Sevrage tabagique et pharmaciens d’officine : les prix libres et indécents du Nicopass®      

Bonjour

C’est une étude qui ne donnera pas la meilleure image des pharmaciens d’officine. Les prix des médicaments vendus sans ordonnance (prix libres) ont progressé en un an de 4,3 %, avec d’énormes disparités, rapporte le baromètre annuel de l’Observatoire Familles rurales – des résultats barométriques publiés mardi 12 décembre dans Le Parisien et résumés par l’Agence France Presse. L’affaire concerne les sites comme les officines.

« Dans les officines en dur l’association a constaté qu’environ 75% des boîtes de médicaments sans ordonnance sont dépourvues d’étiquette « prix ». Ceux-ci sont inscrits sur des présentoirs « pas toujours accessibles ou lisibles pour les consommateurs », surtout lorsqu’ils sont situés derrière le comptoir, a relevé la fédération qui craint une volonté délibérée de la part des pharmaciens de priver le consommateur d’une « possibilité de comparaison » des prix. Sur les douze médicaments analysés, Familles rurales a relevé un écart de prix moyen allant du simple au triple. »

« Vous pratiquez l’automédication ? N’oubliez surtout pas de comparer les offres, conseille Le Parisien. Car loin d’avoir favorisé la baisse des prix, la loi de 2008 qui autorise la vente en accès libre de médicaments sans ordonnance n’a fait qu’opacifier le marché et désorienter le consommateur. » Selon les relevés effectués dans 40 magasins et sur 43 sites internet en octobre, le prix du « panier » étudié a augmenté de 4,3 % en un an, alors que l’inflation n’était que de 1,1 %. »

« Un produit d’usage fréquent tel que l’Activir, utilisé contre l’herpès, a vu son prix moyen baisser de 7,1 % en 2016 puis s’envoler de 9,8 % cette année. Le Dacryum, solution de lavage oculaire, coûte 9,6 % de plus que l’an dernier. Dans certains endroits, il se trouve à 1,95 euros la boîte et dans d’autres à… 8,50 euros. Soit 3,4 fois plus cher », détaille l’étude. Sur les produits regardés à la loupe par Familles rurales, seuls deux sont en baisse : l’Imodium (− 2,2 %) et le Strepsils (– 1 %).

Affaire doublement politique

 L’étude relève que les variations de prix sont plus importantes dans les officines que sur les sites. Le Maalox oscille entre 2,75 € et… 9,10 € La boîte de Nicopass, « pour cesser de fumer », peut y être facturée 13,90 euros comme … 34,10 euros. C’est là un sujet doublement politique puisque le coût des substituts nicotiniques est (pour partie et de manière forfaitaire) pris en charge par l’assurance maladie 1. Cela s’appelle « accompagner l’arrêt du tabac ».

En pratique l’assurance maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) « à hauteur de 150 euros par année civile et par bénéficiaire », depuis le 1er novembre 2016. Point n’est besoin d’être fort en calcul (mental) pour saisir que cet « accompagnement-remboursement » n’est pas du même ordre selon les pharmaciens auxquels s’adressent les malades fumeurs réclamant d’en finir avec leur dépendance.

Où l’on en revient à cette situation incompréhensible, injustifiable : pourquoi, au vu du fléau que constitue le tabagisme, ces médicaments (devant être prescrits) disposent-ils d’un prix libre ? Pourquoi laisse-t-on des pharmaciens disposer d’une telle liberté ? Pourquoi ces médicaments ne sont-ils pas, intégralement pris en charge par l’assurance maladie ?

A demain

Vapotage : que faut-il savoir en pratique sur le « joint électronique » qui n’en est pas un ?

Bonjour

La petite polémique de décembre 2014 et les assurances données par Marisol Touraine n’auront servi à rien : le même problème est à nouveau soulevé avec Le Parisien :  « Cannabis : l’inquiétant succès du «joint» électronique ». Titre accrocheur mais par tout à fait exact comme on peut vite le lire : « une mode nouvelle fait fureur. Du e-liquide qui contient du CBD, une des molécules du cannabis, est disponible sur le Net et dans les boutiques de cigarettes électroniques. Au grand dam de médecins ».

Où l’on retrouve la cigarette électronique, cette fois associée au CBD, ou cannabidiol, cannabinoïde présent dans le cannabis ; une molécule complexe nourrissant bien des rumeurs et présent dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex® 1. Un médicament autorisé depuis des années à être sur le marché français mais qui n’y est toujours pas faute d’un accord entre le gouvernement et le fabricant.

Silence de la ministre de la Santé

Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, avec le papier du Parisien, se retrouve confrontée au même sujet. Elle garde le silence et les médias observent le grand flou qui, chez les autorités sanitaires, règne sur le sujet : apparente divergences entre l’Agence nationale de sécurité du médicament (plutôt pour l’interdiction) et le ministère de la Santé (plutôt pour le laisser-faire).

Sur LCI, l’addictologue et président de SOS Addiction William Lowenstein a expliqué qu’il « ne s’agit pas du tout de joint ». »Pour le commun des mortels, le joint, c’est le cannabis qui contient ces principes actifs, psychoactifs, les THC, ce qui fait « planer » et modifie la pensée ou encore le goût, précise-t-il. Seulement, dans le cannabis, il y a une centaine de molécules dont le CBD qui, même s’il a une structure assez proche des THC, n’a pas les mêmes effets psychoactifs ». Le CBD ? « Ce sont des effets plutôt sédatifs. Le risque du CBD est de baisser la vigilance, donc certains vont dire que cela va permettre de s’endormir. Cela va être quelque chose de plutôt anxiolytique, d’apaisant. (…) Il ne s’agit pas d’un stupéfiant, donc il n’est pas illégal, et chez nos voisins suisses, dans les bureaux de tabac, vous avez les pots de CBD entre les cigarettes et les Malabar. Tout ceci est une petite tempête dans un verre d’eau. »

D’autres, comme le tabacologue Bertrand Dautzenberg, réclament un encadrement : « a priori, il y a moins de dangers d’addiction qu’avec le THC, mais c’est un produit qui est mal connu et justement, il faut l’encadrer pour que cela soit surveillé et que l’on prenne le principe de précaution nécessaire pour pouvoir vérifier qu’il n’y a pas d’addiction. »

Ne pas être dupes

Une synthèse utile est ici fournie par le Pr Nicolas Authier (service de Pharmacologie Médicale, CHU de Clermont-Ferrand). La voici :

« La question du risque pour le CBD n’est semble-t-il pas à mettre au premier plan du fait de l’absence, pour l’instant, de données inquiétantes en lien avec cette molécule. D’autre part, il nous faut dépasser la seule question de la réglementation, qui pour l’instant n’autorise que la culture de certains plants destinés à un usage industriel et qui contiennent très peu (<0,2%) de THC.

« En revanche, en dehors d’un usage récréatif peu probable,  il faut être vigilant sur le risque d’allégations thérapeutiques : ‘’apaisant’’, ‘’tranquillisant’’ … (ce qui est interdit en dehors d’un statut de médicament) et ne pas faire croire à des patients, souvent atteints de maladies chroniques résistantes aux thérapeutiques disponibles, donc à la recherche légitime d’un moyen d’être soulagé, que le CBD va être LA solution ; peut être un outil pharmacologie supplémentaire dans une prise en charge globale et multimodale.

Et ne pas être dupe, non plus, sur un risque réel de charlatanisme et de business sous-jacent. »

On attend la position du gouvernement

A demain

 

Tous les articles de ce blog sur le Sativex® sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=Sativex

 

 

 

A Paris, du néo-cannabis dans les cigarettes électroniques ! Mais que fait la police ?

Bonjour

Ce matin, il faut lire Le Parisien (Elsa Mari) : « une mode nouvelle fait fureur. Du e-liquide qui contient du CBD, une des molécules du cannabis, est disponible sur le Net et dans les boutiques de cigarettes électroniques. Au grand dam de médecins ».

Où l’on retrouve le CBD, ou cannabidiol, cannabinoïde présent dans le cannabis ; une molécule complexe nourrissant bien des rumeurs plus ou moins urbaines. Il est présent dans quelques médicaments dont le célèbre Sativex. Où l’on se retrouve, aussi trois années en arrière ; décembre 2014, lors de l’annonce du premier e-joint au CBD, lancé sur Internet sous le nom de Kanavape. Ce qui avait suscité l’ire de Marisol Touraine alors ministre de la Santé : « Cannabis : Marisol Touraine veut interdire une cigarette électronique qui n’en contient pas ».

«Je suis opposée à ce qu’un tel produit puisse être commercialisé en France» parce que «cela constitue une incitation à la consommation de cannabis», qui est «potentiellement répréhensible par la loi», avait expliqué  expliqué  sur RTL. Puis l’émotion étaite retombée ; et on avait oublié.

Que va faire Agnès Buzyn ?

Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, avec le papier du Parisien, se retrouve confrontée au même sujet :

« Le cannabidiol dont on connaît encore mal les effets sur la santé, cartonne sous forme d’e-liquide. Une fois extrait du cannabis, il est ajouté à certains mélanges aromatisés, carburants de la cigarette électronique. Mais est-il facile de s’en procurer ? Tout à fait. En quarante-huit heures, nous avons pu commander et nous faire livrer ce produit, interdit mais qui bénéficie d’un flou juridique. »

« Son succès se murmure sur les forums. Dans leurs discussions, des dizaines d’internautes n’hésitent pas à vanter les trois lettres CBD : ‘’Je me vois plus zen, mes angoisses se dissipent’’, se réjouit Cbdlife. ‘’J’en utilise depuis trois mois et le fais découvrir à beaucoup de monde autour de moi’’, poursuit-il, alors que d’autres apprécient son petit goût ‘’végétal’’ aux effets positifs sur l’humeur.

« On part à sa recherche, en quelques clics, sur Internet. Première surprise, un site de grande distribution très connu n’hésite pas à vendre ce produit dans… ses coups de coeur. Les sites de vapotage, eux, ont même une rubrique dédiée e-liquide CBD. Des petites fioles estampillées « nouveauté » apparaissent les unes à côté des autres. Seules restrictions affichées : les femmes enceintes et les moins de 18 ans (…) Je sélectionne deux fioles de 30 mg, pour un total de 31,74 €, alors que le prix d’achat d’un e-liquide classique coûte environ 6 €. Je paye. Et l’affaire est pliée (…) Les sites en ligne n’ont pas le monopole du marché. Dans les magasins de cigarettes électroniques, cette tendance prend aussi de l’ampleur. »

Grand bazar

Selon Le Parisien, même les bureaux de tabac de la capitale ont flairé la belle affaire – et le site des buralistes de réagir qui rêve déjà d’un « monopole d’État sur la vente de l’e-cigarette » comme en Italie. In fine Le Parisien n’a pas résisté : il est allé interroger le « très médiatique » professeur Bertrand Dautzenberg.« C’est le bazar dit ce dernier. D’un côté, l’ANSM parle d’interdiction du CBD, de l’autre, le gouvernement reste vague. Et les addictologues sont dans un flou total sur son statut. Sa consommation était complètement marginale, ultraconfidentielle. Elle est en train de devenir massive. Certains l’utilisent comme substitut au joint, d’autres à la nicotine et certains malades chroniques ou angoissés contre le stress. Il faut une réglementation claire, personne ne s’y retrouve. »

Contactée par le quotidien, la Direction générale de la santé botte en touche : « Nos services sont en train d’expertiser ce sujet ». En décembre 2014 Marisol Touraine avait assuré qu’elle « avait demandé à ses services d’étudier de façon très précise la situation de ce produit», précisant qu’elle avait «l’intention de saisir le juge» pour interdire sa commercialisation ». Tout, semble-t-il reste à faire.

A demain

 

Soixante gendarmes et policiers se sont suicidés depuis le début de cette année. Et demain ?

Bonjour

13 novembre, deux ans plus tard. Commémorations et hommages rendus aux victimes des « attentats de Paris ». Et l’émergence de l’étrange. Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, estimait hier, dans un entretien au Journal du Dimanche que, face au terrorisme, la France est « mieux armée qu’il y a deux ans ».

Rappelant qu’après les attaques de Toulouse, de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, celles du 13-Novembre à « premier flic de France » affirme que les « services » sont désormais plus aptes à détecter les menaces. « Ils le font chaque semaine à bas bruit » dit-il haut et fort – ajoutant que la menace contre la France « reste très élevée ».  Selon le ministre, une trentaine d’attaques ont été déjouées depuis la mise en place de l’état d’urgence instauré dans la foulée des attentats djihadistes, les plus meurtriers jamais commis en France.

Et c’est le même ministre qui, le même jour, publie un communiqué de presse particulièrement inquiétant.

« Au cours de la semaine qui s’achève, cinq fonctionnaires de police et un militaire de la gendarmerie nationale ont volontairement mis fin à leurs jours. Ces suicides portent à 44 le nombre de policiers et à 16 le nombre de gendarmes qui se sont donné la mort depuis le début de l’année 2017. »

Remercié sans promotion

Ce communiqué a été diffusé quelques minutes après l’annonce du suicide du commissaire Antoine Boutonnet, figure de la lutte contre le hooliganisme. Son corps venait d’être retrouvé dans les locaux de la Direction générale de la gendarmerie nationale. Il était affecté depuis mars dernier à la sous-direction de l’anticipation opérationnelle (SDAO). Depuis 2009 le commissaire Boutonnet avait dirigé avec succès la division chargée de lutter contre les violences dans les stades. Huit ans plus tard il avait été remercié sans promotion particulière. Selon des proches, il supportait mal sa mutation.

Ces chiffres de suicides sont d’autant plus marquants que le même ministre souligne que « depuis plusieurs années, la prévention des risques psycho-sociaux est une priorité du ministère de l’intérieur » ; et que ce ministère « a récemment renforcé ses dispositifs de détection et de prise en charge (recrutement de psychologues, redynamisation des cellules de veille, déploiement de réseaux de référents, formation des cadres, etc.). »

Que faire ? Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur a exprimé sa « vive émotion » et demandé aux directeurs généraux de la police nationale, de la gendarmerie nationale et de la sécurité intérieure de lui présenter une évaluation des mesures mises en œuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre. « Il réunira rapidement les représentants des policiers et gendarmes pour évoquer les dispositifs de prévention existants et les moyens d’en renforcer encore l’efficacité ».

Taux anormalement élevés

L’actuel ministre de l’Intérieur se souvient peut-être que l’un de ses prédécesseurs (Bernard Cazeneuve) avait récemment été confronté au même phénomène. Il y a précisément trois ans, fin octobre 2014, on comptait quarante-trois cas de suicides dans la police depuis le début de l’année.

« A ce rythme, le  »record » de 1996 – soixante-dix suicides de policiers contre cinquante par an en moyenne – pourrait être égalé. Un chiffre noir » soulignait alors une dépêche de l’Agence France Presse. Fin septembre, le ministre de l’Intérieur avait aussi recensé, dans un discours aux forces de l’ordre, dix-sept suicides parmi les militaires de la gendarmerie qui n’est pas épargnée par le phénomène. » Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) – majoritaire chez les officiers de police, estimait que le taux de suicide constaté dans la police restait « anormalement élevé »: 36 pour 100.000 contre 20-22 pour 100.000 pour le reste de la population.

Début 2015 Bernard Cazeneuve avait lancé un plan ministériel comportant vingt-trois mesures pour prévenir au mieux ce phénomène. Au vu des derniers chiffres force est de constater que l’entreprise a échoué. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle observée dans le monde hospitalier.

A demain

 

Accouchement et IVG : l’ubuesque affaire du Cytotec prend une dimension politique

Bonjour

Une nouvelle fois voici Ubu-roi dans le champ du médicament. Le Parisien Aujourd’hui en France consacre deux pages au Cytotec (misoprostol). Ce médicament de la multinationale américaine Pfizer a obtenu en France son AMM en 1986. Indication officielle : traitement de l’ulcère gastrique ou duodénal évolutif, lésions gastro-duodénales induites par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou (à titre préventif)  lésions gastriques et duodénales et complications graves induites par les AINS.

Or tous les spécialistes savent que ce même médicament est depuis très longtemps utilisé en obstétrique pour déclencher l’accouchement à partir de 37 semaines d’aménorrhée. L’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) assurait pour sa part « avoir  pris connaissance d’un usage hors AMM » en mars 2013 – comme nous l’avions rapporté sur ce blog (« L’affaire Cytotec reste à écrire »). Des alertes avaient déjà été lancées les années précédentes. Un médicament détourné de son usage au vu et au sus de tous. Que croyez-vous qu’il arriva ? Rien.

Octobre 2017. Dans le cadre de ses 6es états généraux des infections nosocomiales et de la sécurité du patient, l’association Le Lien a décidé de dévoiler, ce 19 octobre, le « scandale du misoprostol ». Elle le fait en phase avec plusieurs médias généralistes (dont Le Parisien et Le Monde) qui citent le cas de la mère d’un enfant, né en 2012 au centre hospitalier intercommunal de Poissy et souffre de lourdes séquelles notamment neuromusculaires, à la suite de violentes contractions (après usage du Cytotec) ayant entraîné une rupture utérine et une privation d’oxygène. En décembre 2016, le tribunal administratif a conclu à des fautes de nature à engager la responsabilité de l’hôpital, et a condamné celui-ci à indemniser l’enfant et sa famille. L’hôpital et son assureur ont fait appel de la décision.

Ne pas interdire ce qui n’est pas autorisé

Le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale adjointe de l’ANSM déclarait au Parisien qui lui demandait pourquoi, après tant d’alertes et de mises en garde, ne pas avoir tout bonnement interdit cette pratique :  « Nous ne pouvons pas interdire quelque chose qui n’est pas autorisé mais avons été clairs ». Une phrase hautement symptomatique, proprement extraordinaire, dont il faudra se souvenir.

Et puis il y a cette autre dimension, bien embarrassante, exposée par Le Monde (Paul Benkimoun) :

« En France, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) avec des médicaments est possible en médecine de ville depuis 2004. L’assurance-maladie la couvre par un forfait d’environ 190 euros incluant le prix des médicaments, une combinaison de mifépristone (RU 486) et de misoprostol. Sur le marché coexistent le Cytotec de Pfizer et le Gymiso de Linepharma. L’un comme l’autre contiennent la même quantité de misoprostol : 200 µg par comprimé. En revanche, leur prix varie spectaculairement : 0,30 euro le comprimé de Cytotec contre 12 euros pour le Gymiso, soit quarante fois plus cher.

« Une enquête sur l’utilisation du misoprostol en gynécologie-obstétrique réalisée en 2012 par le centre régional de pharmacovigilance de Tours montrait que 76 % des médecins utilisaient Cytotec, 16 % Cytotec et Gymiso, 8 % le seul Gymiso. Contrairement à la présentation la plus chère pour laquelle l’IVG est une indication reconnue, Pfizer n’a jamais demandé à élargir au-delà de la gastro-entérologie l’AMM de son produit. ‘’Laboratoire américain, Pfizer ne veut pas cautionner l’IVG, analyse le Dr Thierry Harvey, chef du service d’obstétrique à la maternité des Diaconesses (Paris). On ferme les yeux à l’hôpital car cela permet des économies, mais on sait aussi que certains médecins réalisent une marge avec le Cytotec en empochant le forfait comme s’ils avaient employé le Gymiso.’’ »

L’Ordre, enfin, attaque

Et maintenant ? Vendredi 20 octobre, l’ANSM présentera un « Plan d’action visant à garantir la continuité de l’accès aux traitements en prévision de l’arrêt de commercialisation du Cytotec ». Pfizer a annoncé son intention de retirer le Cytotec du marché français, un retrait qui devrait intervenir le 1er mars 2018.

Ce n’est pas tout. Pour la première fois un président du Conseil national de l’ordre des médecins (le Dr Patrick Bouet a publiquement critiqué l’ANSM que s’ouvrait, ce 19 octobre, le congrès de l’Ordre. « Au cours d’un aparté avec des journalistes, il est revenu sur l’affaire Cytotec, nous révèle Le Parisien. ‘’Sur ce dossier, comme sur d’autres, nous nous étonnons que les médecins, et le Conseil de l’ordre, n’aient pas été mis dans la boucle, a-t-il déclaré. Au minimum il y a un déficit de communication de l’ANSM à notre égard. Nous allons nous retrouver avec une crise sanitaire, liée au retrait de ce médicament, avec des femmes qui vont être inquiètes, et nous aurions dû être prévenus’’. »

Devant la ministre des Solidarité et de la Santé, Agnès Buzyn, qui intervenait lors du congrès de l’Ordre, le Dr Bouet s’est interrogé à haute voix, devant une assemblée de plusieurs centaines de médecins : « Quand on voit comment s’est développée cette crise du Levothyrox, comment acceptez-vous, madame la ministre, une si grande impéritie des autorités de santé ? ». La ministre n’a pas souhaité évoquer le sujet. Silence ministériel ou pas, Levothyrox et Cytotec, l’affaire est devenue politique.

A demain

 

 

Des infirmières et des pompiers gazés : les urgences de l’hôpital de Saint-Denis envahies

 

Bonjour

Aujourd’hui 10 octobre 2017, manifestations dans toute la France d’agents hospitaliers en grève parce qu’inquiets. En grève contre les « attaques » du gouvernement et les menaces d’un président « des riches ». Et brutale confirmation que les espaces des « urgences » sont désacralisés.

C’est une information du Parisien : « Saint-Denis : ils envahissent les urgences et gazent pompiers et infirmières ». Où l’on apprend qu’une échauffourée survenue dans la soirée du vendredi 6 octobre, non loin du « Décathlon » de la Plaine-Saint-Denis, s’est prolongée jusqu’aux urgences de l’hôpital Delafontaine. Les assaillants poursuivaient leurs victimes admises peu auparavant dans le service.

Ils ont alors pénétré dans le sas et gazé quatre pompiers et deux infirmières.  « Aucun patient n’a été blessé. La salle d’attente où se trouvaient de nombreuses personnes n’a pas été touchée, précise Le Parisien. Grâce au dispositif de sécurité renforcé, en vigueur à l’hôpital depuis 2008, la police est intervenue dans les minutes qui ont suivi l’incident. Elle a interpellé les cinq agresseurs. »

Des urgences-banques

Les trois blessés s’étaient quant à eux réfugiés dans le laboratoire. Ils ont alors pu sortir de leur cachette et leurs soins ont pu être poursuivis.  Pendant la demi-heure de fermeture, les patients ont été acheminés vers les hôpitaux de Montreuil et de Bobigny. « Cela a créé un grand émoi dans l’hôpital, a déclaré au quotidien Yolande Di Natale, directrice du centre hospitalier de Saint-Denis. Mais nous sommes directement reliés au commissariat. Immédiatement, quatre véhicules de police se sont présentés à l’hôpital. Nous disposons en outre d’un vigile et d’une équipe de sécurité. Nous sommes confrontés une à deux fois par an à ce type de débordements. C’est très spectaculaire, mais la police est très réactive. »
Les cinq agresseurs ont été placés en garde à vue – puis remis en liberté. La direction de l’hôpital a porté plainte. Nul ne sait si Agnès Buzyn, ministre de la Santé a fait un geste vis-à-vis du personnel hospitalier et des pompiers agressés. Reste, en France, face à la spectaculaire désacralisation des urgences, le « presse-bouton » qui assure la réactivité de la police. Comme dans les banques. Reste un espace hospitalier français qui, à grande vitesse, change de visage. Et un personnel inquiet, souvent très mal payé, qui manifeste encadré par les forces de police.

A demain

Rebondissement : le patient lyonnais qui avait été sorti de son état végétatif est décédé  

 

Bonjour

Certains auront l’impression d’avoir été floués. A tort. Le Monde (Florence Rosier et Herbé Morin) revient aujourd’hui sur les raisons expliquant que le « décès de Guillaume T. n’a pas été révélé ». Guillaume T., un cas hors du commun dont la récente médiatisation allait éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme âgé de 35 ans, plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») et qui avait retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette première avait fait l’objet d’une publication datée du 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation » ; une publication signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par la Dr Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon).

Le Monde avait été l’un des premiers médias généralistes à faire état de cette première. En prenant soin de préciser qu’Angela Sirigu était une contributrice régulière de son  supplément « Science & médecine ».

Et c’est Le Monde qui, dans ce supplément annonce la mort du patient. « C’est à notre demande que le décès de Guillaume n’a pas été révélé, pour des raisons privées » souligne la mère de Guillaume T. qui « a accepté de parler au Monde ». Ni l’ article de Current Biology ni les chercheurs (pourtant interrogés sur l’ avenir de ce patient) n’avaient fait état de cette mort. C’est le Parisien qui, le mercredi 27  septembre, avait révélé ce son décès – une « omission » qui  a suscité de nombreuses questions. Pour sa part Angela Sirigu indique s’être conformée au souhait des proches.

Apnées du sommeil et infection fatale

« Nous en avions discuté avec la -familleEnsemble  nous avions pensé, à tort, que cela allait entraîner un amalgame entre la stimulation et le décès , confirme le Pr JacquesLuauté, qui suivait Guillaume T. depuis plusieurs années dans son service de réadaptation neurologique du CHU de Lyon. On était arrivé à la conclusion que ce décès – sans lien avec l’expérimentation – était un événement familial intime . C’était une erreur, car il était évident qu’on nous demanderait ce que ce patient était devenu. » Exact.

Guillaume T. a fait l’objet , conformément à un protocole visé par un « comité de protection des personnes » d’une stimulation nerveuse entre janvier et septembre  2016. Sa famille a ensuite souhaité poursuivre ces stimulations. « Il était beaucoup plus présent , j’ai vu les bénéfices pour mon fils, témoigne sa mère . Cela a été une très belle période. » Puis, en février  2017, la famille fait état d’apnées du sommeil (effet indésirable de la stimulation du nerf vague). Après diminution de l’ampérage, le stimulateur implanté a été définitivement éteint en mars dernier. « En juin, alors qu’il faisait très chaud, relate sa mère, il a fait une infection qui s’est aggravée en quelques jours. » Elle sera fatale. Il n’y a pas eu d’autopsie. Pourquoi ?

Fallait-il faire état du décès dans le manuscrit accepté par Current Biology ? Sans doute. Etait-ce possible ? Selon Steven Laureys (université de Liège), l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du domaine « par souci d’honnêteté, il aurait été bien de le mentionner». « La transparence , c’est très important, souligne-t-il. Mais cela n’enlève rien, selon moi, à l’ intérêt potentiel de cette technique. » Et maintenant ?

A demain