L’affaire Lactalis devient politique. Emmanuel Macron réclame des «sanctions». Contre qui ? 

Bonjour

C’est fait : l’affaire Lactalis s’est structurée en feuilleton. Et le feuilleton prend subitement aujourd’hui une dimension politique. Seule absente des ondes, pour l’heure, la ministre de la Santé. Jeudi 11 janvier : après le mea culpa de Michel-Edouard Leclerc et tous ceux qui ont suivi  le gouvernement ne pouvait plus garder le silence. C’est Bruno Le Maire qui est monté en ligne : il a annoncé, devant la presse, avoir convoqué, le soir même, les géants de la grande distribution ; chez lui : à Bercy.  Le ministre de l’Economie aimerait comprendre pourquoi son arrêté du  9 décembre (demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de 600 lots) n’a pas été (pleinement) appliqué. Mieux M. Le Maire qualifie de « défaillante » la direction de Lactalis – premier géant mondial des produits laitiers.

« L’affaire Lactalis est grave et a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés,  tonne le ministre qui aime faire preuve d’autorité. L’Etat s’est substitué à une entreprise défaillante, dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché. »

Affaire pleinement politique et au plus haut niveau. Depuis Rome Emmanuel Macron a, de son côté, assuré que « des sanctions » seraient « prises », s’il s’était avéré que « des pratiques inacceptables » avaient été commises. « Oui, l’Etat français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire », a affirmé le président de la République.

Affairement dans les gondoles et les officines

 Coi jusqu’ici ,Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, commence a donner de la voix. Il en vient soudain à parler d’un « dysfonctionnement majeur » dans les procédures de rappel des boîtes de lait potentiellement contaminées. Il a appelé les opérateurs, « les industriels, les intermédiaires, les distributeurs », à faire « toute la lumière sur les défaillances qui ont été constatées et [à ce qu’ils] s’assurent que plus aucun des produits concernés n’est sur le marché et ne se trouve dans les magasins ».

M. Travers a ajouté que les services vétérinaires seraient « particulièrement vigilants sur les conditions de reprise de l’activité du site »de Lactalis à Craon. Se gardant bien d’évoquer les failles passées des mêmes services révélées à deux reprises par Le Canard Enchaîné. Voilà un ministre bien fragilisé.

Affaire politique et affairement dans les gondoles et les pharmacies d’officine : 2 500 contrôles supplémentaires de la répression des fraudes (DGCCRF) sont prévus la semaine prochaine dans les différents points de vente. Et ensuite ? Geoffroy Didier, secrétaire général délégué des Républicains, et Clémentine Autain, députée La France insoumise, se sont tous deux prononcés en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis.

« Je trouve proprement scandaleux le fait que des laits infantiles qui aient fait l’objet de rappel soient malgré tout vendus en grande distribution, a réagi M. Didier sur Public Sénat . Je crois que les excuses commerciales de la part de certains groupes de grande distribution (…) ne suffiront absolument pas et qu’il faudrait qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée, et que les responsabilités soient non seulement prononcées mais aussi exercées, c’est-à-dire avec des sanctions exemplaires. »

Affaire politique et économique : le géant Lactalis, toujours muet quant à ses responsabilités, vient de faire savoir qu’il plaçait en chômage partiel 250 salariés de son usine de Craon, dans le beau département de la Mayenne.

A demain

 

Non, Michel-Edouard Leclerc, rien, dans l’affaire Lactalis n’aura jamais été « nickel » !

Bonjour

C’est décidément, une étrange affaire – comme l’ombre portée d’un scandale sanitaire. Un sorte de scandale en creux qui révèle de bien étranges pratiques, des failles potentiellement graves, des dysfonctionnements majeurs au sein du système industriel de l’agro-alimentaire et de la grande distribution.

Aujourd’hui, sortant du bois, Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe éponyme. M. Leclerc goûte les médias, qui le lui rendent bien. On l’entend fréquemment vanter son groupe, s’auto-célébrer, dénoncer ses concurrents, laver plus blanc.

Aujourd’hui inversion des couleurs. Où l’on voit malgré tout que l’homme est également à l’aise dans l’expression médiatique du mea culpa, breton ou pas. Il s’agit d’une « défaillance inadmissible » confesse-t-il. Cible : la vente, par E.Leclerc, de produits Lactalis qui avaient été rappelés par l’industriel après la contamination de bébés par des salmonelles. Un dérapage qui a suscité l’indignation et l’inquiétude des parents et des associations.

 Savoir assumer

« Personne n’imaginait qu’il restait de tels produits en circulation. A titre personnel, je pensais que tout était nickel », vient ainsi de déclarer Michel-Edouard Leclerc au Parisien : « Lait Lactalis vendu malgré le rappel : Michel-Edouard Leclerc s’explique » :

« Tout a commencé vendredi dernier à la suite d’un article publié dans La Voix du Nord. Une cliente déclarait avoir acheté une boîte de lait qui aurait dû être retirée des rayons dans le magasin Leclerc de Seclin (Nord). Personne n’imaginait alors qu’il restait de tels produits en circulation. A titre personnel, je pensais que tout était nickel. J’ai demandé un état des lieux plus poussé au sein de l’enseigne et patratas… c’est là qu’on s’est rendu compte que 984 boîtes, soit 200 références, n’avaient pas été retirées malgré les rappels successifs. Elles ont été achetées par 782 clients. J’ai donc mis en place un comité de crise pour les contacter. (…) »

« Nous assumons cette faille et nous nous en excusons auprès des parents. (…) A ma connaissance, il n’y a pas eu d’enfant malade. Si c’est le cas, je le dirai. Je suis également père de quatre enfants et j’ai déjà eu des situations compliquées à gérer. Je sais assumer. C’est notre devoir. »

 Presque un alexandrin

 Rien de plus beau que la vérité sinon, en amont des immanquables révélations médiatiques, une communication de crise parfaitement maîtrisée. A retenir, dans les écoles spécialisées : « A titre personnel, je pensais que tout était nickel ». Pour un rien on tenait un nouvel alexandrin – signé Michel-Edouard Leclerc.

Le PDG du groupe éponyme savait-il, en se confessant au Parisien, que Le Canard Enchaîné du lendemain reviendrait sur le sujet ? Confirmant ses informations de la semaine dernière le volatile médiatique atypique fournit de nouveaux éléments de nature à discréditer les propos tenus par Lactalis mais aussi l’action les différents services administratifs concernés et la gestion de l’affaire par le cabinet du ministre de l’Agriculture : « Le document qui enfonce la défense de Lactalis – Leurres du laitier (Christophe Labbé) ».

Pour l’heure la ministre de la Santé reste coi. Les médias généralistes s’interrogent : pourquoi ?

A demain

« Le Canard Enchaîné » réveille quelques croustillantes salmonelles du géant Lactalis

Bonjour

Quand pourra-t-on circonscrire l’affaire des salmonelles de Lactalis,  la raconter dans son entier ? Pour l’heure la vérité approche à petit pas. Dans son édition du mercredi 3 janvier Le Canard Enchaîné affirme (« Lait infantile: les contrôleurs étaient aveugles ») que le groupe Lactalis aurait passé sous silence des tests internes positifs à la salmonelle.

Où l’on apprend qu’en septembre, soit trois mois avant que l’affaire éclate, l’usine mayennaise de Craon avait fait l’objet d’une « descente de routine » de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations. La  DDCSPP de Mayenne est située, à Laval, au  60 rue Mac Donald…. « Le site de Celia Craon était alors blanc comme lait » souligne le volatile. Et ce alors même qu’en août dernier, Lactalis Nutrition Santé avait repéré des salmonelles sur du matériel de nettoyage et sur les carrelages.

Colonne plombée, ire de Bercy

« Rebelote en novembre » insiste Le Canard. Nouvelles salmonelles deux mois après les assurances des vétérinaires de la Mayenne. affirme le journal satirique. On peut le dire autrement : le numéro 1 mondial des produits laitiers aurait, l’an dernier, détecté à deux reprises des salmonelles dans ses installations. Pour autant le géant aurait jugé préférable de ne pas en faire état auprès des autorités sanitaires. Avant d’être rattrapé par la réalité bactériologique.

Le 2 décembre, le « groupe d’enquête nationale des Fraudes » envoyé par Bercy note que l’une des deux colonnes de séchage où le lait liquide est transformé en poudre est « plombée par des salmonelles ». Ce qui a conduit le 10 décembre au retrait d’une partie des laits infantiles produits depuis le mois de février dans cette colonne. On connaît la suite, les décisions en cascade, l’ire de Bercy et l’action efficace (quoique plus discrète) du Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé.

L’histoire n’est pas finie. Le Canard Enchaîné relève aussi que le 9 décembre, le préfet de la Mayenne a signé un arrêté (qui ne sera rendu public que 20 jours plus tard) ordonnant le blocage de la fabrication des laits pour nourrissons mais… pas celle des boîtes à céréales. Au final des milliers de tonnes retirées du marché. Une communication plus que minimaliste de Lactalis. Et, in fine, une enquête préliminaire ouverte le 22 décembre dernier par le pôle santé publique du parquet de Paris. Une affaire qui, tout bien pesé,  reste à raconter en son entier.

A demain

Post-vérité : François Fillon a considérablement enrichi son projet pour la santé des Français

 

Bonjour

On se souvient de l’effroi que causa l’annonce, par l’ancien élu de la Sarthe, de son projet présidentiel concernant ce socle sacré national qu’est la Sécurité Sociale. On imagina le pire : sa « privatisation » au profit du géant Axa… Une médecine à deux vitesses…le retour des indigents à l’Hôtel-Dieu… le cardinal de Paris nommé à la tête de l’AP-HP… C’était en novembre de l’an passé. Puis vint, un effet du Canard enchaîné, la descente au sombre purgatoire des assistants parlementaires.

La vérité nouvelle est que nous avions mal compris. Ou plus précisément que le programme de François Fillon pour la santé des Français avait encore besoin d’être enrichi, rebâti. Le candidat révèle tout de cette nouvelle vérité. « Santé: Fillon clarifie son plan mais ne renonce à rien» (Le Figaro). On découvrira ce tour de force en exclusivité dans Le Parisien : « Après les affaires, François Fillon dégaine… son programme santé » – et, déjà, analysé dans Le Monde (François Béguin) : « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel ».

Après les ombres de l’esprit de lucre c’est le retour sur le terrain des idées au service de la solidarité. François Fillon présentera les siennes ce mardi 21 février, à la tribune du palais Brongniart, à Paris, lors d’une rencontre organisée bien opportunément par la Mutualité française : à suivre en direct  et (pourquoi?) avec Audrey Pulvar  sur www.Placedelasante.fr #RDVPlacedelaSanté).

Mysticisme et escamotage

Pour un peu on verrait ici une version française de la post-vérité. Le médecin et député Jean Leonetti (Les Républicains, Alpes-Maritimes) le résume à merveille : « On a fait des clarifications et des amendements. C’est à la fois la même chose et quelque chose de très différent ». Voilà une forme d(illustration de l’art de l’escamotage en pleine lumière. Nul ne sait si l’homme politique doit, en France, être un mystique (Emmanuel Macron) mais il doit à coup sûr être un escamoteur.

 Devant la Mutualité François Fillon assurera avoir « rebâti, enrichi, amélioré » son projet. Nous étions dans l’erreur : il n’a « jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesses » mais « juste posé une question légitime ». Et aujourd’hui, tout bien compté, son projet « consolide le caractère obligatoire et universel de l’Assurance-maladie dont le niveau de prise en charge des dépenses de santé ne diminuera pas ». Mieux : avec lui au pouvoir nous serons, en 2022, « à un reste à charge zéro pour les audioprothèses, l’optique, les prothèses dentaires et les dépassements d’honoraires ».

Généralistes rémunérés

 Comment ? En marchant avec lui nous innoverons. Nous construirons un « nouveau partenariat » entre la Sécurité Sociale et les organismes complémentaires ainsi qu’une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé ». Nos cotisations aux complémentaires santé ? Elles n’augmenteront pas « abusivement ».

Tout, soudain, a changé, le ciel est plus clair. Les petites lunettes pour les enfants seront remboursées intégralement dès 2017, nouvelles aides financières aux retraités démunis pour qu’ils accèdent à une mutuelle, chaque Français aura droit, tous les deux ans à une « consultation de prévention longue et gratuite ». Elle sera assurée par les médecins généralistes, qui seront « rémunérés en conséquence ».

 La suppression de 500 000 postes dans la fonction publique au cours du quinquennat ? A l’hôpital elle ne concernera que les « agents administratifs ». Le retour aux 39 heures hebdomadaires ? Il sera négocié progressivement aux échelons locaux. Le diable ? On le trouvera peut-être dans un détail :  la suppression de l’aide médicale d’Etat pour les sans-papiers.

A demain

 

Electricité : les compteurs Linky® déclencheront-ils une polémique sanitaire ?

 

Bonjour

Survolté, Le Canard Enchaîné revient aujourd’hui sur les nouveaux compteurs électriques Linky®. Et il se gausse de l’avis rassurant que vient d’émettre, sur le sujet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail 1. Cette Anses vient d’expliquer, expertises savantes à l’appui, que nous n’avions pas à nous affoler : « Compteurs communicants : des risques sanitaires peu probables » :

« Les compteurs Linky®, que ce soit en champ électrique ou magnétique, sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans les foyers depuis de nombreuses années (télévision, chargeur d’ordinateur portable, table de cuisson à induction…). L’exposition à proximité d’un compteur de gaz ou d’eau est très faible, compte tenu de la faible puissance d’émission et du nombre réduit de communications (moins d’une seconde 2 à 6 fois par jour). L’exposition due aux compteurs est par exemple bien plus faible que celle due à un téléphone mobile GSM. »

 Pour sa part Le Canard Enchaîné relève que « le courant passe mal ». Il évoque les « 306 » maires qui « font de la résistance » et refuse ces installations – dont ceux de Caen et d’Aix-en-Provence. Idem, en Dordogne, à Montpeyroux (460 habitants) et à Montferrand-du-Périgord (160 âmes) où l’affaire est devant la justice administrative. A Pamiers, à Niort, à Chartres-de-Bretagne certains se barricade  contre les installateurs de compteurs communicants. Cette résistance fait parfois l’objet d’entrefilets dans la presse locale.

Passage de courant

Le « courant passe mal » : on rapporte encore des plaques de cuisson en survoltage, des boxes Internet qui vacillent, des lampes tactiles comme prises de folie… Le Canard ne rapporte pas (encore) les premiers cas d’hyper-électro-sensibilité et les premiers certificats médicaux contre-indiquant la pose d’un compteur communicant au domicile du patient. Cela ne saurait tarder. Que dira alors, s’il est saisi, l’Ordre des médecins ?

L’affaire Linky® ne fait (peut-être) que commencer. Deux millions des ces compteurs sont déjà installé en France. Il y en aura trente-cinq millions en 2021. Un dossier à cinq milliard d’euros. EDF saura-t-elle communiquer ?

A demain

1 « Officiel : les compteurs électriques Linky® ne sont pas dangereux. Faut-il en avoir peur ? » Journalisme et santé publique du 15 décembre 2016. Lire aussi « Une bonne nouvelle pour Linky, votre futur compteur électrique ‘’communicant’’» Slate.fr, 15 décembre 2016

Les directeurs de l’AP-HP ont besoin de coûteux coachs privés pour faire mieux travailler

 

Bonjour

C’était une pique, ce sera une écharde : Le Canard Enchaîné de ce jour révèle (Isabelle Barré) qu’il est possible, dans des hôpitaux parisiens fauchés comme les blés, de mieux faire travailler les salariés. Il suffit pour cela d’un peu d’imagination, de beaucoup d’argent public et de quelques coachs venus (pourquoi ?) du privé. Et puis la fatalité : la révélation coïncide avec les derniers rebondissements de l’affaire qui oppose désormais publiquement (et violemment) Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, aux responsables de l’Association des amis de Jean-Louis Mégnien. Une affaire dans laquelle Marisol Touraine devra (vite) trancher en faveur de l’une ou l’autre partie.

Bien informé, Le Canard rappelle qu’en juillet dernier, dans un courrier adressé à la chambre régionale des comptes le directeur général de l’AP-HP avait écrit que depuis son arrivée il avait « supprimé presque tous les marchés de consultants » pour « s’appuyer davantage sur une expertise interne ». Entendre : l’AP-HP a ses propres compétences en matière de coaching.

Il semble toutefois rester des manques qu’il convient de combler.

« Depuis le mois d’août l’Agence régionale d’Ile-de-France a passé au moins cinq marchés publics pour envoyer, à prix d’or, des ‘’coachs’’ au chevet des hostos parisiens. Michael Ballé, vedette du genre, a raflé à lui seul 30 000 euros pour ‘’coacher’’ quatre patrons de grands hôpitaux (…). Sa mission ? Leur enseigner la méthode du lean management, une technique empruntée à Toyota… (…)

On aimerait en savoir plus, on ne le saura pas : Michael Ballé qui, pourtant « n’est pas du genre à mégoter » a eu une expérience particulièrement douloureuse avec un journaliste. Depuis, il se tait.

Le Canard évoque encore les 50 000 euros d’argent public perçus par l’expert Patrick De Coster. M. De Coster est un autre pionnier du lean management : accroître la valeur créée pour le client et améliorer les performances de l’entreprise en agissant sur les tâches sans valeur ajoutée et les gaspillages. Il s’agit aussi de jouer sur les processus pour les simplifier « afin d’augmenter leur fluidité, leur flexibilité et leur agilité ».

Cette méthode pouvait jusqu’ici s’appliquer à toutes les organisations (TPE/PME, Grandes entreprises) et tous les et tous les processus (Production de biens & services, Recherche & Développement, Processus administratifs & transactionnels, etc.).

Dès lors pourquoi pas à l’AP-HP ? En août l’Agence régionale de santé avait déjà signé avec le géant Capgemini – un géant épaulé par GE Healthcare Partners et Cerclh. Slogan de cette firme : « Notre mission est de transformer durablement la performance du système de santé français. » C’est là une bien noble mission. Pourquoi la confier, avec de l’argent public, au privé ?

On aimerait, ici, connaître les avis de MM François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

A demain

 

Mireille Faugère rendra-t-elle à Martin Hirsch un peu de l’argent perçu à la tête de l’AP-HP ?

 

Bonjour

Jadis ces choses là ne se seraient pas faites  – ou ne se seraient pas dites. Le dernier Conseil de surveillance de l’AP-HP s’est réuni le 12 octobre 2016 sous la présidence d’Anne Hidalgo. A cette occasion le directeur général, Martin Hirsch, a fait savoir qu’il avait réclamé le reversement des sommes liées aux activités privées de celle qui l’avait précédé dans ces prestigieuses fonctions : Mireille Faugère. Cette dernière avait en outre perçu un salaire largement supérieur à celui de son prédécesseur, et une indemnité de licenciement cinq fois supérieure à la normale.

On se souvient de l’affaire : début octobre le Canard Enchaîné révélait aujourd’hui que 80 millions d’euros de factures  dues à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’étaient volatilisées en 2011. A l’époque l’AP-HP était dirigée par Mireille Faugère dont le Canard indiquait le montant assez mirobolant des émoluments.  Ces informations ont été puisées dans le rapport « encore confidentiel » (daté du 17 mai) de la chambre régionale des comptes.

Après trente ans passés à différents postes de direction de la SNCF Mme Faugère avait été évincée et aussitôt nommée à la tête d’une AP-HP en crise. Elle l’avait quittée dans un état voisin pour, avait-on dit, « sa gestion de l’affaire de l’Hôtel-Dieu ». C’était sans doute un peu plus compliqué. Martin Hirsch lui avait alors succédé.  Mme Faugère est, depuis 2014, conseillère maître à la Cour des comptes.

Quelques lignes alambiquées

Dans un communiqué, l’AP-HP traite aujourd’hui en quelques lignes alambiquées de la demande de Martin Hirsch à cele qui est « conseillère maître à la Cour des comptes » :

« (…) le Conseil de surveillance a pris acte avec satisfaction de ce que le Directeur général avait pris la décision qu’il lui incombait de prendre, en demandant le reversement des sommes liées aux activités privées de l’ancienne Directrice générale, en conformité avec la politique générale menée en matière de contrôle des cumuls d’activité, soutenue par le Conseil de surveillance ; il a demandé à être informé des suites, dans le cadre d’une procédure dont il a été rappelé le caractère contradictoire. »

« En poste de septembre 2010 à mi-novembre 2013, Mireille Faugère a en effet coûté fort cher à l’AP-HP, conservant ou acquérant malgré ses fonctions à titre personnel des mandats au sein de conseils d’administration d’organismes divers (entreprises publique et privée, fondation, association) explique le site Hospimédia. Des mandats qu’elle avait mentionnés lors de son recrutement sans susciter d’observations ni d’objections, s’est étonnée la chambre, qui ne précise pas le montant mais signale qu’ils contrevenaient aux règles d’exercice définies par la loi de juillet 1983 ‘’portant droits et obligations des fonctionnaires’’. »

Ce texte dispose en effet : « Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public consacrent l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Ils ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. » Sont également interdites plusieurs activités à but non lucratif. La chambre s’est appuyée également sur  circulaire du 11 mars 2008 relative au cumul d’activités.

Martin Hirschenviron 200 000 € par an

Il faut aussi compter avec les écarts de rémunérations avec les textes réglementaires en faveur de Mireille Faugère – et ce, semble-t-il, pour un montant avoisinant les 530 000 €. Deux problèmes connexes en outre :

D’une part, le fait que l’ancienne DG touchait un peu moins de 300 000 € brut par an, dont une part fixe de 250 000 €. Soit un montant supérieur de 50% au salaire perçu par son prédécesseur, Benoît Leclercq, et son successeur, Martin Hirsch, qui eux émargent à environ 200 000 € par an dont 165 000 € en fixe.

D’autre part, le fait qu’elle ait touché à son départ une indemnité de licenciement brute de 125 000 € quand ce même montant n’aurait pas dû excéder, selon la chambre, 25 881 € net (la moitié de la rémunération de base nette pendant trois mois).

Jadis ces choses là ne se seraient pas faites  -ou n’auraient pas été connues. Sans préjuger de la suite on peut raisonnablement penser qu’il y a là, tout bien pesé, un véritable progrès.

A demain