Les abattages autorisés de trente-et-un loups et le «coup de chaud» des paysans français

Bonjour

C’est un communiqué de presse coup-de-gueule. Comme clouté sur la porte de la grange des gentils bobos protecteurs des légumes et autres animaux disparus.

« Loups : la France menacée d’une plainte, et puis quoi encore ? »

C’est un communiqué-symptôme. Celui d’un été qui s’étire, d’une chaleur malsaine, de migrations pathogènes. Comme une annonce de mauvais augure, un ciel qui se noircit. C’est la décalque d’un film « paysan », remarquablement éclairant qui vient de sortir sur les écrans (« Coup de chaud », lointain cousin de « M le Maudit » (1931) et de « Dupont Lajoie » (1975). Quelque chose comme la logique éternelle du bouc émissaire ; avec –ici- ce diagnostic : « débilité débonnaire affective ».

« Loups : la France menacée d’une plainte, et puis quoi encore ? »

Plaintes

Régional de l’étape, Le Dauphiné libéré (Coralie Dreyer) traitait il y a quelques jours ce sujet d’actualité. Le feu aux poudres ? Plusieurs arrêtés ministériels (Stéphane Le Foll et Ségolène Royal) donnent la bénédiction gouvernementale à l’abattage de trente-et-un loups. Réaction immédiate : les associations pro-loup vont porter plainte auprès de la Commission européenne.

«La France est en infraction avec la convention de Berne et la directive Habitat » affirment les associations du collectif Cap Loup. On lira ici leur communiqué de presse.

« Des milliers de chasseurs sont actuellement mobilisés pour tuer trentre-et-un loups par décision de l’État, un nombre insensé qui n’a plus rien à voir avec la protection du bétail et qui compromet le retour naturel de l’espèce. Cette politique de destruction extrêmement grave ne trompe plus personne : une espèce protégée est sacrifiée sur injonction ministérielle pour des raisons strictement politiciennes.

 En quelques jours ont été pris 9 arrêtés préfectoraux ordonnant une destruction massive de loups dans le sud-est de la France, jusqu’à cinq individus par secteur, l’équivalent de meutes entières. Alors que l’espèce est « strictement protégée » sur le papier, le nombre total de loups à tuer représente une proportion supérieure à celle autorisée pour des espèces « gibier », avec en plus des moyens inégalés : tirs de nuit, techniques de repérage habituellement interdites et formation de milliers de chasseurs par les services de l’État ! »

Fermes et alpages

Les pro-loups rappellent que les éleveurs sont déjà autorisés à tuer des loups près de leurs troupeaux. Ils assurent qu’ordonner des battues en plus de ces tirs ne solutionne rien, car la prédation continue sur les troupeaux insuffisamment protégés. Le problème est moins les loups que l’insuffisance de protection du bétail. « Les moyens de protection sont subventionnés mais leur mise en place n’est pas vérifiée donc peu effective, assurent-ils. Mais prédation est indemnisée même si le bétail n’était pas protégé, et aucune recherche n’est faite pour adapter le pastoralisme. »

Comment un tel discours accusateur sera-t-il entendu dans les fermes et les alpages ? On compterait, aujourd’hui, environ trois cents loups dans l’Hexagone.

« La cohabitation de l’élevage avec le loup n’est manifestement pas voulue par le gouvernement, observent encore les pro-loups. Quelques jours après la visite du Premier ministre en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le déferlement d’arrêtés préfectoraux de tirs ne peut qu’émaner d’instructions ministérielles destinées à contenter les lobbies agricoles et cynégétiques en période de campagne électorale pour les régionales, dans un pathétique concours politicien avec les camps adverses qui réclament autant de tirs, aux dépens de la survie du loup en France. »

Est-ce bien la vérité ? Qui peut le démontrer ? En appeler à Bruxelles ?

Plaintes recevables

« Loups : la France menacée d’une plainte, et puis quoi encore ? »

C’est la FNSEA qui signe ce communiqué de presse :

« Les ministres Ségolène Royal et Stéphane Le Foll ont décidé le 2 juillet dernier de fixer à trente-six le nombre de loups à prélever. Cela s’est fait sous la pression des éleveurs, et cela ne suffit pas !  Pourtant les protecteurs du loup prévoient de porter plainte face à ces prélèvements nécessaires.

 De qui se moque-t-on ? Doit-on rappeler la liste des carnages de l’an dernier pour justifier ces prélèvements ? La seule plainte recevable, c’est celle des bergers.  La seule plainte acceptable, c’est celle de ceux qui font vivre les montagnes. La seule plainte abordable, c’est celle de tous ceux qui subissent le loup. Ceux qui guerroient juridiquement pour soi-disant protéger la nature se trompent, ils ne protègent que des dogmes, pas la vie et la réalité du terrain. »

Songer à aller voir le film « Coup de chaud ». Aucun loup dans les maïs brûlés de Puch-d’Agenais. Que des hommes. Et aucun médecin.

A demain

Loi Touraine : les mannequins (trop) dénutris n’auront plus le droit de fouler les tapis.

Bonjour

C’est un addendum de poids au projet de loi qu’elle porte : Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes vient de faire savoir sur RMC-BFMTV que le gouvernement soutiendrait, dans cadre du vote de la loi santé, les amendements « anti-anorexie ». On entend par là des dispositions  interdisant le recours aux mannequins dénutris. Interdisant aussi de faire l’apologie de l’anorexie. Mais Mme Touraine a parlé d’un oui de principe : elle n’avait pas encore « examiné » ces textes ni les avoir fait « expertiser ».

Professionnelles dénutries

Quels  sont ces textes ? Où sont-ils ? Heureusement  que l’Agence France Presse veille. Ces deux amendements déposés par le député (PS, Isère) Olivier Véran. Il entend interdire aux agences de mannequinat le recours à des professionnelles des défilés lorsqu’elles sont diagnostiquées en état de dénutrition. Spécialiste de neurologie au CHU de Grenoble, Olivier Véran est rapporteur du volet promotion et prévention de la loi santé. Pourquoi la ministre semble-t-elle dès lors à ce point décontenancée. C’est que l’initiative du rapporteur est une « surprise »- comme l’explique aujourd’hui Le Dauphiné  Libéré – régional de l’étape qui a eu l’exclusivité :

 C’est un amendement “surprise” du projet de loi santé de Marisol Touraine. Un amendement, déposé ce lundi 16 mars par le rapporteur – et député isérois – Olivier Véran (PS), qui risque de faire parler et que le Dauphiné Libéré s’est procuré en avant-première. Le texte vise à interdire l’exercice de l’activité de mannequin à toute personne dénutrie. Le but est double : protéger les modèles, mais aussi les jeunes filles françaises qui pourraient, en voulant s’identifier, se mettre en danger. Et la sanction pénale proposée contre l’employeur contrevenant est lourde: jusqu’à six mois d’emprisonnement et une amende de 75 000 euros.

Etat de famine

Olivier Véran déclare : «Je rappelle qu’un IMC en dessous de 16 relève d’un état de famine, et qu’un IMC en dessous de 18 montre une vraie dénutrition […] D’autres pays ont déjà pris des mesures, comme l’Espagne ou Israël […]. En France ? Rien ou presque. Mis à part cette charte signée par Roselyne Bachelot en 2008 quand elle était ministre, qui était en fait un vœu pieux disant qu’une réflexion serait lancée! ».

Mais le député ne craint-il pas de se mettre à dos le milieu de la mode ? « On ne parle pas de simple maigreur, on parle de dénutrition ! Vouloir faire rentrer des mannequins d’1,80 m dans des vêtements taille 34, ce n’est pas normal. Et si quelqu’un qui a un IMC de 18 est considéré par les professionnels comme trop gros, c’est qu’il y a un vrai souci ! », dit celui qui est aussi médecin au CHU de Grenoble. »

Beautés pathologiques

Le deuxième amendement créerait notamment un « délit de valorisation de maigreur excessive » et viserait à interdire les sites internet qui font « l’apologie de l’anorexie ». Olivier Véran estime qu’en France « entre 30 000 et 40 000 personnes » souffrent de ce que l’on ne nomme plus « anorexie mentale ». « Ce sont des adolescents dans 90 % des cas. L’impact social de cette image que véhicule la mode, où des femmes doivent être maigres à un niveau pathologique pour être belles et défiler, est très fort » assure le médecin-député.

Olivier Véran  a 34 ans. C’est un âge où il est encore pardonné d’avoir la faiblesse de croire, dans ces domaines, à la force de la loi. La faiblesse d’imaginer que la beauté peut ne pas être, parfois, pathologique.

A demain

Dossier médical de Schumacher : un ordinateur suisse a parlé, « Kagemusha » se tait

Bonjour

La dimension pathologique de l’affaire ne serait pas ce qu’elle est, on sourirait de sa dimension rocambolesque. Nouvel élément dans l’enquête sur le vol du dossier médical de Michael Schumacher : une société d’hélicoptères basée en Suisse  vient d’être identifiée par les enquêteurs de la police judiciaire de Grenoble travaillant avec leurs homologues suisses et allemands. Et ce via son ordinateur.

Adresse IP

« L’adresse IP a été repérée dans une société d’hélicoptères du canton de Zürich a indiqué lundi le parquet de Grenoble, confirmant une exclusivité  du Dauphiné Libéré(Denis Masliah et Vanessa Laime) Selon ce quotidien, cette entreprise avait été pressentie un temps pour assurer le transfert, le 16 juin, du septuple champion du monde de F1 entre Grenoble et Lausanne. A ce titre elle avait reçu copie du rapport médical établi à cette occasion. Le parquet français a précisé s’être aussitôt dessaisi de l’enquête pour la confier aux autorités suisses.

CHUV de Lausanne

Le nom de « l’importante société d’hélicoptères de Zurich spécialisée dans le rapatriement sanitaire » n’a pas été divulgué. Cela ne saurait tarder. On ignore en revanche (pour l’heure) le nom (des) voleur(s). Pourquoi un hélicoptère ? Il faut ici savoir que dans les jours qui ont précédé le transfert de Michael Schumacher au CHUV de Lausanne, un contact avait été pris avec cette société d’héliportage. Il s’agissait d’étudier la possibilité d’un transport  par les airs. Une version du dossier médical avait alors été transmise par courriel à un médecin travaillant avec cette société d’hélicoptère afin d’adapter les équipements médicaux de l’appareil à l’état de santé du malade. Ce dossier devait permettre à ce médecin de prendre les mesures qui s’imposaient.

Puis cette option fut finalement abandonnée et c’est par la route, dans une ambulance que Michael Schumacher fut conduit du CHU de Grenoble au CHUV de Lausanne. Ce qui conduisit, après l’hypothèse d’un piratage du dossier informatisé français, à suspecter les ambulanciers suisses concernés.

Dauphiné Libéré

« Selon nos informations, les passages du rapport médical transmis par le mystérieux vendeur de données pour prouver qu’il détenait bien un document authentique correspondent à la version du rapport envoyé au médecin de la société d’hélicoptère suisse, écrivent les journalistes du Dauphiné Libéré. Ces éléments ne signifient pas pour autant que c’est ce médecin qui a lui-même tenté de négocier le rapport. Il peut tout aussi bien s‘agir de l’un de ses proches ou de membres de la société d’hélicoptères et le médecin aurait alors été victime d‘un vol de données confidentielles. »

Si cette piste se confirmait, cela dédouanerait selon eux le CHU de Grenoble. « On se souvient qu’un rapport imprimé du dossier Schumacher avait été laissé quelques heures dans un bureau du service où il était hospitalisé avant son transfert. L’hypothèse d’une retranscription de ces données avait été envisagée, ce qui, finalement, n’est pas le cas » ajoutent-ils. (Voir ici)

« Jerémy Martin »

Le dossier volé avait, par précaution, été camouflé sous plusieurs pseudonymes – le dernier était « Jérémy Martin ». Il avait été proposé par mails à plusieurs médias français, allemands ou suisses, en échange de 60.000 francs suisses (49.300 euros). En pratique il s’agit d’un rapport de synthèse d’une douzaine de pages rédigé par un des médecins du CHU de Grenoble en charge de Michael Schumacher à l’attention de ses confrères vaudois. « Ce document ne serait toutefois pas le rapport final mais un brouillon, ayant passé plusieurs heures dans une poubelle de l’hôpital » indique l’Agence France Presse. Ce qui n’est guère rassurant.

Dimension rocambolesque encore avec le pseudonyme pris par le voleur. Il se fait appeler Kaguemusha.  Pourquoi ? Il semble qu’il fasse ici référence à un film« Kagemusha , l’ombre du guerrier ». du Japonais Akira Kurosawa, Palme d’or à Cannes en 1980. Les cinéphiles se souviennent sans doute de cette histoire d’un grand seigneur médiéval blessé à mort, et  qui se fait remplacer pendant trois ans par un sosie.

Kaguemusha-Schumacher

Faut-il y voir un lien avec Michael Schumacher, 45 ans, qui a passé plus de cinq mois à Grenoble après un grave accident de ski survenu le 29 décembre 2013 à Méribel (Savoie), avant d’être transféré en ambulance à Lausanne ;

La porte-parole de l’ancien champion avait alors annoncé que ce dernier ne serait plus dans le coma. Dans quel état de conscience est-il désormais ? Pour l’heure « Kagemusha » se tait. Jusqu’à quand ?

A demain

Schumacher : secret médical sur le point d’être violé

Bonjour

Dans l’ombre portée de Vincent Lambert, Michael Schumacher. « Les pronostics sur l’état de santé de Michael Schumacher vont bon train … écrit ce martin LePoint.fr.  La famille et les proches se veulent rassurants, assurant à intervalles réguliers que l’ancien champion de F1 fait des progrès. Le corps médical est beaucoup plus circonspect, pour ne pas dire pessimiste. » Et le site de rappeler que début juin, , Gary Harstein,  ancien délégué médical de la FIA ,  s’était  montré extrêmement pessimiste sur les chances de rétablissement du malade. En usant de la litote : « J’ai bien peur et j’en ai presque la certitude que nous n’aurons jamais de bonnes nouvelles concernant Michael Schumacher ».

Bouger un doigt

Cette semaine c’est le Dr Erich Riederer, un neurologue suisse de Zurich qui prend la parole. En faisant l’économie de la litote : « Michael Schumacher restera invalide pour le reste de sa vie. Il est resté près de six mois dans le coma, ses muscles sont atrophiés et il semblerait qu’il soit squelettique. Il serait mieux que les gens gardent en mémoire le Schumi des vieilles photos. S’il pouvait s’asseoir sans aide après trois mois de rééducation, ce serait un succès. Trois mois plus tard, il sera alors peut-être en mesure de contrôler un fauteuil roulant électrique, à condition qu’il puisse bouger son doigt. » Le Dr Riederer sera-t-il poursuivi par la famille  pour avoir violé le secret médical ?

Diverses sources avaient affirmé il y a quelques jours que l’ancien champion était « sorti du coma ». Et sur RTL.fr l’ancien pilote automobile Olivier Panis a affirmé que les médecins de Michael Schumacher lui avaient assuré qu’il ne sera pas paralysé, qu’il pourrait remarcher un jour. « Tout ce qui est motricité n’a pas été touché » lui aurait-on assuré. Difficile cependant de savoir « à quelle vitesse il va récupérer ses muscles », expliquait Olivier Panis au micro de RTL. « Ce sera une rééducation très, très longue. Et au niveau cérébral, on ne sait pas, il va falloir être patient, ajoutait-il. Les sportifs de haut niveau ont une faculté de récupération plus rapide que le commun des mortels. »

50 000 euros

Au même moment on apprenait que le dossier médical de Michael Schumacher avait été volé et proposé à la vente à des médias allemands, anglais et français. Proposition : une somme (minimum) de 60 000 francs suisses (environ 50 000 euros). C’était une révélation du journal allemand Bild reprise notamment dans la soirée du 23 juin par Le Dauphiné (voir ici).  « Selon notre confrère allemand, le vol aurait pu avoir été commis au sein du CHU de Grenoble où l’ancien pilote de Formule 1 est resté hospitalisé un peu moins de six mois après son accident de ski, survenu le 29 décembre 2013 à Méribel en Savoie, avant d’être transféré, lundi 16 juin, au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne.

Le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, avait confirmé au Dauphiné qu’une plainte avait bel et bien été déposée le jeudi 19 juin  à l’hôtel de police de Grenoble pour « vol et violation du secret médical », par la direction du CHU de Grenoble. Les avocats suisses de la famille Schumacher ont également déposé plainte – par voie de fax adressé au procureur le 20 juin.

Document confidentiel

Selon les informations du Dauphiné ce vol serait celui des deux premières pages d’un dossier qui en compterait une dizaine. Ce sont plus précisément ces deux pages qui, pour l’heure, seraient proposées aux médias. Une enquête actuellement en cours et le système informatique sécurisé du CHU de Grenoble fait  l’objet d’une expertise : ce système a-t-il  pu être piraté ou utilisé frauduleusement pour en extraire le document confidentiel et qui aurait dû être hautement protégé.

Jacqueline Hubert, directrice générale du CHU de Grenoble a par la suite fait une déclaration à Bild : « Nous avons fait vérifier immédiatement et complètement notre système informatique par des experts afin de vérifier si une personne avait cherché à accéder au dossier de Michael Schumacher ou s’il y avait eu une intrusion depuis l’extérieur dans le système, mais nous n’avons trouvé aucune trace. » Puis Mme Hubert a confirmé ces informations à l’AFP.  Elle a également indiqué que seul un « nombre limité de personnes » avaient eu accès au dossier, qui avait été enregistré « sous une fausse identité dans le système ». Selon une source « proche de l’enquête » le dossier médical avait été masqué sous plusieurs pseudonymes dont le dernier était « Jérémy Martin ».

Cordon sanitaire

Un cordon sanitaire avait aussitôt été dressé. Sabine Kehm, porte-parole de la famille Schumacher, indiquait dans un communiqué :

« Depuis quelques jours, des documents donnés dont le fournisseur prétend qu’il s’agit du dossier médical de Michael Schumacher, sont proposés à certains représentants des médias contre rémunération. Nous ne pouvons pas juger si ces documents sont authentiques. Mais le fait est : les documents sont volés. Le vol a été dénoncé. Les autorités chargées des enquêtes ont été saisies. Nous attirons votre attention sur le fait que l’achat de tels documents ainsi que leur publication sont interdits. Les données du dossier médical sont hautement confidentielles et ne peuvent pas être accessibles au public. A l’encontre de la publication de contenus du dossier médical, nous déposerons par conséquent dans chaque cas plainte pénale pour la réalisation de toutes les infractions entrant en ligne de compte».

Secret absolu

Dès le premier jour de l’hospitalisation au CHU de Grenoble du champion allemand diverses tentatives de violation du droit à l’image ou du secret médical avaient été déjouées. La direction de l’établissement hospitalier et les membres des équipes soignantes avaient ensuite réussi à maintenir un secret absolu. Dès son transfert à Lausanne le service de presse du CHUV avait fait savoir que l’établissement observerait la même politique se refusant à tout commentaire qui pourrait donner le moindre indice sur l’état de santé du célèbre patient allemand, par ailleurs résident suisse.

Le CHUV assure avoir un protocole parfaitement au point pour préserver la sécurité et l’intimité de ses patients VIP. « Il n’est pas toutefois pas question de traiter un homme qui serait  tombé par terre dans son atelier différemment de quelqu’un qui est connu dans le monde entier, avait souligné  le Pr Richard Frackowiak, ancien doyen de l’Institut de neurologie de Queen Square de Londres, recruté à Lausanne pour développer un département interdisciplinaire de neurosciences cliniques. Chaque malade reçoit le meilleur de nos compétences et le meilleur de nos réflexions. »

Les yeux ouverts

Le journal suisse Blick, citant la société ambulancière qui a effectué le transport de Grenoble à Lausanne,  Michael Schumacher était conscient pendant le trajet et avait, la plupart du temps, les yeux ouverts. Ce transfert avait été organisé par la famille dans le plus grand secret, utilisant notamment un faux nom. Les ambulanciers avaient dû remettre leurs téléphones portables. Toujours selon Blick  le visage de Schumacher aurait beaucoup maigri. Et s’il n’a pas parlé le malade aurait communiqué avec les ambulanciers par des hochements de tête. Une information qui avait aussitôt été abusivement interprétée comme une sortie du coma de l’ancien champion automobile allemand.

Pour la BBC le nouveau combat du champion allemand est désormais le respect de sa privacy. La BBC ne nous dit pas combien de temps durera ce combat.

A demain

Poches de nutrition mortelles : une affaire ministérielle ?

Rebondissement dans le dossier judiciaire de la mort de nouveau-nés de l’hôpital de Chambéry. Ou plus précisément apparence de rebondissement. L’affaire  pourrait prendre une dimension nationale. Seize établissements hospitaliers auraient eté sommés par Marisol Touraine de donner des informations rétrospectives. Les choses sont un peu moins simples. Mais la ministre a choisi d’être en première ligne médiatique.   

Est-ce parce que nous sommes en France ? Verrait-on  en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis,  un ministre de la Santé occuper une telle place dans une affaire pour laquelle la justice est saisie ? Il y a là, sinon un mélange des genres, du moins une source de confusion  dans l’opinion qui ne peut pas ne pas soulever des questions – et aussi susciter quelques irritations.

Réquisitoire supplétif

Aujourd’hui  15 janvier Brice Robin, procureur de la République de Marseille a confirmé une information au conditionnel  du Dauphiné libéré.  Soit un quatrième décès de bébé présentant  précisant toutefois que cette mort ne concernait « pas du tout la même période, pour lequel l’hôpital s’interroge et pour lequel la famille nous a saisis »« J’ai fait un réquisitoire supplétif vendredi [10 janvier] et la juge d’instruction [du pôle santé de Marseille] Annaïck Le Goff est saisi du cas de ce bébé ». En réalité l’existence de ce quatrième décès était, depuis le début de l’affaire, connu des autorités sanitaires.

Le Dauphiné libéré précisait que la juge d’instruction Annaïck Le Goff était présente le 14 janvier à Chambéry, accompagnée de deux autres juges d’instruction co-saisis, du procureur de Marseille d’enquêteurs et d’experts (pharmaciens et médecins) avec qui elle travaille habituellement. Ils ont saisi des dossiers de l’hôpital et inspecté le service de réanimation néonatale.

« Ce pool d’une dizaine de personnes s’est ensuite rendu à 17 h 30 vers le palais de justice où les attendaient pères et mères endeuillées, ajoute le quotidien régional. Les parents de Matheo se sont joints aux trois autres familles. ‘’Annaïck Le Goff a présenté la façon dont elle allait travailler et les différents services. Mais, l’enquête, elle en est au début’’, commente Caroline Collomb avocate des parents de Théo. La constitution de partie civile en cours va permettre aux familles d’avoir accès au dossier, mais ‘’matériellement, cela va prendre plusieurs semaines’’, précise l’avocate. »

Information judiciaire contre X

Trois familles ont déjà porté plainte contre l’hôpital. La juge d’instruction de Marseille a ouvert une information judiciaire contre X pour « homicide et blessure involontaires, mise en danger délibérée de la vie d’autrui et fabrication de médicaments sans respecter les bonnes pratiques » L’enquête concerne aussi bien la production que l’administration et est élargie à toute la France. « ‘’ On ne recherche pas une responsabilité pénale à tout prix’’, confie Antoine, le papa de Milie à la sortie du Palais de justice, hier vers 19 h 45. ‘’On veut que des enseignements soient tirés de cette affaire et que ça ne se reproduise jamais’’. Ces parents s’inquiètent d’une possible contamination sur tout le territoire français » rapporte encore le Dauphiné libéré.

 La justice est saisie et la justice travaille comme elle doit le faire. Cette justice a-t-elle besoin de l’aide du politique à l’échelon ministériel ? C’est peut vraisemblable. C’est pourtant ce que semble penser Marisol Touraine.  A la suite de la nouvelle information  du 15 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a appelé les seize établissements hospitaliers approvisionnés par le laboratoire normand Marette à signaler les incidents ou morts de nourrissons au niveau national. Cette mesure n’avait-elle était déjà prise par les différentes administrations sanitaires saisies de l’affaire ? Pourquoi à ce stade ne pas élargir plus encore la fourchette hospitalière ?

Epidémiologie rétrospective

« C’est probablement dans ce laboratoire que la contamination est intervenue », a résumé Mme Touraine. Elle précisait plus tôt dans la matinée, sur BFM-TV, qu’il ne s’agissait  toutefois « pas du même lot ». On se souvient qu’il y a quelques jours  des analyses effectuées sur dix poches alimentaires d’un lot suspect, destinées aux nouveau-nés du service de néonatologie à Chambéry, avaient permis de conclure à une contamination pour six d’entre elles par un même germe  encore inconnu à ce jour. C’est dire si l’affaire est complexe et si les enquêtes épidémiologiques rétrospectives seront difficiles – pour ne pas dire impossible ne serait-ce que du fait de l’absence de conservation des lots

Ces poches provenaient toutes d’un lot de 137 poches fabriquées le 28 novembre 2013 par le laboratoire Marette – donc bien après le décès de mars. Des poches qui ont toutes été retirées dès l’apparition des premiers soupçons d’anomalie le 17 décembre. Puis il y avait eu,  7 janvier dernier la suspension de la production du laboratoire Marette.

La situation est d’autant plus complexe que le Pr Benoît Valet, nouveau directeur général de la santé se veut nettement plus rassurant que sa ministre. C’est du moins ce que dit le quotidien Libération dans son édition de demain 16 janvier.  «Ce n’est pas un cas nouveau, nous le savons depuis le début, dès la survenue des décès en décembre, a-t-il déclaré au quotidien. Cet enfant est mort en mars dernier. Il a été nourri par des poches fabriquées par le laboratoire Marette, mais ce n’est pas tout à fait le même tableau clinique, il avait des problèmes respiratoires.»

Quant à l’enquête auprès des seize établissements hospitaliers elle aurait été  décidée il  y a une dizaine de jours déjà. lors de l’arrêt de la production du laboratoire Marette.

Origine bactérienne toujours inconnue

Pour l’heure l’avocat du laboratoire normand fait valoir que l’origine des entérobactéries qui ont été décelées sur les poches fabriquées par cette entreprise demeure « à ce stade de l’enquête administrative et judiciaire inconnue ».

La ministre a quant à elle précisé que le gouvernement disposerait « de l’ensemble des informations nécessaires la semaine prochaine ». Elle a aussi tenu à déclarer à la presse que si des « dysfonctionnements » étaient intervenus, elle prendrait les « mesures nécessaires ». 

 

Furosémide : retour des anticorps protecteurs anti-génériqueurs

Cinq jours plus tard le mystère s’épaissit. Rien de suspect sur le site industriel de conditionnement nous dit l’Ansm. Que s’est-il passé au sein de la filiale française de la firme Téva ? Réveil des opposants systématiques aux médicaments génériques. Et après ?  

Il faut imaginer le Dr Sauveur Boukris heureux. Avec l’affaire Furosémide il est sollicité de partout par les médias : la fatalité  (1) veut qu’il  vient de faire paraître un pamphlet contre les génériques. C’est là le dernier en date de ses ouvrages accusateurs ; ouvrages que le Conseil national français de l’Ordre des médecins ne goûte guère. En en témoigne la lecture, délicieuse, de son dernier bulletin d’information. L’Ordre s’y interroge en compagnie du Dr Michel Cymes, sur les moyens à mettre en œuvre pour mieux informer sur les mille et une « affaires » médicales. Nous y reviendrons.

Le Dr Boukris dans le Queyras

Hier il était présent sur le journal télévisé de la Une. On le trouve ici sur le Huffington Post. Pour l’heure de passage à Saint-Véran (2020 m) nous croisons le Dr Boukris dans Le Dauphiné Libéré (11 juin 2013). La une/Une est entièrement consacrée à l’affaire :

« Médicaments : encore en scandale ». « Un somnifère a pris la place d’un diurétique, à cause d’une erreur de conditionnement, et déjà deux décès, ainsi que des cas graves. Sans compter les signalements qui affluent, notamment en Ardèche où une enquête est menée. Les boîtes concernées ont été rappelées. De quoi entacher encore la confiance des Français envers les médicaments. »

Envers les médicaments ou envers  les médicaments génériques ? En page 28 le Dr Boukris est donc là. Selon lui « on me peut pas mettre cet accident sur le compte de la fatalité ». Il n’exclut pas pour autant la piste criminelle. Instruction à charge : matière première achetée en Chine ou en Inde, de quinze à vingt étapes de fabrication chez un génériqueur contre quatre à cinq chez les fabricants de médicaments princeps. Multiplications de sous-traitants pour réduire les coûts, traçabilité incertaine.

Les malades le disent !

Rappel avec lui des dossiers récents et de la décision prise par la FDA de retrait d’un des antidépresseurs de Téva. Et l’antienne : le générique est source de confusion, surtout pour les personnes âgées. « Certaines personnes peuvent renoncer à le prendre ou au contraire à en prendre deux, déclare-t-il au Dauphiné libéré. Dire que les génériques c’est blanc bonnet et bonnet blanc c’est faux, ce sont les malades qui nous le disent. » Les malades et les lecteurs sont incité à lire le dernier livre du Dr Boukris. Un titre sans équivoque qui fleure bon le titre d’un film vieux de neuf ans lui-même remake d’ « Une si belle garce » (1969).

Le médecin alsacien à l’ordinateur NS

Ailleurs sur la Toile, le Dr Claude B., de Stasbourg. Il raconte l’histoire suivante : à une patiente âgée, qui souffre de graves problèmes de santé, il prescrit le 8 juin (jour de l’annonce du mort de Marseille) un diurétique. Comme la dame lui précise qu’elle a déjà eu des ennuis avec des génériques et qu’elle ne souhaite pas en reprendre, il inscrit sur l’ordonnance « non substituable ». Depuis des années, ce généraliste strasbourgeois rédige ses ordonnances à l’ordinateur et se refuse d’écrire à la main. La mention « NS » qu’il appose n’est donc pas manuscrite. Ce qui, on le sait, a permis au pharmacien de délivrer du Furosémide Téva 40mg. « Quand elle m’a appelé pour me dire qu’on lui avait donné du Furosémide, j’étais furieux. Le pharmacien ne m’a même pas prévenu ! Et s’il y avait eu un pépin, on m’aurait tenu pour responsable. » Après enquête  et vérification des lots il est apparu que les comprimés délivrés étaient bien ceux du diurétique« Ma patiente est convaincue qu’elle a pris du somnifère », précise le généraliste à l’ordinateur. Comment mieux dire ?

L’hypothèse de la malveillance; l’énergie retrouvée du Figaro

Après quelques jours de silence Le Figaro (12 juin) se réveille brutalement : les deux pages d’ouverture et les révélations d’un ancien pharmacien de Téva qui, en novembre 2011 dénonçait les problèmes de qualité. L’occasion pour le quotidien de réaliser une petite radiographie du monde des médicaments génériques en général, de Téva en particulier et tout particulièrement de « Téva France ». Entretien avec le  Pr François Chast (Hôtel-Dieu de Paris) ancien président de l’Académie de pharmacie, de plus en plus présents dans les médias, par ailleurs auteur d’une passionnante  « Histoire contemporaine des médicaments » (Editions La Découverte). Pour lui « la malveillance est toujours possible. « Théoriquement il n’y a aucun rapport entre le fait qu’il s’agisse de génériques et un dysfonctionnement dans la chaîne de production ». Le Pr Chast rassure les patients : « les peuvent avoir confiance dans les génériques qui sont d’ailleurs beaucoup utilisés à l’hôpital. »

Malveillance ? En regard de sa page Furosémide Le Dauphiné libéré fait le point sur une autre affaire, celle de « La Tuerie de Chevaline ». « De mystérieux appels et de grosses sommes d’argent en jeu » nous dit ce quotidien. Il nous dit aussi que neuf mois après le quadruple meurtre l’enquête se poursuit et se resserre.

(1) Faut-il voir dans cet appel mondial du géant Pfizer un autre signe de la fatalité médicamenteuse ?