«Notre société va enfin pouvoir vieillir en paix !» Promesse d’Agnès Buzyn (12 août 2018)

Bonjour

C’est un portrait d’actualité. Un portrait en pied dont bien des ministres macroniens rêveraient. « Ce que Buzyn prépare pour la rentrée » annonce le Journal du Dimanche (Emmanuelle Souffi). Quelques indiscrétions dans une succession de vignettes confortant le portrait médiatique dominant, cette image qui plait tant au Palais de l’Elysée. Cela donne une ministre au travail « jour et nuit », une femme médecin, hier politiquement lisse (ou presque), aujourd’hui toujours attentionnée, quotidiennement souriante, issue de la société civile (sic) mais désormais pleinement à l’aise dans les méandres politiciens. Tonalité :

« Dernière ministre à partir en vacances, elle sera sans doute la première à rentrer. Canicule oblige, Agnès Buzyn a retardé et écourté ses congés. La ministre de la Santé a attendu la chute du mercure mercredi après-midi avant de s’envoler pour la Corse. « La Santé, c’est un ministère de crise perpétuelle où l’on revient facilement de vacances! », constate-t-elle dans son bureau parisien. Ses soirées seront d’ailleurs rythmées par une conférence téléphonique quotidienne avec son directeur de cabinet et le directeur général de la santé.

« Dans ses bagages, de lourds dossiers que cette pianiste potassera au son de Chopin ou de groupes de metal. Visiter incognito un Ehpad, comme le faisait Simone Veil, son iconique ex-belle-mère, qui se rendait spontanément dans des prisons quand elle était directrice de l’administration pénitentiaire, la « démange » aussi. « Mais c’est compliqué, il y a des mesures de sécurité à respecter, souligne l’éminente hématologue. Et puis il faut éviter de déranger… » Omniprésente médiatiquement ces derniers jours, elle evrait l’être à nouveau à la rentrée (…) »

Pauvre un jour, pauvre toujours

Où l’on revient sur sa méchante gaffe du « plan pauvreté », reporté en automne pour cause de Coupe du monde de football. Une simple « bévue » qui n’a en rien modifié l’excellence de la note attribuée à cette ministre par le Premier d’entre eux lors de l’entretien aoûtien d’évaluation.

« En France, quand on naît dans une famille pauvre, on le reste durant des générations » observe, doctement, la ministre macroniste des Solidarités. Ce sera donc, dès la rentrée, quelque chose comme une Révolution : « donner davantage à ceux qui ont le moins, quitte à supprimer aux autres ». « Petit déjeuner gratuit à l’école et dans les collèges des zones défavorisées, bonus-malus dans les crèches pour développer l’accès aux plus pauvres… ». Perçoit-on, déjà, des tremblements dans les beaux quartiers ?

Passons sur l’immense chantier de la réforme non seulement du monde hospitalier mais bien du « système de santé ». Il sera dévoilé, dans la foulée du remède à la pauvreté, par Emmanuel Macron en personne. Passons aussi sur la Sécurité sociale et le futur abcès : « la prise en charge des arrêts maladie par les patrons entre le 4ème et le 7ème jour ». « Si les raisons sont liées à une hausse de la pénibilité psychologique, les entreprises ont un rôle à jouer » menace l’ancienne patronne de la Haute Autorité de Santé.

La ministre achève son Perrier®, nous dit le JDD. Pour finir, la retraite, la vieillesse, la dépendance, le chaudron des EHPAD. Mais aussi des lendemains avec lunettes,  prothèses dentaires et auditives gratuites. « Beaucoup de ministres avant moi y ont pensé mais ne l’on pas fait. Et ce ne sera pas du bas de gamme ! » dit-elle  Où l’on se souvient, soudain, de la « bévue Chanel » 1. Regarder plus loin ?

« Notre pays comptera cinq millions de plus de 85 ans en 2050, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Nous allons régler le problème. Le sujet a longtemps été repoussé. Notre société va pouvoir vieillir en paix. »

A demain

1 En novembre 2017, Agnès Buzyn avait déclaré :

« Emmanuel Macron a toujours dit qu’on ne transigerait pas sur la qualité du produit sur la partie ‘’soin’’. Mais si on prend l’exemple de l’optique, ce n’est pas à la solidarité nationale de payer des montures Chanel ! Que des montures solides soient prises en charge oui, mais l’effort devra porter d’abord sur les verres, par exemple des verres progressifs. On ne rognera pas sur la qualité de la partie santé. » 

 

Cahuzac : l’ancien ministre doit-il aussi être condamné à ne plus jamais pouvoir soigner ?

Bonjour

Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’être embauché, pour un mois, au fin fond de la Guyane – médecin généraliste dans un dispensaire. Et demain ? Haine vigilante, la confraternité va-t-elle le frapper de plein fouet ? Faire de l’ancien ministre prometteur de la République un paria définitif ? Le Dr Alain Choux, un confrère parisien, vient de saisir l’Ordre. Observant que le casier judiciaire de l’ancien brillant chirurgien n’est plus vierge il va engager une action contre lui. L’affaire est rapportée dans Le Journal du Dimanche.

On y explique qu’il ne reste plus au Dr Choux qu’à porter plainte contre ce confrère «  qui a manifestement bafoué les bases de notre exercice médical ». « Bien entendu, après une tentative de conciliation, je saisirai le Conseil disciplinaire de l’Ordre des médecins pour demander une radiation de ce repris de justice ». « Implacable procédurier – il avait obtenu en 2014 un an d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, à l’encontre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré suite à la publication de leur Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorti en 2012 » rapporte le journal dominical, repris par de nombreux médias dans une France caniculaire à la recherche d’informations fraîches.

Dans le courrier qu’il vient d’adresser au président du conseil de l’Ordre des médecins de Corse du Sud (« et que le JDD a pu consulter »), le médecin parisien fait mine de s’interroger : « Sauf erreur ou omission de ma part, lors de mon inscription à l’Ordre des médecins de Paris, j’ai dû fournir une copie certifiée conforme qui confirmait que mon casier judiciaire était vierge de toute condamnation ». L’ancien ministre du Budget a été condamné, en mai dernier, à 4 ans de prison et 300.000 euros d’amende pour « fraude fiscale » et « blanchiment de fraude fiscale ».

Cela impose-t-il, dans la foulée, de ne plus jamais pouvoir disposer d’un caducée ? De ne plus jamais pouvoir visser sa plaque ? De ne plus jamais regarder Knock les yeux dans les yeux ? Ce Knock qui, sur la fin, ne pouvait plus, sans trembler, se regarder dans un miroir.

A demain

Affaire Benalla : aura-t-elle ou pas un impact sur l’agenda politique de la «PMA pour toutes» ?

Bonjour

Voici, sous les ors élyséens, venu le temps des grands embarras. A commencer par cette extraordinaire affaire Benalla – une affaire depuis trois jours au cœur de tous les médias généralistes, de toutes les interrogations politiques.

« L’affaire Benalla est une affaire judiciaire et politico-médiatique française impliquant entre autres personnes Alexandre Benalla, chargé de mission et la sécurité du président de la République Emmanuel Macron, résume déjà, avec sa charmante distance synthétique, Wikipédia. Il est accusé d’avoir violenté un couple de personnes et usurpé la fonction de policier lors des manifestation du 1er mai 2018 à Paris. L’opposition et une partie des médias soulèvent la question de la responsabilité du cabinet et de l’exécutif pour ne pas avoir signalé les faits au procureur de la République de Paris, ou critiquent la gestion médiatique de l’affaire. La majorité parlementaire critique une politisation du dossier. »

L’affaire a aujourd’hui toutes les caractéristiques d’une affaire d’Etat. Elle déstabilise un président de la République qui se refuse à prendre la parole pour s’expliquer ; un président qui, soudain, a perdu les clefs des « horloges » dont il croyait, hier encore, être le maître. C’est aussi une affaire qui survient alors même qu’Emmanuel Macron peinait ouvertement à maîtriser ses troupes sur un sujet à forte symbolique politique et sociétale : la « PMA pour toutes ».

Peu avant que n’éclate l’affaire Benalla la confusion était générale. Avec, fait inédit, des prises de parole publiques divergentes au sein de la majorité La République en marche, pour appeler à traduction rapide, dans la loi, de ce qui fut une « promesse de campagne » du candidat Macron.

« Se faire mousser »

Puis, mercredi 17 juillet, une réponse officielle. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », a prévenu, à l’issue du conseil des ministres, Benjamin Griveaux, porte-parole de l’exécutif. « Il faudra que nous présentions, et nous nous étions engagés, un projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres avant la fin de l’année, pour un examen au début du premier trimestre de l’année prochaine », a-t-il déclaré. Ce projet de loi englobera plusieurs thématiques de bioéthique, dont la PMA. Le gouvernement préfère en effet que ce sujet ne soit pas « isolé » des autres.

Le gouvernement s’oppose ainsi ouvertement à plusieurs dizaines de ses députés ouvertement désireux d’avancer au pas de charge. Il désavoue également le député macronien Guillaume Chiche qui avait annoncé, dans Le Journal du dimanche du 15 juillet, son intention de déposer une proposition de loi. Un député qui avait publiquement reçu le soutien du président de l’Assemblée nationale François de Rugy.

Or voici que peu après Richard Ferrand, président du groupe LRM à l’Assemblée, repoussait cette hypothèse et tançait son collègue Chiche, par ailleurs critiqué par d’autres membres de la majorité dénonçant un élu voulant « se faire mousser » au détriment du « collectif ». Etrange ambiance dans une équipe hier encore soudée après son raz-de-marée.

« PMA pour toutes » : ce dossier est d’une particulière sensibilité pour le gouvernement comme pour la majorité présidentielle au sein de laquelle (on le découvre aujourd’hui) cohabitent des « sensibilités » très différentes. Benjamin Griveaux, réfute le moindre « début d’un commencement d’un mollissement du gouvernement » sur la question. Quant à Emmanuel Macron, il n’a cessé d’exprimer son souhait, avant de légiférer, d’obtenir un « débat apaisé ».

Force est de constater, dans ce mois de juillet avançant, que le temps est moins que jamais à l’apaisement. Sans parler de l’orage à proximité du Palais, qui pourrait bien bouleverser horloges et calendriers.

A demain

L’opération-éclair d’un janissaire du président Macron en faveur de la « PMA pour toutes »

Bonjour

Grouchy ou Blücher ? Blücher ou Grouchy ? Ce fut Chiche. Guillaume Chiche : jeune député des Deux-Sèvres. Lendemain de 14 juillet 2018: « L’élu de la majorité Guillaume Chiche espère élargir aux célibataires et aux lesbiennes la procréation médicalement assistée ».

Une affaire parfaitement menée, donc. Au lendemain du rapport du Conseil d’Etat ce fut François de Rugy qui, du haut du Perchoir déclara sur BFMTV souhaiter une proposition de loi (débarrassant dans le même instant le président de la République et son gouvernement) ; puis aujourd’hui un entretien miraculeusement accordé au «JDD» par  l’ancien socialiste, membre de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Khan  puis de Jean-Paul Huchon.

Guillaume Chiche qui, explique Le Monde, fait partie d’une petite dizaine de députés formant « la garde avancée d’Emmanuel Macron, au Palais-Bourbon comme dans les médias. Des janissaires dévoués corps et âme au chef de l’État, qui ne dépendent que de lui, ne rendent de comptes qu’à lui ». Chiche pro-PMA pour toutes mais/et qui proposait dans un rapport parlementaire publié fin mars 2018 la suppression du quotient familial.

«Ma proposition de loi ouvre la PMA à toutes», explique-t-il aujourd’hui – tout en se défendant (sic) de «chercher à mettre la pression sur le gouvernement». Son texte ?  il «contient l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et aux couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale».

Insupportable

« Aujourd’hui, il existe une discrimination insupportable dans l’accès à une pratique médicale. Je veux la supprimer le plus rapidement possible : j’explore tous les moyens pour garantir l’égalité entre les femmes » dit-il encore. Où l’on voit que le député de la Sèvre niortaise fait bien peu de cas de ce qui est de l’ordre de la thérapeutique et de ce qui ne l’est pas.

En harmonie parfaite avec M. De Rugy, le janissaire de Niort pressent que son texte pourra être adopté « avant la fin 2018 ». Mais le grognard craint en même temps que des « militants obscurantistes » ne cherchent à « refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ».  Ces rétrogradesaveuglés, à défaut d’empêcher l’élargissement de la PMA, pourraient « s’opposer à son remboursement par l’assurance maladie – ce qui aboutirait à une discrimination financière ». Où l’on voit, déjà, les éléments de langage qui fleuriront sur le champ de bataille.

Enfin, M. Chiche explique que sa proposition de loi « contient la double filiation maternelle », c’est-à-dire que « les deux femmes d’un couple homosexuel seront reconnues comme mères de l’enfant né d’une PMA ». Il souhaite aussi que la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui, interdite en France mais réalisée à l’étranger, soit automatiquement reconnue. Un argument dont le camp d’en face se servira pour, sur l’échiquier démocratique, jouer le coup de la « pente glissante ». Belle partie de rhétorique éthique en perspective.

A demain

 

Le «dos des pauvres» et le prix d’achat de la «bonne conscience» (Agnès Buzyn, Solidarités)

Bonjour

Dimanche 10 juin. Agnès Buzyn s’exprime dans le JDD. C’est assez alambiqué, difficile à traduire. Pour Le Figaro elle annonce que le gouvernement ne fera pas « d’économies «sur le dos des pauvres». Pour Le Monde, elle se dit  « prête à ‘’discuter’’ de toutes les aides sociales ».

Dans tous les cas la ministre des Solidarités et de la Santé monte au front. Et traverse une séquence sous la mitraille. Elle a dû, le 6 juin, dénoncer les accusations la visant du Canard Enchaîné. Puis faire entendre sa voix dans le concert des polémiques et couacs gouvernementaux au chapitre, clivant, des « aides sociales », de leur raison d’être et de leur devenir. Un thème majeur pour un président qui aimerait ne plus apparaître comme celui « des riches ».

Non, ni Matignon ni Bercy ne lui ont demandé de réaliser « 7 milliards d’euros d’économies sur les aides sociales » (Le Canard Enchaîné). Comment, dès lors, interpréter les déclarations de Gérald Darmanin et de Bruno Le Maire? Le premier a affirmé qu’il y avait « trop d’aides sociales » en France et le second avait révélé l’existence d’une note interne à Bercy préconisant de diminuer leur coût. Réponse de la ministre: « Ils sont dans leur rôle. Chacun travaille avec son prisme ».

Bonne conscience

« Quand un gouvernement s’est fixé un objectif de réduction des déficits publics, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et de son efficacité», reconnaît-elle. Puis : «Toutes les allocations peuvent être discutées. La façon dont elles sont attribuées, leur efficacité… On a le droit de s’interroger sur un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus ». Cette dernière réponse concernait une question sur une éventuelle suppression de l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide est «attribuée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage sous conditions d’activité antérieure et de ressources», explique le site internet du service public.

« Une précédente édition du JDD affirmait, en effet, qu’un rapport préconisant sa disparition avait été remis au gouvernement, rappelle Le Figaro. Une source gouvernementale citée par Le Monde assurait en revanche que l’idée, déjà étudiée par Nicolas Sarkozy, avait été écartée. ‘’Reste à savoir quelle interprétation donner à la réponse d’Agnès Buzyn’’. »

Reste à savoir qui, pour Mme Buzyn, est « pauvre » et qui ne l’est pas. « On ne doit pas s’acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté », observe la ministre des Solidarités et de la Santé. Quel est, aujourd’hui, le prix d’achat d’une bonne conscience ?

A demain

 

Attention: prochaine explosion d’un livre politique signé du président de l’Ordre des médecins

 

Bonjour

Le « grand public » ne connaît pas le le Dr Patrick Bouet pas plus qu’il ne connaissait, jadis, les mandarins présidents du Conseil national de l’Ordre des médecins. L’institution avait des règles non écrites et les médias généralistes n’étaient guère curieux. Certes ces présidents échangeaient (négociaient) avec les responsables politiques (et le pouvoir exécutif) – mais sur des tapis épais, dans des salons feutrés, fenêtres fermées. L’Ordre se souvenait que la gauche arrivant au pouvoir en 1981 avait annoncé sa décapitation. Le condamné, bien sûr, avait été grâcié ; mais les responsables ordinaux en tremblèrent longtemps – quand ils n’en tremblent pas encore.

C’set dire l’importance qu’il faut accorder à la déclaration de guerre que consitue la prochaine sortie du livre 2 du Dr Patrick Bouet et au coup de semonce de l’entretien-dynamite qu’il vient d’accorder au Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret).  

« Depuis son accession à la tête du Conseil national de l’ordre des médecins en 2013, le Dr Patrick Bouet ausculte le système de santé. Il recueille les doléances des soignants, souvent proches du burn-out, mais aussi celles de patients remontés contre les déserts médicaux ou l’attente aux urgences. Dans un ouvrage qui paraît mercredi, le généraliste livre son inquiétant diagnostic : l’impératif de réduction des dépenses serait la seule véritable boussole de nos dirigeants politiques. Le propos, accusatoire, surprendra dans la bouche du président d’une institution réputée pour sa frilosité. Mais Bouet rappelle que l’ordre vichyste a été refondé par de Gaulle à la Libération et que le Général lui avait donné pour mission d’assurer l’accès au soin de tous. Dans son essai, le docteur Bouet propose aussi quelques remèdes : la construction de projets collectifs ancrés dans les territoires et des investissements financiers massifs. »

Miracle soignant

 Que l’on ne s’y trompe pas. Le Dr Bouet n’arrive pas dans les médias comme les carabiniers. Il ne cède pas à la mode en cédant, comme tant d’autres au catastrophisme. C’est, bien au contraire le diagnostic d’un fantassin élu général. « Ce n’est pas un énième cri d’alarme mais l’aboutissement d’une réflexion de cinq ans, dit-il. Une réflexion basée sur une connaissance du terrain – l’institution que je préside est présente dans chaque département – et aussi sur ma propre expérience : je suis généraliste en Seine-Saint-Denis depuis quarante ans.

« Dans mon cabinet, j’ai vécu toutes les évolutions, toutes les réformes successives qui ont conduit notre système, un bien commun, à l’impasse actuelle : il est à bout de souffle! Nous sommes vraiment arrivés à la fin d’un cycle. Si la machine continue de tourner, c’est grâce à l’engagement des aides-soignantes, des infirmiers, des kinés et des médecins, étudiants, libéraux ou salariés du public et du privé. C’est miraculeux qu’ils continuent de croire en leur mission ! »

 Miracle ou pas l’homme entre sabre au clair sur le terrain politique. Notre consœur Barret lui demande pourquoi il sort du bois avant les annonces de réforme promises par le gouvernement. Et notre confrère Bouet de contre-attaquer :

« Emmanuel Macron s’était engagé à réformer les retraites, mais il n’avait pas prévu de s’attaquer au système de santé. Aussi nous craignons que le projet en préparation au ministère de la Santé soit plus un cataplasme que la réforme globale attendue par l’ensemble de la population. Nous disons au président de la République que nous ne pouvons pas croire que la santé puisse être l’oubliée de sa volonté réformatrice. »

 Qui pourrait, ne serait-ce qu’un seul instant, le supposer ? Le Dr Bouet a-t-il adressé un exemplaire dédicacé de son explosif au président de la République ?

A demain

1 Pr René Leriche , Pr Louis Portes, président de l’Ordre sous Vichy et qui restera à la tête de cette institution – reconstituée en 1945-  jusqu’en 1950, Pr René Piedelièvre (1950-1956), Pr Robert de Vernejoul (1956-1970), Pr Jean-Louis Lortat-Jacob (1970-1981), Pr Raymond Villey (1981-1987), Dr Louis René, (1988-1993), Pr Glorion (1993-2001), Pr Bernard Hoerni élu (2001-2002), Pr Jean Langlois (2003), Dr Michel Ducloux (2003-2005), Pr Jacques Roland (2005-2007), Dr Michel Legmann (20072013).

2 Bouet P. « Santé explosion programmée. Il faut agir maintenant » Les Editions de l’Observatoire. 192 pages, 17 euros

« Rabot et garrot » : le gouvernement aura-t-il bientôt asphyxié les établissements hospitaliers ?

Bonjour

Le gouvernement vient de faire connaître les nouveaux tarifs hospitaliers : tarifs des séjours en baisse de 0,5% – une baisse portée à 1,2% en tenant compte de la mise en réserve « prudentielle » de 0,7%. Très vifs regrets de Frédéric Valletoux, président la Fédération Hospitalière de France (FHF) qui observe que ses « alertes récurrentes » n’aient pas été entendues par l’exécutif.

La FHF explique que les calculs tarifaires officiels continuent à reposer sur des prévisions d’activité irréalistes pour 2018 (+2,6%), et que le tendanciel des charges reste supérieur à 3%. En clair, cette nouvelle baisse tarifaire engendrera une nouvelle aggravation du déficit des établissements publics de santé, et des tensions accrues sur l’emploi et les organisations de travail. Plus précisément cela signifie que pour revenir à l’équilibre à la fin de 2018, les hôpitaux devraient supprimer 33 000 emplois. « Ce qui est bien sûr inenvisageable ».

La situation est d’autant moins compréhensible que le même gouvernement (et sa ministre des Solidarités et de la Santé) affirme sa volonté de transformer le système de santé. Refusant que l’hôpital public soit « la variable d’ajustement d’autres secteurs » la FHF appelle dès ce mois de février le gouvernement à prendre, sans délai, l’engagement solennel d’une restitution intégrale de la mise en réserve » prudentielle » dès lors que l’objectif national de dépenses d’Assurance-maladie sera tenu en fin d’année.

Grondements silencieux

C’est dire si la confiance ne règne plus et les soignants des hôpitaux publics ne sont plus les seuls à appeler à l’aide. Le mécontentement « monte de tous les côtés », constate le Pr Michel Claudon, président de la conférence des présidents des commissions médicales d’établissement des CHU, cité par Le Monde. Il dénonce une « course inutile à l’activité » (sic).

Il y a plus inquiétant encore, pour l’exécutif. « Les hôpitaux et les cliniques grondent en silence », ont ainsi prévenu les présidents des quatre fédérations hospitalières dans une tribune parue le 25 février dans Le Journal du Dimanche :

« Cette situation délétère engendre un malaise général. La souffrance est bel et bien là, chez des professionnels pourtant passionnés par leur métier, un métier difficile mais gratifiant. Les hôpitaux et les cliniques grondent en silence. Nous attendons donc de celles et ceux qui, par la force de la démocratie, ont la responsabilité de bâtir l’avenir de notre santé, qu’ils prennent conscience de l’urgence de la situation, qu’ils refondent le pacte de confiance avec celles et ceux qui soignent, et qu’ils empruntent la seule voie qui soit à la hauteur des enjeux : rénover profondément notre système de santé. »

 Le temps, désormais, est compté. Et le « maître des horloges » est au Palais de l’Elysée.

 A demain