Peut-on affirmer que la légalisation de la GPA s’inscrit dans la continuité de celle de l’IVG ?

Bonjour

24 septembre 2018. Les médias généralistes attendent fébrilement l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules. Il sera rendu public demain. Un avis qui, sans surprise, devrait conforter celles et ceux qui sont favorables à cette évolution « sociétale ». Comme Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé qui l’a confié hier sur les ondes de France Inter.

Dans l’attente voici un rapport signé d’un provocateur formé aux meilleures écoles de la République, enseignant la philosophie « libérale » et auteur prolixe : Gaspard Koenig. Gaspard Koenig ici «  aidé de sa petite bande d’intellectuels libéraux (de droite comme lui, mais aussi de gauche) », précise Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret). Le JDD qui révèle la quintessence de ce document.

« La GPA est une pratique qui ne nuit pas à autrui, formellement interdite pour des raisons morales, et dont la prohibition crée de l’injustice » estime M. Koenig qui se plonge ces temps-ci dans la Bible, où il trouve « toutes sortes d’étranges agencements familiaux ». Son propos « provocateur mais finement argumenté » relaie donc un rapport décoiffant produit par Génération libre, le think tank qu’il préside. « Nous avons travaillé dur pendant deux ans pour arriver à la conclusion que réguler était plus difficile que prohiber » résume M.Koenig.

 Pour le préfacier du rapport, Daniel Borrillo, juriste d’origine argentine, la GPA « s’inscrit dans la continuité de l’IVG », réactualisant « la question de la disposition de soi », au nom d’une « liberté procréative ». « Nous montrons, de manière très précise, comment la GPA pourrait être légalisée en France et proposons une politique publique concrète (…) Au nom de quoi interdire à des gens qui le font de manière consciente et contractualisée de se rendre un service ? »  poursuit Gaspard Koenig.

Argumentaire de Génération Libre :

«  A droite, comme à gauche, la question de la GPA divise. ‘’Réification’’ de l’enfant, exploitation et marchandisation du corps de la femme, esclavage moderne… la GPA est l’objet de nombreuses craintes, méfiances et s’avère souvent mal comprise.

Pour autant, près de la moitié des Français est favorable à l’ouverture de la GPA aux couples hétérosexuels, comme homosexuels (sondage Ifop 2018). Perçue comme un progrès médical ouvrant à tous la possibilité d’avoir un enfant, la GPA s’inscrit, similairement à l’IVG, dans la défense du principe de la libre disposition de son corps et valorise une parenté fondée sur l’engagement.

Dans ce rapport, Génération Libre plaide pour la légalisation de la GPA en France et défend un cadre légal garant des droits et devoirs de chacune des parties en jeu. Tirant les conclusions de l’échec de la politique de prohibition en France, et s’inspirant des modèles en vigueur dans certains pays, ce rapport entend définir les contours d’une loi introduisant un encadrement juste et efficace de la GPA en France. Ce cadre légal permettra une régulation efficace et protègera les parties de toute forme d’abus.

Légaliser la GPA est une question de droit fondamental. C’est rendre aux femmes la libre disposition de leurs corps et garantir aux enfants nés de GPA à l’étranger les mêmes droits  qu’à tous les enfants. Enfin, c’est reconnaître l’émergence de nouveaux modèles familiaux et valoriser une nouvelle forme de parenté, fondée sur la notion de projet. »

Résumons. Un « service », entre personnes conscientes et consentantes, vraiment ? Un « contrat » ? Rémunérer la femme « pour le travail effectué », elles qui « depuis la nuit des temps fabriquent des enfants gratuitement » ? Des mères porteuses salariées et « dont la grossesse serait prise en charge par la Sécurité sociale » ?

On peut voir là, sous couvert de philosophie libérale, la prochaine étape d’une marchandisation du corps des femmes – et plus généralement, après-demain, de la réification des corps humains ?

A demain 

 

Folie et politique : Emmanuel Macron osera-t-il un jour visiter un hôpital psychiatrique ?

Bonjour

« ‘’Une nuit, un patient a uriné dans son lit. Il était tellement proche des autres – c’était une chambre de deux avec trois lits – que ça a inondé les deux d’à côté. » Hochements de têtes résignés autour de la table. Des anecdotes comme ça, on en entend dix par jour sous le barnum dressé devant le mur d’enceinte de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel d’Amiens (Somme). Une partie du personnel y fait grève depuis soixante-six jours pour protester contre la dégradation des conditions de travail et de la qualité des soins. Et, depuis trente-sept nuits, se relaie pour dormir dans les tentes plantées à l’entrée de l’établissement. »

C’est Le Journal du Dimanche (Pierre Bafoil) qui, aujourd’hui, raconte l’insupportable. L’hôpital psychiatrique d’Amiens en grève après ceux de Bourges, Allonnes, Rennes, Amiens ou Saint-Etienne. Des personnels en grève non pas pour de l’argent mais pour « réclamer les moyens d’exercer dignement leur métier », des soignants usés d’être devenus de simples gardes-malades. Et puis, en juin, à l’hôpital du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, des soignants observant une grève de la faim de près de deux semaines avant d’obtenir, péniblement, la création d’une trentaine de postes d’infirmiers et d’aides-soignants.

A Amiens, rapporte le JDD c’est la fermeture d’une unité au début de l’été, la quatrième en quatre ans, qui a mis le feu aux poudres. En réaction, le « collectif Pinel en lutte » s’est formé, réunissant représentants des syndicats et acteurs concernés, des aides­-soignants aux psychiatres en passant par les familles de patients. Pour mettre fin au bras de fer, l’Agence Régionale deSsanté a promis une « aide » (sic) d’un million d’euros et la direction, dix postes supplémentaires. Insuffisant, selon les grévistes, qui réclament l’effacement de la dette de l’hôpital, une large table ronde et soixante embauches.

Et puis, ces derniers mois, une dizaine de praticiens ont déjà « rendu la blouse du service public » ; douze autres vont les suivre d’ici à février 2019. Cela porterait à 50% le taux de postes vacants. Elio Mélis, le directeur général, assure au JDD que « des recrutements sont en cours »…

 «  Le diagnostic est largement partagé : la psychiatrie publique française est en pleine dépression. Ces dernières années, de nombreux rapports en ont fait le constat unanime éditorialise pour sa part Le Monde. Sur le terrain, tout contribue à cette crise : des délais sans fin de prise en charge, des soignants usés et désabusés, des familles et des patients qui se sentent abandonnés. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a elle-même reconnu, il y a quelques mois, qu’ ‘’il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années ‘’ en psychiatrie, et elle a déploré un état de ‘’souffrance générale’’ des professionnels et des malades. »

Paupérisation mais budgets constants

Il faut ici citer, précisément, les propos d’Agnès Buzyn. C’était en janvier dernier et ce dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, Extraits :

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à destigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

C’était en janvier dernier. Puis rien. Et les symptômes du grand mal hospitalier n’ont, depuis, cessé de se multiplier

Il y a sept mois Le Monde demandait à la ministre Buzyn si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondait Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens la ministre réclamait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Sept mois plus tard comment qualifier cette facilité politique ?

On lira aussi, dans le JDD l’entretien (Anne-Laure Barret) avec Daniel Zagury, psychiatre spécialiste de la barbarie du quotidien 1 – et pour autant toujours resté fidèle à l’hôpital public. Il y explique le déni des directeurs et des administrations hospitalières, l’obsession politico-administrative de la maîtrise des coûts, le triomphe absolu de l’idéologie managériale au sein des directions et des cadres infirmiers – des cadres qui jadis ne faiaient qu’un avec les médecins mais aujourd’hui tragiquement aspirés par les moquettes directoriales…

Fort de Brégançon

« Personne, pourtant, ne semble véritablement mesurer la gravité de cette situation, observe, avec justesse, Le Monde.  Cette indifférence, voire cette cécité, est aussi alarmante qu’incompréhensible, alors que, au cours de sa vie, un Français sur cinq connaîtra un trouble psychique. En 2016, 2,1 millions de patients (dont un quart âgés de moins de 18 ans) ont été pris en charge, soit par les quelque 3 900 centres médico-psychologiques répartis sur le territoire, soit par les hôpitaux psychiatriques, qui ont accueilli 417 000 malades. »

L’origine de cette crise est connue : augmentation sans fin de la demande -réduction continuelle de l’offre. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont ainsi été suivies en psychiatrie. Le Syndicat des psychiatres des hôpitaux estime qu’entre 900 et 1 000 postes de psychiatres sont aujourd’hui non pourvus.

Où l’on en vient au politique. Emmanuel Macron, président de la République doit annoncer dans quelques semaines une grande réforme du système de santé – réforme sans cesse reportée. Abandonnant sa réclusion en notre fort de Brégançon et les charmes de Bormes-les-Mimosas trouvera-t-il le courage et le temps de se rendre dans cet Amiens qu’il connaît si bien ? Il y retrouvera la symbolique de la grandeur de la France : Philippe Pinel (1745-1826). Un homme qui œuvré pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l’humanisation de leur traitement.

A demain

1 « La Barbarie des hommes ordinaires » de Daniel Zagury. Editions de l’Observatoire. 2018

« Pourquoi les actes les plus barbares sont-ils si souvent commis par les hommes les plus ordinaires ? Un mari assassine brutalement la femme qu’il disait aimer ; une mère tue son enfant à la naissance ; un homme respectable participe à un génocide ; un petit délinquant prépare une tuerie. Cela suscite à chaque fois l’incrédulité et la stupéfaction de l’entourage et des médias. C’était « un homme sans histoire », « une jeune femme discrète », « un marginal sans grande envergure »…

 « Comment ces personnes basculent-elles dans la barbarie ? Quels sont les mécanismes psychiques à l’œuvre pour que leur pensée se vide et que plus rien ne les retienne ? Quelles barrières émotionnelles et morales sont un temps franchies pour que surgisse l’impensable ?

Ce livre éclaire les conditions qui, d’étape en étape, conduisent à des actes aussi atroces. Il explore la clinique de la banalité du mal. Il nous semble incroyable de commettre de telles horreurs. Cela dépasse notre entendement. Pourtant, les cas ici présentés ne relèvent ni de la maladie, ni de la perversion, ni de la psychopathie. Autrement dit, ils nous ressemblent. »

 

 

«Notre société va enfin pouvoir vieillir en paix !» Promesse d’Agnès Buzyn (12 août 2018)

Bonjour

C’est un portrait d’actualité. Un portrait en pied dont bien des ministres macroniens rêveraient. « Ce que Buzyn prépare pour la rentrée » annonce le Journal du Dimanche (Emmanuelle Souffi). Quelques indiscrétions dans une succession de vignettes confortant le portrait médiatique dominant, cette image qui plait tant au Palais de l’Elysée. Cela donne une ministre au travail « jour et nuit », une femme médecin, hier politiquement lisse (ou presque), aujourd’hui toujours attentionnée, quotidiennement souriante, issue de la société civile (sic) mais désormais pleinement à l’aise dans les méandres politiciens. Tonalité :

« Dernière ministre à partir en vacances, elle sera sans doute la première à rentrer. Canicule oblige, Agnès Buzyn a retardé et écourté ses congés. La ministre de la Santé a attendu la chute du mercure mercredi après-midi avant de s’envoler pour la Corse. « La Santé, c’est un ministère de crise perpétuelle où l’on revient facilement de vacances! », constate-t-elle dans son bureau parisien. Ses soirées seront d’ailleurs rythmées par une conférence téléphonique quotidienne avec son directeur de cabinet et le directeur général de la santé.

« Dans ses bagages, de lourds dossiers que cette pianiste potassera au son de Chopin ou de groupes de metal. Visiter incognito un Ehpad, comme le faisait Simone Veil, son iconique ex-belle-mère, qui se rendait spontanément dans des prisons quand elle était directrice de l’administration pénitentiaire, la « démange » aussi. « Mais c’est compliqué, il y a des mesures de sécurité à respecter, souligne l’éminente hématologue. Et puis il faut éviter de déranger… » Omniprésente médiatiquement ces derniers jours, elle evrait l’être à nouveau à la rentrée (…) »

Pauvre un jour, pauvre toujours

Où l’on revient sur sa méchante gaffe du « plan pauvreté », reporté en automne pour cause de Coupe du monde de football. Une simple « bévue » qui n’a en rien modifié l’excellence de la note attribuée à cette ministre par le Premier d’entre eux lors de l’entretien aoûtien d’évaluation.

« En France, quand on naît dans une famille pauvre, on le reste durant des générations » observe, doctement, la ministre macroniste des Solidarités. Ce sera donc, dès la rentrée, quelque chose comme une Révolution : « donner davantage à ceux qui ont le moins, quitte à supprimer aux autres ». « Petit déjeuner gratuit à l’école et dans les collèges des zones défavorisées, bonus-malus dans les crèches pour développer l’accès aux plus pauvres… ». Perçoit-on, déjà, des tremblements dans les beaux quartiers ?

Passons sur l’immense chantier de la réforme non seulement du monde hospitalier mais bien du « système de santé ». Il sera dévoilé, dans la foulée du remède à la pauvreté, par Emmanuel Macron en personne. Passons aussi sur la Sécurité sociale et le futur abcès : « la prise en charge des arrêts maladie par les patrons entre le 4ème et le 7ème jour ». « Si les raisons sont liées à une hausse de la pénibilité psychologique, les entreprises ont un rôle à jouer » menace l’ancienne patronne de la Haute Autorité de Santé.

La ministre achève son Perrier®, nous dit le JDD. Pour finir, la retraite, la vieillesse, la dépendance, le chaudron des EHPAD. Mais aussi des lendemains avec lunettes,  prothèses dentaires et auditives gratuites. « Beaucoup de ministres avant moi y ont pensé mais ne l’on pas fait. Et ce ne sera pas du bas de gamme ! » dit-elle  Où l’on se souvient, soudain, de la « bévue Chanel » 1. Regarder plus loin ?

« Notre pays comptera cinq millions de plus de 85 ans en 2050, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Nous allons régler le problème. Le sujet a longtemps été repoussé. Notre société va pouvoir vieillir en paix. »

A demain

1 En novembre 2017, Agnès Buzyn avait déclaré :

« Emmanuel Macron a toujours dit qu’on ne transigerait pas sur la qualité du produit sur la partie ‘’soin’’. Mais si on prend l’exemple de l’optique, ce n’est pas à la solidarité nationale de payer des montures Chanel ! Que des montures solides soient prises en charge oui, mais l’effort devra porter d’abord sur les verres, par exemple des verres progressifs. On ne rognera pas sur la qualité de la partie santé. » 

 

Cahuzac : l’ancien ministre doit-il aussi être condamné à ne plus jamais pouvoir soigner ?

Bonjour

Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’être embauché, pour un mois, au fin fond de la Guyane – médecin généraliste dans un dispensaire. Et demain ? Haine vigilante, la confraternité va-t-elle le frapper de plein fouet ? Faire de l’ancien ministre prometteur de la République un paria définitif ? Le Dr Alain Choux, un confrère parisien, vient de saisir l’Ordre. Observant que le casier judiciaire de l’ancien brillant chirurgien n’est plus vierge il va engager une action contre lui. L’affaire est rapportée dans Le Journal du Dimanche.

On y explique qu’il ne reste plus au Dr Choux qu’à porter plainte contre ce confrère «  qui a manifestement bafoué les bases de notre exercice médical ». « Bien entendu, après une tentative de conciliation, je saisirai le Conseil disciplinaire de l’Ordre des médecins pour demander une radiation de ce repris de justice ». « Implacable procédurier – il avait obtenu en 2014 un an d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, à l’encontre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré suite à la publication de leur Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorti en 2012 » rapporte le journal dominical, repris par de nombreux médias dans une France caniculaire à la recherche d’informations fraîches.

Dans le courrier qu’il vient d’adresser au président du conseil de l’Ordre des médecins de Corse du Sud (« et que le JDD a pu consulter »), le médecin parisien fait mine de s’interroger : « Sauf erreur ou omission de ma part, lors de mon inscription à l’Ordre des médecins de Paris, j’ai dû fournir une copie certifiée conforme qui confirmait que mon casier judiciaire était vierge de toute condamnation ». L’ancien ministre du Budget a été condamné, en mai dernier, à 4 ans de prison et 300.000 euros d’amende pour « fraude fiscale » et « blanchiment de fraude fiscale ».

Cela impose-t-il, dans la foulée, de ne plus jamais pouvoir disposer d’un caducée ? De ne plus jamais pouvoir visser sa plaque ? De ne plus jamais regarder Knock les yeux dans les yeux ? Ce Knock qui, sur la fin, ne pouvait plus, sans trembler, se regarder dans un miroir.

A demain

Affaire Benalla : aura-t-elle ou pas un impact sur l’agenda politique de la «PMA pour toutes» ?

Bonjour

Voici, sous les ors élyséens, venu le temps des grands embarras. A commencer par cette extraordinaire affaire Benalla – une affaire depuis trois jours au cœur de tous les médias généralistes, de toutes les interrogations politiques.

« L’affaire Benalla est une affaire judiciaire et politico-médiatique française impliquant entre autres personnes Alexandre Benalla, chargé de mission et la sécurité du président de la République Emmanuel Macron, résume déjà, avec sa charmante distance synthétique, Wikipédia. Il est accusé d’avoir violenté un couple de personnes et usurpé la fonction de policier lors des manifestation du 1er mai 2018 à Paris. L’opposition et une partie des médias soulèvent la question de la responsabilité du cabinet et de l’exécutif pour ne pas avoir signalé les faits au procureur de la République de Paris, ou critiquent la gestion médiatique de l’affaire. La majorité parlementaire critique une politisation du dossier. »

L’affaire a aujourd’hui toutes les caractéristiques d’une affaire d’Etat. Elle déstabilise un président de la République qui se refuse à prendre la parole pour s’expliquer ; un président qui, soudain, a perdu les clefs des « horloges » dont il croyait, hier encore, être le maître. C’est aussi une affaire qui survient alors même qu’Emmanuel Macron peinait ouvertement à maîtriser ses troupes sur un sujet à forte symbolique politique et sociétale : la « PMA pour toutes ».

Peu avant que n’éclate l’affaire Benalla la confusion était générale. Avec, fait inédit, des prises de parole publiques divergentes au sein de la majorité La République en marche, pour appeler à traduction rapide, dans la loi, de ce qui fut une « promesse de campagne » du candidat Macron.

« Se faire mousser »

Puis, mercredi 17 juillet, une réponse officielle. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », a prévenu, à l’issue du conseil des ministres, Benjamin Griveaux, porte-parole de l’exécutif. « Il faudra que nous présentions, et nous nous étions engagés, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres avant la fin de l’année, pour un examen au début du premier trimestre de l’année prochaine », a-t-il déclaré. Ce projet de loi englobera plusieurs thématiques de bioéthique, dont la PMA. Le gouvernement préfère en effet que ce sujet ne soit pas « isolé » des autres.

Le gouvernement s’oppose ainsi ouvertement à plusieurs dizaines de ses députés ouvertement désireux d’avancer au pas de charge. Il désavoue également le député macronien Guillaume Chiche qui avait annoncé, dans Le Journal du dimanche du 15 juillet, son intention de déposer une proposition de loi. Un député qui avait publiquement reçu le soutien du président de l’Assemblée nationale François de Rugy.

Or voici que peu après Richard Ferrand, président du groupe LRM à l’Assemblée, repoussait cette hypothèse et tançait son collègue Chiche, par ailleurs critiqué par d’autres membres de la majorité dénonçant un élu voulant « se faire mousser » au détriment du « collectif ». Etrange ambiance dans une équipe hier encore soudée après son raz-de-marée.

« PMA pour toutes » : ce dossier est d’une particulière sensibilité pour le gouvernement comme pour la majorité présidentielle au sein de laquelle (on le découvre aujourd’hui) cohabitent des « sensibilités » très différentes. Benjamin Griveaux, réfute le moindre « début d’un commencement d’un mollissement du gouvernement » sur la question. Quant à Emmanuel Macron, il n’a cessé d’exprimer son souhait, avant de légiférer, d’obtenir un « débat apaisé ».

Force est de constater, dans ce mois de juillet avançant, que le temps est moins que jamais à l’apaisement. Sans parler de l’orage à proximité du Palais, qui pourrait bien bouleverser horloges et calendriers.

A demain

L’opération-éclair d’un janissaire du président Macron en faveur de la « PMA pour toutes »

Bonjour

Grouchy ou Blücher ? Blücher ou Grouchy ? Ce fut Chiche. Guillaume Chiche : jeune député des Deux-Sèvres. Lendemain de 14 juillet 2018: « L’élu de la majorité Guillaume Chiche espère élargir aux célibataires et aux lesbiennes la procréation médicalement assistée ».

Une affaire parfaitement menée, donc. Au lendemain du rapport du Conseil d’Etat ce fut François de Rugy qui, du haut du Perchoir déclara sur BFMTV souhaiter une proposition de loi (débarrassant dans le même instant le président de la République et son gouvernement) ; puis aujourd’hui un entretien miraculeusement accordé au «JDD» par  l’ancien socialiste, membre de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Khan  puis de Jean-Paul Huchon.

Guillaume Chiche qui, explique Le Monde, fait partie d’une petite dizaine de députés formant « la garde avancée d’Emmanuel Macron, au Palais-Bourbon comme dans les médias. Des janissaires dévoués corps et âme au chef de l’État, qui ne dépendent que de lui, ne rendent de comptes qu’à lui ». Chiche pro-PMA pour toutes mais/et qui proposait dans un rapport parlementaire publié fin mars 2018 la suppression du quotient familial.

«Ma proposition de loi ouvre la PMA à toutes», explique-t-il aujourd’hui – tout en se défendant (sic) de «chercher à mettre la pression sur le gouvernement». Son texte ?  il «contient l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et aux couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale».

Insupportable

« Aujourd’hui, il existe une discrimination insupportable dans l’accès à une pratique médicale. Je veux la supprimer le plus rapidement possible : j’explore tous les moyens pour garantir l’égalité entre les femmes » dit-il encore. Où l’on voit que le député de la Sèvre niortaise fait bien peu de cas de ce qui est de l’ordre de la thérapeutique et de ce qui ne l’est pas.

En harmonie parfaite avec M. De Rugy, le janissaire de Niort pressent que son texte pourra être adopté « avant la fin 2018 ». Mais le grognard craint en même temps que des « militants obscurantistes » ne cherchent à « refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ».  Ces rétrogradesaveuglés, à défaut d’empêcher l’élargissement de la PMA, pourraient « s’opposer à son remboursement par l’assurance maladie – ce qui aboutirait à une discrimination financière ». Où l’on voit, déjà, les éléments de langage qui fleuriront sur le champ de bataille.

Enfin, M. Chiche explique que sa proposition de loi « contient la double filiation maternelle », c’est-à-dire que « les deux femmes d’un couple homosexuel seront reconnues comme mères de l’enfant né d’une PMA ». Il souhaite aussi que la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui, interdite en France mais réalisée à l’étranger, soit automatiquement reconnue. Un argument dont le camp d’en face se servira pour, sur l’échiquier démocratique, jouer le coup de la « pente glissante ». Belle partie de rhétorique éthique en perspective.

A demain

 

Le «dos des pauvres» et le prix d’achat de la «bonne conscience» (Agnès Buzyn, Solidarités)

Bonjour

Dimanche 10 juin. Agnès Buzyn s’exprime dans le JDD. C’est assez alambiqué, difficile à traduire. Pour Le Figaro elle annonce que le gouvernement ne fera pas « d’économies «sur le dos des pauvres». Pour Le Monde, elle se dit  « prête à ‘’discuter’’ de toutes les aides sociales ».

Dans tous les cas la ministre des Solidarités et de la Santé monte au front. Et traverse une séquence sous la mitraille. Elle a dû, le 6 juin, dénoncer les accusations la visant du Canard Enchaîné. Puis faire entendre sa voix dans le concert des polémiques et couacs gouvernementaux au chapitre, clivant, des « aides sociales », de leur raison d’être et de leur devenir. Un thème majeur pour un président qui aimerait ne plus apparaître comme celui « des riches ».

Non, ni Matignon ni Bercy ne lui ont demandé de réaliser « 7 milliards d’euros d’économies sur les aides sociales » (Le Canard Enchaîné). Comment, dès lors, interpréter les déclarations de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire? Le premier a affirmé qu’il y avait « trop d’aides sociales » en France et le second avait révélé l’existence d’une note interne à Bercy préconisant de diminuer leur coût. Réponse de la ministre: « Ils sont dans leur rôle. Chacun travaille avec son prisme ».

Bonne conscience

« Quand un gouvernement s’est fixé un objectif de réduction des déficits publics, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et de son efficacité», reconnaît-elle. Puis : «Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité… On a le droit de s’interroger sur un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus ». Cette dernière réponse concernait une question sur une éventuelle suppression de l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide est «attribuée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage sous conditions d’activité antérieure et de ressources», explique le site internet du service public.

« Une précédente édition du JDD affirmait, en effet, qu’un rapport préconisant sa disparition avait été remis au gouvernement, rappelle Le Figaro. Une source gouvernementale citée par Le Monde assurait en revanche que l’idée, déjà étudiée par Nicolas Sarkozy, avait été écartée. ‘’Reste à savoir quelle interprétation donner à la réponse d’Agnès Buzyn’’. »

Reste à savoir qui, pour Mme Buzyn, est « pauvre » et qui ne l’est pas. « On ne doit pas s’acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté », observe la ministre des Solidarités et de la Santé. Quel est, aujourd’hui, le prix d’achat d’une bonne conscience ?

A demain