Médecine et complémentaires : faut-il s’indigner du raz de marée annoncé de Deuxiemeavis.fr ?

Bonjour

Donner, de sa poche,  300 euros pour avoir un « deuxième avis médical » ? C’était il y a trois ans. A peine né le site « deuxièmeavis.fr » faisait scandale quoique lancé en toute discrétion. Comment mieux dire dire la sécheresse extrême du tissu médical français, prêt à s’embraser pour une étincelle, une menace, une innovation.

Ainsi donc, moyennant 295 euros, un « deuxième avis médical » quand la chose est, pour mille et une raison, devenue nécessaire. C’était déjà là une pratique courante, largement répandue; mais pratiquée sans être affichée. Une pratique presque toujours effectuée  sous la couverture de la Sécurité sociale.  La nouveauté, fin 2015, tenait dans l’affichage et la facturation – rien n’étant, cette fois, directement demandé à la collectivité.

Les syndicats de médecins libéraux, alors, étaient à l’affût. « C’est une démarche commerciale et dangereuse, qui n’honore pas les médecins qui se sont lancés dedans, condamnait le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF). « Qui assurera le suivi et les interrogations complémentaires du patient, si ce n’est le médecin traitant court-circuité ?» demandait dans un communiqué la Confédération des syndicats des médecins de France (CSMF), scandalisée  par la démarche. Quant au Dr Jean-Paul Ortiz, président de ce premier syndicat de médecins, il ne décolérait pas. « A l’heure où l’on parle d’égalité d’accès aux soins pour tous, proposer sur Internet un pseudo-deuxième avis pour près de 300 € est scandaleux ».

« Sur les 295 € facturés, 120 € vont au médecin, 175 € servent à couvrir les frais du site » nous expliquait Pauline d’Orgeval, co-fondatrice du site avec Catherine Franc et Prune Nercy, diplômées d’HEC. Elle ajoutait que les « experts » (près d’une centaine) sont des spécialistes, volontaires, sélectionnés sur des critères arrêtés par  un comité scientifique 1. « En contact direct avec le patient ils sont incités à prendre contact avec son ou ses soignants du patient, notamment en cas de divergences diagnostiques ».

Médecine ubérisée et complémentaires santé

Le Conseil national de l’Ordre des médecins ?  « Ce site pose le problème plus général de l’ubérisation de la santé qui passe par une plate-forme Internet sans respecter le vertueux parcours de soins défendu par les pouvoirs publics, déclarait alors au Parisien le Dr Jacques Lucas, chargé du dossier à l’Ordre dont il est le vice-président. J’ai cru comprendre que l’initiative de Deuxiemeavis.fr pourrait être soutenue par des complémentaires santé qui prendraient en charge la consultation. Il y aurait alors deux portes d’accès aux soins, celle qui passe par ces complémentaires et celle des autres patients, ce qui créerait une inégalité. »

Le Dr Lucas avait parfaitement saisi et les deux portes sont bien là. 30 avril 2019 : « J’ai le plaisir de vous adresser le communiqué de presse de Deuxiemeavis.fr qui annonce le chiffre de 13 millions de bénéficiaires avec comme ambition de faire du deuxième avis médical un droit pour tous les patients atteints d’une maladie grave » (nous soulignons) :

« Six mois après avoir levé 2,5 millions d’euros auprès de fonds à impact social, la plateforme deuxiemeavis.fr vient d’annoncer qu’elle est désormais accessible à près d’un Français sur cinq. Ce site  permet aux patients confrontés à un problème de santé grave d’obtenir un deuxième avis médical auprès de médecins experts de leur maladie. Un service pris en charge à 100 % par les complémentaires santé ou courtiers partenaires – Malakoff Médéric Humanis, Audiens, Santiane, Ociane, Gras Savoye, Energie Mutuelle, GAN, Mutuelle Les Solidaires – par le réseau Santé Clair et l’assisteur IMA assistance. La startup parisienne permet ainsi au patient et à son équipe médicale traitante de s’appuyer sur un deuxième avis médical – sous la forme d’un compte-rendu écrit et personnalisé – pour éclairer ou faciliter la prise de décision. »

Trois ans plus tard Le discours n’a pas changé. « Avec deuxiemeavis.fr, nous ne faisons qu’organiser de façon transparente une pratique répandue entre médecins, explique Pauline d’Orgeval, présidente et cofondatrice. D’ailleurs, dans 75 % des cas, il y a convergence entre le premier et le deuxième avis ». Et en prime, une interview vidéo du Pr Laurent Degos – président du conseil scientifique 1 – Deuxiemeavis.fr : https://youtu.be/fR3DBOMezzs

Mieux, fort de son succès affiché, la startup entend désormais « démocratiser l’accès à l’expertise médicale et participer au développement spectaculaire de la télémédecine dans notre pays ». Le site, nous affirme-t-on, devrait être accessible à 15 millions de Français à la fin de l’année. Les syndicats médicaux se sont tus. Et l’Ordre des médecins ne dit plus rien. Un symptôme éclairant ? Basée à Paris, l’entreprise est hébergée au sein de la « pépinière » Paris Santé Cochin.

A demain

@jynau

1 Le Conseil scientifique est constitué du Dr Laurent Degos, du Pr Dominique Franco, du Pr Pierre-Louis Druais, du Dr Laurent Mignot, du Dr Claire Bricaire, du Pr Philippe Denormandie, du Pr Charles de Riberolles et de Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et philosophie de la santé mentale au CNRS.

Affaire des Gilets Jaunes fichés : la direction de l’AP-HP pourra-t-elle encore continuer à nier ?

Bonjour

L’heure de la vérité approche à grands pas : Le Canard enchaîné persiste, signe et met dans le plus grand embarras la direction générale de l’AP-HP – de même que la ministre des Solidarités et de la Santé.

On sait que l’affaire des « Gilets Jaunes hospitalisés fichés » concerne l’usage qui a pu ou non pu être fait du désormais célèbre système « SI-VIC ». Elle s’était constituée avec les révélations de Mediapart, Libération et du Canard enchaîné.  Jusqu’à l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins suivie du  dépôt d’une première plainte contre X pour violation du secret professionnel.

La direction générale de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) avait rejeté les accusations de « fichage » avant que la Direction Générale de la Santé ne la désavoue, reconnaissant que le système avait « été activé »  sur l’ensemble du territoire national les 8 et 15 décembre 2018puis, ponctuellement selon la situation locale par les agences régionales de santé ou les SAMU.  »

Identification des victimes

Le 20 avril dernier la direction générale de l’AP-HP se défendait via communiqué de presse intitulé « Mise au point sur un prétendu ‘’fichage’’ de patients » rappelant ce qu’est le fichier SI-VIC (ainsi que le fichier SINUS). Or Le Canard enchaîné de ce 23 avril rapporte que la méthode a été à nouveau utilisée le samedi 20 avril lors de l’acte XXIII du mouvement des Gilets Jaunes. Et ce en dépit des premières révélations, des inquiétudes déontologiques de l’Ordre des médecins, de la saisie de la Cnil et des premières actions en justice. « Le 20 avril, en pleine manifestation, la directrice de cabinet du patron de l’AP-HP, Martin Hirsch, aurait même relancé les responsables d’hôpitaux : ‘’Nous vous rappelons qu’il convient de renseigner SI-VIC (système d’information pour le suivi des victimes) pour la régulation sanitaire’’. »

« Selon l’AP-HP, ce fichier, mis en place depuis les attentats de Paris, est utilisé ‘’en cas de situations sanitaires exceptionnelles’’, accident, incendie, attentat ou ‘’grand événement susceptible de conduire à un nombre important de victimes’’, explique Le Parisien (A.R.). Il permet de réguler les urgences et faciliter l’identification des victimes en cas d’attaque. Dans un premier temps, le patron de l’AP-HP a tenté de rassurer tout le monde en affirmant que les informations recueillies ne contenaient pas le nom des patients. Mais l’instance de reconnaître plus tard que les documents contiennent bien le nom, l’âge, le sexe et les adresses des manifestants. Toutefois, ‘’dans le respect du secret médical’’, il ne comporterait ‘’aucune donnée sur la nature des blessures prises en charge’’. Le Canard enchaîné  assure le contraire. »

Volatile acerbe

L’hebdomadaire satirique a en effet pu se procurer des extraits du fameux fichier. En plus de données permettant d’identifier les personnes blessées dans les rassemblements, il contient parfois des détails de contexte : « arrivé avec pompiers, traumatisme main gauche » ; « tir flashball, plaie arcade » ; « intoxication lacrymogène, chaussettes vertes à petits pois, manque orteil pied droit »… Le fichier est en outre actualisé en temps réel et consultable par un grand nombre de services, bien au-delà du ministère de la Santé. Les agents du ministère de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères peuvent en effet y accéder. « Une passoire », commente Le Canard, qui met en exergue le fait que les policiers ont donc toutes les informations nécessaires pour interpeller les patients, parfois suspectés de dégradations ou violences, à peine rentrés chez eux. Les policiers blessés, eux, bénéficieraient de l’anonymat.

Enfin, le volatile acerbe rappelle qu’en décembre 2017, la Cnil avait autorisé le fameux fichier dans le contexte des potentielles tueries de masse mais « à condition que les établissements de santé informent les personnes – victimes et proches ». Voire, « leur remettent un document d’information », précise-t-il. Et de vérifier auprès d’un avocat, Me Alimi : « Sur mes quinze clients pris en charges dans les hôpitaux parisiens, aucun n’a été averti d’un tel fichage. » Cet avocat a, le 20 avril sur Twitter, lancé un appel sans précédent:  :

Arié Alimi Avocats@AA_Avocats Nous demandons à tout fonctionnaire ou medecin soucieux de la déontologie et de la loi de nous adresser confidentiellement les instructions du ministere de l’interieur ou de la santé sur le fichage des gilets jaunes blessés #GiletsJaunes @CCastaner @agnesbuzyn @MartinHirsch »

A demain

@jynau

 

 

 

Evaluer, flatter, dénigrer publiquement son médecin… : le Conseil de l’Ordre ne dit rien  

Bonjour

Vie moderne. Ce serait un nouveau droit offert aux patients : donner « gratuitement » son avis d’ « utilisateur » sur les compétences, les insuffisances, de ceux qui les écoutent, les auscultent, les soignent. « Noter » son médecin au moyen de « cœurs ». Sous pseudonyme. Ce serait la dernière innovation en date de ce qui jadis, fut baptisé « démocratie sanitaire » : l’entrée en scène du site MediEval4i « Vous avez le droit de savoir qui vous soigne ! Trouvez, évaluez votre médecin ! »

« MEDIEVAL4i est une plateforme accessible à l’adresse www.medieval4i.com (ci-après la « Plateforme ») proposant aux Internautes et aux « Utilisateur »s plusieurs types de services (ci-après les « Services ») : l’accès à l’évaluation des professionnels de santé partagée par d’autres Utilisateurs suite à leur propre expérience médicale ; le partage par l’Utilisateur de sa propre expérience médicale avec un professionnel de santé à travers l’évaluation de ce dernier ;  l’accès à des informations concernant le professionnel de santé consulté telles que le délai moyen d’attente pour obtenir un rendez-vous, les plateformes de prise de rendez-vous en ligne sur lequel il est présent, l’acceptation ou le rejet des nouveaux patients ou des bénéficiaires de la CMU-C.

 « L’Editeur est MEDICINE4i, société par actions simplifiées au capital de 200.000 euros, Immatriculée au Registre de Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 789 046 315, domiciliée au 4, rue de Castellane – 75008 Paris. »

« Communauté de partage »

Ce site explique encore avoir « pour vocation de bâtir une communauté de partage des expériences médicales de chaque patient à travers l’évaluation des professionnels de santé consultés afin que chacun puisse trouver le médecin qui lui correspond ». Et cette communauté « se nourrit de l’expérience médicale de chacun ». L’Internaute qui « vient rechercher de l’information au sujet de professionnels de santé » (à travers une recherche nominative ou par spécialité) peut consulter les évaluations laissées par la communauté d’Utilisateurs. Et une fois la création de son « Compte Utilisateur » confirmée, il a la possibilité de partager son expérience médicale soit au travers de l’évaluation du professionnel de santé consulté soit en rapportant à la Plateforme les raisons pour lesquelles il n’a pas été en mesure de consulter ce professionnel de santé.

Quant à l’évaluation du médecin, elle consiste en l’attribution d’une note (« L’Utilisateur attribue au professionnel de santé une note allant de 1 à 5 pour chacun des cinq critères objectifs d’évaluation retenus. La moyenne arithmétique de ces cinq critères permet d’établir la note affectée à l’évaluation. Cette moyenne viendra par la suite contribuer à former la note globale du professionnel de santé ») ; la rédaction d’un avis (« L’Utilisateur formule un avis personnel relatant, de la manière la plus objective possible, son expérience médicale avec le professionnel de santé consulté. L’Utilisateur doit résumer son expérience en quelques caractères dans un titre » ;  la fourniture des informations suivantes: le délai d’attente pour obtenir ce rendez-vous, le mois et l’année de la consultation et la plateforme de prise de rendez-vous utilisée si le rendez-vous a été pris par internet.

Chaque Utilisateur est identifié publiquement par son pseudonyme et chaque évaluation (notation et avis) est accessible publiquement à tous les Internautes et Utilisateurs. La pseudonymisation (sic) ne permet pas d’identifier l’Utilisateur sans avoir recours à des informations supplémentaires. Dans une logique de transparence et d’indépendance, l’utilisation des Services est gratuite pour chaque Internaute et Utilisateur ainsi que pour les professionnels de santé référencés sur la Plateforme.

Défouloir numérisé

Cette initiative vient d’être détaillée dans Le Parisien (Daniel Rosenweg) : « MediEval4i, le site Internet qui veut noter les médecins ». « ‘’On n’évaluera pas la compétence médicale du professionnel de santé, précise, Mathias Matallah, président fondateur de Medicine4i, maison mère de MediEval4i. Nous ne sommes pas médecins.’’Un dispositif de « modération très stricte des avis, contre le dénigrement, la diffamation, la misogynie… a été mis en place, ainsi qu’un droit de réponse du médecin. Conscient qu’il arrive ‘’en terrain miné’’ et là où d’autres acteurs avant lui se sont cassé les dents, il prévient : ‘’Je suis prêt à me défendre, si les médecins se hasardent sur le terrain glissant de la polémique, ils vont se discréditer’’

Interrogé par Le Parisien le Conseil de l’Ordre des médecins n’a pas souhaité réagir « avant d’avoir vu le site ». De son côté, le président de MG-France, premier syndicat de généralistes, Jacques Battistoni, exprime ‘’ la réticence des médecins à ces notations’’. Il estime que ‘’cela va accroître la pression sur eux dans une période déjà difficile où, pénurie de médecins oblige, ils doivent répondre à une forte demande.’’ » D’autres redoutent, loin de la « communauté de partage », la mise en place d’un gigantesque défouloir numérique.

Le fondateur de MediEval4i qui a travaillé « dans tous les milieux de la santé pendant 25 ans » juge quant à lui  que « rien n’a bougé, le système n’a cessé de se dégrader, nous sommes à un moment de fracture entre médecins et patients (…)  Il est temps de faire évoluer les comportements. À chacun son boulot, le nôtre c’est de défendre le patient. »

Les réponses sont moins précises pour ce qui est du financement à venir de l’entreprise. « D’autres sites se sont essayés sur ce créneau particulier. Ils s’appelaient Notetondoc, note2bib.com, demica.com… et tous se sont cassé les dents, rappelle Le Parisien. Dernier né, créé en mars 2015, quiconnaitunbon.com misait sur un partenariat avec les professionnels de santé invités à s’inscrire sur le site pour y être évalués. Il a été radié du registre du commerce en décembre 2017. »

On peut comprendre l’embarras du Conseil national de l’Ordre des Médecins pour s’exprimer sur un tel sujet. Il semblerait toutefois opportun, dans l’intérêt de tous, qu’il donne de la voix.

A demain

@jynau

 

Deux ans après, le meurtrier présumé du médecin généraliste ne sera finalement pas jugé

Bonjour

Il y a deux ans un homme tuait le Dr Patrick Rousseaux, 64 ans, dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). L’autopsie devait établir  que le médecin avait succombé à quarante-huit coups de couteau. « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales,  résumait Le Parisien qui publiait une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). »

« Coup de folie » déclarait son avocat, avant même les conclusions des experts. Et personne n’avait évoqué la piste du « terrorisme ».  Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad posait question » au regard des coups de couteau qu’il avait donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, précisait que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B. Pour lui aucun doute :  l’homme avait été « pris d’un coup de folie ».

La municipalité de Nogent-le-Rotrou avait ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain une marche silencieuse avait réuni plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement avait été prévu à l’appel de la CSMF. Ce syndicat médical exhortait alors le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclamait notamment la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant), l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggérait encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

L’affaire avait suscité une vive émotion, suscitant un écho national, se souvient  Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). À l’époque ministre de la Santé, Marisol Touraine avait exprimé son soutien « à l’ensemble des médecins généralistes de France, endeuillés par ce drame, qui accomplissent chaque jour un travail exemplaire, dans des conditions parfois difficiles, au service de leurs patients ».

« Trouble psychique ayant aboli son discernement »

Deux ans ont passé. La cour d’appel de Versailles vient de rendre un arrêt dans lequel elle déclare irresponsable le meurtrier présumé du Dr Rousseaux – information publiée par  L’Écho républicain :

« Après deux ans de procédures, d’expertises et de contre-expertises psychiatriques, la Cour d’appel de Versailles a rendu son arrêt, jeudi 14 mars 2019 : Mourad Bakir, auteur présumé du meurtre du docteur Patrick Rousseaux, le 1er février 2017, à Nogent-le-Rotrou, est déclaré irresponsable pénalement.

Contacté hier, le procureur de la République, Rémi Coutin, a confirmé nos informations : ‘’ Il évite les assises en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits.’’

La Cour d’appel a, par ailleurs, décidé de maintenir le meurtrier en soins psychiatriques au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) et a prononcé une interdiction de paraître en Eure-et-Loir durant vingt ans et de détenir une arme.

L’enquête sur la personnalité de Mourad Bakir, Franco-Marocain de 43 ans, aura permis de comprendre le cheminement paranoïaque l’ayant conduit à cet acte. Le Nogentais, benjamin d’une fratrie de dix enfants, avait perdu sa mère en 1999 et son père en 2017. ll avait changé de comportement, selon plusieurs témoins, depuis la perte de son emploi, moins d’un an avant les faits. »

A demain

@jynau

Angines : pour un diagnostic de qualité, prière de consulter votre pharmacien d’officine

Bonjour

Pendant les travaux, la politique de la découpe médicale se poursuit. Le Comité interministériel pour la Santé devait, ce 25 mars, entendre le pouvoir exécutif annoncer le remboursement des « tests de dépistage de l’angine » réalisés par les pharmaciens. Cette mesure vise « à désengorger (sic) les salles d’attente des médecins tout en améliorant la prise en charge des malades concernés (re-sic).

Les services du Premier ministre ont, en urgence, annoncé cet « accès facilité aux tests sur l’angine menés par les pharmaciens » confirmant ainsi une information du Parisien (Elsa Mari) : ces tests pratiqués en officine seront pris en charge par la Sécurité sociale et remboursés à partir du 1er janvier prochain. Le Parisien, repris par Le Figaro:

« Saviez-vous que la plupart des angines ne nécessitent pas d’antibiotiques ? Pour s’en assurer, il suffit de pousser la porte d’une officine, d’ouvrir la bouche et de tirer la langue. Depuis plusieurs années, les pharmaciens sont autorisés à réaliser un examen qui détermine l’origine de votre mal de gorge. Mais le gouvernement nous annonce vouloir aller plus loin, améliorer ce dispositif, faciliter l’accès à ces tests qui seront désormais remboursés au 1er janvier.

 « L’objectif est double. D’abord, lutter à tout prix contre la surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques qui conduit au développement de résistances des bactéries, un véritable problème de santé publique. C’est particulièrement le cas pour les angines qui correspondent à 10% des prescriptions d’antibios, soit 9 millions de cas chaque année, alors que 80 % d’entre elles sont d’origine virale et guérissent avec des antalgiques contre la fièvre et la douleur. Et cela coûte cher, 20 millions d’euros par an de prescriptions inutiles ! 

 « Si en France, les médecins généralistes pratiquent ces tests lors des consultations, ils sont, selon Matignon, insuffisamment utilisés : seuls 40% en ont commandé en 2017. Pourquoi ? Contacté, l’ordre des médecins n’a pas souhaité s’exprimer. Pour éviter un mauvais diagnostic et désengorger les cabinets bondés, le deuxième objectif, ces dépistages en officine pourraient être la solution.

Sans surprise les pharmaciens applaudissent. « Sur les 4200 pharmaciens, nous sommes près de 600 à avoir reçu cette formation et être habilités à faire ces tests. Mais c’est une très bonne idée de vouloir aller plus loin » a déclaré au Parisien Martial Fraysse, président du conseil régional d’Ile-de-France de l’Ordre des pharmaciens. Il suffit, pour cela, en marge des rayons de la parapharmacie, d’un espace de confidentialité, d’un kit (une dizaine d’euros), de gants et d’un chronomètre. « On frotte un gros coton-tige dans la région des amygdales. Huit minutes plus tard, les résultats s’affichent sur la plaquette. Un trait, c’est viral, deux, bactérien. »

Détail : si les deux traits s’affichent, le pharmacien ne sera pas autorisé à délivrer de traitement – il faudra toujours consulter un médecin, puis revenir vers son pharmacien.  Où l’on en vient à se demander pourquoi le gouvernement ne permet pas au citoyen de pratiquer ce test, remboursé, à son domicile.

A demain

@jynau

 

 

 

 

Où se procurer, dans l’Union européenne, un véritable embryon humain pour 3 600 euros ?

Bonjour

Le  sujet ne fait partie ni du Grand Débat français ni des élections européennes. On le découvre , ce 22 mars 2019, en page 9 du Parisien/Aujourd’hui en France (Christine Mateus) : « L’adoption d’embryons, vous connaissez ? ». Où l’on retrouve l’Institut Marquès de Barcelone 1. L’Institut catalan et sa « plate-forme mondiale de cession d’embryons humains abandonnés ».

En Espagne, « après deux relances sans réponses de la part des patients » les embryons conçus par fécondation in vitro « sont à disposition des cliniques, qui peuvent opter pour leur destruction ou les conserver pour la recherche ou bien les donner à d’autres couples ». Pour sa part l’Institut Marquès a choisi, depuis 2004, cette dernière possibilité, en lançant à Barcelone « le premier programme d’adoption d’embryons du monde ».

Religion et consanguinité

Aujourd’hui, explique-t-on, des « patients du monde entier » se rendent en Espagne afin d’adopter des embryons disponibles et plus d’un millier d’enfants sont nés grâce à cette initiative. 62% des couples français qui choisissent l’option d’adopter des embryons à l’Institut Marquès, le font car ils n’ont pas réussi à obtenir une grossesse avec d’autres techniques de reproduction assistée ; 28% des adoptants français sont des femmes sans partenaire qui veulent devenir mères, certaines d’entre elles après avoir été un certain temps sur liste d’attente pour une adoption standard ; 10% des adoptants d’embryons s’avèrent être des personnes qui par croyances éthiques ou religieuses écartent les autres techniques de procréation médicalement assistée.

A Barcelone l’attribution des embryons se réalise via un système informatique qui assure que chaque enfant naîtra dans un pays (ou dans une communauté) distinct de celle des autres embryons conçus lors du même cycle. « Pour éviter les consanguinités futures ». Nouvelle donnée, dans Le Parisien, le prix facturé : « 3 600 euros environ ». Les affres de la marchandisation concurrentielle du corps humain ne font partie ni du Grand Débat ni des élections européennes.

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Un centre barcelonais à la renommée internationale dans les domaines de la gynécologie, l’obstétrique et la reproduction assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Kuwait. Ce centre, spécialisé dans les cas qui présentent une difficulté particulière, aide les personnes dans plus de cinquante  pays à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les meilleurs taux de grossesse, avec 89% de réussite par cycle de fécondation in vitro avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe une importante ligne d’investigation sur les bénéfices de la musique lors des débuts de la vie et la stimulation fœtale. Aussi, engagé pour la cause environnementale, l’Institut Marquès réalise depuis 2002 des études sur le rapport entre les toxiques environnementaux, la stérilité et les traitements de reproduction assistée. »

 

 

«Bouffée délirante» post-cannabis : psychiatrie et addictologie dans l’affaire Sarah Halimi

Bonjour

Ce sont des extraits du dossier Kobili Traoré révélés par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Timothée Boutry)  Kobili Traoré  meurtrier présumé de Sarah Halimi, il y a près de deux ans à Paris. Un meurtre qui aura connu un fort retentissement médiatique .  Sarah Halimi, 64 ans, mère de trois enfants et médecin retraitée est rouée de coups puis défenestrée dans des « circonstances imprécises » du haut du troisième étage de son immeuble par un jeune voisin de 27 ans rapidement interné en hôpital psychiatrique. « J’ai tué le sheitan » (démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme après son acte.

Trois jours plus tard, le 7 avril 2017,  François Molins, procureur de la République de Paris déclare que ce drame, en l’état de l’enquête, n’est pas un meurtre antisémite, mais que cette piste sera aussi explorée. Le 10 juillet, Kobili Traoré   est entendu par le juge d’instruction. Il reconnaît les faits tout en niant toute motivation antisémite : « Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque ». Il attribue son état à la consommation de cannabis. Et Le Parisien de révéler aujourd’hui que la  perspective d’un procès s’éloigne 2017.

« Selon nos informations, les experts psychiatres qui se sont penchés une troisième fois sur le cas de Kobili Traoré ont estimé qu’il n’était ‘’pas, actuellement, accessible à une sanction pénale’’. Sans le dire aussi explicitement, ils considèrent que son discernement était aboli au moment des faits (…) C’est la seconde expertise à conclure à une irresponsabilité pénale tandis que le premier psychiatre qui avait examiné Kobili Traoré avait considéré que son discernement était simplement altéré. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient désormais de renvoyer le suspect devant la cour d’assises ou de prononcer un non-lieu psychiatrique. »

Irresponsabilité

Le Parisien a donc pu prendre connaissance des conclusions des Drs Bernard Pascal, Julien-Daniel Guelfi et Roland Coutanceau. Ces experts indiquent que le jeune homme de 29 ans présentait « une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique » (« c’est-à-dire provoquée par un agent toxique extérieur, en l’occurrence le cannabis dont il était un très gros consommateur » souligne le quotidien).

« Partant de là, ils précisent dans une formule alambiquée que ce diagnostic oriente ‘’plutôt classiquement vers une abolition du discernement […] compte tenu qu’au moment des faits son libre arbitre était nul et qu’il n’avait jamais présenté de troubles antérieurement’’. Ils précisent également qu’il n’aurait pas choisi sa victime à dessein : ‘’ Il n’y a pas, a priori, de capacité de sélectionner sa victime dans une bouffée délirante aiguë. Seule compte la réalité délirante.’’ Ce qui, en creux, semble écarter le choix délibéré de s’en prendre à une femme de confession juive. »

En juillet dernier, les Drs Bensussan, Meyer-Buisan et Rouillon avaient  clairement indiqué que Kobili Traoré était « inaccessible à une sanction pénale » – soulignant  qu’il  souffrait « d’un trouble psychotique chronique […] faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural ». Et en septembre 2017, le Dr Roland Zagury, premier expert nommé dans cette affaire, avait lui aussi conclu à une « bouffée délirante aiguë ». Sans pour autant aller jusqu’à l’irresponsabilité ? . « En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité ».

Contestation des conclusions

Me Francis Szpiner, avocat des enfants de la défunte a commenté, pour Le Parisien, cette nouvelle conclusion d’experts :

« Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du dernier collège d’experts sont donc, selon nous, très contestables. 

«À partir du moment où tous les experts ne sont pas d’accord, je pense que c’est à la juridiction de jugement, en l’occurrence à la cour d’assises, de se prononcer et de trancher. En dépit des conclusions de cette troisième expertise, je continue à espérer qu’il y aura un procès. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient de se prononcer. Et même si elle rend une ordonnance de non-lieu, nous ferons bien évidemment appel. »

Où il conviendra, alors, de revisiter toute la bibliographie disponible sur les rapports entre consommation de cannabis et émergence des étranges et toujours spectaculaires « bouffées délirantes».

Interné d’office depuis son geste Kobili Traoré est aujourd’hui pris en charge à l’ « unité pour malades difficiles » de Villejuif (Val-de-Marne).

A demain

@jynau