Les étranges alliances : «Le Monde» fait affaire avec Doctissimo ; F. Bayrou avec E. Macron

 

Bonjour

C’est peu dire que nous vivons des temps étranges. Depuis quelques heures tous les commentateurs politiques se nourrissent de l’alliance a priori contre nature que forment le tendre Emmanuel Macron et François Bayrou l’aguerri. Certains y verront le mysticisme de Jeanne d’Arc et son ombre infernale, Gilles de Rais. Le second a dit les pires choses sur le premier ? Qu’importe ! Cette alliance a précisément pour objet de le transformer. Qui se repaîtra de l’autre ? Tout nous est dit sur les ondes. Ainsi que son exact contraire. Et le maire de Pau (grand spécialiste de Henri IV et ancien ministre de l’Education nationale) de souligner qu’alliance n’est en rien allégeance.

Des temps étranges. On apprend à l’instant que le groupe Le Monde lance un bimestriel consacré à la santé et au bien-être – et ce en collaboration avec le site Doctissimo. Ce sera, étrangement, « Sens & santé » (difficile à prononcer). Un bimestriel positionné très précisément « au croisement de la recherche scientifique, des médecines complémentaires et de l’art de vivre ». Une mission ? Bien évidemment. « Vous aider à retrouver ce qui relie en vous le corps et l’esprit, dans un rapport plus équilibré à la nature et au monde » promet, dans son premier édito, la rédactrice en chef Elisabeth Marshall-Hannart, ancienne de La Vie.

« Les secrets du ventre »

Mais encore ? Une centaine de pages, lancement le 2 mars, 5,95 euros, 80.000 exemplaires. Au sommaire du premier numéro : « les secrets du ventre, cœur de la vitalité, clé de notre équilibre » ; « les aliments fermentés » ; « les bains de forêt » et l’immanquable aromathérapie.

Le groupe Le Monde s’associe pour l’occasion à Doctissimo, deuxième site de France dans la catégorie féminin-santé et propriété du groupe Lagardère. Un poids lourd de la Toile sanitaire fondé en 2000 par les Drs Claude Malhuret et Laurent Alexandre, aujourd’hui dirigeant d’un entreprise de génétique belge, devenu spécialiste du transhumanisme, par ailleurs chroniqueur régulier du Monde.

Wikipédia : « Concernant la communication et la publicité, Doctissimo propose aux annonceurs de communiquer par des opérations de parrainage éditorial (parrainage institutionnel, publi-rédactionnels, espace produits, etc.), e-mailing ou de publicité. Doctissimo propose aussi son contenu en ligne à la vente pour tous supports et peut aussi réaliser des dossiers spéciaux et exclusifs ».

« Ce nouveau magazine vient s’insérer dans un marché de la santé en pleine forme, alors que les magazines généralistes sont en crise » nous dit l’Agence France Presse. Que dire de plus ?

A demain

 

 

Drogue politique : demain, des champs de cannabis au pays des tulipes et de Maastricht

Bonjour

Fumer du cannabis modifie les états de conscience. Certains citoyens goûtent ces modifications, en deviennent bientôt friands, puis dépendants, estiment qu’ils y ont droit, deviennent violents parfois. L’Etat peut-il leur interdire l’accès à cette substance ? Si oui à quel titre, avec quels arguments autres que sanitaires ? Est-ce à lui d’en organiser le commerce et – le cas échéant – d’en tirer profit ?

Cette équation vaut pour toutes les substances psychotropes, à commencer par le tabac et l’alcool, ces éternelles gabelles. On la retrouve, déclinée, dans d’innombrables faits divers et joutes politiques. Elle est aujourd’hui d’actualité aux Pays-Bas où une courte majorité parlementaire vient de se prononcer pour la dépénalisation de la culture de cette plante. « C’est là une manière de sortir d’une zone grise, estime Euronews. Aujourd’hui, la vente est tolérée mais sa production est interdite sauf dans des cas bien particuliers. Résultat, les fameux coffee-shop hollandais doivent souvent faire appel à des sources illégales. »

Les partisans voient dans cette dépénalisation des futurs lopins un bon moyen de lutter contre les mafias (plus ou moins) criminelles. Les opposants estiment (notamment) que cultiver du cannabis au pays de Maastricht va à l’encontre des traités européens signés par les Pays-Bas. Et ce alors même que la production nationale pourra aisément partir vers l‘étranger – comme c’est le cas avec le florissant commerce des fleurs séchées.

500 grammes de drogues douces

L’affaire est racontée avec un délicieux pointillisme dans Le Monde par notre excellent confrère Jean-Pierre Stroobants :

« Le texte, finalement approuvé à une courte majorité (77 contre 72), représente un tournant dans la politique à l’égard des drogues douces pratiquée par les Pays-Bas depuis 1976. La détention de cannabis ou de haschisch pour la consommation personnelle (moins de 5 grammes) était autorisée, comme la vente dans les célèbres coffee-shops. La culture et le transport étaient, en revanche, prohibés ce qui a permis le développement de filières criminelles qui ont pris en charge l’approvisionnement des points de vente.

Ces réseaux mafieux ont prospéré grâce, notamment, au fait que de nombreux étrangers venaient faire leur marché dans les quelque 600 coffee-shops du pays. Selon les estimations, le chiffre d’affaires annuel de ce business dépasserait 1 milliard d’euros. Sous la pression des pays voisins, la vente à ces consommateurs a, depuis, quelques années, été réglementée et limitée : chaque commerce ne peut, en théorie, avoir en stock plus de 500 grammes de drogues douces. »

Cette « courte majorité » est le fruit de divisions et d’alliances contre nature qui ne sont pas sans faire songer à celle que l’on voit aujourd’hui en France entre François Bayrou l’aguerri et le phosphorescent Emmanuel Macron.  Et, comme en France, il reste à savoir si l’alliance de circonstance apportera ses fruits. « Les partis qui l’ont adopté à la Deuxième Chambre doivent encore décrocher un vote favorable à la Première Chambre (le Sénat), nous explique Stroobants. Dans cette assemblée, le parti du premier ministre ne s’oppose pas par principe à une révision des dispositions actuelles mais trouve que le projet voté à la chambre manque de cohérence et ne permet pas une régulation intelligente ».

Affaires criminelles

L’intelligence régulatrice voilà bien, avec la politique-mystique, la question du moment.

Il faut, pour comprendre, rappeler que la « politique de tolérance » vis-à-vis du cannabis initialement instaurée aux Pays-Bas (et qui fit longtemps rêver en France) ne devait être qu’une première étape vers une régularisation complète. « Mais le processus s’est arrêté, avec toutes les conséquences qui en découlent. Le problème principal est que la vente par les coffee-shops est certes autorisée, mais que leur approvisionnement est illégal, résume Stroobants. La culture professionnelle est elle aussi interdite. Il y a donc tolérance d’une gestion d’entreprise qui dépend en partie de processus de production et d’achats illicites. Les entrepreneurs de coffee-shops sont par conséquent obligés de faire des affaires avec des criminels. » Imaginez des buralistes français fricoter avec des contrebandiers…

Pour l’heure la solution trouvée au pays de Vermeer (actuellement exposé à Paris) prévoit de maintenir l’interdiction de la culture de cannabis. En revanche, si elle est contrôlée par les pouvoirs publics et soumise à l’impôt, cette même culture ne fera plus l’objet de poursuites. Les cultivateurs devront obtenir une autorisation du ministère de la santé et soumettre leurs produits à des enquêtes de qualité. Les coffee-shops ne pourraient plus acheter des produits qu’aux personnes officiellement agréées, qui leur livreraient des paquets préemballés de 5 grammes.

C’est, au pays de Delft et de la crise des tulipes,  une assez belle peinture de l’emprise croissante de l’Etat sur la modification des états de conscience du citoyen.

A demain

Post-vérité : François Fillon a considérablement enrichi son projet pour la santé des Français

 

Bonjour

On se souvient de l’effroi que causa l’annonce, par l’ancien élu de la Sarthe, de son projet présidentiel concernant ce socle sacré national qu’est la Sécurité Sociale. On imagina le pire : sa « privatisation » au profit du géant Axa… Une médecine à deux vitesses…le retour des indigents à l’Hôtel-Dieu… le cardinal de Paris nommé à la tête de l’AP-HP… C’était en novembre de l’an passé. Puis vint, un effet du Canard enchaîné, la descente au sombre purgatoire des assistants parlementaires.

La vérité nouvelle est que nous avions mal compris. Ou plus précisément que le programme de François Fillon pour la santé des Français avait encore besoin d’être enrichi, rebâti. Le candidat révèle tout de cette nouvelle vérité. « Santé: Fillon clarifie son plan mais ne renonce à rien» (Le Figaro). On découvrira ce tour de force en exclusivité dans Le Parisien : « Après les affaires, François Fillon dégaine… son programme santé » – et, déjà, analysé dans Le Monde (François Béguin) : « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel ».

Après les ombres de l’esprit de lucre c’est le retour sur le terrain des idées au service de la solidarité. François Fillon présentera les siennes ce mardi 21 février, à la tribune du palais Brongniart, à Paris, lors d’une rencontre organisée bien opportunément par la Mutualité française : à suivre en direct  et (pourquoi?) avec Audrey Pulvar  sur www.Placedelasante.fr #RDVPlacedelaSanté).

Mysticisme et escamotage

Pour un peu on verrait ici une version française de la post-vérité. Le médecin et député Jean Leonetti (Les Républicains, Alpes-Maritimes) le résume à merveille : « On a fait des clarifications et des amendements. C’est à la fois la même chose et quelque chose de très différent ». Voilà une forme d(illustration de l’art de l’escamotage en pleine lumière. Nul ne sait si l’homme politique doit, en France, être un mystique (Emmanuel Macron) mais il doit à coup sûr être un escamoteur.

 Devant la Mutualité François Fillon assurera avoir « rebâti, enrichi, amélioré » son projet. Nous étions dans l’erreur : il n’a « jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesses » mais « juste posé une question légitime ». Et aujourd’hui, tout bien compté, son projet « consolide le caractère obligatoire et universel de l’Assurance-maladie dont le niveau de prise en charge des dépenses de santé ne diminuera pas ». Mieux : avec lui au pouvoir nous serons, en 2022, « à un reste à charge zéro pour les audioprothèses, l’optique, les prothèses dentaires et les dépassements d’honoraires ».

Généralistes rémunérés

 Comment ? En marchant avec lui nous innoverons. Nous construirons un « nouveau partenariat » entre la Sécurité Sociale et les organismes complémentaires ainsi qu’une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé ». Nos cotisations aux complémentaires santé ? Elles n’augmenteront pas « abusivement ».

Tout, soudain, a changé, le ciel est plus clair. Les petites lunettes pour les enfants seront remboursées intégralement dès 2017, nouvelles aides financières aux retraités démunis pour qu’ils accèdent à une mutuelle, chaque Français aura droit, tous les deux ans à une « consultation de prévention longue et gratuite ». Elle sera assurée par les médecins généralistes, qui seront « rémunérés en conséquence ».

 La suppression de 500 000 postes dans la fonction publique au cours du quinquennat ? A l’hôpital elle ne concernera que les « agents administratifs ». Le retour aux 39 heures hebdomadaires ? Il sera négocié progressivement aux échelons locaux. Le diable ? On le trouvera peut-être dans un détail :  la suppression de l’aide médicale d’Etat pour les sans-papiers.

A demain

 

Mariage fusion-acquisition de deux géants de l’assistance médicale (privée) à la procréation

Bonjour

« Sans vouloir généraliser à l’ensemble des cliniques, dans nombre de pays la pratique de l’assistance médicale à la procréation (AMP) est avant tout un business fort lucratif, basé sur l’espoir des couples à fonder une famille. Certains de ces couples sont prêts à dépenser sans compter pour atteindre leur but et il est très ­facile de leur faire miroiter le meilleur et surtout de le leur vendre. » Tel est le constat lucide et courageux fait publiquement il y a quelques jours (Le Monde du 15 février) par le Pr Stéphane Viville, spécialiste de l’infertilité (CHU de Strasbourg).

Le lendemain on apprenait l’entrée en fanfare de l’AMP dans le processus des fusions-acquisitions, l’une des caractéristiques majeures de la mondialisation. L’Institut Valencien de l’Infertilité (IVI) vient ainsi d’annoncer son « arrivée aux États-Unis » via une fusion avec l’Américain RMANJ (Reproductive Medicine Associates of New Jersey).1

« Lors d’une conférence de presse, les Présidents de IVI, Prof. José Remohí et Prof. Antonio Pellicer, accompagnés des Présidents de RMANJ, Paul A. Bergh, Richard T. Scott et Michael R. Drews, ont rendu publique cette fusion qui consolide IVI-RMA Global, devenant ainsi le plus grand groupe de reproduction assistée dans le monde. Après une année de négociations, IVI et RMANJ ont formalisé le contrat. Après la fusion des deux sociétés, le groupe atteindra environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les actionnaires d’IVI conserveront une participation majoritaire (environ 70% appartiennent à IVI et 30% à RMANJ). «

Entité mondiale unique

Les deux jeunes mariés ont gentiment expliqué « partager les mêmes valeurs et intérêts en matière de médecine, de sciences et d’affaires ». Cela nous permettra de tirer pleinement partie de l’expertise, de l’expérience et des éléments propres à nos deux entreprises, pour le bénéfice de nos patients et employés », ont-ils ajouté. « L’expertise reconnue des Pr José Remohí, Antonio Pellicer et Richard T. Scott, dans le domaine de la reproduction assistée (science récente et révolutionnaire), donne tout son sens à cette fusion. Avec dix cliniques actuellement aux États-Unis, l’objectif initial d’IVI-RMA Global est de poursuivre son expansion aux États-Unis » peut-on lire dans les bans.

L’objectif des deux parties ? Continuer à être des chefs de file dans les domaines de la recherche et des connaissances scientifiques. Le but ultime de cette union est de partager les meilleures pratiques et les dernières technologies dans chaque phase des différents traitements offerts, toujours pour le bénéfice des patients. L’avenir est rose :

« En tant qu’entité mondiale unique, il n’existe aucune limite géographique ou autre à notre engagement à fournir des solutions de fertilité basées sur des preuves scientifiques, afin d’offrir les meilleures chances de succès dans les plus courts délais. L’année dernière, des patients de plus de trente États des États-Unis et de quarante autres pays sont venus à nous en quête d’espoir. Avec IVI, nous pouvons chercher de nouveaux marchés et apporter de l’espoir à tous les patients qui ont des problèmes d’infertilité. »

Esprit de lucre

Avec le regroupement d’IVI et de RMANJ, le nouveau groupe IVI-RMA Global compte près de 2400 employés, dont plus de 200 médecins et 300 chercheurs. Avec une présence dans 13 pays et plus de 70 cliniques.

Dans Le Monde le Pr Stéphane Viville écrit aussi : « L’offre d’innovations, améliorant prétendument le taux de grossesses et réduisant les délais d’obtention de naissance d’enfants vivants, ne cesse de croître. Ainsi, durant ces dix dernières années ont été mis en place pléthore de nouveaux tests pour lesquels, au moins pour la vaste majorité d’entre eux, aucune donnée robuste ne démontre qu’ils apportent un bénéfice tangible et avéré dans la prise en charge des couples. » Où l’on peut aussi confirmer aujourd’hui que l’esprit de lucre peut ne pas être sans conséquences éthiques. Nous reviendrons sous peu sur ce sujet à la lumière de l’évolution de la situation française.

A demain

1 A propos d’IVI : « IVI, fondée en 1990, est la première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la reproduction assistée. Depuis sa création, elle a contribué à donner naissance à plus de 125 000 enfants, grâce à l’application des dernières technologies de procréation assistée. Elle compte actuellement plus de 70 cliniques dans 13 pays et est leader en médecine de la reproduction. »

A propos de RAMANJ : « Les experts de RMANJ dont les taux de succès de FIV sont les plus élevés aux Etats-Unis, ont été les pionniers d’une technologie de pointe, connue sous le nom de Comprehensive Chromosome Screening (CCS). Celle-ci permet de détecter plus précisément les embryons sains qui mèneront à des grossesses réussies et des naissances saines. RMANJ est le seul centre de fertilité au monde à avoir développé un système de CCS avec une précision sans précédent, validée par des années de recherches cliniques rigoureuses. Depuis 1999, ils ont aidé près de 40 000 bébés à naître. »

 

Papiers d’identité : la Française des Jeux va-t-elle plier là où les buralistes ferment les yeux ?

Bonjour

Bruxisme devant les linéaires. Le dernier quotidien (parisien) du soir vient d’aborder un sujet plus qu’irritatif : il faudrait, demain, montrer ses papiers d’identité pour remplir une grille de Loto ou un ticket de PMU. Le joueur devenu délinquant en herbe… Terroriste peut-être… A quelles fins, fiscales ou policières ?

En octobre  2016, déjà, la Cour des comptes s’y était déclarée favorable. Cette fois c’est le Parlement qui reprend la balle au bond. Il faut ici lire le rapport sur les jeux d’argent et de hasard présenté mercredi 8  février au nom du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques par les députés Régis Juanico (PS, Loire) et Jacques Myard (LR, Yvelines).  Politiquement opposés les deux hommes militent pour une identification systématique des parieurs.

En pratique, ils souhaitent qu’avant de jouer, les clients de La Française des jeux et du PMU soient obligés de présenter un document d’identité – document qui serait lu automatiquement par un scanner, en utilisant les nouvelles bornes de prises de paris. « Cela permettrait de vérifier que le joueur est majeur, et éventuellement qu’il ne figure pas au fichier des interdits de jeu », plaident les deux parlementaires. Ce serait, en somme, aligner les bars-tabac PMU sur la règle qui prévaut dans les casinos et non, comme on le sait, dans les tripots.

Anonymats levés

Où l’on découvre que l’anonymat de l’immense majorité des joueurs pose plusieurs problèmes. Lesquels ? Le premier : « l’interdiction du jeu aux mineurs n’est pas assurée » relevait, en octobre dernier, la Cour des comptes : un jeune de 15 à 17 ans sur trois aurait déjà pratiqué des jeux d’argent, en particulier des paris sportifs et des jeux de grattage. La Française des Jeux est particulièrement concernée. Ce sont là des chiffres intéressants. On aimerait que la même Cour se penche sur la proportion de mineurs qui achètent du tabac alors qu’ils n’en ont pas le droit.

Il ne sera cependant pas facile d’imposer la levée de l’anonymat. Les turfistes « sont viscéralement attachés aux paris en espèces », plaident les dirigeants du PMU cités dans le rapport pour justifier leur résistance. Qui plus est, « le paiement des gains en liquide incite à les rejouer immédiatement ». C’est, très précisément, l’une des manifestations de l’addiction.

Nouveaux adeptes

La Française des Jeux va mener un test printanier dans une centaine de points de vente. Les clients y bénéficieront d’offres exceptionnelles, ils pourront, par exemple, parier sur des résultats de football ou de basket … en cours de match. Mais, pour cela, ils devront s’identifier. Le montant des ventes de la Française des Jeux en 2016 s’est élevé à 14,3 milliards d’euros. Il a progressé de 4,6 % en un an et marque un « record historique ».  L’an dernier le total des enjeux collectés par le PMU a été de 9,8 milliards d’euros l’an dernier, un montant en recul de 1,8 %. C’est ainsi : le PMU peine à recruter de nouveaux adeptes.

Le tabac, lui, ne manque malheureusement pas de nouveaux et jeunes adeptes. Les buralistes, spectateurs privilégiés, le savent mieux que personne. Il est peu vraisemblable qu’ils soient favorables à une identification automatisée des jeunes clients en chemin vers l’esclavage de l’addiction au tabac.

A demain

 

Vaccinations : Marisol Touraine ne pourra pas sortir du piège tendu par le Conseil d’Etat

 

Bonjour

L’actuelle ministre de la Santé s’est piégée elle-même. Et elle a piégé celui (ou celle) qui lui succédera. Marisol Touraine n’a pas pris la mesure de la contestation « anti-vaccinale » qui prévaut aujourd’hui en France. Elle n’a pas réussi à mettre un terme à la totale désorganisation de la production et de la distribution des spécialités vaccinales dans les pharmacies d’officine.

Mme Touraine s’est refusée à monter en première ligne lorsqu’un enfant a (dans son « fief électoral ») été victime d’un tétanos du fait des agissements d’un médecin aujourd’hui radié. Elle a cru bien faire en organisant une « consultation nationale citoyenne » qui, in fine, s’est prononcée aux antipodes de ses attentes. Ce faisant elle a suscité l’ire des milieux anti-vaccinaux qui lui en veulent de ne pas avoir jugé utile de répondre à une pétition lancée par le Pr Henri Joyeux qui revendique plus d’un million de signatures – pétition qui, précisément réclamait ce que le Conseil d’Etat vient de décider (en y ajoutant le retrait des adjuvants…).

Simple plaisanterie

Et voici que Marisol Touraine est radicalement désavouée par le jugement, logique autant que spectaculaire, rendu par le Conseil d’Etat. La plus haute juridiction administrative française l’enjoint de prendre toutes les mesures pour que, d’ici à six mois, les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) soient disponibles en tant que tel (non associés à d’autres valences) sur le marché français. Seule autre possibilité offerte à la ministre et au gouvernement : faire en sorte que « la loi évolue en élargissant le champ des vaccinations obligatoires ».

Dès la communication du jugement des magistrats du Palais Royal, Marisol Touraine, a annoncé qu’elle avait saisi les services du ministère de la santé et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) « pour que l’Etat puisse mettre en œuvre la décision du Conseil d’Etat dans le délai imparti » 1. C’est là, tout simplement, une plaisanterie.

« Personne ne peut raisonnablement penser que l’Etat puisse de nouveau proposer en six mois ce vaccin qui n’existe plus et qui n’existe nulle part ailleurs, explique le Pr Daniel Floret, l’ancien président du Comité technique des vaccinations (CTV).  Il faudrait élaborer un nouveau vaccin, ce qui nécessiterait des essais cliniques, une autorisation de mise sur le marché, une nouvelle chaîne de production… ».  Soit, au minimum plusieurs années. Principal acteur concerné le géant pharmaceutique Sanofi dit attendre « les conditions de mise en œuvre de la décision du Conseil d’Etat ».

Vœux et moitié de boutades

Qu’espère Sanofi ? A l’évidence un changement rapide des règles en matière d’obligation vaccinale. Marisol Touraine explique que le travail qui suivra la décision du Conseil d’Etat « s’inscrira dans la réflexion engagée sur la politique vaccinale qui pourrait faire évoluer le cadre législatif actuel ». Elle fait ici référence aux conclusions de sa « consultation citoyenne ».  Fin 2016 le comité d’orientation de la concertation destinée à restaurer la confiance envers la vaccination, avait préconisé de rendre obligatoires les vaccins contre … onze infections virales et bactériennes:

« Considérant les exigences sociétales et les impératifs de santé publique, le comité conclut que la levée de l’obligation vaccinale est l’objectif à atteindre. Néanmoins, dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, il lui apparaît nécessaire de réaffirmer le bien-fondé de la vaccination. Pour ce faire, le comité préconise un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité. »

Le Monde rapporte que Marisol Touraine avait estimé, le 31 janvier, en marge des vœux à la presse que c’était là « une forte incitation à rendre tout obligatoire ». Puis elle avait ajouté que cette formule était une « demi-boutade ». Où l’on voit que les « vœux à la presse » sont un exercice à haut risque. Où l’on voit aussi que la ministre de la Santé ne devrait pas s’exercer à faire des boutades qui n’en sont pas.

A demain

1 Le Conseil d’Etat estime que dans ce dossier le ministre chargé de la santé dispose de plusieurs pouvoirs :

–    il peut sanctionner les laboratoires et entreprises qui ne respectent pas leur obligation d’élaborer et mettre en œuvre un plan de gestion des pénuries de vaccins et leur obligation de prévenir les risques de rupture de stock ;
–    il peut demander au ministre chargé de la propriété intellectuelle de soumettre le brevet d’un médicament au régime de la licence d’office afin d’assurer sa mise à disposition en quantité suffisante ;
–    il peut saisir l’Agence nationale de la santé publique, qui a le pouvoir de procéder à l’acquisition, la fabrication, l’importation et la distribution de médicaments pour faire face à leur commercialisation ou production insuffisante.

Les hôpitaux de Bastia et d’Ajaccio doivent-ils travailler autant que ceux du Continent ?

 

Bonjour

Question : les directions hospitalières qui n’atteignent pas les objectifs qui leur sont fixés sont-elles un jour sanctionnées ? Si oui où est l’échelle des peines ? Un état jacobin tolère-t-il des particularismes ? La question se pose aujourd’hui avec ce marronnier qui désole et révolte le citoyen français : la publication du « rapport annuel de la Cour des comptes » ; un document qui éclaire un instant sur la nature, la somme et l’ampleur des dysfonctionnements et des errements financiers commis avec des deniers publics. Le Monde (Anne-Aël Durand) entrouvre la porte de l’antique institution de la rue Cambon, à deux pas des historiques Harry’s Bar et Café du Cadran.

Restons sur un seul chapitre, celui qui concerne une île amie, bijou géographique et culturel qui entretient depuis des lustres des rapports complexes avec le pouvoir et l’argent, l’hospitalité et le Continent. « La situation financière des hôpitaux corses préoccupe la chambre régionale des comptes depuis plusieurs années. Malgré des « préconisations » pour le redressement financier, et des aides exceptionnelles, les déficits restent « considérables » dans les centres hospitaliers d’Ajaccio (- 17,6 millions d’euros en 2015) et de Bastia (- 7,6 millions) » nous dit la Cour des comptes. Le Centre hospitalier d’Ajaccio compte 629 lits et celui de Bastia 500 « lits et places ».

Absentéismes et fêtes locales

Les subventions accordées par l’Etat français à l’établissement d’Ajaccio n’a nullement empêché la direction de ce dernier de creuser ses pertes. Et la Cour, rue Cambon, de déplorer que l’Etat « ne tient pas compte, pour l’octroi d’aides nouvelles, du non-respect par les établissements de leurs engagements ». La situation est assez proche à Bastia, avec des sommes moins élevées.

Le dossier intéressera les soignants : ces déficits sont en grande partie liés à une hausse des charges de personnel non médical, qui est passée de 76 millions d’euros en 2010 à 99,2 millions en 2015 à Ajaccio, et de 76,3 à 94,1 millions d’euros à Bastia. Des fluctuations « sans corrélation avec l’augmentation de leur activité », selon le rapport.

De quoi parle-t-on, rue Cambon ?  La Cour pointe plusieurs types de dysfonctionnements concernant le travail du personnel : entre 2010 et 2015, l’absentéisme (hors congés maternité et paternité) a augmenté de 27 % à l’hôpital d’Ajaccio et de plus de 100 % à Bastia ; des jours de congé additionnels sont octroyés « en dehors de toute réglementation » aux personnels des hôpitaux : six jours à Bastia (dont deux pour des fêtes locales) et cinq à Ajaccio (trois pour la vétusté de l’établissement, un pour le lundi de Pentecôte, un pour une fête locale).

Climat insulaire

 Il faut aussi compter avec le décompte des pauses, repas, habillage et déshabillage comme du temps de travail. Tout cela a fait perdre l’équivalent de 32 (trente-deux postes) à équivalents temps plein à l’hôpital d’Ajaccio, et 58 (cinquante-huit) à Bastia. Plus drôle : à Ajaccio, un logiciel de gestion mal paramétré a permis aux personnels de bénéficier de 6,42 jours de RTT indus chaque année. Au total l’ensemble de ces « dérogations » représente 4 millions d’euros par an pour la structure d’Ajaccio, et 4,4 millions à Bastia. Est-ce là, en Corse, une manière de s’adapter à des contraintes souvent devenues insupportables dans les établissements du Continent ? Qu’en pensent touristes et vacanciers ?

Depuis la rue Cambon la Cour des comptes menace. Elle dit à Marisol Touraine qu’il faut  mettre fin aux « jours de congés additionnels ». La ministre de la Santé lira avec intérêt (si elle ne la connaît pas déjà)  la réponse du directeur de l’hôpital de Bastia. Il explique aux magistrats de la Cour que le nombre d’heures et de jours travaillés « varie selon les hôpitaux » et que « les temps de pause sont très encadrés ». Il explique surtout qu’une éventuelle « renégociation du temps de travail » ne pourrait se faire « sans le soutien de l’Agence Régionale de Santé de Corse (située à Ajaccio).

Il faudra aussi et surtout, dit-il, « tenir compte du climat social des hôpitaux corses ». Faut-il, entre les lignes, percevoir l’odeur de la poudre ? Existe-t-il, en France, des climats hospitaliers locaux et régionaux ? Si oui, Paris doit-il les respecter ?

A demain