Evaluer, flatter, dénigrer publiquement son médecin… : le Conseil de l’Ordre ne dit rien  

Bonjour

Vie moderne. Ce serait un nouveau droit offert aux patients : donner « gratuitement » son avis d’ « utilisateur » sur les compétences, les insuffisances, de ceux qui les écoutent, les auscultent, les soignent. « Noter » son médecin au moyen de « cœurs ». Sous pseudonyme. Ce serait la dernière innovation en date de ce qui jadis, fut baptisé « démocratie sanitaire » : l’entrée en scène du site MediEval4i « Vous avez le droit de savoir qui vous soigne ! Trouvez, évaluez votre médecin ! »

« MEDIEVAL4i est une plateforme accessible à l’adresse www.medieval4i.com (ci-après la « Plateforme ») proposant aux Internautes et aux « Utilisateur »s plusieurs types de services (ci-après les « Services ») : l’accès à l’évaluation des professionnels de santé partagée par d’autres Utilisateurs suite à leur propre expérience médicale ; le partage par l’Utilisateur de sa propre expérience médicale avec un professionnel de santé à travers l’évaluation de ce dernier ;  l’accès à des informations concernant le professionnel de santé consulté telles que le délai moyen d’attente pour obtenir un rendez-vous, les plateformes de prise de rendez-vous en ligne sur lequel il est présent, l’acceptation ou le rejet des nouveaux patients ou des bénéficiaires de la CMU-C.

 « L’Editeur est MEDICINE4i, société par actions simplifiées au capital de 200.000 euros, Immatriculée au Registre de Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 789 046 315, domiciliée au 4, rue de Castellane – 75008 Paris. »

« Communauté de partage »

Ce site explique encore avoir « pour vocation de bâtir une communauté de partage des expériences médicales de chaque patient à travers l’évaluation des professionnels de santé consultés afin que chacun puisse trouver le médecin qui lui correspond ». Et cette communauté « se nourrit de l’expérience médicale de chacun ». L’Internaute qui « vient rechercher de l’information au sujet de professionnels de santé » (à travers une recherche nominative ou par spécialité) peut consulter les évaluations laissées par la communauté d’Utilisateurs. Et une fois la création de son « Compte Utilisateur » confirmée, il a la possibilité de partager son expérience médicale soit au travers de l’évaluation du professionnel de santé consulté soit en rapportant à la Plateforme les raisons pour lesquelles il n’a pas été en mesure de consulter ce professionnel de santé.

Quant à l’évaluation du médecin, elle consiste en l’attribution d’une note (« L’Utilisateur attribue au professionnel de santé une note allant de 1 à 5 pour chacun des cinq critères objectifs d’évaluation retenus. La moyenne arithmétique de ces cinq critères permet d’établir la note affectée à l’évaluation. Cette moyenne viendra par la suite contribuer à former la note globale du professionnel de santé ») ; la rédaction d’un avis (« L’Utilisateur formule un avis personnel relatant, de la manière la plus objective possible, son expérience médicale avec le professionnel de santé consulté. L’Utilisateur doit résumer son expérience en quelques caractères dans un titre » ;  la fourniture des informations suivantes: le délai d’attente pour obtenir ce rendez-vous, le mois et l’année de la consultation et la plateforme de prise de rendez-vous utilisée si le rendez-vous a été pris par internet.

Chaque Utilisateur est identifié publiquement par son pseudonyme et chaque évaluation (notation et avis) est accessible publiquement à tous les Internautes et Utilisateurs. La pseudonymisation (sic) ne permet pas d’identifier l’Utilisateur sans avoir recours à des informations supplémentaires. Dans une logique de transparence et d’indépendance, l’utilisation des Services est gratuite pour chaque Internaute et Utilisateur ainsi que pour les professionnels de santé référencés sur la Plateforme.

Défouloir numérisé

Cette initiative vient d’être détaillée dans Le Parisien (Daniel Rosenweg) : « MediEval4i, le site Internet qui veut noter les médecins ». « ‘’On n’évaluera pas la compétence médicale du professionnel de santé, précise, Mathias Matallah, président fondateur de Medicine4i, maison mère de MediEval4i. Nous ne sommes pas médecins.’’Un dispositif de « modération très stricte des avis, contre le dénigrement, la diffamation, la misogynie… a été mis en place, ainsi qu’un droit de réponse du médecin. Conscient qu’il arrive ‘’en terrain miné’’ et là où d’autres acteurs avant lui se sont cassé les dents, il prévient : ‘’Je suis prêt à me défendre, si les médecins se hasardent sur le terrain glissant de la polémique, ils vont se discréditer’’

Interrogé par Le Parisien le Conseil de l’Ordre des médecins n’a pas souhaité réagir « avant d’avoir vu le site ». De son côté, le président de MG-France, premier syndicat de généralistes, Jacques Battistoni, exprime ‘’ la réticence des médecins à ces notations’’. Il estime que ‘’cela va accroître la pression sur eux dans une période déjà difficile où, pénurie de médecins oblige, ils doivent répondre à une forte demande.’’ » D’autres redoutent, loin de la « communauté de partage », la mise en place d’un gigantesque défouloir numérique.

Le fondateur de MediEval4i qui a travaillé « dans tous les milieux de la santé pendant 25 ans » juge quant à lui  que « rien n’a bougé, le système n’a cessé de se dégrader, nous sommes à un moment de fracture entre médecins et patients (…)  Il est temps de faire évoluer les comportements. À chacun son boulot, le nôtre c’est de défendre le patient. »

Les réponses sont moins précises pour ce qui est du financement à venir de l’entreprise. « D’autres sites se sont essayés sur ce créneau particulier. Ils s’appelaient Notetondoc, note2bib.com, demica.com… et tous se sont cassé les dents, rappelle Le Parisien. Dernier né, créé en mars 2015, quiconnaitunbon.com misait sur un partenariat avec les professionnels de santé invités à s’inscrire sur le site pour y être évalués. Il a été radié du registre du commerce en décembre 2017. »

On peut comprendre l’embarras du Conseil national de l’Ordre des Médecins pour s’exprimer sur un tel sujet. Il semblerait toutefois opportun, dans l’intérêt de tous, qu’il donne de la voix.

A demain

@jynau

 

Deux ans après, le meurtrier présumé du médecin généraliste ne sera finalement pas jugé

Bonjour

Il y a deux ans un homme tuait le Dr Patrick Rousseaux, 64 ans, dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). L’autopsie devait établir  que le médecin avait succombé à quarante-huit coups de couteau. « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales,  résumait Le Parisien qui publiait une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). »

« Coup de folie » déclarait son avocat, avant même les conclusions des experts. Et personne n’avait évoqué la piste du « terrorisme ».  Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad posait question » au regard des coups de couteau qu’il avait donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, précisait que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B. Pour lui aucun doute :  l’homme avait été « pris d’un coup de folie ».

La municipalité de Nogent-le-Rotrou avait ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain une marche silencieuse avait réuni plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement avait été prévu à l’appel de la CSMF. Ce syndicat médical exhortait alors le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclamait notamment la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant), l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggérait encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

L’affaire avait suscité une vive émotion, suscitant un écho national, se souvient  Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). À l’époque ministre de la Santé, Marisol Touraine avait exprimé son soutien « à l’ensemble des médecins généralistes de France, endeuillés par ce drame, qui accomplissent chaque jour un travail exemplaire, dans des conditions parfois difficiles, au service de leurs patients ».

« Trouble psychique ayant aboli son discernement »

Deux ans ont passé. La cour d’appel de Versailles vient de rendre un arrêt dans lequel elle déclare irresponsable le meurtrier présumé du Dr Rousseaux – information publiée par  L’Écho républicain :

« Après deux ans de procédures, d’expertises et de contre-expertises psychiatriques, la Cour d’appel de Versailles a rendu son arrêt, jeudi 14 mars 2019 : Mourad Bakir, auteur présumé du meurtre du docteur Patrick Rousseaux, le 1er février 2017, à Nogent-le-Rotrou, est déclaré irresponsable pénalement.

Contacté hier, le procureur de la République, Rémi Coutin, a confirmé nos informations : ‘’ Il évite les assises en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits.’’

La Cour d’appel a, par ailleurs, décidé de maintenir le meurtrier en soins psychiatriques au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) et a prononcé une interdiction de paraître en Eure-et-Loir durant vingt ans et de détenir une arme.

L’enquête sur la personnalité de Mourad Bakir, Franco-Marocain de 43 ans, aura permis de comprendre le cheminement paranoïaque l’ayant conduit à cet acte. Le Nogentais, benjamin d’une fratrie de dix enfants, avait perdu sa mère en 1999 et son père en 2017. ll avait changé de comportement, selon plusieurs témoins, depuis la perte de son emploi, moins d’un an avant les faits. »

A demain

@jynau

Angines : pour un diagnostic de qualité, prière de consulter votre pharmacien d’officine

Bonjour

Pendant les travaux, la politique de la découpe médicale se poursuit. Le Comité interministériel pour la Santé devait, ce 25 mars, entendre le pouvoir exécutif annoncer le remboursement des « tests de dépistage de l’angine » réalisés par les pharmaciens. Cette mesure vise « à désengorger (sic) les salles d’attente des médecins tout en améliorant la prise en charge des malades concernés (re-sic).

Les services du Premier ministre ont, en urgence, annoncé cet « accès facilité aux tests sur l’angine menés par les pharmaciens » confirmant ainsi une information du Parisien (Elsa Mari) : ces tests pratiqués en officine seront pris en charge par la Sécurité sociale et remboursés à partir du 1er janvier prochain. Le Parisien, repris par Le Figaro:

« Saviez-vous que la plupart des angines ne nécessitent pas d’antibiotiques ? Pour s’en assurer, il suffit de pousser la porte d’une officine, d’ouvrir la bouche et de tirer la langue. Depuis plusieurs années, les pharmaciens sont autorisés à réaliser un examen qui détermine l’origine de votre mal de gorge. Mais le gouvernement nous annonce vouloir aller plus loin, améliorer ce dispositif, faciliter l’accès à ces tests qui seront désormais remboursés au 1er janvier.

 « L’objectif est double. D’abord, lutter à tout prix contre la surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques qui conduit au développement de résistances des bactéries, un véritable problème de santé publique. C’est particulièrement le cas pour les angines qui correspondent à 10% des prescriptions d’antibios, soit 9 millions de cas chaque année, alors que 80 % d’entre elles sont d’origine virale et guérissent avec des antalgiques contre la fièvre et la douleur. Et cela coûte cher, 20 millions d’euros par an de prescriptions inutiles ! 

 « Si en France, les médecins généralistes pratiquent ces tests lors des consultations, ils sont, selon Matignon, insuffisamment utilisés : seuls 40% en ont commandé en 2017. Pourquoi ? Contacté, l’ordre des médecins n’a pas souhaité s’exprimer. Pour éviter un mauvais diagnostic et désengorger les cabinets bondés, le deuxième objectif, ces dépistages en officine pourraient être la solution.

Sans surprise les pharmaciens applaudissent. « Sur les 4200 pharmaciens, nous sommes près de 600 à avoir reçu cette formation et être habilités à faire ces tests. Mais c’est une très bonne idée de vouloir aller plus loin » a déclaré au Parisien Martial Fraysse, président du conseil régional d’Ile-de-France de l’Ordre des pharmaciens. Il suffit, pour cela, en marge des rayons de la parapharmacie, d’un espace de confidentialité, d’un kit (une dizaine d’euros), de gants et d’un chronomètre. « On frotte un gros coton-tige dans la région des amygdales. Huit minutes plus tard, les résultats s’affichent sur la plaquette. Un trait, c’est viral, deux, bactérien. »

Détail : si les deux traits s’affichent, le pharmacien ne sera pas autorisé à délivrer de traitement – il faudra toujours consulter un médecin, puis revenir vers son pharmacien.  Où l’on en vient à se demander pourquoi le gouvernement ne permet pas au citoyen de pratiquer ce test, remboursé, à son domicile.

A demain

@jynau

 

 

 

 

Où se procurer, dans l’Union européenne, un véritable embryon humain pour 3 600 euros ?

Bonjour

Le  sujet ne fait partie ni du Grand Débat français ni des élections européennes. On le découvre , ce 22 mars 2019, en page 9 du Parisien/Aujourd’hui en France (Christine Mateus) : « L’adoption d’embryons, vous connaissez ? ». Où l’on retrouve l’Institut Marquès de Barcelone 1. L’Institut catalan et sa « plate-forme mondiale de cession d’embryons humains abandonnés ».

En Espagne, « après deux relances sans réponses de la part des patients » les embryons conçus par fécondation in vitro « sont à disposition des cliniques, qui peuvent opter pour leur destruction ou les conserver pour la recherche ou bien les donner à d’autres couples ». Pour sa part l’Institut Marquès a choisi, depuis 2004, cette dernière possibilité, en lançant à Barcelone « le premier programme d’adoption d’embryons du monde ».

Religion et consanguinité

Aujourd’hui, explique-t-on, des « patients du monde entier » se rendent en Espagne afin d’adopter des embryons disponibles et plus d’un millier d’enfants sont nés grâce à cette initiative. 62% des couples français qui choisissent l’option d’adopter des embryons à l’Institut Marquès, le font car ils n’ont pas réussi à obtenir une grossesse avec d’autres techniques de reproduction assistée ; 28% des adoptants français sont des femmes sans partenaire qui veulent devenir mères, certaines d’entre elles après avoir été un certain temps sur liste d’attente pour une adoption standard ; 10% des adoptants d’embryons s’avèrent être des personnes qui par croyances éthiques ou religieuses écartent les autres techniques de procréation médicalement assistée.

A Barcelone l’attribution des embryons se réalise via un système informatique qui assure que chaque enfant naîtra dans un pays (ou dans une communauté) distinct de celle des autres embryons conçus lors du même cycle. « Pour éviter les consanguinités futures ». Nouvelle donnée, dans Le Parisien, le prix facturé : « 3 600 euros environ ». Les affres de la marchandisation concurrentielle du corps humain ne font partie ni du Grand Débat ni des élections européennes.

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Un centre barcelonais à la renommée internationale dans les domaines de la gynécologie, l’obstétrique et la reproduction assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Kuwait. Ce centre, spécialisé dans les cas qui présentent une difficulté particulière, aide les personnes dans plus de cinquante  pays à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les meilleurs taux de grossesse, avec 89% de réussite par cycle de fécondation in vitro avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe une importante ligne d’investigation sur les bénéfices de la musique lors des débuts de la vie et la stimulation fœtale. Aussi, engagé pour la cause environnementale, l’Institut Marquès réalise depuis 2002 des études sur le rapport entre les toxiques environnementaux, la stérilité et les traitements de reproduction assistée. »

 

 

«Bouffée délirante» post-cannabis : psychiatrie et addictologie dans l’affaire Sarah Halimi

Bonjour

Ce sont des extraits du dossier Kobili Traoré révélés par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Timothée Boutry)  Kobili Traoré  meurtrier présumé de Sarah Halimi, il y a près de deux ans à Paris. Un meurtre qui aura connu un fort retentissement médiatique .  Sarah Halimi, 64 ans, mère de trois enfants et médecin retraitée est rouée de coups puis défenestrée dans des « circonstances imprécises » du haut du troisième étage de son immeuble par un jeune voisin de 27 ans rapidement interné en hôpital psychiatrique. « J’ai tué le sheitan » (démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme après son acte.

Trois jours plus tard, le 7 avril 2017,  François Molins, procureur de la République de Paris déclare que ce drame, en l’état de l’enquête, n’est pas un meurtre antisémite, mais que cette piste sera aussi explorée. Le 10 juillet, Kobili Traoré   est entendu par le juge d’instruction. Il reconnaît les faits tout en niant toute motivation antisémite : « Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque ». Il attribue son état à la consommation de cannabis. Et Le Parisien de révéler aujourd’hui que la  perspective d’un procès s’éloigne 2017.

« Selon nos informations, les experts psychiatres qui se sont penchés une troisième fois sur le cas de Kobili Traoré ont estimé qu’il n’était ‘’pas, actuellement, accessible à une sanction pénale’’. Sans le dire aussi explicitement, ils considèrent que son discernement était aboli au moment des faits (…) C’est la seconde expertise à conclure à une irresponsabilité pénale tandis que le premier psychiatre qui avait examiné Kobili Traoré avait considéré que son discernement était simplement altéré. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient désormais de renvoyer le suspect devant la cour d’assises ou de prononcer un non-lieu psychiatrique. »

Irresponsabilité

Le Parisien a donc pu prendre connaissance des conclusions des Drs Bernard Pascal, Julien-Daniel Guelfi et Roland Coutanceau. Ces experts indiquent que le jeune homme de 29 ans présentait « une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique » (« c’est-à-dire provoquée par un agent toxique extérieur, en l’occurrence le cannabis dont il était un très gros consommateur » souligne le quotidien).

« Partant de là, ils précisent dans une formule alambiquée que ce diagnostic oriente ‘’plutôt classiquement vers une abolition du discernement […] compte tenu qu’au moment des faits son libre arbitre était nul et qu’il n’avait jamais présenté de troubles antérieurement’’. Ils précisent également qu’il n’aurait pas choisi sa victime à dessein : ‘’ Il n’y a pas, a priori, de capacité de sélectionner sa victime dans une bouffée délirante aiguë. Seule compte la réalité délirante.’’ Ce qui, en creux, semble écarter le choix délibéré de s’en prendre à une femme de confession juive. »

En juillet dernier, les Drs Bensussan, Meyer-Buisan et Rouillon avaient  clairement indiqué que Kobili Traoré était « inaccessible à une sanction pénale » – soulignant  qu’il  souffrait « d’un trouble psychotique chronique […] faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural ». Et en septembre 2017, le Dr Roland Zagury, premier expert nommé dans cette affaire, avait lui aussi conclu à une « bouffée délirante aiguë ». Sans pour autant aller jusqu’à l’irresponsabilité ? . « En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité ».

Contestation des conclusions

Me Francis Szpiner, avocat des enfants de la défunte a commenté, pour Le Parisien, cette nouvelle conclusion d’experts :

« Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du dernier collège d’experts sont donc, selon nous, très contestables. 

«À partir du moment où tous les experts ne sont pas d’accord, je pense que c’est à la juridiction de jugement, en l’occurrence à la cour d’assises, de se prononcer et de trancher. En dépit des conclusions de cette troisième expertise, je continue à espérer qu’il y aura un procès. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient de se prononcer. Et même si elle rend une ordonnance de non-lieu, nous ferons bien évidemment appel. »

Où il conviendra, alors, de revisiter toute la bibliographie disponible sur les rapports entre consommation de cannabis et émergence des étranges et toujours spectaculaires « bouffées délirantes».

Interné d’office depuis son geste Kobili Traoré est aujourd’hui pris en charge à l’ « unité pour malades difficiles » de Villejuif (Val-de-Marne).

A demain

@jynau

LBD : dans la police on ne pratique pas sans danger une politique de réduction des risques

Bonjour

Ainsi donc Christophe Castaner, fragilisé, était l’invité matinal de France Inter. Où l’on apprit que le ministre de l’Intérieur n’avait pas envisagé un instant de démissionner. Et qu’il ne s’était pas non plus fait méchamment sermonner par Emmanuel Macron 1. Et encore qu’il regrettait d’avoir, nuitamment, fêté un anniversaire dans un restaurant bien connu de la capitale.

Et puis cet aveu en forme d’excuse préventive concernant les LBD, ces « lanceurs de balles de défense » hautement contestés car très dangereux, pouvant causer des blessures oculaires aux conséquences irréversibles – au point de mobiliser la communauté française des ophtalmologistes qui vient d’en appeler à Emmanuel Macron 1.

« Les forces de l’ordre ont eu des consignes de changer le type de munitions avec des munitions courtes, et ils ont eu des consignes de moins utiliser les LBD » a déclaré Christophe Castaner sur France Inter, précisant que cela s’était fait sans l’aval de son ministère. Et sans celui, non plus,du préfet de police de Paris, Michel Delpuech – qui a néanmoins, lui, été limogé.

Et si Christophe Castaner a, pour l’heure, sauvé la sienne, d’autres têtes policières tombent. Ainsi, après le préfet de police de Paris, c’est au tour de Pierre Gaudin, actuel directeur de cabinet du préfet de police d’être limogé – idem pour le directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne, Frédéric Dupuch, ancien chef du service central de la police technique et scientifique à Ecully. Une information du Monde, confirmant une information du Parisien. C’est lui qui serait directement à l’origine de la mesure de réduction des risques inhérents aux LBD. Et qui en paye le prix.

A demain

@jynau

 1 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

Vodka. Christophe Castaner regrette d’être allé au restaurant pour un anniversaire (France Inter)

Bonjour

Il y a quatre jours les magazines Voici et Closer publiaient des clichés du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, « en train de danser avec une jeune femme non identifiée » dans un célèbre « restaurant-club » du VIIIe arrondissement de Paris – le Noto. « Il aurait enchaîné les shots de vodka et embrassait une inconnue ». « Pour oublier ». C’était dans la nuit du 9 au 10 mars, quelques heures après l’acte XVII des Gilets Jaunes. Closer affirmait que le ministre de l’Intérieur « n’était pas escorté par ses gardes du corps » – une information non confirmée.

Dans un premier temps la plupart des responsables politiques se sont abstenus de commenter cette sortie. A l’exception, aussi, de Benoît Hamon, ancien collègue socialiste de Christophe Castaner, qui en appelait sur RTL, à « un peu de tenue ». Puis l’affaire des « shots de vodka » n’a cessé d’être utilisée, tant par les humoristes que par les commentateurs politiques – une utilisation amplifiée après les violences élyséennes des manifestations du 16 mars et le limogeage qui s’en est suivi du préfet de police de Paris.

Respect de la vie privée

« Il s’agit de ma vie privée et de ma famille, qui peut être respectée. J’ai rejoint une soirée, dans un cadre totalement privé, entre 23h30 et deux heures du matin » avait expliqué, le 14 mars, Christophe Castaner dans les colonnes du Parisien. Et aussitôt, en écho, Edouard Philippe, Premier ministre, de déclarer sur Europe 1 : « Je n’ai aucun commentaire à faire sur la vie privée de Christophe Castaner, et le ministre de l’Intérieur a toute ma confiance ». Puis Agnès Buzyn, ministre des Solidarités, avait expliqué sur RTL que la sortie nocturne de son collègue s’inscrivait pleinement dans un contexte de » vie privée » puisqu’il s’agissait d’un « anniversaire ».

Aujourd’hui 19 mars Christophe Castaner est l’invité matinal de France Inter. On attendait la question-banderille. Elle fut posée non par Léa Salamé mais par Nicolas Demorand. « Regrets ou pas regrets ? »

F.I : Une vidéo de vous, Christophe Castaner en boîte de nuit à Paris a été rendue publique. Est-ce que vous vous dites que c’était a posteriori une erreur et qu’il aurait fallu éviter ce type d’images quand on a vos fonctions ?

– C.C. : D’abord les faits. Je me suis rendu à un anniversaire non pas dans une boîte de nuit mais dans un restaurant. Ensuite la presse people -et vous la reprenez, dont acte-  a expliqué que c’était une soirée dans une boîte de nuit.  La vérité c’est que c’était un restaurant, connu à Paris.

Ensuite j’ai vu la polémique, j’ai vu la mise en cause de ma vie privée… Donc oui je le regrette. Mais je regrette surtout qu »aujourd’hui on considère que aller dans un restaurant pour rejoindre un anniversaire ça puisse faire polémique, ça puisse faire des questions – y compris sur votre antenne ».

Couvrir de brocards, pour rire

Une heure plus tôt, également sur France Inter, l’humoriste  Charline Vanhoenacker  osait brocarder Christophe Castaner. En ces termes :

« Enfin, il va s’exprimer pendant plus de 20 secondes et ailleurs que sur BFM ! Depuis qu’il est ministre, Castaner n’est plus jamais venu dans la matinale. J’ai fini par croire qu’il flippait plus devant Léa et Nicolas que face à un groupe de Black Blocs… Pareil à Libération, auquel il ne répond jamais et je vous raconte pas Mediapart. Pourtant, l’homme que je vois bomber le torse à la télé ne peut pas avoir peur d’Edwy Plenel, il l’étale en deux deux, Plenel, il est gaulé comme une crevette ! Après, c’est toujours plus facile d’enfumer des manifestants que d’enfumer des journalistes…

Casta il n’est plus venu depuis un bail. Pour vous dire, je crois même qu’à l’époque Macron, était encore populaire. C’était la belle époque où Casta faisait encore la promo de son patron tous les jours sur toutes les chaînes… Avant il ne fallait même pas penser à l’inviter qu’il était déjà là ! Pourtant en tant que Ministre de l’Intérieur, dans la situation qu’on est en train de vivre, normalement,… on devrait le voir encore plus souvent que Nagui à la télé. Mais donc c’est bien, là il est en chemin. Peut-être même qu’il nous écoute… 

Allez viens Christophe, t’as vu on commence très tôt, tu peux débarquer direct après la fermeture de la boîte, t’inquiètes pas ça nous rappellera Beigbeder ! (…) En résumé, le seul message encore audible chez Castaner, c’est quand il dit ‘’Arrêtez de frapper les flics, frappez plutôt des tequilas !’’ »

Jusqu’où (et jusqu’à quand) pourra-t-on ainsi, de visu et sur les ondes du service public, railler sans danger pour la collectivité l’incarnation de l’autorité ? Que se passera-t-il quand le bouffon trônera ? Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, reviendra-t-il un jour sur France Inter ?

A demain

@jynau