Gilets Jaunes : petites colères montantes de la France dépendante «des clopes et du diesel» 

Bonjour

En 2019, c’est promis, des sociologues nous éclairerons enfin sur les véritables racines du phénomène étrange que nous traversons. Sur cette colère multiforme, ces violences, cette détestation soudaine d’un président hier adoré, cette fracture d’une France qui ne se reconnaît plus. Et restera un chapelet de mots : « jactance », « carabistouilles », « moratoire », « entourloupe », « intelligence et subtilité », « mabouls ». Un chapelet auquel il faudra ajouter « clopes et diesel ».

Ce fut un mot de Griveaux voulant salir Wauquiez. Benjamin-Blaise Griveaux, 41 ans, est porte-parole macronien du gouvernement. Laurent Wauquiez, 43 ans est  président de Les Républicains (LR).

Benjamin-Blaise Griveaux au JDD: «Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel.» Uns saillie méprisante analysée par David Desgouilles 1 dans Le Figaro : « Le mépris sidérant de Griveaux pour les «gars qui fument des clopes et roulent au diesel » (Paul Sugy).

« Si j’étais un député LREM de province, je maudirais Benjamin Griveaux. Voilà qui renforce en effet cette impression de mépris des villes-monde pour tout ce qui ne vit pas dans une grande métropole (…) Il y a un an, Emmanuel Macron déplorait en des termes outranciers le manque de mobilité d’ouvriers creusois qui auraient pu trouver du travail à deux heures de route (…) Le sujet est inflammable (…) Emmanuel Macron aurait tort de traiter ce dernier par le mépris et d’y appliquer la vision binaire ‘’progressistes contre nationalistes’’. Car, même s’il n’a pas enregistré des scores faramineux lors du premier tour de la présidentielle dans cette France périphérique, il risquerait de s’y faire complètement haïr, tant la problématique de la voiture y est centrale. »

« Si Laurent Wauquiez était le candidat des gens qui roulent au diesel (je laisse de côté l’aspect moralisateur sur le tabac), il ne serait pas loin de l’Élysée. Or, la sociologie électorale de LR, ce n’est pas les ouvriers et employés qui vont au boulot chaque jour et doivent emprunter leur véhicule diesel, c’est plutôt les retraités qui roulent peu (…) Cette France-là a besoin de protection, pas de diminution à la hache des effectifs des services publics. Mais peut-être Benjamin Griveaux souhaite-t-il par cette pression décourager Wauquiez d’aller à la conquête de cet électorat-là. Et laisser ce dernier au RN, validant le clivage mortifère progressistes-nationalistes dans lequel il souhaite enfermer la vie politique française. »

Sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry,

Voilà pour le diesel. Et les « clopes » ? Un symptôme édifiant des clivages du pays et des révoltes montantes nous est donné par  France Bleu Paris (Louis-Valentin Lopez). « Des mégots écrasés sur le sol, des paquets vides … Ce n’est pas un fumoir, mais le dernier wagon de la ligne P du Transilien reliant Paris à Château-Thierry dans l’Aisne. Malgré le renforcement des contrôleurs, les ‘’wagons fumeurs’’  ne sont pas en voie de disparition.

« On a beau être une grande entreprise publique de transports … On a beau avoir appliqué, scrupuleusement et avant la lettre, l’interdiction de fumer dans les lieux publics … On a beau avoir des agents de sûreté ferroviaire qui patrouillent régulièrement, écrivait il y a deux ans le site des buralistes français. Et bien, sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry, le wagon de queue est squatté régulièrement par des jeunes qui, par provocation ou non, trouvent cela normal d’y fumer … Les PV, ils s’en moquent et les opérations anti-fumeurs aussi. »

 Deux ans plus tard les contrôleurs franciliens ont  la ligne P en ligne de mire. Mercredi 19 décembre, une opération de contrôle a été menée mobilisant pas moins d’une soixantaine d’agents de la Sûreté ferroviaire ainsi qu’une dizaine de policiers municipaux et nationaux. En trois heures, 51 procès-verbaux ont été dressés avec pour motif : « violation de l’interdiction de fumer ».

« Les passagers connaissent les risques encourus ainsi que le prix de l’amende (68 euros), mais ils ont appris à esquiver les contrôles, rapporte France Bleu. Depuis 2017, la tâche s’est compliquée pour les fraudeurs : « nos agents de la sûreté ferroviaire peuvent verbaliser, faire descendre les passagers du train », signale Christophe Lallot, directeur adjoint de la zone Sûreté Ile-de-France Nord-Est. Des agents en civil peuvent être présents et contrôler dans les gares. Pour autant, ils ‘’ont besoin des services de police pour finaliser les procès-verbaux ou encore sécuriser les adresses’’. Cette année sur la ligne P, plus de 1 600 procès-verbaux ont été dressés, dont presque 700 pour violation de l’interdiction de fumer. »

 La France des clopes et du diesel ? On peut le dire autrement : la France dépendante du tabac et des carburants.

A demain

@jynau

1 Chroniqueur à Causeur et au Figaro Vox, David Desgouilles signe aussi des billets d’humeur dans le Figaro Magazine. Il a publié en juin 2015 « Le Bruit de la douche », aux éditions Michalon. Puis « Dérapage » (éd du Rocher 2017) A paraître « Les vaincus » (éd du Rocher 2019). Présentation de « Dérapage » :

« Lors d’un débat télévisé, le chroniqueur Stéphane Letourneur, croyant son micro coupé, adresse une remarque graveleuse à une femme politique. Cruelle erreur ! La meute des internautes se déchaîne, il devient l’homme à abattre sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy est victime d’un enlèvement, alors qu’il fait du vélo dans la montagne varoise.

 « Une actu chassant l’autre, l’annonce du kidnapping de l’ancien Président tourne en boucle sur les chaînes d’info. Une aubaine pour Letourneur, enfin délivré de la traque dont il était la cible, et qui a trouvé refuge dans un petit village jurassien. Mais le calme ne dure pas… Quel est ce groupe de personnes au comportement étrange installé dans la propriété voisine ? Pourquoi semblent-ils si méfiants ? Quel rôle joue Pauline, consœur  journaliste de Letourneur ? Une politique-fiction haletante et magistralement orchestrée. »

 

 

 

«Il faut qu’Emmanuel Macron cesse d’employer le langage de mabouls» (un proche du Président)

Bonjour

François Sureau, 61 ans, est une riche personnalité atypique du paysage médiatique. On peut en prendre la mesure dans un solide portrait du Monde (Pascale Nivelle): « François Sureau, la mauvaise conscience d’Emmanuel Macron. Gardien des libertés publiques et ardent défenseur des demandeurs d’asile, l’avocat et écrivain tape sur la loi asile-immigration, tout en conservant l’oreille du président de la République. » (Pascale Nivelle).

« Longtemps, il s’est ennuyé à chercher un sens à sa vie. Il grimpait, grimpait, passant de l’ENA au Conseil d’État, sautant d’un cabinet d’avocats d’affaires à la gestion des affaires, dans les assurances (AXA) ou la finance (MultiFinances International), parfait petit soldat de son milieu. « J’avais le goût assez jésuitique de répondre aux réquisitions du jeu social », explique-t-il. »

Ancien de   Saint-Louis-de-Gonzague et de Sciences Po, officier dans la Légion étrangère, il fut aussi maître des requêtes au Conseil d’Etat ; fils du Pr Claude Sureau (gynécologue-obstétricien de renom, également libre et atypique, qui a marqué son époque), chroniqueur à La Croix, l’homme était ce matin l’invité de la matinale de France Inter  : « François Sureau : « Le gilet jaune est l’expression même de la soumission du peuple français » ».

France Inter qui lui demanda de revenir sur sa formule (nous soulignons) utilisée dans un entretien accordé il y a quelques jours au Figaro (Eugénie Bastié) :

« Je pense aussi que le public, et je ne m’en exempte pas, aimerait que l’État lui dise simplement les choses. Qu’il cesse d’employer le langage de mabouls qu’il affectionne et déploie au long de lois interminables et pour la plupart inutiles, y trouvant l’excuse de son inaction profonde. Il y a dans cette insurrection larvée une protestation contre le «monde virtuel» du gouvernement. »

Aliéné, barjo, cinglé, hurluberlu, insensé, malade.

Connaissez- vous « maboul », cet adjectif populaire et familier?  Qui a perdu la raison, fou. Complètement maboul.  « (…) le troisième « éminent » rédacteur en chef de la Lanterne, était maboul bien avant qu’on le sût. Il était président du conseil au moment de la déclaration de guerre. » (L. Daudet, Brév. journ., 1936, p. 150.)

François Sureau :

« La confiscation de l’activité politique par le langage de l’administration, de la technocratie, est quelque chose d’absolument surprenant. Allez sur YouTube et regardez comment parlaient Mitterrand ou Pompidou, vous serez saisis, sur une autre planète (…) Ce n’était pas une langue différente, c’était la langue d’une époque où il y avait du Victor Hugo chez les ouvriers, chez les paysans (…) Aujourd’hui …. on assiste par exemple aux « Assises de la mobilité » Quand je les ai vu apparaître, j’ai vu quelque chose se dégrader dans le pays  (rires dans le studio) On est assis et on bouge… Cela fait penser à ce que disait un vieux gaulliste qui disait ‘’Pourquoi les assises, la correctionnelle aurait suffi.

 « Après çà il y a eu pire : la Loi d’Orientation des Mobilités … Au plein début de la crise des Gilets Jaunes on fait passer une loi de 80 pages qui prévoit le fichier national des cyclistes… l’interdiction de construire des carrefours en amont des ronds-points … les péages urbains … et tout ça exprimé dans une langue invraisemblable où le maire de Trifouilly-les-Oies se voit qualifié d’AOT pour Autorité Organisatrice de Transports. Il n’y a plus de brigade de gendarmerie, plus de poste, plus de boulangerie, plus de café mais, tenez-vous bien, le maire est une AOT. C’est surréaliste… ! »

 Surréalisme et jactance. Où l’on saisit mieux en quoi la récente « Itinérance Mémorielle » présidentielle a pu être de nature à impacter les esprits d’un pays devenu un conglomérat de « territoires » quand, hier encore, il n’en formait qu’un.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes : passé le temps de la jactance, une ferrandinade et pas de carabistouilles

Bonjour

Déclaration  spontanée ou travail de communicants ? Après l’Acte V des Gilets Jaunes voici Richard Ferrand dans un entretien au Journal du Dimanche. Le président de l’Assemblée nationale assure, dit France Info, « le service après-vente des annonces d’Emmanuel Macron ».

Voici Richard Ferrand et, avec lui, un nouveau terme destiné à faire parler, rire ou – une nouvelle fois- énerver.

Face à la colère des Gilets Jaunes « l’engagement du président sera tenu »  assure l’ancien journaliste et socialiste Richard Ferrand . « Il n’y aura pas de carabistouille »  ajoute-t-il, notamment l’augmentation de 100 euros pour tous les salariés au niveau du Smic. « L’enjeu, c’est que la totalité des salariés payés au Smic en bénéficient, bien au-delà de ceux qui touchent la prime d’activité. Crédit d’impôt, baisse des charges salariales… tout est à l’étude, souligne encore ce très proche du chef de l’Etat. Si nécessaire, nous modifierons la première tranche de l’impôt sur le revenu pour que personne ne soit pénalisé. On ne reprendra pas d’une main ce qui aura été donné de l’autre. »

Richard Ferrand aurait aussi pu parler d’entourloupe comme le fit le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après’ » ».

Raymond Devos

L’entourloupe, on connaît bien en France (plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un) – mais la carabistouille ? Richard Ferrand ou ses communicants savent-ils que c’est un belgicisme qui s’emploie surtout au pluriel (cf. H. Baetens Beardsmore, Le Français régional de Bruxelles, 1971, p. 400).

Sans doute eût-il mieux valu parler de calembredaine ou de galéjade. Mais Richard Ferrand use ici d’un mot qu’affectionne le président de la République. Ainsi Emmanuel Macron l’avait-il  utilisé (au pluriel) lorsqu’il était, en avril dernier, invité sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut, «pour répondre aux questions que les Français se posent» :  « Il ne faut pas raconter de carabistouilles à nos concitoyens ». Le Figaro avait alors enquêté :

« Il serait dérivé de la contraction de deux termes ‘’cara’’, dont l’origine demeure obscure, et ‘’bistouille’’, c’est-à-dire le ‘’mauvais alcool’’. Un mot dont le suffixe ‘’-ouille’’ indique un usage dans le langage argotique, voire populaire.

Bien qu’aussi mystérieux que son confrère ‘’cara’’, le CNRTL tente une explication des racines du mot. Selon le dictionnaire, ‘’bistouille’’, né d’un dialecte du Nord à l’aube du XXe siècle serait probablement dérivé du préfixe ‘’bis’’ et du verbe ‘’touiller’’. »

 Mais Richard Ferrand ne s’arrête pas là. Concernant la suite du mouvement des « gilets jaunes », le président de l’Assemblée nationale dit respecter la liberté de manifester. Il ajoute toutefois : « Mais à force de rester sur les ronds-points on tourne en rond. » Ce qui n’est pas sans faire songer à un célèbre sketch de Raymond Devos centré sur le sens giratoire. Et qui pourrait conduire à l’éclosion d’un néologisme, dans l’ombre de la raffarinade, une ferrandinade ?

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.

 

Gilets Jaunes versus Edouard Philippe : moratorium ou moratoire ? Petite leçon du soir

Bonjour

C’est donc (enfin) fait : l’exécutif semi-jupitérien vient de (tenter de) crever l’abcès français. Trop tard ? A voir. Reddition ou capitulation ? Cela ne saurait trop tarder. Crépuscule du 4 décembre 2018 : Le Figaro (Christine Ducros) :

« ‘’Qu’est-ce qu’on constate depuis trois semaines ?’’, a interrogé Édouard Philippe, entouré lors de son intervention par les ministres Muriel Pénicaud, Jean-Michel Blanquer, François de Rugy et Marc Fesneau: ‘’On voit monter en France une colère profonde qui vient de loin, qui a longtemps été cachée par pudeur et fierté. Aujourd’hui, elle s’exprime de manière collective. Colère de Français qui ont le sentiment d’être dos au mur, qui travaillent et ne veulent pas être relégués’’.

 « Puis toujours pour tenter de juguler la crise, le Premier ministre a fait montre de pédagogie devant les caméras . Il a annoncé ‘’la suspension pour six mois de trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur au 1er janvier, dont la hausse de la taxe carbone et le gel des augmentations du gaz et de l’électricité’’, à l’origine du mouvement des «Gilets jaunes’’. Justifiant ce qu’il faut bien appeler un recul, il a reconnu: ‘’Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la Nation’’.

Juguler sans jugulaire

La demande de moratoire avait été faite plus tôt dans la matinée sur RTL-Yves Calvi-première radio de France par Stanislas Guérini, le déjà bien trop jeune général-en-chef des troupes macroniennes, pour l’heure déconfites : «Le temps du débat est venu, on lève le crayon, on fait un gel (…) Il doit y avoir une pause pour mettre en place le débat».

Lever le crayon pour tenter de réduire la température ? Où l’on pressent un inconscient friand des métaphores climatico-politiques. Reste l’histoire de la vieille langue française qui réclame généralement de préférer moratorium à moratoire . Pour autant :

Moratorium : Disposition légale, nécessitée par des raisons impérieuses d’intérêt public, suspendant d’une manière générale l’exigibilité des créances, le cours d’actions en justice; p. méton., cette suspension (d’apr. Cap.1936). En Bourse, depuis deux jours, c’était la panique. Les agents de change et les gros coulissiers s’employaient auprès du gouvernement afin d’obtenir un moratoire qui permît de reporter, à tout hasard, en fin août, la liquidation de juillet (Martin du GARD., Thib., Été 14, 1936, p.468). Il fallut suspendre la vente des biens nationaux et, par un moratoire, sauver les créanciers de la ruine (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.470).

 Acte d’un créancier qui reporte la date d’échéance d’une créance.La «Royal Mail», la «White Star» étaient obligées de solliciter des moratoires de leurs créanciers, tandis que la «Holland Amerika» et sa filiale la «Maildienst» avaient suspendu leurs paiements dès 1930 (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p.18).

 P. anal. Fait de suspendre une action, un processus (généralement dans un contexte politique). Moratoire nucléaire, contre la guerreAinsi les Nations Unies adoptèrent (…) une résolution demandant un moratoire des essais nucléaires (malgré l’opposition des puissances atomiques militaires) (Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p.199).

Littér. Délai, retard. Le désir était, chez Sylla, impétueux et ne souffrait nul moratoire (LEON Daudet, Sylla, 1922, p.44).

Où l’on voit, Gilets Jaunes et Sylla, ou pas, que l’heure est, ce soir, bien grave.

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@jynau

 

 

Gilets Jaunes : quand Agnès Buzyn discourait sur l’ubérisation, et l’instrumentalisation

Bonjour

Voici un nouveau symptôme des bouleversements économiques et politiques du monde hospitalier. Il y a un mois un millier de « véhicules sanitaires » bloquaient le périphérique parisien pendant près de trente-six heures. La même colère s’exprimera à nouveau ce 3 décembre dans une capitale encore meurtrie par les scènes de guérilla urbaine d’avant-hier. Ce n’est là que l’un des aspects d’un dossier autrement plus compliqué. Explications.

« Depuis le 1er octobre, les transports médicaux inter-établissements, soit une charge annuelle de 125 millions d’euros, sont à la charge des hôpitaux et non plus de l’Assurance-maladie. « Cette disposition, dite de «l’article 80» de la loi de financement de la Sécurité sociale 2017 mais dont l’application a été reportée à 2018, ne vise pas le trajet du domicile du patient à un établissement de santé, mais bien le transport au sein d’un même établissement. Ou entre deux établissements, comme entre un hôpital et un centre de dialyse spécialisé , explique Le Figaro (Marie-Cécile Renault)C’est l’établissement prescripteur qui a désormais en charge l’organisation du transfert et doit attribuer les marchés de transport sanitaire, via des appels d’offres. »

« La réforme ne concerne que 5 % des 4,6 milliards d’euros de la dépense totale de l’Assurance maladie en matière de transport, ajoute Le Monde (François Béguin). Mais elle a cristallisé les inquiétudes d’une profession qui comptait près de 5 700 entreprises en 2015 et dont les trois quarts emploient moins de vingt salariés. » Ces petites entreprises redoutent que les hôpitaux fassent toujours appel aux mêmes sociétés : les « grands groupes » qui auront remporté les appels d’offres en cassant les prix.

On comprend la logique : « responsabiliser » les établissements de santé, grands prescripteurs de transports sanitaires, mais qui ne paient qu’une faible part de la dépense totale. «La réunion, au sein d’une même “main”, du payeur et du prescripteur, est indispensable pour responsabiliser les acteurs», indiquait l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans sa revue de dépenses des transports sanitaires 2016 – une recommandation déjà formulée par la Cour des comptes. L’IGAS évaluait ainsi à 250 millions d’euros les dépenses de transport intra-établissements de santé à leur seule charge, soit 10 % des dépenses totales de transfert sanitaire prescrites par ces mêmes établissements.

Inquiétudes des hôpitaux et des patients

« Mais les dirigeants de ces structures protestent et les quatre fédérations hospitalières (FHF, FHP, Fehap et Unicancer) demandent déjà le report de la réforme, souligne Le Figaro. ‘’Dans un contexte économique toujours plus difficile, les établissements de santé ne peuvent assumer de nouvelles responsabilités financières sans une visibilité suffisante sur l’impact de la mesure et sans la garantie d’une compensation complète’’, expliquent-elles. À titre d’exemple, cette réforme représenterait pour l’AP-HP de 20 à 40 millions d’euros en plus en 2019. »

Il faut aussi compter avec les inquiétudes des organisations de patients quant aux conséquences pour les personnes handicapées hospitalisées en soins de suite et de réadaptation. Trois associations (AFM-Téléthon, APF France handicap et France Assos santé) ont ainsi alerté Agnès Buzyn et Sophie Cluzel, nouvelle  secrétaire d’État aux Personnes handicapées. Inquiétude également chez France Rein, qui rappelle que 43.000 patients dialysés doivent se rendre trois fois par semaine dans un centre spécialisé.

Toutes ces inquiétudes furent d’emblée rejetées par la ministre des Solidarités et de la Santé. «J’ai été très vigilante à ne pas favoriser l’ubérisation et à protéger, contrairement à ce qu’ils peuvent penser , leur profession » a assuré la ministre à l’attention des ambulanciers, invitée  de l’émission Audition publique (Le Figaro/LCP/Public Sénat/AFP). (…) « Ce n’est pas de l’ubérisation, c’est de la rationalisation.»

C’était il y a un mois. La colère, alors, commençait à monte sur la hausse des prix des carburants à la pompe et que les Gilets Jaunes commençaient à émerger. Agnès Buzyn, alors, dénonçait une «instrumentalisation» : «Je n’entends pas beaucoup les Verts et les anciens du PS, qui prônaient plus d’écologie » accusait-elle. Et de rappeler que « la taxation de l’essence et du diesel est la seule façon de réduire la pollution ».

La ministre des Solidarités ignorait qu’un mois plus tard le monde aurait changé.

A demain

@jynau

Face à Agnès Buzyn, les « servantes écarlates » de la petite maternité condamnée du Blanc

Bonjour

Gilets Jaunes, territoires et dystopie. « La servante écarlate » (The Handmaid’s Tale) est un roman du tonnerre. Ecrit par Margaret Atwood ,publié en 1985 et traduit en français il y a trente ans. Livre bientôt devenu film  sous le même titre grâce à Volker Schlöndorff avant de trouver la bénédiction commerciale de la série télévisée.

« La religion domine la politique dans un régime totalitaire et où les femmes sont dévalorisées jusqu’à l’asservissement. Elles sont divisées en classes : les Épouses, qui dominent la maison et sont les seules femmes ayant un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et s’occupent aussi de la cuisine, les Éconofemmes, les épouses des hommes pauvres et les Tantes enfin qui forment les Servantes habillées d’amples robes écarlates dont le rôle est la reproduction humaine. Toutes les autres femmes  sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l’atmosphère. Les rares nouveau-nés sont souvent déclarés ‘’ inaptes’’ ».

Où l’on perçoit sans mal la résonance avec l’affaire de la petite maternité (jadis condamnée par Agnès Buzyn) de la petite cité du Blanc (ancien territoire de l’Indre). Et voici que grâce à une mise en scène hier encore impensable, l’affaire prend soudain une nouvelle dimension politique. On peut en prendre la mesure dans mille et un médias et réseaux – dont Le Figaro (Marie Boetti) :

« Une centaine de membres du collectif créé en réaction à la fermeture de la maternité du Blanc, dans l’Indre, se sont mobilisés ce mercredi au cœur de Paris. Devant l’enceinte du Congrès national des maires et l’Assemblée nationale, ces habitants ont reçu le soutien de plusieurs élus.

 «  C’est dans le silence que le collectif «C pas demain la veille», constitué d’habitants du Blanc dont la maternité est vouée à la fermeture, a manifesté ce mercredi matin devant le Parc des expositions qui accueille le Congrès national des maires à Paris. Vêtues de capes rouges et de bonnets blancs, à l’image du roman de Margaret Atwood. des dizaines de femmes ont défilé sur la place Porte de Versailles. Elles ont ensuite formé un cercle au sein duquel des manifestants se sont allongés, couverts de pancartes en tissu avec des inscriptions telles que ‘’les bébés ne naissent pas dans les choux, mais en sécurité dans notre maternité’’ (…) ».

« Zéro dialogue »

«Il y a zéro dialogue et on ne nous entend pas. Nous avons non seulement l’impression d’être méprisés parce qu’ils ont fermé notre maternité, mais aussi parce qu’ils ont décidé de ne pas nous recevoir. S’ils ne veulent pas venir au Blanc, c’est nous qui allons venir à Paris», a expliqué au Figaro Jérémie Godet, l’un des membres du collectif. Les manifestants n’ont pas pu rentrer dans le Congrès. Ils ont donc mené leur manifestation silencieuse et non-violente devant l’enceinte. Puis, peu après l’Angélus le collectif écarlate s’est dirigé vers l’Assemblée nationale. Avec une supplique : rencontrer Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé qui a, publiquement dénoncé la dangerosité de cette petite maternité.

Supplique restée sans réponse. Le député Maxime Minot (Oise, LR) a dit aux journalistes avoir fait cette demande à plusieurs reprises, mais en vain. La maire du Blanc ne comprend pas ce silence. «Est-ce qu’elle se sent mal et pense que notre combat est juste ? Elle serait alors embêtée d’être en face de nous ? Moi, je commence à me poser la question.» Elle n’est pas la seule. Et cette petite maternité condamnée préfigure peut-être la condamnation prochaine de l’hôpital de Vierzon. Le Figaro :

« Pour Judith, une mère résidant dans la ville du Blanc, la fermeture de la maternité s’apparente à une véritable injustice. ‘’Les femmes (rurales) devraient avoir les mêmes droits que les autres Françaises qui vivent en ville. Parce que nous habitons dans un milieu rural, nous avons l’impression d’être condamnées’’ ». L’affaire est loin d’être terminée . Le collectif « C pas demain la veille » lancera bientôt  « La marche des oreilles» (afin de se faire entendre par Agnès Buzyn et  le gouvernement). Un pèlerinage qui s’achèvera à Paris. Peu avant la Noël.

Gilets Jaunes, territoires et usage politique de la dystopie.

A demain

@jynau