Radicalisation médicale: fin annoncée de la liberté d’installation et du secteur II (Manuel Valls)

 

Bonjour

Ironie : « Heureusement que Manuel Valls n’a pas été Premier ministre car nous aurions dégusté … » (Dr Claude Leicher, président de MG France).  Valls-Hamon-Peillon-Montebourg… Nous approchons du début de la primaire du Parti socialiste. Les gazettes ne publient plus de sondages mais nous susurrent que Manuel Valls serait peut-être sur le reculoir, que l’utopiste Hamon, soudain, séduirait ….

Plus loin, sur la droite, c’est Emmanuel Macron qui occupe le devant de la scène. Emmanuel Macron qui assure ne pas être une bulle mais bien une vague (montante).  Emmanuel Macron dont Le Monde (François Fressoz) affirme qu’il « rend fou les socialistes ».

Emmanuel Macron le séducteur, connecté-libéral, qui n’oublie plus le médical. Emmanuel Macron qui double Marisol Touraine sur le front de la Sécurité sociale. Marisol ministre avait rêvé le remboursement à 100 % des lunettes et prothèses auditives. Avec Emmanuel ce sera(i)t fait en 2022.

Santé administrée

Manuel Valls ? Désormais l’ancien Premier ministre érige l’accès aux soins en priorité des priorités. Il affirme sa volonté d’«en finir avec les dépassements d’honoraires en secteur II conventionné ». Il propose une « convergence tarifaire progressive vers un tarif unique et opposable ». Et puis, le 9 janvier, nouvelle salve, nouvelle recette radicale, cette fois contre la désertification médicale.

« Au vu des difficultés actuelles, nous n’avons plus d’autre choix que de limiter la liberté d’installation, déclare-t-il au Parisien Aujourd’hui en France. Je ne suis pas favorable à une santé administrée mais face à une forme d’impuissance, il faut avancer. » Dans son programme officiel, l’ancien Premier ministre  avait simplement affirmé vouloir intensifier la lutte contre les déserts médicaux et annonçait un « grand plan de la médecine de proximité avec les soignants et les patients ». Il s’était aussi déclaré pour la suppression du numerus clausus, en faveur d’une réforme des études médicales et des modes de rémunération afin de répondre aux aspirations des professionnels.

Impuissance-inefficacité

« En affichant sa ferme volonté d’encadrer la liberté d’installation, Manuel Valls tranche avec la politique du gouvernement qu’il a dirigé pendant les trois dernières années, rappelle Le Quotidien du Médecin. Lors des conclusions de la grande conférence de la santé, il y a moins d’un an (11 février 2016) le Premier ministre souhaitait alors mieux faire connaître les aides à l’installation des médecins, dans la foulée du pacte territoire-santé.

« Nous poursuivons ainsi notre objectif d’encourager l’installation des professionnels en secteur à tarifs opposables, afin de garantir l’accès aux soins à tous »,

Encourager hier, contraindre maintenant: cela s’appelle le changement. Et Manuel Valls ne prendre le risque d’affirmer chaque jour qu’il a changé.  Au-delà de l’ironie le Dr Claude Leicher, déplore la « démagogie politique poussée à l’extrême » de ce candidat socialiste : « C’est un discours d’impuissance et d’inefficacité. Il ne l’a pas fait car il ne peut pas le faire. Il faudrait obliger les gens à terminer leurs études de médecine, à choisir la médecine générale et à s’installer en médecine libérale là où on leur demande. Cela fait beaucoup d’obligations. »

Droit de chasse

Le président de MG France est dans le vrai : les responsables politiques français sont, sur ce front, dans une situation impossible. On vient de le voir avec la brutale reculade de François Fillon sur la Sécurité Sociale. Premier ministre Manuel Valls ne s’était guère intéressé aux questions médicales laissant Marisol Touraine ferrailler pendant des mois pour, in fine, obtenir un tiers payant généralisé que François Fillon entend détricoter.

Le responsable politique français n’est pas né qui pourrait exprimer sa volonté de toucher au secteur II et/ou à la liberté d’installation. Visser sa plaque où on le veut, être libre de dépasser ses honoraires comme on l’entend. Ce sont là des droits plus ou moins exercés mais auxquels le politique ne peut toucher sans prendre le risque d’être décapité. C’est l’équivalent de l’antique droit de chasse, des ces droits de passage dont on ne retrouve plus la trace dans le cadastre. C’est une relique d’un âge d’or qui n’a jamais existé, une symbolique qui doit rester hors des mains de l’exécutif.

On attend, sur ce front, les solutions d’Emmanuel Macron.

A demain

Harcèlements hospitaliers : abcès collectés à Paris, Amiens, Toulouse, Château-du-Loir….

 

Bonjour

Bientôt un an que le Pr Jean-Louis Mégnien s’est suicidé en se défenestrant du navire amiral de l’AP-HP. Personne n’a oublié. Une affaire qui, in situ, est encore bien loin d’être réglée. Qui, précisément, a harcelé Jean-Louis Mégien ? Qui, quand, commet et pourquoi ? Dans le même temps, l’association qui porte son nom monte en puissance, qui entend lutter contre le harcèlement et les maltraitances au sein des espaces hospitaliers français. Lutter et prévenir.

Cette association  fait aujourd’hui la Une du Parisien/Aujourd’hui en France. (Florence Méréo) « Hôpital public : la carte du malaise des médecins » :

« Exclusif. L’association Jean-Louis-Mégnien a recueilli 200 signalements de personnels soignants « maltraités » au sein de l’hôpital public. »

Où l’on retrouve des abcès en cours de collection à Paris, Amiens, Toulouse et Château-du-Loir. Mais aussi à Marseille, Besançon, Lyon, Château-Thierry et Villefranche-de-Rouergue.  « Il n’y a aucune volonté de revanche ou de nuisance, explique le Pr Philipe Halimi (Hôpital européen-Georges Pompidou), président de l’association. Cette carte montre que le cas Mégnien, notre collègue qui a été harcelé, est loin d’être isolé. L’ampleur du phénomène, partout en France, ternit l’image de l’hôpital public et constitue une menace pour son avenir ».

Instrument redoutable

Le Pr Halimi parle d’or et cette carte est un instrument redoutable. Le sujet est éminemment politique dans un espace hospitalier en perte d’identité qui se vit lui-même comme harcelé. Marisol Touraine ? Après avoir tardé à prendre les mesures qui s’imposaient la ministre de la Santé devrait, bientôt, présenter des mesures « pour mieux déceler et prévenir les risques psychosociaux à l’hôpital ». Un an après.

Et demain ? Cette carte risque vite d’apparaître comme un outil qui aidera, aussi, à prendre le pouls des établissements soignants – un monde qui redoute déjà les mesures drastiques qu’annonce François Fillon en termes de réduction massive des effectifs de la fonction hospitalière. La veille publique est, désormais, une urgence. Elle vaut également pour le privé.

A demain

La cigarette électronique et les vapoteurs victimes de nouvelles agressions médiatiques

 

Bonjour

Le combat continue, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Aujourd’hui c’est Le Parisien (Elsa Mati) : « L’e-cigarette, potentiellement toxique ? ». Le point d’interrogation ne change rien. Cela donne ceci :

« Cette fois-ci, ce n’est ni le risque d’explosion de la batterie ni la nocivité des arômes qui sont pointés du doigt. Publiée fin août dans la revue « Thorax », une étude américaine révèle que des souris, soumises à des vapeurs d’e-cigarettes, avec nicotine, une heure par jour pendant quatre mois, présentaient des lésions pulmonaires semblables à celle de la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive), maladie respiratoire chronique. »

Nous sommes en novembre. Pourquoi un quotidien s’intéresse-t-il, toutes affaires cessantes, à une publication scientifique de la fin du mois d’août ? Voici cette publication :  “Chronic electronic cigarette exposure in mice induces features of COPD in a nicotine-dependent manner”. Où l’on apprend qu’en exposant une heure par jour et pendant quatre mois des souris à un robot tenu pour reproduire les effets du vapotage on peut induire des lésions de certaines cellules du tractus respiratoire de ces rongeurs. Des résultats qui «  mettent en évidence les dangers potentiels de la nicotine par inhalation lors de l’ utilisation de l’e-cigarette ».

Nicotine pulmonaire délétère

Selon le Pr Thierry Chinet, chef du service de la pneumologie et oncologie thoracique à l’hôpital Ambroise-Paré (AP-HP) : « cette étude est très importante ». Il est cité dans Le Parisien :

 « Non seulement elle démontre que la cigarette électronique, utilisée par un million et demi de Français, peut ‘’être potentiellement toxique’’, mais, pour la première fois, que la ‘’nicotine peut avoir des conséquences délétères sur le poumon’’. Jusqu’alors, les médecins pensaient que seuls les produits de combustion, comme la fumée, étaient à l’origine des problèmes respiratoires.

 « Si ces premières pistes demandent à être confirmées, une deuxième étude américaine récente montre que l’e-cigarette ne serait pas un produit anodin. Trois mille adolescents non fumeurs du sud de la Californie, qui vapotent régulièrement, toussent davantage que les autres. Ces résultats confirment les inquiétudes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui demande de l’interdire aux mineurs. En France, c’est déjà le cas depuis juin 2013. »

Vingt ans d’attente

Le Parisien ne va-t-il pas, ici, un petit peu trop loin ?

« Cependant le Pr Thierry Chinet, spécialiste en pneumologie, souhaite rester prudent : ‘’Evidemment, il vaut mieux vapoter que fumer même si on manque de données’’. » Cet évidemment est admirable. « Il faudra attendre encore une vingtaine d’années pour avoir des certitudes » conclut Le Parisien. Où seront, alors, les fumeurs de tabac d’aujourd’hui ?

« On ne parle que du cancer mais, au fil du temps, trois à quatre fumeurs sur dix développent une BPCO, explique le Pr Bruno Housset, chef du service de pneumologie du centre hospitalier intercommunal de Créteil. Même s’ils arrêtent le tabac, leurs poumons sont détruits. » Dix-sept mille Français en meurent chaque année, soit quatre fois plus que les accidentés de la route.

Fumer pour la science

Ce n’est pas tout. Il faut aussi compter avec le site Futura-Sciences/Futura_Santé : « Moi(s) sans tabac : une machine fume des cigarettes pour la science » (sic). On y trouve une vidéo (trois minutes) titrée « Interview : les dangers de la cigarette électronique, par Paul Hofman ».

« Moins chère et peut-être moins toxique que le tabac, la cigarette électronique connait depuis quelques années un franc succès. Futura-Sciences est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques de la cigarette électronique. »

 Et le Pr Hofman de reprendre le « moindre risque » de la cigarette électronique et l’antienne de la « porte d’entrée dans le tabac ». Le combat continue, donc, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Dans les brouillards actuels comme dans ceux à venir l’essentiel ne doit pas être oublié : au-delà de la fin de l’addiction à la nicotine il s’agit de réduire, autant que faire se peut, les considérables et mortels risques inhérents à la consommation de tabac.

A demain

«Anti-transpirants» et cancers du sein : voici venir le temps des déodorants assassins

 

Bonjour

Jamais une publication de l’International Journal of Cancer n’avait fait un tel tabac dans les médias. La voici : “Aluminium chloride promotes tumorigenesis and metastasis in normal murine mammary gland epithelial cells”. Cela donna ceci dans la Tribune de Genève: « Un ancien des HUG crie haro sur les déos à l’alu ». Traduire : « Un ancien des Hôpitaux Universitaires de Genève crie haro sur les déodorants contenant de l’aluminium ». L’ancien des HUG est le Pr André-Pascal Sappino, qui fut chef de la cancérologie dans les célèbres hôpitaux de la cité de Calvin. Il signe ici son travail avec le Dr Stefano Mandriota biologiste, du Laboratoire de cancérogenèse environnementale à la Fondation des Grangettes. Nous avions rencontré le Pr Sappino il y a trois ans à Genève. Il travaillait alors déjà sur le sujet ; et force est de reconnaître que ses arguments ne manquent pas de poids ni sa réflexion de cohérence.

Après la Tribune de Genève c’est Le Parisien (Claudine Proust) qui, en France, s’est emparé du sujet – vidéo à l’appui. Tout en reconnaissant qu’ils doivent encore approfondir leurs travaux, les chercheurs suisses estiment détenir aujourd’hui suffisamment d’éléments pour recommander de renoncer aux déodorants contenant de l’aluminium.  Stefano Mandriota et André-Pascal Sappino travaillent le sujet depuis 2009 et ont commencé à publier depuis 2012. Sans nullement convaincre leurs confrères spécialisés.

Alourdir le réquisitoire

Après avoir travaillé au sein des HUG ils ont trouvé aide et refuge sur les hauteurs de Genève, au sein de la Clinique des Grangettes, qui a décidé d’investir dans la recherche, avec le soutien de la Ligue genevoise contre le cancer et d’une « célèbre fondation privée genevoise ». L’hypothèse a été testée sur l’animal : des cellules mammaires de souris transformées avec des sels d’aluminium puis injectées à cet animal souris. «Nous avons observé la même chose: à des doses très faibles, des tumeurs explosives, avec des métastases, apparaissaient.»

C’est là une étape «clé» pour le Pr André-Pascal Sappino, qui estime  que 90% des cancers sont liés à des facteurs environnementaux et qui observe que le cancer du sein «augmente dans nos sociétés, en particulier chez les femmes de moins de 50 ans. Là, nous avons un suspect important. Désormais, les éléments à charge s’accumulent mais il va falloir alourdir le réquisitoire». Comment ?

« Il nous faut comprendre les mécanismes: pourquoi les cellules mammaires sont-elles aussi sensibles aux sels d’aluminium? C’est très mystérieux. Nous avons quelques pistes. Par ailleurs, nous devons effectuer des expériences qui se rapprochent encore plus de ce qui se passe chez l’humain. Par exemple, en appliquant directement sur les glandes mammaires de souris des préparations contenant de l’aluminium.»

Amiante, même combat

L’équipe se donne deux ans pour présenter ses prochains résultats. Dans l’attente elle ne conseille rien aux femmes qui, ainsi alertées, choisiraient de renoncer aux déodorants incriminés? Les autres préparations ne sont guère efficaces. « A l’industrie de réagir et de proposer de nouveaux produits » disent-ils. Et au risque de choquer leur communauté ils ne craignet pas de faire le parallèle avec l’amiante :

 «Il a fallu cinquante ans avant que l’on reconnaisse sa toxicité et qu’on l’interdise (…) 90% des fonds destinés à la recherche sur le cancer sont alloués au développement de médicaments. Etrangement, les recherches dévolues à l’identification des causes du cancer demeurent relativement marginales.»

Que dit-on de tout cela en Suisse ? La Tribune de Genève a patiemment interrogé les spécialistes du cancer  des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) ainsi que la directrice du Registre genevois des tumeurs.

Médecin adjoint du Service d’oncologie du CHUV, le Dr Khalil Zaman rappelle que la polémique n’est pas neuve et que les études menées jusqu’ici ne permettent pas d’incriminer l’aluminium dans la survenue du cancer du sein. «La réalité du corps humain n’est pas celle du laboratoire. Les observations sur des cellules en culture ne sont pas forcément valables sur l’être humain. On le voit bien avec des médicaments: lorsqu’on analyse leur efficacité, certains traitements ont l’air très performants, sans que cela se vérifie sur l’homme.»

Ambiguïtés

Même réserve de la part de la directrice du Registre genevois des tumeurs ; Pr Christine Bouchardy: «Les données épidémiologiques à disposition à travers le monde ne montrent aucune causalité établie ni même probable entre l’utilisation des sels d’aluminium et la survenue de cancer du sein.» Aux HUG, la réaction recueillie est plus nuancée: «Nous savons que l’environnement peut jouer un rôle dans la survenue du cancer. Pour celui du sein, nous connaissons certains facteurs de risque, mais pas de responsable unique que l’on pourrait montrer du doigt», réagit le Dr Alexandre Bodmer, responsable de l’Unité d’oncogynécologie médicale au sein du Service d’oncologie des HUG.

Comme son homologue du CHUV, il relève qu’«en l’état, les indices récoltés ne permettent pas de transposer les soupçons directement à l’humain». Mais il ne rejette pas l’étude du professeur Sappino pour autant.

«Nous ne pouvons pas fermer les yeux et conclure à l’innocuité complète des sels d’aluminium. Il est légitime de se poser la question et les résultats de cette étude montrent qu’il est nécessaire de poursuivre ces recherches. Je pense cependant qu’il ne faut pas faire peur aux femmes en leur disant que l’emploi d’un déodorant à base d’aluminium provoquera un cancer, mais par précaution, je dirais d’éviter un usage quotidien de ces déodorants et de les employer en alternance.»

Et pendant ce temps-là, en France

 «L’article est de bonne qualité, note un oncologue médical. Cependant, les conditions utilisées sont très loin de celles d’un usage même fréquent d’antitranspirants, en particulier les doses et les voies d’administration » a commenté, pour Le Figaro, le Dr William Jacot, oncologue sénologue au centre anticancéreux de Montpellier. Qu’en dit l’Institut national du cancer ? Rien.

Il existe bien, daté d’octobre 2011, un « rapport d’expertise » de   l’Afssaps (ancêtre de l’Agence nationale de sécurité du médicament).  Il concernait « l’évaluation du risque lié à l’utilisation de l’aluminium dans les produits cosmétiques ». Voici sa conclusion :

« En conclusion, afin de limiter le risque lié à l’exposition à l’aluminium, l’Afssaps recommande de 

. restreindre la concentration d’aluminium dans les produits antitranspirants ou déodorants à 0,6 %. Cette valeur est volontairement exprimée en aluminium, afin qu’elle puisse s’appliquer aux différentes formes utilisées dans les produits cosmétiques;

.ne pas utiliser les produits cosmétiques contenant de l’aluminium sur peau lésée.

En effet, étant donné la forte absorption rapportée dans ces conditions, il serait nécessaire d’informer le consommateur que les produits antitranspirants ou déodorants ne doivent pas être utilisés après le rasage ou en cas de lésion de la peau de type microcoupures. L’Afssaps préconise que cette information figure sur les conditionnements. »

Cet avis ne peut toutefois être opposé aux industriels de la cosmétologie. Et Bruxelles estime que rien ne justifie d’évaluer un risque qui, officiellement, n’existe pas. Reste la Fondation-Clinique des Grangettes, ce nouveau lanceur, suisse, d’alerte.

A  demain

Avec «Tabac Info Service», le nouveau Parisien ignore l’existence de la cigarette électronique

 

Bonjour

Le vieux Parisien/Aujourd’hui en France a changé de maquette  et c’est une réussite. Ségolène est à l’Elysée comme chez elle. Yann Barthès fait le guignol sur une autre chaîne. Le fondateur de Meetic s’engage pour l’ancien ministre de l’Economie qui n’a pas su sauver le site Alsthom de Belfort. C’est la vie comme elle va dans la France d’aujourd’hui. C’est le canard sur le zinc, l’horoscope et le croissant, les courses et le petit blanc. C’est Audiard sans la clope.

On feuillette. Page 20, rubrique Santé : « Stop la clope ! Nos méthodes pour arrêter de fumer » (Elodie Chermann). « Ils sont nombreux en ce moment à vouloir arrêter la cigarette. Voici les meilleure méthodes ». Et là, soudain, quelque chose cloche.

« Cerise sur le gâteau »

La parole est largement offerte à Olivier Smadja, responsable de la plate-forme « Tabac Info Service ». Des extraits s’imposent :

« Patchs, comprimés, gommes à mâcher, inhalateurs, sprays… Les substituts nicotiniques obéissent tous au même principe. « Ils libèrent de la nicotine de manière lente et régulière dans l’organisme, ce qui permet au fumeur de déshabituer progressivement son cerveau du tabac, explique Olivier Smadja. Le tout en lui évitant à la fois de ressentir les symptômes du sevrage et d’absorber toutes les substances toxiques contenues dans la fumée. »

 « Le traitement peut durer, selon les cas, de six semaines à six mois. Avec, à la clé, des résultats souvent probants. « Quand le dosage est bien adapté, les substituts multiplient par deux, voire trois les chances de succès à un an », affirme le professeur Yves Martinet, pneumologue au CHU de Nancy et président du Comité national contre le tabagisme.

 «  Cerise sur le gâteau (sic) : lorsqu’ils sont prescrits sur ordonnance, ils sont remboursés par l’Assurance maladie sur la base d’un forfait annuel de 50 €, 150 € pour les femmes enceintes, les jeunes de 20 à 30 ans, les bénéficiaires de la CMU complémentaire et les patients atteints du cancer. »

Suit un médicament : délivré uniquement sur ordonnance, le Champix ® (varénicline). « Selon les estimations, elle permettrait à 44 % des fumeurs d’arrêter le tabac au bout de trois mois. Prudence toutefois. Accusé d’effets secondaires importants, notamment psychiatriques, ce traitement reste contre-indiqué chez les mineurs et les femmes enceintes. « Pour les autres, il faudra prolonger les prises sur plusieurs mois, le temps de se déconditionner de l’envie de fumer », précise la Dr Le Maitre, tabacologue au CHU de Caen.

Naturel et Marisol Touraine

Ne pas oublier le naturel et la mésothérapie. « On commence par un entretien d’environ vingt-cinq minutes au cours duquel on interroge le patient sur son parcours de fumeur et ses motivations à arrêter la cigarette », explique le Dr André Walter, directeur d’enseignement de mésothérapie à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Puis on lui pose des petites aiguilles au niveau des six points d’acupuncture de désintoxication situés autour des oreilles et du nez et on y injecte une microdose de procaïne, un anesthésiant local, et de vitamine B1. Ce mélange a l’avantage de provoquer le dégoût de la cigarette sans créer l’envie de grignoter. » En principe, une seule séance suffit. Un encadré sur l’hypnose et le tour est joué.

Rien sur la cigarette électronique, méthode qui a ouvert une brèche considérable contre le fléau du tabagisme. Rien sur cet outil révolutionnaire au service de la santé publique. Ce ne peut être un oubli. Comment comprendre ? Il faut ici se souvenir de « Tabac Info Service » est une entreprise privée qui travaille à façon pour le ministère de la Santé 1. Et que la cigarette électronique n’a pas l’heur de plaire à Marisol Touraine. On attend du nouveau Parisien, dans l’intérêt de ses lecteurs, qu’il remette assez vite les pendules à l’heure.

A demain

1 « Cigarette électronique ? Ici Tabac Info Service. Nous n’avons rien à communiquer sur ce sujet » (Journalisme et santé publique, 26 février 2015)

Le prix «secret» du Sovaldi® : l’aveu troublant du président du Comité économique des médicaments

 

Bonjour

Brexit ou pas, c’est un scoop entre les lignes. On le trouvera dans le Journal du Dimanche daté du 26 juin. Page 19, troisième colonne. Le papier est titré « Des médicaments, mais à quel prix ? ». C’est un  bon titre et un bien vaste sujet 1. Anne-Laure Barret interroge  Maurice-Pierre Planel, le tout nouveau président du puissant Comité économique des produits de santé (CEPS). Il était, jusqu’à l’an dernier, conseiller technique de la ministre des Affaires sociales et de la Santé en charge des « produits de santé ».

Titulaire d’une maîtrise de droit public à l’université de Nice, M. Planel est un ancien administrateur du Sénat (service des commissions, affecté au secrétariat de la Commission des Affaires sociales en charge du secteur assurance maladie-santé). Inspecteur de l’IGAS, il a aussi occupé les fonctions de conseiller chargé des prestations et des services aux familles au cabinet de la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti.

Puissant autant qu’opaque

« Arrivé au cabinet de Marisol Touraine en novembre 2013, il a débuté sa carrière en 1998 au Sénat » précisait Le Parisien dès le mois de septembre 2015 :

« Le tout puissant et très opaque Comité économique des produits de santé (CEPS) est chargé de fixer le prix des nouveaux médicaments, après négociations avec les laboratoires et dans le respect des objectifs de dépenses de santé. S’il rend chaque année un rapport d’activité, les motifs de ses décisions, pas toujours logiques, relèvent, elles, du secret industriel. C’est dire le pouvoir de son président. Nommé pour trois ans par arrêté du 11 septembre 2012, Dominique Giorgi, l’actuel président, arrive au terme de son mandat. Et, selon nos informations, il ne sera pas reconduit. »

M. Planel était personnellement  cité il y a quelques jours par Marisol Touraine. C’était le 26 mai dernier et cela portait sur le prix insensé, indécent, des nouveaux médicaments 1. La ministre de la Santé expliquait qu’elle lui l’avait personnellement chargé du dossier du prix du Sovaldi® un dossier économiquement et politiquement essentiel depuis que la ministre s’est engagé à son « accès universel ». « On ne peut évoquer la question de l’accès universel sans aborder celle du prix du traitement de l’hépatite C, qui a fait et continue de faire l’objet de discussions. Les prix doivent baisser. Il en va de la crédibilité de notre engagement » avait publiquement déclaré Mme Touraine.

Joie des caméras

Nous écrivions alors qu’avec ce transfert de responsabilités (et au vu de l’écho rencontré par la violente campagne médiatique de Médecins du Monde sur ce thème) M. Planel allait « bientôt goûter aux joies des caméras ». Cela ne tardera plus guère. Interrogé par le Journal du Dimanche le nouveau président du CEPS entrouvre brutalement les coulisses. Il explique que le prix affiché d’un médicament n’est pas celui qui est payé à l’industriel. Il existe « un système de remise qui permet en coulisses de faire baisser la facture ». Ces remises sont-elles ce qu’ailleurs on nomme rétro-commissions ? Sinon en quoi se distinguent-elles ?

« Le vrai montant net reste secret. Je ne sais pas ce que paient les Allemands pour le Sovaldi® et vice versa » confie M. Planel. Ce vice versa interroge bigrement. Il impose aussi d’aller plus loin. Serait-il possible, simplement, à un assuré social français de savoir quel est le vrai prix payé par la France à la firme américaine Gilead Sciences pour ce médicament dont le prix affiché est au-dessus 41.000 euros le traitement ? Un prix indécent selon Médecins du Monde 2. On peut le demander autrement : comment M. Planel parviendra-t-il à nous convaincre qu’il est parvenu à faire baisser le prix du Sovaldi® si le prix aujourd’hui affiché n’est pas le vrai ? Pourquoi tant et tant de secrets ?

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter à notre chronique de Slate.fr : « Finissons-en avec l’indécence des firmes pharmaceutiques » 25 juin 2016.

2 Le Sovaldi® est un médicament contre l’hépatite C, qui est efficace à 90% en association avec d’autres molécules pour soigner la maladie. Le Sovaldi® coûte à lui seul 41 680 euros par patient pour une cure de 3 mois (la durée minimale de traitement). Médecins du Monde explique que dans l’absolu, si le médicament n’était pas pris en charge par la Sécurité sociale, « il faudrait gagner au moins 13 666 euros par mois pour pouvoir se permettre de le payer. Or en France seul 1% de la population gagne plus de 13 000 euros par mois. »

Techniquement parlant, le coût est en fait plus élevé, car il faut prendre en compte le prix de la combinaison thérapeutique et la durée de traitement, qui peut-être plus longue que 3 mois. Le prix des combinaisons thérapeutiques actuelles oscille entre 44 000 et 66 000 euros – bien plus donc que les 41 680 euros.

Audrey Chabot avait noyé et congelé ses deux nouveau-nés : 13 ans et non plus 23. Pourquoi ?

Bonjour

Brexit ou pas, qu’est-ce qu’une juste peine ? C’est par exemple ce que  réclamait, en appel, Audrey Chabot. Elle a été entendue : la cour d’assises du Rhône l’a condamnée, vendredi 24 juin, à treize ans de réclusion pour avoir noyé puis congelés deux de ses enfants. Ils avaient été découverts dans son congélateur en 2013. Audrey Chabot avait déjà été condamnée, avec sa mère, pour la mort de l’un des ses nouveau-né. Il est des parcours difficiles à suivre.

Cette fois Audrey Chabot avait avoué avoir noyé dans son bac de douche deux nouveau-nés, l’un en 2011, six jours après sa naissance, et l’autre en 2012. Son aveu avait suivi la découverte des deux corps dans son congélateur, en mars 2013.

La cour a suivi l’avocate générale en assortissant la condamnation d’un suivi socio-judiciaire de dix ans – assorti de cinq ans de prison en cas de non-respect de ce  même suivi. Elle s’est aussi montrée plus clémente que l’avocate générale qui avait requis vingt ans de réclusion criminelle contre cette ancienne serveuse de 36 ans. Plus clémente également que la cour d’assises de l’Ain qui l’avait condamnée à vingt-trois ans de prison en première instance, en 2015.

Récidive légale

Audrey Chabot était d’autre part jugée en récidive légale après un premier infanticide en 2002. Le Parisien avait raconté le premier acte en mars 2013. Il faut, si l’on veut comprendre, relire ce papier : «  Le glaçant passé de la triple infanticide ».

« ‘’Elle a recommencé comme une mécanique’’, constate aujourd’hui Me Cécile Berton, l’avocate qui avait défendu Audrey Chabot, condamnée par la cour d’assises de l’Ain en 2005 pour un premier infanticide. La jeune femme vient d’être mise en examen pour avoir congelé, en octobre 2011 et novembre 2012, deux autres fœtus après sa sortie de prison.

Lorsque Audrey Chabot, 32 ans, a commis son premier infanticide il y a tout juste onze ans, le 28 mars 2002, elle était déjà mère d’un garçon de 2 ans. A cette époque, la jeune femme, célibataire, vivait chez ses parents à Ambérieu-en-Bugey (Ain) où son père, un militaire de carrière, était stationné sur la base aérienne. C’est là aussi qu’Audrey travaillait, serveuse au mess comme employée civile.

« Aidée » par sa mère

La veille de son accouchement, elle portait encore une jupe cintrée. Ce soir-là, elle dit à ses parents avoir mal au ventre et accouche dans les toilettes d’un autre garçon. Désemparée, Audrey appelle sa mère Jocelyne P…, 58 ans aujourd’hui. Cette dernière coupe le cordon ombilical, étrangle le nouveau-né avant de le cacher dans le garage puis dépose le cadavre dans un lieu qu’elle n’indiquera jamais à sa fille. Jocelyne prévient son mari qu’Audrey a « fait une fausse couche » et « a une hémorragie ». Aux urgences, le médecin comprend qu’il y a eu accouchement et non fausse couche.

C’est le médecin qui fera un signalement judiciaire, le bébé décédé sera inscrit sur le livret de famille sous le nom de Vincent. Le père de l’enfant ne sera jamais identifié. « Au procès, on avait dans le même box la mère et la fille, c’était la particularité de ce dossier », se souvient l’avocate qui décrit Audrey comme « vivant sa vie sexuelle sans avoir à l’esprit qu’elle pouvait tomber enceinte».

Affaire Courjault

L’instruction démontrera que la jeune femme n’avait jamais consulté un médecin ni pris de contraceptif. « Nous n’avons jamais eu d’explications de sa part. Elle ne s’est jamais réellement défendue, elle subissait. Elle n’a même pas voulu faire appel », poursuit l’avocate.

« Cette femme était dans le déni de grossesse absolu », soutient Me Berton qui a dû faire face à des experts psychiatres qui « ont balayé cet argument au prétexte qu’une femme ayant déjà eu un enfant ne pouvait être dans le déni ». ‘’On était avant l’affaire Courjault’’ malheureusement », se souvient l’avocate. Le jury ira au-delà des réquisitions de l’avocat général : la fille écopera de quinze ans au lieu des douze réclamés et la mère de dix-huit ans au lieu des quinze requis. Jocelyne, toujours détenue, ne sera libérable qu’en 2015. Sa fille, retournée en prison, risque désormais la perpétuité. »

Psychologie et fatalité

Résumons. Quinze ans de réclusion pour un premier infanticide qu’elle n’a pas commis et pour lesquels elle n’avait pas fait appel. Huit années derrière les barreaux. Deux infanticides avoués. Nouveau procès. Condamnée à vingt-trois ans. Appel et condamnée à treize années. Au final cette peine est « hors norme » si on la compare à d’autres condamnations pour infanticides.

« Nous sommes très satisfaits, car nous avons le sentiment d’avoir été entendus et compris », s’est félicité son avocat Me Jean-François Canis. Dans son réquisitoire, l’avocate générale Sophie Taupin avait également refusé de « faire des comparaisons » avec d’autres affaires d’infanticide. Elle  a toutefois déploré les mensonges d’Audrey Chabot qui a fait croire, en 2010, qu’elle respectait son « suivi psychologique » après sa sortie de prison, en 2010. « Elle a fait des choix raisonnés dont elle connaît les conséquences », a estimé l’avocate générale. Selon elle « ses grossesses n’étaient pas une fatalité, et la mort des nourrissons non plus ».

Qui, dans les enceintes de justice, manie le trébuchet de la fatalité ?

A demain