La hausse annoncée du prix du tabac est injuste en termes de pouvoir d’achat. S’indigner ou pas ?

Bonjour

Dès que possible faire passer le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en … trois ans. L’affaire a été votée dans la nuit du  17 au 18 octobre en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Et tout laisse penser que le Parlement suivra le gouvernement. Contrairement au chorus médiatique rien ne laisse espérer que la mesure, beaucoup trop étalée dans le temps, permettra de réduire notablement le nombre des fumeurs. Sans même parler de la contrebande, hydre de Lerne et des buralistes.

Mais encore ? « Derrière les enjeux de santé publique, cette décision a des conséquences non négligeables en termes de pouvoir d’achat, qui plus est de manière inégalitaire, peut-on lire dans un travail des « décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat). Les fumeurs, plus nombreux dans les foyers à faibles revenus, seront nettement frappés au portefeuille. Un enjeu loin d’être négligeable en plein débat sur le budget 2018, où le gouvernement se voit accusé de favoriser les plus riches au détriment des plus pauvres. »

Président des Riches

Et de citer l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)  qui a publié, en juillet 2017, une étude des effets de la politique du gouvernement. Leurs résultats montraient qu’en proportion des revenus, les 10 % de ménages les plus aisés étaient les grands gagnants des réformes en cours, tandis que les 10 % les plus pauvres voient leur pouvoir d’achat augmenter moins fortement que la moyenne (1,0 % contre 1,4 %). D’où, peut-être cette image de « Président des Riches ».

A elle seule, la hausse des prix du tabac représente une perte de pouvoir d’achat moyenne d’environ 0,8 % pour les ménages français, selon l’OFCE, qui y a consacré une note détaillée. Or, elle pénalisera plus durement les plus pauvres (parce qu’ils fument plus en moyenne, et parce que le prix du tabac est le même pour tous). Les chercheurs ont ainsi calculé que la seule hausse des prix du tabac représenterait en moyenne une perte de pouvoir d’achat de 2,4 % pour les 10 % de ménages aux revenus les plus bas. Una analyse partagée par la direction générale du Trésor qui a publié sa propre étude d’impact des mesures gouvernementales.

« Là aussi, le paquet de cigarettes à 10 euros apparaît comme une mesure ‘’plombante’’ pour le pouvoir d’achat (elle pèse notamment plus lourd que la baisse des APL) » soulignent les « décodeurs ». Ils ajoutent qu’une baisse de la consommation de cigarettes de l’ordre de 15 % combinée à la hausse de 3,50 euros des prix aurait pour conséquence environ 5 milliards d’euros par an de recettes supplémentaires pour l’Etat.

Duplicité à tiroirs

Et en toute hypothèse, sans surprise, « les gros fumeurs à faibles revenus seront durement touchés par la hausse des prix ». Et ceux qui voudront sortir de leur prison tabagique seront encore plus touchés puisqu’il leur faudra payer leurs substituts nicotiniques (ou leur cigarette électronique) au même prix que les riches. On peut s’indigner de cette duplicité à tiroirs.

« Ces données ne remettent évidemment pas en cause le bien -fondé de la lutte antitabac », conclut, in extremis, Le Monde. Pour rappel, le tabac est responsable d’environ 78 000 décès prématurés chaque année en France ce qui en fait la première cause de mortalité évitable.  Quant au « coût social » du tabagisme il est estimé (par l’économiste Pierre Kopp) à hauteur de 120 milliards d’euros par an. Sans parler des drames et des larmes. A comparer aux 14 milliards d’euros que les taxes sur le tabac rapportent à l’Etat.

A demain

 

Déserts et politique : Edouard Philippe et Agnès Buzyn prêchent dans le Limousin

 

Bonjour

Contre les déserts ce sera l’inverse des vaccins : (tenter de) convaincre sans contraindre. Le plan gouvernemental visant à « renforcer l’accès territorial aux soins » a été présenté ce vendredi 13 octobre par Édouard Philippe et Agnès Buzyn, lors d’un déplacement à Châlus (Haute-Vienne). Dans le Limousin historique. C’est là, pas très loin de chez le Dr Knock et dans une maison de santé pluridisciplinaire, qu’ils ont décliné un programme « articulé autour de quatre priorités ». On verra là un rituel gouvernemental. Il y a cinq ans Marisol Touraine, jeune ministre, avait fait de même avec une douzaines d’axes prioritaires. C’était à Scorbé-Clairvaux  dans le département de la Vienne. Nous y étions, avec Ségolène Royal. Sourires, sous-préfet et roulements de tambours. Puis tout le monde a oublié. Aujourd’hui Mme Touraine et au Conseil d’Etat Mme Royal en charge des  deux Pôles du Globe. Dans l’Hexagone, les déserts n’ont cessé de progresser.

Quid d’aujourd’hui ? « Le plan dévoilé vendredi 13  octobre par le Premier ministre,  et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour lutter contre les déserts médicaux ne comporte aucune mesure spectaculaire qui marquera les esprits, tacle Le Monde. La remise à plat du numerus clausus promise pendant la campagne présidentielle par le candidat Emmanuel Macron, et destinée à mieux adapter le nombre  de médecins formés aux besoins des territoires, n’y figure d’ailleurs pas. » Promettre et, en même temps, différer leur traduction dans les faits.

Le premier axe, résume Le Quotidien du Médecin,  consiste à renforcer l’offre de soins dans les territoires avec une présence médicale accrue. Mesure phare contre les déserts : la publication dès novembre d’un nouvel arrêté de zonage pour les généralistes permettant d’élargir les secteurs fragiles éligibles aux aides conventionnelles ; la fraction de la population concernée passera de 7 à 18 %.  Autre incitation : favoriser le cumul emploi/retraite des praticiens libéraux grâce au relèvement du plafond de revenu annuel de 11 500 euros à 40 000 euros dans les zones « en tension ». Il sont déjà 18 000 à cumuler, on prie pour qu’ils soient 35 000 en 2025.

Le Triomphe de la médecine

D’autres mesures encore, comme la « valorisation des consultations avancées en zone sous-dense » (sic). Et la cerise médiatique : création de 300 postes d’« assistants partagés » entre la ville et l’hôpital dès 2018 en zone fragile (contrat par exemple entre un hôpital et cabinet libéral ou un centre de santé). On va accélérer la révolution numérique et la télémédecine. Sans oublier de généraliser dès 2018 le dossier médical personnel en 2018…  On va aussi doubler le nombre de maisons de santé et de centres de santé durant la fin du quinquennat. Toutes les mesures sont détaillées sur le site du ministère. Et le texte s’approche du lyrique jacobin et décentralisé :

« Chaque territoire est différent. En ville, en périphérie ou à la campagne, sur une île ou en montagne, la prise en charge des problèmes de santé peut varier. La démarche pour l’égal accès aux soins vise à ce que chaque territoire dispose d’un projet de santé adapté et sur-mesure.

Le Plan du Gouvernement pour l’égal accès aux soins dans les territoires propose des solutions aux problématiques identifiées par les patients, mais aussi par les élus et les professionnels de santé. (…) Chaque professionnel de santé exerçant dans un territoire ou souhaitant s’y installer pourra élaborer son propre projet professionnel et mieux l’articuler avec sa vie privée. Il pourra évoluer dans sa carrière professionnelle grâce à la mise en place d’un guichet unique qui l’informera, l’aidera et l’accompagnera dans ses démarches administratives. »

Il faudra, en fin de quinquennat songer à revenir à Châlus (Haute-Vienne). Sans oublier le nouveau Knock, annoncé pour la semaine prochaine. Eternel Triomphe de la médecine.

A demain

Stimulation cérébrale « miraculeuse » : Libération accuse les chercheurs de mensonge

 

Bonjour

La charge est massive : « Stimulation cérébrale, quand les chercheurs mentent ». Restera-t-elle sans réponse ? On savait que la publication-événement  de l’équipe lyonnaise quant à la stimulation cérébrale d’un malade en état végétatif déclencherait des réactions passionnées avec, en toile de fond, les déchirements de l’affaire Vincent Lambert. On espérait qu’elles seraient, sinon idéologiquement moins marquées, du moins plus élaborées. Las, les chercheurs eux-mêmes se sont mis dans une situation difficile : en omettant volontairement de préciser que leur patient était décédé au moment où leur travail été publié ils ont, de facto, déclenché des accusations éthiques jusqu’alors retenues.

De ce point de vue Libération constitue un cas d’école. Dès le 26 septembre, au lendemain de la médiatisation de la publication dans Current Biology  le quotidien de Jean-Paul Sartre titrait : « Une stimulation cérébrale aurait redonné un peu de conscience à un patient en état végétatif ». Et d’interroger par téléphone la dernière signataire de l’étude, la Dr Angela Sirigu directrice de l’Institut de science cognitive Marc-Jeannerod de Lyon (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du Monde) :

Apprentis en sorcellerie

« N’avez-vous pas eu le sentiment, parfois, de jouer aux apprentis sorciers ?

– Et pourquoi ? Nous ne sommes pas des sorciers. On fait des choses, et l’on sait très bien ce que l’on fait. Ce n’est en rien de la sorcellerie. Là, nous avons montré qu’il y a des signes de conscience. C’est notre espoir, il faut continuer, et nous, on travaille.

« Mais vous pouvez comprendre l’éventuel choc pour les proches du millier de patients qui sont depuis des années en état végétatif, en France aujourd’hui ?

– D’abord, il ne s’agit que d’un cas. Ensuite, la science est faite pour faire changer les idées, les opinions, voire la réalité. C’est notre métier, c’est notre mission. Mais bien sûr, il faut attendre. »

Aujourd’hui Libération n’interroge plus mais commente à la lumière des précisions données par Le Monde quant au décès du patient :

« (…) Propos ahurissants d’un chercheur. Non seulement ils ont caché une information décisive pour ne présenter qu’une version miraculeuse de leur essai. Qui plus est, ils l’ont fait pour un essai qui d’un point de vue éthique pose des problèmes délicats. Ainsi, le patient, évidemment, n’avait pu donner son consentement. De plus, qui peut affirmer que cette stimulation était sans douleur ? Mais encore, on peut se demander si le patient se trouvait «mieux» dans cet état de légère conscience qu’avait provoqué la stimulation. Enfin, même si les chercheurs insistent pour dire qu’il n’y a pas de lien entre cette stimulation et le décès de ce jeune homme, qui peut désormais les croire ? »

Questionnements et critiques éthiques

Qui peut croire en quoi à la lisière du coma et de la conscience ? La Dr Angela Sirigu apporte quelques éléments de réponse dans un entretien accordé au Quotidien du Médecin :

« Vos recherches sur un patient dans un état végétatif ont soulevé de nombreux questionnements éthiques et de nombreuses critiques. Qu’en pensez-vous ?

– Pour ce type de patient, il faut choisir entre ne rien faire ou faire quelque chose. Si nous ne faisons rien, il va rester tout le temps dans cet état végétatif. Nous avons choisi de faire quelque chose, sachant que nos études n’étaient pas invasives, hormis l’intervention chirurgicale d’une vingtaine de minutes pour implanter le stimulateur dans son thorax. Je trouve décevant que certaines personnes critiquent le fait qu’on cherche à aider ces patients.

– Nous nous sommes consacrés à étudier les mécanismes de la conscience et à chercher comment nous pourrions améliorer les interactions avec l’environnement de patients en état végétatif. Nous ne l’avons pas fait que dans le but de faire une découverte, nous l’avons fait pour aider ces patients et aussi pour sensibiliser les chercheurs à cette problématique. Il y a peu de recherches faites sur ces patients donc on ne peut pas avancer. Peut-être qu’un jour nous pourrions leur faire atteindre un seuil de conscience leur permettant d’interagir avec leur environnement.

– Certains nous ont reproché de réveiller le patient d’un état où il ne souffre pas, mais en fait on ne sait pas si les patients dans un état végétatif souffrent ou non. En tant que scientifique, ma mission est de comprendre pourquoi ils sont dans cet état et d’essayer de les aider. Nous avons obtenu des résultats intéressants, mais il faut les prendre avec précaution car il faut les répliquer. Nous avons ouvert une brèche, il faut que d’autres études viennent étayer nos résultats et les confirmer. Je souhaite plus de recherches pour avoir plus de connaissances et pour mieux aider ces patients. Je pense que c’est nécessaire. »

A demain

 

 

Rebondissement : le patient lyonnais qui avait été sorti de son état végétatif est décédé  

 

Bonjour

Certains auront l’impression d’avoir été floués. A tort. Le Monde (Florence Rosier et Herbé Morin) revient aujourd’hui sur les raisons expliquant que le « décès de Guillaume T. n’a pas été révélé ». Guillaume T., un cas hors du commun dont la récente médiatisation allait éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme âgé de 35 ans, plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») et qui avait retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette première avait fait l’objet d’une publication datée du 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation » ; une publication signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par la Dr Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon).

Le Monde avait été l’un des premiers médias généralistes à faire état de cette première. En prenant soin de préciser qu’Angela Sirigu était une contributrice régulière de son  supplément « Science & médecine ».

Et c’est Le Monde qui, dans ce supplément annonce la mort du patient. « C’est à notre demande que le décès de Guillaume n’a pas été révélé, pour des raisons privées » souligne la mère de Guillaume T. qui « a accepté de parler au Monde ». Ni l’ article de Current Biology ni les chercheurs (pourtant interrogés sur l’ avenir de ce patient) n’avaient fait état de cette mort. C’est le Parisien qui, le mercredi 27  septembre, avait révélé ce son décès – une « omission » qui  a suscité de nombreuses questions. Pour sa part Angela Sirigu indique s’être conformée au souhait des proches.

Apnées du sommeil et infection fatale

« Nous en avions discuté avec la -familleEnsemble  nous avions pensé, à tort, que cela allait entraîner un amalgame entre la stimulation et le décès , confirme le Pr JacquesLuauté, qui suivait Guillaume T. depuis plusieurs années dans son service de réadaptation neurologique du CHU de Lyon. On était arrivé à la conclusion que ce décès – sans lien avec l’expérimentation – était un événement familial intime . C’était une erreur, car il était évident qu’on nous demanderait ce que ce patient était devenu. » Exact.

Guillaume T. a fait l’objet , conformément à un protocole visé par un « comité de protection des personnes » d’une stimulation nerveuse entre janvier et septembre  2016. Sa famille a ensuite souhaité poursuivre ces stimulations. « Il était beaucoup plus présent , j’ai vu les bénéfices pour mon fils, témoigne sa mère . Cela a été une très belle période. » Puis, en février  2017, la famille fait état d’apnées du sommeil (effet indésirable de la stimulation du nerf vague). Après diminution de l’ampérage, le stimulateur implanté a été définitivement éteint en mars dernier. « En juin, alors qu’il faisait très chaud, relate sa mère, il a fait une infection qui s’est aggravée en quelques jours. » Elle sera fatale. Il n’y a pas eu d’autopsie. Pourquoi ?

Fallait-il faire état du décès dans le manuscrit accepté par Current Biology ? Sans doute. Etait-ce possible ? Selon Steven Laureys (université de Liège), l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du domaine « par souci d’honnêteté, il aurait été bien de le mentionner». « La transparence , c’est très important, souligne-t-il. Mais cela n’enlève rien, selon moi, à l’ intérêt potentiel de cette technique. » Et maintenant ?

A demain

Enfants non vaccinés: que fera la police contre ceux qui passent entre les mailles du filet ?

Bonjour

L’Ordre des médecins, dans son infinie sagesse, a parlé : il se félicite de l’extension prochaine de l’obligation vaccinale à onze vaccins à titre temporaire ; il salue les récentes déclarations de la ministre des Solidarités et de la Santé, qui sont venues confirmer l’extension à onze vaccins de l’obligation vaccinale à partir du 1er janvier 2018 ; il a régulièrement rappelé l’importance d’avoir une gouvernance claire de la part des pouvoirs publics pour faire face au défi qu’est la défiance vis-à-vis de la vaccination.

Mieux encore : l’Ordre est pleinement satisfait de l’introduction d’une « clause d’exigibilité », selon laquelle un enfant non vacciné ne saurait entrer en collectivité. Il s’agit d’une demande exprimée dès janvier 2015 par l’Ordre des médecins et l’Académie de médecine, dans une déclaration commune. Plus radicalement l’Ordre accueille également favorablement la décision de refuser le principe d’une clause d’exemption face à l’obligation vaccinale. Rappelons que l’Ordre s’était publiquement opposé au principe même de « clause d’exemption » évoqué au terme d’une consultation nationale citoyenne.

Voilà pour les satisfactions ordinales. Elles ne sauraient masquer bien longtemps quelques questions déontologiques et pratiques que nul, en haut lieu, n’ignore mais que nul ne veut publiquement évoquer. A commencer par la réalité cachée des certificats vaccinaux de complaisance. Une version moderne et médicalisée de la désobéissance. Les recettes sont connues. « Il faut aller voir un homéopathe, lui demander des faux certificats de contre-indication, il n’y a pas d’autre solution ! Mais il faut tenir sa langue… 

Iceberg antivaccinal

On se souvient, en France, qu’en 2016 l’Ordre a radié à vie le Dr Philippe Bry , 52 ans, pédiatre homéopathe, exerçant depuis 28 ans dans la commune de Fondettes (Indre-et-Loire). Il était  fortement suspecté d’avoir produit un faux certificat de vaccination pour un jeune garçon de huit ans ultérieurement victime du tétanos. Cet invraisemblable cas tétanique ligérien avait eu un certain écho national. Il avait permis d’entrevoir la pratique médicale qui consiste certifier avoir vacciné alors qu’on ne l’a pas fait. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé avait fermé les yeux sur cette pointe à peine émergée de l’iceberg antivaccinal. Qu’en sera-t-il avec Agnès Buzyn dont la politique d’obligation vaccinale ne peut que réactiver le sujet ?

 « ‘’Il faut aller voir un homéopathe, lui demander des faux certificats de contre-indication, il n’y a pas d’autre solution ! Mais il faut tenir sa langue’’. Parmi les quelque 300 manifestants venus réclamer la « liberté vaccinale », samedi 9 septembre, sous les fenêtres du ministère de la santé, à Paris, Françoise, une enseignante de 58 ans, expliquait à qui veut l’entendre comment elle a réussi à ne pas faire vacciner ses deux enfants… » rapportait Le Monde au lendemain de l’événement.

Imposer des sérologies aux tout-petits ?

Qui sont-ils, combien sont-ils, ces extrémistes déguisés, à prêcher cette désobéissance condamnable ? L’exécutif semble incapable de répondre. L’Ordre laisse pour sa part entendre que ses chambres disciplinaires ont été davantage saisies de ce sujet depuis deux ans. 

« Sans recourir à des faux, certains parents espèrent qu’en se faisant discrets, ils réussiront à passer entre les mailles de contrôles pas toujours très serrés, rapporte encore Le Monde‘’Lorsqu’à la crèche ou à l’école, on nous demande si nos enfants sont à jour, on dit simplement oui’’ , raconte Delphine, une employée de bureau de 37 ans qui n’a pas vacciné deux de ses trois enfants. En cas de contrôle plus poussé et si une copie du carnet de santé attestant des vaccins est demandée, ‘on donne la copie d’un carnet d’un enfant vacciné’’. ‘’Il y a plein de gens qui bidouillent, mais je ne suis pas pour la falsification des carnets, car ça fausse les chiffres’’poursuit-elle, regrettant que ‘’les règles actuelles obligent à passer par des systèmes hors la loi pour protéger nos enfants’’. »

 Et demain ? Que fera la police contre les parents qui passent entre les mailles du filet ? Saisir et faire analyser les certificats de contre-indications qui se multiplieront ? Imposer des sérologies à l’entrée des tout-petits en collectivité ?

A demain

 

 

Rebondissement dans l’affaire Vincent Lambert : nouvelle polémique médicale et scientifique

Bonjour

L’affaire réunira, une nouvelle fois, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Les uns y verront la providence ou la fatalité ; les autres le simple effet du hasard.  Dans un courrier daté du 22 septembre, le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims) a informé la famille de Vincent Lambert qu’ une nouvelle procédure collégiale médicale allait être engagée à la demande de François Lambert, le neveu du malade favorable à un arrêt des soins qui lui sont prodigués.

Trois jours plus tard une équipe de chercheurs et de médecins lyonnais publiait dans une revue scientifique comment elle était parvenue à faire qu’un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») retrouve un état de « conscience minimale » via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

« Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré », déclarait dans Le Monde le Pr Lionel Naccache, (Institut du cerveau et de la moelle épinière, hôpital de la Pitié-Salpêtrière). « Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. C’est un traitement chirurgical très prometteur » estimait le très mesuré Pr Steven Laureys (Coma Science Group, Liège) l’un des meilleurs experts mondiaux du domaine.

Idéologie et ingéniosité

A l’âge de 20 ans, le patient lyonnais avait été victime d’un accident de la circulation qui avait provoqué de graves lésions cérébrales. Qui établirait le parallèle avec le cas de Vincent Lambert, victime d’un accident de la circulation en 2008 et aujourd’hui âgé de 41 ans ? C’est aujourd’hui chose faire, sur le site Gènéthique, par Me  Me Jean Paillot, avocat des parents de Vincent Lambert : « Vers une 4ème procédure collégiale contre les avancées de la science ? ».

Pour l’avocat la proximité des dates est un « signe » :

« Elle témoigne dans un cas d’une volonté acharnée et en réalité idéologique de faire disparaître Vincent Lambert ; elle témoigne dans l’autre de l’ingéniosité humaine pour venir en aide aux meurtris de la vie. Supprimer celui qu’on n’arrive pas à guérir ? Ou le soigner, le dorloter, le choyer, parce que personne n’est maître de la vie de son patient et qu’une avancée de la science, ou de l’individu lui-même, est toujours possible dans le cas de lésions cérébrales ? C’est en réalité le défi éthique et juridique majeur de l’affaire Vincent Lambert. »

De fait de nouvelles questions ne peuvent pas, selon cet avocat, ne pas être soulevées. Le CHU de Reims, où se trouve Vincent Lambert, est-il capable de reproduire sur ce patient le protocole réalisé à Lyon ? À défaut, ne faudrait-il pas transférer Vincent Lambert dans une unité capable de tenter un protocole similaire ? On peut aussi aujourd’hui raisonnablement s’interroger, à la lumière du résultat lyonnais, sur le jugement prononcé par le Conseil d’Etat saisi de l’affaire Lambert. Selon les hauts magistrats la poursuite de la nutrition et de l’hydratation pouvait, désormais, être considérée comme une «obstination déraisonnable». Est-ce toujours vrai ?

A demain

 

Roundup : quelles leçons faut-il tirer de l’impensable cacophonie gouvernementale ?

Bonjour

Jupiter redescendra-t-il un jour sur notre Terre, sa vallée de larmes et ses mauvaises herbes ? Pour l’heure, dans les étages agricoles inférieurs, c’est le règne de l’ Incurie : « Indifférence et manque total de soin ou d’application dans l’exercice d’une fonction ou dans l’exécution d’une tâche ». « Un grand jardin mélancolique, dont les pelouses négligées, les arbres mal taillés, annonçaient l’incurie du propriétaire (Ponson du Terrail., Rocambole, t. 2, 1859, p. 75) ».

Affaire rocambolesque, précisément, que celle du Roundup-glyphosate. Une affaire qui voit régulièrement Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire dire une chose et en même temps, Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, laisser entendre son contraire. Objet de la cacophonie : l’interdiction (plus ou moins) programmée des insecticides néonicotinoïdes et très précisément de l’emblématique Roundup-glyphosate.

Rétropédalage de M. Castaner

Nicolas Hulot et Stéphane Travert, sans oublier Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement. Lundi 25 septembre, sur RMC BFM-TV, M. Castaner déclare que le trop célèbre herbicide « ainsi que tous ceux qui lui ressemblent et qui menacent la santé des Français » serait interdit en France « d’ici la fin du quinquennat ».

Est-ce bien vrai ? Contactés par Le Monde, les services du Premier ministre démentent et assurent qu’un tel calendrier n’existe pas.  « Pour l’heure, la seule proposition de Bruxelles qui est sur la table est celle d’une réautorisation du glyphosate pour dix ans, et la France votera contre cette proposition, explique-t-on à MatignonLa date à retenir est l’interdiction du glyphosate à partir du 1er janvier 2019 pour les particuliers, sachant qu’il est déjà interdit depuis le 1er janvier 2017 pour les collectivités. »

 Puis rétropédalage du porte-parole gouvernemental sur le fil de l’AFP : « Avant la fin du quinquennat, le gouvernement s’engage à obtenir des progrès significatifs pour tous les pesticides ». Plus question d’une interdiction du désherbant controversé d’ici la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Cafouillage volontaire ?

Cette cacophonie était-elle volontaire ? On peut ne pas le penser et, en même temps, ne pas l’exclure. Elle a aussitôt  relancé les spéculations sur les réelles intentions du gouvernement français « Il est évident que si l’on envisage une sortie du glyphosate pour la fin du quinquennat, cela signifie qu’il sera encore autorisé pour les cinq prochaines années, assure l’ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage, présidente de Cap21. Reporter les décisions à la fin du quinquennat signifie simplement que l’on ne fera rien. On ne peut pas être favorable aux pesticides et en même temps défavorable aux pesticides. »

A l’inverse, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles perçoit dans le cafouillage de M. Castaner la possibilité que la France fasse cavalier seul : en cas de réautorisation pour dix ans de la substance au niveau européen en interdire de manière unilatérale, sur son sol. « Si la Commission européenne dit oui, il est hors de question que la France impose des règles plus strictes, menace Christiane Lambert, présidente du puissant syndicat.

Et aux antipodes de Mme Lambert un possible assouplissement de la position française indigne une nouvelle fois les associations de protection de la santé et de l’environnement. « Dans le cadre du règlement européen sur les pesticides, il est prévu l’interdiction pure et simple de toute substance pesticide à partir du moment où celle-ci est classée comme cancérogène probable, ce qu’est le glyphosate d’après le Centre international de recherche sur le cancer », rappelle Générations futures.

Cancérogène probable pour l’OMS et en même temps probablement non cancérogène par les expertises européennes. Jupiter redescendra-t-il un jour sur notre Terre ?

A demain