Déserts et politique : Edouard Philippe et Agnès Buzyn prêchent dans le Limousin

 

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Contre les déserts ce sera l’inverse des vaccins : (tenter de) convaincre sans contraindre. Le plan gouvernemental visant à « renforcer l’accès territorial aux soins » a été présenté ce vendredi 13 octobre par Édouard Philippe et Agnès Buzyn, lors d’un déplacement à Châlus (Haute-Vienne). Dans le Limousin historique. C’est là, pas très loin de chez le Dr Knock et dans une maison de santé pluridisciplinaire, qu’ils ont décliné un programme « articulé autour de quatre priorités ». On verra là un rituel gouvernemental. Il y a cinq ans Marisol Touraine, jeune ministre, avait fait de même avec une douzaines d’axes prioritaires. C’était à Scorbé-Clairvaux  dans le département de la Vienne. Nous y étions, avec Ségolène Royal. Sourires, sous-préfet et roulements de tambours. Puis tout le monde a oublié. Aujourd’hui Mme Touraine et au Conseil d’Etat Mme Royal en charge des  deux Pôles du Globe. Dans l’Hexagone, les déserts n’ont cessé de progresser.

Quid d’aujourd’hui ? « Le plan dévoilé vendredi 13  octobre par le Premier ministre,  et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour lutter contre les déserts médicaux ne comporte aucune mesure spectaculaire qui marquera les esprits, tacle Le Monde. La remise à plat du numerus clausus promise pendant la campagne présidentielle par le candidat Emmanuel Macron, et destinée à mieux adapter le nombre  de médecins formés aux besoins des territoires, n’y figure d’ailleurs pas. » Promettre et, en même temps, différer leur traduction dans les faits.

Le premier axe, résume Le Quotidien du Médecin,  consiste à renforcer l’offre de soins dans les territoires avec une présence médicale accrue. Mesure phare contre les déserts : la publication dès novembre d’un nouvel arrêté de zonage pour les généralistes permettant d’élargir les secteurs fragiles éligibles aux aides conventionnelles ; la fraction de la population concernée passera de 7 à 18 %.  Autre incitation : favoriser le cumul emploi/retraite des praticiens libéraux grâce au relèvement du plafond de revenu annuel de 11 500 euros à 40 000 euros dans les zones « en tension ». Il sont déjà 18 000 à cumuler, on prie pour qu’ils soient 35 000 en 2025.

Le Triomphe de la médecine

D’autres mesures encore, comme la « valorisation des consultations avancées en zone sous-dense » (sic). Et la cerise médiatique : création de 300 postes d’« assistants partagés » entre la ville et l’hôpital dès 2018 en zone fragile (contrat par exemple entre un hôpital et cabinet libéral ou un centre de santé). On va accélérer la révolution numérique et la télémédecine. Sans oublier de généraliser dès 2018 le dossier médical personnel en 2018…  On va aussi doubler le nombre de maisons de santé et de centres de santé durant la fin du quinquennat. Toutes les mesures sont détaillées sur le site du ministère. Et le texte s’approche du lyrique jacobin et décentralisé :

« Chaque territoire est différent. En ville, en périphérie ou à la campagne, sur une île ou en montagne, la prise en charge des problèmes de santé peut varier. La démarche pour l’égal accès aux soins vise à ce que chaque territoire dispose d’un projet de santé adapté et sur-mesure.

Le Plan du Gouvernement pour l’égal accès aux soins dans les territoires propose des solutions aux problématiques identifiées par les patients, mais aussi par les élus et les professionnels de santé. (…) Chaque professionnel de santé exerçant dans un territoire ou souhaitant s’y installer pourra élaborer son propre projet professionnel et mieux l’articuler avec sa vie privée. Il pourra évoluer dans sa carrière professionnelle grâce à la mise en place d’un guichet unique qui l’informera, l’aidera et l’accompagnera dans ses démarches administratives. »

Il faudra, en fin de quinquennat songer à revenir à Châlus (Haute-Vienne). Sans oublier le nouveau Knock, annoncé pour la semaine prochaine. Eternel Triomphe de la médecine.

A demain

Trompe-l’oeil : onze vaccins sont obligatoires mais l’obligation vaccinale est supprimée.

Bonjour

C’est fait :  les modalités de l’extension de la vaccination obligatoire des enfants de moins de 18 mois viennent d’être présentées en conseil des ministres dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018. Reste l’examen du texte par l’Assemblée nationale. On imagine mal la majorité macroniste faire, ici, marche arrière.

On en connaît l’essentiel : tous les enfants qui naîtront après le 1er janvier 2018 devront recevoir, avant d’avoir atteint l’âge de 18 mois, onze vaccins pédiatriques : antidiphtérique, antitétanique, antipoliomyélitique (déjà obligatoires), et les vaccins jusqu’à présent recommandés, contre la coqueluche, les infections invasives à Haemophilus influenzae de type B, l’hépatite virale B, les infections invasives à pneumonocoque, la méningocoque de sérogroupe C, la rougeole, les oreillons, la rubéole. Tous les vaccins obligatoires seront pris en charge à 65 % par l’assurance-maladie – à l’exception du ROR, remboursé à 100 %. Gratuité dans les centres publics de vaccination et les PMI. Surcoût pour l’assurance-maladie : 12 millions d’euros.

Avoir confiance

Obligation, donc. Officiellement aucune exemption n’est prévue, la clause évoquée fin 2016 à l’issue de la Concertation citoyenne ne résistant pas, selon le gouvernement, à l’analyse juridique. Reste l’argument qui avait été avancé par le Pr Alain Fischer et le Comité d’orientation de cette concertation citoyenne : comment pouvoir être certain de l’acceptabilité d’une mesure qui, sur un sujet à ce point sensible, consisterait à étendre le statut obligatoire à de nouveaux vaccins sans aucune possibilité de s’y soustraire. Réponse, difficilement compréhensible de la ministre Agnès Buzyn :  « L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de rendre la confiance dans les vaccins ».

Comment se sortir d’un tel casse-tête ? Comment prévenir les immanquables conflits médiatisés autour des enfants qui, parce que non vaccinés, resteraient à la porte des crèches et des maternelles ? Il suffisait d’un peu d’imagination. « La justification de la vaccination des enfants nés en 2018 devra être fournie à partir du 1er juin 2018 pour toute admission ou maintien en collectivité, résume Le Quotidien du Médecin (Coline Garré). En contrepoint de ce principe d’exigibilité, aucune sanction supplémentaire n’est introduite ; les sanctions du code de santé publique relatives au non-respect de l’obligation vaccinale sont même supprimées, car redondantes avec l’infraction générale prévue dans le Code pénal : jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour les titulaires de l’autorité parentale qui ne protègent pas leur enfant.

Contraindre sans punir ?

« Ce n’était juridiquement pas tenable » a expliqué Agnès Buzyn, fin septembre, sur RMC-BFMTV. La ministre des Solidarités et de la Santé a aussi ajouté : « Il n’y aura pas de sanction pénale. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Attendre, pour l’exemple, que des enfants amputés se retournent contre leurs parents inconséquents ? Que penser de cette trouvaille de l’exécutif ? N’est-ce pas là une obligation en trompe l’œil dont se joueront tous les parents opposés à la vaccination dans son ensemble ou à quelques vaccins tenus pour être « dangereux » ? Où l’on revient à l’équation de départ : comment contraindre sans punir ? Sans prévoir de solides sanctions dissuasives ?

« Ces obligations pourront être levées lorsque les couvertures vaccinales appropriées seront atteintes et que la levée de l’obligation ne risquera pas d’entraîner une baisse des vaccinations », peut-on lire dans l’exposé du projet de loi. Prudent le gouvernement ne fait, ici, aucune prophétie.

A demain

 

Agnès Buzyn veut 500 000 fumeurs de moins par an et pendant cinq ans. Sans dire comment

 

Bonjour

Présentant hier 9 octobre le dispositif du prochain « Mois sans tabac » Agnès Buzyn a explicité la noble ambition de l’opération : « que toute la société s’engage pour faire évoluer le regard trop souvent complaisant à l’égard de la cigarette ». Et la ministre des Solidarités et de la Santé d’ajouter, selon le Quotidien du Médecin, qu’elle se fixait un objectif plus qu’ambitieux : 500 000 fumeurs en moins par an, pour arriver sous la barre des 23 % de fumeurs d’ici la fin du quinquennat.

Reste à savoir comment faire ce pas de géant. Agnès Buzyn a précisé qu’un nouveau Programme National de Réduction du Tabagisme (PNRT) sera élaboré au printemps. Il était temps. Qui se souvient du précédent ? Il avait été présenté il y a trois ans par Marisol Touraine à la demande de François Hollande. On le retrouvera ici. Ce devait être une « stratégie coordonnée » avec des objectifs chiffrés : le nombre de fumeurs aurait baissé de 10% en 2019. Et en 2023 la France serait sous la barre des 20% de fumeurs. « Dans moins de 20 ans, nous voulons que les enfants qui naissent aujourd’hui, soient la première génération de non-fumeurs » ajoutait Marisol Touraine.

Trois ans plus tard (et en dépit de l’introduction du « paquet neutre ») rien n’a bougé – quand la situation n’a pas empiré. L’actuel  pouvoir exécutif reste dans le déni de l’apport que peut constituer la cigarette électronique et aucune stratégie politique globale de réduction des risques n’est annoncée. Seule mesure programmée : une succession de trop petites hausses sur une trop longue période du prix des cigarettes.

Montrer l’exemple

Que nous dit, aujourd’hui la ministre ? Ceci, qui semble venir du siècle précédent : « les professionnels de santé doivent pour montrer l’exemple arrêter de fumer. Comment convaincre des dangers du tabac, une cigarette à la main ? ». Agnès Buzyn a aussi annoncé la tenue d’un colloque « sur les lieux de santé sans tabac », au ministère, la 24 octobre prochain.

Autre mesure : des délégués de l’assurance-maladie « frapperont aux portes des cabinets pour relayer les recommandations de la Haute autorité de santé et faire connaître les modalités de prise en charge des substituts nicotiniques » (sic). Enfin la stratégie nationale de santé devrait comporter des mesures, en lien avec le ministère de l’Éducation nationale pour que l’école soit « un lieu d’apprentissage des comportements favorable à la santé ».

Un « Programme National de Réduction du Tabagisme » ? Chaque année en France 250 000 jeunes deviennent des fumeurs quotidiens. Un tiers des jeunes de 17 ans fume tous les jours alors qu’ils ne devraient pas pouvoir acheter du tabac chez les buralistes. Agnès Buzyn le déplore. Elle n’est pas la seule. Mais elle seule est ministre de la Santé.

A demain

 

Vaccin anti-grippe : Agnès Buzyn osera-t-elle l’imposer à l’ensemble des soignants ?

 

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Ne rien changer en dépit des vents mauvais : une campagne lancée sur sept chaînes de télévision, via des dépliants, des affiches, une vidéo de sensibilisation dans les caisses d’assurance-maladie- sans parler des réseaux sociaux, avec « une page Facebook dédiée ».

Pourquoi changer ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé vient, marronnier sanitaire, de couper le ruban : vaccination contre la grippe saisonnière 2017-2018 ; 12 millions de personnes à risque sont invitées à se faire vacciner – 500 000 de plus que l’an dernier. Et Mme Buzyn d’insister sur la « nécessaire mobilisation des professionnels de santé en la matière ». Et la ministre, 54 ans, de se faire publiquement vacciner au « Kiosque » prévu à cet effet dans le cadre des éternels « Entretiens de Bichat ». « Il faut que l’on montre l’exemple. Je pense que c’est très important d’offrir ici cette possibilité, a-t-elle alors déclaré. Cela nous permet à tous très facilement de nous conformer aux recommandations, de nous protéger et de protéger les patients. »

Ne rien changer. Le Dr Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité « Infections respiratoires et vaccination » (Santé publique France) :  « En 2016-2017, l’épidémie de grippe a été précoce (depuis début décembre jusqu’à début février), et si elle a été modérée en médecine ambulatoire (1,9 million de consultations), elle était caractérisée par le virus A H3N2, particulièrement agressif pour les personnes âgées et porteuses de maladies chroniques ».  Au total 40 000 passages aux urgences pour grippe – dont 6 400 hospitalisations et 1 479 cas graves. Parmi ces cas graves, 92 % avaient plus de 65 ans ou souffraient d’une maladie chronique. Les décès liés à la grippe sont estimés à 14 400, dont 91 % chez des plus de 75 ans. Une fatalité ?

Couverture vaccinale en baisse

S’interroger ? Le Dr Lévy-Bruhl a rappelé que si l’an dernier, l’efficacité du vaccin était de 38 % (et même de 26 % chez les sujets à risque), les cas les plus graves sont aussi ceux qui ne sont pas vaccinés. Et le Pr Olivier Lyon-Caen, jadis au Palais de l’Elysée, devenu médecin-conseil de la CNAM d’ajouter : «Le taux de couverture vaccinale était en légère baisse l’an dernier (de 0,9 point par rapport à 2015), s’élevant à 47,4 %. Ces chiffres varient de 56 % chez les 70 ans et plus à 36 % et 37 % respectivement chez les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes de 65 à 69 ans ».

Changer ?  Agnès Buzyn : « J’enjoins les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire, je sais que je peux compter sur eux ». Où l’on entend la ministre invoquer un concept, celui d’exemplarité, qu’elle n’utilise pas lorsqu’elle décide des onze obligations vaccinales pédiatriques. Pourquoi ?  « Je souhaite en premier lieu insister sur la nécessité que les professionnels de santé donnent l’exemple, notamment pour la vaccination anti-grippale afin de protéger les patients et participer à rendre la confiance, a-t-elle répété aux soignants présents aux ‘’Entretiens de Bichat.  Vous êtes en première ligne au contact quotidien des patients. Vous jouez à ce titre un rôle primordial. » 

La ministre « souhaite » que les soignants se fassent vacciner contre la grippe ? Pourquoi ne les contraint-elle pas ? Le sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier dernier, par le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé 1.  Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux au sein des populations les plus fragiles.

Contraindre pour convaincre

Or l’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B.

Voici le cadre officiel : « Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.

Pendant cinq ans Marisol Touraine n’a pas jugé bon d’abroger ce décret ? Qu’attend, aujourd’hui, celle qui lui a succédé ?

A demain

1 Sur ce thème: «  http://www.slate.fr/story/134189/grippe-obliger-soignants-vacciner »Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

Stimulation cérébrale « miraculeuse » : Libération accuse les chercheurs de mensonge

 

Bonjour

La charge est massive : « Stimulation cérébrale, quand les chercheurs mentent ». Restera-t-elle sans réponse ? On savait que la publication-événement  de l’équipe lyonnaise quant à la stimulation cérébrale d’un malade en état végétatif déclencherait des réactions passionnées avec, en toile de fond, les déchirements de l’affaire Vincent Lambert. On espérait qu’elles seraient, sinon idéologiquement moins marquées, du moins plus élaborées. Las, les chercheurs eux-mêmes se sont mis dans une situation difficile : en omettant volontairement de préciser que leur patient était décédé au moment où leur travail été publié ils ont, de facto, déclenché des accusations éthiques jusqu’alors retenues.

De ce point de vue Libération constitue un cas d’école. Dès le 26 septembre, au lendemain de la médiatisation de la publication dans Current Biology  le quotidien de Jean-Paul Sartre titrait : « Une stimulation cérébrale aurait redonné un peu de conscience à un patient en état végétatif ». Et d’interroger par téléphone la dernière signataire de l’étude, la Dr Angela Sirigu directrice de l’Institut de science cognitive Marc-Jeannerod de Lyon (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du Monde) :

Apprentis en sorcellerie

« N’avez-vous pas eu le sentiment, parfois, de jouer aux apprentis sorciers ?

– Et pourquoi ? Nous ne sommes pas des sorciers. On fait des choses, et l’on sait très bien ce que l’on fait. Ce n’est en rien de la sorcellerie. Là, nous avons montré qu’il y a des signes de conscience. C’est notre espoir, il faut continuer, et nous, on travaille.

« Mais vous pouvez comprendre l’éventuel choc pour les proches du millier de patients qui sont depuis des années en état végétatif, en France aujourd’hui ?

– D’abord, il ne s’agit que d’un cas. Ensuite, la science est faite pour faire changer les idées, les opinions, voire la réalité. C’est notre métier, c’est notre mission. Mais bien sûr, il faut attendre. »

Aujourd’hui Libération n’interroge plus mais commente à la lumière des précisions données par Le Monde quant au décès du patient :

« (…) Propos ahurissants d’un chercheur. Non seulement ils ont caché une information décisive pour ne présenter qu’une version miraculeuse de leur essai. Qui plus est, ils l’ont fait pour un essai qui d’un point de vue éthique pose des problèmes délicats. Ainsi, le patient, évidemment, n’avait pu donner son consentement. De plus, qui peut affirmer que cette stimulation était sans douleur ? Mais encore, on peut se demander si le patient se trouvait «mieux» dans cet état de légère conscience qu’avait provoqué la stimulation. Enfin, même si les chercheurs insistent pour dire qu’il n’y a pas de lien entre cette stimulation et le décès de ce jeune homme, qui peut désormais les croire ? »

Questionnements et critiques éthiques

Qui peut croire en quoi à la lisière du coma et de la conscience ? La Dr Angela Sirigu apporte quelques éléments de réponse dans un entretien accordé au Quotidien du Médecin :

« Vos recherches sur un patient dans un état végétatif ont soulevé de nombreux questionnements éthiques et de nombreuses critiques. Qu’en pensez-vous ?

– Pour ce type de patient, il faut choisir entre ne rien faire ou faire quelque chose. Si nous ne faisons rien, il va rester tout le temps dans cet état végétatif. Nous avons choisi de faire quelque chose, sachant que nos études n’étaient pas invasives, hormis l’intervention chirurgicale d’une vingtaine de minutes pour implanter le stimulateur dans son thorax. Je trouve décevant que certaines personnes critiquent le fait qu’on cherche à aider ces patients.

– Nous nous sommes consacrés à étudier les mécanismes de la conscience et à chercher comment nous pourrions améliorer les interactions avec l’environnement de patients en état végétatif. Nous ne l’avons pas fait que dans le but de faire une découverte, nous l’avons fait pour aider ces patients et aussi pour sensibiliser les chercheurs à cette problématique. Il y a peu de recherches faites sur ces patients donc on ne peut pas avancer. Peut-être qu’un jour nous pourrions leur faire atteindre un seuil de conscience leur permettant d’interagir avec leur environnement.

– Certains nous ont reproché de réveiller le patient d’un état où il ne souffre pas, mais en fait on ne sait pas si les patients dans un état végétatif souffrent ou non. En tant que scientifique, ma mission est de comprendre pourquoi ils sont dans cet état et d’essayer de les aider. Nous avons obtenu des résultats intéressants, mais il faut les prendre avec précaution car il faut les répliquer. Nous avons ouvert une brèche, il faut que d’autres études viennent étayer nos résultats et les confirmer. Je souhaite plus de recherches pour avoir plus de connaissances et pour mieux aider ces patients. Je pense que c’est nécessaire. »

A demain

 

 

Méchants noms d’oiseaux à l’AP-HP – éclairante bienveillance des Hôpitaux de Genève

Bonjour

Il fallait, mardi 3 octobre, avoir le courage d’assister, sur Arte, au « documentaire » sur l’un des blocs opératoires de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) pour prendre la mesure de l’indicible télévisé. Officiellement il s’agissait de raconter  les conditions de travail des soignants, infirmières et médecins, anesthésistes et chirurgiens. Officiellement, toujours, le réalisateur Jérôme Le Maire aurait passé « deux ans » dans cette unité chirurgicale, dont douze mois sans filmer pour « se familiariser avec le personnel ». Deux ans pour nous dire quoi ?

Comment capter l’attention des médias ? « D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, Jérôme Le Maire capte un mal-être général qui, des aides-soignantes aux chirurgiens, « déborde, déborde, déborde », comme le planning que les gestionnaires du service n’ont de cesse de vouloir « optimiser » », indique le synopsis du film.

Le réalisateur focalise sur l’épuisement professionnel des équipes, sur l’augmentation continue de la charge de travail et sur tout ce qui en résulte. On perçoit, ici ou là, les dégâts engendrés par l’effondrement d’un système mandarinal au profit d’une priorité comptable sans queue ni tête. Ce portrait d’un hôpital « au bord de la crise de nerfs » est inspiré du livre de Pascal Chabot, « Global burn-out », précise Le Quotidien du Médecin. Très bien. Tenter de percevoir la réalité – ne pas céder à la caricature télévisée.

Soigner dans l’ancienne cité de Calvin

Il fallait, mercredi 4 octobre, avoir la chance de recevoir une information de Genève pour saisir tout ce que peut offrir un établissement hospitalier. On y apprend qu’il existe depuis un an, au sein des Hôpitaux universitaires de Genève   (HUG) une « consultation pour étudiants ». Elle s’adresse à tous les étudiants suisses et étrangers de l’Université de Genève UNIGE, de la Haute Ecole spécialisée de Suisse Occidentale HES-SO et de l’Institut des Hautes Etudes Internationales et de Développement IHEID. Soit une communauté de 18.000 personnes. La majorité de ceux qui s’adressent à la consultation n’a pas de médecin traitant ou n’a pas accès à son médecin de premier recours. La consultation reçoit des personnes anglophones pour la plupart, de sexe féminin, de niveau Master, âgées entre 19 et 29 ans. Cette consultation offre une prise en charge globale débouchant, le cas échéant, sur des consultations spécialisées.

« La consultation pour étudiants a pour mission principale d’assurer une médecine préventive et curative, ainsi qu’une éducation à la santé, précisent les HUG. Elle répond à des demandes spécifiques telles que bilans de santé, vaccins, suivi d’un asthme, inquiétude sur un signe physique, pertes de poids, fièvre, infections et certificats de santé. A cela s’ajoutent des demandes typiques des jeunes adultes telles que gestion du stress de l’étudiant, troubles du sommeil ou de la concentration, prise de produits, troubles du comportement alimentaire, pathologies psychiques, allergies, suivi gynécologique ou infections sexuellement transmissibles. »

Les soignants genevois s’adressent à ceux qui arrivent à Genève et qui ne connaissent pas le système de santé suisse ou ne parlent pas français. De nombreux étudiants consultent alors qu’ils sont démédicalisés et n’ont pas vu de médecin depuis leur dernière visite chez le pédiatre. Les prises de rendez-vous se font en ligne sur hug.plus/consultationetudiants. Combien ? Les consultations sont facturées selon le tarif uniforme appliqué en Suisse pour le remboursement des prestations ambulatoires tant dans les cabinets médicaux que dans les hôpitaux.

Ne pas caricaturer, certes. Pour autant voilà bien, mandé depuis l’ancienne cité de Calvin,  un beau sujet de réflexion pour la direction générale de l’AP-HP – sans parler de l’ensemble des services burn-outés des établissements hospitalo-universitaires français.

A demain

 

Michel Jouvet est mort. Ce géant avait découvert l’existence de notre sommeil paradoxal

Bonjour

Là encore, hasard pur ou fatalité déguisée ? On peut l’entendre ici « Comment Michel Jouvet a-t-il découvert le sommeil paradoxal ? » (France Culture, 12 avril 2013 ; Science Publique, Michel Alberganti). C’était à l’occasion de la publication de ses précieuses mémoires chez Odile Jacob 1. Moins d’une journée après l’attribution du prix Nobel de médecine 2017 à trois pionniers des mécanismes du rythme circadien, le neurobiologiste Michel Jouvet, « père de la médecine du sommeil et découvreur du sommeil paradoxal » vient de mourir à l’âge de 91 ans, à Villeurbanne (Rhône).

On lui doit (pour résumer à l’extrême) la découverte en 1959 du « sommeil paradoxal ». Cet état, différent du sommeil profond et de l’éveil malgré la présence de mouvements oculaires, correspond aux moments où l’on rêve. Sa carrière, en trois lignes. Interne en neurologie à Lyon dans les années 1950, il séjourne aux États-Unis pour se former et débute ses recherches sur le sommeil. Il étudie l’activité cérébrale d’animaux durant l’éveil et le sommeil.

Géant d’un autre temps

En 1961, il établit la classification du sommeil en différents stades : sommeil télencéphalique, caractérisé par des ondes lentes sur les tracés d’électroencéphalographie et sommeil rhombencéphalique ou paradoxal. Il est également l’un des scientifiques à l’origine du concept de « mort cérébrale », dont il avait décrit les signes électroencéphalographiques en 1959.

Michel Jouvet « a mis en évidence le fait que le sommeil paradoxal était associé à une atonie musculaire et l’a différencié du sommeil lent en montrant que c’était un état en soi. Et c’est lui qui a nommé le sommeil paradoxal, a indiqué à l’Agence France Presse Pierre-Hervé Luppi, l’un de ses successeurs au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon. Au niveau mondial, il fait partie des très grands, des monuments [de la recherche sur le sommeil], avec Kleitman et Aserinsky et un autre Américain, William C. Dement. »

Michel Jouvet, monument, géant d’un autre temps. Il avait par ailleurs découvert (et expérimenté) les propriétés « anti-sommeil » d’une molécule sur laquelle tout ou presque reste à écrire : le modafinil. Pur hasard ou fatalité déguisée ?

Sans oublier la somme des ouvrages de Michel Jouvet édités chez Odile Jacob . Et notamment « Le Château des songes », « Le Sommeil, la Conscience et l’Eveil », « Le Sommeil et le rêve » , « Le Voleur de songes ».

A demain

1 « De la science aux rêves – Mémoires d’un onirologue » . « Connaître les mécanismes et les fonctions du rêve : tel fut le but d’une longue recherche. C’est l’histoire que je raconte dans ces Mémoires. Comment le hasard, ou ce qu’on appelle maintenant la “sérendipité”, m’a permis quelques découvertes fécondes. Mais aussi comment je me suis égaré ou trompé plusieurs fois.  J’ai essayé de raconter les aventures d’une vie de chercheur, parfois assombrie par des impasses ou des échecs, mais plus souvent encore riche de découvertes imprévues, de rencontres d’individus extraordinaires et parsemée de voyages, de péripéties – sans oublier la souterraine présence de ce qu’on appelle l’inconscient, qui parfois veut bien surnager sur l’océan. »  

Sans oublier la somme des ouvrages de Michel Jouvet édités chez Odile Jacob . Et notamment « Le Château des songes », « Le Sommeil, la Conscience et l’Eveil », « Le Sommeil et le rêve » , « Le Voleur de songes ».