Commotions cérébrales : faut-il imaginer voir un jour le génial Neymar jouer casqué ?

Bonjour

Faut-il imaginer Neymar heureux ? Les gazettes ne parlent que de lui. L’Equipe célèbre un roi à Paris, Le Figaro évoque la démesure et Le Monde voit dans ce joueur le méchant reflet de la flambée des prix dans le football. Du pain, des millions d’euros et des jeux.

C’est aussi de football dont il est question dans le Journal de l’American Medical Association , de football américain, d’autopsies et de lésions. Une publication reprise et développée par Medscape France Vincent Bargoin) qui apporte de nouvelles preuves des conséquences neurologiques et psychiatriques à long terme des commotions cérébrales observées dans certains sports. Un travail remarquable : il a été mené à partir  d’une banque de tissus cérébraux constituée à partir de dons à la science faits par 202 joueurs de football américains décédés.

A l’autopsie, 177 de ces sujets présentaient une encéphalopathie traumatique chronique (ETC), taupathie liée à des commotions cérébrales répétées, et que l’on sait associée aux maladies neurodégénératives, souligne Medscape.  On note en outre une sorte de relation dose-effet puisque chez les 111 joueurs professionnels de la National Football League américaine, 110 présentaient des lésions cérébrales. Le diagnostic post-mortem d’encéphalopathie traumatique chronique repose sur la présence d’agrégats fibrillaires de protéine Tau phosphorylée au niveau des neurones et des astrocytes, en particulier autour des petits vaisseaux. La dementia pugilistica était connue depuis longtemps chez les boxeurs, mais le premier cas chez un joueur professionnel de football américain a été décrit en 2005. »

« Protocole commotion »

Medscape ajoute que si le football américain est « connu pour sa spectaculaire brutalité », une autre enquête, publiée en février dans Neurology, établit que les simples têtes au « football tout court » sont elles-aussi facteur de commotion cérébrale. Dans un éditorial  du JAMA le Dr Gil Rabinovici (California University, San Francisco) incite à la prévention.

« Les auteurs observent l’ECT non seulement chez des joueurs professionnels, mais également chez des personnes qui ont joué à l’université, ou même au collège, ce qui suggère que les niveaux d’exposition les plus faibles pourraient être suffisants pour provoquer des lésions cérébrales, écrit-il. En termes de santé publique, cet aspect est plus préoccupant que les observations chez des joueurs professionnels ».

Et ce d’autant plus qu’il faudrait également prendre en compte les « sub-commotions », impacts à la tête d’une moins grande intensité mais qui pourraient également augmenter les risques d’encéphalopathie traumatique chronique. Pour l’heure la Fédération Française de Rugby semble avoir entendu une partie du message américain avec la mise en place de la procédure de « protocole commotion » ; une procédure, toutefois, qui ne prévient pas la commotion elle-même. En viendra-t-on à imposer les casques à l’ensemble des joueurs de rugby ? Faut-il imaginer Neymar casqué ?

A demain

 

Autoriser les manipulations génétiques de l’embryon humain à des fins thérapeutiques ?

Bonjour

Publiée dans Nature (« Correction of a pathogenic gene mutation in human embryos ») la nouvelle fait un grand bruit médiatique et soulève mille et une questions : « Gene-editing experiment pushes scientific and ethical boundaries ».

Une nouvelle fois il s’agit ici de la technique dite « Crispr-Cas9 » qui, pour résumer, permet de modifier pratiquement à volonté tel ou tel élément d’un génome. Et il s’agit de l’usage fait de cette technique sur des embryons humains – des embryons qui, cette fois, ont été conçus à cette seule fin. Dirigés par Shoukhrat Mitalipov (Center for Embryonic Cell and Gene Therapy, Oregon Health & Science University, Portland) des chercheurs chinois coréens et américains sont parvenus à corriger au stade embryonnaire l’anomalie génétique responsable d’une maladie cardiaque (cardiomyopathie hypertrophique due à une mutation du gène MYBPC3).

 Possibilités réalistes

Cette équipe a créé, par fécondation in vitro, 77 embryons à partir du sperme d’un homme porteur de la mutation du gène MYBPC3. Parmi eux 19 n’ont pas été manipulés (embryons « témoins ») et parmi les 58 autres la mutation génétique a pu, via Crispr-Cas9, le plus souvent être corrigée lorsqu’elle était présente.  Les chercheurs expliquent ne pas avoir laissé se développer les embryons plus de trois jours.

Ce n’est certes pas la toute première fois que cette approche technique est utilisée sur des embryons humains. Pour autant cette publication marque une nouvelle étape dans la réédition de génomes au stade embryonnaire et donc de modifications génétiques transmissibles – un seuil généralement considéré à l’échelon international comme ne devant pas être franchi pour des raisons éthiques.  Tel commence à ne plus être le cas.

« Fin 2015, un groupe international de scientifiques, réunis par l’Académie américaine des sciences (NAS), s’était prononcé pour une suspension de ce type d’essais, arguant qu’il fallait résoudre les problèmes de sûreté et d’efficacité avant de poursuivre plus avant, rappelle Le Figaro. Mais en mars 2017, la NAS avec l’Académie américaine de médecine estimait que des progrès significatifs avaient été réalisés, ‘’ouvrant des possibilités réalistes qui méritaient de sérieuses considérations’’ ».

Convention d’Oviedo

Une nouvelle fois c’est l’argument thérapeutique qui est mis en avant, les auteurs soulignant qu’il existe environ dix mille maladies dues, comme la cardiomyopathie hypertrophique, à la mutation d’un seul gène. « Notre but est de guérir des maladies graves » expliquent-ils. Ils ajoutent que la correction génétique ainsi apportée récupérerait des embryons mutants, augmenterait le nombre d’embryons disponibles pour une implantation et, au bout du compte, améliorerait le taux de grossesse ». Certains estiment d’ores et déjà que cette méthode pourrait être appliquée à d’autres mutations génétiques, comme celles concernant les gènes BRCA1 et BRCA2 dont on sait qu’elles peuvent prédisposer aux cancers du sein et de l’ovaire.

C’est toutefois oublier la pratique du diagnostic préimplantatoire qui permet, après fécondation in vitro, de dépister les embryons indemnes d’une mutation délétère avant de les implanter. C’est aussi oublier les interdits éthiques – comme la convention d’Oviedo pour la protection des droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain – qui n’autorise les interventions sur le génome humain « qu’à des fins préventives, diagnostiques et thérapeutiques et seulement si elles n’entraînent pas de modification dans le génome de la descendance ».

Cette convention, dont on célèbrera cette année le vingtième anniversaire en France, est le « seul instrument juridique contraignant international pour la protection des droits de l’Homme dans le domaine biomédical ». C’est aussi, il est vrai un instrument totalement ignoré par de nombreux pays. A commencer par la Chine et les Etats-Unis.

A demain

 

Voici les nouveaux salariés : avec une puce RFID sous-cutanée, greffée entre pouce et index

Bonjour

C’est une information à faire froid dans le dos. Après la BBC  ou Le Figaro on la retrouve  développée, dans Le Monde, par Corinne Lesnes.  A partir de demain, 1er août 2017, les employés salariés de la compagnie Three Square Market de River Falls (Wisconsin) évolueront plus librement dans leur espace de travail ; du moins celles et ceux qui auront accepté l’offre (gratuite) de leur employeur : se faire implanter une puce électronique sous la peau, entre le pouce et l’index. Cinquante employés sur quatre-vingt ont ainsi signé pour être greffés.

« La puce, de la taille d’un grain de riz, leur sera gratuitement introduite entre le pouce et l’index, par un personnel médical « qualifié », lors d’une « chip party » au siège de la compagnie, précise Le Monde. Après quoi, un simple mouvement suffira au porteur pour ouvrir les portes, payer la cantine, débloquer son ordinateur et utiliser les photocopieuses. ’L’implantation élimine le besoin de transporter des données’’, résume la bienveillante direction. » La légèreté, nouvelle définition de la liberté : légèreté des données ingérées.

Prolétaires-cobayes

La puce-cyborg coûte, à l’unité, 300 dollars (255 euros). Elle est développée par le fabricant suédois Biohax qui est déjà passé à l’acte en Suède. Sa puce a été approuvée par la Food and Drug Administration américaine. C’est une identification par radiofréquence (RFID, Radio Frequency Identification), une technologie courante pour suivre les livraisons en transit, et qui repose sur l’utilisation de champs électromagnétiques de capturant automatique les données 1.

C’est la première fois, souligne Le Monde, qu’aux Etats-Unis une entreprise propose à ses employés de servir de cobayes aux puces RFID. Donald Trump ou pas, nous sommes toujours en démocratie : les salariés hésitants pourront bénéficier d’une « bague » ou d’un « bracelet » en lieu et place de l’implant. On ajoutera, cela ne s’invente pas, que Three Square Market est une entreprise qui commercialise un logiciel pour les distributeurs de snacks dans les entreprises.

Cette firme pionnière espère bénéficier de la publicité gratuite que lui vaut son initiative. Conscient des risques, son directeur tente toutefois de dissiper les inquiétudes relatives aux atteintes à la vie privée. La puce ne sera dotée d’aucun « dispositif de traçage de type GPS ». On se demande pourquoi. Quant aux données, elles sont cryptées comme pour les cartes de crédit. Un souci ? Un regret ? Le « microchip » pourra être retiré à tout moment « en deux secondes, comme une écharde ».

 Sisyphe et son mythe

Echarde est le mot : petit corps effilé et pointu, de bois ou de métal, qui se fiche accidentellement dans la peau ou dans la chair. Car que faire d’une écharde à moins qu’on ne cherche à l’extraire ? Une vieille affaire littéraire :

« Il n’est pas un de ses personnages [de Dostoïevski] qui ne porte cette écharde dans la chair, qui ne l’irrite ou qui n’y cherche un remède dans la sensation ou l’immoralité ». Camus, Le Mythe de Sisyphe,1942, p. 151.

Sisyphe avec RFID entre pouce et index ? Certains ne veulent voir là que la déclinaison de la technique de la carte de « paiement-contact ». Interrogé par KSTP-TV, Todd Westby, le directeur de Three Square Market, affirme que l’implantation de puces électroniques sous la peau humaine est «la prochaine grande avancée inévitable » et entend bien que lui et son entreprise ne soient pas les derniers. Cette dystopie à portée de main sera-t-elle intégrée dans la refonte du Code du Travail français ?

Comment ne pas voir que nous sommes là aux premières frontières du transhumanisme, aux marches du Temple des « hommes augmentés » ? Comment ne pas entendre Philip K. Dick et ressentir comme une sorte de froid dans le dos ?  Pour le Washington Times il faut voir là une nouvelle étape dans l’accès des êtres humains à une nouvelle liberté : celle de payer. C’est assez bien résumé.

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter avec grand intérêt à l’ouvrage de notre confrère Michel Alberganti : « Sous l’œil des puces : la RFID et la démocratie » Éditions Actes Sud.

Homéopathie: le gouvernement français oserait-t-il décider de ne plus la rembourser ?

Bonjour

Lit-on Slate.fr, sous les ors du Palais de l’Elysée ? Ou le Quotidien du Médecin (Fabienne Rigal) ? Dans les deux cas un même constat : le National Health Service (NHS) britannique entend mettre fin au remboursement de l’homéopathie. Il y a quelques jours, le NHS présentait un rapport en ce sens soulignant que les bénéfices de l’homéopathie n’étaient pas prouvés et recommandant aux médecins de ne plus en prescrire.

Cette pratique est « au mieux un placebo et un gâchis des fonds limités du NHS », justifie son directeur, Simon Stevens. Il ajoute : « le public s’attend à ce que le NHS utilise chaque livre à bon escient et nous mettons aujourd’hui en place des mesures pour dégager des fonds pour des médicaments et des traitements modernes».

En pratique une consultation de trois mois a été annoncée sur différents arrêts de remboursement de traitements jugés peu efficaces – décision finale sera prise en octobre. « Sur une enveloppe globale de 190 millions de livres par an (212 millions d’euros) d’économies visées, les prescriptions d’homéopathie n’ont concerné que 92.400 livres (103 000 euros) l’an dernier » précise Le Figaro.

Pragmatisme démocratique

L’homéopathie est ici rangée au rang de la phytothérapie, des compléments alimentaires à base de vitamines, des baumes décontractants, des antalgiques inefficaces ou de certains vaccins pour voyageurs en partance vers des pays lointains. « La Royal Pharmaceutical Society, qui représente les pharmaciens, dénonce ces mesures d’économies, ajoute Le Figaro. En revanche, elle salue le retrait de l’homéopathie ‘’qui n’a pas de fondement scientifique ou pharmaceutique’’ et aurait dû être supprimée des prescriptions ‘’depuis longtemps’’ (…) Des associations de consommateurs et de contribuables ont menacé de lancer une action en justice pour obtenir son retrait des financements publics. La British Medical Association s’est aussi prononcée dans ce sens. »

Regrettant l’annonce du NHS, la vieille British Homeopathic Association (fondée en 1902) estime quant à elle que « les patients vont se voir prescrire des traitements conventionnels plus chers à la place de l’homéopathie, ce qui sera contre-productif ». Où l’on redécouvre tout le charme de cette île tourbée où la démocratie s’allie au pragmatisme.

La France ? L’homéopathie y reste remboursée à 30% et, nous dit le Quotidien du Médecin, environ un tiers des Français y aurait régulièrement recours. Une somme.  On sait que nécessité fait (parfois) loi ; et qu’un pouvoir exécutif en quête d’urgentes économies de bouts de chandelles-APL pourrait bien un jour, regardant au-delà du Touquet et du Havre, prendre exemple sur Londres.

A demain

 

Alcoolisme et irrationnel : parviendra-t-on à crever l’abcès récurrent du baclofène ?

 

Bonjour

Le Figaro (Anne Jouan) poursuit méthodiquement son travail journalistique critique de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Aujourd’hui cela donne : « Baclofène: crise ouverte entre les médecins et les autorités ». où l’on découvre des échanges hier encore privés entre le directeur général de l’ANSM et l’un des médecins qui contestent la nouvelle politique de l’Agence quant aux recommandations sur les doses de baclofène pouvant être prescrites chez les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool.

Début juillet l’ANSM publiait une étude « en vie réelle » qui visait à documenter les usages du baclofène, évaluer le maintien du traitement dans la durée et évaluer sa sécurité, notamment lorsqu’il est donné à fortes doses. Le baclofène était alors comparé avec les traitements de la dépendance à l’alcool ayant une « véritable » autorisation de mise sur le marché (acamprosate, naltrexone, nalméfène, disulfiram) et non une simple recommandation temporaire d’utilisation (RTU).  Et l’ANSM de conclure que l’utilisation du baclofène à haute dose était « associée à un risque accru d’hospitalisation et de décès par rapport aux traitements médicamenteux autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool ». Conclusion : les prescriptions de fortes doses seront prochainement interdites et les modalités de la RTU révisées.

Encensé et rejeté

Vive émotion dans une fraction de la communauté des spécialistes contestant la méthodologie et les conclusions de l’étude. Et échanges nourris entre eux et le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Et ce dernier d’écrire : «Ce produit [le baclofène] est, en France, encensé par les uns et rejeté par d’autres, il est par ailleurs ignoré par le reste de la planète». Ce qui ne manqua pas d’hérisser. Et Le Figaro ne remuer le couteau dans les plaies au moment où, post-Brexit, la France aimerait accueillir sur son sol le siège londonien de l’Agence européenne du médicament.

Et dans le camp opposé, pour le rien calmer, cette tribune signée du Pr Jean-François Bergmann, chef du Département de Médecine Interne, Hôpital Lariboisière, ancien vice-président de la commission de mise sur le marché de l’Agence française du médicament ; tribune publiée dans Le Quotidien du Médecin : « Baclofène : ‘’L’état de la science n’incite pas à proposer ce traitement à de nouveaux patients’’ ». On y lit notamment ceci :

« En juin 2013, j’écrivais dans le Quotidien du Médecin que la RTU du baclofène était  »n’importe quoi !  » et risquerait de gêner la mise en évidence de l’éventuelle efficacité du médicament. Je m’inquiétais d’un rapport bénéfice/risque potentiellement négatif de ce produit. J’ai bien peur que quatre ans plus tard les faits me donnent raison… (…)

Mon analyse méthodologique du rapport de sécurité de l’ANSM sur le baclofène : quand on est dans le passionnel (vaccination, Ebola, VIH, végan…), on entend n’importe quoi ; le fait qu’un médicament soit peu différent du placebo n’empêche pas les « consommateurs » d’en être très satisfaits (homéopathie, veinotonique, yoga, IPP avec aspirine…) ; le baclofène à forte dose a clairement un rapport bénéfice/risque défavorable (voir le rapport de l’étude de l’ANSM que je trouve très démonstratif et correctement conduit). (…) ; il me semble important que la communauté médicale reste « evidences based » et non « polemique based ». Il faut aider au sevrage alcoolique mais la stratégie thérapeutique idéale reste à trouver ! »

Hurler avec les journalistes

Pour le Pr Bergmann il ne faut sûrement pas banaliser ce traitement potentiellement dangereux et sa place (« s’il y en a une ») se doit d’être précisée et « d’autres études sont nécessaires pour mieux évaluer les traitements dans cette indication ». « Si ce n’était pas un sujet si polémique et sensible, et si un médicament disponible dans une autre pathologie entraînait de tels effets indésirables graves avec si peu d’efficacité observée dans les essais, les mêmes loups, journalistes, militants hurleraient au scandale ‘’mais qui sont les crétins qui ont mis un tel médicament sur le marché ? Ce sont des criminels inconscients…’’ » conclut-il.

Des journalistes assimilés à des loups ? Voilà que ne manque pas de sel. Reste au fil des mots, des passions et de l’irrationnel une question essentielle pour les malades de l’alcool : comment parviendra-t-on (en France et loin des conflits d’intérêts), à crever l’abcès désormais récurrent du baclofène ?

A demain

 

Mortalité prématurée : quand un géant du tabac s’amuse à jouer avec le conflit d’intérêts

Bonjour

Sans être un scoop au sens strict, c’est une bien belle révélation. On la trouvait ce matin en feuilletant, à la terrasse du Celtic, les pages squelettiques du vieux Figaro. Un papier du jeune Cyrille Vanlerberghe. Une histoire tordue comme on n’en imaginait plus. Une affaire révélée par une association presque oubliée (« L’Alliance contre le tabac ») dénonçant les courriers envoyés par British American Tobacco aux « acteurs français de la santé publique ».

« C’est une opération de lobbying très organisée, une stratégie classique de l’industrie du tabac. Depuis des décennies, ils font tout pour semer la confusion et continuer à vendre leurs produits », clame (au téléphone du Figaro) le Pr Bertrand Dautzenberg spécialiste de pneumologie (Pitié-Salpêtrière, AP-HP) par ailleurs et secrétaire général de l’Alliance contre le tabac et militant de longue date contre ce fléau étatisé.

Le Pr Dautzenberg est particulièrement irrité par la lettre que lui a adressée Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques, juridiques et de la communication de British American Tobacco (BAT). Le courrier du représentant du groupe « leader mondial du tabac » a été adressé en recommandé (avec accusé de réception). Il demande simplement à rencontrer le Pr Dautzenberg. Pourquoi ? Parce que le temps est venu « de changer de logiciel quant à la lutte contre le tabagisme».

Dialoguer ? 

Selon Le Figaro le courrier envoyé au célèbre pneumologue parisien fait partie d’une vaste campagne de communication, auprès de nombreux médecins, pneumologues mais aussi psychiatres (addictologues). « Depuis le 11 juillet 2017, tous les acteurs de la lutte contre le tabac impliqués dans le domaine de la réduction des risques, reçoivent une lettre recommandée de British American Tobacco, le cigarettier le plus agressif, les invitant soi-disant au dialogue », fulmine le Pr Dautzenberg, qui a publié sur le réseau social Twitter un fac-similé du courrier.

« Dialogue » ? Le géant-cigarettier veut « accélérer le basculement des fumeurs vers des modes de consommation à moindres risques [tabac-chauffé]». Comment résister à une entreprise qui pourrait « sauver des vies » ? Pourquoi ne pas nous aider, cher Professeur, à faire la promotion des instruments du tabac chauffé, sans combustion, cette perversité grandie dans l’ombre des volutes de la vape ? Nous parlons ici de Ploom de Japan Tobacco, d’Iqos de Philip Morris et de Glo de BAT.  Vous serez, cher Professeur, gratifié.

Bercy, Matignon, Ségur, Orléans, Beaugency…

Le professeur a (parfois) la mémoire qui s’attache à son titre. Le Pr Dautzenberg se souvient quant à lui que la même logique de « santé publique » avait été mise en avant il y a plus de cinquante ans lors de la mise sur le marché des premières cigarettes avec filtre, présentées comme bien moins irritantes pour la gorge par des milliers de médecins américains. Une réalité qui cachait un risque toujours important : « du fait de cette moindre irritation de la gorge, la fumée était inhalée plus profondément dans les poumons, faisant exploser le risque d’emphysème et de cancer de type adénocarcinome, tout aussi dangereux que les cancers des grosses bronches», explique-t-il à notre confrère.

Sans être un scoop au sens strict, c’est une bien belle révélation du Figaro. Où sont, ici, les responsables des institutions sanitaires nationales ? Où est Bercy ? Où est Ségur ? Où est Agnès Buzyn ? Où sont, l’Hôtel Matignon et le Palais de l’Elysée quant à une affaire qui table, au bas mot et depuis des années, sur 80 000 morts annuelles, à la fois évitables et prématurées ?

A demain

Tiers payant généralisé : l’étrange rétropédalage sémantique de la ministre de la Santé

Bonjour

La main du nouveau pouvoir tremble-t-elle au moment de passer à l’acte ? Après la valse-hésitation à trois temps sur la taxe d’habitation, le rétropédalage accéléré sur le tiers payant généralisé. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a assuré, ce mardi 11 juillet, que cette dispense d’avance de frais chez le médecin serait bel et bien « généralisée ». « C’est impératif d’aller vers un tiers payant généralisé, a-t-elle déclaré sur France Inter. C’est vraiment une question d’équité et d’accès aux soins puisque beaucoup de Français renoncent à aller se faire soigner parce qu’ils ne veulent pas avancer l’argent chez un médecin. »

Or il y a une semaine la même ministre déclarait qu’elle voulait « éviter l’obligation de tiers payant généralisé ». Comment comprendre ? Quelle est, ici, la marge d’autonomie de la ministre par rapport à l’Elysée et à Matignon ? On se souvient que la dispense d’avance de frais est fortement combattue par les médecins libéraux, qu’elle doit devenir un droit pour tous les Français à partir du 1er décembre – mais que la loi de 2016 ne prévoit pas de sanctions pour les médecins refusant d’appliquer la mesure ; une mesure, qui plus est, que le Conseil constitutionnel a limité à la seule part remboursée par la Sécurité sociale.

Eviter le TPG

Pourquoi ce rétropédalage ? Le 5 juillet la ministre avait, dans une interview au Quotidien du Médecin exposé ses convictions :

« Le président de la République a dit que nous devions définir les conditions d’un tiers payant généralisable. Un rapport de l’assurance-maladie est prévu en septembre sur le tiers payant mais dès maintenant je lance une mission IGAS sur sa faisabilité technique. J’attends ses conclusions pour la fin de l’été.

Soyons clairs : mon objectif serait d’éviter l’obligation de tiers payant généralisé. J’ai horreur des obligations. Aujourd’hui, je comprends que les professionnels de santé ne sont pas foncièrement hostiles au tiers payant mais considèrent qu’il est techniquement compliqué à mettre en œuvre. Or, je veux un système gagnant/gagnant.

Les patients sont très en attente du tiers payant généralisé mais je ne souhaite pas mettre en œuvre une telle réforme contre l’adhésion des professionnels qui seraient chargés de l’appliquer, c’est pourquoi nous allons regarder de façon pragmatique ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. Si le système fonctionne bien, il n’y aura aucune raison de le rendre obligatoire !  Faudra-t-il alors des aménagements à la loi ? Nous prendrons les décisions qui s’imposent en septembre ou en octobre. »

Le TPG ? Un impératif !

Puis le lendemain, sur RTL, elle avait confirmé qu’elle souhaitait surtout éviter une réforme qui serait paperassière ou chronophage pour les médecins. Des médecins qui ont avant tout besoin de « temps médical ». « Plusieurs journaux en ont tiré la conclusion que la réforme du tiers payant généralisé était désormais  suspendue  sine die, voire enterrée en douceur, note Le Quotidien du Médecin. Dans la foulée les syndicats de médecins libéraux n’avaient pas manqué, ces derniers jours, de saluer l’ouverture du ministère et de lui réclamer la fin de toute obligation sur le tiers payant. »

Résumons autant que faire se peut : ce tiers payant généralisé qui était la semaine dernière un objectif à éviter devient aujourd’hui  un impératif pour une ministre qui, par ailleurs, assure ne pas vouloir user de la langue de bois. Où l’on retrouve le désormais célèbre en même temps présidentiel. Ne pas renoncer à une réforme toujours soutenue par une majorité de patients et en même temps de ne pas braquer une profession médicale dont le président et le gouvernement en marche aimeraient non plus gagner mais bien conserver les faveurs.

A demain