Effet placebo : soudain, deux coups de poignards académiques dans le dos de l’homéopathie

Bonjour

Les jeux sont bientôt faits et les homéopathes de sentir le vent du boulet. C’est un scoop du Figaro (Soline Roy) :  « L’homéopathie sous le tir groupé des Académies ». Alors qu’à la demande du gouvernement (Agnès Buzyn) la Haute Autorité de santé (HAS) doit rendre avant l’été un avis sur le bien-fondé du remboursement de l’homéopathie l’Académie de médecine a adopté un communiqué co-rédigé avec l’Académie de pharmacie, qui se prononce explicitement contre l’homéopathie.

« D’une même voix, les Académies de médecine et de pharmacie soulignent que cette thérapeutique relève de l’effet placebo et confirment qu’elle ne doit pas être remboursée. Fermes, mais avec toute la rondeur qui sied aux Sages de la rue Bonaparte… L’Académie nationale de médecine a voté ce mardi 26 mars un communiqué sur l’homéopathie, en prenant soin de ne jamais la qualifier de «médecine». Nouveauté dans le débat, le texte a été rédigé conjointement avec l’Académie de pharmacie, qui prend officiellement position pour la première fois. »

Par 58 voix pour (16 contre, 8 abstentions), les académiciens ont voté non seulement en faveur de la fin du remboursement des spécialités homéopathiques mais aussi de son enseignement dans les facultés de médecine et de pharmacie. L’Académie de pharmacie doit voter à son tour sur ce communiqué jeudi 28 mars. Le texte affirme que « l’état des données scientifiques ne permet pas de vérifier les principes de l’homéopathie. Les méta-analyses n’ont pas permis de démontrer une efficacité des préparations homéopathiques ».

Le paradoxe du Pr Marc Gentilini

Où l’on apprend que les augustes membres de l’Académie de médecine avaient mis en place en juin dernier un groupe de travail dédié, auquel ils ont convié leurs collègues pharmaciens. Aux arguments scientifiques s’opposent certes des «données sociétales» que les académiciens  «ne peuvent ignorer» : les Français réaffirment à longueur de sondages qu’ils croient en l’homéopathie et l’utilisent, les médecins la prescrivent, l’hôpital l’intègre à son offre de soins, observe Le Figaro. Mais ‘’ces divergences […] peuvent s’expliquer par la connaissance insuffisante et/ou la sous-estimation de l’effet placebo, seule explication possible, mais aussi suffisante, des effets de l’homéopathie en l’état actuel de la science’’, tranchent les académiciens. Il n’est donc, selon eux, ‘’pas contraire à l’éthique ni aux bonnes pratiques d’user des produits de l’homéopathie’’, à condition que cela n’induise pas de perte de chance pour le patient, que le médecin soit conscient qu’il use d’un placebo et que le malade en soit informé. »

«Nous sommes heureux de voir que les deux Académies se positionnent clairement. Il est temps que les pouvoirs publics et les instances ordinales en prennent acte!» indique le DrJérémy Descoux, cardiologue et président du collectif Fakemed né de la tribune anti-homéopathie publiée en mars 2018 dans Le Figaro. Il aurait toutefois  aimé un discours «plus incisif», qui ne se prévale pas notamment d’une acceptabilité éthique de la prescription homéopathique sous couvert d’effet placebo. Des doutes partagés par le Pr Marc Gentilini, qui a paradoxalement voté contre un texte jugé «ambigu» et risquant selon le célèbre académicien «d’être instrumentalisé par ceux qui soutiennent l’homéopathie». «Notre devoir d’académiciens est de donner un avis ferme aux pouvoirs publics » professe-t-il.

A dire vrai la vieille Académie nationale de médecine n’a guère varié dans ses positions. Interrogée il y a plus d’une décennie par l’Ordre des médecins sur l’aspect scientifique de l’homéopathie, elle avait indiqué que cette « méthode avait été imaginée il y a deux siècles à partir d’a priori conceptuels dénués de fondement scientifique ». Contacté par Le Figaro, le Syndicat national des médecins homéopathes n’a pas souhaité donner suite. On attend désormais le couperet de la Haute Autorité de Santé ?

A demain

@jynau

1 Sur le thème du placebo on peut se reporter avec intérêt à : « Paradoxes de l’effet placebo. De la liturgie à l’objet politique » par Richard Monvoisin et Nicolas Pinsault Le Monde Diplomatique, avril 2019.

Tragique: «L’Obs» devient «L’Obsolète». La dynamique du «Monde Diplomatique »

 

Bonjour

Il ne faudrait jamais licencier certains journalistes. C’est le cas d’Aude Lancelin, « talentueuse directrice adjointe de L’Obs ». On peut la présenter ainsi :

« Aude Lancelin  née en 1973 à Tours, compagne de Frédéric Lordon. Ancienne élève du lycée Henri IV, en hypokhâgne et khâgne, puis étudiante à la Sorbonne-Paris IV, agrégée de philosophie, enseigne dans un établissement classé ZEP de l’Essonne.

 « Engagée en 2000 par le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées. Réalise de nombreux entretiens avec les philosophes contemporains. Parallèlement, collabore aux émissions télévisées Culture et dépendances (France 3) et Postface (i-télé, Canal+).

« Relève en 2010 que Bernard-Henri Lévy a cité naïvement (elle parle d’« autorité du cuistre ») un auteur imaginaire, Jean-Baptiste Botul, dans un ouvrage alors à paraître – ce qui provoque une vague de réactions amusées ou consternées. En août 2011, elle rejoint Marianne, en tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable des pages « Culture » et « Idées » de l’hebdomadaire.

« En 2014, à la suite de la nomination de Matthieu Croissandeau à la direction de la rédaction, elle revient à L’Obs. Est licenciée par M. Croissandeau en mai 2016. Cette décision est, selon Mediapart imposée par les actionnaires, en l’occurrence Claude Perdriel et Xavier Niel. Elle est présentée comme un ‘’choix managérial’’, mais une grande partie de la presse y voit des motivations politiques : Claude Perdriel a en effet ouvertement reproché à Aude Lancelin d’avoir publié des textes « anti-démocratiques », c’est-à-dire trop à gauche, dans les pages « Débats » de L’Obs et d’avoir soutenu le mouvement Nuit Debout.

« Le fait que le compagnon d’Aude Lancelin soit Frédéric Lordon, figure de la gauche de la gauche, pourrait aussi avoir motivé l’éviction. Le 25 mai 2016, une quarantaine d’intellectuels publient dans Libération une lettre de protestation contre le licenciement d’Aude Lancelin . »

Plan média

Le plus généralement les journalistes licenciés (ou « invités à partir ») gardent le silence. Tel n’est pas le cas d’Aude Lancelin. Elle va publier « Le monde libre » (19 euros). Elle y narre, vu  de l’intérieur « la dérive du système médiatique français ». Voici ce qu’en dit (extraits) Livres Hebdo :  

« On se demandait qui allait éditer le livre d’Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de L’Obsdont le licenciement avait fait grand bruit fin mai. Ce sont Les liens qui libèrent qui, après avoir réussi à garder le secret jusqu’à cette fin de semaine, publieront le 12 octobre Le monde libre avec un tirage de 14000 exemplaires dont 10000 seront mis en place. Dès ce dimanche 9 octobre, le plan média démarre avec une interview dans le JDD.

« Elle raconte de l’intérieur la dérive du système médiatique français avec l’histoire de la numéro deux d’un hebdomadaire de gauche qui s’appelle L’Obsolète, dirigé par un certain Jean Joël. Elle fustige « la décadence d’un métier,  les opérations de police intellectuelle et le socialisme d’appareil à l’agonie » et trace de durs portraits de Manuel Valls « petit homme colérique aux idées simples devenu l’enfant chéri de l’Obsolète » ou Bernard-Henri Levy, « le sentencieux maître à penser de l’Obsolète ».

« La force de ce texte est qu’il est l’expression d’une époque, explique Henri Trubert, son éditeur. On voit comme les théories de management ont envahi les rédactions, le glissement des médias mais aussi de la gauche qui emprunte ses valeurs et concepts à la droite. » »

« Les Valls et les Macron »

Dans Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) l’ancienne de L’Obsolète cogne dur. L’hebdomadaire dominical du groupe Lagardère « a décidé de donner la parole à Aude Lancelin car son ouvrage «  bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression ». « Aude Lancelin : « Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française  » » (propos recueillis par Marie-Laure Delorme) – sur abonnement. On y lit des choses désespérantes, que L’Obs est devenu le nom de la gauche officielle, prétendument « sociale-démocrate », en réalité néolibérale et autoritaire, « une gauche obligée de mentir en permanence sur elle-même », mais dont « plus grand monde n’est tout à fait dupe désormais ».

Aude Lancelin a écrit un pamphlet, œuvre contestataire 1 et non « entreprise de dénigrement systématique ». Elle dénonce le « monde Uber » et le « monde El Khomri » prônés « par les Valls et les Macron ». Et elle n’a pas « assuré ses arrières », pas assuré son « avenir professionnel ». Ce serait, en somme, une fin.

« Ce livre est évidemment une lettre d’adieu à ces lieux que l’on appelle encore journaux par habitude, mais où l’esprit a été vaincu, où les combats de sont plus que d’apparence. Pour autant ce n’est nullement un adieu à ce métier. Les journalistes étouffent, nous sommes nombreux à ne plus supporter d’être les hochets de géants des télécoms intrumentalisant la presse à leurs propres fins. Avec l’aide des lecteurs, eux aussi spoliés, une autre histoire reste à écrire ».

« Notre vigueur découle de votre appui »

Hasard ou fatalité, on lit ceci dans le dernier numéro du Monde Diplomatique :

« Depuis deux ans, la diffusion du Monde diplomatique s’est nettement redressée  ; le nombre de ses abonnés atteint un record historique ; la situation de ses finances n’inspire plus d’inquiétude. Un tel rétablissement détonne dans le paysage de la presse et dans le climat idéologique actuel. Il tranche en particulier avec le délabrement éditorial et économique de la plupart des périodiques, dont certains ne diffèrent leur trépas qu’en se transformant en prime numérique du géant des télécoms qui les possède. Notre santé contraste également avec la situation politique et idéologique générale. (…)

«  Depuis 2009, nous avons fait appel à vous pour mener ce combat éditorial et politique. Le résultat est là, puisque notre vigueur découle de votre appui. La période qui s’annonce réclamera plus que jamais que notre voix porte. Votre contribution aura donc également pour avantage de prévenir tous les dynamiteurs du bien commun que leur offensive nous trouvera sur leur chemin.,Soutenez-nous ! Le Monde diplomatique  ambitionne de faire vivre un journalisme affranchi des pouvoirs et des pressions. Une liberté qu’il doit essentiellement à ses acheteurs et abonnés. »

Peut-être faudrait-il, parfois, licencier certains journalistes. Ou les inviter à quitter ces lieux que l’on appelle encore journaux. Par habitude.

A demain

1 Sur ce thème, le remarquable : « L’âge d’or du pamphlet », de Cédric Passard. CNRS éditions. 25 euros.

 

Euro 2016 du pantouflage : José Manuel Baroso (Portugal) rencontre Claude Evin (France)

Bonjour

Aux frontières de l’indécence. Il y avait eu, le matin, ce mot prophétique d’une volaillère sous les Halles de Tours : « J’ai peur: ce soir la France pourrait bien être en deuil ». Comment mieux dire un pays dont les mots perdent leur sens ?  La France en deuil ? En demi-deuil ?Et ce matin, unanime, la presse pleure la défaite des Bleus. Jusqu’à l’Humanité, le vieux journal communiste qui se pique d’un bien triste « Merci pour ce moment ».

Le football, on le sait, peut être un reflet tragique de la vie des hommes. Un poteau rentrant vous sauve un peuple, fait oublier le pain qui manque, vous offre  des fragrances de brioches…

Mais tournons la page. Car cet Euro 2016 (qui a vu la fin des séries nous dit Slate.fr) en cache un autre, celui du pantouflage. En finale José Manuel Barroso (Portugal) contre Claude Evin (France). Fifrelins en cascades. Score sans appel.

Du premier la France ne sait rien ou presque. Des images glacées sur fond de Commission, plus imperméable encore que Ronaldo. Samedi 9 juillet les oreilles lui ont amplement sifflé.  « Sans honte », « indécent », un « bras d’honneur » : on venait d’apprendre que l’ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso allait rejoindre la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

Goldman Sachs

La France, celle des aubes de gares, celle du Diplo et des comptes en banque se souvient de cet établissement à la réputation sulfureuse. Goldman Sachs, la crise des subprimes en 2008 ; Goldman Sachs qui au début des années 2000, s’était engraissée en aidant la Grèce à masquer ses déficits pour rester dans l’euro.

Premier ministre du Portugal de 2002 à 2004, José Manuel Barroso a aujourd’hui 60 ans. Il a occupé la présidence de la Commission européenne de 2004 à 2014, période durant laquelle l’Europe, secouée par la crise financière de 2008, a été perçue comme libérale et sans grand dessein. La banque Goldman Sachs a annoncé l’avoir engagé pour la conseiller au moment de la sortie du Royaume-Uni de l’UE devrait avoir des impacts sur le monde financier.

En France plusieurs voix de gauche, jusqu’au sein du gouvernement, ont protesté contre cette embauche. Il reste, dans l’Hexagone, quelques belles âmes. Le secrétaire d’Etat français au commerce extérieur, le socialiste Matthias Fekl, a qualifié, dans un tweet, le joueur portugais de « représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer ». A l’unisson, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a expliqué, sur Twitter, que la nouvelle n’avait « rien d’étonnant pour ceux qui savent que l’UE ne sert pas les peuples mais la grande finance ».

DLA Pipers

Les eurodéputés PS français ont eux jugé « scandaleux » ce « nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêt ». « De quoi Barroso est-il le nom ? » demandent-ils. C’est une bonne question. Les responsables socialistes l’ont-ils posé pour Claude Evin ?

Qui ne se souvient de Claude Evin, 67 ans, ancien élève de l’Institution Saint-Joseph d’Ancenis, diplômé de l’École d’éducateurs spécialisés d’Angers, député qui occupa de multiples fonctions au sein du parti socialiste, du gouvernement de Michel Rocard puis du monde hospitalier. On garde de lui le souvenir d’un homme parfois sympathique, souvent compliqué, bien entouré et qui eut la volonté politique de lancer les premières actions de lutte contre le tabagisme et la publicité pour l’alcool. La France se souvient de la « Loi Évin ». Elle sait moins que l’homme est depuis peu avocat (d’affaires) au sein du prestigieux cabinet (américain) DLA Piper . On le retrouve ainsi présenté aux clients, innombrables de l’entreprise. Superbe carnet d’adresse.

On retrouvera l’ancien ministre le jeudi 13 octobre au 27ème rendez-vous de Reavie, le rendez-vous international des assureurs vie et de personnes (Hôtel Majestic, Cannes). Il interviendra sur le thème : « les enjeux du système de santé ; des opportunités pour les assureurs complémentaires ».

Confessionnal

Pourquoi en arriver là ? Michel Frieh, Managing Partner de DLA Piper en France : « Nous sommes honorés de l’arrivée de Claude Evin au sein du cabinet. Sa longue carrière publique nous apporte une expertise inédite pour soutenir idéalement le développement stratégique de notre pratique sciences de la vie et santé en France et en Afrique ».

Michèle Anahory, responsable du secteur Sciences de la vie et Santé de DLA Piper à Paris : « Nous nous réjouissons d’accueillir Claude Evin chez DLA Piper. Claude Evin est un grand personnage public, dont les réalisations majeures dans le domaine de la santé en tant qu’homme politique n’ont d’égales que l’admiration de ses pairs et clients ».

Pourquoi en arriver là ? « Après avoir passé plus de trente ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale », a expliqué José Manuel Barroso à l’hebdomadaire portugais Expresso. Si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique. »

En arriver là ? José Manuel Barroso n’a enfreint aucune règle, puisque au-delà de 18 mois après la fin de leur mandat, rien n’oblige les anciens membres de la Commission à rendre des comptes. Rien n’oblige Claude Evin à se confesser. Personne ne peut, non plus, le contraindre à se justifier. On pourrait, presque, le regretter.

A demain

Prix inhumains des médicaments contre le cancer: Big Pharma, œillères et vieille langue de bois

Bonjour

Le temps passe, rien ne craque. Cent-dix cancérologues français lancent, dans Le Figaro, un appel sans précédent pour dénoncer le prix injustifiable des nouveaux médicaments anticancéreux. Ils formulent une série de propositions pour sortir au mieux d’une situation dont chacun sait qu’elle conduit à la catastrophe. Chacun sait qu’il y a là la menace de l’installation progressive, irréversible peut-être, d’une médecine à deux vitesses dans le champ de la cancérologie : « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».

En dépit des règles de la concurrence l’affaire est reprise par plusieurs médias. On se dit que l’on n’en restera pas là. Que l’affaire est trop grave … Que de grandes voix éthiques vont se faire entendre… On attend des lectures politiques… la réaction indignée et prophétique des extrêmes… celles des frondeurs habitués de France Culture… le premier secrétaire du Parti Socialiste invité de Mediapart … des jeunes loups Républicains cultivés sur les réseaux sociaux…. Des citoyens naïfs parieraient même sur une réaction gouvernementale. La ministre de la Santé, qui sait, sur RMC-BFMTV… Emmanuel Macron dans Le Monde Diplomatique

 Gauche véritable  et Grand Capital

Nous allons débattre, en découdre : capitalisme et éthique citoyenne… innovation et partage… médecine et solidarité… morale et retour sur investissement…  gauche véritable et Grand Capital…

Les jeux sont faits. Perdu. Dans les filets : un communiqué du Big Pharma français (Les Entreprises du Médicament – Le Leem). Il est intitulé :   « Innovation en cancérologie : le Leem appelle à un débat sans œillères ». Extraits :

« Le Leem a pris connaissance avec beaucoup d’attention de l’appel lancé ce matin par 110 cancérologues dans Le Figaro concernant le coût des traitements du cancer. Le retour de l’innovation thérapeutique est avant tout une bonne nouvelle pour les patients, notamment pour ceux souffrant de cancer, car ces traitements offrent de nouvelles perspectives de prise en charge d’une pathologie qui frappe chaque année 365 000 Français. La question du coût de cette innovation est légitime (…)

« Le coût de ces nouveaux traitements doit être mis en perspective avec l’apport thérapeutique majeur qu’ils représentent. Les nouveaux traitements du cancer permettent de mieux identifier les patients répondeurs par l’utilisation de biomarqueurs compagnons ou encore s’adressent à des populations de plus en plus ciblées en vue d’un meilleur usage (…)

«  S’agissant du prix proprement dit, le Leem considère toute comparaison du système français (à prix administrés) avec le système américain (à prix libres) comme non pertinente. Le prix d’un nouveau médicament est aujourd’hui fixé par l’Etat (Comité Economique des Produits de Santé) sur la base de la valeur thérapeutique et de l’efficience (évaluées par la Haute Autorité de Santé) qu’il apporte par rapport aux traitements déjà existants. »

Un débat sans œillères ? Précisément. Big Pharma devrait filer cette métaphore, nous décrire cet instrument ; préciser d’où il sort, qui le porte et depuis quand ; qui saura l’enlever et à quel moment. Allons plus loin. Big Pharma sait-il déjà, une fois que les œillères auront été remisées, à quoi ressemble le champ qui nous reste, collectivement, à labourer ?

A demain

 

 

Insuline et capitalisme : trois multinationales interdisent une égalité de traitement de tous les malades diabétiques

Bonjour

Un beau sujet pour Le Monde Diplomatique. Pour l’heure c’est une belle leçon venue de Genève et de Boston, diffusée par The Lancet Diabets & Endocrinology. On la trouvera ici : “Constraints and challenges in access to insulin: a global perspective”. Elle est signée par trois chercheurs (David Beran, Margaret Ewen et Richard Laing) travaillant aux Hôpitaux et à l’Université de Genève ainsi qu’à la Boston University School of Public Health. On peut entendre ici (en anglais) David Beran  résumer, calmement, ce qui pourrait être qualifié de scandale.

Larmoiements

C’est un travail original qui traite de la difficulté d’accès à l’insuline dans le monde, une insuline  dont le prix reste trop élevé pour un nombre considérable de personnes souffrant de diabète de type 1 ainsi que pour d’autres, concernées par le diabète de type 2. Loin de larmoyer cette étude a pour objectif de mieux en comprendre les raisons et de permettre aux pays de développer des solutions pour pallier ce problème. Résumé :

« Plus de 90 ans après la découverte du rôle de l’insuline dans le traitement du diabète, le médicament reste très cher et n’est pas toujours à la portée des diabétiques qui en ont besoin. Son accès reste un défi autant dans les pays à hauts revenus, où le médicament peut atteindre 400 dollars, que dans les pays à revenus modestes, comme en Afrique sub-saharienne où l’espérance de vie d’un enfant atteint du diabète de type 1 n’est que d’une année. »

Pourquoi ?

«  Les auteurs de ce travail mettent en évidence plusieurs causes qui peuvent expliquer ce phénomène. La première est que le marché de l’insuline est dominé par trois multinationales, ce qui réduit le mécanisme de concurrence des prix. De plus, l’étude souligne que la propriété intellectuelle ne limite pas directement l’accès au marché : plus de la moitié des brevets en vigueur sont liés aux stylos d’injection et non à l’insuline elle-même. »

Mais encore ?

«  Le long processus réglementaire, ainsi que le nombre de procédures à respecter pour parvenir à fabriquer des génériques ou des biosimilaires, contribuent à la hausse du prix de l’insuline et dissuadent les nouveaux acteurs d’entrer sur le marché. Enfin, depuis une dizaine d’années, on note une tendance à utiliser de plus en plus d’insuline synthétique, au lieu des insulines humaines et animales, ce qui induit une hausse des prix. En 2000, l’insuline de synthèse représentait 12% de la consommation totale alors qu’en 2010, elle atteignait 85%. »

Les auteurs mettent aussi en lumière l’inégalité des politiques nationales de santé en la matière : certains pays émergents parviennent à mettre gratuitement l’insuline à disposition de leur population, tandis que d’autres la vendent à des prix élevés. Selon eux trouver une solution au problème de l’accès à l’insuline requiert une intervention propre à chaque pays.

Bertrand Burgalat

Ces interventions peuvent passer par des investissements dans l’innovation en matière d’injection et de soins, par l’inclusion de l’insuline dans les prestations de base de la « couverture maladie universelle », par le développement d’un cadre réglementaire pour la fabrication de génériques ou encore par la promotion de l’insuline humaine comme alternative à l’insuline de synthèse.

Au-delà du Monde Diplo voilà un vrai beau sujet pour  bien des médias généralistes. L’OMS pourrait également, qui sait, être intéressée. Reste le faible poids de l’improbable lobby planétaire des diabétiques. Une situation qui, en France, pourrait évoluer dans le sillage de l’initiative, médiatique, originale et bien dérangeante, de  Bertrand Burgalat : initiative exposée et commentée ici.

A demain

Burn Out : en faire une maladie professionnelle ? Non, ce n’est pas la bonne solution

Bonjour

Four caniculaire et moulin radiophonique. Aujourd’hui Marisol Touraine est partout. Ce matin (30 juin) elle était en son ministère mais aussi, comme souvent, à France Inter.  Canicule et « Burn Out ». Casquette de ministre de la Santé, elle y a déclaré souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat avait, le 24 juin, retiré de la liste des maladies professionnelles ce qui est aussi parfois désigné comme le « syndrome d’épuisement professionnel ».

Pathologies psychiques

Les députés avaient quant à eux adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

La prise en compte de ces pathologies devait se faire via le système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles. Et ce parce que l’inscription dans le tableau des maladies professionnelles n’est pas adaptée à la spécificité et à la complexité de ces pathologies (selon l’exposé des motifs de l’amendement gouvernemental).

Usures parlementaires

Tout le monde ne partage pas cet avis : la commission des Affaires sociales de la Haute Assemblée a retiré cet amendement et les sénateurs (majorité à droite) ont rejeté des amendements de rétablissement déposés par la gauche et le gouvernement. Ce qui, on en conviendra, est assez usant. Comme le sont généralement les lectures politiques de l’infinie complexité sociétale.

« Burn Out » sonne infiniment mieux que « syndrome d’épuisement professionnel. Epuisement au travail parce que trop de travail ? Ou parce que l’on a jadis pris un plaisir infini à travailler, plaisir qui tourne désormais à vide? Esclavage capitaliste (Le Monde Diplomatique) ou assuétude aux origines plurielles ?

Effet d’aubaine

En savoir plus ? Infiniment plus ? Découvrir, sous le tapis, le workaholisme ? Il faut vous précipiter (9 euros-Que sais-je ?) sur « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  L’auteur travaille au centre de recherche sur les risques et les crises des Mines Paris Tech. On peut l’entendre ici rappeler quelques vérités dérangeantes sur Europe 1. Il ne conteste pas la souffrance mais explique pourquoi il s’oppose à ce que l’on en fasse ipso facto une maladie. Avec son immanquable cortège d’effet d’aubaine. Médicaliser (et mutualiser) la souffrance n’est pas (toujours) une bonne solution. N’en déplaise aux angélistes.

Vous découvrirez (dans ce Que sais-je ?) que ce syndrome n’a attendu ni le capitalisme, ni Karl Marx pour émerger. Elie (après avoir massacré les prêtres du dieu cananéen Baal) et Moïse (durant la traversée du désert) en souffrirent. Le célèbre Dr Tissot dresse, en Suisse, le tableau de gens de lettre mourant littéralement à leur tâche d’érudition.

Flaubert-Bovary

« La littérature regorge depuis d’exemples désormais banals, nous dit Philippe Zawieja. Citons Gustave Flaubert, sacrifiant sa vie sociale et sentimentale à sons insatiable appétit de travail. » L’auteur ne nous dit pas ce qui aurait résulté d’un Flaubert bénéficiant d’une inscription au tableau des maladies professionnelle.  Bouvard ne semble pas s’en préoccuper. Ni Pécuchet. Emma ?

Et si le « Burn Out » était, lui aussi, une dépression qui ne parvenait pas à dire son nom ?

A demain

Affaire Baudricourt-Sanofi : « Nous devrions plutôt leur dire merci » nous explique Laurence Parisot

Bonjour

Laurence Parisot n’est plus présidente du Mouvement des entreprises de France (Medef). On l’imaginait ayant retrouvé une forme de sérénité – et, loin des carcans,  une forme de liberté de parole. C’était un mirage. Présidente du Medef un jour, présidente toujours.

Face au tollé politique et syndical suscité par l’affaire Baudricourt-Sanofi (voir ici) Mme Parisot est revenue à ses premières grilles analytiques. L’ancienne présidente du Medef a ainsi expliqué, mardi 24 février, que le groupe pharmaceutique Sanofi méritait « plutôt » des félicitations pour avoir « réussi à convaincre » Olivier Brandicourt « de revenir en France ». Et remercier l’ancien médecin de La Pitié d’avoir accepté le double « bonus de bienvenue » qui suscite soit l’incompréhension soit l’ire des salariés les moins bien payés ?

Talent mondial

Estimant sur Europe 1 que le conseil d’administration de Sanofi « a tout fait pour garder Sanofi en France », (notamment en évinçant l’ancien directeur général qui souhaitait « emmener le siège de Sanofi aux États-Unis »), Laurence Parisot a déclaré : « [le conseil d’administration] va chercher un des plus grands talents au monde dans ce secteur-là. Je crois qu’on devrait plutôt leur dire bravo, vous avez réussi à convaincre ce capitaine d’industrie à revenir chez nous. »

On retiendra l’expression : un des plus grands talents au monde. Précisément, dans ce secteur-là, comment mesure-t-on la taille du talent ?  Interrogée sur la prime de bienvenue (4 millions d’euros versés en deux fois) du futur P-DG du groupe (il le sera à compter du 2 avril prochain) l’ancienne présidente du Mouvement des entreprises de France (Medef) a déclaré : « le monde des laboratoires pharmaceutiques est tout à fait spécifique ». Entendre : « les dirigeants capables de comprendre à la fois la médecine, la pharmacologie et le management de très grandes entreprises est un monde très restreint ».

Son grand avenir

« Olivier Brandicourt était dirigeant de toute la branche pharmaceutique de Bayer, un des plus grands groupes mondiaux. Il était très bien chez Bayer. Il n’était pas simplement promis à un grand avenir, il l’avait là, son grand avenir. »

Et Mme Parisot de poursuivre : « On ne lui promet pas cette somme d’argent, il avait déjà cette somme d’argent chez Bayer […] en termes de stock-options à venir, de rémunération variable à venir, mais dont il était certain de bénéficier compte tenu des résultats exceptionnels qu’il avait chez Bayer. Autrement dit, il avait déjà comme acquis plus de 4 millions, si j’ai bien compris, près de 9 millions ».

Croissance de l’argent

Nous n’avons pas tout compris. Pas plus que nous ne comprenons bien ce que Mme Parisot (hormis les empilements de millions d’euros) appelle un grand avenir. On aurait pu imaginer d’autres perspectives pour les dirigeants d’une industrie, l’industrie pharmaceutique, dont il est difficile d’imaginer qu’elle n’a plus d’éthique spécifique. Ainsi donc Big Pharma ne vivrait plus  qu’au rythme capitalistique des retours sur investissements ? Et ses dirigeants ne voient-ils vraiment plus leur avenir qu’en mesurant les volumes croissants de leur argent ? Faudrait-il s’abonner au Monde Diplomatique ?

A demain.