Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tout les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sanver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

Homéopathie : à quel titre l’assurance maladie ne rembourserait-elle pas l’effet placebo ?

Bonjour

« La bataille de l’homéopathie fait rage » nous dit la manchette d’un Parisien (Florence Méréo) post-caniculaire. Et de préciser qu’Agnès Buzyn « s’apprête à faire évaluer l’efficacité des granules auxquels ont recours 33 % des Français ». Objectif : décider du maintien ou non de leur remboursement. En attendant, la bataille continue entre pro et anti-médecines alternatives ».

On sait à quel point la ministre des Solidarités et de la santé a pu, ces derniers mois, se fourvoyer dans ce dossier. Au point de déclencher d’innombrables plaisanteries sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui c’est promis : Agnès Buzyn va saisir « dans les meilleurs délais » (sic) la Haute Autorité de Santé (HAS). Sa mission, si elle l’accepte, sera de « se prononcer » sur « le bien fondé des conditions de prise en charge et du remboursement de ces médicaments ».  Or la HAS a déjà tranché et c’est niet.

Une économie potentielle de 620 millions d’euros et la fin d’une incohérence qui choque chaque jour un peu plus les esprits les plus rationalistes du pays de René Descartes. Jadis au poste aujourd’hui occupé par Agnès Buzyn on pouvait rencontrer le ténébreux Claude Evin. On le retrouve aujourd’hui dans Le Parisien. Il est partisan du déremboursement, mesure que ce ministre socialiste n’avait pas songé à prendre entre 1988 et 1991.

Claude Evin, 69 ans, ancien élève de l’Institution Saint-Joseph d’Ancenis, diplômé de l’École d’éducateurs spécialisés d’Angers, député qui occupa de multiples fonctions au sein du parti socialiste, du gouvernement de Michel Rocard puis du monde hospitalier. Rejoint le cabinet d’avocats DLA Piper en septembre 2015, en tant qu’avocat-conseil dans le domaine des sciences de la vie et de la santé. Puis, un an plus tard, devient avocat associé au sein du cabinet Houdart et Associés.

Gage de sérieux

Que nous dit-il ? Que le remboursement des produits homéopathiques « ne se justifie pas », qu’il y a « une position de principe à prendre », et que pour l’heure, « concrètement cela signifie que l’on rembourse un placebo ». Or pour l’ancien ministre « le remboursement doit intervenir si l’efficacité est prouvée ». Malheureusement Claude Evin ne dit rien de l’efficacité du placebo…

Face à lui le médiatique Dr Frédéric Saldmann, médecin discuté et auteur à succès (« Le meilleur médicament c’est vous ! »). Sans surprise il prend « très au sérieux » l’effet placebo. « Il existe une force du mental qui soigne, dit-il. Un message qui permet au cerveau de fabriquer ses propres médicaments. » Quant au remboursement il y voit une symbolique. « Pour le patient c’est un gage de sérieux qui fait augmenter l’effet placebo. Une prescription médicale, une écoute, un remboursement renforcent l’efficacité sur le plan psychologique ». Corollaire : en finir avec la vente libre en pharmacie des granules homéopathiques.

Tout est dit en somme : sous les pavés polémiques de l’homéopathie, la plage mystérieuse de l’effet placebo. Un territoire inconnu du politique, difficile à mettre en chiffres. L’homéopathie continuera à être remboursée avait, en souriant, assuré Agnès Buzyn en avril. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ». En août elle demande à la HAS de dire le contraire.

A dire vrai il faut dépasser tout cela, aller au-delà de l’eau diluée dans l’eau, et répondre à la seule question qui vaille : de quel droit, à quel titre, l’assurance maladie devrait-elle ne pas rembourser l’effet placebo ?

A demain

La vaporisation du cannabis électronique est-elle une contrefaçon de la cigarette du même nom ?

Bonjour

Chauffer vaut-il mieux que brûler ? Dans une France caniculée c’est une information du Parisien (Aurélien Viers et Elsa Mari) – reprise non sans gourmandise par le site des buralistes : « Cannabis : le vaporisateur à herbe arrive en France ». Où l’on apprend que l’on peut se procurer (sur Internet mais aussi « dans quelques magasins de cigarettes électroniques ») des vaporisateurs électroniques portables – des instruments qui chauffent l’herbe de cannabis jusqu’à 190 °C, pour en dégager de la vapeur.

« On aspire ainsi uniquement les principes actifs de la plante » explique-t-on au lecteur – tout en rappelant que cette aspiration est illégale en France. Ce serait là une autre forme de réduction des risques sur laquelle les cerveaux de l’Inserm ne se sont pas encore penchés. Grimhild (le prénom a peut-être été changé) dans son magasin « vap’» du XIe arrondissement de Paris :

« Aujourd’hui, les gens veulent inhaler propre et manger sain. Beaucoup veulent l’adopter et abandonner la cigarette électronique, qu’ils trouvent trop toxique. Sur Internet et dans notre boutique, on en vend jusqu’à 5 à 10 par jour ».

Dans le creux de la main

Certains de ces ressemblent à s’y méprendre à des cigarettes électroniques, d’autres tiennent dans le creux de la main. Les prix varient de 75 à 300 €. « On ne peut pas parler de boom, comme avec la cigarette électronique, mais d’une tendance », assure Nicolas Atlan, de la boutique « Docteur Vaporisateur ».

Qu’en dit la faculté ? Le Parisien a interrogé le Dr Amine Benyamina, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Il  confirme que si on ne peut pas se passer d’herbe, la vaporisation se révèle « moins nocive » :

« Tous les produits issus de la combustion sont à éviter. Avec ce procédé, on évite le tabac, qui contient plus de 4 000 substances, la plupart toxiques. Ils ont raison de l’utiliser. Cette technique est même indiquée dans le cas de chanvre thérapeutique ».

 Un chanvre thérapeutique qui, en dépit des annonces faites sur le sujet par la ministre Agnès Buzyn, est toujours inaccessible en France.

A demain

 

 

 

«Bêtises» d’Emmanuel Macron et «fake news» de Donald Trump : de quoi sont-elles le nom ?

Bonjour

Le pouvoir, généralement, n’aime guère la presse qui ne la flatte pas. Une détestation proportionnelle au degré de puissance. Ainsi, à l’aube, une information de l’AFP. Arthur Gregg Sulzberger, 37 ans et directeur du New York Times a déclaré, dimanche 29 juillet, avoir vigoureusement mis en garde Donald Trump sur ses attaques répétées contre la presse lors d’une rencontre à la Maison Blanche. Il qualifie notamment le discours du président américain sur les « fake news » de « dangereux et nuisible ».

C’est M. Trump lui-même qui avait révélé, un peu plus tôt, dans un tweet, avoir discuté de « fausses informations » avec M. Sulzberger. On sait  que Donald Trump qualifie régulièrement de « fake news » (fausses informations) les médias généralistes américains – du moins ceux qui se montrent très critiques sur sa présidence et sur sa personne. « Ce tweet a conduit M. Sulzberger à publier un communiqué sur cette rencontre, qui était supposée rester confidentielle, comme toutes les réunions que les dirigeants des grands médias américains ont régulièrement avec les responsables du gouvernement » précise l’AFP.

 « Mon objectif principal en acceptant cette rencontre était de soulever mes inquiétudes au sujet de la rhétorique anti-presse extrêmement troublante du président, a expliqué celui qui a succédé début 2018 à son père, Arthur Ochs Sulzberger, comme directeur de la publication du Times. J’ai dit franchement au président que je pensais que son discours n’était pas seulement facteur de division mais qu’il était de plus en plus dangereux. »

« Je lui ai dit que bien que l’expression “fake news” soit fausse et nuisible, j’étais beaucoup plus préoccupé par sa façon de caractériser les journalistes comme des “ennemis du peuple”. »

« Je l’ai prévenu que ce langage incendiaire contribuait à une augmentation des menaces contre les journalistes et allait inciter à la violence. C’est particulièrement vrai à l’étranger. La rhétorique du président est utilisée par certains régimes pour justifier des répressions d’ampleur contre les journalistes. »

 « Je l’ai imploré de revenir sur ses vastes attaques contre le journalisme, que je pense être dangereuses et nuisibles pour notre pays. »

Et l’AFP de rappeler que les « diatribes » contre la presse font partie du « cocktail idéologique » de Donald Trump, qui cherche à décrire des élites, dont la presse, éloignées des préoccupations du pays.

Pendant ce temps, en France

Le 25 juillet, en déplacement à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), Emmanuel Macron s’est exprimé pour la première fois devant les journalistes au sujet de l’affaire Benalla. Le président de la République a accusé les médias d’avoir « dit beaucoup de bêtises » sur cette affaire. « Vous avez dit ces derniers jours beaucoup de bêtises sur soi-disant des salaires, des avantages. Tout cela était faux », a déclaré le chef de l’État à deux journalistes, l’un de BFMTV, l’autre de CNEWS.  « Je ne vais pas chercher des fusibles parce que vous avez envie de voir du sang et des larmes dans le tournant de l’été », leur a-t-il encore lancé.

La veille, face aux parlementaires de son parti, le président de la République avait déclaré, dans une anaphore :

‘’Alexandre Benalla n’a jamais détenu de codes nucléaires. Alexandre Benalla n’a jamais occupé un 300 m2 à l’Alma. Alexandre Benalla n’a jamais gagné 10 000 €. Alexandre Benalla, lui non plus, n’a jamais été mon amant. Alexandre Benalla, quoique bagagiste d’un jour, n’a jamais eu ces fonctions dans la durée’’.

La part du vrai, la part du faux ? « Prenons Emmanuel Macron au mot. Tous ces faits n’ont pourtant pas été relayés par les médias traditionnels, souligne, fort justement Le Parisien (Nicolas Berrod). Emmanuel Macron évoque ici, sur un pied d’égalité, des contenus parodiques, des informations contestées par l’Elysée, des faits avérés et des rumeurs de caniveau », soulignait le Monde . Qu’en est-il réellement ? » Et Le Parisien de faire, à son tour le décryptage de la parole présidentielle, qu’il s’agisse de ses contenus parodiques ou des rumeurs infondées. Sans oublier les nombreux éléments concernant Alexandre Benalla qui ont été révélés par plusieurs médias avant d’être confirmés… par le palais de l’Elysée.

Excès et suffisance

Quant à Libération, il règle linguistiquement l’affaire dans un édito réunissant Alexandre Benalla et Emannuel Macron : (Jonathan Bouchet-Petersen) :

«  Pour tacler le travail du «pouvoir médiatique» sur l’affaire Benalla – ce qu’il fait dès qu’il en a l’occasion (…) , Emmanuel Macron a affirmé que les journalistes avaient raconté beaucoup de «bêtises». Autrement appelées «fadaises» dans la langue un peu surannée dont le chef de l’Etat use aussi naturellement que la novlangue managériale d’anglicismes. On notera que, parmi les «bêtises» que la presse aurait diffusées ces derniers jours – Macron prenant un malin plaisir à mélanger fake news virales et articles journalistiques -, bien des informations auraient été plus précises si l’Elysée avait réellement privilégié la transparence à l’opacité.

 Chez Alexandre Benalla, le terme «bêtise» vient euphémiser, dans l’interview fleuve qu’il a accordée au Monde, ses actes du 1er Mai. Dans ce cas-là, bêtise signifie «action ou parole sotte ou maladroite», quand Macron convoque, lui, une autre définition : un «manque d’intelligence et de jugement». Dans les deux cas, le terme est inapproprié. Excessif chez Macron, insuffisant chez Benalla. »

 De l’excès à la suffisance. Où l’on perçoit que, tout bien pesé, la langue française demeure plus riche que la novlangue ( le néoparler) qui, outre Atlantique, ne cesse de gagner du terrain.

A demain

 

 

Contraceptif et polémiques : la multinationale Bayer fait une croix sur l’implant Essure®

 

Bonjour

C’est la fin d’une histoire qui reste à écrire. « Bayer Will Stop Selling the Troubled Essure Birth Control Implants » annonce The New York Times. Essure® : nom de marque d’un dispositif médical implantable de stérilisation définitive commercialisé par la multinationale Bayer. Une méthode recommandée en France en 2013 par la Haute Autorité de Santé (HAS) en première intention – et ce compte tenu de l’amélioration du service médical rendu par rapport à la ligature des trompes.

Essure® avait déjà, depuis 2009, pris une place dominante par rapport à la méthode par ligature – du fait notamment du remboursement par l’assurance maladie des actes chirurgicaux et de l’implant lui-même (à hauteur de 700 euros l’unité).

Puis vint la polémique 1. Elle a commencé, signe des temps, avec l’alerte de différentes agences sanitaires par des femmes concernées. L’efficacité et la sécurité du dispositif Essure® ont ainsi été mises en cause  aux Etats-Unis, au Canada, aux Pays-Bas et en France. Motifs : des notifications « d’événements indésirables » incluant des symptômes gynéco-obstétricaux ou des échecs ou complications de la méthode mais également des troubles généraux variés et peu spécifiques : douleurs, allergies ou réactions d’hypersensibilité, troubles intestinaux, troubles neuro-sensoriels, anxiété, dépression, pathologies auto-immunes, troubles thyroïdiens, faiblesse des membres inférieurs, ou problèmes de la sphère ORL.

Autres options

Dans un premier temps les agences sanitaires américaine et néerlandaise ont réévalué le bénéfice/risque d’Essure® – sans modifier leur décision de mise à disposition. Il en fut de même en France où une association (« RESIST ») créée en juin 2016 par des femmes s’estimant victimes rapportaient des troubles sévères. Puis tout évolua dans une cacophonie difficilement interprétable. Avant son retrait, en France, par Bayer l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait préconisé « par mesure de précaution de ne plus l’implanter» Essure – et demandé de « procéder au rappel des produits en stock ».

En septembre, Bayer retirait Essure® de tous les pays sauf des Etats-Unis. Avant, finalement, d’abandonner la partie. Selon The New York Times, d’ici la fin de l’année, cette méthode de contraception définitive ne sera plus commercialisée outre-Atlantique. « Aux Etats-Unis, Bayer est visé par une action de groupe  qui réunit près de 16 000 femmes qui ont déclaré des blessures graves comme des perforations de l’utérus et des trompes de Fallope » rappelle Le Parisien.

Si l’on en croit Bayer la décision de ce retrait total n’est pas la conséquence des graves effets secondaires de son dispositif, vieux de seize ans, mais d’une « baisse des ventes, les femmes choisissant d’autres options ». Bayer ne dit pas pourquoi.  Qui écrira l’histoire d’Essure® ?

A demain

1 Tous les articles de ce blog concernant la polémique Essure® sont disponible via ce lien : https://jeanyvesnau.com/?s=Essure

 

 

Les buralistes français fin prêts à commercialiser en exclusivité le cannabis récréatif

Bonjour

L’avenir s’écrit parfois dans les médias. Il suffit alors de prendre date. 22 juillet 2018. Dans un entretien accordé au Parisien et repris par l’AFP le président de la Confédération des buralistes annonce que ses troupes sont prêtes à commercialiser le cannabis récréatif dès lors que le pouvoir législatif aura donné son feu vert. Mieux : les buralistes français, aux service de l’Etat qui les emploie, réclameront l’exclusivité de ce commerce pour l’heure souterrain.

 Philippe Cloy s’était déjà prononcé en ce sens dans une réunion interne. C’était le 17 juin dernier, lors de l’assemblée générale de la chambre syndicale des buralistes d’Indre-et-Loire. Aujourd’hui il parle haut et fort, à l’échelon de la nation. « Cette déclaration intervient alors que des ‘’coffee shops’’  vendant des produits à base de cannabidiol (CBD) ont essaimé en France et que certains de leurs gérants ont été mis en examen, notamment pour ‘’transport, détention, offre ou cession, acquisition ou emploi de stupéfiants’’ souligne le site des buralistes.  Les ‘’coffee shops’’ français profitent d’un flou juridique qui autorise le CBD dès lors que la teneur en THC (delta-9-tétrahydrocannabinol), composant du cannabis ayant un effet psychotrope, n’excède pas 0,2 %. »

« Si le CBD et plus largement le cannabis sont autorisés, on veut être présent sur ce marché. On demande même l’exclusivité, prévient le patron des buralistes. On est dans un plan de transformation car les ventes de cigarettes sont amenées à baisser. Il faut donc saisir toutes les opportunités. » Il poursuit en ces termes :

 « Il y a six mois, nous avons commencé à vendre des e-liquides de cigarette électronique à base de cette molécule, en plein boom. Ils semblaient à l’époque légaux. Puis il y a eu un déferlement avec l’ouverture de magasins qui commercialisaient cette fois-ci des sirops, cristaux et surtout des fleurs de cannabidiol. Mais, en juin, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives s’est positionnée en disant que c’était interdit. »

 «La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a eu des explications confuses mais, lorsque l’on recoupe les informations, on comprend que ces produits ne peuvent, aujourd’hui, être vendus. Depuis quelques semaines, les arrestations et les fermetures s’accélèrent, le CBD défraie la chronique. Il fallait donc appliquer un principe de précaution. Nous sommes des commerçants responsables, j’ai donc demandé à tous les buralistes de suspendre la vente des e-liquides. »

 Le patron des buralistes français a déjà proposé à Agnès Buzyn, ministres des Solidarités et de la Santé « d’aller plus loin ». Les 25 000 débits de tabac deviendraient ainsi le « premier réseau de référence du cannabis récréatif ». Il ne semble pas que la ministre ait répondu. Il est vrai qu’elle n’a pas, non plus, répondu sur la question médicale et éthique de l’accès, en France, au cannabis thérapeutique.

 A demain

Bonbons «alcoolisés » : Agnès Buzyn et la Direction Générale de la Santé vont-ils frapper ? 

Bonjour

Face à la perversité, ne pas désespérer de l’action de la presse généraliste. Ainsi Le Parisien (Elsa Mari)  : « Bonbons, sirops… le coup de gueule des médecins contre la mode du goût alcool ». Ou le retour, actualisé, d’un grand classique : appâter au plus tôt en masquant le goût alcoolique derrière un paravent sucré. L’équivalent du tabagisme via les cigarettes en chocolat – avec une puissance tragiquement démultipliée.

« Sur les emballages, un grand verre inondé de glaçons rafraîchissants, de feuilles de menthe et de citron, piqué d’une paille. Ce sont toujours les mêmes images. Pourtant, il ne s’agit pas de cocktails, encore moins d’alcool, mais de jus de fruits au goût mojito. Des parfums que l’on retrouve jusque dans les cornets de glace, les gels douche et les crèmes pour le corps.

 « Un véritable phénomène qui surfe sur les boissons alcoolisées tendance de l’été, vendues dans les enseignes et boutiques françaises, bien loin des zincs. D’autres industriels déroulent la carte des bars le long des rayons de supermarchés en proposant des sirops caïpirinha, margarita, gin-fizz. »

Perversité : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle ».

Le Parisien/Aujourd’hui en France : « La marque Lutti, n°2 du marché du bonbon, vient même d’annoncer le lancement de sa gamme spritz et pina colada, qui se répand cet été après le succès de sa sucrerie au mojito, née l’an dernier. Au dos du paquet, on peut lire : « Pas envie d’attendre vendredi soir pour le prochain mojito ? Emportez votre mini-dose (sans alcool) partout… » »

Mami Nova « saveur pina colada »

Ces images publicitaires peuvent-elles avoir un impact sur le public et, surtout, les enfants ? Évidemment, répondent les addictologues, indignés. « En matière de santé publique, c’est d’une bêtise folle, déclare au Parisien le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Les souvenirs d’enfance jouent un rôle une fois adulte. Cela les conduira plus tard à sous-estimer le risque de l’alcool, c’est la même farce qu’avec le Champomy. »

Liste (non exhaustive) des produits « goût alcool » selon Le Parisien : Sodas. Schweppes a lancé, à l’été 2016, le « virgin mojito » et le « virgin cosmo », référence au cosmopolitan, à base de vodka, destinées « au grand public ». Cosmétiques. La chaîne britannique The Body Shop vend chaque été, depuis deux ans, des gels douche au mojito et à pinita colada, à base de noix de coco et d’ananas, et des beurres corporels. Un succès commercial. Yaourts. La célèbre grand-mère de Mamie Nova prend un coup de jeune et s’encanaille avec des yaourts « saveur mojito », « pina colada » et même « copacabana », cocktail à base de champagne rosé ou cognac selon les versions.

Exécrable cynisme commercial

Interrogé sur l’arrivée de ces « nouveaux bonbons » le Pr Amine Benyamina (président de la Fédération française d’addictologie) estime que ces nouveaux produits aux noms et goûts de cocktails favorisent le passage à la consommation de « vrai » alcool à l’âge adulte. « C’est une campagne exécrable. Ces sucreries mélangent les genres, en surfant sur les boissons à la mode et sur le côté enfantin, la madeleine de Proust. Il ne s’agit pas de fabricants d’alcool et, pourtant, les références sont constantes sur les emballages. Cela donne un côté bon enfant à des produits qui sont régis par la loi. Les industriels jouent sur l’ambiguïté en s’adressant à des adultes, mais il s’agit tout de même de bonbons. On offre de l’alcool sans alcool à des jeunes. »

Perversité ou criminalité ?. Sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein va plus loin, parlant de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?

Totale inconérence. Le président de SOS Addictions attend avec impatience la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ».

A demain