Homéopathie et politique : la contre-attaque de l’industrie, le grand embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

On ne rit plus. « Dérembourser les médicaments homéopathiques ? C’est menacer directement un millier d’emploi ! ». Tel était, hier, le message délivré, sur  RTL et depuis Lyon, par la patronne des Laboratoires Boiron. Message à l’adresse des auditeurs de-la-première-radio-de-France, mais aussi à celle d’Agnès Buzyn, du gouvernement et du président de la République.

On n’entendait guère, jusqu’ici, cette industrie dans les médias. Il y a un an, elle était encore soutenue, de fait,  par Agnès Buzyn, ancienne hospitalo-universitaire 1. Puis, soudain, les vents ont tourné. Sa cote a baissé. Les attaques redoublées et médiatisée des rationalistes, la résurgence d’un front « anti », la montée en puissance des Académies de médecine et de pharmacie ont bouleversé la donne. Homéopathie nouvelle sidérurgie ?

Avant de bouter la bouter hors de la Faculté, tout s’est cristallisé sur la question du remboursement : en finir avec ce statut dérogatoire. Repousser dans l’ombre cette pratique née à la fin du XVIIIe siècle avec Samuel Hahnemann et ses trois préceptes: celui des «similitudes» (soigner le mal par le mal) et ceux des «hautes dilutions» et de leur «dynamisation». Tourner une page ouverte il y a trente-cinq ans, avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix. Alors ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius, elle obtenait de faire rembourser à 65% nombre de spécialités homéopathiques n’ayant jamais fait la preuve de leur efficacité.

Avril 2019 : la Haute Autorité de Santé (HAS) se prononcera avant l’été sur la question sans fond de « l’efficacité » des spécialités homéopathiques. Evaluation des risques en somme. Puis il faudra gérer les risques et c’est bien le politique qui devra trancher. Et après bien des atermoiements Agnès Buzyn s’est médiatiquement engagée : en l’absence d’efficacité ces spécialités seront déremboursées.

C’était compter sans la résilience de la partie adverse. On assiste ainsi au début d’une vaste contre-attaque réunissant dix-huit acteurs du secteur (fabricants, syndicats, organisations professionnelles), comme le révèle Le Parisien (Florence Méréo). Le quotidien y donne la parole à Valérie Poinsot, directrice générale de Boiron, « leader français et mondial de l’homéopathie ».  Un site internet (MonHomeoMonChoix.fr) avec une pétition en ligne et un numéro gratuit permettra de recueillir les signatures des partisans. Des affiches sont distribuées aux médecins, pharmaciens, sages-femmes avec notamment un slogan- menace : « et si on respectait le choix des Français», qui seraient 56% à avoir déjà utilisé ce procédé thérapeutique.

Trente-cinq kilogrammes de documents

Valérie Poinsot explique avoir envoyé à la HAS un dossier de 35 kg de documents prenant la défense de l’homéopathie.

«  Nous sommes habitués à ce genre de pratique et de pression. Ce n’est pas leur première fois ! Moi, je vois là des Académies en total décalage avec la réalité du soin et avec les praticiens qui exercent au quotidien. Nous avons d’un côté, un professionnel sur deux qui considère comme bénéfique l’effet de l’homéopathie sur ses patients. Et de l’autre, des académiciens, qui ne sont pas au chevet du malade, mais qui se prononcent contre. »

« Ce n’est pas l’évaluation par la HAS qui nous gêne, mais la non-prise en compte de notre spécificité. La HAS évalue le service médical rendu d’un médicament par rapport à une indication et à une posologie. Or, l’homéopathie n’a pas une indication thérapeutique, mais plusieurs, en fonction de la maladie. Prenez Nux Vomica, un de nos produits phare : on peut l’utiliser pour faciliter la digestion. Mais avec une dilution différente, il est aussi utile contre la migraine ou les troubles du sommeil. Les critères doivent tenir compte de cela, sinon l’étude sera biaisée. »

Et la directrice générale de Boiron de faire de la politique expliquant qu’une partie de ceux qui consomment ses produits « ont un faible pouvoir d’achat ». « Le remboursement à hauteur de 30 % permet aussi aux mutuelles de compléter la prise en charge. Cela ne sera plus le cas s’il y a déremboursement, dit-elle encore au Parisien. Et surtout parce que dérembourser est un non-sens sur le plan de la santé publique. Les études (NDLR : financées par le laboratoire) montrent que les patients sous homéopathie consomment moins d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires sans être moins bien soignés ». Campagne ou lobbying ? « Appelez cela comme vous voulez : pour les dix-huit acteurs de cette campagne, il s’agit de se mobiliser pour donner la parole aux Français. Ils sont les premiers concernés et ceux que l’on a le moins entendus ! »

Politiquement explosif

 Libération (Eric Favereau) a interrogé le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue à l’université de Bordeaux qui « travaille depuis plus de trente ans sur l’utilisation des médicaments, leur intérêt et leurs risques ». « L’emballement actuel contre l’homéopathie ? Il surprend ce spécialiste.

«  Il y a régulièrement des vagues de critiques, mais j’ai rarement assisté à des flots de prises de position incessantes venant d’associations aussi variées, savantes ou pas savantes. Et je m’interroge sur les raisons qui poussent tant de personnes éminentes à se mobiliser sur quelque chose qui n’est quand même franchement pas majeur. Pour moi, nous sommes encore une fois dans un combat entre la règle et la raison. Chaque fois que la règle s’impose à la raison, nous allons au-devant de problèmes.

« On ne peut pas dire que ceux qui réclament le déremboursement ont tort. Ils se situent dans la règle et il n’y a sans doute pas d’études convaincantes. Donc, on applique le règlement commun : on dérembourse. Mais en écho, la raison interroge : est-ce là une décision essentielle, concernant la politique des médicaments en France ? Quand je vois les prises de position sans appel de nombre de sociétés savantes, j’aimerais les entendre prendre position, par exemple, sur le mésusage des médicaments (par excès et par défaut) dont le coût pour la collectivité française est estimé à 10 milliards d’euros par an, ce qui est quand même considérablement plus que les quelque 100 millions d’euros de l’homéopathie. Surtout quand on pense aux conséquences graves et massives de ce mésusage pour les Français. Mais là, c’est plutôt un lourd silence qui prévaut (…)

 « Je suis pragmatique, je respecte la règle, mais je suis pour la raison. Il y a plus de 10 millions de gens qui achètent de l’homéopathie. Que vont-ils faire si le remboursement s’arrête ? Vont-ils continuer ? Vont-ils aller vers d’autres pratiques médicales parallèles, pour certaines inquiétantes ? Ou vers des médicaments classiques mais remboursés, et là n’y a-t-il pas un risque ? Il faudra se poser ces questions. Et si on dérembourse, on ne pourra plus éviter un grand débat sur l’ensemble des médicaments. »

Où l’on voit, Grand Débat ou pas, que le déremboursement des médicament homéopathiques est, d’ores et déjà, un dossier politiquement explosif.

A demain

@jynau

1 « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin. Après de longs atermoiements, Agnès Buzyn devrait prochainement décider du déremboursement des médicaments homéopathiques. » Slate.fr, 4 avril 2019

 

 

 

Wanted généraliste ; 8000 euros brut ; semaines de 35 heures ; Marolles-les-Braults (Sarthe)

Bonjour

Du bel argent sonnant, du bel argent municipal irriguant les sables du désert médical. Le sujet prend de nouvelles dimensions dans les territoires. Symptôme signifiant : Marolles-les-Braults – une histoire rapportée par  Le Parisien. Une affaire déjà traitée par Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy). Un cas sur lequel bien des cerveaux ministériels parisiens affûtés devraient, en urgence, se pencher.

Marolles-les-Braults ? Marolles-les-Braults (Sarthe). A un jet de diesel de Rouperroux-le-Coquet (27,34 habitants par km²). A mi-chemin des cités d’Alençon et du Mans

« Le climat de Marolles-Les-Braults est un climat océanique dégradé. On dénombre en moyenne 53 jours par an avec du gel. La durée totale moyenne d’insolation est de 1 824 heures par an. La durée totale d’insolation atteint en moyenne 248 heures en juillet contre seulement 57 heures en décembre. Comme le reste de la France proche de la façade atlantique c’est en hiver que les précipitations sont les plus abondantes. »

Environ deux mille habitants. Plaine calcaire parcourue par de petites rivières. Lieux-dits : Auberthe, la Basse-Judée, la Blancherie, la Fouasterie, la Guittonnerié, la Mare, le Buisson, le Noyer, les Fossés-Robert, le Val, Saint-Symphorien, Villenette, Moulin du pont d’Effes (orig. d’Effres), la Grande Rage, le Parc Brulé, la Veidière, le Parc-Bouvet, la Houlebannerie,

Le taureau et ses cornes

« Au cœur de la Sarthe Marolles-les-Braults met le paquet pour trouver deux médecins généralistes. Elle propose d’embaucher deux praticiens avec un salaire mensuel entre 7 000 euros et 8 000 brut par mois, pour une durée de travail hebdomadaire de 35 heures, rapporte Le Quotidien du Médecin. Pour Jean-Michel Lefèbvre, maire (DVD) de la commune, cette solution est devenue une ‘’nécessité’’. Sur les trois médecins généralistes qui exercent actuellement dans la ville, deux vont partir travailler ailleurs en tant que médecins coordinateurs en EHPAD. Dans six mois, la commune se retrouvera ‘’bloquée’’ avec un seul médecin, âgé de 63 ans, pour assurer la prise en charge des patients du bassin qui compte environ 5 000 habitants. » L’édile :

« Il nous paraît difficile de trouver un médecin libéral. Pour attirer les candidats, la mairie va créer un centre de santé et proposer un salaire attractif à deux médecins. 7 000 euros, c’est le salaire d’un cadre supérieur dans le privé. Je ne vois pas pour quelles raisons les personnes qui ont fait plus de dix ans d’études ne puissent pas avoir de tel salaire ».

Certes 1. Mais comment Marolles-les-Braults pourra-t-elle faire face à une telle dépense ? Le maire a calculé. . Chaque médecin, du fait même de son activité au sein du centre, devrait générer les ressources suffisantes – « 14 000 euros par mois à raison de quatre consultations par heure, soit 100 euros de l’heure et 3 500 euros par semaine ». « Si on paie le médecin entre 7 000 euros et 8 000 euros, il restera très peu à la charge de la commune, à condition bien entendu que les médecins jouent le jeu des quatre consultations par heure ».

Une telle initiative se nomme, entre Sarthe et Orne,  « prendre le taureau par les cornes ».  « On préfère avoir moins de jardiniers pour pouvoir embaucher des médecins » confie-t-il encore le maire. Où l’on voit, derrière les massifs, pointer la logique des nouveaux déserts.

A demain

@jynau

1 La Caisse autonome de retraite des médecins de France précise qu’en 2016 un généraliste libéral, travaillant « plus de 50 heures par semaine », gagnait « en moyenne » 6 351 euros mensuels » en 2016. On ne connaît pas, pour la même année, les gains d’un « cadre supérieur dans le privé ».

Rififi dans les logos nutritionnels : Paris s’en laissera-t-il compter par Coca Cola & C° ?

 

Bonjour

La guerre des étiquettes nutritionnelles est bel et bien ouverte. Début mars six géants mondiaux de l’agro-alimentaire (The Coca-Cola Company, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsico et Unilever) annonçaient qu’ils avaient unilatéralement décidé de mettre en place leur propre système « d’étiquetage nutritionnel simplifié » dans l’ensemble de l’Union européenne. C’était là une manœuvre de type féodal : il revient au seigneur- producteur de rédiger le message codé sur le contenu destiné à l’acheteur-consommateur. La puissance publique ne saurait avoir ici un droit à agir.

Or on sait qu’en France les autorités sanitaires ne sont pas dans cette dynamique du laisser-faire. Après bien des atermoiements (et en dépit d’une série de polémiques intestines) des études originales ont été lancées sous l’égide de la Direction Générale de la Santé. Les résultats viennent d’être rendus publics par Marisol Touraine. Résumons-les.

Achats en conditions réelles

Il y a d’abord eu une étude sur le choix du « système d’étiquetage nutritionnel » le plus adapté : soixante supermarchés situés dans quatre régions de France ont participé pendant dix semaines à l’évaluation comparative de quatre systèmes d’étiquetage nutritionnel simplifié. Le tout « en conditions réelles d’achat ». Conclusion officielle : « l’évaluation confirme le succès de cette étude inédite : l’intérêt de l’étiquetage nutritionnel est démontré pour la 1ère fois ». Comprendre que les systèmes d’étiquetage nutritionnel simplifié (« Nutri-Couleurs », « Nutri-score » et « SENS ») sont bien susceptibles d’entraîner des modifications dans les comportements d’achat des consommateurs.

Comprendre aussi que pour ce qui est de l’efficacité la palme revient au système « Nutri-Score » (ou « 5 C »).  « Cet avantage de ‘’Nutri-score’’ est plus marqué encore lorsqu’on observe spécifiquement le comportement des consommateurs qui achètent les produits les moins chers, explique le ministère de la Santé. Au regard de l’ensemble de l’étude, ‘’Nutri-Score’’ apparaît donc comme le système le plus efficace ».

Agro-alimentaire-publicitaire

Ce n’est pas tout : une seconde étude a été menée du 21 novembre au 12 décembre 2016 pour mesurer l’impact de plusieurs systèmes d’étiquetage nutritionnels à travers une méthode expérimentale en laboratoire. 809 participants ont alors testé cinq systèmes d’étiquetage. Et là encore « les résultats confirment l’impact des systèmes testés sur les achats des consommateurs ». Là encore « ils confirment également l’efficacité du système Nutri-score, tout particulièrement sur le tiers des consommateurs ayant les revenus les plus faibles ».

Et maintenant ? C’est là que tout se complique. « Ces résultats permettront le choix du logo qui sera recommandé aux entreprises de l’agroalimentaire et aux distributeurs, explique Marisol Touraine. Le Ministère s’appuiera sur ce rapport pour finaliser le cahier des charges qui sera adressé à l’ANSES pour avis. L’arrêté définissant le système d’étiquetage nutritionnel que les industriels pourront mettre en œuvre sera pris début avril. » Or on sait que, dans ce domaine, les industriels de l’agro-alimentaire-publicitaire disposent d’énergies et de relais qui peuvent être aux antipodes du sanitaire. La guerre, si l’on comprend bien, ne fait que commencer.

Pressions

Il faut aussi ajouter, point essentiel que cet étiquetage tenu pour modifier les comportements des acheteurs, sera facultatif: la réglementation européenne ne permettant pas de le rendre obligatoire, ce que regrette la ministre de la santé.

« Je compte sur la pression des consommateurs, qui demandent à être informés, pour que les industriels s’engagent dans cette voie », explique Marisol Touraine dans les colonnes du Parisien. Quelle sera le niveau de cette pression ? Dépassera-t-elle les fontières de l’Hexagone ? Qui, de Coca ou de Paris, l’emportera ?

A demain

 

Martin Hirsch acceptera-t-il de partager le pain jeté de l’AP-HP avec les immigrés de la capitale ?

 

Bonjour

Martin, le légionnaire, partagea son manteau avant de devenir le Saint que l’on sait. Si l’histoire ne repasse pas les plats le partage demeure un invariant de la chrétienté. Fondée sur la charité et les soins offerts aux plus démunis l’Assistance Publique –Hôpitaux de Paris n’est jamais très loin du sujet. Ce dernier revient d’actualité avec l’initiative de Patrice, un agent de l’AP-HP qui œuvre bénévolement auprès très nombreux  immigrés – réfugiés de la capitale 1.

Patrice vient de lancer une pétition  pour demander  à Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP de redistribuer aux migrants de la capitale les repas non consommés dans les cantines des trente-sept établissements de l’institution.  Cette pétition est en ligne sur change.org : « Nourrir l’ensemble des réfugiés qui ont faim dans les rues de Paris ? Une solution simple! » :

« Chaque jour, de grands sacs poubelles, remplis de nourriture, sont purement et simplement jetés, le personnel fréquentant les différents self des hôpitaux de Paris et de sa banlieue n’ayant pas réussi à en venir à bout !

Alors qu’une loi est récemment passée concernant l‘obligation faîte à la grande distribution de ne pas jeter de nourriture (LOI n° 2016-138 du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire), peut-être serait-il temps d’arrêter ce comble d’indifférence insupportable à l’heure où le nombre de réfugiés sur Paris, démunis de tout, ne cesse d’augmenter ! On a faim aujourd’hui à Paris quand on est un réfugié de guerre ! Haut les coeurs ! »

Stop au gaspillage

Patrice  demande aujourd’hui à chacun de mobiliser ses réseaux et d’interpeller Martin Hirsch, actuel directeur général de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris pour qu’il demande l’arrêt de ce gaspillage – et l’organisation de tournées à destination des différents lieux qui en ont le plus besoin (Jaurès, etc.)

Il rappelle que Martin Hirsch, ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner, fut proche de l’Abbé Pierre et  président d‘Emmaüs France (de mai 2002 à mai 2007).  Il a aussi été  Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté (de mai 2007 à mars 2010) sous la présidence de Nicolas Sarkozy et l’autorité de François Fillon. Rappelons qu’il fut aussi, jusqu’en 2005, le premier directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA).

Cette initiative a été relayée par Le Parisien : « Les repas des hôpitaux redistribués aux migrants ? » (sur abonnement). Il ne reste plus que 8000 signatures à réunir pour que Martin Hirsch soit, officiellement, saisi du sujet. Rien n’interdit de penser qu’il le sera avant la rentrée.

A demain

1 Le Figaro de ce jour annonce qu’à Paris, le nombre des évacuations de migrants a atteint des niveaux records ces dernières semaines. «Ces opérations sont quasiment quotidiennes, afin d’empêcher que de nouveaux campements non autorisés se reforment, explique-t-on à la préfecture de police de Paris. Il s’agit d’éviter les problèmes d’ordre public et les nuisances pour les riverains. Depuis le début du mois, un peu plus de 2600 propositions de logement ont été faites sur ce secteur, au nord de Paris». Un «harcèlement en continu», dénoncent les collectifs d’aide aux exilés. Tandis que les habitants du quartier soupirent: «Ça n’a aucun intérêt. Ils reviennent de toute façon…». Le Figaro :

« Ce jeudi matin, une soixantaine de CRS bloquent l’accès de l’avenue de Flandre, dans le XIXe arrondissement. Derrière eux, une centaine de migrants attendent. Ils viennent d’Afghanistan, d’Érythrée ou du Soudan, principalement, et ont aménagé un campement de fortune sur le trottoir central. Des tentes, des matelas, quelques couvertures et plusieurs dizaines de morceaux de cartons jonchent le sol. Les collectifs de soutien assistent à la scène, impuissants. « C’est toujours pareil. Cela fait la septième fois depuis le 31 juillet que la police vide les lieux», s’insurge une jeune femme, membre du Comité de soutien des migrants de La Chapelle. Les migrants sont conduits à l’hôtel de police puis dirigés soit en centre de rétention administratif après un contrôle d’identité, soit relâchés. En même temps, les obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont distribuées. Le sac de couchage en main, ceux qui ont réussi à s’éloigner de la nasse observent la scène, qu’ils connaissent par cœur. »

Le procureur Jannier affirme qu’Adama Traoré avait fumé du cannabis avant sa mort

 

Bonjour

A qui se fier dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré ? Chaque jour un pavé, une contradiction, un doute. Toujours un peu plus éloigné de la manifestation de la vérité vraie. Pour autant, surtout, ne pas se lasser.

Hier, 10 août, le Parisien révélait  les conclusions de l’expertise toxicologique effectuée le 3 août sur le corps  d’Adama Traoré, 24 ans mort le 19 juillet dans le Val-d’Oise suite à son interpellation mouvementée par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise). Le jeune homme n’était, nous disait-on, ni sous l’emprise de la drogue ni sous celle de l’alcool » au moment de son arrestation.

Concentration sanguine élevée

Aujourd’hui 11 août, Yves Jannier, procureur de la République Pontoise, a affirmé que la victime, inhumée dimanche 7 août au Mali, avait consommé du cannabis, « moins de douze heures avant le décès », probablement « une à deux heures avant ». Le procureur  s’exprimait dans le cadre d’une instruction en cours au tribunal de grande instance de Pontoise. « L’expertise toxicologique faite à partir des prélèvements réalisés » lors de la première autopsie d’Adama Traoré conclut à la « présence de THC [tétrahydrocannabinol – principe actif du cannabis] à une concentration sanguine élevée ».

Le procureur contredit ainsi les informations communiquées à la presse par Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille d’Adama Traoré. Ce dernier avait en effet assuré que les analyses toxicologiques concluaient à  « une absence de médicaments et de stupéfiants, et également une absence d’alcool ».

THC et vomissures

Comment expliquer cette contradiction majeure ? Selon le procureur tout s’explique par le fait que deux expertises toxicologiques ont été effectuées sur le corps du jeune homme, mais qu’elles n’ont pas abouti au même résultat. L’une, réalisée à partir d’un scellé contenant « des vomissures » d’Adama Traoré, conclut à l’absence de médicaments, de stupéfiants et d’alcool. Mais la seconde, réalisée à partir de prélèvements (sanguins) sur le corps, conclut à une consommation de cannabis.

Après cette communication d’Yves Jannier, Me Bouzrou a réagi. Il a déclaré à l’AFP en précisant que ce second rapport d’expertise n’avait « pas été notifié aux parties »Interrogé par L’Express, il a ajouté : « Je suis très réservé à ce sujet. La dernière fois que le procureur a communiqué sur une expertise, il a donné de fausses informations », en évoquant les déclarations publiques d’Yves Jannier fin juillet, selon lesquelles l’autopsie d’Adama Traoré n’avait pas relevé de« traces de violence significative »  et ne mentionnant pas les « manifestations asphyxiques » décrites dans un rapport d’autopsie.

Manifestation de la vérité

D’après les deux rapports d’autopsie (consultés par différents médias) la mort du jeune homme trouverait son origine dans un « syndrome asphyxique aspécifique » (sic). Reste à trouver la cause première de cette mort par manque d’oxygène. Sont-ce les trois gendarmes provoquant une asphyxie positionnelle du fait de leur poids lors de l’intervention musclée ? Est-ce la décompensation subite, alors, d’une cardiomyopathie dont on ne sait (officiellement) rien, à commencer par son existence même. Que vient soudain faire le cannabis dans ce tableau ? Qui servira-t-il ?

Me Bouzrou affirmé avoir déposé, au nom de la famille, deux plaintes dénonçant l’attitude des forces de l’ordre pendant et après l’arrestation. L’une d’elles devait être adressée au procureur de Pontoise – qui dit n’avoir rien reçu. Combien, encore, de rebondissements ? A qui se fier ? A quand la manifestation de la vraie vérité ?

A demain

Pourquoi Adama Traoré est-il mort ? On attend désormais, du procureur, la vérité vraie

Bonjour

Cette fois ce sont des informations du Parisien. Ce quotidien révèle les conclusions de l’expertise toxicologique effectuée le 3 août sur le corps  d’Adama Traoré, 24 ans mort le 19 juillet dans le Val-d’Oise suite à son interpellation mouvementée par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise). Le jeune homme n’était sous l’emprise « ni de la drogue ni de l’alcool » au moment de son arrestation.

Pour l’heure, alors qu’une information judiciaire pour recherche des causes de la mort est en cours, l’origine de son décès n’a pas encore pu être définie. Les deux autopsies ont néanmoins évoqué une hypothèse diagnostique :  un « syndrome asphyxique » ou « asphyxie positionnelle » une cause de décès insuffisamment connue selon des médecins légistes suisses 1.

Responsabilité des gendarmes

Les révélations du Parisien sont importantes dans la mesure où elles permettent d’exclure un Excited delirium qui aurait, le cas échéant, pu minorer la responsabilité des gendarmes ayant procédé à l’interpellation :

« L’Excited delirium (ED) induit par la prise de substances psychotropes, notamment la cocaïne, est une entité bien connue et récemment actualisée (…). Il s’agit d’un état aigu d’excitation psychique et d’agitation physique qui augmente fortement les besoins en oxygène du corps, en particulier au niveau cardiaque. Plusieurs cas de décès subits ont été rapportés dans la littérature chez des individus ayant présenté un tableau typique d’ED. Le décès survenait après une arrestation policière mouvementée, suivie d’une immobilisation par différents moyens de contention physique. Cette immobilisation conduisait à une hypoventilation alvéolaire importante, dans un contexte d’hyperexcitabilité myocardique consécutive à une acidose respiratoire combinée à une libération massive de catécholamines. » 1

 Stupéfiants et alcoolisme

Mais ce n’est pas tout, loin s’en faut. Les conclusions de l’analyse toxicologique interrogent au regard du rapport réalisé le soir du drame par un médecin de l’unité médico-judiciaire (UMJ) de l’hôpital de Gonesse. « D’après le SMUR, Monsieur Traoré serait porteur d’une toxicomanie aux stupéfiants et d’un éthylisme chronique », peut-on lire notamment sur ce document. Or le rapport du SMUR n’a pas été communiqué à la justice. Contacté, Me Yassine Bouzrou, l’un des avocats de la famille Traore, s’indigne du contenu de ce certificat de l’UMJ. « Nous envisageons d’intenter des poursuites disciplinaires contre le médecin qui a rédigé ce rapport mensonger faisant état de la toxicomanie et de l’éthylisme d’Adama Traoré », menace Me Bouzrou.

Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise (dont le rôle dans cette affaire est amplement critiqué) a prévu de communiquer d’ici la fin de ce mois août. C’est peu dire qu’il est, chaque jour un peu plus, attendu.

A demain

 1 « Asphyxie positionnelle : une cause de décès insuffisamment connue » Bettina Schrag, Sébastien de Froidmont, Maria-del-Mar Lesta. Rev Med Suisse 2011;1511-1514.

Maternité d’Orthez : les incroyables failles du parcours médical franco-belge de l’anesthésiste qui souffrait d’alcoolisme

Bonjour

Tragique, absurde, inqualifiable. On se souvient de l’affaire de la maternité d’Orthez. Une anesthésiste âgée de 45 ans  été mise en examen le 2 octobre 2014 pour homicide involontaire aggravé trois jours après la mort d’une femme de 28 ans victime d’un « accident d’anesthésie ». Le parquet faisait alors savoir à la presse que l’anesthésiste avait un «problème d’alcool pathologique». Elle « n’aurait pas été en pleine possession de ses moyens » lorsqu’elle a procédé à l’anesthésie de la patiente alors en train d’accoucher par césarienne. L’affaire devait faire grand bruit, soulevant notamment une controverse quant à la nécessité de contrôles systématiques d’alcoolémie chez les membres du personnel soignant à l’entrée des blocs opératoires.

Six mois plus tôt

L’instruction devait rapidement confirmer la pathologie alcoolique dont souffrait la Dr Helga Wauters, médecin anesthésiste de nationalité belge. Un premier rapport psychiatrique avait conclu qu’elle était responsable pénalement et un second rapport en toxicologie livré début 2015 révélait qu’elle était « une consommatrice excessive et chronique d’alcool».

Le deuxième rapport de toxicologie, réalisé à partir d’analyses de cheveux de l’anesthésiste 1 indiquait «qu’au moins pendant les six derniers mois avant le prélèvement, effectué juste après les faits, Helga Wauters était une consommatrice excessive et chronique d’alcool ». «On savait qu’elle était dans un état d’ébriété lors de l’accouchement de la patiente, cela n’a rien de nouveau, avait déclaré l’avocat de la famille de la victime. Mais ce qui est plus choquant, c’est de savoir que bon nombre d’actes médicaux qu’elle a réalisés avant les faits l’ont été dans un état d’ébriété.»

Six ans auparavant

Un an plus tard de nouveaux éléments dans l’enquête viennent d’être révélés par  Le Parisien  (sur abonnement). Il apparaît ainsi que la pathologie alcoolique n’était pas récente. C’est en 2009, alors qu’elle travaillait  à l’Hôpital Bracops de Bruxelles, que la Dr Helga Wauters commence à s’intoxiquer. Point notable : c’est à sa demande qu’elle est hospitalisée pour une cure de sevrage dans un service de psychiatrie. Puis elle démissionne. Un de ses confrères signale qu’elle est « très déprimée et dans l’incapacité de travailler ». Quatre ans plus tard, le 19 février 2013, l’anesthésiste est licenciée du CHR Haute-Senne de Soignies (Belgique) pour « faute grave liée à l’éthylisme » lors d’une césarienne. Déjà.

Elle devient ensuite salariée, en août 2013, de la clinique belge Saint-Joseph Saint-Vith, avec une clause que Le Parisien qualifie d’ « inédite » : elle doit accepter de passer un éthylotest à tout moment. Elle sera à nouveau licenciée le 19 février 2014 : elle n’arrive pas à réaliser une péridurale et « son haleine sent l’alcool », dira le médecin-chef. Comme dans le bloc d’Orthez durant la césarienne. Ce sera la dernière étape de son parcours  professionnel en Belgique.

Incidents et dénonciation

La Dr Helga Wauters sera  embauchée par la clinique d’Orthez durant l’été 2014, dans des conditions et pour des raisons précises qui reste en partie à élucider. Il semble toutefois acquis que cet établissement a fait appel à un « cabinet de recrutement », qui a reçu la candidature de l’anesthésiste belge. Son dossier est ensuite examiné par le conseil départemental de l’Ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques. Ce dernier demande à l’Ordre des médecins belges un justificatif de ses diplômes et un extrait de son casier judiciaire. Or il semble acquis que les deux établissements hospitaliers dont elle a été licenciée n’ont pas signalé les raisons précises de ce licenciement à l’ordre des médecins belges : ils font valoir que « l’éthylisme et la dépression sont des maladies qui ne se dénoncent pas sur la base d’un incident ».

« Rien de suspect n’apparaissait dans son dossier. Elle a donc pu exercer », souligne dans Le Parisien le Dr André Deseur, le vice-président du Conseil national français de l’Ordre des médecins. « Il est inadmissible que l’on ait autorisé impunément cette anesthésiste à continuer d’exercer son métier malgré tous les signaux d’alerte graves » s’indigne pour sa part Me Philippe Courtois, l’avocat de la famille de la victime. La Dr Helga Wauters est en liberté sous contrôle judiciaire depuis décembre 2014.

Quelles pratiques en France ?

Le Conseil national de l’Ordre ne dit pas si, en France, les hôpitaux et cliniques privées doivent dénoncer l’éthylisme et la dépression des médecins qu’ils emploient. C’est là une précision qui mériterait d’être apportée. De même que l’Ordre devrait nous en dire plus sur la mesure « inédite » de l’alcootest imposé à volonté sur le lieu de travail d’un médecin qui ne fait pas mystère de sa pathologie alcoolique.

Dans l’attente des réponses ordinales on peut relire, sur Slate.fr la lettre éclairante, sinon prophétique, du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :   « Octobre 2030: lettre à un enfant dont la mère mourut à Orthez, le jour de sa naissance, d’un «accident d’anesthésie»

A demain

1  « On peut doser un marqueur de l’éthanol dans les cheveux : l’éthyl glucuronide présent au delà de 30 pg/mg dans les cheveux témoigne d’une consommation excessive d’alcool, en particulier pour une quantité supérieure à 60 gr par jour. Contrairement aux marqueurs sanguins classiques, VGM et GammaGT, l’éthyl glucuronide est très spécifique de l’alcool et n’est pas influencé par la prise de médicaments. Ces tests peuvent être utilisés pour mettre en évidence une consommation excessive d’alcool   mais pas une abstinence ou une consommation modérée »

(Dr Marie-Thérèse Giorgio extrait de  « Consommation d’alcool ou de stupéfiants : l’analyse des cheveux retrace l’histoire de l’addiction dans le temps ! »)