Deux médecins cloués par deux cents confrères dans l’affaire des médicaments Alzheimer

 

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Neurologues, gériatres, psychiatres : près de deux cents médecins clament, dans une lettre ouverte à Agnès Buzyn publiée lundi 18 juin dans Le Figaro, leur « désarroi » devant une récente décision de la ministre des Solidarités et de la Santé la santé : le déremboursement de quatre « médicaments anti-Alzheimer » présents sur le marché depuis plus de vingt ans. C’est une fronde sans précédent contre la Haute Autorité de santé qui (après des années d’atermoiements) avait (notamment)jugé le rapport bénéfices/risques de ces médicaments insuffisants : Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl ainsi que leurs génériques (remboursés à hauteur de 15 % par l’Assurance-maladie, pour un coût annuel d’environ 90 millions d’euros).

Ces médecins des vingt-huit centres mémoire de ressources et de recherche sur la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées (CMRR) de France et neuf sociétés savantes demandent « solennellement et publiquement » (sic) à Agnès Buzyn de « revenir sur cette décision qui dessert la prise en soins actuelle et future des malades en étant susceptible d’altérer la confiance que portent les patients, leurs familles et les professionnels dans les processus de décision en matière de santé ». Leur lettre a, sans surprise, reçu le soutien des principales associations de patients (France Alzheimer et France Parkinson).

Manquement à la confraternité

On ajoutera que les signataires ciblent méchamment (et publiquement) deux de leurs confrères :

« Nous sommes aussi extrêmement surpris des propos tenus (ou rapportés dans les médias), par des collègues qui ont eu à juger de ce dossier au sein de la Commission de Transparence, propos qui ne peuvent que susciter beaucoup d’interrogations sur leur impartialité. Ainsi, l’un d’entre eux 1 dont les positions «anti-médicament» étaient de notoriété publique, bien avant sa nomination à la Commission de Transparence, vient de publier un ouvrage suggérant que la maladie d’Alzheimer ne serait en fait pas une maladie, mais seulement une «construction sociale».

 « Les propos d’un autre 2 rapportés dans la presse, étaient que ‘’Ces médicaments sont bien sûr inefficaces. Ils ont sûrement tué plus de patients qu’ils n’ont jamais aidé la mémoire d’autres’’. De telles postures génèrent légitimement de très importantes réserves concernant l’indépendance de ces experts et les conditions dans lesquelles ce dossier a été instruit par la HAS en 2016. Ils contribuent aussi à jeter l’opprobre sur l’ensemble des spécialistes du domaine, dont la majorité tente d’apporter, par un travail honnête et sincère, un peu de soulagement et d’aide, si modeste soit-elle, aux patients et aux familles. »

Où l’on voit que la modestie n’est pas incompatible avec une certaine débauche d’énergie. Question : les deux spécialistes ainsi cloués (sans pour autant être nommés … ) répondront-ils à cette forme de manquement manifeste à la confraternité ?

A demain

1 Il s’agit, comme nous le rapportons sur Slate.fr, du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et de l’ouvrage original qu’il cosigne, aux éditions Michalon, avec Éric Favereau, journaliste à Libération.

2 Propos cités dans Libération (25 mai 2018) par « l’ancien président de la Commission de transparence »

 

 

Le «dos des pauvres» et le prix d’achat de la «bonne conscience» (Agnès Buzyn, Solidarités)

Bonjour

Dimanche 10 juin. Agnès Buzyn s’exprime dans le JDD. C’est assez alambiqué, difficile à traduire. Pour Le Figaro elle annonce que le gouvernement ne fera pas « d’économies «sur le dos des pauvres». Pour Le Monde, elle se dit  « prête à ‘’discuter’’ de toutes les aides sociales ».

Dans tous les cas la ministre des Solidarités et de la Santé monte au front. Et traverse une séquence sous la mitraille. Elle a dû, le 6 juin, dénoncer les accusations la visant du Canard Enchaîné. Puis faire entendre sa voix dans le concert des polémiques et couacs gouvernementaux au chapitre, clivant, des « aides sociales », de leur raison d’être et de leur devenir. Un thème majeur pour un président qui aimerait ne plus apparaître comme celui « des riches ».

Non, ni Matignon ni Bercy ne lui ont demandé de réaliser « 7 milliards d’euros d’économies sur les aides sociales » (Le Canard Enchaîné). Comment, dès lors, interpréter les déclarations de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire? Le premier a affirmé qu’il y avait « trop d’aides sociales » en France et le second avait révélé l’existence d’une note interne à Bercy préconisant de diminuer leur coût. Réponse de la ministre: « Ils sont dans leur rôle. Chacun travaille avec son prisme ».

Bonne conscience

« Quand un gouvernement s’est fixé un objectif de réduction des déficits publics, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et de son efficacité», reconnaît-elle. Puis : «Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité… On a le droit de s’interroger sur un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus ». Cette dernière réponse concernait une question sur une éventuelle suppression de l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide est «attribuée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage sous conditions d’activité antérieure et de ressources», explique le site internet du service public.

« Une précédente édition du JDD affirmait, en effet, qu’un rapport préconisant sa disparition avait été remis au gouvernement, rappelle Le Figaro. Une source gouvernementale citée par Le Monde assurait en revanche que l’idée, déjà étudiée par Nicolas Sarkozy, avait été écartée. ‘’Reste à savoir quelle interprétation donner à la réponse d’Agnès Buzyn’’. »

Reste à savoir qui, pour Mme Buzyn, est « pauvre » et qui ne l’est pas. « On ne doit pas s’acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté », observe la ministre des Solidarités et de la Santé. Quel est, aujourd’hui, le prix d’achat d’une bonne conscience ?

A demain

 

PMA : le président Macron partage-t-il encore l’opinion d’Emmanuel le candidat ?

 

Bonjour

Dimanche 3 juin 2018. Orages sans fin sur la France. C’est une exclusivité de La Croix (Loup Besmond de Senneville): « Un dîner sur la PMA discrètement organisé à L’Elysée en présence d’Emmanuel Macron ». C’était le 23 mai et la soirée a duré plus de trois heures. Menu : procréation et génomique. Mais, pour l’essentiel, la question phare : celle de l’extention ou pas de la technique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur à des femmes seules ou à des couples de femmes – ce que les médias généralistes réduisent à « PMA ».

Chacun a eu une dizaine de minutes pour s’exprimer, au cours d’un premier tour de table, avant d’engager une discussion. Côté pro : des médecins comme François Olivennes et Israël Nisand, le président de l’association des familles homoparentales, Alexandre Urwicz, et une adhérente d’« IciMamaSolo ». Face à eux, Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita et le père Brice de Malherbe, docteur en théologie, spécialiste de bioéthique.

« Emmanuel-neutralité »

« De son côté, Emmanuel Macron a, semble-t-il, peu parlé, se contentant d’introduire les débats et de les clore, un peu après minuit, résume La Croix. ’Il a dit que nous étions désormais au carrefour des possibles, ouvert par la technologie, et que nous pouvions désormais introduire dans la loi quelques-uns de ces possibles’’, rapporte un participant. Selon plusieurs invités, le président ne s’est pas clairement exprimé en faveur de la PMA, restant dans une forme de neutralité. »

« Une attitude très différente de celle tenue lors d’un autre dîner à l’Elysée, mi-février, cette fois sur la fin de vie. Emmanuel Macron avait alors expressément fait part de ses réserves sur le suicide assisté. ‘’Le suicide est toujours un acte violent’’, qu’il soit aidé ou non, avait ainsi déclaré le chef de l’État, ajoutant, soucieux de clarifier les définitions, que les mots ’suicide’’ et ‘’assisté’’ relevaient à son sens ‘’d’un oxymore’’. »

Où l’on en vient à se demander, s’agissant de la « PMA » si le président Emmanuel Macron est-il du même avis que le candidat. « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », confiait son entourage au Figaro, en mars 2017, confirmant une information d’iTélé. Une fois élu il précisait toutefois : « afin de ne pas réitérer les erreurs du passé, le calendrier de cette réforme sera soigneusement préparé. J’attendrais que le Comité national d’éthique ait rendu son avis pour pouvoir construire un consensus le plus large possible ».

Puis ce Comité rendit son avis en juin 2017. Feu vert sous condition, accompagné d’oppositions ainsi que de nombreuses et graves questions éthiques et pratiques 1. Uen problématique reprise avec brio, il y a quelques jours, par le biologistes Jacques Testart et Marie-Angèle Hermitte dans les colonnes du Figaro.

Les naïfs de la nouvelle majorité

Et maintenant ? Mardi 5 juin 2018  à la Maison de la Chimie, à Paris le « rapport de synthèse » des États Généraux de la Bioéthique sera présenté à la presse par le Comité consultatif national d’éthique. Suivra la mécanique républicaine qui conduira à un avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique de 2011. Puis à un projet de loi. Or tout ceci risque d’être plus mouvementé que prévu par les naïfs de la nouvelle majorité.

Début mai Libération faisait état de doutes croissants , dans les milieux « bien informés » quant à la volonté d’Emmanuel Macron de concrétiser sa promesse de la « PMA pour toutes ». Puis, le 29 mai, le même Libération publiait une tribune de quelques parlementaires de la majorité présidentielle 2 « rappelant leur attachement à l’extension de la procréation médicale assistée à toutes les femmes, célibataires, en couple hétérosexuel ou en couple lesbien ». A dire vrai, un bien pauvre argumentaire.

Au total il faut voir là une série de symptômes convergents : le président ne partage plus tout à fait l’opinion du candidat. On y ajoutera, pour s’en convaincre, la désormais célèbre et solennelle sortie du président de la République française  devant l’institution catholique, aux Bernardins. Et on rappellera que, encore candidat, Emmanuel Macron ne se cachait pas de percevoir le mystique au sein du politique.

Nous ne sommes qu’en juin de l’année 2018. Orages annoncés sur la France.

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kutten, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

2 Guillaume Chiche (Deux-Sèvres), Coralie Dubost (Hérault), Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire) , Laetitia Avia (Paris), Thomas Mesnier (Charente),  Laurence Vanceunebrock-Mialon (Allier),  Raphaël Gérard (Charente-Maritime), Elise Fajgeles (Paris), Hugues Renson (Paris), Carole Grandjean (Meurthe-et-Moselle) Aurélien Tache (Val-d’Oise), Cécile Muschotti (Var), Pieyre-Alexandre Anglade (Français établis hors de France), Claire Pitollat (Bouches-du-Rhône), Sacha Houlié (Vienne), Stéphanie Rist (Loiret), Pierre Person (Paris), Sophie Beaudoin-Hubiere (Haute-Vienne), Damien Pichereau (Sarthe), Martine Wonner (Bas-Rhin), Mickaël Nogal  (Haute-Garonne), Didier Baichère (Yvelines), Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence), Damien Adam (Seine-Maritime), Ludovic Mendes (Moselle), Laurent Saint Martin (Val-de-Marne), Florent Boudié (Gironde), Philippe Chalumeau (Indre-et-Loire), Guillaume Gouffier-Cha (Val -de-Marne), Eric Bothorel (Côtes d’Armor), Bérangère Abba (Haute-Marne), Marne Fabienne Colboc (Indre-et-Loire), Stéphane Testé (Seine-Saint-Denis), Dominique David (Gironde), Jean-Louis Touraine (Rhône), Anne Genetet (Français établis hors de France), Marie-Christine Verdier-Jouclas (Tarn), Stéphane Buchou (Vendée), Jean-Marie Fiévet (Deux-Sèvres), Olga Givernet (Ain), Denis Sommer (Doubs), Brigitte Bourguignon (Pas-de-calais), Valérie Gomez Bassac (Var), Joël Giraud (Hautes-Alpes), Jennifer de Temmerman (Nord), Frédéric Barbier (Doubs), Bérangère Couillard (Gironde).

 

Conflits d’intérêts :  le Comité national d’éthique est publiquement accusé de partialité

Bonjour

Il faudra, mardi 5 juin 2018, être à la Maison de la Chimie, à Paris. Objet : découvrir le « rapport de synthèse » des États Généraux de la Bioéthique qui, alors, sera présenté à la presse par des membres du Comité consultatif national d’éthique. Peu après des membres du « Comité Citoyen » présenteront les « Opinions » émises par ce dernier.

S’ils ont lu, sous la plume du biologiste Jacques Testart et de la juriste Marie-Angèle Hermitte la tribune publiée il y a peu dans Le Figaro les journalistes présents pourront poser quelques questions piquantes : les deux auteurs  s’interrogent, avec pertinence, sur « la fiabilité et l’intérêt » des consultations organisées dans le cadre de ces États Généraux. Ils reprochent en substance au CCNE d’être à la fois juge et partie. Une accusation d’une paticulière gravité quand il vise cette institution généralement tenue, dans les médias, pour être au-dessus de tout soupçon. Résumons leur propos qui, déjà, jette le trouble sur la qualité du programme annoncé.

Quoi de plus beau, en théorie, que la « démocratie participative » ? De plus séduisant que la révision, à échéances démocratiquement fixées, du texte de loi qui encadre les pratiques ayant à voir avec la « morale en marche » ? C’est dans ce cadre que la loi de 2011 relative à la bioéthique fut à l’origine « Etats Généraux » qui, sept ans plus tard, viennent de s’achever. Des « Etats Généraux » modestement intitulés : « Quel monde voulons-nous pour demain ? ».

« L’entre-soi »

On lira, dans Le Figaro, les chapitres du réquisitoire signé Testart – Hermitte. Avec d’emblée cette question qui, une nouvelle fois, nous ramène à celle, consanguine et anti-démocratique de « l’entre-soi ». Ou, si l’on veut, du novlangue d’Orwell. Décrypter, en somme, les dysfonctionnements et les maquillages inhérents au « web », aux « débats publics » et autres « auditions ». Ne pas se laisser berner par les chiffres (« 29 000 personnes ont participé à une discussion sur le web et posté 64 985 ‘’contributions’’ », « 250 débats en région », « autour de 150 auditions » etc.). Hermitte et Testart :

« Les données recueillies seront en général pauvres en termes d’innovation de choix politiques du fait de l’absence de temps de délibération collective et de confrontations créatrices. Une fois obtenues, qu’en faire? La loi de 2011 a prévu un «rapport de synthèse», exercice difficile, et a eu tort de le confier au CCNE qui, commanditaire de l’exercice, ne doit pas être à la manette pour les conclusions. Il ne saurait malgré ses efforts être «objectif», ayant déjà rendu des avis sur la plupart des thèmes abordés.

«  Des doutes sur la validité et l’honnêteté du processus sont vite apparus, même s’ils ont été exprimés de manière sommaire. Certains journalistes ont pointé la mobilisation de la «Manif pour tous» accaparant les débats publics pour s’opposer à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ; mais ils ont oublié de mentionner la mobilisation des pro-PMA et GPA, sur Internet, dans les médias et dans les auditions. »

Faut-il rappeler, comme nous l’avions fait il y a peu sur ce blog, que Didier Sicard, ancien président de CCNE, s’est inquiété de la diabolisation dont sont victimes les opposants à cette ouverture de la loi, traités de «réacs, d’obscurantistes ou désignés comme croyants… accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires ».

Le passage fort du réquisitoire signé Hermitte-Testart :

« Lorsque le CCNE remettra le 4 juin son rapport de synthèse à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPCEST), lequel préparera la discussion parlementaire, les groupes d’intérêts institutionnels auront été largement représentés et vont presque tous dans le même sens: ouverture des recherches sur l’embryon ; sélection élargie des embryons in vitro dans un contexte où le transhumanisme a le vent en poupe ; AMP hors stérilité ; indifférence à la manière dont sera gérée la pénurie du sperme, avec possibilité d’ouverture à la rémunération des donneurs (et ensuite au don du sang, des organes?). Les mêmes acteurs, et d’autres, prônent l’ouverture de l’AMP aux femmes seules, ce qui prive l’enfant non seulement d’un père mais d’une lignée entière, alors que l’ouverture aux couples de femmes, déjà problématique, donne au moins deux lignées parentales à l’enfant. »

Ne retenir qu’une seule phrase ? Celle-ci : « Le principe cardinal d’indisponibilité des éléments du corps humain est de plus en plus écarté au profit du désir des personnes mais aussi de la possibilité de vendre ou louer ces éléments ».

Il faudra, mardi 5 juin 2018, être à la Maison de la Chimie, à Paris. 14 heures.

 

A demain

 

Homéopathique :  mais pourquoi diable Mme Buzyn alimente-t-elle ainsi la polémique ?

Bonjour

Personnalités étranges les politiques peuvent, parfois, souhaiter ne jamais en finir avec une polémique à forte valence médiatique. Agnès Buzyn s’y emploie aujourd’hui à merveille avec l’homéopathie. Un sujet vieux de deux siècles qui, grâce à elle, ne quitte plus le devant de la scène des ondes – l’un des symptômes de la société politique du spectacle.

Retour sur les derniers épisodes.

 Acte I (12 avril) :  « Homéopathie : un banal « placebo » qui restera remboursé par la collectivité (Agnès Buzyn) ». Invitée le jeudi 12 avril 2018 de la matinale RMC/BFM TV, Agnès Buzyn fait le point sur plusieurs chantiers sensibles – dont l’homéopathie. Jean-Jacques Bourdin interroge la ministre des Solidarités et de la Santé sur la question de sa prise en charge par la collectivité. Une affaire financière autant que symbolique quant à la place du rationnel thérapeutique dans notre communauté.

Toile de fond : une tribune publiée par Le Figaro le 19 mars dans laquelle des médecins s’en étaient pris avec virulence à l’homéopathie. D’autres praticiens, plus que favorables à cette pratique, ont répliqué en portant plainte devant l’Ordre des médecins contre leurs confrères signataires.

Continuer à rembourser ou pas ? L’homéopathie continuera à être remboursée a, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ».

Acte II (13 avril). « Homéopathie : Agnès Buzyn a créé l’événement avec #demandetonremboursement »

L’information de poids distillée en quelques secondes la veille ruisselle en cascade, grossit les rivières, suscite au choix l’ire ou l’hilarité. Avec cette question : une bourde à coup sûr, mais une bourde volontaire ou pas ? Embrasement sur les réseaux sociaux. Moins sur la question des spécialités homéopathiques (« cette eau diluée dans le l’eau » disent les rationalistes) que sur les prolongements que l’on peut faire à partir de ce raisonnement.

Dans la foulée le hashtag, #demandetonremboursement a été créé dans la foulée par @JeSuisBigPharma, un compte satirique  sur Twitter :

« J’adore ce nouveau jeu. Voici les règles: – Trouve une activité ou un produit qui te fait du bien et qui n’est pas dangereuse. – Explique le à @agnesbuzyn. – Demande comment on procède pour obtenir le remboursement – Ajoute le hashtag #DemandeTonRemboursement »

La lecture en était réjouissante, parfois acidulée, parfois acerbe :

#DemandeTonRemboursement @agnesbuzyn je fais des Pilates chaque semaine afin de rester zen face à mes patients et leur prodiguer la même qualité de soins tt au lg de l’année. ça m’évite aussi d’être violente à votre égard, étant donné le mépris que vs m’opposez. Vous remboursez ? »

parfois florale et politique :

« Chère @agnesbuzyn, j’ai semé des cosmos et des tournesols. Ce n’est pas nocif, ça me fait beaucoup de bien et ce n’est même pas cher. J’en ai eu pour 3€75. J’accepte le remboursement à 35% même si je déplore qu’en Alsace il puisse atteindre 90%. #DemandeTonRemboursement »

Acte III (13 avril). Poursuite de la cascade : « L’homéopathie selon Agnès Buzyn : rires et satires sur #DemandeTonRemboursement »

Acte IV (20 avril) « Agnès Buzyn la scientifique relance la polémique sur les remboursements homéopathiques »

Interrogée le 19 avril Agnès Buzyn, a affirmé sur Europe 1que les médications homéopathiques sont remboursées « comme tous les médicaments qui ont un service médical rendu faible à 15 % ».

« Il y a toute une catégorie de médicaments dont on sait que l’efficacité n’est pas… très…  prouvée. C’est ce qu’on appelle l’effet placebo (rires) En tant que scientifique, je considère que l’homéopathie ne peut pas fonctionner autrement (rires) que par l’effet placebo ! Dans tous les cas, rien n’a été prouvé autrement. Si on doit se poser la question du remboursement, on doit plus généralement se poser la question du remboursement de médicaments très peu efficaces. »

« C’est bien la question que l’on aimerait, en période de maigres vaches, que se pose la ministre des Solidarités et de la Santé. Et c’est précisément la question qu’Agnès Buzyn ne se pose pas, écrivions-nous alors. Pour elle, pour le gouvernement, pour le Premier ministre et le président de la République, ce n’est pas « une priorité ».  

« Ce qu’il faut savoir c’est que ça représente une somme assez réduite pour la Sécurité sociale. C’est quelques dizaines de millions d’euros (sic). Ce n’est pas ça qui va permette de faire des économies importantes par rapport aux enjeux financiers de remboursement des soins. Ce n’est pas une priorité.»

Acte V (28 mai). Tout, brutalement, a changé. « Le statut dérogatoire de l’homéopathie va-t-il disparaître ? s’interroge Le Monde (Pascale Santi)L’homéopathie pourrait rentrer dans le droit commun et être évaluée scientifiquement. Si elle est utile, elle restera remboursée. Si elle est inutile, elle arrêtera de l’être, a indiqué la ministre de la santé, Agnès Buzyn, sur les ondes de France Inter, jeudi 24 mai. Le problème de l’homéopathie est qu’elle n’a jamais été évaluée comme les médicaments. »

Où l’on redécouvre la recette de l’eau chaude, diluée ou pas. Et les incohérences qui lui sont inhérentes, depuis longtemps collectivement assumées. L’homéopathie dispose ainsi d’un statut dérogatoire. L’autorisation sur le marché de ses spécialités ne répond pas au mêmes contraintes  que les médicaments allopathiques. Idem pour leur évaluation par la Haute autorité de santé, qui ne peut se prononcer sur le service médical rendu (SMR) de ces spécialités. « Au ministère de la santé, on indique ne pas avoir de position doctrinaire» assure Le Monde.  Mais de quelle doctrine parle-t-on ?

« Nous remboursons à des taux très faibles des médicaments peu efficaces voire extrêmement peu efficaces. Le débat est ouvert sur l’utilité des médicaments: où met-on l’argent public ? » (Agnès Buzyn, le 24 mai). La question est donc relancée – sans précision sur les échéances et la nature de l’évaluation. Le marché total de l’homéopathie représente environ 620 millions d’euros en 2017, selon les chiffres du Hub d’OpenHealth, qui s’appuie sur les ventes de plus de 10 700 pharmacies en France. De son côté, l’Assurance-maladie dit avoir remboursé 128,5 millions d’euros de médicaments homéopathiques en 2016, soit moins de 1 % du budget médicaments. »  On attend, patiemment, l’acte VI.

A demain

 

 

« PMA pour toutes » :  les bataillons catholiques face à l’armée d’Emmanuel Macron 

 

Bonjour

D’un côté les promesses du candidat Macron, de l’autre les exhortations mystiques du président de la République au Collège des Bernardins. Au centre la question de l’ouverture ou pas de la pratique de l’insémination artificielle médicalisée au-delà du champ de la thérapeutique de la stérilité. L’affaire de la « PMA pour toutes » marque ainsi les limites du consensuel en même temps macronien.

« PMA : En marche sur des œufs » s’amuse Libération « Emmanuel Macron, il est des promesses visiblement plus difficiles à tenir que d’autres, écrit Matthieu Ecoiffier. Notamment celle d’ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. » Et Libé de rapporter qu’à l’occasion de son premier anniversaire à l’Elysée, certains de ses proches ont été interpellés sur la concrétisation de cet engagement de campagne. «Je suis attaché à ce que nous fassions ce que nous avons dit, que la PMA pour toutes soit adoptée avant la fin du mandat de la majorité», a ainsi déclaré l’indéfectible Richard Ferrand, général en chef des députés LREM, sur France Inter. « Sans enthousiasme et en marchant sur des œufs » a noté Libé.

On sait aussi que pratiquement en même temps, Michel Aupetit, archevêque de Paris rappelait son credo politico-éthique dans les colonnes du Quotidien du Médecin.

« Nous sommes à un carrefour entre deux sociétés. L’une est fondée sur la fraternité, elle repose sur les relations interpersonnelles, et sur un droit qui cherche la défense du plus faible. Mais aujourd’hui, un autre type de société se construit, fondée sur l’individualisme et sur le principe de l’autonomie. Le droit change et s’aligne sur les désirs individuels. »

Au sujet de la « PMA pour toutes » et à la question de savoir s’il doit exister un droit à l’enfant, Mgr Michel Aupetit répond : « Non. C’est le chosifier. (…) La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 avec la participation de la France, mentionne le droit d’être élevé par son père et par sa mère. Voulons-nous une société du désir individuel aux conséquences terribles ? Ou celle qui prône le respect des personnes, du droit de l’enfant, des plus fragiles… »

Diabolisation

Et il ne faut oublier qu’avant d’être nommé, par Rome, archevêque de Paris Michel Aupetit avait revendiqué «être descendu dans la rue pendant la Manif pour tous». C’était il y a précisément cinq ans. Et il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

Pour Libé les choses sont claires : Mgr Aupetit est aujourd’hui « dans la ligne de l’offensive des catholiques réactionnaires menée lors des Etats généraux de la bioéthique ».  dont la phase de consultation s’est achevée la semaine dernière.  « Le premier bilan qu’a tiré le Comité consultatif national d’éthique de ces Etats généraux pourrait expliquer la procrastination et le manque d’empressement du gouvernement et de la majorité sur le sujet » estime Matthieu Ecoiffier. Il ajoute que les associations favorables à la « PMA pour toutes » dénoncent aujourd’hui un « noyautage » et une « monopolisation de la parole » par les anti ».

Infernale marchandisation

Pour sa part le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (et peu suspect de rouler pour l’Eglise catholique) vient, dans les colonnes du Figaro, de s’exprimer sur le même sujet. « Noyautage » ? « Monopolisation de la parole » ?

« J’ai avant tout été frappé par une forme de diabolisation des opposants à l’évolution de la loi dans les débats auxquels j’ai participé et dans les médias. Ceux qui ne sont pas d’accord avec l’ouverture de la PMA ou la modification de la loi sur la fin de vie sont très souvent traités de «réacs», d’obscurantistes ou désignés comme croyants. Ils sont accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires. C’est une manière de fermer le débat, de dénier à l’autre sa capacité de réflexion ou de mettre en doute son raisonnement en le considérant comme biaisé par une idéologie. »

 Et de rappeler, comme l’avaient fait il y a un an dans un avis remarqué une partie des membres de ce Comité 1 que l’extension de la PMA peut, en cascade, aboutir à la fin de l’anonymat et de la gratuité du don de gamètes – et remettre en cause l’interdiction de la procréation post mortem. Plus le temps passe et plus l’enjeu devient clair : prendre ou non le risque d’entrouvrir une porte jusqu’ici verrouillée – une porte qui, pour certains, ne peut que conduire vers l’enfer de la marchandisation du corps humain.

A demain

1 Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

 

«PMA pour toutes» : pourquoi les opposants seraient-ils médiatiquement « diabolisés » ?

Bonjour

Fin des Etats Généraux de la Bioéthique. Quelques incitations médiatiques généralement poussives un public d’habitués souhaitant en découdre … bien difficile de dire que ce fut un exercice pleinement démocratique. Pour l’heure le CCNE se gorge de chiffres sans significations statistiques. Il parle d’une « importante mobilisation des citoyens ». « Importante », vraiment : 29 000 personnes (sur 183 500 visiteurs uniques) participant sur le site internet,18 500 assistant aux 250 débats organisés par ces structures inconnues que sont les « espaces éthiques régionaux ».

Importantes, vraiment, les auditions de 87 « associations », de 36 « sociétés savantes », de 9 groupes de courants philosophiques ou religieux, de 15 institutions et de 3 entreprises ou syndicats d’entreprises ? Et de quelle manière seront traitées les « près de 65 000 contributions » postées par 29 000 internautes ? On observera toutefois que près de la moitié d’entre elles portaient sur le thème « Procréation et société » et une sur quatre sur « la fin de vie ». Pour le reste : au mieux un intérêt poli.

Et puis, dans ce contexte un entretien accordé au Figaro (Agnès Leclair) par le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), Didier Sicard fait le bilan des États généraux de la bioéthique. On lui demande quelle lecture il fait de la présence massive des opposants à la « PMA pour toutes » dans ces débats. Sa réponse :

« J’ai avant tout été frappé par une forme de diabolisation des opposants à l’évolution de la loi dans les débats auxquels j’ai participé et dans les médias. Ceux qui ne sont pas d’accord avec l’ouverture de la PMA ou la modification de la loi sur la fin de vie sont très souvent traités de «réacs», d’obscurantistes ou désignés comme croyants. Ils sont accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires. C’est une manière de fermer le débat, de dénier à l’autre sa capacité de réflexion ou de mettre en doute son raisonnement en le considérant comme biaisé par une idéologie. J’y vois une confusion entre le débat politique et la dimension anthropologique de ces thèmes. »

 Conséquences en cascade

 On demande au Pr Sicard de nous en dire un peu plus : En quoi le débat sur l’ouverture de la PMA lui semble-t-il complexe ?

« L’ouverture de la PMA peut paraître une demande simple et légitime au plan de la liberté mais transforme la société en faisant des enfants un enjeu et non plus une finalité. Certes, des situations particulières peuvent justifier l’ouverture de ce droit. Mais faire de la PMA une thérapeutique banale interroge. N’est-ce pas faire fi de la complexité de ce qui se joue dans la filiation? On se moque de la question de la place du père en disant que ce n’est pas très grave, mais n’y a-t-il pas un risque de donner aux enfants le sentiment d’être des clones de leur mère?

 « Un désir d’enfant pour soi me paraît un peu contradictoire. Oublier qu’un enfant résulte du désir entre une femme et un homme, c’est peut-être faire prendre un risque à notre humanité future. Ce risque semble particulièrement important dans le cas de l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires alors que l’on pourrait comprendre que le mariage pour tous entraîne la PMA pour les couples de femmes. Ces questions bioéthiques sont comme des poupées russes, car elles peuvent entraîner des conséquences en cascade. Ainsi, l’extension de la PMA peut aboutir à la fin de l’anonymat, de la gratuité du don de gamètes et remettre en cause l’interdiction de la procréation post mortem. »

Question que ne pose pas Le Figaro : le Pr Sicard a-t-il déjà été traités de « réac », d’ « obscurantiste » ou désigné comme « croyant » ?

A demain