Homéopathie : jusqu’en 2018 Agnès Buzyn croyait qu’il s’agissait de «principes actifs»

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C’est juré : jusqu’en août dernier, elle ignorait que l’on buvait de l’alcool dans les loges VIP. Il y a quelques jours la ministre des Solidarités et de la Santé faisait une nouvelle confidence, de taille, sur sa connaissance de l’homéopathie. Un éclairage a contrario sur les vertus de faire venir au sein de l’exécutif d’éminents acteurs de la société civile.

Il faut, pour bien comprendre, remonter au 12 avril 2018. Ce jour-là Agnès Buzyn est l’invitée du perfide Jean-Jacques Bourdin dans la matinale de RMC/BFM TV. Deux mois auparavant, dans Le Figaro le 19 mars, des médecins s’en étaient pris avec virulence à l’homéopathie. D’autres praticiens, plus que favorables à cette pratique, ont répliqué en portant plainte devant l’Ordre des médecins contre leurs confrères signataires.

Continuer à rembourser ou pas ? L’homéopathie continuera à être remboursée avait, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ». Et Mme Buzyn de précise que parmi les médecines « non conventionnelles » l’homéopathie était « aujourd’hui  la seule à être remboursée ». Tollé immédiat chez les militants de la médecine fondée sur les preuves. Embarras en haut lieu. C’était le début d’une longue et passionnante affaire médicale, pharmaceutique et politique (que nous rapportâmes ici-même et sur Slate.fr) – une affaire qui se conclut finalement, dans la douleur, par la programmation du déremboursement des spécialités homéopathiques.

Foie de canard et piscine olympique

Comment une ministre longtemps médecin hospitalier, puis accumulant les responsabilités à la tête d’institutions sanitaires avait-elle pu s’exprimer ainsi sur l’homéopathie ? Le Point (Thomas Malher et Géraldine Woessler) revient sur cet édifiant épisode dans un portrait élogieux consacré à la ministre : « Agnès Buzyn, la meilleure d’entre eux ?». « Incollable sur les techniques de greffe et les immunosuppresseurs, l’élève brillante d’est fait recaler sur les granules appréciées des Français » écrit Le Point.

« Je viens d’une spécialité traitant de maladies graves, et l’homéopathie n’était pas dans mon champ de vision, se défend Agnès Buzyn. Et, nous dit Le Point, elle jure : « Je croyais qu’on diluait un principe actif ». Vraiment ? Avant de découvrir, « consternée », « qu’on prend un extrait de foie de canard et qu’on le dilue dans une piscine olympique, qui elle-même est diluée à l’échelon de la galaxie ».  On comprendra qu’il s’agit ici d’une liquide métaphore hépatique et interstellaire qui fait l’économie du « mal contre le mal » et de la « dynamisation ». Une métaphore qui n’explique pas que ce dossier éminemment politique n’ait pas en amont été travaillé, comme il se devait, par son cabinet.

Le Point : « Assise toute droite dans le lumineux bureau de son ministère, face à la tour Eiffel, Agnès Buzyn s’anime, écartant les bras sur le mode : que vouliez-vous que je fasse ? ».  Agnès Buzyn : « Une fois que j’ai su, je ne pouvais plus lâcher prise, ou bien je perdais  toute crédibilité dans le champ médical ». On connaît la suite, qui vit la ministre (enfin) informée de son dossier politique ne plus lâcher prise et, ainsi, ne pas perdre de crédibilité dans le champ médical – du moins dans le champ qui ne soigne pas, parfois, grâce à l’homéopathie.

A demain @jynau

Abcès aux urgences : révélations du Point, l’édito du Figaro, l’immobilisme d’Agnès Buzyn

Bonjour

Ne rien changer pour que rien ne change ? C’est la vingt-troisième année que nos confrères du « Point » (François Malye et Jérôme Vincent) publient leur « palmarès des hôpitaux et cliniques de France ». Un travail de Titan pour un résultat à bien des égards remarquable ; mille quatre cents établissements publics et privés et,respectivement, soixante-seize et quarante-quatre disciplines médicales et chirurgicales passés au tamis de leur méthodologie. Quelques approximations, peut-être, quelques grincements de dents parisiens, quelques irritations chirurgicales ou administratives … Mais l’essentiel semble une fois encore préservé : un document de référence. Nous sommes loin, ici, des injustices du Michelin ou de la perversité des notations via les « réseaux sociaux ».

« Sans surprise, les CHU cannibalisent cette année encore le haut du panier » observe Le Quotidien du Médecin . Le CHU de Bordeaux reprend la tête du classement devant le CHU de Lille et celui de Toulouse. Suivent les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le CHU de Montpellier et celui de Nantes. Valenciennes est le premier centre hospitalier du palmarès, à la 32e place. Le tableau d’honneur des cliniques subit en revanche des variations plus marquées qui illustrent l’effet de concentration du secteur. »

Tout changer pour que rien ne change ? « Le Point », cette année, innove : « Inédit, la liste des urgences qui manquent de médecins ». Nos méthodiques confrères se fondent sur les données du Centre national de gestion (CNG) – un organisme trop méconnu qui gère les carrières hospitalières. La cartographie présentée recense 277 services d’urgences avec près de 800 postes de médecins à pourvoir sur les 497 services de l’hôpital public. Qui dit poste vacant ne dit pas poste inoccupé, précise le CNG, les médecins intérimaires palliant grandement la désertification médicale dans les urgences de France. Ce qui n’est pas loin d’une forme de cautère sur une jambe en grande difficulté.

Faire la part du symptôme et de la maladie

Jambe de bois ? « A l’hôpital la crise des urgences s’enracine » titre aujourd’hui, à la Une Le Figaro. Et le plus vieux quotidien de France de jouer au médecin faisant la part entre la maladie et le symptôme. Ainsi l’éditorial hautement signifiant de Laurence de Charrette (nous soulignons):

« Le diagnostic est partagé : aux urgences, la crise est sévère. Mais la thérapie, elle, fait défaut. Les services craquent. À qui la faute ? Coupables, ces milliers de personnes qui, chaque jour, se rendent à l’hôpital pour y présenter de simples ‘’bobos’’ qui pourraient être pris en charge par la médecine de ville ? À l’évidence ! La ‘’régulation’’ des entrées aux urgences constitue indéniablement une des pistes majeures d’amélioration du système. Pourtant, une partie de ces ‘’patients’’, désormais renommés ‘’usagers’’, rétorqueront qu’on ne se rend pas aux urgences par plaisir et que, précisément, ils comptent bien sur l’hôpital pour évaluer leur état de santé. On aura beau regretter leur attitude ‘’consumériste’’, ils expliqueront, non sans quelque raison, que la médecine de ville vers laquelle on voudrait les orienter n’est pas équipée pour traiter tous les maux et que le serment d’Hippocrate semble s’y exercer essentiellement aux horaires de bureau.

« Fautive, la gratuité des soins ? Assurément. Malheureusement, l’idée d’imputer une partie plus importante de la facture aux patients, quitte à procéder à des remboursements a posteriori – idée régulièrement caressée par les politiques (François Fillon notamment) – suscite de telles protestations qu’elle semble durablement vouée à l’échec, quelles que soient ses vertus économiques et pédagogiques.

« Responsable, le système de tarification hospitalier, qui octroie aux établissements la même rémunération pour toute intervention et les pousse mécaniquement à ouvrir grand les portes des urgences? C’est certain, mais comment assurer la prise en charge de tous les malades dans d’égales conditions sans quelques artifices comptables?

« À y regarder de plus près, il apparaît que les urgences ne sont pas la maladie mais le symptôme d’un trouble beaucoup plus vaste qui touche l’ensemble du monde médical, dont l’exercice et la mission même se trouvent profondément affectés par les bouleversements sociétaux auxquels il est confronté: progression de l’individualisme et pression économique, vieillissement de la population, avènement de la technologie… Pour Agnès Buzyn, l’enjeu n’est pas seulement de désengorger les urgences, mais bien d’armer le système de soin face aux révolutions qui l’attendent. »

En Suisse, sortir des sentiers battus

Ne rien changer pour que tout change ? Le temps est sans doute venu de porter le regard au-delà de nos frontières. La France serait-elle le seul pays au monde à souffrir de ses urgences hospitalières ? « Chaque jour, en Europe, les services d’urgences accueillent près de 430 000 patients. Annuellement, ce chiffre représente 157 millions de personnes, soit un tiers de la population européenne, écrivent, dans un remarquable éditorial de la Revue Médicale Suisse 1, les Dr Pierre-Nicolas Carron et François Sarrasin, respectivement chez des urgences du CHUV de Lausanne et des HUG de Genève.   

Ces chiffres confirment indéniablement le rôle important et croissant des services d’urgences dans notre système de santé.3 Cette tendance s’observe dans l’ensemble des pays de l’OCDE, y compris dans nos hôpitaux, avec une augmentation annuelle de l’ordre de 2 à 3 % depuis le début des années 2000. »

Selon ces deux spécialistes ces chiffres témoignent également d’un changement d’habitude drastique au sein de la société, vis-à-vis de son accès au système de soins – et ce sans corrélation avec l’évolution démographique. Les patients revendiquent en effet de plus en plus un accès libre et exhaustif à des plateaux techniques polyvalents et spécialisés. L’immédiateté qui caractérise de nombreuses facettes de notre vie « moderne », tant professionnelle que privée, devient un critère décisionnel important. Voilà, enfin, une lecture qui nous fait sortir des sentiers battus.

Sans précipitation, nous y reviendrons.

A demain

1 Carron P-N, Sarasin F « Médecine d’urgence : répondre à l’accélération du temps ? » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 1363-1364

E-Cigarette: comment instiller, dans les médias, qu’elle est plus dangereuse que le tabac

Bonjour

30 mai 2019. Jour de l’Ascension. France et médias au ralenti. Tout est permis. On trouve ceci sur le site du Point : « Cigarettes électroniques : plus dangereuses que le tabac classique ? Une étude scientifique, relayée par SciencePost.fr, met en lumière l’augmentation des risques cardiovasculaires chez les vapoteurs ». Cela donne cela :

 « (…) Sur les terrasses des cafés, les cigarettes électroniques sont devenues de plus en plus communes et les fameuses pauses clope s’enveloppent désormais d’un épais nuage blanc. La France compterait en 2018 quelque trois millions de vapoteurs, ce qui représente un marché évalué à plus de un milliard d’euros par la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape). Un remède miracle au tabagisme ? Rien n’est moins sûr. Une étude récente relayée par SciencePost.fr pointe la dangerosité de la cigarette électronique. En cause, les arômes justement, qui endommageraient nos cellules et augmenteraient les risques de maladies cardiovasculaires (…)

Science-Post.fr ? Brice Louvet, rédacteur scientifique :

« Les cigarettes électroniques sont souvent considérées comme “plus saines” que les cigarettes, mais le sont-elles réellement ? Le sujet est encore très nouveau, mais les études se succèdent. De récentes analyses 1 ont, par exemple, révélé il y a quelques semaines que les fumeurs de cigarettes électroniques étaient 29 % plus susceptibles de présenter des accidents vasculaires cérébraux que les fumeurs “classiques”. Ils étaient également 25 % plus sujets aux crises cardiaques et 18 % plus sensibles aux maladies coronariennes. Une nouvelle étude s’attaque aujourd’hui aux arômes de ces e-cigarettes. Et encore une fois, les résultats ne sont pas très bons. Les détails de ces travaux sont publiés dans le Journal de l’American College of Cardiology.

« Pour cette étude, une équipe de l’Université de Stanford (États-Unis) s’est penchée sur l’influence des e-liquides sur les cellules endothéliales humaines. Ce sont ces cellules qui tapissent l’intérieur de nos vaisseaux sanguins. Elles jouent donc un rôle très important dans le maintien d’une bonne santé cardiovasculaire. Pour cette recherche, six arômes ont été testés, avec différents niveaux de nicotine. Les résultats ont alors révélé que tous les arômes étaient potentiellement nocifs, qu’il y ait de la nicotine ou non. Et c’est celui à la cannelle qui semblait le plus toxique.

« Jusqu’à présent, nous n’avions aucune donnée de la manière dont ces e-liquides affectent les cellules endothéliales humaines, explique Joesph Wu, principal auteur de l’étude. Lorsque nous avons exposé les cellules à six arômes différents d’e-liquide avec différents niveaux de nicotine, nous avons constaté des dommages importants. Les cellules étaient moins viables en culture et ont commencé à présenter de multiples symptômes de dysfonctionnement ».

Notons que ces tests ont été menés sur des cellules élevées en laboratoire Malgré tout, les chercheurs relèvent que les changements observés au niveau cellulaire durant l’étude ressemblent à ceux observés chez l’Homme développant des problèmes cardiovasculaires. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires, certes, mais nous pouvons raisonnablement penser que les arômes d’e-cigarettes sont potentiellement nocif pour le corps humain. »

Et Science-Post.fr de citer le Comité de lutte contre le tabagisme de la Société européenne de pneumologie qui, il y a peu,  publiait une déclaration notant que les cigarettes électroniques ne devraient pas être largement recommandées dans les stratégies de sevrage tabagique. Les experts soulignent en effet le manque de preuves attestant ces affirmations.

« Bien que l’exposition à des ingrédients potentiellement nocifs provenant de cigarettes électroniques puisse être inférieure à celle des cigarettes, cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont inoffensives, a notamment déclaré Tobias Welte, président de la European Respiratory Society. Jusqu’à ce que nous en sachions plus sur les effets à long terme de leur utilisation sur la santé humaine, il est irresponsable de recommander leur utilisation dans les stratégies de lutte antitabac à l’échelle de la population ».

Où se situent, ici, les principaux irresponsables ? Jour de l’Ascension, 30 mai 2019

A demain

@jynau

1 « Cigarette électronique : AVC, coronaires bouchées, dépression, anxiété et … malhonnêteté » Journalisme et santé publique du 27 mars 2019

Cancer du sein : dénigrement et nouvelle polémique sur son dépistage – dans Le Parisien

Bonjour

Pourquoi lui, et pourquoi ici ? Lui : le Pr Norbert Ifrah. Ici : Le Parisien repris par Le Point : « Les détracteurs du dépistage du cancer du sein sont ‘’irresponsables’’. Le patron de l’Institut national du cancer  dénonce la campagne de dénigrement organisée sur les réseaux sociaux. »

Ainsi donc le directeur de l’Institut national du cancer (INCa), un homme « de nature plutôt discrète », a décidé de réagir face à la montée des critiques qui touchent le dépistage du cancer du sein. En France, nous dit-on, moins d’une femme sur deux se fait dépister à partir de 50 ans. Un chiffre loin d’être satisfaisant pour ce cancérologue. Le Pr Ifrah :

« On assiste en France à une campagne de dénigrement surréaliste, notamment sur les réseaux sociaux. Ses détracteurs, peu nombreux, mais très actifs, sont irresponsables. N’oublions pas que 59 000 nouveaux cancers du sein sont détectés chaque année et que 12 000 femmes en meurent. »

Principal argument, récurrent, des détracteurs :  le risque de « sur-diagnostic » – la détection des lésions qui n’auraient pas forcément évolué en cancer du vivant de la femme et qui ne nécessiteraient pas d’interventions – bien au contraire. Réplique mesurée du Pr Ifrah : « un certain nombre de cancers localisés n’évoluent pas, sans que l’on sache pourquoi ; 80 % vont évoluer, d’où la nécessité d’un suivi régulier (…)  Je ne dis pas qu’il y a zéro opération inutile, mais elles sont très peu nombreuses (…) avec le dépistage organisé, on épargne à près de 12 % des femmes une chirurgie lourde ». Pour le Pr Ifrah « d’après les études mondiales, le dépistage permet d’éviter entre 15 et 20 % de décès ».

Et le PrIfrah de conclure : « C’est pour cela que lire sur les réseaux qu’il existerait de faux cancers me sidère. Ce terme, catastrophique, est nuisible».

Que répondront les réseaux ?

A demain

@jynau

 

 

SAMU en justice : Didier 51 ans et tabagique, n’est pas mort d’avoir «mangé des épices»

Bonjour

« Un médecin du Samu bientôt jugé pour non-assistance à personne en péril » révèle Le Point (Marc Leplongeon). Une affaire qui n’est pas sans faire songer à celle qui, à Strasbourg, conduisit à la mort de Naomi Musenga, 22 ans, en décembre dernier.

Les faits datent du 9 avril 2010. Dans la nuit Stéphanie, l’épouse de Didier, compose le 15 du Samu 31 (hôpital Purpan – Toulouse). Très inquiète, elle explique que son mari a très mal à la poitrine, sue abondamment et paraît soudainement très fatigué. Il semble avoir du mal à respirer. « Il ne peut pas ouvrir la main », explique Stéphanie. Avant de poursuivre : « Il a perdu la boule. » Didier n’est pas capable de tenir une conversation et ne peut pas prendre le téléphone. Sur l’enregistrement de la conversation, on entend ses gémissements et ses cris de douleur.

Le malade a pris du Gaviscon (un traitement symptomatique du reflux gastro-œsophagien) qui ne l’a pas soulagé. « Mais Jean-Pierre, un des médecins libéraux expérimentés qui participe ce soir-là, à la régulation de la permanence des soins du Samu 31, et qui y travaille depuis 2008, ne paraît pas s’alarmer outre mesure. Son interrogatoire est lapidaire, rapporte Le Point. ‘’Lacunaire’’, dira plus tard la justice. Il ne pose que quelques questions types : Avez-vous bu de l’alcool ? Êtes-vous pris de vomissements ? De diarrhées ? Avez-vous de la fièvre ? Quels sont vos antécédents médicaux ? etc. ». Le Point :

« Dans le doute, Jean-Pierre fait tout de même appel à un praticien de SOS Médecin pour se rendre chez Didier pour une simple visite domiciliaire. Mais aucune urgence n’est évoquée au téléphone, Jean-Pierre se contentant de parler de ‘’violentes douleurs épigastriques avec une gêne respiratoire’’. ‘’ Il y a une épidémie de mal à l’estomac ce soir. Il a dû manger des épices’’, ajoute le médecin. Didier décède dans la soirée d’un infarctus du myocarde. Quelques jours plus tard, Stéphanie, son épouse, porte plainte contre le Samu, l’hôpital Purpan de Toulouse et les deux médecins. »

Infarctus du myocarde

Le juge d’instruction saisi de l’affaire prononcera un non-lieu général, estimant que le délit d’omission de porter secours n’est pas constitué – puisqu’il n’est pas prouvé que les médecins ont eu « conscience du caractère de gravité du péril » auquel se trouvait confronté Didier. La famille fait appel et la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse, le 11 septembre 2018, décide de renvoyer Jean-Pierre devant le tribunal correctionnel. S’appuyant sur les analyses de deux spécialistes et des enregistrements vidéo, elle juge que le médecin ne pouvait « se méprendre » sur le risque auquel était exposé Didier. L’un des experts note : « à aucun moment, l’origine coronarienne ou aortique de la douleur n’a été évoquée ».

« En matière de prise en charge en urgence d’un patient, il ne s’agit pas de faire un diagnostic téléphonique précis, mais de savoir suspecter un diagnostic grave qui pourrait mettre en jeu le pronostic vital du patient ; qu’en l’espèce, à l’âge de 51 ans, dans le contexte d’un tabagisme porté à la connaissance des intervenants, les symptômes de Didier devaient être considérés jusqu’à preuve du contraire comme des manifestations douloureuses pseudo-digestives associées à des manifestations vagales d’un infarctus du myocarde. »

Selon Le Point la Cour de cassation vient de confirmer le renvoi du médecin devant le tribunal correctionnel pour que l’affaire soit tranchée au fond. La Cour de cassation note : « Aucun test n’est proposé pour valider ou infirmer l’hypothèse d’un syndrome coronarien aigu ; les conseils prodigués consistent à demeurer allongé pour éviter un malaise vagal et à prendre de l’Omeprazole (un inhibiteur de la pompe à protons réduisant la sécrétion acide de l’estomac) alors que deux médicaments similaires ont déjà été tentés. »

Pour sa part le CHU de Toulouse souligne qu’il a « collaboré activement à l’instruction et a transmis le dossier médical ainsi que les bandes d’enregistrement du Samu (sic) », dont les professionnels « assurent tous les jours leur mission de service public de prise en charge des urgences médicales avec un haut degré d’exigence ».

A demain

@jynau

Journalisme et vérité : faut-il exécuter celles et ceux qui créent de l’anxiété généralisée ?

Bonjour

Le premier qui ne dira pas la vérité vraie devra être exécuté. Didier Raoult, 66 ans, est un biologiste, professeur de microbiologie, spécialiste des maladies infectieuses et des virus atypiques. C’est aussi un invité régulier de l’hebdomadaire généraliste Le Point – il y signe des chroniques acidulées tendant généralement à bousculer les priorités médiatiques sur des sujets aux frontières de ses compétences scientifiques.

Aujourd’hui la chronique du Pr Raoult est intitulée «  Et si on lançait un délit de création d’anxiété ». C’est une mise en abyme qui ne cite pas clairement sa cible prioritaire : une petite catégorie de journalistes, ceux qui jouent (ou relaient) les lanceurs d’alerte – des lanceurs systématiques ne hiérarchisant jamais ou presque leurs lancements. Face à eux, et au vu de leurs méfaits, le Pr Raoult juge que le moment est venu de créer un nouveau délit en France, « pays qui doute de lui-même et qui consomme énormément d’anxiolytiques ». Ecoutons un instant ce biologiste se piquant de journalisme et de justice.

« L’angoisse et l’anxiété tuent. Dans les pays développés, les causes de mortalité qui augmentent, et plus particulièrement aux Etats-Unis dans la population d’origine européenne, ce sont les suicides et la consommation excessive de dérivés d’opium pour calmer les douleurs et les inquiétudes. La France est l’un des pays qui consomment le plus d’anxiolytiques. L’alcool est partiellement utilisé aussi pour calmer les angoisses. Notre société est terriblement anxiogène. Les peurs maniées par les puritains et par une certaine presse (sic) ajoutent à l’angoisse généralisée. Certains ont tellement été marqués par ces peurs et par les notions de l’absence de seuil à l’exposition, comme pour l’amiante, qu’ils ont porté plainte maintenant pour délit de création d’anxiété. Pourtant le risque de contracter un cancer en passant dans une pièce où il y a de l’amiante à cause de cette exposition est nul. Je pense que ce délit, pour être nouveau, devrait effectivement faire l’objet d’une loi. »

 Ravages médiatiques écologiques

Il explique encore que tous les jours, de « fausses alertes », propagées par des « scientifiques approximatifs », des angoisses écologiques, ou des peurs d’épidémies, ont leur lot d’inquiétudes propagées à la vitesse d’Internet, sans jamais recevoir de vérification. « Dans mon monde, qui est celui des maladies infectieuses, les différentes ‘’crises’’ concernant le bioterrorisme, la maladie de la vache folle, les deux grippes aviaires, le chikungunya et Ebola ont fait, dans notre pays, moins de dix morts en l’espace de vingt ans » précise-t-il.

« Tous les jours, nous lisons comme étant des certitudes que l’ensemble des pesticides ou herbicides qui nous sont proposés constituent des dangers reconnus par tout le monde, mais cela est faux, ceci représente une partie de l’opinion, et certainement pas celle des scientifiques les plus rigoureux (…) qui, pour l’instant, ne considère pas le bisphénol comme étant toxique ni le glyphosate comme étant cancérigène, et l’influence des lobbys chimiques dans ce domaine semble bien moins forte que celle de la peur écologique. »

Le Pr Raoult connaît bien les corrélations entre la peur et les audiences médiatiques. En 2015 ce microbiologiste atypique avait publié un livre sur ce thème :  « Votre Santé Tous les mensonges qu’on vous raconte », Michel Lafon). C’était à l’époque de la sortie d’un ouvrage de deux de ses collègues, les Prs François Bricaire et Jean-Philippe Derenne, « Pandémie : la grande menace de la grippe aviaire » (Editions Fayard)

Aujourd’hui, nouvelle étape dans ce chemin de croix : « créer une loi pour poursuivre ceux qui ont suscité une angoisse caractérisée sans avoir les éléments pour pouvoir le faire ». Qui le suivra ?

A demain

 

« Affaires » et Levothyrox : piquée au vif, voici l’Agence nationale du médicament qui se rebiffe

Bonjour

Du journalisme et de l’industrie pharmaceutique. C’est une sous-affaire éclairante dans une vaste affaire sur laquelle on peine durablement à faire la lumière. Résumons. Une pétition « contre le secret des affaires » dans le champ de la santé publique vient d’être lancée par une association de malades de la thyroïde : « Contre le « secret des affaires » en matière de santé publique. Pour la transparence et la traçabilité des médicaments ». Où l’on retrouve le Dr Philippe Sopena, conseiller médical de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Cette dernière regroupe des patients qui se plaignent des effets secondaires de la nouvelle formule du Levothyrox de la firme pharmaceutique Merck.

A l’heure où nous écrivons ces lignes (le 29 septembre) cette pétition (adressée à Agnès Buzyn) a recueilli plus de 23 000 signatures. Les auteurs exigent, au nom de la sécurité sanitaire « une totale transparence sur l’origine de tous les composants de nos médicaments et la traçabilité de leur fabrication ». Ils ne « comprennent pas que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) puisse faire prévaloir les intérêts commerciaux d’une firme sur la protection de la santé de tous ». Ils entendent que, chaque fois que nécessaire, en application du « Droit à la protection de la santé » garanti par le Préambule de la Constitution, « la protection du ‘’secret des affaires’’  au profit de quelques-uns ne puisse pas prévaloir sur des exigences de sécurité sanitaire qui bénéficient à tous ».

Secrets légalement protégés

Comment en est-on arrivé là ? Voici la version de l’AFMT :

« L’histoire commence le 23 avril dernier, quand Me Emmanuel Ludot, avocat rémois qui défend plusieurs malades avec son confrère Gauthier Lefèvre (lire [sur le site Les Jours]  l’épisode 10, « Levothyrox : et maintenant, une plainte pour “trafic d’influence” »), demande, pour le compte d’une plaignante, une copie de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Levothyrox, étape nécessaire au lancement d’un nouveau médicament et délivrée après des essais cliniques. L’Agence du médicament (ANSM) ne lui répond que le 4 septembre en lui envoyant une copie tronquée du documentoù, à la page 8, invoquant le secret des affaires, l’agence a effacé des informations essentielles, en particulier le lieu de production et le nom de l’entreprise qui fabrique le principe actif de la nouvelle formule. Impossible donc d’établir la traçabilité du Levothyrox actuellement en pharmacie, celui qui génère tant d’effets indésirables au point que nombre de malades se fournissent en ancienne formule à l’étranger ou se sont reportés sur de nouveaux remèdes introduits à la hâte depuis quelques mois en France, mettant fin au monopole de Merck auprès de… 3 millions de patients. »

De fait, dans une lettre datée du 4  septembre, dont l’Agence France-Presse a obtenu une copie, signée de son service juridique et adressée à l’avocat, l’ANSM précise que cette transmission du document se fait « sous réserve de l’occultation préalable des mentions susceptibles de porter atteinte aux secrets légalement protégés, et notamment à la protection du secret des affaires ». L’association dénonce cette protection du secret industriel et commercial, en faisant référence à la loi « très récente et très controversée » du 30 juillet, dite « loi du secret des affaires ».

Journalisme et relations publiques

C’est euphémiser que de dire que la direction de l’ANSM n’a guère apprécié cette attaque. Elle vient de le faire savoir par un communiqué dans lequel elle « dément dissimuler des informations ».

« Suite au courrier de Maitre Ludot (28/09/2018)  (218 ko) adressé à l’ANSM en date du 23 avril 2018, l’ANSM lui a transmis le 4 septembre 2018 la décision du 8 juin 2018 (28/09/2018)  (1339 ko) compilant toutes les modifications intervenues sur les annexes de l’AMM de Levothyrox depuis la première décision d’AMM en 1982.

Dans l’annexe II de la décision du 8 juin 2018  figure notamment la rubrique Nom et adresse du (des) fabricant(s) de la (des) substance(s) active(s) d’origine biologique lorsque le médicament est un médicament biologique. La lévothyroxine n’étant pas une substance active d’origine biologique, la rubrique Nom et adresse du (des) fabricant(s) de la (des) substance(s) active(s) d’origine biologique  qui figure page 8 de cette décision est « sans objet ». Le contenu n’a donc pas été occulté puisque non applicable.

 Les accusations d’avoir attendu l’entrée en vigueur de la loi du 30 juillet 2018 relative à la protection du secret des affaires pour dissimuler des informations sont infondées. Les obligations légales que doit respecter l’ANSM en la matière sont en vigueur depuis la loi du 17 juillet 1978. La loi du 30 juillet 2018  a uniquement remplacé les mots « en matière commerciale et industrielle » par les mots « des affaires » qui figurait au 1° de l’article L. 311-6 du Codes des relations entre le public et les administrations (CRPA). » 

Et c’est dans ce contexte, précise l’AFP, qu’un « collectif de journalistes » 1, vient de lancer la  pétition  Informer n’est pas un délit, (et de publier un livre) « Bientôt, les journalistes et leurs sources pourraient être attaqués en justice par les entreprises s’ils révèlent ce que ces mêmes entreprises veulent garder secret » écrivent-ils. George Orwell, avant eux, avait déjà tout dit :

« Le journalisme consiste à publier ce que d’autres ne voudraient pas voir publier. Tout le reste n’est que relation publique ».

Orwell ne connaissait pas l’ANSM.

A demain

1 Elise LUCET, France 2, Fabrice ARFI, Mediapart, Gérard DAVET, Le Monde, Fabrice LHOMME, Le Monde, Denis ROBERT, écrivain & documentariste, Mathilde MATHIEU, Mediapart, Hélène CONSTANTY, L’Express & Mediapart, Benoît COLLOMBAT, France Inter, Laurent RICHARD, Premières lignes, Caroline MONNOT, Le Monde, Marine TURCHI, Mediapart, Christophe LABBÉ, Le Point, Olivia RECASENS, Le Point, Jacques-Olivier TEYSSIER, Montpellier Journal, Martine ORANGE, Mediapart, Paul MOREIRA, Premières Lignes.