Autisme et politique : Sophie Cluzel regrette-t-elle vraiment d’avoir insulté les psychiatres ?

Bonjour ?

Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Le 1er avril, sur les ondes de RMC   elle déclenchait une violente polémique en succombant avec délice à l’invite « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin. C’était le début d’une affaire sans précédent connu, affaire qui est loin d’être terminée.

Dix jours plus tard, ce communiqué : « Pédopsychiatres et psychiatres du service public exigent des excuses à la suite des propos outranciers de Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat au Handicap ». Un texte adressé à Sophie Cluzel avec copie « à Monsieur le président de la République à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé ». Ire comparable au sein du Syndicat national des psychiatres privés – ainsi que du Conseil national professionnel de psychiatrie (qui regroupe l’ensemble des sociétés savantes et syndicats de psychiatrie) « condamnant à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées .»

 Qui allait pouvoir effacer l’outrage ? Agnès Buzyn vient de faire un premier pas. La ministre des Solidarités et de la Santé visitait, le 12 avril, l’Établissement de santé mentale de l’agglomération lilloise (EPSM-AL). Elle y a rencontré, le Dr Patricia Do Dang, cheffe de pôle du secteur 59I04 et de la Clinique intersectorielle de l’adolescent. Cette soignante lui a déclaré que, comme nombre de pédopsychiatres, elle avait été très heurtée par les propos de la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées.

Totale confiance dans la psychiatrie et les psychiatres

Des propos « disqualifiants voire insultants » qui démontraient, selon la pédopsychiatre, une ignorance des réalités de terrain. Des paroles, rapporte Le Quotidien du Médecin (Géraldine Langlois), qui  révélaient également selon elle le « manque de soutien du plus haut sommet de l’Etat » envers les professionnels.

Réponse d’Agnès Buzyn, les propos de Mme Cluzel faisaient référence « à un vieux reproche fait par des familles sur la prise en charge des enfants autistes dans les années 1980, qui culpabilisaient les familles ». Et, selon la ministre, la secrétaire d’État « doit regretter d’avoir heurté » les pédopsychiatres. « Nous avons totalement confiance dans la psychiatrie et les psychiatres dans la prise en charge » de ces enfants, a assuré la ministre des Solidarités et de la Santé.

Ce « nous » ministériel, en toute logique républicaine, s’impose désormais à Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat. Cette dernière, désormais n’a plus le choix si elle entend continuer à assumer ses responsabilités : il lui revient, au plus vite, de présenter ses regrets à la communauté des soignants qu’elle a « heurtés » Et de s’expliquer.

A demain

@jynau

@Xavier Bertrand a définitivement choisi : oui au camp de l’homéopathie et du remboursement !

Bonjour

C’est, résume Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy) un soutien inattendu pour les acteurs pro-homéopathie. Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé (2005-2009 ; 2010-2012), aujourd’hui président de la région des Hauts-de-France, a annoncé le 14 avril dans un tweet avoir signé une pétition demandant « le maintien du remboursement de l’homéopathie ». Ce soutien a aussitôt déclenché l’ire des « anti-homéopathie », qui ont rétorqué via plusieurs centaines de tweets à celui qui, qouiqu’isolé à droite, ne désespère pas de revenir aux affaires centrales.

Xavier Bertrand ✔@xavierbertrand Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! Je suis comme des millions de Français, je veux le maintien du remboursement de l’#homéopathie. Je signe la pétition #MonHomeoMonChoix !https://www.monhomeomonchoix.fr/ 

Sourde oreille ex-ministérielle

Cette pétition contre le déremboursement des médicaments homéopathiques (132 000 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes) a été lancée par dix-huit organisations professionnelles, des sociétés savantes, des associations de patients et des laboratoires ; et ce via une  campagne de mobilisation intitulée « Mon homéo, mon choix ». Objectif affiché : « donner la parole aux Français pour qu’ils expriment leur attachement à cette thérapeutique et revendiquent le maintien de son remboursement ».

L’ancien ministre s’expliquera-t-il plus avant ? Osera-t-il dépasser la seule vision comptable du sujet ? Aborder sa dimension médicale, philosophique ?  Sollicité par Le Quotidien du Médecin Xavier Bertrand a fait la sourde oreille 1. On peut toutefois utilement revenir à ce qu’il déclarait  au Monde (Sandrine Blanchard) dans ce papier publié le 16 septembre 2005 :

« Xavier Bertrand est catégorique. « Tant que je serai ministre, on ne touchera pas à l’homéopathie«  , a indiqué au Monde , jeudi 15 septembre, le ministre de la Santé. Interrogé sur le sort qu’il entendait réserver aux petits tubes de granules au moment où la Haute Autorité de santé (HAS) prône le déremboursement de 221 médicaments à service médical rendu (SMR) insuffisant (Le Monde du 16 septembre), M. Bertrand répond que le déremboursement de l’homéopathie n’aurait pas d’avantage financier. Il affirme ainsi que « dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée, car, aussitôt, on assisterait à un transfert des prescriptions sur l’allopathie, ce qui, économiquement, coûterait plus cher » .

« Cette décision ne manquera pas de satisfaire les laboratoires français Boiron, leader mondial de ce secteur, qui bataillent depuis plus de deux ans pour défendre leurs produits. Le vieux débat sur la nécessité ou non de maintenir dans la liste des médicaments remboursables des spécialités homéopathiques dont l’intérêt thérapeutique n’a jamais été scientifiquement prouvé est donc clos. En 2003, le ministère de la Santé avait rouvert le dossier en décidant de baisser le taux de remboursement des médicaments homéopathiques de 65 % à 35 %, jetant alors le trouble sur cette médecine alternative.

Respecter l’équité

Pour Jean-François Mattei, ministre de l’époque, il s’agissait de respecter « l’équité »entre les laboratoires pharmaceutiques. Alors que des dizaines de spécialités allopathiques venaient de subir une diminution de leur niveau de remboursement pour cause de SMR insuffisant, rien ne justifiait, à ses yeux, que l’homéopathie ­ dont le SMR n’a jamais été évalué par la commission de la transparence ­ continue d’être prise en charge à 65 % (…)

Philippe Douste-Blazy, le successeur de M. Mattei, a botté en touche. Soulignant que « 10 millions de Français en consomment, 25 000 médecins en prescrivent, le tout pour 70 millions d’euros par an, soit une goutte d’eau dans les dépenses pharmaceutiques«  , il décida de ne pas dérembourser l’homéopathie tout en promettant de demander à la Haute Autorité de santé de trancher sur l’intérêt de cette médecine douce. Las. M. Douste-Blazy ne saisira jamais l’instance scientifique indépendante sur cette question. Et M. Bertrand non plus.

« Politiquement, cela ne vaut pas la peine pour un ministre de susciter beaucoup d’émoi dans la population pour quelques millions«  , analyse Jean-François Bergmann, vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché.  Mais, ajoute-t-il, « en tant que professeur de thérapeutique, il est difficile d’expliquer le fondement rationnel d’un système de soins qui veut, d’un côté, dérembourser les veinotoniques et qui, de l’autre, continue à rembourser l’homéopathie. Dans les deux cas, c’est de la placebothérapie«  . »

Georgina Dufoix, Jean-François Mattei, Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand, Marisol Touraine ne sont plus ministres de la Santé. L’homéopathie est toujours remboursée. On attend aujourd’hui Agnès Buzyn (et son couperet HAS) au tournant. Ce sera avant le prochain été.

A demain

@jynau

1 Observons que Xavier Bertrand ne s’est d’autre part jamais expliqué (à notre connaissance) sur la question de l’obligation de la vaccination anti-grippale des professionnels de santé. Cell-ci figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. »

 

 

L’affaire du professeur réputé du CHU d’Angers poursuivi pour des «propositions appuyées»

Bonjour

En d’autres temps le presse régionale catholique aurait tu son nom avant le procès. Aurait ignoré, méprisé, les rumeurs de la ville. #Metoo ou pas, tel n’est plus le cas. L’affaire dépasse déjà la ville d’Angers. « Des dizaines de SMS, des propositions appuyées et des cadeaux déposés dans la boîte à lettres de sa victime – une jeune secrétaire du CHU d’Angers –, le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi vient de recevoir une convocation à comparaître devant le tribunal correctionnel d’Angers le 14 juin » rapporte le correspondant du Monde, Yves Tréca-Durand, dans la cité du Roi René.

Ce médecin de réputation internationale (« un des experts internationaux des traitements focaux du cancer de la prostate localisé avec la plus grande expérience dans le domaine de la photothérapie dynamique. Il participe également activement à la mise en place de nouvelles méthodes permettant des biopsies ciblées pour le diagnostic du cancer de la prostate à un stade précoce» précise le CHU de la ville) est par ailleurs un ancien élu municipal d’Angers. Il est poursuivi pour harcèlement sexuel, avec circonstance aggravante : il aurait abusé de l’autorité que lui conférait sa fonction de médecin et de chef de service. Il devra également s’expliquer sur une accusation de détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel (en l’occurrence le dossier médical de la victime) – un délit passible selon le code pénal de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

La directrice du CHU d’Angers avait été alertée en juin 2018 par la victime qui réclamait une protection de l’établissement. Le procureur de la République de la ville avait alors ouvert une enquête conduisant rapidement à la garde à vue du médecin. Ce dernier avait reconnu l’envoi « de dizaines de SMS » et de cadeaux (« des chocolats, des bonbons et un DVD du film A bras ouverts » précise Le Monde), mais assuré qu’il n’avait « jamais eu de geste déplacé ni fait d’allusion sexuelle ».

Corticoïdes et abaissement des standards moraux

Mais le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi avait aussi invoqué pour sa défense la prise d’un traitement à base de corticoïdes qui aurait altéré son discernement et « abaissé ses standards moraux » (sic). Il avait, par ailleurs, parlé de « cabale » ourdie par des collègues jaloux – allant jusqu’à dénoncer un racisme latent au sein du CHU.

L’affaire s’enrichit et se complique du fait que le Pr Azzouzi s’est déjà fait connaître pour ses prises de position en faveur de l’islam de France – notamment dans ses écrits publiées dans Le Monde des religions (voir Le Quotidien du Médecin). Il a aussi longtemps soutenu Tariq Ramadan, dit Le Monde, jusqu’à ce que ce dernier fasse l’objet d’accusations de viol par plusieurs jeunes femmes. L’urologue a d’ailleurs choisi pour le défendre Me Samim Bolaky, qui a lui aussi pris publiquement la défense de l’islamologue suisse :

« Ce dossier ne méritait pas d’aller en correctionnelle. Certains éléments de cette convocation sont scandaleux. M. Azzouzi a souligné la plastique exceptionnelle de la partie civile, lui a envoyé des SMS, s’est rendu à son domicile pour déposer des cadeaux dans sa boîte à lettres et lui a proposé de sortir. Le parquet entend démontrer le harcèlement sexuel mais ce n’est pas ça. C’est de la drague, maladroite peut-être, mais rien de plus, rien de moins. On est dans une ère où, à coups de lois, on essaie de crisper les relations hommes-femmes, de criminaliser le fait pour un homme de vouloir séduire une femme. L’intention de harceler sexuellement n’a jamais habité M. Azzouzi. »

La poursuite de la pratique de la médecine ? Le CHU d’Angers indique que le Pr Azzouzi « est toujours suspendu de sa chefferie de service par mesure conservatoire » mais qu’il « continue à assurer son activité médicale » tant que la justice ne s’est pas prononcée. Et ajoute « qu’il reviendra ensuite au Conseil de l’Ordre et au Centre national de gestion des carrières de décider des suites professionnelles éventuelles ».

A demain

@jynau

 

Levothyrox® et sécurité des médicaments : le brouhaha des  médias, le silence de l’Agence

Bonjour

Jusqu’où nous conduira le dernier épisode en date de l’affaire serpent de mer du Levothyrox® ? Rarement une étude scientifique aura, aussi vite, fait couler autant d’encre virtuelle sur les écrans : « Levothyrox® New and Old Formulations: Are they Switchable for Millions of Patients ? » (Clinical Pharmacocinetiks) ; une étude qui remet en cause la bioéquivalence entre ancienne et nouvelle formule du Levothyrox. Une étude qui a aussitôt été médiatiqueemnt interprétée comme une victoire des malades contre Big Pharma et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) réunies. Ainsi la manchette du Monde : « Levothyrox : une étude donne raison aux patients ».

« Les auteurs indiquent que les deux formulations du médicament commercialisé par Merck ne sont pas substituables pour chaque individu : près de 60 % des patients pourraient ne pas réagir de la même manière aux deux versions du médicament, résumait  Le Monde il y a quelques jours. Ces résultats seront difficilement réfutables par le laboratoire et les autorités de santé, puisqu’ils sont fondés sur une réanalyse des données fournies par le laboratoire lui-même à l’ANSM. Au passage, la crédibilité de l’agence en sort écornée : en creux, les travaux (…) montrent que l’ANSM n’a pas procédé à une analyse indépendante des données fournies par Merck à l’appui du changement de formule : elle s’est entièrement reposée sur l’interprétation qu’en a faite la firme. Sollicitée, l’agence n’était pas en mesure de réagir le 4 avril au matin. »

L’ANSM réagira-t-elle ? demandions-nous le 4 avril. Le Monde, daté du 6 avril (Pascale Santi, Stéphane Foucart) : « Vingt-quatre heures après la publication dans la revue Clinical Pharmacokinetics, d’une étude franco-britannique remettant en cause le caractère substituable des deux formules du Lévothyrox, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’est murée dans le silence. Sollicitée à plusieurs reprises par Le Monde et d’autres médias, l’agence d’expertise n’avait, vendredi en fin de matinée, pas souhaité s’exprimer sur la question. »

Hallucinations individuelle et collective

Pourquoi l’ANSM devrait-elle, à la seconde, répondre ? Et ce d’autant que les auteurs de l’étude sont nettmement moins catégoriques que les interprétations médiatiques. « C’est une petite bouteille à la mer que nous lançons, mais notre objectif est d’apporter des solutions, notamment avec les autorités, et non de mettre de l’huile sur le feu, a ainsi déclaré au Quotidien du Médecin (Charlène Catalifaud) Pierre-Louis Toutain (Université de Toulouse, INRA, Royal Veterinary College, University of London) qui a dirigé ce travail.  Aujourd’hui, nous ne sommes pas certains du caractère substituable du Levothyrox ».

Et Le Monde de donner la parole aux « patients ». Le fait que l’ancienne et la nouvelle formule ne soient pas substituables pour chaque individu montre que les personnes qui avaient des effets invalidants « n’étaient pas folles, et (que) la crise du Levothyrox n’était pas un simple effet nocebo », a réagi l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT), dans un communiqué du 4 avril.  « C’est la première fois que les malades sont pris en considération,se réjouit Beate Bartès, présidente de l’association Vivre sans thyroïde (VST). Ce n’est pas seulement un manque de transparence ni d’anticipation de la part de l’ANSM mais un manque de prudence. » «Les femmes qui se plaignaient d’effets secondaires invalidants avaient des raisons. Ce n’était pas une hallucination collective, on a eu tort de ne pas les écouter, ajoute Alain-Michel Ceretti, président de France Assos Santé, un regroupement d’associations de patients.

« L’étude confirme nos exigences anciennes sur la nécessité d’une profonde modification des “règles” en matière d’étude de pré-autorisation de mise sur le marché pour la lévothyroxine. Et au-delà, elle pose de vraies questions méthodologiques pour de très nombreux médicaments »explique le Dr Philippe Sopena, conseiller médical de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT).

Et « sollicité par Le Monde », un spécialiste « qui a requis l’anonymat » (sic) relève : « La non-équivalence individuelle peut venir d’un fusil un peu tordu mais tirant toujours au même endroit, ce qui peut être corrigé en adaptant la posologie pour chaque patient. Mais cela peut aussi venir d’un fusil à tirer dans les coins de façon aléatoire, et cela, ça ne peut être corrigé ». Mais pourquoi donc cacher ainsi le nom de ce chasseur émérite ?

A demain

@jynau

Mais que signifient ces violences croissantes perpétrées contre les médecins français ?

Bonjour

Pour l’heure on en reste au décompte d’un phénomène dont les raisons véritables nous échappent. « Injures, menaces, vols, coups… Plus de 1 100 incidents ont été signalés par les médecins en 2018, un nouveau record selon un rapport du Conseil national de l’Ordre des Médecins  publié jeudi 4 avril et qui montre une hausse des violences subies en particulier par les généralistes » annonce l’AFP.

Un sujet développé par Le Quotidien du Médecin (Cyrille Dupuis) : « A l’heure où le Congrès de la Médecine Générale France réunit à Paris tous les acteurs de la discipline, c’est un triste record dont la profession se serait volontiers passé : avec 1126 incidents recensés en 2018 par l’Observatoire de la sécurité des médecins, jamais le nombre de praticiens agressés n’a été aussi élevé – la moyenne sur 15 ans s’établissant à 783 déclarations. »

Le décompte ? Il s’agit majoritairement d’agressions verbales et de menaces, citées dans 66 % des déclarations, devant les vols ou tentatives de vol (18 %), le vandalisme (8 %) et les agressions physiques (7 %). Une arme a été utilisée dans 3 % des cas. Un tiers de ces incidents sont liés à « un reproche relatif à une prise en charge » (31 %) et plus d’un sur dix à un vol (17 %), un refus de prescription (16 %), une falsification de document (ordonnance, certificat, 11 %) – ou encore un temps d’attente jugé excessif (11 %).

Les généralistes, les plus touchés, sont à l’origine de 70 % des déclarations, contre 61 % en 2017 – alors qu’ils représentent moins de la moitié de la profession (44 %). A l’inverse, la part de spécialistes ayant subi des incidents est, elle, passée de 39 % en 2017 à 30 % en 2018, les ophtalmologues, dermatologues et gynécologues étant les plus visés.

Commentant ces résultats dans un communiqué, l’institution ordinale a appelé « une nouvelle fois les pouvoirs publics à se saisir de cet enjeu majeur ». Il a notamment réclamé aux préfets d’accélérer le déploiement d’un protocole signé avec l’Etat en 2011 pour améliorer la sécurité des professionnels 1. Mais suffirait-il, ici, de soigner les symptômes pour guérir le mal ?

A demain

@jynau

1 Les mesures de ce  protocole national visaient à améliorer très concrètement et très rapidement la sécurité des professionnels de santé : possibilité de faire réaliser des diagnostics de sécurité par les spécialistes de la police ou de la gendarmerie afin de sécuriser leur environnement de travail ; mise en place de procédures d’alerte spécifiques simples comme la mise en place de numéro dédié, ou plus complexes comme le développement, en cours d’expérimentation, de boîtiers électroniques d’alerte permettant la géo-localisation ; incitation des élus locaux à développer leur système de vidéo-protection de manière à couvrir, autant que possible, les abords des cabinets médicaux et paramédicaux ou des pharmacies.

 

Suicides : quelques mots à propos des médecins hospitaliers et des personnes emprisonnées  

Bonjour

L’hôpital et la prison. Deux centrales syndicales hospitalières Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins ont annoncé qu’elles saisiront désormais  « systématiquement » la justice après un suicide d’un confrère afin de mettre « les pouvoirs publics face à leurs responsabilités ».

JEUNES MEDECINS@JeunesmedecinsF Ça suffit. Dorénavant, « nous saisirons la justice » #suicides cc @Dr_moji @DrSabrinaaurora @gkierzek @EgoraInfo @leQdM @HOSPIMEDIA @lemondefr @EmanuelLOEB @F_Verdonk @Etienne_Pot @ISNItwit @HAS_sante @MinSoliSante

Les deux structures, reprend Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) veulent mettre un terme à « l’omerta » qui règne selon elles autour de ces décès, qu’ils surviennent sur le lieu de travail ou à domicile. Le 3 mars 2019, le Dr Nicolas Siegler, un urologue de 37 ans exerçant dans le Gard, a mis fin à ses jours. Un mois plus tôt le Pr Christophe Barrat, chirurgien de 57 ans, s’est suicidé par défenestration dans les locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), à Bobigny. En 2018, un interne en psychiatrie  de 27 ans du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et un jeune assistant orthopédiste exerçant à l’hôpital de Castres se sont donné la mort. Trois autres suicides ont eu lieu à Châteauroux, à Eaubonne et à Strasbourg.

« La liste ne cesse de s’allonger, soulignent les deux syndicats de praticiens hospitaliers. Les réactions des pouvoirs publics comme des établissements concernés minimisent l’impact des conditions de travail conduisant à ces drames, le plus souvent par des communiqués lapidaires et insupportables. » Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins dénoncent l’absence d’une instance spécifique où ils siégeraient afin de participer à l’examen des conditions de travail, de la sécurité et de la santé de tous les praticiens

Comment relativiser

On apprend, dans le même temps, qu’en France le nombre de suicides de personnes détenues a atteint en 2018 un pic jamais égalé depuis au moins dix ans avec 131 personnes décédées – contre 117 en 2017. Le plus jeune avait 22 ans, le plus âgé en avait 68. L’essentiel de ces passages à l’acte intervient au sein de l’établissement pénitentiaire (119 contre 103 en 2017), tandis qu’un plus petit nombre (12 contre 14) a lieu hors des murs (à l’hôpital, en permission de sortir, etc.).

Selon une étude interne extrêmement détaillée que Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) s’est procurée, la direction de l’administration pénitentiaire relativise néanmoins ce constat en observant que par rapport au nombre de détenus, qui a lui aussi atteint un record en dépassant les 70 000, le taux de suicide (16 pour 10 000) est inférieur à ceux de 2016 (16,3 pour 10 000) ou 2009 (18,3 pour 10 000).

« L’administration pénitentiaire a pris ce sujet très au sérieux notamment depuis le plan d’action ministériel de 2009 relatif à la prévention du suicide des personnes détenues, précise le quotidien vespéral. Un audit mené en 2015 par l’Inspection des Services Pénitentiaires, l’Inspection de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et l’Inspection Générale des Affaires Sociales avaient formulé des recommandations qui ont été mises en œuvre depuis, mais sans grand effet sur le taux de suicide.

Ce constat d’échec est mis en lumière par un collectif d’associations (Caritas France, l’Observatoire international des prisons, les Petits frères des pauvres) qui, nous apprend Le Monde,  organisaient jeudi 28 mars à Paris pour la onzième année consécutive un hommage aux morts de la prison. Ces associations font valoir que l’une des explications de ces suicides (essentiellement par pendaison dans la cellule) est à rechercher dans la dégradation des conditions de détention liées à la surpopulation carcérale. Pour Alexis Saurin, président de la Fédération des associations de réflexion action prison et justice, « l’administration pénitentiaire doit changer de modèle : « chercher à donner aux gens envie de vivre plutôt que de se contenter d’essayer d’empêcher le passage à l’acte ».

« Accidentés de la vie »

Huit pays de la grande Europe – dont la France –, affichent toujours de « graves problèmes de surpopulation » carcérale, selon une étude du Conseil de l’Europe rendue publique mardi 2 avril et résumée par l’AFP.  Outre la Russie, parmi les pays affichant le plus grand nombre absolu de détenus figurent le Royaume-Uni (84 373), la Pologne (73 822) et la France (69 596). La France enregistre également le plus haut taux de suicide (12,6 pour 10 000 prisonniers) et le plus grand nombre d’évasions (611).

 « On ne pourra pas faire baisser significativement le nombre de suicides à l’intérieur [des prisons] tant que l’on ne fera pas baisser les suicides à l’extérieur qui font quelque 10 000 morts par an », explique étrangement la direction de l’administration pénitentiaire. française Autrement dit, si la France a l’un des taux de suicide en détention le plus élevé d’Europe (après la Norvège ), c’est que ce chiffre dans la population non détenue y est aussi nettement plus élevé qu’ailleurs.

Et la difficulté dans l’analyse du taux de suicide en détention, sept fois plus que dans la population générale, est de quantifier la part qui s’expliquerait par les caractéristiques de la population concernée – marquée par des fragilités psychologiques, voire psychiatriques, et de nombreux « accidents de la vie ».

Cette lecture vaudrait-elle également pour les suicides de soignants ?

A demain

@jynau

Deux ans après, le meurtrier présumé du médecin généraliste ne sera finalement pas jugé

Bonjour

Il y a deux ans un homme tuait le Dr Patrick Rousseaux, 64 ans, dans son cabinet de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). L’autopsie devait établir  que le médecin avait succombé à quarante-huit coups de couteau. « S’il est une certitude concernant le meurtrier du Dr Patrick Rousseaux, c’est que les expertises psychiatriques le concernant seront cruciales,  résumait Le Parisien qui publiait une photo parlante du médecin. Hier soir, Mourad B., 41 ans, a été mis en examen pour ‘’homicide volontaire aggravé’’. Il a été placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). »

« Coup de folie » déclarait son avocat, avant même les conclusions des experts. Et personne n’avait évoqué la piste du « terrorisme ».  Pour Le Parisien « la santé psychiatrique de Mourad posait question » au regard des coups de couteau qu’il avait donnés au praticien qui avait été (« un moment donné ») son médecin traitant. Le procureur de la République de Chartres, Rémi Coutin, précisait que l’homme avait tenu des propos incohérents et décousus en garde à vue. « Tout l’enjeu de cette affaire, c’est la question de sa responsabilité pénale », avance l’avocat de Mourad B. Pour lui aucun doute :  l’homme avait été « pris d’un coup de folie ».

La municipalité de Nogent-le-Rotrou avait ouvert, dès le lendemain du meurtre, une cellule d’aide psychologique proposée à tous les habitants. Puis, le lendemain une marche silencieuse avait réuni plus de cinq cents personnes. Un autre rassemblement avait été prévu à l’appel de la CSMF. Ce syndicat médical exhortait alors le gouvernement à prendre « des mesures exceptionnelles et immédiates » pour renforcer la sécurité des médecins. Il réclamait notamment la mise en place d’un numéro d’appel d’urgence, réservé aux praticiens (avec reconnaissance du numéro de l’appelant), l’installation de caméras de surveillance aux abords et dans les salles d’attente – et d’un boîtier de téléalarme dans les cabinets médicaux, financé par les pouvoirs publics.

Le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, suggérait encore un accompagnement ponctuel des visites par un policier, en cas d’appel suspect ou de patients reconnus difficiles, ainsi que la mobilisation d’un chauffeur, pris en charge par les collectivités territoriales, pour accompagner le médecin pendant les gardes de nuit.

L’affaire avait suscité une vive émotion, suscitant un écho national, se souvient  Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). À l’époque ministre de la Santé, Marisol Touraine avait exprimé son soutien « à l’ensemble des médecins généralistes de France, endeuillés par ce drame, qui accomplissent chaque jour un travail exemplaire, dans des conditions parfois difficiles, au service de leurs patients ».

« Trouble psychique ayant aboli son discernement »

Deux ans ont passé. La cour d’appel de Versailles vient de rendre un arrêt dans lequel elle déclare irresponsable le meurtrier présumé du Dr Rousseaux – information publiée par  L’Écho républicain :

« Après deux ans de procédures, d’expertises et de contre-expertises psychiatriques, la Cour d’appel de Versailles a rendu son arrêt, jeudi 14 mars 2019 : Mourad Bakir, auteur présumé du meurtre du docteur Patrick Rousseaux, le 1er février 2017, à Nogent-le-Rotrou, est déclaré irresponsable pénalement.

Contacté hier, le procureur de la République, Rémi Coutin, a confirmé nos informations : ‘’ Il évite les assises en raison d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits.’’

La Cour d’appel a, par ailleurs, décidé de maintenir le meurtrier en soins psychiatriques au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) et a prononcé une interdiction de paraître en Eure-et-Loir durant vingt ans et de détenir une arme.

L’enquête sur la personnalité de Mourad Bakir, Franco-Marocain de 43 ans, aura permis de comprendre le cheminement paranoïaque l’ayant conduit à cet acte. Le Nogentais, benjamin d’une fratrie de dix enfants, avait perdu sa mère en 1999 et son père en 2017. ll avait changé de comportement, selon plusieurs témoins, depuis la perte de son emploi, moins d’un an avant les faits. »

A demain

@jynau