Harcèlements hospitaliers : abcès collectés à Paris, Amiens, Toulouse, Château-du-Loir….

 

Bonjour

Bientôt un an que le Pr Jean-Louis Mégnien s’est suicidé en se défenestrant du navire amiral de l’AP-HP. Personne n’a oublié. Une affaire qui, in situ, est encore bien loin d’être réglée. Qui, précisément, a harcelé Jean-Louis Mégien ? Qui, quand, commet et pourquoi ? Dans le même temps, l’association qui porte son nom monte en puissance, qui entend lutter contre le harcèlement et les maltraitances au sein des espaces hospitaliers français. Lutter et prévenir.

Cette association  fait aujourd’hui la Une du Parisien/Aujourd’hui en France. (Florence Méréo) « Hôpital public : la carte du malaise des médecins » :

« Exclusif. L’association Jean-Louis-Mégnien a recueilli 200 signalements de personnels soignants « maltraités » au sein de l’hôpital public. »

Où l’on retrouve des abcès en cours de collection à Paris, Amiens, Toulouse et Château-du-Loir. Mais aussi à Marseille, Besançon, Lyon, Château-Thierry et Villefranche-de-Rouergue.  « Il n’y a aucune volonté de revanche ou de nuisance, explique le Pr Philipe Halimi (Hôpital européen-Georges Pompidou), président de l’association. Cette carte montre que le cas Mégnien, notre collègue qui a été harcelé, est loin d’être isolé. L’ampleur du phénomène, partout en France, ternit l’image de l’hôpital public et constitue une menace pour son avenir ».

Instrument redoutable

Le Pr Halimi parle d’or et cette carte est un instrument redoutable. Le sujet est éminemment politique dans un espace hospitalier en perte d’identité qui se vit lui-même comme harcelé. Marisol Touraine ? Après avoir tardé à prendre les mesures qui s’imposaient la ministre de la Santé devrait, bientôt, présenter des mesures « pour mieux déceler et prévenir les risques psychosociaux à l’hôpital ». Un an après.

Et demain ? Cette carte risque vite d’apparaître comme un outil qui aidera, aussi, à prendre le pouls des établissements soignants – un monde qui redoute déjà les mesures drastiques qu’annonce François Fillon en termes de réduction massive des effectifs de la fonction hospitalière. La veille publique est, désormais, une urgence. Elle vaut également pour le privé.

A demain

La cigarette électronique et les vapoteurs victimes de nouvelles agressions médiatiques

 

Bonjour

Le combat continue, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Aujourd’hui c’est Le Parisien (Elsa Mati) : « L’e-cigarette, potentiellement toxique ? ». Le point d’interrogation ne change rien. Cela donne ceci :

« Cette fois-ci, ce n’est ni le risque d’explosion de la batterie ni la nocivité des arômes qui sont pointés du doigt. Publiée fin août dans la revue « Thorax », une étude américaine révèle que des souris, soumises à des vapeurs d’e-cigarettes, avec nicotine, une heure par jour pendant quatre mois, présentaient des lésions pulmonaires semblables à celle de la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive), maladie respiratoire chronique. »

Nous sommes en novembre. Pourquoi un quotidien s’intéresse-t-il, toutes affaires cessantes, à une publication scientifique de la fin du mois d’août ? Voici cette publication :  “Chronic electronic cigarette exposure in mice induces features of COPD in a nicotine-dependent manner”. Où l’on apprend qu’en exposant une heure par jour et pendant quatre mois des souris à un robot tenu pour reproduire les effets du vapotage on peut induire des lésions de certaines cellules du tractus respiratoire de ces rongeurs. Des résultats qui «  mettent en évidence les dangers potentiels de la nicotine par inhalation lors de l’ utilisation de l’e-cigarette ».

Nicotine pulmonaire délétère

Selon le Pr Thierry Chinet, chef du service de la pneumologie et oncologie thoracique à l’hôpital Ambroise-Paré (AP-HP) : « cette étude est très importante ». Il est cité dans Le Parisien :

 « Non seulement elle démontre que la cigarette électronique, utilisée par un million et demi de Français, peut ‘’être potentiellement toxique’’, mais, pour la première fois, que la ‘’nicotine peut avoir des conséquences délétères sur le poumon’’. Jusqu’alors, les médecins pensaient que seuls les produits de combustion, comme la fumée, étaient à l’origine des problèmes respiratoires.

 « Si ces premières pistes demandent à être confirmées, une deuxième étude américaine récente montre que l’e-cigarette ne serait pas un produit anodin. Trois mille adolescents non fumeurs du sud de la Californie, qui vapotent régulièrement, toussent davantage que les autres. Ces résultats confirment les inquiétudes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui demande de l’interdire aux mineurs. En France, c’est déjà le cas depuis juin 2013. »

Vingt ans d’attente

Le Parisien ne va-t-il pas, ici, un petit peu trop loin ?

« Cependant le Pr Thierry Chinet, spécialiste en pneumologie, souhaite rester prudent : ‘’Evidemment, il vaut mieux vapoter que fumer même si on manque de données’’. » Cet évidemment est admirable. « Il faudra attendre encore une vingtaine d’années pour avoir des certitudes » conclut Le Parisien. Où seront, alors, les fumeurs de tabac d’aujourd’hui ?

« On ne parle que du cancer mais, au fil du temps, trois à quatre fumeurs sur dix développent une BPCO, explique le Pr Bruno Housset, chef du service de pneumologie du centre hospitalier intercommunal de Créteil. Même s’ils arrêtent le tabac, leurs poumons sont détruits. » Dix-sept mille Français en meurent chaque année, soit quatre fois plus que les accidentés de la route.

Fumer pour la science

Ce n’est pas tout. Il faut aussi compter avec le site Futura-Sciences/Futura_Santé : « Moi(s) sans tabac : une machine fume des cigarettes pour la science » (sic). On y trouve une vidéo (trois minutes) titrée « Interview : les dangers de la cigarette électronique, par Paul Hofman ».

« Moins chère et peut-être moins toxique que le tabac, la cigarette électronique connait depuis quelques années un franc succès. Futura-Sciences est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques de la cigarette électronique. »

 Et le Pr Hofman de reprendre le « moindre risque » de la cigarette électronique et l’antienne de la « porte d’entrée dans le tabac ». Le combat continue, donc, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Dans les brouillards actuels comme dans ceux à venir l’essentiel ne doit pas être oublié : au-delà de la fin de l’addiction à la nicotine il s’agit de réduire, autant que faire se peut, les considérables et mortels risques inhérents à la consommation de tabac.

A demain

«Anti-transpirants» et cancers du sein : voici venir le temps des déodorants assassins

 

Bonjour

Jamais une publication de l’International Journal of Cancer n’avait fait un tel tabac dans les médias. La voici : “Aluminium chloride promotes tumorigenesis and metastasis in normal murine mammary gland epithelial cells”. Cela donna ceci dans la Tribune de Genève: « Un ancien des HUG crie haro sur les déos à l’alu ». Traduire : « Un ancien des Hôpitaux Universitaires de Genève crie haro sur les déodorants contenant de l’aluminium ». L’ancien des HUG est le Pr André-Pascal Sappino, qui fut chef de la cancérologie dans les célèbres hôpitaux de la cité de Calvin. Il signe ici son travail avec le Dr Stefano Mandriota biologiste, du Laboratoire de cancérogenèse environnementale à la Fondation des Grangettes. Nous avions rencontré le Pr Sappino il y a trois ans à Genève. Il travaillait alors déjà sur le sujet ; et force est de reconnaître que ses arguments ne manquent pas de poids ni sa réflexion de cohérence.

Après la Tribune de Genève c’est Le Parisien (Claudine Proust) qui, en France, s’est emparé du sujet – vidéo à l’appui. Tout en reconnaissant qu’ils doivent encore approfondir leurs travaux, les chercheurs suisses estiment détenir aujourd’hui suffisamment d’éléments pour recommander de renoncer aux déodorants contenant de l’aluminium.  Stefano Mandriota et André-Pascal Sappino travaillent le sujet depuis 2009 et ont commencé à publier depuis 2012. Sans nullement convaincre leurs confrères spécialisés.

Alourdir le réquisitoire

Après avoir travaillé au sein des HUG ils ont trouvé aide et refuge sur les hauteurs de Genève, au sein de la Clinique des Grangettes, qui a décidé d’investir dans la recherche, avec le soutien de la Ligue genevoise contre le cancer et d’une « célèbre fondation privée genevoise ». L’hypothèse a été testée sur l’animal : des cellules mammaires de souris transformées avec des sels d’aluminium puis injectées à cet animal souris. «Nous avons observé la même chose: à des doses très faibles, des tumeurs explosives, avec des métastases, apparaissaient.»

C’est là une étape «clé» pour le Pr André-Pascal Sappino, qui estime  que 90% des cancers sont liés à des facteurs environnementaux et qui observe que le cancer du sein «augmente dans nos sociétés, en particulier chez les femmes de moins de 50 ans. Là, nous avons un suspect important. Désormais, les éléments à charge s’accumulent mais il va falloir alourdir le réquisitoire». Comment ?

« Il nous faut comprendre les mécanismes: pourquoi les cellules mammaires sont-elles aussi sensibles aux sels d’aluminium? C’est très mystérieux. Nous avons quelques pistes. Par ailleurs, nous devons effectuer des expériences qui se rapprochent encore plus de ce qui se passe chez l’humain. Par exemple, en appliquant directement sur les glandes mammaires de souris des préparations contenant de l’aluminium.»

Amiante, même combat

L’équipe se donne deux ans pour présenter ses prochains résultats. Dans l’attente elle ne conseille rien aux femmes qui, ainsi alertées, choisiraient de renoncer aux déodorants incriminés? Les autres préparations ne sont guère efficaces. « A l’industrie de réagir et de proposer de nouveaux produits » disent-ils. Et au risque de choquer leur communauté ils ne craignet pas de faire le parallèle avec l’amiante :

 «Il a fallu cinquante ans avant que l’on reconnaisse sa toxicité et qu’on l’interdise (…) 90% des fonds destinés à la recherche sur le cancer sont alloués au développement de médicaments. Etrangement, les recherches dévolues à l’identification des causes du cancer demeurent relativement marginales.»

Que dit-on de tout cela en Suisse ? La Tribune de Genève a patiemment interrogé les spécialistes du cancer  des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) ainsi que la directrice du Registre genevois des tumeurs.

Médecin adjoint du Service d’oncologie du CHUV, le Dr Khalil Zaman rappelle que la polémique n’est pas neuve et que les études menées jusqu’ici ne permettent pas d’incriminer l’aluminium dans la survenue du cancer du sein. «La réalité du corps humain n’est pas celle du laboratoire. Les observations sur des cellules en culture ne sont pas forcément valables sur l’être humain. On le voit bien avec des médicaments: lorsqu’on analyse leur efficacité, certains traitements ont l’air très performants, sans que cela se vérifie sur l’homme.»

Ambiguïtés

Même réserve de la part de la directrice du Registre genevois des tumeurs ; Pr Christine Bouchardy: «Les données épidémiologiques à disposition à travers le monde ne montrent aucune causalité établie ni même probable entre l’utilisation des sels d’aluminium et la survenue de cancer du sein.» Aux HUG, la réaction recueillie est plus nuancée: «Nous savons que l’environnement peut jouer un rôle dans la survenue du cancer. Pour celui du sein, nous connaissons certains facteurs de risque, mais pas de responsable unique que l’on pourrait montrer du doigt», réagit le Dr Alexandre Bodmer, responsable de l’Unité d’oncogynécologie médicale au sein du Service d’oncologie des HUG.

Comme son homologue du CHUV, il relève qu’«en l’état, les indices récoltés ne permettent pas de transposer les soupçons directement à l’humain». Mais il ne rejette pas l’étude du professeur Sappino pour autant.

«Nous ne pouvons pas fermer les yeux et conclure à l’innocuité complète des sels d’aluminium. Il est légitime de se poser la question et les résultats de cette étude montrent qu’il est nécessaire de poursuivre ces recherches. Je pense cependant qu’il ne faut pas faire peur aux femmes en leur disant que l’emploi d’un déodorant à base d’aluminium provoquera un cancer, mais par précaution, je dirais d’éviter un usage quotidien de ces déodorants et de les employer en alternance.»

Et pendant ce temps-là, en France

 «L’article est de bonne qualité, note un oncologue médical. Cependant, les conditions utilisées sont très loin de celles d’un usage même fréquent d’antitranspirants, en particulier les doses et les voies d’administration » a commenté, pour Le Figaro, le Dr William Jacot, oncologue sénologue au centre anticancéreux de Montpellier. Qu’en dit l’Institut national du cancer ? Rien.

Il existe bien, daté d’octobre 2011, un « rapport d’expertise » de   l’Afssaps (ancêtre de l’Agence nationale de sécurité du médicament).  Il concernait « l’évaluation du risque lié à l’utilisation de l’aluminium dans les produits cosmétiques ». Voici sa conclusion :

« En conclusion, afin de limiter le risque lié à l’exposition à l’aluminium, l’Afssaps recommande de 

. restreindre la concentration d’aluminium dans les produits antitranspirants ou déodorants à 0,6 %. Cette valeur est volontairement exprimée en aluminium, afin qu’elle puisse s’appliquer aux différentes formes utilisées dans les produits cosmétiques;

.ne pas utiliser les produits cosmétiques contenant de l’aluminium sur peau lésée.

En effet, étant donné la forte absorption rapportée dans ces conditions, il serait nécessaire d’informer le consommateur que les produits antitranspirants ou déodorants ne doivent pas être utilisés après le rasage ou en cas de lésion de la peau de type microcoupures. L’Afssaps préconise que cette information figure sur les conditionnements. »

Cet avis ne peut toutefois être opposé aux industriels de la cosmétologie. Et Bruxelles estime que rien ne justifie d’évaluer un risque qui, officiellement, n’existe pas. Reste la Fondation-Clinique des Grangettes, ce nouveau lanceur, suisse, d’alerte.

A  demain

Avec «Tabac Info Service», le nouveau Parisien ignore l’existence de la cigarette électronique

 

Bonjour

Le vieux Parisien/Aujourd’hui en France a changé de maquette  et c’est une réussite. Ségolène est à l’Elysée comme chez elle. Yann Barthès fait le guignol sur une autre chaîne. Le fondateur de Meetic s’engage pour l’ancien ministre de l’Economie qui n’a pas su sauver le site Alsthom de Belfort. C’est la vie comme elle va dans la France d’aujourd’hui. C’est le canard sur le zinc, l’horoscope et le croissant, les courses et le petit blanc. C’est Audiard sans la clope.

On feuillette. Page 20, rubrique Santé : « Stop la clope ! Nos méthodes pour arrêter de fumer » (Elodie Chermann). « Ils sont nombreux en ce moment à vouloir arrêter la cigarette. Voici les meilleure méthodes ». Et là, soudain, quelque chose cloche.

« Cerise sur le gâteau »

La parole est largement offerte à Olivier Smadja, responsable de la plate-forme « Tabac Info Service ». Des extraits s’imposent :

« Patchs, comprimés, gommes à mâcher, inhalateurs, sprays… Les substituts nicotiniques obéissent tous au même principe. « Ils libèrent de la nicotine de manière lente et régulière dans l’organisme, ce qui permet au fumeur de déshabituer progressivement son cerveau du tabac, explique Olivier Smadja. Le tout en lui évitant à la fois de ressentir les symptômes du sevrage et d’absorber toutes les substances toxiques contenues dans la fumée. »

 « Le traitement peut durer, selon les cas, de six semaines à six mois. Avec, à la clé, des résultats souvent probants. « Quand le dosage est bien adapté, les substituts multiplient par deux, voire trois les chances de succès à un an », affirme le professeur Yves Martinet, pneumologue au CHU de Nancy et président du Comité national contre le tabagisme.

 «  Cerise sur le gâteau (sic) : lorsqu’ils sont prescrits sur ordonnance, ils sont remboursés par l’Assurance maladie sur la base d’un forfait annuel de 50 €, 150 € pour les femmes enceintes, les jeunes de 20 à 30 ans, les bénéficiaires de la CMU complémentaire et les patients atteints du cancer. »

Suit un médicament : délivré uniquement sur ordonnance, le Champix ® (varénicline). « Selon les estimations, elle permettrait à 44 % des fumeurs d’arrêter le tabac au bout de trois mois. Prudence toutefois. Accusé d’effets secondaires importants, notamment psychiatriques, ce traitement reste contre-indiqué chez les mineurs et les femmes enceintes. « Pour les autres, il faudra prolonger les prises sur plusieurs mois, le temps de se déconditionner de l’envie de fumer », précise la Dr Le Maitre, tabacologue au CHU de Caen.

Naturel et Marisol Touraine

Ne pas oublier le naturel et la mésothérapie. « On commence par un entretien d’environ vingt-cinq minutes au cours duquel on interroge le patient sur son parcours de fumeur et ses motivations à arrêter la cigarette », explique le Dr André Walter, directeur d’enseignement de mésothérapie à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Puis on lui pose des petites aiguilles au niveau des six points d’acupuncture de désintoxication situés autour des oreilles et du nez et on y injecte une microdose de procaïne, un anesthésiant local, et de vitamine B1. Ce mélange a l’avantage de provoquer le dégoût de la cigarette sans créer l’envie de grignoter. » En principe, une seule séance suffit. Un encadré sur l’hypnose et le tour est joué.

Rien sur la cigarette électronique, méthode qui a ouvert une brèche considérable contre le fléau du tabagisme. Rien sur cet outil révolutionnaire au service de la santé publique. Ce ne peut être un oubli. Comment comprendre ? Il faut ici se souvenir de « Tabac Info Service » est une entreprise privée qui travaille à façon pour le ministère de la Santé 1. Et que la cigarette électronique n’a pas l’heur de plaire à Marisol Touraine. On attend du nouveau Parisien, dans l’intérêt de ses lecteurs, qu’il remette assez vite les pendules à l’heure.

A demain

1 « Cigarette électronique ? Ici Tabac Info Service. Nous n’avons rien à communiquer sur ce sujet » (Journalisme et santé publique, 26 février 2015)

Le prix «secret» du Sovaldi® : l’aveu troublant du président du Comité économique des médicaments

 

Bonjour

Brexit ou pas, c’est un scoop entre les lignes. On le trouvera dans le Journal du Dimanche daté du 26 juin. Page 19, troisième colonne. Le papier est titré « Des médicaments, mais à quel prix ? ». C’est un  bon titre et un bien vaste sujet 1. Anne-Laure Barret interroge  Maurice-Pierre Planel, le tout nouveau président du puissant Comité économique des produits de santé (CEPS). Il était, jusqu’à l’an dernier, conseiller technique de la ministre des Affaires sociales et de la Santé en charge des « produits de santé ».

Titulaire d’une maîtrise de droit public à l’université de Nice, M. Planel est un ancien administrateur du Sénat (service des commissions, affecté au secrétariat de la Commission des Affaires sociales en charge du secteur assurance maladie-santé). Inspecteur de l’IGAS, il a aussi occupé les fonctions de conseiller chargé des prestations et des services aux familles au cabinet de la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti.

Puissant autant qu’opaque

« Arrivé au cabinet de Marisol Touraine en novembre 2013, il a débuté sa carrière en 1998 au Sénat » précisait Le Parisien dès le mois de septembre 2015 :

« Le tout puissant et très opaque Comité économique des produits de santé (CEPS) est chargé de fixer le prix des nouveaux médicaments, après négociations avec les laboratoires et dans le respect des objectifs de dépenses de santé. S’il rend chaque année un rapport d’activité, les motifs de ses décisions, pas toujours logiques, relèvent, elles, du secret industriel. C’est dire le pouvoir de son président. Nommé pour trois ans par arrêté du 11 septembre 2012, Dominique Giorgi, l’actuel président, arrive au terme de son mandat. Et, selon nos informations, il ne sera pas reconduit. »

M. Planel était personnellement  cité il y a quelques jours par Marisol Touraine. C’était le 26 mai dernier et cela portait sur le prix insensé, indécent, des nouveaux médicaments 1. La ministre de la Santé expliquait qu’elle lui l’avait personnellement chargé du dossier du prix du Sovaldi® un dossier économiquement et politiquement essentiel depuis que la ministre s’est engagé à son « accès universel ». « On ne peut évoquer la question de l’accès universel sans aborder celle du prix du traitement de l’hépatite C, qui a fait et continue de faire l’objet de discussions. Les prix doivent baisser. Il en va de la crédibilité de notre engagement » avait publiquement déclaré Mme Touraine.

Joie des caméras

Nous écrivions alors qu’avec ce transfert de responsabilités (et au vu de l’écho rencontré par la violente campagne médiatique de Médecins du Monde sur ce thème) M. Planel allait « bientôt goûter aux joies des caméras ». Cela ne tardera plus guère. Interrogé par le Journal du Dimanche le nouveau président du CEPS entrouvre brutalement les coulisses. Il explique que le prix affiché d’un médicament n’est pas celui qui est payé à l’industriel. Il existe « un système de remise qui permet en coulisses de faire baisser la facture ». Ces remises sont-elles ce qu’ailleurs on nomme rétro-commissions ? Sinon en quoi se distinguent-elles ?

« Le vrai montant net reste secret. Je ne sais pas ce que paient les Allemands pour le Sovaldi® et vice versa » confie M. Planel. Ce vice versa interroge bigrement. Il impose aussi d’aller plus loin. Serait-il possible, simplement, à un assuré social français de savoir quel est le vrai prix payé par la France à la firme américaine Gilead Sciences pour ce médicament dont le prix affiché est au-dessus 41.000 euros le traitement ? Un prix indécent selon Médecins du Monde 2. On peut le demander autrement : comment M. Planel parviendra-t-il à nous convaincre qu’il est parvenu à faire baisser le prix du Sovaldi® si le prix aujourd’hui affiché n’est pas le vrai ? Pourquoi tant et tant de secrets ?

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter à notre chronique de Slate.fr : « Finissons-en avec l’indécence des firmes pharmaceutiques » 25 juin 2016.

2 Le Sovaldi® est un médicament contre l’hépatite C, qui est efficace à 90% en association avec d’autres molécules pour soigner la maladie. Le Sovaldi® coûte à lui seul 41 680 euros par patient pour une cure de 3 mois (la durée minimale de traitement). Médecins du Monde explique que dans l’absolu, si le médicament n’était pas pris en charge par la Sécurité sociale, « il faudrait gagner au moins 13 666 euros par mois pour pouvoir se permettre de le payer. Or en France seul 1% de la population gagne plus de 13 000 euros par mois. »

Techniquement parlant, le coût est en fait plus élevé, car il faut prendre en compte le prix de la combinaison thérapeutique et la durée de traitement, qui peut-être plus longue que 3 mois. Le prix des combinaisons thérapeutiques actuelles oscille entre 44 000 et 66 000 euros – bien plus donc que les 41 680 euros.

Audrey Chabot avait noyé et congelé ses deux nouveau-nés : 13 ans et non plus 23. Pourquoi ?

Bonjour

Brexit ou pas, qu’est-ce qu’une juste peine ? C’est par exemple ce que  réclamait, en appel, Audrey Chabot. Elle a été entendue : la cour d’assises du Rhône l’a condamnée, vendredi 24 juin, à treize ans de réclusion pour avoir noyé puis congelés deux de ses enfants. Ils avaient été découverts dans son congélateur en 2013. Audrey Chabot avait déjà été condamnée, avec sa mère, pour la mort de l’un des ses nouveau-né. Il est des parcours difficiles à suivre.

Cette fois Audrey Chabot avait avoué avoir noyé dans son bac de douche deux nouveau-nés, l’un en 2011, six jours après sa naissance, et l’autre en 2012. Son aveu avait suivi la découverte des deux corps dans son congélateur, en mars 2013.

La cour a suivi l’avocate générale en assortissant la condamnation d’un suivi socio-judiciaire de dix ans – assorti de cinq ans de prison en cas de non-respect de ce  même suivi. Elle s’est aussi montrée plus clémente que l’avocate générale qui avait requis vingt ans de réclusion criminelle contre cette ancienne serveuse de 36 ans. Plus clémente également que la cour d’assises de l’Ain qui l’avait condamnée à vingt-trois ans de prison en première instance, en 2015.

Récidive légale

Audrey Chabot était d’autre part jugée en récidive légale après un premier infanticide en 2002. Le Parisien avait raconté le premier acte en mars 2013. Il faut, si l’on veut comprendre, relire ce papier : «  Le glaçant passé de la triple infanticide ».

« ‘’Elle a recommencé comme une mécanique’’, constate aujourd’hui Me Cécile Berton, l’avocate qui avait défendu Audrey Chabot, condamnée par la cour d’assises de l’Ain en 2005 pour un premier infanticide. La jeune femme vient d’être mise en examen pour avoir congelé, en octobre 2011 et novembre 2012, deux autres fœtus après sa sortie de prison.

Lorsque Audrey Chabot, 32 ans, a commis son premier infanticide il y a tout juste onze ans, le 28 mars 2002, elle était déjà mère d’un garçon de 2 ans. A cette époque, la jeune femme, célibataire, vivait chez ses parents à Ambérieu-en-Bugey (Ain) où son père, un militaire de carrière, était stationné sur la base aérienne. C’est là aussi qu’Audrey travaillait, serveuse au mess comme employée civile.

« Aidée » par sa mère

La veille de son accouchement, elle portait encore une jupe cintrée. Ce soir-là, elle dit à ses parents avoir mal au ventre et accouche dans les toilettes d’un autre garçon. Désemparée, Audrey appelle sa mère Jocelyne P…, 58 ans aujourd’hui. Cette dernière coupe le cordon ombilical, étrangle le nouveau-né avant de le cacher dans le garage puis dépose le cadavre dans un lieu qu’elle n’indiquera jamais à sa fille. Jocelyne prévient son mari qu’Audrey a « fait une fausse couche » et « a une hémorragie ». Aux urgences, le médecin comprend qu’il y a eu accouchement et non fausse couche.

C’est le médecin qui fera un signalement judiciaire, le bébé décédé sera inscrit sur le livret de famille sous le nom de Vincent. Le père de l’enfant ne sera jamais identifié. « Au procès, on avait dans le même box la mère et la fille, c’était la particularité de ce dossier », se souvient l’avocate qui décrit Audrey comme « vivant sa vie sexuelle sans avoir à l’esprit qu’elle pouvait tomber enceinte».

Affaire Courjault

L’instruction démontrera que la jeune femme n’avait jamais consulté un médecin ni pris de contraceptif. « Nous n’avons jamais eu d’explications de sa part. Elle ne s’est jamais réellement défendue, elle subissait. Elle n’a même pas voulu faire appel », poursuit l’avocate.

« Cette femme était dans le déni de grossesse absolu », soutient Me Berton qui a dû faire face à des experts psychiatres qui « ont balayé cet argument au prétexte qu’une femme ayant déjà eu un enfant ne pouvait être dans le déni ». ‘’On était avant l’affaire Courjault’’ malheureusement », se souvient l’avocate. Le jury ira au-delà des réquisitions de l’avocat général : la fille écopera de quinze ans au lieu des douze réclamés et la mère de dix-huit ans au lieu des quinze requis. Jocelyne, toujours détenue, ne sera libérable qu’en 2015. Sa fille, retournée en prison, risque désormais la perpétuité. »

Psychologie et fatalité

Résumons. Quinze ans de réclusion pour un premier infanticide qu’elle n’a pas commis et pour lesquels elle n’avait pas fait appel. Huit années derrière les barreaux. Deux infanticides avoués. Nouveau procès. Condamnée à vingt-trois ans. Appel et condamnée à treize années. Au final cette peine est « hors norme » si on la compare à d’autres condamnations pour infanticides.

« Nous sommes très satisfaits, car nous avons le sentiment d’avoir été entendus et compris », s’est félicité son avocat Me Jean-François Canis. Dans son réquisitoire, l’avocate générale Sophie Taupin avait également refusé de « faire des comparaisons » avec d’autres affaires d’infanticide. Elle  a toutefois déploré les mensonges d’Audrey Chabot qui a fait croire, en 2010, qu’elle respectait son « suivi psychologique » après sa sortie de prison, en 2010. « Elle a fait des choix raisonnés dont elle connaît les conséquences », a estimé l’avocate générale. Selon elle « ses grossesses n’étaient pas une fatalité, et la mort des nourrissons non plus ».

Qui, dans les enceintes de justice, manie le trébuchet de la fatalité ?

A demain

Fabienne K., grande délirante, condamnée à vingt ans de réclusion criminelle. Cherchez l’erreur

 

Bonjour

Brexit ou pas, une femme  malade mentale vient en France, d’être condamnée à vingt ans de réclusion criminelle. On peut s’en satisfaire. On peut le regretter. On pourrait aussi s’en indigner. Fabienne Kabou a été reconnue coupable d’avoir assassiné sa fillette en l’abandonnant sur une plage de Berck-sur-Mer. Abandon à marée montante. Les jurés de la cour d’assises du Pas-de-Calais n’avaient pas à pardonner. Ils ont jugé.

« L’accusée est condamnée à vingt ans de prison pour assassinat », a déclaré la présidente du tribunal, Claire Le Bonnois, précisant que la cour avait retenu l’altération du discernement. Dix-huit ans de prison ferme avaient été requis à son encontre par l’avocat général Luc Frémiot, qui avait fustigé « une planification froide » de son crime par l’accusée. Elle encourait la réclusion criminelle à perpétuité. La cour d’assises a également ordonné « un suivi psycho-judiciaire avec injonction de soins » de Fabienne Kabou.

Cauchemar

Les aveux de l’accusée étaient là : elle s’était bien rendue le 19 novembre 2013 depuis son domicile à Saint-Mandé, en région parisienne, jusqu’à Berck-sur-mer dans le but de noyer Adélaïde dans la mer – une enfant qui n’aura pas eu d’existence légale, faute d’avoir été inscrite à l’état civil. Le corps de la fillette avait été retrouvé le lendemain au petit matin par des pêcheurs. Comme dans un cauchemar.

Ce procès aura été marqué par quelques effets de manches et de robes. « Les histoires tragiques se ressemblent, on nous a dit que c’était un cas historique, mais c’est faux », avait affirmé Luc Frémiot. L’avocat général n’avait pas craint d’en faire trop, allant jusqu’à juger que Fabienne Kabou était un cas « psychanalytique » et non pas « psychiatrique ». On aimerait, parfois, que les avocats généraux en disent un peu plus sur leurs références bibliographiques. Qui les renseigne sur la thermodynamique des inconscients des mères qui, un jour vont jusqu’à Berck ? Où apprennent-ils les invariants de la tragédie ? La psychanalyse est plus frivole, moins solide que le DSM5 ?

Délire

Trois psychiatres avaient conclu que Fabienne Kabou présentait une « pathologie psychiatrique de type paranoïa délirante ». D’autres ont contesté cette thèse, parlant simplement d’« un trouble psychique ». C’est un grand classique que de voir des psychiatres se déchirer devant des jurés. La psychiatrie n’en sort jamais gagnante. Pour les accusés c’est moitié-moitié. Fabienne Kabou n’était pas dans un bon jour.

Luc Frémiot, encore lui, avait estimé qu’il fallait arrêter avec « ce tout psychiatrique ». « La vie, ce n’est pas ça, on est dans l’humain, dans les sentiments, avait-il dit. Le sujet, c’est cette petite dont on a si peu parlé, parce que Fabienne Kabou a pris toute la place en raison de sa personnalité… ». « Vous donnez l’impression d’une reine offensée », avait-il dit en s’adressant à l’accusée. On se gardera de commenter. On précisera qu’il avait ajouté :

Transfert

« Ce n’est pas parce que vous êtes belle et que vous avez un QI de 135 qu’on ne peut pas vous poser des questions qui font mal ». « Vous aviez le masque de l’indifférence et de l’ironie et je ne peux pas le supporter », a-t-il poursuivi, en regardant l’accusée, impassible dans son box, tête haute et bras croisés. Il est des transferts qui ne manquent pas de troubler.

« Il faut appeler un chat un chat, et un délire un délire ! Bien sûr que Fabienne Kabou délire », avait pour sa part asséné le Dr Daniel Zagury, psychiatre expert bien connu des cours d’assises et des médias. Il était de ceux qui avait conclu que la mère infanticide de Berck-sur-Mer souffrait d’une « psychose paranoïaque » ayant « gravement altéré son discernement ». « C’est une grande délirante, pas une petite menteuse », avait-il insisté.

Abandonnique

« Elle a une structure névrotique, mais sans décompensation, ce qui signifie qu’elle n’est pas passée du côté du trouble mental », avait alors contredit le psychologue Jean-Luc Viaux 1. Il avait aussi évoqué « un mode de pensée mélancolique » marqué par « une problématique abandonnique ». Il faut parfois néologiser quand la réalité vous échappe.

La présidente Claire Le Bonnois avait résumé à l’attention des experts : « Vous êtes tous d’accord pour dire qu’il s’agit d’une personnalité complexe, et tant complexe que vous n’arrivez pas tous aux mêmes conclusions ». Les jurés sont quant à eux parvenus à une même conclusion. Discernement altéré, injonction de soins, vingt ans de cellule.

A demain

1 Sa fiche Wikipédia rappelle que c’est lui qui avait déclaré, à la suite de l’acquittement des accusés d’Outreau, une phrase devenue célèbre: « Quand on paie les expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femmes de ménage ! »

Une première en France : des poumons ont été prélevés après « arrêt des thérapeutiques »

Bonjour

C’est une première qui date des premiers jours du mois de mai. Elle a été rendue publique à la veille de la « Journée nationale de réflexion sur le don d’organes ». De fait voilà bien une première qui mérite quelques réflexions. L’affaire est reprise aujourd’hui par Le Parisien : « Don d’organes : le prélèvement inédit de l’hôpital Bicêtre ».

Résumons.  Début mai 2016, des équipes de l’AP-HP (Hôpitaux universitaires Paris-Sud), en collaboration avec le Centre chirurgical Marie-Lannelongue, ont réalisé à l’hôpital Bicêtre un prélèvement d’organes dit « de type Maastricht III ». Le prélèvement a été pratiqué chez un patient décédé après confirmation par ses proches qu’il était donneur d’organes. Mais ce patient était aussi, pour reprendre la formule du service de presse de l’AP-HP, en « arrêt des thérapeutiques ».

Le patient était pris en charge à l’hôpital Bicêtre. Après son décès une circulation extra-corporelle a été mise en place. Il s’agissait de protéger les organes de l’ischémie chaude – un phénomène correspondant au moment où les organes, encore à la température corporelle, ne sont plus  irrigués.  Avec la collaboration de l’équipe de coordination hospitalière de prélèvement, le prélèvement des poumons a été réalisé par l’équipe de chirurgie thoracique de Marie-Lannelongue. Le prélèvement du foie par l’équipe de transplantation hépatique de l’hôpital Paul-Brousse. Les prélèvements des reins et des tissus par l’équipe d’urologie de l’hôpital Bicêtre. « Tous les organes ont ensuite été greffés à des patients inscrits sur liste d’attente » précise l’AP-HP.

Mort après décision d’arrêt

C’est, nous dit-on, la première fois en France que des poumons sont prélevés dans les conditions du « protocole Maastricht III ». Rappelons que la classification de Maastricht identifie différents types de décès. Le type III « correspond au décès qui survient après une décision de limitation ou d’arrêt des thérapeutiques prise en raison du pronostic péjoratif du patient ». En France les équipes réalisant ce type de prélèvements ont reçu en amont une autorisation de l’Agence Régionale de Santé après avis de l’Agence de la biomédecine.

Les Hôpitaux universitaires Paris-Sud, AP-HP, ont participé à la phase pilote de ce programme sous l’égide de l’Agence de la biomédecine. Un bilan est prévu après un an de fonctionnement. Les hôpitaux de la Pitié-Salpêtrière et du CHU de Nantes ont également été retenus par l’Agence de la biomédecine ainsi que le Centre hospitalier Annecy Genevois et le Centre Hospitalier de La Roche-Sur-Yon.

Comme Vincent Lambert

« Ce type de don est aujourd’hui rendu possible grâce à l’évolution des lois de Bioéthique et aux apports des techniques innovantes telles que la circulation régionale normothermique ou la réhabilitation des organes en ex-vivo »,  explique le Dr Gaëlle Cheisson, responsable médicale de la coordination de prélèvement des Hôpitaux universitaires Paris-Sud. Déjà pratiqué dans de nombreux pays comme la Belgique, le Canada ou l’Espagne, le prélèvement ‘’Maastricht III’’ devrait  contribuer à l’amélioration de l’accès à la transplantation pour les malades en attente de greffe » précise le Dr Cheisson.

Le Parisien (Aurélie Rossignol) va un peu plus loin :

« Les ‘’Maastricht III’’, c’est à dire les patients que l’on maintient en vie, comme le tétraplégique en état végétatif Vincent Lambert étaient jusqu’alors exclus du protocole de don. Des questions d’ordre éthique freinaient en effet cet élargissement. Certains professionnels et associations craignent que l’on pousse dans le sens d’un arrêt des soins rapide pour augmenter les dons d’organes et la qualité de ces derniers (moins on attend, moins les traitements palliatifs abîment les organes)

Vincent Lambert ? Pourrait-on, le cas échéant, prélever ses organes ?  Les questions soulevées ici sont redoutables. Et les quelques phrases du Parisien résument, à elles seules, la profonde réflexion qui reste à mener, en France, sur un tel sujet. Moins on attendra, mieux ce sera.

A demain

« Trisomie 21 : vivement le test sanguin ». Dérangeante publicité de l’hôpital Américain

 

Bonjour

Une page du Parisien, un bon titre, tout est dit : « Trisomie : vivement le test sanguin » (Claudine Poust). Tout est dit aussi, entre les lignes, d’une menace dont les médias généralistes ne parlent pas mais à laquelle ils participent parfois : l’installation, en France, d’un dépistage « simplifié » et à deux vitesses. Dépistage de la trisomie 21 et des autres malformations chromosomiques voir, bientôt, génétiques.

Que nous dit Le Parisien d’aujourd’hui ? Ceci :

« Plus fiables et moins violents que l’amniocentèse, les tests génétiques de dépistage de la trisomie seront-ils bientôt accessibles à toutes les futures mamans jugées à risque en France ? C’est un sujet phare de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP), qui se réunit en congrès jusqu’à ce soir. Avec, un avis très clair sur la question. Pour cette société savante, il faut que ce dépistage prénatal non invasif (DPNI) soit plus largement préconisé en France. »

« Personnalités de l’éthique »

Organisé à Montpellier ce congrès réunit « des acteurs de soins, mais aussi des éthiciens et des personnalités de la politique de santé, afin de discuter de façon transversale d’un sujet d’actualité ». Le thème abordé cette année est « l’ADN circulant et ses applications en médecine fœtale et en cancérologie ». Parmi les personnalités invitées « des acteurs nationaux et internationaux de la génétique, de la gynécologie et de l’oncologie de la politique de santé et de l’innovation (Jean de Kervasdoué, Guy Vallancien, Yves Lévy) mais aussi des « personnalités de l’éthique » (sic) : Israël Nisand, Luc Ferry, Pierre Le Coz. On verra ici les « Platinium sponsors ».

L’ambiguïté est dans l’ellipse du titre : la « prise de sang » ne « dépiste » pas la « trisomie ». Elle permet, le cas échéant, de ne pas avoir recours à la pratique de l’amniocentèse. D’où la formulation : « dépistage prénatal non invasif ». Pour le dire autrement cette « prise de sang » réduit les nombre des amniocentèses pratiquées. Nous n’en sommes pas, déjà, à Gattaca. Et ce en dépit des raccourcis.  Le Parisien :

« Le DPNI se résume à une simple prise de sang, réalisable dès la dixième semaine de grossesse. Dès que la future maman est enceinte, son sang véhicule de l’ADN du fœtus, que les progrès de la technologie, grâce au séquençage, permettent d’analyser pour y détecter les anomalies chromosomiques (13, 18 et 21). 

 « Le Comité national consultatif d’éthique a même rendu un avis favorable en avril 2013. D’autres pays, comme les Etats-Unis, la Suisse (1) ou l’Allemagne l’ont déjà adopté : ‘’Cet examen semble logiquement conduit à supplanter l’amniocentèse dans le cadre du dispositif actuel de dépistage de la trisomie 21’’, prédit le Pr Léon Boubli, cofondateur de la SFMPP. »

Réduire (et non supplanter) le recours aux amniocentèses ? Sans doute. Reste à savoir quand, dans quel cadre et selon quelles modalités. Il s’agit en effet en France d’intégrer cette nouvelle donnée dans le cadre éthique existant : un dépistage proposé de manière égalitaire à toutes les femmes enceintes ; un dépistage associant fiabilité et efficacité calculée dont le coût est intégralement pris en charge par la collectivité. C’est ici que blesse le bât : il existe d’ores et déjà une offre marchande de dépistage qui ne s’embarrasse guère d’équité. C’est à l’Hôpital américain. Où l’on retrouve (après Le Monde) le Dr François Jacquemard dans Le Parisien :

« Premier établissement à l’avoir expérimenté en France, depuis janvier 2013, l’Hôpital américain de Paris affiche aujourd’hui une solide expérience de 5 400 DPNI. ‘’On le propose en routine aux femmes jugées à risque et ça marche très bien », confie le Pr François Jacquemard.’’ »

Au choix : 360 ou 800 euros

 Cette confidence n’est pas complète. La « solide expérience » du célèbre établissement privé a été facturée à l’unité, de même que la proposition faite en routine à toutes les femmes intéressées. Tout est expliqué sur le dite de l’Hôpital américain et de son unité de diagnostic prénatal.

« L’offre du centre s’est enrichie depuis septembre 2014 d’un deuxième test réalisé par le laboratoire Sequenom: le test VisibiliT®, qui permet de tester les anomalies de nombre des chromosomes 21 et 18, qui représentent l’essentiel des demandes des patientes, avec une sensibilité > 99 % y compris dans les populations à risque intermédiaire ou faible. Ce test est disponible au prix de 360 euros, en faisant le test le moins cher actuellement disponible. 

« Nous disposons donc avec ce test, de deux tests parfaitement complémentaires :

Le test MaterniT21PLUS®  qui est le test le plus fiable et complet actuellement disponible, incluant le dépistage des trisomies 21, 13, 18, des anomalies des chromosomes sexuels et des principales microdélétions, dont le prix est de 800 euros. Le test VisibiliT ® dépistant les trisomies 21 et 18 avec la même fiabilité, dont le prix est de 360 euros. » 

 La voix du Pr Israël Nisand

  « Pour 15 % de bébés qui passent à travers le diagnostic, 100 bébés sains ne naissent pas chaque année à cause de l’amniocentèse », résume abruptement au Parisien le Pr Pascal Pujol (CHU de Montpellier), président de la SFMPP. Le Pr Pujol « veut pousser les autorités à accélérer le mouvement » 2. En mai dernier le DPNI a été inscrit dans une liste d’examens autorisés et remboursés s’ils sont prescrits, « à l’appréciation du médecin », dans certains établissements de soins accrédités. Un premier pas insuffisant et inégalitaire juge le Pr Pujol : « Si vous êtes suivie dans un petit hôpital, vous n’y avez pas droit. »

Une autre voix se mêle au chapitre : celle, bien connue, du Pr Israël Nisand (CHU de Strasbourg) gynécologue et futur président du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France. Ecoutons :

« Tant que l’on n’avait pas la preuve de l’efficacité de ces tests de dépistage prénatal non invasif, je n’y étais pas favorable. Mais aujourd’hui, la somme d’études menées prouve suffisamment que le taux d’échec est très faible. Et mon avis est désormais très clair. Il y a urgence ! On ne peut pas faire l’économie de proposer —et rembourser — un test de dépistage dont la technologie permet d’emblée un diagnostic fiable à plus de 95 %.

« Je conseille à mes patientes à risque de mettre les quelques centaines d’euros nécessaires de côté pour éviter l’amniocentèse (…) Le risque de trisomie augmente avec l’âge de la mère et passe à 1/50 à 42 ans. C’est aussi un âge où, si elles perdent leur bébé, qui s’avérait sain, à cause des complications de l’amniocentèse, elles risquent de ne pouvoir en faire d’autres. De toute façon, tout bébé perdu est un bébé de trop », insiste le gynécologue. 15 % des femmes échappent au diagnostic de trisomie — et au choix de poursuivre ou pas leur grossesse —, « découvrant après coup qu’un test diagnostic plus fiable était possible. La Direction de la Santé a, je pense, bien conscience qu’il existerait, dans ce cas, une possibilité de recours contre l’Etat ».

Serait-ce là une menace ?

A demain

1 Le service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) vient d’annoncer avoir développé un test prénatal non invasif pour dépister les trisomies 21, 18 et 13: le Genatest®. « Pouvant constituer une alternative à l’amniocentèse, ce test est proposé dès la 11ème semaine de grossesse et réalisé sur la base d’une simple prise de sang de la femme enceinte, donc sans danger pour l’enfant à naître, précisent les HUG. Sa fiabilité atteint 99,7% pour la trisomie 21. Ce dépistage est entièrement réalisé aux HUG ; il est désormais intégré dans la prise en charge des futures mamans. Même en présence d’une grossesse gémellaire monozygote, Genatest® dépiste les trisomies 21, 18 et 13. »

«  Grâce aux nouvelles technologies de génétique moléculaire et de bioinformatique, il suffit d’une faible quantité d’ADN fœtal, libéré par le placenta dans le sang de la mère, pour détecter des anomalies numériques des chromosomes. Recommandé lors d’un risque de trisomie supérieur à 1 sur 1000 Cet examen non invasif est préconisé pour toutes les futures mamans quand, à l’issue du premier trimestre, l’échographie est normale, mais que la prise de sang qui dose des marqueurs sériques, révèle, pour le fœtus, un risque de trisomie supérieur à 1 sur 1000. Si le résultat au Genatest®   est négatif, cela signifie que le risque de trisomie 21, 18 et 13 est très faible, inférieur à 1%.

« Dans ce cas, les femmes peuvent poursuivre leur grossesse selon le protocole de prise en charge habituel. En revanche, s’il est positif, cela indique que le fœtus est très probablement porteur d’une trisomie. Ce dépistage doit alors être confirmé par un test diagnostique invasif, de type amniocentèse.  Genatest ® est remboursé dans les prestations de base de la LAMal si le risque de trisomie est supérieur à 1 sur 1000 lors du dépistage sérique du premier trimestre. Si le risque détecté est inférieur, il est à la charge de la femme enceinte. »

2 Pour l’heure le mouvement est le suivant. La Direction Générale de la Santé a organisé une réunion avec les parties prenantes le 17 mai dernier pour fixer le calendrier.  En retard chronique sur ce dossier jugé ultra-sensible la Haute Autorité de Santé ne rendra pas le deuxième volet de ses recommandations avant l’automne 2016. Suivra le processus relatif à la prise en charge de cet acte. L’arrêté du 23 juin 2009 modifié fixant les règles actuelles de bonnes pratiques en matière de dépistage et de diagnostic prénatals (avec utilisation des marqueurs sériques maternels de la trisomie 21) devrait être  modifié d’ici fin 2016.

Les principales actualités du mardi 10 mai 2016 : logos nutritionnels et harcèlements sexuels

 

Bonjour

L’information ne sera guère reprise : aujourd’hui tous les médias généralistes français ne parlent (dans la foulée de France Inter et de Mediapart) que des « harcèlements sexuels » dont est accusé le « député vert » Denis Baupin, 53 ans et des souffrances de sa compagne Emmanuelle Cosse, 42 ans. Après les « affaires DSK » c’est, a minima, une nouvelle tornade aux confins du médiatique et du politique, du pathologique et du judiciaire.

Obèses et diabétiques

L’information ne sera donc guère reprise et c’est regrettable. Dans Le Parisien de ce jour, (avec piqûre de rappel sur RTL) la ministre de la Santé, Marisol Touraine annonce que des tests grandeur nature seront menés en septembre sur plusieurs types de logos nutritionnels. Ces tests seront menés une cinquantaine de grandes surfaces, en vue de leur mise en place en 2017.

« Un tiers des Français sont en surpoids, le nombre de diabétiques augmente et mon objectif, c’est que chacun puisse, d’un simple coup d’œil, évaluer ce qu’il achète » explique la ministre. Elle précise aussi qu’il existe, en Europe, deux types de logos : des logos dits « descriptifs » (sur les teneurs en sel, en graisses ou en sucre) et des logos dits « synthétiques » –  logos « français » créés en France, par des scientifiques et des industriels, basés sur des codes couleurs.

Réactions des consommateurs

« L’Agence chargée de la sécurité alimentaire (Anses) les trouve tous les deux de bonne qualité. J’ai donc pris la décision de les tester grandeur nature auprès des consommateurs pour pouvoir choisir celui qui est le plus efficace, en vue d’une application en 2017 » annonce, martiale, la ministre de la Santé. En pratique le ministère va superviser 1 500 études qualitatives auprès des consommateurs pour voir comment ils réagissent face à ces logos. A partir du mois de septembre et pendant trois mois, ils seront testés dans des magasins. Marisol Touraine :

« Cinquante grandes surfaces seront tirées au sort pour mener à bien cette expérimentation. « Chacune des signalétiques sera testée dans dix supermarchés. Dix autres supermarchés n’auront, eux, pas de logo, pour faire la comparaison. Dans chacun de ces supermarchés, plus de 800 produits vont être étiquetés. Bien sûr, tous les produits d’une même gamme porteront un logo. Si on décide d’étiqueter une pizza, toutes les pizzas le seront. Le produit le plus onéreux n’est pas forcément le meilleur. »

Aliments discriminés

L’association de consommateurs CLCV a récemment recommandé une mise en application rapide du « code à cinq couleurs », préconisé aussi par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Face à eux la puissance des industriels de l’agro-alimentaire et des distributeurs (sans parler des publicitaires) qui s’opposent à cette présentation : ils la  jugent potentiellement « discriminante ».

Quand l’émotion née de la nouvelle affaire des « harcèlements sexuels » sera retombée il faudra commencer à s’intéresser, de très près, à tout qui ce qui se joue dans l’acte d’achat, entre les innombrables gondoles des petites et grandes surfaces.

A demain