Jupiter- tabac : le prix n’augmentera pas avant les calendes de la seconde année du quinquennat  

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Des politiques présentées comme différentes peuvent avoir les mêmes effets. Le 4 juillet, le Premier Ministre Édouard Philippe II prononcera devant l’Assemblée nationale son discours de politique générale. L’ancien maire du Havre a donc demandé expressément aux principaux ministres de faire remonter une note de dix pages détaillant la vision de leur propre travail ministériel ; une « feuille de route ». Et le Premier ministre d’en faire son miel politique : y puiser sources d’inspiration et imposer ses premiers arbitrages.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) a fait le travail demandé par Matignon et, curieusement, la feuille de route a « fuité » (sans que l’origine de la fuite soit encore localisée). Nous avons vu que L’Argus de l’assurance avait été privilégié. Le site des buralistes a aussi observé que L’Argus avait tweeté : « Feuille de route d’Agnès Buzyn : la lutte contre le tabagisme sera intensifiée en augmentant dès 2018 le prix du tabac ». Confirmation, ce vendredi 23 juin, par Les Echos : « Agnès Buzyn veut intensifier la lutte contre le tabagisme, en augmentant rapidement et fortement, dès 2018, le prix du tabac ».

On se souvient que Mme Buzyn avait expliqué au Parisien « ne pas être contre » la promesse du candidat Macron de passer à un paquet à 10 euros. On voit désormais que cette promesse (essentielle contre la principale cause évitable de mort prématurée) s’éloigne à grand pas. Où l’on comprend que des politiques présentées comme nouvelles, consensuelles et différentes peuvent, en même temps, être strictement équivalente aux anciennes.

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Scoops : avec Agnès Buzyn le tiers payant va devenir «généralisable». Rien sur le tabac 

 

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C’est un scoop. Ou une fuite savamment organisée. Dans une note au Premier ministre, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, détaille le contenu et le calendrier des actions qu’elle entend mener notamment sur les dépenses de santé, les dépassements d’honoraires, le RSI, ou encore la Sécu étudiante. Sans oublier la réforme des retraites. L’Argus de l’assurance dévoile les grandes lignes de ce document qu’il a pu consulter :

« ‘’Une forte inflexion dans la conduite de la politique de santé’’ : telle est la ligne directrice de la nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé. Dans une note d’une dizaine de pages à l’attention du Premier ministre Edouard Philippe, Agnès Buzyn détaille les nombreuses réformes qui devront être déployées en matière de santé et de retraite pendant la législature qui s’ouvre. Plusieurs d’entre elles sont de nature à entraîner de nouvelles recompositions dans le secteur de la protection sociale complémentaire. »

Schizophrénie étatique

L’Argus de l’assurance y perçoit la fin des mutuelles étudiantes et annonce le « passage à la trappe » du RSI (adossé au régime général « dès le 1er janvier 2018 »). Il faudra aussi compter avec l’objectif d’un « reste à charge zéro à l’horizon 2022 » pour l’optique ainsi que pour les prothèses dentaires et auditives. Une cible qui « suppose de gagner en efficience tout au long de la chaîne de valeur, de définir un panier de soins indispensables, à tarifs opposables, en fixant des plafonds de prix, et un partage de la prise en charge entre assurance maladie obligatoire et complémentaire ».

Autre terrain à déminer : le chantier des dépassements d’honoraires (la ministre souhaite, sans plus de précision, inciter les professionnels de santé à les modérer). Quant au tiers payant, il reste à l’ordre du jour, mais devient « généralisable » et non plus « généralisé ». Un projet en ligne avec les récentes déclarations du Premier ministre qui, dans une interview au Parisien le 7 juin dernier, se déclarait « dubitatif » à propos du tiers payant généralisé voulu, réclamé et plus ou moins obtenu par Marisol Touraine, aujourd’hui disparue du paysage politique.

L’innovation figure aussi en bonne place parmi les projets de la nouvelle ministre, à commencer par numérique (développement de la télémédecine, d’une médecine prédictive, etc.). Tout ou presque sur les prothèses. Rien quant à la lutte contre le tabac, première cause évitable de mortalité prématurée. Les présidents et les gouvernements changent, la schizophrénie étatique reste.

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Le mandarin et l’affaire des onze vaccins : faute de convaincre va-t-on oser contraindre ?

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Obliger à vacciner les enfants et en même temps ne pas contraindre les parents qui s’y refuseraient… Comment un président jupitérien fera-t-il avec la somme des incohérences que lui ont laissée en héritage ses prédécesseurs décidément trop humains ? Tout se passe comme prévu : l’étrange entretien accordé il y a quelques jours au  Parisien – Aujourd’hui en France  par Agnès Buzyn a relancé la polémique et les incompréhensions, les diatribes et les excommunications.

La nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) a tenu à informer la population qu’elle « réfléchissait » à rendre obligatoires onze vaccinations pédiatriques. C’était trop ou trop peu. Un ministre ne prend la parole que lorsqu’il a décidé (ou lorsqu’il démissionne, comme vient de le faire l’éphémère ministre des Armées). A peine Mme Buzyn avait-elle parlé qu’on l’accusait de faire des cadeaux aux géants de l’industrie pharmaceutique. Le conflit d’intérêts est le démon de notre époque. Il se niche partout, hier dans les bénitiers, aujourd’hui dans les détails.

Irréalisme ministériel

Jusqu’à présent personne (ou presque) ne montait au front médiatique dans le camp pro-vaccinal. C’était compter sans le Pr François Bricaire , ancien chef de service des maladies infectieuses et tropicales (hôpital de La Pitié-Salpêtrière) membre de l’Académie de Médecine, président de la commission des relations et opérations internationales du conseil d’administration de la Croix-Rouge française. Un médecin qui n’est pas sans rappeler ce que pouvaient être, jadis, les mandarins. Extraits d’un petit entretien accordé au Point :

« Il me semble utile d’imposer la vaccination puisque l’on n’arrive pas à convaincre les parents du bienfondé de cette pratique. Ce serait une décision courageuse. J’ajoute que je suis très réservé sur la possibilité laissée aux parents de s’opposer à la vaccination de leur enfant. En revanche, dire que cette obligation ne durera que cinq à dix ans ne me paraît pas réaliste. Dans quelques années, il y aura toujours autant d’arguments pour obliger les gens à se protéger de la rougeole ou de la méningite.

Philosophie politique

Pour le Pr Bricaire les onze vaccinations annoncées se justifient pleinement. « Et que l’on ne vienne pas m’opposer l’un des principaux arguments des anti-vaccinaux selon lequel on agresse ou on sature le système immunitaire des enfants avec ces pratiques, répond-t-il à ses adversaires. Il est soumis à bien plus rude épreuve avec tous les antigènes présents dans l’air, la terre ou encore les aliments et avec lesquels nous sommes en permanence en contact. Ce ne sont pas onze antigènes vaccinaux qui vont changer les choses. »

On lui demande s’il est favorable à une obligation du vaccin contre la grippe pour tous les professionnels de santé. « Oui, puisque les explications et les recommandations ne suffisent pas, répond-il.  J’estime qu’il est important de protéger ses malades, de protéger les gens que l’on fréquente, que l’altruisme doit exister, que nous évoluons dans une communauté que nous devons protéger. »

Question : peut-on imposer l’altruisme ? C’est une question philosophique et, en même temps, politique. Une question pour le président Macron.

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Rendre obligatoire onze vaccins ? Le piège s’est déjà refermé sur la ministre Agnès Buzyn

 

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Un ministre doit-il donner un entretien sur un sujet d’importance pour dire qu’il réfléchit à la question ? Une ministre de la Santé fraîchement nommée doit-elle annoncer haut et fort qu’elle pourrait rendre obligatoire onze vaccinations infantiles mais qu’elle déteste la coercition ? Une obligation « pour une durée limitée, qui pourrait être de cinq à dix ans ». Qui, hormis les bons connaisseurs du dossier, peut comprendre quelque chose à de tels propos ? Et comment ne pas redouter que ces propos ne réactivent les oppositions déclarées ou latentes à la vaccination ?

La vérité est que la ministre Agnès Buzyn est déjà piégée – à la fois par le passif de Marisol Touraine et par le calendrier imposé au gouvernement par le Conseil d’Etat. Ce dernier avait été saisi par Augustin de Livois, à la tête de l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN) – une jeune association qui «défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles»; une association qui a aussi «vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen».

Patriarche médical du « naturel »

Dans un premier temps Augustin de Livois avait demandé à Marisol Touraine de prendre les mesures permettant de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules vaccinations que la loi rend obligatoires (contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite). Par une décision du 12 février 2016 Marisol Touraine avait rejeté leur demande. Le militant avait alors engagé une action devant le Conseil d’Etat où il fut rejoint par plus de deux mille trois cents personnes. Cette action et, de fait, un relais de celle menée par le professeur Henri Joyeux, patriarche médical du « naturel » qui réclame de longue date le retour des seuls trois vaccins obligatoires.

Face à cette contestation montante Marisol Touraine avait annoncé un « Plan d’action pour la rénovation de la politique vaccinale ». La mesure la plus spectaculaire était la mise en œuvre d’une « concertation citoyenne».  Finalement, et contre toute attente les conclusions de la «concertation citoyenne sur la vaccination» furent, fin novembre 2016, aux antipodes des espérances politiques de la ministre :

« Considérant les exigences sociétales et les impératifs de santé publique, le comité conclut que la levée de l’obligation vaccinale est l’objectif à atteindre. Néanmoins, dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, il lui apparaît nécessaire de réaffirmer le bien-fondé de la vaccination. Pour ce faire, le comité préconise un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité. »

La part belle à l’industrie pharmaceutique

Ainsi donc, loin d’élargir la recommandation, cette consultation concluait à le nécessité de systématiser l’obligation. Ces conclusions (démocratiquement obtenues) associées à la décision du Conseil d’Etat de mettre à disposition les trois valences vaccinales obligatoires (aujourd’hui introuvables) avant le 8 août prochain ne laissent plus aucune marge de manœuvre à Mme Buzyn. Soit le gouvernement lève l’obligation vaccinale par décret, soit il étend les obligations vaccinales – et ce afin que celles-ci correspondent aux vaccins aujourd’hui disponibles sur le marché. C’était, dit-on, la solution préconisée par Marisol Touraine, qui avait laissé entendre avoir préparé un avant-projet de loi en ce sens (sans avoir tenté de le faire voter).

Pour compliquer le tout la concertation citoyenne avait aussi recommandé, outre une prise en charge intégrale par l’Assurance-maladie de l’ensemble des nouvelles obligations vaccinales, la mise en place d’une « clause d’exemption » pour les parents qui ne souhaitent pas faire vacciner leur enfant…

Quelques heures après ses déclarations la nouvelle ministre de la Santé est devenue la cible des nouveaux militants anti-vaccinaux. Interrogée par Le Parisien sur le fait de savoir si elle ne craint pas « de faire la part belle à l’industrie pharmaceutique » Mme Buzyn répond : « Je refuse qu’on me colle cette étiquette. Oui, les industriels gagnent de l’argent, mais on ne peut pas réduire la question de la vaccination à l’intérêt des laboratoires ». Certes. De même qu’il est difficile d’interdire que l’on vous colle des étiquettes.

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Prix du tabac et e-cigarette : l’incroyable frilosité de la nouvelle ministre de la Santé

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Déception est un euphémisme. On la savait, de par son parcours, pleinement consciente du fléau. Devenue ministre, on l’imaginait désormais pleinement maîtresse de ce dossier sanitaire majeur et prioritaire. On découvre une ministre de la Santé (et des Solidarités) comme dépassée par le sujet, empêtrée dans ses nouvelles fonctions, déjà condamnée au coupable immobilisme de celle qui, hier occupait ses fonctions.

Dans l’entretien exclusif qu’elle vient d’accorder au Parisien Agnès Buzyn est interrogée sur la première cause de mortalité évitable. On lui demande si elle envisage d’augmenter le prix du paquet de cigarettes à 10 euros comme l’avait solennellement promis le candidat Emmanuel Macron qui l’a nommée ministre. Réponse :

« C’est une option qui doit être discutée avec l’ensemble des acteurs, mais elle doit s’accompagner de pédagogie. Je ne suis pas contre cette hausse. Il faut une prise de conscience, surtout chez les jeunes et les femmes. Aujourd’hui, le taux de fumeuses de 20 à 40 ans en France est le plus élevé du monde. La mortalité liée aux cancers et les infarctus ne cessent d’augmenter chez les femmes. La hausse du prix du paquet est donc une façon de faire baisser le nombre de fumeurs. J’entends l’inquiétude des Français sur leur pouvoir d’achat, mais il s’agit d’un impératif de santé publique. Le tabagisme est une vraie maladie. »

La ministre de la Santé n’est pas contre un outil qui a amplement fait la preuve de son efficacité. Elle veut en discuter avec l’ensemble des acteurs (sic).

« Hausse drastique des prix »

Est-ce bien la même Agnès Buzyn qui, il y a précisément quatre ans, publiait dans Le Monde une tribune où, la présidente de l’Institut national du cancer écrivait :

« A l’heure où se construit le troisième Plan cancer, le pilotage de cette lutte doit revenir au ministère en charge de la santé avec un investissement marqué dans une politique de prévention. (…) Priorité à la prévention, protection de la jeunesse, hausse drastique des prix, paquets neutres, respect des lois, et réorganisation de la vente du tabac : nous devons repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme face à cette bombe à retardement sanitaire. La médecine est à court d’arguments, le temps est à la volonté politique ».

Quatre ans plus tard Le Parisien lui demande, puisque le tabagisme est une vraie maladie, ce qu’elle attend « pour promouvoir la cigarette électronique ». Réponse :

 « Actuellement, on a peu de preuves scientifiques pour considérer qu’il s’agit d’un outil efficace. Le vapotage permet de réduire sa consommation mais pas l’arrêt complet du tabac. Or, c’est ce qui compte pour prévenir les cancers et les maladies cardiovasculaires. On ne reviendra donc pas sur l’interdiction de vapoter mise en place le 1er octobre prochain dans certains lieux publics. »

Ainsi donc, ruinant tous les espoirs, Agnès Buzyn ne sera pas la ministre de la réduction des risques. Déception est, vraiment, un euphémisme.

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PS : Réaction des buralistes aux propos de la ministre : « Agiter ainsi le chiffon rouge devant les buralistes, en évoquant ainsi la perspective d’une forte hausse des prix du tabac, juste avant le second tour des législatives … ce n’est pas franchement rendre service à son gouvernement. Même si la majorité actuelle n’a rien à craindre (…) Sa réponse sur la cigarette électronique tend à rappeler qu’elle n’a guère saisi l’ampleur et l’intérêt du phénomène. C’est la ministre qui a besoin de pédagogie. »

 

 

 

Il faut en finir avec la vente libre de la codéine dans les pharmacies d’officine  

 

Bonjour

En France deux adolescents sont morts depuis le début de l’année, après avoir consommé de la codéine. Parmi eux, Pauline, 16 ans, très bonne élève de première S qui envisageait de faire médecine. Sa mère témoigne dans Le Parisien : « Alerte à la codéine, médicament détourné en nouvelle drogue à la mode ». Sa mère a lancé sur internet une pétition demandant l’interdiction de la vente de codéine sans ordonnance. Plus de 43 000 soutiens à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Si le sujet n’est pas nouveau 1 il semble prendre de l’ampleur comme en témoigne les cas « d’abus par des adolescents » officiellement déclarés au réseau d’addictovigilance. En 2016 treize cas d’usage détourné de codéine par des jeunes ont été déclarés, parfois associée à la prométhazine (antihistaminique H1), pour composer, avec du soda, trop célèbre « purple drank ». Codéine : opiacé, troubles de la vigilance, troubles du comportement (agitation, confusion, délire), crises convulsives, coma, hépatotoxicité (en association avec du paracétamol) ; risque de dépendance.

Millions de boîtes

« En 2015, plus de 36 millions de boîtes de médicaments à base de codéine ont été vendues sur ordonnance. Et sans prescription obligatoire, nous en recensons plus de 22 millions », a précisé au Quotidien du Médecin  Nathalie Richard, directrice adjointe de la Direction en charge des médicaments des addictions (Agence nationale de sécurité du médicament).

Sans conclure quant à un lien entre ce chiffre et le nombre des cas d’intoxication Mme Richard ne se voile pas la face : des enquêtes spécifiques laissent penser que le phénomène s’« amplifie, voire s’accélère ». « On observe un phénomène de mode chez les adolescents et préadolescents de consommation de la codéine à des fins récréatives » dit-elle.

Alertes partielles

Depuis cinq ans l’ANSM alerte (partiellement) sur le sujet – comme sur l’usage détourné d’antitussifs à base de dextrométhorphane ou sur le sirupeux « purple drank ». Une « réflexion » est en cours à l’ANSM pour protéger cette « population particulièrement vulnérable ». Nathalie Richard :

« Nous souhaitons renforcer la communication à l’égard des professionnels, comme les pharmaciens, qui peuvent refuser de vendre un produit s’ils estiment qu’il y a une mise en danger de la personne, les médecins et pédiatres, qui peuvent aider au repérage des conduites addictives, et à l’orientation vers des prises en charge adaptées, mais aussi les services de médecine scolaire et les professeurs et instituteurs, ainsi que les autres métiers en contact avec l’adolescence ».

« Nous étudions actuellement des mesures réglementaires pour limiter l’accès de cette population à ces médicaments, sans diminuer pour autant l’accès des patients qui ont besoin de ces produits pour traiter la douleur. »

S’enfuir du quotidien

On compte aujourd’hui, dans les pharmacies d’officine, une soixantaine de présentations de codéine – dont le célèbre  Néo-Codion® enfant  – « non soumis à prescription médicale ». Sans oublier le Klipal Codéiné® (1, 50 euro, non soumis à prescription – remboursé à 65%).

« Aujourd’hui, même des enfants peuvent s’en procurer légalement dans les officines, souligne Le Parisien Elsa Mari (avec Nicolas Jacquard). ‘’Les professionnels ont le droit de refuser s’ils ont des doutes’’ rétorque Alain Delgutte, président du Conseil central de l’Ordre national des pharmaciens. Sur la question de l’interdiction, il estime que c’est à l’ANSM de se prononcer. » Mais M. Delgutte ajoute : « Ce phénomène nouveau témoigne d’un mal-être chez les jeunes, d’une volonté d’échapper au quotidien. C’est un vrai problème. »

Un vrai problème, certes. Mais dont la solution n’est pas la codéine librement accessible en pharmacie d’officine.

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 1 « Néo-Codion® : de quoi es-tu donc le nom ? » Journalisme et santé publique du 23 juillet 2013

Jusqu’à quel âge un homme peut-il procréer ? Les nouveaux députés vont devoir s’expliquer

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Une fraction de la France tombée en pâmoison 1 devant Emmanuel Macron vient de voter pour élire ses députés. Ces derniers ne savent pas encore qu’ils seront, un jour prochain, amenés à prendre position sur un sujet éminemment sociétal : qu’est-ce qu’un homme en âge de procréer ?

Nous avions découvert, en février dernier, l’histoire peu banale de Luigi à qui l’administration française interdisait de procréer au motif qu’il avait 69 ans 2. L’histoire rebondit aujourd’hui avec l’information du Parisien (Carole Sterlé) : « Seine-Saint-Denis : à 69 ans, il obtient le droit à une PMA afin d’être père ». La justice a, pour la première fois, contraint l’Agence de la biomédecine (ABM) de donner son feu vert à l’exportation du sperme congelé d’un homme de 69 ans, Luigi, qui envisage d’entamer une démarche d’assistance médicale à la procréation (AMP) en Belgique, avec son épouse de 33 ans. L’information a été confirmée le 7 juin à l’AFP par l’Agence.

L’ABM, après avoir refusé, puis tardé à répondre avant de poursuivre, au fond, la procédure judicaire en expliquant que « les professionnels sur le terrain et l’agence ont besoin d’une clarification de règles applicables pour savoir de façon incontestable comment doit être interprétée en pratique la loi de bioéthique dans ce domaine ». De fait, depuis 1994 aucune disposition légale ou réglementaire ne fixe un âge pour l’homme dans une démarche d’AMP ; il doit juste être « en âge de procréer » – contrairement à la femme, pour laquelle l’assurance-maladie fixe l’âge limite de prise en charge à 43 ans).

Nouvelles réflexions

La vieille question de l’âge du père fait l’objet de nouvelles réflexions au sein de la Fédération française d’étude de la reproduction et du Collège national des gynécologues-obstétriciens français. Elle sera également à l’agenda de la prochaine révision, l’an prochain, de la loi de bioéthique.

Question : faut-il, sur des deniers publics, permettre à tous les hommes qui le demandent, d’avoir accès gratuitement aux techniques de PMA ?  Et ce quel que soit leur âge ? La question, plus que délicate vient d’être soulevée lors des récentes Journées du Collège national des gynécologues obstétriciens français, organisées à Montpellier.

En France la limite d’âge d’accès à la PMA (avec prise en charge de l’Assurance maladie) a été fixée unilatéralement à 43 ans pour les femmes. Il n’existe en revanche (à ce jour) aucune restriction pour les hommes avançant en âge et souhaitant devenir père. La loi précise seulement que les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer ». Question, vieille comme cette loi : comment définir un homme « en âge de procréer », puisque, même si la fertilité masculine diminue, un homme peut devenir spontanément père à tout âge 3.

Malformations

La question peut toutefois être posée sous différents angles, comme l’avait fait l’an dernier la Dr Joëlle Belaisch-Allart :

« Il est établi que les taux de succès après insémination et fécondation in vitro sont moins bons lorsque le père est âgé. Mais la question principale est de savoir si l’âge du père a un impact sur la santé et le bien-être de l’enfant à venir. Les répercussions d’une paternité tardive sur le risque de malformations fœtales sont démontrées mais modérées. Une étude du CECOS a montré que le risque de malformation, notamment de trisomie 21, est augmenté lorsque le donneur de sperme a plus de 45 ans. D’autres études ont confirmé une discrète augmentation des malformations, dès 40-45 ans, mais surtout après 50 ans.

« Les risques sociétaux sont en revanche établis et de mieux en mieux décrits. Bien que l’espérance de vie soit de 79 ans pour les hommes en France selon les dernières données de l’Insee, leur espérance de vie en bonne santé n’est que de 62,5 ans.  Quelle image paternelle aura l’enfant pour ce père vieillissant et quel regard les enfants porteront sur leur camarade dont le père a l’âge de leur grand père ? Certaines équipes parlent à cet égard de couple transgénérationnel.

« L’impact de l’âge avancé du père serait particulièrement sensible au moment de l’adolescence, avec à la fois une certaine honte de ce père vieillissant et un sentiment de culpabilité. Des études récentes ont en outre mis en évidence une association entre certains troubles psychiatriques et l’âge du père, mais attention à toute généralisation car les explications à cette augmentation du risque d’autisme et plus encore de troubles bipolaires chez les enfants de pères âgés par rapport aux enfants de pères jeunes sont diverses. Peuvent entrer en ligne de compte, outre les interactions père-enfant, la génétique et l’épigénétique.

« Sur le plan éthique, l’absence de limite d’âge pour le père pose la question de l’égalité homme-femme d’une part et d’autre part celle de l’équité dans l’accès à l’AMP, car les indications dépendent des centres et des praticiens, même si la majorité des professionnels de santé tendent à retenir un seuil compris entre 55 ou 60 ans pour l’homme, comme l’illustrent deux enquêtes récentes. »

Pas après 58 ans

La première a été réalisée auprès des biologistes et des cliniciens des centres de PMA. 84% des répondants disent « prendre en compte l’âge de l’homme » et 24% la différence d’âge entre les deux membres du couple. Le seuil retenu par 85,2% des participants pour l’homme est de moins de 60 ans. Les spécialistes de l’AMP souhaitent également dans leur grande majorité que la loi statut sur une limite d’âge pour la prise en charge, entre 55 et 60 ans (56 ans en moyenne).

La deuxième enquête a été menée auprès des gynécologues et gynécologues obstétriciens qui accueillent les couples avant de les référer ou non à un centre de PMA. La moitié d’entre eux seulement déclarent fixer une limite d’âge pour l’homme, dans leur pratique. Pour ceux qui fixent une limite, celle-ci est de 58 ans en moyenne. La grande majorité des répondants estime néanmoins que la prise en charge par l’Assurance maladie doit être limitée aussi pour l’homme – et ce en moyenne à 53 ans.

Dans cette étude, 72% des répondants étaient des femmes et l’on observe une différence dans les réponses en fonction du sexe : 64% des femmes souhaitent une limite par la loi contre 39% des hommes, 83% des femmes souhaitent une limite pour la prise en charge par l’Assurance maladie contre 74% des hommes. L’âge influence également les réponses : 70% des médecins de moins de 40 ans souhaitent une limite fixée par la loi contre 52% chez les plus de 40 ans.

Seuls les riches ?

Nous savons désormais que nous allons vers une révision de la loi de bioéthique qui ne pourra pas faire l’économie de la question de la limiter l’âge des pères pour la PMA ? « Les deux Assemblées étant très largement masculines, les réponses risquent de ne pas être en faveur de limite, observait l’an dernier Joëlle Belaisch-Allart. La discussion engagée et les points de vue exprimés par les professionnels ayant participé à ces deux enquêtes révèlent une nette tendance en faveur d’une limite d’âge définie par la loi et un seuil pour la prise en charge par l’Assurance maladie, des règles qui simplifieraient les pratiques et permettraient une meilleure égalité dans l’accès à la PMA. »

Question : interdire une prise en charge de la PMA pour les hommes de plus de 60 ans signifierait-il que seuls les riches auraient accès à la paternité aidée ? On observera, ici, les réponses du Comité national d’éthique, celles des nouveaux députés et, qui sait, du président de la République.

A demain

1 « Les habitués de l’Okel, agités par l’ivresse, se livraient (…) à des pâmoisons extatiques. (…) mais peu à peu la force du chanvre s’étant dissipée, (…) ils gisaient le long des divans » (Nerval, Voy. Orient, t.2, 1851, p.165)

2 « L’histoire de Luigi à qui l’administration française interdit de procréer parce qu’il a 69 ans » Journalisme et santé publique, 25 février 2017

3 « La Sécurité sociale doit-elle permettre aux hommes de plus de 60 ans d’avoir des enfants ? » Journalisme et santé publique, 13 décembre 2016