Gilets Jaunes et les sapeurs-pompiers de Paris. Etats d’esprit entre violences et résilience 

Bonjour

15 décembre 2018. A quoi s’attendre sur le front des Gilets Jaunes ? Vont-ils quitter leurs ronds-points 1 pour gagner les villes et lorgner les vitrines des magasins ?  Les médias en boucle vont-ils encore diffuser sans fin de nouvelles violences citadines ? Tout ceci va-t-il (grande inquiétude sans cesse médiatisée) continuer à impacter les échanges marchands (ceux qui réclament plus de pouvoir d’achat réduisant les volumes habituels des commerces) ?

Que sera cet « Acte V » des mobilisations de fin de semaine puisque les annonces – promesses d’Emmanuel Macron n’ont pas, loin s’en faut, calmé tous les Gilets Jaunes ?

Dans l’attente les médias généralistes ne cessent d’ausculter les « forces de l’ordre ». Ce ne sont que gendarmes, policiers et CRS fatigués, lassés, usés. Pour sa part le Dr Michel Bignand, 51 ans, médecin chef de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) s’est confié au Quotidien du Médecin (Marie Foult).

Il explique qu’en temps normal entre 2 000 et 2 200 pompiers de Paris sont mobilisés chaque jour (sur un effectif total de 8 500 pompiers de la brigade). Mais avec les « manifestations parisiennes » les effectifs ont été augmentés : de 350 à 600 pompiers supplémentaires mobilisés entre le 24 novembre et le 8 décembre.

« En tout, la brigade est intervenue sur plus de 544 feux dont plus de 230 feux de véhicules ! Nous avons pris en charge 250 blessés légers et quatre personnes en urgence absolue. Il y a eu beaucoup d’intoxications légères dues aux gaz lacrymogènes, des traumatismes des membres, du thorax et de la tête, dont des plaies de l’extrémité céphalique liées à l’utilisation de pavés ou de Flash-Ball. Il faut souligner qu’il n’y a pas eu de morts et peu de blessés graves malgré l’intensité graduelle de la violence. »

Médecine militaire et vandalisme

Les troupes sont rodées : les pompiers de Paris sont entraînés aux violences urbaines depuis les émeutes de 2005 survenues dans les banlieues françaises ; et les équipes médicales y sont aussi préparées.

« Nous appliquons en réalité les mêmes principes que la médecine militaire – la moitié des 55 médecins urgentistes de la brigade sont issus du service de santé des armées. L’objectif est d’extraire rapidement les blessés, tout en protégeant l’équipe. Le service médical attend en dehors de la zone ‘’chaude’’. Lorsque des victimes sont signalées, une équipe médicale est engagée, sous couvert des forces de police. On récupère la victime, on l’extrait de la foule, puis on la met à l’abri. On ne la traite pas directement au sein de la zone chaude, sauf s’il y a des gestes urgents à pratiquer. On l’évacue ensuite dans un deuxième temps. S’il y a un point de regroupement des victimes, un médecin peut faire le tri selon la gravité des blessures. »

Et, à la demande du Quotidien du Médecin, le Dr Michel Bignand accepte de lever le voile sur l’état d’esprit au sein de la brigade :

« Les pompiers sont résilients. Mais ceux qui étaient sur place ont ressenti une violence particulière. Des camions ont été caillassés, des tuyaux arrachés, ça reste du vandalisme, mais du vandalisme violent. Avec toujours le risque du mouvement de foule qui peut dégénérer.  En interne, on essaie de faire tourner les équipes mobilisées et nous avons un plan de rappel. Mais il y a une vraie mentalité du service public ! Même fatigués, les pompiers se portent volontaires, ils se sentent vraiment impliqués. Après il ne faudrait pas que ça dure des mois… C’est épuisant, non seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. »

Acte V. Epuisement.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème on conseillera l’original : « Avec les ‘’gilets jaunes’’, le rond-point français accède à la conscience de place. Les ‘’gilets jaunes’’ ont détourné la fonction des carrefours giratoires, transformant ces connecteurs froids de l’ère automobile en lieux de vie éphémères. » Jean-Laurent Cassely (Slate.fr— 14 décembre 2018)

Et, plus classique : « ‘’Gilets jaunes’’ : ‘’ La révolte des ronds-points ‘’ » Florence Aubenas (Le Monde – 15 décembre 2018).

 

Les subtiles techniques de Medtronic pour infiltrer le tissu français de l’Assurance-Maladie

Bonjour

Gilets Jaunes ou pas, la France conserve encore de bien beaux joyaux. Des entités qui suscitent les appétits capitalistes d’outre-Atlantique. Ainsi le géant familial Ricard qui, nous dit Le Monde (Laurence Girard) fait l’objet d’une agression caractérisée du fonds activiste américain Elliott qui vient de débourser 1 milliard d’euros pour acquérir 2,5 % du capital du géant jaune – Pernod Ricard aussitôt défendu par le gouvernement tricolore.

Et puis, plus original, ce lièvre levé par France Inter (Laetitia Cherel), la cellule investigation de Radio France et ses partenaires du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Début d’explication de texte ce 14 décembre : « Medtronic : comment le n°1 mondial des implants cherche à transformer notre système de Sécurité sociale ». Le sujet sera développé samedi 15 décembre à 13h20 dans Secrets d’info – une enquête sur un concept marketing qui permet à Medtronic d’augmenter le prix de ses prothèses.

France Inter avait déjà révélé de quelle manière  Medtronic, géant mondial des implants, prend pied dans les hôpitaux français à l’aide de méthodes offensives: il finance des équipements coûteux en échange de contreparties. Cette fois il s’agit d’un concept autrement plus ingénieux : la « Valeur en Santé » (« Value-based healthcare« ). Voici comment Medtronic s’explique :

« Chronicisation des pathologies, accès à l’innovation, évolution du rôle du patient et soutenabilité financière : notre système de santé – à l’image de beaucoup d’autres à travers le monde – est aujourd’hui confronté à des défis de taille qui mettent en péril sa pérennité. En tant qu’acteur responsable, Medtronic entend contribuer à la transformation nécessaire de notre système afin de mieux soigner, à moindre coût et dans le respect des attentes des patients.

« Notre réponse réside dans la Valeur en Santé, une approche qui propose de mettre en regard les résultats qui importent aux patients et les coûts nécessaires à l’atteinte de ces résultats. Basée sur les travaux de Michael Porter autour des conditions qui permettent de créer une concurrence saine et productrice de Valeur, la Valeur en Santé est d’abord une vision au centre de laquelle se trouvent les attentes des patients. 

« La Valeur en Santé, c’est aussi une ambition, d’ores et déjà adoptée par certains pays européens et outre-Atlantique, qui prend en compte trois éléments majeurs mais faisant aujourd’hui défaut à notre système de santé : le passage d’une logique de soins à une logique de santé ; la prise en compte du temps long ; la dynamique de parcours. »

La firme le dit autrement : la « Valeur en Santé », c’est surtout une méthode qui consiste à mesurer pour comprendre et donc améliorer ce qu’est la mission première des acteurs de santé : la réponse ajustée aux besoins de chaque patient.

Revoir à la hausse le prix des airbags

Pour Anne Chailleu, présidente du Formindep, association qui défend l’indépendance de l’information médicale, « La Valeur en Santé » est surtout un moyen pour Medtronic de facturer ses implants plus chers : « La ‘’valeur’’ du produit – et non plus son prix – c’est tout ce qui va permettre d’économiser au système de santé sur la vie entière du patient. C’est un peu comme si un vendeur d’airbags, au lieu de vendre l’airbag au prix des coûts plus des marges, se mettait à le facturer au prix de la vie qu’il sauve lors de son usage. »

France Inter : « Pour convaincre les hôpitaux d’accepter ses offres commerciales, Medtronic met les moyens. « Il y a beaucoup d’argent dépensé en interne pour former un nombre incroyable de cadres du marketing et de cadres commerciaux », assure une ancienne salariée qui a suivi une de ces formations internes. « On nous dit : si vous rencontrez le directeur d’un hôpital dans un ascenseur, vous lui faites un « elevator speech » sur la valeur en santé (ndlr : un argumentaire pour convaincre un temps éclair). Après cette formation, on va en faire la promotion dans les ministères, dans les agences régionales de santé, ou à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. »

Pour promouvoir cette idée dans les hôpitaux, Medtronic a créé « La valeur en santé – Cercle de réflexion » : un think tank qui réunit une vingtaine de membres non rémunérés. On y trouve beaucoup de praticiens et de dirigeants d’hôpitaux, dont certains ont passé des partenariats avec la firme. Medtronic France n’a pas souhaité répondre aux questions de France Inter.

Quant à Éric Le Roy, directeur général du Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (SNITEM), réagissant à l’enquête « Implant Files » du consortium international des journalistes d’investigation il a dit regretter des «inexactitudes» et des « énormités». Éric Le Roy fait toutefois une concession « Nous devons collectivement améliorer les bases de surveillance pour un système vertueux ».

 A demain

@jynau

 

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau

Homéopathie : cent trente-et-un Académiciens partent en guerre. On attend Agnès Buzyn

Bonjour

Nous vivons des temps jaunes et étranges, le retour de la violence et la résurgence de polémiques jamais éteintes. Comme celle qu’alimente l’homéopathie.

Dans l’attente d’un verdict politique (toujours repoussé), le dernier épisode en date est académique : cent trente-et-un académiciens réclament publiquement son déremboursement. Membres des Académies des sciences, de médecine et de pharmacie ils s’expriment (à titre personnel) dans une tribune publiée le 4 décembre dans L’Express : « Homéopathie: « Il faut dérembourser » ».

« Non, l’homéopathie n’est pas un médicament actif, même si elle bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché et d’un remboursement. Un état de fait injustifié, car l’homéopathie, contrairement aux autres médicaments, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur la base de démonstrations vérifiables et objectives reconnues par la communauté scientifique internationale.  

Non, les produits homéopathiques ne peuvent plus continuer à entretenir le flou sur leur composition, qui doit être indiquée sur leur conditionnement (quantité de préparations actives et excipients). De même, leurs indications doivent être précisées.

Non, l’homéopathie n’est pas plus efficace qu’un autre placebo, comme l’ont démontré toutes les études. Cet argument mis en avant pour justifier son « efficacité » démontre seulement qu’un granule de sucre peut faire de l’effet si le patient y croit et fait confiance à son médecin. 

Non, l’homéopathie n’est pas forcément inoffensive. Si un produit à base d’eau et de sucre ne peut évidemment pas faire de mal, il peut faire perdre du temps, voire mettre la vie en péril en cas de maladie aiguë ou chronique dont le traitement ne peut pas attendre. 

Non, l’homéopathie ne saurait invoquer un effet thérapeutique. Sa publicité se fonde trop souvent sur de simples allégations. Ainsi, contrairement à certaines des affirmations de ses promoteurs, l’homéopathie ne prévient pas les états grippaux, et il n’existe pas de « vaccin » homéopathique, comme a dû le rappeler l’Agence nationale de sécurité du médicament en 2016. 

Non, l’homéopathie ne doit plus être enseignée dans les facultés de médecine et de pharmacie, qui se discréditent en cautionnant une doctrine restée en marge de la science. 

Non, l’homéopathie ne coûte pas moins cher à la collectivité que la médecine conventionnelle. Une récente étude internationale démontre même que les patients soignés à l’homéopathie coûtent en réalité 20 % de plus aux assurances sociales.  » 

C’est pourquoi les signataires  réfutent le terme de « médicament » pour un produit qui ne fait pas la démonstration de son efficacité et réclament la fin de  son remboursement par la collectivité nationale.

Pour le Quotidien du Médecin cette peu banale sortie apporte indéniablement du crédit aux médecins du « collectif anti-fake médecine » – dont certains sont poursuivis devant l’Ordre pour non-confraternité par le Syndicat des médecins homéopathes. Les 131 académiciens mettent également brutalement la pression sur la direction de la  Haute Autorité de santé qui doit « prochainement » remettre un avis sur l’évaluation de ces « médicaments ». Un avis sur lequel devrait ensuite s’inspirer la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, pour se prononcer sur leur « éventuel » déremboursement.

Où l’on verra le politique croiser la médecine, la science et la pharmacie.

A demain

@jynau

1 Yves Agid (S), Jean-Claude Alvarez (P), Raymond Ardaillou (M), Michel Arock (P), Marcel Assicot (P), Alain Astier (P), André Aurengo (M), Jean-François Bach (S, M, P), Danièle Barthès (P), Rui Batista (P), Etienne Baulieu (S, M), Adrien Bedossa (P), Pierre Bégué (M, P), Pierre Benoit (P), Patrick Berche (M), Yvonnick Bézie (P), Joël Bockaert (S), Dominique Bonnefont-Rousselot (P), Philippe Bouchard (M), Thomas Bourgeron (S), Serge Braun (P), François Bricaire (M), Alexis Brice (M), Gérald Bronner (M), Jeanne Brugère-Picoux (M), Catherine Buffet (M), Yves Buisson (M, P), André Capron (S, M), Jean-Pierre Cazenave (M), René Céolin (P), Jean-Pierre Changeux (S), Patrick Charnay (S), François Chast (P), Philippe Chatron (P), Jean-Marc Chéron (P), Claude Choisy (P, M), Pierre Corvol (S, M), Pascale Cossart (S), Michel Cosson (M), Dominique Costagliola (S), Jean Costentin (M, P), Patrick Couvreur (S, M, P), François Cuzin (S), Antoine Danchin (S), Martin Danis (M), Frédéric de Blay (P), Jean-Luc de Gennes (M), Stanislas Dehaene (S), Jean-Luc Delmas (P), Marc Delpech (M), Michel Delseny (S), François Denis (M), Christian Doreau (P), Gérard Dubois (M), Jean Dubousset (M), Roger Ducousso (P), Bernard Dujon (S), Jean-Marc Egly (S), Anne Ephrussi (S), Pierre Faure (P), Jean Féger (P), Alain Fischer (S, M), Maurice-Bernard Fleury (P), Martine Galliot-Guilley (P), Marc Gentilini (M), Michèle German-Fattal (P), Marc Girard (M), Jean-Paul Giroud (M), Claude Guidicelli (M), Jean-Pierre Goullé (M, P), Alain Gouyette (P), Liliane Grangeot-Keros (P), Michel Hamon (M, P), Georges Hazebroucq (P), Roger Henrion (M), Henri-Philippe Husson (P), Alain Israël (S), Claude Jaffiol (M), Denis Jérome (S), Claudine Junien (M), Eric Karsenti (S), Dominique Kerouedan (M), Brigitte Kieffer (S), Fabien Koskas (M), Philippe Kourilsky (S), Paul Lafargue (P), Marc Lambert (P), Jean-Paul Laplace (M), Martine Largeron (P), Armand Lattes (P), Bernard Lechevalier (M), Jean-Roger Le Gall (M), Jean-Marc Léger (M), Daniel Louvard (S), Roland Masse (M), Marcel Méchali (S), Dominique Meyer (S), Philippe Meyer (S), Jacques Milliez (M), Claude Monneret (P), Gérard Orth (S), Rissane Ourabah (M), André-Laurent Parodi (M), Charles Pilet (S, M), Stanley Plotkin (M, P), Dominique Porquet (P), Eric Postaire (P), Jacques Pouysségur (S), Catherine Regnault-Roger (P), Dominique Richard-Lenoble (M), Henri Rochefort (S, M), José Sahel (S), Philippe Sansonetti (S, M), Fernand Sauer (P), Valérie Sautou (P), André Sentenac (S), Alain Serrie (M), Jean-Claude Stoclet (P), Anne-Marie Taburet (P), Yvan Touitou (M, P), Patrice Tran Ba Huy (M), François Trivin (P), Jean-Michel Vallat (M), Marc Vasse (P), Michel Vidal (P), Richard Villet (M), Jean-Luc Wautier (P), Jean Weissenbach (S), Jean-Louis Wemeau (M), Eric Westhof (S), Moshe Yaniv (S).

Pour Noël, offrez des téléconsultations médicales : 6 euros la question, 2 euros la minute

Bonjour

Décembre, Gilets Jaunes, stress collectif exponentiel  – et cette nouvelle invite faite à la presse : « Noël arrive à très grands pas et beaucoup de Français profitent de cette période des fêtes pour se retrouver en famille. Mais, entre le froid, la neige ou la fatigue accumulée de l’année, c’est également à ce moment que beaucoup tombent malades.

«  Grâce à MesDocteurs.com, l’unique plateforme interactive de téléconseil et de téléconsultation médicale en France, docteurs et spécialistes répondent 7 j/7, 24 h/24, sans prise de rendez-vous ou de délai d’attente de diagnostic, à toutes les questions d’ordre médical ! » 1

Quelles spécialités ?

  • Médecine générale, mais aussi pédiatrie, gynécologie, ORL, dentaire, dermatologie ou encore psy… L’objectif premier de ‘’MesDocteurs’’ est de délivrer des informations médicales fiables, de mettre en contact des personnes en attente de conseils médicaux et des médecins qualifiés. Les médecins de la plateforme sont donc diplômés en France et garantissent évidemment le secret médical.

Combien vais-je devoir débourser ?

  • Via le chat, ou par téléphone, les tarifs vont de 1,9€ à 5,9€ par question et le site offre la première question. Le patient n’a rien à craindre pour ses données qui sont entièrement sécurisées. [Le site précise « 6 euros la question unique » et « 2 euros la minute de l’échange par chat, visio ou audio » »]

Puis-je me faire rembourser ?

  • Depuis le 15 septembre dernier, l’Assurance-maladie rembourse les téléconsultations pratiquées par les médecins traitants, au même tarif qu’une consultation classique : 25 euros pour un généraliste, 30 euros pour un spécialiste.  MesDocteursa, à cette occasion, développé son nouveau service, ‘’AvecMonDoc’’, qui permet aux médecins et à leurs patients d’effectuer des téléconsultations par visioconférence remboursées comme des consultations classiques.
  • Une ordonnance est délivrée dans le cadre d’une téléconsultation uniquement. La téléconsultation sur le site MesDocteurs.com est un service proposé uniquement en partenariat avec votre entreprise ou votre mutuelle. Vous pouvez cependant utiliser le service MesDocteurs sans passer par votre entreprise ou mutuelle, en revanche, les médecins ne pourront vous délivrer d’ordonnance.

A demain

@jynau

1 Cette initiative avait été détaillée en février 2016 par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) : « mesdocteurs.com : des médecins payés pour donner des conseils en ligne ».

2 L’affaire est, à dire vrai, un peu plus compliquée : « Télémédecine remboursée : l’Ordre des médecins met en demeure Qare d’arrêter ses publicités » Journalisme et santé publique du 8 octobre 2018.

NB « L’Ordre des médecins se félicite de constater que téléconsultation et télé-expertise vont s’inscrire pleinement dans l’organisation de l’accès aux soins dans la proximité du patient et dans le respect du parcours de soins coordonné. Pour autant, l’Ordre entend maintenir clairement son engagement contre toute ubérisation du système de santé via des moyens numériques. Cette ubérisation porte en effet, en elle-même, un risque fondamental d’atteinte au principe de la solidarité sur lequel est fondé notre système de soins et d’assurance maladie. »

Maladie d’Alzheimer: faut-il autoriser sa prédiction  grâce à l’Intelligence Artificielle ?

Bonjour

Progrès majeur ou impasse paradoxale ? Une équipe de chercheurs de l’Université de Californie vient d’annoncer avoir mis au point une procédure de dépistage qui permettrait, grâce aux techniques de l’Intelligence Artificielle, de prédire la survenue de la maladie d’Alzheimer « avec une sensibilité de 100 % » et ce plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes cliniques. Ce travail vient d’être publié dans Radiology : « A Deep Learning Model to Predict a Diagnosis of Alzheimer Disease by Using 18F-FDG PET of the Brain ». Il a été codirigé par le Dr Jae Ho Sohn et on peut en trouver un résumé ici.

« Nous avons développé un algorithme d’intelligence artificielle (IA) qui permet de prédire la maladie d’Alzheimer à partir de l’imagerie cérébrale TEP-FDG avec une spécificité de 82% et une sensibilité de 100%, en moyenne six ans avant le diagnostic clinique. Par comparaison, nos radiologues utilisant une approche clinique standard associée à des méthodes semi-automatiques obtiennent une sensibilité de 57% et une spécificité de 91% » a expliqué au Quotidien du Médecin (Dr Véronique Nguyen)  le Dr Jae Ho Sohn département de radiologie et d’imagerie biomédicale de l’Université de Californie à San Francisco). Il ajoute :

«En pratique, l’intelligence artificielle (IA) obtient des performances significativement supérieures à celles des lecteurs humains (radiologues), mais en réalité l’homme secondé par l’IA obtiendrait probablement de meilleures performances que l’un ou autre pris séparémentUn scénario possible serait d’utiliser l’IA pour dépister les patients, afin de s’assurer que les cas de maladie d’Alzheimer dans un futur proche ne sont pas manqués (vu la sensibilité de 100%). Puis les radiologues pourraient venir confirmer les cas afin de réduire les faux positifs (vu la spécificité a 82% – 18% de faux positifs) et de juger les cas exceptionnels».

Pour ces chercheurs ce deep learning algorithm associé à des tests biochimiques et d’imagerie outil ouvre la voie à une « prédiction précoce de la maladie d’Alzheimer » et ainsi à des « possibilités d’interventions thérapeutiques précoces ». Où l’on pressent, faute de possibilités thérapeutiques aujourd’hui validées,  la somme des dilemmes radiologiques et éthiques à venir.

A demain

@jynau

 

 

Wanted généraliste ; 8000 euros brut ; semaines de 35 heures ; Marolles-les-Braults (Sarthe)

Bonjour

Du bel argent sonnant, du bel argent municipal irriguant les sables du désert médical. Le sujet prend de nouvelles dimensions dans les territoires. Symptôme signifiant : Marolles-les-Braults – une histoire rapportée par  Le Parisien. Une affaire déjà traitée par Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy). Un cas sur lequel bien des cerveaux ministériels parisiens affûtés devraient, en urgence, se pencher.

Marolles-les-Braults ? Marolles-les-Braults (Sarthe). A un jet de diesel de Rouperroux-le-Coquet (27,34 habitants par km²). A mi-chemin des cités d’Alençon et du Mans

« Le climat de Marolles-Les-Braults est un climat océanique dégradé. On dénombre en moyenne 53 jours par an avec du gel. La durée totale moyenne d’insolation est de 1 824 heures par an. La durée totale d’insolation atteint en moyenne 248 heures en juillet contre seulement 57 heures en décembre. Comme le reste de la France proche de la façade atlantique c’est en hiver que les précipitations sont les plus abondantes. »

Environ deux mille habitants. Plaine calcaire parcourue par de petites rivières. Lieux-dits : Auberthe, la Basse-Judée, la Blancherie, la Fouasterie, la Guittonnerié, la Mare, le Buisson, le Noyer, les Fossés-Robert, le Val, Saint-Symphorien, Villenette, Moulin du pont d’Effes (orig. d’Effres), la Grande Rage, le Parc Brulé, la Veidière, le Parc-Bouvet, la Houlebannerie,

Le taureau et ses cornes

« Au cœur de la Sarthe Marolles-les-Braults met le paquet pour trouver deux médecins généralistes. Elle propose d’embaucher deux praticiens avec un salaire mensuel entre 7 000 euros et 8 000 brut par mois, pour une durée de travail hebdomadaire de 35 heures, rapporte Le Quotidien du Médecin. Pour Jean-Michel Lefèbvre, maire (DVD) de la commune, cette solution est devenue une ‘’nécessité’’. Sur les trois médecins généralistes qui exercent actuellement dans la ville, deux vont partir travailler ailleurs en tant que médecins coordinateurs en EHPAD. Dans six mois, la commune se retrouvera ‘’bloquée’’ avec un seul médecin, âgé de 63 ans, pour assurer la prise en charge des patients du bassin qui compte environ 5 000 habitants. » L’édile :

« Il nous paraît difficile de trouver un médecin libéral. Pour attirer les candidats, la mairie va créer un centre de santé et proposer un salaire attractif à deux médecins. 7 000 euros, c’est le salaire d’un cadre supérieur dans le privé. Je ne vois pas pour quelles raisons les personnes qui ont fait plus de dix ans d’études ne puissent pas avoir de tel salaire ».

Certes 1. Mais comment Marolles-les-Braults pourra-t-elle faire face à une telle dépense ? Le maire a calculé. . Chaque médecin, du fait même de son activité au sein du centre, devrait générer les ressources suffisantes – « 14 000 euros par mois à raison de quatre consultations par heure, soit 100 euros de l’heure et 3 500 euros par semaine ». « Si on paie le médecin entre 7 000 euros et 8 000 euros, il restera très peu à la charge de la commune, à condition bien entendu que les médecins jouent le jeu des quatre consultations par heure ».

Une telle initiative se nomme, entre Sarthe et Orne,  « prendre le taureau par les cornes ».  « On préfère avoir moins de jardiniers pour pouvoir embaucher des médecins » confie-t-il encore le maire. Où l’on voit, derrière les massifs, pointer la logique des nouveaux déserts.

A demain

@jynau

1 La Caisse autonome de retraite des médecins de France précise qu’en 2016 un généraliste libéral, travaillant « plus de 50 heures par semaine », gagnait « en moyenne » 6 351 euros mensuels » en 2016. On ne connaît pas, pour la même année, les gains d’un « cadre supérieur dans le privé ».