Foule sentimentale : Eric Zemmour fait-il partie de la tradition des «polémistes français» ?

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« France moisie » ? Voici un nouveau symptôme, médiatique, à ranger dans le syndrome sans nom dont nous souffrons. Il nous est rapporté par Le Monde (François Bougon). Dans une lettre adressée à Guillaume Durand, animateur de la matinale de Radio Classique, et publiée dans le numéro de mars du Nouveau Magazine littéraire, son directeur éditorial, Maurice Szafran, explique sa décision d’abandonner la radio, alors qu’il y intervenait presque chaque semaine depuis plusieurs années.

Pourquoi ? A cause de la récente arrivée, parmi les éditorialistes de cette filiale du Groupe Les Echos (pôle média de LVMH), d’Eric Zemmour. Le célèbre polémiste y rejoint notamment des plumes majoritairement de droite ou de centre droit – comme, précise Le Monde, Philippe Tesson, Jean-Louis Bourlanges, Luc Ferry, Guillaume Tabard (Le Figaro), et quelques voix de gauche, parmi lesquelles Laurent Joffrin, le directeur de Libération. On observera l’absence radicale de femmes.

Précision : Maurice Szafran ne conteste en aucune façon la liberté « éditoriale » de son confrère mais il entend exercer la sienne : celle de se retirer « d’une radio où Zemmour est appelé à jouer un rôle majeur, ne serait-ce qu’en raison de ses prochains et inéluctables “dérapages” ». Où l’on retrouve la trace de Minority Report.

« Prêcheur de haine culturelle »

« Ce n’est pas la première fois qu’Eric Zemmour provoque un départ, rappelle Le Monde. Le 19 février, le jour des manifestations contre l’antisémitisme, invité sur le plateau de LCI, le polémiste du Figaro, chantre du déclinisme, pourfendeur du féminisme et de l’islam – en mai 2018, il a été condamné en appel pour des propos islamophobes –, dénonce ‘’l’immigration de masse, terreau de l’antisémitisme’’ et défend ‘’les identitaires [qui] ne sont pas nazis’’. ‘’Ils essayent de défendre l’identité de la France contre l’islamisation. Ce n’est pas nazi’’, déclare-t-il. Ces saillies ont provoqué le départ comme chroniqueur de la chaîne d’information en continu de l’humoriste Yassine Belattar. »

Dans sa lettre, Maurice Szafran affirme ne pas vouloir appartenir à la même « collectivité éditoriale » qu’un « prêcheur de haine culturelle ou de violence idéologique ». « Au moment où la société française est recuite de rages, j’espérais en des médias qui, comme Radio Classique, remplissent une fonction d’apaisement et d’explication. »

Dans sa réponse, également publiée dans le  Nouveau Magazine littéraire, son confrère Guillaume Durand explique voir dans Eric Zemmour la « tradition des polémistes français », tout en soulignant qu’« il incarne avec brio le bretteur de la gloire disparue de la France ». Ce « matinalier » juge également « normal et démocratique » qu’une voix représente les Républicains et le Rassemblement national, qui frôlent les 40 % dans les sondages. « La France, écrit-il encore,est une foule sentimentale, en ce moment violent, où ces idées et ces goûts existent. Les combattre ne signifie pas, bien au contraire, qu’il faille renoncer à les entendre et à les affronter. »

« France moisie ». Mettre un nom sur le syndrome dont nous souffrons ? A quand la voix de Sollers sur Radio Classique ?

A demain

@jynau

Gilets Jaunes : la Marlboro passe in extremis à 8,80 euros. Aucun chiffre sur les trafics

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Un mois de retard. Ce n’est que ce 28 février que le Journal Officiel publie un arrêté daté du 30 janvier : «Arrêté du 30 janvier 2019 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer ». Un texte signé, pour le ministre de l’action et des comptes publics (Gérald Darmanin), par le directeur général des douanes et droits indirects (R. Gintz) et, pour la ministre des solidarités et de la santé (Agnès Buzyn), par le directeur général de la santé (J. Salomon).

« Buralistes et industriels du tabac auront retenu leur souffle jusqu’au bout, observe Le Figaro (Ivan Letessier). Le gouvernement a attendu la dernière limite pour valider la nouvelle liste des prix des cigarettes. L’arrêté était prêt depuis quinze jours, les industriels ayant remis leurs prix fin janvier à l’administration des Douanes. Mais, selon des sources proches des industriels, il était bloqué à Matignon depuis, car l’entourage du Premier ministre craint l’impact de l’annonce d’une nouvelle hausse des prix du tabac: les ‘’gilets jaunes’’ ont remis le sujet du pouvoir d’achat au centre du débat, faisant douter le gouvernement sur la poursuite de sa politique. »

La plupart des hausses, tenues secrètes jusqu’à la publication au Journal Officiel, deaient être de 50 à 60 centimes par paquet de vingt cigarettes. Voici ce qu’il en sera :

• Marlboro red et gold : 8,80 euros
• Philip Morris marron : 8,60 euros
• Lucky Strike bleu  : 8,20 euros
• Camel filtres : 8,50 euros
• News bleu : 8,50 euros
• Winston Authentic : 8,40 euros
• Gauloises blondes bleu : 8,50 euros

« Cette hyperinflation va se traduire à nouveau par une diminution du marché légal et une augmentation de la contrebande et des achats réalisés à l’étranger sans garantie de faire baisser la consommation réelle», a confié un industriel anonyme au Figaro. Une réalité sanitaire et économique que le gouvernement se refuse obstinément à chiffrer.

A demain

@jynau

 

 

Agnès Buzyn : elle n’a jamais été aussi proche que maintenant d’un départ du gouvernement

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La rumeur parisienne enfle. Hier encore elle n’y « réfléchissais même pas ». Interrogée sur RTL sur son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes elle répond  : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. »

Aujourd’hui tout se précipite, comme en témoigne Le Figaro (Marcelo Wesfreid) : « Européennes: malgré de nombreux dossiers en cours, Agnès Buzyn tentée par une candidature ». « Pour beaucoup, ce n’est déjà plus une hypothèse, écrit le quotidien. Mais une certitude. ‘’Sa candidature comme tête de liste pour les européennes est fortement probable», confie un cadre de La République en marche. Agnès Buzyn a d’ailleurs rencontré le directeur de campagne Stéphane Séjourné, la semaine dernière. »

« Elle ferait une excellente tête de liste, a rajouté la garde des Sceaux Nicole Belloubet sur BFMTV. Elle a à la fois le charisme et la volonté.» «Elle est très appréciée, tant au parti qu’au groupe, et incarne le renouvellement et la société civile», souligne la porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. Cette piste semble tenir la corde par rapport à un autre scénario, qui a également circulé: la candidature de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau.

Et Le Figaro de préciser, comme d’autres, que la  «Mme Santé» du gouvernement cache de moins en moins bien son intérêt pour ce « changement de carrière ». Se présentant en privé (et de plus en plus en public) comme une «combattante», la ministre de la Santé parlerait du Vieux Continent avec « lyrisme ». Elle oserait comparer la construction européenne à une « cathédrale du futur », patiemment érigée, survivant à ses bâtisseurs. Et dans le même temps elle l’assure: Emmanuel Macron ne lui aurait rien demandé.

Sortir de son champ de compétences et « parler de tout »

« Ex-belle-fille de Simone Veil, fille et petite-fille de déportés à Auschwitz, Agnès Buzyn porte en elle les stigmates de l’histoire tragique du XXe siècle, écrit Le Figaro. Son entrée en lice, pour le scrutin de mai, rebattrait les cartes au gouvernement. ‘’Un remaniement pourrait intervenir en avril’’, croit savoir un macroniste historique. Sans attendre, les spéculations vont bon train. Le nom de Nicolas Revel circule d’ores et déjà pour occuper son fauteuil. Directeur de la Caisse nationale de l’assurance-maladie, c’est surtout un proche d’Emmanuel Macron (tous deux furent secrétaire général adjoint à l’Élysée, au début du quinquennat Hollande). »

La tentation sera-t-elle à ce point forte qu’elle abandonnerait ses « belles lois » qu’elle se disait heureuse de porter ?  A commencer par celle qui vise à refonder notre système de santé ? Sans oublier la révision de la loi de bioéthique et celle de la réforme des retraites. Mais il semble bien Agnès Buzyn entend quitter au plus vite sa casquette  d’experte pour entrer de plain-pied dans le grand et rutilant univers de la politique. Mais après vingt mois au pouvoir, elle se sent armée pour sauter le pas.

« J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujet, déclarait-elle le 10 février dernier.  On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. » Elle disait encore souhaiter, désormais, « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles fins ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Palu : Agnès Buzyn interdira-t-elle une étrange «médication maison» promue par Cédric Villani ?

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L’Académie nationale de médecine part en guerre. Tiré depuis la paisible rue Bonaparte le premier missile a la forme discrète d’un communiqué  – c’est aussi une « prise de position officielle » adoptée lors de la séance du mardi 19 février 2019 par 76 voix pour, 9 voix contre et 12 abstentions.

Cible désignée : la campagne médiatique et commerciale : « Éliminons le paludisme à l’aide de feuilles d’Artemisia » incitant à traiter les malades avec des tisanes ou des capsules de feuilles séchées d’Artemisia annua. Cette action est menée par une association française, « La maison de l’Artemisia », qui crée des succursales dans plusieurs pays d’Afrique, et le soutien d’une association luxembourgeoise, avec le message suivant : chaque village africain doit apprendre à planter des pieds d’Artemisia dans un jardin, récolter et sécher les feuilles pour disposer ainsi d’un « médicament maison » permettant de traiter chaque accès palustre sans qu’il soit nécessaire de consulter un agent de santé ou d’absorber une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisine (CTA), l’un et l’autre n’étant pas toujours disponibles.

L’Académie précise que ces associations ont réussi à entraîner dans leur sillage des « célébrités non médicales de tous horizons », à bénéficier d’une audition à l’Assemblée nationale 1 et d’échos médiatiques (Le Monde 24/04/2018, L’Obs 9/10/2018, Paris Match 06/11/2018, Le Figaro 23/11/2018, La Croix 17/12/2018) qui s’amplifient depuis le début du mois de novembre. Leur discours s’appuie sur des expérimentations d’une biologiste américaine, Pamela Weathers, qui teste la plante chez des rongeurs et tente d’identifier et de doser des composés autres que l’artémisinine présents dans les Artemisia

Cédric Villani et Juliette Binoche

Un essai contrôlé chez l’homme, a été mis en ligne le 5 décembre dernier, publié dans une revue spécialisée de phytothérapie 2. Cette étude, réalisée en 2015 dans cinq bourgades de République Démocratique du Congo (RDC), sur 957 patients (enfants > 5 ans et adultes) ayant un paludisme à P. falciparum non compliqué, compare l’efficacité d’une tisane d’Artemisia consommée pendant sept jours au traitement par l’artésunate-amodiaquine (ASAQ), une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisine (CTA) recommandé en RDC, pendant trois jours, ce qui rend douteuse la qualité du double insu.

« Malgré un évident lien d’intérêts et de nombreuses insuffisances méthodologiques qui auraient dû entraîner un rejet de l’article par les relecteurs, les auteurs proclament la supériorité de la tisane d’Artemisia sur le CTA en utilisant trois critères : disparition de la fièvre, de la parasitémie et taux d’échecs entre J21 et J28 qui atteint le niveau invraisemblablement élevé de 65,6% dans le bras ASAQ, aucun test n’étant effectué pour différencier les rechutes (vrais échecs) des réinvasions, accuse l’Académie. La consommation d’Artemisia seule pendant 7 jours, par des litres de tisane de composition incertaine, expose les jeunes enfants  impaludés à un risque élevé d’accès pernicieux. De plus, cette monothérapie favorise l’émergence de souches de P. falciparum résistantes, alors qu’aucune molécule n’est actuellement disponible pour remplacer l’artémisinine dans les CTA. »

Incompétence et bonnes intentions

L’OMS, en 2007, se prononçait pour le retrait de tout médicament à base d’artémisine seule ; en 2012, elle déconseillait formellement l’utilisation de feuilles séchées en raison de la concentration faible et variable d’artémisine dans la plante et de sa dégradation dans l’eau à forte température ; en 2015, elle publiait une 3ème édition des « Recommandations pour le traitement du paludisme » précisant le traitement des accès simples à P. falciparum, les CTA recommandées et le protocole d’urgence artésunate IV + CTA pour les accès pernicieux.

En France l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) a suspendu en 2015 et 2017 la mise sur le marché de produits à base d’Artemisia proposés sur internet ou par l’intermédiaire d’associations pour la prévention et le traitement du paludisme, « susceptibles de présenter un danger pour la santé humaine ».

Conclusion, à l’adresse, notamment, d’Agnès Buzyn, ministre française des Solidarités et de la Santé :

« L’Académie Nationale de Médecine, inquiète des dangers immédiats de l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia pour le traitement et la prévention du paludisme et soucieuse de préserver l’avenir de l’efficacité thérapeutique de l’artémisinine, tient à mettre solennellement en garde les autorités de santé, les populations des zones de transmission du paludisme, les voyageurs séjournant dans ces pays, face aux recommandations scientifiquement incertaines et irresponsables pour l’utilisation de cette phytothérapie, dangereuse pour l’avenir de la lutte antipaludique. Elle demande que cesse une campagne de promotion organisée par des personnalités peut-être bien intentionnées mais incompétentes en paludologie. »

A demain

@jynau

1 Extraits de Paris Match daté du 6 novembre 2018 : « Juliette Binoche et les députés Cédric Villani et Stéphane Demilly organisent le 13 novembre à l’Assemblée nationale, la projection d’un documentaire sur l’artemisia, une plante qui guérit le paludisme. Juliette Binoche et les députés Cédric Villani (LREM) et Stéphane Demilly (UDI) s’engagent dans la lutte contre le paludisme. Ils organisent la projection d’un documentaire* sur l’artemisia, une plante qui prévient et guérit du paludisme, le 13 novembre à l’Assemblée nationale. En Afrique, en Europe et aux Etats-Unis, des médecins, chercheurs et ONG valorisent l’utilisation naturelle de cette plante, déconseillée par l’OMS, pour lutter contre le fléau mondial.

« D’après la plus grande étude clinique conduite à ce jour (sur 1000 patients en République démocratique du Congo), les tisanes d’artemisia auraient une efficacité spectaculaire (99%) contre la maladie parasitaire, sans provoquer d’effets secondaires. Aux Etats-Unis, les travaux de la biologiste Pamela Weathers attestent de la sûreté et de l’efficacité de cette thérapie naturelle dont le faible coût et la disponibilité immédiate font d’elle un moyen de lutte particulièrement adapté aux pays en développement.

« Ces médecins, chercheurs et ONG souhaitent que l’artemisia entre dans l’arsenal thérapeutique pour lutter contre la maladie qui tue un enfant toutes les deux minutes dans le monde (90% des cas et des décès se concentrent en Afrique subsaharienne). Les propriétés antimalariennes mises en avant par les promoteurs de l’artemisia seraient capables d’éradiquer le fléau qui sévit avec force depuis des siècles. Engagée sur le sujet, Juliette Binoche a prêté sa voix à « Malaria Business ». L’actrice, qui sera présente lors de la projection du documentaire, souhaite insister sur l’urgence à agir contre le paludisme qui tue chaque année près d’un million de personnes dans le monde.

* « Malaria Business », de Bernard Crutzen, diffusé en novembre sur France 24

2 Artemisia annua and Artemisia afra tea infusions vs. artesunate-amodiaquine (ASAQ) in treating Plasmodium falciparum malaria in a large scale, double blind, randomized clinical trial. Munyangi J, Cornet-Vernet L, Idumbo M, Lu C, Lutgen P, Perronne C, Ngombe N, Bianga J, Mupenda B, Lalukala P, Mergeai G, Mumba D, Towler M, Weathers P. Phytomedicine. 2019 April; 57:49-56. doi: 10.1016/j.phymed.2018.12.002

 

Haine: Emmanuel Macron annonce une loi contre. Le dernier éclat de Marlène Schiappa

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21 février 2019. La désinhibition épidémique ne cesse de gagner du terrain. Cortège d’insultes provocatrices, de crises colériques, d’appels au meurtre, de déchaînements de haines.  Et des médias généralistes historiques radicalement dépassés par ces torrents d’insanités. «Les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer», raconte Aymeric Robert, l’un des journalistes de FR3 Alsace soudain confronté à cette réalité.

Quelle grille psychiatrique nous aidera à décrypter ? « Que s’est-il passé, s’interroge Le Figaro, (Elisa Braun) pour qu’Internet, qui devait être pour ses créateurs un lieu de partage du savoir et de l’information, devienne l’amplificateur d’une ignorance haineuse et, surtout, exprimée dans la plus totale impunité ? »

Hier, lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) le président de la République a annoncé qu’une proposition de loi pour lutter contre les contenus haineux sur internet sera déposée «dès le mois de mai». «Il faut que les auteurs de ces contenus comprennent que nous irons les chercher partout où ils sont et que nous ferons cesser leurs violences», annonçaient Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique, et Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes au Figaro .

L’objectif est d’imposer aux réseaux sociaux d’être transparents sur leurs règles de modération, de mieux détecter les propos haineux en amont grâce à des outils de prévention, de les retirer plus rapidement et de lutter contre l’impunité en conservant des preuves dans les archives des plateformes.  « Le président de la République a également fait part de son souhait d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux personnes condamnées pour racisme ou antisémitisme, ‘’comme l’on a interdit d’accès aux stades les hooligans’’ ajoute Le Figaro. Une mesure dont la légalité et la mise en application suscitent de nombreuses interrogations. Enfin, Emmanuel Macron est intervenu sur la question épineuse de l’interdiction de l’anonymat sur Internet. ‘’La question sera posée’’ a-t-il indiqué devant son auditoire. ‘’Faut-il l’interdire partout? […] nous pourrions aller vers le pire’’ a toutefois précisé le chef de l’État. »

La mise en scène de soi

Le pire ? Marlène Schiappa, parfois, s’y emploie dans l’application qu’elle met à la mise en scène d’elle-même. Aujourd’hui ce sont les déclarations de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes qui font « grincer des dents ». Dans un improbable entretien à Valeurs actuelles, Mme Schiappa « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

« Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes », observe la secrétaire d’Etat, pour qui « il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes qui s’unissent de fait dans ce combat »1.  Valérie Pécresse, chef de file du mouvement Libres ! au sein des Républicains, a aussitôt dénoncé sur Twitter la « faute » de Marlène Schiappa.

« Critiquer les positions des sympathisants de la Manif pour Tous est une chose. Les comparer aux terroristes islamistes qui ont frappé à mort notre pays et qui veulent détruire notre civilisation, c’est une faute. »

D’autres, comme le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a lui aussi fustigé sur Twitter ce qu’il considère comme une « insulte ». La Manif pour tous dénonce un « scandaleux amalgame » et réclame « des excuses immédiates ».« Trop, c’est trop » écrit l’organisation dans un communiqué. 

« En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. » 

Une loi pour lutter contre cette épidémie de désinhibition qui ne cesse de gagner du terrain ?

A demain

@jynau

1 Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »  

 

 

Vingt morts suspectes : l’ Hypnovel® a-t-il été méchamment utilisé à l’Ehpad de Pontarlier ?

Bonjour

Il y avait depuis la fin janvier « de fortes suspicions d’euthanasie ». Le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux vient cette fois d’annoncer qu’il ouvrait une enquête en « recherche des causes de la mort » après les décès suspects de vingt pensionnaires de l’Ehpad du Larmont près de Pontarlier (Doubs). Elle fait suite à l’enquête précédemment ouverte pour « homicide involontaire ». 

Concrètement les enquêteurs de la police judiciaire de Besançon et le commissariat de Pontarlier ont été saisis des dossiers des vingt résidents décédés et «un médecin légiste va être désigné pour étudier chaque cas »a-t-il été précisé à l’AFP. L’enquête devra notamment déterminer s’il y a eu un « usage excessif du midazolam [ midazolam® Hpnovel®] , un puissant hypnotique sédatif ».

« Y-a-t-il eu ou non euthanasie, s’interroge le procureur. Le cadre de la loi Leonetti sur la fin de vie est très précis. Il autorise l’utilisation de certaines molécules dans un protocole associant la famille du patient en fin de vie et nécessite toujours un double avis médical, en vue de la prise d’une décision ».

Cité dans l’affaire Bonnemaison

On se souvient peut-être que l’ Hypnovel® (chlorydrate de midazolam) avait été cité lors du procès en appel de Nicolas Bonnemaison, ancien urgentiste jugé pour sept «empoisonnements» de patients en fin de vie, entre mars 2010 et juillet 2011.

Hypnovel® : « Agit rapidement afin de vous rendre somnolent ou de vous endormir. Il vous rend également calme et entraîne un relâchement de vos muscles. Hypnovel®est utilisé chez l’adulte: comme anesthésique général pour endormir ou maintenir endormi.

Hypnovel®:  Est également utilisé chez l’adulte et l’enfant: pour les rendre calmes et somnolents s’ils sont en unité de soins intensifs. C’est ce que l’on appelle la « sédation » ; avant et pendant un examen ou une procédure médicale où ils vont rester éveillés. Cela les rend calmes et somnolents. C’est ce que l’on appelle la « sédation vigile » ; pour les rendre calmes et somnolents avant de leur administrer un anesthésique. »

Hypnovel®: Peut aussi (sous conditions) être utilisé dans les « processus de fin de vie ».

A demain

@jynau

Urgences et compétences : Agnès Buzyn saura-t-elle «transformer notre système de santé» ?

Bonjour

Tambour battant. Enfin un agenda de ministre des Solidarités et de la Santé. Avant-hier, New Delhi (Inde) pour une réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Hier, entre Vienne et Loire, avec Edouard Philippe, grippés, visite au pas de course d’une « maison de santé pluridisciplinaire et universitaire du Véron », commune d’Avoine, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Tours.

Ce matin, sur France Inter, pour défendre vaille que vaille, son « projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » ; défendre aussi les vaccins et l’industrie pharmaceutique de même que le « Pauvre Pasteur qui doit se retourner dans sa tombe » ; expliquer (ce qui commence à la fatiguer) pourquoi le vaccin anti-grippal n’est pas très efficace cette année mais pourquoi il faut se faire vacciner ; attaquer frontalement l’organisation actuelle des établissements de l’AP-HP engorgés. Demain, Palais de l’Elysée et conseil des ministres pour la présentation du texte d’une loi qui, peut-être, portera son nom.

Trois poids lourds et deux députés

Cette loi, précisément, cible de multiples critiques médiatiquement exprimées, comme le résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Une loi, cinq titres et vingt-trois articles pour des réformes structurelles (refonte des études médicales, création des projets territoriaux de santé, transformation numérique…), des habilitations à légiférer par ordonnances (recertification, hôpitaux de proximité, régime des autorisations d’activité, etc.) et plusieurs dispositions de « simplification » ou de « sécurisation»  (nouveau recrutement des praticiens à diplôme étranger hors Union européenne etc.). Et deux députés médecins, Stéphanie Rist rhumatologue (LREM, Loiret)  et Thomas Mesnier urgentiste (LREM, Charente), désignés rapporteurs par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

« Plusieurs poids lourds du secteur critiquent le fond et la forme du projet de loi » résume Le Quotidien. Dans le « Journal du dimanche », le patron de la FHF, Frédéric Valletoux, vient de cosigner une tribune avec trois anciens ministres, respectivement présidents de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (François Baroin, AMF), de l’Assemblée des départements de France (Dominique Bussereau, ADF) et de l’Association des régions de France (Hervé Morin, ARF). Ils dénoncent le manque de concertation du gouvernement et réaffirment leurs objectifs :  lutte contre la désertification médicale et garantie d’accès aux soins ; fin des « directives nationales technocratiques » ; prise en charge des spécificités territoriales ; développement d’outils, d’incitations et de financement pour une « implantation équitable des services de santé » ; renforcement du service public hospitalier et médico-social et revalorisation de l’attractivité des métiers hospitaliers et médico-sociaux. Des accusations que réfutent, d’un revers de main Edouard Philippe (à Avoine) et Agnès Buzyn (sur France Inter).

Combien de loups ?

D’ores et déjà un autre front de critiques est ouvert : dans  Le Figaro  le Dr Patrick Bouet, président du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) salue certes une loi qui va « dans le bon sens » – contrairement à la « loi Touraine »  – mais qui reste « très floue », notamment en ce qui concerne l’emblématique « suppression du numerus clausus »,mais pas seulement.

« Comment? Rien n’est dit. Pour l’internat, des critères objectifs de concours vont être remplacés par des critères subjectifs de jury. Comment assurer l’équité? La loi ne répond pas. Sur les assistants médicaux, tout est renvoyé à la négociation conventionnelle. Mais c’est à la loi de dire ce que l’on attend: est-ce un nouveau métier, une super secrétaire, une aide soignante ou une infirmière? Le cadre n’est pas fixé alors que le sujet du temps médical est prioritaire. Le gouvernement veut organiser le système de soins en fonction des territoires. Parfait, c’était une de nos demandes.

Mais, là encore, la loi reste floue voire n’explique pas ce que seront les hôpitaux de proximité, ni les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ni l’articulation entre les deux. L’exécutif demande à 1,3 million de professionnels de santé de travailler ensemble, à des centaines d’hôpitaux de modifier leur organisation, il faudrait au moins leur donner des informations claires. Sur la téléconsultation, nous aurions voulu que la loi rappelle l’obligation de respecter le parcours de soins, afin que les plateformes n’ouvrent pas la voie à une médecine à deux vitesses. Cela n’y est pas. »

Pourquoi tant et tant de flou ? Combien de loups ? Le président de l’Ordre des médecins estime que le gouvernement « est pris par le temps », la mesure numerus clausus lui imposant d’être « prêt pour la rentrée de septembre ». Il pense d’autre part que ce même gouvernement redoute qu’un texte trop précis n’amène une nouvelle fois, dans le débat parlementaire, « des propositions court-termistes » _ à commencer par la coercition à l’installation des médecins. « Comme cette loi suscite de très grandes attentes chez les professionnels de santé, le risque serait de les décevoir, conclut-il, prophétique. Aujourd’hui, nous sommes tous en phase, le consensus entre les acteurs de santé existe. Mais il est fragile. Attention de ne pas le faire exploser. »

Résumons: attention, risque d’explosions.

A demain

@jynau