Migrants : «intrusions» dans le tunnel sous la Manche ; nouvelle sortie de Mme Nadine Morano

Bonjour

Cela restera le mot de l’été 2015 : « intrusion ». Immanquablement accolé à « Calais » et à la Manche. Enième épisode:

« 1700 tentatives d’intrusion cette nuit, un CRS blessé (…) Dans la nuit de dimanche à lundi, 1 700 nouvelles tentatives de passage de migrants par le tunnel de la Manche ont été décomptées par les forces de l’ordre. Alors que les agents du Pas-de-Calais sont épuisés, certains politiques de droite émettent l’idée qu’il suffirait de laisser passer les clandestins au Royaume-Uni pour ne plus avoir à gérer cette problématique. »

Xavier Bertrand

A droite, rodomontades : avec, en première ligne, défiant l’Anglais, Xavier Bertrand, ancien ministre de droite qui piaffe national, avant d’en découdre régionalement avec Marine Le Pen. (voir, sur RFI, ‘’French politician says UK ignoring ‘gravity of the problem’ in Calais’’)

Les radios, jour après nuit prennent grand soin de rappeler qu’« une intrusion » n’est pas l’équivalent d’ « un migrant ». Précisément, « intrusion » ?

1  Action de s’introduire illégitimement dans une charge, une fonction, une dignité.

2 Fait de s’introduire de façon inopportune dans un groupe, un milieu, sans y être invité : Son intrusion dans l’assemblée causa une grande gêne.

3 Fait d’intervenir dans un domaine où il ne conviendrait pas de le faire : L’intrusion de la politique dans le sport. L’intrusion de Xavier Bertrand dans la politique britannique

4 Mise en place d’un magma dans des formations préexistantes ; ensemble de roches magmatiques mises en place en profondeur.

5  Contre-mesure électronique consistant à entrer dans un réseau radioélectrique ennemi en se faisant passer pour l’un des membres de celui-ci.

Il y a mieux (grâce au Centre national de ressources textuelles et lexicales) :

«  (…) je ne peux dire quel malaise me causait pourtant cette intrusion du mystère et de la beauté dans une chambre que j’avais fini par remplir de mon moi au point de ne pas faire plus attention à elle qu’à lui-même. Proust, Swann,1913, p. 10. »

Nadine Morano

Il y a pire. Nadine Morano, par exemple. Après avoir expliqué que Paris risquait d’être envahie par les migrants, après avoir dénoncé sur Facebook « le problème » de l’immigration dans la capitale, Mme Morano a proposé sur Europe 1, le 5 août au matin, la création d’un « service public de la reconduite vers les pays d’origine » pour les déboutés du droit d’asile en évoquant la Seconde Guerre mondiale.

Désinhibée comme jamais l’ancienne ministre a osé invoquer 1939-1945 pour inciter les migrants à ne pas fuir leur pays en guerre mais bien à prendre les armes :

« Et puis je vais vous dire : on dit qu’ils quittent leur pays, qu’ils fuient la guerre. Heureusement qu’on n’a pas fait pareil en 39-45 ou en 14 ! On a tous des aïeux qui reposent dans la terre de France, qui se sont battus pour la liberté et pour sauver la France. Moi, je dis qu’il faudrait aussi que ces personnes, plutôt que de fuir, ce qui n’est pas une solution, se battent pour leur pays et qu’on les accompagne dans ce combat ! »

Nicolas Sarkozy

Sans charité, on ne commentera pas. C’est à peine si l’on relèvera  le caractère assez hasardeux de la référence historique puisque, comme le rappelle Le Lab, face à l’avancée des troupes allemandes plus de huit millions de Français ont fui le nord de la France au cours de l’exode de 1940. Il est vrai que Mme Morano, née à Nancy en 1963 n’a pas connu cette période. Lui en aurait-on parlé ?

On écoute Mme Morano, aujourd’hui député européenne (après avoir été ministre pendant quatre ans sous la présidence Sarkozy). On écoute cette énième sortie dont les médias font un triste miel ; et puis on revient, sinon à Xavier Bertrand, du moins à intrusion :

« Il me faut maintenant étudier, comme je l’ai fait pour le grec, l’intrusion en français des mots étrangers, des mots anglais en particulier (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 80). »

A demain