Cannabis-contravention : quand Emmanuel Macron osera-t-il, enfin, traiter des addictions ?

Bonjour

La vie comme elle va, dans les quartiers, chez les dealers, les drogués et dans les médias. « Ce serait une petite révolution : un rapport parlementaire propose d’assouplir les peines — amendes plutôt que prison — à l’encontre des fumeurs de joints » révèle Le Parisien dominical. . C’était une semi-promesse de campagne du candidat Macron et le quotidien a raison de soulever ainsi, politiquement, la question.

« Emmanuel Macron, qui se targue de faire tomber les totems, de l’ISF à Notre-Dame-des-Landes, osera-t-il rouvrir la « boîte à baffes » sur la question hypersensible du cannabis ? Face à l’explosion de la consommation, notamment chez les jeunes, politiques et experts s’accordent sur la nécessité de revoir à la baisse les sanctions pénales, exorbitantes pour les simples usagers. Une idée semble désormais faire consensus, y compris chez les syndicats de police qui y étaient hostiles lorsque la garde des Sceaux s’appelait Christiane Taubira : une amende de 150 à 200 €, plutôt que la prison. Une petite révolution, jugée plus efficace car plus rapide et systématique. »

C’est la conclusion du rapport de la mission d’information parlementaire qui rendra publics ses travaux cette semaine et dont Le Parisien a obtenu une copie – qui n’est pas allée cette fois (pourquoi?) au Journal du Dimanche.

Rédigé par les députés Eric Pouillat (LREM, Gironde) et Robin Reda (LR, Essonne), ce rapport invite le politique et le législatif à réviser l’échelle des peines de la loi de 1970. Où l’on retrouve la même équation « contravention-dépénalisation-légalisation » à de multiples inconnues – soulevée dernièrement après les propos ambigus de Gérard Collomb en août dernier.

Cigarette électronique

« Faut-il aller jusqu’à supprimer toute notion de délit pour confier aux seules forces de l’ordre le soin de verbaliser la consommation de shit ? Et ce, au risque d’envoyer un message apparemment laxiste à l’opinion publique, prompte à se crisper dès lors qu’on prononce le mot ‘’dépénalisation’’.».

 « Durant la campagne, c’est ce vers quoi semblait s’orienter le pragmatique candidat Macron, partisan d’une «contraventionnalisation». Nicolas Sarkozy aussi en a rêvé, qui s’était prononcé pour la suppression de la case prison pour les fumeurs de joints en 2003 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, au nom de l’efficacité, puis en 2007 quand il était candidat… avant de se raviser en 2012. François Hollande, peut-être sous la pression de Manuel Valls, n’a jamais osé ouvrir ce débat. Véritable arlésienne, ce sujet, qui transcende gauche et droite, empoisonnait déjà le gouvernement Jospin. C’est dire… »

 Le Parisien croit savoir que « l’exécutif macroniste » semble aujourd’hui « saisi par un vertige » et pourrait s’orienter vers une solution médiane : «  l’amende forfaitaire délictuelle ». Pour la plupart des addictologues tout cela n’est que regarder par le petit bout de la lorgnette le vaste paysage des addictions, qu’elles se situent de part ou d’autre de la loi. Emmanuel Macron et Edouard Philippe verront-il plus loin que le doigt-cannabis quand il faut regarder la lune-santé publique ?

Une demande est en cours auprès de l’exécutif macroniste pour que le Premier ministre confère le label « grande cause nationale » 2018 à la lutte contre l’ensemble des addictions. Celle de 2016 concernait « les comportements qui sauvent » et celle de 2017 « le sauvetage en mer ». Ce serait, en somme, une continuité thérapeutique amplifiée. Et un beau symptôme pour une affaire essentielle, républicaine, de santé publique et de réduction des risques.

A demain

 

Lactalis perd pied : 12 millions de boîtes de lait sont à détruire. Quel sera le prix de la vérité ?

Bonjour

Emmanuel Besnier, 47 ans est un homme plus que fortuné. Jusqu’ici il goûtait le secret. C’est fini. Il doit parler, se dévoiler, battre sa coulpe et celle du groupe qui l’a rendu richissime : Lactalis, aux prises avec une sale affaire de salmonelles plus ou moins cachées. Depuis quelques mois ou depuis quelques années. Dans du lait.

« Communication de crise ». A quel prix ? On découvre aujourd’hui M. Besnier à la Une du Journal du Dimanche. Le PDG de Lactalis promet désormais à tour de bras : indemniser « toutes les familles qui ont subi un préjudice », affirmer qu’il a à l’esprit les conséquences de cette crise sanitaire pour les consommateurs (« des bébés de moins de six mois »), qu’il collaborera avec la justice (« en donnant tous les éléments qu’on nous demandera ») et « qu’il n’a jamais pensé agir autrement » (ce qui est plus ou moins rassurant).

M. Besnier parle. Il affirme avoir lui-même proposé au gouvernement une mesure qui s’étend à 83 pays : retirer (et détruire) toutes les boîtes de lait potentiellement contaminées : « Il faut mesurer l’ampleur de cette opération : plus de 12 millions de boîtes sont concernées » dit-il. Il assure que les innombrables distributeurs n’auront plus, désormais, à trier : « Ils savent qu’il faut tout retirer des rayons ». Que M. Besnier ne l’avait-il demandé avant ? Et pourquoi le gouvernement ne lui avait-il pas imposé ? Nous ne le saurons pas, du moins pas aujourd’hui.

Genou à terre

M. Besnier ne cachera plus rien désormais – après avoir toujours imposé un silence qui faisait le mystère et la force de Lactalis, premier groupe laitier au monde. Il devra sans doute, demain, parler à la justice : une enquête préliminaire a été ouverte fin décembre par le pôle santé publique du parquet de Paris notamment pour « blessures involontaires»et « mise en danger de la vie d’autrui », M. Besnier a assuré qu’il ne cacherait rien. Lactalis met un genou à terre. A quel prix ?

Qui, dans cette affaire, a véritablement fauté ? Une vaste enquête commence, qui englobera Lactalis, ses innombrables distributeurs et les « services de l’Etat ».  La contamination à la salmonelle dans l’usine de Craon (Mayenne) n’avait été révélée que début décembre – des preuves de contamination antérieures existent, datant des mois d’août et de novembre. D’autres encore, plus lointaines. La vraie lumière reste à faire, bactériologique et épidémiologique. Combien coûte la vérité ?

A demain

 

 

Médecins mercenaires hospitaliers piégés : jamais plus de 1 500 euros par 24 heures

 

Bonjour

A la différence notable des journalistes, les médecins français ne lisent jamais assez. Même le dimanche. A commencer par le Journal Officiel de la République française. Celui dominical du 26 novembre publie un arrêté d’importance : « Décret n° 2017-1605 du 24 novembre 2017 relatif au travail temporaire des praticiens intérimaires dans les établissements publics de santé ». Une pièce maîtresse signée de la ministre des Solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, accompagnée du ministre montant de l’Action et des Comptes publics, le jeune Gérald Darmanin (qui, fatalité, fait la Une du Journal du Dimanche au motif qu’il rejoint le camp du Président).

Résumons ce qui constitue un petit événement dans le grand monde hospitalier : la rémunération des médecins « intérimaires » (employés dans les hôpitaux publics pour pallier la pénurie de praticiens) sera plafonnée à compter de janvier 2018 – et ce de manière dégressive jusqu’en 2020. En pratique le salaire brut maximal d’un médecin, dentiste ou pharmacien mis à disposition d’un établissement public ne pourra plus, désormais, dépasser 1 404,05 euros pour une journée de vingt-quatre heures en 2018, 1 287,05 euros en 2019 et 1 170,04 euros en 2020.

Gardes en or massif

Un rapport parlementaire de 2013 estimait à 500 millions d’euros par an la facture liée aux recours à l’incompréhensible intérim hospitalier. L’objectif de ce décret est, aussi, de réduire le décalage entre la rémunération des « médecins mercenaires » et celles des postes de praticiens hospitaliers, qui sont de deux à quatre fois moins bien payés. La sénatrice Frédérique Gerbaud (Les Républicains, Indre) avait « alerté » en novembre 2017 via une question écrite la ministre Agnès Buzyn sur ce sujet – elle évoquait des rémunérations « allant de 1 800 à plus de 2 000 euros pour vingt-quatre heures de garde ». Sans parler de certains titulaires hospitaliers qui ne résistent pas à la tentation sont d’arrondir/compléter leur salaire en faisant des gardes en intérim dans d’autres établissements que le leur – et ce sur leur temps libre.

Devant sa cheminée, le Journal Officiel replié, le médecin français pourra, en ce 26 novembre 2017 « gélif », ouvrir son Journal du Dimanche – chaque semaine plus macronien. Il y trouvera un étrange poulet intitulé « Le scandale des opérations inutiles ». Une roquette administrative pilotée depuis les moquettes de la Fédération hospitalière de France contre les blocs opératoires ; où l’on ne démontre nullement 1 (contrairement au titre) que les chirurgiens français opéreraient dans le seul but de gagner de l’argent – et, qui plus est, contre l’intérêt de leurs patients.

A demain

1 Extrait: « Césarienne, pontage coronarien, chirurgie de la colonne vertébrale, pose d’un stent (petit ressort) coronaire ou vasculaire, chirurgie du cristallin. Cinq opérations fréquentes ont été scrutées à la loupe dans la base hospitalière PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) par la société Héva. Plus précisément, ce cabinet spécialisé dans le traitement des données de santé a mesuré la « consommation de soins » territoire par territoire (taux de recours, dans le jargon statistique). Finalement, prolongeant un atlas publié l’an dernier par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), l’étude met au jour d’étonnantes disparités géographiques (…)

« « Autrefois, on pratiquait trop d’interventions dans le privé mais pas dans le public. Aujourd’hui, un chirurgien hospitalier qui n’utilise pas assez son bloc opératoire perd des infirmières dans son service, donc il peut préférer pousser la machine », relève Israël Nisand, à la tête de deux maternités au CHU de Strasbourg. Le professeur refuse de « juger » l’obstétricien « seul aux commandes » qui, après avoir bossé toute la journée et sauvé la vie d’une femme en pleine hémorragie, opère un peu trop vite en début de soirée et accélère la naissance pour éviter de passer la nuit debout. »

 

 

 « SOS-argent Hôpital » : le méchant malaise des directeurs victimes des injonctions paradoxales 

Bonjour

Lourd climat à tous les étages hospitaliers. Martin Hirsch n’est pas le seul à se pencher sur un hôpital public à « cœur ouvert ». D’autres que le directeur général de l’AP-HP viennent au chevet de ce malade battant la chamade. Il sont, il est vrai, nettement moins médiatisés. On pouvait les retrouver récemment réunis lors de leur dernière commission administrative paritaire nationale (CAPN). Ils ont alors lancé un SOS. Qui l’a perçu ?

Il faut ici entendre le Syndicat des manageurs publics de santé (SMPS) et, en son sein, les directeurs d’hôpital. Ces derniers sont dans une période particulière : ils préparent leurs EPRD (traduire : « état prévisionnel des recettes et des dépenses ») et, en même temps, sont inquiets sur les résultats de l’exercice 2017. Ecoutons-les :

« Beaucoup a déjà été dit, dans le cadre du débat sur le projet de Loi de financement de la Sécurité sociale, sur la situation des établissements, sur les attentes des professionnels, ou encore sur le lancinant mais crucial sujet de l’avenir de la T2A (traduire : « tarification à l’activité ») et des autres modes de financement. D’autres sujets techniques sont venus se greffer à cette question fondamentale : la compensation de l’augmentation de la CSG sera-t-elle complètement couverte pour les établissements ? Le changement de mode de facturation des transports, même retardé, ne viendra-t-il pas obérer les efforts conduits par les établissements ? Les perspectives de tarification au parcours ne vont-elles pas se heurter à l’absence de modèle incitatif pour tous les acteurs ? Quel bilan pour la première vague du financement du SSR (traduire : « soins de suite et de réadaptation ») ?

Bureaux moquettés

Ces directeurs ne restent pas pour autant enfermés dans leurs bureaux moquettés portes et fenêtres fermé-e-s. « Par ailleurs, plus une semaine ne passe sans la diffusion d’un reportage, certes souvent caricatural, mais qui laisse parfois transparaître un coin de vérité » observent-ils. Entendre : un coin de vérité sur les injonctions paradoxales que gèrent au quotidien les équipes de direction ». Comprendre le paradoxe « entre un modèle de financement qui a atteint ses limites, des restructurations qui coûtent dans le cadre des GHT (traduire : « groupements hospitaliers de territoire ») et des services souvent perdus entre une demande en soins à l’hôpital qui ne diminue pas mais des moyens contraints.

Détail paradoxal qui cadre mal avec le discours d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : « La mutualisation des achats, bien loin de permettre des économies pour le moment, représente à court terme un surcoût que l’on peut estimer à 13 millions d’euros ! » Plus grave : « La tâche devient presque insoluble pour les directeurs qui peinent à expliquer non pas la contrainte – celle-ci faisant depuis longtemps partie du quotidien de l’organisation hospitalière – mais son sens et ses modalités. Au-delà du contexte de contrainte financier, la mise en place des GHT continue de fragmenter le paysage hospitalier alors qu’elle devait le fédérer ». Et il ne faut pas beaucoup attendre pour voir émerger les tensions avec le corps médical :

« Alors que la situation des praticiens hospitaliers se clarifie, certes avec encore de nombreuses imperfections, les projets de reconnaissance de l’exercice territorial des directeurs ont disparu de la table des négociations. Le SMPS demande la reprise des discussions sur l’accompagnement de la mise en place des GHT, l’exercice ultramarin, l’accès à la première chefferie, les enjeux de la parité pour les plus hauts postes, la valorisation des hauts potentiels : tous les outils d’un management 1 moderne des directeurs qui font cruellement défaut à ce jour. »

Savoir et pouvoir manager, voilà l’avenir hospitalier.

A demain

1 En abyme : « Jusqu’à quand l’Assurance-maladie palliera-t-elle les défaillances du management au travail ? » Agnès Buzyn, Journal du Dimanche du 22 octobre.  

 

Dans sa « vie d’avant », Agnès Buzyn avait toujours « voté à gauche ». Et maintenant ?

Bonjour

Brillante, bosseuse, empathique. C’est un premier portrait plus que flatteur que brosse d’elle Le Monde. Tout y est, à commencer par l’Ecole alsacienne.  « J’ai fait vingt ans de piano, joué Chopin, Mozart, mais j’écoute aussi du metal, j’adore Linkin Park a-t-elle confié au dernier quotidien vespéral. Du hard rock aussi. Rien ne m’effraie. » Et de raconter l’été de ses 16 ans où elle fréquentait les salles de metal à New York avec ses cousins musiciens, et traversait bruyamment la ville à l’arrière de choppers.

Quarante ans plus tard elle vit toujours dans le quartier de son enfance, le « Paris intello du 5», à deux pas de l’immanquable jardin du Luxembourg. Un quartier symptomatique et une carrière exemplaire : médecin hématologue hospitalo-universitaire, puis nommée successivement à la tête de trois institutions sanitaires : l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’Institut national du cancer (INCa), la Haute Autorité de santé (HAS).

« Sur l’hôpital, il ne faut pas la chercher » prévient Le Monde qui rapporte à son tour une récente anecdote. Fin septembre, lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale un député communiste Il l’invitait à venir découvrir « l’accablant quotidien des hospitaliers ». La réponse, alors, fuse. « M. le député Jumel, contrairement à vous, je n’ai pas besoin d’aller visiter les hôpitaux, j’y ai passé vingt-cinq ans de ma vie ! »

Au vu des restrictions budgétaires hospitalières qu’elle annonce, il est fort possible que la ministre soit vite amenée à retourner les visiter.

Les « labos » et le harcèlement moral

Oui, elle a « travaillé avec l’industrie » (Bristol-Myers Squibb et Novartis) mais l’argent touché pour les essais cliniques a été reversé à l’association Robert-Debré. Avec ces confidences aux frontières de la confraternité :

« Certains sont allés au resto. Moi, je n’ai jamais utilisé un centime pour financer autre chose que l’achat de matériel, ou des congrès aux infirmières (…) Et depuis dix ans, en congrès, je sors acheter mon jambon-beurre. »

Oui, elle a été « victime de harcèlement moral » et « aurait pu se suicider ». Oui, elle a été victime de la misogynie et du machisme de certains chefs de service comme elle l’a confié au Journal du Dimanche. Non, elle « ne brandit pas son féminisme en étendard », mais « refuse d’intervenir dans un colloque si le programme annonce moins d’un tiers d’oratrices ». Non elle ne comprend pas que l’on évoque un possible conflit d’intérêts  avec son mari, Yves Lévy, père de son dernier fils et actuel PDG de l’Inserm. Et s’il avait dû, lui, démissionner pour qu’elle puisse devenir ce qu’elle est, elle aurait refusé ce que lui offrait Emmanuel Macron.  Confidences, encore:

« Elle rabroue sa mère lorsque celle-ci émet l’idée, mi-mai, que sa fille aînée pourrait être la prochaine ministre de la santé. Elle a déjà la tête en Corse, dans ce petit village de Balagne où elle s’apprête à partir quelques jours. Edouard Philippe appelle le lendemain. C’est le patron de l’Assurance-maladie , Nicolas Revel, secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande, qui a notamment glissé son nom. »

 Aujourd’hui son poste au gouvernement coiffe la santé, la famille, les jeunes, les pauvres et les personnes âgées. Elle avait « toujours voté à gauche » mais vient d’adhérer à « La République en marche ». La santé publique ? Une véritable politique de réduction des risques ? Cela reste encore bien brumeux. Le temps est toutefois venu des premiers règlements de compte.

« ‘’Aux responsabilités que j’ai occupées, j’ai été bloquée par des choix très peu courageux. J’ai milité pour une hausse du prix du tabac 1, j’ai obtenu péniblement dix centimes ‘’ dit-elleBannir la cigarette est, chez elle, une obsession.  » Voir des jeunes fumeuses me rend malade physiquement. «  Dans sa vie d’avant, elle les abordait même dans la rue, sous le regard moqueur de ses fils. Le paquet à 10  euros (d’ici à 2020) est l’une de ses premières victoires. »

C’est, peut-être, aller un peu vite en besogne.

A demain

1 « En 2013, pour Agnès Buzyn, le tabac était une ‘’bombe à retardement’’. Et maintenant ? » Journalisme et santé publique, 19 mai 2017

La France est« anormale vis-à-vis du tabac ». Pourquoi ? La ministre Agnès Buzyn ne le dit pas

Bonjour

Ainsi donc Agnés Buzyn serait « l’atout social du président ». Et Emmanuel Macron fumerait parfois, vers une heure du matin, des cigares avec ses deux fidèles parmi les fidèles que sont Gérard Collomb et Christophe Castaner. La ministre des Solidarités et de la Santé ne serait jamais conviée à ces agapes secrètes. Pour autant, sous les ors et dans les ombres bien informées du Palais de l’Elysée on s’autoriserait à confier à quelques journalistes privilégiés que la ministre « fait partie des ministres dont il se dit’the job is done’’. »

 Information ou intoxication ? C’est ce que nous dit Le Journal du Dimanche en prime de l’entretien accordée par Agnès Buzyn à la veille de son « grand oral » politique : la défense, devant une Assemblée nationale conquise, de son projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

« L’anecdote est une touche supplémentaire au portrait avenant d’une ministre des Solidarités et de la Santé appelée à être ‘’l’atout social du président’’ : une femme de gauche modérée avec une histoire. La profondeur de champ nécessaire pour s’inscrire durablement dans le paysage médiatico-politique » commente le site des buralistes.

« Se préparer à s’arrêter »

 « Le Journal du Dimanche : Le prix du paquet de cigarettes augmentera d’un euro en mars pour atteindre 10 euros en 2020. Vous avez gagné la bataille ?

Agnès Buzyn  :  A l’inverse de l’Angleterre et des États-Unis, qui ont fait d’immenses progrès, la France a un comportement anormal vis-à-vis du tabac. Le seul levier efficace, c’est une hausse de prix constante sur plusieurs années qui oblige les fumeurs à se préparer à arrêter. Nous savons qu’une hausse du prix de 10 % entraîne une baisse de 4 % de la consommation»

 Mais encore ? Rien de plus. Où l’on retrouve ce trait caractéristique qui voit la ministre ne jamais approfondir le sujet abordé. Pourquoi la France a-t-elle un « comportement anormal vis-à-vis du tabac » (plus de 30% de fumeurs) ? Le succès remarquable de l’Angleterre dans ce domaine (moins de 15%) tient-il à l’augmentation du prix du tabac ? A une véritable politique de réduction des risques ? A la prise en compte pragmatique du formidable levier que peut constituer, pour les fumeurs, la cigarette électronique ? Et pourquoi l’exécutif français reste-t-il, ici, dans l’impasse du déni ?

A tout cela Agnès Buzyn ne répond pas. Pourquoi ?

A demain

 

Qui étaient les chefs de service qui demandaient à Agnès Buzyn de s’asseoir sur leurs genoux ?

Bonjour

De l’essentiel et de l’accessoire. Imaginait-elle, la ministre des Solidarités et de la Santé, que les médias amplifieraient à ce point les dernières lignes de l’entretien qu’elle a accordé au Journal du Dimanche de ce 22 octobre ?  Dans la foulée de l’affaire Weinstein, Agnès Buzyn médecin, spécialisée en hématologie, dénonce le comportement plus qu’inconvenant de certains de ses confrères.

« Comme beaucoup de femmes, j’ai eu affaire à des comportements très déplacés dans mon milieu professionnel. Des chefs de service qui me disaient : “Viens t’asseoir sur mes genoux.” Des choses invraisemblables… qui faisaient rire tout le monde »,

La ministre, qui a fait l’essentiel de sa carrière hospitalo-universitaire à l’hôpital Necker de Paris ajoute l’actuelle « libération de la parole » des femmes « fait prendre conscience qu’une lutte quotidienne se joue dans l’espace public et professionnel ». Relevant qu’une « femme qui réagit face à un propos sexiste n’est jamais prise au sérieux », la ministre dit attendre « que les hommes se rebellent publiquement, [aux] côtés » des femmes. Se rebeller contre qui ? La ministre ne l’a pas dit.

De l’accessoire et de l’essentiel. Dans l’entretien à la Prévert accordé au journal dominical les médias retiennent aussi que la « chasse aux économies » est ouverte. En fanfare. Agnès Buzyn, évalue à 30 % (pas moins) les dépenses de l’Assurance-maladie qui ne sont « pas pertinentes ». Et de laisser entendre elle entend traquer les actes médicaux « inutiles » dans les hôpitaux.

Défaillances du management au travail 

 Pour réduire de 3 milliards d’euros le déficit global de la Sécurité sociale en 2018 ? Comme jadis Marisol Touraine le pouvoir exécutif entend « favoriser l’ambulatoire » :

« En chirurgie, par exemple, l’objectif est qu’en 2022, sept patients sur dix qui entrent à l’hôpital le matin en sortent le soir, contre cinq aujourd’hui. Nous allons fermer les lits qui ne servent à rien ou les réorienter vers de nouveaux besoins et lutter contre les opérations inutiles ou les actes réalisés deux fois. »

La mort annoncée de l’absurde « tarification à l’activité » ? Pas vraiment, mais la mise à l’étude de  « modes de tarification centrés sur la pertinence des soins », par exemple en octroyant « un bonus, un intéressement dès lors qu’ils répondront aux objectifs de qualité, de pertinence et d’efficience ». Comprendra qui pourra. Quant au tiers payant qui, hier encore, devait devenir généralisé c’est à peine s’il deviendra généralisable.

Comme jadis la ministre entend renforcer la lutte contre les fraudes à l’Assurance-maladie. « Il faut cesser d’être laxiste avec ceux qui abusent d’un système généreux », dit-elle, évoquant notamment la hausse des arrêts de travail : « Jusqu’à quand l’Assurance-maladie palliera-t-elle les défaillances du management au travail ? ». Une question vertigineuse. De même que la fraude relative aux cotisations et aux prestations qui « s’est élevée à 1,2 milliard d’euros » tandis que « le chiffre ne cesse de croître.» Que fait la police Mme la ministre ?

L’Assemblée nationale engagera la semaine prochaine l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Ce sera, disent les gazettes du weekend, le premier « grand oral» de Mme  Agnès Buzyn tenue, jusqu’ici, pour être novice en politique.

A demain