Ethique et politique : les non-dits du futur Président à propos de la « PMA pour toutes »

 

Bonjour

Déjà Président ? Désormais tous les mots seront pesés. Ceux à venir, ceux du passé. Il avait (avec quelques approximations) déjà dit sa volonté concernant la procréation médicalement assistée – tout en se protégeant derrière l’avis (à venir) du Comité national d’éthique – avis qui précédera la révision (prévue pour 2018) de la loi de bioéthique.

Peu avant le sacre annoncé il se confiait, sur le même sujet, à Marie Claire. « Toutes les configurations familiales ont droit à une égale considération » avait-il déjà fait savoir au début de cette année. Des propos alors en opposition apparente avec ceux qu’il avait tenus sur « l’humiliation » vécue par les opposants au « mariage pour tous » en 2013.  « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », avait alors confié son entourage au Figaro, confirmant une information d’iTélé.

Solidarité nationale

 Marie-Claire lui demande : « Etes-vous favorable à la PMA pour toutes ? ». Emmanuel Macron répond : « J’y suis favorable. Il n’y a pas de raisons éthiques ni politiques pour fermer la PMA ».  Pas un mot de plus. Pas un mot de moins.

Aucune raison éthique ? Aucune raison politique ? Vraiment ? Nous n’en saurons pas plus sur l’argumentaire qui sous-tend l’ouverture à laquelle le futur Président se dit favorable. Ni sur les innombrables difficultés qui surgiront au moment de la question, majeure, du financement par la solidarité nationale d’une pratique ouverte et qui, à ce titre, ne pourra plus être considérée comme une thérapeutique de la stérilité.

On sait qu’Emmanuel Macron sera, demain, opposé à Marine Le Pen. Cette dernière a refusé de répondre aux questions de Marie-Claire.

A demain

 

Ethique: pourquoi Emmanuel Macron refuse-t-il de répondre à la question de la GPA ?

Bonjour

C’est une lettre ouverte qui réclame, d’urgence, une réponse claire du plus jeune des candidats à l’élection présidentielle.  Elle est signée aujourd’hui, dans Le Figaro, par Sylviane Agacinski, philosophe, Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne, et Martine Segalen, ethnologue. C’est faute d’avoir reçu une réponse d’Emmanuel Macron que ces trois femmes prennent ainsi la parole. Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Benoît Hamon ont pris clairement position contre la pratique de la gestation pour autrui (GPA). Mieux : ils se prononcent en faveur d’initiatives internationales pour l’abolition de cette pratique perçue comme une nouvelle forme d’esclavage de la femme. Or, sur ce sujet, Emmanuel Macron se tait. Ou laisse planer l’ambiguïté. Extraits :

« La « Lettre ouverte » que vous avez adressée aux personnes LGBTI le 16 avril et diffusée sur le site d’En marche! nous étonne et nous inquiète. Non que nous ne partagions votre volonté de lutter contre toutes les formes de haine et de discrimination envers les personnes LGBTI, mais parce que vous êtes désormais le seul candidat qui prenne sur la question de la GPA une position réglementariste.

Vous dites vouloir « lancer une initiative internationale afin de s’attaquer au problème de la GPA très peu payée et subie ». Est-ce à dire que, supposée « bien payée » et consentie, sur le modèle californien, cette pratique vous paraît légitime ? »

Apparence éthique

Le diable, ici se niche entre les lignes. Les trois signataires postulent qu’Emmanuel Macron penche pour la solution actuellement étudiée dans le cadre des travaux sur la GPA transnationale menés au sein de la Conférence de La Haye (organisation internationale s’occupant de droit civil et commercial). « Or, l’objectif de ces travaux n’est nullement de lutter contre les trafics au nom des droits humains, mais plutôt d’adopter quelques règles juridiques minimales pour donner à la GPA une apparence « éthique » et d’assurer son bon fonctionnement en levant les obstacles tels que les problèmes d’état civil, écrivent-elles. Autrement dit, leur but est de réguler le marché de la procréation, avec le soutien actif des partisans de la GPA. »

Où l’on retrouve les convictions d’Emmanuel Macron qui (pour ce que l’on peut en comprendre) font du marché un modèle quasi indépassable des relations humaines. Or ce modèle est en l’espèce radicalement opposé à celui défendu jusqu’à présent par les lois françaises de bioéthique; des lois fondées sur le principe de l’indisponibilité du corps humain – ce corps et ses éléments échappant, précisément, au marché, à ses lois, à son appétit. Sur ce sujet essentiel la lettre ouverte du Figaro est publiée à point nommé. Emmanuel Macron se doit de répondre, clairement, à la question dérangeante mais fondamentale qu’elle soulève. Le plus tôt serait sans doute le mieux.

A demain

 

IQOS, le « tabac chauffé à moindre nocivité » arrive en France. Silence des autorités

Bonjour

C’est une « info-Le Figaro » (Ivan Letessier). Une information à haute valeur économique, sanitaire et politique. Soit un objet fabriqué par Philip Morris « pour convaincre les fumeurs » d’arrêter la cigarette : un système électronique de tabac à chauffer vendu chez les buralistes sous la marque IQOS et ses recharges Heets. Un objet présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac. Mais un objet sur lequel les autorités sanitaires françaises restent étrangement muettes. Le Figaro :

« Révolution en vue dans les débits de tabac français. Obligés de ne vendre que des paquets neutres depuis janvier, les buralistes vont commercialiser dans les prochaines semaines un produit destiné… à remplacer la cigarette: IQUOS, un système électronique chauffant des sticks de tabac mais sans les brûler.

 « Son inventeur est le propriétaire de Marlboro, Philip Morris International (PMI), qui détient plus de 40 % du marché des cigarettes en France. Le groupe assure avoir investi 3 milliards de dollars depuis 2008 pour développer des produits du tabac moins nocifs, dont IQOS est le plus prometteur. Avec ce système, pas de fumée, pas de cendre, pas d’odeur, mais une sensation proche de celle de la cigarette. »

Et la puissance publique de laisser libre cours aux allégations de l’inventeur-commerçant : « En brûlant des matières organiques à 800 ou 900 °C, on crée de la fumée avec plus de 6000 composants, dont certains (93 selon les autorités de santé américaines) peuvent avoir des effets nocifs sur la santé des fumeurs, rappelle Ruth Dempsey, directrice des affaires scientifiques de PMI. En chauffant le tabac à moins de 300 °C, nous limitons significativement, voire évitons l’apparition de ces composants ».

Logo et couleurs autorisés

IQOS est désormais commercialisé dans vingt pays (trente-cinq fin 2017).  Dans quelques jours  Philip Morris le lancera (70 euros) à Paris et Nice, avant un déploiement chez les vingt-six mille buralistes de l’Hexagone. On y trouvera aussi les paquets de vingt sticks de tabac Heets au prix du paquet de Marlboro, soit 7 euros. Le tout devant les murs de « paquets neutres » avec le logo et les couleurs de Philip Morris.  Le Figaro précise que le paquet de Heets devrait être recouvert d’un avertissement sanitaire, comme en Suisse. « Ce produit du tabac peut nuire à votre santé et créer une dépendance », peut-on lire, en trois langues, sur les paquets vendus dans la Confédération.

 Nocivité réduite ?  « Nos études tendent à prouver que passer intégralement à IQOS présenterait un risque plus réduit pour la santé que de continuer à fumer des cigarettes traditionnelles » assure, au conditionnel, Tommaso Di Giovanni, directeur de la communication pour les produits sans fumée de Philip Morris.

En France le propriétaire de Marlboro a fait un rêve post-loi Evin : pouvoir faire de la publicité pour ce dispositif. Au Japon, où cette publicité est autorisée (tout comme la vente en boutique) IQOS a conquis un million d’utilisateurs et détient 7 % de part de marché. D’ores et déjà, précise Le Figaro,  le groupe cherche à faire approuver la vente de ses produits par la FDA américaine dans la catégorie « produits du tabac à risque modifié ».

Pour la France, rien en vue. Face à cette évolution du marché, face aux allégations d’une moindre nocivité les autorités sanitaires ne bougent pas, la ministre de la Santé n’est plus là. Aucune réponse fournie aux fumeurs qui s’interrogeront. Comme avec la cigarette électronique, aucun conseil qui s’inscrirait dans une politique citoyenne du moindre risque. Pourquoi ?

A demain

Neuroéthique : demain les ordinateurs et les neurones humains ne feront-ils plus qu’un ?

Bonjour

Elon Musk est un cas. PDG de multiples sociétés futuristes (dont SpaceX) il nourrit aussi une passion compliquée pour l’intelligence artificielle. Aujourd’hui il lance la société Neuralink  pour développer une technologie mariant cerveaux humains aux ordinateurs. Applications à venir : « amélioration du développement de l’intelligence artificielle, possibilité d’accéder à des performances intellectuelles plus importantes, faculté de contrôler des objets par la pensée, sauvegarde de sa mémoire etc. ».

The Wall Street Journal vient de s’en faire l’écho.  Et Elon Musk a publié un message sur Twitter, affirmant qu’un long article sur Neuralink allait être mis en ligne sur le site de vulgarisation Waitbutwhy.

Dans un premier temps, comme souvent, des perspectives thérapeutiques sont avancées : certaines formes d’épilepsies ou de dépressions sévères. Ensuite il s’agira de passer de la correction du pathologique à l’amélioration du normal existant.

Machines et fusion

« Un peu selon le même schéma que le développement de SpaceX, qui a commencé par réaliser des vols commerciaux rentables (envoi de satellite ou de vivres pour l’ISS), pour ensuite mettre en place des plans pour coloniser Mars » résume The Huffington Post (Gregory Rozieres) . Une démarche d’autant plus surprenante qu’Elon Musk  met en garde contre l’émergence d’une hypothétique intelligence artificielle qui pourrait dépasser l’humain. Pour lui, la seule réponse possible à cela est de permettre à l’homme de fusionner avec la machine, grâce à des « lacis neuraux » – une technologie qui permettrait de relier le cerveau à un ordinateur de manière bien moins invasive que les implants actuels.

« Lacis neuraux » ?  L’équivalent de filets minuscules qui se connecteraient aux neurones cérébraux. D’abord imaginés par l’auteur de science-fiction Iain Banks, ceux-ci sont devenus bien réels quand des chercheurs ont annoncé avoir réussi à créer quelque chose de similaire en 2015. Le dispositif est si petit et souple qu’il pourrait être injecté à l’aide d’une simple aiguille. Un vrai sujet de neuroéthique et de chirurgie de l’âme.

Transhumanisme et intégrisme

Mathieu Terence a le même âge qu’Elon Musk. Ecrivain, poète et essayiste – auteur du précieux « Le transhumanisme est un intégrisme », il dénonce avec force (dans Le Figaro) l’idéologie d’un mouvement « scientiste, matérialiste et ultralibéral ». Une utopie qui instaure « un nouveau monde en fonction des valeurs dominantes du précédent : jeunesse, efficacité, rentabilité ».

« Elon Musk est, avec Mark Zuckerberg, l’un des principaux argentiers du transhumanisme. Rien d’étonnant à cela. La Silicon Valley a repris le flambeau, en Californie, du millénarisme que prônaient il y a quarante ans les tenants du New Age à San Francisco. Simplement leur idéal est aux antipodes de celui, mystique, spirituel et anti-consumériste de ces oncles spirituels. Il est scientiste, matérialiste, et ultra-libéral. »

« Au fond, rien là que de très logique: le self made man absolu, tel que Musk l’incarne de façon relative et triomphante, est bel et bien le transhumain, écrit encore Terence. Cet IGM (individu génétiquement modifié) fait de sa personne sa propre petite entreprise dont l’unique but consiste à être le plus rentable possible dans le monde dans lequel il doit s’intégrer. L’ ‘’homme augmenté’’, que les neurosciences et le génie génétique rendent plausible aujourd’hui , est le fantasme d’un monde qui, au lieu de savoir donner à vivre une vie vraie, complète, libre, choisie, ou même simplement digne, à l’ensemble du genre humain, a pour but d’abolir la mort de quelques ressortissants, privilégiés. »

Et la France ? Selon Terence le scientisme 2.0 du transhumanisme à la Elon Musk y est incarné par Laurent Alexandre voire par Luc Ferry. Le nouvel ouvrage de Mathieu Terence («  De l’avantage d’être en vie ») paraîtra dans quelques jours chez Gallimard. Il est attendu.

A demain

 

La Fondation Jérôme-Lejeune mérite-t-elle toujours d’être reconnue «d’utilité publique» ?

 

Bonjour

Une forme de violence médiatique s’exprime aujourd’hui dans le sillage du politique. Fait sans précédent (ou presque) elle atteint, en France, les sphères scientifiques et éthiques. Dans une tribune publié aujourd’hui par Le Monde, cent quarante-six médecins et chercheurs 1 (dont une trentaine d’académiciens et de professeurs au Collège de France, et plusieurs présidents de sociétés savantes) dénoncent certains des aspects de l’action de la Fondation Jérôme-Lejeune – plus précisément les procédures judiciaires lancées contre des autorisations accordées pour des recherches menées sur des embryons humains.

Fait notable, et qui constitue une première : les signataires demandent aux pouvoirs publics de « reconsidérer » la reconnaissance d’utilité publique attribuée à cette fondation lors de sa création en 1996. La Fondation Jérôme-Lejeune est  reconnue d’utilité publique depuis 1996, agit pour les personnes atteintes de déficiences intellectuelles d’origine génétique. Se déclarant au service des malades et de leurs familles, elle poursuit trois objectifs : « chercher, soigner, défendre ». Elle dispose de moyens financiers, soutient des recherches expérimentales et cliniques et a fondé un centre de consultations médicales prenant en charge de nombreux patients, notamment ceux porteurs de trisomie 21.

Mais la Fondation a aussi, ces dernières années, développé une nouvelle stratégie, nettement plus agressive sinon radicale, au service de ses convictions religieuses, philosophiques et éthiques : elle cherche à bloquer les recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires humaines. Et ce en multipliant les procédures juridiques pour faire annuler les autorisations de recherche accordées par l’Agence de biomédecine – institution en charge de l’application et du garant des dispositions de la loi française de bioéthique. Les auteurs de la tribune observent et dénoncent une forme de radicalisation de cette Fondation. La parole est d’autre part donnée aux deux camps dans les colonnes du quotidien (Gaëlle Dupont).

Caricatures

Tout en reconnaissant à la Fondation Jérôme-Lejeune et à ses membres « la liberté d’avoir les opinions qu’ils souhaitent et de pouvoir les exprimer publiquement » ils qualifient de « souvent caricaturales » les déclarations de cette Fondation et de son président. Ils « regrettent » que les prises de position de cette fondation « dénaturent et dégradent le débat éthique qu’il convient de mener sur les évolutions des sciences de la vie et de la santé ». Ils « constatent » que les actions menées par la Fondation sont « peu compatibles avec les échanges qui ont lieu habituellement entre scientifiques et médecins – et qui contribuent à la découverte de nouvelles connaissances et de nouveaux traitements ». Ils condamnent, enfin, « les actions entreprises par cette fondation qui cherchent à empêcher de mener à bien des recherches scientifiques réalisées dans le cadre des lois en vigueur ».

En pratique, ils « demandent aux pouvoirs publics de reconsidérer la reconnaissance ‘’d’utilité publique’’ » qui lui a été attribuée il y a vingt ans. Ils appellent « les responsables des institutions scientifiques et universitaires publiques à s’interroger sur les collaborations qu’ils peuvent développer avec elle ». Ils invitent « les médecins et chercheurs à bien s’informer des déclarations et de la signification de ses actions dans le champ éthique, sociétal et politique avant d’engager quelque activité que ce soit en lien avec elle ». Ils attirent, enfin, « l’attention des donateurs sur le fait qu’une partie de leurs dons contribue à financer des actions sans rapport avec la compréhension et le traitement des déficiences intellectuelles d’origine génétique ».

Jacques Testart

Ce sont là une stratégie et un objectif qui ne laissent guère place au doute. C’est aussi le démonstration, confirmée, de l’impossibilité d’un dialogue entre deux conceptions de la licéité de la recherche sur l’embryon humain. Mais c’est aussi le symptôme de l’émergence de nouvelles et inquiétantes expressions des tensions montantes dans de nouveaux pans de la société française –  phénomènes qui ne sont pas sans faire songer aux affrontements autour de la dépénalisation de l’avortement dans une France alors en mutation.

L’affaire loin d’être finie, ne fait que commencer. Cette tribune sera-t-elle intégrée dans les tourmentes médiatiques de l’actuelle campagne présidentielle française ? Demandera-t-on aux candidats s’ils sont « pour ou contre la recherche sur l’embryon » ? Que répondront MM Macron, Fillon, Mélenchon et Hamon à la question de savoir si, au pouvoir, ils feraient le nécessaire pour ne plus reconnaître « l’utilité publique » de cette Fondation ? Qu’en dira Mme Le Pen ? Ainsi attaquée et cernée comment cette Fondation réagira-t-elle ? Adoptera-t-elle la position du martyr ? Que diront  de tout cela Libération, Le Figaro, Esprit et  La Croix ? Quelle sera l’analyse de Jacques Testart ?

A demain

1 Premiers signataires : Yves Agid, Etienne Baulieu, Yehezkel BenAri, Florence Brugnon, Georges David, John De Vos, Anne Fagot-Largeault, Patricia Fauque, Alain Fischer, René Frydman, Alain Gougeon, François Gros, Pierre Jouannet, Nicole Le Douarin, Cécile Martinat, Israël Nisand, Marc Pechanski, Alain Prochiantz, Jean Paul Renard, Nathalie Rives, Virginie Rouiller-Fabre, Alain Tedgui et Jean Didier Vincent On trouvera ici la liste complète, publiée par Le Monde, des médecins et chercheurs signataires de la tribune

 

Véridique : le gouvernement français donne sa bénédiction à «La Cigarette du Buraliste»

 

Bonjour

Le secret est enfin éventé. Tout vient d’être opportunément révélé par Le Figaro (Ivan Letessier) « Les buralistes lancent leurs propres cigarettes »  ainsi que sur RTL (Martial You). Où l’on découvre que derrière l’affichage officiel d’un « Programme de réduction du tabagisme » le gouvernement français ne veut mener aucune véritable politique pour contrer la dynamique d’un marché qui se joue de la santé publique. Et l’on franchit ici, au-delà de l’incurie, les frontières de l’absurdité.

Les faits. Lors d’un séminaire exceptionnel réunissant, aujourd’hui 29 mars, tous les présidents de chambres syndicales départementales de buralistes va être annoncé le lancement de « La Cigarette du Buraliste » : « la seule cigarette que l’on ne retrouvera que sur le marché français ». « Nous avons la garantie que cette cigarette ne sera commercialisée qu’en France, dans le réseau des buralistes, et pas dans les pays voisins aux frontières ni sur Internet, expliquera le président de la Confédération à ses confrères marchands de tabac. C’est un signe fort envoyé à ceux qui nous expliquent que l’on ne peut rien faire contre le marché parallèle. Nous n’avons pas l’intention de nous résigner devant ce que certains semblent considérer comme une fatalité ».

Allemagne et Bulgarie

La cigarette LCB sera produite en Bulgarie mais, dit-on, « en partie avec du tabac français ». « Le 1er février, la ministre de la Santé et le secrétaire d’État au Budget ont homologué quatre références de la marque LCB, qui sera commercialisée dans les prochaines semaines, révèle Le Figaro. ‘’La Cigarette du Buraliste’’ est une marque de distributeur (MDD) sur le modèle des groupes de distribution agroalimentaire qui développent des gammes au nom de leur enseigne (Carrefour, Casino, Monoprix Gourmet, U) et labels exclusifs (Marque Repère chez Leclerc, Reflets de France chez Carrefour, Jean Rozé chez Intermarché…). »

 

Le patriotisme a ses limites : les buralistes, nous dit Le Figaro, se sont associés à la filiale française de l’allemand Poeschl, cinquième acteur du tabac sur le marché français en volume, avec 4,9 millions d’euros chiffre d’affaires en 2015. Poeschl, qui exploitera LCB sous contrat de licence avec la Confédération des buralistes, est surtout connu pour sa marque « Corset », que Marisol Touraine a décidé de faire interdire à compter de janvier 2018. Et pour produire la LCB, Poeschl est associé à KT International, héritier du monopole bulgare du tabac.

Que penser d’une situation qui verra les buralistes, détenteur du monopole de la distribution de cigarettes, commercialiser leur propre marque ? Quel impact sur la santé publique ?  Interrogé par Le Figaro sur la dimension paradoxale de cette initiative, le cabinet de Christian Eckert, ministre du Budget a renvoyé sur celui de Marisol Touraine, qui a renvoyé sur celui de Christian Eckert… Les deux ministres garderont le silence. On ne saurait mieux dire l’incohérence. On ne saurait mieux dire l’incurie.

A demain

 

Alcool et santé publique : Emmanuel Macron a sacrifié au rite bachique et républicain

 

Bonjour

L’homme n’est pas sans cohérence. Après avoir confié que, pour lui, « la politique, c’est mystique » voici qu’il sacrifie au vieux rite bachique sous de nouveaux habits. Emmanuel Macron le fait entre condisciples dans la revue Terre de Vins : « Macron : ses confidences à ‘’Terre de Vins’’ – Vidéos ». On le présente ainsi :

« Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, créateur du mouvement « En Marche ! » et ex-ministre de l’Économie, est aussi un amateur de vin. Ce météore politique de 39 ans, qui pourrait bien créer la surprise en avril-mai dans les urnes, s’est plié à l’exercice de l’interview et… de la dégustation lors d’un récent passage à Bordeaux. »

Equilibrisme

Bordeaux, capitale mondiale de la planète viticole mais aussi forteresse électorale de celui qui, dit-on, sera peut-être son dernier adversaire au sacre suprême. La revue spécialisée rappelle que, lorsqu’il s’agit de défendre le vin, les hommes politiques français prennent toujours d’immense précautions. Chacun sait que cette activité représente un pan majeur de la culture et de l’histoire française, de sa gastronomie et de son économie. Pour autant (et quand bien même l’alcoolisme ne s’aurait s’y réduire) le poids de l’addiction à l’alcool fait que la prise de parole autour du vin relève toujours d’une épreuve d’équilibriste. Or, surprise, Emmanuel Macron ne semble pas s’en soucier. Est-ce un subtil calcul ou l’un des effets de son atypique jeunesse ?

 « Le candidat à l’élection présidentielle aime le vin, et il ne s’en cache pas. Et il est prêt à le défendre. Les vignerons le savent, malgré l’opposition ferme de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, la loi Macron leur a apporté une avancée importante : l’assouplissement de la loi Evin. Une mesure essentielle pour faciliter la communication autour de l’œnotourisme. »

 Lafite-Rothschild tous les midis

Entre Pomerol et Médoc Emmanuel Macron s’est confié à Rodolphe Wartel, directeur de Terre de Vins, et Jefferson Desport, journaliste politique à Sud-Ouest. Extraits de la confession :

« J’ai été élevé par mes grands-parents qui avaient cette formule : ‘Le vin rouge est un antioxydant’. Il n’y avait pas de caractère culpabilisant ». Bien que natif d’Amiens, une région pas vraiment connue pour ses vignes, il a grandi dans une famille où l’on trouvé « un certain nombre de bouteilles à la cave » et a pu, par la suite, parfaire ses connaissances, notamment lors de son passage à la Banque Rothschild : « j’ai eu l’occasion de former mon palais, même si je ne buvais pas du Lafite tous les midis, malheureusement ! »

« Au fil de l’entretien, l’ex-ministre de l’Économie aborde notamment la question sensible des pesticides, affirmant que « la réponse aux pesticides ne passe pas uniquement par le bio mais aussi par l’innovation […] Il ne faut pas opposer les techniques conventionnelles au bio ». Pour lui, le vin est « un formidable atout pour le rayonnement de la France ». Et d’ajouter : « la France déçoit quand elle ne met pas les petits plats dans les grands. J’y tenais beaucoup quand j’étais à Bercy. Quand je recevais nos hôtes étrangers, ils s’attendaient à boire du bon vin, un bon champagne, un digestif. Le vin est un ambassadeur. » Confiant dans le potentiel encore grand de cette filière, il conclut en rappelant que « l’économie est une science morale, c’est de la psychologie. Elle comporte une dimension irrationnelle […] Avec le vin, il y a ce petit trésor poétique […] C’est une culture à la française qu’on ne nous prendra pas ».

68 millions d’euros l’hectare

On verra ici la suite de ses confidences : « Macron : ses confidences à ‘’Terre de Vins’’ – Vidéos  ». Un jour prochain sa marche le conduira sur la Côte de Nuits ou celle de Beaune. Emmanuel Macron sait ce qu’il en est de l’histoire de la Lotharingie, de la Bourgogne et, depuis un millénaire, des liens entre ses grands vins et la chrétienté catholique. Mais il lui faudra faire avec la brûlante actualité financière. On lui expliquera que deux ouvrées (5,26 ares) de Musigny viennent d’être achetées sur la base de soixante-huit millions d’euros l’hectare (bien lire 68 millions). Transaction faite au bénéfice d’une grosse maison de la place pour le compte, raconte-t-on, d’un magnat chinois.

L’épidémie gagne. Stanley Kroenke, principal actionnaire du club de foot d’Arsenal vient de racheter le domaine Bonneau du Martray, sur la prestigieuse colline de Corton. Onze hectares de grand cru pour une somme fantasmatique. Le mythique Clos des Lambrays (8,70 hectares) a été acheté par Bernard Arnault (LVMH) pour la somme de cent-un (101) millions d’euros.  Tout cela vient d’être merveilleusement raconté, sur France Culture, par notre consœur Julie Gacon : « Sur la route… du vignoble dépossédé ».

« C’est fini. En Bourgogne, aujourd’hui, il n’y a plus la moindre logique financière, s’alarme Bruno Quénioux, l’un des meilleurs dénicheurs-connaisseurs du vignoble français. II faudra plusieurs générations pour rentabiliser de telles opérations d’un point de vue viticole. Le foncier échappe désormais aux familles traditionnelles et rend les successions de plus en plus difficiles. Au-delà même du vin c’est une destruction annoncée, programmée, du savoir-faire et des transmissions familiales et culturelles. Il est plus qu’urgent que le politique s’empare de ce dossier. »

A demain