«L’incendiaire : alcoolisée avec des antécédents psychiatriques» Dix morts, trente-trois blessés.

Bonjour

Moins de vingt-quatre heures après le drame et, déjà, les questions de fond. Des questions relatives à l’état de la psychiatrie en France, à la qualité de la prise en charge de malades mentaux, au rôle joué par l’alcool dans ce tragique incendie survenu dans la nuit du 4 au 5 février au 17 bis, rue Erlanger, à deux pas de la porte d’Auteuil dans un immeuble moderne du 16e arrondissement de Paris. Dix morts, trente-trois blessés, dont huit pompiers et un incendie « d’origine criminelle ». Ouverture d’une enquête pour « destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort ».

Tout va très vite. D’abord l’interpellation, durant la nuit et non loin de l’incendie, d’une habitante de l’immeuble aussitôt placée en garde à vue. Cette femme âgée de 40 ans essayait apparemment de mettre le feu à une voiture et à une poubelle. A l’issue d’un examen médical et d’un examen de comportement, elle a été placée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police – garde à vue levée en fin de journée.

« Elle présente des antécédents psychiatriques », a précisé Rémy Heitz, procureur de la République de Paris. En conflit récurrent avec l’un de ses voisins, pompier, cette habitante de l’immeuble s’était disputée avec lui dans la soirée. La police s’était alors déplacée pour « un trouble de voisinage ». Le Parisien a recueilli le témoignage du voisin :

« Nous étions dérangés par ma voisine qui avait mis la musique très fort chez elle. […] Hier soir [lundi soir] ma compagne est allée frapper à sa porte, et elle s’est fait insulter. Je suis pompier professionnel à la BSPP [Brigade des sapeurs-pompiers de Paris] et c’est pour ça que j’ai appelé le 17, vers 23 h 50. J’ai attendu quarante minutes pour m’entendre dire que ce n’était pas une situation d’urgence. […] Les policiers m’ont dit de partir. Je suis sorti avec ma compagne, je voulais passer la nuit ailleurs. J’ai cru que les policiers l’avaient embarquée donc nous sommes revenus. Mais je suis tombée nez à nez avec ma voisine dans les escaliers. Les policiers étaient repartis. Après leur départ, ma voisine a essayé de défoncer ma fenêtre et ma porte pour se venger. Un voisin m’a expliqué qu’il y avait du papier devant ma porte avec du bois. Elle a dû mettre le feu chez moi pour se venger. Quand je l’ai croisée, elle m’a souhaité bon courage en me disant que j’étais pompier, et que j’aimais bien les flammes. Là, je sens l’odeur de brûlé. »

Deux témoins interrogés par BFMTV ont raconté avoir entendu dans la soirée une altercation entre la suspecte et un jeune homme. Ce dernier, qui habitait au deuxième étage, se plaignait de la musique trop forte qui émanait de l’appartement de sa voisine et cognait contre sa porte. Celle-ci lui aurait alors répondu: «Toute manière, tu es un pompier, je vais mettre le feu». «Elle hurlait, lui hurlait pour qu’elle arrête (de frapper contre la porte). Elle hurlait, elle a jeté des choses par la fenêtre, elle a jeté des assiettes».

Plusieurs hospitalisations à Sainte-Anne

Ce ne sera  qu’après 6 h 30 du matin, à l’issue de plus de cinq heures d’intervention, que les pompiers finissent par maîtriser le feu. « La France se réveille dans l’émotion »,  tweetera alors le président de la République tandis que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, saluait, sur les lieux du sinistre, « l’immense mobilisation des sapeurs-pompiers ».

Moins de vingt-quatre heures après le drame les médias généralistes enquêtent sur le passé psychiatrique de cette femme, ses antécédents, ses traitements. La chaîne d’information LCI précise qu’elle « avait été hospitalisée plusieurs fois à Sainte-Anne et à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris ». LCI :

« Selon nos informations, la quadragénaire a séjourné en psychiatrie à plusieurs reprises ces dernières années, pour une durée totale de cinq ans. Elle a notamment été internée à l’hôpital Saint-Anne ainsi qu’à l’Institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Elle est sortie de sa dernière hospitalisation le 23 janvier 2019. 

 « Le juge chargé d’étudier son cas avait alors estimé qu’elle ne présentait plus de danger pour elle ou pour les autres. Elle est donc retournée vivre chez elle, sans aucune mesure coercitive. Entre 2016 et fin 2017, cette quadragénaire avait été visée par trois procédures judiciaires, dont une pour vol dans un magasin qu’elle avait ensuite tenté d’incendier. A chaque fois, ces affaires ont été classées sans suites, notamment en raison d’un « état mental déficient ». 

« Selon nos informations, la suspecte, qui était alcoolisée au moment de son interpellation, a été vue en train d’essayer de mettre le feu à une voiture, puis a enflammé un carton pour incendier une poubelle en face de l’immeuble. Elle aurait ensuite mis le feu au 2e, au 7e et au 8e étages de l’immeuble. » 

Et demain ? Les mêmes médias généralistes ressortiront bientôt les archives récentes du grand mal de la psychiatrie française, de ses invraisemblables restrictions budgétaires, des souffrances de ses soignants et de ses patients, des ravages de l’alcoolisme … On passera, alors, du tragique fait divers au politique. Pour quelles suites ?

A demain

@jynau

 

 

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de blesser avec leurs « Lanceurs de Balles de Défense »  ? 

Bonjour

Dramaturgie. Les Actes des Gilets Jaunes se suivent sans se ressembler. Le 2 février (Acte XII) devrait être marqué par un « Hommage national pour les victimes ». A Paris, après un temps de parole, les blessés ouvriront la marche. Pendant la manifestation, une pause aura lieu pour demander l’interdiction des armes type Flashball, LBD 40, etc. Il est demandé aux manifestants de bien vouloir venir en se mettant des pansements sur l’œil, des bandages, de mettre du rouge sur les gilets jaunes en guise de sang..

« Alors même que manifester est un droit de tout citoyen français, alors même que les manifestations sont déclarées, partout en France, à Paris comme dans chaque ville de province, le gouvernement d’Emmanuel Manon exerce sur le mouvement des GJ une répression policière d’une violence extrême, font valoir les organisateurs. Les armes utilisées par les forces de l’ordre contre les manifestants sont des flashballs, LBD 40, GLI F4, grenades GMD de désencerclement. »

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » ajoutent-ils. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires 1

Abus individuels

Et les organisateurs de « demander instamment à Emmanuel Macron de cesser la répression de l’expression citoyenne et légale des Gilets Jaunes et l’utilisation des armes de type flashball LBD 40, Gli F4. grenades GMD de désencerclement. »

C’est dans ce contexte que le Conseil d’Etat devrait trancher quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie du « Lanceur de Balle de Défense » (LBD). La plus haute juridiction administrative française vient d’être saisie de cette question  et rendra sa décision avant les manifestations du 2 février. « La section du contentieux, présidée par Edmond Honorat, devait examiner trois affaires distinctes : deux recours contre des décisions rendues par les tribunaux administratifs de Montpellier et de Paris et un référé liberté formé par la CGT, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, et soutenu par la Ligue des droits de l’homme et le Défenseur des droits » précise Le Monde (Nicolas Chapuis).

Pour les avocats des requérants il y là une « urgence extrême » puisque cet outil est, pour résumer, incompatible avec le droit fondamental de manifester sans risque pour son intégrité physique. La preuve par les chiffres : « 350 signalements de blessures », dont « 159 blessés à la tête ».  Question de fond : ces blessures sont-elle la conséquence d’un mauvais usage du LDB ou sont-elles consubstantielles à cet outil dans de telles circonstances  d’ « émeutes urbaines »?

Pour le ministère de l’Intérieur les choses sont claires : les « utilisations abusives individuelles » ne justifient pas la suppression de cet outil policier et relèvent « d’une enquête pénale ». Et ce ministère de préciser qu’il y avait eu 9 228 cas d’utilisation du LBD pour 111 signalements, soit « 9 117 tirs sans enquête judiciaire ». On peut, aussi, faire le calcul inverse. Que dira le Conseil d’Etat ?

A demain

@jynau

1 Une nouvelle vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC « Quotidien » et le rapport d’un policier publié par Le Parisien relancent l’hypothèse d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, samedi 26 janvier, place de la Bastille à Paris. Hospitalisé après avoir été touché à l’œil droit lors de l’acte XI de la mobilisation des « gilets jaunes », M. Rodrigues, une figure du mouvement, assure avoir été atteint par un tir de grenade et un autre de LBD.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par M. Rodrigues : le 27 janvier le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, avait affirmé ne pas disposer d’éléments attestant cette théorie, tout en appelant à être « prudent » et en ajoutant que dix-huit tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

 

Vaccination: quelle sanction pour un homéopathe signant un faux certificat de contre-indication ?

Bonjour

C’est une histoire pour le Grand Débat National. Un fait divers édifiant, au croisement du médical et du politique.

Un médecin homéopathe exerçant à Angers vient d’être condamné par le Conseil départemental du Maine-et-Loire de l’Ordre des médecins – information rapportée par Le Parisien. Il était reproché au Dr François Beaudoin d’avoir, en février 2017, délivré un «certificat de complaisance» de «contre-indication» à la vaccination. Ce certificat avait été signé à la demande des parents, pour que leur enfant de deux ans puisse être admis à la crèche. On peut voir là une conséquence directe des nouvelles obligations vaccinales voulues et imposées par le gouvernement 1.

« Le certificat a été découvert par un médecin du CHU d’Angers, où était prise en charge la petite sœur de l’enfant, expliqua Le Figaro. Cette dernière, née prématurément, avait contracté la coqueluche par l’intermédiaire de l’enfant qui n’était pas vacciné. La coqueluche fait en effet partie des onze maladies contre lesquelles les parents ont l’obligation de faire vacciner leurs enfants nés depuis le 1er janvier 2018. Le médecin du CHU a alors signalé ce manquement auprès du conseil de l’Ordre. »

Le médecin homéopathe, âgé de 65 ans, a expliqué avoir été «poussé» par les parents à délivrer le certificat, et a précisé qu’il signait «en général peu de certificats de ce type». Il n’avait jusqu’alors jamais été sanctionné pour de tels actes. Pour se défendre il a fait valoir «le problème de la très difficile gestion des parents hostiles à la vaccination précoce de leurs enfants». La mère du petit garçon aurait ainsi expliqué que son enfant était sujet à des otites et des poussées d’eczéma pour convaincre le médecin de ne pas le vacciner.

La chambre disciplinaire du conseil de l’Ordre a quant à elle estimé que ce confrère avait «fait courir un risque injustifié à l’enfant et à son entourage» et qu’il avait «manqué à son obligation déontologique de vigilance sanitaire».  «Aujourd’hui, un médecin ne peut s’opposer à la vaccination sans motif prouvé scientifiquement», a rappelé le Dr Charles Rouessé, membre du conseil de l’Ordre du Maine-et-Loire.

Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault) ajoute que l’institution ordinale s’est saisie de cette affaire pour alerter la profession sur les dangers des certificats de « complaisance » en matière vaccinale.  Après le premier signalement, le conseil du Maine-et-Loire avait adressé un premier courriel à tous les généralistes et pédiatres du département pour leur rappeler, certes, leur droit de faire appel à leur clause de conscience pour refuser de vacciner un enfant, mais à condition seulement de transférer le patient vers un confrère.

Chasse aux sorcières

Mais au vu de l’ampleur médiatique prise par cette affaire, l’Ordre a jugé nécessaire d’adresser une mise en garde à tous les directeurs de crèche l’information suivante :

« Le conseil de l’Ordre lutte contre les certificats de complaisance de contre-indication médicale à la vaccination. Ainsi, en cas de certificat médical de contre-indication à la vaccination pour un enfant accueilli dans votre Etablissement d’accueil des jeunes enfants, il est nécessaire d’en informer le médecin de votre structure ou, à défaut, le médecin de PMI de votre secteur pour suites à donner. »

 « Il faut battre en brèche le refus de la vaccination, a déclaré au Quotidien le Dr Luc Fouché, président du conseil de l’Ordre du Maine-et-Loire et généraliste à Seiches-sur-le-Loir.C’est notre conviction générale !  Le médecin peut avoir ses convictions mais il doit respecter la loi. » Selon lui les praticiens délivrant des certificats de contre-indication à la vaccination doivent se protéger. « Le certificat d’un généraliste seul ne suffit pas, il faut s’entourer d’un service hospitalier d’allergologie, d’immunologie ou de pédiatrie pour prouver qu’il y a une contre-indication, souligne-t-il. Nous ne menons pas une chasse aux sorcières, mais les médecins doivent prendre conscience de leurs actes. »

A Angers le praticien fautif a été condamné six mois d’interdiction d’exercer dont quatre avec sursis. Une peine qui devra être exécutée à compter du 1er mars.

A demain

@jynau

1 Information officielle destinée aux parents:

« Pour que votre enfant soit admis en crèche ou dans les autres collectivités d’enfants (école, centre de loisirs, colonie, garde par une assistante maternelle…), vous devez présenter les pages vaccination du carnet de santé (fournir une photocopie) ou un document signé par un professionnel de santé autorisé à pratiquer les vaccinations et attestant de la réalisation des vaccinations obligatoires en fonction de l’âge de votre enfant.

 Si l’enfant n’est pas à jour de ses vaccinations obligatoires, seule une admission provisoire est possible en crèche, chez une assistante maternelle ou à l’école. Les parents ont alors trois mois pour régulariser la situation en fonction du calendrier des vaccinations. Si les vaccinations ne sont pas pratiquées dans ce délai, l’enfant ne pourra pas être maintenu en collectivité.

 Pour les enfants nés avant le 1er janvier 2018, seules les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont exigées pour leur entrée en collectivité. Toutefois, toutes les autres vaccinations du calendrier vaccinal sont indispensables pour protéger ces enfants des maladies infectieuses évitables par la vaccination. Pour en savoir plus consulter le site vaccination-info-service »

« Trois nouveaux cas » : l’affaire désormais sans fin, dans les médias, des bébés nés sans bras

Bonjour

Cette fois l’information est à découvrir en exclusivité dans Le Parisien : « Bébés nés sans bras : une nouvelle affaire dans les Bouches-du-Rhône » (Marc Payet avec E.M.).  Où l’on apprend l’existence de « trois nouveaux cas »  de « bébés sans bras ». Où l’on retrouve aussi Emmanuelle Amar, « lanceuse d’alerte » fortement médiatisée dont l’action et les démêlés avec les autorités sanitaires sont au cœur de cette nouvelle affaire sanitaire.

« Selon nos informations, il s’agit bien ‘’d’un cas groupé’’, encore appelé cluster. En effet, la survenue de trois malformations de ce type dites « agénésie transverse des membres supérieurs » (ATMS), à quelques kilomètres de distance, et en peu de temps, est supérieure statistiquement à ce qui devrait survenir, selon les données de la littérature scientifique, explique Le Parisien. Ce que confirme Emmanuelle Amar, la première à avoir révélé l’affaire des bébés sans bras dans l’Ain, grâce à une enquête du Registre d’étude des malformations en Rhône-Alpes (Remera) dont elle est la directrice. Il s’agit de trois petites filles, nées en juin, août, novembre 2016, dans un rayon de 30 km autour de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) à Salon de Provence, Septèmes-les-Vallons, à Gignac-la-Nerthe ».

Point notable : ce sont les familles elles-mêmes qui ont lancé l’alerte. « Les données ont été transmises à Santé Publique France », explique Emmanuelle Amar. Interrogé par Le Parisien dans la soirée du 20 janvier le ministère de la Santé explique que « de la même manière que des enquêtes ont été diligentées dans L’Ain, le Morbihan et en Loire-Atlantique, tous les nouveaux clusters doivent être investigués sur la base d’informations concordantes, suivant une méthodologie précise, et permettant d’en tirer des conclusions scientifiques ». Et d’assurer au quotidien qu’Agnès Buzyn  suit de « près le dossier » et insiste sur « l’accompagnement des familles ».

Etang de Berre et Yannick Jadot.

 Autre point notable : dans les Bouches-du-Rhône, les parents des trois enfants vivent tous à proximité de sites industriels polluants et pollués. « J’ai regardé les dossiers. Effectivement, les cas apparaissent autour de l’Etang de Berre, dans une zone qui est connue pour être très polluée, avec des risques pour la santé. Cela mérite une enquête plus approfondie pour comprendre ce qui s’est passé », explique le Dr Annie Lévy-Mozziconacci, généticienne, responsable du centre de médecine fœtale de l’hôpital-Nord, et conseillère municipale PS à Marseille. Pour l’heure, en toute rigueur et n’en déplaise à l’écologiste Yannick Jadot aucun lien de causalité n’a été démontré.

Dernier point à souligner, en dépit du suivi rapproché du dossier parAgnès Buzyn : le retard pris par les autorités sanitaires. Une enquête nationale a été lancée par les autorités sanitaires, dont les premières conclusions doivent être divulguées fin janvier. Mais selon les informations du Parisien, alors que plusieurs médecins épidémiologistes de Sante Publique France tentent de déterminer, département par département, combien de « bébés sans bras » naissent chaque année  le « Comité scientifique » et le « Comité d’orientation et d’information » annoncés le 29 octobre 2018 n’ont toujours pas été constitués.

Que conclure ? On peut, pour saisir la complexité du sujet, se reporter à la publication signée, dans Le Revue du Praticien 1, par l’épidémiologiste Catherine Hill connue pour sa liberté d’expression et ses engagements citoyens au service de la santé publique. Mme Hill s’est notamment penchée sur les données du réseau européen de surveillance des anomalies congénitales « Eurocat » qui  rassemble les données de cinquante-et-un registres couvrant 1,7 million de naissances par an.

« Au total, 165 clusters ont été identifiés dans Eurocat, sans qu’aucune cause n’ait jamais été identifiée, résume-t-elle en reprenant les conclusions d’une publication spécialisée 2.  Les auteurs recommandent que la stratégie des autorités vis-à-vis de ces clusters soit proactive et transparente plutôt que d’attendre pour réagir et faire des investigations que des clusters soient identifiés par le public et les médias. Les autorités françaises ont fait exactement le contraire. »

Il reste encore à comprendre pourquoi.

A demain

@jynau

1 Hill C.  Agrégation dans le temps et dans l’espace de naissances d’enfants sans avant-bras. La Revue du Praticien 2018 ;68.

2 Dolk H, Loane M, Teljeur C, et al. Detection and investigation of temporal clusters of congenital anomaly in Europe : seven years of experience of the EUROCAT surveillance system. Eur J Epidemiol 2015;30:1153-64.

 

 

 

 

 

Que dira Agnès Buzyn aux médecins dénonçant les malades mentaux laissés sans soins ?

Bonjour

Les temps changent. Après Libération voici que Le Parisien se porte lui aussi au chevet de la psychiatrie, grande malade depuis longtemps oubliée sur un brancard dans l’immense salle des urgence nationale 1. Cela donne « Des psychiatres s’alarment : pourquoi tant de ‘’fous’’ dans nos rues ? » (Elsa Mari).

Où l’on apprend qu’une centaine de psychiatres viennent de signer une lettre mandée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en explique dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

L’éponge lancée au malade en train de se noyer

On se souvient qu’au départ l’idée était vertueuse : permettre à ces personnes d’avoir une vie normale, de les soigner en ambulatoire, faire qu’elles dorment chez elles et consultent à l’hôpital en journée. « Mais il n’y a pas eu assez de moyens pour compenser la fermeture des lits, trop importante pour faire des économies, accuse le Pr Pelissolo. Par exemple, rares sont les soignants qui se déplacent à domicile quand un malade est en crise, il n’y a pas assez d’assistance. »

« Mon service est, comme les autres, en grande difficulté. On a 100 places d’hospitalisation pour, en moyenne, 110 patients. Résultat, on doit aménager des chambres à trois au lieu de deux, sans armoire, ni table de chevet. On a donc tendance à garder moins longtemps les malades qui auraient, pourtant, besoin de rester chez nous. Certains, toujours en crise, continuent d’errer dans les rues, et mêmes sur les routes, d’autres, des sans-abri, n’ont simplement pas de domicile. C’est inadmissible. Jamais vous ne verrez ça ailleurs, jamais on ne laisserait un patient, opéré à cœur ouvert, quitter l’hôpital le lendemain de son intervention. »

Un nombre croissant de soignants sont épuisés, résignés. Les arrêts maladie se multiplient et quand il reste suffisamment d’énergie on a recours à la grève et aux médias.

La lettre mandée à Agnès Buzyn a été signée par plus de 100 psychiatres dont beaucoup de chefs de service. Ils évoquent le problème des budgets, censés être réservés à la psychiatrie mais trop souvent utilisés souvent pour d’autres soins. Ils réclament que les Agences Régionales de Santé vérifient ainsi les comptes des hôpitaux et leur demandent comment ils dépensent cette enveloppe. La ministre des Solidarités et de la Santé a récemment annoncé une rallonge de 50 millions d’euros. « Cinquante millions d’euros pour un système en perdition, pfff… c’est jeter une éponge à une personne en train de se noyer » commente l’un de nos fidèles correspondants.

Qui sait où sont les maîtres-nageurs sauveteurs ?

A demain

@jynau

1 On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.

 

« Méditation orgasmique » : un spécialiste de gynécologie peut-il la pratiquer sans risque ?

Bonjour

C’est une affaire révélée par Le Parisien (Cécile Beaulieu) et reprise par Le Quotidien du Médecin (Marie Foult). Où l’on découvre l’histoire d’une jeune femme (aujourd’hui âgée de 26 ans) qui, en avril 2016, se rendit « en confiance à une consultation gynécologique, chez un praticien, qui a pignon sur rue dans le nord de la capitale ». La jeune fille connaît de longue date le médecin, qui est un ami de sa famille. « Pourtant, l’examen va tourner au cauchemar, au point que Marie, douloureusement éprouvée, est toujours suivie par un psychologue » explique Le Parisien.

 Cette unique consultation avait pourtant débuté de manière tout à fait classique. Mais, rapidement, le praticien délaisse toutes considérations médicales pour proposer à sa jeune patiente une séance de ‘’méditation orgasmique’’. Obscur concept, qui laisse Marie sans voix et se traduit par des attouchements sexuels particulièrement poussés. A tel point, qu’une information judiciaire pour viol avait été ouverte, avant que les faits ne soient requalifiés. La consultation, ce jour-là, dure beaucoup plus longtemps qu’un examen traditionnel, et n’est finalement interrompue que grâce à l’arrivée d’une patiente (…) Le gynécologue  propose à la jeune fille de ne pas payer la consultation, ce qu’elle refuse, et le lendemain, lui envoie un message d’excuses qui signe son acte. »

 Me Agnès Lowenstein, l’une des conseils de la jeune femme : « Elle était dans un état de sidération totale. Elle n’a pas pu s’opposer au médecin. Mais dès qu’elle est sortie du cabinet, elle a immédiatement averti sa mère que des choses très graves venaient de se dérouler, et a porté plainte. Elle s’est trouvée sous le joug d’une double emprise : celle du médecin, dans le cadre d’une consultation et celle de l’homme qu’elle connaît depuis son enfance ».

Le médecin, aujourd’hui âgé de 70 ans, nie les accusations, réfute les expertises, demande le soutien de confrères et de patientes qui louent ses qualités professionnelles. L’homme encourt sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Il devrait, au-delà du pénal, être convoqué devant le conseil disciplinaire de l’Ordre des médecins.

A demain

@jynau

Noël : 2,4 millions d’euros sont annoncés sous les huit sapins des Samu d’Ile-de-France

Bonjour

Veille de Noël 2018. Et résurgence du « rapport de force ». D’un côté un pouvoir exécutif à la peine pour concrétiser les promesses présidentielles faites aux Gilets Jaunes. De l’autre l’émergence de nouvelles demandes – avec risque massif de diffusion épidémique. Après les policiers, les urgentistes. Avec grève illimitée annoncée.

C’est à lire dans Le Parisien (Gwenael Bourdon) :  « Seine-Saint-Denis : grève annoncée au Samu, une réunion est prévue ce lundi ».  Et, une nouvelle fois, une grève « médicale » où il ne s’agit pas de réclamer une « augmentation du pouvoir d’achat » : les assistants de régulation médicale réclament des moyens pour répondre correctement aux patients. De l’argent pour remplir sa mission.

« Deux réunions de négociations et les coups de fil un brin pressants de responsables de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) aux responsables syndicaux n’y ont rien fait. Les agents de régulation médicale (ARM) du Samu de Seine-Saint-Denis devraient se mettre en grève illimitée à partir de ce lundi, exigeant des créations de postes. Cette mobilisation est la première depuis la fin des années 1990. Les ‘’standardistes’’ du numéro d’urgence médicale estiment ne plus pouvoir travailler correctement. »

Rapport de force. Bien évidemment la « grève » sera symbolique : assignation du personnel par le directeur de l’hôpital Avicenne; les ARM continueront à décrocher le téléphone. Soutenus par les médecins urgentistes il réclament toujours 10 postes supplémentaires – pour répondre comme il convient aux appels des patients (plus de 600 000 par an, soit 230 000 dossiers médicaux). « On travaille quasiment tout le temps en service minimum. Les gens doivent attendre quatre à cinq minutes parfois avant qu’on prenne leur appel… alors qu’il y a des cas graves », expliquait la semaine dernière Raphaël Thimon, ARM depuis dix-huit ans à Bobigny et délégué syndical CGT. Le 21 décembre, seuls 27 % des appels étaient décrochés dans la minute, comme l’exigent les critères qualité du Samu.

Bras de fer et extension du mouvement

Et Le Parisien de préciser que tout ceci s’inscrit dans le bras de fer engagé avec la direction de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’Agence régionale de santé (ARS). Pour Christophe Prudhomme, délégué CGT, « il n’est pas exclu que le mouvement s’étende à d’autres Samu en Ile-de-France, qui sont confrontés aux mêmes difficultés ». Celui du Val-de-Marne vient de déposer un préavis de grève pour le 26 décembre.

Rapport de force. Après quels maigres réponses de l’AP-HP ( « un renfort de l’effectif pour la période hivernale » de trois postes, et la création d’une « équipe additionnelle de remplacement », en faisant appel à des étudiants en médecine) l’ARS vient d’annoncer un « soutien financier exceptionnel (2,4 millions d’euros) aux huit Samu d’Ile-de-France pour desserrer la contrainte sur les effectifs et faire face à l’activité soutenue de cette période de fin d’année ».

Aurélien Rousseau, directeur général de l’ARS d’Ile-de-France a déclaré à l’AFP qu’il allait « débloquer une enveloppe exceptionnelle de soutien à chacun des Samu d’IDF de 300 000 euros, ce qui fait 2,4 millions à l’échelle régionale. » Cette somme, « débloquée sur des crédits propres à l’agence », sera versée « la première semaine de janvier ».

Et M. Rousseau de s’engager sur la voie escarpée du mea culpa : il reconnaît des difficultés de recrutement, un turnover très élevé dans certains Samu, « comme à Paris et en Seine-Saint-Denis », ainsi qu’un « nombre d’appels qui augmentent, par exemple à Paris avec les Gilets Jaunes ». Il constate également de « vraies disparités d’activité et d’indicateurs de résultats entre les différents Samu », estimant qu’il y a un « travail de fond à faire sur l’organisation ».

Et au gouvernement ? Dans Le Journal du Dimanche, Edouard Philippe, Premier ministre se confie et menace : « Je prends des coups, je peux en donner. Agnès Buzyn s’exprime sur une pleine page. Elle boxe avec l’insoumis et de plus en plus dérangeant François Ruffin « M. Ruffin fait son show, depuis le début. Il utilise la politique comme une scène de spectacle. Et rien ne l’arrête pour exister ». La ministre des Solidarités et de la Santé ne perçoit « aucun problème » entre le chef de l’Etat et son Premier ministre. Et elle a ce mot, étrange : « Nous devons faire un effort supplémentaire pour écouter ».

Rapport de force.

A demain

@jynau