Mégots et cendriers : les épineuses interrogations des buralistes français sur les feux de forêts

Bonjour

« La question peut paraître saugrenue, mais quand même » peut-on lire sur le site des buralistes français. Saugrenue ? A coup sûr : une étude Ipsos menée pour Vinci Autoroutes (2 192 personnes du 14 au 18 juillet) révèle que plus d’un Français sur six avoue jeter des mégots par la fenêtre de son véhicule automobile. Et plus d’un sur trois avoue sans honte qu’il lui arrive d’envoyer (par cette même fenêtre) des déchets divers : papiers, emballages, mouchoirs, restes alimentaires, etc.

Pour ce qui est du « tabac au volant » près d’un Français sur cinq est radicalement inconscient : jeter un mégot par la fenêtre en conduisant est, pour cette fraction de nos compatriotes, un geste qui ne saurait avoir de graves conséquences environnementales. « Manifestement, la ‘’pédagogie’’ par les impressionnantes images de récents incendies ne suffisent pas, écrit le rédacteur estival du site des buralistes. Comme quoi, la prévention est un combat long, ingrat et obstiné. »

Et ce rédacteur de citer un commentaire pêché dans Le Parisien / Aujourd’hui en France : « Ce type de comportement est difficilement justifiable mais il est vrai qu’il peut être incité par la décision de la quasi-totalité des constructeurs de ne plus proposer de cendrier, ou alors de le faire en option ». C’est là, nous dit-on, un commentaire signé d’un journaliste « essayeur de la presse automobile ». Où il est démontré que toutes les sous-rubriques journalistiques n’ont pas disparu. Et que reste entière, sous les addictions, la question voisine de la boîte à gants. Celle de l’avenir d’un autre très noble et très vieil accessoire :  l’allume-cigare.

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Vaccinations pédiatriques et « autisme » : la justice française va bientôt devoir trancher

Bonjour

La guerre des vaccins est déclarée. C’est une information du Parisien (Elsa Mari) : pour la première fois en France une action de groupe sera introduite en septembre par l’association Autisme Vaccinations. L’action sera conduite devant le tribunal de grande instance (TGI) de Paris contre quatre géants pharmaceutiques français, américain et anglais (Sanofi, Pfizer, Eli Lilly et GlaxoSmithKline). Près d’une centaine de familles entendent « demander réparation des dommages causés par la vaccination pédiatrique », responsable selon elles d’une recrudescence des cas d’autisme chez les jeunes enfants.

Cette « première française » est aussi dernier rebondissement en date d’une vieille affaire, celle des liens supposés (et jamais scientifiquement démontrés) entre certaines vaccinations et certains syndromes autistiques.

Anti-vaccins américains

« Derrière cette action en justice d’envergure, une femme : Martine Ferguson-André, militante acharnée, membre de la commission de santé d’Europe Ecologie-les Verts (EELV), précise Le Parisien. Elle affirme que son fils, Tom, est devenu autiste après avoir reçu cinq vaccins à l’âge de dix mois. Principale cause, le thiomersal, qui aurait été détecté dans le sang de l’enfant. Ce composé contenant du mercure, utilisé comme conservateur, a été retiré par précaution des vaccins en 2000 à la demande des autorités de santé. A l’époque, les études réalisées n’avaient pas permis de conclure à un risque potentiel. »

Mme Ferguson-André explique qu’elle va attaquer en justice « pour connaître la vérité ». Elle est soutenue dans son combat par Marie-Odile Bertella-Geffroy, célèbre ancienne juge d’instruction du pôle santé publique du TGI de Paris, désormais avocate, qui aura un rôle de conseiller. Ce qui pourrait, qui sait, soulever la question hypothétique du conflit d’intérêts. Mme Ferguson-André est d’autre part proche du courant anti-vaccins américain. Elle affirme que son action de groupe est soutenue par Robert Kennedy Junior, un neveu de l’ancien président. « Il a été nommé à la commission sur la sécurité de la vaccination par Trump et sera présent à Paris en septembre à nos côtés » dit-elle.

Onze vaccinations obligatoires

Depuis le diagnostic de son fils Mme Ferguson-André se présente comme une lanceuse d’alerte, « qui met sa vie en jeu ». Ses propos sont parfois teintés d’angoisse, observe Le Parisien. « J’ai de la chance d’être encore vivante, je reçois des lettres anonymes de menace de mort, mon appartement a aussi été fouillé. »

Cette action en justice coïncide avec la décision gouvernementale de rendre obligatoires onze vaccinations pédiatriques. Elle fait suite à une récente décision de la Cour de justice de l’Union européenne de Luxembourg : « En l’absence de consensus scientifique, le défaut d’un vaccin et le lien de causalité entre celui-ci et une maladie peuvent être prouvés par un faisceau d’indices graves, précis et concordants ». Il s’agissait alors des liens hypothétiques (et jamais scientifiquement démontrés) entre la vaccination contre l’hépatite B et la sclérose en plaques.

La prochaine action en justice devant le TGI de Paris fait partie, dit Le Parisien, de la « stratégie de la mouvance opposée à la vaccination ». La guerre des vaccins commence bel et bien.

 

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Ivresses codéinées : dorénavant, en France, le célèbre «Purple drank» sera sur ordonnance

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C’est fait : Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a signé un arrêté, mercredi 12 juillet, inscrivant la codéine et d’autres dérivés (mineurs) de l’opium sur la liste des médicaments délivrés uniquement sur ordonnance médicale. Ainsi donc Chrystelle Cebo a été entendue en haut lieu.

Chrystelle Cebo ? « On nous a dit que le cerveau de Pauline avait été irrémédiablement détruit » témoignait il y a peu auprès du Parisien après la mère d’une fille de 16 ans, « pour que les parents soient au courant de ces addictions ». Cette femme ne savait pas que sa fille prenait des médicaments codéinés et, après son décès, avait lancé sur internet une pétition demandant l’interdiction de la vente de codéine sans ordonnance.

Relayée par différents médias (dont Slate.fr) cette problématique sanitaire a in fine été entendue par la nouvelle ministre de la Santé qui a décidé d’en finir avec une forme d’aberration : la vente libre de codéine.

Efficace contre la douleur et (parfois) contre la toux, ce morphinique a été isolé pour la première fois en 1832 par le chimiste français Pierre Jean Robiquet. Morphinique mineur (60 mg de codéine équivalent à 10 mg de morphine), cette substance est utilisée seule ou en association avec du paracétamol ou de l’ibuprofène afin de potentialiser son effet antalgique. C’est aussi un très grand succès de pharmacie: «En 2015, plus de 36 millions de boîtes de médicaments à base de codéine ont été vendues sur ordonnance. Et sans prescription obligatoire, nous en recensons plus de 22 millions», précisait il y a quelques jours au Quotidien du Médecin Nathalie Richard, directrice adjointe de la Direction en charge des médicaments des addictions à l’ANSM. (…)

Lire la suite sur Slate.fr : « Comment la codéine est devenue une drogue en France »

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Jupiter anti-tabac : depuis six mois les Français fument comme ils n’ont jamais fumé

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Ce sont des chiffres révélés par l’Agence France Presse et Le Parisien  : 22,9 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes français entre le 1er janvier et le 31 juin en France. Et les douanes notent une augmentation des ventes de 5% rien que pour le mois de juin. Ce sont là les premiers résultats du bilan établi par Logista France, fournisseur de la quasi-totalité des buralistes.

Le Parisien note que ces chiffres sont révélés quelques jours seulement après l’annonce de la nouvelle ministre de la Santé Agnès Buzyn qui veut augmenter «rapidement et fortement» le prix du tabac. Mais on sait ce qu’il en est de la volonté des ministres de la Santé dont la voix est systématiquement étouffée par Bercy, Matignon, l’Elysée.

Paquet neutre sans effet

« On peut dire qu’on ne voit toujours pas l’effet du paquet neutre sur les ventes de cigarettes en France, car elles sont toujours en hausse», interprète Eric Sensi-Minautier, directeur de la communication chez British American Tobacco (BAT). On sait que le paquet neutre, sans logo ni couleur distinctive, est le seul conditionnement disponible dans l’Hexagone depuis le 1er janvier. On sait aussi que le gouvernement précédent avait officiellement fait de ce paquet la clef de voûte de sa croisade anti-tabac. On voit aujourd’hui le résultat.

Logista France n’est pas seul a observer ce phénomène de reprise de la consommation : pour le seul mois de juin, les douanes enregistrent pour leur part une hausse de 5% des ventes de cigarettes. Seule ombre au tableau buralistique : les ventes de « tabac à rouler-tuber » ont chuté de 2,11% au premier semestre (chiffres de Logista). « On peut penser que l’entrée en vigueur en janvier d’une nouvelle taxe sur le tabac à rouler, augmentant son prix de 1,50 euro a eu un effet sur les ventes », note Eric Sensi-Minautier.

Entourages élyséens

On peut aussi penser que si le gouvernement augmentait dès maintenant (massivement et durablement) le prix du tabac les ventes reculeraient d’autant. Or la ministre de la Santé vient de confirmer que le paquet à 10 euros ne verra pas le jour avant la fin du quinquennat de l’hyperprésident. On peut ainsi raisonnablement supposer que l’épidémie de novlangue a déjà atteint Bercy et Matignon – sans parler des entourages élyséens et jupitériens du président Emmanuel Macron.

Novlangue ? Edouard Philippe II a accordé un entretien aux Échos, entretien marqué par le concept de souffle fiscal, publié ce mercredi 12 juillet, et dans lequel il affirme vouloir « accélérer le rythme des baisses d’impôts » :

« On a 80 000 morts par an dus au tabac. C’est un sujet de santé publique qui ne se traite pas uniquement par l’impôt mais d’abord par la prévention. Ensuite, plus la hausse du prix du tabac est élevée, plus l’impact sur la consommation est important. Dès le budget 2018, nous aurons une hausse significative du prix du tabac ».

L’un des principes du novlangue d’Orwell-Blair est d’associer deux termes différents en un seul mot: la pensée de l’un est ainsi irrémédiablement associée à la pensée de l’autre.

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Affaire des vaccins : la ministre Agnès Buzyn et le mépris ressenti par les parents-citoyens 

 

Bonjour

Ce sera la polémique de l’été. Puis celle de l’automne – sans parler des saisons qui suivront. Comment l’exécutif parviendra-t-il (sans mal) à mettre en musique sa décision concernant les nouvelles onze obligations vaccinales ? Le Premier ministre Edouard Philippe II s’expliquera-t-il sur le sujet ? Pour l’heure l’homme est étrangement en tournée de promotion pour vendre un nouveau livre 1 – damant ainsi le pion médiatique à Emmanuel Macron. Et puis soudain, dans le vieux Libé, en ce lundi de tempête et sur le front vaccinal, une peu banale tribune parentale 2 : « Vaccins obligatoires, un geste politique autoritariste au profit des laboratoires ».

Une tribune en forme de lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Où l’on retrouve toutes les trois principales têtes de chapitre d’une affaire multiforme et grossissante. Et des signataires qui qualifient de « scandale » les prochaines onze obligations vaccinales.

1 L’accusation réfutée d’être « sous-informés »

« Non, nous ne sommes ni inconscients ni mal informés. Non, il ne suffira pas de faire auprès de nous de la «pédagogie». Car nous savons que les vaccins ont permis de faire disparaître des épidémies invalidantes, voire mortelles. Nous sommes convaincus de l’importance de faire vacciner massivement les populations. Nous savons aussi que si une part significative de la population cesse de se faire vacciner, des épidémies, jusqu’ici disparues, referont surface. 

« Ce n’est donc pas par ignorance que nous sommes en France des millions de parents, de médecins et de professionnels à nous opposer à votre projet d’élargir l’obligation vaccinale chez les nourrissons et les jeunes enfants de trois à onze – c’est-à-dire à l’ensemble des vaccins recommandés en 2017. »

2 La contestation du discours mandarinal.

 « Non, la ‘’méfiance’’ des Français (médecins généralistes compris) n’est pas le fruit de la ‘’désinformation’’ comme l’explique, avec condescendance, le Pr Alain Fischer, président de la Concertation citoyenne sur la vaccination mise en place en 2016 par l’ex-ministre de la Santé. Elle est liée à un soupçon grandissant – et loin d’être seulement français – quant à l’ampleur des effets indésirables liés aux nouveaux vaccins plurivalents, du fait des adjuvants entrant dans leur composition.

 « Et ce soupçon est nourri par l’inertie des pouvoirs publics, qui se refusent de façon incompréhensible à y répondre par une pharmacovigilance accrue, relayée par des recherches indépendantes de tout intérêt industriel, ainsi que par l’application d’un principe de précaution pour le moins justifié par le climat de méfiance généralisée. »

 « Le 29 juin, dans les colonnes du Parisien, 200 grands médecins prenaient collectivement la parole pour soutenir la ministre de la Santé dans son projet. Ils parlaient à son propos de ‘’courage politique’’ ! Mais quel courage y a-t-il à user de la force pour contraindre le peuple sans lui accorder les lumières ? Le vrai courage ne consisterait-il pas plutôt à poser des limites à un pouvoir industriel et financier, qui agit et s’exprime en toute impunité ? »

 3 Le cadeau fait à quelques multinationales pharmaceutiques

« Mettre des limites aux grandes firmes pharmaceutiques serait-il devenu impossible ? Sinon, comment expliquer qu’une ministre de la Santé préfère rendre obligatoires les vaccins commercialisés par lesdites firmes plutôt que de leur imposer de commercialiser ceux qui sont obligatoires (le vaccin DTPolio, indisponible depuis 2008) ? Comment expliquer qu’elle se refuse à leur demander de réétudier la composition de ceux soupçonnés de présenter des risques pour la santé humaine ?

« La dépendance des pouvoirs publics envers les intérêts macroéconomiques est-elle si forte qu’au projet politique légitime d’une pharmacovigilance accrue et rigoureuse ainsi que d’une recherche de pointe sur les effets des nouveaux vaccins, il faille préférer le mépris et l’abandon des victimes de maladies d’origine vaccinale, et la mise à l’écart des quelques chercheurs courageux qui osent poursuivre la voie que leur indique la science ? »

Seconde citoyenne

Au final, comment conclure cette supplique sur papier et sur site ? En exhortant la ministre à faire preuve du « véritable courage politique » ; un courage qui ne consiste pas à « mépriser les voix citoyennes exprimant leur méfiance envers certaines formes de ces produits évidemment essentiels que sont les vaccins ». Où l’on perçoit l’hétérogénéité de la supplique. Où l’on perçoit, aussi, ce que peut être le profond embarras du politique. Et où l’on revient à la clef de voûte du dispositif désormais affiché par Edouard Philippe II : les modalités de la clause d’exemption : que réserve l’exécutif aux parents rétifs aux immunisations systématiques ?

Quand elle en aura fini avec son « Des hommes qui lisent » dédicacé par le Premier ministre, la ministre des Solidarités et de la Santé aura-t-elle une petite seconde citoyenne pour jeter un œil sur Libé ?

A demain

1 Message de France Culture : « Le Premier ministre Edouard Philippe sera en exclusivité dans les Matins d’été produits par Lucas Menget mardi 11 juillet de 8h20 à 8h40 pour la sortie de son livre Des hommes qui lisent (éditions JC Lattès) » (…) Edouard Philippe est Premier ministre. Il a été député et maire du Havre. Il est l’auteur de deux romans écrits avec Gilles Boyer : L’heure de vérité et Dans l’ombre. Interview à suivre en facebook live www.facebook.com/franceculture. Entretien à réécouter et podcaster sur franceculture.fr »

2 Cette tribune est signée de Mmes et Mrs Séverine et Christophe Angebault-Rousset, Miguel Benasayag, François Cam, Bastien Cany, Angélique Del Rey, Géraldine Gaudefroy-Demomby.

 

Mort d’Adama Traoré : quand « Libération » rectifie les révélations du «Parisien»

Bonjour

Le fait est trop rare pour ne pas être signalé. Dans son édition du 5 juillet Le Parisien apportait de nouvelles lumières sur les circonstances et la cause de la mort d’Adama Traoré – une affaire complexe à l’origine de nombreuses et vives polémiques 1. Or dans son édition du 6 juillet Libération révèle que les révélations du Parisien étaient, bien malheureusement, incomplètes.

« L’information que révèle le Parisien, sur une nouvelle expertise médicale réalisée à la suite du décès d’Adama Traoré l’année dernière, est en partie simplifiée. Dans son édition du 5 juillet, le quotidien cite une phrase de conclusion du rapport d’expertise en omettant la fin, pourtant essentielle » écrit ainsi Ismaël Halissat. Consultée par Libération, cette nouvelle contre-expertise rejette l’hypothèse (un temps évoquée par le procureur de la République de Pontoise) d’une infection et retient surtout un « syndrome asphyxique aigu » dont la cause n’est pas précisément établie. Libération :

« Voici ce que conclut réellement ce rapport daté du 22 juin : ‘’La mort de monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress.’’ Le Parisien en est resté là. Pourtant la phrase continuait avec ces mots : ‘’d’un état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie et une granulomatose systémique de type sarcoïdose‘’. Un ‘’état antérieur plurifactoriel ’’ que n’a donc pas mentionné Le Parisien. »

Pourquoi ne pas avoir fait mention de l’existence d’une « cardiomégalie » et d’une « granulomatose systémique de type sarcoïdose » ? Qui y avait (ou pas) intérêt ? « Ce document est une contre-expertise anatomopathologique, pas un rapport médical définitif. Une synthèse va bientôt être réalisée à partir de tous éléments qui sont sur la table » a confié une source judiciaire à Libération. Attendons, prudemment, cette synthèse.

 A demain

1 On lira ici les différents papiers consacrés, sur ce blog, à cette affaire

Mort d’Adama Traoré : le procureur de la République ne semble pas avoir dit la vérité vraie

Bonjour

Il faut avoir confiance dans la médecine légale de son pays. Et faire une croix sur la post-vérité. C’était il y a un an : le 19 juillet 2016 Adama Traoré, 24 ans, mourait à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise). Il avait été « interpellé » par des gendarmes. Les causes exactes de ce décès avaient alors alimenté une longue polémique ; une polémique relancée par les déclarations intenables du procureur de la République de Pontoise Yves Jannier 1. Qualifiée de « bavure » par sa famille, la mort d’Adama Traoré avait entraîné plusieurs nuits de violences à Beaumont-sur-Oise, où il avait été interpellé, et dans les communes voisines.

Un an plus tard on dispose des conclusions d’une contre-expertise datées du 22 juin et signées du Pr Patrick Barbet et du Dr Pierre Validiré. Un document révélé par Le Parisien  (Jean-Michel Décugis) et qui souligne, contrairement aux déclarations initiales du procureur, qu’« aucun signe ne permet d’évoquer un état infectieux antérieur » chez la victime. « Lensemble de ces constations permet de conclure que la mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un effort et de stress », écrivent les deux légistes.

« Syndrome asphyxique »

Cette contre-expertise avait été demandée par sa famille. Dès le 21 juillet, le procureur avait déclaré qu’Adama Traoré « avait une infection très grave », « touchant plusieurs organes » ; il ajoutait que son autopsie n’avait pas relevé de « trace de violence significative ». Une seconde autopsie (réalisée à la demande de la famille) avait fait état de « lésions traumatiques très superficielles » – des lésions qui n’auraient joué aucun rôle dans le processus létal. Les légistes soulignaient, comme les premiers, l’existence de plusieurs « abrasions » au niveau du front, du coude, la main gauche et de la poitrine. Ils concluaient que la mort était due à « un syndrome asphyxique » possiblement dû aux pratiques mises en œuvre pour interpeller et immobiliser la victime.

De fait lors de son arrestation, Adama Traoré avait été maintenu au sol sous « le poids des corps » de trois gendarmes. Il aurait alors fait part à cet instant de difficultés respiratoires (selon l’audition d’un des officiers) et aurait été placé en position latérale de sécurité. Une version contredite par le témoignage d’un sapeur-pompier qui a déclaré que, lors de son arrivée sur les lieux il avait trouvé le jeune homme « face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menottées ».

 Mutation de Pontoise à Paris

« Cette contre-expertise médicale réalisée par un collège d’experts est très importante car elle écarte de façon définitive la thèse de l’ancien procureur de Pontoise », a déclaré au Parisien Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille Traoré très actif dans cette affaire.

Elle renforce selon lui l’hypothèse des violences par compression thoracique. Pour Me Bouzrou les proches de la victime pourraient désormais saisir le conseil de la magistrature « afin qu’Yves Jannier soit sanctionné pour ses déclarations contraires à la vérité ». Est-ce possible ? Peu de temps après l’affaire Yves Jannier avait fait l’objet d’une mutation. Il est aujourd’hui avocat général près de la cour d’appel de Paris

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1 On lira ici les différents papiers consacrés, sur ce blog, à cette affaire