Déserts : à Laigneville (Oise) il est interdit de mourir à domicile (arrêté municipal)

 

Bonjour

Jusqu’où ne pas aller avec la symbolique des déserts ? Nous sommes dans celui de Laigneville, département de l’Oise. A mi-chemin de Paris et d’Amiens – sur une voie jadis empruntée par le jeune Emmanuel Macron. Entre quatre et cinq quatre mille habitants. Le maire se nomme Christophe Dietrich. Une affaire rapportée par Le Parisien.  

Sans étiquette le maire de Laigneville vient de prendre sa plume et de rédiger un arrêté : « Il est interdit aux Laignevillois de décéder en leur domicile ». Pourquoi en arriver à cette extrémité ? Pour, via les médias, « interpeller les pouvoirs publics ».

Il y a quelques jours, vers 7h30, Christophe Detrich est appelé : le corps sans vie de l’un de ses administrés, âgé de plus de 80 ans vient d’être découvert à son domicile. Impossible de trouver un médecin pouvant délivrer un certificat de décès. « Puisque les sapeurs-pompiers ont constaté des raideurs cadavériques, le Samu ne s’est pas déplacé, c’est normal » reconnaît l’élu, ancien pompier volontaire. Quant à la famille du défunt, elle ne pouvait pas être disponible avant le milieu de journée.

Le Parisien rappelle que la commune de Montataire avait connu un cas similaire en juin 2015. Il avait fallu attendre plus de cinq heures pour constater le décès d’un homme à son domicile. Depuis, rien n’a changé.

« Je me suis fait balader entre le Samu et l’Agence régionale de santé, peste M. Dietrich. Il a fallu cinq heures pour que cette ARS m’envoie une équipe du Smur de Clermont, dont ce n’est pas le boulot ». Pour sa part le Samu 60 explique avoir contacté quinze médecins, sans succès. Le maire, au Courrier picard :

« Vous imaginez les familles ?! La France devient un désert médical. À Laigneville, nous avons deux médecins. Tous deux partent en retraite et ne sont pour le moment pas remplacés. C’est un vrai problème de santé publique. M. Macron veut, en réponse, développer la télémédecine. Mais ce n’est pas ça qui réglera le genre de problème que je rencontre. »

Certains locaux dénoncent le caractère disproportionné de la réaction de l’édile ; se moquent de sa découverte du désert médical dont sa commune est la victime. L’édile n’en a cure. Dans une vidéo publiée via Facebook il qualifie la situation de « crise sanitaire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale dans un certain nombre de cantons ». Il explique qu’il a eu des contacts avec des médecins, mais que ceux-ci demandaient à être et salariés et logés. « À part mettre un pistolet sur la tempe d’un médecin, je fais quoi moi ? ».

Nul ne sait, mais dans le désert périphérique de Laigneville, soixante kilomètres de Paris, on prie pour que l’élu n’en vienne pas à cette extrémité.

A demain

Combien de temps encore affichera-t-on des images de mort sur les paquets neutres ?

Bonjour

Les chantres du paquet neutre entrent-ils parfois dans les bureaux de tabac ? Observent-ils le comportement de celles et ceux qui ne peuvent, au quotidien, vivre sans leur dose de tabac brûlé à forte nocivité ? On peut, raisonnablement, en douter.  Un travail original eût été de comparer scientifiquement les comportements des acheteurs (et des buralistes) avant et après l’instauration du paquet neutre. A-t-il été mené ? Au Celtique rien n’a changé. Mêmes acheteurs, mêmes symptômes fébriles de l’addiction, mêmes commandes avides – paquet simple ou cartouches. Le paquet est neutre mais les interconnexions neurales demeurent. Et la marque du cigarettier reste le phare qui éclaire. Nul ne voit plus depuis longtemps ni les images ni les slogans.

C’est pourtant afin de «ne pas habituer les fumeurs aux différentes photographies présentes sur les paquets de cigarettes » que « quatorze nouvelles images choc vont remplacer les quatorze déjà en place » (information du Parisien / Aujourd’hui en France).

On verra notamment le visage d’une jeune femme sur son lit d’hôpital (« Fumer provoque neuf cancers du poumon sur dix »), ou une langue déformée en gros plan (« Fumer provoque le cancer de la bouche et de la gorge»). Et encore : un jeune enfant décédé dans une chambre d’hôpital (« Fumer peut tuer l’enfant que vous attendez ») ; un homme dans un cercueil, une femme et son bébé à ses côtés (« Arrêtez de fumer : restez en vie pour vos proches»).

Images de cigarettes électroniques

Pourquoi renouveler ? Ce mouvement est explicitement inscrit dans la directive européenne contre le tabagisme qui incite à changer tous les ans les « visuels » en conservant les messages associés aux pathologies associées au tabac. « L’an prochain, à la même époque, une troisième série arrivera donc sur les emballages » annonce, déjà, Le Parisien. Ira-t-on un peu plus loin dans l’exposition de l’horreur sur des paquets d’un toxique commercialisé par l’Etat ? Avec quel impact ? En viendra-t-on, un jour à plus de raison et d’efficacité : inciter sur les paquets neutres à avoir recours à des substituts nicotiniques (alors entièrement gratuits) ou à la cigarette électronique (au nom de la réduction des risques) ?

Le quotidien a reçu les confidences de la Direction Générale de la Santé : « Il est établi que le changement des visuels rend plus efficace leur effet sur la population, limitant le risque de s’y habituer ». Selon l’Union européenne, « l’efficacité de ces photos a été testée auprès de 8 000 personnes dans dix États membres. Il s’agissait d’un test en ligne comportant diverses mesures cognitives, émotionnelles et comportementales ». Mais au vu des premiers résultats réels au bout de trois mois, leur efficacité ne semble guère se confirmer.

Le site des buralistes cite, lui aussi, la Direction Générale de la Santé :

« Le paquet neutre vise à changer l’image du tabac, principalement en direction des plus jeunes. Son impact sur la consommation ne se verra qu’à moyen ou long terme. La plupart des consommateurs actuels sont dépendants du tabac et le changement de packaging n’est pas l’élément premier qui les poussera à arrêter de consommer, même s’il peut y contribuer ».

Les nouvelles « images-choc » apparaîtront à partir du 20 mai sur les paquets. Au Celtic ou ailleurs, songer à observer le comportement des consommateurs.

A demain

Le « frisson de la réanimation » au cœur de l’affaire des empoisonnements de Besançon ?

 

Bonjour

Pour l’heure, c’est encore « Frédéric P. , 45 ans ». Pour l’heure, l’affaire conserve son potentiel médiatique de sidération : un médecin anesthésiste soupçonné d’avoir empoisonné sept patients dont deux seraient morts suite à ses agissements. Comment parvenir à comprendre en dehors de tout contexte de fin de vie et d’aide à mourir dans la dignité ?

Le Parisien/Aujourd’hui en France (Louise Colcombet avec Stéphane Sellami) a enquêté et apporte quelques lumières.  Selon ses informations « les enquêteurs examineraient actuellement à la loupe pas moins d’une quarantaine d’autres cas suspects, dont une vingtaine mortels, survenus entre 2008 et 2017 à la clinique Saint-Vincent de Besançon (Doubs) ». Il a aussi interrogé Me Randall Schwerdorffer, l’avocat de Frédéric P. qui parle « d’horreur judiciaire ».

Selon l’avocat Frédéric P. est « un professionnel archi reconnu, de grande qualité, qui pratique 2 000 anesthésies par an, et dont le métier est plus qu’un métier : c’est une passion ». Ce dossier ne reposerait selon lui « que sur les impressions des enquêteurs qui se sont focalisés sur l’hypothèse criminelle au lieu d’explorer d’autres possibilités, une contamination accidentelle par exemple ». Et l’avocat ajoute, point clef :

« Cette affaire éclate uniquement parce qu’il est présent ou à proximité lors de ces incidents cardiaques, et parce qu’un collègue s’est étonné qu’il ait immédiatement posé le bon diagnostic. En clair, on lui reproche d’avoir été bon ! De là naît un parti pris chez les enquêteurs. On y raccroche ensuite des faits anciens pour lesquels il n’a pas été mis en cause, qui, subitement, deviennent des éléments à charge. (…) »

 « Garçon très professionnel »

La clinique Saint-Vincent vient d’annoncer avoir déposé une plainte alors même qu’une information judiciaire a été confiée à deux juges d’instruction. Le Dr Dreyfus Schmidt, président du comité médical de l’établissement et chirurgien orthopédiste a très souvent travaillé à ses côtés : « garçon très professionnel, très au fait des nouvelles techniques et sur le travail duquel nous n’avions jamais rien eu à redire », témoigne-t-il au Parisien. La suite :

« Mais le 11 janvier dernier, un premier incident éveille les soupçons : dans le bloc opératoire voisin de celui de Frédéric P., le patient endormi, pourtant en bonne santé, est victime d’un problème cardiaque grave. Appelé à la rescousse, Frédéric P. pose très vite le diagnostic et le ranime avec succès. Intrigué, l’anesthésiste en charge ordonne des analyses sur les poches perfusées à son patient pendant l’intervention.

 « Les résultats, reçus cinq jours plus tard, sont sans appel : celles-ci ont été contaminées à haute dose avec des produits dangereux. Un incident immédiatement signalé à l’agence régionale de santé (ARS) et au procureur de la République, qui pousse alors la clinique à remplacer l’ensemble des poches et à renforcer drastiquement les contrôles en interne. Mais le 20 janvier, le même scénario se répète, toujours en présence de Frédéric P., suscitant les doutes d’un deuxième anesthésiste. »

 Série télévisée

« Dans les deux cas, les analyses ont permis de retrouver de fortes quantités de potassium ou d’anesthésiques à doses létales », substances introduites « sciemment » dans ces poches « où elles n’avaient pas lieu d’être, a ensuite révélé Christine de Curraize, vice-procureure de Besançon, qui exclut l’erreur médicale. Il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires de nature à entraîner la mort des patients. »

Les suspicions conduisent les policiers à faire le lien avec deux cas suspects survenus en 2008 et en 2016 dans cette même clinique, toujours en présence de Frédéric P. : un homme de 53 ans, opéré des reins, et une femme de 51 ans, hospitalisée pour une fracture, morts d’un arrêt cardiaque inexpliqué. Et puis une procédure ancienne, remontant à 2009, dans un autre établissement où Frédéric P. était présent. Et dans un communiqué voici la polyclinique de Franche-Comté qui évoque « trois événements graves » survenus sur « une courte période ». Des « faits troublants » qui avaient donné lieu à une enquête, classée sans suite.

 Depuis Besançon Le Parisien évoque, enfin, des policiers qui « s’interrogent notamment sur les motivations » de Frédéric P. Des policiers qui n’excluent pas « qu’il ait pu provoquer volontairement ces accidents cardiaques dans le seul but de se procurer le frisson de la réanimation ». Et voici que soudain, bien loin de Besançon, nous nous retrouvons comme projetés dans une série télévisée.

A demain

 

 

 

Radicalisation médicale: fin annoncée de la liberté d’installation et du secteur II (Manuel Valls)

 

Bonjour

Ironie : « Heureusement que Manuel Valls n’a pas été Premier ministre car nous aurions dégusté … » (Dr Claude Leicher, président de MG France).  Valls-Hamon-Peillon-Montebourg… Nous approchons du début de la primaire du Parti socialiste. Les gazettes ne publient plus de sondages mais nous susurrent que Manuel Valls serait peut-être sur le reculoir, que l’utopiste Hamon, soudain, séduirait ….

Plus loin, sur la droite, c’est Emmanuel Macron qui occupe le devant de la scène. Emmanuel Macron qui assure ne pas être une bulle mais bien une vague (montante).  Emmanuel Macron dont Le Monde (François Fressoz) affirme qu’il « rend fou les socialistes ».

Emmanuel Macron le séducteur, connecté-libéral, qui n’oublie plus le médical. Emmanuel Macron qui double Marisol Touraine sur le front de la Sécurité sociale. Marisol ministre avait rêvé le remboursement à 100 % des lunettes et prothèses auditives. Avec Emmanuel ce sera(i)t fait en 2022.

Santé administrée

Manuel Valls ? Désormais l’ancien Premier ministre érige l’accès aux soins en priorité des priorités. Il affirme sa volonté d’«en finir avec les dépassements d’honoraires en secteur II conventionné ». Il propose une « convergence tarifaire progressive vers un tarif unique et opposable ». Et puis, le 9 janvier, nouvelle salve, nouvelle recette radicale, cette fois contre la désertification médicale.

« Au vu des difficultés actuelles, nous n’avons plus d’autre choix que de limiter la liberté d’installation, déclare-t-il au Parisien Aujourd’hui en France. Je ne suis pas favorable à une santé administrée mais face à une forme d’impuissance, il faut avancer. » Dans son programme officiel, l’ancien Premier ministre  avait simplement affirmé vouloir intensifier la lutte contre les déserts médicaux et annonçait un « grand plan de la médecine de proximité avec les soignants et les patients ». Il s’était aussi déclaré pour la suppression du numerus clausus, en faveur d’une réforme des études médicales et des modes de rémunération afin de répondre aux aspirations des professionnels.

Impuissance-inefficacité

« En affichant sa ferme volonté d’encadrer la liberté d’installation, Manuel Valls tranche avec la politique du gouvernement qu’il a dirigé pendant les trois dernières années, rappelle Le Quotidien du Médecin. Lors des conclusions de la grande conférence de la santé, il y a moins d’un an (11 février 2016) le Premier ministre souhaitait alors mieux faire connaître les aides à l’installation des médecins, dans la foulée du pacte territoire-santé.

« Nous poursuivons ainsi notre objectif d’encourager l’installation des professionnels en secteur à tarifs opposables, afin de garantir l’accès aux soins à tous »,

Encourager hier, contraindre maintenant: cela s’appelle le changement. Et Manuel Valls ne prendre le risque d’affirmer chaque jour qu’il a changé.  Au-delà de l’ironie le Dr Claude Leicher, déplore la « démagogie politique poussée à l’extrême » de ce candidat socialiste : « C’est un discours d’impuissance et d’inefficacité. Il ne l’a pas fait car il ne peut pas le faire. Il faudrait obliger les gens à terminer leurs études de médecine, à choisir la médecine générale et à s’installer en médecine libérale là où on leur demande. Cela fait beaucoup d’obligations. »

Droit de chasse

Le président de MG France est dans le vrai : les responsables politiques français sont, sur ce front, dans une situation impossible. On vient de le voir avec la brutale reculade de François Fillon sur la Sécurité Sociale. Premier ministre Manuel Valls ne s’était guère intéressé aux questions médicales laissant Marisol Touraine ferrailler pendant des mois pour, in fine, obtenir un tiers payant généralisé que François Fillon entend détricoter.

Le responsable politique français n’est pas né qui pourrait exprimer sa volonté de toucher au secteur II et/ou à la liberté d’installation. Visser sa plaque où on le veut, être libre de dépasser ses honoraires comme on l’entend. Ce sont là des droits plus ou moins exercés mais auxquels le politique ne peut toucher sans prendre le risque d’être décapité. C’est l’équivalent de l’antique droit de chasse, des ces droits de passage dont on ne retrouve plus la trace dans le cadastre. C’est une relique d’un âge d’or qui n’a jamais existé, une symbolique qui doit rester hors des mains de l’exécutif.

On attend, sur ce front, les solutions d’Emmanuel Macron.

A demain

Harcèlements hospitaliers : abcès collectés à Paris, Amiens, Toulouse, Château-du-Loir….

 

Bonjour

Bientôt un an que le Pr Jean-Louis Mégnien s’est suicidé en se défenestrant du navire amiral de l’AP-HP. Personne n’a oublié. Une affaire qui, in situ, est encore bien loin d’être réglée. Qui, précisément, a harcelé Jean-Louis Mégien ? Qui, quand, commet et pourquoi ? Dans le même temps, l’association qui porte son nom monte en puissance, qui entend lutter contre le harcèlement et les maltraitances au sein des espaces hospitaliers français. Lutter et prévenir.

Cette association  fait aujourd’hui la Une du Parisien/Aujourd’hui en France. (Florence Méréo) « Hôpital public : la carte du malaise des médecins » :

« Exclusif. L’association Jean-Louis-Mégnien a recueilli 200 signalements de personnels soignants « maltraités » au sein de l’hôpital public. »

Où l’on retrouve des abcès en cours de collection à Paris, Amiens, Toulouse et Château-du-Loir. Mais aussi à Marseille, Besançon, Lyon, Château-Thierry et Villefranche-de-Rouergue.  « Il n’y a aucune volonté de revanche ou de nuisance, explique le Pr Philipe Halimi (Hôpital européen-Georges Pompidou), président de l’association. Cette carte montre que le cas Mégnien, notre collègue qui a été harcelé, est loin d’être isolé. L’ampleur du phénomène, partout en France, ternit l’image de l’hôpital public et constitue une menace pour son avenir ».

Instrument redoutable

Le Pr Halimi parle d’or et cette carte est un instrument redoutable. Le sujet est éminemment politique dans un espace hospitalier en perte d’identité qui se vit lui-même comme harcelé. Marisol Touraine ? Après avoir tardé à prendre les mesures qui s’imposaient la ministre de la Santé devrait, bientôt, présenter des mesures « pour mieux déceler et prévenir les risques psychosociaux à l’hôpital ». Un an après.

Et demain ? Cette carte risque vite d’apparaître comme un outil qui aidera, aussi, à prendre le pouls des établissements soignants – un monde qui redoute déjà les mesures drastiques qu’annonce François Fillon en termes de réduction massive des effectifs de la fonction hospitalière. La veille publique est, désormais, une urgence. Elle vaut également pour le privé.

A demain

La cigarette électronique et les vapoteurs victimes de nouvelles agressions médiatiques

 

Bonjour

Le combat continue, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Aujourd’hui c’est Le Parisien (Elsa Mati) : « L’e-cigarette, potentiellement toxique ? ». Le point d’interrogation ne change rien. Cela donne ceci :

« Cette fois-ci, ce n’est ni le risque d’explosion de la batterie ni la nocivité des arômes qui sont pointés du doigt. Publiée fin août dans la revue « Thorax », une étude américaine révèle que des souris, soumises à des vapeurs d’e-cigarettes, avec nicotine, une heure par jour pendant quatre mois, présentaient des lésions pulmonaires semblables à celle de la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive), maladie respiratoire chronique. »

Nous sommes en novembre. Pourquoi un quotidien s’intéresse-t-il, toutes affaires cessantes, à une publication scientifique de la fin du mois d’août ? Voici cette publication :  “Chronic electronic cigarette exposure in mice induces features of COPD in a nicotine-dependent manner”. Où l’on apprend qu’en exposant une heure par jour et pendant quatre mois des souris à un robot tenu pour reproduire les effets du vapotage on peut induire des lésions de certaines cellules du tractus respiratoire de ces rongeurs. Des résultats qui «  mettent en évidence les dangers potentiels de la nicotine par inhalation lors de l’ utilisation de l’e-cigarette ».

Nicotine pulmonaire délétère

Selon le Pr Thierry Chinet, chef du service de la pneumologie et oncologie thoracique à l’hôpital Ambroise-Paré (AP-HP) : « cette étude est très importante ». Il est cité dans Le Parisien :

 « Non seulement elle démontre que la cigarette électronique, utilisée par un million et demi de Français, peut ‘’être potentiellement toxique’’, mais, pour la première fois, que la ‘’nicotine peut avoir des conséquences délétères sur le poumon’’. Jusqu’alors, les médecins pensaient que seuls les produits de combustion, comme la fumée, étaient à l’origine des problèmes respiratoires.

 « Si ces premières pistes demandent à être confirmées, une deuxième étude américaine récente montre que l’e-cigarette ne serait pas un produit anodin. Trois mille adolescents non fumeurs du sud de la Californie, qui vapotent régulièrement, toussent davantage que les autres. Ces résultats confirment les inquiétudes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui demande de l’interdire aux mineurs. En France, c’est déjà le cas depuis juin 2013. »

Vingt ans d’attente

Le Parisien ne va-t-il pas, ici, un petit peu trop loin ?

« Cependant le Pr Thierry Chinet, spécialiste en pneumologie, souhaite rester prudent : ‘’Evidemment, il vaut mieux vapoter que fumer même si on manque de données’’. » Cet évidemment est admirable. « Il faudra attendre encore une vingtaine d’années pour avoir des certitudes » conclut Le Parisien. Où seront, alors, les fumeurs de tabac d’aujourd’hui ?

« On ne parle que du cancer mais, au fil du temps, trois à quatre fumeurs sur dix développent une BPCO, explique le Pr Bruno Housset, chef du service de pneumologie du centre hospitalier intercommunal de Créteil. Même s’ils arrêtent le tabac, leurs poumons sont détruits. » Dix-sept mille Français en meurent chaque année, soit quatre fois plus que les accidentés de la route.

Fumer pour la science

Ce n’est pas tout. Il faut aussi compter avec le site Futura-Sciences/Futura_Santé : « Moi(s) sans tabac : une machine fume des cigarettes pour la science » (sic). On y trouve une vidéo (trois minutes) titrée « Interview : les dangers de la cigarette électronique, par Paul Hofman ».

« Moins chère et peut-être moins toxique que le tabac, la cigarette électronique connait depuis quelques années un franc succès. Futura-Sciences est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques de la cigarette électronique. »

 Et le Pr Hofman de reprendre le « moindre risque » de la cigarette électronique et l’antienne de la « porte d’entrée dans le tabac ». Le combat continue, donc, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Dans les brouillards actuels comme dans ceux à venir l’essentiel ne doit pas être oublié : au-delà de la fin de l’addiction à la nicotine il s’agit de réduire, autant que faire se peut, les considérables et mortels risques inhérents à la consommation de tabac.

A demain

«Anti-transpirants» et cancers du sein : voici venir le temps des déodorants assassins

 

Bonjour

Jamais une publication de l’International Journal of Cancer n’avait fait un tel tabac dans les médias. La voici : “Aluminium chloride promotes tumorigenesis and metastasis in normal murine mammary gland epithelial cells”. Cela donna ceci dans la Tribune de Genève: « Un ancien des HUG crie haro sur les déos à l’alu ». Traduire : « Un ancien des Hôpitaux Universitaires de Genève crie haro sur les déodorants contenant de l’aluminium ». L’ancien des HUG est le Pr André-Pascal Sappino, qui fut chef de la cancérologie dans les célèbres hôpitaux de la cité de Calvin. Il signe ici son travail avec le Dr Stefano Mandriota biologiste, du Laboratoire de cancérogenèse environnementale à la Fondation des Grangettes. Nous avions rencontré le Pr Sappino il y a trois ans à Genève. Il travaillait alors déjà sur le sujet ; et force est de reconnaître que ses arguments ne manquent pas de poids ni sa réflexion de cohérence.

Après la Tribune de Genève c’est Le Parisien (Claudine Proust) qui, en France, s’est emparé du sujet – vidéo à l’appui. Tout en reconnaissant qu’ils doivent encore approfondir leurs travaux, les chercheurs suisses estiment détenir aujourd’hui suffisamment d’éléments pour recommander de renoncer aux déodorants contenant de l’aluminium.  Stefano Mandriota et André-Pascal Sappino travaillent le sujet depuis 2009 et ont commencé à publier depuis 2012. Sans nullement convaincre leurs confrères spécialisés.

Alourdir le réquisitoire

Après avoir travaillé au sein des HUG ils ont trouvé aide et refuge sur les hauteurs de Genève, au sein de la Clinique des Grangettes, qui a décidé d’investir dans la recherche, avec le soutien de la Ligue genevoise contre le cancer et d’une « célèbre fondation privée genevoise ». L’hypothèse a été testée sur l’animal : des cellules mammaires de souris transformées avec des sels d’aluminium puis injectées à cet animal souris. «Nous avons observé la même chose: à des doses très faibles, des tumeurs explosives, avec des métastases, apparaissaient.»

C’est là une étape «clé» pour le Pr André-Pascal Sappino, qui estime  que 90% des cancers sont liés à des facteurs environnementaux et qui observe que le cancer du sein «augmente dans nos sociétés, en particulier chez les femmes de moins de 50 ans. Là, nous avons un suspect important. Désormais, les éléments à charge s’accumulent mais il va falloir alourdir le réquisitoire». Comment ?

« Il nous faut comprendre les mécanismes: pourquoi les cellules mammaires sont-elles aussi sensibles aux sels d’aluminium? C’est très mystérieux. Nous avons quelques pistes. Par ailleurs, nous devons effectuer des expériences qui se rapprochent encore plus de ce qui se passe chez l’humain. Par exemple, en appliquant directement sur les glandes mammaires de souris des préparations contenant de l’aluminium.»

Amiante, même combat

L’équipe se donne deux ans pour présenter ses prochains résultats. Dans l’attente elle ne conseille rien aux femmes qui, ainsi alertées, choisiraient de renoncer aux déodorants incriminés? Les autres préparations ne sont guère efficaces. « A l’industrie de réagir et de proposer de nouveaux produits » disent-ils. Et au risque de choquer leur communauté ils ne craignet pas de faire le parallèle avec l’amiante :

 «Il a fallu cinquante ans avant que l’on reconnaisse sa toxicité et qu’on l’interdise (…) 90% des fonds destinés à la recherche sur le cancer sont alloués au développement de médicaments. Etrangement, les recherches dévolues à l’identification des causes du cancer demeurent relativement marginales.»

Que dit-on de tout cela en Suisse ? La Tribune de Genève a patiemment interrogé les spécialistes du cancer  des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) ainsi que la directrice du Registre genevois des tumeurs.

Médecin adjoint du Service d’oncologie du CHUV, le Dr Khalil Zaman rappelle que la polémique n’est pas neuve et que les études menées jusqu’ici ne permettent pas d’incriminer l’aluminium dans la survenue du cancer du sein. «La réalité du corps humain n’est pas celle du laboratoire. Les observations sur des cellules en culture ne sont pas forcément valables sur l’être humain. On le voit bien avec des médicaments: lorsqu’on analyse leur efficacité, certains traitements ont l’air très performants, sans que cela se vérifie sur l’homme.»

Ambiguïtés

Même réserve de la part de la directrice du Registre genevois des tumeurs ; Pr Christine Bouchardy: «Les données épidémiologiques à disposition à travers le monde ne montrent aucune causalité établie ni même probable entre l’utilisation des sels d’aluminium et la survenue de cancer du sein.» Aux HUG, la réaction recueillie est plus nuancée: «Nous savons que l’environnement peut jouer un rôle dans la survenue du cancer. Pour celui du sein, nous connaissons certains facteurs de risque, mais pas de responsable unique que l’on pourrait montrer du doigt», réagit le Dr Alexandre Bodmer, responsable de l’Unité d’oncogynécologie médicale au sein du Service d’oncologie des HUG.

Comme son homologue du CHUV, il relève qu’«en l’état, les indices récoltés ne permettent pas de transposer les soupçons directement à l’humain». Mais il ne rejette pas l’étude du professeur Sappino pour autant.

«Nous ne pouvons pas fermer les yeux et conclure à l’innocuité complète des sels d’aluminium. Il est légitime de se poser la question et les résultats de cette étude montrent qu’il est nécessaire de poursuivre ces recherches. Je pense cependant qu’il ne faut pas faire peur aux femmes en leur disant que l’emploi d’un déodorant à base d’aluminium provoquera un cancer, mais par précaution, je dirais d’éviter un usage quotidien de ces déodorants et de les employer en alternance.»

Et pendant ce temps-là, en France

 «L’article est de bonne qualité, note un oncologue médical. Cependant, les conditions utilisées sont très loin de celles d’un usage même fréquent d’antitranspirants, en particulier les doses et les voies d’administration » a commenté, pour Le Figaro, le Dr William Jacot, oncologue sénologue au centre anticancéreux de Montpellier. Qu’en dit l’Institut national du cancer ? Rien.

Il existe bien, daté d’octobre 2011, un « rapport d’expertise » de   l’Afssaps (ancêtre de l’Agence nationale de sécurité du médicament).  Il concernait « l’évaluation du risque lié à l’utilisation de l’aluminium dans les produits cosmétiques ». Voici sa conclusion :

« En conclusion, afin de limiter le risque lié à l’exposition à l’aluminium, l’Afssaps recommande de 

. restreindre la concentration d’aluminium dans les produits antitranspirants ou déodorants à 0,6 %. Cette valeur est volontairement exprimée en aluminium, afin qu’elle puisse s’appliquer aux différentes formes utilisées dans les produits cosmétiques;

.ne pas utiliser les produits cosmétiques contenant de l’aluminium sur peau lésée.

En effet, étant donné la forte absorption rapportée dans ces conditions, il serait nécessaire d’informer le consommateur que les produits antitranspirants ou déodorants ne doivent pas être utilisés après le rasage ou en cas de lésion de la peau de type microcoupures. L’Afssaps préconise que cette information figure sur les conditionnements. »

Cet avis ne peut toutefois être opposé aux industriels de la cosmétologie. Et Bruxelles estime que rien ne justifie d’évaluer un risque qui, officiellement, n’existe pas. Reste la Fondation-Clinique des Grangettes, ce nouveau lanceur, suisse, d’alerte.

A  demain