Gestation pour autrui,  autorisée ou condamnée : Emmanuel Macron changera-t-il d’opinion ?

Bonjour

A chaque jour son sujet bioéthique médiatique. Hier relance de la polémique sur le secret des origines paternelles après insémination artificielle. Aujourd’hui nouvelle tribune, dans Le Monde, visant à entrouvrir la porte légale à la pratique de la gestation pour autrui (GPA) : « On ne peut plus ignorer les enfants nés par GPA ». Les cent-dix signataires 1 demandent que le débat qui va s’ouvrir à l’occasion de la révision des lois de bioéthique soit … « un véritable débat ». Entendre : que l’on y aborde la question de la GPA définie comme « une des techniques d’assistance médicale à la procréation ».

Cette demande part d’un constat : « les enfants nés par le recours à la GPA sont là » :

« Ils ont des parents, hétérosexuels ou homosexuels. Ils sont des milliers, de plus en plus visibles, on ne peut plus les ignorer comme des fantômes et faire comme s’ils n’existaient pas. On ne peut pas continuer à bafouer leurs droits en ignorant les jugements de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui ne cesse de condamner la France. »

Mais dans le même temps les signataires estiment qu’il faut « lutter efficacement et avec détermination contre les dérives de la GPA et les mafias qui en profitent » :

« Nombreux sont ceux, en France, qui s’alarment à juste titre de la marchandisation et de la réification dont peuvent être victimes des femmes pauvres dans certains pays, mais aussi des parents d’intention qui se font maltraiter et les enfants qui peuvent se retrouver dans des tourments dramatiques. Eh bien, combattons ces situations odieuses !

 « A l’image de la convention de La Haye encadrant l’adoption internationale et luttant contre les trafics d’enfants, nous prônons une convention internationale sur la GPA, condamnant de façon efficace toutes les atteintes aux droits fondamentaux des personnes, seul moyen de lutter contre les situations où la dignité des femmes et la sécurité des enfants ne sont pas respectées. »

 Ne pas en rester là

Les signataires estiment encore que le moment est venu, en France, « d’ouvrir sur la GPA en général un débat serein, argumenté et informé » :

 « Un tel débat existe dans de grandes démocraties des protocoles de GPA pensés et aménagés de façon parfaitement éthique, et dont les pratiques sont étayées par des études validées. Plusieurs pays voisins, comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Portugal, la Grèce, ont déjà débattu et même légalisé la GPA sur leur sol. Aujourd’hui, la réalité des nombreux témoignages vient contredire les fantasmes brandis par certains. »

Premier objectif : « obtenir la transcription intégrale à l’état civil français de la filiation de l’enfant né par GPA lorsqu’elle a été établie légalement à l’étranger à l’égard de ses parents ».

On aurait pu en rester là. Mais les signataires vont plus loin dans leur propos et, du même coup, fragilisent leur démarche. C’est ainsi qu’ils écrivent que les adversaires les plus acharnés à la GPA « sont souvent ceux qui se sont opposés naguère à la contraception, à l’interruption volontaire de grossesse, à la procréation médicalement assistée (PMA) ». « Nombre d’entre eux n’acceptent toujours pas l’homoparentalité, alors que la loi de 2013 a tranché » croient-ils nécessaire d’ajouter tout en demandant que l’on débatte « de manière apaisée ».

Femmes exploitées

Ils oublient de rappeler l’opposition exprimée par Emmanuel Macron ainsi que les arguments développés par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui, dans son dernier avis, s’est une nouvelle fois opposé à cette pratique :

« En conclusion, le CCNE reste attaché aux principes qui justifient la prohibition de la GPA, principes invoqués par le législateur : respect de la personne humaine, refus de l’exploitation de la femme, refus de la réification de l’enfant, indisponibilité du corps humain et de la personne humaine. Estimant qu’il ne peut donc y avoir de GPA éthique, le CCNE souhaite le maintien et le renforcement de sa prohibition, quelles que soient les motivations, médicales ou sociétales, des demandeurs. »

 «Je suis pour reconnaître des droits égaux à nos concitoyens, je suis très sensible au respect de la filiation, à la vraie conception de la famille, c’est aussi pour cela que je suis contre la gestation pour autrui » avait pour sa part déclaré le président de la République en octobre dernier, motivant son propos par le respect de «la dignité du corps de la femme». Il avait ajouté : « et je souhaite qu’on ne puisse pas passer de la PMA à la GPA subrepticement ».

 A demain

 1 Les premiers signataires de ce texte sont : Michèle André (sénatrice honoraire, ancienne secrétaire d’Etat), Elisabeth Badinter (philosophe), Laurence Brunet (juriste), Geneviève Delaisi de Parseval (psychanalyste), Annie Ernaux (écrivaine), Anne Fagot-Largeault (professeure émerite au Collège de France), Maurice Godelier (anthropologue), Martine Gross (sociologue), Michael Grynberg (gynécologue obstétricien), Christophe Honoré (cinéaste), Dominique et Sylvie Mennesson (coprésidents de l’association Clara), Jacques Milliez (membre de l’Académie nationale de médecine), Alain Milon (sénateur LR du Vaucluse), Israël Nisand (gynécologue obstétricien), François Olivennes (gynécologue obstétricien), Michelle Perrot (historienne), Laëtitia Poisson-Deleglise (présidente de l’association MAIA), Muriel Robin (humoriste et comédienne), Pierre Rosanvallon (professeur au Collège de France), Elisabeth Roudinesco (historienne de la psychanalyse), Alfred Spira (membre de l’Académie nationale de médecine), Irène Théry (sociologue) et Alexandre Urwicz (président de l’Association des familles homoparentales).

Animalités, violences et sexualités : faudra-t-il en finir avec la « liberté d’importuner » ?  

 

Bonjour

Rebondissement français dans la tentaculaire « affaire Weinstein ». Un rebondissement qui, au-delà de la violence des termes, pourrait être salutaire. Deux textes qui, pour l’heure, permettent de mieux comprendre les forces et les arguments en présence. Les commentaires et les analyses suivront

Dans Le Monde daté du 10 janvier un collectif de cent femmes signe une tribune détonante : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Parmi elles Catherine Millet, Ingrid Caven, Catherine Deneuve ou Elisabeth Lévy. Elles affirment leur rejet d’une forme de féminisme qui exprime avant tout une « haine des hommes ». Corollaire : ces femmes prennent la défense de la « liberté d’importuner », après ce qu’elles qualifient de « campagne de délation » visant des hommes accusés de harcèlement sexuel dans la foulée de l’affaire Weinstein. Extraits de cette tribune qui, hors de l’ordinaire médiatique, pourrait faire date :

« Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.

« A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie.

« De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses  » intimes  » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.

Vague purificatoire

« Cette fièvre à envoyer les  » porcs  » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres  » à part « , des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées. En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un  » comportement déplacé  » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un climat de société totalitaire.

« La vague purificatoire ne semble connaître aucune limite. Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; dans la confusion de l’homme et de l’œuvre, on demande l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque et on obtient le report de celle consacrée à Jean-Claude Brisseau. Une universitaire juge le film Blow-Up, de Michelangelo Antonioni,  » misogyne  » et  » inacceptable « . A la lumière de ce révisionnisme, John Ford (La Prisonnière du désert) et même Nicolas Poussin (L’Enlèvement des Sabines) n’en mènent pas large. (…)

« Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle. Surtout, nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une  » salope  » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement.

« En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner.  Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. (…). Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités. »

Tomber ou pas dans l’excès

Cette tribune a aussitôt fait réagir la militante féministe Caroline De Haas. Elle répond aux auteures de la tribune du Monde avec une trentaine de militantes et militants féministes. Un texte disponible sur le site de France Info : « Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter » : Caroline De Haas et des militantes féministes répondent à la tribune publiée dans « Le Monde » » Extraits :

 « A chaque fois que les droits des femmes progressent, que les consciences s’éveillent, les résistances apparaissent. En général, elles prennent la forme d’un « c’est vrai, certes, mais… ».  Ce 9 janvier, nous avons eu droit à un « #Metoo, c’était bien, mais… ». Pas vraiment de nouveauté dans les arguments employés. On retrouve ces derniers dans le texte publié dans Le Monde comme au boulot autour de la machine à café ou dans les repas de famille. Cette tribune, c’est un peu le collègue gênant ou l’oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer. 

 « « On risquerait d’aller trop loin.«  Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans. C’est celui du monde dans lequel nous vivons. En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols. Chaque jour. La caricature, elle est là (…)

 Violences sexuelles et séduction

 « « C’est du puritanisme. » Faire passer les féministes pour des coincées, voire des mal-baisées : l’originalité des signataires de la tribune est… déconcertante. Les violences pèsent sur les femmes. Toutes. Elles pèsent sur nos esprits, nos corps, nos plaisirs et nos sexualités. Comment imaginer un seul instant une société libérée, dans laquelle les femmes disposent librement et pleinement de leur corps et de leur sexualité lorsque plus d’une sur deux déclare avoir déjà subi des violences sexuelles ?

« « On ne peut plus draguer. » Les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence. Tout mélanger, c’est bien pratique. Cela permet de tout mettre dans le même sac. Au fond, si le harcèlement ou l’agression sont de « la drague lourde », c’est que ce n’est pas si grave. Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la « séduction augmentée ». D’un côté, on considère l’autre comme son égal.e, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres désirs ou de son consentement (…)

« Avec ce texte, elles essayent de refermer la chape de plomb que nous avons commencé à soulever. Elles n’y arriveront pas. Nous sommes des victimes de violences. Nous n’avons pas honte. Nous sommes debout. Fortes. Enthousiastes. Déterminées. Nous allons en finir avec les violences sexistes et sexuelles.  Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde. »

En finir avec les violences sexistes et sexuelles, certes. Et au plus vite. Mais peut-on débattre en animalisant son adversaire ? Pour l’heure peut enrichir sa réflexion avec « Le sexe après sa révolution » Revue Esprit n¨180, juillet-août 2017. Au sommaire : « Face à l’obscénité du monde  » et « Des corps désenchantés »…

A demain

 

 

 

Le président de la République parle aux malades et à ceux qui les soignent (extraits choisis)

Bonjour

Hier, 31 décembre 2017, le président de la République a présenté ses vœux aux Français. Extraits choisis :

« Mes chers compatriotes,

Alors que l’année s’achève, je suis heureux de vous retrouver pour vous présenter pour la première fois mes vœux pour l’année 2018. Je vous espère en famille, au milieu de vos proches, de celles et ceux qui vous aiment.

Je sais aussi que certains d’entre vous sont aujourd’hui au travail parce qu’ils font partie des forces armées ou des forces de l’ordre, parce qu’ils sont médecins ou personnels soignants, parce qu’ils sont en charge des transports ou de la continuité des services publics. Je veux ce soir les remercier pour cet engagement.

Je sais aussi que plusieurs d’entre vous ce soir sont seuls, souffrent ou sont malades et je sais que dans ces moments de fête et de retrouvailles, cette solitude et cette souffrance sont plus dures encore à supporter. Alors à nos concitoyens qui sont dans cette situation, je veux dire qu’ils appartiennent à une grande Nation et que les mille fils tendus qui nous tiennent, sont plus forts que leur solitude et je leur adresse une pensée fraternelle. (…)

Je veux aussi miser sur la fraternité. La fraternité, c’est ce qui nous unit, ce qui nous a fait un, ce qui nous tient ensemble. Je crois dans la réussite, dans les succès mais que valent ces succès s’ils ne sont en quelque sorte que les succès de quelques-uns ? Que s’ils nourrissent les égoïsmes ou les cynismes ? Rien de bien durable. Tant de Nations sont en train de se fracasser parce que seuls quelques-uns y réussissent ! Nous avons en effet besoin de repenser un grand projet social pour notre pays, c’est celui-ci que je déploierai durant l’année qui s’ouvre. C’est celui qui doit inspirer notre politique de santé, notre politique en faveur de celles et ceux qui vivent en situation de handicap, notre politique d’hébergement pour les sans-abri, notre politique sociale aidant les plus démunis. 

Exceptionnel

Sans cela, sans cette exigence humaniste, notre pays ne se tiendra pas uni. Cela implique des règles et de la rigueur aussi et je sais parfois quelques tensions éthiques que je ne sous-estime pas et que j’assume pleinement. Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri (…)Comptez sur ma détermination entière en la matière. (…)

Enfin, notre cohésion nationale dépend aussi de votre engagement. Oui, la cohésion de la Nation, ça n’est pas simplement le travail du président de la République, de son Premier ministre ou du gouvernement ; c’est le travail de chacune et chacun d’entre vous. Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays et au-delà de votre quotidien, de votre vie, parfois de ses difficultés, dites-vous toujours que vous appartenez à un collectif plus fort, plus grand que vous : la Nation française. C’est ce collectif qui vous a éduqué, qui vous soigne, qui quand vous tombez, vous aide à vous relever, qui vous aidera dans vos vieux jours et dites-vous à chaque instant que vous avez quelque chose à faire pour la Nation. J’ai besoin de cet engagement. (…) Nous sommes capables de l’exceptionnel.

Vive la République et vive la France. »

Pour ses premiers vœux aux Français en tant que Président de la République, Emmanuel Macron a rassemblé 11,2 millions de téléspectateurs, précise Le Figaro. Selon le site Ozap, c’est TF1 qui a rassemblé le plus de spectateurs, avec 4,1 millions de Français soit 24,1% de part d’audience. Tout juste derrière, France 2  a obtenu 23,6% d’audience soit 4 millions de personnes. Ensuite, 1,8 million de Français ont choisi France 3, et seulement 997.000 ont regardé les vœux sur M6. France Ô ferme enfin la marche avec 2000 téléspectateurs.

Un succès ? L’an dernier les derniers vœux de François Hollande avaient attiré 10,1 millions de spectateurs, et ceux de la fin d’année 2015 avaient rassemblé 11 millions de spectateurs. Nouveauté ? En plus des vœux télévisés, qui ont duré environ 20 minutes, Emmanuel Macron a, en même temps, diffusé des vœux raccourcis à deux minutes, sur les réseaux sociaux.

A demain

 

 

Laïcité et pilosité : quelle taille maximale de barbe accepter chez un médecin hospitalier ?

Bonjour

Maintenir ou pas en vie une personne en état végétatif … Donner ou pas son sang quand on est un homme ayant des relations sexuelles avec des hommes … Quelle longueur de barbe chez un médecin exerçant dans l’espace hospitalier public ? Jusqu’où ira le Conseil d’Etat dans les champs mêlés de la médecine et de l’éhique, de la fin de vie, de la virologie, de sexualité et de la laïcité ? Résumons ce nouveau dossier avec l’aide confraternelle du Monde, de l’Agence France Presse et du Figaro.

La cour administrative d’appel de Versailles vient de rejeter, dans une décision du 19 décembre, la requête d’un stagiaire médecin au centre hospitalier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Ce médecin avait été « limogé » en février 2014 en raison du port d’une barbe jugée « religieusement ostentatoire ». Une affaire plus complexe qu’on pourrait l’imaginer. Car la justice administrative estime, sur le fond, que « le port d’une barbe, même longue, ne saurait à lui seul constituer un signe d’appartenance religieuse ».

Comment, dès lors, comprendre ? En sachant que c’est seulement en présence « d’éléments justifiant qu’il représente effectivement (…) la manifestation d’une revendication ou d’une appartenance religieuse » que ce port peut être considéré comme ostentatoire. En d’autre terme c’est le contexte de la barbe et non la barbe en elle-même que la cour d’appel se prononce. En cause: M. A., un praticien égyptien détaché pour un an, à partir de novembre 2013, dans le cadre d’une convention entre le National Liver Institute de l’université de Menoufia (Egypte) et l’hôpital français.

Phanères

Que sait-on du dossier ? Qu’avant même le début de son stage, la direction lui avait demandé (à trois reprises mais en vain) de tailler une barbe qualifiée d’« imposante ». Contexte : l’hôpital craint qu’elle puisse être « perçue par les membres du personnel comme un signe d’appartenance religieuse » et souligne « que l’environnement multiculturel de l’établissement [rend] l’application des principes de neutralité et de laïcité du service public d’autant plus importante ».

M. A., lui,  « s’est borné à invoquer le respect de sa vie privée sans pour autant nier que son apparence physique était de nature à manifester ostensiblement un engagement religieux ». La cour d’appel considère en quelque sorte qu’il a lui même reconnu le caractère potentiellement religieux de sa barbe. Corollaire : M. A. « manqué à ses obligations au regard du respect de la laïcité et du principe de neutralité du service public ». Et ce même si, souligne la justice administrative, « le port de sa barbe ne s’est accompagné d’aucun acte de prosélytisme ni d’observations des usagers du service ».

Conclusion : la mesure disciplinaire est « légalement justifiée », selon la cour de Versailles, qui confirme ainsi la décision du tribunal administratif de Montreuil en première instance. Interrogée par Le Figaro, son avocate, Me Nawel Gafsia, assure qu’il « a finalement pu faire son stage à l’hôpital Paul Brousse, à Villejuif » et que « sa barbe de 5 centimètres n’a posé de problème à personne ». A Villejuif. Elle annonce que aussi son client va se pourvoir devant le Conseil d’Etat. Toute plaisanterie avec la plus haute juridiction administrative usant d’un trébuchet pour des phanères coupés en quatre serait du plus vilain effet.

A demain

Tabac « chauffé » : en Grande-Bretagne, il est nocif pour la santé ; en France on se tait. 

Bonjour

C’est une information importante qui vient d’être diffusée par la BBC : « Heat-not-burn tobacco ‘is a health risk’ ». Selon The Committee on Toxicity (Cot) , organisme scientifique indépendant en charge de conseiller le gouvernement et les institutions sanitaires britanniques, les produits du tabac «chauffés et non brûlés» sont nocifs pour la santé – et ce quand bien même ils pourraient apparaître (ou être vantés) moins dangereux que les cigarettes ordinaires (tabac « brûlé »).

The Cot estime que ces dispositifs produisent «un certain nombre de composés préoccupants», dont certains sont cancérogènes. Une conclusion conforme à celle des spécialistes suisses, indépendants de Big Tobacco, qui se sont penché sur ce sujet : « Heat-Not-Burn Tobacco Cigarettes – Smoke by Any Other Name » (Reto Auer, Nicolas Concha-Lozano ; Isabelle Jacot-Sadowski et al).

L’affaire n’est pas sans perversité. Elle a émergé en France en avril dernier. Philip Morris y annonçait alors « pour convaincre les fumeurs » d’arrêter la cigarette l’arrivée d’un système électronique de tabac à chauffer vendu chez les buralistes sous la marque IQOS et ses recharges « Heets ». Un objet présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac.

Mutisme officiel

Un objet sur lequel les autorités sanitaires françaises restaient étrangement muettes. Le Figaro :

« Révolution en vue dans les débits de tabac français. Obligés de ne vendre que des paquets neutres depuis janvier, les buralistes vont commercialiser dans les prochaines semaines un produit destiné… à remplacer la cigarette: IQUOS, un système électronique chauffant des sticks de tabac mais sans les brûler.

 « Son inventeur est le propriétaire de Marlboro, Philip Morris International, qui détient plus de 40 % du marché des cigarettes en France. Le groupe assure avoir investi 3 milliards de dollars depuis 2008 pour développer des produits du tabac moins nocifs, dont IQOS est le plus prometteur. Avec ce système, pas de fumée, pas de cendre, pas d’odeur, mais une sensation proche de celle de la cigarette. »

Cigarette électronique

Et les autorités sanitaires françaises, alors,  de laisser libre cours aux allégations de l’inventeur-commerçant. Comme celle-ci : « En brûlant des matières organiques à 800 ou 900 °C, on crée de la fumée avec plus de 6000 composants, dont certains (93 selon les autorités de santé américaines) peuvent avoir des effets nocifs sur la santé des fumeurs. En chauffant le tabac à moins de 300 °C, nous limitons significativement, voire évitons l’apparition de ces composants ».

Rien, depuis, n’a changé. Face au pragmatisme britannique, le silence et l’immobilisme français. Il en va de même pour la cigarette électronique, conseillée aux fumeurs par Public Health England , inconnue des autorités sanitaires françaises. Où l’on perçoit, une nouvelle fois, les dégâts que peut causer l’absence chronique d’une véritable politique de réduction de risques.

A demain

Rebondissement massif dans l’affaire du géant Lactalis contaminé par des salmonelles

Bonjour

Il sera dit que l’exécutif français  ne plaisante pas avec la santé des bébés. On croyait l’affaire Lacatlis bouclée depuis le 3 décembre – il n’en est rien. Le gouvernement a annoncé, une semaine plus tard, un retrait massif de laits infantiles du premier groupe laitier mondial en raison d’un risque de contamination par des salmonelles. Mieux : il exige des « mesures correctives » avant toute reprise de la production.

On se souvient peut-être que le géant Lactalis avait initialement rappelé douze références de ses laits infantiles fabriqués dans son usine de Craon (Mayenne). Or le ministère de l’Économie et des Finances vient de publier une liste beaucoup plus importante (plus de 600 lots) qui sont rappelés – interdits à la consommation et à l’exportation. Aucune possibilité d’ « écoulement des stocks ».

Incertitudes

« Le rappel concerne près de 7.000 tonnes de produits fabriqués , a précisé Michel Nalet, directeur de la communication du groupe, cité par Le Figaro. Je ne suis pas capable de dire ce qui a déjà été consommé ». Les exportations sont également bloquées. De nombreux pays sont concernés: Algérie, Maroc, Grande-Bretagne, Taïwan, Roumanie, Grèce, Bangladesh, Chine, Pérou, Géorgie ou encore le Pakistan. Les quantités concernées sont «énormes», a reconnu un porte-parole du leader mondial des produits laitiers.

Le Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé a pour sa part indiqué à l’AFP qu’il était « assez rare de prendre des dispositions massives comme on le fait là ». Pourquoi cette rareté ? Bercy estime que les mesures prises par le groupe depuis le 2 décembre ne sont « pas de nature à maîtriser le risque de contamination ».  De fait le précédent rappel avait été ordonné après la contamination par des salmonelles de vingt bébés de moins de six mois, qui avaient consommé ces produits. Or cinq nouveaux cas ont été déclarés cette semaine, dont un qui avait consommé un « lait de riz » ne figurant pas parmi les produits rappelés le 2 décembre.

Et toujours la même source potentielle de contamination : l’une des tours de séchage de l’usine Lactalis de Craon dans la période du 1er au 6 mai. Par précaution, il a été décidé de procéder à un rappel plus large de l’ensemble des produits fabriqués depuis le 15 février. Et toujours par précaution Lactalis a mis à l’arrêt ses installations le 8 décembre « afin d’y engager des mesures de nettoyage, de désinfection additionnelles, renforcées, pour le futur ».  y compris dans l’autre tour de séchage. Des précautions encadrées par un arrêt préfectoral pris dans la foulée.

Risque de pénurie ?

« Il faut que l’entreprise fasse un plan de correction de sa production pour être capable de rouvrir sa production de laits en poudre » insiste le Pr Vallet – qui ajoute qu’en août et en novembre, des « prélèvements internes à Lactalis » s’étaient révélés positifs aux salmonelles sur le site de Craon. Lactalis confirme : des traces ont été trouvées « sur du petit matériel de nettoyage et sur les carrelages », et pas dans l’appareil de production. « La première information sur ces problèmes de possible contamination nous est arrivée la semaine dernière », a noté le porte-parole du groupe laitier. Sans plus de précisions sur cet étrange retard de transmission.

Rien, en pratique, de dramatique : dans l’immédiat, le ministère a demandé aux parents, « dans la mesure du possible, de ne pas (…) utiliser » les produits concernés, essentiellement vendus sous les marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour ». Ils peuvent aussi faire bouillir le lait pendant deux minutes.

Le liste des lots concernés est disponible sur le site du ministère de la Santé, www.solidarites-sante.gouv.fr. Sont désormais concernés une large gamme de laits premier et deuxième âge, lait-relais, poudres, avec ou sans lactose, à base de protéines de riz… Certains ne sont disponibles qu’en pharmacie. Le géant Carrefour a de son côté décidé « par mesure de précaution » d’élargir son rappel à tous les produits infantiles fabriqués sous son nom à Craon – et pas seulement aux seuls lots concernés par la mesure de Bercy.

La direction générale de la Santé a ouvert le numéro d’information gratuit 0800 636 636 (7 jours sur 7, de 09H00 à 20H00), Lactalis le 0800 120 120 et le service client de Carrefour est joignable au 0969 397 000 (appel non surtaxé). Reste une question : peut-on rappeler 7 000 tonnes de lait infantiles sans créer une situation de pénurie ?

A demain

Prix indécents des médicaments : rebondissement mystère dans l’affaire du Keytruda®

Bonjour

C’est un scoop économique nocturne des Echos : un accord a été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Contacté par l’Agence France-Presse, le ministère de la santé a confirmé l’information, précisant que le deal avait été passé – « après six mois de négociations ». « Keytruda® était déjà disponible pour les patients français depuis août 2014, mais de façon dérogatoire, donc pour un nombre d’indications limitées » précise le ministère. Ces indications pourront être élargies sans trop grever les dépenses de l’assurance-maladie – dépenses que le gouvernement entend par ailleurs réduire de manière drastique.

Il y a déjà plus de deux ans que le dossier Keytruda® est grand ouvert. Les gazettes généralistes évoquaient alors, en septembre 2015, la présentation des résultats essais cliniques de ce qui était déjà présenté comme l’un des futurs blockbusters du géant pharmaceutique Merck. Un peu comme on présenterait à la presse une nouvelle collection, un nouveau concept, une nouvelle tablette tactile. En avant-première, donc, le pembrolizumab – Keytruda®  pour lequel existait déjà un site illustré puisque la molécule était déjà autorisée aux Etats-Unis.

Les résultats des essais cliniques ? Tout bonnement « spectaculaires ». Et la molécule était alors autorisée depuis juillet par l’Agence européenne du médicament.

Dans le plus grand secret

Encore faudrait-il s’entendre sur les prix ; le coût unitaire du traitement allant jusqu’à 150 000 dollars par an aux États-Unis. On parlait alors, en France, de 100 000 euros par patient et par an – avec négociation sur le champ des indications. Silence total du côté du Comité Economique des Produits de Santé  (CEPS), institution qui fixe dans le plus grand secret le prix des médicaments remboursés par la collectivité.

Retour du Keytruda® dans les médias en avril 2016 : « Dénonciation du prix des anticancéreux : Emmanuel Macron signera-t-il la pétition ? » : la Ligue contre le cancer lançait alors une pétition exigeant une baisse des prix des nouveaux médicaments contre le cancer. La Ligue, vieille dame, ne parlait pas de profitinhumains mais d’optimisation des gains. 

« Face à l’inflation des prix pratiqués par des laboratoires pharmaceutiques enclins à optimiser leurs gains, des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès des patients aux traitements innovants des cancers et sur la pérennité de notre système de santé solidaire. »

Vœu pieux

La Ligue prenait ici le relais du Figaro qui avait peu auparavant en publié une pétition de plus d’une centaine de cancérologues dénonçant la situation :  « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».  Puis, en juin, Médecins du Monde (MdM) lançait une campagne, atypique destinée à faire mal : « Le Prix de la Vie ». Une campagne, une pétition adressée à Marisol Touraine et un slogan : « Le prix indécent des médicaments, ça va durer encore longtemps ? ». Conçue par l’agence DDB Paris, la campagne se « décline en douze visuels prenant pour angle la rentabilité des maladies ». Où l’on retrouvait le Keytruda®

« Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser, expliquait le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat. »

Novembre 2017 : le prix arrêté le Keytruda® n’est pas connu mais, selon Les Echos« les autorités espèrent à présent contenir en dessous de 600 millions d’euros par an la dépense liée à Keytruda® et Opdivo® [Bristol Myers Squibb], les deux traitements vedettes de l’immunothérapie en oncologie. Arrêté il y a un an le prix d’Opdivo® s’élève aujourd’hui à 5 400 euros par mois pour un malade de 70 kg – sans compter les remises secrètes négociées avec le gouvernement ».

Où l’on voit que le citoyen est loin d’être démocratiquement informé sur les coulisses d’un marché financé avec l’argent de la collectivité. Où l’on voit aussi que la célèbre démocratie sanitaire reste, ici, un vœu pieux.

A demain

1 « Le prochain anticancéreux sera à plus de 100 000 euros par an. La France acceptera-t-elle de payer ? » Journalisme et santé publique 17 septembre 2015.

2 « Indécence et prix des médicaments : MdM lance une guérilla publicitaire et vise Marisol Touraine » Journalisme et santé publique 13 juin 2016