Miracle breton : Emmanuel Macron accorde sa bénédiction à la maternité de Guingamp

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C’était avant l’affaire Benalla. Avant même que la France ne soit championne du monde. C’était fin mai : Guingamp (Côtes d’Armor) se révoltait contre la fermeture programmée de sa maternité. Plus de 2 000 personnes s’étaient rassemblées dans les rues de la cité bretonne. Mouvement soudé contre la fermeture décidée par l’Agence Régionale de Santé (ARS). Une vingtaine d’élus étaient dans le cortège. Parmi eux  Noël Le Graët, 76 ans, ancien maire de Guingamp et président de la Fédération française de football. Noël ne savait pas encore qu’il serait sous peu chaudement félicité, à Moscou, par un président Macron rayonnant.

L’ARS de Bretagne venait d’annoncer la fermeture de la maternité à compter du 31 janvier 2019 – après cette date seul le suivi des grossesses et des jeunes mères pourrait se faire sur place. Pourquoi ? A cause du manque de pédiatres et d’anesthésistes. « Ces difficultés fragilisent la prise en charge et la capacité de l’établissement à assurer dans l’avenir la sécurité des futures mamans et des nouveau-nés 24 heures sur 24 », indiquait l’ARS dans un communiqué.

« Nous n’acceptons pas cette décision ! tonnait Philippe Le Goff, maire de Guingamp. Lorsque l’on sait qu’une maternité comme la nôtre fait 500 accouchements par an, on a besoin de ce service. » « Notre attente est que les conseillers régionaux s’opposent à ce plan régional de santé, renchérissait Cinderella Bernard, conseillère départementale. C’est primordial pour que l’ARS revienne sur sa décision. »

Emmanuel Macron en piste

Puis, soudain, les symptômes du miracle. Fin juin Agnès Buzyn annonçait que le dossier de la maternité serait réexaminé – et ce à la demande d’Emmanuel Macron après une visite présidentielle providentielle en sol breton.

« Ce qui a été acté par l’ARS, c’est que de toute façon la réorganisation de la maternité ne doit pas survenir avant février 2019 et qu’on a dans cet intervalle de temps tout intérêt à retravailler avec les acteurs locaux, les acteurs soignants des établissements concernés pour voir quelle serait la meilleure organisation de la filière de périnatalité sur ce territoire », expliquait la ministre.

Puis, coup de théâtre, survint, dans le paysage, l’humoriste-comédien Jean-Marie Bigard – avec sa promesse d’organiser un spectacle caritatif, le 20 août, pour venir en aide à la maternité. Lien de causalité ou pas, le miracle républicain n’a plus tardé : « La maternité restera ouverte au-delà du 1er février 2019 », faisait savoir il y a quelques jours à l’AFP le cabinet de la ministre de la Santé. Une information qui  –  serait-ce la fatalité – venait confirmer les dires de Yannick Kerlogot, député de la circonscription (LREM). Titulaire d’une maîtrise d’histoire M. Kerlogot  avait, jadis, consacré son mémoire de recherche aux écoles primaires de Guingamp.

La maternité bretonne devra dans un premier temps user de son sursis de deux ans pour « redresser la barre » (sic). « Il s’agira d’augmenter le nombre de naissances » (sic) souligne le cabinet de la ministre des Solidarités et de la Santé. Il faudra aussi « renforcer la sécurité des parturientes ».

À l’annonce de cette nouvelle, l’humoriste-comédien pro-Guingamp s’est empressé d’exprimer sa joie sur les réseaux sociaux. « On a gagné !!! Notre mobilisation a payé et la maternité est sauvée pour le moment !! @OuestFrance @LeTelegramme @EAGuingamppic.twitter.com/Ot98ZxODKW »

Qui, longtemps après les écrouelles, dira la puissance des présidents, des humoristes, des comédiens ?

A demain

 

Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement

Bonjour

Le titre est sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

C’est un avertissement de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS). Il s’agit d’une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait récemment à réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Georgina Dufoix

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirme d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ». Et ajoute cette pique : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Comment expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes ont depuis longtemps tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

C’est là une exception française qui date de trente-quatre ans avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Boulets rouges

« Le taux de remboursement initial de la caisse était fixé à 65 %, rappelle Le Quotidien du Médecin. C’est seulement en 2004 que ce taux est ramené à 30 %. Il sera gravé dans le marbre dans la loi de financement de la Sécurité sociale. Cette même année, l’Académie de médecine avait tiré à boulets rouges sur l’homéopathie, l’accusant d’être dénuée de fondement scientifique. »

« Le remboursement de ces produits par la Sécurité Sociale apparaît aberrant à une période où, pour des raisons économiques, on dérembourse de nombreux médicaments classiques pour insuffisance (plus ou moins démontrée) du service médical rendu.

« Qui plus est, cette mesure n’aurait rien d’exorbitant car elle a été prise par beaucoup de pays notamment en Europe. C’est tout récemment, en fin 2003, que le gouvernement allemand a décidé de supprimer le remboursement des médicaments homéopathiques par les Caisses de maladie. Mais c’était déjà le cas en Italie, en Espagne, en Finlande, en Suède, en Norvège et en Irlande. »

Vitriol

Quatorze ans plus tard l’abcès reste entier. Mais il a, aussi, pris une dimension politique avac une tribune vitriolée publiée en mars dernier par Le Figaro dans laquelle les signataires dénonçaient notamment les « pratiques ésotériques » de certains praticiens. Depuis Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet.

Mme Buzyn avait finalement déclaré le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert cet été.  C’était en mai. Nous sommes en été.

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Pourquoi un chirurgien orthopédiste s’est -il pendu dans son bureau de l’hôpital Simone Veil ?

Bonjour

Rien (ou presque) n’avait filtré. Mais rien ne plus être caché. Ainsi ce papier du Parisien : « Val-d’Oise : émotion à l’hôpital d’Eaubonne après le suicide d’un chirurgien ».

« L’émotion est à son comble à l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne, où un chirurgien orthopédique a mis fin à ses jours le 1er juillet dernier, dans son bureau, lors de sa garde. Des collègues de son service, qui s’inquiétaient de ne pas le voir revenir alors que des interventions étaient programmées, l’ont retrouvé pendu. Ce médecin expérimenté a été placé immédiatement en réanimation, où il est décédé le dimanche 8 juillet. Celui-ci n’a laissé aucune explication sur son geste. »

Le Parisien ajoute qu’une assistance psychologique a aussitôt été mise en place « assurée par un cabinet extérieur » (sic) et toujours opérationnelle. L’établissement hospitalier a par ailleurs mis en place « une réduction d’activité du service », en concertation avec les hôpitaux environnants. « On était sous un effet de sidération très importante, explique-t-on du côté de la direction de l’établissement. Il y a une vraie cohésion de la communauté médicale, et avec la famille. Aujourd’hui personne ne connaît vraiment les motivations de ce geste. Mais le fait que cela ait eu lieu sur le lieu de travail ne laisse personne indifférent. De ce fait, on est en train de revoir tous nos dispositifs de prévention. »

Corde

Le hasard et/ou la fatalité fait/font que l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne avait été choisi en février dernier par le Édouard Philippe pour présenter un plan de transformation de l’hôpital. Il s’agissait, en février, d’en finir avec les rafistolages (sic).Plan présidentiel aujourd’hui en rade/cale sèche.

« Cela a été extrêmement dur à vivre, dit le secrétaire de la section CGT de l’hôpital. Pour l’instant, nous n’avons pas d’explication. Le fait que ce soit sur le lieu de travail ne met pas de côté toute la dimension personnelle, mais ce n’est pas anodin. Pour moi, le fait que ça se passe dans le service pointe l’organisation du travail. »

Le Parisien : « Des collègues évoquent deux autres cas de suicide parmi le personnel, ces dernières années. Une assistante sociale et une infirmière auraient mis fin à leurs jours, hors de l’établissement. Une enquête judiciaire a été ouverte, ainsi qu’une enquête de l’inspection du travail. Le CHSCT va par ailleurs lancer une expertise. »

Le Quotidien du Médecin précise que le mort était un chirurgien orthopédiste âgé de plus de 50 ans (information de la direction de l’hôpital). Pendaison dans son bureau. Il exerçait dans cet l’hôpital depuis trois ans. L’hôpital a organisé une cérémonie pour lui rendre hommage. Le gouvernement a présenté ses condoléances par le biais de l’agence régionale de santé Ile-de-France.

Mais encore ? La directrice de l’hôpital ne s’« explique pas un tel acte ». Interrogée sur d’éventuels messages d’alerte reçus en amont elle assure n’avoir eu « aucun élément pour expliquer un geste comme ça, ni personnel ni professionnel, qui aurait permis de savoir ce qui allait se passer ». « Le fait que cela se soit passé sur le lieu de travail nous interroge, évidemment », ajoute-t-elle.

Nous aussi. Evidemment.

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Mais pourquoi diable manque-t-il 19 000 médecins statutaires dans les hôpitaux français ?

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Alerte. Les établissements hospitaliers français souffrent d’un manque chronique de médecins titulaires : plus de 19 000 postes y étaient « statutairement vacants » au début de cette année – données du rapport annuel du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers (CNG). Un sujet brièvement résumé par l’AFP. Le taux de « vacance statutaire » pour les postes à temps plein « a progressé de 0,9 point entre 2017 et 2018 » et s’établissait au 1er janvier à 27,4%, indique le rapport. Cela correspond à 15 052 postes « budgétés »mais pas « occupés statutairement » par des praticiens hospitaliers (PH).

Une grande partie de ces postes à temps plein sont toutefois « provisoirement occupés » par des praticiens contractuels : une étude du CNG réalisée en janvier 2017 estimait leur nombre à plus de 12 000. Pour les postes de PH à temps partiel, la vacance statutaire culminait à 47 % au début de 2018, soit 4 039 titulaires manquants.

Le taux de « vacance statutaire » varie selon les régions : dans les deux catégories (temps plein et temps partiel), il est supérieur à la moyenne en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Normandie, mais inférieur en Bretagne, Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les disparités varient aussi selon les spécialités médicales : l’anesthésie-réanimation, l’ophtalmologie et la radiologie font partie des moins pourvues, à l’inverse de la pédiatrie, de la chirurgie infantile et de la dermatologie.

Entre 2000 et 3000 euros la journée

« Et pendant ce temps là Agnès Buzyn continue de pilonner les hospitaliers intérimaires dans les médias », observe Le Quotidien du Médecin. Le 10 juillet, sur RMC/BFMTV Agnès Buzyn a ainsi expliqué qu’un « bras de fer » était engagé avec les médecins intérimaires sur l’abrogation du édcret plafonnant leur rémunération.

« Comme à l’accoutumée, la ministre de la Santé, qui semble s’être trouvé un nouveau cheval de bataille, s’est montrée offensive sur le sujet, résume Le QuotidienDepuis l’entrée en vigueur du décret, ces médecins sont rémunérés 1 400 euros la journée, M. Bourdin. On parle du salaire mensuel moyen de beaucoup de Français !’’.

Agnès Buzyn est allée plus loin, en évoquant même le salaire de ’2 000 à 3 000 euros la journée’’ de certains praticiens qui ‘’profitent des failles du système’’ en préférant travailler ’une semaine par mois en intérim ‘’ plutôt que d’accepter un poste de praticien hospitalier à temps plein. » En revanche, dans cet entretien de dix minutes, la ministre n’est pas revenue sur l’énième report de la réforme sur l’hôpital, annoncé la veille par Emmanuel Macron. »

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Agnès Buzyn dénonce ses confrères hospitaliers mercenaires « à 2000 euros par jour »

 

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Ce pourrait être la phrise du jour. Interrogée le mardi 3 juillet par le député Alain Bruneel (Nord, PCF) lors de la séance de questions au gouvernement Agnès buzyn a taclé. Méchamment. A propos des médecins hospitaliers intérimaires. « Nous faisons face à des mercenaires aujourd’hui, qui sont des médecins […] qui travaillent à la journée, payés 2000 euros par jour », a-t-elle déclaré devant l’Assemblée nationale.

La ministre des Solidarités et de la Santé avait déjà dénoncé, fin mai, l’attitude selon elle « irresponsable » du Syndicat national des médecins remplaçants en hôpitaux (SNMRH) après leur appel au boycott des établissements hospitaliers appliquant le décret plafonnant leur rémunération.

« Non contente d’en remettre une couche, la locataire de Ségur a même jugé les médecins remplaçants d’être ’responsables en partie du déficit des petits hôpitaux périphériques’’ ajoute Le Quotidien du Médecin. Une accusation lourde de sens qui risque de faire réagir le Dr Lynda Darrasse, présidente du SNMRH. »

Mais encore ? Interrogée sur les tensions qui planent au-dessus des services d’urgences à l’approche de la période estivale, Agnès Buzyn s’est voulue rassurante : « Tout cela est parfaitement monitoré au ministère ». Monitorer : néologisme créé sur l’anglais to monitor, lui-même issu du latin, surveiller avec un moniteur, faire un suivi dans le temps. Exemple :

« Ces systèmes experts seront des monstres de puissance et d’intelligence : chacun coûtera des milliards de dollars et s’auto-améliorera par l’analyse des millions de dossiers de patients qu’il monitorera. — (Dr Laurent Alexandre, en préface de : Christophe Charlot, UberizeME: l’économie collaborative – entre promesses et mensonges, Lannoo Meulenhoff – Belgium, 2016).

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Razzia sur les coffee-shops : l’exécutif et la justice en marche dans les vapeurs du droit

Bonjour

« Paris : trois gérants de coffee-shops mis en examen ! ». Avant un « France-Agentine » rassérénant, l’affaire était en boucle sur les ondes. Coffee-shops ou l’émergence du néoparler, (ex-novlangue). « Les boutiques vendant du cannabis, qui connaissent un boom depuis quelques semaines, profitaient d’une zone grise du droit qui autorise les produits à base de cannabidol (CBD)  » rappelle l’AFP aux citoyens.

Que savoir de concret sur le sujet 1 ? Il faut ici revenir à la réponse de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) : une mise au point sur la législation concernant le cannabidiol  publiée le 11 juin. Elle nous dit que le CBD fait partie des composés actifs majeurs du cannabis, cette plante «autrement appelée chanvre», au même titre que le fameux delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Or tous les tétrahydrocannabinols sont des substances inscrites sur la liste des stupéfiants et leur utilisation est strictement encadrée.

«De nombreux produits présentés comme contenant du CBD sont récemment apparus sur le marché français. Il s’agit essentiellement d’e-liquides pour cigarettes électroniques, de produits cosmétiques ou de gélules. C’est pourquoi les autorités sanitaires souhaitent apporter une clarification sur la réglementation applicable à ces produits. […] Certaines publicités en faveur de produits contenant du CBD entretiennent une confusion entre le cannabis et le CBD et font ainsi la promotion du cannabis. Cette pratique est susceptible de constituer l’infraction pénale de provocation à l’usage de stupéfiant.»

En France, les variétés de chanvre autorisées à des fins industrielles et commerciales sont réglementées et inscrites dans le Code de la santé publique. L’utilisation et la commercialisation de fleurs, de feuilles de chanvre ou de produits obtenus à partir de ces parties de la plante, ne sont pas autorisées, quelle que soit la variété.

Provocations

Les e-liquides et autre produits à base de CBD sont interdits s’ils contiennent du THC, quelle que soit la quantité, et s’ils ne sont pas obtenus à partir de variétés et de parties de plantes autorisées.

La Mildeca en est-elle si certaine ? Certains soutiennent que les vendeurs n’ont pas à redouter l’arrivée de la maréchaussée. Dans un entretien accordé au Monde, Yann Bisiou, spécialiste du droit de la drogue à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, explique que la législation française n’a pas changé, et que la multiplication de boutiques vendant du «cannabis sans THC» est la conséquence d’un effet de mode et du développement d’une industrie et d’un commerce de produits à base de CBD dans plusieurs pays européens.

«L’arrivée de ces produits sur le marché français n’a pas été anticipée, alors que leur statut est juridiquement complexe, observe-t-il. Le CBD n’est pas classé comme stupéfiant, car ce n’en est pas un. S’il y avait une raison de le classer, cela aurait déjà été fait. Mais c’est un dérivé du cannabis et, à ce titre, il doit être soumis à autorisation, comme l’est le chanvre à destination de l’industrie textile ou du bâtiment. D’où l’ambiguïté de la situation actuelle: ni interdit ni autorisé. […] L’État pouvait organiser le commerce du CBD, mais ne l’a pas fait et cherche actuellement quelle réponse lui apporter. Les forces de l’ordre ne savent pas quelle attitude adopter et demandent à ce qu’on leur donne un cadre. Les douaniers seraient notamment très actifs pour faire interdire l’importation de CBD. »

Dans le même temps l’AFP précise que, « selon le parquet », un arrêté du 22 août 1990  ne permet la vente du CBD que sous la forme de « fibres [herbes]ou graines ». Les trois gérants de coffee-shops mis en examen pensaient pouvoir commercer à l’aise avant d’être mis en examen, le 29 juin, pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Ils font partie des quatre personnes arrêtées la veille dans le cadre de deux enquêtes préliminaires visant les chefs d’« importation, acquisition, transport, détention, offre ou cession de stupéfiants » et « provocation à l’usage de stupéfiants ».

Si l’on en croit le parquet (mais comment ne pas le croire ?) « des herbes présentant des taux de 0,26 % et 0,55 % de THC, au-dessus donc du maximum autorisé, du pollen de fleur compacté sous forme de barrettes, de la poudre de cannabis ou encore des huiles de cannabidols ont été saisis dans les deux boutiques parisiennes concernées par les informations judiciaires ».

Prescience

Le CBD se situe bel et bien dans une « zone grise », estime pour sa part le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. « Ce n’est ni un stupéfiant, ni un médicament, explique-t-il au Quotidien du médecin. Je ne crois pas au libéralisme vertueux mais il faudrait trouver une équation qui permet de garder le CBD assez librement produit et distribué mais sans passer par les lourdes fourches caudines de la réglementation du médicament. On pourrait imaginer une troisième voie et le considérer comme un aliment afin qu’il puisse y avoir une régulation de la qualité. »

Et l’exécutif politique, que dit-il au citoyen ? Interrogée sur RTL, le 17 juin, sur l’existence de ces « coffee-shops » Agnès Buzyn avait estimé que « toute vente de cannabis à usage récréatif lorsqu’il contient du THC, quelle que soit la dose, est normalement condamnable »A la question « auront-ils fermé dans quelques mois ? », elle avait répondu : « Je pense qu’ils auront fermé. » Où l’on perçoit, désormais, la prescience de la ministre des Solidarités et de la santé.

A demain

1 « Existe-t-il vraiment un cannabis ‘’légal’’ en France ? » Slate.fr 15 juin 2018

 

Procès politique : l’histoire du Dr Julien Blain, aujourd’hui allergique aux génériques

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C’est l’une de ces affaires exemplaires sur lesquelles les médias généralistes font trop souvent l’impasse. Elle nous est rapportée par Le Quotidien du médecin (Marie Foult). Soit le dossier du Dr Julien Blain, médecin généraliste à Saint-Brice-sous-Forêt (Val-d’Oise) qui devait comparaître ce mercredi devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Pontoise dans une affaire qui l’oppose à sa caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM).

Cette dernière reprochait au Dr Blain un nombre jugé beaucoup trop élevé de mentions non substituable (NS) sur ses prescriptions (68 % contre 5,4 % de moyenne nationale sur la période du 1er septembre au 31 décembre 2013) – une pratique qui lui a valu une pénalité de 400 euros de sa caisse. Refus de payer, convocation devant le TASS qui qualifie son procès de « politique », une « ateinte » à l’indépendance professionnelle, à la liberté de prescription

« Je ne commets aucune faute. Après avoir prescrit des génériques pendant près de 10 ans, je constate que tous sont moins efficaces que les princeps, au point que neuf de mes patients ont failli mourir. Dans aucun texte de loi, il n’est écrit que le médecin ne doit pas dépasser un pourcentage de mention « non substituable », et les princeps sont légalement en vente. Mais à chaque fois qu’un médecin écrit « non substituable », il s’oppose à la politique du gouvernement et empêche les laboratoires génériques de gagner de l’argent. »

« Oui, chaque patient est unique, aucun médecin ne peut prédire si un patient ne fera pas une endocardite après prescription d’un générique d’antibiotique pour une bronchite, avec remplacement d’une valve. Je l’ai vu deux fois, et bonjour le coût. »

Et peu soucieux du devoir de confraternité le Dr Blain d’épingler les médecins-conseils des caisses qui « n’examinent pas les patients mais se permettent de juger alors qu’ils n’en ont aucune légitimité médicale ».

Offensive nationale

En mars 2015 le Dr Blain avait été entendu pendant quatre heures par deux médecins de sa caisse primaire d’assurance maladie  rapportait alors Le Parisien. « Il a fermé la marche des huit premiers médecins épinglés par la sécurité sociale du Val-d’Oise pour leur trop faible prescription de médicaments génériques, expliquait le quotidien. Une première, selon le Dr Serge Larcher, patron des médecins libéraux du département. ‘’Je suis le champion de France dans ce domaine’’ se vante ce généraliste rappelé à l’ordre pour la première fois en trente ans d’exercice. » Explications, à la CPAM de Cergy, du Dr Sylvaine Galtier, médecin-chef du service médical :

« L’an dernier, la caisse nationale d’assurance maladie a lancé un contrôle des médecins qui prescrivaient plus de 4 % de ‘’non substituables’’. Sur les 1 800 libéraux du Val-d’Oise, nous avons seulement convoqué huit médecins prescrivant, entre 52 % et 72 % de médicaments non substituables. Et le Dr Blain, c’est le record ! ».

« Il s’agit simplement d’inciter les médecins à changer leurs pratiques et à prescrire des médicaments génériques qui coûtent 30 % moins chers, dans un souci d’économie. On a exclu de nos contrôles les ordonnances pour les plus de 80 ans qui risquent de confondre les noms des médicaments princeps et génériques, aussi les enfants à cause du goût différent entre les deux médicaments ».

Et demain ? Le Dr Blain a-t-il connaissance de la récente  décision de la Cour de cassation qui, dans une affaire similaire vient de condamner un médecin à payer à sa CPAM la somme de 3 000 euros. « Je suis jugé et condamné par un fonctionnaire de la sécurité sociale incompétent en médecine et qui me dit que mes 366 prescriptions concernant 159 de mes patients de octobre à décembre 2013 et qui portaient écrite de ma main en toutes lettres comme l’impose la loi la mention ‘’ne pas substituer’’ n’étaient pas justifiées médicalement » expliquait-il avant d’engager un  recours devant le TASS de la Seine-Maritime. Qui lui avait donné raison. Avant que la Cour de cassation juge le contraire.

Question politique : la justice peut-elle décréter que les génériques, tout bien pesé, doivent être automatiques ?

A demain