droit d’importer du sperme de donneur?

L’Union européenne forme un espace sans frontière et la libre circulation des marchandises est garantie. Cependant, vous êtes tenu(e) de respecter la législation nationale concernant l’importation et l’utilisation des marchandises. »

Le sperme est-il une marchandise ? Que dit la législation française sur la question de l’importation des gamètes ? Qui interdit, en pratique, à des femmes seules ou homosexuelles françaises d’avoir recours à un tel service ? Et si rien ne l’interdit pourquoi modifier la loi ? Nous allons, sur ce sujet, interroger l’Agence de la biomédecine.

A demain

Schiappa-Collomb : le gouvernement  se divise ouvertement sur la « PMA pour toutes » 

Bonjour

Silence jupitérien mais rétropédalage gouvernemental. Il faut d’urgence effacer ce qu’avait pu annoncer, le 12 septembre dernier, Marlène Schiappa. La jeune et controversée secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV avec un message à passer :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à « toutes les femmes » sera proposée en 2018 par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique. L’ « engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait respecté dès l’an prochain sur les bases de l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

C’était, disions-nous alors, un nouveau ballon d’essai. Moins d’une semaine plus tard le ballon s’est dégonflé. Et Marlène Schiappa a dû reprendre la parole pour, douloureux exercice, publiquement se corriger. « PMA pour toutes » ou « PMA sans père » ? Où l’on voit que, comme dans l’ancien monde, le gouvernement actuel est plus que divisé sur cette question sociétale. Invité le 17 septembre du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur ne cache pas être dans le camp des opposants.

Ne pas heurter les consciences

L’ancien maire du vieux Lyon catholique (et très proche du président de la République) estime que cette modification de la loi de bioéthique « pose sans doute un certain nombre de problèmes ». « Il faudra mettre des garde-fous », a-t-il osé ajouter – allant même jusqu’à évoquer des « lois sensibles qui peuvent heurter les consciences ». Invité à préciser s’il soutiendrait cet engagement de campagne de l’actuel président Gérard Collomb a répondu : « Je proposerai que l’on puisse résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels. » « Pour moi, la priorité est toujours économique et sociale », a conclu l’ancien maire de Lyon.

Le même dimanche, invitée de l’émission Dimanche en politique sur France 3, Marlène Schiappa a mangé son chapeau en annonçant que seul le calendrier de la réforme serait connu en 2018. « Nous ne sommes pas en train de débattre, pour l’instant, de la PMA. La PMA, ce n’est pas notre actualité, ce sera au moment des Etats généraux de la bioéthique, a-t-elle précisé. En 2018, a priori fin 2018, il y aura des Etats généraux de la bioéthique, dans le cadre de la loi bioéthique. Dans ce cadre, nous débattrons effectivement de la PMA et le gouvernement proposera d’ouvrir la PMA. Le calendrier précis sera exposé à ce moment-là. La PMA sera adoptée avant la fin du quinquennat, c’est un engagement du président. » Silence du Premier ministre.

Mme Schiappa aura donc, cette fois, omis de préciser que cette adoption supposait que le problème du chômage soit résolu. Appelé à jouer les pompiers volants Christophe Castaner, porte-parole a fait savoir que le gouvernement suivrait l’avis de la CCNE en cherchant « le plus large consensus » et en évitant toute « crispation ». Or les crispations sont bel et bien déjà là. Ludivine de La Rochère (la « Manif pour tous »)  qui lutte contre la  « PMA sans père » conseille à Emmanuel Macron de s’épargner un débat « inutile ». A l’opposé, dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif d’associations réclamait il y a quelques jours que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la PMA aux femmes lesbiennes et célibataires. Entre Marlène Schiappa et Gérard Collomb, que choisira, demain, le maître des horloges élyséennes ?

A demain

Connaissiez-vous Benoît H., spécialiste politique du burn out et des perturbateurs endocriniens ?

 

Bonjour

C’était il y a un an. Personne ne songeait plus à François Fillon et François Hollande était le candidat naturel à sa reconduction. Le burn out, alors, écartelait la gauche plurielle.

C’était il y a un an. Février 2016. Tout, déjà, déchirait la gauche. Pas un jour sans une nouvelle fissure, une nouvelle fracture. On le voyait depuis peu sur le front du travail, ce mot-clef des forces de progrès. Confronté au chômage de masse et à ses innombrables pathologies, le gouvernement venait de mettre au feu avec un « assouplissement » du code du travail applaudi par la droite. Une toute jeune ministre fraîchement nommée (Myriam El Khomri), jouait avec des allumettes (article 49-3).

En marge de cette affaire naissante gonflait un autre abcès : celui du « burn-out »1. La collectivité devait-elle ou non le considérer comme une maladie professionnelle, l’indemniser comme tel ? Un abcès économique, politique, philosophique. Il prenait alors la forme d’une proposition de loi symptomatique signée de Benoît Hamon, longtemps ministre, ministre démissionnaire, ancien porte-parole du Parti socialiste, alors député (Parti socialiste, Yvelines). M. Hamon venait de déposer une proposition de loi « visant à faciliter la reconnaissancedu syndrome dépuisement professionnel en tant quemaladie professionnelle ». Il le faisait avec un petit groupe d’élu(e)s socialistes et écologistes chaque jour un peu plus opposé(e)s au gouvernement de Manuel Valls et au président François Hollande. La liste n’est pas, aujourd’hui, sans intérêt 2. Et nous, naïvement, de postuler qu’il s’agissait peut-être, d’une manière d’exister médiatiquement dans un paysage de plus en plus mouvementé. Extrait de l’exposé des motifs de Benoît Hamon :

Vie colonisée

« En France 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de « burn-out » [Étude du cabinet Technologia, publiée en mai 2014] ou syndrome d’épuisement professionnel. Ce syndrome frappe sans distinction, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé. Il est la conséquence d’un trop plein de travail, d’un trop plein de pression qui mènent des hommes et des femmes à l’effondrement.

La mondialisation économique a profondément bouleversé le fonctionnement des entreprises. Confrontées à une compétition désormais mondiale, les entreprises se sont adaptées. Très vite, de nouvelles formes de management et d’organisation du travail ont transformé en profondeur le quotidien de millions de salariés, soumettant ceux-ci à des évaluations de performance de plus en plus exigeantes. Les nouvelles technologies ont accéléré le mouvement, maintenant le lien entre les individus et leur travail bien au-delà du temps réel passé dans l’entreprise.

Ce travail, qui colonise la vie, est souvent la première étape d’un processus qui s’achève par des pathologies physiques et psychiques lourdes et durables. La souffrance au travail est le mal de notre temps, comme l’exploitation des femmes et des enfants ou les conditions d’hygiène et de sécurité des travailleurs ont été la face sombre de la révolution industrielle au XIXe siècle. »

Il y a un an on attendait, ministre en titre, Myriam El Khomri. Ce fut Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis mai 2012 et invitée le 21 février du « Grand Jury » RTL- Le Figaro-LCI.  « Il est temps de regarder les choses en face. La souffrance au travail, c’est une réalité que l’on ne peut plus escamoter a déclaré Mme Touraine.  Benoît Hamon a raison d’alerter sur ce sujet, mais avant d’en faire une maladie professionnelle, il faut définir ce que c’est que cette maladie ».

Perturbateurs endocriniens

C’est pourquoi la ministre de la Santé souhaitait mettre en place « un groupe de travail » réunissant médecins, experts et chercheurs pour définir médicalement le burn-out. Ce n’était pas la première fois que Marisol Touraine et le gouvernement traitaient du burn out.  Fin juin 2015 la ministre de la Santé expliquait  souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat venait alors de la retirer  de la liste des maladies professionnelles. Peu avant les députés avaient adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

Puis en juillet 2005 François Rebsamen  (alors ministre du travail) concluait  brutalement l’affaire : la « loi sur le dialogue social » comprendrait « un début de reconnaissance » du burn-out. Pour autant le « syndrome d’épuisement professionnel » ne figurerait pas « au tableau des maladies professionnelles ». En août 2015 cette loi tait promulguée. Six mois plus tard l’impossible ouvrage était remis sur le vieux métier par un certain Benoît Hamon.

Un an après le paysage a, on le sait, bien changé. François Rebsamen a disparu. Manuel Valls, Marisol Touraine et Myriam El Khomri ne seront bientôt plus ministres, ni François Hollande président. Quant à Benoît Hamon, frondeur modeste, il trône. Il reparle, régulièrement, du contenu de sa proposition de loi mais aussi des « perturbateurs endocriniens » 3. C’est le seul de sa catégorie à s’intéresser à ce sujet d’avenir. C’est le seul, aussi, à parler de futur désirable et désiré.

A demain

1 Une petite somme sur le sujet :  « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  (9 euros-Que sais-je ?)

2 Régis JUANICO, Cécile DUFLOT, Jean-Marc GERMAIN, Delphine BATHO, Laurence DUMONT, Christian PAUL, Carole DELGA, Olivier DUSSOPT, Michèle DELAUNAY, Alexis BACHELAY, Colette CAPDEVIELLE, Jean-Louis ROUMÉGAS, Kheira BOUZIANE-LAROUSSI, Sandrine DOUCET, Gwenegan BUI, Isabelle ATTARD, Jean-Jacques VLODY, Fanny DOMBRE-COSTE, Sergio CORONADO, Dominique CHAUVEL, Pascal CHERKI, Chaynesse KHIROUNI, Guy DELCOURT, Martine LIGNIÈRES-CASSOU, Guillaume GAROT, Audrey LINKENHELD, Jean-Pierre BLAZY, Barbara ROMAGNAN, Michel POUZOL, Danielle AUROI, Jacques CRESTA, Pascale GOT, Pierre-Yves LE BORGN’, Geneviève GOSSELIN-FLEURY, Pascal TERRASSE, Sandrine MAZETIER, Florence DELAUNAY, Arnaud LEROY, Christophe PREMAT, Serge BARDY, Chantal GUITTET, Michel FRANÇAIX, Jean-Pierre LE ROCH, Philippe BAUMEL, Jean-Luc BLEUNVEN, Jean-Pierre DUFAU, Philip CORDERY, Geneviève GAILLARD, Édith GUEUGNEAU, Frédéric ROIG, Jean-René MARSAC, Stéphane TRAVERT, Yves DANIEL, Mathieu HANOTIN, Robert OLIVE, Monique RABIN, Philippe NOGUÈS, Jean-Luc LAURENT, Fanélie CARREY-CONTE, Paul MOLAC, Michèle BONNETON, Jean-Pierre ALLOSSERY, Isabelle BRUNEAU, Linda GOURJADE, Christophe BORGEL, Jean-Michel VILLAUMÉ, Marie-Anne CHAPDELAINE, Sébastien DENAJA, Pouria AMIRSHAHI, Marie LE VERN, Sylviane ALAUX, Jean-Louis TOURAINE, Jean-Louis DESTANS, Brigitte ALLAIN, Laurent BAUMEL, Véronique MASSONNEAU, Michel LESAGE, Thomas THÉVENOUD, Lucette LOUSTEAU, Annie LE HOUEROU, Razzy HAMMADI, Laurent KALINOWSKI.

3 Sur ce thème, indispensable : « Le cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale » de Barbara Demeneix (Odile Jacob, 2016)

 

 

Délices politiques : après le «chipoter» de Touraine, le «chochottes» de Juppé

Bonjour

Lacan Jacques n’a pas précisé si, chez les politiques aussi, l’inconscient était comme un langage structuré. Reste que certains de leurs mots en disent long sur leur volonté, leur âge, leur CSP. Il y avait eu, début septembre, le désormais célèbre « chipoter », verbe assez familier (premier degré) de Marisol Touraine.

« Chipoter » que la ministre de la Santé, ennemie du tabac,  avait préférer à « mégoter ». Elle s’exprimait alors au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Et parlait de la future indemnisation des quelques milliers de victimes de la Dépakine®. Un dossier de quelques milliards d’euros. L’Etat ne saurait chipoter, ne chipotera pas.

La gomme est mise

Aujourd’hui c’est au tour d’Alain Juppé, 71 ans, énarque, agrégé de lettres classiques et candidat pour un seul quinquennat à la Présidence de la République. Les tours de pistes imposés par la « Primaire de la Droite et du Centre » l’avaient conduit à user de termes rarement usités par les plus jeunes des futurs électeurs. Il y eut ainsi le délicieux Prisunic®, enseigne disparue au tournant du millénaire. Une boulette dont il s’était expliqué le lendemain sur RTL. Il avait alors « battu sa coulpe » et juré vivre dans notre monde, le vrai monde, le monde réel :

« Je voudrais vous rassurer tout à fait. Je fais mes courses moi-même à Bordeaux. Je ne vais pas à Prisunic, je vais à Monoprix, je vais à Auchan®, je vais à Simply® et Carrefour Market®. (…) Je vis dans le monde réel et je fais la queue à la caisse de ces magasins (…) de ces superettes de proximité. »

Puis, rebondissement. Après le choc Fillon une rumeur circula : Juppé avait envisagé de « jeter l’éponge ». Rumeur tuée dans l’œuf : « Je n’ai jamais hésité une seconde à continuer le combat assura l’intéressé au 20 Heures de France 2. Je vais mettre toute la gomme. »

« Mettre la gomme » ? Ce fut jadis, au temps des moteurs à explosions,  une expression assez populaire  signifiant que l’on allait « accélérer l’allure », « se dépenser dans une activité ». Cette formule était déjà datée au milieux du siècle passé comme en témoigne le roman Tournez jolies gosses de Paul Vialar paru en 1956 : « [dans l’auto(…). Le garçon mettait, comme on disait, ‘’toute la gomme’’ ».

 Flaubert revisité

Sommes-nous passés de gomme à « gommeux » ? Mystère et boule de. Hier 23 novembre, à la veille d’un face à face tragique Alain Juppé à osé un « chochotte » de derrière les fagots. C’était à la messe du 20 heures de TF1. :

« Je n’ai jamais attaqué en dessous de la ceinture, j’ai posé des questions pour demander des clarifications. J’en ai d’autres. Sur la santé, par exemple. François Fillon veut-il vraiment que les infirmières dans les hôpitaux travaillent demain 39 heures payées 37 ? (…) Disons des choses crédibles, sérieuses, qui sont réalistes, plutôt que d’annoncer des choses qu’on ne fera pas. (…) Il ne faut pas avoir l’épiderme trop sensible… Il ne faut pas jouer les chochottes ».

Dans la même séquence le candidat Juppé a argué avoir subi des attaques d’une rare bassesse  évoquant notamment des « scuds » et une « campagne dégueulasse ».

« Sous la ceinture » ? « Chochotte » ? En anglais se dit  sissywusspansy voire pansy. En français,  évoque un garçon chouchouté, douillet, maniéré. On parle aussi de tendance bêcheuse, snob, mijaurée voire chichiteuse.

Alain Juppé ou Flaubert revisité : « Prisunic® : supérette de quartier, existait au siècle passé ». « Gomme : jadis, on en mettait ». « Chochotte : sutout, ne pas les jouer ».

A demain

François Hollande ferait un geste en faveur des buralistes. Rien pour la cigarette électronique

 

Bonjour

L’idée est dans l’air. Ces mots, glanés dans les indiscrets de L’Express du jour :

« Du bon tabac. François Hollande surveille de près la renégociation du contrat d’avenir (sic) entre les buralistes et Bercy, avec une idée en tête : pas de vagues à l’approche de l’élection présidentielle. La discussion doit s’achever d’ici la fin de l’année et pourrait porter notamment, sur un meilleur ciblage des aides financières ainsi que sur une augmentation de la rémunération des professionnels. »

 Il y a quelques jours le site des buralistes soulignait que Michel Sapin avait annoncé au « Grand Jury RTL / LCI/ Le Figaro » qu’il n’y aurait pas d’augmentation de taxes du tabac. Pas de vagues.  Et le site ajoutait que RTL annonçait  que le Président de la République souhaitait un geste marquant en faveur des buralistes : « François Hollande aurait décidé de s’attaquer aux géants du tabac tout en soutenant les buralistes en vue de l’arrivée du fameux paquet neutre ».

Bruno Le Roux applaudit

Ce serait un consensus antivagues pré-électorales  : François Hollande souhaiterait tout simplement une réduction des marges des cigarettiers au profit des buralistes tout en imposant un marquage des paquets pour réduire la contrefaçon. La décision aurait été prise par le chef de l’Etat lors d’une réunion à l’Élysée il y a quinze jours. L’idée serait de compenser le surcroît de travail représenté, pour les buralistes, par le paquet neutre.

François Hollande n’est pas seul à voler au secours de ceux qui vendent, pour l’Etat, du tabac à des esclaves fumeurs. Il faut aussi compter avec Bruno Le Roux, fidèle président du Groupe Socialiste à l’Assemblée nationale. Le 8 septembre il publiait un communiqué explicite ; il partage, approuve et applaudit la tribune, publiée le même jour dans  Les Échos, par Bernard Gasq, président des buralistes d’Ile-de-France, Oise et Seine-Maritime. A savoir :

 « Vente exclusive du tabac et des jeux dans les bureaux de tabac, hausse de la rémunération à 11% du prix d’un paquet de cigarettes, meilleure sécurité des bureaux de tabac, plan de lutte contre le commerce parallèle de tabac et plan pour une plus grande diversification ».

Euphémisme

On rappellera (pour mémoire) que François Hollande a solennellement annoncé, le 4 février 2014, le lancement d’un « Plan national de réduction du tabagisme », qu’aucune hausse du prix du tabac n’est intervenue sous son quinquennat et que, depuis, la consommation de tabac n’a cessé d’augmenter. Sans oublier que rien n’a été fait (euphémisme) pour promouvoir le recours à la cigarette électronique dans le cadre d’une politique de réduction des risques tabagiques (80 000 mors prématurées par an).

 Pluraliste, le site des buralistes cite aujourd’hui  Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction qui vient de sortir un kit pratique « Jeunes et Tabac ». Invité d’Europe 1 Midi  Jean-Pierre Couteron, membre actif de SOS Addictions a rappelé que, parmi les conseils prodigués, les addictologues préconisent la cigarette électronique aux mineurs fumeurs afin d’éviter la cigarette classique.

Il ne s’agit pas là d’encourager les praticiens à violer la loi mais bien de « laisser une place à la réduction des risques ».  Les buralistes (qui ne rechignent pas à vendre du tabac à des mineurs) font observer que la cigarette électronique est interdite à la vente aux moins de 18 ans.

A demain

 

Indemniser les victimes de la Dépakine® ? Marisol Touraine a utilisé le verbe «chipoter»

Bonjour

« Chipoter ». C’est le verbe assez familier (premier degré) utilisé par Marisol Touraine. Elle aurait pu dire « mégoter » 1. La ministre de la Santé s’exprimait aujourd’hui  au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Il s’agissait ici de l’indemnisation (par l’Etat) des quelques milliers de victimes de la Dépakine®.

« Chipoter » ? Est-ce pour mieux se faire comprendre de la population ? Elle aurait aussi pu user d’ « ergoter », de « marchander », de « discuter avec mesquinerie », de « chicaner ». Non, c’est acté : l’Etat « ne chipotera pas ». On entend déjà la joie des avocats. Pour autant d’autres tremblent. Car ce même Etat se retournera vers d’autres responsables, si autres responsables il y a. Tous les yeux sont tournés vers le groupe français Sanofi – qui a déjà assuré de jamais avoir failli.

Gérard Bapt retoqué

Mais encore ? L’Etat français s’auto flagellera-t-il pour ne pas avoir su bâtir une « Agence du médicament » suffisamment vigilante ? Ira-t-il jusqu’à poursuivre des prescripteurs peu regardants ou n’ayant pas su suffisamment échanger avec leurs patientes épileptiques ou bipolaires ? Nul ne sait. Pour l’heure cela donne :

« Il faut que les victimes soient indemnisées rapidement et simplement. On ne va pas chipoter. Et s’il pense que d’autres responsables que l’Etat sont en jeu, alors il va se retourner contre eux. »

On savait qu’un fonds d’indemnisation sera voté au Parlement d’ici à la fin de l’année pour ces victimes. Mais on sait aussi, désormais, que l’idée d’un financement de ce fonds via une taxe sur tous les produits de santé est retoquée. Cette idée avait été préconisée il y a quelques jours par le député (socialiste) Gérard Bapt.  Marisol Touraine, contre toute attente, estime que cette solution ne serait « ni très juste, ni très morale ».

Argumentaire risqué

Comment cela ? « Je suis pour que ceux qui sont responsables paient et pas pour que tout le monde mette au pot » a expliqué la ministre de la Santé en citant l’exemple de la responsabilité du laboratoire Servier dans le scandale du Mediator®. Cet argumentaire est d’autant plus curieux que tout le monde s’accorde pour dire que, précisément, l’affaire de la Dépakine® est structurellement aux antipodes de celle du Mediator®. Qui, précisément est responsable dans l’affaire de la Dépakine® ? Et qui le dira ?

On ajoutera que cet argumentaire est politiquement à haut risque dans la mesure où de très nombreuses associations viennent de se prononcer pour que l’on prenne enfin « Big Pharma par les cornes ». Marisol Touraine a par ailleurs précisé les modalités de la mission confiée au début de l’année à deux magistrats concernant les modalités des indemnisations. Ces magistrats vont notamment « se prononcer sur le mécanisme de l’indemnisation, sur la date à partir de laquelle on va considérer que l’information devait être donnée, c’est-à-dire la date à partir de laquelle les données scientifiques étaient bien connues, et sur les éventuelles responsabilités des uns et des autres ».

Rude et vaste travail confié à ces deux magistrats. Qui les conseille ? On espère pour eux qu’il n’auront pas à trop ergoter.

A demain

1 « Chipoter », c’est aussi : Manger du bout des dents, lentement et sans appétit.  Nana chipota la viande, se contenta de sucer l’os (Zola, Nana,1880) ; Tâter, tripoter, examiner avec insistance et sans délicatesse. Où qu’elles s’amènent les crécelles pour chipoter la camelote, c’est plus qu’un massacre (Céline, Mort à crédit, 1936).

Quant à la chipoterie c’est une dispute sur des vétilles, souvent avec un esprit de chicane. Le système constitutionnel (…) c’est le gouvernement du juste-milieu, de la médiocrité, des chipoteries (Balzac, Petites misères de la vie conjugale,1846).

 

Cigarette électronique et paquet neutre : le gouvernement, cible de la convergence des luttes

 

Bonjour

Tabac et feux croisés sur Marisol Touraine et le gouvernement français. A droite les 25 000  buralistes ; à gauche les centaines de milliers (trois millions ?) de vapoteurs. Et dans les deux camps d’innombrables caisses de résonance. Tout cela sera mis en scène, dès aujourd’hui, par LCI et BFM TV puisque ce 20 mai correspond à l’arrivée des premiers paquets neutres dans les rayonnages à toxiques.

Chacun convient (sur scène ou en coulisse) que cette mesure sera totalement inefficace si elle n’est pas associée à une augmentation massive et durable des prix. Chacun sait que le gouvernement (et la majorité socialiste) ne veut pas de hausse des prix du tabac avant la fin du quinquennat – hausse que Marisol Touraine continue de porter (sic). Chacun sait, enfin, que les Français fument comme jamais. On continue, pour autant, de parler de « mesure phare », de « Programme national de réduction du tabagisme » et d’une France « mauvaise élève » (80 000 morts prématurées chaque année). Et la puissance publique de continuer à snober la cigarette électronique.

Buralistes et paquet neutre. Rien ne presse. A compter de ce 20 mai les géants du tabac ne doivent certes plus produire de paquets avec logo destinés au marché français. Mais leurs livraisons aux buralistes pourront durer jusqu’au  20 novembre (« écoulement des stocks… »).  Jusqu’au 1er janvier 2017, les paquets ennemis pourront donc coexister.

La Confédération des buralistes a annoncé, jeudi 19 mai, avoir déposé mercredi un recours contre le décret et l’arrêté d’application du paquet neutre, devant le Conseil d’Etat. Elle « demande un report de la mesure tant que l’ensemble des pays européens ne l’aura pas mis en place ». Japan Tobacco International et la Seita (filiale française du cigarettier britannique Imperial Tobacco) engage le même combat devant le Conseil d’Etat.

« Jusqu’ici, les tentatives des industriels ont échoué. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a validé le 4 mai la directive européenne permettant de renforcer la lutte contre le tabagisme, rappelle Le Monde (Pascale Santi.  Le Monde  A sa suite, la Haute Cour de justice britannique a ensuite débouté  Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobacco et Imperial Tobacco qui s’opposaient à la législation britannique sur l’instauration du paquet neutre, arguant d’une atteinte à la propriété intellectuelle. »

Les vapoteurs et la cigarette électronique. C’est la guerre. Après les espoirs nés du récent « 1er sommet de la vape », l’Association pour les utilisateurs de cigarette électronique (Aiduce) dénonce une nouvelle fois avec force le fait que la cigarette électronique soit assimilée à un produit du tabac. Ce qu’à l’évidence elle n’est pas : c’est un outil qui peut, précisément, aider à sortir du tabac.

Or la directive instaure des règles sur le conditionnement, l’emballage, interdit certains additifs. Elle limite à 20 milligrammes par millilitre le contenu de nicotine dans le liquide de recharge, et à 2 millilitres pour les cartouches. Au-delà de ce seuil de 20 mg/ml, le produit est considéré comme un médicament. « Ces restrictions techniques imposées par cette réglementation ne servent qu’à protéger les produits peu efficaces des filiales de l’industrie du tabac », conteste l’Aiduce. Le monde le la vape envisage lui aussi des recours.

La Fivape (Fédération interprofessionnelle de la vape) converge dans la lutte :

« Alors que le consensus en faveur de l’e-cigarette la place au fil des mois comme un outil efficace dans la réduction des risques liés au tabagisme et dans la lutte contre le tabac, l’assimilation de la vape aux produits du tabac conventionnels, pour entre autres les mesures relatives à la publicité et à la propagande, relève du grotesque, par la mise sur un pied d’égalité du poison et de l’antidote ».

Poison et antidote

Toutes les associations françaises de lutte contre le tabagisme se rejoignent aujourd’hui pour reconnaître que « la cigarette électronique est une arme de réduction massive des risques mortels liés au tabac ». Le Collège royal de médecine britannique vient de conclure que la cigarette électronique est « essentielle et efficace » dans une politique de réduction du tabagisme. Ne pas confondre, en somme, le poison de la fumée et l’antidote de la vapeur

Marisol Touraine, on ne le dira jamais assez fort, continue à faire la sourde oreille. C’est à peine si, entre mille et une sorties médiatiques elle a, le 3 mai, sur Europe 1 consenti à déclarer : « Il vaut mieux ne pas fumer. Mais mieux vaut la cigarette électronique que la cigarette tout court. »  Que ne le dit-elle plus haut, plus fort, et au plus vite ?

A demain