Cannabis légal et «PMA pour toutes» : le Rassemblement national lève son voile sociétal

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« Sociétal » : « Qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus, en ce qu’ils constituent une société organisée ». Le très jeune eurodéputé (Rassemblement national, France) Jordan Bardella a exprimé ce vendredi 21 juin son opposition à la légalisation du cannabis. Sur RTL il a calmement expliqué que cela enverrait « un signal dramatique en termes de banalisation de la consommation» de drogue. Cette personnalité politique montante s’exprimait au lendemain de la publication d’une note par des économistes chargés de conseiller le Premier ministre et prônant cette légalisation. Jordan Bardella, 23 ans, a étrillé cette «vieille relique soixante-huitarde».

«C’est une drogue qui a des conséquences dramatiques sur la santé publique, la santé des enfants», a(-t-il doctement expliqué. «Légaliser le cannabis c’est envoyer un signal dramatique en termes de banalisation de la consommation de ce genre de produits», a-t-il poursuivi. «Au RN, »nous y sommes opposés. Affirmant n’avoir jamais consommé de cannabis ni de tabac car il a «la santé saine», Jordan Bardella a rappelé avoir «grandi en Seine-Saint-Denis» où il a «vu le trafic» dans certains quartiers. «Il faut surtout renforcer la prévention et expliquer dès le plus jeune âge que ces drogues sont nocives», a mis en avant le deuxième vice-président du RN. «Il faut mettre tous les moyens pour éradiquer le trafic de drogue qui mine les territoires», a-t-il insisté. Pour l’heure ni le Premier ministre ni le président de la République n’ont osé prendre la parole sur le sujet.

Construction psychologique de l’enfant

Dans le même temps la cheffe du RN sort de sa traditionnelle réserve sur les sujets sociétaux pour mieux embrasser l’électorat conservateur. « La prise de position n’a rien d’inédit. Elle a pourtant eu l’effet d’une détonation au sein du parti à la flamme, résume Le Figaro (Charles Sapin). Invitée mercredi 19 juin de Ruth Elkrief sur le plateau de BFM TV, Marine Le Pen a été amenée à se positionner sur l’ouverture de PMA aux couples de femmes. «Nous sommes contre, a rétorqué (sans ciller) la cheffe du RN. J’entends beaucoup parler d’envie. Moi ce qui m’intéresse, c’est l’intérêt de l’enfant. Or pour l’instant, et j’aimerais que cela reste comme cela, un enfant a un père et une mère. Il faut que cette filiation soit reconnue […] Tout ce qui contribue à dissimuler cette vérité biologique, qui est utile pour la construction psychologique de l’enfant, je suis contre.»

« Une prise de position, plus ferme qu’à l’accoutumée, contrastant avec le peu d’appétence prêté à la patronne du RN pour les sujets sociétaux, observe Le Figaro. ‘’Marine Le Pen a toujours considéré que ce sont des sujets de guerre civile. Elle a suffisamment été jugée par les cathos moralistes pour en devenir une elle-même’’, confiait un membre de son entourage lors des Etats généraux de la bioéthique en 2018.  Un constat vérifié au moment des mobilisations contre le ‘’Mariage pour tous’’ lors du dernier quinquennat. »

Sur ce sujet Emmanuel Macron postule désormais que les débats  seront apaisés.

A demain  @jynau

De l’ivresse et de l’addiction alcoolique : de Gustave Flaubert à William Lowenstein

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Comment faire, au mieux, avec l’ambivalence alcoolique ?  Dans Le Figaro (Aude Rambaud) le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions traite, avec l’aisance qu’on lui connaît, de la maladie alcoolique dans ses dimensions médicales et politiques. Que retenir ? Tout d’abord que l’alcoolisme n’est pas une fatalité française. Certes, explique-t-il, du fait de sa production de vin notre pays a un lien historique et culturel avec l’alcool et ne peut pas le considérer comme une « drogue ».

« Résultat, les pouvoirs publics encouragent encore son usage et en tolèrent l’abus. Mais nous ne sommes pas une exception. Tous les pays producteurs ont le même problème: l’Allemagne ou l’Australie avec la bière, le Royaume-Uni avec le whisky, la Russie avec la vodka. D’où le résultat: une population qui ne prend pas suffisamment au sérieux les méfaits de l’alcool et des centaines de milliers de vies ruinées. »

La réalité ambivalente est qu’entre 10 et 15 % des adultes présentent une « consommation à risque » ou un « problème avec l’alcool ». Mais dans l’imaginaire collectif, ces personnes sont « faibles », n’ont « pas su se contrôler », se sont « laissées aller ». Loin de les considérer come des malaeds de l’alcool on peut soutenir qu’elles n’ont tout simplement pas observé les messages de prévention en faveur d’une consommation modérée : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Aconsommer avec modération ». Comment un alcoolique pourrait-il soutenir qu’il n’était pas prévenu ? Dr Lowenstein :

« Quelle hypocrisie que ces messages! Allez, bonnes gens, consommez avec modération, mais consommez. Cela revient, de la part des autorités sanitaires, à se dédouaner des abus. A la place, il faudrait des slogans sur les ravages de l’alcool ; le nombre de cancers par an, de femmes dépendantes, de morts, de familles brisées, car c’est cela la réalité. Mais non, on préfère pacifier, sous-estimer les risques réels de cette vraie drogue. Les gens ne réalisent pas la gravité de la dépendance à l’alcool: ce chaos, cette survie douloureuse au quotidien. Je le dis, cette addiction est l’une des plus sévères qui soient avec les addictions aux amphétamines ou à la cocaïne. »

« Cette maladie entraîne une perte totale de contrôle vis-à-vis des autres. Aucune autre drogue, sauf la cocaïne, n’est aussi désinhibitrice, déstabilisatrice, entraînant paranoïa et violence, au point de terrifier sa propre famille. Et puis elle tue, par cancer, par maladie cardio-vasculaire ; par overdose, c’est le coma éthylique. En outre, la dépendance est terrible, plus forte que celle à l’héroïne. On se réveille la nuit pour boire, et un sevrage trop brutal entraîne des souffrances neuronales, des délires, des crises d’épilepsie qui peuvent être fatales. Enfin, la rémission est très difficile car le quotidien est envahi par l’alcool, contrairement aux autres drogues dures difficiles d’accès ».

Tragique ambivalence du politique

De même que le diable dans les détails l’ambivalence niche aussi dans la thérapeutique.

« Pendant des années, le problème de l’alcool était celui des psychanalystes, on recherchait ce qui n’avait pas tourné rond dans l’enfance, on faisait le point sur des souvenirs douloureux. Il fallait à tout prix trouver une explication, et la seule solution était l’abstinence. C’était au patient de se guérir lui-même, une question de volonté. Heureusement, les progrès en neurosciences permettent de faire le ménage dans ces vieilles croyances. L’alcoolisme est bien une maladie fonctionnelle liée à des perturbations neuronales en raison d’une surexposition à l’alcool. Demander à une personne dépendante de faire preuve de volonté revient à demander à une malade d’Alzheimer de faire des efforts de mémoire! »

Et en écho l’ambivalence, tragique, du politique – comme avec le tabac, autre substance addictive majeure dont la consommation nourrit les caisses de l’Etat.

« Ah, si seulement les politiques luttaient contre l’abus d’alcool avec la même efficacité que contre l’insécurité routière… Ce n’est pas seulement 100 à 200 vies par an qu’on sauverait grâce à la limitation de vitesse à 80 km/h, mais des milliers. Je rappelle que l’alcool, c’est plus de 40 000 morts en 2015 en France, dont la moitié liée à la consommation de vin. Seulement voilà, il n’y a ni volonté ni intelligence politique. Par pression des lobbys, par clientélisme, par attachement à leurs origines et au territoire, les parlementaires sont en plein déni et se montrent même cyniques en la matière en défendant ardemment le vin. Quant aux lois votées, elles ne sont pas appliquées. N’importe quel jeune de moins de 18 ans peut se procurer de l’alcool sans avoir à montrer de pièce d’identité. »

Dès lors interdire l’alcool ? Le diaboliser pour en finir avec nos démons ?

« Non, diaboliser l’alcool serait aussi peu intéressant et aussi ridicule que le fait de sous-estimer ses méfaits comme le font les politiques. L’alcool a une fonction initiale bénéfique. Mais sa consommation devrait rester occasionnelle, avec une prise de conscience massive du danger qu’il représente pour la santé et la liberté de chacun. »

Gustave Flaubert ne nous dit, au fond, rien d’autre. Dans sa première « Education sentimentale » (1845) : « C’était bien là le réveil de l’ivresse dans toute sa misère, avec sa chaelur aigre et son délire qui tombe. ».

Puis, un quart de siècle plus tard, à Mlle Leroyer de Chantepie : « La vie n’est supportable qu’avec une ivresse quelconque. » Il lui restait dix ans à vivre.

A demain @jynau

Emmanuel Macron: sa promesse concernant la «PMA pour toutes» sera-t-elle tenue avant Noël?

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4 juin 2019. C’est un serpent de mer politique. Régulièrement évoqué, n’émergeant jamais. François Hollande était officiellement pour – mais personnellement contre. Emmanuel Macron en a fait l’une de ses « promesses de campagne » – à condition que le débat soit mené dans une France « apaisée ». Et depuis deux ans force est de constater que l’on attend l’apaisement.

« PMA pour toutes » : on sait qu’il s’agit d’un bouleversement radical, la transformation d’une pratique thérapeutique (contre la stérilité ou l’hypofertilité) en une réponse à une demande : celle exprimée par une femme fertile,  homosexuelle ou vivant seule. De nombreuses questions pratiques restent sans réponse – à commencer par le remboursement de ces actes médicaux par la collectivité et la menace d’une pénurie de sperme de donneurs. Pour autant il est acquis qu’une majorité des députés de la majorité macronienne votera la promesse présidentielle. Reste à savoir quand.

Or en dépit des assurances données ces derniers mois par le pouvoir exécutif rien n’est encore acquis quant à l’examen du projet de révision de la loi de bioéthique par le Parlement. Symptôme qui ne trompe pas quant à l’effervescence accordé au Figaro (Mathilde Siraud) par Stanislas Guerini, 37 ans, délégué général de LREM.

« Enfin, je plaide pour que le projet d’ouverture de la PMA à toutes les femmes soit étudié avant la fin de l’année au Parlement ».

Ce qui, au mieux, renvoie la promulgation de la loi à l’année 2020. Invité à s’expliquer ce matin sur RTL (Elizabeth Martichoux), le délégué général du parti macroniste a déclaré, en substance, que pour de nombreuses femmes en attente de cette ouverture il y avait grande urgence, désormais, à ne plus tarder 1. Dans le même temps M. Guerini, député de Paris, ne cache pas qu’il a mille et une autres priorités : la transformation du modèle social, la lutte contre la fracture territoriale et la transition écologique. LREM sera exigeant sur le conseil de participation citoyenne  « Il ne faudra pas, dit-il, jouer petit bras. J’en serai le garant et la vigie. » Une vision politique qui n’est pas sans surréalisme.

A demain

@jynau 

1 Interrogée quelques minutes plus tard sur France Inter (Léa Salamé) Agnès Buzyn n’a pas été en mesure de fournir de précision quant au calendrier parlementaire

Quand Libération et Le Figaro éclairent de manière exemplaire l’affaire Vincent Lambert

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21 mai 2019. Il y a la solennité tragique du sujet. L’émotion nationale et internationale (« Vincent Lambert: Life support must resume after court reverses ruling », BBC) qu’elle suscite. Les rebondissements spectaculaire dont elle est l’objet. L’affaire Vincent Lambert a pour effet de conduire les médias généralistes à dépasser les propos attendus, à élargir leurs colonnes. C’est le cas aujourd’hui de Libération et du Figaro.

Pour Libé nous venons de citer le remarquable « message aux Français » du Pr  Steven Laureys, spécialiste belge de neurologie, à la tête  Coma Science Group centre pionnier du  CHU de Liège et expert de renommée internationale (on trouvera ici sa biographie résumée). Extrait

« Mon deuxième message est d’inviter chaque citoyen à rédiger un testament de vie ou des directives anticipées, ou à choisir une personne qui saura dire votre souhait si vous n’êtes plus en état de l’exprimer. C’est essentiel que la personne soit entendue et que, par exemple, le choix de Vincent Lambert soit entendu. Mais pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur ces sujets ? Les situations ne sont jamais ni toutes noires ni toutes blanches. Avec Vincent, l’histoire s’est tant polarisée qu’elle est devenue une affaire de lobbys. Et cela des deux côtés. On oublie la complexité, la réalité biologique.

« Il n’y a pas un droit à la vie ou la mort, mais un droit à la qualité de vie. En vingt ans, j’ai fait un cheminement, je ne juge plus. Qui suis-je pour dire le bon choix ? C’est triste que ce débat soit si difficile en France. Vous avez d’excellents hôpitaux, des soins intensifs remarquables, mais il y a des choses qui nous échappent. Là est le défi : avoir un débat serein.»Et en écho, dans Le Figaro un texte également remarquable : « Vincent Lambert, l’otage de nos peurs ». Il est signé de Laurence de Charrette. Extrait

«  Vincent Lambert est la victime de cette grande opération de dénégation qu’a entreprise l’homme moderne, qui croit vaincre la mort en la donnant lui-même, ou bien la nie en chassant les mourants des maisons comme autrefois on éloignait les lépreux dont on craignait la contagion. Il est l’exutoire d’une nouvelle poussée de cet hygiénisme hostile à toutes les formes de faiblesse, vues comme autant d’affronts au progrès et d’obstacles à l’épanouissement. Et, plus profondément, il est l’otage de nos peurs

« Dans cette conception manichéenne du monde amputée de transcendance, les ‘’gentils’’ sont ceux qui nous feraient la politesse de s’en aller proprement, vite fait bien fait, s’il vous plaît – «dignement», nous dit-on. Non parce qu’ils seraient forcément si las de cheminer sur la terre, même lorsqu’il leur faut emprunter des sentiers escarpés, mais bien parce que, nous, nous ne voulons pas voir sur leurs visages et dans leurs corps les signes des maladies ou du temps qui passe et nous attend, quelque part, à notre heure.

« Les ‘’méchants’’, quant à eux, chercheraient à imposer une vie monstrueuse à des êtres déchus pour lesquels l’existence serait une humiliation – à moins que ce ne soit l’inverse, et que ce ne soit eux que l’on juge humiliants pour le monde. Ces rustres seraient pleins de cruauté pour les plus faibles et de ridicule dans leur obstination à chercher la grandeur de l’humanité dans ses blessures. Sans doute Romain Gary, si merveilleux poète des fragilités dont on loue l’entrée dans la ‘’Pléiade’’, devrait-il aujourd’hui être classé du côté obscur de la Force…« Aveuglés par cette sorte de dolorisme masochiste – qu’on attribue aux catholiques notamment -, les ‘’méchants’’, toujours, issus d’une caste désuète et ignorante qui n’aurait pas été suffisamment éclairée par les lumières du progrès, nourriraient un appétit malsain pour la souffrance – surtout chez les autres. Peu importe, aux yeux de leurs accusateurs, que de grands établissements de soins palliatifs, comme l’institut Jeanne-Garnier, où Jean Vanier s’est éteint il a deux semaines, aient été au contraire fondés sous l’impulsion des chrétiens… (…)

« Il ne faut pas s’étonner que cette vision tronquée et cruellement privée de compassion de l’humanité conduise à glisser, un jour ou l’autre, du désir d’«accompagner la fin de vie sans faire obstacle à la mort» (soins palliatifs) à la volonté de provoquer la mort en faisant obstacle, cette fois, à la vie. L’euthanasie, qui est au cœur du débat que soulève l’affaire Vincent Lambert, sorte de raccourci magique qui permettrait de passer de vie à trépas en court-circuitant l’agonie, serait ainsi une assurance contre toutes souffrances, espèrent ses partisans. Ils en font ainsi une ‘’liberté’’ (fondamentale, forcément), se refusant à admettre que, par nature, la liberté ne peut déprendre d’un événement et qu’elle ne se conquiert que par la voie intérieure. »

21 mai 2019. Il n’est pas interdit de lire le plus vieux quotidien de France encore en vie et, en même temps, celui créé par Jean-Paul Sartre. Pas plus qu’il est interdit d’imaginer que le message à nous adressé par le Pr Steven Laureys n’est pas incompatible avec les convictions exprimées par Laurence de Charrette.

A demain

@jynau

Vincent Lambert aujourd’hui en «fin de vie» ? Ceux qui le pensent et ceux qui n’y croient pas

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20 mai 2019. Affaire Lambert.  Le Figaro éditorialise quand Le Monde organise le débat. Dans le même temps, à mi-chemin, la Sociét française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) s’adresse à la presse . Extrait de son communiqué :

« La SFAP (…) déplore que la situation personnelle de M. Vincent Lambert fasse l’objet de déclarations catégoriques davantage au service de causes opposées que de sa situation singulière, compliquant ainsi la tâche déjà lourde de l’équipe médicale et le vécu de ses proches. Les adhérents de la SFAP portent des attentes et des convictions diverses. La SFAP rappelle toutefois que :

  1. Les équipes de soins palliatifs sont souvent sollicitées dans des situations très complexes qui mettent en tension la nécessaire attention portée à un individu, à son histoire et à ses choix et la responsabilité de la société qui est de veiller sur les personnes vulnérables. Ces équipes sont là pour accompagner et soulager même quand les questions semblent insolubles et que l’incertitude demeure. La SFAP refuse une société qui décide de la vie et de la mort des personnes, et reste engagée dans le refus de l’obstination déraisonnable. Elle souhaite que tous les patients qui en ont besoin puissent bénéficier de soins palliatifs et que des lieux d’hospitalisation puissent accueillir tous les patients cérébro-lésés qui en ont besoin.
  2. Les juridictions françaises et européennes ont jugé que la procédure collégiale menée a respecté la loi française et la convention européenne des droits de l’Homme. Quatre procédures collégiales ont d’ailleurs été menées par trois médecins différents, consultant la famille et associant des intervenants de diverses spécialités. Elles ont abouti chaque fois à la même conclusion. La SFAP ne se prononce pas sur la décision elle-même mais respecte ces procédures;
  3. Chaque situation est singulière, chaque décision est prise en appréciant les éléments uniques et personnels qui caractérisent l’état de santé d’un patient : comme l’a clairement rappelé le Conseil d’Etat, il ne faut en aucun cas tirer des enseignements généraux de la situation de M. Vincent Lambert sur l’ensemble des patients cérébro-lésés.
  4. Les Français doivent être rassurés sur le fait qu’un arrêt des traitements de maintien en vie ne signifie nullement un arrêt des soins, bien au contraire. Les équipes médicales n’abandonnent jamais leurs patients. Un arrêt des traitements de maintien en vie est suivi d’une intensification des soins  avec une attention particulière portée au confort du patient pour lutter contre la souffrance;
  5. L’état de santé dans lequel se trouve Vincent Lambert est une situation de prolongation artificielle de la vie, résultant de l’action médicale. Comment faire pour éviter de créer artificiellement de telles situations ? L’attention portée à l’obstination déraisonnable depuis une dizaine d’années a permis une baisse notable du nombre de ces cas, mais il convient de rester vigilant;
  6. La situation de M. Vincent Lambert ne révèle aucune insuffisance législative. D’une part, la loi Claeys-Leonetti de 2016 n’est pas seulement une loi sur la fin de vie mais est également une loi sur l’obstination déraisonnable.

D’autre part, la singularité de la situation de M. Vincent Lambert relève surtout de la nécessité de prendre une décision en l’absence de consentement du patient, de directives anticipées et de personne de confiance, et du conflit familial qui en est résulté. Aucune loi, dans aucun pays n’est en mesure d’éviter un tel conflit. »

L’honneur de notre société

Dans le même temps les auteurs d’une tribune publiée dans Le Monde soutiennent que Vincent Lambert n’est pas « en fin de vie » mais « en grave situation de handicap ». Qu’il n’a « aucune assistance externe de fonction d’organe vital (poumons, cœur, reins) ». Qu’il n’est pas capable d’amener les aliments à sa bouche et de les avaler, mais qu’il il les assimile normalement. Qu’il n’est pas mourant, mais « en état de conscience altérée chronique ». « Comme lui, il y a près de 1 700 personnes en France, hospitalisées en unités spécialisées EVC-EPR (état végétatif chronique-état pauci-relationnel) ou, pour certaines, à domicile » écrivent les signataires 1

« La conscience est difficile à analyser. Elle fluctue. Même des équipes expérimentées se trompent dans 30 à 40 % des cas dans son diagnostic. Il s’agit d’un sujet de recherche très actif et un grand champ de progression de la connaissance existe dans ce domaine. Une personne diagnostiquée en état végétatif ou pauci-relationnel (EVC ou EPR) peut être consciente. Une telle erreur peut ainsi influencer les décisions de limitation de soins, surtout si on confond corps paralysé et corps inanimé, personne non communicante avec personne végétative. Les patients en EVC-EPR ont besoin de soins simples : stimulations relationnelles, rééducation, nursing, passage des aliments par une sonde. Ils ne peuvent exprimer leur volonté, et nous ne pouvons donc pas la connaître.

A la demande d’une partie de sa famille, donc sans consensus familial, le Conseil d’Etat a validé, le 24 avril,l’application de la loi Claeys-Leonetti dans « l’affaire Lambert », à savoir la décision d’arrêt des « traitements » prise par l’équipe médicale qui s’occupe de lui aujourd’hui, dirigée par un médecin gériatre spécialisé en soins palliatifs. Ces soins actuels sont différents des soins habituellement prodigués à des patients en EVC-EPR quand ils sont hospitalisés dans une unité ne dépendant pas d’un service de soins palliatifs.

Le premier motif d’arrêt des soins était le respect de sa volonté. Or si elle a été rapportée oralement par quelques membres de la famille, elle est contestée par d’autres. Par ailleurs, cette question de la volonté du patient hors d’état de s’exprimer ne se pose, d’après la loi Claeys-Leonetti, qu’en cas d’obstination déraisonnable, ce qui, de l’avis même des experts judiciaires mandatés en septembre 2018, n’est pas le cas (…)

La seconde justification de cette décision est que la loi Claeys-Leonetti a fait de l’alimentation par sonde un traitement que l’on peut donc arrêter. On peut effectivement envisager l’arrêt si son maintien est déraisonnable du fait d’une espérance de vie très courte ou d’une intolérance. II s’agit là d’éviter l’acharnement thérapeutique en fin de vie. Ce n’est pas le cas de Vincent Lambert. Son handicap et son état médical sont stables depuis des années et devraient être pris en charge comme pour tout autre patient en EVC-EPR.

Quelle société voulons-nous ? Nous signataires, médecins spécialisés dans la prise en charge des personnes handicapées, affirmons que c’est l’honneur de notre société que de continuer à prendre soin des plus vulnérables d’entre nous, fussent-ils en état de conscience altérée. »

C’est une assez bonne question: quelle société voulons-nous ?

A demain

1 Les auteurs sont des médecins spécialisés dans la prise en charge des personnes handicapées.  Liste des signataires de la tribune « Affaire Vincent Lambert : ‘’Laisser mourir, fairemourir ou soigner ?’’ »

Dossier Vincent Lambert : le retour du Dr Kariger, le silence d’Emmanuel Macron

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20 mai 2019. La semaine médiatique commence sur une mort programmée. Le Figaro, manchette, éditorial et dossier : « Emotion avant l’arrêt des soins de Vincent Lambert ». Libération : « La tension monte avant l’arrêt des soins ». La Croix : « La prise en charge de Vincent Lambert en question ». Impasses et répétitions radiophoniques. Sur RTL le candidat du Rassemblement National en vient à suggérer qu’Emmanuel Macron use de son pouvoir d’accorder la « grâce présidentielle ».

L’éditorialiste du Figaro (Etienne de Montety) écrit ceci :

« Mais en ce matin crucial, une évidence s’insinue en nous: il n’existe pas pour le malheureux de solution facile, peut-être même pas de bonne solution. C’est le doute qui domine, le terrible doute. Dans un procès, il profiterait à l’accusé. Nous ne sommes pas dans un procès mais dans un dilemme. Alors pourquoi ne pas accorder à la victime, Vincent Lambert l’est incontestablement, le bénéfice du doute, c’est-à-dire la vie? »

Le Monde se garde encore d’éditorialiser mais expose (François Béguin) les différentes questions que pose l’arrêt des « traitements » (en réalité la nutrition et l’hydratation). Combien de temps jusqu’au décès ?

Un premier « arrêt » de trente-et-un jours

« La mort survient en quelques jours.’ Cela peut-être long de mourir d’un arrêt d’alimentation et d’hydratation, si le reste du corps est encore en bon état : plusieurs jours au moins, jusqu’à deux pleines et longues semaines parfois’’, explique la Dr Véronique Fournier, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, dans La mort est-elle un droit ? (La Documentation française, 2016). Or, rappelle Le Monde, « un premier arrêt avait duré trente-et-un jours ».

« En mai 2013, un premier arrêt des traitements avait été interrompu au bout de trente et un jours sur injonction du tribunal administratif, saisi par les parents de Vincent Lambert, au motif qu’ils n’avaient pas été informés de cette décision. Si leur fils était toujours en vie au bout de cette période, c’est parce que l’équipe médicale avait fait le choix de maintenir 200 millilitres d’hydratation par jour. ‘’L’idée était de le laisser partir lentement, de sa belle mort. C’était une erreur. A l’époque, nous ne savions pas faire’’, reconnaîtra le docteur Eric Kariger, le médecin alors à l’origine de la décision, dans Ma Vérité sur l’affaire Vincent Lambert (Bayard, 2015). »

Où l’on voit ainsi réapparaîre, dans les médias le Dr Eric Kariger qui, pour une large part, fut à l’origine de l’affaire Vincent Lambert. Il parle dans La Croix (Flore Thomasset). Le quotidien catholique expose les différends médicaux concernant de dossier. A commencer par le type d’établissement spécialisé et la nature de la prise en charge de ce type de malade. Dans un autre sercice que celui du CHU de Reims tout ses serait passé autrement « dans un projet de vie et non dans un projet de mort », résume le Pr Xavier Ducrocq, chef d’un service de neurologie et conseil des parents. « Ces établissements EVC-EPR sont faits pour des patients dont l’état de conscience est altéré, et ce quel que soit leur niveau de conscience, explique un autre de leurs conseils, le docteur Bernard Jeanblanc. Cet état peut fluctuer: les personnes peuvent sembler plus ou moins “présentes” en fonction des moments. Ce sont en tout cas des personnes qui ont besoin d’être stimulées, alors que Vincent Lambert, lui, est allongé dans un lit depuis cinq ans, à regarder le plafond. C’est inhumain. »

Directives anticipées

Des critiques que rejette fermement le Dr Éric Kariger. « Dire cela est faux et c’est une insulte à l’équipe médicale. Vincent Lambert est déjà dans un service spécialisé pour les patients cérébrolésés, il est même dans l’unité régionale dédiée à ces patients. La vulnérabilité, c’est mon champ d’action depuis toujours et je vous assure que Vincent Lambert a toujours été respecté. C’est un patient qui a eu toutes ses chances, médicales et aussi juridiques. »

Un partient qui a eu « toutes ses chances » ? Ce médecin a toujours contesté la nécessité d’un transfert: « On transfère quand le médecin ou l’équipe s’estiment incompétents ou quand on pense que le patient n’est pas au bon endroit, mais ce n’est pas le cas. Son épouse, qui a été désignée et confirmée en justice comme sa tutrice, n’a d’ailleurs jamais demandé ce transfert. »

Ce conflit particulier renvoie à un débat plus large sur la prise en charge des patients cérébrolésés, ajoute La Croix. « Il y a deux types de structures en France, estime le Pr Ducrocq. Celles, majoritaires, qui sont proactives, développent et cherchent des techniques nouvelles pour éveiller et stimuler les patients ; et des équipes plus passives, c’est le registre de celle de Reims, davantage tournées vers l’accompagnement, le nursing. Vincent Lambert bénéficie à cet égard de soins remarquables. Mais ça ne peut pas suffire pour un patient durablement stabilisé dans un état de conscience altéré: il n’est pas stimulé, il n’est pas sorti, il n’a plus de kiné, il est en situation d’isolement affectif… Il n’y a pas de projet de vie, même de vie limitée, pour lui. » L’unité où est hospitalisé Vincent Lambert se trouve au sein des services de soins palliatifs et non de réadaptation, relève aussi le Dr Jeanblanc, convaincu que la prise en charge s’en ressent. « La circulaire de 2002 sur les prises en charge des patients EVC-EPR dit qu’ils doivent bénéficier de séances de kiné six fois par semaine! Il aurait besoin d’une stimulation multisensorielle, d’être levé, de sortir, et non de rester comme ça, enfermé. »

À l’opposé, le Dr Kariger, toujours dans La Croix : « Tout ce dont cet homme a besoin désormais, c’est d’un accompagnement et d’une gestion de ses inconforts, pour une fin de vie digne et apaisée, dans le respect de ses volontés particulières ». Des directives anticipées que cet homme n’a jamais rédigées.

A demain

@jynau

Le vigneron biologique et l’acidité trop volatile: ses deux mille bouteilles survivront-elles ?

Bonjour

Où l’on revient sur ce phénomène des temps moderne : l’affrontement entre la justice française et les chapelles de la viticulture biologique. Soit, en l’espèce, l’affaire de l’acidité volatile de Sébastien David, vigneron de Saint-Nicolas-de-Bourgueil . Un vigneron soutenu (à l’heure où nous écrivons ces lignes) par plus de 160 000 signataires via une pétition en ligne : « Soutenons Sébastien David, vigneron bio! ».

Au terme d’un imbroglio biologico-administratif qui reste à décrypter ce vigneron était convoqué devant le tribunal administratif d’Orléans. Grosse affluence, réseaux sociaux surchauffés et publicité nationale.

Amphores italiennes dans caves souterraines

Objet du litige : un arrêté préfectoral  pris suite à une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) – arrêté exigeant la destruction de 2078 bouteilles millésimées 2016 cuvée « Coef » (cabernet franc, vignes de plus de 50 ans, sol de gravier et d’ argiles, macération courte en grappes entières, élevé neuf mois en amphore Italienne – argile- dans des caves souterraines).

 Mais destruction imposée par la préfète d’Indre-er-Loire du fait d’une « acidité volatile » dépassant les limites autorisées et rendant ce vin impropre à la consommation. Ce que le vigneron conteste sur la base de ses propres contre-analyses.

On connaît désormais le jugement : le tribunal administratif d’Orléans n’a pas suspendu l’arrêté préfectoral. Les 2000 bouteilles devront partir à la vinaigrerie. Pour autant le même tribunal examinera la légalité de cet arrêté au plus vite après le 31 mai. Comment comprendre ? Joint par Le Figaro, Me Eric Morain – avocat du vigneron bio 1 -, explique: « le tribunal administratif d’Orléans a rejeté la demande de suspension de l’arrêté ordonnant la destruction du vin de Sébastien David, au motif qu’on ne démontrait pas qu’il y avait urgence. Mais dans le même temps, le tribunal a ordonné que le fond de l’affaire soit examiné très rapidement lors d’une prochaine audience».

Biodynamie et bilan carbone

Concrètement, la décision du tribunal administratif d’Orléans signifie que l’arrêté de la préfecture d’Indre-et-Loire est toujours valable. Sébastien David doit donc détruire ses 2078 bouteilles. Mais Me Eric Morain 1 estime que cette décision de justice  est «une pierre dans le jardin de l’administration». «Le tribunal dit qu’il va examiner la légalité de l’arrêté sur le fond très rapidement. Sous-entendu: ne forcez pas la destruction. Normalement l’administration dans toutes ses composantes devrait faire preuve d’une certaine mesure», estime l’avocat. Avant de poursuivre: «Nous n’avons pas l’intention de détruire les 2000 bouteilles ! ».

Quand Sébastien David sera-t-il définitivement fixé? Le tribunal administratif d’Orléans a indiqué ce lundi que l’échange des arguments entre les parties devrait être clôturé au plus tard le 31 mai. On peut le dire autrement : il y aura une audience après le 31 mai – toujours devant le tribunal administratif d’Orléans -, qui dira si l’arrêté préfectoral imposant la destruction des bouteilles est annulé ou non.

Dans l’attente, nous explique La Nouvelle République (Pascal Denis) le vigneron de Saint-Nicolas-de-Bourgueil (« 15 hectares en Agrobiologie et Biodynamie certifié DEMETER »), par ailleurs président des vignerons bio du Val de Loire,
« voyage entre Londres et New York pour vendre ses vins atypiques ». Où l’on voit que la biodynamie, tout bien pesé, sait ne pas trop s’embarrasser des bilans carbonés.

A demain

@jynau

1 Avocat au barreau de Paris depuis 1997, spécialisé en droit pénal, droit de la famille et droit de la presse, Eric Morain est également devenu « l’avocat du vin naturel ». Il est l’auteur de « Plaidoyer pour le vin naturel ». « Après avoir livré de nombreuses plaidoiries pour sa défense, et défendu des vignerons emblématiques tels que Olivier Cousin ou Alexandre Bain, et en ayant gagné tous ses procès, Eric Morain prend ici la plume pour raconter ces différentes histoires reprises par la presse, explique son éditeur. Il prône également la défense pour un vin naturel, une agriculture raisonnée pointant les incohérences des différentes accusations portées contre ses clients ou les « machinations » mises en place. C’est un « combat juridico-humain » qu’il nous conte de façon simple mais avec un style enlevé et joyeux. »

Les droits d’auteur générés par ce livre seront intégralement reversés à l’association « Vendanges Solidaires » qui vient en aide aux artisans vignerons sinistrés par les graves intempéries climatiques.