Vitamine D et nouveau-né décédé : le mystère de l’autopsie, un coup de fil déplacé au Figaro

Bonjour

Il est des affaires qui n’en finissent pas. Et est des pratiques antiques que l’on pensait définitivement abandonnées. On peut, aujourd’hui 7 janvier, lire quelques lignes peu banales dans Le Figaro – quotidien qui a révélé la mort du nouveau-né à qui on venait d’administrer quelques gouttes d’Uvestérol D.

Le journal raconte ainsi avoir reçu, jeudi 5 janvier un coup de téléphone de Claude Pigement, vice-président du Conseil d’administration de l’Agence du médicament (ANSM).

Le Dr Claude Pigement est une personnalité bien connue dans les milieux médicaux comme des journalistes spécialisés. Il a, très longtemps, été le « monsieur santé » du Parti socialiste (successivement délégué puis responsable national à la santé entre 1985 et 2008). Ce médecin gastro-entérologue, a été élu en 2013 à la vice-présidence de l’ANSM.

« Go-between » 

Le Quotidien du Médecin expliquait alors qu’à ce poste non exécutif, il seconderait la présidente et devrait jouer un rôle de « go-between » entre le Pr Dominique Maraninchi, alors directeur général de l’Agence et la ministre de la Santé Marisol Touraine. « L’ANSM est une  jeune agence en construction, qui devra trouver ses marques entre le « travail de fond et la gestion des urgences » déclarait-il. « À son poste de vice-président, le Dr Pigement entend prendre sa part à ces nouveaux défis » ajoutait Le Quotidien du Médecin.

Trois ans plus tard le « go-between » entre en action : il appelle Le Figaro. Et Le Figaro entend une sonnerie politique : « il s’agit de défendre l’ANSM et la ministre Marisol Touraine dans la gestion calamiteuse de l’affaire Uvestérol D ». Que dit le Dr Pigement ?

« Les choses ont été faites en temps et en heure. L’ANSM a été transparente (…) Je ne réponds pas aux si. Avec des si, on mettrait l’Agence en bouteille (…) On n’est pas là pour refaire le match ou pour rejouer la partie. »

 « Go-between » ou pas, il est des métaphores que l’on se devrait d’éviter après la mort d’un nouveau-né.

Retrouvée morte aux urgences de Cochin

Nous évoquions, hier, à propos de cette mort, l’incompréhensible attitude du pédiatre présent qui n’avait pas proposé pas d’autopsie « devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents »

 « On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie médico-légale, écrivions-nous alors. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ? ».

On nous indique aujourd’hui que le procureur d’Evry n’a pas demandé d’autopsie médico-légale. Il y a donc eu permis d’inhumer et le bébé a été enterré au Mali. Le même cas de figure, totalement incompréhensible, s’était déjà produit dans l’affaire de la femme retrouvée morte, il y aura bientôt trois ans, dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Nous avions traité ce sujet sur le site Slate.fr « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité ».

Article 74 du code pénal :

« En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations.

Le procureur de la République se rend sur place s’il le juge nécessaire et se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Il peut, toutefois, déléguer aux mêmes fins, un officier de police judiciaire de son choix.

Sur instructions du procureur de la République, une enquête aux fins de recherche des causes de la mort est ouverte. Dans ce cadre et à ces fins, il peut être procédé aux actes prévus par les articles 56 à 62, dans les conditions prévues par ces dispositions. A l’issue d’un délai de huit jours à compter des instructions de ce magistrat, ces investigations peuvent se poursuivre dans les formes de l’enquête préliminaire. »

Posologie

Les investigations sur les causes de la mort d’un nourrisson ont été confiées au pôle santé publique du parquet de Paris. Ce dernier poursuit l’enquête pour « recherches des causes de la mort » après le dessaisissement du parquet d’Évry, initialement compétent car le nouveau-né est mort dans l’Essonne.

« Selon nos informations, les parents de la victime de Grigny ne parlent, ni le lisent le français, ce qui a nui à la compréhension de la posologie, indique L’Express. A ce jour, ils n’ont pas déposé de plainte. »

Il est des affaires qui n’en finissent pas.

A demain

Nouveau-né et vitamine D : la «fausse route» mortelle est l’hypothèse la plus probable

 

Bonjour

Deux informations nouvelles dans l’affaire de l’Uvesterol D. Tout d’abord une « info Le Figaro » (Anne Jouan). Le quotidien a eu connaissance de la « déclaration de pharmacovigilance » rédigée par l’hôpital Saint-Vincent de Paul le 22 décembre le lendemain de la mort du nouveau-né de 10 jours survenue après la prise d’une dose d‘Uvesterol D. Ce nouveau-né (le dernier d’une fratrie de six) pesait 3,2 kg, mesurait 51 centimètres et était en parfaite santé. Il était sorti de la maternité le 14 décembre explique le document consulté par Le Figaro.

« Deux jours plus tard, une sage-femme a effectué une visite à domicile et n’a rien trouvé de particulier. L’enfant va bien. Le 21 décembre, à 9 heures, l’enfant prend le sein. Vers 11 heures, les parents lui donnent une dose de 0,2 ml d’Uvestérol par tétée dans la pipette. Le petit garçon est dans les bras, en position semi-assise à 45°. les parents font ce qui leur a été montré à la maternité. Mais, aussitôt après, survient un blocage respiratoire avec deux efforts de vomissement (probable fausse route, note la déclaration de pharmacovigilance), puis une impression de suffocation/apnée. Les parents appellent alors les secours. Les pompiers puis le Samu constatent un arrêt cardio-respiratoire. L’enfant est intubé puis ventilé. La réanimation échoue. L’enfant est transféré à l’hôpital et le décès est constaté à 14 heures 20. »

« Un protocole de mort inattendue du nourrisson est mis en place. Des examens sont pratiqués sur le corps du bébé. Pas de fièvre. Rien ne mettra en évidence une quelconque anomalie : le dosage de la protéine C permettant de déceler une inflammation est strictement normal (inférieur à 5 mg/l), les recherches de toxiques (amphétamines, barbituriques, benzodiazépines, opiacées, etc.) s’avèrent négatives, le liquide céphalorachidien normal. Il n’y a pas non plus de virus respiratoire. Une radio de squelette et un scanner du corps entier sont ‘’sans particularité’’. Le pédiatre ne propose pas d’autopsie ‘’devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents’’. »

 Erreur

On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ?

La déclaration conclut : «Au total, décès par arrêt cardio-respiratoire sur probable fausse route survenue immédiatement à la suite de l’administration d’une dose d’Uvesterol D, administrée a priori par tétée chez un enfant semi-assis et par des parents sensibilisés aux modalités d’administration».

On connaît la suite, caractérisée par le silence, étrange, des autorités en charge de la sécurité des médicaments. Lundi 2 janvier à 17 heures 52, Le Figaro annonçait la mort de ce bébé. A 22 heures 30, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) confirme l’information, ajoutant que «l’Uvestérol D fait l’objet depuis 2006 d’une surveillance renforcée de la part des autorités sanitaires».

Nous sommes le 6 janvier. Peu après la nouvelle information du Figaro, l’ANSM annonce qu’elle suspend la commercialisation de ce médicament.

« Cette mesure est effective immédiatement. La supplémentation en vitamine D chez les jeunes enfants n’est pas remise en cause. Des alternatives thérapeutiques existent : l’ANSM invite les familles à se rapprocher de leur professionnel de santé. Pour rappel, les enfants qui ont reçu de l’Uvestérol D ne courent aucun danger.

 « En ce qui concerne l’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C., dont l’usage est réservé à des situations pathologiques particulières pour lesquelles il n’existe pas d’alternatives, l’ANSM décide de réserver son utilisation à l’hôpital. Tous les lots d’Uvestérol VITAMINE A.D.E.C. disponibles en pharmacie d’officine sont retirés. L’approvisionnement en médicaments contenant de la vitamine D est garanti sur l’ensemble du territoire national. »

A demain

Vivre à proximité des grosses artères routières pourrait conduire à la démence. Pourquoi ?

 

Bonjour

« La pollution accroît le risque de démence » titre Le Monde de ce 6 janvier. C’est un raccourci que l’on accusera d’être excessif. Ainsi, souvent, en va-t-il avec les titres-choc. Le Figaro est plus prudent qui parle de lien fragile. La BBC est plus près de la vérité scientifique : « Dementia rates ‘higher near busy roads’ ». Pour notre part nous avons développé le sujet, sur Slate.fr :   « Vivre à proximité d’une route surchargée augmente les risques de démence ».

Il faut ici bien s’entendre sur la définition de la démence. Non pas la « folie » (l’«aliénation mentale ») mais bien la réduction progressive et handicapante des capacités intellectuelles. C’est elle qui est au cœur d’une vaste étude menée auprès de 6,6 millions de personnes vivant dans l’état canadien de l’Ontario.  Dirigés par le Pr Hong Chen (Institute for Clinical Evaluative Sciences, Toronto) les auteurs publient leur travail dans The Lancet.

Stress ou pollution

Plusieurs travaux épidémiologiques précédents avaient déjà mis en lumière une possible corrélation entre le fait de vivre à proximité immédiate d’un fort trafic routier et la survenue de pathologies neurologiques dégénératives comme la démence mais aussi la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. On évoqua alors les possibles effets chroniques de la pollution atmosphériques et /ou le stress induit par le bruit incessant du trafic. Financés par des fonds publics canadiens les chercheurs de Toronto ont voulu aller plus loin dans l’analyse de ce phénomène.

On lira, dans The Lancet ou sur Slate.fr les détails de ce travail mené de 2001 à 2012 auprès d’une population d’environ 6,6 millions de personnes âgées de 20 à 85 ans vivant en Ontario. L’analyse des données ainsi recueillies permet d’affirmer que le risque de démence diminue avec l’éloignement du trafic : il est de 7% plus élevé chez les personnes vivant à moins de 50 mètres, pour passer à une élévation de 4% entre 50 et 100 mètres puis à 2% entre 101 et 200 mètres. Aucune augmentation statistique du risque de démence n’est plus observée au-delà de cette distance.

 « La croissance démographique et l’urbanisation font que beaucoup de personnes vivent désormais à proximité de routes à fort trafic et l’augmentation, même réduite, du risque de démence pourrait constituer un lourd fardeau de santé publique, prévient le Pr Hong Chen. Nous devons travailler pour comprendre la nature précise des liens pouvant expliquer ce phénomène. » D’autres spécialistes estiment que le constat ici établi suffit, d’ores et déjà, pour prendre des mesures.

Faiblesses

« Les élévations du risque mises en lumière par les auteurs (entre 2 et 7%) sont faibles, explique à Slate.fr le Pr Antoine Flahault, spécialiste d’épidémiologie (Université de Genève). Il faut rappeler qu’un « risque relatif » de 2 représente une élévation du risque de 200%, et que pour la relation entre tabac et cancer du poumon le risque relatif de 20 représente une augmentation de risque de 2000% ! Pour ma part je ne suis pas sûr qu’une seule étude épidémiologique comme celle-ci, détectant un risque faible, permette de conclure comme le font les commentateurs du Lancet. Le risque serait alors d’ouvrir la porte à des actions intempestives. »

Le Pr Flahault rappelle que les principaux facteurs de risque connus de démence sont les mêmes que ceux des maladies cardio-vasculaires. « Cette étude est-elle suffisante pour tenir compte des facteurs de confusion qui seraient eux-mêmes des facteurs de risque cardio-vasculaires ? On peut par exemple imaginer que les personnes  qui habitent dans les endroits plus reculés du Canada (les plus éloignés des grandes voies de communication) font davantage d’exercice physique, sont plus loin des fast-food…. Comme toujours, en présence de risques faibles, la première réaction qui s’impose me semble être la prudence dans l’interprétation, et la demande que ce type d’études soit reproduites ailleurs. »

Ce type de travail sera-t-il, un jour, conduit en France où l’application (politique) d’un principe de précaution (généralement mal interprété) précède le plus souvent l’évaluation (scientifique) du risque sanitaire. Ce serait, là aussi, un bon sujet d’étude. A mener dans le calme, loin des grosses artères.

A demain

 

«Vitamine D – nouveau-né décédé»: Le Figaro continue d’attaquer l’Agence du médicament

Bonjour

Vingt-quatre heures ont passé mais Le Figaro (Anne Jouan) ne se lasse pas. Après avoir révélé le décès d’un nouveau-né et dénoncé ce qui peut apparaître comme des atermoiements de l’Agence du médicament le quotidien poursuit son attaque :

« Les autorités sanitaires vont-elles enfin prendre les mesures qui s’imposent après la mort d’un nourrisson de dix jours suite à la prise d’Uvestérol, un produit de supplémentation en vitamine D très prescrit en France?

Le 21 décembre dernier, un enfant est mort à son domicile d’un arrêt cardio-respiratoire avant d’être transporté à l’hôpital sud-francilien de Corbeil-Essonnes. Les parents ont refusé que soit pratiquée une autopsie.

 « Lundi 2 janvier en fin de journée, aussitôt après la publication de cette information sur le site Internet du Figaro, l’agence du médicament (ANSM) a décidé d’organiser une réunion de crise le mardi après-midi. Selon nos informations, l’ANSM envisageait deux mesures. L’Uvestérol serait réservé aux prescriptions hospitalières pour les prématurés, et les autres enfants seraient supplémentés en vitamine D avec un autre produit (Zyma D, Sterogyl…). »

Transparence et réactivité

 Infiltré dans la place le quotidien du boulevard Haussmann explique de mardi 3 janvier, lors de la réunion de crise, le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, « semblait davantage préoccupé par l’urgence de savoir d’où venait la fuite dans la presse que par la question de suspendre ou non le produit suspecté ». « Comme à chaque fois, une chasse aux sorcières est lancée pour trouver le pécheur. Et l’ANSM fait l’économie d’une question récurrente : quels sont ses dysfonctionnements et comment y remédier ? »

Sur le fond le quotidien reformule une question récurrente : celle du rôle et de l’efficacité de cette Agence perturbé par une série d’affaires. Est-elle encore capable de gérer la au mieux sécurité sanitaire médicamenteuses des Français ? « Le ton monte au conseil d’administration et en interne, isolant encore plus Dominique Martin, désormais à la tête d’un navire en pleine tempête » assure le quotidien.

Pour finir Le Figaro observe que le médecin et député (PS, Haute-Garonne) Gérard Bapt, membre du conseil d’administration de l’ANSM, a pris ses distances avec cette dernière en se déclarant «sidéré par le manque de réactivité et de transparence». Pour l’heure Marisol Touraine, tutelle ministérielle, observe vis-à-vis de la presse un silence qui, chez elle, est assez inhabituel.

A demain

 

Mort d’un nouveau-né et vitamine D : l’Agence du médicament mise en cause par Le Figaro

Bonjour

« Paris : un bébé de 10 jours meurt après avoir reçu une dose de vitamine D. Un nourrisson est décédé au domicile de ses parents. Une dose d’Uvestérol D, produit sous surveillance depuis 2006, lui avait été administrée. » Le titre de RTL résume parfaitement l’affaire – une affaire révélée par Le Figaro (Anne Jouan) qui met (une nouvelle fois) en cause la direction de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Cette dernière est ici tenue pour responsable de ne pas avoir pris suffisamment tôt la mesure de la gravité du dossier dont elle était informée depuis le 21 décembre (elle n’a publiquement réagi que dans la soirée du 2 janvier, après l’information du Figaro). Plus ennuyeux Le Figaro explique avoir (aussi) été amené à publier ses informations à la demande d’un responsable de la pharmacovigilance, et ce au nom de la santé publique:

«J’espère qu’aucun autre gamin n’est décédé depuis le 22 décembre», confie un pharmacovigilant interrogé par Le Figaro. Et, fait rarissime, il ajoute: ‘’S’il vous plaît, aidez-nous à faire en sorte que ce produit soit suspendu.’’ Dont acte. »

Relief des mails

Les centres de pharmacovigilance (CRPV), en charge de veiller aux effets secondaires des produits de santé n’auraient ici été alertés que le vendredi 30 décembre, soit huit jours après la mort de l’enfant à son domicile. Et la lecture des mails donne un relief tout particulier à l’affaire :

« Les responsables de ces centres échangent le jour même par mail. «Ne faut-il pas se poser la question d’une information rapide des médecins et des parents et d’une suspension d’utilisation?» demande ainsi la responsable du CRPV du Val de Loire. ‘’La question de la suspension en urgence de l’utilisation de ce produit me semble effectivement posée’’, réagit celui du centre Necker-Cochin. Les pharmacovigilants ont rempli leur mission : au moins trois centres demandent la suspension de l’Uvestérol, commercialisé en France par le laboratoire français Crinex. De façon inhabituelle, ils mettent Dominique Martin, patron de l’ANSM, en copie de leurs échanges.

 « Suspension. Le mot est lâché. Il ne faut que quelques heures à un pays pour suspendre temporairement un médicament (le temps de faire la lumière sur le décès). Or depuis le 22 décembre, rien n’a été fait. Le directeur de l’agence du médicament a été informé par mail des recommandations des responsables de centres de pharmacovigilance, mais n’a pas réagi. D’autant plus surprenant concernant l’Uvestérol qu’il existe des substitutions. »

Non-réactivité

Ces interrogations surviennent dans un contexte chargé : l’Uvestérol est, en France, depuis dix ans sous surveillance par l’ANSM – et ce en raison notamment des conséquences des phénomènes de « fausses routes »  que son administration peut provoquer chez les enfants de moins de deux mois.

En 2010, on avait recensé quarante-trois malaises dont certains avaient nécessité une hospitalisation de plusieurs jours.  Un plan de gestion des risques avait été mis en place en 2011. Nouvelles alertes en 2013. De 2006 à avril 2013, un total de quatre-vingt-treize cas d’effets secondaires ont été enregistrés avec ce médicament.

C’est à la fois peu (compte-tenu de la très large utilisation de ce médicament préventif) mais plus que suffisant pour que soit publiquement posée la question du rapport risques-bénéfices et celle de son retrait du marché. Et la mort d’un nouveau-né suivi d’une non-réactivité immédiate des autorités centrales font que la direction de l’ANSM et le ministère de la Santé ne peuvent pas ne pas répondre face à ce qui apparaît comme une nouvelle faille dans le système national de sécurité des médicaments.

A demain

 

 

Mort d’un nouveau-né de 10 jours après une dose d’Uvestérol D®. Gros embarras des autorités

 

Bonjour

D’abord Le Figaro. Ensuite un mail nocturne de confirmation émanant de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM):

« Le 21 décembre dernier, un nouveau-né de dix jours est décédé par arrêt cardio-respiratoire, à son domicile. Ce nouveau-né avait reçu une dose d’UvestérolD® indiquée dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nouveau-né, le nourrisson et l’enfant jusqu’à 5 ans.

 « L’ANSM est en lien étroit avec les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) concernés depuis le 22 décembre. Des investigations sont en cours pour déterminer les causes exactes du décès et savoir s’il est susceptible d’être imputé à l’Uvestérol D®. Depuis 1990, date de la mise sur le marché de l’Uvestérol D®, aucun décès n’a été imputé à l’administration de ce produit.

 « Après le constat d’effets indésirables liés à son administration, l’Uvestérol D® fait l’objet depuis 2006 d’une surveillance renforcée de la part des autorités sanitaires à travers le réseau des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) avec lesquels l’ANSM est en lien permanent. Des mesures de réduction du risque ont été mises en place par le biais d’une meilleure adaptation du produit pour sécuriser l’administration et le renforcement des recommandations auprès des prescripteurs et des familles. » 1

Lien de causalité ?

Tout laisse penser, dans les termes de ce communiqué que le lien de causalité existe entre l’administration de cette spécialité et la mort de ce nouveau-né. Pour autant, rien ne permet de l’affirmer : les premières conclusions des investigations seront connues dans les prochains jours. « Elles permettront, dit l’ANSM, la mise en place des mesures qui s’avéreraient nécessaires. »

Or L’ANSM ne dit pas tout, comme en témoigne notamment le rappel par Le Monde de quelques éléments du dossier. Ainsi lors de sa réunion du 23 novembre 2010, la Commission nationale de pharmacovigilance (CNPV) avait demandé la contre-indication de l’Uvestérol D® au cours du premier mois de vie. Le laboratoire Crinex avait alors contesté cette mesure et a proposé en lieu et place de diluer les produits dans de l’eau ou du lait au cours de cette période, ce qui avait conduit la CNPV à surseoir à statuer dans la mise en œuvre de la mesure qu’elle proposait.

Alerte sans suite

Puis dans son numéro de mai 2011 le mensuel Prescrire demandait « un traitement énergique du dossier ». Réunie le 29 mars 2011, la CNPV constatait que vingt-trois nouveaux cas de malaise étaient recensés depuis le plan de communication d’octobre 2006. Faute d’une proposition concrète du fabricant, elle se prononçait pour la contre-indication au cours du premier mois de vie. Sans suite. Nouveau communiqué de presse.

En novembre 2014, de nouvelles formules et présentations d’UvestérolD® étaient mises à disposition par les laboratoires Crinex, en réponse aux demandes de l’ANSM. « La CNPV a de nouveau examiné le dossier lors de sa réunion du 5 juillet 2016, mais le compte rendu de cette réunion n’a toujours pas été rendu public, écrit Le Monde. Après avoir appris le décès d’un nourrisson (…)  les responsables de plusieurs centres régionaux de pharmacovigilance ont demandé la suspension du marché de l’Uvestérol®. »

Qu’attend aujourd’hui l’ANSM pour tout dire – et pour, enfin, agir ?

A demain

1 En 2006 les laboratoires Crinex adressaient les précisions suivantes aux prescripteurs :

« Les laboratoires CRINEX, en accord avec l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) souhaitent vous informer des nouvelles recommandations à respecter lors de l’administration des spécialités UVESTEROL VITAMINE ADEC et UVESTEROL D 1500UI/mL. L’UVESTEROL D 1500UI/mL est indiqué dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nourrisson et l’enfant jusqu’à cinq ans, la femme enceinte ou qui allaite et chez le sujet âgé. L’analyse des effets indésirables rapportés avec les spécialités UVESTEROL VITAMINE A.D.E.C et UVESTEROL D 1500UI/mL a mis en évidence un risque très rare, mais potentiellement grave, de survenue de malaise vagal (apnée du nourrisson pouvant entraîner une cyanose) lors de leur administration à des nouveau-nés ou des nourrissons sans pathologie apparente et âgés de moins de six mois.

« L’hypothèse d’un mécanisme type « fausse route » lié à une administration trop rapide du produit, directement sur l’oropharynx, paraît la plus probable. Aussi, afin de limiter le risque de « fausse route », nous vous demandons de respecter strictement les protocoles d’administration joints en annexe. Nous attirons votre attention sur le fait que le protocole d’administration de l’UVESTEROL VITAMINE ADEC chez le nouveau-né prématuré diffère sensiblement de celui chez le nourrisson né à terme. Par ailleurs, nous vous informons qu’un nouveau dispositif d’administration, la Seringoutte®, développé pour limiter le risque d’administration directe et trop rapide sur l’oropharynx du nourrisson sera mis à disposition d’ici la fin de l’année, après accord de l’Afssaps. Il vous est demandé de diffuser ces informations et les protocoles standard joints en annexe à l’ensemble des utilisateurs concernés (parents, personnel médical et paramédical). »

Voir plus loin : la fumée du cannabis altérerait les capacités rétiniennes des fumeurs

 

Bonjour

Le cannabis attise les passions politiques plus ou moins libératrices. On le verra bientôt lors des débats de la Primaire de la Gauche. Le cannabis n’est pas seul dans l’affaire : il en va de toutes les substances qui modifient les états de conscience : quelles limites la puissance publique doit-elle (ou non) fixer quant à leurs consommations ? Quels bénéfices peut-elle tirer de leur commerce ?

Le cannabis alimente aussi la curiosité biologique et médicale. Quel est son impact exact sur le corps de celles et ceux qui s’adonne à ce qu’ils perçoivent comme un plaisir – plaisir parfois d’autant plus aigu qu’il est (en France) illicite. Le goût de silex, de pierre à fusil, du fié gris et du petit risque.

Conduite automobile

Cannabis et vision : il faut ici se pencher sur une étude française, pilote et originale, publiée en cette fin d’année par le JAMA Ophtalmology : Association Between Regular Cannabis Use and Ganglion Cell Dysfunction”. Elle a été menée par un groupe de sept chercheurs dirigés par le Dr Vincent Laprévote (Maison des Addictions, Centre Hospitalier Régional Universitaire Nancy, Pôle Hospitalo-Universitaire de Psychiatrie du Grand Nancy) 1.  Elle s’inscrit dans un cadre plus large dont objectif est d’évaluer «l’impact de l’usage de cannabis sur le cerveau humain au travers de la vision, une fonction impliquée dans la conduite automobile et les accidents de la voie publique ».

Cette étude pilote a réuni cinquante deux volontaires (fumeurs de cannabis réguliers et abstinents ne fumant ni cannabis, ni tabac) recrutés pour passer un électrorétinogramme. Ces volontaires avaient au préalable ils répondu à un questionnaire sur leurs habitudes de consommation. Ils avaient aussi accepté un test urinaire pour vérifier qu’ils n’étaient pas positifs à d’autres substances psychotropes.

Vingt joints par semaine

En moyenne, les consommateurs de cannabis fumaient depuis six ans, une vingtaine de joints par semaine. Aucun n’était sous l’effet du cannabis lors du passage du test. «Chez les consommateurs réguliers, nous avons mesuré un retard de traitement de l’information par leur rétine, a expliqué le Dr Vincent Laprévote au Figaro. En revanche, il n’y avait pas de baisse d’amplitude de ce signal.» Traduire : les personnes qui fument régulièrement du cannabis reçoivent le même signal rétinien que les non-fumeurs. Mais elles le captent au bout de 98.6 millisecondes, contre 88.4 millisecondes pour les personnes abstinentes.

Pourquoi, dira-t-on, se pencher sur la fonction visuelle quand on s’intéresse au cannabis ? Tout simplement parce que la vision est une fenêtre ouverte sur la machinerie cérébrale – et la rétine une forme d’extension neuronale. Et aussi parce que les effets du cannabis avaient déjà été démontrés sur des rétines de souris : « Cannabinoids modulate spontaneous synaptic activity in retinal ganglion cells ».

Réversible ou pas ?

« Il nous reste à définir si ce ralentissement a des conséquences sur le comportement des usagers, et si ces derniers ressentent qu’ils sont plus lents », prévient le Dr Vincent Laprévote. L’enjeu n’est pas mince : 10 millisecondes de retard à réagir, c’est près de 3 mètres parcourus par une voiture roulant à 100 km/h. Il faudra aussi savoir si cette effet est ou non réversible à l’arrêt de l’intoxication.

Et quid du tabac puisque vingt-et-un des vingt-huit consommateurs de cannabis étaient également des tabagiques ? Pour le Dr Laprévote il semble «peu vraisemblable d’affirmer que le facteur tabac puisse faire varier le temps de réaction de la rétine à la lumière.» Il n’y a pas «d’études qui viennent démontrer l’impact du tabac sur la vitesse de traitement de l’information de la rétine.»  Prochaine étape : une étude sur la persistance des effets rétiniens chez trente personnes qui sont en passe d’arrêter le cannabis. Des résultats qui alimenteront d’autres passions.

A demain

1 Cette étude fait partie d’un programme de recherche, «Causa Map», dirigé par l’équipe du CHRU de Nancy, financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les conduites addictives (MILDECA).