Scandale au SAMU : l’opératrice parle et dit être « lynchée sur la place publique »

Bonjour

Jamais un échange téléphonique aussi bref (3’04) avait suscité aussi vite une telle indignation nationale : « Allo ne quittez pas le permanencier du samu 67 va vous répondre…. Allo ne quittez pas le permanencier du samu 67 va vous répondre… ». Abscence totale d’empathie (euphémisme) et, in fine, la mort de Naomie, 22 ans.

Depuis sa révélation, fin avril, par le lanceur d’alerte alsacien Heb’di la principale accusée, l’opératrice, restait silencieuse. Dimanche 13 mai, elle s’est exprimée dans un très bon reportage-enquête diffusé par M6 dans l’émission « 66 minutes ». Voir à partir de 30’. On y voit et entend Naomie chanter, ses proches pleurer. D’autres racontent les passions de cette jeune mère. Et l’on voit et entend, enfin, Thierry Hans, directeur du mensuel l’Heb’di («Accroche-toi » en alsacien, 15 000 exemplaires).

Puis on entend à nouveau l’enregistrement téléphonique. « Comme un diagnostic fait avant l’appel » dit, justement, Thierry Hans. Puis on entend, pour la première fois, l’opératice, une ancienne ambulancière (pendant vingt ans), opératrice depuis quatre ans. Par téléphone, elle confie vivre cloîtrée chez elle : « Moi je suis lynchée sur la place publique. » Avant d’ajouter : « Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais peut-être plus de ce monde aujourd’hui. » Elle précise que certains de ses collègues ont reçu « des menaces ». « Les équipes qui vont intervenir sur le terrain risquent aussi de se faire caillasser, ou ce genre de chose », s’inquiète l’opératrice.

Dans son échange avec la journaliste de M6, l’employée du Samu reconnaît une réponse « malvenue », mais assume avoir renvoyé Naomi vers SOS Médecins. Elle refuse de porter l’ensemble de la responsabilité de l’affaire. « Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système. On est sous pression en permanence. On travaille douze heures d’affilée – en tout cas à Strasboug. Ce sont des conditions de travail qui sont pénibles. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout. Quand on passe en procédure dégradée parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde censé les gérer, on n’y arrive pas ! »

Des propos formellement et tranquillement contestés par Christophe Gautier directeur général des Hospices civils de Strasbourg. Une seule hypothèse selon lui : « une faute individuelle ». Trois enquêtes sont en cours.

A demain

 

 

Alcool, faits divers et journalisme : pourquoi parler des ivresses des responsables politiques ?

Bonjour

« En parler ou pas ? » « Mais tout le monde en parle, comment faire l’impasse ? » Et c’est ainsi que tous, en cette matinée du 5 avril, diffusent amplifient et répercutent une information nocturne d’Europe 1 : un ancien sénateur écologiste a été placé en garde à vue, après avoir été interpellé dans la nuit suite à un « incident dans un bar », à Paris. Par ailleurs ancien membre d’un réent gouvernement, il est soupçonné d’avoir importuné des femmes dans cet établissement, puis d’avoir proféré des insultes racistes à l’encontre d’un videur venu intervenir.

«Lors de son arrestation, il aurait proféré des insultes à caractère raciste à l’encontre des policiers de la BAC», ajoute Europe 1, d’où les faits d’«outrage à agent» retenu contre l’homme politique, dont l’alcoolémie a été mesurée à 1,16 g par litre de sang. Libération note que sur Twitter sa dernière action a été de retweeter le message suivant : «Ça fait 10 jours que je n’ai pas bu d’alcool. Mon teint est plus clair, mes cernes s’estompent, je dors mieux, et je m’emmerde prodigieusement». Un message publié le 1er avril.

Tout le monde en parle – y compris Le Monde à qui une « source policière » a « confirmé les informations d’Europe 1 et de RTL ».  Le Monde qui précise que, selon BFM,  l’homme a été « conduit au poste en raison d’injures raciales, outrage à agent et violences en état d’ivresse ». L’outrage à agent a justifié son placement en garde à vue au commissariat du 5e arrondissement où il a passé la nuit.

« Son alcoolémie a été mesurée à 1,16 g » assure Le Monde. France Inter et Le Point parlent du double – une question de  méthode.

 

A demain

Renaud doit réapprendre à se passer de bière, ce « breuvage assassin », dit son frère

Bonjour

Blues, rechute et rumeurs. Le chanteur Renaud, 65 ans, est actuellement dans une « maison de repos » de la région parisienne. C’est le frère de ce dernier, David Séchan, qui a donné l’information au Parisien, après que plusieurs médias ont évoqué une hospitalisation dans le nord de la France :  « Je veux démentir cette rumeur infâme sur sa mort. Renaud est en maison de repos en région parisienne. Il y est depuis 4 ou 5 jours et pour une dizaine de jours ».

Cordon sanitaire. Le frère du chanteur explique au Parisien qu’il se repose dans un établissement où il est «privé d’alcool». « L’entourage de Renaud ne décolère pas après l’évocation ce lundi de l’hospitalisation du chanteur surtout après des rumeurs sur son décès, explique le quotidien. Dans l’établissement, le chanteur est privé d’alcool pour tenter de mettre fin à ses problèmes d’addiction. ‘’Il va bien mais apprend à se passer de ce breuvage assassin qu’est la bière. Il n’y a rien d’inquiétant. Il a fini sa tournée sur les rotules et a connu le blues de fin de tournée. Quand on vit sur les routes avec 60 personnes pendant 120 dates, se retrouver seul du jour au lendemain n’est pas facile, surtout sans le public qui le portait. Il n’a pas été très sage. Et avec la fatigue intense accumulée, il a besoin de se réparer’’. »

« Au vert »

 Sans être « hospitalisé » le chanteur «  est suivi de près ». « Il fait une batterie d’analyses, mais pas d’inquiétudes à avoir. Il souhaite réenregistrer rapidement et s’attaquer à l’album pour enfant qu’il doit faire avec Renan Luce. Il m’a même engueulé, quand il a son caractère de cochon, c’est que tout va bien », rassure son frère. Sa maison de disques explique quant à elle que Renaud « est au vert ». Un message publié sur son compte Facebook officiel précisait que le chanteur avait été admis dans une maison de repos « de sa propre volonté ». Le compte Facebook Renaud le phénix est géré par des proches de l’artiste.

Les médias, qui se souviennent de tout, rappellent à la rubrique « people-addictions » que Renaud a longtemps connu des problèmes d’alcoolisme et qu’il avait déclaré début 2016 ne plus boire « une goutte d’alcool depuis cent huit jours » et ne fumer que « quinze cigarettes maximum par jour au lieu de deux paquets et demi ». 1 Ces mêmes médias soulignent aussi qu’après sept ans passés loin de la scène et des médias, il avait fait son grand retour avec un album  vendu à plus de 700 000 exemplaires en 2016 – suivi d’une tournée de 140 dates, baptisée Phénix Tour qui s’est achevée en septembre 2017. Et d’ajouter : « le chanteur a honoré toutes les représentations ».

A demain

 1 « Renaud : ‘’Six mois et vingt jours sans alcool’’ Questions sur la médiatisation de l’addiction » Journalisme et santé publique, 2 avril 2016

Médecine – 1ère année : demain, tout candidat non reçu d’emblée aura la tête tranchée

Bonjour

Longtemps, en médecine, tout fut presque possible. Puis vint (après les pavés de 68) le numerus clausus. Redoublements en vue. Triplements parfois. Puis les effectifs gonflèrent, sans que le goulet ne s’ouvre. Restait, toujours, le soupirail de la seconde-première année.

Nous voici en 2018 et, comme l’écrit Le Point, c’est « un tremblement de terre pour les aspirants médecins ». Un voile est levé par  Le Quotidien du pharmacien : la première année d’études ne sera plus « redoublable » dans certaines facultés. Dès la rentrée 2018 quatre facultés de médecine parisiennes – Paris V (Descartes), Sorbonne Université (ex-Paris VI), Paris VII (Diderot) et Paris XII (Paris-Est-Créteil) – ne permettront plus de se réinscrire en première année commune aux études de santé (Paces). Lille et Brest sont sur les rangs.

L’idée serait de « ne pas faire perdre de temps à l’étudiant avec un redoublement », de « réorienter activement les étudiants en échec à l’issue de la première année ». La belle affaire diront les opposants au changement. Le ministère de l’Enseignement supérieur travaille sur les derniers arbitrages de cette expérimentation qui va faire l’objet d’un arrêté » rapporte Le Figaro.

« Très sérieusement discuté depuis novembre au sein de sept universités concernées, le projet, que le ministère de l’Enseignement supérieur souhaite voir aboutir rapidement, a été validé en décembre par Paris-Diderot, Paris-Descartes, Pierre-et-Marie-Curie et l’université Paris-Est Créteil (Upec). En catimini. Car de leur côté, les élèves de terminale qui, depuis le 22 janvier et jusqu’au 13 mars, doivent formuler leurs vœux sur la nouvelle plateforme d’orientation Parcoursup, n’ont pas reçu d’information sur ce projet. »

« Selon nos informations, le ministère de l’Enseignement supérieur, qui doit valider l’expérimentation par un arrêté, réfléchit encore au dispositif à adopter pour l’année de transition, qui verra se côtoyer les «primants» (les bacheliers qui passent pour la première fois le concours) et les redoublants, afin d’éviter une rupture d’égalité entre les deux populations. La solution serait, pour l’année 2018-2019, de faire deux numerus clausus. ».

Sélection par l’argent

« C’est est une petite révolution en marche, estime Le Quotidien du Médecin. Cette sélection, qui risque de provoquer un débat vif dans les amphis, s’inscrit dans les expérimentations d’alternatives à la PACES qui, depuis 2014, testent de nouveaux modèles d’entrée dans les études de santé.  Pour autant, le principe de la deuxième chance, exigé par les étudiants, serait systématiquement maintenu grâce au dispositif complémentaire AlterPACES, permettant de rejoindre le cursus santé plus tard, après une deuxième ou troisième année licence. »

Cette nouvelle voie (concours PACES 1) couvrirait environ 75 % du numerus clausus de chaque faculté concernée (le reste des places – 25 % au maximum  étant réservées par avance à l’AlterPACES de deuxième chance).  Même si le redoublement en première année est interdit, une seconde chance sera donc accordée grâce à l’AlterPACES, passerelle déjà opérationnelle dans une quinzaine de facs mais qui gagnerait donc ses galons de voie à part entière. Elle permet le recrutement sur dossier et entretien d’étudiants ayant déjà validé une licence. Selon les cas, 10 à 25 % du numerus clausus serait réservé à cet accès tardif, davantage qu’actuellement. Les étudiants ayant échoué en PACES 1 pourraient y postuler.

Question : quid de l’impact sur le commerce des prépas privées « P0 » en parallèle du lycée ? Comment ne pas voir là l’ouverture à un système qui « renforcerait l’inégalité des chances » et « la sélection par l’argent » ? Ce contre quoi furent jetés, il y a un demi-siècle, quelques pavés.

A demain

 

«Levothyrox» et obligation de onze vaccinations: voici le temps de la radicalisation

Bonjour

Combien seront-ils et quelle sera la médiatisation du rassemblement parisien d’« Ensemble pour une vaccination libre », déclinaison d’un mouvement européen . La « Grande Manifestation Nationale » est prévue le samedi 9 septembre à 14 h devant le Ministère de la Santé. Les organisateurs entendent ainsi « protester contre le projet liberticide » du gouvernement français

« Agnès Buzyn, ministre de la Santé, veut faire passer en force à l’Assemblée Nationale et au Sénat à l’automne, le projet de loi liberticide permettant de rendre obligatoires onze vaccins pour les enfants de moins de deux ans dont l’hépatite B ou le ROR et de poursuivre pénalement les parents récalcitrants, expliquent-ils. Ce projet de loi bafoue les droits fondamentaux de chaque personne, notamment celui de la liberté thérapeutique, de la liberté de disposer de son corps, sans qu’il y ait la moindre justification épidémiologique. L’Etat ne doit pas se substituer à l’autorité parentale en matière de santé. Face à la défiance, la pédagogie doit primer sur la coercition. »

Indisponibilité du corps humain

Et les opposants de développer leurs arguments : Selon la loi Kouchner, “Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment” ; La Convention d’Oviedo dispose dans son article 3 de la « Primauté de l’être humain  –  L’intérêt et le bien de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science » ; L’arrêté Salvetti (Italie) de la Cour Européenne des Droits de l’Homme a rappelé “qu’en tant que traitement médical non volontaire, la vaccination obligatoire constitue une ingérence dans le droit au respect de la vie privée, garanti par l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales ».

« Nous ne pouvons pas nous laisser voler notre droit fondamental à la liberté de disposer de notre corps » ajoutent-ils, oubliant ici étrangement les concepts de non patrimonialité et d’indisponibilité du corps humain.

Pour l’heure le pouvoir exécutif semble sans réponse face à cette contestation grandissante. Quand Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé développera-t-elle, sur le fond, un argumentaire de nature à soutenir véritablement le choix politique qui vient d’être fait – et l’entrée en vigueur de la mesure au 1er janvier prochain ?
« Ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour faire des choix éclairés, ce n’est pas d’un discours sur la vaccination mais de faits, vaccin par vaccin », écrit fort opportunément la journaliste Lise Barnéoud, dans son récent « Immunisés, un nouveau regard sur les vaccins » (éditions Premier Parallèle). « Parler de la vaccination de façon globale génère des incohérences et des contre-vérités susceptibles d’alimenter la défiance, explique-t-elle dans Le Point. Chaque vaccin est spécifique en termes d’enjeu, d’avantages et d’inconvénients. Il ne faut pas avoir peur de rentrer dans la complexité du sujet et d’aborder les controverses. Pour chaque vaccin, on devrait trouver sur Internet les différents effets indésirables possibles et leurs taux de notification. Car, si on va dans le détail, on se rend bien compte que les risques sont très faibles à l’échelle individuelle (toujours inférieurs à 1 pour 100 000 concernant les problèmes graves) et que, le plus souvent, ils concernent des personnes prédisposées. »

Claude Malhuret et François Ruffin

Sur l’autre front de la contestation-dénonciation : l’affaire du Levothyrox. Elle aussi donne lieu à une forme d’extension radicalisation. Pour l’heure celle-ci est dirigée par Michèle Rivasi, « députée européenne écologiste et biologiste agrégée ». Elle dénonce « une nouvelle faillite de l’alerte sanitaire » et exige à la fois « un renforcement de la pharmacovigilance » et « le retour à l’ancienne formule ». Prochaine étape (à la veille de la manifestation parisienne contre la vaccination obligatoire) : une conférence de presse « suivie d’un rassemblement devant l’Assemblée nationale avec les associations de malades ».

Sur l’estrade sont annoncés  Marie-Odile Bertella-Geffroy (ex magistrate, responsable du Pôle santé du TGI de Paris, avocate spécialisée dans les questions sanitaires), André Cicolella (chimiste, toxicologue et chercheur français en santé environnementale, spécialiste de l’évaluation des risques sanitaires), Philippe Even (ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’Institut Necker), Chantal Lhoir (présidente-fondatrice de l’association française des malades de la thyroïde –AFMT). Ainsi (sous réserve) que  Claude Malhuret (sénateur, Les Républicains),  Laurence Cohen (sénatrice, Groupe communiste, républicain et citoyen) et François Ruffin (député, La France Insoumise).

Où l’on voit, signe des temps agités que nous traversons, que certains combats peuvent étrangement réunir des personnalités que rien, jusqu’ici, ne semblait pouvoir rapprocher.

A demain

Perturbateurs endocriniens : et à la fin, le petit Paris s’inclina devant le très grand Berlin

Bonjour

Après les deux discours remonte-en-ligne du Président et du Premier Ministre, c’est une solide défaite qu’enregistre la France sur le front mouvant des perturbateurs endocriniens. Le Monde s’en indigne (Stéphane Horel et Stéphane Foucart) qui a fait de ce sujet un militantisme environnemental éditorial. Résumons: la Commission européenne a obtenu, mardi 4 juillet lors d’un « comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale », un vote favorable des Etats membres quant à son projet de définition réglementaire des perturbateurs endocriniens.

« La majorité qualifiée a été obtenue grâce au revirement de la France, résume le quotidien vespéral. Elle s’opposait pourtant depuis plus d’un an, aux côtés du Danemark et de la Suède, à un texte jugé trop peu protecteur de la santé publique et de l’environnement par les sociétés savantes et les organisations non gouvernementales. Berlin, favorable à une réglementation peu contraignante pour l’industrie, a eu gain de cause. » Et voici la lecture qu’en fait Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne :

« Après des mois de discussion, nous avançons vers le premier système réglementaire au monde pourvu de critères légalement contraignant, définissant ce qu’est un perturbateur endocrinien. C’est un grand succès. Une fois mis en œuvre, ce texte assurera que toute substance utilisée dans les pesticides et identifiée comme perturbateur endocrinien pour les humains ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché. »

Particulière virulence

C’est, pour tout dire un sujet d’une grande complexité scientifique, médicale, réglementaire et politique. Un sujet où les oppositions sont d’une particulière virulence et qui n’est pas sans faire songer aux polémiques inhérentes au dossier du réchauffement climatique.

Et d’abord de quoi parle-t-on ? L’exécutif européen avait proposé des critères de définition des perturbateurs endocriniens en juin 2016. Un an et quelques amendements plus tard, le texte est accepté par le comité technique chargé du dossier, au sein duquel siègent des experts représentant les Vingt-huit. Une fois appliqué, il « assurera que toute substance active (utilisée dans les pesticides) identifiée comme perturbateur endocrinien pour les personnes ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché », a expliqué le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis.

Un certain nombre de scientifiques demandaient quant à eux qu’une échelle graduée soit mise en place, distinguant les perturbateurs endocriniens « suspectés », « présumés » et « avérés » – sur le modèle de la classification des substances cancérogènes par le CIRC. Qui plus est le texte adopté conserve une clause (ajoutée à la demande expresse de Berlin) permettant d’empêcher un retrait des pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés ». « Et ce, alors qu’ils sont aussi susceptibles d’atteindre ceux d’autres espèces animales, dont les humains » assure Le Monde.

Exemption allemande

Et le ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ? Il a déclaré sur France Info que l’Allemagne avait « obtenu cette exemption parce que [son] industrie tient évidemment à les conserver le plus longtemps possible ». Le tout nouveau ministre a assuré que les experts français plancheraient sur ces pesticides et que « si leur dangerosité est avérée, nous les sortirons unilatéralement du marché ». M. Hulot a néanmoins salué l’adoption de ces critères comme « une avancée considérable », ouvrant « une brèche qui ne va pas se refermer ». Et en même temps la « Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme » (aujourd’hui dirigée par l’ancienne journaliste Audrey Pulvar) d’évoquer « une définition au goût amer ».

Dans le camp des géants industriels la colère n’est pas moins vive. « Les critères ne fournissent aucune protection supplémentaire pour la santé et l’environnement et ne servent qu’à avoir un impact disproportionné et discriminatoire sur les agriculteurs européens qui vont souffrir d’une nouvelle réduction arbitraire du nombre d’outils à leur disposition », a réagi Graeme Taylor, porte-parole de l’ECPA, organisation européenne qui réunit les grands du secteur (BASF, Dow, DuPont, Monsanto, Syngenta etc.).

Et les deux camps d’en appeler le Conseil (représentant les Vingt-huit) et le Parlement européen à rejeter le texte adopté. Réponse avant la fin de l’été.

A demain

 

 

 

Le mandarin et l’affaire des onze vaccins : faute de convaincre va-t-on oser contraindre ?

Bonjour

Obliger à vacciner les enfants et en même temps ne pas contraindre les parents qui s’y refuseraient… Comment un président jupitérien fera-t-il avec la somme des incohérences que lui ont laissée en héritage ses prédécesseurs décidément trop humains ? Tout se passe comme prévu : l’étrange entretien accordé il y a quelques jours au  Parisien – Aujourd’hui en France  par Agnès Buzyn a relancé la polémique et les incompréhensions, les diatribes et les excommunications.

La nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) a tenu à informer la population qu’elle « réfléchissait » à rendre obligatoires onze vaccinations pédiatriques. C’était trop ou trop peu. Un ministre ne prend la parole que lorsqu’il a décidé (ou lorsqu’il démissionne, comme vient de le faire l’éphémère ministre des Armées). A peine Mme Buzyn avait-elle parlé qu’on l’accusait de faire des cadeaux aux géants de l’industrie pharmaceutique. Le conflit d’intérêts est le démon de notre époque. Il se niche partout, hier dans les bénitiers, aujourd’hui dans les détails.

Irréalisme ministériel

Jusqu’à présent personne (ou presque) ne montait au front médiatique dans le camp pro-vaccinal. C’était compter sans le Pr François Bricaire , ancien chef de service des maladies infectieuses et tropicales (hôpital de La Pitié-Salpêtrière) membre de l’Académie de Médecine, président de la commission des relations et opérations internationales du conseil d’administration de la Croix-Rouge française. Un médecin qui n’est pas sans rappeler ce que pouvaient être, jadis, les mandarins. Extraits d’un petit entretien accordé au Point :

« Il me semble utile d’imposer la vaccination puisque l’on n’arrive pas à convaincre les parents du bienfondé de cette pratique. Ce serait une décision courageuse. J’ajoute que je suis très réservé sur la possibilité laissée aux parents de s’opposer à la vaccination de leur enfant. En revanche, dire que cette obligation ne durera que cinq à dix ans ne me paraît pas réaliste. Dans quelques années, il y aura toujours autant d’arguments pour obliger les gens à se protéger de la rougeole ou de la méningite.

Philosophie politique

Pour le Pr Bricaire les onze vaccinations annoncées se justifient pleinement. « Et que l’on ne vienne pas m’opposer l’un des principaux arguments des anti-vaccinaux selon lequel on agresse ou on sature le système immunitaire des enfants avec ces pratiques, répond-t-il à ses adversaires. Il est soumis à bien plus rude épreuve avec tous les antigènes présents dans l’air, la terre ou encore les aliments et avec lesquels nous sommes en permanence en contact. Ce ne sont pas onze antigènes vaccinaux qui vont changer les choses. »

On lui demande s’il est favorable à une obligation du vaccin contre la grippe pour tous les professionnels de santé. « Oui, puisque les explications et les recommandations ne suffisent pas, répond-il.  J’estime qu’il est important de protéger ses malades, de protéger les gens que l’on fréquente, que l’altruisme doit exister, que nous évoluons dans une communauté que nous devons protéger. »

Question : peut-on imposer l’altruisme ? C’est une question philosophique et, en même temps, politique. Une question pour le président Macron.

A demain