Soigner l’autisme : psychanalystes contre comportementalistes. Flambées de violences.

 

Bonjour

Pour un peu cela deviendrait lassant. Aujourd’hui 8 décembre l’Assemblée nationale va débattre d’un texte déposé par le député Daniel Fasquelle (Les Républicains, Pas-de-Calais). Ce texte est disponible ici 1. Soutenu par près d’une centaine de députés de son camp (dont les médiatiques Laurent Wauquiez, Bernard Debré et Nathalie Kosciusko-Morizet). Ce texte vise à interdire toute pratique psychanalytique dans la prise en charge des personnes souffrant de troubles autistiques. Une pétition a été lancée pour « sauver les personnes autistes ».

C’est le dernier (et violent) rebondissement en date d’une guerre de près d’un demi-siècle. Une guerre médicale et scientifique, idéologique et philosophique dont on ne voit malheureusement pas la fin. Une guerre étrange proche de celles dite de religions. La roide froideur du comportementalisme reproductible anglo-saxon  versus les  brouillards inconscients  de la psychanalyse individuelle à la française.

Scandale sanitaire

Dans La Croix Daniel Fasquelle tient d’emblée à le préciser : son combat contre l’autisme n’est pas lié à une histoire personnelle douloureuse. « Je n’ai pas d’enfant autiste et il n’y a pas de cas dans ma famille », affirme le député (Les Républicains) du Pas-de-Calais. « J’ai découvert ce problème en 2010, ajoute-t-il. J’ai regardé les données scientifiques, écouté des familles. Et je trouve inacceptable qu’on finance des méthodes qui n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité. C’est un scandale sanitaire. »

Plus grave, note La Croix (Pierre Bienvault) le texte demande au gouvernement « de faire systématiquement engager la responsabilité pénale des professionnels de santé qui s’opposent aux avancées scientifiques et commettent des erreurs médicales en matière d’autisme ».

Dans le château-fort d’en face les bassines d’huile politiques sont en ébullition. « L’empêchement de penser, donc de créer, pour les patients, pour les professionnels, et pour les familles, est une atteinte à la démocratie et à la culture », proclame le Collectif des 39. Une fièvre  partagée par l’Union syndicale de la psychiatrie (USP): « Il ne peut et il ne doit pas y avoir de doctrine scientifique d’État et, corollaire, de doctrine psychothérapique d’État! »

Chapelles analytiques

Pour comprendre ce débat, il faut remonter à la prise de position datant de 2012 de la Haute Autorité de santé (HAS) :« Autisme : la HAS et l’Anesm recommandent un projet personnalisé d’interventions pour chaque enfant ». Des conclusions à fleurets mouchetés pour ne pas heurter le camp très français des chapelles analytiques :

« Par ailleurs, il est recommandé aux parents d’être particulièrement prudents vis-à-vis d’interventions présentées comme permettant de supprimer complètement les manifestations des troubles envahissants du développement (TED), voire de guérir totalement leur enfant car aucun élément probant ne permet d’envisager une telle efficacité. Ils doivent être également vigilants vis-à-vis des méthodes exigeant une exclusivité de l’accompagnement, car l’abandon d’interventions peut présenter un danger ou induire une perte de chances pour l’enfant ou l’adolescent suivi. »

Gros sous et fanatisme

En pratique il est aussi question de gros sous. « Les méthodes psychanalytiques ne marchent pas. Il faut arrêter de les rembourser », plaide Daniel Fasquelle. « Ce député dévoie les recommandations de la HAS. Celle-ci n’a jamais demandé l’interdiction de la psychanalyse », rétorque le Pr Bernard Golse, psychanalyste influent et pédopsychiatre à l’hôpital Necker-Enfants Malades de Paris. Dans Le Point il ajoute :

« Il faut savoir que Daniel Fasquelle est un très ancien adversaire, et je dirais même un adversaire fanatique de la psychanalyse. Songez qu’il a jadis écrit à tous les présidents et doyens des universités de France pour leur interdire l’enseignement de la psychanalyse ! Ce qui n’était évidemment pas en son pouvoir… Il avance main dans la main avec les lobbys anti-psys les plus farouches.

Son texte présenté à l’Assemblée détourne les recommandations faites par la Haute Autorité de santé (HAS) en 2012 ! Selon Fasquelle, la HAS a conclu que la psychanalyse n’était pas ‘’ recommandée’’  dans le traitement de l’autisme, alors qu’en réalité la HAS a simplement rappelé qu’elle n’était pas ‘’consensuelle’’, ce qui est tout de même très, très différent. Et Fasquelle va plus loin en préconisant que ces recommandations soient opposables, ce qui signifie clairement que, si l’on souhaite tenter autre chose que les méthodes comportementales, on peut être attaqué. La médecine devient donc une science d’État…

Les recommandations de la HAS vont être révisées, et elles vont sans doute aller vers plus de libre choix pour les patients, vers une prise en charge multidisciplinaire de l’autisme. Fasquelle attaque, car il craint ce changement. Vous savez, ce projet est grave pour le traitement de l’autisme, évidemment, mais il représente aussi d’une manière générale une menace grave sur la liberté des patients et le choix des familles, et même sur la simple liberté de pensée… »

Angoisses et tocsins

Reste, durant le tocsin républicain, à  savoir comment sont pris en charge les enfants autistes de France. La Croix cite le Collectif Autisme, qui regroupe plusieurs associations. Il a mené, en 2014, une enquête en ligne auprès de 636 familles. « Il en ressort que 77 % des enfants autistes n’ont pas accès du tout, ou l’ont seulement de manière partielle, à une éducation adaptée à leurs besoins et conforme aux recommandations de la HAS. Parmi ceux qui y ont accès, 70 % doivent supporter une large charge financière », indique Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’autisme. De fait, les méthodes éducatives semblent se diffuser lentement.

Certains psychiatres parlent encore ici, en catimini, de « dressage » 2. « Ces méthodes éducatives, je les utilise, affirme le Pr Golse. Mais dans certains cas, il faut les associer à une psychothérapie. Pas pour rechercher la cause de l’autisme ni culpabiliser les parents. Le but est de comprendre les angoisses de l’enfant et de l’aider à desserrer ses mécanismes de défense pour qu’il puisse profiter au mieux de ses compétences. »

S’il n’y avait tous ces enfants et adultes en souffrance, cela deviendrait lassant. Fort heureusement il est interdit, sur un tel sujet, de se lasser.

A demain

1 En voici l’exposé des motifs :

« À ce jour, on recense 600 000 autistes en France soit environ une naissance sur 100. En 2014, 44 % des personnes autistes étaient victimes de maltraitance, soit 250 000 personnes autistes sur les 600 000 que compte notre pays.

En outre, 80 % des enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) sont exclus de l’école en milieu ordinaire. Ainsi, seuls 20 % d’entre eux sont pris en charge conformément au cadre défini par le Gouvernement et aux attentes exprimées par les familles.

Si des avancées ont été réalisées, notamment par la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées dite « loi Chossy » de 2005 qui oblige la scolarisation de tous les enfants en milieu scolaire ordinaire, force est de constater que cette loi n’est pas appliquée pour les enfants autistes. De plus, l’autisme a été déclaré grande cause nationale en 2012 peu avant les recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de santé (HAS) qui promeuvent les approches développementales et comportementales dans la prise en charge médicale de l’autisme. Depuis lors, le groupe d’études sur l’autisme, créé à l’Assemblée nationale en 2011, à l’initiative de Messieurs les députés Daniel Fasquelle et Gwendal Rouillard, a souligné les nombreuses contradictions entre le discours officiel et la prise en charge effective de ces personnes.

Nous proposons donc que notre Assemblée vote une résolution encourageant le Gouvernement français à agir dans le sens des conclusions de la HAS afin de promouvoir une prise en charge effective de l’autisme dans le respect des droits fondamentaux des personnes qui en sont atteintes. »

2 « ABA » est  la plus connue des méthodes comportementales. Les techniques mises en œuvre sont basées sur la « théorie de l’apprentissage » et de « modification du comportement et de développement de compétences », souligne l’association ABA. L’objectif est « d’augmenter la communication, les apprentissages et les comportements sociaux adaptés », et de « diminuer voire faire disparaître les comportements inappropriés », souligne le site du gouvernement sur l’autisme (http://social-sante.gouv.fr/grands-dossiers/l-autisme/www.autisme.gouv.fr). Selon un rapport de février 2015 de la Caisse de solidarité pour l’autonomie portant sur 28 structures utilisant les méthodes ABA et financées par la « Sécu », le coût d’une place est d’environ 64 000 € par an contre un coût moyen d’un peu  plus de 32 000 € pour les instituts médico- éducatifs.

Anaphore d’Evry : « Je ne veux pas que les déremboursements de médicaments …. »

 

Bonjour

Nul ne sait, précisément ce qu’est le « vallsisme ». C’est, pour l’heure, un néologisme en gestation, aux frontières du sarkozysme de gauche, du pragmatisme revendiqué, du laïcisme affiché, du rocardisme simplifé. Pour les plus anciens cela pourrait faire songer à Georges Clémenceau (1841-1929). Clémenceau dont on oublie généralement fut stagiaire à l’hôpital psychiatrique de Bicêtre avant de devenir docteur en médecine avec une thèse positiviste intitulée De la génération des éléments anatomiques. C’était il y a, déjà, un siècle et demi.

Clémenceau oblige c’est aussi, sans les moustaches vendéenne, un discours martial, une éternelle gabardine de retour des tranchées républicaines. Ce fut encore, le 5 décembre à Evry, un cocktail de figures de style, un bouquet lyrique. L’Agence France Presse s’est piquée au jeu et repris le travail commencé sous l’ancien quinquennat avec l’inénarrable anaphore hollandienne. Qui a oublié le « Moi président de la République », syntagme repris à quinze reprises. C’était il y a, déjà, presque cinq ans. Depuis, et par synecdoque, ce syntagme désigne l’anaphore en question.

Soins dispensés aux plus modestes

Le désormais célèbre discours d’Evry ne résiste pas au procédé, assez facile, de l’anaphore.

« Je ne veux pas que les fonctionnaires travaillent plus pour gagner moins, je ne veux pas que les déremboursements massifs de médicaments empêchent les plus modestes de se soigner, je ne veux pas que nos enfants aient moins de professeurs, que nos villes et nos campagnes aient moins de policiers ou de gendarmes, je ne veux pas que l’on casse notre sécurité sociale, l’hôpital public, que nos aînés aient moins de protection, et que les salariés attendent 70 ans… 70 ans… pour toucher une retraite à taux plein. Ma candidature est aussi une révolte. »

Une fois de plus il apparaît que la médecine, la santé et la sécurité sociale seront au cœur des batailles politiques qui attendent la France. Mais il apparaît, aussi, que dans l’esprit de l’ancien maire d’Evry le médicament ne peut être que massivement « déremboursé » par ses adversaires. Il semble ici oublier que c’est l’Etat français qui (jusqu’à présent) fixe le prix des médicaments pris en charge par la solidarité nationale. Et qu’à ce titre il peut en moduler les montants sans que les malades les plus modestes aient à en souffrir.

Rien n’est écrit

Le discours d’Evry vit aussi fleurir les épiphores, ces groupes de mots répété en fin de phrase. L’épiphore, comme son nom l’indique est une sorte d’anaphore des antipodes:

« On nous dit que la gauche n’a aucune chance mais rien n’est écrit. On nous dit qu’elle ne rassemblera jamais, qu’elle en est incapable, rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, rien n’est écrit. On nous dit que François Fillon est déjà le prochain président de la République, rien n’est écrit. »

Observons, ici, que ce défenseur de la laïcité s’oppose en public au concept de « prédétermination » 1. Et l’on observera aussi que ce discours fit la part belle à la métonymie. La métonymie est un jeu dangereux, proche du novlangue orwellien. Le 5 décembre, en la mairie d’Evry, cela donna ceci :

« La réussite ne se mesure pas au montant du compte en banque, elle se mesure à la lumière que l’on a dans les yeux et je veux que mes compatriotes retrouvent tous, tous cette lumière dans les yeux. »

Chacun voit, déjà, l’usage que pourront faire de cette formule les adversaires de l’ancien Premier ministre. Qu’il s’agisse de l’aveuglement produit pas la lumière que l’on a dans les yeux ou encore de la couleur rouge du montant de son compte en banque.

A demain

1 « Tout le monde a vu de ces transports de l’âme qui décident tout à coup une vocation, un acte d’héroïsme. La liberté n’y périt pas; mais, par ses prédéterminations, on peut dire qu’il était inévitable qu’elle se décidât ainsi » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.350). Pierre-Joseph Proudhon était un anarchiste français  (1809-1865). On lui doit la célèbre formule paradoxale selon laquelle la propriété n’est rien d’autre, tout bien pesé, que le vol.

Maladie de Lyme: un microbiologiste accuse un confrère et dénonce le cynisme des journalistes

 

Bonjour

Rien de plus beau qu’un petit pamphlet joliment ciselé. Glané sur le site du Point : « Les zombies de la maladie de Lyme ». Zombi, zombie sont des termes rarement utilisés en médecine. Et pour cause : ils désignent le fantôme d’un mort, le revenant au service d’un sorcier. C’est aussi une personne bien vivante mais comme vidée de sa substance, sans volonté. Un fantoche, un pantin.

Ce titre est celui de la dernière chronique en date, dans Le Point, du Pr Didier Raoult – une personnalité atypique qui fait flores dans le champ de la microbiologie. Un professeur qui ne craint pas de faire peur pour accrocher des lecteurs.

Extraits de son texte 

« Il existe des malades dont personne ne connaît la cause du tourment. Ces malades sont irrités par notre ignorance. Parfois, ils réclament à tout prix une cause et sont indignés par ce qu’ils croient être de l’incompétence, voire un complot. Certaines de ces maladies sont évidentes comme la sclérose en plaques et (en partie) l’autisme.

« Il n’y a guère d’année sans qu’un « scandale » surgisse, censé expliquer ces maladies d’origine inconnue. Cela va des vaccins (contre l’hépatite ou la rougeole) jusqu’aux pesticides ou aux ondes. Le temps fait son affaire de ces « scandales », mais ces maladies restent inexpliquées. Certaines de ces maladies n’ont pas de tableau clinique évident. Comme la spasmophilie, traitée sans preuve par le magnésium, ou le coup du lapin qui a disparu quand il n’a plus été indemnisé… Apparaissent maintenant la fibromyalgie et la fatigue chronique. Pour les expliquer, les infections bactériennes difficiles à diagnostiquer, dont je suis spécialiste, ont souvent été incriminées. La dernière en date est la maladie de Lyme dont les malades errent comme des zombies, à la recherche de médecins qui finissent par se laisser convaincre qu’ils ont une maladie de Lyme. »

Terrain miné

La maladie de Lyme ! Elle ne pouvait échapper à la sagacité acerbe du chroniqueur spécialisé. On sait que cette entité est au cœur d’un entrelacs croissant de difficultés diagnostiques et thérapeutiques – une affaire à laquelle le politique (dont Marisol Touraine) tente de trouver des remèdes. Un terrain miné. Et quelques vérités que personne n’ose trop, dans les médias généralistes, exprimer. Que nous dit le Pr Didier Raoult sur le sujet ?

« Certains laboratoires facturent des examens fantasques, confirmant des doutes déraisonnables. La France n’échappe pas à ce phénomène, alors que dans de nombreux pays, les professeurs de médecine spécialistes en maladies infectieuses ne cautionnent pas ces dérives. Notre spécificité est que nous avons au Conseil national des universités et au Haut Comité de santé publique, un confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine, autre que ses croyances et le support de ses disciples. Il n’a pas de production scientifique lisible. Il a embrasé les théories alternatives et a même convaincu un grand hebdomadaire qu’il existait un complot tendant à dissimuler (pour quelle raison ?) l’ampleur du désastre. »

Stigmatiser

Voilà une attaque en règle. Mais une attaque à demi-mot. Un grand hebdomadaire ? Puisque ce n’est pas Le Point, lequel est-ce ? On a bien quelques idées, mais pourquoi ne le nomme-t-il pas ? Quant au confrère, il se reconnaîtra, certes, mais les autres, ceux qui ne sont pas du sérail hospitalo-universitaire ou associatif ?  La suite est de la même veine frustrante :

« Heureusement, la société française de pathologie infectieuse vient de se démarquer de ce faux scandale. Je fus le premier en Europe à réaliser des examens de confirmation sur la maladie de Lyme, et les commentaires sur les faux négatifs me sidèrent. Toutefois, la plainte déposée par des patients pourrait bien, même à l’opposé de toute connaissance scientifique, trancher en faveur de l’irrationnel comme dans les procès contre le vaccin de l’hépatite B ! L’aveuglement des acteurs institutionnels, la validation par une référence médicale (pour le vaccin contre l’hépatite B ou pour la maladie de Lyme) et la naïveté ou le cynisme des journalistes laissent pantois. »

Le cynisme des journalistes ? Pourquoi cette stigmatisation de l’ensemble d’une profession qui, indirectement, permet à cet hospitalier de s’exprimer. Et, notamment, de conclure ainsi son billet :

« Il faudra bien un jour mettre un frein à l’annonce d’un scandale sanitaire par jour ! Il faudra vérifier les sources, hiérarchiser les risques, afin de revenir dans le vrai monde, peut-être sous la pression d’une population lasse de tant d’informations erronées. »

A demain

 

Dr B. régulateur de Samu. Suspendu d’exercice pour une ou deux «cuillères» de Doliprane

 

Bonjour

L’affaire, exemplaire,  est rapportée par Le Point. Dans la nuit du 4 au 5 mai 2015, le Dr B., médecin généraliste urgentiste régulateur au Samu de l’Orne assure (à son domicile) une garde de régulation du centre d’appel 15 d’Alençon. Vers 3 h 30, l’assistant de régulation lui passe une femme. Elle explique que son enfant de 5 mois est fiévreux et que sa respiration est anormalement rapide.

Le Dr B. lui conseille la prise de Doliprane, un bain tiède, et le transfert aux urgences si la fièvre devait persister. La mère possède bien du Doliprane mais il est en sirop et elle n’a pas de mesure. Le médecin aurait alors fait preuve d’hésitation. Il parle de cuillère à soupe puis de cuillère à café, en prescrit une-et-demie, puis, se reprenant, deux cuillères.

Hospitalisé dans l’après-midi du 5 mai dans un état comateux, l’enfant est décédé à la fin du mois de juin 2015.

« Manquements graves »

La plainte pénale des parents a été classée sans suite par le parquet. En revanche la plainte de l’Agence Régionale de Santé de Normandie devant l’Ordre des médecins s’est traduite par la comparution, le 17 septembre 2016, de l’urgentiste devant la chambre de discipline du conseil régional des médecins de Basse-Normandie.

Le dossier a été décrypté. Il en est résulté que faute d’un interrogatoire suffisant de la mère, l’urgentiste n’a pas pu disposer de certaines informations : que l’enfant était né prématurément à 35 semaines, qu’un rappel de vaccins avait été pratiqué la veille, qu’un souffle cardiaque avait alors été diagnostiqué à cette occasion. Le praticien ne s’est pas assuré de la suite de la prise en charge médicale. Décision ordinale du 30 septembre :

« (…) l’interrogatoire de la mère par le docteur B. a été très insuffisant : il n’a, de ce fait, pas été à même de porter un diagnostic pertinent de l’urgence. De même, la prescription approximative de médicaments et l’omission de toute diligence tendant à garantir un suivi médical, éventuellement hospitalier, constituent des manquements graves aux obligations du médecin régulateur du Samu dans l’élaboration du diagnostic, les soins et la prescription ».

Le Dr B. est sanctionné par une interdiction d’exercer d’un an – dont six mois avec sursis. Susceptible d’appel, la condamnation, qui prendra effet au 1er janvier 2017. Elle prévoit également une « injonction de formation dans le domaine de la régulation médicale ». On ne commente pas une décision de la juridiction ordinale.

A demain

Renaud, le chanteur : ses alcools et son tabac. Certains médias «croisent les doigts». Ou pas

 

Bonjour

Et maintenant ?  Depuis le début du mois d’octobre le chanteur Renaud s’est lancé dans une « tournée marathon ». Un marathon après neuf ans d’absence et des « excès en tout genre ». Une plongée en apnée qui n’a rien arrangé. Depuis quelques jours les critiques se font jour dans les médias. Les mêmes médias qui, hier encore, saluaient l’abstinence alcoolique du barde médiatique.  Ainsi Télérama :

« La voix ? Comme on l’imagine : cassée et souvent déraillante — mais avec force. Ce n’est pas nouveau : si Renaud n’a jamais eu une voix de ténor, cela fait au moins vingt ans qu’il l’a abîmée, et qu’il doit faire avec le peu qui lui reste. Pas de miracle donc de ce côté-là… sauf sur le medley final où, porté par l’entrain général et le rythme soutenu des chansons, il se remet presque à chanter bien. En tout cas : à chanter vraiment. Sur d’autres titres emblématiques — En cloqueMorgane de toi —, le public prend largement le relais et Renaud ne s’en plaint pas : ‘’Vous chantez bien mieux que moi’’»

« Le plus dur, c’est ça, c’est de grimper, de retrouver un peu plus qu’un semblant de voix, et sur Les Mots, basculer en soi » écrit bellement, dans Le Monde, l’inusable et épatant Francis Marmande

Luciano Pavarotti et eau minérale

Sa voix ?  « Je n’ai jamais été Pavarotti ! » s’est justifié Renaud dans une interview accordée à i>Télé. Je n’ai jamais chanté comme un cador, mais ça ne va pas trop mal malgré les critiques journalistiques pas très sympathiques… On critique ma voix, mais c’est ma voix de 64 ans. Je ne chante plus comme à 20 ans, c’est sûr ! »

Et puis voici Le Point (Marc Fourny) :

« Il faut dire que les litres de pastis et les deux paquets et demi de clopes quotidiens n’ont pas arrangé les choses quand Renaud, redevenu Renard, s’enfonçait dans la solitude et la déprime. Mais c’était hier, désormais le Phénix a changé ! Vraiment ? Il reconnaît qu’il continue à se griller quelques cigarettes, sans pour autant retomber dans une consommation excessive. Et il a récemment confessé s’offrir de temps en temps une petite bière, ou deux… ‘’Je n’ai pas signé pour être un saint, un moine, ou m’abstenir toute ma vie durant à l’eau minérale’’, a-t-il reconnu dans une interview, sur BFM TV. On croise les doigts… »

La tournée de Renaud comporte encore plus d’une centaine de dates jusqu’à l’été prochain, avec les grands festivals d’été. Environ 400 000 places ont d’ores et déjà été vendues. L’homme n’a pas signé « pour être un saint ». Pour autant la construction médiatique est là, qui a fait de Renaud un ressuscité de la maladie alcoolique, un Phénix. Les médias croisent-ils vraiment les doigts ?

A demain

Une journaliste licenciée : «Nous crevons de ne pas donner aux lecteurs ce qu’ils attendent»

 

Bonjour

Nous avons déjà évoqué ici l’histoire et les réflexions de Aude Lancelin, journaliste-cadre méchamment licenciée de L’Obs (groupe Le Monde) qu’elle a rebaptisé L’Obsolète. Son livre-témoignage  paraît ce jeudi 13 octobre : Le Monde libre (éd. Les liens qui libèrent). Cette publication donne lieu à une étrange mise en abyme, certains médias exposant à cette occasion les raisons pour lesquelles ils souffrent et (parfois) disparaissent. Parler de son mal pour le conjurer ?

Pessimisme

Le Point y consacre aujourd’hui une large place. « Aude Lancelin : ‘’L’Obs est un petit poumon malade encore nécessaire à Hollande » ». L’entretien a été réalisé par la journaliste Violaine de Monclos. « Dans un livre qui paraît ce jeudi 13 octobre, la journaliste livre le long récit de cet événement et aussi de quinze ans de presse écrite qui l’ont laissée fort pessimiste sur l’avenir du métier, dont on se demande d’ailleurs si elle conserve quelque espoir de l’exercer encore» écrit-elle.

Violaine de Montclos ajoute: « En effet, on peut s’agacer de l’humilité très relative et du style un rien tragique et grandiloquent de ce livre, on peut même pour les plus sceptiques mettre en doute sa version politique d’un licenciement qui n’était selon la partie adverse que « managérial », mais on ne peut pas manquer de saluer l’indéniable courage, et le talent, avec lequel elle dézingue tous les petits marquis faiseurs de carrière qui sévissent dans le monde de la presse : intellectuels, patrons et autres « amis des rédactions » qu’il convient, lorsqu’on est simple journaliste, de ne jamais fâcher. Les voilà pour beaucoup, dans ce livre jouissif pour qui les reconnaîtra, pulvérisés façon puzzle »

Extraits :

« Vous racontez votre licenciement comme un événement grave, symptomatique de la crise de la presse et surtout d’une crise profonde de la gauche, mais dans un pays où des licenciements ont lieu tous les jours, ne craignez-vous pas que le récit de votre éviction soit lu comme une tempête dans un petit, tout petit verre d’eau ?

Aude Lancelin : Je comprends l’objection. Mais la seule chose que l’on m’ait laissée, c’est ma liberté enfin entièrement retrouvée, notamment celle de raconter ce monde de la presse dont j’ai vu durant 15 ans le délitement s’accélérer, et dont je peux aujourd’hui témoigner. Il n’est par ailleurs pas question dans ce livre de mes états d’âme, mais d’un système de connivence avec le pouvoir, de renoncement intellectuel, de quête du clic dont tous les journalistes souffrent. D’ailleurs, je reçois d’innombrables courriers de confrères qui se retrouvent dans ce récit. Et puis, quand on est journaliste, un licenciement qui est dû à la collusion entre des actionnaires et le pouvoir politique, c’est loin d’être anodin.

D’après vous, la vraie raison serait que vous incarnez une gauche critique vis-à-vis du gouvernement. François Hollande, en vue des élections à venir, aurait donc obtenu votre tête des actionnaires pour remettre L’Obs dans le « droit » chemin. Mais franchement, la presse magazine a-t-elle encore tellement de lecteurs et d’influence qu’un président de la République juge nécessaire, pour être réélu,  de se mêler de ses organigrammes ? Vous l’écrivez d’ailleurs vous-même dans votre livre : « L’Obsolète ne pesait plus grand-chose dans le débat public… »

– François Hollande fait partie de cette génération de politiques qui se préoccupe encore énormément de ce qui se passe dans les rédactions. Il passe sa vie à recevoir des aréopages de journalistes, à échanger des SMS avec eux… Et puis le PSet François Hollande vont si mal, sont si impopulaires que, oui, même un petit poumon malade comme L’Obs leur est encore très nécessaire… Ce journal a encore un portefeuille de plus de 300 000 abonnés, dont énormément d’enseignants, et il jouit toujours d’un certain prestige dans quelques milieux. C’est une supernova en train de s’éteindre, mais qui luit encore… et dont François Hollande croit fermement avoir besoin.

« Grandes figures des médias »

(…) Vous taillez en pièces un nombre considérable de grandes figures des médias, directeurs, producteurs, intellectuels et économistes « amis » des rédactions parfaitement reconnaissables et qui sont d’ordinaire intouchables. Comment espérez-vous être réembauchée quelque part ? On a le sentiment d’assister à un suicide professionnel… Vous renoncez à ce métier ?

– Non, ce n’est pas un adieu au métier. C’est un adieu à certains lieux où il est exercé. J’ai pris goût à cette liberté de parole retrouvée, je ne pourrai plus recommencer à ruser sans cesse, à dire des demi-vérités pour ne pas fâcher les uns et les autres comme nous sommes tous obligés de le faire constamment. La presse française traverse une période extrêmement difficile, elle est désormais entièrement à la main des avionneurs, des bétonneurs, des géants du luxe et du CAC 40. Or nous crevons justement de ne pas donner aux lecteurs ce qu’ils attendent.Mais je crois beaucoup à une prise de conscience. D’autres voix que la mienne commencent à s’élever. »

A demain

 

A Paris, ne manquez pas le showroom de l’hôpital Laennec ressuscité. Luxe, calme et volupté.

 

Bonjour

Est-ce encore du journalisme ou, déjà, de la publicité ? Dans le dernier numéro du Point on découvre, page 28, un papier consacré à la « renaissance » de l’hôpital Laennec. On y célèbre les vertus du groupe Kering dont Artémis, par ailleurs propriétaire du Point, est le principal actionnaire.  Kering, donc, qui lors des Journées du Patrimoine « a ouvert au public les murs de son tout nouveau siège parisien de la maison Balenciaga ». Nous sommes là en lieu et place de l’ancien hôpital Laennec » sur un site d’exception. Sous la houlette de l’architecte Benjamin Mouton on a retrouvé « la physionomie historique de l’ancien « hospice des Incurables ». Il est des rapprochements proprement impayables.

« Par delà la cour d’honneur, la chapelle édifiée sous Louis XIII et les deux zones de bâtiments formant une croix de Jérusalem, un petit pavillon de réception signé Pierre Yovanovitch mélange les genres (…) Côté jardis, les espaces verts du paysagiste Philippe Raguin semblent des potagers propices à la sérénité. Calme, luxe et volupté… La beauté simple des lieux transfigure l’héritage de ce joyau architectural du Paris historique. »

Les espaces verts sont « dans l’esprit des jardins médiévaux et le showroom de la maison Balenciaga épatera plus d’un gogo.

Allianz, géant de l’assurance

C’est un autre son de cloche que nous donne Radio Notre Dame : « La chapelle de l’ancien hôpital Laennec a perdu son âme ». Loin de Balenciaga elle s’est intéressée, lors des mêmes Journées du Patrimoine,  à l’antique chapelle de l’ancien hôpital. Chapelle dont on avait « ouvert les portes pour la première fois depuis 2011. »

« Visiter la chapelle de l’ancien hôpital Laennec, c’est impossible depuis plus d’une dizaine d’années. Le bâtiment a beau être un monument historique, il est désormais dans le domaine privé, et son propriétaire en interdit l’accès au public. »

On rappelle qu’en 2002, l’hôpital Laennec a été vendu, ainsi que les hôpitaux Broussais et Boucicaut, par l’AP-HP. Les ventes visaient à financer l’hôpital européen Georges Pompidou. L’ancien hôpital est alors acquis par Allianz, géant mondial de l’assurance.. A partir de cet instant Allianz ferme les portes de la chapelle et en refuse l’accès aux visiteurs. « Monument privé. Défense d’entrer ! ».

En 2006, le « comité « Laennec-Turgot » de salut public est créé.  L’association revendique la préservation du site et l’accès au public. Arlette Vidal-Naquet est un des membres les plus fervents du comité : la chapelle n’a pas été désacralisée depuis son passage dans le domaine privé.

Histoire de France

« Elle est à la fois toujours sacralisée, toujours cultuelle et c’est maintenant une salle polyvalente dans laquelle repose des hommes qui ont participé à l’histoire de France ». Parmi eux : Turgot, le célèbre ministre des Finances de Louis XIV. Mais il n’est pas le seul à reposer dans la chapelle Laennec. Jean-Pierre Camus, l’évêque de Belley, Madame de la Sablière, le cardinal de la Rochefoucauld… Autant de personnages illustres de France dont la sépulture se trouve dans la chapelle. Une chapelle qui a bien changé. Aujourd’hui, c’est une salle polyvalente où ont lieu des expositions photos et des défilés. »

 « Le cardinal de la Rochefoucauld avait donné au peuple de Paris au 17e siècle ce périmètre de deux hectares, pour permettre aux nécessiteux d’avoir un fin décente. La chapelle est au milieu du site, et c’est le point stratégique. Grâce à sa situation, les malades pouvaient entendre la messe, peu importe où ils étaient sur le site .La chapelle, offerte au peuple, lui est aujourd’hui fermée. »

Arlette Vidal-Naquet est allée dans la chapelle lors des journées du patrimoine. Son témoignage est plus que précieux.

«  Comme prévu par le groupe Kering, locataire des lieux, lors des travaux, la chapelle est devenue un lieu dédié aux expositions. Ainsi, dans la nef, l’exposition « Echos » s’affiche, avec une sélection de pièce de la collection Pinault.

 « Quand vous arrivez dans la cour d’honneur, le buste de Turgot a disparu. A la place, il y a une maquette montrant les travaux réalisés. En entrant dans la chapelle, il y a quatre Christ crucifiés sur le mur de gauche. Ce sont des Christs en lames de métal tranchant réalisés par Adel Abdessemed. »

 Tintement métallique

 « En face, une autre oeuvre d’un artiste contemporain est exposée : neuf linceuls alignés et sculptés en marbre. C’est une réalisation d’un italien, Maurizio Cattelan. Sur la droite, la salle où reposaient avant les nécessiteux, est désormais dédiée à la maison Balenciaga. Dix années de créations y sont exposées. Et puis, il y a une extrapolation de la dernière Cène de Léonard de Vinci, réalisé par Andres Serrano. »

« Ainsi, l’autel de la chapelle n’est plus visible, toute référence aux malades et au culte est effacée. Cette chapelle toujours cultuelle et sacralisée n’est plus qu’une salle polyvalente. L’exposition dans ce lieu est effroyable, insupportable. La chapelle Laennec a perdu son âme ».  

Qui, chez les nouveau riches, se souvient des Incurables et des Nécessiteux ? Qui a encore sur le tympan le tintement métallique de Laennec ? Combien sont-ils à se souvenir de la conférence de presse stratosphérique donnée ici en toute urgence par un Pr Philippe Even déchaîné ? Il venait, avec la ciclosporine (et la bénédiction voisine de Georgina Dufoix) de trouver la panacée contre le sida. C’était en octobre 1985, trente-et-un ans déjà. Les dés étaient-ils jetés ? Quelle est la part du hasard et celle de la nécessité ? Qui le sait ?

A demain