Sauver l’hôpital : voici désormais venue l’heure de la supplique au président de la République !

Bonjour

2 octobre 2019. L’heure est grave. C’est une lettre adressée par « cent-huit personnalités » 1 au locataire du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris. On peut la lire dans Le Parisien-Aujourd’hui en France. La voici :

« Monsieur le Président,

Le Grand débat que vous avez organisé a réclamé « plus de service public ». Il a mis au premier rang la Santé et l’Hôpital public. Pourtant la situation sur le terrain est devenue réellement intenable : les difficultés d’accès aux soins s’accroissent, la qualité et la sécurité des soins se dégradent et nous observons l’épuisement et l’inquiétude des personnels hospitaliers.

Ces difficultés, les usagers de l’hôpital public les constatent tous les jours et en parlent dans les courriers qu’ils adressent aux directions hospitalières. Des drames se produisent, touchant toutes les catégories professionnelles de l’hôpital mais également les patients. Ces pertes de chance liées au manque de moyens sont inacceptables. On ne peut plus, vous ne pouvez plus attendre de nouveaux drames pour mettre en œuvre un plan d’urgence pour sauver l’hôpital public.

Nous, usagers de la santé et citoyens, soutenons la demande des personnels hospitaliers d’un financement supplémentaire, nécessaire pour :

– Assurer l’ouverture de lits afin que les malades puissent être hospitalisés quand c’est nécessaire et qu’ils ne passent plus des heures voire des jours à attendre couchés sur des brancards ; – Embaucher le personnel nécessaire dans tous les services pour assurer l’accueil, la sécurité, la qualité et la continuité des soins ; – Revaloriser les salaires des personnels hospitaliers sachant que nous sommes en 26e position sur les 35 pays de l’OCDE pour le salaire des infirmières.

L’hôpital public a besoin de réformes mais aussi et surtout de moyens pour assurer ses missions dans des conditions acceptables pour les patients et pour les soignants.

Croyez, Monsieur le Président de la République, à notre meilleure considération. »

Ou l’on comprend que la marge de manœuvre d’Agnès Buzyn est désormais réduite à peau de chagrin. Après avoir, face à la grève des urgences annoncé à grand peine un « plan de redistribution de 750 millions d’euros sur trois ans » voici que son projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2020 ne donne pas plus de moyens à l’hôpital. On imagine la colère. Le SNPARE (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités) y voit déjà pour sa part le « permis de tuer l’hôpital public ».

« ‘’On alerte depuis des années sans écho majeur, témoigne au Parisien (Aline Gérard et Elsa Mari) la neurologue Sophie Crozier (Pitié-Salpêtrière, Paris). C’est peut-être l’une des dernières tentatives alors que l’on nous annonce encore des restrictions budgétaires’’, soupire la médecin, qui avoue rentrer le soir, parfois ‘’malheureuse’’ de pas accorder le temps voulu à ses patients. ‘’Je n’ai jamais été syndiquée, ni militante. Mais là, je le deviens’’ ».

 « Cet appel, c’est celui de monsieur et madame tout le monde qui constate qu’il est de moins en moins bien soigné correctement à l’hôpital public, parce que les personnels, noyés sous les réorganisations, les pénuries d’effectif et de matériel, n’en ont tout simplement plus les moyens » explique encore au Parisien Marie Citrini, l’une de ses signataires qui défend les droits des patients à l’AP-HP.

Médecins inaccessibles, personnels surmenés et agressifs, hygiène des chambres parfois délétère, examens médicaux inutiles facteurs de stress et d’angoisse, manque de matériels les plus rudimentaires comme des couvertures, « les patients sont perdus, déboussolés. Ils n’en peuvent plus d’être trimbalés, réduits à un organe malade ! C’est le foie de la chambre 32, le cœur de la 18, la hernie de la 212 qu’on soigne, nous disent-ils, l’écoute, l’humain n’y est plus » se désole Marie Citrini, qui qualifie de « vertigineuse » la déshumanisation en cours.

2 octobre 2019. On attend désormais la réponse de l’actuel locataire du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris

A demain @jynau

1 Personnalités ayant signé cette lettre à la demande du Collectif Inter-hôpitaux :

Anne Alvaro, comédienne ; Christophe André, psychiatre et auteur ; Pierre Arditi, comédien ; Yvan Attal, comédien ; Sébastien Balibar, physicien membre de l’Académie des sciences ; Philippe Batifoulier, professeur d’économie ; Christian Baudelot, professeur de sociologie ; Nicolas Belorgey, sociologue ; Jean Benguigui, comédien ; Tahar Benjelloun, écrivain ; Alain Berthoz, professeur au Collège de France ; Dominique Blanc, comédienne ; Richard Bohringer, comédien ; Romane Bohringer, comédienne ; Valérie Bonneton, comédienne ; Jean-Philippe de Botton, président de Médecins du monde ; Nicolas Bouchard, comédien ; Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières ; Michel Broue, mathématicien ; François Buton, directeur de recherche CNRS, politiste ; Julia Cage, professeur d’économie ; Alain Caille, professeur émérite de sociologie ; Philippe Caubère, comédien, auteur et metteur en scène ; Patrick Chemla, psychiatre ; Patrick Chêne, journaliste ; Jérôme Commandeur, comédien ; Gérard Cornilleau, économiste ; Daniel Costantini, ex-entraîneur de l’équipe nationale de handball ; Laurent Cote, comédien ; Jérôme Creel, économiste ; Pierre Delion, professeur de psychiatrie ; Marie-José Del Volgo, psychanalyste ; Marie Desplechin, écrivaine ; Brigitte Dormont, professeur d’économie ; Agathe Dronne, comédienne ; Dominique Edde, romancière et essayiste ; Didier Fassin, professeur au collège de France ; Eric Fassin, professeur de sociologie ; Cynthia Fleury-Perkins, professeur de philosophie ; Florence Foresti, comédienne ; Jean Gadrey, professeur honoraire d’économie ; Charlotte Gainsbourg, comédienne et chanteuse ; Roland Gori, psychiatre, psychanalyste ; Anouk Grinberg, comédienne ; Robert Guediguian, cinéaste ; Claire Hedon, présidente ATD Quart Monde ; François Heran, professeur au Collège de France ; Eric Heyere, professeur d’économie Sciences-po ; Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale ; Georges-François Hirsch, ancien directeur de l’Opéra national ; Delphine Horvilleur, rabbin ; Michel Husson, économiste ; Florence Jany-Catrice, professeur d’économie ; Agnès Jaoui, comédienne ; Alexandre Jardin, écrivain ; Hélène Joliot-Langevin, physicienne ; Axel Kahn, ancien président d’université, écrivain ; Marcel Francis Kahn, professeur de médecine émérite ; Hubert Krivine, physicien ; Jeanne Labrune, cinéaste, écrivaine ; Bernard Lahire, professeur de sociologie ; Thierry Lang, professeur de santé publique ; Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue ; Guillaume Lecointre, professeur du muséum d’histoire naturel ; Céline Lefève, philosophe, directeur de la chaire « Philosophie à l’hôpital » ; Benjamin Lemoine, sociologue CNRS ; Vincent Lindon, comédien ; Jean-Louis Livi, producteur ; Lomepal, rappeur et chanteur ; Clara Luciani, auteure-compositrice ; Claire Marin, professeur de philosophie ; Dominique Meda, professeur de sociologie ; Françoise Milewski, économiste ; Gilbert Montagné, chanteur, auteur-compositeur ; Gérard Mordillat, écrivain ; François Morel, comédien ; Gérard Noirel, historien ; Albert Ogien, directeur de recherche CNRS en sociologie ; Marc Paquiem, metteur en scène ; Corine Pelluchon, professeur de philosophie ; Hélène Périvier, économiste ; Frédéric Pierru, sociologue, CNRS ; Jean-Charles Piette, professeur de médecine interne ; Thomas Piketty, économiste ; Mazarine Pingeot, écrivaine ; Thomas Plihon, professeur émérite d’économie ; Denis Podalydès, comédien, sociétaire de la Comédie française ; Marie-Monique Robin, réalisatrice et écrivaine ; Pierre Salama, professeur émérite d’économie ; Malik Salemkour, Président de la Ligue des Droits de l’Homme ; Céline Sallette, comédienne ; Véronique Sanson, chanteuse ; Fabienne Servan-Schreiber, productrice de film ; Caroline Silhol, comédienne ; Alexis Spire, politiste, directeur de recherche au CNRS ; Antoine Spire, journaliste ; Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France ; Bertrand Tavernier, réalisateur ; Xavier Timbeau, économiste ; Philippe Torreton, comédien ; Dominique Valadie, comédienne ; Nadège Vezinat, maîtresse de conférences en sociologie ; Gisèle Vienne, chorégraphe, metteuse en scène ; Philippe Vilain, écrivain ; Michel Vinaver, écrivain de théâtre ; Florence Weber, professeur de sociologie ; Jacques Weber, acteur et réalisateur ; Frédéric Worms, philosophe

Boire jusqu’à la lie : que dira Emmanuel Macron à Axel Kahn sur les bières hyper-alcoolisées ?

Bonjour

Les troupes anti-alcool viennent, en France, d’être solidement renforcées par un nouveau croisé qui se déchaîne : Axel Kahn, jeune président de la Ligne contre le cancer. Aujourd’hui il guerroie dans  Le Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo). Cible : les alcooliers-brasseurs industriels et leurs productions hyper alcoolisées. Cble corollaire : les autorités sanitaires qui laissent volontairement tendu ce « piège à la jeunesse ». Extraits :

« Quand j’étais un jeune homme de 30 ans [il y a quarante-cinq ans]  je pensais que l’alcoolisme allait peu à peu disparaître. Mais ce scénario optimiste ne s’est pas réalisé car cette addiction a gagné les milieux festifs de la jeunesse. L’alcool est partout, il n’épargne personne, surtout pas les milieux étudiants qui en consomment à toutes les soirées. C’est totalement désespérant.

« Parmi les méthodes pour faire tomber la jeunesse dans l’addiction, il y a la vente d’une sorte de bière, ultra-forte. Alors que la plupart sont à 4-5 voire 6-7 % d’alcool, on voit émerger des gammes à 14 %, et même à 16 ou presque 17 %! Elles sont vendues dans des canettes de 500 ml. Une fois ouvertes, on ne peut plus les refermer, il faut boire jusqu’à la lie [sic] Un jeune a alors consommé l’équivalent d’une bouteille de vin! C’est inouï. Il y a là un attentat à la santé des jeunes.

« Très accessibles, ces bières ont fleuri dans les supermarchés, dans les supérettes, à un prix modique. Ses acheteurs sont le peuple de la rue, et les jeunes. Et pour cause, elles attirent l’œil par leur allure colorée, provocante, qui sont inspirées de l’univers de la BD, du jeu vidéo avec, par exemple, des images de dragons. Il suffit de se promener dans un lieu où une soirée d’étudiants s’est tenue – comme une grande place à Rennes ou les quais de Seine à Paris – pour voir des cadavres de ces boissons joncher le sol. Il s’agit d’un piège tendu aux jeunes, dont ils auront du mal à sortir. »

Le prix du paquet de cigarettes doit-être dissuasif (Bruno Lemaire)

Interdire ? Axel Kahn, prudent, « demande aux autorités d’étudier la question et de légiférer ». Et conseille déjà le gouvernement sur les diverses stratégies possibles » « La première, interdire la vente de bières qui n’utilisent pas les procédés traditionnels de fabrication ou tout du moins, leur retirer l’appellation ‘’bière’’. C’est le cas de ces boissons ultra-fortes qui sont élaborées en ajoutant des sucres et des levures afin d’augmenter leurs effets. La seconde est d’augmenter très fortement la taxe en fonction du grammage d’alcool : les plus fortes seraient vraiment plus chères. Cela serait très dissuasif pour les acheteurs. »

Et le généticien émérite de citer l’exemple du tabac :  « c’est la sanction au portefeuille qui donne les meilleurs résultats ». Le tabac et le gouvernement, précisément. Le prix du paquet de cigarettes atteindra bientôt 10 euros ce qui ne permet pourtant pas (à la différence notable de la cigarette électronique) de libérer la grande majorité des esclaves du tabac.  Le gouvernement ira-t-il au-delà en augmentant un peu plus le prix du paquet ? Dimanche 29 septembre, lors du Grand Jury RTL / Le Figaro / LCI, Bruno Lemaire ministre de l’Économie et des Finances a été surpris par la question observe le site des buralistes français :

« … Nous allons en débattre … Mais tout ce qui peut être fait pour lutter contre l’addiction au tabac est une bonne choseC’est une bonne politique de santé publique que d’avoir un prix du paquet de cigarettes qui soit dissuasif

Dissuader au risque de ne plus vendre ? Bruno Le Maire a néanmoins précisé qu’il s’agissait de « sa conviction personnelle » et que cela devra être tranché par le président de la République et le Premier ministre. Il en va de même pour ces bières que la jeunesse apprend à boire jusqu’à la lie. Où l’on voit, une nouvelle fois, s’il en était besoin, à quel point la lutte contre les addictions sont, d’abord et avant tout, un sujet politique.

A demain @jynau

Dr Olivier Véran : regrets des vapoteurs français qu’il ne soit pas, déjà, ministre de Santé

Bonjour

« Coup de grisou mondial sur la vape ». C’est un phénomène sanitaire, politique et sociétal sans précédent. Et les autorités sanitaires et politiques françaises sont muettes, prisonnières de l’invraisemblable déni dans lequel elles se sont murées depuis plus de cinq ans déjà. Un déni associé à une forme d’allergie au concept de réduction des risques. Il faut, pour avancer, lire Le Parisien du jour (Aline Gérard, Elsa Mari et Florence Méréo) :

« Cette machine, synonyme de délivrance pour les accros du tabac, est-elle en train de choir de son piédestal ? Selon nos informations, les autorités sanitaires françaises, sur le pont, renforcent la vigilance et expliquent « surveiller la situation attentivement ». Santé Publique France élabore actuellement, avec des pneumologues et réanimateurs, un outil d’alerte visant à faire remonter les cas suspects d’intoxication à l’e-cigarette. »

Sur le pont, les autorités sanitaires françaises ? Sans doute, mais sur quel bateau vogunat dans quelles eaux ? A quand le Directeur général de la santé aux messes télévisées du 20 heures ? A quand Agnès Buzyn délivrant un message clair et audible ? Il faut icin dans le champ politique, se reporter au Dr Olivier Véran, spécialiste de neurologie (CHU de Grenoble) devenu député (LREM,Isère ) après avoir frôlé d’un doigt le maroquin aujourd’hui détenu par sa consœur Agnès Byzyn. Il s’exprime sur le site du JDD (Gaël Vaillant). Extraits :

« Sur ce sujet, on mélange tout. Les récents décès à la suite de maladies pulmonaires aux Etats-Unis ne sont pas liés à des vapotages de e-liquide à base de nicotine, mais à base d’huile de THC. Et vapoter de l’huile, c’est très bête car le poumon a horreur de l’huile. Les parois des alvéoles pulmonaires sont en effet imprégnées d’eau et d’air qui permettent les échanges gazeux avec le sang. L’huile tapisse ces parois empêchant le poumon de fonctionner normalement. C’est donc un mésusage des cigarettes électroniques qui entraîne les risques sanitaires vus aux Etats-Unis. En France, le vapotage est mieux encadré et sécurisé qu’aux Etats-Unis.

« Le vapotage : un risque d’addiction ?
« Mais la très grande majorité des vapoteurs sont déjà accrocs au tabac et à la nicotine. Les études qui sortent plaident pour une bien moindre toxicité du vapotage que la cigarette. Et certains rapports relèvent même le fait que le vapotage permet une sortie du tabac. Ce n’est bien sûr pas dénué de risques : la nicotine est présente dans une partie des liquides commercialisés et la présence de particules fines qui atterrissent dans les poumons persiste. Mais les e-cigarettes ne sont pas une voie d’entrée dans la dépendance de la nicotine. Au contraire, la plupart des gens qui vapotent cherchent à arrêter de fumer du tabac. 

« Je regarde ce qui se fait ailleurs. On parle beaucoup des pays qui interdisent le vapotage, mais au Royaume-Uni, sous l’impulsion des autorités sanitaires, il a été promu comme un outil de sevrage au tabac. C’est pour ça que j’estime qu’interdire le vapotage n’aurait aucun sens. J’avais été ému par la décision récente de l’OMS qui a qualifié le vapotage de toxique. Dans son rapport, l’organisation assure qu’on ne peut pas recommander le vapotage comme un outil de sevrage tout en précisant que son jugement ne se fonde pas sur des données scientifiques, mais sur un seul principe de précaution! Comment a-t-on pu évacuer les médecins, les scientifiques de ce débat ? »

Qui pourra répondre à cette question éminemment politique ? Pour l’heure le Dr Olivier Véran fait une prédiction : « à terme, le vapotage sera considéré comme un outil de sevrage du tabac et ira de pair avec un remboursement ». On attend.

A demain @jynau

Immenses pincettes pour la pauvre e-cigarette ; pas de vente à l’unité pour celles de tabac

Bonjour

Serait-ce un effet de la croissance de la grande pauvreté ? Le site des buralistes français observe une nette augmentation de la demande de vente de cigarette « à l’unité ». Un phénomène déjà décrit par Le Parisien (Christel Brigaudeau). « Depuis un an, on a ce genre de demandes. Jusqu’à dix fois par jour, des gens qui n’ont pas beaucoup d’argent, ou bien des fumeurs occasionnels, qui demandent une cigarette à l’unité … Quand on leur dit non et qu’on leur explique que c’est interdit, ils ne comprennent pas» témoigne, dans L’Union, Isabelle Moline, buraliste de Reims.

Une première affiche d’avertissement avait été collée avant l’été dans son établissement. Une seconde vient de faire son apparition. Mais après une petite enquête, des buralistes ont découvert qu’un de leurs collègues acceptait ce type de demandes. Pour en avoir la preuve une buraliste a (discrètement) fait le test. Elle a obtenu sa cigarette et aurait vivement réagi à l’encontre de son collègue.

« J’avais fait la chasse à cette pratique il y a des années rappelle Alain Sauvage, président de la Chambre syndicale des buralistes de la Marne et trésorier national de la Confédération des buralistes. Ce genre de ventes était plutôt pratiqué dans certaines épiceries. ’est totalement interdit pour un buraliste de changer le conditionnement des cigarettes, et donc de vendre à l’unité. Je vais faire un rappel aux buralistes, car ils risquent gros. Ils peuvent perdre leur gérance tabac. Le contrat avec l’État est très clair. »

Et l’on sait que l’Etat français ne plaisante pas. Il sait aussi faire silence – comme celui observé par les autorités sanitaires sur les quelques centaines de cas d’atteintes pulmonaires (« « maladie sans nom ») observées aux Etats-Unis chez des vapoteurs inconséquents. Rien pour le grand public en provenance de la Direction Générale de la Santé (DGS). Mais, aujourd’hui, un peu banal communiqué de la Fondation du Souffle et de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). Extraits :

« En France. Au stade actuel, faisant suite à une demande de la DGS une demande de signalement a été adressée aux pneumologues. Les signalements seront colligés par Santé Publique France (les outils sont en cours de développement). Cas particulier de la e-cigarette utilisée dans un objectif d’aide au sevrage tabagique : message de la Fondation du Souffle et de la SPLF :

« La e-cigarette est parfois utilisée comme outil d’aide au sevrage tabagique. Se pose donc la question de l’attitude face à cette pratique, à la lumière des cas récents de possibles atteintes pulmonaires toxiques graves liées à leur usage. Jusqu’ici, les données scientifiques montraient que l’utilisation de la cigarette électronique a des effets biologiques délétères mesurables, donc un potentiel de toxicité réel, même si de nombreux toxiques majeurs de la fumée de cigarette (mais pas tous) sont absents des vapeurs produites par les cigarettes électroniques. Les conséquences cliniques de ces effets biologiques ne sont pas connues.

Selon les nouvelles données disponibles, les utilisateurs de e-cigarettes ayant présenté aux Etats-Unis des atteintes pulmonaires graves (pneumonies toxiques) étaient majoritairement (80% des cas) des utilisateurs de liquides contenant des dérivés de cannabis, et/ou fabriqués ou modifiés artisanalement. Il s’agit donc dans ces cas d’usages détournés de la cigarette électronique, utilisant des produits illégaux. Les données toxicologiques et épidémiologiques dont nous disposons ne permettent toutefois pas d’écarter un rôle des produits commercialisés dans les circuits de distribution autorisés 1.

De ce fait, lorsque la e-cigarette est utilisée comme outil d’aide à l’arrêt du tabac, son usage doit se limiter strictement aux personnes en échec de sevrage tabagique par d’autres méthodes, et aux produits dont la vente est autorisée. Il convient d’avertir les patients des incertitudes actuelles sur les risques d’atteintes pulmonaires. La toxicité de la e-cigarette utilisée dans ces conditions est très inférieure à celle de la cigarette. »

Où l’on prend la mesure de la longueur des pincettes prises, par les spécialistes du souffle et du poumon, avec la e-cigarette.

A demain @jynau

1 Ceci est formellement contesté par plusieurs spécialistes du vapotage et de la réduction des risques.

Mediator® : le procès va bientôt commencer, Philippe Douste-Blazy ne sera pas inquiété

Bonjour

A compter du 23 septembre, en fanfare et pour six mois, procès du Mediator® . Renvoyées devant le tribunal correctionnel quatorze personnes physiques et onze personnes morales.  Où l’on reviendra sur les dérives, scandales et désastres d’une époque médicamenteuse que beaucoup espèrent révolue. Et un procès qui peinera à traiter de tous les aspects, politiques et médicaux d’une affaire tentaculaire – avec son corollaire : un traitement médiatique trop souvent réducteur.

Une affaire avec ses sous-tiroirs, oubliés ou presque. « Mediator : la justice d’endort sur le cas Douste-Blazy » titre Le Canard enchaîné (Isabelle Barré). La suite d’une « information disjointe » ouverte en 2014 concernant celui qui fut (notamment) deux fois ministre de la Santé – avant un départ sous les cieux onusiens. Possibles « délits d’abus sociaux » chez celui qui fut longtemps en relation avec les Laboratoires Servier et leur célèbre dirigeant, aujourd’hui disparu.

« Un ancien ministre de la Santé a-t-il eu des liaisons dangereuses avec le laboratoire Servier, à l’origine de l’affaire du Mediator s’interrogeait en 2011 Le Parisien.  Des lettres saisies lors d’une perquisition au siège des laboratoires Servier le 7 février dans le cadre de l’enquête sur le Mediator montrent que le groupe a financé des activités promues par Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé notamment entre 2004 et 2005, révèle Le Canard enchaîné. Dans son édition datée du 22 juin, Le Canard cite des extraits de lettres témoignant de liens d’intérêt répétés entre Jacques Servier et Philippe Douste-Blazy, au cours des années 1990.

Les infarctus du myocarde de Haute-Garonne

« Dans l’un de ces courriers, datant de 1992, Philippe Douste-Blazy écrit ainsi au fondateur du groupe Servier pour le remercier «très sincèrement» d’une subvention mise «à la disposition du Forum européen de la santé afin d’organiser la première université de la santé». Dans une autre lettre, datant du 19 février 1993, l’ancien ministre demande un financement pour le ‘’projet Monica’’ consacré à l’étude ‘’des infarctus du myocarde de Haute-Garonne’’. Financement accordé quelques mois plus tard, avec un chèque de 85 392 francs (environ 13 000 euros), selon Le Canard enchaîné.

« Autre échange évoqué par le quotidien satirique : un chèque de 300 000 francs (environ 45 000 euros) signé par Servier le 10 avril 1998 à l’attention de la section rugby du FC Lourdes, ville dont Philippe Douste-Blazy était alors le maire. Réponse de l’ancien ministre dans un courrier : ‘’Merci pour votre amitié, que je savais déjà fidèle’’».

Auditionné à cette époque par la mission parlementaire sur le Mediator, Philippe Douste-Blazy avait assuré n’avoir jamais eu de «liens d’intérêt (…) vis-à-vis du laboratoire Servier». «Je n’en ai jamais eu à part un, mais c’est lorsque j’étais jeune chef de clinique. Je faisais partie d’un groupe de quinze chefs de clinique qui se réunissaient. Une fois en effet j’ai participé à une réunion de formation, c’était sur la leucémie aiguë».

Le FC Lourdes ne domine plus le rugby français, ne fait plus rêver. Il évolue aujourd’hui en Fédérale 2  l’équivalent d’une quatrième division. Et Philippe Douste-Blazy n’est plus le maire. Aujourd’hui Le Canard précise que l’ancien ministre vient d’être auditionné par la police. Le quotidien cite ses délicieux propos : « C’était très cool [sic]. Ils n’ont rien trouvé et ont bien compris que je n’avais aucun lien, de près ou de loin, avec toute cette affaire du Mediator. Jamais je ne suis intervenu en faveur d’un médicament de Servier. Quand ils m’ont raccompagné, les enquêteurs m’ont dit : ‘’Merci d’être venu, vous n’entendrez plus parler de nous’’. »

Où l’on voit que la police peut, parfois, faire preuve d’urbanité. Et que le procès du Mediator® peut, enfin, commencer.

A demain @jynau

Michael Schumacher serait soigné à l’AP-HP : le traitement secret et le Pr Philippe Menasché.

Bonjour

Comment voyager sans danger aux frontières du secret médical ? C’est une exclusivité du Parisien/Aujourd’hui en France (Jean-Michel Décugis et Ronan Folgoas, avec Vincent Gautronneau) :« Michael Schumacher soigné à Paris pour un traitement secret. Le septuple champion du monde de Formule 1, grièvement blessé en décembre 2013, a été pris en charge ce lundi après-midi à l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris. Il y suit un traitement dans le plus grand secret. » Extrait :

« Il est 15h40 ce lundi 9 septembre lorsqu’un brancard arrive au premier étage de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (Paris XVème). Plus précisément au sein de l’unité de surveillance continue du service de chirurgie cardiovasculaire. Le brancard du patient est enserré dans une housse bleu marine qui masque totalement son corps et son visage. Un important dispositif de sécurité composé d’une dizaine de personnes accompagne la progression du brancard. Certaines d’entre elles portent des oreillettes. Les vigiles de l’établissement, mobilisés sur cette opération spéciale, s’assurent que les curieux passent leur chemin.En-tête du cortège, le professeur Philippe Menasché ouvre la voie et conduit son célèbre patient à destination. Michael Schumacher, le septuple champion du monde de Formule 1, âgé aujourd’hui de 50 ans, vient d’arriver quelques minutes plus tôt à bord d’un camion ambulance jaune et bleu, immatriculé à Genève en Suisse. »

On se souvient de l’accident du célèbre champion et, depuis, des innombrables interrogations. « Le Parisien-Aujourd’hui en France est en mesure de révéler que Michael Schumacher est hospitalisé depuis ce lundi après-midi dans le service de chirurgie cardio-vasculaire de l’hôpital. L’ex-pilote allemand aux 91 victoires et 68 pole positions est entre les mains du professeur Philippe Menasché, un éminent chirurgien cardiaque âgé de 69 ans, pionnier de la thérapie cellulaire pour soigner l’insuffisance cardiaque. Il siège également au conseil d’administration de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, sur le site de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Elogieux portrait du praticien

Et le quotidien de brosser un élogieux portrait élogieux portrait du praticien parisien bien connu pour l’intérêt qu’il porte depuis longtemps aux possibles vertus thérapeutiques des cellules cardiaques d’origine embryonnaires.

 « Michael Schumacher est-il hospitalisé à l’Hôpital européen Georges-Pompidou pour profiter de ces recherches ? Ou pour un autre traitement ? Selon nos informations, l’ex champion bénéficie de perfusions de cellules-souches qui sont diffusées dans l’organisme afin d’obtenir une action anti-inflammatoire systémique, c’est-à-dire dans tout l’organisme. Le traitement devrait démarrer ce mardi matin, le patient devant quitter l’hôpital en principe mercredi. Contactés, le professeur Menasché et la direction de l’hôpital se retranchent derrière le secret médical, sans confirmer, ni infirmer nos informations. »

Interrogé sur le même sujet par France Info Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP a formulé la même réponse. Toujours selon Le Parisien- Aujourd’hui en France et « de sources concordantes », Michael Schumacher aurait effectué au moins deux passages à l’Hôpital européen Georges-Pompidou, au printemps dernier. Lors de son premier séjour à Paris, il aurait fait l’objet d’examens médicaux pratiqués à la Pitié-Salpêtrière. Fin juillet dernier il  devait revenir pour une nouvelle séance à l’Hôpital européen Georges-Pompidou. Mais un problème de santé imprévu l’en aurait empêché. « Le traitement a été repoussé à ce début de semaine, date du retour de vacances du professeur Menasché ».

A demain @jynau

Overdoses d’«ecstasy chinois» : Agnès Buzyn entendra-elle les «professionnels de la nuit»?

Bonjour

Bouteille à la mer ? C’est un appel à l’aide du « Collectif Action Nuit » (CAN):

« Depuis le début de l’été, dirigeantes et dirigeants d’établissements de nuit, organisteurs-trices de soirées et associations ont constaté avec effroi la recrudescence de consommation de produits stupéfiants particulièrement dangereux. Ceux-ci sont particulièrement nocifs et provoquent des réactions graves, amenant souvent l’hospitalisation des consommateurs-trices, voire pire. Communément appelés « ecstasys », des produits largement surdosés circulent ces dernières semaines en France, laissant présager une arrivée de produits asiatiques transformés et également surdosés appelés vulgairement « ecstasy chinois ».

« Le N-Ethylpentylone, comme l’indique un rapport de 2018 de la World Health Organization (WHO) à son sujet, pourrait être présenté et vendu comme ecstasy ou MDMA, sous forme de poudre, cristal, capsule ou cachets mais dont les effets seraient davantage désastreux. Au Royaume-Uni, la National Crime Agency a rapporté plus de 125 probables morts au total liées à la consommation de N-Ethylpentylone sur le territoire, tandis que le rapport de la WHO indique que cette drogue a été retrouvée dans 25 cas de décès américains entre 2016 et 2018.

« Trop peu de médias français ont pris la parole pour mettre en garde le public, comme l’a fait Mixmag. L’information ne circule donc ni dans les médias, ni via les autorités, et le public ne peut être mis au courant et protégé. Si notre devoir est évidemment d’alerter le public potentiellement touché par ce désastre, c’est avant tout à l’État de traiter et de mettre en œuvre des actions concrètes afin de l’éradiquer au plus vite. Il s’agit d’un sujet de santé publique grave. Des jeunes meurent. Nous, professionnels de la nuit, revendiquons une considération de l’État à la mesure de l’enjeu, pour éviter de nouvelles tragédies au sein de nos établissements.

« Le CAN a transmis cinq propositions de mesures urgentes à mettre en œuvre pour lutter contre ce fléau aux Ministres de l’Intérieur et de la Santé en mars 2018. Aucune à ce jour n’est en place. Nous le regrettons et rappelons l’urgence de la situation. »

Le Quotidien du Médecin (Coline Garré) précise que cet appel du fait suite à la mort, le 1er septembre, d’un jeune homme de 21 ans à l’hôpital, après une consommation présumée de produits stupéfiants « dans une boîte éphémère parisienne » 1. Selon une source policière citée par Le Parisien (Céline Carez) le jeune aurait absorbé beaucoup d’ecstasy en association avec des boissons alcooliques. Une enquête a été confiée à la brigade des stupéfiants de la police judiciaire parisienne. On attend les résultats de l’autopsie.

A demain @jynau

1 Le Parisien : « Le drame s’est noué à 4h30 du matin, au « Dehors Brut », boulevard Poniatowski (XIIe), un établissement de nuit de quelque 5 000 m2, immense dancefloor éphémère sur un site SNCF, en marge de la ZAC de Bercy-Charenton, ouvert depuis le 27 juillet, avec le feu vert de l’Hôtel de ville. Le site, dédié à la musique électronique, est tenu par l’ancienne équipe de la Concrète, boîte de nuit flottante, ouverte en 2012 sur une barge amarrée au quai de la Rapée (XIIe) et fermée depuis, suite à un litige. »