350 euros hospitaliers pour savoir où vous en êtes de votre fertilité. Il ne sont pas remboursés

Bonjour

C’est un papier « santé » du Parisien/Aujourd’hui en France. Il nous parle d’une « initiative unique » en France. A découvrir au Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC). Nom de code : « Fertilité check up© » (sic). Médecin responsable : Pr. Nathalie Massin. Médecin :  Dr. Jean-Marc Le Vaillant « dix ans aux côtés de René Frydman, père du premier bébé éprouvette ». Pitch :

« Vous avez un projet de maternité immédiat ou futur ? Vous souhaitez connaître votre potentiel de fertilité ? Vous souhaitez planifier une conception dans votre projet de vie ? Vous souhaitez connaître votre potentiel de fertilité actuel ou futur ? Vous souhaitez savoir où vous en êtes… Nous vous proposons des réponses à ces questions grâce au Fertilité check-up©. »

« Ce test comprend : un examen échographique complet, le Fertiliscan©, développé par l’équipe médicale du centre d’Assistance Médicale à la Procréation du CHIC – examen de trente minutes environ, réalisé par voie endovaginale avec un inconfort modéré (sic) ; un « questionnaire de vie » – (histoire médicale et état actuel ; un entretien avec un expert de la fertilité qui fera les conclusions de l’examen complet et répondra à toutes vos questions. »

On explique encore que cet examen permet d’étudier les trois fonctions indispensables à la reproduction : l’ovulation, la capacité utérine, la perméabilité tubaire. A noter : « ce test permet également la possibilité de dépister l’endométriose.».

« C’est l’examen de première intention par excellence qui permet de donner à une femme, dans les meilleurs délais, une évaluation de sa fertilité, résument les promoteurs.  Pour prendre RDV pour un fertilité-check up, cliquez ici. Accessible sans courrier de médecin traitant, le Fertilité check-up© est proposé au tarif de 350€ – incluant le Fertiliscan© et la consultation spécialisée (non pris en charge à ce jour par la sécurité sociale). »

Pourquoi cette absence « à ce jour » d’une prise en charge par l’Assurance maladie, elle qui rembourse à 100% toutes les techniques et prises en charge de procréation médicalement assistée 1 ? Pourquoi Créteil et pourquoi 350 euros ? On ne nous le dit pas. On le regrettera.

A demain

1 On trouvera ici ce qu’il en est officiellement, pour l’Assurance maladie, du « bilan médical de la stérilité ou infertilité ». Extrait :

« Une consultation médicale pour infertilité s’envisage, le plus souvent, lors de l’absence de grossesse au bout d’une ou deux années de rapports sexuels réguliers. Ce délai peut être plus court en fonction de l’âge et des problèmes médicaux antérieurs du couple. Une consultation médicale devient nécessaire lorsqu’un couple n’arrive pas à concevoir un enfant après 12 à 24 mois de rapports réguliers (deux ou trois fois par semaine) aux périodes propices, en l’absence de contraception. Cette consultation a lieu beaucoup plus tôt, souvent après 6 mois d’essais infructueux, si la femme a plus de 35 ans ou s’il existe une maladie de l’appareil génital connue ou suspectée chez l’homme ou la femme.

« Cette consultation permet : de confirmer le diagnostic d’infertilité par son ancienneté ; de retrouver une cause parfois simple d’infertilité qui peut être facilement modifiée (par exemple : mauvaise connaissance des processus de la fécondation et des périodes de fécondité) ; d’envisager, après un examen médical du couple, les examens complémentaires nécessaires. »

 

 

 

Somnifères : deux médecins accusés d’être responsables des six morts de l’accident de Millas

Bonjour

Nous sommes dix mois après le dramatique accident de Millas : une collision survenue, sur un passage à niveau de cette commune des Pyrénées-Orientales, entre un autocar transportant des collégiens et une rame automotrice TER.  Autocar coupé en deux, six morts parmi les adolescents, et de nombreux blessés.

Tout ou presque a été dit sur les possibles causes et responsabilités. Et puis, aujourd’hui, double rebondissement. Alors que la conductrice, 48 ans, nie toujours avoir commis une faute les expertises techniques, révélées par Le Parisien accablent cette femme mise en examen pour homicides et blessures involontaires. Les deux experts qui ont passé le car scolaire au peigne fin sont catégoriques : « L’origine de cet accident provient d’un freinage tardif de la conductrice de l’autocar », affirment-ils. Des déclarations à l’opposé de la version de la conductrice, qui assure que la barrière du passage à niveau ouverte au moment du passage du TER a provoqué le drame.

Et puis, sur France Info, les déclarations de Me Jehanne Collard, l’avocate des victimes de la collision qui traite de ce dossier sur son blog spécialisé. Et Me Collard de remonter dans la chaîne des causalités et des responsabilités. Selon elle « les vrais responsables de ce drame sont probablement les médecins ». Pourquoi ? Me Collard :

« Les expertises démontrent d’abord que les infrastructures SNCF fonctionnaient parfaitement et n’ont, semble-t-il, pas concouru à la réalisation de cet accident. Le problème maintenant est de savoir pourquoi la conductrice a heurté la barrière ? Le problème doit se poser du travail des médecins : le généraliste – qui lui a prescrit des somnifères, dont les effets secondaires sont graves pour les personnes qui conduisent -, du médecin du travail, qui était informé et qui l’a déclaré apte à la conduite. Donc la responsabilité de tous ces médecins qui sont intervenus semble évidente et probablement plus importante que celle de la conductrice. Les vrais responsables sont probablement ces médecins qui n’ont pas fait leur travail et qui ont prescrit des médicaments dont les effets secondaires étaient dangereux pour quelqu’un qui conduisait.

 « Effectivement le car a freiné. On peut imaginer – c’est un des effets des médicaments qu’elle prenait – qu’elle a eu un moment d’absence et qu’elle n’a réalisé qu’au dernier moment que les barrières étaient fermées. Ce qui est important dans ce dossier, et pour tous les enfants de France qui montent dans des cars scolaire, c’est que des médecins puissent prescrire à quelqu’un qui conduit des enfants, des somnifères dont les effets secondaires sont très lourds. Il y avait dans ce dossier des éléments qui laissaient penser, avec une quasi-certitude, que les barrières étaient fermées lorsque le car scolaire s’est présenté au passage à niveau. Ces expertises ne font que confirmer ce qu’il y avait dans ce dossier. »

Pour cette avocate, si la conductrice a poussé les barrières c’est parce que, « du fait des médicaments qu’elle prenait, elle a eu un moment d’absence ».  « Elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l’entière responsabilité de cet accident assure-t-elle. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables. »

Ces médecins, dont elle ne donne pas les noms, vont-ils poursuivre cette avocate pour diffamation ?

A demain

L’archevêque de Paris, docteur en médecine, déclare la guerre au comité national d’éthique

Bonjour

Les fleurets catholiques ne sont plus mouchetés – la poudre confessionnelle commence à parler. C’est une longue interview dans Le Parisien dominical. Celle d’un homme en ascension dans le paysage politique et médiatique national : Mgr Michel Aupetit, 67 ans, « une voix de crooner », médecin et archevêque de Paris : « L’archevêque de Paris s’engage. ‘’Entretien exclusif’’ Mgr Aupetit appelle les catholiques à se mobiliser contre toute évolution des lois de bioéthique » (Propos recueillis par Christine Mateus et Vincent Mongaillard). Voilà qui est clair. Avec, d’entrée, une charge sans précédent :

« Il y a longtemps que je pense que le Comité national d’éthique (CCNE) n’est plus ce qu’il était. J’ai connu celui du Pr Jean Bernard. Il avait été voulu [par François Mitterrand, en 1983] comme un comité des sages qui puisse s’exprimer de manière indépendante. Je ne sens plus cela aujourd’hui. Le résultat était attendu, ce qui est un peu inquiétant. On se demande pourquoi on a fait des Etats Généraux, ils n’ont aucun impact sur la décision finale. »

 Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE appréciera d’être, sur la question de la « PMA pour toutes », accusé par un évêque, d’inféodation au pouvoir exécutif et au président Macron.

Dans cet entretien l’archevêque-médecin reprend des arguments connus (naissance programmée d’un enfant « sans père », utilisation-destruction croissante d’embryons humains à des fins de recherche, dignité de l’homme bafouée) et formule des menaces à peine voilées. Contre l’extension de la PMA, il « appelle les catholiques à se mobiliser par une parole » et laisse les citoyens appeler à manifester. Si tel devait être le cas l’évêque médecin y participerait en tant que simple citoyen.

« À 66 ans, c’est un homme décrit comme affable par tous ceux qui l’approchent, écrivait Le Quotidien du Médecin en décembre dernier après l’annonce de sa nomination. Avec cette dimension de pasteur, que le pape actuel entend privilégier. Mais ce fils de cheminot qui tient aujourd’hui le conseil ‘’famille et société’’ de la Conférence des évêques de France se montre plutôt conservateur sur la morale, hostile à l’IVG, et au ‘’mariage pour tous’’ ».

Une tendance confortée par les thèmes de ses nombreux ouvrages , son opposition ouverte à la loi Taubira et sa participation (remarquée et controversée) à la « Manif pour Tous » du 26 mai 2013.  Et La Croix rappelait qu’il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

Croiser le fer

Cinq ans plus tard, devenu l’un des plus haut dignitaire de l’Eglise de France, en connexion directe avec Rome et le Pape,  le voici qui accuse le CCNE et le gouvernement de mentir quand ils affirment à l’unisson que la légalisation de la PMA « pour toutes » n’ouvrira en aucune façon la voie à celle de la Grossesse pour Autrui (GPA).

« Je n’y crois pas une seconde. Lorsqu’il y  au le mariage pour tous on nous avait déjà affirmé qu’il n’y aura pas de GPA. Au non de quoi refuserait-on aujourd’hui la GPA ? »

Interrogé sur la proposition de loi de sénateurs PS visant à supprimer la clause de conscience qui permet à des médecins de ne pas pratiquer d’IVG il répond :

« C’est terrible. Cela signifie qu’on entre dans une forme de dictature qui dit ‘’ Vous n’avez pas le droit de penser, votre conscience doit être éteinte. »

Humiliation

Difficile, dans ce contexte, de ne pas rappeler quelques éléments politiques essentiels autant que paradoxaux. A commencer par les propos, il y a un an, du chef de l’État qui prêchait l’apaisement. Dans un entretien accordé le 15 octobre 2017 à TF1, interrogé sur le possible accès des femmes seules à la procréation médicalement assistée (PMA), Emmanuel Macron disait souhaiter «avoir ce débat de manière apaisée» durant l’année 2018. Tout en estimant «normal de reconnaître ce droit aux femmes seules et aux couples de même sexe», il prévenait: «Sur ces sujets de société, le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences».

C’était là une allusion aux affrontements suscités par l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, instaurée durant le quinquennat de François Hollande. Quelques mois auparavant, en février 2017, dans un entretien à L’Obs, le candidat Macron avait aussi expliqué que les adversaires du mariage homosexuel avaient alors été «humiliés» car on leur avait insuffisamment «parlé».

Puis le même président, officiellement en quête d’apaisement, lors d’un désormais célèbre discours tenu au Collège des Bernardins, incitait les évêques de France à pleinement s’engager dans le débat public. C’était en avril dernier. Cinq mois plus tard les évêques de France partent en croisade médiatique- avec celui de Paris en tête d’un cortège qui est d’ores et déjà opposé au projet à venir de révision de la loi de bioéthique. Et qui dénonce, pour la première fois (publiquement), le mode de fonctionnement du Comité national d’éthique. Le Pr Delfraissy osera-t-il croiser le fer avec son confrère et évêque Aupetit ?

A demain

 

 

 

A partir de 2020 : fin du « gâchis humain » dans la sélection des médecins (Agnès Buzyn) ?

Bonjour

Le trop célèbre numerus clausus (qui limite le nombre d’étudiants admis en deuxième année d’études de médecine, sages-femmes, d’odontologie ou de pharmacie) sera supprimé à la rentrée 2020. Cette mesure entrera dans le cadre du plan santé présenté mardi 18 septembre par Emmanuel Macron. L’information a été confirmée la veille par la ministre des Solidarités et de la santé, Agnès Buzyn – et ce dans un entretien accordé au Parisien (Laurence Le Fur, Elsa Mari, Florence Méreo, Daniel Rosenweg).

Reconnaissant que la fin du numerus clausus « ne réglera pas le problème de la démographie médicale », la ministre justifie la mesure par le besoin d’« arrêter le gâchis humain » :

« Ça suffit de désespérer des générations entières de jeunes qui obtiennent le bac parfois avec une mention bien ou très bien, mais qui se voient refuser l’entrée dans des études de médecine et vivent cela comme un échec fondamental. Nous ne pouvons pas sélectionner les futurs médecins uniquement sur leurs compétences en maths ou en physique. Nous avons aussi besoin de profils numériques, humanistes (sic) que l’actuelle sélection ne favorise pas.

En lieu et place du numerus clausus, « des examens sanctionneront le passage en deuxième année puis en troisième », ajoute la ministre. Sans dire si la souffrance et le gâchis ne seront pas, ainsi, prolongés.

La première année commune aux études de santé (Paces) donne actuellement lieu à un concours désespérant : sur près de 60 000 étudiants inscrits, seuls 13 500 ont été autorisés cette année à poursuivre leur cursus en médecine, odontologie (dentaire), pharmacie ou maïeutique (sages-femmes).

Ce système (dénoncé depuis un quart de siècle) permet au pouvoir exécutif d’ajuster les flux de la démographie médicale. D’abord à la baisse, dans l’espoir de réduire les dépenses, sans grand succès. Puis à la hausse, face aux pénuries croissantes et à l’émergence et la progression de déserts médicaux.

A demain

Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tous les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sauver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

Homéopathie : à quel titre l’assurance maladie ne rembourserait-elle pas l’effet placebo ?

Bonjour

« La bataille de l’homéopathie fait rage » nous dit la manchette d’un Parisien (Florence Méréo) post-caniculaire. Et de préciser qu’Agnès Buzyn « s’apprête à faire évaluer l’efficacité des granules auxquels ont recours 33 % des Français ». Objectif : décider du maintien ou non de leur remboursement. En attendant, la bataille continue entre pro et anti-médecines alternatives ».

On sait à quel point la ministre des Solidarités et de la santé a pu, ces derniers mois, se fourvoyer dans ce dossier. Au point de déclencher d’innombrables plaisanteries sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui c’est promis : Agnès Buzyn va saisir « dans les meilleurs délais » (sic) la Haute Autorité de Santé (HAS). Sa mission, si elle l’accepte, sera de « se prononcer » sur « le bien fondé des conditions de prise en charge et du remboursement de ces médicaments ».  Or la HAS a déjà tranché et c’est niet.

Une économie potentielle de 620 millions d’euros et la fin d’une incohérence qui choque chaque jour un peu plus les esprits les plus rationalistes du pays de René Descartes. Jadis au poste aujourd’hui occupé par Agnès Buzyn on pouvait rencontrer le ténébreux Claude Evin. On le retrouve aujourd’hui dans Le Parisien. Il est partisan du déremboursement, mesure que ce ministre socialiste n’avait pas songé à prendre entre 1988 et 1991.

Claude Evin, 69 ans, ancien élève de l’Institution Saint-Joseph d’Ancenis, diplômé de l’École d’éducateurs spécialisés d’Angers, député qui occupa de multiples fonctions au sein du parti socialiste, du gouvernement de Michel Rocard puis du monde hospitalier. Rejoint le cabinet d’avocats DLA Piper en septembre 2015, en tant qu’avocat-conseil dans le domaine des sciences de la vie et de la santé. Puis, un an plus tard, devient avocat associé au sein du cabinet Houdart et Associés.

Gage de sérieux

Que nous dit-il ? Que le remboursement des produits homéopathiques « ne se justifie pas », qu’il y a « une position de principe à prendre », et que pour l’heure, « concrètement cela signifie que l’on rembourse un placebo ». Or pour l’ancien ministre « le remboursement doit intervenir si l’efficacité est prouvée ». Malheureusement Claude Evin ne dit rien de l’efficacité du placebo…

Face à lui le médiatique Dr Frédéric Saldmann, médecin discuté et auteur à succès (« Le meilleur médicament c’est vous ! »). Sans surprise il prend « très au sérieux » l’effet placebo. « Il existe une force du mental qui soigne, dit-il. Un message qui permet au cerveau de fabriquer ses propres médicaments. » Quant au remboursement il y voit une symbolique. « Pour le patient c’est un gage de sérieux qui fait augmenter l’effet placebo. Une prescription médicale, une écoute, un remboursement renforcent l’efficacité sur le plan psychologique ». Corollaire : en finir avec la vente libre en pharmacie des granules homéopathiques.

Tout est dit en somme : sous les pavés polémiques de l’homéopathie, la plage mystérieuse de l’effet placebo. Un territoire inconnu du politique, difficile à mettre en chiffres. L’homéopathie continuera à être remboursée avait, en souriant, assuré Agnès Buzyn en avril. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ». En août elle demande à la HAS de dire le contraire.

A dire vrai il faut dépasser tout cela, aller au-delà de l’eau diluée dans l’eau, et répondre à la seule question qui vaille : de quel droit, à quel titre, l’assurance maladie devrait-elle ne pas rembourser l’effet placebo ?

A demain

La vaporisation du cannabis électronique est-elle une contrefaçon de la cigarette du même nom ?

Bonjour

Chauffer vaut-il mieux que brûler ? Dans une France caniculée c’est une information du Parisien (Aurélien Viers et Elsa Mari) – reprise non sans gourmandise par le site des buralistes : « Cannabis : le vaporisateur à herbe arrive en France ». Où l’on apprend que l’on peut se procurer (sur Internet mais aussi « dans quelques magasins de cigarettes électroniques ») des vaporisateurs électroniques portables – des instruments qui chauffent l’herbe de cannabis jusqu’à 190 °C, pour en dégager de la vapeur.

« On aspire ainsi uniquement les principes actifs de la plante » explique-t-on au lecteur – tout en rappelant que cette aspiration est illégale en France. Ce serait là une autre forme de réduction des risques sur laquelle les cerveaux de l’Inserm ne se sont pas encore penchés. Grimhild (le prénom a peut-être été changé) dans son magasin « vap’» du XIe arrondissement de Paris :

« Aujourd’hui, les gens veulent inhaler propre et manger sain. Beaucoup veulent l’adopter et abandonner la cigarette électronique, qu’ils trouvent trop toxique. Sur Internet et dans notre boutique, on en vend jusqu’à 5 à 10 par jour ».

Dans le creux de la main

Certains de ces ressemblent à s’y méprendre à des cigarettes électroniques, d’autres tiennent dans le creux de la main. Les prix varient de 75 à 300 €. « On ne peut pas parler de boom, comme avec la cigarette électronique, mais d’une tendance », assure Nicolas Atlan, de la boutique « Docteur Vaporisateur ».

Qu’en dit la faculté ? Le Parisien a interrogé le Dr Amine Benyamina, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Il  confirme que si on ne peut pas se passer d’herbe, la vaporisation se révèle « moins nocive » :

« Tous les produits issus de la combustion sont à éviter. Avec ce procédé, on évite le tabac, qui contient plus de 4 000 substances, la plupart toxiques. Ils ont raison de l’utiliser. Cette technique est même indiquée dans le cas de chanvre thérapeutique ».

 Un chanvre thérapeutique qui, en dépit des annonces faites sur le sujet par la ministre Agnès Buzyn, est toujours inaccessible en France.

A demain