Boire jusqu’à la lie : que dira Emmanuel Macron à Axel Kahn sur les bières hyper-alcoolisées ?

Bonjour

Les troupes anti-alcool viennent, en France, d’être solidement renforcées par un nouveau croisé qui se déchaîne : Axel Kahn, jeune président de la Ligne contre le cancer. Aujourd’hui il guerroie dans  Le Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo). Cible : les alcooliers-brasseurs industriels et leurs productions hyper alcoolisées. Cble corollaire : les autorités sanitaires qui laissent volontairement tendu ce « piège à la jeunesse ». Extraits :

« Quand j’étais un jeune homme de 30 ans [il y a quarante-cinq ans]  je pensais que l’alcoolisme allait peu à peu disparaître. Mais ce scénario optimiste ne s’est pas réalisé car cette addiction a gagné les milieux festifs de la jeunesse. L’alcool est partout, il n’épargne personne, surtout pas les milieux étudiants qui en consomment à toutes les soirées. C’est totalement désespérant.

« Parmi les méthodes pour faire tomber la jeunesse dans l’addiction, il y a la vente d’une sorte de bière, ultra-forte. Alors que la plupart sont à 4-5 voire 6-7 % d’alcool, on voit émerger des gammes à 14 %, et même à 16 ou presque 17 %! Elles sont vendues dans des canettes de 500 ml. Une fois ouvertes, on ne peut plus les refermer, il faut boire jusqu’à la lie [sic] Un jeune a alors consommé l’équivalent d’une bouteille de vin! C’est inouï. Il y a là un attentat à la santé des jeunes.

« Très accessibles, ces bières ont fleuri dans les supermarchés, dans les supérettes, à un prix modique. Ses acheteurs sont le peuple de la rue, et les jeunes. Et pour cause, elles attirent l’œil par leur allure colorée, provocante, qui sont inspirées de l’univers de la BD, du jeu vidéo avec, par exemple, des images de dragons. Il suffit de se promener dans un lieu où une soirée d’étudiants s’est tenue – comme une grande place à Rennes ou les quais de Seine à Paris – pour voir des cadavres de ces boissons joncher le sol. Il s’agit d’un piège tendu aux jeunes, dont ils auront du mal à sortir. »

Le prix du paquet de cigarettes doit-être dissuasif (Bruno Lemaire)

Interdire ? Axel Kahn, prudent, « demande aux autorités d’étudier la question et de légiférer ». Et conseille déjà le gouvernement sur les diverses stratégies possibles » « La première, interdire la vente de bières qui n’utilisent pas les procédés traditionnels de fabrication ou tout du moins, leur retirer l’appellation ‘’bière’’. C’est le cas de ces boissons ultra-fortes qui sont élaborées en ajoutant des sucres et des levures afin d’augmenter leurs effets. La seconde est d’augmenter très fortement la taxe en fonction du grammage d’alcool : les plus fortes seraient vraiment plus chères. Cela serait très dissuasif pour les acheteurs. »

Et le généticien émérite de citer l’exemple du tabac :  « c’est la sanction au portefeuille qui donne les meilleurs résultats ». Le tabac et le gouvernement, précisément. Le prix du paquet de cigarettes atteindra bientôt 10 euros ce qui ne permet pourtant pas (à la différence notable de la cigarette électronique) de libérer la grande majorité des esclaves du tabac.  Le gouvernement ira-t-il au-delà en augmentant un peu plus le prix du paquet ? Dimanche 29 septembre, lors du Grand Jury RTL / Le Figaro / LCI, Bruno Lemaire ministre de l’Économie et des Finances a été surpris par la question observe le site des buralistes français :

« … Nous allons en débattre … Mais tout ce qui peut être fait pour lutter contre l’addiction au tabac est une bonne choseC’est une bonne politique de santé publique que d’avoir un prix du paquet de cigarettes qui soit dissuasif

Dissuader au risque de ne plus vendre ? Bruno Le Maire a néanmoins précisé qu’il s’agissait de « sa conviction personnelle » et que cela devra être tranché par le président de la République et le Premier ministre. Il en va de même pour ces bières que la jeunesse apprend à boire jusqu’à la lie. Où l’on voit, une nouvelle fois, s’il en était besoin, à quel point la lutte contre les addictions sont, d’abord et avant tout, un sujet politique.

A demain @jynau

Après la bioéthique, Agnès Buzyn devra sérieusement travailler son dossier cigarette électronique

Bonjour

Le vent tourne et les volutes entreraient en grâce ? Après les déclarations constructives de Roger Genet, patron de l’Anses c’est Agnès Buzyn qui, modestement, a commencé à changer de ligne. C’était dimanche 22 septembre 2019 à la vingt-cinquième minute du « Grand Jury LCI Le Figaro RTL ».  Trois minutes sur un sujet essentiel.

On connaît le contexte : la « maladie sans nom » observée aux Etats-Unis, l’incompréhension générale quant à la réduction des risques, le poids occulte de Big Tobacco … Nous étions, en France, dans le silence. « Il aura fallu que les journalistes insistent mais Agnès Buzyn a été claire, observe Sébastien Béziau, sur vapyou.com. La ministre indique que la vape est très bien réglementée en France et qu’aucune mesure restrictive supplémentaire “n’est dans les tuyaux”. Il n’est donc pas question d’interdire la vape ni même les arômes en France. »

Agnès Buzyn a également redit que le vapotage est un outil d’aide pour l’arrêt du tabac. Mais il faut également, pour Sébastien Béziau, souligner les inquiétantes imprécisions, sur le sujet, de la ministre des Solidarités et de la Santé.

« Dans les quelques minutes consacrées au sujet du tabac, on constate malheureusement qu’elle connaît bien mal le dossier. Elle confirme que des mesures strictes sont en place pour la vente aux mineurs, mais indique aussi que le vapotage est soumis aux mêmes restrictions que pour les lieux où il est interdit de fumer. C’est faux, notre ministre ne semble pas connaître le décret du 25 avril 2017 qui assouplit (heureusement) les règles. Dans l’interview au Grand Jury, elle parle de “tolérance”, non, c’est juste la loi. »

Ce n’est pas tout. Avant la question du vapotage, la ministre s’est exprimée sur le tabac en général. Elle a indiqué que nous comptions entre 1,5 et 2 millions de « fumeurs en moins » – expliquant que l’augmentation du prix est la « meilleure solution » et que ce résultat est le fruit de l’argent : augmentation des prix et aides sur les substituts nicotiniques.

Objectif : libérer les esclaves du tabac

« Pas un mot sur le vapotage. Déni total de la solution qui pourtant est le levier n°1 de la baisse du tabagisme depuis plusieurs années, souligne fort justement Sébastien Béziau.  Ce n’est pas un fantasme personnel, ce sont les chiffres officiels de Santé publique France. Malheureusement Agnès Buzyn reste donc fossilisée sur des positions qui ont fait long feu face à la réalité. Non seulement, elle ne veut pas voir les millions de fumeurs qui ont réussi à arrêter de fumer grâce à la vape, mais surtout, elle ne pas prendre la mesure de l’opportunité pour les millions d’autres qui fument toujours. »

Ce n’est pas la seulle approximation fautive de la ministre qui continue à voir dans le vapotage une « porte d’entrée » dans le tabagisme.  Quelles sont les « sources » ministérielels ? Qui est en charge, dans son cabinet, de la tenue du dossier « Vapotage » et du bureau « Réduction des risques » ? Qui, en cachette, lui parle de la « Révolution des volutes » ? Sébastien Béziau :

« Depuis son arrivée au ministère, les associations AIDUCE et SOVAPE ont adressé plusieurs courriers à Agnès Buzyn pour obtenir un rendez-vous et établir un dialogue constructif. Elles n’ont jamais reçu de réponse. Le groupe de travail vapotage qui était initié à la Direction Générale de la Santé, qui réunissait tous les trimestres les partie prenantes dans un bon esprit, a été stoppé. Après le “quinquennat” de Marisol Touraine, nous en sommes à plus de sept ans d’atermoiements des pouvoirs publics français sur le vapotage. Heureusement, les Français “d’en bas” avancent, avec des professionnels dynamiques et créatifs, des acteurs de santé de plus en plus investis et documentés et une population de vapoteurs “pairs” ultra dévoués à leur anciens coreligionnaires fumeurs (auto-support sur les réseaux sociaux). »

En resterons-nous là, à cette absence d’échanges, à ce déni larvé de l’exécutif sanitaire, à son refus obstiné de réduire les risques et de libérer les esclaves du tabac ?

A demain @jynau

« L’embryon humain est un sujet inflammable ». Qui mettra le feu au sujet de l’eugénisme ?

Bonjour

Depuis plus d’un quart de siècle, à échéance régulière on le retrouve dans les médias ou dans les couloirs des ministères : René Frydman, « grand spécialiste de la médecine de la reproduction, – en 1982 a donné naissance à Amandine, le premier bébé-­éprouvette français – fin connaisseur de la législation bioéthique ». Hier il était il est présent dans Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret) : « L’obstétricien René Frydman sur la PMA : « C’est à l’humanité, et non à Dieu, de fixer les limites » » (sic).

Sans surprise le demi-père d’Amandine se félicite de l’ouverture de la PMA « aux célibataires et aux lesbiennes » (au nom du « progrès des droits des femmes »). Et à nouveau il  réclame, comme depuis des années l’autorisation d’un dépistage ADN dans certains cas de fécondation in vitro ». Extraits de l’entretien 

« Les anti-PMA craignent que le désir humain n’ait plus de bornes. Êtes-vous « no limit »?
Pas du tout : je suis contre la GPA, une aliénation de la femme ! Mais je pense qu’il faut laisser à l’humanité – et non à Dieu! – le soin de fixer les limites. A mon sens, tout ce qui concerne le don mérite réflexion car un tiers entre dans l’histoire. Ça vaut pour les couples hétérosexuels comme pour ceux de femmes. Un temps de recul est nécessaire ; chacun doit se retourner sur son passé, réfléchir à la notion de secret, de génétique. En Belgique, 15 à 20% des couples qui demandent à bénéficier d’un don se voient opposer un refus. La médecine n’est pas un bouton sur lequel on appuie. Le texte législatif prévoit qu’une équipe pluridisciplinaire puisse motiver un éventuel refus, quel que soit le type de couple concerné (…) »

Qui, de René Frydman et d’Agnès Buzyn ?

On en vient à la question de « la possibilité de dépister l’embryon ». « Le gouvernement s’y oppose en parlant d’eugénisme, précise le JDD. «Quelles sont les maladies que l’on ne souhaite plus voir vivre? C’est une dérive eugénique claire», s’est insurgée Agnès Buzyn au sujet d’un amendement MoDem qui visait à élargir le diagnostic préimplantatoire (DPI) aux anomalies chromosomiques (Le Figaro Agnès Leclair). René Frydman, pour qui « l’embryon est un sujet inflammable » 1 :

« Le point clé, c’est que l’espèce humaine n’est pas une très bonne reproductrice ; 60% des embryons ne donnent jamais de bébés. Dans certains cas, chez des femmes âgées de plus de 35 ans, une analyse génétique serait utile. L’idée n’est pas de tout passer au crible mais de traquer les anomalies chromosomiques afin d’éviter de transférer des embryons qui n’ont aucune chance de ­donner une grossesse mais aussi des fausses couches à répétition et des traitements lourds chez des femmes qui ne pourront pas tomber enceintes. Ceux qui parlent d’eugénisme, en pensant à la ­trisomie 21, ne sont pas opposés au dépistage ADN pratiqué au moyen d’une prise de sang au début de la grossesse. C’est absurde. Pourquoi préfère-t-on que des femmes souffrent, alors que l’on sait prévenir ces souffrances? »

Le DPI et l’embryon : ne faudrait-il pas voir en lui le grand sujet politique, plus politique encore que la « PMA pour toutes » ?

« L’embryon est au cœur d’une certaine idéologie religieuse, estime René Frydman. C’est un sujet inflammable. Notre pays est le seul à avoir une succession de lois bioéthiques qui deviennent très politiques : des alliances de circonstance se nouent à chaque fois. Ailleurs, on fait des réglementations et on les évalue. Je propose d’expérimenter ce dépistage pendant trois ans. Dans certaines ­circonstances, avec déclaration officielle à l’Agence de biomédecine. On sait déterminer le sexe d’un fœtus à la huitième semaine par simple prise de sang depuis des années mais personne ne s’est mis à le faire. Les médecins ont une éthique. »

Une « éthique » ? Sans aucun doute, mais une éthique hautement relative qui varie ce que le législatif autorise, laisse faire ou interdit. René Frydma le reconnaît lui-même qui estime qu’il y a « beaucoup d’excès », à l’étranger, dans le domaine de la marchandisation de de la PMA et des éléments du corps humain. « En Espagne, dit-il, les prix s’envolent avec des promotions pour les FIV comme au superamrché ou des quasi-ventes forcées d’examens génétiques inutiles ». Mais ici, doit dire ce qui est utile et ce qui ne l’est pas ?

Qui, de René Frydman ou d’Agnès Buzyn doit tracer la frontière entre ce qui est du ressort de l’eugénisme et ce qui ne l’est pas. La porte, ici, a été entrouverte avec la légalisation du DPI. Un quart de siècle plus tard la question se pose, comme on pouvait aisément le prévoir.  Elle se reposera. L’embryon est un sujet inflammable.

A demain @jynau

1 « Inflammable » : Qui est susceptible de prendre feu et qui brûle en produisant une flamme. − P. métaph. Nous, nous avons eu jadis le gnome à l’orgueil monstrueux qui (…) accumulait les papiers inflammables pour allumer un jour le feu de la guerre (Jaurès, Eur. incert.,1914, p. 388).

Le terme (effet du réchauffement planétaire ?) est à la mode. Ainsi, dans Le Monde (Solène Cordier)  peut-on lire : « Attention, sujet à potentiel inflammable. Faut-il ou non accompagner sur le plan médical les femmes célibataires qui veulent avoir un enfant toutes seules, en leur permettant d’accéder, comme les couples hétérosexuels infertiles, aux techniques de procréation médicalement assistée ? C’est ce que prévoit l’article premier du projet de loi sur la bioéthique, qui sera débattu à l’Assemblée à partir de mardi 24 septembre.  »

Divorce éthique prononcé entre Agnès Buzyn et l’Académie nationale de médecine

Bonjour

Qui aurait imaginé que la prise de position éthique de l’Académie nationale de médecine puisse être suivie d’une telle couverture médiatique ? Tel est pourtant bien le cas. Et à deux jours de l’ouverture du débat sur le projet de loi de bioéthique à l’Assemblée nationale un différend sans précédent vient d’apparaître entre le gouvernement et l’Académie nationale de médecine. Différend édifiant. Nous venons de voir que cette dernière estime que « la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure » et n’est « pas sans risques » pour son « développement psychologique » et son « épanouissement ».

L’Académie « reconnaît la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation », mais juge qu’« il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible ».

« L’argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour l’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de l’enfant. [Elle] ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles ».

Qui plus est l’Académie « estime que, de plus en plus malmenée par les évolutions sociétales, la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l’enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues ». Elle reconnaît que son rôle n’est pas de « donner un avis » sur une « mesure sociétale », mais « estime de son devoir de soulever un certain nombre de réserves liées à de possibles conséquences médicales ». 1.

« Ne me dites pas qu’un quart des enfants français … »

Interrogée dimanche 22 septembre lors du « Grand Jury RTL-LCILe Figaro », sur cette prise de position solennelle autant que claire, Agnès Buzyn aurait pu se taire. Ou faire un long développement argumenté, anthropologique et politique. Rien de tout cela. Ce fut bref, bien trop bref.

« Considérer qu’il y a un lien direct entre défaut de construction de l’enfant et famille monoparentale est faux », a déclaré la ministre des Solidarités et de la Santé.

« Aujourd’hui, nous avons un quart des familles françaises qui sont des familles monoparentales (…) Ne me dites pas qu’un quart des enfants français qui vivent et qui naissent dans ces familles ont des difficultés de construction. Les études que nous avons à notre disposition sur les enfants qui sont élevés dans des familles monoparentales ne sont pas des études inquiétantes. »

Où l’on entend une ministre se situer, volontairement, hors sujet. Avant d’ajouter que la prise de position de l’Académie nationale de médecine est « en tous les cas peut-être datée » (sic).  Ceci ne manquera pas de faire rire, ou d’irriter, rue Bonaparte, siège de l’illustre Académie – on rappellera que cette dernière peut être saisie d’une demande d’avis par le gouvernement et peut aussi s’auto-saisir sur toute question concernant les domaines de la santé et de l’éthique médicale. Et dire son fait à l’exécutif.

Agnès Buzyn, docteur en médecine et, en même temps, membre du gouvernement se devra de s’expliquer un peu plus longtemps sur ce « datée ».

A demain @jynau

1 Le rapport de l’Académie nationale de médecine est signé: Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

L’Académie dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté le texte de ce rapport par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions.

Agnès Buzyn et les stades pré-alcoolisés : comment ne pas confondre ses désirs et la réalité

Bonjour

Ils sont trois médecins: Amine Benyamina*, Bernard Basset** et Axel Kahn*** 1. Trois responsables qui signent un étrange papier dans Le Figaro. Un papier dans lequel ils se réjouissent « que pour la première fois depuis vingt-cinq ans d’attaques incessantes contre la loi Évin, les alcooliers aient connu une défaite » [sic]. Où l’on revient à l’édifiante affaire politique des stades pré-alcoolisés et des loges VIP bien champagnisées.

L’analyse des trois médecins ne diffère guère de celle de tous les spécialistes des luttes contre les addictions. Ils observent ici une nouvelle émergence de l’hydre du lobby des puissants alcooliers industriels. Avec un plan d’action bien rôdé :

« Instrumentaliser une activité sociale positive et populaire comme le sport pour dissimuler un cadeau au lobby alcoolier, de la bière en l’occurrence, qui réclame depuis longtemps des facilités pour abreuver d’alcool les spectateurs ; dissimuler cette stratégie derrière des éléments de langage standardisés censés rassurer et destinés à occulter la brutalité de la manœuvre («assouplir», «clarifier», «simplifier») ; ne pas se concerter à l’avance avec les acteurs de santé pour les prendre par surprise ; et enfin lancer les opérations en catimini au cœur de l’été pour profiter de l’inattention générale. C’est de cette manière qu’un tiers des députés de la majorité (LREM) ont annoncé que, pour promouvoir «une nation sportive», il fallait faciliter l’alcoolisation des spectateurs pendant les matchs, et donc, incidemment, «assouplir» la loi Évin. »

Prêcher le faux dans Le Figaro pour tenter de lever le voile sur le vrai

Mais pour les signataires cette « manœuvre grossière » aurait « échoué ». Et ce grâce, notamment, à la mobilisation immédiate des « acteurs de l’addictologie » et parce que « la société civile ne dort jamais ». « Le rapport à l’alcool est en train de basculer dans la population française, ajoutent-ils. La recherche de bien-être, les préoccupations de santé et écologiques, les progrès des connaissances scientifiques et la pédagogie inlassable du monde de la santé publique ont fait prendre conscience que toutes les boissons alcooliques étaient des produits à risques. L’incitation à boire pendant les compétitions, notamment pour les jeunes spectateurs, ne pouvait être acceptée aisément. »

Et de poursuivre leur analyse : « Une lettre ouverte de la Fédération française d’addictologie à la ministre de la Santé lui demandant de prendre position «publiquement et fermement» sur ce sujet a permis à Agnès Buzyn – probablement avec l’accord du gouvernement – [sic] de déclarer qu’il n’était nul besoin de nouvelles incitations à la consommation d’alcool et que la loi Évin ne serait pas modifiée. Elle a ajouté le 21 août que la meilleure solution serait que les tribunes VIP ne jouissent plus d’une exception [exception dont elle ignorait l’existence] ».

La vérité est qu’Agnès Buzyn ne s’est (timidement) exprimée sur le sujet que le 9 août et que l’on en reste à ce tweet ministériel :

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

C’est un peu court pour voir ici, comme les trois signataires, « un coup d’arrêt » à l’offensive du lobby alcoolier industriel » . Un peu court pour en tirer la conclusion que pour la première fois depuis un quart de siècle d’attaques incessantes contre la loi Evin, « les alcooliers ont connu une défaite ».

Le vrai est que rien n’est joué. Pour un peu on imaginerait que ces trois responsables prennent leur désir pour la réalité. A moins qu’ils ne jouent, qu’ils ne prêchent le faux dans Le Figaro pour tenter de lever le voile sur le vrai. Reste l’essentiel, politique, de ce dossier. Et ce  n’est pas le bien trop modeste tweet unique de la ministre de la Santé – mais la décision prise par l’ambigu Emmanuel Macron.

A demain @jynau

1 * Médecin psychiatre-addictologue, chef du département de psychiatrie-addictologie groupe hospitalier Paul-Brousse (AP-HP), professeur à l’université Paris-Sud, président de la Fédération française d’addictologie (FFA).

** Médecin spécialiste en santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), administrateur de la Fédération française d’addictologie.

*** Généticien, président honoraire de l’université Paris-Descartes, président de la Ligue nationale contre le cancer.

Abcès aux urgences : révélations du Point, l’édito du Figaro, l’immobilisme d’Agnès Buzyn

Bonjour

Ne rien changer pour que rien ne change ? C’est la vingt-troisième année que nos confrères du « Point » (François Malye et Jérôme Vincent) publient leur « palmarès des hôpitaux et cliniques de France ». Un travail de Titan pour un résultat à bien des égards remarquable ; mille quatre cents établissements publics et privés et,respectivement, soixante-seize et quarante-quatre disciplines médicales et chirurgicales passés au tamis de leur méthodologie. Quelques approximations, peut-être, quelques grincements de dents parisiens, quelques irritations chirurgicales ou administratives … Mais l’essentiel semble une fois encore préservé : un document de référence. Nous sommes loin, ici, des injustices du Michelin ou de la perversité des notations via les « réseaux sociaux ».

« Sans surprise, les CHU cannibalisent cette année encore le haut du panier » observe Le Quotidien du Médecin . Le CHU de Bordeaux reprend la tête du classement devant le CHU de Lille et celui de Toulouse. Suivent les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le CHU de Montpellier et celui de Nantes. Valenciennes est le premier centre hospitalier du palmarès, à la 32e place. Le tableau d’honneur des cliniques subit en revanche des variations plus marquées qui illustrent l’effet de concentration du secteur. »

Tout changer pour que rien ne change ? « Le Point », cette année, innove : « Inédit, la liste des urgences qui manquent de médecins ». Nos méthodiques confrères se fondent sur les données du Centre national de gestion (CNG) – un organisme trop méconnu qui gère les carrières hospitalières. La cartographie présentée recense 277 services d’urgences avec près de 800 postes de médecins à pourvoir sur les 497 services de l’hôpital public. Qui dit poste vacant ne dit pas poste inoccupé, précise le CNG, les médecins intérimaires palliant grandement la désertification médicale dans les urgences de France. Ce qui n’est pas loin d’une forme de cautère sur une jambe en grande difficulté.

Faire la part du symptôme et de la maladie

Jambe de bois ? « A l’hôpital la crise des urgences s’enracine » titre aujourd’hui, à la Une Le Figaro. Et le plus vieux quotidien de France de jouer au médecin faisant la part entre la maladie et le symptôme. Ainsi l’éditorial hautement signifiant de Laurence de Charrette (nous soulignons):

« Le diagnostic est partagé : aux urgences, la crise est sévère. Mais la thérapie, elle, fait défaut. Les services craquent. À qui la faute ? Coupables, ces milliers de personnes qui, chaque jour, se rendent à l’hôpital pour y présenter de simples ‘’bobos’’ qui pourraient être pris en charge par la médecine de ville ? À l’évidence ! La ‘’régulation’’ des entrées aux urgences constitue indéniablement une des pistes majeures d’amélioration du système. Pourtant, une partie de ces ‘’patients’’, désormais renommés ‘’usagers’’, rétorqueront qu’on ne se rend pas aux urgences par plaisir et que, précisément, ils comptent bien sur l’hôpital pour évaluer leur état de santé. On aura beau regretter leur attitude ‘’consumériste’’, ils expliqueront, non sans quelque raison, que la médecine de ville vers laquelle on voudrait les orienter n’est pas équipée pour traiter tous les maux et que le serment d’Hippocrate semble s’y exercer essentiellement aux horaires de bureau.

« Fautive, la gratuité des soins ? Assurément. Malheureusement, l’idée d’imputer une partie plus importante de la facture aux patients, quitte à procéder à des remboursements a posteriori – idée régulièrement caressée par les politiques (François Fillon notamment) – suscite de telles protestations qu’elle semble durablement vouée à l’échec, quelles que soient ses vertus économiques et pédagogiques.

« Responsable, le système de tarification hospitalier, qui octroie aux établissements la même rémunération pour toute intervention et les pousse mécaniquement à ouvrir grand les portes des urgences? C’est certain, mais comment assurer la prise en charge de tous les malades dans d’égales conditions sans quelques artifices comptables?

« À y regarder de plus près, il apparaît que les urgences ne sont pas la maladie mais le symptôme d’un trouble beaucoup plus vaste qui touche l’ensemble du monde médical, dont l’exercice et la mission même se trouvent profondément affectés par les bouleversements sociétaux auxquels il est confronté: progression de l’individualisme et pression économique, vieillissement de la population, avènement de la technologie… Pour Agnès Buzyn, l’enjeu n’est pas seulement de désengorger les urgences, mais bien d’armer le système de soin face aux révolutions qui l’attendent. »

En Suisse, sortir des sentiers battus

Ne rien changer pour que tout change ? Le temps est sans doute venu de porter le regard au-delà de nos frontières. La France serait-elle le seul pays au monde à souffrir de ses urgences hospitalières ? « Chaque jour, en Europe, les services d’urgences accueillent près de 430 000 patients. Annuellement, ce chiffre représente 157 millions de personnes, soit un tiers de la population européenne, écrivent, dans un remarquable éditorial de la Revue Médicale Suisse 1, les Dr Pierre-Nicolas Carron et François Sarrasin, respectivement chez des urgences du CHUV de Lausanne et des HUG de Genève.   

Ces chiffres confirment indéniablement le rôle important et croissant des services d’urgences dans notre système de santé.3 Cette tendance s’observe dans l’ensemble des pays de l’OCDE, y compris dans nos hôpitaux, avec une augmentation annuelle de l’ordre de 2 à 3 % depuis le début des années 2000. »

Selon ces deux spécialistes ces chiffres témoignent également d’un changement d’habitude drastique au sein de la société, vis-à-vis de son accès au système de soins – et ce sans corrélation avec l’évolution démographique. Les patients revendiquent en effet de plus en plus un accès libre et exhaustif à des plateaux techniques polyvalents et spécialisés. L’immédiateté qui caractérise de nombreuses facettes de notre vie « moderne », tant professionnelle que privée, devient un critère décisionnel important. Voilà, enfin, une lecture qui nous fait sortir des sentiers battus.

Sans précipitation, nous y reviendrons.

A demain

1 Carron P-N, Sarasin F « Médecine d’urgence : répondre à l’accélération du temps ? » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 1363-1364

Stades alcoolisés : bien avant les macroniens le patron du ruby français les réclamait !

Bonjour

En pied de la page 26. C’est là, le 18 août, que le Journal du Dimanche (Philippe Kallenbrunn) cachait son information la plus croustillante : « Laporte voulait de l’alcool dans les stades du Mondial 2023 ». Loin des blondeurs de Brigitte Macron (et des embrouillaminis investigationistes post-Kadhafi) on y retrouve le cocktail sport-politique-argent-santé publique – cette ferveur qui nourrit les rangs macronistes et face à laquelle Agnès Buzyn semble tétanisée. Sans parler de l’actuel Directeur Général de la Santé.

Où l’on apprend que les têtes pensantes de la Fédération Française de Rugby (FFR) avaient, dès le printemps 2017 fait le forcing pour obtenir l’autorisation de vendre de l’alcool dans les stades lors des quarante-huit matches du Mondial 2023. Le célèbre Bernard Laporte, flanqué du Dr Serge Simon, son omnipotent premier vice-président, « souhaite alors que le ministère de la Santé s’engage à adopter un décret en ce sens ‘’pour les boissons alcooliques de troisième groupe’’ (bère, vin, cidre) ».

« Addictologie et psychopathologie des sportifs »

C’est (on s’en souvient) Marisol Touraine qui est aux commandes. Et c’est le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé qui, d’un élégant trait de plume sanitaire et rugbystique, règle l’affaire : « Le cadre législatif actuel ne constitue pas un frein à la candidature de la France » (15 mai 2017).

Six mois plus tard le Pr Vallet l’emporte haut la main devant le duo Laporte-Simon : World Rugby choisit la France pour le Mondial 2023, la France et ses stades sans alcools industriels (du moins hors loges-VIP…). « La semaine dernière l’ancienne ministre socialiste Michèle Delaunay, amie politique de longue date du premier vice-président de la FFR Serge Simo, confiait au JDD que ‘’la vente d’alcool dans les stades entraîne quasi systématiquement la sponsorisation’’ » explique l’hebdomadaire dominical, page 26.

Médecin ou pas, le citoyen aimerait mieux comprendre la position de la Dr Michèle Delaunay sur le sujet. Mieux comprendre, aussi et surtout, le jeu joué par l’étrange Dr Serge Simon dont la biographie officielle rappelle qu’il fut  à l’initiative de la création du Centre d’addictologie et de psychopathologie des sportifs au sein du CHU de Bordeaux.  Et puis, ancien joueur ou pas, le citoyen ne peut manquer, deux ans après, de saluer le cadrage-débordement du Pr Vallet.

A demain @jynau