Jeu de rugby : les traumatismes sont désormais similaires à ceux de la circulation routière

Bonjour

« Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. confiait-il il y a quelques jours au Figaro. Pour le moment, je suis le seul à dire les choses. J’ai reçu les témoignages de tas de gens mais ils ne s’expriment pas dans le presse. Je suis tout seul. Certains ne veulent pas perdre leur truc… »

Aujourd’hui le Pr Jean Chazal, neurochirurgien et ancien doyen de la faculté de Clermont-Ferrand est toujours aussi seul. Il reprend la parole dans Centre Presse. A la veille des obsèques de Louis Fajfrowski, 21 ans, un rugbyman d’Aurillac mort le 10 août après un choc reçu lors d’un match amical – une mort qui pourrait constituer une salutaire prise de conscience dans un sport qui, sinon, court à sa perte.

La parole du Pr Chazal fait autorité. « Il a opéré plus d’une trentaine de joueurs de rugby. Ainsi qu’un grand nombre de sportifs de haut niveau, rappelle Centre Presse (Caroline Devos). Le skieur Luc Alphand (après un accident de moto), les rugbymen Damien Chouly et Wesley Fofana sont ainsi passés entre ses mains au CHU de Clermont-Ferrand. Jean Chazal est un neurochirurgien réputé mais aussi un vrai spécialiste de la traumatologie du sport. Et depuis des années, il tire la sonnette d’alarme pour dénoncer les dérives qui rendent la pratique sportive – et surtout celle du rugby – de plus en plus dangereuse. »

Ce lanceur d’alerte dérange les gros pardessus de l’Ovalie autant que nombre de ses confrères confortablement installés sous les ors des institutions rugbystiques nationales. Et le président Bernard Laporte vient d’obtenir son exclusion…  de l’Observatoire médical du rugby 1.

Les instances du rugby français et international ont certes pris la mesure du péril des commotions cérébrales (Le « protocole commotion », « carton bleu », renforcement de l’encadrement médical) mais rien n’est fait pour que ces « commotions » ne surviennent pas.

« Dès 2005,  avec le médecin du club de Clermont, nous avons commencé à nous préoccuper de la violence sur les terrains, précise-t-il. Aujourd’hui, on a une augmentation des blessures et notamment celles qui touchent le crâne, le thorax et l’abdomen.

 « Aujourd’hui, dans le rugby, on a une traumatologie qui ressemble à celle de la routeEt pour cause. On a mis des moteurs de 1.000 chevaux dans des carrosseries qui ne sont pas faites pour cela. Les joueurs ont pris dix kilos de masse musculaire en quelques années. On a des ailiers de 130 kg qui courent comme des lapins. Mais à l’intérieur, les ligaments, les articulations, les viscères, les os sont restés identiques. Le rugby fabrique des surhommes, des exceptions physiques. »

Exclusion immédiate

Dans Le Figaro Le Pr Chazal mettait aussi en garde les jeunes rugbymen rarement prêts pour le très haut niveau. Des jeunes en pleine maturation de leur système ostéo-ligamentaire et de leur système cérébral. Ce n’est qu’à 25 ans, selon lui, que le cerveau est totalement mature, en particulier pour l’esprit critique, la préhension de l’espace, la gestion de l’émotion.

« C’est une véritable révolution qu’il faut opérer. Se mettre autour de la table et trouver des solutions. Les arbitres aussi doivent être impliqués. Certaines actions dangereuses ne sont pas sifflées. J’ai vu des joueurs se faire ‘’décalquer’’ par derrière, sans ballon, totalement relâchés… Ce devrait être l’exclusion immédiate ! (…)

« Dans l’équipe de France des moins de 20 ans qui a été championne du monde, il y a des gars qui font 2 m et plus de 100 kg. Faire marche arrière pour la génération actuelle, c’est un peu tard… Il faut modifier les règles, voir ça avec les arbitres. Il faut sévir ! (…)

« En Top 14, les joueurs sont gainés, prévenus, ils sont avertis. Mais au niveau professionnel, il n’y a que quatre ou cinq clubs qui ont un médecin permanent. Dans d’autres clubs, ils ne passent que quelques heures par semaine. On nous met de la poudre aux yeux en disant que le rugby est médicalisé. Au Racing, à Toulon, à Clermont, dans quatre ou cinq clubs, c’est médicalisé. J’ai reçu des SMS d’insultes après avoir déclaré dans Midi Olympique que certains clubs faisaient passer des protocoles commotions par visioconférence. Je ne comprends pas comment on peut procéder ainsi… (…)

Le Pr Chazal en est persuadé : « Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. » Il dit aussi : « Je ne suis pas sûr que ce nouveau décès changera quelque chose ». Que feront les médias ?

A demain

1 Sur ce sujet lire la réponse donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

Cannabis light libéré : le gouvernement français siffle soudain la fin du début de la récré

Bonjour

Trop laxiste, pas assez macronien,  pour pouvoir durer. « Face à la multiplication des coffee shops en France, la Chancellerie a rappelé à l’ensemble des procureurs le cadre légal très restrictif applicable, leur demandant d’assurer avec « fermeté » la répression des infractions constatées » vient d’annoncer lAFP.

 « Les parquets sont invités, sur leur ressort, à assurer la poursuite et la répression des infractions susceptibles d’être retenues avec une particulière fermeté en ce qu’elles sont de nature à porter atteinte à la santé et à causer un trouble important à l’ordre public », écrit le directeur des affaires criminelles et des grâces dans un courrier, révélé aujourd’hui  par Le Figaro et consulté par l’AFP .

Les tenanciers des « coffee shops » naissantes  entendaient profiter des brouillards juridiques  qui semblent autoriser  la mise sur le marché du le cannabidiol (CBD) – molécule ayant un effet psychotrope présente dans la plante de cannabis – et ce dès lors que la teneur en THC (delta9-tétrahydrocannabinol) n’excède pas 0,2%.

Partie de plaisir

Mais pour la Chancellerie, il s’agit là d’une lecture erronée de l’arrêté du 22 août 1990 sur le cannabis : cette dérogation est seulement prévue pour une utilisation « industrielle et commerciale » concernant la filière traditionnelle du chanvre.  De plus, ajoute la DACG, cette teneur « s’applique à la plante de cannabis » et non, comme le prétendent certains vendeurs, « au produit fini qui en serait issu ».

 « La Chancellerie comble la brèche où s’étaient ruées ces boutiques vendant des dérivés du cannabis, résume pour Le Figaro  Paule Gonzalès. Lundi, la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) a fait claquer une dépêche à l’attention de tous les parquets de France rappelant’’le régime juridique applicable aux établissements proposant à la vente au public des produits issus du cannabis’’. Après le boom des coffee shops et des semaines d’exégèses sur d’éventuels vides juridiques, la Chancellerie siffle les arrêts de jeu. L’ouverture d’établissement vendant du cannabis dont le taux en THC est inférieur à 0,2 % doit entraîner ‘’une réponse pénale ferme et adaptée à la hauteur des enjeux’’, prévient le ministère de la Justice ».

Ce coup de semonce médiatisé a été pleinement reçu dans les espaces buralistiques. Un espace où bien des tenanciers se disaient « prêts à commercialiser » un cannabis récréatif s’il était réglementé – et ce pour pallier la baisse des ventes des produits du tabac. Où l’on voit que, sans même parler de sevrage,  la réduction politique des risques est loin d’être une partie de plaisir.

A demain

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Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement

Bonjour

Le titre est sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

C’est un avertissement de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS). Il s’agit d’une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait récemment à réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Georgina Dufoix

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirme d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ». Et ajoute cette pique : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Comment expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes ont depuis longtemps tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

C’est là une exception française qui date de trente-quatre ans avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Boulets rouges

« Le taux de remboursement initial de la caisse était fixé à 65 %, rappelle Le Quotidien du Médecin. C’est seulement en 2004 que ce taux est ramené à 30 %. Il sera gravé dans le marbre dans la loi de financement de la Sécurité sociale. Cette même année, l’Académie de médecine avait tiré à boulets rouges sur l’homéopathie, l’accusant d’être dénuée de fondement scientifique. »

« Le remboursement de ces produits par la Sécurité Sociale apparaît aberrant à une période où, pour des raisons économiques, on dérembourse de nombreux médicaments classiques pour insuffisance (plus ou moins démontrée) du service médical rendu.

« Qui plus est, cette mesure n’aurait rien d’exorbitant car elle a été prise par beaucoup de pays notamment en Europe. C’est tout récemment, en fin 2003, que le gouvernement allemand a décidé de supprimer le remboursement des médicaments homéopathiques par les Caisses de maladie. Mais c’était déjà le cas en Italie, en Espagne, en Finlande, en Suède, en Norvège et en Irlande. »

Vitriol

Quatorze ans plus tard l’abcès reste entier. Mais il a, aussi, pris une dimension politique avac une tribune vitriolée publiée en mars dernier par Le Figaro dans laquelle les signataires dénonçaient notamment les « pratiques ésotériques » de certains praticiens. Depuis Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet.

Mme Buzyn avait finalement déclaré le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert cet été.  C’était en mai. Nous sommes en été.

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Coûte que coûte, la « PMA pour toutes » : mouvements de troupes et manœuvres politiques

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Grouchy ou Blücher ? On attendait le gouvernement à l’automne et ce fut, hier, François de Rugy. Le 12 juillet, sur le plateau de BFM TV, le président de l’Assemblée nationale s’est prononcé en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée à « toutes les femmes ». Il l’avait déjà fait. Mais désormais il espère publiquement, du haut des ors du Perchoir, voir les député.e.s de la majorité déposer une proposition de loi en ce sens – et ce  « avant la fin de l’année». Une demande du locataire du Palais de l’Elysée ? Une aide politique fournie sans même que la demande soit exprimée ?

« C’est l’engagement que nous avions pris lorsque nous étions candidats aux législatives», a-t-il justifié. Ajoutant qu’il s’agissait également « d’un engagement du président de la République ». Une prise de position et des rappels qui font suite au rapport du Conseil d’État soulignant que du strict point de vue juridique, «rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules» l’accès à la PMA, «mais rien n’impose non plus le ‘statu quo’».

« Le président de l’Assemblée nationale s’était déjà prononcé en faveur d’une accélération de la législation sur la PMA, rappelle Le Figaro. En septembre dernier, il assurait sur France Inter : ‘’tous les éléments du débat sont connus et archiconnus depuis des années’’. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes avait elle aussi, quelques jours plus tôt, assuré que l’engagement formulé d’ouvrir la procédure à l’ensemble des femmes par le candidat Macron serait respecté. »

Reste à savoir qui doit prendre l’initiative. Pour François de Rugy aucun doute : c’est aux députés de la majorité, de faire une proposition de loi, accompagnés par «tous ceux qui voudraient s’y associer» déposent une proposition de loi en ce sens. Et M. de Rugy d’assurer être optimiste quant à l’existence d’une «majorité prête à l’adopter». Pour lui il ce sujet ne doit pas être dissous dans la révision de la loi de bioéthique prévue pour 2019.

Débats envenimés

La manoeuvre est concertée. Peu auparavant, devant le Congrès le chef de file des députés LREM Richard Ferrand avait affirmé qu’il faudrait « sans tarder inscrire à notre agenda l’élargissement à la procréation médicalement assistée comme l’interrogation sur la fin de la vie ». Or le gouvernement a déjà maintes fois fait savoir que la « fin de vie » ne figurerait pas dans le projet de loi bioéthique. Et le Conseil d’Etat estime que cette question n’a pas, pour l’heure, à être posée au législateur.

Autre grognard en marche participant à l’opération politique : le député Matthieu Orphelin, qui avait co-signé en mai (avec une cinquantaine d’autres élus LREM) une tribune en faveur de la PMA pour toutes. Il juge aujourd’hui « important de concrétiser l’engagement pris ». Et il faut le faire « assez rapidement pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui voudraient tenter d’envenimer les débats ».

Envenimer ? En face on semble peiner  pour s’organiser. Dans un entretien à L’Opinion de jeudi, le vice-président des Républicains Jean Leonetti a réaffirmé son opposition à la « PMA pour toutes ». Il estime que « la mobilisation possible » sur ce sujet pourrait constituer un risque pour le président de la République. Un président qui ne cesse de dire que cette entreprise ne peut se faire que dans une France apaisée.

« La PMA ne passera pas comme une lettre à la poste car les gens se mobiliseront », a déclaré la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard (apparentée au FN) dans un entretien à Sud Radio. Selon elle les réseaux de la « Manif pour tous » sont « encore très mobilisés ». Rendez-vous pris pour la rentrée.

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Hasard, jeux d’argent et privatisation : la patronne de la FDJ ne connaît pas le mot «addiction»

Bonjour

C’est à lire dans Le Figaro, au rayon, saumon, des « décideurs » : Stéphane Pallez, PDG de la FDJ (Française des Jeux) explique « comment elle change l’opérateur de jeux de hasard que le gouvernement privatise ». Un très long entretien (Yann Le Galès) dans une langue proche du néoparler orwellien :

« Un dirigeant ne peut pas décréter une révolution culturelle et managériale. Il ne peut pas l’imposer par l’autorité. Mais il a le devoir de construire le changement et doit avoir la capacité à en convaincre. Ma responsabilité est d’expliquer les nécessaires transformations, en interne et auprès de toutes les parties prenantes au développement de FDJ. Je travaille pour cela avec les managers, les représentants des salariés et le conseil d’administration. Un changement d’actionnariat n’aurait pas d’impact sur mon mode managérial. Je continuerai de porter l’ambition stratégique du groupe dans l’intérêt des collaborateurs, qui pourraient renforcer leur propre participation au capital à cette occasion. (…)

 «Un dirigeant ne doit pas seulement définir une stratégie. Il doit aussi convaincre du bien-fondé de ses choix. Il doit être capable de mobiliser. S’il ne le fait pas, la meilleure stratégie sur le papier peut échouer. J’y consacre une grande partie de mon temps. Les membres du comité exécutif également. Et nous avons aussi mis en place un groupe de managers qui sont nos relais au sein de l’organisation. (….)»

Intérêt général

On s’ennuie ferme. Puis on tombe sur ceci :

 « L’entreprise joue-t-elle un rôle sociétal?

– Je suis convaincue depuis longtemps que l’entreprise a une fonction sociétale. Elle doit limiter ses impacts négatifs et accroître ses contributions positives.

 « Produire et vendre des jeux, est-ce défendre l’intérêt général?

 – Le jeu est une activité ludique qui crée du lien social. FDJ est par nature une ‘’entreprise à missions’’ (sic). Entreprise régulée qui agit dans le cadre de droits exclusifs, elle propose des jeux récréatifs et intègre la gestion des risques liés à cette activité. Elle a un impact très fort sur les emplois dans les territoires puisque nos jeux sont commercialisés par le plus grand réseau français de distribution de proximité formé par les bars-tabacs et les distributeurs de presse. »

« Financez-vous des activités sociétales?

– Depuis toujours, FDJ finance les œuvres sociales des anciens combattants qui sont aujourd’hui nos actionnaires. Elle finance le sport pour tous et accompagne des athlètes de haut niveau. Elle va participer aussi à partir de cette année à la sauvegarde du patrimoine français. »

Que de « sociétal » dira-t-on. Avec un absent de renom. Où l’on voit que seule la Fédération addiction s’est intéressée au sujet. C’était en mars dernier :

« La question de la privatisation, même partielle, de la FDJ, est au cœur d’un nécessaire débat public sur l’addiction aux Jeux d’Argent et de Hasard (JAH). Il serait envisagé des mesures de ventes plus incitatives auprès des détaillants pour les amener à vendre plus de jeux afin « d’équilibrer » le manque à gagner dû à la hausse du prix tabac. Changer le modèle économique de l’offre de jeu en passant d’une conception extensive à une conception intensive n’est pas sans conséquences : l’Italie et l’Australie, après avoir expérimenté une politique libéraliste avec la privatisation, font aujourd’hui marche arrière ».

Sociétal ?  L’Observatoire des Jeux  estime à un million deux cent mille le nombre des joueurs qui, en France, peuvent être « problématiques ». Les études récentes portant sur les Jeux d’Argent et de Hasard de hasard mettent en lumière « une hausse croissante des pratiques et du budget consacré par les Français, même pour les mineurs à qui ils sont pourtant interdits ».

Un « débat sociétal » sur la privatisation de la FDJ et la prévention de l’addiction ? Ce serait, à coup sûr, une « révolution culturelle et managériale ».

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Deux médecins cloués par deux cents confrères dans l’affaire des médicaments Alzheimer

 

Bonjour

Neurologues, gériatres, psychiatres : près de deux cents médecins clament, dans une lettre ouverte à Agnès Buzyn publiée lundi 18 juin dans Le Figaro, leur « désarroi » devant une récente décision de la ministre des Solidarités et de la Santé la santé : le déremboursement de quatre « médicaments anti-Alzheimer » présents sur le marché depuis plus de vingt ans. C’est une fronde sans précédent contre la Haute Autorité de santé qui (après des années d’atermoiements) avait (notamment)jugé le rapport bénéfices/risques de ces médicaments insuffisants : Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl ainsi que leurs génériques (remboursés à hauteur de 15 % par l’Assurance-maladie, pour un coût annuel d’environ 90 millions d’euros).

Ces médecins des vingt-huit centres mémoire de ressources et de recherche sur la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées (CMRR) de France et neuf sociétés savantes demandent « solennellement et publiquement » (sic) à Agnès Buzyn de « revenir sur cette décision qui dessert la prise en soins actuelle et future des malades en étant susceptible d’altérer la confiance que portent les patients, leurs familles et les professionnels dans les processus de décision en matière de santé ». Leur lettre a, sans surprise, reçu le soutien des principales associations de patients (France Alzheimer et France Parkinson).

Manquement à la confraternité

On ajoutera que les signataires ciblent méchamment (et publiquement) deux de leurs confrères :

« Nous sommes aussi extrêmement surpris des propos tenus (ou rapportés dans les médias), par des collègues qui ont eu à juger de ce dossier au sein de la Commission de Transparence, propos qui ne peuvent que susciter beaucoup d’interrogations sur leur impartialité. Ainsi, l’un d’entre eux 1 dont les positions «anti-médicament» étaient de notoriété publique, bien avant sa nomination à la Commission de Transparence, vient de publier un ouvrage suggérant que la maladie d’Alzheimer ne serait en fait pas une maladie, mais seulement une «construction sociale».

 « Les propos d’un autre 2 rapportés dans la presse, étaient que ‘’Ces médicaments sont bien sûr inefficaces. Ils ont sûrement tué plus de patients qu’ils n’ont jamais aidé la mémoire d’autres’’. De telles postures génèrent légitimement de très importantes réserves concernant l’indépendance de ces experts et les conditions dans lesquelles ce dossier a été instruit par la HAS en 2016. Ils contribuent aussi à jeter l’opprobre sur l’ensemble des spécialistes du domaine, dont la majorité tente d’apporter, par un travail honnête et sincère, un peu de soulagement et d’aide, si modeste soit-elle, aux patients et aux familles. »

Où l’on voit que la modestie n’est pas incompatible avec une certaine débauche d’énergie. Question : les deux spécialistes ainsi cloués (sans pour autant être nommés … ) répondront-ils à cette forme de manquement manifeste à la confraternité ?

A demain

1 Il s’agit, comme nous le rapportons sur Slate.fr, du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et de l’ouvrage original qu’il cosigne, aux éditions Michalon, avec Éric Favereau, journaliste à Libération.

2 Propos cités dans Libération (25 mai 2018) par « l’ancien président de la Commission de transparence »

 

 

Le «dos des pauvres» et le prix d’achat de la «bonne conscience» (Agnès Buzyn, Solidarités)

Bonjour

Dimanche 10 juin. Agnès Buzyn s’exprime dans le JDD. C’est assez alambiqué, difficile à traduire. Pour Le Figaro elle annonce que le gouvernement ne fera pas « d’économies «sur le dos des pauvres». Pour Le Monde, elle se dit  « prête à ‘’discuter’’ de toutes les aides sociales ».

Dans tous les cas la ministre des Solidarités et de la Santé monte au front. Et traverse une séquence sous la mitraille. Elle a dû, le 6 juin, dénoncer les accusations la visant du Canard Enchaîné. Puis faire entendre sa voix dans le concert des polémiques et couacs gouvernementaux au chapitre, clivant, des « aides sociales », de leur raison d’être et de leur devenir. Un thème majeur pour un président qui aimerait ne plus apparaître comme celui « des riches ».

Non, ni Matignon ni Bercy ne lui ont demandé de réaliser « 7 milliards d’euros d’économies sur les aides sociales » (Le Canard Enchaîné). Comment, dès lors, interpréter les déclarations de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire? Le premier a affirmé qu’il y avait « trop d’aides sociales » en France et le second avait révélé l’existence d’une note interne à Bercy préconisant de diminuer leur coût. Réponse de la ministre: « Ils sont dans leur rôle. Chacun travaille avec son prisme ».

Bonne conscience

« Quand un gouvernement s’est fixé un objectif de réduction des déficits publics, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et de son efficacité», reconnaît-elle. Puis : «Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité… On a le droit de s’interroger sur un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus ». Cette dernière réponse concernait une question sur une éventuelle suppression de l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide est «attribuée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage sous conditions d’activité antérieure et de ressources», explique le site internet du service public.

« Une précédente édition du JDD affirmait, en effet, qu’un rapport préconisant sa disparition avait été remis au gouvernement, rappelle Le Figaro. Une source gouvernementale citée par Le Monde assurait en revanche que l’idée, déjà étudiée par Nicolas Sarkozy, avait été écartée. ‘’Reste à savoir quelle interprétation donner à la réponse d’Agnès Buzyn’’. »

Reste à savoir qui, pour Mme Buzyn, est « pauvre » et qui ne l’est pas. « On ne doit pas s’acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté », observe la ministre des Solidarités et de la Santé. Quel est, aujourd’hui, le prix d’achat d’une bonne conscience ?

A demain