Invisible, la tension monte dans les services d’urgence des hôpitaux de France

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Comment parler d’un grève qui ne se voit pas – d’un mouvement qui, pour autant, met potentiellement en péril des vies humaines ? Une protestation montante que le pouvoir exécutif semble minimiser. « La fièvre monte aux urgences » titre aujourd’hui Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret et Juliette Demey). Mouvement lancé en mars au sein de l’AP-HP. Prochaine étape, trois mois plus tard : manifestation nationale du 6 juin à Paris.

Comme à chaque fois à l’hôpital, le casse-tête de la « visibilité » confronté aux « assignations » des soignants : affichant être en grève, les grévistes travaillent… Innover ? Cela donne une vidéo venue de Valence et pleine d’humanité : « La Colère dans le Cathéter ». Et puis cette « note interne de la Fédération hospitalière de France datée de mai » que le JDD « s’est procurée » et qui dénonce :

« Une pression forte sur les urgentistes pour assurer la continuité et un fort recours à l’intérieur (…) des situations de quasi-rupture de continuité de service public, avec parfois l’obligation de réduire le nombre de praticiens présents et ainsi de dégrader la prise en charge. »

Virginie (infirmière au CHU de Valence) : « Cet hiver, on a manqué de couvertures, de nourriture, d’adrénaline. A 190 passages par jour au lieu de 130, c’est comme à al boucherie : premier arrivé, premier servi. On devient maltraitant. » Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF- alliée à la CGT) :

« Quand un patient qui doit être hospitalisé ne l’est pas dans l’heure, çà se traduit par une surmortalité de 30% pour les cas les plus graves ; ça va craquer cet été. »

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@jynau

Ethique et religion : première excommunication politique à La République en marche

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A partir de quand une grande famille doit-elle exclure l’un de ses membres ? La question est aujourd’hui soulevée avec Agnès Thill, sous peu condamnée à l’exil politique. Jadis on eût parlé d’excommunication. Aujourd’hui on saisit la « commission des conflits ». Soit le dernier rebondissement en date d’une « série » avec pitch sur fond de convictions éthiques et de non-dits politiciens : l’affaire Agnès Thill.

Un premier abcès s’était collecté en janvier dernier. C’était à lire dans Le Journal du Dimanche : « Des députés En marche dénoncent les « théories complotistes » de leur collègue Agnès Thill » (Anne-Charlotte Dusseaulx). Nous avions alors déjà rapporté ce qu’il en était des convictions de cette ancienne députée socialiste devenue macroniste et opposée à la « PMA pour toutes » -une opposition radicale qui la conduit à faire d’étranges ellipses sur fond d’écoles coraniques.

Agnès Thill, donc, députée de l’Oise, 54 ans, élevée dans une famille ouvrière chrétienne, ancienne institutrice et que l’on commençait à entendre sur toutes les radios périphériques. Agnès Thill, cible purificatrice d’une vingtaine d’élus La République en marche (LREM) qui portaient, la concernant, le diagnostic soviétique de complotisme – très mauvais pronostic. Plusieurs cadres du parti, dont son patron Stanislas Guerini, 36 ans, ancien de l’Ecole alsacienne  et le chef de file des députés du groupe majoritaire Gilles Le Gendre, 60 ans, ancien du collège Sainte-Croix  avaient alors déjà pris leurs distances avec les propos de leur collègue l’élue, dénonçant des opinions « contraires » aux engagements de leur mouvement politique

Insultes et complotisme

« Si nous connaissons tous l’opposition d’Agnès Thill à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et nous respectons ses convictions, bien que nous ne les partagions pas, le débat politique ne doit en aucun cas être nourri d’insultes ni de théories complotistes » écrivaient les vingt députés LREM à leur président. Ils rappelaient à Gilles Legendre qu’Agnès Thill avait déjà fait l’objet d’un avertissement « l’automne dernier » et attendent une « réponse de fermeté ». « Nous ne pouvons tolérer les délires islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill » écrivaient-ils encore quand cette dernière appelaient à « débattre sur le fond ». Dans le même temps l’entourage de Gilles Le Gendre faisait savoir à Libération qu’ « exclure Agnès Thill serait la pire des décisions ». « On ne veut pas en faire une martyre ».

Trois mois plus tard le martyre est programmé. « C’est le dérapage de trop pour Agnès Thill, rapporte Le Figaro. Après ses propos polémiques concernant le secrétaire d’État Gabriel Attal, qui ont suscité des réactions indignées chez les marcheurs, le chef de file de La République en marche souhaite sanctionner la députée anti-PMA. Stanislas Guerini, patron de LREM, a indiqué, ce lundi sur France Inter, sa volonté de saisir la commission des conflits pour instruire le cas de la députée, qui avait déjà écopé d’une mise en garde, après ses propos sur le secrétaire d’État Gabriel Attal. »

Mardi 23 avril, un tweet de la parlementaire avait provoqué des réactions indignées chez les marcheurs. Alors que, dans les colonnes de Libération , le secrétaire d’État faisait part de son homosexualité et de son désir d’enfant – tout en  laissant entendre ne pas être opposé à une «GPA éthique», Agnès Thill, sur le réseau social : «Au moins la couleur est annoncée. Bioéthique en juin». La publication a entraîné une pluie de réactions indignées au sein de la majorité.

Richesse du concept orwellien

«Énièmes dérapages d’Agnès Thill», a commenté l’ancien ministre et désormais candidat à la mairie de Paris Mounir Mahjoubi. «Vos propos sont en contradiction avec les valeurs d’inclusion de notre mouvement. Prenez vos responsabilités et quittez notre groupe. Je proposerai à plusieurs de mes collègues de saisir à nouveau le bureau pour demander votre exclusion». Christophe Castaner lui-même, sur Twitter également, s’est empressé de recadrer l’élue. «Les mots qui blessent, les paroles qui ostracisent disqualifient – toujours – leurs auteurs et leurs thèses» a soutenu le ministre de l’Intérieur. Et de conclure: «Chacun de tes tweets t’éloigne de ce que nous sommes, de nous, mais pire, ils t’éloignent des valeurs que tu penses servir».

«Il doit y avoir une liberté de vote et y compris une liberté d’expression  concernant la révision des lois sur la bioéthique qui comprend notamment un volet sur la PMA, a précisé Stanislas Guerini. Mais il doit y avoir aussi des débats apaisés sur ces questions-là et elle ne permet pas ce débat apaisé, donc oui, nous avons une commission des conflits au mouvement la République en marche, je la saisirai à nouveau pour que cette commission sereinement puisse instruire son cas.»

Où l’on perçoit toute la richesse orwellienne du concept d’« apaisement » pour justifier ce qui se situe entre le rejet immunologique et l’excommunication démocratique.

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@jynau

Gilets Jaunes, Grand débat et PMA : un nouveau report de la loi bioéthique va faire polémique

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Trop de promesses nuit aux promesses. Pour l’heure rien n’est dit, mais tout le laisse entendre : le projet gouvernemental de révision de la loi de bioéthique ne sera pas examiné comme prévu par le Parlement. Et on attend sous peu les premières dénonciations de ce nouveau retard de l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes » 1.

L’affaire était transparente entre les lignes du Journal du Dimanche du 28 avril :  « Philippe refait son calendrier » (David Revault d’Allones).  « Si on veut que les mesures post-Gilets jaunes soient lisibles rapidement pour les Français, il y aura forcément des textes qui sont déjà dans les tuyaux et que l’on devra repousser » prévient Sibeth Ndiaye, nouvelle porte-parole du gouvernement. On peut le dire autrement, comme un ministre (anonyme) à l’hebdomadaire dominical : « Il y a un vrai enjeu d’embouteillage ». Et une nécessité, urgente, d’arbitrage.

La menace avait déjà émergé début mars. « Officiellement, le calendrier est pour l’instant maintenu, expliquait alors France Info. La loi doit être présentée en Conseil des ministres avant l’été puis examinée au Parlement d’ici la fin de l’année. Mais tout dépend du grand débat national et des mesures qu’il s’agira de faire voter. Il risque donc d’y avoir un embouteillage parlementaire. Le calendrier sera arbitré entre le grand débat national qui se termine le 15 mars et les élections européennes, le 26 mai 2019. »

Pas informé d’un « report authentique »

Joint par France Info, le député (LREM, Rhône) Jean-Louis Touraine, rapporteur de la mission d’information sur la révision de la loi de la bioéthique, relativisait, indiquant ne pas avoir été informé d’un « report authentique ». « Je ne pense pas qu’il y ait de report, je n’ai pas été informé d’un report authentique. Marlène Schiappa et Agnès Buzyn m’ont dit qu’il n’y avait pas de report significatif, expliquait-il. Le projet de loi doit être déposé en conseil des ministres en juin prochain avant une analyse à l’Assemblée nationale soit en juillet, soit en septembre. Une ou deux semaines de décalage en fonction de l’encombrement de l’agenda, mais pas de report véritable. »

Initialement prévue au Parlement « avant la fin de l’année 2018 », la révision de loi de bioéthique avait été repoussée une première fois, déjà « en raison de l’encombrement du calendrier parlementaire ».

Marc Fesneau, ministre en charge des Relations avec le Parlement, avait alors fixé « un horizon de douze mois » pour une adoption définitive par les parlementaires. « Ce n’est pas repoussé en tant que tel avait-il précisé sur LCI. On verra en termes de calendrier, mais ce sera fin d’année 2019, deuxième semestre 2019, et si ça déborde, ça déborde ».

29 avril 2019, sur France Inter, Stanislas Guérini, délégué général de LREM a dit que, s’il fallait choisir, il préférerait que la loi sur la « PMA pour toutes » soit moins retardée que celle sur l’audiovisuel. En réitérant une fois encore, comme le président de la République, son souhait principal : que le débat soit, enfin, « apaisé ».

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@jynau

1 PS:  Edouard Philippe a annoncé, le 29 avril que le projet de loi de révision de la loi de bioéthique (incluant la « PMA pour toutes ») serait examiné en conseil des ministres « durant le mois de juillet ». Rien n’est toutefois dit quant à la date de son examen par le Parlement .

 

Homéopathie déremboursée : accusé de fausseté, Xavier Bertrand persiste et chiffre

Bonjour

Séparer le bon grain de l’ivraie. Ici ou là les médias s’y emploient. Journal du Dimanche, 21 avril 2019. Page 11 « Le Vrai du Faux » (Géraldine Woessner). Sujet : « Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! » vient de nous affirmer, sur Twitter, Xavier Bertrand. L’ancien ministre de la Santé, aujourd’hui à la tête des Hauts-de-France reprend ici ce qu’il déclarait au Monde il y a quatorze ans : « Dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée, car, aussitôt, on assisterait à un transfert des prescriptions sur l’allopathie, ce qui, économiquement, coûterait plus cher ».

On observera que Xavier Bertrand ne nous dit pas s’il y « croit ». En revanche il chiffre la « fausse bonne idée » : elle coûterait « 128 millions d’euros ». Une somme « que les Français devront payer de leur poche », affirme-t-il. Ce qui, bien évidemment « amputera leur pouvoir d’achat ».

Dilution/dynamisation

Or Le Journal du Dimanche soutient précisément le contraire ; dénonçant « les données sujettes à caution » qui sous-tendent les affirmation de l’ancien ministre (médicaments moins chers, moindre consommations médicamenteuses des patients suivis par des homéopathes). Et cite une étude de la Caisse nationale d’assurance maladie démontrant qu’en pratique les médicaments homéopathiques ne remplacent pas mais s’ajoutent aux spécialités classiques. Sans parler de la démonstration de l’efficacité, éternellement contestée, des effets autre placebo de la « dilution-dynamisation ».

On peut aussi traiter différemment du sujet : soutenir que la collectivité ne saurait raisonnablement prendre en charge des préparations ne correspondant pas aux standards actuels de la médecine fondée sur les preuves. Et que les préparations homéopathiques garderont leurs effets si elles sont payées par ceux à qui elles ont été prescrites. C’est dire si le sujet est éminemment politique. Et c’est dire tout l’intérêt qu’il faudra accorder à la décision de déremboursement (ou pas) que prendra (avant l’été)  Agnès Buzyn qui occupe aujourd’hui le fauteuil qu’occupa, jadis, Xavier Bertrand.

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@jynau

Sida : pourquoi évoquer aujourd’hui le spectre d’une « épidémie mondiale de VIH résistants » ?  

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Demain le « Sidaction » fêtera son premier quart de siècle. Présidente de l’association Françoise Barré-Sinoussi   co-prix Nobel de médecine (depuis onze ans) évoque, pour le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret), l’évolution de l’épidémie et du VIH. Parle d’une « banalisation effrayante du sida ». S’inquiète de la progression de résistances aux traitements et observe  « l’émergence de résistances très inquiétantes ».

« Dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, on est passé en cinq ans de 5 à 15% de personnes contaminées par des virus qui ne répondent pas aux traitements, assure-t-elle. Or l’arsenal de combinaisons thérapeutiques reste limité. On n’est pas à l’abri d’une épidémie mondiale de virus résistants. » Et encore :

« Cette vague d’échecs thérapeutiques dans les pays du Sud pourrait nous conduire à une quatrième épidémie de sida, une phase très préoccupante après celle de l’émergence du VIH, de son expansion mortelle et de la riposte globale.

 « En général les résistances apparaissent en cas d’arrêt des traitements pendant plusieurs semaines ou mois. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des patients (sic). En Afrique, j’ai vu des médicaments stockés dans des frigos qui n’arrivaient jamais jusqu’à leurs destinataires. Des problèmes de logistique ou d’organisation peuvent empêcher le maintien de patients sous traitement. »

Et puis, toujours, l’hypothèse de l’espoir d’une guérison totale. Avec l’évocation, début mars, d’une publication médicale concernant un deuxième cas de rémission durable. Ici Françoise Barré-Sinoussi reste plus que prudente : « Depuis plus d’une décennie, on sait, grâce au fameux patient de Berlin, alors également atteint d’un cancer, qu’une telle rémission est extrêmement rare mais possible […] Mais on ignore encore quel sera le traitement du futur capable de conduire si ce n’est à une guérison, du moins à une rémission durable. »

Elle peste aussi contre « tout le battage médiatique » fait autour de cette publication médicale. Et cite la réaction, alors, de l’un de ses « éminents confrères » qui a dit : « So what ? ». Sur toutes ces questions, essentielles, un autre de ses éminents confrères  reste désespérément coi : le Pr Luc Montagnier avec qui elle partageait, il y a bientôt onze ans, le prix Nobel). So what ?

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@jynau

Agnès Buzyn : comment espère-t-elle pouvoir déminer la fermeture des petites maternités ?

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Pro domo. Qui mieux que soi pour défendre son bilan et, en même temps, son avenir ? Dans une tribune publiée ce 31 mars sur le JDD.fr (et non sur le JDD papier) – tribune qui doit paraître aussi dans la presse quotidienne régionale –  Agnès Buzyn « défend sa réforme de la santé, actuellement débattue au Parlement, face aux vives oppositions locales qu’elle soulève ». Le JDD explique que la ministre des Solidarités et de la Santé « cherche notamment à déminer le sujet sensible de la fermeture des petites maternités qu’elle assortit d’une série de garanties, notamment un renforcement des prises en charge et une permanence de sages-femmes « dans tous les territoires éloignés »».

Extraits choisis :

« Ces derniers mois, la question du maintien des petites maternités est devenue un emblème de l’accès aux services publics dans les territoires. Je veux être très claire : aucun service d’accouchement n’est fermé pour des raisons financières, nulle part en France. 

Chaque femme doit être assurée de la qualité des soins lors de son accouchement. Partout où la présence suffisante de pédiatres, gynécologue-obstétriciens, sages-femmes et anesthésistes permet de garantir la sécurité des mères et des enfants, nous maintenons les accouchements dans les maternités locales. Quand ce n’est pas le cas, elles sont transformées en centres de périnatalité, dans lesquels les femmes continuent de bénéficier des soins de suivi de la grossesse jusqu’à l’accouchement et juste après. 

Cette transformation est toujours au bénéfice des habitants. Maintenir localement une maternité sans médecins pour la faire tourner n’est ni un service à leur rendre ni l’idée que je me fais du service public. Mais je suis également consciente qu’accoucher un peu plus loin de chez soi peut être source d’angoisse, et que nous devons y répondre.

Je généraliserai cette année le pack de services ‘Engagement maternité’ garanti pour chaque femme dont le domicile se trouve à plus de 30 minutes d’une maternité. Il comprend le remboursement par l’Assurance maladie du transport sécurisé vers la maternité en urgence ou pas, de l’hébergement des femmes et de leur famille en hôtel près de la maternité quelques jours avant le terme de la grossesse si elles le souhaitent, et de toutes les consultations de la grossesse à domicile ou non suivant les besoins de chacune. »

Les pharmaciens d’officine ne sont pas oubliés :

« Nous allons aussi confier à des professionnels de santé bien répartis dans les territoires des tâches simples qu’ils n’ont pas le droit de faire aujourd’hui. Des infirmières pourront bientôt suivre des patients confiés par un médecin pour une maladie chronique, comme le diabète, en adaptant les traitements suivant leurs besoins. Autre exemple, les pharmaciens vaccineront contre la grippe partout en France dès cet automne. » 

Haute voltige :

Agnès Buzyn rappelle encore à ceux qui l’ignoreraient « qu’elle a lancé une stratégie de transformation complète et nécessaire de notre système de santé, baptisée ‘Ma Santé 2022’ ». « La santé est au cœur de notre pacte social, conclut-elle. Facteur de qualité de vie pour les femmes et les hommes, elle améliore la vie en société et consolide les liens qui nous unissent. Elle est un bien commun auquel chacun doit avoir accès, où que l’on habite en France. Le Président de la République s’y est engagé, le système de santé doit tenir cette promesse pour devenir l’un des piliers de notre Etat-providence du 21e siècle. Je m’y engage à ses côtés et avec les soignants, qui savent mieux que quiconque qu’un pays qui soigne bien est un pays qui peut guérir. » »

Comment interpréter cette dernière image ? Est-ce la France qui est malade ? Une certitude : la ministre est à la fois aux côtés du président de la République et, en même temps, avec les soignants. On peut voir là un exercice de très haute voltige politique.

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@jynau

 

Humour : Agnès Buzyn, sa loi Santé et l’accusation de «pied de nez» fait aux députés citoyens

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Le temps passe bien vite dans le champ politique. « Agnès Buzyn la ministre qui veut se lâcher » titrait, le 11 février dernier, Le Journal du Dimanche. C’était alors l’envol programmé vers Strasbourg, Bruxelles, l’Union européenne. Six semaines plus tard la ministre plus attachée que jamais à ses dossiers – et défend jour et nuit devant l’Assemblée nationale un projet de loi auquel elle donnera peut-être un jour son nom : la loi « relative à l’organisation et à la transformation du système de santé ».

Et voici Agnès Buzyn cible  d’une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche (24 mars).

Une tribune qui voit une nouvelle fois en quelques jours la gauche presque réunie dans l’Hémicycle : cinquante-sept députés dont André Chassaigne, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Rabault – sans oublier François Ruffin 1. Et ces députés plus ou moins insoumis d’user de la vieille métaphore du « pied de nez » :

 « « La loi santé est un pied de nez fait aux Français qui défendent leurs services publics et qui s’inquiètent face à la désertification médicale croissante. Le Parlement a examiné cette semaine le texte présenté par Agnès Buzyn en Conseil des ministres le 13 février dernier. Cette loi, qui compte 7 ordonnances pour 23 articles, prétend supprimer le numerus clausus et redéfinir la carte hospitalière française conformément au souhait du président de la République de ‘’réformer structurellement le système de santé français’’. »

Les cinq petits doigts de la main qui gigotent

 Si les signataires partagent le constat (« il faut adapter notre système de santé aux évolutions de notre société ») ils sont   en désaccord profond sur les choix du gouvernement en la matière. Ils estiment que face à la désertification médicale, « tout n’a pas été essayé » (ils plaident pour un « conventionnement ­sélectif » des médecins) et que la refonte de la carte hospitalière ne peut se faire par ordonnance.

« Nous n’avons manifestement pas la même vision de ce que doit être le service public de la santé. En effet, sur ce sujet sensible, le gouvernement compte légiférer par ordonnances et ­demander au Parlement un blanc-seing pour éviter le débat d’idées, la confrontation projet contre projet (…) Il s’agit de savoir quels territoires verront leurs hôpitaux déclassés, leurs maternités déménagées, leurs services d’urgences fermés, leurs plateaux techniques abandonnés. Ce sujet ne peut échapper aux représentants du peuple, et plus largement aux citoyens eux-mêmes. »

Ainsi donc, pour des députés « viscéralement attachés à nos territoires et à une certaine idée du service public » il faudrait voir dans ce projet de loi un pied de nez fait à certains Français. Où l’on en revient à la signification véritable de cette expression. Geste de moquerie, sans doute, consistant à mettre son pouce sur son nez, la main tendue vers le haut, tout en agitant les doigts. Mais aussi geste prisé par les jeunes enfants – ce qui peut donner cette lecture pédo-psychiatrique (Paule Aimard, Les bébés de l’humour):

« Ce geste de moquerie, qui a une certaine drôlerie en soi, avec les cinq petits doigts de la main qui gigotent en prolongeant l’appendice nasal, est un affront à l’autorité, affront qui n’est pas envoyé de face, ouvertement, mais souvent en douce, dans le dos. Comme tirer la langue, un geste du plus faible qui ne peut ni lutter physiquement, ni envoyer ce qu’il pense à la figure du plus fort. Il y a du David et Goliath dans le pied de nez ». 

Où l’on voit, avec David et Goliath, que les signataires commettent sans doute, ici, un parfait contresens – sinon un lapsus. Il est vrai que tout passe si vite, dans les champs mêlés de la métaphore et du politique.

A demain

@jynau

1 Premiers signataires : Joël Aviragnet, député de Haute-Garonne, Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône, Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle, responsables pour les groupes Socialistes et apparentés, Gauche démocrate et républicaine (GDR) et La France insoumise (LFI) sur le projet de loi santé ; André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, et Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne, présidents des groupes GDR, LFI et Socialistes et apparentés.

Cosignataires : Clémentine Autain, Ericka Bareigts, Marie-Noëlle Battistel, Ugo Bernalicis, Gisèle Biémouret, Christophe Bouillon, Jean-Louis Bricout, Alain Bruneel, Marie-George Buffet, Luc Carvounas, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Alain David, Jean-Paul Dufrègne, Laurence Dumont, Elsa Faucillon, Olivier Faure, Guillaume Garot, David Habib, Christian Hutin, Régis Juanico, Sébastien Jumel, Marietta Karamanli, Bastien Lachaud, Jérôme Lambert, Michel Larive, Jean-Paul Lecoq, Serge Letchimy, Josette Manin, Danièle Obono, Mathilde Panot, George Pau-Langevin, Stéphane Peu, Christine Pires Beaune, Dominique Potier, Loïc Prud’homme, Joaquim Pueyo, Adrien Quatennens, Jean-Hugues Ratenon, Muriel Ressiguier, Fabien Roussel, Sabine Rubin, François Ruffin, Hervé Saulignac, Bénédicte Taurine, Sylvie Tolmont, Cécile Untermaier, Hélène Vainqueur-Christophe, Boris Vallaud, Michèle Victory, Hubert Wulfranc.