Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.

 

Gilets Jaunes versus Edouard Philippe : moratorium ou moratoire ? Petite leçon du soir

Bonjour

C’est donc (enfin) fait : l’exécutif semi-jupitérien vient de (tenter de) crever l’abcès français. Trop tard ? A voir. Reddition ou capitulation ? Cela ne saurait trop tarder. Crépuscule du 4 décembre 2018 : Le Figaro (Christine Ducros) :

« ‘’Qu’est-ce qu’on constate depuis trois semaines ?’’, a interrogé Édouard Philippe, entouré lors de son intervention par les ministres Muriel Pénicaud, Jean-Michel Blanquer, François de Rugy et Marc Fesneau: ‘’On voit monter en France une colère profonde qui vient de loin, qui a longtemps été cachée par pudeur et fierté. Aujourd’hui, elle s’exprime de manière collective. Colère de Français qui ont le sentiment d’être dos au mur, qui travaillent et ne veulent pas être relégués’’.

 « Puis toujours pour tenter de juguler la crise, le Premier ministre a fait montre de pédagogie devant les caméras . Il a annoncé ‘’la suspension pour six mois de trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur au 1er janvier, dont la hausse de la taxe carbone et le gel des augmentations du gaz et de l’électricité’’, à l’origine du mouvement des «Gilets jaunes’’. Justifiant ce qu’il faut bien appeler un recul, il a reconnu: ‘’Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la Nation’’.

Juguler sans jugulaire

La demande de moratoire avait été faite plus tôt dans la matinée sur RTL-Yves Calvi-première radio de France par Stanislas Guérini, le déjà bien trop jeune général-en-chef des troupes macroniennes, pour l’heure déconfites : «Le temps du débat est venu, on lève le crayon, on fait un gel (…) Il doit y avoir une pause pour mettre en place le débat».

Lever le crayon pour tenter de réduire la température ? Où l’on pressent un inconscient friand des métaphores climatico-politiques. Reste l’histoire de la vieille langue française qui réclame généralement de préférer moratorium à moratoire . Pour autant :

Moratorium : Disposition légale, nécessitée par des raisons impérieuses d’intérêt public, suspendant d’une manière générale l’exigibilité des créances, le cours d’actions en justice; p. méton., cette suspension (d’apr. Cap.1936). En Bourse, depuis deux jours, c’était la panique. Les agents de change et les gros coulissiers s’employaient auprès du gouvernement afin d’obtenir un moratoire qui permît de reporter, à tout hasard, en fin août, la liquidation de juillet (Martin du GARD., Thib., Été 14, 1936, p.468). Il fallut suspendre la vente des biens nationaux et, par un moratoire, sauver les créanciers de la ruine (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.470).

 Acte d’un créancier qui reporte la date d’échéance d’une créance.La «Royal Mail», la «White Star» étaient obligées de solliciter des moratoires de leurs créanciers, tandis que la «Holland Amerika» et sa filiale la «Maildienst» avaient suspendu leurs paiements dès 1930 (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p.18).

 P. anal. Fait de suspendre une action, un processus (généralement dans un contexte politique). Moratoire nucléaire, contre la guerreAinsi les Nations Unies adoptèrent (…) une résolution demandant un moratoire des essais nucléaires (malgré l’opposition des puissances atomiques militaires) (Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p.199).

Littér. Délai, retard. Le désir était, chez Sylla, impétueux et ne souffrait nul moratoire (LEON Daudet, Sylla, 1922, p.44).

Où l’on voit, Gilets Jaunes et Sylla, ou pas, que l’heure est, ce soir, bien grave.

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes : quand Agnès Buzyn discourait sur l’ubérisation, et l’instrumentalisation

Bonjour

Voici un nouveau symptôme des bouleversements économiques et politiques du monde hospitalier. Il y a un mois un millier de « véhicules sanitaires » bloquaient le périphérique parisien pendant près de trente-six heures. La même colère s’exprimera à nouveau ce 3 décembre dans une capitale encore meurtrie par les scènes de guérilla urbaine d’avant-hier. Ce n’est là que l’un des aspects d’un dossier autrement plus compliqué. Explications.

« Depuis le 1er octobre, les transports médicaux inter-établissements, soit une charge annuelle de 125 millions d’euros, sont à la charge des hôpitaux et non plus de l’Assurance-maladie. « Cette disposition, dite de «l’article 80» de la loi de financement de la Sécurité sociale 2017 mais dont l’application a été reportée à 2018, ne vise pas le trajet du domicile du patient à un établissement de santé, mais bien le transport au sein d’un même établissement. Ou entre deux établissements, comme entre un hôpital et un centre de dialyse spécialisé , explique Le Figaro (Marie-Cécile Renault)C’est l’établissement prescripteur qui a désormais en charge l’organisation du transfert et doit attribuer les marchés de transport sanitaire, via des appels d’offres. »

« La réforme ne concerne que 5 % des 4,6 milliards d’euros de la dépense totale de l’Assurance maladie en matière de transport, ajoute Le Monde (François Béguin). Mais elle a cristallisé les inquiétudes d’une profession qui comptait près de 5 700 entreprises en 2015 et dont les trois quarts emploient moins de vingt salariés. » Ces petites entreprises redoutent que les hôpitaux fassent toujours appel aux mêmes sociétés : les « grands groupes » qui auront remporté les appels d’offres en cassant les prix.

On comprend la logique : « responsabiliser » les établissements de santé, grands prescripteurs de transports sanitaires, mais qui ne paient qu’une faible part de la dépense totale. «La réunion, au sein d’une même “main”, du payeur et du prescripteur, est indispensable pour responsabiliser les acteurs», indiquait l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans sa revue de dépenses des transports sanitaires 2016 – une recommandation déjà formulée par la Cour des comptes. L’IGAS évaluait ainsi à 250 millions d’euros les dépenses de transport intra-établissements de santé à leur seule charge, soit 10 % des dépenses totales de transfert sanitaire prescrites par ces mêmes établissements.

Inquiétudes des hôpitaux et des patients

« Mais les dirigeants de ces structures protestent et les quatre fédérations hospitalières (FHF, FHP, Fehap et Unicancer) demandent déjà le report de la réforme, souligne Le Figaro. ‘’Dans un contexte économique toujours plus difficile, les établissements de santé ne peuvent assumer de nouvelles responsabilités financières sans une visibilité suffisante sur l’impact de la mesure et sans la garantie d’une compensation complète’’, expliquent-elles. À titre d’exemple, cette réforme représenterait pour l’AP-HP de 20 à 40 millions d’euros en plus en 2019. »

Il faut aussi compter avec les inquiétudes des organisations de patients quant aux conséquences pour les personnes handicapées hospitalisées en soins de suite et de réadaptation. Trois associations (AFM-Téléthon, APF France handicap et France Assos santé) ont ainsi alerté Agnès Buzyn et Sophie Cluzel, nouvelle  secrétaire d’État aux Personnes handicapées. Inquiétude également chez France Rein, qui rappelle que 43.000 patients dialysés doivent se rendre trois fois par semaine dans un centre spécialisé.

Toutes ces inquiétudes furent d’emblée rejetées par la ministre des Solidarités et de la Santé. «J’ai été très vigilante à ne pas favoriser l’ubérisation et à protéger, contrairement à ce qu’ils peuvent penser , leur profession » a assuré la ministre à l’attention des ambulanciers, invitée  de l’émission Audition publique (Le Figaro/LCP/Public Sénat/AFP). (…) « Ce n’est pas de l’ubérisation, c’est de la rationalisation.»

C’était il y a un mois. La colère, alors, commençait à monte sur la hausse des prix des carburants à la pompe et que les Gilets Jaunes commençaient à émerger. Agnès Buzyn, alors, dénonçait une «instrumentalisation» : «Je n’entends pas beaucoup les Verts et les anciens du PS, qui prônaient plus d’écologie » accusait-elle. Et de rappeler que « la taxation de l’essence et du diesel est la seule façon de réduire la pollution ».

La ministre des Solidarités ignorait qu’un mois plus tard le monde aurait changé.

A demain

@jynau

Face à Agnès Buzyn, les « servantes écarlates » de la petite maternité condamnée du Blanc

Bonjour

Gilets Jaunes, territoires et dystopie. « La servante écarlate » (The Handmaid’s Tale) est un roman du tonnerre. Ecrit par Margaret Atwood ,publié en 1985 et traduit en français il y a trente ans. Livre bientôt devenu film  sous le même titre grâce à Volker Schlöndorff avant de trouver la bénédiction commerciale de la série télévisée.

« La religion domine la politique dans un régime totalitaire et où les femmes sont dévalorisées jusqu’à l’asservissement. Elles sont divisées en classes : les Épouses, qui dominent la maison et sont les seules femmes ayant un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et s’occupent aussi de la cuisine, les Éconofemmes, les épouses des hommes pauvres et les Tantes enfin qui forment les Servantes habillées d’amples robes écarlates dont le rôle est la reproduction humaine. Toutes les autres femmes  sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l’atmosphère. Les rares nouveau-nés sont souvent déclarés ‘’ inaptes’’ ».

Où l’on perçoit sans mal la résonance avec l’affaire de la petite maternité (jadis condamnée par Agnès Buzyn) de la petite cité du Blanc (ancien territoire de l’Indre). Et voici que grâce à une mise en scène hier encore impensable, l’affaire prend soudain une nouvelle dimension politique. On peut en prendre la mesure dans mille et un médias et réseaux – dont Le Figaro (Marie Boetti) :

« Une centaine de membres du collectif créé en réaction à la fermeture de la maternité du Blanc, dans l’Indre, se sont mobilisés ce mercredi au cœur de Paris. Devant l’enceinte du Congrès national des maires et l’Assemblée nationale, ces habitants ont reçu le soutien de plusieurs élus.

 «  C’est dans le silence que le collectif «C pas demain la veille», constitué d’habitants du Blanc dont la maternité est vouée à la fermeture, a manifesté ce mercredi matin devant le Parc des expositions qui accueille le Congrès national des maires à Paris. Vêtues de capes rouges et de bonnets blancs, à l’image du roman de Margaret Atwood. des dizaines de femmes ont défilé sur la place Porte de Versailles. Elles ont ensuite formé un cercle au sein duquel des manifestants se sont allongés, couverts de pancartes en tissu avec des inscriptions telles que ‘’les bébés ne naissent pas dans les choux, mais en sécurité dans notre maternité’’ (…) ».

« Zéro dialogue »

«Il y a zéro dialogue et on ne nous entend pas. Nous avons non seulement l’impression d’être méprisés parce qu’ils ont fermé notre maternité, mais aussi parce qu’ils ont décidé de ne pas nous recevoir. S’ils ne veulent pas venir au Blanc, c’est nous qui allons venir à Paris», a expliqué au Figaro Jérémie Godet, l’un des membres du collectif. Les manifestants n’ont pas pu rentrer dans le Congrès. Ils ont donc mené leur manifestation silencieuse et non-violente devant l’enceinte. Puis, peu après l’Angélus le collectif écarlate s’est dirigé vers l’Assemblée nationale. Avec une supplique : rencontrer Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé qui a, publiquement dénoncé la dangerosité de cette petite maternité.

Supplique restée sans réponse. Le député Maxime Minot (Oise, LR) a dit aux journalistes avoir fait cette demande à plusieurs reprises, mais en vain. La maire du Blanc ne comprend pas ce silence. «Est-ce qu’elle se sent mal et pense que notre combat est juste ? Elle serait alors embêtée d’être en face de nous ? Moi, je commence à me poser la question.» Elle n’est pas la seule. Et cette petite maternité condamnée préfigure peut-être la condamnation prochaine de l’hôpital de Vierzon. Le Figaro :

« Pour Judith, une mère résidant dans la ville du Blanc, la fermeture de la maternité s’apparente à une véritable injustice. ‘’Les femmes (rurales) devraient avoir les mêmes droits que les autres Françaises qui vivent en ville. Parce que nous habitons dans un milieu rural, nous avons l’impression d’être condamnées’’ ». L’affaire est loin d’être terminée . Le collectif « C pas demain la veille » lancera bientôt  « La marche des oreilles» (afin de se faire entendre par Agnès Buzyn et  le gouvernement). Un pèlerinage qui s’achèvera à Paris. Peu avant la Noël.

Gilets Jaunes, territoires et usage politique de la dystopie.

A demain

@jynau

 

 

 

Les confidences d’Alexandre Ricard sur les boissons au cannabis et la prévention de l’alcoolisme

Bonjour

Un géant vient de se confier au Figaro Eco (Ivan Letessier). Cela donne : « Pernod Ricard livre ses recettes pour accélérer encore » (sic). Où l’on apprend que les petits actionnaires de Pernod Ricard auront de quoi boire du petit-lait (re-sic) : « le géant français des spiritueux, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 9  milliards d’euros sur l’exercice clos fin juin, atteint un sommet en Bourse, où il est valorisé plus de 37 milliards ».

Alexandre Ricard, son PDG depuis février 2015 a, nous explique Le Figaro,  remis son groupe sur les rails de la croissance (re-re-sic) plus tôt que prévu. « Mieux, le petit-fils de Paul Ricard, le fondateur du groupe [19 000 collaborateurs], veut désormais passer la surmultipliée (sic.s). Extraits choisis de son entretien au Figaro.

« En juillet 2015, alors que nous n’avions plus de croissance, je m’étais engagé à la redresser dans la fourchette de 4 à 5 % en trois à cinq ans. Nous avons dépassé cette ambition à la fois en valeur, puisque le chiffre d’affaires a progressé de 6 % sur le dernier exercice, et en temps, puisque nous y sommes parvenus en trois ans. Nous avons atteint tous les objectifs d’une feuille de route centrée sur les consommateurs: notre approche de la distribution est plus efficace et nos innovations représentent un tiers de notre croissance. Nous avons formé nos managers à être plus réactifs et à ne pas avoir peur de l’échec. Les fondamentaux sont là, nous avons construit de quoi accélérer. Ma mission est simple: construire dans la durée une croissance pérenne et profitable. »

 « (…) J’ai du mal à cacher mon enthousiasme. Nous avons deux leviers extraordinaires pour accélérer: d’une part, notre portefeuille est de loin le plus complet de l’industrie pour couvrir tous les moments de consommation (apéritif, cocktail chic, dîner, soirée festive…) ; d’autre part, nous sommes le seul acteur à disposer d’une exposition unique à la classe moyenne émergente à travers la Chine et l’Inde où nous sommes leaders avec respectivement 42 et 45 % de part de marché. Nous sommes les mieux placés pour saisir la plus grande partie de la croissance future du secteur.

 « La France est à la fois le centre névralgique du groupe et ses racines. Ricard reste la première marque de spiritueux en France. J’éprouve un réel plaisir à observer l’attachement viscéral entre la France et Ricard, même de la part de ceux qui n’en boivent pas. Je ressens de la fierté et de l’émotion d’être à la tête d’un groupe qui a un tel lien avec la France. Nous sommes un des rares champions français. »

 Cannibalisation des vins et spiritueux

 Le Figaro pose alors cette question :  « Le cognac est l’une de vos trois priorités, avec la vodka et le whisky. Le secteur fait face à une pénurie de matières premières, notamment en termes d’eaux-de-vie jeunes. Comment comptez-vous gérer ce handicap ? » Réponse :

« Nous n’avons pas de handicap. Pendant les années difficiles pour le cognac, Pernod Ricard a continué d’investir dans des stocks stratégiques d’eaux-de-vie. Nous sommes capables de servir une croissance en volumes de 7 à 9 %, à laquelle s’ajoute notre capacité à augmenter les prix. Gérer la rareté, cela peut être un moteur de croissance. »

 Puis, enfin, sur le fond : « L’alcool fait l’objet de mises en garde de plus en plus vives, et la Cour des comptes préconise une hausse des taxes. Est-ce un risque pour le secteur des spiritueux ? » Réponse :

« Il faut se placer du point de vue du consommateur. La consommation d’alcool a baissé de 60 % en volume depuis les années 1960. 71 % du prix des bouteilles est constitué de taxes. N’exagérons pas, c’est assez cher. La consommation responsable est celle de la majorité, même si je ne nie pas certains comportements. Il n’y a pas de convivialité dans l’excès: d’ailleurs, un patron de bar ne sert pas de clients ivres, car il ne veut pas perdre ses clients conviviaux. Nous sommes pour une consommation responsable et modérée. La tendance, c’est de boire moins et mieux, le bon verre au bon moment. Chacun doit trouver son propre équilibre. C’est ce qu’il y a de plus compliqué, car il y a autant d’équilibres que d’individus. Cela ne passe pas par des décrets, mais par l’éducation et la responsabilisation. »

 Et pour finir :  « Le marché du cannabis se légalise en Amérique du Nord, certains de vos rivaux y investissent 1. Avez-vous de tels projets ? »

« Nous n’avons aujourd’hui aucun projet d’investissement. Nous analysons les conditions dans lesquelles le cannabis se légalise, dans la mesure où certains estiment que cela peut disrupter le marché. Notre responsabilité est de vérifier qu’il n’y a pas de cannibalisation sur des vins et spiritueux haut de gamme. Rien ne permet de craindre un tel phénomène pour le moment. »

 A demain

1 Sur ce sujet furieusement d’avenir :  « Cannibalisme, spiritueux et Pernod Ricard : légalisé le cannabis liquide sera-t-il alcoolisé ? » Journalisme et santé publique du 30 août 2018

Gilets jaunes, infirmières, médecins hospitaliers : qui peut écouter ce lamento sans cesse amplifié? 

Bonjour

20 novembre 2018. La jacquerie des Gilets jaunes se poursuit et Paris serait menacé. Sur France 2, Christophe Castaner, jeune ministre de l’Intérieur, dénonce une « dérive totale » de ce mouvement. Nous serions selon lui passé insensiblement, alcool aidant, d’une  « manifestation bon enfant » a des « revendications qui ne sont plus cohérentes et qui vont dans tous les sens ».

Et le ministre d’évoquer «un très très grand nombre de blessés, y compris sur nos forces de l’ordre (…) En trois jours, il y a autant de blessés dans nos forces de l’ordre qu’en trois mois d’évacuation à Notre-Dame-des-Landes. Je ne souhaite pas que ça dure, les manifestants ont été entendus ».

Qui, aujourd’hui, entend qui ? Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian fait entendre une musique différente. Invité lundi soir sur Europe 1, l’ancien responsable socialiste et breton a évoqué la «souffrance [des «gilets jaunes»] qu’il faut entendre, comprendre et respecter». Il s’inquiète de cette grogne sociale, qui repose selon lui sur «un sentiment selon lequel la transition écologique est payée davantage par certaines catégories sociales» et sur «une forme d’inégalité face à la mobilité».

Qui, aujourd’hui, entend qui ? Les infirmières/infirmiers manifestent leurs colères. C’est, là aussi, un phénomène qui trouve mille et une raisons pour émerger et s’installer.  Ces soignants se vivent souvent comme « méprisés » et « oubliés ».  Et d’évoquer le silence du président Emmanuel Macron sur la place et le rôle de leur profession dans la réforme du système de santé, lors de la présentation du plan « Ma santé 2022 », le 18 septembre à l’Elysée. Une faute majeure que la ministre des Solidarités et de la Santé peinera à faire oublier – comme l’a démontrée son intervention peu compréhensible, en urgence, au journal de 13 heures de France Inter. La ministre entend la « souffrance » sans jamais parvenir à la faire oublier.

Quelques mandarins

Qui, dans la France d’aujourd’hui, entend qui ? Cette tribune importante publiée dans Le Monde, signée du Dr Thierry Philip, président du directoire de l’Institut Curie et de l’Organisation des instituts européens du cancer. Extraits :

«  La Sécurité sociale, financée par nos cotisations, accepte à travers le paiement à l’acte et les dépassements d’honoraires que les médecins libéraux du secteur privé soient mieux rémunérés que les médecins salariés pour faire le même métier, avec les mêmes outils et sans les contraintes de l’enseignement, de la recherche et des gardes… Dans ces conditions, la fuite des médecins vers le secteur privé est inéluctable et toute réforme de la filière non lucrative est vouée à l’échec. Le président de la République se doit d’ouvrir le seul chapitre de réforme qui peut sauver nos hôpitaux publics.

Paradoxalement, la crise a désormais atteint le fleuron de nos hôpitaux, les centres hospitaliers universitaires (CHU). D’une part, le titre de ‘’professeur’’ ne suffit plus à attirer les jeunes praticiens ; d’autre part, les professeurs nommés fuient en nombre vers le secteur privé, sans recherche et sans enseignement, où l’on peut vivre financièrement beaucoup mieux, sans gardes, en faisant du ‘’ programmé ‘’. Il faut rappeler qu’à l’exception de quelques mandarins pour qui il suffirait d’appliquer la loi, l’activité privée dans les CHU ne paye que la retraite des praticiens sur leur salaire hospitalier, et qu’il n’y a pas de privé dans les centres de lutte contre le cancer.

La réflexion sur les salaires est un préalable à toutes les réformes. (…) Si on veut réformer, il faut s’attaquer aux vrais problèmes, pas à des boucs émissaires. Aujourd’hui, la qualité n’est plus reconnue et n’est plus rémunérée à l’hôpital. »

Qui, aujourd’hui, entend qui ?

A demain

@jynau

Comment Wauquiez a-t-il pu oser un parallèle entre «PMA», «eugénisme» et le «nazisme» ?

Bonjour

Laurent Wauquiez, 43 ans, fut longtemps un élève brillant et primé de l’école de la République française. Auteur remarqué d’un mémoire de maîtrise intitulé Le Flambeau des Mille et une nuits et l’Orient des Lumières, 1704-1798, avant d’être reçu, en 1997, premier à l’agrégation d’histoire. Vingt ans plus tard, devenu président des Républicains (LR) il semble avoir perdu tous ses repères universitaires. Ne plus savoir qui il aimerait être, et moins encore où il aimerait aller.

A la lisière de l’éthique de l’eugénisme et du nazisme la dernière affaire en date le concernant  est édifiante. Elle nous est, notamment,  rapportée parLe Figaro (Marion Mourgue). Où l’on apprend que  le mouvement politique « Sens commun » (né de la « Manif pour Tous » et membre des Républicains) organisait, hier 18 novembre, une journée de débats avec pour thème: «la droite que nous voulons est conservatrice». Laurent Wauquiez avait été invité à y prendre la parole. Et il y a abordé le « sujet sensible de la PMA pour toutes les femmes ». «Il faut que nous réfléchissions à ce que nous voulons et à ce que nous refusons», a-t-il insisté en estimant que «l’enfant n’est pas un droit, l’enfant, c’est un devoir». «Il faut que nous aidions nos compatriotes à comprendre ce qui se joue. Oui c’est un engrenage et il mènera nécessairement à la marchandisation des gamètes», a insisté le président des Républicains – dont on souvient qu’il avait, sur ce thème, co-signé une tribune dans ce même Figaro1

Mais il est allé cette fois un peu plus loin. dénonçant «la marchandisation des gamètes qui amène à l’eugénisme» déjà «fait par un régime, c’est le nazisme».

Boulevard politique pour l’exécutif

 Il n’en fallait pas plus pour, en tir groupé, faire donner les poids (plus ou moins) lourds de l’exécutif. Un boulevard politique. «Chercher à séduire aveuglément ‘’Sens Commun’’ conduit aux outrances les plus abjectes. Laurent Wauquiez en fait une fois de plus la démonstration. Nous irons au bout de nos engagements en faveur de la PMA pour toutes, dans le cadre républicain d’un débat digne», a tweeté le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. «La fin ne justifie pas les moyens (…) c’est irresponsable», a solennellement déclaré Agnès Buzyn dans une vidéo postée sur Twitter :

 « Evidemment, aucun acte médical en France ne peut conduire à l’eugénisme. C’est dévoyer le sens des mots. C’est irresponsable pour un soi-disant responsable politique ».

Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, a pour sa part estimé que les propos de Laurent Wauquiez lui paraissaient « très excessifs »« Et c’est un euphémisme », a-t-il ajouté. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, y voyait un « intolérable mélange de méconnaissance du sujet et d’agressivité contre les femmes ». Sans oublier le nouveau numéro deux du gouvernement, François de Rugy, a pour sa part dénoncé un « dérapage scandaleux » et « une injure faite aux couples hétérosexuels qui l’ont déjà pratiquée, et à tous ceux qui la pratiqueront demain ».

Finkielkraut, Houellebecq & Onfray

Rétropédalage immédiat (également sur Twitter) de  Laurent Wauquiez. «En rappelant l’horreur de l’eugénisme et du nazisme, j’ai voulu rappeler les leçons de l’Histoire. Nos débats contemporains ne sont évidemment pas les mêmes mais quand on parle d’éthique, il faut être très vigilant sur les chemins que nous ouvrons», a-t-il écrit. La veille, le même appelait  la droite à retrouver «sa colonne vertébrale» et à entendre aujourd’hui les intellectuels «qui ont sonné le réveil en France et dans toute une partie du monde», à l’instar d’Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq, Chantal Delsol, Michel Onfray.

«Conserver ce qui vaut et réformer ce qu’il faut» avait-il encore déclaré rappelant son opposition radicale à la politique d’Emmanuel Macron. «Ma détermination est infiniment plus grande que ce qu’il pense, avait-il scandé. La renaissance de la politique française ne se fera que sur les idées et la détermination à faire». Parmi celles-ci, la défense des racines chrétiennes de l’Europe, la défense de la nation et de «la transmission», ou encore l’opposition à l’élargissement de la PMA pour «éviter d’ouvrir toute boîte de Pandore».

Pandore ?

A demain

@jynau

1 Dans laquelle il alertait à juste titre sur le développement, alarmant et sans frontières, de la firme Cryos