« PMA, OGM et GPA » : le piège dans lequel Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat, tomba

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Marlène Schiappa a encore frappé. La secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes vient, cette fois, de dénoncer une nouvelle campagne de « La Manif pour tous » 1. Une campagne avec un « visuel » : sur fond rose, une silhouette de bébé au milieu de légumes, avec ce slogan : « Après les légumes OGM, les enfants à un seul parent ? ». Un visuel et des hashtags #NoGPA et #NoPMAsansPère relayés par un site, pma-gpa.fr.

« Agir pour le respect des animaux et des plantes, mais pas pour celui des enfants ? » interroge le tweet qui dévoile l’affiche.

La secrétaire d’État à l’Égalité n’a pas résisté à faire part de sa colère via son compte Twitter. Pour elle ce visuel est « offensant ». « Comparer les bébés nés après FIV ou insémination à des légumes OGM est profondément offensant pour les enfants et leurs familles. Retrait », a-t-elle écrit. Avant d’ajouter quelques minutes plus tard : « Les familles monoparentales sont aussi stigmatisées par cette campagne. Nous sommes au XXIe siècle. Il n’y a pas un modèle unique de famille. »

Au-delà de la colère, la sanction ? Interrogé par Le Figaro , le cabinet de la secrétaire d’État a expliqué que « l’aspect juridique du retrait de cette affiche est à l’étude ». Aussitôt, la réaction : dimanche 8 octobre, la « Manif pour tous » a officiellement réagi aux propos de Marlène Schiappa par l’intermédiaire d’un communiqué : « PMA sans père : stop aux calomnies et caricatures ». Elle y « dénonce le faux procès dont elle est victime ». « Jamais aucun enfant n’a été comparé à des légumes OGM. Jamais l’opposition à la PMA sans père n’a stigmatisé les familles monoparentales » affirme-t-elle.

La main tendue

« Nous tendons la main à Marlène Schiappa pour mettre un terme aux calomnies et caricatures. La question est trop sérieuse et ne mérite pas cela. Nous comptons sur un dialogue réel pour clore une polémique virtuelle » explique Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ». Mme Schiappa dialoguera-t-elle avec Mme de La Rochère ?

Pour l’heure, force est de constater que « La Manif pour Tous » n’a pas, au sens strict, comparé les enfants issus de la PMA et de la GPA à des Organismes (végétaux) Génétiquement Modifiés. Pour autant comment ne pas voir, dans son slogan, une forme d’amalgame prêtant à toutes les confusions qui alimentent les passions 2.

On se souvient que Marlène Schiappa avait, en septembre dernier, sur RMC-BFMTV, confirmé la volonté du gouvernement de proposer et d’obtenir au plus vite (en 2018) l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes ». Il s’agissait, rappelait-elle alors, d’un engagement de campagne du président de la République. Ce fut là une précipitation vite recadrée, off par le palais de L’Elysée puis ouvertement par Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur.

On n’a de cesse, à l’Elysée, de rappeler que le président n’envisage cette évolution sociétale que dans la mesure ou un consensus minimal aura été trouvé au sein de la société française. En d’autres termes le pouvoir exécutif n’entend pas réveiller les affrontements radicaux sociétaux observés lors du précédent quinquennat. De ce point de vue on peut penser que l’expression immédiate de la colère et des menaces de la secrétaire d’Etat n’est pas politiquement, d’une très grande habileté.

A demain

1 « La Manif Pour Tous » se présente comme étant « un mouvement spontané, populaire et divers » ; un mouvement qui s’oppose à la PMA « sans père », à la GPA, à la diffusion de l’idéologie de genre – tout en condamnant toute forme d’homophobie. Elle juge que le « mariage Homme-Femme » et la « filiation Père-Mère-Enfant » sont « universels et fondateurs de la société et de son avenir ».

2 Sur le thème de la modification génétique des embryons humain on se reportera avec le plus grand intérêt, dans la dernière livraison de la revue Esprit (octobre 2017) à : « La procréation à l’ère de la révolution génomique » de Jean-Hugues Déchaux, professeur de sociologie à l’université Lumière Lyon 2, directeur du Centre Max Weber (Umr 5283 – Cnrs).

Schiappa-Collomb : le gouvernement  se divise ouvertement sur la « PMA pour toutes » 

Bonjour

Silence jupitérien mais rétropédalage gouvernemental. Il faut d’urgence effacer ce qu’avait pu annoncer, le 12 septembre dernier, Marlène Schiappa. La jeune et controversée secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV avec un message à passer :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à « toutes les femmes » sera proposée en 2018 par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique. L’ « engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait respecté dès l’an prochain sur les bases de l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

C’était, disions-nous alors, un nouveau ballon d’essai. Moins d’une semaine plus tard le ballon s’est dégonflé. Et Marlène Schiappa a dû reprendre la parole pour, douloureux exercice, publiquement se corriger. « PMA pour toutes » ou « PMA sans père » ? Où l’on voit que, comme dans l’ancien monde, le gouvernement actuel est plus que divisé sur cette question sociétale. Invité le 17 septembre du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur ne cache pas être dans le camp des opposants.

Ne pas heurter les consciences

L’ancien maire du vieux Lyon catholique (et très proche du président de la République) estime que cette modification de la loi de bioéthique « pose sans doute un certain nombre de problèmes ». « Il faudra mettre des garde-fous », a-t-il osé ajouter – allant même jusqu’à évoquer des « lois sensibles qui peuvent heurter les consciences ». Invité à préciser s’il soutiendrait cet engagement de campagne de l’actuel président Gérard Collomb a répondu : « Je proposerai que l’on puisse résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels. » « Pour moi, la priorité est toujours économique et sociale », a conclu l’ancien maire de Lyon.

Le même dimanche, invitée de l’émission Dimanche en politique sur France 3, Marlène Schiappa a mangé son chapeau en annonçant que seul le calendrier de la réforme serait connu en 2018. « Nous ne sommes pas en train de débattre, pour l’instant, de la PMA. La PMA, ce n’est pas notre actualité, ce sera au moment des Etats généraux de la bioéthique, a-t-elle précisé. En 2018, a priori fin 2018, il y aura des Etats généraux de la bioéthique, dans le cadre de la loi bioéthique. Dans ce cadre, nous débattrons effectivement de la PMA et le gouvernement proposera d’ouvrir la PMA. Le calendrier précis sera exposé à ce moment-là. La PMA sera adoptée avant la fin du quinquennat, c’est un engagement du président. » Silence du Premier ministre.

Mme Schiappa aura donc, cette fois, omis de préciser que cette adoption supposait que le problème du chômage soit résolu. Appelé à jouer les pompiers volants Christophe Castaner, porte-parole a fait savoir que le gouvernement suivrait l’avis de la CCNE en cherchant « le plus large consensus » et en évitant toute « crispation ». Or les crispations sont bel et bien déjà là. Ludivine de La Rochère (la « Manif pour tous »)  qui lutte contre la  « PMA sans père » conseille à Emmanuel Macron de s’épargner un débat « inutile ». A l’opposé, dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif d’associations réclamait il y a quelques jours que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la PMA aux femmes lesbiennes et célibataires. Entre Marlène Schiappa et Gérard Collomb, que choisira, demain, le maître des horloges élyséennes ?

A demain

Affaire du Levothyrox : cri d’Anny Duperey ; accusations du Figaro ; silence des autorités

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1 C’est aujourd’hui dans Le Parisien. Bien connue des Français la comédienne et romancière Anny Duperey, 70 ans « lance un cri d’alarme et explique pourquoi elle souhaite que l’on revienne à l’ancienne formule du Levothyrox ». « Ce mardi matin, comme tous les autres depuis plusieurs semaines, Anny Duperey a avalé des anti-douleurs et de la vitamine C pour ‘’essayer, dit-elle, de faire bonne figure’’, précise le quotidien. La comédienne  est à l’affiche de la série culte Une famille formidable, dont elle tourne actuellement six épisodes. Elle assure souffrir d’effets indésirables ‘’graves et inquiétants’’ depuis qu’elle prend la nouvelle formule du Levothyrox, le médicament de la thyroïde prescrit à trois millions de personnes en France. »

Que nous dit Anny Duperey ? Qu’elle a commencé à avoir des problèmes de thyroïde après 50 ans et prends un comprimé par jour de 100 ug de Levothyrox depuis environ douze ans sans jamais ressentir le moindre problème. Et qu’aujourd’hui elle souffre d’une fatigue extrême. « Il n’est plus question pour moi d’aller au théâtre ou au cinéma : j’en suis physiquement incapable, dit -elle. J’ai même dû abandonner le vélo d’appartement que je pratique normalement tous les jours avec plaisir pour me maintenir en forme. La faute à la nouvelle formule du Levothyrox. »

Elle le sait car ses symptômes « sont apparus très exactement au moment où j’ai terminé ma dernière boîte de l’ancienne formule pour commencer la nouvelle ». « C’était fin avril, au moment où nous allions tourner des scènes d’Une famille formidable au Portugal, précise-t-elle. J’ai commencé à avoir des malaises très inquiétants, une fatigue intense mais une incapacité à dormir, des vertiges, des crampes aux cuisses qui me tétanisent dans mon lit, des désordres intestinaux handicapant socialement. J’ai fait un échodoppler pour évaluer la circulation cérébrale, des examens. Il n’y a rien d’anormal. Il n’y a pas d’autres explications que le médicament. »

L’actrice a adressé une lettre ouverte à Agnès Buzyn, ministre de la Santé. (lettre qui s’ajoute à une pétition qui a désormais recueilli près de 200 000 signatures) :

 « Rendez-nous l’ancienne formule du Levothyrox ! Ou tout du moins, laissez-nous le choix entre l’ancienne ou la nouvelle formule. Mon caractère est plutôt doux mais je suis vraiment furieuse de cette situation. Aujourd’hui, des patients sont pris en otage, servent de cobaye. Laissez perdurer cette situation est insensé et dangereux : certaines personnes arrêtent leur traitement. J’y ai pensé moi aussi, mais bien sûr il ne faut surtout pas faire cela car ce médicament est vital. Alors j’espère que notre cri d’alarme sera très vite entendu. »

2 C’est aujourd’hui dans Le Figaro. Le quotidien brosse un tableau inquiétant de la situation. « Les déclarations d’effets indésirables liés au Levothyrox s’empilent. Et elles ne concernent pas que des pertes de cheveux, une grande fatigue ou des crampes musculaires, écrit-il.  ‘’Certaines patientes ont des troubles très sérieux comme des vertiges avec chute et des troubles du rythme cardiaque’’, observe un pharmacovigilant. Selon nos informations, au moins 1500 cas graves ont déjà été enregistrés depuis deux mois. »

Selon Le Figaro le système d’alerte français imploserait. Plusieurs centres de pharmacovigilance lui ont confié qu’ils croulaient tellement sous les déclarations que certains d’entre eux ne les enregistreraient pas toutes – ou les entasseraient sans vraiment les lire. Et le quotidien de faire le procès du « portail » Internet de déclaration des effets secondaires des médicaments voulu par l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine.

« Les pharmacovigilants pâtissent directement de l’usine à gaz qu’est le site gouvernemental » affirme le quotidien. L’ancien député (PS), Gérard Bapt, spécialiste des questions de santé, a écrit à la ministre pour lui faire part de sa «préoccupation» concernant la crise actuelle. Il n’a pas reçu de réponse. «C’est dégueulasse de changer la formule d’un médicament dans un pays où il n’y a pas d’alternative. Certains vont acheter des boîtes de l’ancienne version en Espagne ! », explique crûment l’ancien député.

3 Silence des autorités sanitaires. Face à ces derniers éléments (et sans même évoquer le bouillonnement qui prévaut sur les « réseaux sociaux ») on observe un silence total de l’Agence du médicament et du ministère de la Santé. Pourquoi ? Et jusqu’à quand ?

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PS : Mercredi 6 septembre, à l’issue d’une réunion avec les associations de patients, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a reconnu « un défaut d’information » sur le changement de formule du Levothyrox. Un groupe de travail va être mis en place « pour mieux informer les patients et les professionnels de santé sur les médicaments ».

La ministre appelle à un débat apaisé. « Les patients rencontrent des effets secondaires réels, il ne faut pas les minimiser. Mais ils sont passagers pour la plupart d’entre eux , a-t-elle affirmé. Le seul danger pour la santé des patients est d’arrêter leur traitement. Ils trouveront le bon dosage avec l’aide de leur médecin. »

Agnès Buzyn a aussi annoncé que les autorités réfléchissaient à ouvrir le marché à d’autres génériques du Lévothyrox. « Nous réfléchissons aux moyens d’une ouverture du marché français à d’autres formules alternatives de la lévothyroxine, a-elle indiqué. Le fait qu’une seule formule du Lévothyrox soit disponible pour les patients pose un problème. » Sans préciser lequel.

 

Commotions cérébrales : faut-il imaginer voir un jour le génial Neymar jouer casqué ?

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Faut-il imaginer Neymar heureux ? Les gazettes ne parlent que de lui. L’Equipe célèbre un roi à Paris, Le Figaro évoque la démesure et Le Monde voit dans ce joueur le méchant reflet de la flambée des prix dans le football. Du pain, des millions d’euros et des jeux.

C’est aussi de football dont il est question dans le Journal de l’American Medical Association , de football américain, d’autopsies et de lésions. Une publication reprise et développée par Medscape France Vincent Bargoin) qui apporte de nouvelles preuves des conséquences neurologiques et psychiatriques à long terme des commotions cérébrales observées dans certains sports. Un travail remarquable : il a été mené à partir  d’une banque de tissus cérébraux constituée à partir de dons à la science faits par 202 joueurs de football américains décédés.

A l’autopsie, 177 de ces sujets présentaient une encéphalopathie traumatique chronique (ETC), taupathie liée à des commotions cérébrales répétées, et que l’on sait associée aux maladies neurodégénératives, souligne Medscape.  On note en outre une sorte de relation dose-effet puisque chez les 111 joueurs professionnels de la National Football League américaine, 110 présentaient des lésions cérébrales. Le diagnostic post-mortem d’encéphalopathie traumatique chronique repose sur la présence d’agrégats fibrillaires de protéine Tau phosphorylée au niveau des neurones et des astrocytes, en particulier autour des petits vaisseaux. La dementia pugilistica était connue depuis longtemps chez les boxeurs, mais le premier cas chez un joueur professionnel de football américain a été décrit en 2005. »

« Protocole commotion »

Medscape ajoute que si le football américain est « connu pour sa spectaculaire brutalité », une autre enquête, publiée en février dans Neurology, établit que les simples têtes au « football tout court » sont elles-aussi facteur de commotion cérébrale. Dans un éditorial  du JAMA le Dr Gil Rabinovici (California University, San Francisco) incite à la prévention.

« Les auteurs observent l’ECT non seulement chez des joueurs professionnels, mais également chez des personnes qui ont joué à l’université, ou même au collège, ce qui suggère que les niveaux d’exposition les plus faibles pourraient être suffisants pour provoquer des lésions cérébrales, écrit-il. En termes de santé publique, cet aspect est plus préoccupant que les observations chez des joueurs professionnels ».

Et ce d’autant plus qu’il faudrait également prendre en compte les « sub-commotions », impacts à la tête d’une moins grande intensité mais qui pourraient également augmenter les risques d’encéphalopathie traumatique chronique. Pour l’heure la Fédération Française de Rugby semble avoir entendu une partie du message américain avec la mise en place de la procédure de « protocole commotion » ; une procédure, toutefois, qui ne prévient pas la commotion elle-même. En viendra-t-on à imposer les casques à l’ensemble des joueurs de rugby ? Faut-il imaginer Neymar casqué ?

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Autoriser les manipulations génétiques de l’embryon humain à des fins thérapeutiques ?

Bonjour

Publiée dans Nature (« Correction of a pathogenic gene mutation in human embryos ») la nouvelle fait un grand bruit médiatique et soulève mille et une questions : « Gene-editing experiment pushes scientific and ethical boundaries ».

Une nouvelle fois il s’agit ici de la technique dite « Crispr-Cas9 » qui, pour résumer, permet de modifier pratiquement à volonté tel ou tel élément d’un génome. Et il s’agit de l’usage fait de cette technique sur des embryons humains – des embryons qui, cette fois, ont été conçus à cette seule fin. Dirigés par Shoukhrat Mitalipov (Center for Embryonic Cell and Gene Therapy, Oregon Health & Science University, Portland) des chercheurs chinois coréens et américains sont parvenus à corriger au stade embryonnaire l’anomalie génétique responsable d’une maladie cardiaque (cardiomyopathie hypertrophique due à une mutation du gène MYBPC3).

 Possibilités réalistes

Cette équipe a créé, par fécondation in vitro, 77 embryons à partir du sperme d’un homme porteur de la mutation du gène MYBPC3. Parmi eux 19 n’ont pas été manipulés (embryons « témoins ») et parmi les 58 autres la mutation génétique a pu, via Crispr-Cas9, le plus souvent être corrigée lorsqu’elle était présente.  Les chercheurs expliquent ne pas avoir laissé se développer les embryons plus de trois jours.

Ce n’est certes pas la toute première fois que cette approche technique est utilisée sur des embryons humains. Pour autant cette publication marque une nouvelle étape dans la réédition de génomes au stade embryonnaire et donc de modifications génétiques transmissibles – un seuil généralement considéré à l’échelon international comme ne devant pas être franchi pour des raisons éthiques.  Tel commence à ne plus être le cas.

« Fin 2015, un groupe international de scientifiques, réunis par l’Académie américaine des sciences (NAS), s’était prononcé pour une suspension de ce type d’essais, arguant qu’il fallait résoudre les problèmes de sûreté et d’efficacité avant de poursuivre plus avant, rappelle Le Figaro. Mais en mars 2017, la NAS avec l’Académie américaine de médecine estimait que des progrès significatifs avaient été réalisés, ‘’ouvrant des possibilités réalistes qui méritaient de sérieuses considérations’’ ».

Convention d’Oviedo

Une nouvelle fois c’est l’argument thérapeutique qui est mis en avant, les auteurs soulignant qu’il existe environ dix mille maladies dues, comme la cardiomyopathie hypertrophique, à la mutation d’un seul gène. « Notre but est de guérir des maladies graves » expliquent-ils. Ils ajoutent que la correction génétique ainsi apportée récupérerait des embryons mutants, augmenterait le nombre d’embryons disponibles pour une implantation et, au bout du compte, améliorerait le taux de grossesse ». Certains estiment d’ores et déjà que cette méthode pourrait être appliquée à d’autres mutations génétiques, comme celles concernant les gènes BRCA1 et BRCA2 dont on sait qu’elles peuvent prédisposer aux cancers du sein et de l’ovaire.

C’est toutefois oublier la pratique du diagnostic préimplantatoire qui permet, après fécondation in vitro, de dépister les embryons indemnes d’une mutation délétère avant de les implanter. C’est aussi oublier les interdits éthiques – comme la convention d’Oviedo pour la protection des droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain – qui n’autorise les interventions sur le génome humain « qu’à des fins préventives, diagnostiques et thérapeutiques et seulement si elles n’entraînent pas de modification dans le génome de la descendance ».

Cette convention, dont on célèbrera cette année le vingtième anniversaire en France, est le « seul instrument juridique contraignant international pour la protection des droits de l’Homme dans le domaine biomédical ». C’est aussi, il est vrai un instrument totalement ignoré par de nombreux pays. A commencer par la Chine et les Etats-Unis.

A demain

 

Voici les nouveaux salariés : avec une puce RFID sous-cutanée, greffée entre pouce et index

Bonjour

C’est une information à faire froid dans le dos. Après la BBC  ou Le Figaro on la retrouve  développée, dans Le Monde, par Corinne Lesnes.  A partir de demain, 1er août 2017, les employés salariés de la compagnie Three Square Market de River Falls (Wisconsin) évolueront plus librement dans leur espace de travail ; du moins celles et ceux qui auront accepté l’offre (gratuite) de leur employeur : se faire implanter une puce électronique sous la peau, entre le pouce et l’index. Cinquante employés sur quatre-vingt ont ainsi signé pour être greffés.

« La puce, de la taille d’un grain de riz, leur sera gratuitement introduite entre le pouce et l’index, par un personnel médical « qualifié », lors d’une « chip party » au siège de la compagnie, précise Le Monde. Après quoi, un simple mouvement suffira au porteur pour ouvrir les portes, payer la cantine, débloquer son ordinateur et utiliser les photocopieuses. ’L’implantation élimine le besoin de transporter des données’’, résume la bienveillante direction. » La légèreté, nouvelle définition de la liberté : légèreté des données ingérées.

Prolétaires-cobayes

La puce-cyborg coûte, à l’unité, 300 dollars (255 euros). Elle est développée par le fabricant suédois Biohax qui est déjà passé à l’acte en Suède. Sa puce a été approuvée par la Food and Drug Administration américaine. C’est une identification par radiofréquence (RFID, Radio Frequency Identification), une technologie courante pour suivre les livraisons en transit, et qui repose sur l’utilisation de champs électromagnétiques de capturant automatique les données 1.

C’est la première fois, souligne Le Monde, qu’aux Etats-Unis une entreprise propose à ses employés de servir de cobayes aux puces RFID. Donald Trump ou pas, nous sommes toujours en démocratie : les salariés hésitants pourront bénéficier d’une « bague » ou d’un « bracelet » en lieu et place de l’implant. On ajoutera, cela ne s’invente pas, que Three Square Market est une entreprise qui commercialise un logiciel pour les distributeurs de snacks dans les entreprises.

Cette firme pionnière espère bénéficier de la publicité gratuite que lui vaut son initiative. Conscient des risques, son directeur tente toutefois de dissiper les inquiétudes relatives aux atteintes à la vie privée. La puce ne sera dotée d’aucun « dispositif de traçage de type GPS ». On se demande pourquoi. Quant aux données, elles sont cryptées comme pour les cartes de crédit. Un souci ? Un regret ? Le « microchip » pourra être retiré à tout moment « en deux secondes, comme une écharde ».

 Sisyphe et son mythe

Echarde est le mot : petit corps effilé et pointu, de bois ou de métal, qui se fiche accidentellement dans la peau ou dans la chair. Car que faire d’une écharde à moins qu’on ne cherche à l’extraire ? Une vieille affaire littéraire :

« Il n’est pas un de ses personnages [de Dostoïevski] qui ne porte cette écharde dans la chair, qui ne l’irrite ou qui n’y cherche un remède dans la sensation ou l’immoralité ». Camus, Le Mythe de Sisyphe,1942, p. 151.

Sisyphe avec RFID entre pouce et index ? Certains ne veulent voir là que la déclinaison de la technique de la carte de « paiement-contact ». Interrogé par KSTP-TV, Todd Westby, le directeur de Three Square Market, affirme que l’implantation de puces électroniques sous la peau humaine est «la prochaine grande avancée inévitable » et entend bien que lui et son entreprise ne soient pas les derniers. Cette dystopie à portée de main sera-t-elle intégrée dans la refonte du Code du Travail français ?

Comment ne pas voir que nous sommes là aux premières frontières du transhumanisme, aux marches du Temple des « hommes augmentés » ? Comment ne pas entendre Philip K. Dick et ressentir comme une sorte de froid dans le dos ?  Pour le Washington Times il faut voir là une nouvelle étape dans l’accès des êtres humains à une nouvelle liberté : celle de payer. C’est assez bien résumé.

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter avec grand intérêt à l’ouvrage de notre confrère Michel Alberganti : « Sous l’œil des puces : la RFID et la démocratie » Éditions Actes Sud.

Homéopathie: le gouvernement français oserait-t-il décider de ne plus la rembourser ?

Bonjour

Lit-on Slate.fr, sous les ors du Palais de l’Elysée ? Ou le Quotidien du Médecin (Fabienne Rigal) ? Dans les deux cas un même constat : le National Health Service (NHS) britannique entend mettre fin au remboursement de l’homéopathie. Il y a quelques jours, le NHS présentait un rapport en ce sens soulignant que les bénéfices de l’homéopathie n’étaient pas prouvés et recommandant aux médecins de ne plus en prescrire.

Cette pratique est « au mieux un placebo et un gâchis des fonds limités du NHS », justifie son directeur, Simon Stevens. Il ajoute : « le public s’attend à ce que le NHS utilise chaque livre à bon escient et nous mettons aujourd’hui en place des mesures pour dégager des fonds pour des médicaments et des traitements modernes».

En pratique une consultation de trois mois a été annoncée sur différents arrêts de remboursement de traitements jugés peu efficaces – décision finale sera prise en octobre. « Sur une enveloppe globale de 190 millions de livres par an (212 millions d’euros) d’économies visées, les prescriptions d’homéopathie n’ont concerné que 92.400 livres (103 000 euros) l’an dernier » précise Le Figaro.

Pragmatisme démocratique

L’homéopathie est ici rangée au rang de la phytothérapie, des compléments alimentaires à base de vitamines, des baumes décontractants, des antalgiques inefficaces ou de certains vaccins pour voyageurs en partance vers des pays lointains. « La Royal Pharmaceutical Society, qui représente les pharmaciens, dénonce ces mesures d’économies, ajoute Le Figaro. En revanche, elle salue le retrait de l’homéopathie ‘’qui n’a pas de fondement scientifique ou pharmaceutique’’ et aurait dû être supprimée des prescriptions ‘’depuis longtemps’’ (…) Des associations de consommateurs et de contribuables ont menacé de lancer une action en justice pour obtenir son retrait des financements publics. La British Medical Association s’est aussi prononcée dans ce sens. »

Regrettant l’annonce du NHS, la vieille British Homeopathic Association (fondée en 1902) estime quant à elle que « les patients vont se voir prescrire des traitements conventionnels plus chers à la place de l’homéopathie, ce qui sera contre-productif ». Où l’on redécouvre tout le charme de cette île tourbée où la démocratie s’allie au pragmatisme.

La France ? L’homéopathie y reste remboursée à 30% et, nous dit le Quotidien du Médecin, environ un tiers des Français y aurait régulièrement recours. Une somme.  On sait que nécessité fait (parfois) loi ; et qu’un pouvoir exécutif en quête d’urgentes économies de bouts de chandelles-APL pourrait bien un jour, regardant au-delà du Touquet et du Havre, prendre exemple sur Londres.

A demain