Orwell à l’hôpital : Martin Hirsch a décidé que l’AP-HP serait de plus en plus vidéo-surveillée

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Surveiller pour pouvoir soigner, paradoxe de notre temps orwellien. Et, comme dans 1984, surveiller au mieux grâce aux techniques modernes, intelligentes. 2018 : à Paris, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP annonce un passage à la vitesse supérieure concernant la vidéosurveillance dans ce gigantesque ensemble hospitalier :  « 40 % de caméras supplémentaires, soit plus de 1 500 au total, installées d’ici à trois ans, là où les équipes estiment en avoir besoin ». L’annonce vient d’en être faite dans une interview publiée mardi 15 mai dans Le Parisien.

Officiellement cette décision fait suite à une « interpellation », en janvier dernier, du directeur général, par des soignants excédés par des actes de violence commis au sein même de l’hôpital. Pour Martin Hirsch l’hôpital est certes « par définition, un lieu en tension et de tensions »  et le meilleur « reflet de la société », pour autant cette même société ne peut tolérer que la violence s’y invite, qu’elle « impacte » les équipes et les patients. « Depuis quelques années, il est à la mode de se focaliser sur la religion dans les hôpitaux alors que l’incivilité y est un problème bien plus important » estime-t-il.

Dès lors, que faire ? Tout, ou presque. « On ne s’interdit plus de nouveaux moyens de réponse, dit-il. Parmi eux, nous passons à la vitesse supérieure sur la vidéosurveillance. Il y a aura 40 % de caméras supplémentaires, soit plus de 1 500 au total, installées d’ici à trois ans, là où les équipes estiment en avoir besoin. Cela représente un important investissement de 30 millions d’euros (…). Necker, Henri-Mondor, l’Hôpital européen Georges-Pompidou… la plupart des établissements sont concernés. »

La Pitié-Salpêtrière versus le Vatican

Il y aura même, une première, une vidéosurveillance installée dans un service de réanimation : celui de l’hôpital Tout sera visionné dans des postes de sécurité propres aux particularités de chaque établissement. Avec expérimentation, avant l’été, de la même « vidéosurveillance intelligente » que celle utilisée notamment dans les aéroports, capable de détecter des bagarres, des colis suspects mais aussi des chutes au sol ou des disparitions de patients…

Tout cela, bien sûr, ne sera pas suffisant. C’est pourquoi la direction de l’AP-HP « encourage au signalement de tout événement indésirable » et « accompagne les équipes lorsqu’elles déposent plainte ». « Il ne faut rien laisser passer, prévient Martin Hirsch.  Les affiches contre les incivilités vont être multipliées. Mais nous travaillons également sur notre propre comportement et sur un meilleur accueil du malade et de sa famille. »

Que l’on se rassure : personne, à commencer par le directeur général, « ne souhaite que l’hôpital devienne un bunker ». Pour autant son ouverture ne peut se faire à n’importe quel prix. Il doit être un lieu ouvert et en même temps, un lieu sûr.

Pour finir cette comparaison, étrangement religieuse, du directeur général de l’AP-HP. « Dans un hôpital comme la Pitié-Salpêtrière, plus grand que le Vatican, ce sera quatre-vingt caméras de plus ». Le Vatican ? Combien de caméras ?

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Cannabis et Ascension : Emmanuel Macron autorisera-t-il la culture du Pantagruélion ?

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Très bon sujet stupéfiant, lors de la fête de l’Ascension, sur les ondes laïques de France Culture :  « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  I »; « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  II »

Où l’on revenait sur l’éternel sujet de la légalisation du cannabis. Invités éclairés : Gaspard Koenig philosophe, enseignant à Science Po, directeur du think-tank Génération Libre et Bertrand Lebeau-Leibovici médecin addictologue.

Avec, en toile de fond problématique : une fois dépénalisé et légalisé comment faire pour prévenir sa cosnommation par des mineurs. L’exemple actuel du tabac, des buralistes et de l’incurie du pouvoir exécutif n’est pas, on en conviendra, de nature à rassurer. On aimerait, ici, entendre un peut plus les libéraux radicaux.

Le même jour, Le Parisien traite d’une autre facette, thérapeutique, du même sujet ; où l’on croit comprendre que la ruée vers l’or aurait commencé. Destination : la cité de Guéret. C’est que la Creuse, département plus excentré que jamais, réclame haut et fort le droit de produire « à titre expérimental » (sic) du cannabis pour usage médicinal. Où l’on apprend, aussi, que sans attendre le feu vert de Paris, un agriculteur « s’est déjà lancé en toute illégalité dans cette production ».

Herbe magique

« C’est une vraie révolution. Pas encore très visible. Mais déjà en marche, s’amuse Elsa Mari. Tout commence fin décembre lorsque Eric Correia, élu PS, demande une dérogation à l’Etat pour faire pousser du chanvre thérapeutique sur les terres de son département. Si Emmanuel Macron n’a pas encore répondu à sa demande d’expérimentation, les paysans du coin (sic) que nous avons rencontrés, excités par ce projet inédit, sont déjà prêts à en planter. L’un d’eux, comme il nous l’annonce, a déjà commencé. »

Une quarantaine de pays ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique, délivré sur ordonnance : Espagne, Italie, Royaume-Uni, une partie des Etats-Unis… Même l’Allemagne l’a légalisé l’an dernier. Un dossier tabou et sans fin en France. « Il faut reprendre les études sur le cannabidiol (CBD) dans l’Hexagone, presse William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Cela devrait être l’objectif de ce quinquennat. »

Où l’on retrouve ainsi, cinq siècles plus tard, Emmanuel Macron confronté à cette invention du Dr François Rabelais : le « Pantagruélion » (Tiers-Livre). C’est là une herbe magique. « Elle  possède plusieurs caractéristiques du chanvre, mais elle les dépasse. Ennemie des voleurs, elle s’utilise pour obstruer la bouche de certains d’entre eux. Elle sert aussi de corde pour pendre les hommes fautifs. Ne se consumant pas au contact du feu, elle permet aux flammes comme aux cendres de ne pas se propager. Cette herbe a une puissance immense qui effraie les Dieux, c’est pourquoi ils ont décidé de lui résister. »

Le texte du Dr Rabelais se clôt sur l’éloge du royaume de France, royaume duquel provient le Pantagruélion.

 

 

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Viol à l’hôpital américain de Neuilly : une malade accuse un infirmier de nuit déjà condamné

 

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« Ce fut longtemps l’hôpital des stars, raconte Europe 1 en cette fête de l’Ascension. Johnny Hallyday, Alain Delon, Serge Gainsbourg ou encore Jacques Chirac y ont été soignés. Aujourd’hui, l’hôpital américain de Neuilly se retrouve au cœur d’une affaire de viol sur une patiente par un employé de l’établissement. »

Les faits remontent au mois de février mais ils viennent seulement d’être révélés par Le Parisien. La victime, une femme de 32 ans, aurait été violée durant son séjour par un infirmier, 49 ans déjà condamné pour agression sexuelle. « La patiente, admise depuis trois jours à l’hôpital américain de Neuilly pour de lourds problèmes de santé, a vu dans la soirée du 4 février l’infirmier de garde lui apporter ses médicaments. Puis elle s’est endormie. Ensuite, les souvenirs sont confus, rapporte Le Parisien (Valérie Mahaut). Elle a l’impression de sentir les mains de l’homme sur elle mais, assommée par les médicaments, elle est incapable de réagir. Le lendemain, elle doute et ressent des douleurs mais son médecin lui garantit que le traitement ne provoque pas d’hallucination. C’est alors qu’elle découvre sur son portable ce mystérieux SMS : « désolé ma belle ». »

Direction ignorante 

Cette femme informera l’hôpital à sa sortie, le 8 février, avant de porter plainte, trois jours plus tard. Tout alors va très vite. La police identifie rapidement l’infirmier de garde, un homme de 49 ans – qui nie les faits. Ce dernier a été mis en examen, écroué et licencié par l’hôpital a déclaré la direction de l’établissement à Europe 1.

Affaire bien complexe : embauché en 2004 il avait été condamné en 2012 à « quelques mois de prison avec sursis » et une mise à l’épreuve pour agression sur une personne vulnérable. De ce fait il était, depuis, inscrit au Fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais). Interrogée, la direction du prestigieux hôpital assure qu’elle ignorait le passé judiciaire de son employé.

Arrêté chez lui à Rueil-Malmaison, le suspect nie le viol. Selon son récit, il faut comprendre de son message envoyé à la patiente – « désolé ma belle » – qu’il repousse justement les avances de celle-ci. « Mais il y a des traces de sperme et les échantillons sont en cours d’analyse », confie un proche du dossier.

Mais encore ? « Lorsque l’hôpital a eu connaissance des accusations extrêmement graves portées à l’encontre d’un de ses salariés et de l’enquête de police, il a immédiatement mis à pied à titre conservatoire le salarié mis en cause, puis a procédé à son licenciement », fait savoir, aujourd’hui, le porte-parole de l’hôpital des stars.

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L’amiral Lacaille accuse l’Etat français d’être devenu dépendant aux jeux d’argent

 

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Connaissez-vous l’amiral Henri Marie Rémy Jacques Lacaille ?  C’est, notamment, le président de la Fédération André-Maginot pour les Anciens Combattants – actionnaire minoritaire à 4 % de la Française des Jeux. Il vient, dans Le Parisien, de dénoncer le projet de privatisation de cette poule tricolore aux œufs en or.

Il faut ici, pour comprendre, savoir que la Fédération André-Maginot (200 000 membres – vétérans de la Seconde Guerre mondiale, anciens de la guerre d’Algérie, autres vétérans de conflits plus récents)  perçoit chaque année 4 millions d’euros de dividendes – dédiés à un centre de vacances, un Ehpad et à des actions de soutien social individuel. C’est que la FDJ est l’héritière en ligne directe de la Loterie nationale française, créée en 1933 pour « venir en aide » aux invalides de guerre, aux anciens combattants et aux victimes de calamités agricoles. Figure également en son sein « L’Union des Blessés de la Face et de la Tête » (« Gueules cassées »).

Extraits des dires de l’amiral :

« [Nous percevons] environ 4 millions d’euros de dividendes par an. C’est une belle somme, mais ça n’est pas non plus le Pérou ! Nous l’employons pour faire tourner un centre de vacances en Sologne, dont profitent nos adhérents. Nous l’utilisons aussi pour le fonctionnement d’un établissement pour personnes âgées (Ehpad) de 75 lits dont nous sommes propriétaires. Enfin, les dividendes servent à payer les charges de notre immeuble boulevard Saint-Germain, à Paris, qui abrite le siège de la Fédération, ainsi que les salaires de la dizaine de personnes qui y travaillent.

 « Nous effectuons aussi du soutien social, souvent individuel. Comme payer un camion de fioul à une brave veuve sans ressources pour qu’elle puisse passer l’hiver au chaud. Environ 500 000 euros sont ainsi distribués chaque année via une commission. Nous soutenons aussi les hôpitaux militaires, par exemple pour l’achat de matériel. Et nous participons au financement de voyages scolaires, à Verdun, sur les plages du débarquement… »

 Inquiet des rumeurs de privatisation de la FDJ, l’amiral ?

« Officiellement, le conseil d’administration de la FDJ, où la Fédération André-Maginot compte un représentant, n’a été informé de rien ! La seule certitude, c’est qu’il y a un gros paquet d’argent à récupérer [la FDJ est valorisée autour de 3 milliards d’euros] et que tous les croque-morts vont se précipiter dessus.

 Pour l’amiral Lacaille la Française des Jeux doit rester publique, car c’est le statut qui permet le meilleur contrôle sur l’univers du jeu. « Sa privatisation est une très mauvaise idée, qui va tourner à la foire d’empoigne entre grands groupes prévient-il. Il y a quelques années, un regroupement de bookmakers anglais avait écumé l’Union européenne pour racheter des sociétés de jeux. Avec des dirigeants de ce type, les joueurs vont vers l’addiction complète 1. »

Peur d’être maltraité, les anciens combattants, actionnaires minoritaires historiques ?

 « Bien sûr, nous risquons d’avoir une bande de féroces, dont le premier souci sera de nous virer. Un comble, alors que nous sommes à l’origine du système ! Et même si nous restons au capital, un géant des casinos ou je ne sais quel gangster nous serrera beaucoup plus la vis côté dividendes. Nous ne pourrons plus faire autant qu’aujourd’hui pour les anciens combattants.

« J’aime dire que l’Etat a longtemps été le premier addict aux jeux en France, profitant d’un système extrêmement juteux pour les caisses publiques. Mais maintenant qu’il a besoin d’argent frais, l’Etat veut vendre. Pour moi, cela s’appelle dilapider son héritage. »

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1 Lire :« Jeux d’argent : le gouvernement va ouvrir un peu plus largement les vannes de l’addiction » Journalisme et santé publique, 19 mars 2018

Antisémitisme, politique et œcuménisme: des centaines de personnalités accusent les extrêmes

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C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme français. Il s’exprime ce dimanche 22 avril 2018 dans Le Parisien Aujourd’hui en France : « Manifeste «contre le ‘’nouvel antisémitisme’’ ». Puis, demain, dans un livre (Albin Michel) préfacé par Elisabeth de Fontenay.

Résumons : près de trois cents « personnalités » signent un manifeste «contre le nouvel antisémitisme» en France marqué par la «radicalisation islamiste». Elles dénoncent , qui plus est, un «silence médiatique» et une «épuration ethnique à bas bruit» dans certains quartiers. Parmi les signataires : Elisabeth Badinter, Gérard Depardieu, Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Manuel Valls, Bertrand Delanoë, Jean Glavany, Zabou Breitman, Charles Aznavour, Pierre Arditi, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut – mais aussi des journalistes, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques. Le texte a été rédigé par le souvent controversé Philippe Val, 65 ans, ancien directeur de Charlie Hebdo.

«Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte assez œcuménique. « Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux», écrivent les auteurs, en référence à l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, à la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, à l’attaque de l’Hyper Cacher en 2015, à la la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et au meurtre récent de Mireille Knoll, dans la capitale.

« Les Français juifs ont 25 fois plus de risque d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50.000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Clemenceau. »

C’est aussi un appel à forte dimension politique et religieuse. Ce manifeste soutient ainsi que «la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’elle véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale (…) au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société. »  «La bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif», observent en outre les signataires.

Ces derniers demandent «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ».

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme. Lequel ? Rappel : nous sommes en France et, qui plus est, en 2018.

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Nouveaux comas : la « drogue du viol » est devenue une source d’ivresse sans alcool

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La mode est partout y compris dans le champ des toxicomanies. A Paris, du temps de Jean Cocteau, c’était l’opium 1. Aujourd’hui, si l’on en croit Le Parisien/Aujourd’hui en France, c’est le GHB/GBL. Cette ancienne « drogue du viol, revisitée, représenterait une nouvelle menace considérable pour les fêtards de la capitale – au point d’en faire trembler une préfecture de police depuis peu orpheline du Palais de Justice (et bientôt de l’Hôtel-Dieu).

Sans doute faut-il ici raison garder et revenir à l’essentiel : une note datée du 13 avril de l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) : « GHB/GBL, éléments récents d’information ».

Viols et récréations

De quoi parle-t-on ici ?  Du GHB (gamma-hydroxybutyrate), classé comme « stupéfiant » en France depuis 1999. C’est une molécule utilisée dans le cadre médical comme anesthésique et dans le traitement de la narcolepsie. Mais c’est aussi, en même temps,  une substance « consommée de manière récréative » ainsi (mais beaucoup plus rarement) que dans le cadre de « tentatives de soumission chimique » – d’où son ancienne appellation de « drogue du violeur ».

Que savoir, en pratique ? Que ses effets apparaissent au bout de 15 minutes et durent habituellement 1 heure 30 à 2 heures. Qu’à faibles doses, elle a un effet relaxant, désinhibant et euphorisant. Mais qu’au-delà ses effets sédatif et dépresseur respiratoire peuvent conduire à une perte de conscience -« communément appelée G-hole » (sic) –  qui peut « aller jusqu’à un coma et aboutir au décès » (re-sic).

Savoir aussi, l’affaire ne manque pas de sel, que le GBL (gamma-butyrolactone) est un solvant industriel qui, une fois ingéré, est transformé en GHB par l’organisme. « La prise de GBL entraîne donc les mêmes effets que celle du GHB bien qu’ils apparaissent plus progressivement (30 à 45 mn) et durent un peu plus longtemps (3 à 5 heures) » précise, dans sa sagesse, l’OFDT.  Et signe des temps difficiles que nous vivons, ce dernier a vu, à partir de 2006, le GBL se substituer progressivement au GHB en raison de son faible coût (de 50 à 70 euros le demi-litre) et de sa facilité d’accès via Internet – en dépit de l’interdiction de cession au public intervenue en 2011. A savoir :

« Le GHB, incolore et inodore et le GBL, incolore, sont facilement transportables dans les établissements festifs où ils sont dilués sur place dans de l’eau ou un soda. Le GHB/GBL fait très rarement l’objet d’une revente en établissement. Il est le plus souvent partagé entre consommateurs. »

« Jusqu’au milieu des années 2000, la consommation de GHB est un phénomène bien circonscrit à une frange du milieu homosexuel masculin et urbain qui fréquente notamment les clubs gay , principalement parisiens. L’usage du GHB/GBL s’intensifie provoquant à Paris une série de surdoses (avec coma) relayées par des campagnes de presse et de prévention dans le milieu festif gay. Ils’étend aux espaces gay friendly de plusieurs métropoles régionales françaises (Bordeaux, Lille, Toulouse et Marseille).

« Ce milieu ne concerne pas les personnes homosexuelles en général. Il s’agit des personnes qui fréquentent le milieu de la fête et notamment les cercles urbains gays ou à tendance gays où une attention particulière est prêtée au corps et aux activités sexuelles. »

A Paris : préfet de police et prophète de la nuit

Les consommateurs trouvent dans le GHB/GBL une alternative peu onéreuse à l’alcool – qu’ils consomment habituellement. Il peut être utilisé « à des fins de stimulation du désir sexuel, d’amplification de la libido ou encore de recherche d’endurance et de performance sexuelle ». Et depuis environ deux ans il connaît en outre, une nouvelle diffusion dans les clubs et discothèques – une offre « liée au développement récent d’une offre festive regroupant différentes populations.

« Ainsi, l’usage du GHB/GBL concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans) qui fréquente habituellement les espaces festifs généralistes. Au sein des espaces festif techno, les motivations des jeunes usagers sont liés à la recherche d’effets semblables à ceux de l’ecstasy/MDMA (d’où le nom d’« ecstasy liquide » parfois donnée au GHB/GBL par ces consommateurs) : euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être, empathie, intensification des perceptions. »

Or ces nouveaux usagers, quels que soient leurs profils, n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques. Peu familiers des dosages précis indispensables à une consommation « récréative », ils consomment en outre le GHB/GBL avec d’autres substances, notamment l’alcool, ce qui accroît considérablement les risques de comas.

Plusieurs « articles de presse » ont fait état de ce type d’événements fin 2017 et début 2018 alors que les professionnels organisateurs de soirées ont relayé des inquiétudes sur les conséquences de ces usages. Depuis 2014, le CEIP-A de Paris, ville particulièrement concernée, constate une augmentation des cas de comas pour lesquels la consommation de GHB/GBL est incriminée. Le nombre de comas qui lui a été signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017 pour atteindre une quarantaine de cas en 2017. Le phénomène continue en 2018 et inquiète les patrons des ces nuits festives. Comme ceux du  « Rosa Bonheur sur Seine », du « Rex Club », des « Nuits fauves » ou du « Petit Bain ».

Dans Le Parisien, Michel Delpuech, 65 ans, préfet de police de Paris, prophétise : « Si rien n’est fait, on pourrait avoir 100 comas dans l’année ». Et après ? Cocteau, lui, en était revenu. Né en 1889 il est mort en 1963.

A demain

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

 

Trop, c’est trop : Agnès Buzyn en assez du discours «catastrophiste» sur les hôpitaux

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Le pouvoir exécutif au four et au moulin médiatique. Hier le Premier ministre dans Le Parisien pour affirmer que rien ne le ferait céder dans le conflit envenimé avec la SNCF « Nous irons jusqu’au bout ! ». . Jeudi le président de la République dans un exercice inédit chez … Jean-Pierre Pernaut (TF1)  Aujourd’hui Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé dans Libération.

Où l’on entend, pour la première fois, une femme en colère contre un discours médiatique dominant qui évoque la crise profonde que traverse le système hospitalier français. Et en même temps un hommage appuyé à une majorité des établissements qui œuvrent sans crier. « Un numéro d’équilibriste avant l’annonce, en mai, d’un plan de réformes ‘’conséquent’’» croit savoir Libé.

 « L’hôpital, c’est un monde que je connais très bien, j’y ai passé plus de trente ans », aime à dire la ministre. Le reconnaîtrait-elle aujourd’hui. Et pourquoi, depuis Paris, parler de cette immensité au singulier ? A-t-elle lu l’inégal mais profondément dérangeant « Hôpitaux en détresse, patients en danger » des Prs Philippe Halimi et Christian Marescaux (Flammarion). Comprend-elle les raisons profondes de ce qu’elle perçoit comme un dénigrement quand d’autres voient, avec raison, une succession d’appels au secours ? Ou une perte progressive de sens.

En quoi l’exercice du pouvoir exécutif modifie-t-il la vision de la réalité ? Morceaux choisis des propos tenus à Libé (recueillis par Eric Favereau – photo de Jérôme Bonnet).

« Si j’ai accepté ce poste de ministre, c’est notamment parce que, connaissant bien notre système de santé et l’hôpital, je souhaitais faire bouger les lignes. J’ai ouvert avec le Premier ministre un vaste projet de transformation du système de santé. Je vois bien que le problème n’est pas l’hôpital pris isolément et je ne veux pas faire une énième reforme qui ne traiterait en fait qu’un bout du sujet. L’hôpital s’inscrit dans un environnement. Et cet environnement dysfonctionne aussi. Les chantiers de transformation nous projettent à court et moyen terme (…)

« Il y a des secteurs hospitaliers qui sont en surchauffe comme les urgences, mais il y a aussi des services en sous-activité  1 (…) : il y a donc des lits qui devraient basculer. Il faut s’organiser différemment. En plus, avec le passage de la chirurgie vers l’ambulatoire – 70 % au moins de tous les actes chirurgicaux -, on aura moins besoin de lits. Voilà. Chaque hôpital doit se poser la question de ce changement et de sa réorganisation. (…) Un problème complexe s’ajoute : l’attractivité des carrières. Un groupe de travail doit nous remettre des propositions pour faire bouger les lignes aussi en matière de ressources humaines, afin de proposer des perspectives de carrière plus variées, plus ouvertes au sein de l’hôpital. »

Solidarité gouvernementale historique

Agnès Buzyn s’irrite : « J’en ai assez du discours catastrophiste sur l’hôpital. Nos hôpitaux publics font un travail remarquable (…) Oui, il y a des lieux qui dysfonctionnent, 10 % à 14 % des services d’urgences sont en surchauffe, mais pas tous, loin s’en faut. Partout ou presque, ce sont des lieux de soin de qualité et même des centres d’excellence. »

La suite ? Ce sera  Il « mieux les positionner et jouer la complémentarité entre les hôpitaux plutôt que la compétition » ; « maintenir des hôpitaux de proximité et des hôpitaux qui vont accueillir et traiter les maladies complexes, qui demandent des plateaux techniques et des compétences spécifiques » ; « avoir des hôpitaux flexibles » quant au nombre de leurs lits ; des hôpitaux « agiles ». On entend des hôpitaux intelligents, mais le mot n’est pas dit. Sans oublier une petite déflagration : « tout ne doit pas venir du ministère ou du directeur ».

Reste à comprendre le pourquoi profond de l’expression de ce malaise. Une nouvelle fois Agnès Buzyn dénonce le rôle malsain de la tarification à l’activité (T2A) – « Aujourd’hui, des hôpitaux veulent siphonner l’activité de leurs voisins, c’est absurde et ce n’est pas sain ». Une T2A qui sera non pas supprimée mais dont le poids sera « nuancé ». Et une Haute Autorité de Santé (que la ministre connaît bien pour l’avoir présidée) qui devra doit « aller beaucoup plus vers la pertinence des pratiques médicales ».

Pour le reste c’est tout simplement, selon elle, « le système qui arrive au bout ». C’est « l’hôpital, la médecine de ville et le parcours qui ne vont pas bien ». Mais aucun souci quant à l’exécutif : « Jamais un gouvernement n’a été aussi solidaire ». On aimerait savoir, précisément, depuis quand.

A demain

1 Agnès Buzyn : « Il y a des secteurs hospitaliers qui sont en surchauffe comme les urgences, mais il y a aussi des services en sous-activité. Regardez en hépatologie, on soigne et on guérit des hépatites avec des médicaments sans hospitaliser les malades ; il y a donc des lits qui devraient basculer.» Qu’en pensent les hépatologues hospitaliers en sous-activité.