Acide hyaluronique : Emmanuel Macron face à la double peine des genoux arthrosiques

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Ainsi donc, Marisol Touraine n’aura pas fait le geste qu’ils attendaient 1. Son pouce s’est tourné vers le sol ; le couperet est tombé : les injections intra-articulaires d’acide hyaluronique seront déremboursées à partir du 1er juin comme on peut le lire dans le décret paru il y a quelques jours au Journal Officiel. Pour Marisol Touraine l’affaire est entendue : les solutions viscoélastiques présentent « un service rendu insuffisant pour leur maintien au remboursement ». Vraiment ? On observera qu’avec la même appréciation la ministre a pris une décision contraire pour les quatre « médicaments Alzheimer ».

Tout cela n’a pas été sans heurts ni pleurs. Cette décision ministérielle a déclenché la colère des rhumatologues. Dans une lettre envoyée à Marisol Touraine, les membres du Collège français des médecins rhumatologues, de la Société française de rhumatologie et du Syndicat national des médecins rhumatologues écrivent : « Nous sommes en colère, car outre la diminution des possibilités de traiter les patients arthrosiques, nous savons que ceux qui vont pâtir le plus de ce déremboursement sont les patients pauvres. C’est pour eux une double peine : malade et dans l’incapacité d’accéder à des soins par manque de moyens financiers. Quelle injustice !»

Selon le quotidien Le Parisien, le ministère de la Santé a fait savoir qu’il restait sur le marché une version « médicament » de l’acide hyaluronique injectable ayant la même finalité thérapeutique que la version dispositif médical visée par le décret. Mais selon les médecins interrogés, « elle est moins performante et nécessite des injections plus fréquentes ». Par ailleurs, cette version n’est plus remboursée qu’à 15 % par l’Assurance maladie ; un taux qui autorise les complémentaires santé à ne pas la prendre en charge.

« Inique »

Nous en étions là et puis cette annonce : les candidats à la présidence de la République sont « interpellés » sur le sujet.  Le Syndicat National de l’Industrie des Technologies Médicales (SNITEM) vient de demander par un courrier adressé aux candidats à l’élection présidentielle le 10 avril, leur position quant au maintien de la radiation des solutions viscoélastiques d’acides hyaluroniques injectables pour le traitement de l’arthrose du genou de la liste des produits et prestations remboursables (LPPr), une fois le président de la République élu. Les auteurs de cette initiative jugent « inique » la décision de Marisol Touraine.

« Ces produits aident à lutter contre les symptômes de la gonarthrose, affection chronique évolutive et invalidante. On estime à plus de 2,5 millions le nombre de personnes de plus de 65 ans qui en souffrent. Ils diminuent – voire font disparaître- les symptômes, et surtout retardent la pose de prothèses de genou. Les AH-IA sont d’autant plus indispensables que plusieurs autres produits visant à soigner l’arthrose ont été radiés de la LPPr ou de la liste des spécialités remboursables ces dernières années. Les patients ont aujourd’hui peu d’options thérapeutiques. Le corps médical est quant à lui pratiquement démuni avec à sa disposition des traitements souvent non adaptés à la chronicité de la gonarthrose (antalgiques, anti-inflammatoires…) et présentant un risque d’iatrogénie. »

 Les auteurs craignent que cette mesure ne conduise à un « système de santé à deux vitesses ». Deux vitesses est le mot. On attend avec intérêt les réponses (elles seront publiées) de François Fillon et de celle du fondateur chaque jour plus pressé du mouvement « En Marche ! ».

A demain

Football, alcool et publicité: des politiques préparent la rentrée des grands alcooliers

 

Bonjour

C’est un symptôme, il reste à l’interpréter. L’information est contenue dans un rapport que Le Parisien/Aujourd’hui en France (Ronan Folgoas) a pu consulter. Ce document est l’œuvre de trois sénateurs :  Dominique Bailly (PS, Nord), Jean-Jacques Lozach (PS, Creuse) et Claude Kern (UDI, Bas-Rhin). Un point les réunit : ils sont partisan d’une modification de la loi Evin de manière autoriser la vente d’alcool dans les stades.

« Ils ont, nous dit le quotidien, exploré ces derniers mois les arcanes du football professionnel français par le biais d’une trentaine d’auditions. Leur mission d’information, débouche sur diverses propositions innovantes et sujettes à controverse. Le trio de parlementaires se déclare d’abord en faveur d’une modification de la loi Evin pour ‘’permettre la vente d’alcool dans les stades ainsi que la publicité pour certaines boissons alcoolisées’’. » Nous ne sommes plus, ici, à l’époque de la buvette à l’ombre des vestiaires : la « manne supplémentaire » (sic) pour les clubs professionnels français est estimée entre 30 et 50 M€ annuels.

Logique républicaine

Le Point reprend l’information et fait quelques rappels pratiques. Il est interdit (depuis 1991 et la loi Evin) de distribuer de l’alcool dans les stades, dans les salles d’éducation physique, les gymnases et, plus généralement, dans tous les établissements d’activités physiques et sportives. Or, contrairement à toute logique républicaine, l’alcool (de luxe) peut couler à flots dans les loges et les salons des stades dès lors que ces espaces bénéficient des autorisations liées à la restauration.

Les clubs disposent également de dix dérogations par an, accordées par le maire ou le préfet, pour vendre des boissons alcoolisées dans tout le stade si la demande est formulée par son association (un club est une entité scindée en deux : une entreprise et une association). Diverses observations montrent que cette réglementation peut être contournée. Reste l’essentiel, parfaitement compris par les gros bonnets de la Ligue de football professionnelle : l’affichage des publicités qui pourraient être associées aux droits financiers des retransmissions télévisées.

Bière et convivialité

Mais, sans doute pour noyer le poisson, on s’attache à traiter d’autre sujets. A commencer par la sécurité et la nécessaire maîtrise des hordes de supporters éméchés.  Faux problème répond-on puisqu’aujourd’hui, pour contourner cette loi, de nombreux supporters boivent massivement en dehors du stade avant le match. Ainsi Arnaud Rouger, directeur des activités sportives de la Ligue dans Le Parisien  : « Ce n’est pas parce que vous vendez de la bière qu’il y a plus d’insécurité. Au contraire, jusqu’ici, certains spectateurs consomment en quantité avant de venir et arrivent complètement ivres, parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas boire à l’intérieur de l’enceinte. » Quant à Mathieu Ficot, directeur du développement économique de la Ligue, il assurait dans les colonnes de L’Equipe en avril 2016 que la bière « renforce le côté convivial de la soirée ».

Où l’on voit la complexité que peut, ici, revêtir le concept de convivialité.

A demain

 

L’histoire de Luigi à qui l’administration française interdit de procréer parce qu’il a 69 ans

 

Bonjour

C’est une première à laquelle on n’ose croire. Une première judiciaire, médicale et éthique avec pour cadre le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Elle est, fort heureusement, rapportée par  Le Parisien (texte et vidéo) (Carole Sterlé).

Soit l’histoire de Luigi, journaliste italien, 69 ans, qui vit dans un modeste pavillon de Seine-Saint-Denis avec son épouse de 33 ans. Luigi a déjà deux enfants d’un premier lit.  Le couple souhaitait avoir un enfant, peut-être plusieurs – un projet contrecarré par une « faible réserve ovarienne ».  En 2013 un programme de procréation médicalement assistée commence alors dans une clinique francilienne. On découvre alors chez Luigi une affection dont le traitement conduira à une stérilité définitive. Il effectue alors, comme c’est l’usage si l’homme le souhaite, un dépôt de sperme dans un centre spécialisé parisien.

Histoire d’amour

Luigi se rétablit. On lui aurait fait comprendre que son espérance de vie était trop limitée pour que le programme de PMA puisse être poursuivi. « Une amie leur parle d’un hôpital en Belgique qui pourrait les aiguiller. Rendez-vous est pris. ‘’On a vu une gynécologue et une psychologue et elles ont compris que c’était une histoire d’amour, elles étaient d’accord pour poursuivre’’, reprend l’époux, pas encore au bout de ses peines. Car à l’été 2015, l’Agence nationale de biomédecine refuse de laisser exporter les gamètes » rapporte Le Parisien. Le quotidien a interrogé l’Agence. « Dans la pratique, une majorité de professionnels limitent l’âge paternel à 60 ans. Au-delà, l’homme connaît une diminution de la fertilité et on assiste à une augmentation des risques génétiques », lui a-t-on répondu.

L’affaire vient d’arriver devant le tribunal administratif de Montreuil qui, dans l’affaire de Luigi et dans une autre, voisine, a condamné l’Agence de biomédecine. Or cette dernière a décidé de faire appel de cette condamnation. Nous lui en avons demandé les raisons. Pour ce qui est des raisons du refus d’exportation des gamètes de Luigi en Belgique, l’Agence de biomédecine explique que  l’article L. 2141-2 du Code de la santé publique encadre les cas dans lesquels une assistance médicale à la procréation peut être réalisée ; il dispose notamment que l’homme et la femme formant le couple doivent être en âge de procréer. D’autre part l’article L. 2141-11-1 ajoute que l’exportation de gamètes aux fins d’AMP ne peut être autorisée que si les principes posés par cet article sont respectés.

Arbitraire administratif

Pour le dire simplement « le refus d’exportation a été motivé par le dépassement de l’âge de procréer pour l’homme ». Pourquoi l’Agence de la biomédecine fait-elle appel ? « Compte tenu de la portée générale de l’interprétation faite par le tribunal administratif de Montreuil, l’Agence et les professionnels sur le terrain ont besoin d’une clarification des règles applicables en matière de PMA et de savoir de façon incontestable comment doit être interprétée en pratique la loi de bioéthique », répond l’Agence.

L’avocat de Luigi et de sa femme, Me Raphaël Kempf (Paris), s’étonne « qu’une administration comme l’Agence de biomédecine définisse de manière arbitraire et conservatrice l’âge pour procréer. D’autant que ce couple, stable et amoureux, présente les garanties pour qu’un enfant grandisse dans les meilleures conditions ». On peut partager l’étonnement de Me Kempf.

L’Agence de biomédecine nous explique donc que le refus de permettre à Luigi d’avoir un enfant a été motivé par « le dépassement de son âge de procréer ». Nous avons demandé à l’Agence comment elle décidait qu’il y avait « dépassement ». Nous lui avons aussi demandé s’il existait un « seuil » au-delà duquel un homme engagé dans un programme de PMA ne pouvait plus procréer. Et, si oui, quel était ce seuil. L’Agence ne nous a pas encore répondu. Nous ne manquerons pas de publier ses réponses.

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Post-vérité : François Fillon a considérablement enrichi son projet pour la santé des Français

 

Bonjour

On se souvient de l’effroi que causa l’annonce, par l’ancien élu de la Sarthe, de son projet présidentiel concernant ce socle sacré national qu’est la Sécurité Sociale. On imagina le pire : sa « privatisation » au profit du géant Axa… Une médecine à deux vitesses…le retour des indigents à l’Hôtel-Dieu… le cardinal de Paris nommé à la tête de l’AP-HP… C’était en novembre de l’an passé. Puis vint, un effet du Canard enchaîné, la descente au sombre purgatoire des assistants parlementaires.

La vérité nouvelle est que nous avions mal compris. Ou plus précisément que le programme de François Fillon pour la santé des Français avait encore besoin d’être enrichi, rebâti. Le candidat révèle tout de cette nouvelle vérité. « Santé: Fillon clarifie son plan mais ne renonce à rien» (Le Figaro). On découvrira ce tour de force en exclusivité dans Le Parisien : « Après les affaires, François Fillon dégaine… son programme santé » – et, déjà, analysé dans Le Monde (François Béguin) : « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel ».

Après les ombres de l’esprit de lucre c’est le retour sur le terrain des idées au service de la solidarité. François Fillon présentera les siennes ce mardi 21 février, à la tribune du palais Brongniart, à Paris, lors d’une rencontre organisée bien opportunément par la Mutualité française : à suivre en direct  et (pourquoi?) avec Audrey Pulvar  sur www.Placedelasante.fr #RDVPlacedelaSanté).

Mysticisme et escamotage

Pour un peu on verrait ici une version française de la post-vérité. Le médecin et député Jean Leonetti (Les Républicains, Alpes-Maritimes) le résume à merveille : « On a fait des clarifications et des amendements. C’est à la fois la même chose et quelque chose de très différent ». Voilà une forme d(illustration de l’art de l’escamotage en pleine lumière. Nul ne sait si l’homme politique doit, en France, être un mystique (Emmanuel Macron) mais il doit à coup sûr être un escamoteur.

 Devant la Mutualité François Fillon assurera avoir « rebâti, enrichi, amélioré » son projet. Nous étions dans l’erreur : il n’a « jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesses » mais « juste posé une question légitime ». Et aujourd’hui, tout bien compté, son projet « consolide le caractère obligatoire et universel de l’Assurance-maladie dont le niveau de prise en charge des dépenses de santé ne diminuera pas ». Mieux : avec lui au pouvoir nous serons, en 2022, « à un reste à charge zéro pour les audioprothèses, l’optique, les prothèses dentaires et les dépassements d’honoraires ».

Généralistes rémunérés

 Comment ? En marchant avec lui nous innoverons. Nous construirons un « nouveau partenariat » entre la Sécurité Sociale et les organismes complémentaires ainsi qu’une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé ». Nos cotisations aux complémentaires santé ? Elles n’augmenteront pas « abusivement ».

Tout, soudain, a changé, le ciel est plus clair. Les petites lunettes pour les enfants seront remboursées intégralement dès 2017, nouvelles aides financières aux retraités démunis pour qu’ils accèdent à une mutuelle, chaque Français aura droit, tous les deux ans à une « consultation de prévention longue et gratuite ». Elle sera assurée par les médecins généralistes, qui seront « rémunérés en conséquence ».

 La suppression de 500 000 postes dans la fonction publique au cours du quinquennat ? A l’hôpital elle ne concernera que les « agents administratifs ». Le retour aux 39 heures hebdomadaires ? Il sera négocié progressivement aux échelons locaux. Le diable ? On le trouvera peut-être dans un détail :  la suppression de l’aide médicale d’Etat pour les sans-papiers.

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Cœur artificiel : Carmat explique que le dernier greffé est le seul responsable de sa mort

 

Bonjour

Ailleurs ce serait un coup de théâtre. Ici c’est un épisode que l’on préférera ne pas qualifier. Résumons. Hier 6 février, Stéphane Piat, Directeur général de la société CARMAT engage un bras de fer avec les autorités sanitaires françaises. Dans Le Parisien, il menace de quitter l’Hexagone pour des contrées plus ouvertes à l’innovation, moins tatillonnes sur la réglementation sinon sur l’éthique de certains essais cliniques.

Emotions diverses dans le milieu de la politique cardiologique et chute en bourse de la prometteuse entreprise. Peu de temps après que nous ayons relaté l’affaire CARMAT prenait la parole :   

 « CARMAT apporte aujourd’hui des précisions sur la suspension de l’étude PIVOT de son cœur artificiel. Comme indiqué dans le communiqué du 30 novembre 2016, la société confirme que la prothèse a fonctionné correctement durant son utilisation par le 1er patient de l’étude PIVOT. Cependant, CARMAT a jugé important d’apporter une précision sur la cause du décès afin de rectifier certaines informations parues dans la presse aujourd’hui (sic). Le décès est en effet lié à l’interruption de l’alimentation du système, consécutive à une mauvaise manipulation des batteries par le patient qui a causé l’arrêt de la prothèse. »

 Où l’on comprend que la mort de ce malade ne saurait être imputable au fabricant. C’est le malade lui-même qui est responsable de l’interruption de l’alimentation de son cœur. Comment ? Pourquoi ? On ne le dit pas.

Bras de fer – poker

Où l’on saisit aussi que CARMAT sort une carte de sa manche pour faire plier l’ANSM, son Agence de tutelle technique et éthique. Sera-ce suffisant ? Il faut lire CARMAT pour percevoir ce qu’il peut en être de ce bras de fer – poker :

« Durant les différents échanges avec l’ANSM relatifs à la reprise des essais, il est apparu que le périmètre d’analyse demandé était plus large que celui retenu par la société. Etant donné la nature des questions restées en suspens, CARMAT n’était pas en mesure de satisfaire les exigences requises dans les délais impartis. Afin de se donner le temps nécessaire de fournir les éléments requis pour une réponse la plus complète possible, la société a décidé de retirer sa demande initiale de reprise des essais, dans le strict respect des procédures en vigueur, prévoyant de soumettre une nouvelle demande prochainement avec les éléments requis. La conduite de l’étude PIVOT en France restera suspendue jusqu’à l’acceptation de cette nouvelle demande par l’ANSM. »

Et pour saisir pleinement tout le sel on complétera par la lecture (sur abonnement) du Parisien de ce 7 février : « L’appel du pied au fabricant de cœur artificiel » (Florence Méréo). On y apprend que Marisol Touraine a demandé au « délégué ministériel à l’innovation » de « recevoir prochainement CARMAT ». Calmer le jeu, en somme. En prenant le risque de donner l’impression de désavouer l’ANSM.

Hier le fabricant ne redoutait pas de parler de la « déception des patients qui attendent d’être implantés ». Aujourd’hui il explique que les équipes « Support-Formation » de CARMAT travaillent activement à « renforcer la sécurité des prochains patients ». Pour prévenir au mieux un nouveau décès qui, en toute hypothèse, ne saurait lui être imputé.

A demain

 

 

Ethique cardiologique : violente polémique autour de l’avenir du cœur artificiel Carmat

 

Bonjour

« CARMAT concepteur et développeur du projet de cœur artificiel total le plus avancé au monde, visant à offrir une alternative thérapeutique aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque biventriculaire terminale… »

C’était une promesse française d’Eldorado, cela ressemblerait presque à une déconfiture. Encensée par les gazettes depuis des années l’aventure Carmat prend l’eau et ne se poursuivra pas en France. Après le décès d’un cinquième malade équipé de son prototype cœur artificiel, la société, engagée dans un « bras de fer » avec les autorités sanitaires, a retiré sa demande de reprise de l’essai clinique en France. Le directeur général de l’entreprise, Stéphane Piat, dans une interview au Parisien :

« Nous travaillons pour apporter à l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) les éléments nécessaires pour une reprise dans les plus brefs délais », assure le directeur général de l’entreprise, Mais, en France, l’innovation, tel le cœur Carmat, connaît des blocages, alors qu’elle devrait être le fruit d’une collaboration forte entre les autorités, l’entreprise, les spécialistes, les patients… Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. On est dans la tourmente : la situation avec les autorités n’est pas claire. »

« Déception des patients »

Après la mort, à la mi-octobre, du cinquième greffé le groupe avait annoncé qu’il donnerait toutes les explications à l’ANSM, sa tutelle éthique et réglementaire. Une autopsie avait été pratiquée suivie d’une demande de reprise de l’essai clinique dès le 15 novembre. Mais voici que Carmat a changé d’avis et retiré sa demande. Pourquoi ? Des procédures trop « lourdes » qui « brideraient l’innovation médicale ». Stéphane Piat :

« Les demandes de documents sont trop importantes par rapport au problème identifié. Si l’attente des autorités est le risque zéro, beaucoup vont être déçus, en premier lieu les patients qui attendent d’être implantés.

Où l’on voit que M. Piat ne prend pas de gants avec les patients. En clair, en finir avec le concept de précaution à la française et passer au stade, nettement plus pragmatique, du bénéfice/risque. Contactée par l’Agence France-Presse, l’entreprise basée à Vélizy-Villacoublay (Yvelines) n’a pas souhaité apporter de précision sur les conséquences pratiques du retrait de sa demande, indiquant seulement qu’une conférence de presse sera organisée fin février. L’ANSM n’était quant à elle pas joignable dans l’immédiat. Pourquoi ne pas préciser quelle est la nature des documents que Carmat ne veut (ou ne peut) donner? Où l’on voit que le travail de la presse n’a rien de simple dès lors qu’elle ne se borne pas à applaudir aux exploits.

La pose du prototype Carmat chez un cinquième malade marquait l’entrée de l’essai clinique dans sa dernière phase, avant l’éventuelle hypothèse d’un début de commercialisation de la prothèse. Cette étape, expliquait Stéphane Piat en décembre à l’Agence France-Presse, devait inclure entre quinze et vingt patients au total. Cette phase cruciale (menée en France et à l’étranger) avait comme principal objectif de soumettre un dossier de demande de marquage CE (sésame nécessaire pour commercialiser la prothèse dans l’Union européenne) – et ce « avant fin 2018 ».

Réparer les vivants

« C’était le premier patient que nous faisions avec une gestion automatisée du flux sanguin du cœur », à l’aide d’un algorithme permettant d’adapter le flux du sang aux besoins du corps, avait alors détaillé M. Piat. Sans lever le voile sur les circonstances exactes du dernier décès M. Piat redit aujourd’hui que le fonctionnement de la prothèse n’était « pas en cause ». Le groupe Carmat semble décidé à poursuivre la série d’essais à l’étranger, faute d’y arriver en France. « Nous, nous sommes prêts à repartir. Mais je m’interroge : veut-on vraiment faire de l’innovation en France ? Certains systèmes réglementaires étrangers sont plus à l’écoute » dit Stéphane Piat en soulignant que la société travaillera « avec les personnes qui sont capables de comprendre [leur] problématique ». Les choses sont enfin dites. Est-ce une menace ? Serait-ce une forme diplomatique de chantage ?

C’est, clairement, un changement de gouvernance. M. Piat est devenu directeur général de Carmat le 1er septembre 2016 après avoir longtemps travaillé aux États-Unis. Il peut, à ce titre, esquisser une comparaison entre la FDA et l’ANSM. « Ils ont une approche plus pragmatique, plus souple », juge-t-il. Le groupe a vient d’ailleurs d’accueillir à son conseil d’administration le chirurgien cardiaque Michael Mack, membre notamment du conseil d’administration de la Société américaine de cardiologie (1). On rappellera que le prototype de Carmat est issu des travaux menés en France, au sein de l’AP-HP, par le Pr Alain Carpentier.

« Nous ne pouvons pas continuer au rythme d’un ou deux patients par an. Nous sommes à un moment de l’étude où il faut aller vite pour progresser », fait valoir Stéphane Piat. L’AFP observe que toutes ces interrogations sur l’avenir français de l’entreprise étaient reçues froidement à la Bourse de Paris, où son titre chutait à la mi-séance (lundi 6 février) de 6,15 % à 27,63 euros.

On peut le dire autrement. Réparer les vivants, très certainement. Mais pas à n’importe quel prix.

A demain

1 Extrait du communiqué de presse de Carmat (daté du 25 janvier 2017) : « Le Dr Michael Mack, 70 ans, est un chirurgien cardiaque américain de renommée internationale disposant d’une longue expérience dans l’introduction de dispositifs médicaux et de procédures innovants dans le domaine des maladies cardiovasculaires. Il est l’auteur de plus de 500 publications scientifiques et a reçu la Citation Présidentielle du Collège américain de cardiologie (ACC) et le prix Transcatheter Cardiovascular Therapeutics (TCT) pour « l’œuvre d’une vie » (Lifetime Achievement Award). Il est actuellement directeur du Département Cardiovasculaire du groupe Baylor Scott & White Health à Dallas (Texas), administrateur du Conseil Américain de Chirurgie Thoracique et membre du comité consultatif de la FDA MDEpiNet1 . Le docteur Mack est diplômé du Boston College (Massachussetts), de l’Université St. Louis (Missouri) et de l’École médicale du Sud-Ouest de l’Université du Texas. »

 

Hommes politiques et douleurs lombalgiques : voici le temps des nouveaux arracheurs de maux

 

Bonjour

Pays plus que jacobin la France a mal à ses colonnes vertébrales. Eponge médiatique , Le Parisien le sent qui fait sa Une dur les nouvelles thérapeutiques lombalgiques : « Mal de dos : les solutions qui marchent » (sic). Ce fléau coûte un milliard d’euros par an à la Sécurité sociale. Raison de plus pour ne pas ajouter au fardeau.

« L’injection de gel alcoolique » : clinique Paris V – Générale de santé (ou à l’hôpital Lariboisière) de 700 euros à 2 600 euros qu’il faudra sortir de son portefeuille. Cette méthode est « la dernière alternative à l’opération ». Elle est présentée par Jacques Théron, neuroradiologue interventionnel. Pour le Pr Pierre Guigui, chirurgien orthopédique (HEGP) « le niveau de preuve n’est pas suffisant ».Point/barre.

Emmanuel M.

Dans le champ politique c’est la voix montante d’Emmanuel Macron qui, pour l’heure, fait des merveilles. Un phrasé original, une posture de jeune premier, des accents de sirènes. Hier il saluait Jeanne d’Arc, lévitait au Puy du Fou. Aujourd’hui il fait planer enter Rhône et Saône, au Café des Fédérations, dans la Capitale des Gaules. On pardonne des frais de bouche. On se presse à ses meetings ; on s’enchante de l’absence de tout programme. Avec lui l’étrange coule de source, on voit disparaître peu à peu les écrouelles du royaume. Pour un peu ce serait, à l’échelon national, le mystère renouvelé d’Urbain Grandier. On ne veut surtout pas connaître la fin.

ReActiv8® contre la lombalgie chronique invalidante. C’est une information mandée de Dublin (Irlande).  Mainstay Medical International (société de dispositifs médicaux) y bat le tambour pour son « dispositif de neurostimulation implantable destiné à traiter la lombalgie chronique invalidante ». Elle vient de réussir la première vente et la première pose de son implant en Allemagne : « Une des causes reconnues de la lombalgie chronique est un affaiblissement du contrôle par le système nerveux central des muscles qui stabilisent en permanence la colonne vertébrale dans le bas du dos, puisqu’une colonne vertébrale instable peut provoquer des maux de dos. ReActiv8® (vidéo) est conçu pour stimuler électriquement les nerfs responsables de la contraction de ces muscles et ainsi de contribuer à restaurer le contrôle musculaire et d’améliorer la stabilité de la colonne vertébrale, ce qui permet au corps de récupérer de la lombalgie chronique ». Le Parisien conseille à ses lecteurs lombalgiques de se renseigner auprès de leur médecin traitant ; nous conseillons à ces derniers cette adresse : http://www.mainstay-medical.com/fr/ (aucun lien ni conflit d’intérêts).

François F.

Il est des silences qui équivalent à des pesants d’or. A la Une du Journal du Dimanche : le « mystère François Fillon », qui fut élu de la Sarthe et qui, lui aussi, souffrit de calculs rénaux et de lombalgies-sciatiques. Rien n’a encore vraiment été dit sur celui dont, hier, certains pensaient pouvoir se gausser (« Mister Nobody »). François Fillon Hier au zénith de la droite, aujourd’hui en marche vers l’hypogée républicaine. C’est sans doute un peu plus compliqué – du moins si l’on tient à réduire tout ceci à une série télévisée démocratisée. Et le JDD d’entretenir le mystère, qui fait le portrait d’un homme que personne n’a jamais pu déchiffrer (sic). « François est un sanglier solitaire, confie un filloniste à la journaliste à l’ombre de l’abbaye de Solesmes. Il peut tout lâcher pour aller ruminer au fond de la forêt. »

Où l’on voit, une nouvelle fois, après Urbain Grandier, l’émergence de l’étrange : il existe en France des sangliers qui, le soir venu et loin de tout, deviennent des ruminants. Les cerfs apprécieront.

C’est dit:  aujourd’hui l’étrange émerge de partout. Le Dr Jean-Yves Maigne, responsable du service de médecine physique à l’Hôtel-Dieu de Paris explique que « le mal de dos a changé de nature avec l’ère moderne ». Trop de pression trop de stress, des colonnes burnoutées. Distingons quand même les lésions véritables, objectivables, de la colonne vertébrale et les douleurs « inexpliquées », souvent constantes et diffuses, le fruit d’un dysfonctionnement des muscles, des articulations et des mille et un entrelacs où se niche et d’où parle la douleur. « Attention, il ne s’agit pas d’une maladie psychosomatique, précise au Parisien le Pr Bruno Jean Fautrel, chef du service de rhumatologie dans le temple de la Pitié-Salpêtrière. C’est comme si on faisait une radio de quelqu’un qui a des courbatures après le sport. On ne verrait rien et pourtant, il a mal. »

C’est, très précisément, la situation de la France, ce vieux pays plus que jacobin qui souffre de ses colonnes vertébrales.

A demain