Le baclofène, enterré ou ressuscité : la finale sera retransmise en direct les 3 et 4 juillet

Bonjour

Réserver ses journées. Les responsables de la revue Le Flyer nous rappellent que les 3 et 4 juillet, il sera possible de suivre en direct sur Dailymotion 1 « ce que certains annoncent comme l’enterrement du dossier baclofène ».

« Va-t-on assister au lynchage en règle du baclofène, comme nous avons pu assister au lynchage de la « primo-prescription de méthadone en Ville »- quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur chacun de ces deux dossiers ? » s’interrogent-ils. Ils font aussi valoir que d’autres, plus optimistes, « espèrent que l’esprit « Santé Publique » va souffler sur la commission créée pour l’occasion ».

Rappelons que cadre de l’instruction de la (première) demande d’AMM du baclofène dans l’alcoolo-dépendance, l’ANSM a récemment annoncé la création d’une commission mixte ad hoc,  composée d’un tiers des membres de chacune des trois commissions consultatives qui siègent auprès d’elle 2. Il y a un an le laboratoire pharmaceutique Ethypharm avait formulé une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) afin de commercialiser spécifiquement le baclofène (sous un nom de marque) dans le traitement de la maladie alcoolique. Grosses polémiques.

Empathique

L’ANSM explique aujourd’hui avoir créé cette commission « pour bénéficier d’une approche pluridisciplinaire au travers d’auditions de représentants de professionnels de santé et de patients utilisant ce médicament ». « Chacun des membres, ajoute-t-elle, a rempli une déclaration publique d’intérêt disponible sur le site. La commission se réunira les 3 et 4 juillet 2018. Un relevé d’avis de cette commission sera disponible dans les jours suivants sur le site Internet de l’Agence. Le compte rendu détaillé sera publié ultérieurement. »

Baclofène enterré ou baclofène ressuscité ? « L’AMM du baclofène pourrait permettre de créer les conditions d’une arrivée dans le système de soins de milliers de patients souhaitant bénéficier d’une prise en charge empathique, comme ce qui s’est passé avec les médicaments de substitution il y a plus de 20 ans, estime pour sa part Le Flyer. Et si ce n’est pas le cas, tant pis, on aura au moins essayé. La mortalité et les conséquences sanitaires et sociales liées à l’alcool devraient peser dans la balance; Nous l’avons déjà dit, depuis les débuts du baclofène. L’avis des cliniciens de terrain comme les quarante-sept qui ont signé une récente tribune 3 pourrait peser également dans les débats. Ou pas.. ».

Est-ce trop espérer, après des années de polémiques acharnées, que l’on parvienne, en direct, aux prémices d’une forme de paix ?

A demain

1 https://www.dailymotion.com/ANSMofficiel

2 Les membres de cette commission, présidée par le Professeur Nicolas AUTHIER, psychiatre et pharmacologue, sont : Pr. Marc BARDOU, gastro-entérologue, en qualité de Vice-Président, Pr. Antoine PARIENTE, médecin de santé publique et pharmaco-épidémiologiste en qualité de Vice-Président, Marie BONNET, psychologue, Dr. Jean-Michel DELILE, psychiatre et addictologue, Véronique OLIVIER, représentante associative, Fabrice OLIVET, représentant associatif, Hélène POLLARD, représentante associative, Dr. Marie-Alix ALIX, pharmacien d’officine, Dr. Pascale DUGAST, pharmacien hospitalier, Dr. Francis ABRAMOVICI, médecin généraliste, Dr. Claude SICHEL, médecin généraliste, Dr. Muriel GREGOIRE, psychiatre et addictologue, Dr. Albert TRINH-DUC, médecin urgentiste, Pr. Marie-Christine PERAULT-POCHAT, pharmacologue.

3 Texte paru sur Le Flyer signé de Dr Alain Morel, Paris ; Pr Olivier Cottencin, Lille ; Pr Christophe Lançon, Marseille ; Dr Maroussia Wilquin, Abbeville ; Dr Antoine Gérard, Le Puy-en-Velay ; Dr Laurent Michel, Paris ; Dr Jean-François Aubertin, Thionville ; Dr Beatrice Cherrih-Pavec, Charleville-Mézières Dr Grégoire Caracotch, Archamps ; Dr Didier Bry, Avignon ; Dr Claude Bronner, Strasbourg ; Dr Christophe Cutarella, Marseille ; Dr Jean-Jacques Pik, Creil ; Dr Eliane Herran, Bayonne ; Dr Dominique Jourdain de Muizon, Chauny ; Dr Ariane MA, Montreuil ; Dr Frédéric Fry, Cergy Dr Véronique Vosgien, St-André-lez-Lille ; Dr Philippe Masson, Pont-à-Mousson ; Dr Christian Michel, Strasbourg ; Dr Patrick Vogt, Mulhouse ; Dr Pierre Bodenez, Brest ; Dr Pascal Vesproumis, St-Brieuc ; Dr Jean Levy, Charleville-Mézières ; Dr Françoise Etchebar, Pau ; Dr May Boumendjel, Versailles ; Dr Pierre Polomeni, Sevran ; Dr Philippe Grunberg, Montfermeil ; Dr Eric Doudet, Tours ; Dr Catherine Caron, Paris ; Dr Richard Lopez, St-Denis.

Les signataires de cette tribune précisent « n’avoir aucun lien d’intérêt avec une firme qui commercialise le baclofène (Zentiva® et Liorésal®) dans d’autres indications ni avec celle qui a demandé une AMM (Ethypharm) ».

 

Alcoolisme et guerre du baclofène : la supplique de médecins fantassins pour un armistice

Bonjour

Sous la mitraille, l’espoir de l’armistice ?. C’est un message qui nous est adressé des premières lignes médicales 1. « Ni collectif militant, ni baclo-sceptiques mais tout simplement cliniciens accompagnant au quotidien des patients alcooliques en demande de soin, nous avons souhaité nous exprimer dans ce moment crucial où semble se jouer l’avenir du baclofène ou plus précisément l’avenir de sa mise à disposition officielle dans le cadre d’une AMM ».

Que nous disent-ils, ces combattants ?  Sans remettre en cause les données officielles avancées par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ils expliquent « mesurer au quotidien les risques imputables à l’alcool ». Et ils récitent les chiffres bien connus du fléau alcoolique en France – à commencer par 400 000 hospitalisations annuelles pour des comas éthyliques, des hépatites, des cirrhoses ou encore des troubles psychiques dus à l’addiction.

« Les évaluateurs du rapport bénéfices-risques ont-ils inclus ces données, demandent-ils. Il faudrait tenir compte du poids de cette maladie. Il ne s’agit pas d’un traitement de la migraine ou de la fatigue passagère pour lequel la survenue d’effets indésirables délégitimeraient une demande d’AMM. Les patients alcooliques meurent par dizaines de milliers chaque année ! Ils se détruisent et parfois détruisent leur entourage. Nous en sommes témoins au quotidien. »

Credo monté des tranchées

 Ils ajoutent que le baclofène est utilisé depuis des décennies par des neurologues, souvent à des posologies supérieures à celle de l’AMM, et ce dans le monde entier. Et que si des « signaux » ont émergé depuis son utilisation dans les troubles liés à l’usage d’alcool, c’est surtout parce que « cette population est particulièrement comorbide ».  Et puis ce credo monté des tranchées :

« Pour nous, l’efficacité du baclofène ne fait guère de doute, comparée aux autres traitements existants (malgré la difficulté de l’établir clairement dans les études contrôlées, souvent trop éloignées de la vraie vie). Tous les cliniciens qui l’utilisent correctement sont de cet avis. Ceux qui disent qu’il n’est pas efficace ne l’ont jamais prescrit (soit parce qu’ils ne sont pas médecins, soit parce qu’ils sont ‘contre’ le baclofène depuis toujours [pour des raisons parfois étranges]). Ou soit encore parce qu’ils l’ont mal prescrit (posologie trop basse ou augmentée trop rapidement), ce qui en font des détracteurs ‘expérimentés’ ! Autant dire, les plus redoutables… 

 « Des centaines de prescripteurs expérimentés, comme nous, prescrivent du baclofène à des milliers de patients depuis des années. Certes, nous avons eu quelques échecs, comme pour tout traitement, mais globalement nous considérons que c’est un des meilleurs traitements à notre disposition depuis des années, quand il est correctement prescrit et au bon patient. »

Sans oublier que le baclofène est une occasion permettant de « faire entrer les patients dans le soin ». Avec, là aussi, l’enseignement des consultations. Une chance offerte de réduire le fossé abyssal entre le nombre de patients au contact de professionnels du soin (à peine plus de 100 000) et les deux millions de personnes ayant des problèmes en lien avec une dépendance à l’alcool.

Qu’espèrent les signataires au terme de leur plaidoyer 2 ? Une AMM avec un accès non limité au médicament (posologie et type de prescripteurs), un appel à la coopération entre la médecine générale et le milieu spécialisé et un soutien vers la formation des médecins quel que soit le milieu d’exercice. Est-ce trop demander ? Que diront, à Saint-Denis, les généraux ?

A demain

1 Dr Alain Morel, Paris ; Pr Olivier Cottencin, Lille ; Pr Christophe Lançon, Marseille ; Dr Maroussia Wilquin, Abbeville ; Dr Antoine Gérard, Le Puy-en-Velay ; Dr Laurent Michel, Paris ; Dr Jean-François Aubertin, Thionville ; Dr Beatrice Cherrih-Pavec, Charleville-Mézières Dr Grégoire Caracotch, Archamps ; Dr Didier Bry, Avignon ; Dr Claude Bronner, Strasbourg ; Dr Christophe Cutarella, Marseille ; Dr Jean-Jacques Pik, Creil ; Dr Eliane Herran, Bayonne ; Dr Dominique Jourdain de Muizon, Chauny ; Dr Ariane MA, Montreuil ; Dr Frédéric Fry, Cergy Dr Véronique Vosgien, St-André-lez-Lille ; Dr Philippe Masson, Pont-à-Mousson ; Dr Christian Michel, Strasbourg ; Dr Patrick Vogt, Mulhouse ; Dr Pierre Bodenez, Brest ; Dr Pascal Vesproumis, St-Brieuc ; Dr Jean Levy, Charleville-Mézières ; Dr Françoise Etchebar, Pau ; Dr May Boumendjel, Versailles ; Dr Pierre Polomeni, Sevran ; Dr Philippe Grunberg, Montfermeil ; Dr Eric Doudet, Tours ; Dr Catherine Caron, Paris ; Dr Richard Lopez, St-Denis.

2 Les auteurs de cette tribune (à paraître dans le n° de mai de la revue Le Flyer) précisent « n’avoir aucun lien d’intérêt avec une firme qui commercialise le baclofène (Zentiva et Liorésal®) ni avec celle qui a demandé une AMM (Ethypharm) ».