Une ancienne ministre socialiste tape sur les doigts des journalistes et des buralistes

Bonjour

Les années passent, les fléaux demeurent. Celui du tabagisme comme celui de l’incapacité politique à trouver une thérapie à cette addiction de masse organisée par un Etat dissocié. Dernière pièce en date :

Acte I. Un entretien accordé au quotidien  Sud-Ouest par Jean-Luc Renaud secrétaire général de la Confédération des buralistes.

Acte II. Les commentaires faits, à la lecture de Sud Ouest, par Michèle Delaunay, ancienne ministre socialiste des  Personnes âgées, aujourd’hui députée (PS, Gironde) et présidente de l’Alliance contre le Tabac.

Acte III. Les commentaires de ces commentaires que l’on peut lire sur Le Monde du Tabac, site des buralistes.

Que dit le patron des buralistes ? Ceci :

 « Nous vendons le paquet neutre depuis le 20 novembre dernier et toutes nos inquiétudes se vérifient. Nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes. En revanche, pour nous, les buralistes, c’est un surcroît énorme de travail pour identifier les paquets, qui sont tous identiques, et les ranger. Sans compter le risque d’erreur pour nos clients.

« Si on veut protéger la santé, ce qui est légitime, menons alors une vraie politique de prévention comme en Allemagne, où le tabagisme diminue chez les jeunes alors qu’il n’y a pas de paquet neutre et que la publicité pour le tabac y est autorisée. Ce que nous demandons, surtout, c’est que les fumeurs achètent leur tabac chez nous et que l’État s’attaque vraiment au marché parallèle ».

Que répond Michèle Delaunay ? Cela :

 « Cet article rapporte l’ ‘’opinion’’ d’un buraliste sur le paquet neutre, alors que celui-ci n’est que très partiellement entré dans les linéaires de vente (première apparition le 20 novembre), les débitants ayant le droit d’écouler leurs stocks jusqu’au 31 décembre. On comprend à l’évidence que, utile ou non, il n’a aujourd’hui aucune chance d’avoir pesé le moins du monde sur le volume des ventes.

« Or notre buraliste affirme le contraire. Il a le droit, mais le journaliste a deux devoirs : 1-de l’interroger sur la brièveté du délai et son manque de signification 2- de ne pas mettre son affirmation en encadré au coeur de l’article « nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes depuis le paquet neutre ».

« Le contenu de l’interview est,  ‘’as usual’’, un résumé des éléments de langage fournis par les cigarettiers : approximations (« des milliards.. »), vérités falsifiées (1000 fermetures de bureaux de tabac par an alors que beaucoup sont des regroupements ou des relocalisations et que les bureaux de tabac sont les 3èmes commerces de sécurité les plus florissants), déformations de faits (l’efficacité de la prévention en Allemagne), contradictions (sur les ventes illicites)…

« Tout cela, sans avis contraire mis en face à face, comme on le trouve de plus en plus souvent dans les médias écrits, sans droit de réponse, sans question demandant des précisions ou opposant des faits. Le paquet neutre n’est pas LA solution contre le tabac, mais il ne sert certainement pas à rien.

Responsabilité électronique

 « Pourquoi je râle ? Parce que le sujet est trop sérieux pour qu’on accorde une demi-page à un buraliste sans aucun rétablissement des vérités démontrées, ni sans aucune mise en perspective. Parce que, tout simplement, le tabac tue en deux jours autant que l’insécurité routière en un an. Tous les médias aujourd’hui -à raison- insistent sur les risques encourus dans la nuit du 31 décembre et alertent les conducteurs. Devons-nous laisser « l’opinion » d’un seul peser sur l’Opinion en toute impunité ? Les médias ont aujourd’hui une considérable responsabilité concernant les grands enjeux de santé publique qui détruisent nos sociétés de l’intérieur (addictions en tête). Responsabilité qu’ils partagent avec les politiques et dont, les uns et les autres, ils devront répondre.  ‘’Vous saviez et vous n’avez rien fait’’.

Sud Ouest répondra-t-il à l’ancienne ministre ? Le Monde du Tabac s’y emploie « D’ici que Michèle Delaunay émette une proposition de loi imposant la publication d’un avertissement sanitaire chaque fois qu’un buraliste s’exprime dans la presse, il n’y a qu’un pas ». Qui le fera ? Pourquoi Mme Delaunay ne dit-elle rien, elle qui sait, sur sa propre responsabilité quant à son absence d’intérêt pour la cigarette électronique ?

A demain

 

«Glamour»: l’OMS s’inquiète de la consommation de tabac en Syrie. On s’inquiète pour l’OMS

 

Bonjour

L’affaire est d’ores et déjà exploitée par les buralistes français. Ils y voient les ravages de « l’idéologie anti-tabac ». L’OMS vient de s’alarmer de la consommation de tabac en Syrie, notamment chez les jeunes et les femmes. « Trop de jeunes, de femmes et d’enfants en Syrie consomment de la chicha en croyant que c’est tendance et moins nocif que la cigarette », s’alarme Elizabeth Hoff, représentante de l’OMS en Syrie. Mme Hoff fait une « urgence » de la réduction de la consommation de tabac dans ce pays martyrisé de toutes parts.

Tout cela est acté dans un communiqué officiel avalisé depuis les hauteurs aseptisées de Genève : WHO Representative urges stronger tobacco control in Syria’’. Elisabeth Hoff, de nationalité norvégienne, est en poste pour l’OMS en Syrie depuis près de quatre ans. C’est tout sauf une novice comme on peut le lire ici. Elle appelle les « autorités sanitaires » à collaborer avec l’OMS dans le but de réduire l’attractivité et le « glamour » de ces substances qui, rappelle-t-elle, « tuent presque six millions de personnes par an dans le monde ».

Nonobstant

Le communiqué date du 1er juin et de la « Journée mondiale sans tabac ». Elizabeth Hoff  soulignait « nonobstant la crise actuelle » l’urgence de réduire la consommation de cigarettes et de narguilés parmi la population syrienne. Ce nonobstant a quelque chose de piquant. Le sujet vient d’être développé, dans Le Monde par notre confrère Benjamin Barthe :

« A propos de la pipe à eau ou « chicha », l’un des passe-temps favoris des habitants du Proche-Orient, la fonctionnaire a affirmé que son usage est « vingt fois plus nocif » que celui des cigarettes, et que ses utilisateurs encourent les mêmes types de risques, comme le cancer des voies respiratoires.

« Dans son intervention, la très zélée Mme  Hoff, installée comme tous ses confrères onusiens à Damas, le cœur névralgique du régime Assad, a pressé le gouvernement d’imposer le principe de l’emballage neutre pour les paquets de cigarettes. »

Insoutenable légèreté

Le communiqué de l’OMS, résumant les propos tenus par son émissaire, fait également mention d’une déclaration du ministre adjoint de la santé syrien. En accord avec Mme  Hoff, le Dr Ahmad Khlefawy a réitéré la détermination de son gouvernement à décourager la consommation de tabac. « La crise actuelle ne doit pas servir d’excuse aux Syriens pour mettre en danger leur vie » explique a sermonné le médecin-ministre.

Benjamin Barthe souligne que les agences de l’ONU, concentrées à Damas, sont accusées d’être détachées de la réalité et manipulées par le pouvoir syrien, qui décide seul de ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas faire. « L’insoutenable légèreté du communiqué de Mme  Hoff apporte une nouvelle pièce au dossier » dit-il.

Ce n’est pas la première fois que l’OMS fait montre de la légèreté caractéristique des institutions détachées de la réalité. En Syrie, et à Damas, cette légèreté prend un relief particulier. Quant aux buralistes français lisant Le Monde, ils ont beau jeu d’y voir l’idéologie « anti-tabac » en action. Et c’est ainsi, sourde aux réalités, administrativement aveuglée, carburant à on ne sait quelles essences, que l’OMS fait, paradoxalement, le jeu des géants criminels du tabac.

A demain

 

Cigarette électronique : elle n’est pas l’objet d’un commerce illicite. Ce n’est pas le cas du tabac

Bonjour

C’est une forme de scandale de l’ombre, une affaire que l’on voudrait laisser aux buralistes, un sujet de basse police. C’est aussi et surtout un sujet majeur de santé publique : les Français fument nettement plus que ce que les chiffres officiels indiquent. Et la puissance publique est impuissante à lutter contre le commerce illégal des produits du tabac – une puissance publique qui est en charge de l’encadrement et de la défense de ce monopole d’Etat.

Tel est le triste bilan que l’on peut dresser à la lumière d’un rapport 1 du cabinet de conseil KPMG « leader de l’audit, du conseil et de l’expertise comptable » è étude commandée par les principaux géants du tabac et  contestée par le Comité national contre le tabagisme (CNCT). Selon cette étude la France est à nouveau, en 2015, le pays de l’UE dans lequel la consommation de cigarettes achetées illégalement a été la plus importante.

Oérations « ramasse-paquets »

Neuf milliards : c’est le nombre de cigarettes achetées à la sauvette dans la rue ou sur Internet et consommées en France en 2015 – soit 14,6 % de la consommation totale et une hausse de 1,23 point par rapport à 2014. C’est le plus haut niveau de consommation illicite d’Europe, devant celui de la Pologne, du Royaume-Uni et de l’Italie. Pour évaluer la consommation illégale, KPMG procède à des opérations « ramasse-paquets » – des paquets vides sont ramassés dans des rues et lieux sélectionnés pour être représentatifs – ce travail a été mené dans les 28 pays d’Europe, auxquels s’ajoutent la Norvège et la Suisse. Combien ramassera-t-on, demain, de « paquets neutres » ?

On peut aussi, à ces cigarettes illégales (issues de la contrebande ou de la contrefaçon) ajouter les cigarettes achetées légalement dans des pays frontaliers (Belgique, Espagne). On passe alors, selon KPMG, à près de dix-sept milliards de cigarettes fumées en France sans avoir été achetées chez les buralistes. Et si on rapporte ce chiffre aux 61,5 milliards de cigarettes achetées dans le réseau officiel, cela représente 27,1 % de la consommation :  14,6 % pour les paquets illégaux, et 12,5 % pour celles qui sont légalement achetées hors de France.

Preuves flagrantes

issues du tabac ont rapporté 14 milliards d’euros à l’État. « Si le volume de cigarettes issu de la contrebande et de la contrefaçon avait été acheté de manière légale, des taxes supplémentaires de 2,3 milliards d’euros auraient été levées en France », assure KPMG. Pour sa part la Confédération des buralistes – premier commerce de proximité dénonce : cette « hausse marquante » du taux du marché parallèle de tabac est une « preuve flagrante du manque d’efficacité de la politique de lutte contre le tabagisme actuellement menée ».

Face à cette Confédération le Comité national contre le tabagisme (CNCT) dénonce également :« Etude KPMG, intox de première de Philip Morris » :

« Le fabricant de tabac Philip Morris vient de sortir une nouvelle étude, sous l’étiquette plus honorable de KPMG. Objectif : entretenir l’idée d’un commerce illicite majeur avec des chiffres sans cesse en hausse et faire oublier son implication passée et présente dans les trafics. La période est sensible pour le cigarettier qui fait pression pour empêcher l’application du protocole de l’OMS de lutte contre le commerce illicite des produits du tabac. Ce dernier comporte notamment un dispositif de suivi et de traçabilité des produits, indépendant des fabricants, susceptible de le confondre dans ses pratiques de contrebande. »

Fantaisies opaques

sous des chiffres annoncés sur la base d’une méthodologie toujours aussi opaque ou fantaisiste, l’objectif est clairement de faire peur et d’influencer la décision politique ». Personne, dans ce contexte, ne rappelle que la cigarette électronique ne fait pas l’objet de commerce de contrebande. Si elle est à l’origine d’un manque à gagner pour Bercy c’est au bénéfice de la santé publique.

Personne ne semble non plus s’intéresser à ce que devient le Programme national de réduction du tabagisme dont Marisol Touraine à la charge. Intègre-t-il les données des consommations illicites ?

A demain

1 L’étude a été commandée par Philip Morris, Imperial Tobbaco, JTI et BAT. Ce rapport est disponible, gratuitement, à cette adresse : http://www.lemondedutabac.com/wp-content/uploads/2016/06/Rapport-Sun-KPMG-2015.pdf

 

Tabac : Claude Evin monte au feu. C’est dans Le Journal du Dimanche

L’hebdomadaire dominical est devenu le seul média d’information générale à traiter régulièrement du fléau du tabagisme. Il récidive aujourd’hui en donnant la parole à l’ancien ministre de la Santé qui fait quelques confidences.

Claude Evin, 64 ans, démontre qu’il demeure un politique. Un politique socialiste  qui ne dédaigne pas les questions de santé publique.

 Claude Evin est un ancien ministre de la Santé (mai 1988-mai 1991). Qui ne le sait ? C’est aussi un cachottier. Et il demeure un politique. Dans l’entretien qu’il a accordé au Journal du Dimanche de ce jour la journaliste Anne-Laure Barret tente de lui faire dire que Jacques Chirac (ancien très grand fumeur de cigarettes) a le moment venu eu une action politique remarquable contre le tabac. Ce dont tout le monde ou presque convient. Claude Evin évite ce qu’il perçoit comme un piège. Il rappelle que tout avait commencé « durant le second septennat de Mitterrand ».

Grands professeurs de médecine

« J’avais beau avoir fumé la pite pendant des années, quand de grands professeurs de médecine sont venus me trouver à mon arrivée au ministère de la Santé, en 1988, pour m’apprendre que ce produit provoquait 60 000 morts chaque année, j’en ai fait un dossier prioritaire. » Où l’on apprend :

1 Que Claude Evin a fumé la pipe pendant des années (et Michel Rocard des cigarettes);

2 Qu’il ne savait pas en 1988 que le tabac provoquait (au bas mot) 60 000 morts prématurées chaque année :

3 Qu’il ne garde de ces années là que le souvenir d’une action solitaire. Ce qui est un tantinet réducteur. Pour avoir suivi de très près ce dossier (dont Le Monde n’a jamais rechigné à faire une priorité) nous gardons le souvenir d’une affaire assez complexe avec la présence fidèle de nombreuses bonnes volontés de tous bords. Sans elles ont peut raisonnablement parier que la loi Evin n’aurait jamais émergé. Une loi dont ne voulait ni Louis Mermaz, ministre de l’Agriculture, ni Pierre Bérégovoy qui pilotait l’économie, ni Michel Charasse, ministre du Budget et « amateur de [gros ndlr] cigares ».  Michel Charasse, la Seita et les blousons Chevignon qui trouvère Jérôme Cahuzac, alors jeune membre du cabinet Evin, sur leur chemin.

Euphémisme

Aujourd’hui directeur général de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France Claude Evin n’a pas oublié qu’il a été ministre. Et sans doute ne désespère-t-il pas le redevenir. La Journal du Dimanche observe (euphémisme doublé d’une petite flatterie) que sur le front du tabac « tous ses successeurs n’ont pas eu le même volontarisme ». Réponse (dont la violence concise sera demain commentée dans les milieux et bureaux  autorisés) : « Aucun responsable de premier plan ne porte ce combat aujourd’hui ».

Vocation à incarner

Pire : « Il y a eu indéniablement, et il y a toujours, une absence de volonté politique. » L’ancien ministre de la Santé, aujourd’hui âgé de 64 ans, aurait-il demain vocation à incarner cette volonté ? La question ne lui est pas posée. Mais la réponse semble écrite entre les lignes.

Tout ceci n’a pas échappé au site des buralistes lemondedutabac.com. Site qui cède une nouvelle fois à sa propension à donner des leçons de journalisme. Extraits :

« Retour sur l’article du JDD de ce matin où il semble bien que l’interview de Claude Evin, sur le manque actuel de stratégie anti-tabac en France, soit une pierre jetée dans le jardin de Marisol Touraine L’article accompagnant cette interview (« A quand l’interdiction du tabac ») présente plusieurs chiffres.

• 18 000 buralistes. Le chiffre est faux. Les derniers recensements et estimations oscillant autour de 26 000 buralistes.

• Un coût du tabac de 47 milliards d’euros pour 14 milliards de recettes. L’enjeu mérite autre chose que des chiffres lancés à l’emporte-pièce, comme c’est le cas ici. En fait, il n’y a pas encore eu de vrais débats et d’analyses fouillées sur le sujet. Ne serait-ce qu’à partir des chiffres complètement différents du rapport parlementaire Binetruy / Dumont / Lazaro.

• Les pertes fiscales dues au fort tassement du marché officiel du tabac cette année : « 400 à 500 millions d’euros ». C’est probable, puisque le JDD cite une source ministérielle à Bercy selon laquelle les recettes fiscales baisseraient effectivement de cet ordre-là.

Nouvelle preuve qu’il est difficile désormais de conduire une politique anti-tabac sans tenir compte de la réalité du marché parallèle. Sujet que le JDD n’effleure même pas. Il est vrai aussi que le marché parallèle n’existait pas vraiment quand Claude Evin fumait encore la pipe … »

Dossier à suivre.

 

« Lemondedutabac.com » : ce qu’il est et ce qu’il n’est pas

Nous nous interrogions il y a peu sur l’identité et les raisons d’être de ce site mystérieux autocentré sur l’économie du tabagisme.

Nous avons été lus par les investigateurs du site arretssurimages.net. Que va faire maintenant le site des buralistes ? 

Le journalisme est, aussi, un métier. On veut dire par là que ne donne pas qui veut des leçons de journalisme. Ou plus précisément que ces leçons ne sauraient être anonymes. Les professeurs ne sont pas autorisés à garder trop longtemps le voile. A fortiori au temps de la Toile.

Méchamment

Ainsi donc nous nous interrogions il y a quelques jours sur ce blog : qui pouvait bien taper méchamment sur les doigts du Parisien/Aujourd’hui en France ? Et ce au motif que ce quotidien venait de révéler les pratiques de lobbying de Philip Morris auprès des eurodéputés. Pratiques nullement contestées par l’intéressé. Mieux:  la leçon dépassait ce titre pour embrasser celles et ceux qui, journalistes, avaient repris, en les sourçant, les informations de leur confrère. Qui était au clavier anonyme de www.lemondedutabac.com ?

Anonyme

Qui, caché, pouvait bien écrire :

« Fini le journalisme d’investigation avec des sujets remis dans leur vrai contexte. Maintenant, on ‘’met en scène’’ l’information afin de gagner quelques citations dans les revues de presse … Le lecteur en est réduit à chercher en permanence ce que l’on veut lui cacher. ».

« Comme prévu, l’article du Parisien suscite force reprises médiatiques (BFM TV, i TELE, France 2, radios, etc.) Conformément à la loi du genre, les rebonds sont encore plus outranciers. »

Documents dérobés

Qui pouvait, anonyme, laisser clairement entendre que les révélations du Parisien/Aujourd’hui en France étaient fondées sur des documents internes de Philip Morris ; documents qui avaient « été dérobés, purement et simplement ». Et d’ajouter : « Le plus surprenant dans cette histoire est que ce genre de mésaventure soit arrivé à un groupe connu, en fait, pour la rigueur de ses procédures internes. » Comment ne pas s’interroger sur ce que peuvent colporter de telles insinuations ?

On ne plaisante pas toujours avec le journalisme, d’investigation ou pas. Laure Daussy en fait la démonstration sur  le site arretsurimages (sur abonnement). Sans (trop) spoiler on dira qu’au terme d’une petite enquête facilitée par  le Comité national de vigilance contre le tabagisme (CNCT) on découvre que l’acteur principal du site n’est pas très éloigné de la Confédération des buralistes.

Journaliste

C’est un ancien journaliste qui présente l’affaire comme une initiative personnelle, plus broche du blog que du site. « Je m’amuse à décrypter les informations sur le tabac avec le parti-pris qui est le mien » explique-t-il. Bénévolat certes. Mais pourquoi l’anonymat ?   « Je ne voulais pas que cette activité puisse être reliée à mon activité au sein de la Confédération des buralistes. »

 Le Monde du Tabac se présente ainsi :

« Une fenêtre ouverte sur toute l’actualité concernant, à un titre ou à un autre, le tabac. Sans parti pris partisan mais avec une approche ouverte, exhaustive, informative. L’objectif est d’informer, tout simplement, sur des prises de parole, des faits, des chiffres. Tels qu’ils sont. Tels qu’ils peuvent être compris. Une contribution, parmi d’autres, à un débat permanent. »

Piment

A sa façon (et sans parler de ce blog-ci) arretsurimages partage pleinement cet objectif d’informer. Et son information est ici une contribution, parmi d’autres, à cet indispensable débat que réclame l’addiction massive et fiscalisée de la population française au tabac. Sans doute serait-il utile que www.lemondedutabac.com reprenne les informations le concernant.

Cela ne manquerait pas de piment.

 

 

 

Cigarette électronique, scandale de santé publique ? On y est presque

La « e-cigarette » se substitue à la la consommation de tabac. Est-elle dangereuse ? Pourquoi n’est-elle pas considérée comme un « produit de santé » et prise en charge par la collectivité ? Environ un demi-million de personnes y ont recours. L’Agence du médicament en déconseille l’usage. Un scandale de santé publique en gestation ? 

Ces quelques lignes sont issues aujourd’hui d’une dépêche de l’Agence France Presse reprises par de nombreux sites de médias, en l’occurrence celui du Point.

« Quelques années après son invention, la « e-cigarette », sans odeur ni feu, s’impose auprès d’un nombre grandissant de fumeurs comme alternative moins ruineuse et nocive que le tabac. « Pour l’instant rien n’interdit à un prof de fumer sa cigarette électronique en classe, ou un chirurgien dans une salle d’opération », relève le Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste du poumon (sic) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Ce grand pourfendeur du tabac a un discours critique mais plus nuancé sur la cigarette électronique. « En tant que médecin je ne peux pas recommander la cigarette électronique. Mais je laisserais faire un gros fumeur qui veut s’y mettre. Avec la cigarette, c’est 50 % de chances de se tuer. Avec la cigarette électronique, on ne sait pas trop mais, a priori, c’est moins », déclare le pneumologue.  Les fumeurs invétérés, désespérés par les échecs à répétition dans leurs tentatives pour arrêter, n’ont pas attendu l’avis des pneumologues pour essayer cet appareil en forme de tube, inventé en 2005 en Chine et capable de délivrer des doses de nicotine supérieures à une vraie cigarette.

 L’un des leaders du marché en France Clopinette, dispose de 20 boutiques et prévoit 15 ouvertures d’ici avril en France,Italie et Espagne. « Sur un an, nous avons vendu plus de 100 000 coffrets et le double de flacons », indique Karin Warin, cofondatrice de la marque. Les raisons de l’engouement : « Le prix de la cigarette est élevé et les composants de la cigarette font peur aux consommateurs qui cherchent une alternative », explique-t-elle.

« En tant que médecin je ne peux pas la recommander »Les utilisateurs seraient un demi-million en France, d’après les fabricants. Mais difficile de connaître avec précision l’ampleur du phénomène : une bonne part des ventes se font sur Internet et auprès de fournisseurs étrangers. Dans les bureaux de tabac, les ventes d’e-cigarettes sont « encore modestes », mais « de nombreux buralistes en proposent et on sent que le produit s’installe », commente Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes, qui voudrait « une exclusivité » sur ce produit pour la profession.

Les pharmacies n’ont, elles, pas officiellement le droit d’en écouler, selon une mise en garde expresse de l’Agence du médicament (ANSM) qui recommande « de ne pas consommer ce produit » pouvant « induire une dépendance ».

Pourtant, beaucoup d’officines en vendent, s’indigne le Pr Dautzenberg, qui critique l’absence d’encadrement sur ce produit taxé à 19,6 % (80 % pour le tabac) qui risque de devenir un « produit d’initiation au tabac » pour les jeunes. Une enquête réalisée auprès de 3 400 collégiens et lycéens parisiens montre que 12 % des 15-16 ans l’ont déjà expérimentée (19 % pour les 17 ans), dont beaucoup n’avaient jamais fumé avant. Les médecins conviennent que la cigarette électronique est bien moins nocive que la vraie cigarette : la vapeur qu’elle produit, imitant la fumée, est composée de nicotine, arômes et propylène glycol, substance utilisée dans les boîtes de nuit pour faire de la fumée. « Aucune donnée ne fait penser qu’elle puisse arriver à la cheville de la cigarette en terme de toxicité », indique le Pr Dautzenberg. »

Une synthèse de la situation actuelle est disponible sur Le Monde du Tabac, le site de défense des buralistes et de l’industrie du tabac.

L’Agence du médicament « ne recommande pas « 

Il semble essentiel ici de donné la copie du communiqué de presse (daté du 30 mai 2011) de l’Afssaps devenue ANSM. Document exemplaire et symptomatique. Le voici :

 « L’Afssaps recommande de ne pas consommer de cigarette électronique. Depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics, la cigarette électronique s’est développée en tant  qu’alternative à la cigarette classique, dont elle revêt l’apparence. Selon leurs revendications ou leurs concentrations en nicotine, ces produits peuvent être considérés comme des médicaments ou des produits de consommation courante.

Aucune cigarette électronique ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Par ailleurs,  les cigarettes électroniques ne peuvent être vendues en pharmacie car elles ne figurent pas sur la liste des produits dont la délivrance y est autorisée.

La cigarette électronique reproduit la forme d’une cigarette classique. La partie « tabac » présente à son extrémité une diode simulant visuellement la combustion, et à l’autre extrémité une résistance qui plonge dans la partie « filtre ». Des flacons de « e-liquides » 1 permettent de recharger la cartouche usagée. Lors de l’aspiration, la solution présente dans la cartouche s’échauffe et la vapeur produite est inhalée par l’utilisateur. 

L’Afssaps a mené une évaluation pour déterminer le statut des cigarettes électroniques notamment selon l’objectif revendiqué et la concentration en nicotine contenue dans les cartouches. Les cigarettes électroniques et leurs recharges répondent à la règlementation du médicament lorsqu’elles répondent à au moins l’un des critères suivants :

– si elles revendiquent l’aide au sevrage tabagique ;

– ou que la quantité de nicotine contenue dans la cartouche est supérieure ou égale à 10 mg ;

– ou que la solution de recharge « e-liquide » a une concentration de nicotine supérieure ou égale à 20 mg/ml. 

Pour ces 3 situations, le dispositif électronique constituant la cigarette répond à la définition de dispositif médical et doit, à ce titre, disposer d’un marquage CE. A ce jour, aucun type de cigarette électronique ne dispose d’une AMM, aucun fabricant n’ayant déposé de demande en ce sens. Par ailleurs les cigarettes électroniques ne peuvent être vendues en pharmacie car elles ne figurent pas sur la liste des produits dont la délivrance y est autorisée.

Les cigarettes électroniques ou solutions de recharge qui ne rempliraient aucun de ces 3 critères sont considérées comme des produits de consommation courante A ce titre, elles doivent répondre à l’obligation générale de sécurité conformément aux dispositions du code de la consommation.

L’Afssaps rappelle aussi que la nicotine est classée substance « très dangereuse » par l’OMS et que la réglementation du médicament encadre l’utilisation de produits de substitution nicotinique avec une exposition à la nicotine limitée et contrôlée. Même lorsqu’ils sont limités à 2%, les e-liquides  peuvent contenir des quantités de nicotine susceptibles d’entraîner une exposition cutanée ou orale accidentelle, avec des effets indésirables graves, notamment chez les enfants.

Par ailleurs, comme pour la cigarette classique, consommer des cigarettes électroniques peut induire une dépendance, pour toute quantité de nicotine contenue dans les cartouches. L’usage de ce produit expose donc les utilisateurs qui n’étaient dépendants ni aux cigarettes, ni à la nicotine, à un risque de dépendance primaire.

L’Afssaps recommande donc de ne pas consommer ce type de produit.

1 Les solutions de « e-liquides » sont composées de propylène glycol ou de glycérol, de divers arômes et éventuellement de nicotine »

Résumons la situation qui prévaut en janvier 2013.

1 Les autorités sanitaires françaises « déconseillent » la cigarette électronique

2 Environ un demi-million de personnes y ont recours et le marché se développe.

3 Rien ne permet de dire que ce procédé de substitution au tabac est dangereux pour la santé mais rien ne permet d’affirmer le contraire. On ne dispose d’aucune donnée épidémiologique  de pharmaco-surveillance et de risques/bénéfices

4 Comment les autorités sanitaires peuvent-elles se borner à déconseiller ce procédé ? Soit il est nocif soit in ne l’est pas. Dans le premier cas il doit être interdit. Dans le second, au vue des dégâts considérables dus au tabagisme il doit être évalué et le cas échéant recommandé voire remboursé.

5 Que se passera-t-il lorsqu’une action en justice sera engagée par des victimes contre l’Etat ? Soit pour avoir laissé en vente un produit dont il sera établi qu’il était nocif. Soit pour ne pas avoir tout mis en œuvre pour briser le cercle d’une dépendance vis-à-vis d’un produit hautement toxique dont il a le monopole de la distribution et qui est massivement taxé.