« SOS-argent Hôpital » : le méchant malaise des directeurs victimes des injonctions paradoxales 

Bonjour

Lourd climat à tous les étages hospitaliers. Martin Hirsch n’est pas le seul à se pencher sur un hôpital public à « cœur ouvert ». D’autres que le directeur général de l’AP-HP viennent au chevet de ce malade battant la chamade. Il sont, il est vrai, nettement moins médiatisés. On pouvait les retrouver récemment réunis lors de leur dernière commission administrative paritaire nationale (CAPN). Ils ont alors lancé un SOS. Qui l’a perçu ?

Il faut ici entendre le Syndicat des manageurs publics de santé (SMPS) et, en son sein, les directeurs d’hôpital. Ces derniers sont dans une période particulière : ils préparent leurs EPRD (traduire : « état prévisionnel des recettes et des dépenses ») et, en même temps, sont inquiets sur les résultats de l’exercice 2017. Ecoutons-les :

« Beaucoup a déjà été dit, dans le cadre du débat sur le projet de Loi de financement de la Sécurité sociale, sur la situation des établissements, sur les attentes des professionnels, ou encore sur le lancinant mais crucial sujet de l’avenir de la T2A (traduire : « tarification à l’activité ») et des autres modes de financement. D’autres sujets techniques sont venus se greffer à cette question fondamentale : la compensation de l’augmentation de la CSG sera-t-elle complètement couverte pour les établissements ? Le changement de mode de facturation des transports, même retardé, ne viendra-t-il pas obérer les efforts conduits par les établissements ? Les perspectives de tarification au parcours ne vont-elles pas se heurter à l’absence de modèle incitatif pour tous les acteurs ? Quel bilan pour la première vague du financement du SSR (traduire : « soins de suite et de réadaptation ») ?

Bureaux moquettés

Ces directeurs ne restent pas pour autant enfermés dans leurs bureaux moquettés portes et fenêtres fermé-e-s. « Par ailleurs, plus une semaine ne passe sans la diffusion d’un reportage, certes souvent caricatural, mais qui laisse parfois transparaître un coin de vérité » observent-ils. Entendre : un coin de vérité sur les injonctions paradoxales que gèrent au quotidien les équipes de direction ». Comprendre le paradoxe « entre un modèle de financement qui a atteint ses limites, des restructurations qui coûtent dans le cadre des GHT (traduire : « groupements hospitaliers de territoire ») et des services souvent perdus entre une demande en soins à l’hôpital qui ne diminue pas mais des moyens contraints.

Détail paradoxal qui cadre mal avec le discours d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : « La mutualisation des achats, bien loin de permettre des économies pour le moment, représente à court terme un surcoût que l’on peut estimer à 13 millions d’euros ! » Plus grave : « La tâche devient presque insoluble pour les directeurs qui peinent à expliquer non pas la contrainte – celle-ci faisant depuis longtemps partie du quotidien de l’organisation hospitalière – mais son sens et ses modalités. Au-delà du contexte de contrainte financier, la mise en place des GHT continue de fragmenter le paysage hospitalier alors qu’elle devait le fédérer ». Et il ne faut pas beaucoup attendre pour voir émerger les tensions avec le corps médical :

« Alors que la situation des praticiens hospitaliers se clarifie, certes avec encore de nombreuses imperfections, les projets de reconnaissance de l’exercice territorial des directeurs ont disparu de la table des négociations. Le SMPS demande la reprise des discussions sur l’accompagnement de la mise en place des GHT, l’exercice ultramarin, l’accès à la première chefferie, les enjeux de la parité pour les plus hauts postes, la valorisation des hauts potentiels : tous les outils d’un management 1 moderne des directeurs qui font cruellement défaut à ce jour. »

Savoir et pouvoir manager, voilà l’avenir hospitalier.

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1 En abyme : « Jusqu’à quand l’Assurance-maladie palliera-t-elle les défaillances du management au travail ? » Agnès Buzyn, Journal du Dimanche du 22 octobre.  

 

Dans sa « vie d’avant », Agnès Buzyn avait toujours « voté à gauche ». Et maintenant ?

Bonjour

Brillante, bosseuse, empathique. C’est un premier portrait plus que flatteur que brosse d’elle Le Monde. Tout y est, à commencer par l’Ecole alsacienne.  « J’ai fait vingt ans de piano, joué Chopin, Mozart, mais j’écoute aussi du metal, j’adore Linkin Park a-t-elle confié au dernier quotidien vespéral. Du hard rock aussi. Rien ne m’effraie. » Et de raconter l’été de ses 16 ans où elle fréquentait les salles de metal à New York avec ses cousins musiciens, et traversait bruyamment la ville à l’arrière de choppers.

Quarante ans plus tard elle vit toujours dans le quartier de son enfance, le « Paris intello du 5», à deux pas de l’immanquable jardin du Luxembourg. Un quartier symptomatique et une carrière exemplaire : médecin hématologue hospitalo-universitaire, puis nommée successivement à la tête de trois institutions sanitaires : l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’Institut national du cancer (INCa), la Haute Autorité de santé (HAS).

« Sur l’hôpital, il ne faut pas la chercher » prévient Le Monde qui rapporte à son tour une récente anecdote. Fin septembre, lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale un député communiste Il l’invitait à venir découvrir « l’accablant quotidien des hospitaliers ». La réponse, alors, fuse. « M. le député Jumel, contrairement à vous, je n’ai pas besoin d’aller visiter les hôpitaux, j’y ai passé vingt-cinq ans de ma vie ! »

Au vu des restrictions budgétaires hospitalières qu’elle annonce, il est fort possible que la ministre soit vite amenée à retourner les visiter.

Les « labos » et le harcèlement moral

Oui, elle a « travaillé avec l’industrie » (Bristol-Myers Squibb et Novartis) mais l’argent touché pour les essais cliniques a été reversé à l’association Robert-Debré. Avec ces confidences aux frontières de la confraternité :

« Certains sont allés au resto. Moi, je n’ai jamais utilisé un centime pour financer autre chose que l’achat de matériel, ou des congrès aux infirmières (…) Et depuis dix ans, en congrès, je sors acheter mon jambon-beurre. »

Oui, elle a été « victime de harcèlement moral » et « aurait pu se suicider ». Oui, elle a été victime de la misogynie et du machisme de certains chefs de service comme elle l’a confié au Journal du Dimanche. Non, elle « ne brandit pas son féminisme en étendard », mais « refuse d’intervenir dans un colloque si le programme annonce moins d’un tiers d’oratrices ». Non elle ne comprend pas que l’on évoque un possible conflit d’intérêts  avec son mari, Yves Lévy, père de son dernier fils et actuel PDG de l’Inserm. Et s’il avait dû, lui, démissionner pour qu’elle puisse devenir ce qu’elle est, elle aurait refusé ce que lui offrait Emmanuel Macron.  Confidences, encore:

« Elle rabroue sa mère lorsque celle-ci émet l’idée, mi-mai, que sa fille aînée pourrait être la prochaine ministre de la santé. Elle a déjà la tête en Corse, dans ce petit village de Balagne où elle s’apprête à partir quelques jours. Edouard Philippe appelle le lendemain. C’est le patron de l’Assurance-maladie , Nicolas Revel, secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande, qui a notamment glissé son nom. »

 Aujourd’hui son poste au gouvernement coiffe la santé, la famille, les jeunes, les pauvres et les personnes âgées. Elle avait « toujours voté à gauche » mais vient d’adhérer à « La République en marche ». La santé publique ? Une véritable politique de réduction des risques ? Cela reste encore bien brumeux. Le temps est toutefois venu des premiers règlements de compte.

« ‘’Aux responsabilités que j’ai occupées, j’ai été bloquée par des choix très peu courageux. J’ai milité pour une hausse du prix du tabac 1, j’ai obtenu péniblement dix centimes ‘’ dit-elleBannir la cigarette est, chez elle, une obsession.  » Voir des jeunes fumeuses me rend malade physiquement. «  Dans sa vie d’avant, elle les abordait même dans la rue, sous le regard moqueur de ses fils. Le paquet à 10  euros (d’ici à 2020) est l’une de ses premières victoires. »

C’est, peut-être, aller un peu vite en besogne.

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1 « En 2013, pour Agnès Buzyn, le tabac était une ‘’bombe à retardement’’. Et maintenant ? » Journalisme et santé publique, 19 mai 2017

La France est« anormale vis-à-vis du tabac ». Pourquoi ? La ministre Agnès Buzyn ne le dit pas

Bonjour

Ainsi donc Agnés Buzyn serait « l’atout social du président ». Et Emmanuel Macron fumerait parfois, vers une heure du matin, des cigares avec ses deux fidèles parmi les fidèles que sont Gérard Collomb et Christophe Castaner. La ministre des Solidarités et de la Santé ne serait jamais conviée à ces agapes secrètes. Pour autant, sous les ors et dans les ombres bien informées du Palais de l’Elysée on s’autoriserait à confier à quelques journalistes privilégiés que la ministre « fait partie des ministres dont il se dit’the job is done’’. »

 Information ou intoxication ? C’est ce que nous dit Le Journal du Dimanche en prime de l’entretien accordée par Agnès Buzyn à la veille de son « grand oral » politique : la défense, devant une Assemblée nationale conquise, de son projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

« L’anecdote est une touche supplémentaire au portrait avenant d’une ministre des Solidarités et de la Santé appelée à être ‘’l’atout social du président’’ : une femme de gauche modérée avec une histoire. La profondeur de champ nécessaire pour s’inscrire durablement dans le paysage médiatico-politique » commente le site des buralistes.

« Se préparer à s’arrêter »

 « Le Journal du Dimanche : Le prix du paquet de cigarettes augmentera d’un euro en mars pour atteindre 10 euros en 2020. Vous avez gagné la bataille ?

Agnès Buzyn  :  A l’inverse de l’Angleterre et des États-Unis, qui ont fait d’immenses progrès, la France a un comportement anormal vis-à-vis du tabac. Le seul levier efficace, c’est une hausse de prix constante sur plusieurs années qui oblige les fumeurs à se préparer à arrêter. Nous savons qu’une hausse du prix de 10 % entraîne une baisse de 4 % de la consommation»

 Mais encore ? Rien de plus. Où l’on retrouve ce trait caractéristique qui voit la ministre ne jamais approfondir le sujet abordé. Pourquoi la France a-t-elle un « comportement anormal vis-à-vis du tabac » (plus de 30% de fumeurs) ? Le succès remarquable de l’Angleterre dans ce domaine (moins de 15%) tient-il à l’augmentation du prix du tabac ? A une véritable politique de réduction des risques ? A la prise en compte pragmatique du formidable levier que peut constituer, pour les fumeurs, la cigarette électronique ? Et pourquoi l’exécutif français reste-t-il, ici, dans l’impasse du déni ?

A tout cela Agnès Buzyn ne répond pas. Pourquoi ?

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Qui étaient les chefs de service qui demandaient à Agnès Buzyn de s’asseoir sur leurs genoux ?

Bonjour

De l’essentiel et de l’accessoire. Imaginait-elle, la ministre des Solidarités et de la Santé, que les médias amplifieraient à ce point les dernières lignes de l’entretien qu’elle a accordé au Journal du Dimanche de ce 22 octobre ?  Dans la foulée de l’affaire Weinstein, Agnès Buzyn médecin, spécialisée en hématologie, dénonce le comportement plus qu’inconvenant de certains de ses confrères.

« Comme beaucoup de femmes, j’ai eu affaire à des comportements très déplacés dans mon milieu professionnel. Des chefs de service qui me disaient : “Viens t’asseoir sur mes genoux.” Des choses invraisemblables… qui faisaient rire tout le monde »,

La ministre, qui a fait l’essentiel de sa carrière hospitalo-universitaire à l’hôpital Necker de Paris ajoute l’actuelle « libération de la parole » des femmes « fait prendre conscience qu’une lutte quotidienne se joue dans l’espace public et professionnel ». Relevant qu’une « femme qui réagit face à un propos sexiste n’est jamais prise au sérieux », la ministre dit attendre « que les hommes se rebellent publiquement, [aux] côtés » des femmes. Se rebeller contre qui ? La ministre ne l’a pas dit.

De l’accessoire et de l’essentiel. Dans l’entretien à la Prévert accordé au journal dominical les médias retiennent aussi que la « chasse aux économies » est ouverte. En fanfare. Agnès Buzyn, évalue à 30 % (pas moins) les dépenses de l’Assurance-maladie qui ne sont « pas pertinentes ». Et de laisser entendre elle entend traquer les actes médicaux « inutiles » dans les hôpitaux.

Défaillances du management au travail 

 Pour réduire de 3 milliards d’euros le déficit global de la Sécurité sociale en 2018 ? Comme jadis Marisol Touraine le pouvoir exécutif entend « favoriser l’ambulatoire » :

« En chirurgie, par exemple, l’objectif est qu’en 2022, sept patients sur dix qui entrent à l’hôpital le matin en sortent le soir, contre cinq aujourd’hui. Nous allons fermer les lits qui ne servent à rien ou les réorienter vers de nouveaux besoins et lutter contre les opérations inutiles ou les actes réalisés deux fois. »

La mort annoncée de l’absurde « tarification à l’activité » ? Pas vraiment, mais la mise à l’étude de  « modes de tarification centrés sur la pertinence des soins », par exemple en octroyant « un bonus, un intéressement dès lors qu’ils répondront aux objectifs de qualité, de pertinence et d’efficience ». Comprendra qui pourra. Quant au tiers payant qui, hier encore, devait devenir généralisé c’est à peine s’il deviendra généralisable.

Comme jadis la ministre entend renforcer la lutte contre les fraudes à l’Assurance-maladie. « Il faut cesser d’être laxiste avec ceux qui abusent d’un système généreux », dit-elle, évoquant notamment la hausse des arrêts de travail : « Jusqu’à quand l’Assurance-maladie palliera-t-elle les défaillances du management au travail ? ». Une question vertigineuse. De même que la fraude relative aux cotisations et aux prestations qui « s’est élevée à 1,2 milliard d’euros » tandis que « le chiffre ne cesse de croître.» Que fait la police Mme la ministre ?

L’Assemblée nationale engagera la semaine prochaine l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Ce sera, disent les gazettes du weekend, le premier « grand oral» de Mme  Agnès Buzyn tenue, jusqu’ici, pour être novice en politique.

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Médecins généralistes français plébiscités : les «Brutes en blanc» peuvent aller se rhabiller 

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Baume au cœur. Sans doute sera-t-elle critiquée, brocardée, dénoncée. On ne saurait pourtant l’ignorer, cette étude qui nous dit que 88 % des Français sont plutôt satisfaits, voire très satisfaits de leur médecin traitant. Proportion à retrouver dans le dernier baromètre d’opinion de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) établi en 2015 1. Les médecins spécialistes sont tout autant appréciés de la population : 81 % des Français en sont satisfaits.

« Voilà qui devrait réconforter le corps médical, très décrié dans la presse ces derniers moins, notamment à travers l’ouvrage de Martin Winckler « Les Brutes en blanc » 1 ou la polémique visant les gynécologues (« gynéco-bashing ») » fait valoir Le Quotidien du Médecin. Dans le même temps la ministre-médecin Agnès Buzyn annonce, dans Le Journal du Dimanche de ce 22 octobre, des mesures de nature à révolter le monde hospitalier. Nous y reviendrons sous peu.

Médecins aux petits soins

Des médecins aux petits soins, en somme : 84 % des Français sont satisfaits du temps que leur généraliste leur accorde et 87 % du niveau d’informations qui leur est communiqué. Avec certes quelques petites imperfections à corriger : reproches concernant leurs dépassements d’honoraires – 16 % seulement les trouvent justifiés. Et 68 % d’entre eux souhaiteraient, paradoxe des paradoxes, qu’on leur prescrive moins de médicaments et d’examens.

L’accessibilité aux soins est le gros point noir relevé par la DREES. 29 % des Français estiment ainsi qu’il n’y a pas assez de généralistes à proximité de leur domicile (47 % pour les spécialistes). Les lacunes concernent les ophtalmologues en premier lieu puis les généralistes.

« Les Français sont plus critiques vis-à-vis de l’accessibilité aux soins : 29 % pensent qu’à proximité de chez eux, il n’y a pas assez de médecins généralistes et environ la moitié partagent cette idée à propos des médecins spécialistes (47 %), expliquent les auteurs de l’étude. Plus précisément, d’après eux, ce sont d’abord les ophtalmologues (pour un quart des Français) et ensuite les médecins généralistes (pour 18 %) dont il faudrait favoriser en priorité l’installation près de chez eux. Parmi les 20 % de Français qui déclarent manquer de généralistes et de spécialistes, quatre sur dix souhaitent en priorité l’installation de généralistes. »

Ce n’est pas un plébiscite, certes. Mais, derrière les chiffres, on pourrait presque distinguer une forme d’hommage à cette profession si souvent décriée.

A demain

1 Enquête réalisée par l’institut BVA au dernier trimestre 2015 auprès d’un échantillon de 3 023 personnes âgées de 18 ans ou plus, représentatif de la population habitant en France métropolitaine. Méthode des quotas.

2 « ‘’Brutes en blanc’’ et insultes de patients : le cabinet médical est-il un espace infernal ? » 18 octobre 2016

 

Martin Hirsch et l’éthique médicale à l’AP-HP. Pour Knock : Omar Sy ou Louis Jouvet ? 

Bonjour

La France ruisselle de soleil. A la nuit tombée, sur une chaîne privée, le président jupitérien est annoncé depuis notre Palais de l’Elysée.

Un indiscret qui n’en est pas un dans Le Journal du Dimanche de ce 15 octobre 2017 :

« Martin Hirsch publiera le 2 novembre un récit intitulé « L’hôpital à cœur ouvert ». Au début de cette plongée dans les coulisses de l’AP-HP (…) son directeur général raconte notamment le cas de conscience des soignants ayant dû prendre en charge, début août, le terroriste qui avait attaqué les militaires à Levallois-Perret. »

Est-ce dire que les soignants se sont confiés à leur supérieur hiérarchique pour qu’il en tire une quintessence éthique ? Cette dimension ne figure pas dans le teasing de l’éditeur :

« Martin Hirsch dirige depuis quatre ans l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le plus grand centre hospitalier d’Europe, navire amiral du système de santé français. Il montre les défis auxquels l’AP-HP est confrontée avec l’irruption des technologies numériques, les difficultés à concilier les contraintes financières avec les aspirations des personnels et des patients, les conséquences à venir de l’augmentation « épidémique » des maladies chroniques dans une population vieillissante. Il nous fait ainsi pénétrer dans les coulisses de l’hôpital et, depuis le cœur du réacteur, aborde les sujets de préoccupations de nombreux Français.»

Jules Romains et Jean Carmet

Sans transition, le même quotidien dominical réduit à néant le prochain Knock dans lequel Omar Sy ose prendre la place de l’effroyable Louis Jouvet. On pouvait craindre le pire. On avait amplement raison. Ou comment ne rien comprendre à la dimension fantastique, prophétique, éminemment politique de l’œuvre majeure (1923) de Jules Romains. Omar Sy « sympathique et humain » quand Jouvet préfigurait le fascisme. Cela donne à peu près ceci :

« Le Docteur Knock est un ancien voyou devenu médecin qui débarque dans le petit village de Saint-Maurice afin d’y faire fortune selon une méthode particulière. Il va ainsi faire croire aux villageois qu’ils ne sont pas aussi bien portant qu’ils pourraient le penser. C’est ainsi qu’il trouvera chez chacun un symptôme imaginaire, ou pas, et de ce fait pourra exercer lucrativement sa profession. Sous ses airs de séducteurs et après avoir acquis la confiance du village, Knock est sur le point de parvenir à ses fins. Mais son passé le rattrape et une ancienne connaissance vient perturber les plans du docteur. »

 Calamitas…. Et puis, dans le quotidien dominical, on lit que le Knock de Guy Lefranc (1951) (le jeune Carmet, Jouvet à l’acmé de son talent) ressort sur les écrans.

Ou l’on voit, une fois encore, que le pire n’est jamais certain.

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L’alcool et la mer à boire : l’absurdité radicale d’une publicité gouvernementale

Bonjour

Septembre et ses vendanges. Les gazettes font écho à ce nouveau rituel marchand de la grande distribution que sont les « foires au vin ». Le Journal du Dimanche n’échappe pas à la règle. Avec, page 11, une pleine page d’une publicité aujourd’hui incongrue. Elle est financée par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Slogan : « Réduire sa consommation d’alcool (…) Franchement, c’est pas la mer à boire ».

« La mer à boire » 1 … Faudrait-il, ici, rire ? Les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool – de même que les médecins et soignants les prenant en charge – apprécieront les affiches montrant ce tour de force publicitaire anonyme. Ceux qui connaissent les supplices du sevrage goûteront tout particulièrement le recours au franchement. Quant aux vignerons, ils dénoncent déjà la présence du tire-bouchon qui orne cette publicité gouvernementale. Comme si le vin était la seule boisson concernée par la dépendance alcoolique.

Les publicitaires et le ministère ne font aucun commentaire. S’ils devaient sortir de leur silence sans doute invoqueraient-ils la dimension symbolique de cet ustensile. Et sans doutent évoqueraient-ils le nécessaire humour qui peut pimenter la publicité. Encore faut-il savoir doser pour ne pas devenir immangeable. Comme avec cette autre affiche gouvernementale qui parle de la « fin des haricots » pour inciter à manger « plus de légumes et de céréales complètes ».

A demain

1 La « mer à boire » ? On en trouverait la première trace chez La Fontaine dans sa fable « Les deux chiens et l’âne mort » :

« (…) L’homme est ainsi bâti : quand un sujet l’enflamme,
L’impossibilité disparaît à son âme.
Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas,
S’outrant pour acquérir des biens ou de la gloire !
Si j’arrondissais mes états !
Si je pouvais remplir mes coffres de ducats !
Si j’apprenais l’hébreu, les sciences, l’histoire !
Tout cela, c’est la mer à boire ;
Mais rien à l’homme ne suffit. (…)»