L’affaire Lupuzor®, poule aux oeufs d’or et conflits d’intérêts (Canard Enchaîné)

Bonjour

Le 17 avril dernier le CNRS diffusait un communiqué de presse national : « Efficacité clinique démontrée pour le Lupuzor®, premier traitement contre le lupus sans effets secondaires ». Un communiqué qui, officiellement, n’existe plus, n’a jamais existé.

C’était, sous un sceau officiel et prestigieux, la suite d’une histoire médiatique commencée en 2006  , puis poursuivie en 2008 sans oublier 2013. Une affaire médicalement intéressante laissant espérer une thérapeutique efficace et sans danger du lupus « maladie auto-immune handicapante qui touche cinq millions de personnes dans le monde – une trentaine de milliers en France ».

Deux mois plus tard il faut brutalement déchanter – et ce à cause du Canard Enchaîné. Dans son édition du 20 juin l’hebdomadaire satirique, sous la signature d’Isabelle Barré, vient dire une autre vérité : « Le CNRS a vanté un médicament bidon à coups de ‘’fake news’’ ». C’est là une histoire qui vaut d’être contée. Extraits du communiqué « disparu » du 17 avril :

« L’étude pivot internationale de phase III du Lupuzor® vient de s’achever avec des résultats positifs : ce candidat-médicament a été efficace pour 68,8 % des patients ayant suivi la phase d’essai jusqu’au bout. Le Lupuzor® est le premier traitement spécifique non immunosuppresseur contre le lupus, une maladie auto-immune handicapante qui touche 5 millions de personnes dans le monde.

 « Découvert par l’équipe de Sylviane Muller, chercheuse CNRS alors au Laboratoire d’immunopathologie et chimie thérapeutique du CNRS à Strasbourg, ce peptide a fait l’objet d’un brevet du CNRS (délivré en 2001) puis de phases d’essais cliniques réglementaires gérés par ImmuPharma-France. Débutée en décembre 2015 aux Etats-Unis, l’étude-pivot internationale de phase III du Lupuzor® a été étendue ensuite en Europe et menée sur 202 patients répartis en deux groupes : le premier s’est vu administrer le Lupuzor®, tandis que le deuxième recevait un placebo.

 « L’ensemble des patients recevait également d’autres médicaments comme des stéroïdes, des antipaludéens, du méthotrexate, etc. Parmi eux, 153 ont mené l’essai clinique à son terme. Malgré ce nombre relativement limité, cette phase d’essai a permis de démontrer l’efficacité du peptide découvert par Sylviane Muller, chercheuse au CNRS : le Lupuzor®, associé aux traitements de fond, s’est montré efficace pour 68,8 % des patients qui le recevaient. »

Jusqu’ici, rien à signaler. Puis la suite :

« A noter que 59,2 % des patients recevant le placebo et les traitements de fond ont également réagi positivement, un taux particulièrement élevé. Le Lupuzor® s’avère donc au moins aussi efficace que le seul traitement existant à ce jour. Mais contrairement à celui-ci, le Lupuzor® n’est pas immunodépresseur, il ne diminue pas les défenses immunitaires des patients : la phase III a confirmé son innocuité exceptionnelle, aucun effet indésirable grave n’ayant été signalé (…) Ces résultats renforcent l’intérêt potentiel de ce candidat-médicament dans le traitement d’autres maladies auto-immunes comme le syndrome de Sjögren (maladie des yeux secs) ou la maladie de Crohn (une maladie auto-immune à l’origine d’une inflammation chronique de l’intestin). »

 Légalité et conflits d’intérêts

Au final, donc, 68,8 % contre 59,2% sur un total de 202 participants dont 153 seulement sont allés au terme de l’essai … Et un communiqué de presse triomphant ne citant pas la revue où ces résultats étaient publiés…. Personne, jusqu’ici, ne s’était ému. Jusqu’au Canard Enchaîné qui, bien informé, est entré dans les coulisses du sujet : une histoire d’intérêts, de brevet et de détenteurs siégeant (en toute légalité) au conseil scientifique de la société ImmunoPharma. Des liens évoqués en avril dernier :

« Lupuzor® candidat-médicament développé par ImmuPharma : cette start-up possède une licence exclusive sur les brevets protégeant cette famille de peptides, tous propres au CNRS ou déposés en copropriété. Après le succès de cette phase III, ImmuPharma vise la commercialisation du Lupuzor® et poursuit les discussions en cours avec un certain nombre de grandes sociétés pharmaceutiques. »

Sans oublier ceci :

« Parallèlement, suite à la demande de médecins et de patients, la société a initié une phase supplémentaire permettant à tous ceux qui avaient participé à l’étude de phase III de recevoir Lupuzor® pendant six mois (…) Contre le lupus on ne dispose aujourd’hui que de traitements palliatifs, la plupart non spécifiques : des corticoïdes et des immunosuppresseurs, qui affaiblissent le système immunitaire dans son ensemble. S’ils font cesser l’agression auto-immune, ils rendent aussi les patients très sensibles aux multi-infections. Il était donc urgent de développer une thérapie plus ciblée. »

Cibler ? Le Canard révèle que la Pr Nathalie Costedoat-Chalumeau, spécialiste de médecine interne (hôpital Cochin, AP-HP) vient, avec une vingtaine de ses collègues affûtés sur le sujet, d’écrire au CNRS en lui demandant, d’urgence une « clarification » : en substance dire que l’essai a permis de démontrer, contre placebo, l’inefficacité du Lupuzor®.

Dans le sillage du Canard nous avons interrogé la « direction de la communication » du CNRS. Réponse :

« Le CNRS ne fera pas de mise au point concernant cet article. Je rappellerai simplement que le CNRS a écrit à tous les journalistes qui avaient reçu notre communiqué sur le Lupuzor pour leur signaler son retrait : tout l’inverse d’un ‘’voile pudique’’ ou d’un ‘’retrait discret’’, comme l’écrit la journaliste du Canard Enchaîné, que nous avions pourtant informée de cette démarche de notre part. »

 Passons sur « voile pudique » et « retrait discret », et allons à l’essentiel : le vieux et prestigieux CNRS a-t-il ou non cédé aux insoutenables sirènes du « conflits d’intérêts » ?

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Le «dos des pauvres» et le prix d’achat de la «bonne conscience» (Agnès Buzyn, Solidarités)

Bonjour

Dimanche 10 juin. Agnès Buzyn s’exprime dans le JDD. C’est assez alambiqué, difficile à traduire. Pour Le Figaro elle annonce que le gouvernement ne fera pas « d’économies «sur le dos des pauvres». Pour Le Monde, elle se dit  « prête à ‘’discuter’’ de toutes les aides sociales ».

Dans tous les cas la ministre des Solidarités et de la Santé monte au front. Et traverse une séquence sous la mitraille. Elle a dû, le 6 juin, dénoncer les accusations la visant du Canard Enchaîné. Puis faire entendre sa voix dans le concert des polémiques et couacs gouvernementaux au chapitre, clivant, des « aides sociales », de leur raison d’être et de leur devenir. Un thème majeur pour un président qui aimerait ne plus apparaître comme celui « des riches ».

Non, ni Matignon ni Bercy ne lui ont demandé de réaliser « 7 milliards d’euros d’économies sur les aides sociales » (Le Canard Enchaîné). Comment, dès lors, interpréter les déclarations de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire? Le premier a affirmé qu’il y avait « trop d’aides sociales » en France et le second avait révélé l’existence d’une note interne à Bercy préconisant de diminuer leur coût. Réponse de la ministre: « Ils sont dans leur rôle. Chacun travaille avec son prisme ».

Bonne conscience

« Quand un gouvernement s’est fixé un objectif de réduction des déficits publics, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et de son efficacité», reconnaît-elle. Puis : «Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité… On a le droit de s’interroger sur un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus ». Cette dernière réponse concernait une question sur une éventuelle suppression de l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide est «attribuée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage sous conditions d’activité antérieure et de ressources», explique le site internet du service public.

« Une précédente édition du JDD affirmait, en effet, qu’un rapport préconisant sa disparition avait été remis au gouvernement, rappelle Le Figaro. Une source gouvernementale citée par Le Monde assurait en revanche que l’idée, déjà étudiée par Nicolas Sarkozy, avait été écartée. ‘’Reste à savoir quelle interprétation donner à la réponse d’Agnès Buzyn’’. »

Reste à savoir qui, pour Mme Buzyn, est « pauvre » et qui ne l’est pas. « On ne doit pas s’acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté », observe la ministre des Solidarités et de la Santé. Quel est, aujourd’hui, le prix d’achat d’une bonne conscience ?

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Faire appel à Freud pour expliquer l’engouement dont Brigitte Macron est l’objet ?

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Que serait la démocratie française sans les ondes gratuites de France Culture ? Lundi 7 mai 2018. Journal de la mi-journée. Invitée : Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Outre la réponse embarrassée de Mme Schiappa quant à la polémique naissante sur « la quête française de l’absolu et les 50 euros d’APL », on entend notamment ceci :

« Les Français sont dans une forme de paradoxe. On est à la fois extrêmement attaché à notre histoire et notamment à la Révolution française qui est un événement fondateur du pays avec les valeur qui ont été portées par la Révolution. tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et dans le même temps, c’est vrai, je crois que la France a un besoin d’incarnation, qui se retrouve dans ce que propose le chef de l’Etat. Et d’ailleurs la cinquième République elle est fondée sur cela. Elle est fondée sur un Président de la République qui incarne véritablement  l’Etat.

« Et je crois d’ailleurs que l’engouement des Française et des Français pour la personne de Brigitte Macron, elle se trouve aussi là-dedans, dans ce besoin d’incarnation de quelque chose qui nous dépasse. Je sais que c’est politiquement incorrect de dire cela, mais je crois que l’explication est quasiment freudienne, on est un peuple romanesque, romantique, et qui aime avoir un couple à sa tête. Et c’est la vérité que l’on observe. Il suffit de voir le nombre de courrier et la popularité de Brigitte Macron pour le comprendre. »

Invité suivant de France Culture : Régis Debray, philosophe et écrivain, figure de la vie intellectuelle française. Il revient sur les mutations de notre histoire politique qu’il a observées ces cinquantes dernières années – et ce à l’occasion de la sortie de son « Bilan de faillite » (Gallimard). Hauteur de vue avec quelques envolées lumineuses. Redoutable passage sur la « transcendance ». L’auditeur en vient à regretter que Marlène Schiappa ne soit plus là.

A demain

PS: les biographes à venir de Mme Schiappa retiendront que, selon Le Canard Enchaîné, cette dernière multiplie les compliments à l’égard de la Première dame. « Je suis très proche de Brigitte, on s’appelle souvent. Elle me soutient beaucoup. Elle me demande des conseils », raconterait ainsi la secrétaire d’Etat, ancienne mancelle.  Lors d’un récent déplacement au consulat de New York, elle aurait confié à quelques femmes autour d’elle : « Hier, Simone de Beauvoir, aujourd’hui Brigitte Macron ». Cette comparaison a été confirmée par l’entourage de la secrétaire d’État à Closer.

Conflits d’intérêts : Agnès Buzyn va-t-elle pouvoir encore conserver la tutelle de son mari ?

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L’affaire avait été publiquement évoquée dès sa nomination : comment Agnès Buzyn, 55 ans, ministre des Solidarités et de la Santé pourrait-elle traiter des dossiers relatifs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dirigée par Yves Lévy, 60 ans, son mari ?

« Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait il y a un an, sans naïveté, La Croix (Pierre Bienvault). « La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, expliquait le quotidien catholique. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Inserm. Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Il y a un an Agnès Buzyn  assurait que la question sera vite réglée et que, en même temps, son mari serait maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Pour régler ce conflit d’intérêt une solution :  le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désisterse départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent, connu de Mme Buzyn, est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

Visiteuse du soir de Marisol Touraine

La Croix avait touvé une piste : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Schématiquement : un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la co-tutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche. Ce qui fut fait.

Un an plus tard, réémergence de l’affaire dans les colonnes du Canard Enchaîné daté de ce 18 avril 2018. Page 7 dans le toujours savoureux portrait « Prises de Bec » signé Anne-Sophie Mercier . Aujourd’hui : « Agnès Buzyn : Soldate du peu ». On en apprend un peu plus sur les raisons véritables qui conduisirent cette hématologue hospitalo-universitaire à quitter le service du sacro-saint hôpital Necker-Enfants malades où tout ou presque était réuni pour qu’elle fasse carrière. « Elle a longtemps été une visiteuse du soir de Marisol Touraine au ministère de la Santé confie au volatile un ‘’haut fonctionnaire’’ anonyme. Elle ne s’en vante pas parce que Touraine était cassante et pas très populaire. »

Le Canard revient aussi sur l’affaire de la situation de conflit d’intérêts officiellement déjouée. « Imaginer que la recherche médicale puisse être déconnectée du ministère de la Santé c’est du foutage de gueule » a expliqué à l’auteure du portrait un « ponte de l’Inserm » ; un ponte qui, avec quelques collègues, parle de « l’arrogance » de son PDG.

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, explique Anne-Sophie Mercier. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emportera dans cet éclairant dossier ? Des rumeurs donnent Agnès Buzyn perdante. Le verdict élyséen ne saurait tarder.

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«Hôpital : silence». Quand la directrice d’un CHRU invite son personnel à ne plus parler 

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Jusqu’où ne pas parler dans un établissement hospitalier ? C’est une note de service diffusée le 15 janvier auprès de 8.000 salariés du CHRU de Tours.  Note n° 2018-012 a signée de la directrice générale Marie-Noëlle Gérain-Breuzard. Objet : le « rappel de l’obligation de réserve de tous les agents du service public sur les réseaux sociaux et dans les médias ». Après Le Canard Enchaîné cette missive a attiré l’attention de La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant). « Une invitation au silence » que les syndicats digèrent mal souligne le quotidien régional.

Que dit la directrice générale ? Elle rappelle, gentiment, que « les agents doivent éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques, à dévaloriser l’institution et à nuire à la considération du service public », au risque de « faire l’objet d’une sanction disciplinaire ».

Cette note est motivée par « des constats récents ». « Vise-t-elle expressément un article sur les urgences parus trois jours plus tôt dans la Nouvelle République, comme le pense  Le Canard enchaîné, qui a révélé le document ? Le  témoignage d’une soignante de neurochirurgie le même jour sur TV Tours ? Le  hashtag « Balance ton hosto », qui fleurit sur Twitter ? » demande le quotidien.

« Postures médiatisées »

Réponse de la direction de la communication (sic) : « La direction a souhaité rappeler chacun à ses responsabilités, le devoir de réserve n’empêchant pas les salariés de s’exprimer sur leurs conditions de travail ni la liberté d’expression ». Interdiction de parler tout en ayant, en même temps, le droit de s’exprimer.

Pour les syndicats, spécifiquement visés par un paragraphe qui les met en garde contre tout propos « qui excédent la vivacité de ton », ce message est plutôt le signe du climat de tension. « Il n’y a jamais eu autant de grèves, à Tours [dernière en date, le service de neurochirurgie], et ailleurs », rappelle Véronique Brisacier, de la CGT.

Et La Nouvelle République de se souvenir : lors de la cérémonie des vœux 2017, la directrice dénonçait déjà  « des postures médiatisées véhiculent une image délétère de notre CHU ». Un « hôpital bashing » dont se défendent les deux syndicats, qui prennent d’ailleurs leurs distances avec ce qui circule sur les réseaux sociaux. En lançant la campagne « Fier de mon hôpital », « la direction veut nous emmener sur ce terrain d’opposition, mais nous aussi nous sommes fiers de notre hôpital, réagit Véronique Brisacier. Ce qui nous inquiète, c’est ce que les politiques qui sont menées actuellement vont faire de notre hôpital. »

 « Nous ne sommes ni injurieux ni diffamatoires, nous témoignons des risques liés aux baisses d’effectifs, aux glissements de tâches, des difficultés rencontrées par les soignants, les personnels techniques et administratifs » confie un représentant de Sud. Le CHSCT a d’ailleurs mandaté quatre expertises pour évaluer les conséquences des restructurations dans les services. Face à la note n° 2018-012, Véronique Brisacier se demande : « Est-ce qu’il y a quelque chose à cacher ? » On pourrait presque, si l’on osait, le demander à la directrice générale. Sans savoir, à dire vrai, si elle a le droit de s’exprimer.

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L’affaire Lactalis devient politique. Emmanuel Macron réclame des «sanctions». Contre qui ? 

Bonjour

C’est fait : l’affaire Lactalis s’est structurée en feuilleton. Et le feuilleton prend subitement aujourd’hui une dimension politique. Seule absente des ondes, pour l’heure, la ministre de la Santé. Jeudi 11 janvier : après le mea culpa de Michel-Edouard Leclerc et tous ceux qui ont suivi  le gouvernement ne pouvait plus garder le silence. C’est Bruno Le Maire qui est monté en ligne : il a annoncé, devant la presse, avoir convoqué, le soir même, les géants de la grande distribution ; chez lui : à Bercy.  Le ministre de l’Economie aimerait comprendre pourquoi son arrêté du  9 décembre (demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de 600 lots) n’a pas été (pleinement) appliqué. Mieux M. Le Maire qualifie de « défaillante » la direction de Lactalis – premier géant mondial des produits laitiers.

« L’affaire Lactalis est grave et a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés,  tonne le ministre qui aime faire preuve d’autorité. L’Etat s’est substitué à une entreprise défaillante, dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché. »

Affaire pleinement politique et au plus haut niveau. Depuis Rome Emmanuel Macron a, de son côté, assuré que « des sanctions » seraient « prises », s’il s’était avéré que « des pratiques inacceptables » avaient été commises. « Oui, l’Etat français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire », a affirmé le président de la République.

Affairement dans les gondoles et les officines

 Coi jusqu’ici ,Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, commence a donner de la voix. Il en vient soudain à parler d’un « dysfonctionnement majeur » dans les procédures de rappel des boîtes de lait potentiellement contaminées. Il a appelé les opérateurs, « les industriels, les intermédiaires, les distributeurs », à faire « toute la lumière sur les défaillances qui ont été constatées et [à ce qu’ils] s’assurent que plus aucun des produits concernés n’est sur le marché et ne se trouve dans les magasins ».

M. Travers a ajouté que les services vétérinaires seraient « particulièrement vigilants sur les conditions de reprise de l’activité du site »de Lactalis à Craon. Se gardant bien d’évoquer les failles passées des mêmes services révélées à deux reprises par Le Canard Enchaîné. Voilà un ministre bien fragilisé.

Affaire politique et affairement dans les gondoles et les pharmacies d’officine : 2 500 contrôles supplémentaires de la répression des fraudes (DGCCRF) sont prévus la semaine prochaine dans les différents points de vente. Et ensuite ? Geoffroy Didier, secrétaire général délégué des Républicains, et Clémentine Autain, députée La France insoumise, se sont tous deux prononcés en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis.

« Je trouve proprement scandaleux le fait que des laits infantiles qui aient fait l’objet de rappel soient malgré tout vendus en grande distribution, a réagi M. Didier sur Public Sénat . Je crois que les excuses commerciales de la part de certains groupes de grande distribution (…) ne suffiront absolument pas et qu’il faudrait qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée, et que les responsabilités soient non seulement prononcées mais aussi exercées, c’est-à-dire avec des sanctions exemplaires. »

Affaire politique et économique : le géant Lactalis, toujours muet quant à ses responsabilités, vient de faire savoir qu’il plaçait en chômage partiel 250 salariés de son usine de Craon, dans le beau département de la Mayenne.

A demain

 

Non, Michel-Edouard Leclerc, rien, dans l’affaire Lactalis n’aura jamais été « nickel » !

Bonjour

C’est décidément, une étrange affaire – comme l’ombre portée d’un scandale sanitaire. Un sorte de scandale en creux qui révèle de bien étranges pratiques, des failles potentiellement graves, des dysfonctionnements majeurs au sein du système industriel de l’agro-alimentaire et de la grande distribution.

Aujourd’hui, sortant du bois, Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe éponyme. M. Leclerc goûte les médias, qui le lui rendent bien. On l’entend fréquemment vanter son groupe, s’auto-célébrer, dénoncer ses concurrents, laver plus blanc.

Aujourd’hui inversion des couleurs. Où l’on voit malgré tout que l’homme est également à l’aise dans l’expression médiatique du mea culpa, breton ou pas. Il s’agit d’une « défaillance inadmissible » confesse-t-il. Cible : la vente, par E.Leclerc, de produits Lactalis qui avaient été rappelés par l’industriel après la contamination de bébés par des salmonelles. Un dérapage qui a suscité l’indignation et l’inquiétude des parents et des associations.

 Savoir assumer

« Personne n’imaginait qu’il restait de tels produits en circulation. A titre personnel, je pensais que tout était nickel », vient ainsi de déclarer Michel-Edouard Leclerc au Parisien : « Lait Lactalis vendu malgré le rappel : Michel-Edouard Leclerc s’explique » :

« Tout a commencé vendredi dernier à la suite d’un article publié dans La Voix du Nord. Une cliente déclarait avoir acheté une boîte de lait qui aurait dû être retirée des rayons dans le magasin Leclerc de Seclin (Nord). Personne n’imaginait alors qu’il restait de tels produits en circulation. A titre personnel, je pensais que tout était nickel. J’ai demandé un état des lieux plus poussé au sein de l’enseigne et patratas… c’est là qu’on s’est rendu compte que 984 boîtes, soit 200 références, n’avaient pas été retirées malgré les rappels successifs. Elles ont été achetées par 782 clients. J’ai donc mis en place un comité de crise pour les contacter. (…) »

« Nous assumons cette faille et nous nous en excusons auprès des parents. (…) A ma connaissance, il n’y a pas eu d’enfant malade. Si c’est le cas, je le dirai. Je suis également père de quatre enfants et j’ai déjà eu des situations compliquées à gérer. Je sais assumer. C’est notre devoir. »

 Presque un alexandrin

 Rien de plus beau que la vérité sinon, en amont des immanquables révélations médiatiques, une communication de crise parfaitement maîtrisée. A retenir, dans les écoles spécialisées : « A titre personnel, je pensais que tout était nickel ». Pour un rien on tenait un nouvel alexandrin – signé Michel-Edouard Leclerc.

Le PDG du groupe éponyme savait-il, en se confessant au Parisien, que Le Canard Enchaîné du lendemain reviendrait sur le sujet ? Confirmant ses informations de la semaine dernière le volatile médiatique atypique fournit de nouveaux éléments de nature à discréditer les propos tenus par Lactalis mais aussi l’action les différents services administratifs concernés et la gestion de l’affaire par le cabinet du ministre de l’Agriculture : « Le document qui enfonce la défense de Lactalis – Leurres du laitier (Christophe Labbé) ».

Pour l’heure la ministre de la Santé reste coi. Les médias généralistes s’interrogent : pourquoi ?

A demain