Vacciner de force contre le pneumocoque et le méningocoque C ? Quelques raisons de refuser 

 

Bonjour

Journalisme : d’abord voir, observer – puis interroger au plus près. Bon papier, original et pertinent, dans Le Figaro (Cécile Thibert). Oser demander quel est le véritable intérêt des vaccinations pédiatriques désormais obligatoires contre le méningocoque de type C, le pneumocoque et l’hépatite B. Et le demander au Dr Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé Publique France – expert au cœur de la machine vaccinale réglementaire.

Dans une lettre ouverte aux députés publiée le 15 octobre un petit groupe de médecins généralistes « éduqués, rationnels et responsables » analysaient de manière critique le projet gouvernemental des nouvelles obligations vaccinales pédiatriques – et demandaient aux membres de la représentation nationale de ne pas voter le projet de loi qui leur était proposé. Mais les députés de La République en Marche les ont-ils seulement entendus ? Le gouvernement a été suivi comme un seul homme. Pour autant leurs arguments demeurent. Deux sujets  méritent d’être soulignés

La vaccination contre la méningite à méningocoque C :

« Cette maladie est rarissime même en l’absence de vaccination (120 cas par an en moyenne  dans l’ensemble de la population en l’absence de vaccination et un à  trois décès par an chez les moins de 15 ans). Dans ce cas la vaccination universelle risque de provoquer plus d’effets indésirables graves chez les nourrissons, que de bénéfices dans la population générale. Cette vaccination  est donc préconisée non pour éviter une menace sanitaire grave mais dans l’espoir illusoire, comme le montre l’exemple d’autres pays européens, d’une éradication possible de cette maladie rare. »

 Réponse du Dr Daniel Lévy-Bruhl :

« Aujourd’hui, les infections invasives à méningocoque en France sont rares et sont responsables d’environ 500 cas par an. Cependant, elles peuvent être très graves, puisque plus d’une personne infectée sur dix en décédera, et plus d’une personne sur cinq en gardera des séquelles à vie (atteintes cérébrales, auditives, amputation des membres).

« La vaccination contre le méningocoque C a été introduite en France en 2010, sous la forme d’une injection unique chez les enfants de 1 an, avec un rattrapage recommandé jusqu’à 24 ans. L’incidence des infections à méningocoque C a augmenté entre 2010 et 2014, en particulier chez les nourrissons, très vraisemblablement à cause d’une recrudescence épidémique que la couverture vaccinale insuffisante n’a pas pu contrôler.

Si cette couverture vaccinale avait été suffisamment élevée pour induire une immunité de groupe, une très grande partie des 467 cas survenus depuis 2011 chez des personnes de moins de 1 an ou de plus de 24 ans aurait été évitée, parmi lesquels 66 personnes sont décédées. La trentaine des décès survenus chez des personnes âgées entre 1 et 24 ans non vaccinées aurait également été évitée. Chez nos voisins européens, par exemple au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, où la couverture vaccinale est très élevée, les infections à méningocoque C ont quasiment disparu.

« Concernant les risques, les vaccins contre les méningocoques sont très bien tolérés. Ils comportent, comme tous les vaccins, un risque de réaction allergique et des effets secondaires bénins et transitoires au site d’injection. Récemment, un des vaccins contre le méningocoque a été suspecté d’induire des effets secondaires qui auraient été liés à la présence de métaux dans le vaccin. L’expertise menée a permis de conclure qu’il n’existe pas de risque pour la santé des personnes vaccinées lié à ces métaux, qui ont effectivement été retrouvés à l’état de traces dans ce produit, mais également dans le médicament injectable, le sérum physiologique injectable et les cinq autres vaccins testés. »

La vaccination contre le pneumocoque :

 Le groupe de médecins généralistes développe (annexe III) un long argumentaire détaillé – et accuse en substance le vaccin contre le pneumocoque d’avoir contribué à l’augmentation de la fréquence de cette maladie.

« Qu’en est-il ? » demande, simplement, Le Figaro au Dr Daniel Lévy-Bruhl. Réponse :

« Le problème du pneumocoque est qu’il s’agit d’une bactérie qui existe sous plus de 90 formes différentes, qu’on appelle «sérotypes». En 2003, on a commencé à vacciner contre sept de ces formes. Dans beaucoup de pays, et particulièrement en France, le vaccin s’est révélé très efficace, avec une réduction spectaculaire des infections invasives attribuées aux sérotypes qui étaient présents dans le vaccin.

« Ces bactéries, qui vivent dans la gorge des enfants et qui peuvent provoquer des méningites, ont été détruites par le vaccin. Le problème, c’est que d’autres pneumocoques sont venus ‘’coloniser’’ la gorge des enfants. Les scientifiques savaient que cela allait arriver, mais l’hypothèse était faite que ces nouveaux pneumocoques seraient moins dangereux. Malheureusement, certains l’ont été tout autant que les précédents. Par conséquent, alors que nous avions une couverture vaccinale de plus de 80 % en France, la réduction du nombre de cas de méningite n’a été que de 30 %. La baisse a donc été moins importante qu’espérée. Le nombre total de cas dans l’ensemble de la population a même légèrement augmenté entre 2003 et 2009.

« À partir de 2010, un nouveau vaccin a été rendu disponible: le Prévenar 13. Comme son nom l’indique, celui-ci protège contre treize sérotypes de pneumocoques et inclut les sérotypes le plus souvent responsables du phénomène de remplacement que j’ai évoqué. Ce vaccin a permis de réduire la fréquence des méningites, des pneumonies et des septicémies à pneumocoque à tous les âges. La réduction observée chez les personnes âgées est liée au fait que ce sont les enfants qui les contaminent le plus souvent. En diminuant la présence dans la gorge des sérotypes les plus sévères, la vaccination a indirectement protégé les personnes âgées.

« À l’heure actuelle, si la couverture vaccinale diminuait, les cas liés aux sérotypes inclus dans le vaccin réapparaîtraient, car ils circulent toujours. Il faut rappeler qu’au début des années 2000, avant la vaccination des enfants, plus d’une centaine de méningites à pneumocoque survenaient chaque année chez le nourrisson. Environ 10 % des cas en décédaient et plus de 20 % en gardaient des séquelles.

Le Figaro précise que les généralistes affirment également qu’entre 2010 et 2014, cinq décès ont été jugés imputables au vaccin contre le pneumocoque. Réponse du Dr Daniel Lévy-Bruhl :

« Fort heureusement, ce n’est pas le cas. Depuis quelques années, la définition d’un effet indésirable soumis à la pharmacovigilance inclut les échecs de la vaccination. En clair, cela signifie que si vous contractez la maladie pour laquelle vous avez été vacciné, cela est désormais considéré comme un effet indésirable. Le vaccin contre le pneumocoque, comme la plupart des vaccins n’est pas efficace à 100%. Pour être précis, le grand essai clinique mené aux Etats-Unis a conclu à une efficacité de 94%.

« D’une part, les 5 décès dont il est ici question ont été recensés dans le monde entier. D’autre part, ils font suite à une infection par le pneumocoque, c’est-à-dire que le vaccin n’a pas été efficace chez ces cinq personnes et qu’ils ont contracté la maladie. En résumé, on peut certes se montrer exigeant et reprocher au vaccin de ne fonctionner ‘’qu’à 94%’’, mais on ne peut certainement pas dire qu’il a tué ces personnes. »

Reste que pour ces deux vaccins l’obligation est là. Et c’est dans ce contexte que le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins met en garde : les professionnels qui relaieraient « des arguments contraires aux données de la science » pourront être poursuivis. « Quelles que soient les convictions personnelles d’un professionnel, il se doit de protéger ceux qui l’entourent. Il n’y a pas de débat » déclare-t-il dans une interview au Généraliste :

« Je le redis solennellement et avec conviction, nous soutenons l’initiative de la ministre de la Santé car, dans le climat actuel, il est primordial de protéger l’individu et la collectivité. Créer l’obligation pour ces vaccins dont nous savons qu’ils protègent et sauvent des vies, c’est une action de santé publique ! En disant cela, je n’ai pas le sentiment de me « mettre à genoux devant le gouvernement » ou d’être à la solde des laboratoires, comme certains l’ont affirmé. »

 L’Ordre, dans sa logique, poursuivra-t-il les médecins auteurs de la lettre ouverte ?

A demain

 1 Drs Claudina MICHAL-TEITELBAUM, Jean-Baptiste BLANC, Sylvain FEVRE, Marc GOURMELON, Jean-Claude GRANGE, Dr Christian LEHMANN, Dr Bertrand STALNIKIEWICZ, Dominique LOUBET, Isabelle CHIVILO, Armel SEVESTRE.

 

Haines confraternelles : Caroline Eliacheff lavée du blâme infligé par l’Ordre des médecins

 

Bonjour

« Confraternité » ? Une haine vigilante ! C’est, aujourd’hui, la fin d’une affaire baroque; une de ces méchancetés dont on imaginait qu’elle ne pouvait dater que du siècle que nous avons quitté. On y entend les postes de radio sur la cheminée, les conciliabules, les indignations feutrées, la colère monter, les hermines triomphantes, les mouches voler. Trame balzacienne, film de Chabrol.

Les faits ? C’était en janvier 2011, sur France Culture. La pédopsychiatre et psychanalyste Caroline Eliacheff y tient, de longue date, une chronique. Liberté de ton, sujets variés, impertinence mesurée, violence maîtrisée : cela pourrait être un blog. A l’image de sa mère Françoise Giroud, le Dr Eliacheff « s’intéresse à tout » – y compris au journalisme, et même à celui de demain.

Vieux métier, charme conservé

« Peu de professions ont subi autant de transformations, tant sur le fond que sur la forme, que le journalisme, observait-elle il y a quelques semaines Comment, aujourd’hui, participer à ces évolutions tout en défendant les valeurs pérennes d’un métier qui exerce toujours le même charme auprès des jeunes générations ? ». Vaste question au cœur, notamment, de l’aventure Slate.fr

Le 19 janvier 2011 le Dr Eliacheff avait, dans sa chronique, tenu des propos pouvant surprendre, choquer,  exaspérer certains médecins généralistes :

« Toutes les études montrent que la prise en charge par le pédiatre entraîne une baisse de la mortalité infantile […] Elles montrent aussi que les pédiatres prescrivent moins d’examens biologiques, moins de médicaments, hospitalisent moins souvent, vaccinent davantage, assurent une meilleure prévention du rachitisme, des caries dentaires, prescrivent à meilleur escient l’orthophonie. Bref, ils soignent mieux et moins cher. » La psychiatre ajoutait que les généralistes étaient « moins disponibles pour répondre aux angoisses des parents ».

La FMF veille au grain

« La célèbre psychanalyste s’alarmait de la disparition annoncée des pédiatres de ville et insistait sur le fait que les généralistes ne pourraient jamais remplacer totalement ces confrères, résume Le Généraliste. Pour étayer sa démonstration, elle décrivait des médecins généralistes moins disponibles, plus dépensiers en prescriptions, mais aussi moins performants en termes de prévention et de soins aux enfants. Et de conclure sa comparaison à l’avantage des pédiatres. »

Combien de généralistes ont-ils le temps d’écouter, à l’aube, France Culture ? Adhérents à la FMF, les Drs Philippe Mauboussin (Normanville dans l’Eure) et Pascal Charbonnel, (Les Ullis en Essonne) attaquèrent leur médiatique consœur. Ils l’accusaient de manquer à cette confraternité qui doit souder le corps médical face aux étrangers. En mars 2012 l’accusée était blâmée par la chambre disciplinaire régionale de l’Ordre d’Ile-de-France. Blâme, qui plus est, confirmé par la section disciplinaire de l’Ordre national en janvier 2014.

C’était ainsi : on ne critique pas impunément la qualité des soins effectués par les généralistes ; fût-ce sur les ondes  de France Culture. La FMF s’était alors réjouie de cette condamnation confirmée. Le Dr Jean-Paul Hamon, président de ce syndicat qui n’est guère réformiste applaudissait des deux mains sans vouloir pour autant ranimer la vieille guerre des généralistes contre les pédiatres. « Ces propos étaient inacceptables pour les généralistes. Il ne faut pas laisser dire n’importe quoi sur les antennes. Caroline Eliacheff s’est vu confirmer le blâme et c’est amplement mérité » déclarait-il alors au Généraliste.

Chronique journalistique

Or voici que le blâme ordinal vient d’être annulé par le Conseil d’État. La juridiction administrative a jugé estimé que le « manquement à la confraternité » ne pouvait pas être qualifié :

« Ces propos s’inscrivaient dans un sujet relatif à la démographie médicale et reposaient sur plusieurs éléments factuels (…) Dès lors, en jugeant que de tels propos, formulés en termes impersonnels, dans le cadre d’une chronique journalistique, sur un thème d’intérêt général, excédaient les limites que le devoir de confraternité justifie d’apporter à la liberté d’expression des médecins et constituaient, par suite, un manquement aux obligations déontologiques, la chambre disciplinaire nationale a donné aux faits reprochés (…) une qualification juridique erronée. »  L’Ordre avait au contraire considéré que les propos du Dr Eliacheff constituaient un « dénigrement de l’ensemble de la profession de médecin généraliste au profit de celle des pédiatres ».

Ainsi donc nous vivons bien, en France, dans un état démocratique. La parole demeure libre et le Conseil d’Etat défend les droits des médecins qui s’expriment dans les espaces journalistiques.  On verra là une bien bonne nouvelle pour celles et ceux qui, n’y pouvant rien, s’intéressent à tout.

A demain

Pour l’épidémiologie de la fin de vie (1)

La presse en témoigne à l’envi : la campagne électorale patine sur la « question de l’euthanasie ».  C’est le « suicide médicalement assisté » contre la « Loi Leonetti ». Un affrontement radical qui ne débouchera pas sur le terrain électoral. Une solution technique existe pourtant ; du moins si  l’on veut véritablement connaître les réalités de la fin de vie en France. Explications.

« M. Hollande invité à plus de clarté sur l’euthanasie ». C’est ainsi, dans l’un de ces euphémismes qui fit durablement son charme, que Le Monde évoque l’épais brouillard dans lequel semble se situer sur ce point le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. François Hollande vient de déclarer « L’euthanasie, je n’y suis pas favorable ». C’était dans un entretien accorder à l’hebdomadaire  Marianne.

Et aussitôt les interprétations de fleurir. Recul par rapport à la proposition inscrite dans les soixante engagements du candidat du PS ? Souci politicien de ne prendre trop de risques au risque d’être accusé d’hypocrisie ?  « Je suis pour le droit à mourir dans la dignité », ajoute-t-il aussitôt,  en reprenant la formule de l’association qui milite radicalement pour l’instauration par la loi ce droit. Mais c’est pour immédiatement préciser qu’il ne pourra s’agir que de « quelques cas très rares » ? Ce serait  un « acte de compassion » pour soulager « non la famille, mais la personne ».  Comprendra, au mieux, qui le pourra.

Dans l’autre camp politique : Jean Leonetti. Il est à l’origine de la loi sur la fin de vie de 2005 qui instaure le principe du « laisser mourir ». Sans surprise il demande à M. Hollande de « sortir de l’ambiguïté».  « Ce n’est pas la première fois qu’il  floute délibérément ses positions », accuse  le ministre chargé des affaires européennes. Il dit voir  dans les déclarations de M. Hollande  à Marianne une contradiction. Et le spécialiste  Leonetti d’affirmer qu’il n’existe pas d’espace entre la loi en vigueur (mais fort mal connue) et l’euthanasie (terme galvaudé au point de ne plus rien signifier).

Faire évoluer la législation? Mais ce serait, ni plus ni moins, avancer sans retour vers l’étape suivante du chemin de croix de la libre pensée : la dépénalisation de la pratique du suicide médicalement assisté. « Euthanasie, c’est un mot qui ouvre la porte à toutes les interprétations et pour lequel il n’y a pas de définition partagée »,  fait valoir  Marisol Touraine. Mme Touraine est chargée des questions sociales dans l’équipe Hollande.  Elle ne milite nullement pour la disparition de la litote: selo elle le terme d’euthanasie est interprété par certains comme une sorte de droit sans limites. Mme Touraine rappelle que le Parti Socialiste  est pour la liberté de choisir une mort plus rapide, de façon « très encadrée », pas au suicide assisté. On comprendra dès lors qu’on le pourra. (1)

Se tourner vers Jean-Michel Baylet (président du PRG) qui, fort de la tradition de son parti,  plaide pour une évolution législative ? Cela conduit à retrouver M. Hollande.  « Sa déclaration me va, il est pour le droit à mourir dans la dignité, une expression plus proche de nos positionnements que l’euthanasie. » La priorité c’est, pour l’heure de ne plus parler d’euthanasie. « La droite s’en servirait ».  

Se tourner vers le candidat président sortant ? Dans l’entretien  que Nicolas Sarkozy  vient d’accorder au Figaro Magazine  il a estimé qu’« une euthanasie légalisée risquerait de nous entraîner vers des débordements dangereux ». Quant au candidat centriste il prêche, avec clarté, pour le statu quo. Dans un entretien accorder  au magazine médical Le Généraliste il fait valoir que la loi Leonetti permet de prévenir deux écueils : d’un côté l’acharnement thérapeutique et de l’autre l’euthanasie, « qui porte un risque non négligeable de comportements contraires à nos valeurs ».

Résumons. François Hollande ne serait pas opposé au suicide médicalement assisté, une pratique revendiquée de manière récurrente depuis trente ans par les membres de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Nicolas Sarkozy tient quant à lui la chose pour un tabou. Il estime que l’on ne doit pas aller plus loin que les dispositions de la loi Leonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie.

On sait que poser ainsi les termes du débat conduit rapidement à une impasse. Cela renvoie chacun à des convictions (religieuses ou philosophiques) radicalement opposées. On retrouve ainsi, sous de multiples formes, des arguments souvent développés dans la sphère de la chrétienté face à ceux de la libre pensée. Un camp refuse cette nouvelle forme de transgression légitimée quand l’autre la réclame.

Résumons encore. Les premiers se refusent à accorder un nouveau droit aux médecins : celui de tuer dans certaines conditions des personnes en fin de vie. Les seconds souhaitent que ce droit puisse être exercé dès lors que le souhait en aurait été formulé. Le corps médical quant à lui ne s’exprime pour l’essentiel, de manière utile et technique, que dans les cénacles spécialisés de ses sociétés savantes comme la société française d’anesthésie et de réanimation. Et sa voix est généralement peu audible du plus grand nombre. 

C’est dans ce contexte que la presse vient faire état d’un rapport officiel d’ores et déjà contesté. Ce document a été remis mardi 14 février au Premier ministre par le Pr Régis Aubry, président de l’Observatoire national de la fin de vie. Il vise officiellement à «nourrir le débat sur toutes les questions que pose et posera la fin de vie en France » et ce avec les «données factuelles» dont on dispose. Or si bien des questions se posent les données colligées dans ce rapport demeurent bien maigres.

Ce rapport souligne  l’absence de «données fiables» sur la réalité des pratiques aujourd’hui mises en œuvre. Ces lacunes pourraient être comblées avec la publication (en mars dit-on) d’une étude menée conjointement avec  l’Institut national d’études démographiques; une étude sur «la réalité des euthanasies en France» qui ne manquera pas  d’être également objet de controverses tant les passions peuvent être ici exacerbées.

Dans l’attente de véritables données chiffrées, la polémique se poursuivra, stérile. Les uns continueront de dire leur foi dans le développement des soins palliatifs et d’une meilleure connaissance de la loi en vigueur. Deux éléments qui permettront selon eux de fournir, autant que faire se peut, les solutions les plus humaines qui soient. Or  une autre approche pourrait utilement être mise en œuvre dont les résultats seraient, eux, difficilement contestables.

(A suivre)

(1) Marisol Touraine a précisé sa position (et celle du candidat Hollande sinon du Parti Socialiste) dans un entretien accordé à La Croix et publié dans l’édition du  22 février. Extraits significaifs:

« L’opinion publique est très massivement en faveur d’une évolution du droit. »

« L’assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » que propose François Hollande ne revient-elle pas à légaliser l’euthanasie ?

Marisol Touraine : Nous récusons ce terme  dont le sens diffère selon qui l’utilise. Il fausse le débat  alors que la question de la fin de vie mérite de la sérénité. Certains y voient un droit au suicide assisté, ce qui n’est absolument pas notre position. Il s’agit de donner à des hommes et femmes qui éprouvent l’angoisse de mourir dans des conditions indignes une assurance que, le jour venu, ils pourront faire le choix de ne pas connaître une telle fin de vie. Je souhaite qu’en ouvrant ce droit, le moins de gens possible aient envie d’en venir là car ils seront justement rassurés. Mais François Hollande ne souhaite pas ouvrir un droit sans limite.

 

N’est-il pas plus sage de s’en tenir à la loi Leonetti et de donner la priorité aux soins palliatifs ?

M. S. : Il n’y a pas d’un côté ceux qui défendent les soins palliatifs et de l’autre ceux qui défendent l’aide active à mourir. Si, par les soins palliatifs, on parvenait à ce que tout le monde soit dans une situation apaisée, ce serait très bien. Mais ce n’est pas le cas. Des personnes confrontées à certaines situations disent qu’elles n’ont plus le sentiment de mener une vie digne. Nous considérons qu’il existe une liberté fondamentale de l’homme à pouvoir choisir la manière de vivre sa vie selon la conception qu’il a de sa dignité. Dans des conditions strictement encadrées, une personne doit pouvoir demander que soit abrégée une vie qui n’en est plus une pour elle. Aujourd’hui, des soignants sont amenés à faire des gestes illégaux. La justice, saisie d’un certain nombre de situations, se montre souvent clémente. Mais est-il normal de faire reposer cette responsabilité sur les épaules du juge ? Il y a une forme d’hypocrisie à refuser de voir que la frontière entre laisser mourir et aider à mourir est très ténue. La jurisprudence crée du droit mais ne doit pas se substituer à la loi, poser les principes. Il revient au législateur de prendre ses responsabilités.

En légalisant ce qui est aujourd’hui la transgression d’un principe, ne craignez-vous pas des dérives ?

M. S. : Dans aucun domaine le droit n’est immuable. La loi Leonetti, qui n’aurait pas été envisageable vingt ans plus tôt, date de 2005. Le temps passe, la société évolue… La loi est l’émanation de la volonté collective et on ne peut pas dire de toute éternité ce qui est bon pour une société. Je remarque que, sur ce sujet, l’opinion publique est très massivement en faveur d’une évolution du droit. »

 

Ce billet reprend pour partie le texte d’une chronique publiée sur le site d’information Slate.fr

 

Prothèses mammaires : la transparence, ça c’est tendance

 

Fini le « plus blanc que blanc ». L’heure est à la lumière, toute la lumière, la vérité, la vérité vraie. La  transparence la plus totale ou le translucide ?

Une première, une de plus. Le président de la République a pris la parole dans l’affaire/scandale des prothèses mammaires. Il a parlé et il a promis « la transparence la plus totale ». Plus précisément, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire médical Le Généraliste il a déclaré : « Nous sommes totalement déterminés à ce que toutes les responsabilités soient identifiées. C’est le sens des enquêtes qu’a demandées Xavier Bertrand et sur lesquelles nous ferons la transparence la plus totale. Il semble, à ce stade, que nous sommes en face d’une tromperie manifeste qui dépasse les frontières de notre pays. La justice est saisie ». 

Mots-clés : Tromperie manifeste. Justice saisie. Transparence totale. Transparence ; voilà bien aujourd’hui le mot maître du pouvoir pour ce qui est des affaires en général, des affaires sanitaires en particulier. Et, déjà, les effets d’une redoutable inflation. Pas la transparence seule. Potentiellement démonétisée qui voudrait encore d’elle ? Transparence : ce qui, se laissant aisément traverser par la lumière, permet de distinguer nettement les objets à travers son épaisseur ? Adjectif à la définition redoutable qui ne renvoie qu’à la perception que l’homme peut avoir d’une caractéristique physico-chimique. On pense d’emblée au verre. Mais l’heure n’y est plus. Il faut garantir, au minimum, du cristal. On dirait du translucide si l’on n’avait pris soin de consulter sa définition : qui laisse passer la lumière, sans permettre toutefois de voir nettement les objets à travers son épaisseur. Ainsi les verres dépolis sont-ils translucides. Dépolir ? C’est ôter l’éclat, le poli.  

 Evoquant un abcès pas encore totalement collecté un responsable politique aurait jadis évoqué la nécessité de la justice pour établir la vérité, la vérité vraie. Mais à l’image de la transparence la vérité ne suffit plus. L’urgence est de grimper un peu plus haut, vers les cimes pour atteindre la transparence totale. Non, mieux encore : la transparence la plus totale. Y aurait-il un au-delà ?

Au temps de sa splendeur, l’amuseur Coluche (1944-1986) dynamitait les réclames. Notamment celles pour  lessives. Il avait ainsi moqué le slogan de celle 1 qui promettait aux ménagères de laver plus blanc. Un peu moins blanc que blanc, disait en substance l’amuseur, je connais ; ce doit être quelque chose comme un gris clair. Mais plus blanc que blanc ? Mystère. Un mystère proche de celui de l’immaculé. Dans la même hyperbole optique et surréaliste nous sommes sur le chemin de la transparence ultime, indépassable. Seule promesse susceptible de calmer l’émotion, de cantonner la colère.

 «Scandale PIP: des fabricants jouent la carte de la transparence ». Ainsi est titrée une toute dernière dépêche de l’Agence France Presse (AFP). Des esprits chagrins ne manqueront pas d’observer, pour s’en offusquer, que l’association de transparence avec carte n’est pas des plus heureuses. La carte de la transparence après avoir joué, bien longtemps, celle du pas vu-pas pris ?

dépêche est signée Olivier Thibault. Elle est mandée depuis Boissy l’Aillerie, département du Val d’Oise. Ecoutons. « Opération portes ouvertes et geste commercial: des fabricants français d’implants mammaires ont décidé de contre-attaquer après le « séisme » de l’affaire des prothèses PIP, en jouant la carte de la « transparence et de la responsabilité », écrit le journaliste. Au siège de Sebbin, numéro deux français du secteur derrière Eurosilicone, orienté vers le « haut de gamme », le patron Olivier Pérusseau ne mâche pas ses mots contre la « brebis galeuse PIP » et son « système mafieux », en ouvrant à la presse les portes de sa PME, qu’il a racheté il y a deux ans. « PIP c’est clairement une fraude. A la suite de cela, nous avons eu des contrôles et des analyses (par l’agence des produits sanitaires Afssaps, ndlr) et les résultats étaient bons », assure-t-il. Pas de délocalisation chez Sebbin : l’intégralité de la production, soit 80.000 implants par an –dont 80% de prothèses mammaires– est fabriquée sur place dans les locaux assez modestes du siège de l’entreprise. Le processus de fabrication est resté très artisanal avec une intervention humaine constante durant la conception de l’implant à partir d’un gel de silicone américain, explique Nicolas Landas, responsable de fabrication. Dans « les salles blanches » à l’athmosphère contrôlée, le personnel en grande majorité féminin, arbore blouses, charlottes et gants. Les gestes pour fabriquer les implants un à un tiennent du laborantin et de l’artisan. « Dans le processus de fabrication, on passe 50% du temps au contrôle de qualité, avec une dizaine de tests tout au long du processus de fabrication », indique M. Pérusseau. Les implants Sebbin n’ont pas souffert de la crise PIP et les carnets de commande sont pour l’instant pleins, assure M. Pérusseau. »

Cette entreprise qui exporte 80% de sa production commence à « sentir le vent tourner » sur l’un de ses principaux marché, l’Amérique latine où les chirurgiens se détournent de plus en plus des prothèses françaises.
« Clairement il faut qu’on fasse un boulot de communication à l’étranger. Dans cette optique on a prévu un voyage en Amérique latine », explique le patron. Autre fabricant français, Cereplas basé dans le Nord, vit lui très mal « l’empoisonnement PIP ». « Nos exportations sont totalement bloquées alors qu’on fait 75% de notre chiffre d’affaires à l’étranger » explique à l’AFP son PDG David Leleu.

M. Leleu parle d’or : « Nous avons décidé de laisser les médias décrocher de l’affaire et lorsque le soufflé médiatique sera descendu, on recommencera à communiquer ». En attendant il invite les chirurgiens à venir visiter son site de production qui est lui « totalement automatisé ». « Cette crise ne va pas changer grand chose in fine car on était déjà extrêmement contrôlé, vigilant et professionnel », assure-t-il. Sebbin et Cereplas ont tous deux décidé de diminuer leurs tarifs en guise de geste vis-à-vis des femmes « victimes » porteuses d’implants PIP au gel « frelaté » et qui décidé de se les faire retirer. « On a décidé d’appliquer des tarifs très inférieurs aux prix du marché. On s’est engagé à vendre la paire à 350 euros contre 490 à 560 euros normalement » explique M. Leleu.
Le patron de Sebbin annonce lui des « tarifs préférentiels » de 300 à 350 euros la paire contre 500 à 600 euros normalement par « soutien pour les femmes victimes ». « C’est une fraude dramatique, un séisme humanitaire. PIP est passé entre les mailles du système de contrôle » relève de son côté le chirurgien plasticien parisien Rami Selinger qui toutefois ne juge pas que PIP aura un effet durable sur le secteur. »

Un journaliste peut-il être accusé de faire, délibérément ou pas, de la publicité pour un médecin (a fortiori un chirurgien exerçant son art en libéral) en le citant nommément ?  Vieille question qui trouve une nouvelle et transparente  jeunesse. C’est qu’en un clic  vous savez tout sur ce chirurgien plasticien parisien, ses lieux d’exercice, ses publications scientifiques (dont une interview du rabbin Rivon Krygier dans le cadre des « Assises Internationales du Corps Transformé »  (Université de Saint-Denis, juin 2005). Jusqu’à sa mission humanitaire à l’hôpital d’Antananarivo (Madagascar, mars 2006). Manque peut-être, encore, le détail des multiples tarifs pratiqués.

 Bel exercice de transparence pourtant que celui qui consiste, pour un commerçant, à commencer à dire une vérité sur ses prix. Comme dans le cas de Cereplas et Sebbin même si le vocabulaire employé dans le secteur du gel siliconé laisse penser que l’on est encore bien loin des codes policés de l’univers pharmaceutique.  

La transparence, dans l’affaire/scandale des prothèses mammaires, c’est aussi ce qu’elle nous révèle de l’ampleur des pratiques touchant aux poitrines féminines. Quelques minutes d’un reportage diffusé vendredi 13 janvier au journal de 20 heures de France 2 en ont dit plus long que tous les travaux de sociologie à venir. Immersion dans un centre de chirurgie plastique disait, en substance, le titre.  

Transparence la plus totale ou pas les voiles se lèvent. Depuis Caracas on apprend que 33 000 Vénézuéliennes portent des prothèses mammaires de la marque française Poly Implant Prothèse. L’information est donnée à la presse par la ministre de la Santé Eugenia Sader. Mme Sader a rappelé que le gouvernement « a interdit en 2010 « l’usage, la distribution et la vente de ces prothèses au Venezuela ». Elle a appelé les femmes concernées « à rester calmes et à consulter un médecin » pour vérifier l’état de leurs implants. Environ 500 Vénézuéliennes ont porté plainte contre la société française. Pour faire la transparence ?

 1 Sa marque était le nom (en six lettres) d’une plante potagère de la famille des ombelliféracées (qui comprend l’aneth et l’anis, la carotte et la ciguë)