Chasser le conflit d’intérêts : un spécialiste des antibiotiques épinglé par Le Canard Enchaîné

Bonjour

C’est une chasse médiatique ouverte tous les jours de l’année. Aujourd’hui 20 février 2019 le trophée est exposé en page 3 du Canard Enchaîné (Isabelle Barré). Soit le cas du Pr Antoine Andremont qui se présente ainsi sur le Huffpost :

« Antoine Andremont est l’un des principaux experts internationaux dans le domaine de l’étude de la résistance des bactéries aux antibiotiques. Professeur à la faculté de médecine de l’université Paris-Diderot, il dirige le laboratoire de bactériologie de l’hôpital Bichat-Claude Bernard. Il effectue des missions régulières pour l’OMS et a créé la start-up Da Voleterra pour développer des innovations contre les bactéries résistantes. »

 Ou encore, sur le site de vetagro.sup.fr :

« Après une formation clinique de base en pédiatrie, complétée par une formation à la recherche aux Etats-Unis et un séjour en milieu tropical dans le cadre du volontariat pour le Service National Actif, j’ai opté pour la bactériologie médicale en France depuis 1979. Dans cette spécialité, j’ai occupé jusqu’en 1996 le poste d’adjoint au Laboratoire de Microbiologie Médicale de l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif), qui est le plus important centre français de recherche et de traitement en cancérologie.

 « Depuis 1996 je dirige le Laboratoire de Bactériologie du Groupe Hospitalier Bichat-Claude Bernard qui est un CHU de 1300 lits à forte composante infectieuse, chirurgicale et cardiologique. Sur le plan universitaire, j’ai été Professeur à la Faculté de Pharmacie de Chatenay-Malabry (Université Paris XI) de 1988 à 1996 puis à la Faculté de Médecine Xavier-Bichat (Université Paris VII) depuis lors. Ma recherche s’effectue au sein de l’UMR 1137 INSERM, (IAME) dirigée par E. Denamur. Mon activité actuelle intègre les composantes hospitalières, universitaires et de recherche centrées sur le rôle des flores commensales dans l’évolution de la résistance bactérienne et la survenue des infections nosocomiales et les moyens de la combattre. J’assure un rôle d’expert judiciaire auprès de la Cour d’Appel de Paris et de la Cour de Cassation dans le domaine des infections microbiennes et de l’hygiène. »

 L’hebdomadaire satitique ajoute que cet expert a aussi été retenu, en tant que tel, par le ministère de la Recherchedans le cadre d’un « programme prioritaire » ayant pour objectif la lutte contre la résistance aux antibiotiques (40 millions d’euros). Quoi de plus logique quand on sait que la France ne figure pas en bonne position (euphémisme) à l’échelle mondiale : avec 125 000 infections par an et 5 500 décès prématurés, elle est le 6ème pays européen le plus touché – après l’Italie, la Grèce, la Roumanie, le Portugal et Chypre.

Demain, sur le pré

Là où le bât blesse, « le hic » pour l’hebdomadaire satirique, c’est la « boîte privée Da Volterra » fondée par cet expert et qui « espère bien faire fortune sur le marché … de l’antibiorésistance ». « Da Volterra » , spécialisée dans le champ a priori porteur du microbiote et qui, fin 2017, a obtenu 20 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement pour développer son « produit phare » DAV132 qui a terminé deux essais cliniques de phase I.  Il s’agit ici de prévenir les maladies nosocomiales et de lutter contre l’antibiorésistance.

Le DAV132 est « un produit à base d’absorbant délivré uniquement dans la partie basse de l’intestin grêle. Co-administré avec des antibiotiques, n’importe lesquels, il permet d’éviter les effets néfastes de ces derniers sur la flore intestinale » expliquait en 2017 à La Tribune (Jean-Yves Paillé) Florence Séjourné, présidente de Da Volterra. « Pour éviter l’émergence de la résistance aux antibiotiques , le DAV132 agit comme un filtre », précisait-elle.  En s’associant à des laboratoires pharmaceutiques, Da Volterra espérait lancer le produit en 2019-2020 en Europe. Et aux Etats-Unis.

Y-at-il là un cas flagrant de conflit d’intérêts ? Le Canard le pense. Le Pr Andremont pense le contraire. Mon lien avec la société Da Volterra a été porté à la connaissance [du ministère] lorsque je l’ai rejoint en 2017 » a-t-il expliqué au volatile, ajoutant posséder aussi des « don de souscription d’actions » de la société. Mais Le Canard de citer un confrère (anonyme) de notre expert : « Je ne connais pas de situation de conflit d’intérêt aussi claire. C’est l’un des experts qui a conseillé au ministère de mettre en place ce plan, lequel fait monter le sujet de l’antibiorésistance, ce qui ne peut que bénéficier à Volterra et à son cours de Bourse ».

Où l’on en vient à regretter que ce confrère n’ose pas s’exprimer à visage découvert. Avant d’en découdre sur le pré.

A demain

@jynau

AP-HP et Canard Enchaîné : Mireille Faugère renonce au Conseil supérieur de la magistrature

Bonjour

Il n’aura suffi que de quelques heures. Le 16 janvier, peu après la sortie du Canard Enchaîné, rebondissement dans le dossier Mireille Faugère : cette ancienne directrice générale de l’AP-HP  « a retiré sa candidature au Conseil supérieur de la magistrature ». Un renoncement qui fait suite aux informations de l’hebdomadaire satirique quant à une série de rémunérations considérées comme indues par la justice administrative – ce que l’intéressée conteste. Refus de rembourser les sommes réclamées (148 934 €) correspondant notamment à des jetons de présence en tant que membre des conseils d’administration d’EDF et d’Essilor de 2010 à 2013 – ce que le droit administratif interdit.

Quelques heures après la sortie du Canard Enchaîné le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) annonçait qu’il retirait sa proposition de nomination de Mireille Faugère au Conseil supérieur de la magistrature. Officiellement Richard Ferrand a reçu un courrier de l’ancienne directrice générale de l’AP-HP (aujourd’hui à la Cour des Comptes)  « l’informant du retrait de sa candidature ». Et Richard Ferrand de faire savoir qu’il  « regrette de ne pas avoir été informé par Mireille Faugère de sa situation ». Ainsi ignorait-il la situation, en amont, de celle qu’il avait choisie.

C’est ainsi que, le même jour, la commission des Lois de l’Assemblée n’a pas auditionné l’ancienne directrice de l’AP-HP. Où l’on perçoit, une nouvelle fois, le poids que peut avoir l’hebdomadaire satirique dans les champs de l’exécutif et du législatif.

A demain

@jynau

Justice, amour, argent et politique : où l’on reparle soudain de l’AP-HP et son ancienne directrice 

Bonjour

Le temps passe-t-il trop vite ? C’était il y a, déjà, cinq ans. Décembre 2013, dépêche d’ APM News :

« Le président du conseil de surveillance de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Jean-Marie Le Guen, a rendu hommage à la « compétence » de l’ex-directrice générale de l’AP-HP, estimant qu’elle avait été victime d’une « certaine forme d’injustice »  lors d’un « moment de convivialité » organisé à l’occasion du départ de Mireille Faugère.

Lors d’une intervention d’une dizaine de minutes, prononcée dans une salle comble de l’hôtel Scipion (Paris Vème), Jean-Marie Le Guen a estimé que l’assistance était venue pour montrer son « amitié » à Mireille Faugère, cette amitié tenant à sa « personnalité » mais aussi aux « circonstances » de son départ.

 « Mireille Faugère a été révoquée de ses fonctions le 13 novembre et a été remplacée le jour même par Martin Hirsch. Comme l’avait révélé l’APM, elle n’a appris la nouvelle que dix jours avant ce conseil des ministres. « Nous sommes tous convaincus qu’une certaine forme d’injustice vous a été faite », a souligné Jean-Marie Le Guen qui a toutefois noté que « l’engagement public s’accompagne souvent d’injustices ». (…)

« Intervenant par la suite, sans reprendre les termes utilisés deux jours avant dans une interview au Parisien  Mireille Faugère a  souligné qu’elle vivait son départ comme « un chagrin d’amour ». Et comme lors de moments de dépit amoureux, « on n’est pas prêt à trouver un nouveau boyfriend », a-t-elle ajouté en faisant référence à son avenir professionnel mais tout en se disant convaincue de « pouvoir rebondir ». »

Rebondir après un deuil amoureux ? Le dernier rebondissement est à découvrir dans Le Canard Enchaîné de ce 16 janvier (Isabelle Barré). Où l’on apprend que Richard Ferrand, ancien journaliste socialiste aujourd’hui président macronien de l’Assemblée Nationale, aimerait désigner Mireille Faugère au Conseil supérieur de la magistrature. Et Le Canard d’actualiser un riche dossier ouvert il y a deux ans et dont nous nous étions fait l’écho. Une affaire de très gros sous, un argent public versé avant d’être réclamé.

Factures volatilisées

Au début du mois d’octobre 2016 le Canard Enchaîné avait mis ses palmes dans le vaste plat des factures impayées : 80 millions d’euros de factures dues à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris s’étaient volatilisées en 2011 quand l’AP-HP était dirigée par Mireille Faugère dont le Canard révélait alors le montant assez mirobolant des émoluments.

Dans un communiqué, l’AP-HP traitait en quelques lignes alambiquées de la demande de Martin Hirsch à celle qui était devenue  « conseillère maître à la Cour des comptes » :

« (…) le Conseil de surveillance a pris acte avec satisfaction de ce que le Directeur général avait pris la décision qu’il lui incombait de prendre, en demandant le reversement des sommes liées aux activités privées de l’ancienne Directrice générale, en conformité avec la politique générale menée en matière de contrôle des cumuls d’activité, soutenue par le Conseil de surveillance ; il a demandé à être informé des suites, dans le cadre d’une procédure dont il a été rappelé le caractère contradictoire. »

« En poste de septembre 2010 à mi-novembre 2013, Mireille Faugère a en effet coûté fort cher à l’AP-HP, conservant ou acquérant malgré ses fonctions à titre personnel des mandats au sein de conseils d’administration d’organismes divers (entreprises publique et privée, fondation, association) expliquait le site Hospimédia. Des mandats qu’elle avait mentionnés lors de son recrutement sans susciter d’observations ni d’objections, s’est étonnée la chambre, qui ne précise pas le montant mais signale qu’ils contrevenaient aux règles d’exercice définies par la loi de juillet 1983 ‘’portant droits et obligations des fonctionnaires’’. »

Garantir l’indépendance des magistrats

Il fallait aussi compter avec les écarts de rémunérations avec les textes réglementaires  – et ce, semble-t-il, pour un montant avoisinant les 530 000 €. L’ancienne DG touchait un peu moins de 300 000 € brut par an, dont une part fixe de 250 000 €. Soit un montant supérieur de 50% au salaire perçu par son prédécesseur, Benoît Leclercq, et son successeur, Martin Hirsch (environ 200 000 € par an dont 165 000 € en fixe). Sans oublier une indemnité de licenciement brute de 125 000 € quand ce même montant n’aurait pas dû excéder 25 881 € net (la moitié de la rémunération de base nette pendant trois mois). Ainsi que des jetons de présence en tant que membre des conseils d’administration d’EDF et d’Essilor de 2010 à 2013 – ce que le droit administratif interdit.

Le Canard Enchaîné précise aujourd’hui que Mireille Faugère, 62 ans, refuse de rembourser les sommes réclamées (148 934 €)  par Martin Hirsch en dépit d’un jugement du tribunal administratif de Paris (elle a fait appel). Et le Canard d’observer que cette situation ne manque pas d’interroger quand il s’agit d’une nomination au Conseil supérieur de la magistrature qui a pour rôle de garantir l’indépendance des magistrats de l’ordre judiciaire vis-à-vis du pouvoir exécutif. Cela ne devrait pourtant n’être qu’une formalité pour celle qui, après la direction générale de l’AP-HP, a été nommée à la Cour des Comptes. Tel est du moins le point de vue de l’hebdomadaire satirique.

Quant à Jean-Marie Le Guen, il a quitté la politique et le socialisme pour rejoindre, à la mi-juin 2017, Siaci Saint-Honoré, importante société française de courtage en assurance, en tant que conseiller du président du groupe. Le temps passe trop vite.

A demain

@jynau

Déserts médicaux guerriers : adresser votre CV au Service de Santé des Armées françaises

Bonjour

Claude Angeli est l’un de ces (rares) journalistes français que l’on ne présente plus. Exclu (1964) du parti communiste, quand il a rejoint Le Nouvel Observateur – journal qu’il quitte pour entrer au Canard enchaîné (1971). Il y devient « chef des informations », puis « rédacteur en chef adjoint pour l’information politique », et « rédacteur en chef ». Intérêt marqué pour les sujets de politique étrangère (il dispose de « nombreuses sources » dans les milieux du renseignement militaire, de la diplomatie, et de la police).

Une telle mémoire ne saurait se taire : en 2012, l’hebdomadaire satirique annonce que Louis-Marie Horeau succède à Claude Angeli comme rédacteur en chef – ce dernier continuant néanmoins d’assurer une chronique de politique étrangère. Chronique que l’on retrouve chaque mercredi ouvré en pied de page 3.

Livraison datée du 5 décembre : « Désertions en masse au service de santé des armées ». Où l’on apprend que les soignants de ce service sont épuisés, sur-utilisés à 200% et hautement surchauffés. Diagnostic porté par la Commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense. Inconnue du plus grand nombre le Dr Maryline Guygax, patronne du Service de santé des armées françaises devra alors s’expliquer sur ce brûlant sujet devant la représentation démocratique.

Le Canard enchaîné est précis : depuis 2014 et la multiplication des interventions militaires française ce Service « a perdu 1600 médecins, infirmiers et techniciens ». « Tous des démissionnaires – ou des déserteurs si l’on a mauvais esprit- qui préfèrent rejoindre le secteur civil, pacifique et mieux rémunéré » écrit notre confrère Angeli. Conséquence : le SSA ne recense plus, aujourd’hui , que 700 médecins – toutes spécialités confondues.

En pratique: on recherche, d’active, « une centaine de chirurgiens, orthopédistes et dentistes ». Les CV ne sont (surtout) pas à adresser au Canard enchaîné (173 rue Saint-Honoré).

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@jynau

Yves Lévy, PDG de l’Inserm jette l’éponge : le conflit d’intérêts n’avait que trop duré

Bonjour

Il aura donc fallu attendre plus d’un an. La question avait été publiquement soulevée dans la presse en mai 2017, au lendemain de la nomimation d’Agnès Buzyn au poste de ministre des Solidarité et de la santé. « Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait, jésuitiquement, La Croix (Pierre Bienvault).

« La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm). Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Agnès Buzyn, hier encore présidente du Collège de la Haute Autorité de santé (HAS) affirmait alors que la question serait vite réglée. Elle ajoutait aussi que son mari sera maintenu dans ses fonctions.  « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Solution bigrement bancale

Régler sans larmes ce conflit d’intérêts ? On pouvait imaginer le « déport systématique » – une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon) et qui permet de sauver les apparences pour ne pas être à la fois juge et partie. Difficile. « Pour un ministre de la Santé, l’Inserm n’est pas un domaine occasionnel, mais un sujet d’activité quasi quotidien » observait Le Monde (François Béguin, Paul Benkimoun).

Une piste, selon La Croix : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles. Un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la cotutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche.

Ce fut la solution, légale mais bigrement bancale, qui fut alors retenue. Puis le problème fut de nouveau posé, cette année, avec le processus de désignation du nouveau PDG de l’Inserm. M. Lévy allait-il demander à prendre la succession de lui-même pour un nouveau mandat de quatre ans le conduisant à la fin du quinquennat ?

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, expliquait, en avril dernier Anne-Sophie Mercier dans Le Canard Enchaîné. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emporterait ? Des rumeurs donnaient Agnès Buzyn perdante.

Les rumeurs ont gagné et le Palais de l’Elysée vient de trancher. M. Lévy « reste en charge de l’intérim à la tête de l’Inserm » viennent de faire savoir, dans un communiqué les services du Premier ministre. Ajoutant un savoureux : « le processus de recrutement du PDG de l’Inserm sera relancé dans les prochaines semaines ».

Autres fonctions

« Ce processus avait pourtant déjà commencé, puisque des candidats avaient été entendus le 21 juin à huis clos par une commission ad hoc » précise l’AFP. Qui traduit : le Pr Yves Lévy, mari de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, a retiré sa candidature pour un nouveau mandat à la tête de l’Inserm, organisme public de recherche médicale. L’Inserm indique dans un communiqué que M. Lévy avait « adressé ce jour à l’ensemble des personnels de l’Inserm un message expliquant sa décision ». Message encore tenu secret.

La suite est sans surprise, qui enfonce toutefois le clou. « Le gouvernement prend acte » de sa décision « de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l’Inserm ». Le gouvernement rappelle que « l’ensemble des procédures permettant d’éviter tout conflit d’intérêt entre l’Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en oeuvre de façon continue depuis mai 2017 ».

Les noms des candidats à la succession de M. Lévy n’ont pas été révélés et ce « conformément à la réglementation, pour permettre d’attirer les meilleurs postulants » (sic). Seuls deux ont choisi de rendre publique leur candidature : Jessica Zucman-Rossi (Inserm, université Paris-Descartes) et Philippe Froguel (CNRS, université de Lille et Imperial College de Londres).

Quant aux services du Premier ministre, ils précisent que M. Lévy, 60 ans, « sera prochainement appelé à d’autres fonctions ». Qui en aurait douté ?

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L’affaire Lupuzor®, poule aux oeufs d’or et conflits d’intérêts (Canard Enchaîné)

Bonjour

Le 17 avril dernier le CNRS diffusait un communiqué de presse national : « Efficacité clinique démontrée pour le Lupuzor®, premier traitement contre le lupus sans effets secondaires ». Un communiqué qui, officiellement, n’existe plus, n’a jamais existé.

C’était, sous un sceau officiel et prestigieux, la suite d’une histoire médiatique commencée en 2006  , puis poursuivie en 2008 sans oublier 2013. Une affaire médicalement intéressante laissant espérer une thérapeutique efficace et sans danger du lupus « maladie auto-immune handicapante qui touche cinq millions de personnes dans le monde – une trentaine de milliers en France ».

Deux mois plus tard il faut brutalement déchanter – et ce à cause du Canard Enchaîné. Dans son édition du 20 juin l’hebdomadaire satirique, sous la signature d’Isabelle Barré, vient dire une autre vérité : « Le CNRS a vanté un médicament bidon à coups de ‘’fake news’’ ». C’est là une histoire qui vaut d’être contée. Extraits du communiqué « disparu » du 17 avril :

« L’étude pivot internationale de phase III du Lupuzor® vient de s’achever avec des résultats positifs : ce candidat-médicament a été efficace pour 68,8 % des patients ayant suivi la phase d’essai jusqu’au bout. Le Lupuzor® est le premier traitement spécifique non immunosuppresseur contre le lupus, une maladie auto-immune handicapante qui touche 5 millions de personnes dans le monde.

 « Découvert par l’équipe de Sylviane Muller, chercheuse CNRS alors au Laboratoire d’immunopathologie et chimie thérapeutique du CNRS à Strasbourg, ce peptide a fait l’objet d’un brevet du CNRS (délivré en 2001) puis de phases d’essais cliniques réglementaires gérés par ImmuPharma-France. Débutée en décembre 2015 aux Etats-Unis, l’étude-pivot internationale de phase III du Lupuzor® a été étendue ensuite en Europe et menée sur 202 patients répartis en deux groupes : le premier s’est vu administrer le Lupuzor®, tandis que le deuxième recevait un placebo.

 « L’ensemble des patients recevait également d’autres médicaments comme des stéroïdes, des antipaludéens, du méthotrexate, etc. Parmi eux, 153 ont mené l’essai clinique à son terme. Malgré ce nombre relativement limité, cette phase d’essai a permis de démontrer l’efficacité du peptide découvert par Sylviane Muller, chercheuse au CNRS : le Lupuzor®, associé aux traitements de fond, s’est montré efficace pour 68,8 % des patients qui le recevaient. »

Jusqu’ici, rien à signaler. Puis la suite :

« A noter que 59,2 % des patients recevant le placebo et les traitements de fond ont également réagi positivement, un taux particulièrement élevé. Le Lupuzor® s’avère donc au moins aussi efficace que le seul traitement existant à ce jour. Mais contrairement à celui-ci, le Lupuzor® n’est pas immunodépresseur, il ne diminue pas les défenses immunitaires des patients : la phase III a confirmé son innocuité exceptionnelle, aucun effet indésirable grave n’ayant été signalé (…) Ces résultats renforcent l’intérêt potentiel de ce candidat-médicament dans le traitement d’autres maladies auto-immunes comme le syndrome de Sjögren (maladie des yeux secs) ou la maladie de Crohn (une maladie auto-immune à l’origine d’une inflammation chronique de l’intestin). »

 Légalité et conflits d’intérêts

Au final, donc, 68,8 % contre 59,2% sur un total de 202 participants dont 153 seulement sont allés au terme de l’essai … Et un communiqué de presse triomphant ne citant pas la revue où ces résultats étaient publiés…. Personne, jusqu’ici, ne s’était ému. Jusqu’au Canard Enchaîné qui, bien informé, est entré dans les coulisses du sujet : une histoire d’intérêts, de brevet et de détenteurs siégeant (en toute légalité) au conseil scientifique de la société ImmunoPharma. Des liens évoqués en avril dernier :

« Lupuzor® candidat-médicament développé par ImmuPharma : cette start-up possède une licence exclusive sur les brevets protégeant cette famille de peptides, tous propres au CNRS ou déposés en copropriété. Après le succès de cette phase III, ImmuPharma vise la commercialisation du Lupuzor® et poursuit les discussions en cours avec un certain nombre de grandes sociétés pharmaceutiques. »

Sans oublier ceci :

« Parallèlement, suite à la demande de médecins et de patients, la société a initié une phase supplémentaire permettant à tous ceux qui avaient participé à l’étude de phase III de recevoir Lupuzor® pendant six mois (…) Contre le lupus on ne dispose aujourd’hui que de traitements palliatifs, la plupart non spécifiques : des corticoïdes et des immunosuppresseurs, qui affaiblissent le système immunitaire dans son ensemble. S’ils font cesser l’agression auto-immune, ils rendent aussi les patients très sensibles aux multi-infections. Il était donc urgent de développer une thérapie plus ciblée. »

Cibler ? Le Canard révèle que la Pr Nathalie Costedoat-Chalumeau, spécialiste de médecine interne (hôpital Cochin, AP-HP) vient, avec une vingtaine de ses collègues affûtés sur le sujet, d’écrire au CNRS en lui demandant, d’urgence une « clarification » : en substance dire que l’essai a permis de démontrer, contre placebo, l’inefficacité du Lupuzor®.

Dans le sillage du Canard nous avons interrogé la « direction de la communication » du CNRS. Réponse :

« Le CNRS ne fera pas de mise au point concernant cet article. Je rappellerai simplement que le CNRS a écrit à tous les journalistes qui avaient reçu notre communiqué sur le Lupuzor pour leur signaler son retrait : tout l’inverse d’un ‘’voile pudique’’ ou d’un ‘’retrait discret’’, comme l’écrit la journaliste du Canard Enchaîné, que nous avions pourtant informée de cette démarche de notre part. »

 Passons sur « voile pudique » et « retrait discret », et allons à l’essentiel : le vieux et prestigieux CNRS a-t-il ou non cédé aux insoutenables sirènes du « conflits d’intérêts » ?

A demain

 

 

 

Le «dos des pauvres» et le prix d’achat de la «bonne conscience» (Agnès Buzyn, Solidarités)

Bonjour

Dimanche 10 juin. Agnès Buzyn s’exprime dans le JDD. C’est assez alambiqué, difficile à traduire. Pour Le Figaro elle annonce que le gouvernement ne fera pas « d’économies «sur le dos des pauvres». Pour Le Monde, elle se dit  « prête à ‘’discuter’’ de toutes les aides sociales ».

Dans tous les cas la ministre des Solidarités et de la Santé monte au front. Et traverse une séquence sous la mitraille. Elle a dû, le 6 juin, dénoncer les accusations la visant du Canard Enchaîné. Puis faire entendre sa voix dans le concert des polémiques et couacs gouvernementaux au chapitre, clivant, des « aides sociales », de leur raison d’être et de leur devenir. Un thème majeur pour un président qui aimerait ne plus apparaître comme celui « des riches ».

Non, ni Matignon ni Bercy ne lui ont demandé de réaliser « 7 milliards d’euros d’économies sur les aides sociales » (Le Canard Enchaîné). Comment, dès lors, interpréter les déclarations de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire? Le premier a affirmé qu’il y avait « trop d’aides sociales » en France et le second avait révélé l’existence d’une note interne à Bercy préconisant de diminuer leur coût. Réponse de la ministre: « Ils sont dans leur rôle. Chacun travaille avec son prisme ».

Bonne conscience

« Quand un gouvernement s’est fixé un objectif de réduction des déficits publics, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et de son efficacité», reconnaît-elle. Puis : «Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité… On a le droit de s’interroger sur un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus ». Cette dernière réponse concernait une question sur une éventuelle suppression de l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide est «attribuée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage sous conditions d’activité antérieure et de ressources», explique le site internet du service public.

« Une précédente édition du JDD affirmait, en effet, qu’un rapport préconisant sa disparition avait été remis au gouvernement, rappelle Le Figaro. Une source gouvernementale citée par Le Monde assurait en revanche que l’idée, déjà étudiée par Nicolas Sarkozy, avait été écartée. ‘’Reste à savoir quelle interprétation donner à la réponse d’Agnès Buzyn’’. »

Reste à savoir qui, pour Mme Buzyn, est « pauvre » et qui ne l’est pas. « On ne doit pas s’acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté », observe la ministre des Solidarités et de la Santé. Quel est, aujourd’hui, le prix d’achat d’une bonne conscience ?

A demain