Pédophilie au sein de l’Eglise : l’incompréhensible mea culpa prononcé par Mgr Pontier

Bonjour

La une et cinq pages : c’est en majesté que notre quotidien dominical traite de la pédophilie dans l’Eglise. Tout, il est vrai converge pour l’évoquer. Un film primé à Berlin et objet de polémique juridique (« Grâce à Dieu » de François Ozon). Un livre-enquête  choc à paraître, signé de notre confrère Frédéric Martel (« Sodoma Enquête au coeur du Vatican», Robert Laffont). Des affaires récurrentes jamais soldées. Et la prochaine réunion, au Vatican par le pape François, d’un « sommet mondial pour prévenir les abus sexuels » – une forme d’émergence d’un politique catholique des risques.

Et dans ce concert, page 3 du Journal du Dimanche, une « exclusivité » : un entretien avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Une voix plus qu’autorisée dont on n’imagine pas un seul instant qu’elle n’ait pas reçu la bénédiction des autorités suprêmes. Or que nous dit Mgr Georges Pontier, 75 ans, par ailleurs archevêque de Marseille après l’avoir été deDigne et de Saintes ? Mgr Pontier dont le magazine La Vie  nous assure qu’il incarnerait une ligne « foncièrement modérée » à l’opposé de la « ligne Lustiger » ainsi qu’une Église « accompagnatrice spirituelle plutôt qu’une donneuse de leçons ».

L’AFP a résumé le long propos de l’archevêque. Etrange propos plus qu’embarrassé. Douloureuse exégèses à venir. Où l’on entend que pour lui le silence fait autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes. « Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie [religieuse]n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler, dit-il encore. C’est un péché collectif ».

« Grâce à Dieu »

Et ces phrases : « Il existe une vénération de l’Eglise qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole (…)  Il y a quelque chose de systémique dans la négligence, le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes (…) On ne peut plus rejeter la faute, dire que ce sont les médias ou le monde extérieur qui en voudraient à l’Eglise (…) Les victimes n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas ».

L’actualité ? Mrg Georges Pontier est favorable au report de la sortie du film Grâce à Dieu consacré au père Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur et qui n’a pas encore été jugé. Il s’en explique à sa façon :

 « Nous sommes dans un calendrier ahurissant, qui voudrait que l’on termine par la reconnaissance de culpabilité devant les tribunaux après avoir vu tant de choses sur ce père Preynat qui, cela ne fait pas de doute, a commis des faits répréhensibles. Il faut un respect minimum de la présomption d’innocence. »

Interrogé sur l’enquête pour agressions sexuelles visant à Paris l’ambassadeur du pape en France Mgr Ventura, le prélat se montre également prudent : « Si des actes ont été commis qui auraient traumatisé profondément quelqu’un, ce serait, bien sûr, choquant. Je connais bien Mgr Ventura et, pour le moment, je le présume innocent. »

Mais qui a bien pu accuser les médias d’en vouloir à l’Eglise ? Comment confesse-t-on un péché collectif et qui doit faire, alors, pénitence ? Mgt Pontier ne nous le dit pas.

A demain

@jynau

 

Urgences et compétences : Agnès Buzyn saura-t-elle «transformer notre système de santé» ?

Bonjour

Tambour battant. Enfin un agenda de ministre des Solidarités et de la Santé. Avant-hier, New Delhi (Inde) pour une réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Hier, entre Vienne et Loire, avec Edouard Philippe, grippés, visite au pas de course d’une « maison de santé pluridisciplinaire et universitaire du Véron », commune d’Avoine, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Tours.

Ce matin, sur France Inter, pour défendre vaille que vaille, son « projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » ; défendre aussi les vaccins et l’industrie pharmaceutique de même que le « Pauvre Pasteur qui doit se retourner dans sa tombe » ; expliquer (ce qui commence à la fatiguer) pourquoi le vaccin anti-grippal n’est pas très efficace cette année mais pourquoi il faut se faire vacciner ; attaquer frontalement l’organisation actuelle des établissements de l’AP-HP engorgés. Demain, Palais de l’Elysée et conseil des ministres pour la présentation du texte d’une loi qui, peut-être, portera son nom.

Trois poids lourds et deux députés

Cette loi, précisément, cible de multiples critiques médiatiquement exprimées, comme le résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Une loi, cinq titres et vingt-trois articles pour des réformes structurelles (refonte des études médicales, création des projets territoriaux de santé, transformation numérique…), des habilitations à légiférer par ordonnances (recertification, hôpitaux de proximité, régime des autorisations d’activité, etc.) et plusieurs dispositions de « simplification » ou de « sécurisation»  (nouveau recrutement des praticiens à diplôme étranger hors Union européenne etc.). Et deux députés médecins, Stéphanie Rist rhumatologue (LREM, Loiret)  et Thomas Mesnier urgentiste (LREM, Charente), désignés rapporteurs par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

« Plusieurs poids lourds du secteur critiquent le fond et la forme du projet de loi » résume Le Quotidien. Dans le « Journal du dimanche », le patron de la FHF, Frédéric Valletoux, vient de cosigner une tribune avec trois anciens ministres, respectivement présidents de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (François Baroin, AMF), de l’Assemblée des départements de France (Dominique Bussereau, ADF) et de l’Association des régions de France (Hervé Morin, ARF). Ils dénoncent le manque de concertation du gouvernement et réaffirment leurs objectifs :  lutte contre la désertification médicale et garantie d’accès aux soins ; fin des « directives nationales technocratiques » ; prise en charge des spécificités territoriales ; développement d’outils, d’incitations et de financement pour une « implantation équitable des services de santé » ; renforcement du service public hospitalier et médico-social et revalorisation de l’attractivité des métiers hospitaliers et médico-sociaux. Des accusations que réfutent, d’un revers de main Edouard Philippe (à Avoine) et Agnès Buzyn (sur France Inter).

Combien de loups ?

D’ores et déjà un autre front de critiques est ouvert : dans  Le Figaro  le Dr Patrick Bouet, président du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) salue certes une loi qui va « dans le bon sens » – contrairement à la « loi Touraine »  – mais qui reste « très floue », notamment en ce qui concerne l’emblématique « suppression du numerus clausus »,mais pas seulement.

« Comment? Rien n’est dit. Pour l’internat, des critères objectifs de concours vont être remplacés par des critères subjectifs de jury. Comment assurer l’équité? La loi ne répond pas. Sur les assistants médicaux, tout est renvoyé à la négociation conventionnelle. Mais c’est à la loi de dire ce que l’on attend: est-ce un nouveau métier, une super secrétaire, une aide soignante ou une infirmière? Le cadre n’est pas fixé alors que le sujet du temps médical est prioritaire. Le gouvernement veut organiser le système de soins en fonction des territoires. Parfait, c’était une de nos demandes.

Mais, là encore, la loi reste floue voire n’explique pas ce que seront les hôpitaux de proximité, ni les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ni l’articulation entre les deux. L’exécutif demande à 1,3 million de professionnels de santé de travailler ensemble, à des centaines d’hôpitaux de modifier leur organisation, il faudrait au moins leur donner des informations claires. Sur la téléconsultation, nous aurions voulu que la loi rappelle l’obligation de respecter le parcours de soins, afin que les plateformes n’ouvrent pas la voie à une médecine à deux vitesses. Cela n’y est pas. »

Pourquoi tant et tant de flou ? Combien de loups ? Le président de l’Ordre des médecins estime que le gouvernement « est pris par le temps », la mesure numerus clausus lui imposant d’être « prêt pour la rentrée de septembre ». Il pense d’autre part que ce même gouvernement redoute qu’un texte trop précis n’amène une nouvelle fois, dans le débat parlementaire, « des propositions court-termistes » _ à commencer par la coercition à l’installation des médecins. « Comme cette loi suscite de très grandes attentes chez les professionnels de santé, le risque serait de les décevoir, conclut-il, prophétique. Aujourd’hui, nous sommes tous en phase, le consensus entre les acteurs de santé existe. Mais il est fragile. Attention de ne pas le faire exploser. »

Résumons: attention, risque d’explosions.

A demain

@jynau

 

Michel Houellebecq, Jean-Michel Blanquer et ses très étranges «ventilateurs à angoisses»

Bonjour

Pour ce que l’on en perçoit, il incarne l’archétype gouvernemental de la raison raisonnante éducatrice. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse au sein du gouvernement Philippe-Macron. Sans doute est-ce plus complexe. Scolarité privée au collège Stanislas, étudiant à Sciences Po, auteur avec François Baroin d’une « Déclaration du troisième millénaire » modeste version actualisée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,  étudiant à l’université Harvard, grâce à la bourse d’excellence Lavoisier du ministère des Affaires étrangères, DEA de droit public, maîtrise de philosophie, DEA de science politique, docteur en droit, agrégé de droit public …

Execrcices professionnels divers à Paris, Bogota, Tours, Lille etc. Puis retour dans la capitale et ascension constante dans la hiérarchie centrale de l’Education nationale. Souvent étiqueté (à gauche) « réac de droite ». Jusqu’à sa nomination par Emmanuel Macron. Auteur, parmi de nombreux ouvrages, de « Construisons ensemble l’école de la confiance », Odile Jacob, 2018.

3 février 2019 Jean-Mihel Blanquer a donné un long entretien au Journal du Dimanche (Hervé Gattegno, Marie Quenet, David Revault d’Allonnes). Titre peu banal « La réforme du lycée permet de compenser les inégalités » et quelques images ou néologismes osés. Un ministre en service commandé ?

Selon Jean-Michel Blanquer, la crise et les violences inhérentes des Gilets Jaunes révèlent surtout l’attente de plus de considération de la part des Français. « Il y a un besoin d’attention, d’amour, de lien social. Autrefois, les gens admiraient Stendhal et voulaient ‘’stendhaliser’’ le monde. Aujourd’hui, on admire Houellebecq mais on veut ‘’déhouellebecquiser’’ le monde » professe-t-il.

Opposer les pauvres et les riches

 Combien d’enseignants français, sans parler de leurs élèves, pourraient aujourd’hui rendre une dissertation acceptable sur la stendhalisation de l’ancien monde et la déhouellebecquisation du nouveau ? Et qu’en dirait l’auteur de l’impayable Sérotonine hier passé à la moulinette de France Culture : « Le mystère Houellebecq.  Que signifie être houellebecquien ? Alain Finkielkraut s’entoure d’Agathe Novak-Lechevalier et Frédéric Beigbeder pour l’éclairer ».

Ce n’est pas tout. Le ministre Blanquer  revient aussi sur la réforme du lycée et tente de rassurer alors que certains s’inquiètent des inégalités entre établissement. « Aujourd’hui, 92% des lycées proposent au moins sept enseignements de spécialités au-delà du tronc commun. Auparavant, seuls 84% des lycées offraient les trois séries L, S et ES. C’est une palette de choix qui s’ouvre pour les lycéens, professe-t-il. La réforme permet au contraire de compenser les inégalités. (…) Concrètement, chaque lycéen de la voie générale aura le choix parmi une vingtaine ou une trentaine de combinaisons, contre deux ou trois seulement aujourd’hui. C’est un progrès considérable! Il ne faut pas écouter les habituels ventilateurs à angoisses ; ce serait hallucinant qu’ils réussissent à faire passer l’or pour du plomb. »

Ventilateurs à angoisses ? Faut-il parler ici d’image ou de métaphore ? Nous n’en saurons pas plus, ni sur la marque, ni sur la puissance, ni sur la source d’énergie. Une question de fond, toutefois. Pourquoi user du verbe « écouter » à propos de ventilos ? Et comment comprendre l’association de cette image électrique – psychiatrique avec une malversation métallique.

Jean-Michel Blanquer est-il loin de de Pierre Dac et de Coluche quand il ose : « On cherche toujours à opposer les riches et les pauvres, mois je fais l’inverse ». Les Gilets Jaunes ? La crise lui fait songer à une phrase dont bien peu se souviennent : « L’amour n’est pas un feu que l’on tient dans la main ». Un alexandrin signé de Marguerite d’Angoulème (1492-1549). Sur un tème voisin on peut également citer, de Pierre Dac (1893-1975) : « Quand le clairon de l’amour sonne l’extinction des feux amoureux, la démobilisation générale des sens n’est pas loin d’être décrétée ».

A demain

@jynau

 

Qui ose transformer les soignants en variables de l’ajustement des budgets hospitaliers ?

Bonjour

C’est une nouvelle tribune publiée dans un média généraliste. Un appel au pouvoir exécutif via à l’opinion publique. Entre bouteille à la mer et proposition de reconstruction d’un immeuble chaque jour un peu plus en péril. Un immeuble qui devient le cadre d’un nombre sans cesse croissant de fictions télévisée ou cinématographiques – dont le remarquable « L’ordre des médecins » de David Roux (l’écouter) – nous y reviendrons.

Aujourd’hui 27 janvier 2019 la tribune est signée de quatre-vingt-cinq praticiens renommés 1 de l’Assistance Publique -Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui appellent à l’aide sur le site du Journal du Dimanche.  Ils racontent leurs célèbres hôpitaux qui vivent une « période critique » confrontée à un mauvais équilibre financier et à un endettement croissant, dont les décisions prises au niveau national sont la première cause.

Charge et richesse

Complexité administrative ubuesque, creusement des déficits, lenteurs et aberrations de fonctionnement ainsi que ce qui, hier encore eût été impensable : une perte d’attractivité.

« Les personnels de l’AP-HP sont la principale richesse de l’institution, mais ils sont depuis quelques années considérés d’abord comme une charge » résument les signataires de cette tribune.

« La politique nationale de santé et les plans d’économies successifs ont entraîné une dégradation des conditions de travail, dans un climat de découragement et de résignation. La qualité des soins s’en ressent parfois, notamment pour les malades âgés. Le manque de personnels indispensables au fonctionnement des services (aides-soignants, infirmiers, manipulateurs radio, kinésithérapeutes, assistants sociaux, psychologues) est de plus en plus sensible. Comme les équipes soignantes, les personnels techniques et les équipes administratives traversent une période difficile. Ils sont soumis à des tensions qui restent en grande partie méconnues du fait de leur devoir de réserve.

« Les organisations syndicales et le corps médical, par la voix de son instance représentative, la commission médicale d’établissement, ont alerté l’opinion et les pouvoirs publics sur cette situation. Pourtant, ces derniers imposent encore plus de restrictions avec l’injonction paradoxale de demander toujours plus d’efforts et de productivité avec de moins en moins de moyens. »

Colères et doléances hospitalières

Et pourtant. Avec Martin Hirsch 2 à sa tête la direction générale de l’AP-HP vient d’annoncer pour les quatre années à venir un plan d’économies devant aboutir à la suppression de 600 à 800 postes par an, soit en moyenne trois à quatre postes par service sur cette période. Comment ne pas voir ici que les personnels de l’AP-HP (principale richesse de l’institution en raison de leur compétence et de leur engagement) sont depuis quelques années considérés d’abord et avant tout comme une charge et qu’ils constituent la principale variable d’ajustement budgétaire.

On lira sur le site du JDD la suite des sujets de colère et de doléances – à commencer par la « faiblesse majeure » que constitue « la distance entre les décideurs et le terrain » (lire ici, de Henry Mintzberg, « Managing The Myths Of Health Care » – voir également ici). Les regroupements en structures de grande dimension et l’éloignement des décideurs sont contre-productifs, à la fois en termes de qualité de vie au travail et de qualité des soins. Or « l’ordinaire de la technocratie et du management public est de regrouper les établissements pour faire des économies d’échelle, sans mesurer les conséquences de telles décisions à long terme sur le service rendu à la population ».

« L’AP-HP doit tout mettre en œuvre pour assurer son prestige et son attractivité. Nous appelons les responsables politiques, les personnels soignants, techniques et administratifs, les médecins hospitaliers et hospitalo-universitaires, les associations de patients, à prendre une juste mesure de la situation actuelle et à agir ensemble pour maintenir une AP-HP et plus généralement un hôpital public dignes de leurs missions et du niveau d’excellence qu’en attendent nos concitoyens. »

C’était la dernier appel au secours en date provenant du monde hospitalier public français. Daté du dimanche 27 janvier 2019.

A demain

@jynau

1 La liste des quatre-vingt cinq praticiens de l’AP-HP ayant signé cet appel : Sophie Abgrall, Nelly Achour Frydman, Catherine Adamsbaum, Homa Adle Biassette, Pierre Amarenco, Élisabeth Aslangul, Hélène Barreteau, Sophie Barthier, Thierry Baubet, Thierry Bégué, Nadia Belmatoug, Alexandra Benachi, Amine Benyamina, Catherine Bernard, Chloé Bertolus, Anne-Laure Boch, Pierre Bonfils, Isabelle Bourgault-Villada, Marina Cavazzana, Christophe Cellier, David Cohen, Sophie Crozier, Luc Cynober, Nicolas Dantchev, Jean-Pascal Devailly, Élisabeth Dion, Hervé Dombret, Didier Dreyfuss, Michel Dru, Jean-Charles Duclos-Vallée, Nicolas Dupin, Jean-Michel Dupont, Philippe Fossati, Bertrand Galichon, Stéphane Gaudry, Brigitte Girard, Pierre-Marie Girard, Christophe Glorion, François Goffinet, François Goldwasser, Patrick Goudot, Bernard Granger, Philippe Grimbert, Emmanuel Houdart, Marc Humbert, Dominique Israël-Biet, Mehdi Karoui, Jean Lacau Saint Guily, Véronique Leblond, Antoine Leenhardt, Christophe Legendre, Philippe Lévy, Emanuel Loeb, Jean-Pierre Lotz, Philippe Manivet, Xavier Mariette, Bruno Millet, Marie-Rose Moro, Isabelle Nègre, Hilario Nunes, Catherine Patrat, Antoine Pelissolo, Marie-Noëlle Peraldi, Charles-Siegfried Peretti, Serge Perrot, Stanislas Pol, Frédéric Prat, François Rannou, Gilberte Robain, Olivier Scatton, Georges Sebbane, Olivier Soubrane, Brigitte Soudrie, Florence Thibaut, Nicolas Thiounn, José Timsit, Philippe Touraine, Jean-Marc Tréluyer, Christophe Trivalle, Laurent Vastel, Jean-Paul Viard, Gilbert Vila, Jean-Philippe Wolf, Alain Yelnik, Rachid Zegdi, praticiens à l’Assistance publique – hôpitaux de Paris.

2 Le JDD annonce dans ses « indiscrets » la sortie (encore assez lointaine) du prochain livre de Martin Hirsch : « Comment j’ai tué son père » Editions Stock. 13 mars 2019, 18 euros :

« Dans ‘’Qui a tué mon père’’ (Seuil) sorti au printemps 2018 le romancier Edouard Louis accusait nommément Martin Hirsch d’avoir causé la mort de son père en créant le revenu de solidarité active en 2008. Il mettait également en cause Hollande et Macron. (…) Dans ‘’Comment j’ai tué son père’’ Martin Hirsch lui répond sans prendre de gants. »

 

« La République en marche » va-t-elle bientôt excommunier la députée Agnès Thill ?

 

Bonjour

Aux frontières du Grand Débat, comme un parfum du bûcher. C’était à lire dans Le Journal du Dimanche : « Des députés En marche dénoncent les « théories complotistes » de leur collègue Agnès Thill » (Anne-Charlotte Dusseaulx). Nous avons déjà rapporté ce qu’il en était des convictions de cette ancienne députée socialiste devenue macroniste et opposée à la « PMA pour toutes » -une opposition radicale qui la conduit à faire d’étranges ellipses sur fond d’écoles coraniques. Agnès Thill, donc, députée de l’Oise, 54 ans, élevée dans une famille ouvrière chrétienne, ancienne institutrice et que l’on commence à entendre sur les radios périphériques.

La députée Agnès Thill bientôt excommuniée à la demande d’une vingtaine d’élus La République en marche (LREM) qui portent, la concernant, le diagnostic de complotisme ; très mauvais pronostic. Plusieurs cadres du parti, dont son patron Stanislas Guerini, 36 ans, ancien de l’Ecole alsacienne  et le chef de file des députés du groupe majoritaire Gilles Le Gendre, 60 ans, ancien du collège Sainte-Croix  avaient déjà pris leurs distances avec les propos de leur collègue l’élue, dénonçant des opinions « contraires » aux engagements de leur mouvement politique.

Insultes et complotisme

« Si nous connaissons tous l’opposition d’Agnès Thill à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et nous respectons ses convictions, bien que nous ne les partagions pas, le débat politique ne doit en aucun cas être nourri d’insultes ni de théories complotistes » écrivent les vingt députés LREM à leur président comme d’autres le feraient au directeur du collège lors d’un conseil de discipline. Ils rappellent à Gilles Legendre qu’Agnès Thill avait déjà fait l’objet d’un avertissement « l’automne dernier » et attendent une « réponse de fermeté ».

« Nous ne pouvons tolérer les délires islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill » écrivent-ils quand cette dernière appelle à « débattre sur le fond ».  Gilles Le Gendre et Stanislas Guérini ont d’ores et déjà pris leur distance (« Ce texte n’engage que son auteure » ; « nombre des opinions qu’il contient sont contraires aux engagements et aux idées portés par LREM et son groupe parlementaire ». Dans le même temps l’entourage de Gilles Le Gendre à fait savoir à Libération qu’ « exclure Agnès Thill serait la pire des décisions ». « On ne veut pas en faire une martyre ». Le groupe LREM compte actuellement 307 membres.

« L’affaire prend de l’ampleur. La dureté des réactions contre la députée LaREM Agnès Thill, hostile à l’extension de la PMA, traduit une volonté de la diaboliser en faisant l’économie du débat de fond qu’elle soulève » souligne Le Figaro (Guillaume Tabard). « Diaboliser » : tenir pour diabolique – un verbe du premier groupe que l’on tenait pour suranné.

A demain

@jynau

 

 

 

Côtes-du-Rhône, alcoolisme et boîtes de nuit : nouvel appel solennel à Emmanuel Macron

Bonjour

Existe-t-il aujourd’hui dans la France jacobine des Gilets Jaunes d’autres solutions que d’en appeler à Emmanuel Macron ou de demander sa démission? En ce 20 janvier 2019, trois textes le concernent, disponibles par voie de presse. Deux dans Le Journal du Dimanche (Claude Got pour « laisser une chance aux 80 km/h » ; Philippe Val sur les risques encourus par sa personne 1) et une dans Le Monde :  « ’La démission gouvernementale face à l’alcool est scandaleuse’’ Le plan national adopté fin 2018 conforte les pires craintes concernant la complaisance, si ce n’est la complicité, des pouvoirs publics et du lobby des alcooliers ».

Ainsi donc, ici, une nouvelle tribune solennelle cosignée, une nouvelle fois, par les mêmes spécialistes de la santé publique et de la lutte politique contre le vieux fléau de l’alcoolisme 1. Une tribune qui, cette fois, prend appui sur la publication en catimini, avec un an de retard, du « Plan national de mobilisation contre les addictions » 2018-2022 conforte les pires craintes sur l’inertie des pouvoirs publics en matière de consommation d’alcool.

« Au terme d’une analyse brillante et incontestable ce Plan s’arrête brutalement au seuil de l’action, perdant toute ambition de réussir. Il est plein de contradictions. Après avoir reconnu, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que la fiscalité est un des moyens les plus efficaces pour freiner la consommation, il ne propose aucune mesure en ce sens. Malgré les engagements de la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn lors des débats au Parlement, les « prémix » à base de vin échappent même à toute mesure (…)

« Le plan s’alarme du marketing pour piéger les jeunes dans la consommation d’alcool mais se contente de cette inquiétude. S’il constate la pression publicitaire pour l’alcool sur tous les médias, il ne propose aucune ­mesure d’encadrement, même pas la limitation de l’affichage autour des écoles. Aucun calendrier, aucun objectif chiffré n’est fixé. »

Qui a caviardé le Plan national de mobilisation contre les addictions ?

En pratique les signataires observent qu’en dépit de l’engagement solennel pris le 6 septembre 2017 par Agnès Buzyn et Nicolas Prisse, président de la Mildeca de rendre « plus visible » (sic et re-sic) le pictogramme d’avertissement « femme enceinte » sur les bouteilles de boissons alcooliques la taille futur du pictogramme n’est toujours pas arbitrée …

« Il est vrai que le lobby de l’alcool ­considère qu’informer les femmes serait « anxiogène », sinon « mortifère ». Quel aveu et quel cynisme ! Ce mépris pour la prévention de la première cause évitable de handicap mental chez l’enfant est honteux et impardonnable, qu’il ait pu influencer les choix gouvernementaux est absolument scandaleux. »

Une nouvelle tribune solennelle avec cette révélation de taille : « Nous connaissons les raisons de cette ambiguïté et de cette inaction. Le plan de la Mildeca a été caviardé après avoir été pris en otage par le lobby alcoolier qui a imposé une ‘’contribution’’ uniquement destinée à préserver ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général. Sa demande a été entendue puisque aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool. »  Aucun nom n’est toutefois donné pour nous dire qui anime ce « lobby alcoolier ».

On peut le dire autrement : pour le gouvernement d’Emmanuel Macron la responsabilité, ici, ne ­repose que sur les victimes et non sur l’industrie (producteurs, distributeurs, annonceurs) – industrie qui via la publicité n’a de cesse que de  les pousser à consommer.

 Palais de l’Elysée et crozes-hermitage

Une nouvelle tribune solennelle qui fait suite aux peu banales et désormais célèbres déclarations de Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation sur la différence fantasmée entre le vin et les autres alcools. Invité de BFM-TV et RMC mercredi 16 janvier, le ministre était interrogé sur la question de l’alcool en France :

 « Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouve les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

« Refusant toute référence à un hygiénisme d’un autre temps, nous affirmons notre attachement aux institutions, concluent les auteurs de la tribune. Dans cet esprit, nous en appelons solennellement au président de la République afin qu’il cesse de sacrifier les intérêts supérieurs de la santé des Français au profit d’intérêts particuliers. »

Voilà donc qui est imprimé. Mais bien des raisons, trop nombreuses pour être ici exposées,  font qu’il est hautement improbable que cet appel solennel franchisse un jour les murs du Palais de l’Elysée.

A demain

 1 Philippe Val publie prochainement un livre « qui parle de sa vie » : « Tu finiras clochard comme ton Zola », Éditions de L’Observatoire, 864 pages, 24,90 euros.

Bernard Basset, médecin de santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie nationale de médecine ; Claude Got, professeur honoraire, université René-Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII, administrateur de la Ligue nationale contre le cancer (LNCC) ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie (SFA) ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, président du Collège universitaire des enseignants en addictologie (Cunea) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI, président du Fonds actions addictions ; Nicolas Simon, professeur de médecine Aix-Marseille Université, président de l’Anpaa.

 

Noël : 2,4 millions d’euros sont annoncés sous les huit sapins des Samu d’Ile-de-France

Bonjour

Veille de Noël 2018. Et résurgence du « rapport de force ». D’un côté un pouvoir exécutif à la peine pour concrétiser les promesses présidentielles faites aux Gilets Jaunes. De l’autre l’émergence de nouvelles demandes – avec risque massif de diffusion épidémique. Après les policiers, les urgentistes. Avec grève illimitée annoncée.

C’est à lire dans Le Parisien (Gwenael Bourdon) :  « Seine-Saint-Denis : grève annoncée au Samu, une réunion est prévue ce lundi ».  Et, une nouvelle fois, une grève « médicale » où il ne s’agit pas de réclamer une « augmentation du pouvoir d’achat » : les assistants de régulation médicale réclament des moyens pour répondre correctement aux patients. De l’argent pour remplir sa mission.

« Deux réunions de négociations et les coups de fil un brin pressants de responsables de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) aux responsables syndicaux n’y ont rien fait. Les agents de régulation médicale (ARM) du Samu de Seine-Saint-Denis devraient se mettre en grève illimitée à partir de ce lundi, exigeant des créations de postes. Cette mobilisation est la première depuis la fin des années 1990. Les ‘’standardistes’’ du numéro d’urgence médicale estiment ne plus pouvoir travailler correctement. »

Rapport de force. Bien évidemment la « grève » sera symbolique : assignation du personnel par le directeur de l’hôpital Avicenne; les ARM continueront à décrocher le téléphone. Soutenus par les médecins urgentistes il réclament toujours 10 postes supplémentaires – pour répondre comme il convient aux appels des patients (plus de 600 000 par an, soit 230 000 dossiers médicaux). « On travaille quasiment tout le temps en service minimum. Les gens doivent attendre quatre à cinq minutes parfois avant qu’on prenne leur appel… alors qu’il y a des cas graves », expliquait la semaine dernière Raphaël Thimon, ARM depuis dix-huit ans à Bobigny et délégué syndical CGT. Le 21 décembre, seuls 27 % des appels étaient décrochés dans la minute, comme l’exigent les critères qualité du Samu.

Bras de fer et extension du mouvement

Et Le Parisien de préciser que tout ceci s’inscrit dans le bras de fer engagé avec la direction de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’Agence régionale de santé (ARS). Pour Christophe Prudhomme, délégué CGT, « il n’est pas exclu que le mouvement s’étende à d’autres Samu en Ile-de-France, qui sont confrontés aux mêmes difficultés ». Celui du Val-de-Marne vient de déposer un préavis de grève pour le 26 décembre.

Rapport de force. Après quels maigres réponses de l’AP-HP ( « un renfort de l’effectif pour la période hivernale » de trois postes, et la création d’une « équipe additionnelle de remplacement », en faisant appel à des étudiants en médecine) l’ARS vient d’annoncer un « soutien financier exceptionnel (2,4 millions d’euros) aux huit Samu d’Ile-de-France pour desserrer la contrainte sur les effectifs et faire face à l’activité soutenue de cette période de fin d’année ».

Aurélien Rousseau, directeur général de l’ARS d’Ile-de-France a déclaré à l’AFP qu’il allait « débloquer une enveloppe exceptionnelle de soutien à chacun des Samu d’IDF de 300 000 euros, ce qui fait 2,4 millions à l’échelle régionale. » Cette somme, « débloquée sur des crédits propres à l’agence », sera versée « la première semaine de janvier ».

Et M. Rousseau de s’engager sur la voie escarpée du mea culpa : il reconnaît des difficultés de recrutement, un turnover très élevé dans certains Samu, « comme à Paris et en Seine-Saint-Denis », ainsi qu’un « nombre d’appels qui augmentent, par exemple à Paris avec les Gilets Jaunes ». Il constate également de « vraies disparités d’activité et d’indicateurs de résultats entre les différents Samu », estimant qu’il y a un « travail de fond à faire sur l’organisation ».

Et au gouvernement ? Dans Le Journal du Dimanche, Edouard Philippe, Premier ministre se confie et menace : « Je prends des coups, je peux en donner. Agnès Buzyn s’exprime sur une pleine page. Elle boxe avec l’insoumis et de plus en plus dérangeant François Ruffin « M. Ruffin fait son show, depuis le début. Il utilise la politique comme une scène de spectacle. Et rien ne l’arrête pour exister ». La ministre des Solidarités et de la Santé ne perçoit « aucun problème » entre le chef de l’Etat et son Premier ministre. Et elle a ce mot, étrange : « Nous devons faire un effort supplémentaire pour écouter ».

Rapport de force.

A demain

@jynau