Les triomphes d’Emmanuel Macron coïncident avec une augmentation des cas d’exorcisme

Bonjour

L’étrange est partout. Nous sommes au surlendemain du (nouveau) triomphe d’Emmanuel Macron Et voici que le malicieux Figaro nous apprend que chacun des cent diocèses de France dispose désormais d’un prêtre exorciste 1. Comment ne pas faire le rapprochement quand on se souvient de la confession (à un journal dominical) du candidat Macron pour qui « la politique c’est mystique » ? Et ne vivons-nous pas aujourd’hui une forme d’exorcisme collectif sous couvert de pâmoison contagieuse et d’incitation au dégagisme ?

Car exorciser c’est, pour l’essentiel, purifier. On chasse le mal de l’endroit où il se trouve (sans trop s’inquiéter, d’ailleurs, de son prochain refuge). C’est chasser Satan du corps d’un possédé. C’est le délivrer de l’esprit malfaisant qui l’ensorcelle ce qui n’est pas, on le sait, sans lien avec la pratique de la psychiatrie et de l’addictologie (les « démons » de l’alcoolisme).

Ou avec celle de l’écriture – comme l’explique Paul Valéry soutenant que Gustave Flaubert fut toujours hanté par le démon de la connaissance encyclopédique, dont il a essayé de s’exorciser en écrivant « Bouvard et Pécuchet ». Sans oublier, avant Louis-Ferdinand Céline, Marcel Proust : « Je ne saurais trop recommander aux écrivains la vertu purgative, exorcisante, du pastiche ».

Bureau national des exorcismes

Le Figaro, lui, a eu accès aux chiffres officiels : il y a dix ans, et pour la seule Île-de-France, le nombre d’exorcismes pratiqués par des prêtres catholiques avoisinait une quinzaine de cas par an. Une cinquantaine d’exorcismes sont désormais accomplis annuellement. Et de citer le père Emmanuel Coquet, secrétaire général adjoint de l’épiscopat qui accompagne le bureau national des exorcistes :

« Il y a un accroissement très net. Les exorcistes sont frappés de voir que le phénomène prend de plus en plus d’ampleur. En réalité c’est l’évêque qui est l’exorciste du diocèse mais il confie cette tâche par une délégation formelle à un ou deux prêtres qui sont assistés par une équipe de laïcs et de religieux pour cette mission ».

Imagine-t-on ce que peut être, aux frontières du sourcier et du passeur de feu, le pouvoir d’exorciser ? La première difficulté, confesse le père Emmanuel Coquet, est de trier les dossiers. Près de 2500 demandes environ arrivent chaque année dans les diocèses d’Île-de-France. Le temps passe et Satan réclame plus de discernement que dans le passé. Le diabolique n’a plus les pieds fourchus, il fait de plus en plus dans le symbolique. Il faut savoir trier avant que d’exorciser.

Expertises psychiatriques

C’est bien pourquoi l’Église catholique « fait appel à des expertises psychiatriques pour évaluer si la personne aurait plutôt besoin de soins médicaux ». Ce n’est que si l’exorcisme est opportun qu’il est pratiqué –  encadré en termes liturgiques. Précision : le rituel contenant les prières de l’exorcisme n’est pas public. Seul l’évêque le reçoit et le transmet au prêtre pour sa mission d’exorciste. Rien n’est dit sur les tarifs.

Le psychanalyste, l’addictologue, la psychologue ne sont jamais très loin : un exorcisme majeur n’est, tout bien pesé, rien d’autre qu’une liturgie de la parole : lectures de textes de la Bible, prières de litanies, profession de foi, imposition des mains et formule de l’exorcisme. Une différence : le thérapeute n’est jamais seul qui œuvre toujours accompagné de plusieurs personnes en prières. Père Emmanuel Coquet :

« Il peut arriver que les forces de la personne soient soudain décuplées, explique le père Coquet. On laisse la personne exprimer la violence qu’elle porte en elle mais il faut se protéger en cas de difficultés. D’autres ne supporteront pas la vue d’un crucifix ou l’évocation de tel ou tel saint. D’autres encore se mettent à parler une langue qu’ils n’ont jamais apprise… Nous assistons après l’exorcisme à d’authentiques apaisements, libérations et guérisons intérieures. Tout cela est bien réel cela ne s’invente pas. »

Qui, père Emmanuel, pourrait raisonnablement penser que tout cela est inventé ? Reste toutefois, pendante, la grande question : Satan existe-t-il réellement (comme le soutient le Pape François) ou n’est-il qu’un symbole (comme le soutienne les Jésuites). L’affaire, nous dit Le Figaro, agite aujourd’hui les hautes sphères de la hiérarchie catholique. Elle n’est pas non plus étrangère à la politique française puisque l’on sait, désormais, que le nouveau président de la fille aînée de l’Eglise a été formé par les pères jésuites. Au célèbre collège de La Providence. Ce qui ne s’invente pas.

A demain

1 « En France, le nombre d’exorcismes en nette augmentation » Le Figaro (Jean-Marie Guénois) 12 juin 2016.

Circulation extracorporelle et extrahospitalière : les vies sauvées du Samu de Paris

Bonjour

Depuis Napoléon, le baron Larrey et ses « ambulances volantes » les servants de la médecine d’urgence n’ont qu’une obsession : dispenser les soins le plus tôt possible au plus près des victimes. C’est cette belle tradition que poursuivent les urgentistes et que l’on retrouve aujourd’hui dans une publication remarquable de Resuscitation : « A Pre-Hospital Extracorporeal Cardio Pulmonary Resuscitation (ECPR) strategy for treatment of refractory out hospital cardiac arrest: An observational study and propensity analysis ». Dirigés par le Dr Lionel Lamhaut, urgentiste anesthésiste réanimateur au Samu de Paris les auteurs 1 rapportent les résultats d’un large essai fondé sur le recours à la circulation extracorporelle (ECMO – Extracorporelle Membrane Oxygenation) sur la voie publique.

On sait que l’EMCO fut longtemps réservée aux blocs chirurgicaux notamment dans les interventions dites « à cœur ouvert ». « Son intérêt pour augmenter les chances de survie en cas d’arrêt cardiaque a été démontré dès 2008, rappelle Le Figaro (Pauline Fréour) qui salue le travail du Samu de Paris. Elle stabilise le patient, permettant aux médecins d’évaluer l’état de son cerveau. La pratique s’est alors répandue en milieu hospitalier en France. Mais le Samu de Paris est récemment passé à la vitesse supérieure en faisant le pari de l’emporter au chevet du malade. »

« Avancée exceptionnelle »

La publication fait état des résultats obtenus auprès de 156 patients. Dans un premier temps (de 2011 à 2014), la CEC était demandée par le médecin envoyé sur place par le 15. Une équipe composée d’un médecin, d’un infirmier réanimateur et d’un aide-soignant, venait alors la mettre en place – si les délais étaient trop courts pour transporter le patient à l’hôpital. Dans la seconde partie de l’étude (2015), l’équipe formée à la CEC était envoyée systématiquement en parallèle des secouristes – quand le patient remplissait certains critères (moins de 70 ans et massage cardiaque commencé dès les premières minutes).

Le premier protocole  a permis de sauver 8 % des patients, le second 28 %. « Ce sont des patients qui seraient quasiment tous morts sans cela, explique le Dr Lamhaut au Figaro. L’évolution de la survie est donc vraiment importante. Nous devons toutefois encore vérifier si cela tient à une meilleure sélection des patients entre la phase 1 et 2, ou si c’est bien lié au temps gagné. »

Deux siècles après

Le Samu de Paris a d’ores et déjà formé des équipes à Lyon, Perpignan, Madrid et bientôt Bruxelles, Vienne, Londres et Melbourne. « C’est une avancée médicale et technologique exceptionnelle, estime pour sa part le Pr Patrick Goldstein, chef du pôle des urgences au CHRU de Lille (qui n’a pas participé à l’étude). La miniaturisation des pompes devrait encore faciliter l’intervention dans le futur, même si la pratique «ne sera peut-être pas reproductible partout dans le monde ».

Et rien n’interdit, deux siècles plus tard, de voir dans ces CEC extra-hospitalières les directes héritières des « ambulances volantes » du Dr Dominique-Jean Larrey (1766-1842), chirurgien en chef de la Grande Armée.

A demain

1 Lionel Lamhaut, Alice Hutin, Etienne Puymirat, Jérome Jouan, Jean-Herlé Raphalen, Romain Jouffroy, Murielle Jaffry, Christelle Dagron, Kim An, Florence Dumas, Eloi Marijon, Wulfran Bougouin, Jean-Pierre Tourtier, Frédéric Baud, Xavier Jouven, Nicolas Danchin, Christian Spaulding et Pierre Carli.

Cannabis verbalisé: pourquoi les médias français ne s’enflamment-ils plus pour ce sujet ?

 

Bonjour

Les médias généralistes seraient-ils blasés? Ou fatigués ? Gérard Collomb, bientôt 70 ans, maire de Lyon depuis seize ans, vient d’ouvrir la voie à la dépénalisation de la consommation de cannabis en France. Et ce à la demande d’un président de la République ni de droite ni de gauche. Hier c’eût été une explosion. Aujourd’hui aucune réaction, ou presque. Prenons Libération, quotidien fondé par Jean-Paul Sartre qui défendit durant des décennies la dépénalisation de cette herbe illicite. Quelques lignes sur le site (Amélie James), qui pourraient être lues partout ailleurs dans la sphère médiatique.

Prenons Le Figaro qui, en toute rigueur idéologique, devrait se déchaîner et accuser Emmanuel Macron, nouveau président de la République, de laxisme. Ce sont, chez le vieux quotidien, des pudeurs de gazelles : « Bientôt des amendes pour usage de drogue » (Paule Gonzales). On cite Jacky Coulon, secrétaire national de l’Union syndicale des magistrats (USM) : « Si cela peut permettre à la justice de mieux fonctionner, nous n’y sommes pas hostiles. Mais nous souhaitons que cela ne baisse pas le niveau de répression, car il y a des infractions qui méritent d’être réprimées et que cela puisse se faire sous le contrôle du juge ».

Passé maître dans l’art du consensus sociétal Le Monde (François Béguin) ne dit rien d’autre qui la police : « le ministre de l’Intérieur répond à une demande forte de simplification et d’allégement du travail, sans sacrifier à l’efficacité » (Philippe Capon, du syndicat de gardiens de la paix UNSA Police). Le dernier quotidien parisien vespéral cite aussi Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction : « De vraies questions se posent désormais sur les modalités de mise en place de cette mesure. Nous espérons que cette contraventionnalisation dépénalisera l’usage et en fera juste un délit, comme cela s’est passé au Portugal ».

« Spots » de deal

Des questions, effectivement se posent, que les médias ne posent pas. Quel impact aura, en pratique, la mesure voulue par M. Macron et mise en musique par M. Collomb ? Une évaluation est-elle prévue qui donnerait une indication sur l’évolution de la consommation ? Sur l’évolution des trafics illicites ? Quel usage sera fait des sommes ainsi récoltées ? Incitera-t-on les forces de l’ordre à faire du chiffre ?

« Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur avait agité l’idée de « contraventionnalisation » de l’usage et de la possession pour usage, nous répond le Dr Bertrand Lebeau (SOS Addictions) en commentaire de ce blog. Et on peut penser que le premier objectif de cette mesure concerne le travail policier qui sera moins chronophage et surtout moins inutilement chronophage. Par les temps qui courent la police a des choses plus utiles à faire. Comment vont se passer les choses sur le terrain et en particulier sur les « spots » de deal où on peut penser que beaucoup de jeunes sont verbalisables ? L’avenir le dira. »

« Quant aux conséquences que pourrait avoir cette décision sur la consommation, elle me semble très secondaire pour le ministère de l’Intérieur et, en tout état de cause difficilement mesurable, poursuit-il. Par ailleurs, mais je ne suis pas juriste, je suis surpris qu’il soit si facile de s’exonérer d’une loi qui considère l’usage de drogues illicites comme un délit et c’est le cas de la loi de 70. C’est même une de ses spécificités les plus fortes. J’aimerais qu’un expert nous explique à quelles conditions il est possible d’abandonner le délit pour passer à la contravention. »

C’est une très bonne question. Elle devrait, s’ils ne sont pas blasés, réveiller les experts.

A demain

 

 

 

 

 

Marisol Touraine: menacée d’exclusion du Parti socialiste elle devient une candidate satellite

 

Bonjour

C’est le Dr Philipe Chalumeau, responsable macronien d’Indre-et-Loire, qui a eu la formule. Selon lui Marisol Touraine est désormais « considérée comme une candidate satellite ». Entendre en orbite autour du cœur du réacteur de La République en marche. C’est le dernier épisode d’un thriller politique dont on commence à pressentir l’épilogue.

Aujourd’hui c’est Le Figaro qui prend le relais de Libération :  « Législatives : le «double jeu» de Marisol Touraine soulève une fronde au PS ». « La campagne législative avait bien commencé pour Marisol Touraine. La candidate du PS dans la 3e circonscription d’Indre-et-Loire a été épargnée par le parti d’Emmanuel Macron qui n’a pas investi de candidat face à elle, rappelle le quotidien de droite.  Mais elle est aujourd’hui lâchée par ses propres troupes après la publication d’affiches de campagne où elle s’inscrit sous la bannière de la «majorité présidentielle», sans le logo de son parti qui l’a pourtant investie. »

La fédération PS d’Indre-et-Loire réclame désormais l’exclusion de l’ancienne ministre de François Hollande. Pour Francis Gérard, premier secrétaire du PS en Indre-et-Loire Marisol Touraine « a abandonné l’étiquette socialiste en se mettant totalement à la remorque de Macron.» Elle joue « un double jeu en bravant le vote des militants socialistes qui l’avaient désignée, et qui ne se sentent pas représentés par cet opportunisme électoraliste», estime-t-il. A Paris, La République en marche n’a pas de prise de position officielle – mais selon Libération on trouve que les manières de l’ancienne ministre sont « discutables ».

Le beurre et son argent

En écho le médiatique voisin Laurent Baumel député PS (frondeur) «approuve» l’appel d’une soixantaine de militants et de cadres socialistes à voter contre Marisol Touraine et à lui préférer les autres candidats «fidèles aux valeurs de gauche et de l’écologie».  « Si j’avais été dans sa circonscription j’aurais été candidat contre elle, à partir du moment où il y a cette duplicité consistant à ne pas rompre avec le PS officiellement, à réussir à ne pas avoir de candidat La République en marche investi face à elle, puis à se présenter au dernier moment comme une “candidate Macron”, explique Laurent Baumel au Figaro. C’est le beurre et l’argent du beurre, au profit d’un seul objectif : la réélection personnelle. » D’autres voient là une insupportable entourloupe.

Selon la direction du PS, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a rappelé à l’ordre personnellement Marisol Touraine, par téléphone, pour souligner l’importance de la solidarité collective. L’intéressée dément et minore la fronde dont elle fait l’objet : « Je n’ai absolument pas eu de rappel à l’ordre de la part de Jean-Christophe Cambadélis, les choses se passent très tranquillement», explique au Figaro l’’ancienne ministre. « Je fais campagne pour Emmanuel Macron, pour que des hommes et des femmes de gauche siègent à l’Assemblée nationale. »

A-t-elle pris, cette fois, le bon chemin ?

A demain

 

Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement

Bonjour

Qui, dans le nouveau gouvernement « Edouard Philippe I » aura lu l’enquête fort intéressante publiée dans Le Figaro (Agnès Leclair). Qui aura vu la vidéo essentielle qui l’accompagne ? C’est l’une de ces enquêtes qui font encore parfois le sel de la presse écrite, imprimée sur papier ou sur écran. C’est aussi un sujet majeur pratiquement absent de la sphère politique et sanitaire : un sujet qui aurait passionné Aldous Huxley : « l’explosion des troubles chez les tout-petits surexposés aux écrans ».

« La plupart des enfants qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Certains n’arrivent pas à parler, à encastrer trois cubes ou à tenir leur crayon » explique au Figaro le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de la PMI de l’Essonne. Elle parle aussi d’« enfant-écran », de retards de développement, de troubles de la relation, du langage et du comportement. Le Dr Ducanda lance, calmement, pédagogiquement, une alerte essentielle. Elle vient, à l’attention des pouvoirs publics et des parents de réaliser une vidéo essentielle et alarmante – une vidéo à partager, à diffuser dans laquelle cette spécialiste fait le lien avec les « troubles du spectre autistique » et les « troubles envahissant du développement ». Voici cette vidéo : « Les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans ».

Ecoutons encore le Dr Ducanda :

« En 2003, 35 enfants en difficulté m’étaient signalés par les écoles sur 1.000 élèves de maternelle en petite et moyenne section de l’Essonne. Depuis un an et demi, on m’en a déjà signalé 210 en grande difficulté. Toutes les semaines, je suis sollicitée pour de nouveaux cas. À force d’en voir, j’ai fini par faire le lien avec leur consommation d’écrans. Et je ne parle pas d’enfants qui regardent la télévision une heure par jour ! La plupart de ceux qui me sont adressés passent au moins six heures par jour devant des écrans. Les troubles sont plus graves qu’il y a 15 ans et disparaissent dans la majorité des cas quand les parents arrivent à “déconnecter” leurs enfants.»

Enfants sauvages

Que penser de l’avenir de ces bébés qui grandissent à l’ombre des chaînes d’info en continu dans des foyers où la télévision reste allumée toute la journée ?  De ces nourrissons biberonnés à la comptine sur smartphone, des bambins qui ont appris à télécharger une vidéo avant de savoir faire une phrase ? Y aurait-il un biais de recrutement dans la région de Viry-Châtillon ? « La PMI est fréquentée par des enfants « issus de familles lambda, mais aussi de milieux plus défavorisés » précise le Dr Ducanda. Et encore :

 « L’écran , c’est la tétine d’aujourd’hui. Pourquoi les parents se passeraient des écrans pour “calmer” leur enfant alors que personne ne les a mis en garde ? Ils sont rassurés, car leurs enfants ne regardent que des programmes qui leur sont destinés ou des petites applications dites “éducatives” pour apprendre les couleurs ou l’anglais. Ils s’émerveillent de leur habileté et pensent que plus tôt on initie les bébés aux outils numériques, mieux ils seront armés pour le futur. »

Le Figaro explique que, déjà, de nombreux professionnels de la petite enfance ont contacté ce médecin pour évoquer leurs propres observations. Comme l’orthophoniste Carole Vanhoutte (Villejuif, Val-de-Marne) :

« Depuis quelques années, je vois des enfants dès l’âge de 3 ans avec moins d’une dizaine de mots à leur vocabulaire, raconte cette orthophoniste, cofondatrice de l’association Joue, pense, parle. Récemment, il y a eu un nouveau glissement avec l’arrivée de petits dès l’âge de 2 ans et demi qui ne sont pas du tout dans la communication. Ils se comportent comme des enfants un peu “sauvages”, dans leur bulle, comme s’ils n’avaient pas eu l’habitude d’être en relation avec une autre personne ».

 Nicolas Hulot, Agnes Buzyn et Mounir Mahjoubi

Le parallèle avec l’autisme n’a pas manqué de susciter de vives réactions. « Ces constats n’ont pas la même valeur que des études épidémiologiques. Ce médecin de PMI est en contact avec une fraction de la population qui n’est pas forcément représentative et en tire des conclusions générales, a déclaré au Figaro Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS au sein du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques. Il ne faut pas oublier qu’une très forte exposition aux écrans est corrélée au niveau socio-économique des familles. Il faut aussi prendre en compte les conditions de vie, la manière dont parents et enfants interagissent. Quel est l’impact spécifique des écrans sur le développement ? C’est une question à laquelle il n’est pas si facile de répondre. »

Certes. Qui y répondra ? Le Dr Ducanda souhaite le lancement de nouvelles études scientifiques qui pourraient valider sa piste d’un lien entre l’augmentation du nombre d’enfants diagnostiqués victimes de troubles du spectre autistique et l’omniprésence des écrans. Voilà un bien beau sujet politique et écologique. Pour Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé,  Mounir Mahjoubi jeune secrétaire d’État chargé du numérique dans le gouvernement Édouard Philippe. Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. Sans oublier le président de la République.

A demain

Ethique et politique : les non-dits du futur Président à propos de la « PMA pour toutes »

 

Bonjour

Déjà Président ? Désormais tous les mots seront pesés. Ceux à venir, ceux du passé. Il avait (avec quelques approximations) déjà dit sa volonté concernant la procréation médicalement assistée – tout en se protégeant derrière l’avis (à venir) du Comité national d’éthique – avis qui précédera la révision (prévue pour 2018) de la loi de bioéthique.

Peu avant le sacre annoncé il se confiait, sur le même sujet, à Marie Claire. « Toutes les configurations familiales ont droit à une égale considération » avait-il déjà fait savoir au début de cette année. Des propos alors en opposition apparente avec ceux qu’il avait tenus sur « l’humiliation » vécue par les opposants au « mariage pour tous » en 2013.  « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », avait alors confié son entourage au Figaro, confirmant une information d’iTélé.

Solidarité nationale

 Marie-Claire lui demande : « Etes-vous favorable à la PMA pour toutes ? ». Emmanuel Macron répond : « J’y suis favorable. Il n’y a pas de raisons éthiques ni politiques pour fermer la PMA ».  Pas un mot de plus. Pas un mot de moins.

Aucune raison éthique ? Aucune raison politique ? Vraiment ? Nous n’en saurons pas plus sur l’argumentaire qui sous-tend l’ouverture à laquelle le futur Président se dit favorable. Ni sur les innombrables difficultés qui surgiront au moment de la question, majeure, du financement par la solidarité nationale d’une pratique ouverte et qui, à ce titre, ne pourra plus être considérée comme une thérapeutique de la stérilité.

On sait qu’Emmanuel Macron sera, demain, opposé à Marine Le Pen. Cette dernière a refusé de répondre aux questions de Marie-Claire.

A demain

 

Ethique: pourquoi Emmanuel Macron refuse-t-il de répondre à la question de la GPA ?

Bonjour

C’est une lettre ouverte qui réclame, d’urgence, une réponse claire du plus jeune des candidats à l’élection présidentielle.  Elle est signée aujourd’hui, dans Le Figaro, par Sylviane Agacinski, philosophe, Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne, et Martine Segalen, ethnologue. C’est faute d’avoir reçu une réponse d’Emmanuel Macron que ces trois femmes prennent ainsi la parole. Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Benoît Hamon ont pris clairement position contre la pratique de la gestation pour autrui (GPA). Mieux : ils se prononcent en faveur d’initiatives internationales pour l’abolition de cette pratique perçue comme une nouvelle forme d’esclavage de la femme. Or, sur ce sujet, Emmanuel Macron se tait. Ou laisse planer l’ambiguïté. Extraits :

« La « Lettre ouverte » que vous avez adressée aux personnes LGBTI le 16 avril et diffusée sur le site d’En marche! nous étonne et nous inquiète. Non que nous ne partagions votre volonté de lutter contre toutes les formes de haine et de discrimination envers les personnes LGBTI, mais parce que vous êtes désormais le seul candidat qui prenne sur la question de la GPA une position réglementariste.

Vous dites vouloir « lancer une initiative internationale afin de s’attaquer au problème de la GPA très peu payée et subie ». Est-ce à dire que, supposée « bien payée » et consentie, sur le modèle californien, cette pratique vous paraît légitime ? »

Apparence éthique

Le diable, ici se niche entre les lignes. Les trois signataires postulent qu’Emmanuel Macron penche pour la solution actuellement étudiée dans le cadre des travaux sur la GPA transnationale menés au sein de la Conférence de La Haye (organisation internationale s’occupant de droit civil et commercial). « Or, l’objectif de ces travaux n’est nullement de lutter contre les trafics au nom des droits humains, mais plutôt d’adopter quelques règles juridiques minimales pour donner à la GPA une apparence « éthique » et d’assurer son bon fonctionnement en levant les obstacles tels que les problèmes d’état civil, écrivent-elles. Autrement dit, leur but est de réguler le marché de la procréation, avec le soutien actif des partisans de la GPA. »

Où l’on retrouve les convictions d’Emmanuel Macron qui (pour ce que l’on peut en comprendre) font du marché un modèle quasi indépassable des relations humaines. Or ce modèle est en l’espèce radicalement opposé à celui défendu jusqu’à présent par les lois françaises de bioéthique; des lois fondées sur le principe de l’indisponibilité du corps humain – ce corps et ses éléments échappant, précisément, au marché, à ses lois, à son appétit. Sur ce sujet essentiel la lettre ouverte du Figaro est publiée à point nommé. Emmanuel Macron se doit de répondre, clairement, à la question dérangeante mais fondamentale qu’elle soulève. Le plus tôt serait sans doute le mieux.

A demain