Un détenu, 30 ans, a été trouvé pendu à Nanterre. La justice n’a plus les moyens d’hospitaliser

Bonjour

Michel Polnareff revient, et revient la ritournelle du Bal des Lazes. Quatre lignes dans les journaux ? Hier c’était dans Le Parisien. Puis l’AFP, reprise par Libération. Quelques secondes en rez-de-chaussée de BFMTV.

« Drame à la prison de Nanterre où un détenu a mis fin à ses jours. L’homme, âgé de 30 ans, a été retrouvé pendu dans sa cellule samedi matin par les gardiens de la Maison d’arrêt. Décrit comme ayant une personnalité fragile, il ne faisait pourtant pas l’objet d’une surveillance particulière, n’ayant pas manifesté d’intentions suicidaires.

Alias et cellule individuelle

« Il avait été placé dans une cellule individuelle suite à des problèmes de comportement qui compliquaient sa cohabitation avec d’autres détenus. Selon la direction de la prison, il n’a laissé aucune lettre ou document pouvant expliquer son geste. »

Ces informations ont ensuite été « confirmées de source judiciaire ». L’homme était bien âgé de 30 ans. Il  purgeait une peine d’un an de prison, depuis septembre, pour un vol avec violence. Il était libérable en juin, a indiqué cette source. Elle ajoute : « il était un peu instable et assez revendicatif vis-à-vis de la direction ».  Il avait  «déjà été condamné à plusieurs reprises et utilisait plusieurs alias».

Faire confiance

Il faut croire la direction de la prison quand elle affirme que le suicidé, libérable en juin, n’a laissé « aucune lettre ou document pouvant expliquer son geste ». Il faut croire l’AFP lorsqu’elle rappelle que la maison d’arrêt de Nanterre (avec en moyenne 1 000 détenus pour 592 places) présente l’un des taux de surpopulation carcérale les plus élevés d’Île-de-France.

Il faut croire Jean-Jacques Urvoas, nouveau ministre de la Justice lorsqu’il déclare, un beau dimanche, que l’administration judiciaire est en faillite 1. Il faut entendre les invités de « C dans l’air » (6 avril 2016, France 5) – magistrats, journalistes, qui détricotent cette invraisemblable sortie ministérielle.

On peut aussi écouter Michel Polnareff. Il revient.

A demain

1 Dans le Journal du Dimanche (du 3 avril) Jean-Jacques Urvoas : « La direction de l’administration pénitentiaire a 36 millions d’euros de factures impayées pour des hospitalisations de détenus ». Marisol Touraine lui fera-t-elle crédit ?

Dénonciation du prix des anticancéreux : Emmanuel Macron signera-t-il la pétition ?

Bonjour

Nouvelle étape dans le chemin de croix contre Big Pharma : la Ligue contre le cancer doit lancer, ce jeudi 7 avril, une pétition exigeant une baisse des prix des nouveaux médicaments contre le cancer. La Ligue est une vieille dame qui sait parler de choses graves en restant distinguée. Elle ne dit pas profits inhumains mais optimisation des gains. La même nuance, en somme, que celle qui sépare l’optimisation de l’évasion fiscale :

« Face à l’inflation des prix pratiqués par des laboratoires pharmaceutiques enclins à optimiser leurs gains, des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès des patients aux traitements innovants des cancers et sur la pérennité de notre système de santé solidaire. »

Situation intenable

La Ligue (une association forte de plus de 600.000 adhérents) ne doute de rien : elle réclame que cette problématique soit au cœur de la prochaine réunion du G7 organisée fin mai au Japon.

C’est là une initiative intéressante. Mais c’est aussi, surtout, un symptôme qui nous dit que la situation devient intenable en haut lieu : si rien n’est fait le système français va bientôt craquer. Il craque déjà, à dire vrai mais on dispose encore des subsides qui permettent de masquer les lézardes. Après avoir initié le mouvement en décembre dernier, La Ligne prend ici le relais du Figaro qui avait, en publié une pétition de plus d’une centaine de cancérologues dénonçant la situation :  « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? » 1.

Opacité de la machinerie

Notre bonne vieille Ligue espère rassembler plusieurs centaines de milliers de signatures. Elle critique notamment « l’opacité de la fixation des prix » et interpelle les pouvoirs publics pour « qu’ils résistent à la pression des laboratoires pharmaceutiques ». La Ligue est bonne fille. Elle pourrait tout autant dénoncer l’opacité des pouvoirs publics et les secrets, injustifiables, qui entourent la machinerie du Comité économique des produits de santé.

Ecoutons la Ligue et ses accents humanistes, anticapitalistes.  Elle nous dit que le cancer « touche chaque jour 1.000 nouvelles personnes » et que dans le même temps « 400 en décèdent ». Elle estime que « les médicaments innovants ne sont pas des biens de consommation comme les autres » et qu’ils « relèvent d’une nécessité et non d’un choix pour les personnes malades ». Parmi les prix « exorbitants », la Ligue cite le cas du Keytruda ®, (laboratoire MSD)  une nouvelle spécialité  médicament indiqué dans des formes évoluées de mélanome (avec un prix estimé à plus de 100.000 euros par an et par malade).

Tourisme pharmaceutique

La Ligue nous rappelle également que l’industrie pharmaceutique détermine ses prix « en fonction des capacités économiques du marché ». Elle cite l’exemple d’une cure standard de douze semaines d’un médicament utilisé pour traiter l’hépatite C, qui coûte 67.000 dollars (59.000 euros) aux Etats-Unis, 41.000 euros en France, 4.000 euros en Thaïlande et 700 euros en Egypte.

Une situation qui commence à alimenter un « tourisme pharmaceutique » – tourisme inquiétant faisait il y a quelques jours la Une du Parisien/Aujourd’hui en France : « « Tourisme et pharmacie. Pour le Sativex®, aller en Suisse. Pour le Sovaldi® c’est New Dehli ».

Timing

« À court terme, le traitement d’un patient pendant un an équivaudra au revenu moyen de trois ménages français »  avertit la Ligue. Que faire ? Obtenir que la question « des prix des médicaments innovants » « fasse partie, à la demande de la France, de l’ordre du jour du prochain G7 ». François Hollande a déjà fait savoir qu’il défendrait cette cause au G7  – puis au G20 en septembre en Chine.

Il ne serait pas superflu, d’un point de vue symbolique et donc politique, que le président de la République française signe, avec nombre de ses concitoyens, la pétition de la Ligue nationale contre le cancer. Certains malades lui en diraient peut-être merci. La même question se pose, désormais, pour Emmanuel Macron.

A demain.

1 Où va Emmanuel Macron ? Ni à droite, ni à gauche. Volontariste,  sens inné du timing, un site internet, un compte Twitter, une page Facebook et un compte instagram. Un clip de lancement aussi, le tout dévoilé peu après 20 heures sur les écrans géants du centre expo MégaCité d’Amiens, le ministre de l’Economie  a (enfin) dévoilé le 6 avril son programme politique « En marche ! » lors d’une « rencontre citoyenne » organisée à huis clos – mais retransmise sur Dailymotion.

Tourisme et pharmacie. Pour le Sativex®, aller en Suisse. Pour le Sovaldi® c’est New Dehli

 

Bonjour

C’était, précisément il y a deux ans. Marisol Touraine, auteure unique, vantait  dans The Lancet les vertus (relatives) du modèle français et proposait un « nouveau contrat social pour la santé ». Deux ans plus tard tout le monde (ou presque) a oublié la teneur du papier : « Health inequalities and France’s national health strategy ».

Deux années ont passé. Nous avons appris à expérimenter les limites d’un système à la fois performant et en perte de vitesse. Comme un essoufflement progressif, la multiplication de voies d’eau. Des soutiers qui écopent tout en ramant ; et qui le font savoir. On les entend désormais sur le ponton. On ne coule pas, certes ; mais l’inquiétude gagne. Les certitudes ont faussé compagnie.

Dernier symptôme en date : la Une du Parisien/Aujourd’hui en France  (sur abonnement) de ce 5 avril 2016 :

« Prix des médicaments : ils vont à l’étranger pour se soigner. De plus en plus de patients sont contraints d’aller jusqu’en Inde ou en Chine pour acheter leurs traitements, certains produits étant non autorisés ou trop chers en France » (Christine Mateus et Daniel Rosenweg)

Le pouls du mal national

Filons un instant la métaphore maritime : ce ne sont pas des rats qui quittent le navire mais bien des passagers ayant payé le droit d’accès à l’infirmerie contraint de prendre qui une barge qui un sampan pour que la croisière puisse continuer.  Il faut lire Le Parisien/Aujourd’hui en France pour prendre le pouls du mal national. Il faudra décrypter les conclusions de la manifestation organisée ce jour même par les trois Académies sanitaires 1 pour saisir dans quel paysage international médicamenteux mafieux s’inscrit ce phénomène.

Aller acheter son Sativex® en Suisse faute d’un accord sur le prix en France ? Aller chercher son Sovaldi® à New Dehli faute de pouvoir se le faire prescrire en France (rationnement qui ne dit pas son nom) ? L’ombre croissante, jusque dans les pharmacies d’officine, des médicaments contrefaits ou falsifiés ?

La houle monte, les orages éclatent. Le navire amiral semble vaciller. Il tangue. Les officiers sont-ils dans leur carré ? Mais que fait donc le capitaine ? Bâbord passe à tribord… Où sont nos vieux phares ? D’où viennent ces violons ?

A demain

1 Au nom de la santé publique, face aux trafics mondiaux croissants des médicaments falsifiés, les trois Ordres et Académies (médecine, pharmacie et vétérinaire) militent désormais conjointement pour une politique de prévention mais surtout de répression, au nom de la santé publique.

Ces institutions françaises dénoncent un arsenal juridique est très insuffisant. La Convention « Medicrime » n’a toujours pas été ratifiée par la France. « Elle ne l’est à ce jour que par l’Arménie, l’Espagne, la Hongrie, la Moldavie, l’Ukraine et la Guinée » précise Le Quotidien du Médecin. Ce texte engage les pays signataires à prendre des mesures législatives « effectives, proportionnées et dissuasives », à l’encontre des trafiquants. Les pays s’engagent aussi à instaurer une coopération internationale en matière policière et pénale.

Renaud : «Six mois et vingt jours sans alcool». Questions sur la médiatisation de l’addiction

Bonjour

La mise en scène du sevrage peut-elle être une aide à la thérapeutique de la maladie alcoolique ? C’est une question pour alcoologues et psychologues spécialistes. Ils nous renverront sur les causes véritables, psychiatriques parfois, qui prédéterminent le passage à l’alcoolisation chronique du sujet.

Médiatiser sinon sa thérapie du moins ses effets ? Une nouvelle fois on retrouve, sur ce créneau, le chanteur Renaud, bientôt 64 ans. Cette fois c’est dans Le Parisien : « Renaud : ‘’Je reviens plus fort que jamais’’ »(sur abonnement) . Deux pleines pages « Loisirs et Spectacles » (propos recueillis par Éric Bureau, notre envoyé spécial à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) |. Le quotidien l’avait quitté en juin, à la terrasse de sa cantine, le Bouchon, à L’Isle-sur-la-Sorgue. Il avait repris l’écriture, mais il était encore en « mauvaise santé ». C’était, simplement, pathétique 1.

Bouchées-à-la-reine

Tout, aujourd’hui semble avoir changé. L’homme, rajeuni, sourit. Il est toujours dans l’une de ses deux « cantines » ; il carburait à un litre de pastis par jour, il est présentement derrière un verre d’une boisson « moins nocive », gazeuse, de facture capitaliste et d’origine américaine.  Lui qui ne mangeait plus « engloutit quatre bouchées-à-la-reine ».

Il pose. Un album (son seizième) va bientôt sortir. Il sourit et se confie. Avec ce joli mot d’auteur : « Je me contrefoutais de la marche du monde, ma vie était une infinie tristesse anisée ». Extraits à consonances médicales :

« Comment allez-vous ?
Six mois et vingt jours sans alcool, sans une goutte. J’ai perdu vingt ans de ma vie à boire jusqu’à plus soif. Ce qui m’arrive aujourd’hui m’est arrivé en 2002, quand j’ai sorti « Boucan d’enfer ». Je sortais d’une même période de dépression, d’alcool, de paranoïa. Cela faisait sept ans que je n’avais pas fait d’album, tout le monde a parlé de renaissance, de phénix. Je m’en suis sorti quelques semaines et j’ai replongé. Mais aujourd’hui, je reviens plus fort que jamais.

 Rouge potassium

Comment avez-vous vaincu l’alcool ?
– En arrivant au studio ICP à Bruxelles, en septembre pour enregistrer l’album, je n’ai pas réussi à chanter. J’étais encore à un litre de pastis par jour. J’étais très mal, je titubais, je vomissais, j’avais des vertiges. Je suis allé voir un addictologue. Cela a duré cinq minutes, il m’a dit que mon taux de potassium était dans le rouge : ‘’Vous risquez un arrêt cardiaque aujourd’hui, demain ou dans huit jours.’’ J’ai eu très peur. J’ai arrêté de boire aussi sec.

-Vous avez été hospitalisé ?
-Je devais rester trois jours, ils m’ont gardé quinze jours, sous perfusion de potassium. J’en ai profité pour faire la totale, IRM, scanners, je suis en pleine forme. Je n’ai jamais passé une période aussi longue de ma vie sans une goutte d’alcool. Il y a encore six mois, je me réveillais à midi, crevé, tracassé, titubant. Je n’arrivais plus à rire, à parler, à pleurer. (…) Maintenant, après cinq heures de sommeil, je me réveille à 7 heures et j’ai la pêche. (…) ».

Il y a trois semaines, c’était le même, mais dans Paris-Match : « Renaud : « Bientôt six mois que je n’ai pas bu une goutte d’alcool » ». Quels titres demain ? Existe-t-il, dans l’histoire mêlée de la médecine et de la machinerie médiatique, d’autres exemples de sevrage ainsi mis en scène ? Cette machinerie peut-elle avoir des dimensions thérapeutiques ?  Les spectateurs peuvent-ils être un soutien du chanteur ?

A demain

1 Lire « Toujours souffrant, Renaud tente une sortie médiatique. Entre thérapeutique et pathétique » (20 juin 2015)

Mediator®: Xavier Bertrand, ancien ministre, ouvrira-t-il le prochain livre d’Irène Frachon ?

Bonjour

Existe-t-il encore un marché pour les livres dénonçant les mille et un vices des médicaments ? Les Editions First le pensent, qui lancent sous peu « Effets secondaires : le scandale français » (400 pages, 21,95 euros). Un livre dont  Le Parisien/Aujourd’hui en France (daté de ce 7 mars) a pu découvrir en avant-première la substance (Claudine Proust). Un livre et trois auteurs : le Dr Irène Frachon que l’on ne présente plus depuis bien longtemps ; Me Antoine Béguin  (qui avait déjà commis « Sexe et addiction sur ordonnance », préface du Dr Frachon, Editions First)  et Jean-Christophe Brisard, journaliste 1.

Experts épinglés

C’est donc un nouveau livre sur le  Mediator®, l’antépénultième peut-être. La trame est sans surprise. Les auteurs rappellent qu’après la « découverte du scandale » les autorités sanitaires françaises avaient promis : « Plus jamais ça ! ». Les auteurs ont enquêté. Et leur « enquête inédite » prouve que la « promesse n’a pas été tenue » :

« Non seulement l’État n’a pas les moyens de défendre les patients face à la puissance économique des big-pharmas (sic), mais on découvre également que des études scientifiques sont biaisées et des experts épinglés pour leurs conflits d’intérêt manifestes avec les laboratoires. Conséquence : des hommes, des femmes, des enfants souffrent d’avoir été intoxiqués sans le savoir et luttent pour faire reconnaître leur pathologie par la justice. À l’image de la Dépakine®, de nouveaux scandales menacent d’éclater (vous trouverez la liste des médicaments placés sous surveillance renforcée par l’Agence française du médicament à la fin de cet ouvrage).

« À travers les témoignages de victimes et l’enquête rigoureuse des auteurs auprès des grands laboratoires et des institutions chargées de surveiller les essais thérapeutiques, découvrez les dessous d’un système qui, s’il permet indiscutablement de sauver des millions de vies, condamne néanmoins à un calvaire quotidien plusieurs milliers de patients chaque année. »

Calvaires et capitalisme

Industrie salvatrice versus calvaire. Où est notre salut ? Le Dr Frachon, l’avocat et le journaliste avancent quatre remèdes qui ne surprendront personne : des essais plus « transparents » ; des experts « vraiment indépendants » ; des « risques clairs et compréhensibles pour tous » ; un meilleur traitement des victimes ».

Le scandale est-t-il d’origine structurelle ? Est-il consubstantielle à la production capitalistique du médicament ? Le Dr Frachon est-elle dans le vrai quand elle accuse ses confrères d’un paternalisme et d’immobilisme coupables ?  Reste la dimension politique de l’affaire qui, ici, semble étrangement oubliée.  Reprenons : après la « découverte du scandale du Mediator » les autorités sanitaires françaises avaient promis : « Plus jamais ça ! ». Les auteurs ont enquêté. Et leur « enquête inédite » prouve que la « promesse n’a pas été tenue ».

Jungle de Calais

« Il y aura un avant et un après Mediator ! » avait tonné Xavier Bertrand en juillet 2011. (« Mediator, une révolution en plaqué or » – Slate.fr, 31 juillet 2011). Cinq ans plus tard Xavier Bertrand n’est plus ministre du Travail et de la Santé du gouvernement Fillon. Il fait toujours de la politique, mais autrement (actuellement dans la « Jungle de Calais »). Il ne serait pas inintéressant de l’entendre commenter l’ouvrage du Dr Frachon et faire, sur ce thème, le bilan de l’action de celle qui lui a succédé au poste de ministre de la Santé. Avant qu’il ne nous explique de quoi l’avenir médicamenteux devrait être fait.

A demain

1 Grand reporter pour la presse écrite et audiovisuelle depuis plus de quinze ans, Jean-Christophe Brisard est depuis 2008, réalisateur pour la télévision. Tout d’abord pour Envoyé Spécial, puis Arte Reportage, Spécial Investigation sur Canal+, Enquête Exclusive sur M6, Faut pas rêver sur France 3 ou encore les Routes de l’impossible sur France 5. Il a été récompensé en 2011 par le Laurier du Club audiovisuel de Paris, catégorie Société, pour la réalisation d’un documentaire sur la Corée du Nord. Il est aujourd’hui l’auteur d’une vingtaine de documentaires.

 

Qui, avant aujourd’hui, savait qu’il existait une «Conférence Nationale de Santé» ?

Bonjour

Une affaire, une grosse affaire ? Le Parisien voudrait le croire qui, le premier a titré : « La fracassante démission d’un haut cadre du ministère de la Santé ». Puis vint France Info, un ton en dessous.

De quoi parle-t-on ? Du fait que M. Thomas Dietrich a, le 19 février,  démissionné de son poste de secrétaire général de la Conférence nationale de santé. Il l’a fait savoir au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé (DGS) avant d’en informer les médias. Qui connaissait M. Dietrich avant cette démission, et qui connaissait la Conférence Nationale de Santé ? Nous apprenons aujourd’hui qu’il aura  fallu près d’un an à son secrétaire général démissionnaire pour prendre la mesure que cette structure « n’est entendue de personne ».

Mascarades

Un brûlot, dit Le Parisien, qui a pu lire son texte de vingt-huit pages intitulé « Démocratie en santé, les illusions perdues ». Un brûlot lancé contre une institution qui regroupe les différents « acteurs de la santé », et qui est censé « aider le gouvernement à orienter sa politique de santé ». Un brûlot, oserait-on dire, contre une usine à gaz mais un brûlot  sans grand danger qui ne fait qu’enfoncer quelques portes ouvertes :

« On fait croire que l’on construit une politique de santé en lien avec un certain nombre d’acteurs alors que l’on construit une politique de santé de manière très verticale, sans retour de terrain, un peu en vase clos, dans un ministère coincé dans le 7ème arrondissement de Paris. »

A propos du débat public à venir sur la politique vaccinale, l’auteur dénonce une « vaste mascarade » :

« Les conditions de transparence et d’indépendance de l’organisateur ne sont pas garanties. L’agence qui organise ce débat, l’agence nationale de santé publique, est sous tutelle de l’Etat. C’est embêtant, d’autant plus qu’elle fait aussi des campagnes pro-vaccination. »

Il est aussi question, outre le manque de considération des pouvoirs publics, d’une Conférence Nationale de Santé qui doit faire face à une diminution régulière de ses ressources ;  sans oublier la concurrence du tout jeune Institut pour la démocratie en santé (IDS), qui disposerait de davantage de moyens (trois fois, dit-on, le budget de la CNS).

« Démission immédiate de la ministre »

En fait ce sont les attaques visant le caractère particulièrement directif de l’entourage de Marisol Touraine (et de la ministre elle-même) qui, sans surprise, ont rencontré le plus d’échos. Où l’on voit le brûlot faire, en somme, un appel d’air. « Ce témoignage pointe le grand mépris de ce gouvernement pour la concertation avec les acteurs de terrain, ainsi que la mascarade de cette démocratie sanitaire affichée mais non pratiquée par la ministre de la santé, croit pouvoir affirmer Le BLOC. Les masques tombent. »

Avec un  incomparable sens de la de mesure l’Union française pour une médecine libre (UFML) en vient à réclamer une « commission d’enquête parlementaire sur le fonctionnement du ministère de la Santé », voire la démission immédiate de Mme Touraine (et l’abrogation de la loi de modernisation de notre système de santé.

L’auteur démissionnaire : « Je pense que rester voulait dire que je cautionnais le système. Quand la situation est problématique à ce point, il faut sortit du système et le dénoncer. Je pense que je vais avoir quelques problèmes à revenir dans l’administration française pour les trente prochaines années. »

Fonctionnaire ? Diplômé de Sciences Po et romancier, Thomas Dietrich veut désormais se consacrer à l’écriture de romans. Chercherait-il un sujet ?

A demain

Cannabis: la leçon de l’Académie de médecine au Pr Bertrand Dautzenberg. Les provocations de The Economist

 

Bonjour

Après  l’église de Saint-Germain-des-Prés il faut, l’hiver, un certain courage pour s’enfoncer dans la nuit de la rue Bonaparte. Rues Jacob, Visconti, des Beaux-Arts. On ne retrouvera le jour qu’au port des Saint-Pères, face aux brouillards du quai François-Mitterrand, entre le pont des Arts et le pont Royal.

Le voyageur  aura dû laisser, sur sa gauche, un sombre bâtiment solennel, chichement éclairé, toujours fermé. C’est l’Académie nationale française de Médecine. On y entraperçoit le solennel, des bustes antiques, des hommes célèbres, des gloires illustres ; on pressent des sermons, l’écho de condamnations.

Une sanction qui vient de tomber. Intitulée « Le sevrage tabagique  ne justifie pas la banalisation du cannabis » elle vise le Pr Bertrand Dautzenberg. Ce pneumologue exerce, lui aussi, sur la rive gauche, mais plus en amont, sur le site non moins illustre qui réunit la Pitié et la Salpêtrière. Il y a quelques jours le Pr Dautzenberg, esprit libre, a connu un certain écho médiatique. Après avoir longtemps pourfendu le tabac et s’être intéressé à la « cigarette électronique – réduction des risques » ce médecin a donné son point de vue sur la question de la dépénalisation de la consommation de cannabis. A cette occasion Le Parisien le mit en Une et parla d’un « grand médecin » qui « relançait le débat ».

Dénoncer, mettre en garde

La confraternité, comme la politesse, ont des limites. Sans le citer l’Académie vient de rappeler le médecin à l’ordre. Elle évoque, à son endroit, « une proposition faite récemment dans les médias ». Ecoutons la leçon :

« L’Académie nationale de médecine a, de très longue date, dénoncé et mis en garde contre les conséquences de l’usage du cannabis. Une proposition faite récemment dans les médias sur l’intérêt de cette pratique pour aider au sevrage tabagique vient encore une fois inciter à la banalisation de l’usage de cette drogue.

L’Académie nationale de médecine a le devoir de rappeler que :

  • les Français sont les plus grands consommateurs de cannabis parmi les vingt-huit états membres de l’Union européenne ;
  • le cannabis est une drogue dont le principe toxicomanogène, le tétrahydrocannabinol (THC), perdure plusieurs jours dans le cerveau.
  • Tout indique que la « rencontre » avec cette drogue intervient chez des sujets de plus en plus jeunes (dès le collège) ;
  • les produits actuellement disponibles comportent un taux accru (d’un facteur 4 à 8) de leur teneur en THC comparativement au cannabis disponible il y a quelques années ;
  • des dispositifs de plus en plus en usage (pipes à eau, nébuliseurs, vapoteurs) délivrent davantage de THC que le simple joint ;
  • les effets enivrants du THC, utilisé isolément et plus encore en association avec l’alcool, les antihistaminiques, les benzodiazépines, et les reliquats matinaux d’hypnotiques, sont responsables d’accidents routiers, professionnels, ainsi que de comportements auto- ou hétéro agressifs ;
  • les perturbations des activités éducatives, cognitives, induites par le cannabis ont un impact sur les performances intellectuelles ; le THC favorise la survenue de troubles neuro-psychiatriques qui peuvent être irréversibles.»

 

Sévère pique

Tout n’est pas faux dans cette pique déguisée en devoir de rappel. Le cannabis est une menace sanitaire sans doute sous-estimée.  On ne saurait pour autant souligner les limites de tels prêches ; copiés-collés d’un petit groupe œuvrant dans l’ombre de la rue Bonaparte. Peut-être faudrait-il que l’Académie entrouvre ici ses fenêtres, abandonne les excommunications, entre dans son siècle, commence à se documenter sur les politiques  de réduction des risques.

Peut-être l’Académie pourrait-elle, aussi, s’abonner à l’hebdomadaire anglais The Economist qui, depuis des années, travaille le sujet et ne redoute pas d’innover. On conseillera tout particulièrement sa dernière livraison : “Regulating cannabis, The right way to do drugs. Un dossier analysé et remis en perspective par Luc Vinogradoff sur le site du Monde : « Pour une légalisation du cannabis : les arguments de The Economist »

Média d’influence

L’hebdomadaire développe son argumentaire qui lui permet d’affirmer que la légalisation est, tout bien pesé, préférable à la prohibition. Il annonce aussi le début de la fin de l’inutile guerre contre le cannabis. Ses arguments sont pour l’essentiel économiques et pragmatiques.

«  The Economist n’est pas le premier média ou organisme d’influence à prendre parti pour la légalisation du cannabis ces dernières années. Qu’est-ce qui le pousse à le faire publiquement maintenant ? Comme l’expliquent les articles du dossier, la balance commence sérieusement à pencher en ce sens, résume Luc Vinogradoff. Aux Etats-Unis, un des principaux consommateurs, vingt-deux Etats et le district de Columbia ont légalisé le cannabis à usage médical, et ce chiffre devrait atteindre trente d’ici un an. Trois Etats – le Colorado, Washington et l’Oregon – ont franchi le pas de la légalisation, bientôt rejoints par l’Alaska et peut-être par la Californie, où un référendum aura lieu en novembre. En Uruguay, la vente libre devrait être effective cet été, et des débats en ce sens sont en cours au Mexique, en Australie et en Afrique du Sud. Le cas du Canada a fini par donner à ce débat un autre degré de sérieux. Le gouvernement du nouveau premier ministre, Justin Trudeau, a fait connaître son intention d’adopter, dès cette année, des lois « qui légaliseront et réglementeront la consommation de marijuana ». Cela en ferait le premier pays du G7 à passer le pas. »

Nécessité présidentielle de l’interdit

Au Canada  c’est le ministère de la santé qui devra définir les règles d’accessibilité et d’âge légal de consommation, de prix de vente, taxation, taux légal de THC, contrôle de la qualité des produits, des réseaux de production et de distribution.

En France, l’un des pays européens où la consommation de cannabis est la plus élevée, c’est l’Académie de médecine qui est en charge de conseiller le ministère de la santé. Et alors que cette consommation est, dans les faits, pratiquement dépénalisée François Hollande candidat à l’élection présidentielle  avait clairement affirmé la « nécessité de l’interdit ». On peut se demander si les primaires, annoncées de tous côtés, aborderont ce sujet.

A demain

 

Le médecin et ses «honoraires», entre l’ingratitude et la servilité. Louis-Ferdinand Céline est-il encore d’actualité ?

Bonjour

On connaît le mot du Dr Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline (1894-1961) : « La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l’air d’un larbin, par les pauvres on a tout d’un voleur ». On le trouve dans « Voyage au bout de la nuit » (1932), chef-d’œuvre dont on ne revient pas indemne. 2016: les choses ont-elles changé ? En France, la Sécurité sociale, les mutuelles complémentaires, la Couverture Maladie Universelle ont certes modifié la donne. Osons, pour autant, une question: la prise en charge par la collectivité, sous diverses formes, du prix de l’acte médical a-t-elle profondément bouleversé, sur le fond, le fait de se faire honorer par ses patients ?

Depuis soixante-dix ans, cette rémunération n’est plus, en France et dans l’immense majorité des cas, fixée de gré à gré mais bel et bien tarifée. A échéance régulière, la question de sa réévaluation agite le paysage médical libéral. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais dans un contexte totalement nouveau, radical, puisque Marisol Touraine, ministre socialiste de la Santé, avait mis un point d’honneur à tenter d’imposer la généralisation du tiers payant.

Technique et idéologie

Cette réforme suscitait depuis des mois l’ire d’une large fraction des médecins libéraux – moins pour des raisons idéologiques que pour des considérations techniques. Ces médecins redoutent que la suppression radicale de l’avance des frais par le patient menace la garantie d’être in fine honoré de leurs actes. Rien n’interdit toutefois d’imaginer des raisons plus profondes à cette opposition ; des raisons plus délicates à formuler. Résumons : pourquoi le cabinet médical devrait-il (avec la pharmacie d’officine) devenir, en France, le seul espace marchand où n’existerait plus aucun échange d’argent, même dématérialisé ?

Janvier 2016. Aux innombrables controverses alimentées durant 2015 par la volonté de Marisol Touraine, s’ajoute aujourd’hui un nouveau mouvement médical de protestation : l’appel à la « désobéissance tarifaire ». Après la « désobéissance civile », la « désobéissance tarifaire » ? L’affaire était exposée dans les détails, début janvier, par Le Parisien/Aujourd’hui en France. Claude Leicher, président de MG France y rappelait que ce syndicat avait, il y a huit mois, été le premier à appeler ses adhérents à demander 25 euros pour une consultation. Pourquoi inciter les médecins à passer dans « l’illégalité » ? Cinq ans que le tarif de la consultation n’a pas été revalorisé.

Derrière les Tchèques !

« 23 euros, c’est le montant de consultation le plus bas d’Europe, après la République tchèque ! » dénonce Claude Leicher avant de décortiquer les montages régissant les liens des médecins avec l’Assurance maladie. Soit, au final, une « vraie rémunération » de 26 euros nets par consultation – mais un montant moyen de retraite de 2609 euros par mois… Le nouvel appel sera-t-il suivi ? Les généralistes bénéficieront-ils d’un vrai soutien dans l’opinion ? Pour l’heure, l’Assurance maladie assure que ces derniers mois les consignes de MG France n’ont rencontré que peu d’échos. Et l’association UFC-Que Choisir « invite les mécontents à se faire connaître par écrit » afin de lancer une action auprès de l’Assurance maladie pour que cette dernière « sanctionne ces pratiques illégales ».

Pour sa part, Le Parisien/Aujourd’hui en France avait choisi d’expliquer à ses lecteurs ce qu’ils pouvaient faire dans différentes situations :

« Comment réagir si un médecin généraliste vous réclame plus de 23 euros ? » « Que faire si votre médecin vous demande 25 euros ou 30 euros, sans explication, et que vous ne souhaitez pas soutenir la revendication des médecins ? » « Que se passe-t-il si votre généraliste vous annonce : ‘’C’est 25 euros’’, en précisant qu’il a ajouté deux euros pour cause ‘’d’exigence particulière du patient’’? »

 Justifiez-moi la différence !

Sur cette dernière question, un chargé d’études à l’association UFC-Que choisir répond : « Vous êtes en droit de lui demander de justifier la différence. Faites valoir le droit, votre situation financière, l’absence de prise en charge par votre complémentaire… Le plus souvent, le médecin obtempère. Dans le cas contraire, vous devrez payer mais vous pouvez ensuite alerter votre Caisse d’assurance-maladie par écrit, qui normalement doit rappeler à l’ordre le praticien, voire le sanctionnera par une pénalité financière s’il persiste. »

Que dire de tels conseils ? Les interpréter comme on interprète des symptômes ? Ceux d’une société qui entend, pour mille et une raisons, réduire la relation médicale à un échange commercial ? On ne peut pas ne pas imaginer que ces tensions tarifaires sur les honoraires perturbent lourdement la qualité du colloque singulier dans le champ de l’exercice libéral. On pourrait même en venir à penser que les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour que certains militent, comme dans les années 1970, afin d’en finir avec le paiement à l’acte, afin d’inventer un autre système, collectif, d’honoraires.

Tourner de l’œil ?

L’âge d’or ? Il faut lire Céline et son « D’un château l’autre » (1957). Un médecin, pauvre, maudit et boudé par sa clientèle. Un Dr Louis-Ferdinand Destouches qui se réjouit de la fidélité de quelques clients. « (…) je suis médecin… la clientèle médicale, de vous à moi, confidentiellement, est pas seulement affaire de science et de conscience … mais avant tout, pardessus-tout, de charme personnel … le charme personnel ! Passé 60 ans ?…(…).»

Complétons sa citation du « Voyage au bout de la nuit » : « La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l’air d’un larbin, par les pauvres on a tout d’un voleur. Des “honoraires” ? En voilà un mot ! Ils n’en ont déjà pas assez pour bouffer et aller au cinéma, les malades, faut-il encore leur en prendre du pognon pour faire des “honoraires” avec ? Surtout dans le moment juste où ils tournent de l’œil. »

A demain

Une version complète de ce texte a été publiée dans la Revue Médicale Suisse : « Le médecin et ses honoraires, entre ingratitude et servilité » (sur abonnement).  Rev Med Suisse 2016;236-237

Cannabis dépénalisé : vingt-huit ans avant Bertrand Dautzenberg, la démission de Léon Schwartzenberg

Bonjour

Le cannabis est un marronnier  médiatique de qualité. C’est tout particulièrement vrai de sa branche « dépénalisation de sa consommation ».  Le sujet refleurit aujourd’hui dans les colonnes du Parisien/Aujourd’hui en France :

« Dépénalisation du cannabis : un grand médecin relance le débat – Un éminent professeur jette un pavé dans la mare en proposant,  ce vendredi lors d’un congrès de pneumologie, de revenir sur l’interdiction de ce stupéfiant. ».

Deux pavés pour une mare

L’affaire est reprise par Le Monde : « Fer de lance de la lutte contre le tabagisme et défenseur de la cigarette électronique, le professeur Bertrand Dautzenberg a choisi, vendredi 29 janvier, de jeter un nouveau pavé dans la mare en plaidant pour une dépénalisation encadrée du cannabis. Ses propositions doivent être débattues dans la journée à l’occasion du 20e Congrès de pneumologie de langue française, qui se déroule à Lille, dans le Nord. »

A dire le vrai le pavé avait déjà été lancé le 14 janvier dernier : « Cannabis et cigarette électronique : le coup de théâtre tabacologique du Pr Dautzenberg ». Le lanceur s’exprimait lors d’une conférence de presse annonçant le 20e Congrès de pneumologie de langue française qui se tiendra dans quelques jours à Lille. Aujourd’hui il s’exprime dans tous les médias quelques heures avant de débattre de ses propositions.  Comment ne pas admirer une telle maîtrise de la communication ? Une maîtrise dont on connaît les revers : la personnalisation quelque peu outrancière d’un combat n’est pas sans effet pervers. Sur ces terres de combat le héraut se fragilise bien vite.

Le flamboyant précédent

Cannabis « en vente libre » ? Comment ne pas songer, ici, aux mésaventures du Pr Léon Schwartzenberg (1923-2003) ? On se souvient peut-être que, nommé le 29 juin 1988 ministre délégué à la Santé dans le premier gouvernement de Michel Rocard, il doit démissionner le 7 juillet : ceux qui viennent de le nommer ne peuvent lui pardonner  d’avoir proposé des solutions politiques aux questions médicales des toxicomanies illégales

Ses neuf jours de présence au gouvernement constituent un record de brièveté pour un ministre de la Ve République français – un record toutefois égalé en 2014 par Thomas Thévenoud, ministre dont on venait de découvrir qu’il souffrait de « phobie administrative ». Avant le Pr Schwarzenberg  le record de la brièveté au sein d’un gouvernement sous la Ve République était détenu par Jean-Jacques Servan-Schreiber (treize jours, du 28 mai au 9 juin). Nommé ministre des Réformes du gouvernement dirigé par M. Jacques Chirac il avait critiqué les essais nucléaires de Mururoa. Où l’on voit que les motifs de démission reflètent assez fidèlement la noblesse des engagements politiques.

Malades et/ou délinquants ?

Le Monde du 6 juillet 1988 :

« (…) La lutte contre la toxicomanie constituera également une priorité pour le professeur Schwarzenberg. Critiquant implicitement les déclarations de l’ancien garde des sceaux, M. Albin Chalandon, M. Schwarzenberg a déclaré que  » les malades ne seront jamais des délinquants « .

Parmi les différentes mesures qu’il envisage de prendre contre la toxicomanie, M. Schwarzenberg se propose, en collaboration avec le premier ministre et le ministre de l’intérieur, de tenter  » de bloquer le trafic de la drogue « . A cette fin, il va jusqu’à envisager  » la distribution de drogues « . »

Le Monde du 8 juillet 1988 :

« M. Léon Schwarzenberg, ministre délégué chargé de la santé, doit se sentir bien seul aujourd’hui. Aucune des réactions qui ont suivi l’annonce des mesures qu’il souhaitait prendre (création d’un carnet de santé pour les patients hospitalisés, dépistage systématique du SIDA pour les femmes enceintes et les opérés, distribution de drogue pour les toxicomanes) ne lui est favorable. A commencer par celle de son ministre de tutelle, M. Claude Evin, qui a officiellement demandé le mercredi 6 juillet au président du Comité national d’éthique, le professeur Jean Bernard, ainsi qu’au président de l’Académie nationale de médecine et au président du Conseil national de l’ordre des médecins, d’examiner avant que toute décision soit prise les modalités d’un dépistage systématique ou optionnel du SIDA chez la femme enceinte et chez les opérés. ( …)

« Pour sa part, le délégué national à la santé du Parti socialiste, le docteur Claude Pigement, a également publié un communiqué dans lequel il regrette le manque de concertation ayant précédé les déclarations de M. Schwarzenberg. Il estime que  » la distribution de drogue aux toxicomanes, non seulement ne résout pas le problème comme le montrent les exemples étrangers, mais risque de brouiller l’organisation d’une politique de prévention, seule réelle réponse à la toxicomanie « . (…) »

Le Monde du 9 juillet 1988 :

« Neuf jours après avoir été nommé ministre délégué chargé de la santé, M. Léon Schwarzenberg a dû démissionner le jeudi 7 juillet (…) Quelques instants plus tard, la lettre de démission de M. Schwarzenberg était rendue publique.

Extraits de la lettre de démission publiés par Le Monde:

  » J’ai compris, écrit notamment l’hématologue de l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) à M. Michel Rocard, que vous puissiez partager l’inquiétude suscitée, parfois artificiellement, par mes déclarations récentes, notamment au sujet des préventions de la toxicomanie. Je crois vous avoir persuadé que les moyens d’action que je proposais (…) ne peuvent en aucun cas être perçus comme une reconnaissance ou une tolérance de l’usage banalisé de certains produits toxiques. (…)

J’ai néanmoins estimé, poursuit M. Schwarzenberg, que mon métier et mes fonctions non seulement m’autorisaient, mais m’obligeaient à formuler sans retard quelques propositions que je jugeais essentielles, tant à l’adaptation de notre système de soins qu’au sujet des droits des malades. J’ai pensé, semble-t-il à tort, qu’en ce domaine aussi, il était conforme à l’intérêt général de parler vrai.  »  » Je regrette, conclut M. Schwarzenberg, que les circonstances, et peut-être une certaine surestimation du caractère inquiétant de mes propos, ne me permettent pas d’apporter la preuve, sur une durée suffisante, du bien-fondé de mes propositions. Je souhaite néanmoins que mes successeurs puissent s’en inspirer après s’être entourés des précautions nécessaires (…). ».»

Nous sommes vingt-huit ans après. On trouvera ici la liste des douze ministres de la Santé qui lui ont succédé. Qu’est-il advenu de ce souhait ?

A demain

Attentats : les terroristes du 13 novembre n’avaient ni alcool ni stupéfiants dans le sang

Bonjour

C’était un point d’interrogation 1, cela ne l’est plus. Les résultats des expertises toxicologiques réalisées sur les neuf terroristes qui ont participé aux attaques de Paris et de Saint-Denis le 13 novembre dernier sont désormais connus : aucun d’entre eux n’avait consommé de stupéfiants ou d’alcool avant de commettre ou de participer à ces attentats meurtriers. L’information est révélée (« source proche du dossier ») par  « Le Parisien » (sur abonnement).

Les experts réfutent ainsi notamment l’hypothèse de la prise de Captagon (fénétylline) une amphétamine que l’on dit fréquemment utilisée en Syrie et en Irak par les djihadistes. Ces informations toxicologiques officielles viennent aussi réfuter les hypothèses que l’on pouvait envisager à la lecture des récits faits par certaines victimes du 13 novembre qui avaient décrit les terroristes comme agissant dans un « état second ».

Infime cannabis

Seuls résultats « positifs » révélés par ces analyses : des traces « infimes » de cannabis relevées dans le sang de Brahim Adeslam – le kamikaze qui s’est suicidé en terrasse du Comptoir Voltaire. Le Parisien fait aussi état de présence de cocaïne dans le sang de Hasna Aït Boulahcen – ancienne « fêtarde », note le quotidien – une cousine d’Abdelhamid Abaaoud.Les experts ont aussi relevé quelques traces d’alcool dans le sang de Samy Amimour, l’un des kamikazes du Bataclan.

Précisions que les résultats des expertises médico-légales sont uniquement destinés à l’autorité judiciaire qui les a ordonnées. Partant, cette dernière est libre de les rendre publics ou pas.  Via la presse notamment. Les révélations du Parisien pourraient faire que François Molins, procureur de la République de Paris, les rendent intégralement publics.

A demain

1 Sur ce sujet on peut se reporter à notre chronique publiée sur Slate.fr (28 novembre 2015) : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête »