La « PMA pour toutes » sème zizanie et divisions au sein des députés du président Macron

Bonjour

La bioéthique est aussi (surtout) une affaire politique. Ainsi le dossier de la « PMA pour toutes » avec les premiers couacs majeurs au sein des députés macroniens. L’affaire peut être simplement résumée. Nous rapportions il y a peu le dernier mouvement des troupes présidentielles : « L’élu de la majorité Guillaume Chiche espère élargir aux célibataires et aux lesbiennes la procréation médicalement assistée ».

Tout était en place, aucun manquement aux boutons des guêtres macroniennes. Une seule tête. Du moins le croyait-on. Au lendemain du rapport du Conseil d’Etat François de Rugy, du haut du Perchoir déclarait sur BFMTV souhaiter une proposition de loi ; dans la foulée l’entretien accordé par Guillaume Chiche, ancien socialiste, membre de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Khan  puis de Jean-Paul Huchon.

Rappelons que, selon Le Monde, le député Chiche est l’un des « janissaires dévoués corps et âme au chef de l’État, qui ne dépendent que de lui, ne rendent de comptes qu’à lui ». Autant dire que l’on ne peut imaginer que M. Chiche avance sans un sauf-conduit discrètement tamponné au Palais de L’Elysée. Un palais qui reste totalement silencieux sur le sujet, le président de la République semblant avoir oublié sa (discrète) promesse de campagne.

Les Bleus et les obscurantistes

La proposition de loi du député Chiche ? « L’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et aux couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale». Et le janissaire républicain des Deux-Sèvres de redouter que des « militants obscurantistes » ne cherchent à « refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ».  Ces rétrogrades aveuglés, à défaut d’empêcher l’élargissement de la PMA, pourraient selon lui « s’opposer à son remboursement par l’assurance maladie – ce qui aboutirait à une discrimination financière ».

Obscurantistes ? Agnès Thill appréciera. « Fille d’ouvrier, Mme Thill a grandi dans une famille ouvrière chrétienne, dit d’elle Wikipédia. Agnès Thill est divorcée et a élevé seule sa fille. Après avoir été longtemps institutrice dans l’Oise, elle est directrice d’école primaire à Paris. À la suite de son élection, elle se met en disponibilité pour la durée de son mandat. »

Cette députée élue de l’Oise, reproche aujourd’hui ouvertement à son collègue des Deux-Sèvres son initiative. Et elle le fait savoir dans les médias. « Si les Bleus ont gagné c’est parce qu’ils ont joué collectif », réplique la députée férue d’actualité sportive et politique.  « On vient juste de commencer des travaux d’une mission d’information consacrée, entre autres, à ce sujet, les auditions ne sont pas terminées, ajoute-t-elle, agacée, auprès du Monde. Tout cela pose des questions que nous abordons dans le cadre de la mission d’information. Pour moi, l’ADN d’En marche c’est “écoute, bienveillance et consensus”, on n’y est pas !  C’est insupportable, dès qu’on émet une réserve sur ces sujets de bioéthique, on est vus comme des membres de Sens commun ! Si tout est joué d’avance, il faut nous le dire. »

Qui le dira à la députée Thill ?

A demain

 

L’opération-éclair d’un janissaire du président Macron en faveur de la « PMA pour toutes »

Bonjour

Grouchy ou Blücher ? Blücher ou Grouchy ? Ce fut Chiche. Guillaume Chiche : jeune député des Deux-Sèvres. Lendemain de 14 juillet 2018: « L’élu de la majorité Guillaume Chiche espère élargir aux célibataires et aux lesbiennes la procréation médicalement assistée ».

Une affaire parfaitement menée, donc. Au lendemain du rapport du Conseil d’Etat ce fut François de Rugy qui, du haut du Perchoir déclara sur BFMTV souhaiter une proposition de loi (débarrassant dans le même instant le président de la République et son gouvernement) ; puis aujourd’hui un entretien miraculeusement accordé au «JDD» par  l’ancien socialiste, membre de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Khan  puis de Jean-Paul Huchon.

Guillaume Chiche qui, explique Le Monde, fait partie d’une petite dizaine de députés formant « la garde avancée d’Emmanuel Macron, au Palais-Bourbon comme dans les médias. Des janissaires dévoués corps et âme au chef de l’État, qui ne dépendent que de lui, ne rendent de comptes qu’à lui ». Chiche pro-PMA pour toutes mais/et qui proposait dans un rapport parlementaire publié fin mars 2018 la suppression du quotient familial.

«Ma proposition de loi ouvre la PMA à toutes», explique-t-il aujourd’hui – tout en se défendant (sic) de «chercher à mettre la pression sur le gouvernement». Son texte ?  il «contient l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et aux couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale».

Insupportable

« Aujourd’hui, il existe une discrimination insupportable dans l’accès à une pratique médicale. Je veux la supprimer le plus rapidement possible : j’explore tous les moyens pour garantir l’égalité entre les femmes » dit-il encore. Où l’on voit que le député de la Sèvre niortaise fait bien peu de cas de ce qui est de l’ordre de la thérapeutique et de ce qui ne l’est pas.

En harmonie parfaite avec M. De Rugy, le janissaire de Niort pressent que son texte pourra être adopté « avant la fin 2018 ». Mais le grognard craint en même temps que des « militants obscurantistes » ne cherchent à « refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ».  Ces rétrogradesaveuglés, à défaut d’empêcher l’élargissement de la PMA, pourraient « s’opposer à son remboursement par l’assurance maladie – ce qui aboutirait à une discrimination financière ». Où l’on voit, déjà, les éléments de langage qui fleuriront sur le champ de bataille.

Enfin, M. Chiche explique que sa proposition de loi « contient la double filiation maternelle », c’est-à-dire que « les deux femmes d’un couple homosexuel seront reconnues comme mères de l’enfant né d’une PMA ». Il souhaite aussi que la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui, interdite en France mais réalisée à l’étranger, soit automatiquement reconnue. Un argument dont le camp d’en face se servira pour, sur l’échiquier démocratique, jouer le coup de la « pente glissante ». Belle partie de rhétorique éthique en perspective.

A demain

 

Capitalisme : «Doctolib» dévore «Mondocteur» tandis que TF1 va avaler «Doctissimo»

 

Bonjour

Nous sommes à la lisière de la médecine, du micro-disruptif et des immenses marigots capitalistes. Sans oublier nos deux grands déserts français : celui de la presse papier de jadis et celui des médecins qui disparaissent des territoires.

« Après le désengagement du symbolique magazine Elle, les cessions se poursuivent chez Lagardère, rapporte Le Monde (Sandrine Cassini). Le groupe de médias, qui souhaite se recentrer sur l’édition et les boutiques d’aéroport, a annoncé mercredi 12 juillet la vente de son pôle e-santé pour 60 millions d’euros. Logé au sein de sa branche médias et Internet, ce pôle comprend les sites ‘’Mondocteur’’ et ‘’Doctissimo’’. »

Qui, aujourd’hui, parmi les innombrables connectés français, ne connaît l’un 1 et l’autre, cette bulle symptomatique et rutilante consacrée, sur la Toile, « à la santé et au bien-être », improbable créature d’un étrange médecin flirtant avec le transhumain 2.

Facturé 109 euros par mois et par praticien.

Le montant de la vente de « Mondocteur » n’a pas été dévoilé. Le Monde (qui s’y connaît) croit savoir qu’il serait compris entre 45 et 50 millions d’euros « en cash » et « malgré les déficits de la start-up ». « Doctolib » et « Mondocteur » ? Deux jeunes crocodiles offrant aux patients un service de prise de rendez-vous et de suivi de visites chez les médecins. Rien de plus qu’un « outil de gestion des consultations ». Avantage : diminuer le nombre d’appels vers les secrétariats et de réduire drastiquement le nombre de rendez-vous « non honorés », en envoyant des messages de rappel en amont. Facturé 109 euros par mois et par praticien. Les pros parlent d’un « potentiel de développement considérable ». L’immense AP-HP est déjà dans le giron. D’autres, c’est écrit,  suivront.

Le Monde, en direct de la jungle :

« Pour régler son achat, Doctolib, dont le chiffre d’affaires, qui double chaque année, est compris entre 50 millions et 60 millions d’euros, va puiser dans les 85 millions d’euros levés auprès des fonds d’investissements Accel Partners, BPI France et Eurazeo. Même si la société est déficitaire dans la mesure où elle investit massivement, elle serait valorisée entre 500 millions et 1 milliard d’euros. Ses dirigeants conservent plus de la moitié du capital. Avec la reprise de Mondocteur, Doctolib veut accroître sa force de frappe dans cette « course de marathon », explique son cofondateur, ancien tennisman de 31 ans, qu’une blessure a empêché de faire carrière. »

Et quid de l’avenir de Doctissimo ? Silence : le géant Lagardère est entré en négociations exclusives avec le géant TF1.

A demain

1 « MonDocteur » se présente ainsi : « Lancé en 2013 par Thibault Lanthier, Benoit Grassin et Nicolas Klein, MonDocteur simplifie le quotidien des professionnels de santé en leur proposant un service de prise de rendez-vous médicaux en ligne associé à un agenda sur-mesure et à d’autres services exclusifs. Dédiée aussi bien aux médecins libéraux qu’aux établissements de santé, la solution de MonDocteur leur permet ainsi de gagner du temps de secrétariat, de réduire l’absentéisme de leurs patients, d’augmenter leur visibilité, de collaborer plus efficacement avec leurs confrères et d’instaurer une relation privilégiée avec leurs patients. Quant aux patients, ils peuvent prendre rendez-vous avec un praticien en quelques clics et bénéficient de services innovants tels que le carnet de santé en ligne. MonDocteur compte aujourd’hui 150 salariés. La société était détenue par ses trois fondateurs et Lagardère Active. Plus d’informations sur MonDocteur directement sur le site http://www.mo »

2 « Doctissimo »

 

 

Sida : l’IGAS accuse le ministère de la santé de contaminations qui auraient pu être évitées

Bonjour

Reprenons. Hier Le Monde faisait état de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) – document qu’il « s’était procuré ». Un rapport laissant entendre qu’« entre 1 666 et 4 000 » contaminations par le VIH auraient été évitées si l’Agence nationale de sécurité du médicament avait autorisé plus vite, en prévention, un médicament commercialisé sous le nom de Truvada® .

Le Monde rappelait que ce rapport résultait de la mission mandatée le 15 mars 2017 par Marisol Touraine, alors la ministre de la Santé – une mission qui fut confiée à deux inspecteurs de la prestigieuse institutions – deux « historiques » (MM. Gilles Duhamel et Aquilino Morelle) dont on aurait pu, dans un autre monde, imaginer qu’ils se seraient déportés. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Hier ce document n’était pas disponible. L’IGAS nous apprend qu’il est aujourd’hui  en ligne : « Evaluation de la recommandation temporaire d’utilisation de TRUVADA ® dans la prophylaxie pré-exposition de l’infection par le VIH : un enseignement pour la santé publique ».

Contaminations évitables

Ce document est accompagné d’un « communiqué de presse » qui soulève quelques graves questions inédites. Que s’est-il passé entre janvier 2016 et mars 2017 sur le front de la prévention de la contamination par le VIH ? A priori rien de scandaleux :

« La mission montre que la mise en œuvre de cette RTU s’est déroulée de façon satisfaisante : en particulier, l’élaboration du protocole, les modalités de suivi médical des personnes et la collecte des données ont été convenablement menées ; en termes financiers, la prise en charge à 100 % de la PrEP, jugée nécessaire, a été mise en place. »

C’est en amont, sur le processus de décision lui-même, que la « mission est plus critique ». Elle souligne la longueur de durée d’instruction de la RTU du TRUVADA® . Selon la mission, « ce délai a entraîné des contaminations qui auraient pu être évitées ». On lira, dans ce communiqué, les recommandations formulées par les auteurs du rapport.

Mais ce même communiqué comporte aussi le passage suivant – un cas sans doute unique au sein d’une maison aussi hermétique que celle de l’IGAS :

« En dépit du caractère très documenté et circonstancié de ce rapport, le ton virulent parfois employé par ses auteurs, ainsi que certains propos excessifs, sont regrettables. L’IGAS en tant qu’institution reste cependant fortement attachée à la transparence de ses travaux ainsi qu’à l’indépendance de ses inspecteurs, gage de l’objectivité et de l’impartialité nécessaires à la conduite des missions d’inspection.

« Ceci ne doit pas affecter la prise en considération des analyses et conclusions du rapport concernant la politique de prévention des transmissions du VIH, l’éventuel élargissement de la PrEP à d’autres populations et le devenir de la procédure de RTU. »

Excès, virulence et regrets

On cherchera donc la « virulence » et les « excès » que la direction de l’IGAS reproche à MM Duhamel et Morelle. Sans doute est-ce en partie dans la liste des éléments qui, « aux yeux de la mission, sont intervenus dans la lenteur de la décision publique » :

« 1 la vision erronée, mais érigée en véritable dogme, selon laquelle le « tout préservatif » devait se suffire à lui-même en matière de prévention ;

2 l’influence excessive des associations de lutte contre le VIH sur la décision publique, ayant abouti à une forme de « cogestion » du système de santé VIH en France ;

3 la sous-estimation collective, conséquence de l’efficacité des ARV et du passage de l’infection par le VIH du statut de maladie mortelle à celui de maladie « chronique », de la gravité persistante de toute contamination par le VIH ;

4 la véritable « dictature » des essais randomisés contrôlés en double aveugle sur le raisonnement médical, et partant, sur les décisions et les stratégies de santé publique, et cela au mépris de données observationnelles pourtant solidement établies ;

5 l’insuffisante prise en compte des données cliniques existantes par les médecins du secteur, principalement dans l’attente des résultats de l’essai IPERGAY mené par l’Agence nationale de recherche sur le SIDA et les hépatites (ANRS) ;

6 la faiblesse persistante de la santé publique en France, et singulièrement celle de l’administration sanitaire. »

On notera aussi, in fine, ce terrible réquisitoire rédigé par de bons connaisseurs du ministère :

« A cet égard, le contraste entre la réaction remarquable -rapide et pragmatique- qui fut celle de la DGS en 1995-1996 en matière de PEP et son manque d’anticipation action dans le cas de la PrEP est navrant. La DGS n’a pas correctement anticipé les évolutions en termes de prévention de l’infection par le VIH que la chimio-prophylaxie allait susciter. »

« Ce constat est d’autant plus regrettable qu’en l’occurrence, avec le dossier PrEP, elle n’avait pas à traiter la procédure administrative de la RTU –relevant de l’ANSM- et aurait pu, par conséquent, se concentrer sur la stratégie sanitaire, qui représente précisément l’essentiel de sa mission. En réalité, la DGS se trouvait dans l’impossibilité de le faire parce qu’elle connaît toujours, en dépit des réformes successives qui l’ont concernée depuis plus de 20 ans, un déficit –quantitatif et qualitatifde compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser. Les cinq anciens directeurs généraux de la Santé que la mission a pu rencontrer ont souscrit de manière univoque à ce constat.

Cette faiblesse explique que, dans le domaine de la politique de prévention et de lutte contre le VIH/SIDA, elle ait, progressivement, renoncé à cette mission et ait adopté une attitude suiviste, en particulier par rapport à une institution puissante, elle, et dotée des moyens intellectuels et humains de sa mission : l’ANRS. »

Pour le dire autrement le feu est bel et bien déclaré au sein du ministère des Solidarités et de la Santé. On attend le nom du chef des pompiers.

A demain

 

 

Angoisse : à Versailles, le président Macron promet une loi contre la détresse de la vieillesse

Bonjour

9 juillet 2018. Emmanuel Macron vient d’achever, devant une majorité de parlementaires réunis en Congrès au château de Versailles, son long discours annuel de politique générale.

Une habitude à prendre : le président de la République s’y était engagé lors de sa première intervention devant le Congrès, le 3 juillet 2017. « Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte », avait alors déclaré Emmanuel Macron – évoquant la tradition américaine du discours sur l’état de l’Union.

Extrait de son discours, au chapitre de la dépendance des personnes âgées et des interrogations montantes concernant les Ehpad :

 « Nous avons laissé l’angoisse s’installer […] faisant de la dépendance une détresse inouïe, pour les familles et les personnels soignants. Ce que nous avons vu, ces dernières années, c’est un nouveau risque social auquel nous serons tous confrontés. Pas seulement l’angoisse pour ce qu’ils vont devenir et ceux dont ils ont la charge […] Nous ne pouvons plus longtemps l’ignorer […] C’est pourquoi l’année 2019 sera consacrée à ce travail, et je souhaite qu’une loi y soit votée pour permettre d’y répondre. »

A demain

Sida, politique et Truvada® : trente ans après, voici le retour médiatique de la polémique

Bonjour

Aux frontières de la virologie et du pouvoir exécutif l’Histoire – et cette étrange propension à  la réplication avec déperdition du sujet. Le Monde daté du 10 juillet 2018 fait ainsi état de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) – document qu’il « s’est procuré » 1 – document dont les auteurs savent (mieux que d’autres) à quel point ils réveillent ici de vieux démons judiciaires et médiatiques.

Juillet 20018. Que nous dit Le Monde ?  Qu’ « entre 1 666 et 4 000 » contaminations auraient été évitées si l’Agence nationale de sécurité du médicament avait autorisé plus vite un médicament commercialisé sous le nom de Truvada®.

Le Monde (Paul Benkimoun) donne ici des extraits du rapport de la mission mandatée le 15  mars 2017 par Marisol Touraine, alors la ministre de la Santé – une mission confiée à deux inspecteurs de la prestigieuse institutions – deux « historiques » (MM. Gilles Duhamel et Aquilino Morelle) dont on aurait pu, dans un autre monde, imaginer qu’ils se seraient déportés. Ce qu’ils n’ont pas fait en dépit du concept envahissant de « conflits d’intérêts ».

Retour sur zone : Le Truvada® est un traitement anti-VIH qui peut (aussi) prévenir la contamination d’une personne séronégative lors de rapports sexuels à risques (prophylaxie pré-exposition – PrEP). Le hasard et la fatalité veulent aussi que ce médicament fasse aujourd’hui l’objet d’une peu banale campagne d’affichage par l’association Aides.

Où se nicherait, en cet été 2018, le scandale ? Dans le retard qu’aurait pris l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) à donner son feu vert. Sans ce retard, plusieurs milliers de contaminations auraient pu être évitées. Une sorte de petite réplique tectonique médiatique des retards fautifs pris durant l’été 1985 (sans parler des accélérations coupables décidées en haut lieu quant aux collectes de sang en prison). Autant de sujets que connaissent à la perfection (avec quelques autres) MM Gilles Duhamel et Aquilino Morelle.

Obscurités

« Les retards pointés par l’IGAS ont abouti à des contaminations qui auraient été évitables si la PrEP avait été mise en place, nous explique Le Monde. Pour en évaluer le nombre, la mission IGAS s’est fondée sur des chiffres de la Direction Générale de la Santé qui estimait que  » le nombre de contaminations évitées – grâce à la PrEP – serait potentiellement de 1 000 à 2 400 par an « . Considérant que  » l’instruction de la RTU par l’ANSM s’est anormalement prolongée d’environ vingt mois « ,  » le nombre de contaminations consécutives au retard accumulé  » se situe  » entre 1 666 et 4 000 « , selon les inspecteurs. Toutefois, le nombre de contaminations prévenues serait compris entre 625 et 1 500, du fait que la France n’a pas attendu l’extension de l’autorisation de mise sur le marché européenne du Truvada®, intervenue plus de sept mois plus tard, le 22 juillet 2016. ».

Le Monde, encore :

« La mission  » estime que dans le retard pris par l’ANSM, chacun – des acteurs – porte sa part, variable, de responsabilité « . L’IGAS souligne entre autres  » une faiblesse persistante de la santé publique en France « . La Direction Générale de la Santé est plus épinglée par le rapport pour n’avoir  » pas correctement anticipé les évolutions en termes de prévention de l’infection par le VIH que la chimioprophylaxie allait susciter « . Malgré des réformes depuis plus de vingt ans, cette administration connaît  » un déficit – quantitatif et qualitatif – de compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser « . » 

Un verdict auquel  souscrivent les cinq anciens Directeurs Généraux de la Santé que la mission a rencontrés. » Signé : Gilles Duhamel et Aquilino Morelle. Plus d’un quart de siècle après. Conflit d’intérêts ?

A demain

1 Curieusement ce document n’est pas (actuellement) disponible sur le site de l’IGAS. Nul ne doute que ce  manquement à la transparence sera rapidement corrigé.

 

La fumée sortant du flanc droit de Poelvoorde ; Anne Hidalgo et le tout Paris sans mégots

Bonjour

9 juillet 2018. Le tabac brûlé nous rapproche parfois de l’étrange. C’est le cas avec un film que ne goûtent guère les critiques bien pensant.e.s : « Au poste ! » de Quentin Dupieux. Une décalque surréaliste du « Garde à vue » de Claude Miller (1981). Une comédie au-delà des normes, une mise en abyme comme le cinéma n’en montre pas. Ou si peu.

Ventura et Serrault ne sont plus. Voici Benoît Poelvoorde (commissaire Buron) et Grégoire Ludig (suspect Fugain). Marc Fraize (Philippe) prend la place de Guy Marchand dans le placard. On ne gobe pas, ici. On croque. Le temps ne sait plus passer. Magritte. Bouffées de tragique et de rires. L’absurdité s’ouvre sous nos pieds. Les équerres servent à tuer au carré. (On peut ne pas aimer).

Interdiction étant faite de spoiler on taira, ici, la trouvaille qui permet à la cigarette de prendre toute la nouvelle place qui est la sienne, dans les corps malades comme dans la psyché collective. Une trouvaille qui vaut mille publicités sanitaires gouvernementales. Et qui vient incidemment ruiner le récent discours d’une ministre de la Santé voulant censurer la vision du tabac au cinéma.

Hors des salles obscures, la politique ne perd jamais ses droits. Le Conseil de Paris vient d’adopter un vœu, (déposé par le groupe radical de gauche, centre et indépendants) visant à expérimenter l’interdiction pendant quatre mois de la cigarette dans quatre parcs et jardins de la capitale.

Abattoirs de Vaugirard

C’est ici la décalque expérimentale de l’interdiction mise en place depuis le 1er juillet à Strasbourg dans tous les parcs et jardins publics de la ville. C’est aussi la poursuite d’une logique sans faille : elle fait suite à celle instaurée en France dans les lieux de travail et les lieux publics (centres commerciaux, aéroports, gares, hôpitaux et écoles) en février 2007, étendue en 2008 aux cafés, bars, restaurants, hôtels et discothèques.

Le Monde rappelle que la cigarette est déjà interdite dans les 500 aires de jeux des parcs parisiens depuis 2015. Quant à l’interdiction de la cigarette dans les parcs publics, elle est déjà en vigueur en Finlande, en Islande, au Royaume-Uni ou dans certaines villes des Etats-Unis. A Paris il s’agit de « lutter contre la banalisation de la cigarette chez les plus jeunes », de donner de « l’air frais » aux promeneurs et de lutter contre la pollution qu’entraînent les jets de mégots par terre.

Dès aujourd’hui il est interdit d’allumer une cigarette dans l’un des six parcs ou jardins choisis par la Ville de Paris pour être des espaces sans tabac : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Pas de verbalisation durant les quatre mois de l’expérimentation. Les agents des parcs et jardins rappelleront les fumeurs à l’ordre.

Ne plus jamais fumer dans le parc qui porte le nom de Georges Brassens aménagé à la place du marché aux chevaux de Vaugirard et de ses abattoirs. Entrons dans une salle obscure. Dans le commissariat le fumée de tabac sort du flanc droit du commissaire Buron. Qui nous dira pourquoi ?

A demain