Nouveau : Dr Jean-Paul Escande, dermatologie, clinique des Cèdres, Brive-la-Gaillarde (Corrèze)

Bonjour

On l’avait connu au sommet de lé dermatologie française, dans les plus beaux quartiers de la capitale. On a retrouvé sa trace aux confins des déserts, clinique des Cèdres, Brive-la-Gaillarde (Corrèze). On avait connu un homme formidable d’énergie et de savoirs, pétillant de culture et soucieux de partage, charmeur et pédagogue, passionné de médecine jusqu’au bout des ongles. Les dernières nouvelles nous confirment qu’il n’a pas changé.

Le Pr Jean-Paul Escande, 80 ans, ponte de la dermatologie, et auteur à succèss’ennuyait ferme à la retraite. Il vient de relancer une activité de consultation au service des Brivistes « pour être utile, pour la médecine, et par passion pour sa profession ».  « Certains y voient une première : un spécialiste octogénaire de réputation internationale, qui ré-endosse la blouse blanche après quelques années de retraite, et se met plusieurs jours par semaine au service d’une patientèle locale en manque de spécialistes » résume Le Quotidien du Médecin (Jean-Pierre Gourvest)

Et Le Quotidien de résumer la biographie atypique de cet homme né à Brive en mars 1939 – tient de la saga médicale. Études à Paris, professeur à 35 ans à Cochin (AP-HP) où il fera toute sa carrière, chef de service de dermatologie à 44 ans, travaille sur les cancers de la peau et le mélanome malin. Diplômé d’immunologie à l’Institut Pasteur, chercheur en biologie, dirige un service consacré au sida lors de l’arrivée des premiers malades en France (1981). En 1975, un livre à succès « Les Médecins » (Bernard Grasset) le lance dans le grand bain. Confesse devenir alors « une petite vedette des médias de l’époque ». 

Vedette des médias, amoureux du rugby

 « Je n’ai jamais pris un centime à mes patientsrévèle-t-il aujourd’hui. Me contentant des salaires versés par la fonction publique, je n’avais aucun intérêt à me faire de la pub, mais j’adorais la communication. Je me suis retrouvé éditorialiste à Radio Monte Carlo, réalisateur télé, chroniqueur à France Inter. J’ai aussi écrit quelques livres. Par contre, j’ai toujours refusé de faire de la politique malgré les appels du pied de Jacques Chirac, occupé et passionné par mon métier. »

Cet amoureux du rugby tombé sous le charme de René Dubos est condamné à la retraite à 68 ans. Des remplacements durant huit ans avant de raccrocher en 2016. Puis revient à Brive occuper la maison de ses parents (son père est décédé à l’âge de 105 ans). « Je me sens en pleine forme. Honnêtement, à la retraite, je m’ennuyais », confie-t-il au Parisienainsi qu’à FR3. Et au Quotidien :

 « J’ai bien l’intention de me replonger dans la dermato. On a mis à ma disposition un cabinet que j’occuperai plusieurs jours par semaine, sous le statut de médecin libéral, hébergé par le centre de soins. Je suis payé à la consultation et mes gains seront ceux de la profession, au sein d’un univers médical débordé auquel j’espère donner un coup de main. Je crée un service qui n’existe pas aux Cèdres, mais que je vais développer. Mais je continuerai l’écriture, tout en pratiquant ! Je ne serais pas venu à Brive faire la guerre aux autresJe suis simplement heureux de me retrouver sur mes terres et de rendre service. » 

Pour combien de temps encore ? « A genoux, et prions… » rit-il. Il a signé avec la clinique briviste un contrat renouvelable chaque année. « La vie continue ». On applaudit.

A demain @jynau  

Urgences en danger : qui voudrait 100 euros en prime pour «faire face à des incivilités» ?

Bonjour

12 juin 2019. L’exécutif pressent le vent du boulet. Sur RTL (Elizabeth Martichoux) le Pr Pierre Carli, clef de voûte historique des urgences de France, vient de nous le faire comprendre : Agnès Buzyn va, dans les heures ou les jours qui viennent faire de nouvelles annonces pour aider « à passer l’été ». Puis, avant les vendanges, il remettra sa « feuille de route » pour tenter de vider un abcès qui est encore bien loin d’être percé. Dans l’attente la pression monte.

Dans l’étrange entretien qu’elle accordé, hier, à Libération (Eric Favereau) Agnès Buzyn a eu ce mot :

« En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. »

Tout est dit. De l’argent contre des « incivilités »  (paroles, actions dénotant une absence de courtoisie, de politesse). Plus précisément cent euros pour « y faire face ». L’actualité est bonne fille qui nous apporte, via Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault) un exemple de comportement discourtois – qui peut aussi être qualifié « d’agression de personnel soignant ». Lundi 10 juin, urgences du CHU de Rennes. Une jeune patiente agitée « s’en est prise physiquement au médecin urgentiste qui essayait de la maintenir sur son lit » avant de s’attaquer à une infirmière et à deux aides-soignantes, a précisé au Quotidien le représentant syndical SUD dans l’établissement breton. Les trois femmes se sont retrouvées à terre « à cause des coups ». Il a fallu attendre l’arrivée de cinq agents de l’équipe du service de sécurité de l’hôpital pour maîtriser la patiente. Tous les soignants agressés sont allés porter plainte au commissariat. 

Le vent du boulet. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, annonçait hier au micro de France Info des « embauches supplémentaires » dans les semaines à venir. « Pour la première fois, les effectifs d’infirmiers, d’aides-soignants et de médecins augmenteront parallèlement au nombre de patients », a-t-il promis. Et Martin Hirsch d’assurer prendre « au sérieux ce mouvement depuis le début ». Fallait-il le préciser ?

A demain @jynau

Agnès Buzyn soudain face à Yannick Jadot, à Xavier Bertrand et à 900 000 Français proHoméo

Bonjour

C’est l’autre front politique, majeur, sur lequel Agnès Buzyn est en première ligne : en même temps que la crise ouverte des urgences, le déremboursement pré-annoncé des spécialités homéopathiques. « Les défenseurs de l’homéopathie remboursée ne désarment pas » observe Le Quotidien du Médecin  (Loan Tranthimy). La Haute autorité de santé (HAS) vient de demander aux journalistes de « réserver la date » : elle rendra son « avis définitif » le 28 juin. Ce qui réactive l’énergie  du collectif MonHoméoMonchoix  auréolé d’une pétition qui a récolté près de 900 000 signatures.

On sait que cette association ultra-pro-homéopathie est composée d’ « organisations professionnelles », de « sociétés savantes », d’ « associations de patients » – sans oublier les trois firmes très directement concernées (Boiron, Lehning et Weleda). C’est une forme original de lobbying qui cristallise la colère entretenue depuis la désormais célèbre « fuite médiatique » de l’avis provisoire du Comité de transparence de la HAS.

Officiellement l’avis définitif sera transmis au gouvernement qui tranchera. Or Agnès Buzyn a d’ores et déjà abandonné son pouvoir de décision en annonçant qu’elle suivrait l’avis de la HAS. Et elle l’a réaffirmé au Quotidien du Médecin :   les produits homéopathiques seront déremboursés « s’il s’avère qu’ils ne sont pas efficaces » car « ce n’est pas à la solidarité nationale de payer pour des thérapies sans effets scientifiquement prouvés ».

Effondrement et marginalité

« Le déremboursement inquiète fortement les patients car cela va toucher à leur pouvoir d’achat et pénaliser les plus fragiles. Mais il y a aussi la crainte de sortir l’homéopathie du champ du système de santé. Pour nous, cela est insupportable », répond en écho Joël Siccardi, président de l’association Homéo Patients France (AHP), créée en 1998, qui « réunit les utilisateurs d’homéopathie ». Quant au  Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) : « Notre préoccupation est l’avenir même de cette pratique thérapeutique. Un déremboursement créerait un effondrement de la formation, ou bien elle deviendrait marginale pour les médecins mais aussi pour les non-médecins. Là est notre grande crainte car nos patients courraient un grand risque ».

Sans oublier le Dr Antoine Demonceaux, président de l’association SafeMed qui dénonce le « biais scientifique » de la méthode d’évaluation de la HAS : « On parle de molécules ! Si un médicament n’a pas molécules, cela ne peut pas marcher. Si cela ne peut pas marcher, alors c’est inefficace… Mais on occulte les recherches physiques, biophysiques des médicaments homéopathiques qui ne sont certes pas des médicaments portant des molécules mais qui sont une réalité de médicaments. Les dés sont pipés à l’avance ».

L’effervescence dépasse de loin les soignants. Agnès Buzyn et le gouvernement doivent aussi désormais compter avec deux nouveaux poids lourds du paysage politique national. Xavier Bertrand tout d’abord qui n’a jamais caché sa position, plus économique que pro-homéopathique : « Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! ». Xavier Bertrand existe politiquement. Ancien ministre de la Santé, aujourd’hui retiré dans son fief nordiste il est, débâcle de son camp oblige, amplement courtisé pour revenir aux affaires républicaines. On dit même qu’il a l’oreille du Président.

Maison de la Chimie

Et puis, à ses côtés, Yannick Jadot, encore auréolé de son score aux élections européennes. Un écologiste qui entend bien conquérir le pouvoir exécutif et qui déclarait il y a peu sur France-Inter :

« Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Nous en sommes ici, à la confluence de la médecine et de la science, du pouvoir et de la croyance. La prochaine étape est fixée au 12 juin, date de l’audition des laboratoires par les experts de la Commission de la transparence. Puis, le 26 juin  cette Commission adoptera en séance plénière « l’avis définitif sur l’intérêt de maintenir le remboursement des médicaments homéopathiques en séance plénière». Enfin, le 28 juin  « exclusivement réservé aux journalistes », le bouquet final :  à 9h 15 une conférence de presse en présence du Pr Dominique Le Guludec, Présidente du Collège de la HAS, du Pr Christian Thuilliez,  Président de la Commission de la transparence et de Mathilde Grande – Cheffe du service évaluation des médicaments. Des membres de la Commission de la transparence seront également présents.

Une question, déjà, tracasse et alerte : comment interpréter le fait que, pour parler de l’homéopathie, on réunisse les journalistes au sein de la Maison de la Chimie ?

A demain @jynau

Contre l’embrasement des urgences : 97,69 euros brut et un rafraîchissement des peintures

Bonjour

Ainsi donc, face aux urgentistes en détresse, Agnès Buzyn a fait un geste financier en promettant une homogénéisation »de la « prime individuelle de risque » pour le personnel médical. Il fallait y penser ! Créée il y a près de vingt ans par Laurent Fabius alors ministre de l’Economie («Arrêté du 21 décembre 2000 fixant le montant mensuel de l’indemnité forfaitaire de risque allouée à certains fonctionnaires hospitaliers ») cette prime (97,69 euros brut par mois) s’adressait au départ aux soignants des structures psychiatriques ou exerçant en établissements pénitentiaires. 

Vingt ans plus tard, Agnès Buzyn : « cette prime n’est pas portée partout à son juste niveau, des inégalités existent entre hôpitaux pour des situations pourtant analogues ». Cette aide sera désormais « mobilisée partout où cela est justifié » a-t-elle insisté, évoquant un engagement moral indispensable vis-à-vis de ceux qui soignent « en assumant cette part de risque ». « En avril dernier, déjà, pour calmer la colère des personnels des urgences de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), le directeur général Martin Hirsch avait annoncé le relèvement de cette prime de 5,76 euros par mois à ‘’environ 60’’, rappelle Le Quotidien du Médecin ( Anne Bayle-IniguezCyrille Dupuis).

Cette indemnité forfaitaire est versée aux soignants de la fonction publique affectés en permanence à certains services jugés dangereux en raison de la spécificité des patients qu’ils accueillent. Où l’on comprend que désormais les services d’accueil des urgences sont considérés comme des zones à risque.

Essuyer les plâtres

Sur l’autre front, celui des soignants non médicaux la ministre a annoncé la création d’une « nouvelle prime de coopération » dont le montant reste à définir. Le principe : « les médecins peuvent déléguer aux paramédicaux de leurs équipes des tâches qui leur étaient jusque-là réservées ». Cette « opportunité nouvelle est à la fois porteuse de solutions de fond pour fluidifier les prises en charge [c’est] une formidable occasion de reconnaître tous les talents d’une équipe » affirme Agnès Buzyn.

Enfin (et toujours sans définir d’enveloppe financière) la ministre a assuré que chaque Agence Régionale de Santé devra apporter son « soutien aux hôpitaux qui traversent des épisodes de tension ». « Il faut leur donner les moyens, sans délai, de rétablir des conditions de travail décentes pour les équipes », a-t-elle martelé. Et toujours dans un souci de décence Agnès Buzyn décide aussi de mobiliser les ARS pour engager des « travaux de rénovation architecturale » dans les services d’urgences où les besoins se font sentir.

De quoi parle-t-on ? A la fois d’améliorer la qualité de l’accueil de patients et les conditions de travail des personnels hospitaliers. « Je ne veux plus voir des services d’urgences vétustes, il n’est plus admissible d’être en retard dans les travaux de rénovation », s’est-elle agacée, évoquant même l’image inacceptable de « peintures défraîchies ou en lambeaux ». Et d’ajouter:« travailler dans des locaux modernes et propres, c’est bien la moindre des choses ». Certes. Il faudra, pour cela, commencer par finir d’essuyer les plâtres.

A demain @jynau

Quand et comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle à en finir avec la crise montante des urgences ?

Bonjour

6 juin 2019. Il y a trois quarts de siècle c’était le D-Day. Puis vint le célèbre Plan Marshall (« Programme de rétablissement européen ») un vaste dispositif  de prêts américains accordés de ce côté-ci de l’Atlantique pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées. Générosité ? On a aujourd’hui généralement oublié que ces prêts étaient assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et autres produits venus des Etats-Unis.

Aujourd’hui c’est bien, toutes proportions gardées, un « Plan Marshall » que réclame, dans les colonnes du Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) le très mesuré Dr François Braun,  président de SAMU-Urgences de France. Un Plan Marshall avec, dans l’attente, des bouffées d’oxygène « pour passer l’été ». Et, le même jour, on annonce qu’Agnès Buzyn devrait « faire des annonces ». Le Congrès des urgentistes se tient à Paris et une manifestation animée est programmée entre Montparnasse et le ministère de la Santé.

Soignants grévistes et représentants syndicaux accusent la ministre de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise des soignants. « Elle est très méprisante, aucune négociation n’a été ouverte avec les personnels alors que des services d’urgence sont en grève depuis des semaines », dénonce Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). L’heure est grave. Le Dr Braun:

« L’année dernière, on allait dans le mur. Cette année, nous y sommes ! Les services sont en train de lâcher. L’Observatoire de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers a enregistré davantage de déclarations de collègues en burn-out sur les quatre premiers mois de 2019 que sur tout 2018. À Tourcoing, à Lons-le-Saunier, la situation est dramatique. Cette souffrance, jusque-là médicale, s’est étendue aux paramédicaux. On embauche des infirmières en intérim, c’est du jamais vu. Nous sommes arrivés au bout du système. »

« Aujourd’hui ,dit-il, plus de 100 services d’urgences se sont mobilisés. Si rien n’est fait, la moitié des services d’urgences seront en grève cet été ou dans l’impossibilité de bosser. Nous avons besoin d’un plan Marshall pour les urgences. Qu’on nous donne de l’oxygène pour passer l’été ! Directeurs d’hôpital et ARS doivent maintenir à tout prix l’activité des urgences cet été. Quand un service tourne sans médecins, on nous dit :  »Débrouillez-vous » Non ! Ça suffit ! Les PH dont l’activité ne relève pas de l’urgence doivent désormais s’investir davantage et venir faire leur boulot aux urgences. Nous n’avons pas besoin de plus d’urgentistes mais de plus de temps. 40 à 50 % de notre activité ne relève pas de l’urgence. Certains services ne font plus d’entrées directes de patients et préfèrent les faire passer par chez nous, c’est plus confortable, les examens complémentaires sont faits. Eux peuvent se permettre de fermer des lits en été, nous non. »

Où l’on mesure l’ampleur du défi posé à la ministres des Solidarités et de la Santé – défi compliqué de la défaillance croissante de la médecine de ville. « Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Les pouvoirs publics ont laissé faire par complaisance, accuse le Dr Braun. Cet été, les libéraux vont probablement tous partir en même temps en vacances, comme à chaque fois, et les conseils départementaux de l’Ordre ne diront rien, comme à chaque fois. Non, ce n’est plus possible ! C’est de la responsabilité de l’Ordre des médecins de maintenir la permanence des soins sur les territoires pendant les vacances. »

Or l’Ordre vient précisément de s’adresser solennellement à Agnès Buzyn et au gouvernement. « Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France, observe-t-il. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. » Dans ce contexte l’Ordre « appelle avec gravité à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé. » « Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue ».

Entendre politiquement la souffrance ? Emmanuel Macron donnera-t-il à Agnès Buzyn a-t-elle les moyens d’un « Plan Marshall » pour les urgences de France ?

A demain

@jynau

L’envenimement des grèves aux urgences : il ne faut pas dévoyer l’arrêt maladie (Agnès Buzyn)

Bonjour

Hier invisible ou presque des médias généralistes la grève des urgentistes vient de s’envenimer : des grévistes réquisitionnés viennent ainsi de se mettre en « arrêt-maladie » pour protester contre leurs conditions de travail. Après un très gros abcès à Lons-le-Saunier on apprend que dans la nuit du 3 au 4 juin, à l’hôpital Lariboisière de Paris, les équipes de nuit n’étaient pas présentes. C’est donc le personnel de jour qui a dû être réquisitionné : l’équipe a travaillé durant dix-huit heures d’affilée. Des pompiers et le SAMU ont aussi dû transférer des malades vers d’autres services hospitaliers.

« C’est une forme extrême de protestation qui a été utilisée. […] On peut contester cette modalité d’action mais ce qu’il faut bien comprendre,c’est que la réponse du personnel est liée à l’inconséquence des gens qui nous gouvernent » a déclaré, sur RTL le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (mouvements nationaux les 6 et 11 juin) :

« La situation dans les services d’urgence et plus globalement dans les hôpitaux est catastrophique.  Le mouvement de grève débuté à l’hôpital Saint-Antoine s’est étendu dans de nombreux hôpitaux, parfois au-delà des services d’urgences.

Les plans d’économie successifs, associés à des fermetures de lits et des services rendent les conditions de travail des personnels insupportables.  Nous n’avons plus aujourd’hui les moyens de prendre en charge nos patients dans des conditions dignes et en toute sécurité.

Le gouvernement doit entendre notre cri d’alarme, à la veille de l’été, période toujours très difficile dans les hôpitaux.  Nous demandons à la Ministre de la Santé d’ouvrir immédiatement des négociations pour répondre aux revendications posées par les personnels. »

Très grosses fatigues

Réponse de la ministre Agnès Buzyn, ce matin sur France Inter . Qu’a-t-elle à dire, au-delà « de la calinothérapie et des mots doux » ?

« D’abord j’ai mis beaucoup d’argent sur la table [sic] pour l’hôpital public l’année dernière et cette année (…) ce qui permet aux hôpitaux de retrouver un peu de souffle. (…) Aujourd’hui l’engorgement aux urgences est essentiellement lié au fait que les patients ne trouvent pas de médecins capables notamment de les prendre sans rendez-vous. (…) Je comprends leur impatience [celle des médecins urgentistes] Je dis à tous les Français qui le peuvent (évidemment il y a des endroits où il n’y a pas de médecins et donc je l’entends …) d’éviter d’aller aux urgences quand on peut essayer de trouver un rendez-vous avec un médecin généraliste, dans un centre de santé, dans une maison de santé …. 

« Je reçois les urgentistes, je les reçois régulièrement. Ils attendent une initiative pour repenser les urgences de l’avenir et je travaille avec eux sur ces perspectives. [Sur Lariboisière et les ‘’arrêts maladie’’] : Je pense effectivement qu’il y a une très grosse fatigue des personnels aux urgences. Je l’entends et j’y travaille. Ce qui c’est passé à Lariboisière est assez inédit. Ils se sont mis en arrêt maladie. C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie. Je pense que ce n’est pas bien car ça entraîne une surcharge de travail pour les autres (…) La règle, dans le monde médical, quand on fait grève, c’est de mettre un brassard et de venir travailler pour ne pas mettre en danger la vie d’autrui. (…) Nous sommes totalement mobilisés pour améliorer la situation et nous attendons les prochaines générations de médecins urgentistes qui sont entrain d’être formés. Il y en a quatre cents par an et il vont arriver sur le terrain. »

La garde montante arrivera-t-elle à temps ?

A demain

@jynau

Sur les vaccins et l’homéopathie, Yannick Jadot sème plus d’ivraie que de bon grain

Bonjour

France Inter a (parfois) des auditeurs formidables. Ainsi, ce matin : « Guy, du côté de Toulouse », vieux militant écolo qui cette fois n’a pas voté EELV à cause des « engagements maladif »s « anti-vaccins » et « pro-homéopathie-Boiron » de Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot (et numéro 2 de sa liste). Pour Guy c’était  « devenu impossible ».

Et l’invité de France Inter Yannick Jadot, 51 ans, fonça comme un jeune taureau piqué au vif. Il a, sans nuance aucune, précisé la ligne de son parti. Au risque d’être accusé d’approximations, de contradictions, voire de mensonges. Au risque d’être catalogué (comme, depuis peu, Laurent Wauquiez) de cette nouvelle plaie : l’« insincérité ». Quelques heures plus tard Le Monde et ses « Décodeurs » corrigeaient le tir et les mots du nouveau poids lourd médiatique du paysage politique français. Extraits :

1. Michèle Rivasi a bel et bien fait circuler de fausses informations

Yannick Jadot : « Sur les vaccins, la ligne du mouvement EELV comme celle de Michèle Rivasi est très claire : nous sommes pour la vaccination. Nous défendons la vaccination comme une responsabilité individuelle et aussi comme une responsabilité collective. Il n’y a pas simplement un choix individuel, par exemple on le voit en ce moment sur la rougeole : le fait de choisir pour soi engage l’ensemble de la société. Donc nous sommes pro vaccins. »

Selon lui, il est en revanche indispensable de faire la transparence sur « le poids des lobbys pharmaceutiques dans la décision publique. (…) C’est notre seul combat ».

Le Monde : « L’écologiste Michèle Rivasi est eurodéputée depuis 2009 et a été réélue. Sa présence en deuxième place sur la liste conduite par Yannick Jadot pour la campagne de 2019 a néanmoins suscité des critiques contre le parti, notamment à cause de ses prises de position sur la vaccination. Elle y a répondu dans un communiqué publié le 12 mars, intitulé « oui aux vaccins, non aux lobbys ».

« En cela, sa position pourrait coller à la ligne « pro vaccins » prônée par Yannick Jadot sur France Inter. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas du seul impair de Michèle Rivasi sur cette question. Elle a en effet diffusé, dans des entretiens à la presse et sur son blog, un certain nombre de contre-vérités sur la vaccination, bien loin du discours du chef de file de son mouvement. Elle a par exemple : contesté la vaccination des enfants contre l’hépatite B sous le prétexte qu’il s’agirait d’une maladie exclusivement « sexuellement transmissible » (ce qui n’est pas le cas) ; dénoncé la présence de « nanoparticules métalliques dans des vaccins courants », une conclusion réfutée par l’Agence européenne des médicaments ; affirmé que « si une femme allaite son enfant, elle lui transmet les anticorps » contre la rougeole, ce qui rendrait la vaccination contre cette pathologie inutile (une affirmation réfutée par les spécialistes) ; dénoncé la présence d’aluminium dans les adjuvants de nombreux vaccins, occultant que les études menées sur le sujet n’ont pas établi un lien entre ce composé et  des troubles sur la santé. »

Pour résumer Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot,  a bel et bien contribué à faire circuler des informations erronées émanant d’opposants à la vaccination et à semer le doute à tort au sein de la population – « ce qui peut légitimement être reproché à une personnalité politique de premier plan » observe Le Monde.

2. L’homéopathie, son efficacité et ses lobbies

Yannick Jadot : « Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Certes le coût des spécialités homéopathiques prescrites par des médecins est marginal : environ 0,3 % des remboursements de médicaments, en 2016  – soit environ 55 millions d’euros sur 18 milliards d’euros de prise en charge. Reste L’argumentaire de Yannick Jadot sur le fond du sujet est en revanche nettement plus surprenant : seul le « résultat » compterait. Un remboursement des médicaemnts associé à une obligation de résultats ? Rembourser dès lors que cela « participe de soigner » ? Oublier la somme des travaux qui concluent, au mieux à une efficacité équivaelnte à celle de l’effet placebo ?  

« Par ailleurs, la position de l’écologiste sur la question de l’homéopathie peut surprendre, tant elle entre en contradiction avec la ligne générale qu’il édictait quelques instants plus tôt, affirmant vouloir ‘’sortir les lobbys pharmaceutiques de la décision publique’’ » observe fort justement Le Monde.  Dans le cas de l’homéopathie, les Laboratoires Boiron sont, précisément un modèle-type de lobby pharmaceutique – défendant farouchement leurs intérêts  en remuant ciel et terre à la perspective d’un déremboursement.

« L’avis définitif de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la question, qui devrait orienter le choix de la ministre de la santé, Agnès Buzyn, est attendu pour juin » conclut Le Monde. Ce n’est pas tout à fait exact : Agnès Buzyn a publiquement expliqué qu’elle suivrait l’avis de la HAS – laissant étrangement en cela son pouvoir politique de décision (et celui du gouvernement) entre les mains de cette institution qu’elle présida. On conclura en rappelant que Mme Buzyn tenait peu ou prou, il y a un an, les mêmes propos que Yannick Jadot aujourd’hui.

C’était le 12 avril 2018. Invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait alors que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’Assurance-maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal !».

C’est dire si l’on attend, avec un vif intérêt, la suite.

A demain

@jynau