Salle de shoot à Paris, trois mois après : parmi les usagers tous ne sont pas des « précarisés »

Bonjour

C’est simple : pas un. Même Emmanuel Macron que l’on commence (judicieusement) à rapprocher de la blancheur de Jean Lecanuet (1920-1993). Aucun des candidats à l’élection présidentielle ne s’exprime sur cet enjeu majeur qu’est la « politique de réduction des risques ». Vanter les mérites de la prévention, toujours. Traiter de la cigarette électronique, jamais. Discourir sur le cannabis, oui. Prendre des engagements comptables sur un programme de réduction drastique du tabagisme ? On verra…C’est là une forme de démission, d’absence de courage, qui n’est pas pour rien dans la désaffection grandissante des citoyens pour son personnel politique.

Du quinquennat finissant on gardera, entre mille sujets, la mémoire des « salles de shoot » (de « consommation à moindre risque). C’est là une expérience frontière et un parfait indicateur de la volonté politique d’agir dans un domaine où la pédagogie est essentielle. Il aura fallu, in fine, plus de quatre ans pour obtenir, après mille et une contorsions, que le premiers de ces espaces puisse être créé en France : dans des locaux attenants à l’hôpital Lariboisière (AP-HP). Cette salle fut inaugurée le mardi 11 octobre la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Pour Marisol Touraine il fallait voir là « une avancée majeure pour la santé publique dans notre pays, une réponse innovante et courageuse à une situation d’urgence sanitaire ».

Trois mois après

Et maintenant ? Trois mois plus tard le président de l’association Gaïa, le Dr Jean-Pierre Lhomme fait un premier point d’étape dans un entretien publié par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb).

« Il serait prétentieux et peu rigoureux de parler de bilan à seulement trois mois. Il s’agit plus d’un point d’étape encourageant. Nous pouvons faire un constat : 170 à 220 passages par jour. Ce sont donc 8 000 injections qui n’ont pas eu lieu dans l’espace public. On compte aussi 5 000 passages pour récupérer du matériel d’injection ou pour du conseil. Cela représente une file active de 500 personnes, ce qui est acceptable.

« Dès le premier jour, 65 personnes sont venues. Ces premiers usagers ont progressivement informé leurs connaissances. Il s’agit en partie d’usagers que l’on connaissait dans notre CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) ou qui viennent d’autres CAARUD parisien, et en partie des consommateurs qui n’étaient intégrés à aucun dispositif. »

Le Dr Lhomme précise que les consultations médicales infirmières sont en place, que des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC) sont pratiqués, que des cas de contaminations par le VHC ont été identifiés. « Le diagnostic du VHC permet d’entamer une discussion autour du passage à des modes de consommation moins risqués, voire à des produits de substitution, explique-t-il.  La présence de postes d’inhalation favorise également le basculement de l’injectable vers le fumable, qui présente moins de risque. Nous pouvons aussi compter sur nos relais en soins somatiques, en addiction et en psychiatrie. Nos partenaires répondent rapidement à nos sollicitations. On est dans le mûrissement de l’intentionnalité de soin avant le passage du consommateur dans des structures ad hoc. »

Mains tendues

Le médico-médical n’est pas tout : il y a les demandes d’hébergement, celles d’aide à la récupération des droits. Aujourd’hui les horaires, le budget et le personnel permettent d’accueillir jusqu’à 350 personnes par jour dans de bonnes conditions. On comprend que tout n’est encore totalement réglé avec les riverains : « l’assise de la salle de consommation reste fragile. Il faut continuer le travail d’acceptation. Il y a eu une réunion du comité de voisinage, et les riverains nous font part des petits dysfonctionnements ».

Et puis le Dr Lhomme donne cette information : « On ne peut pas encore faire d’étude sociologique, mais nous n’avons pas que des usagers précarisés. Certains sont socialement bien intégrés mais l’offre proposée par la salle de consommation leur convient mieux. » Un élément qui pourrait être mal interprété – et peut-être même utilisé contre le principe même de ces espaces soignants d’un nouveau genre.

Mais c’est aussi là une donnée qui rappelle que les « usagers » (qu’ils soient ou non « précarisés ») sont avant tout des malades souffrant gravement d’addictions à des « produits ». La démonstration de la priorité qui doit être donnée à cette main tendue qu’est (aussi) une politique « courageuse » de réduction des risques. Qu’en dira Emmanuel Macron ? Qu’en aurait dit Jean Lecanuet ?

A demain

Rideau sur la pseudoéphédrine: l’histoire du pharmacien militant qui l’a retirée de ses vitrines

 

Bonjour

Prenons le risque d’irriter Mme Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, avec une petite histoire très exemplaire. Elle nous est rapportée, depuis Bordeaux, par Le Moniteur des Pharmacies ( Matthieu Vandendriessche) ainsi que par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

François Couchouron est pharmacien d’officine, titulaire à la « Pharmacie du Lac », préfecture de la Gironde. Depuis septembre 2016 il ne commercialise plus en « libre service » les « anti-rhumes » contenant de la pseudoéphédrine. Le pharmacien, installé à Bordeaux, a placardé une affiche dans son officine pour alerter les patients : « Stop à la pseudoéphédrine. Un rhume ne vaut pas un accident cardiovasculaire. »

Selon le Vidal, les médicaments suivants contiennent de la pseudoéphedrine : Actifed rhume®, Dolirhume®, Fervex®, Humex®, Nurofen rhume®, Rhinadvil®, Rhumagrip®, Rhinureflex® et Sudafed® .

« Le pharmacien se fonde dans sa démarche sur un rapport de la Commission nationale de pharmacovigilance, en date de 2008, qui met en garde contre les effets indésirables rares mais graves » rapporte Le Moniteur.

Retrait du marché

Il a pris cette décision radicale sans attendre « une hypothétique décision de retrait du marché » par les autorités sanitaires. Il précise cependant qu’il ne refuse pas la délivrance sur prescription. M. Couchouron développe son choix dans un courrier publié dans le forum du mensuel Prescrire de janvier 1. La revue médicale demandait dès 2009 aux pharmacies de bannir ces produits. « Les risques, lors de la prise de ces médicaments, sont trop grands. Les effets indésirables graves, avance-t-il, sont sous-déclarés à la pharmacovigilance. »

Le pharmacien Coucheron s’appuie sur les résultats de pharmacovigilance. Il rappelle que plusieurs mises en garde ont été émises depuis 2008 par les autorités sanitaires qui ont relevé des effets indésirables cardiologiques et neurologiques rares, mais très graves. La question de réserver à la prescription ces spécialités administrées par voie orale s’est d’ailleurs posée au sein de la commission nationale de pharmacovigilance. C’est aussi ce que réclame l’Académie de médecine depuis juin 2015. Dans une note destinée aux professionnels diffusée en 2011, l’Agence du Médicament rappelait les risques liés aux vasoconstricteurs et s’alarmait de leur mésusage par les patients dans 25 % des cas.

« Battage médiatique »

« J’ai déjà vu deux patients coronariens qui ont fini en soins intensifs. Je me sens mieux de ne pas vendre ces médicaments, d’autant plus qu’il existe des alternatives », précise-t-il au Quotidien. Attention toutefois aux nouvelles alternatives 1. Tout cela ne va pas sans égratignures aux voilages de la confraternité.  « Il y a des précautions à prendre, des questions à poser aux patients, des conseils à prodiguer… et ce n’est pas toujours fait ».

 Pour la présidente de l’Ordre des pharmaciens ce confrère est parfaitement libre de refuser de délivrer ce médicament. En revanche il serait sanctionnable s’il refusait de le faire en cas de prescription. Combien de temps pourra-t-on encore prescrire ? « Je suis surprise par ce battage médiatique car c’est ce que nous faisons au jour le jour, ajoute la présidente. Il y a des tas de produits que nous ne référençons pas ! » Combien ?

A demain

 1 Prescrire qui précise que les extraits de Pelargonium n’ont pas d’efficacité démontrée pour soulager le rhume au-delà d’un effet placebo. Et qu’ils exposent à des saignements et des réactions d’hypersensibilité.

« En France, des extraits de racine de deux espèces de Pelargonium sont désormais autorisés en comprimés et en solution buvable avec le statut de médicament, dès l’âge de 6 ans. Les données du dossier d’évaluation clinique ne démontrent pas que ces extraits de racine de Pelargonium réduisent la durée d’un rhume, ni qu’ils aient une efficacité symptomatique probante au-delà d’un effet placebo.

 « Les extraits de racine de Pelargonium exposent à des troubles digestifs, et plus rarement à des réactions d’hypersensibilité, ainsi qu’à de rares saignements de nez et des gencives. Des atteintes du foie, parfois graves, ont été rapportées. La solution buvable d’extrait de racine de Pelargonium (Activox pelargonium rhume°) contient de l’alcool, et sa consommation est donc à risque pour certains patients, notamment les enfants.

 « Les conditionnements de ces médicaments mettent davantage en avant les noms des gammes « ombrelles » Activox® et Belivair® que les substances contenues, ce qui apporte des confusions en les distinguant mal des autres produits de ces gammes. Pas d’efficacité démontrée, et risques, certes rares, mais parfois graves : il est préférable de s’en passer. »

« Extraits de racine de Pelargonium et rhume » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 8. (pdf, réservé aux abonnés)

Grippe : il en faudrait plus pour déstabiliser l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

 

Bonjour

Un plan de communication peut ne pas en cacher un autre. Hier 11 janvier Marisol Touraine alertait. Aujourd’hui, sur le perron du Palais de l’Elysée elle disait sa sérénité ; ses consignes avaient bel et bien été suivies d’effet (voire peut-être même, qui sait, anticipées…). Peu de temps après la réunion élyséenne « de crise » le directeur général de l’AP-HP a exprimé sa volonté de rassurer la population de la capitale (et au-delà). Martin Hirsch a fait le point devant les membres de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), comme le rapporte Le Quotidien du Médecin.

 « Les hôpitaux ne sont pas désorganisés. Il n’y a pas de situation de déstabilisation de l’hôpital mais une forte mobilisation des professionnels, qui font plus d’heures supplémentaires et posent moins de jours de repos », a tenu à préciser M. Hirsch.  Interrogé sur le périmètre du parc hospitalier, le directeur général a, là aussi, rassuré.  « Il n’y a pas de manque de lits dans l’absolu à l’AP-HP, a-t-il dit. On pourrait fixer le nombre de lits par rapport au pic de l’épidémie. Ce serait effectivement plus confortable mais nous serions surdimensionnés le reste de l’année… ». C’était là une réponse indirecte à l’urgentiste-syndicaliste Patrick Pelloux toujours prompt à dénoncer la réduction de la voilure hospitalière ».

Blocs hurlants

La richesse de la gigantesque machinerie de l’AP-HP c’est aussi (en cas de nécessaire délestage ponctuel) ses deux cents blocs opératoires.  « Si on demande à un service de chirurgie de faire moins de bloc la semaine prochaine, il va hurler […] mais je pense qu’on doit s’adapter », a expliqué M. Hirsch. Où l’on entend que le directeur général de l’AP-HP est un familier du hurlement des chirurgiens. Des hurlements qui vont cesser :  « En Île-de-France, le pic le plus élevé est probablement derrière nous. La fin de la semaine dernière était peut-être notre moment le plus compliqué ».

Tout cela, et plus encore, vient d’être expliqué sur le site de l’AP-HP : « Epidémies hivernales ». On y apprend que le  plan « hôpital en tension » a été directement déclenché par le directeur général dès le 6 janvier. Ce plan consiste en un arsenal de mesures anticipées et hiérarchisées pouvant être mises en œuvre dans un délai court, pour gérer un épisode de tension hospitalière quelle qu’en soit la cause et notamment lors de phénomènes épidémiques. Il comporte trois niveaux : alerte vigilance, tension avérée, tension prolongée ou de grande amplitude. C’est, ni plus ni moins (au-delà des plans et impératifs politiques de communication) la manifestation concrète de l’organisation de la solidarité.

Ministre des généralistes

Dans le même temps d’autres voix s’élèvent que l’on se saurait bâillonner. Celle de la CGT-Santé qui dénonce des conditions « inacceptables et inhumaines ». Qui affirme que « notre système est tellement sous tension qu’il est incapable de gérer une hausse d’activité, liée à une épidémie de grippe tout à fait prévisible, comme il s’en produit tous les quatre à cinq ans ». Ou celle, aux antipodes libérales, de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Son président, le Dr Jean-Paul Ortiz, dénonce un nouvel oubli de la médecine de ville. « Alors que l’hôpital est présenté comme l’unique recours, la CSMF rappelle que plus de 90 % des cas sont pris en charge par la médecine de ville, en particulier les médecins généralistes qui font face aussi à un afflux de demandes en soins de la population ». Dans sa prochaine communication il faudra que Marisol Touraine n’oublie pas qu’elle est, aussi, la ministre des médecins généralistes.

A demain

Votez Montebourg : oasis médicales, hussards sanitaires, dispensaires du troisième millénaire!

 

Bonjour

Arnaud Montebourg, 54 ans, n’est jamais aussi bon (dit-on) que devant des journalistes. Mardi 10 janvier il était devant l’Association des journalistes de l’information sociale. Et Le Quotidien du Médecin était dans la salle (Anne Bayle-Iniguez)

Que peut dire d’original (en janvier 2017) un ancien ministre de François Hollande (mai 2012 – août 2014) à des journalistes s’intéressant à la société et à la santé ? Que dire de captivant quand fut le porte-parole de Ségolène Royale  battant la campagne de 2007 ? Suffit-il de décliner quelques éléments d’un programme destiné à l’ascension  de la face gauche des Primaires Citoyennes ?  Peut-être.

Mr et Mme Bovary

Contre François Fillon (qui a confirmé ce matin sur RMC-BFMTV la suppression d’un demi-million de fonctionnaires) il prévoit de créer 5 000 postes supplémentaires par an à l’hôpital public. Il sait (ou croit savoir) que François Fillon supprimera «100 000 à l’hôpital » sur la durée du quinquennat. « Ça fait 20 000 postes en moins par an quand moi, je dis que les effectifs des hussards sanitaires de la République doivent être renforcés de 5 000 personnes en plus » affirme le citoyen Montebourg.

Il se dit conscient de la « crise » que vit l’hôpital public. Sait-il bien, le candidat de gauche, que l’on ne peut guère plaisanter, en médecine, avec le concept de hussard qui renvoie, pour certains, à celui d’officier de santé ?  C’est une affaire qui date de Flaubert, de Madame Bovary et de son mari : le médecin libéral français déteste l’Etat.

 Soigner en paix

Plonger dans le passé pour réenchanter l’avenir français ? On construira les « dispensaires du XXIe siècle » des « oasis médicales », de sources de vie dans les déserts médicaux ; des espaces où chanteront des généralistes et des infirmières salariés désireux d’exercer en groupe et de soigner en paix.

L’ancien ministre du redressement productif est, comme depuis peu Manuel Valls, partisan de l’interdiction du libre vissage des plaques. Cela vaut pour les plaques en cuivre des médecins comme pour celles, en bakélite, des autres professionnels de santé.

Arnaud Montebourg était porte-parole de Ségolène Royal en 2007 ? C’est la députée (socialiste, Haute-Garonne)  Catherine Lemorton, qui est aujourd’hui la sienne. Présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale elle fut longtemps pharmacienne d’officine. A ce titre elle reste « lucide » sur les chances de convaincre le corps médical. Le secteur 2 ? Les dépassements d’honoraires ? Les supprimer au nom de l’égalité citoyenne devant la maladie, la souffrance et la mort ?

Copié par Macron

« Le candidat ne s’est pas prononcé directement » souligne Le Quotidien du Médecin. « Il faudra les plafonner mais ça ne va pas arriver du jour au lendemain », concède Mme Lemorton. Le tiers payant généralisé voulu par Marisol Touraine, dénoncé par François Fillon ? « Hors de question de revenir sur le sujet. »

Arnaud Montebourg est progressiste : il favoriser l’accès à la couverture santé, à la faveur d’une nouvelle mutuelle publique à 10 euros par mois. Pourquoi ? Parce qu’il a appris qu’entre 30 et 40% des Français éligibles à la CMU-C ne le savent pas. Pourquoi ? On ne le sait pas.

Prothèses auditives

Tout le monde est pour la prévention ? Arnaud Montebourg aussi : il instaurera une consultation annuelle de prévention remboursée à 100 % par la Sécurité sociale. Le type même de la fausse bonne idée ? « L’ambition d’une Sécurité sociale du XXIe siècle doit être d’atteindre une couverture complète de […] soins en matière de prothèses auditives, de soins dentaires et de lunettes », écrit le candidat dans son programme santé.

A l’évidence Emmanuel Macron s’en est inspiré – et il  évoque l’horizon 2022. Arnaud Montebourg ne fixe pas de date. Il parle d’ambition et du XXIème siècle  dans sa globalité.

Finalement, tout bien pesé, on reste sur sa faim.

A demain

1 Tabuteau D. Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de santé publiqueEditions Odile Jacob, 2013.

 

 

Radicalisation médicale: fin annoncée de la liberté d’installation et du secteur II (Manuel Valls)

 

Bonjour

Ironie : « Heureusement que Manuel Valls n’a pas été Premier ministre car nous aurions dégusté … » (Dr Claude Leicher, président de MG France).  Valls-Hamon-Peillon-Montebourg… Nous approchons du début de la primaire du Parti socialiste. Les gazettes ne publient plus de sondages mais nous susurrent que Manuel Valls serait peut-être sur le reculoir, que l’utopiste Hamon, soudain, séduirait ….

Plus loin, sur la droite, c’est Emmanuel Macron qui occupe le devant de la scène. Emmanuel Macron qui assure ne pas être une bulle mais bien une vague (montante).  Emmanuel Macron dont Le Monde (François Fressoz) affirme qu’il « rend fou les socialistes ».

Emmanuel Macron le séducteur, connecté-libéral, qui n’oublie plus le médical. Emmanuel Macron qui double Marisol Touraine sur le front de la Sécurité sociale. Marisol ministre avait rêvé le remboursement à 100 % des lunettes et prothèses auditives. Avec Emmanuel ce sera(i)t fait en 2022.

Santé administrée

Manuel Valls ? Désormais l’ancien Premier ministre érige l’accès aux soins en priorité des priorités. Il affirme sa volonté d’«en finir avec les dépassements d’honoraires en secteur II conventionné ». Il propose une « convergence tarifaire progressive vers un tarif unique et opposable ». Et puis, le 9 janvier, nouvelle salve, nouvelle recette radicale, cette fois contre la désertification médicale.

« Au vu des difficultés actuelles, nous n’avons plus d’autre choix que de limiter la liberté d’installation, déclare-t-il au Parisien Aujourd’hui en France. Je ne suis pas favorable à une santé administrée mais face à une forme d’impuissance, il faut avancer. » Dans son programme officiel, l’ancien Premier ministre  avait simplement affirmé vouloir intensifier la lutte contre les déserts médicaux et annonçait un « grand plan de la médecine de proximité avec les soignants et les patients ». Il s’était aussi déclaré pour la suppression du numerus clausus, en faveur d’une réforme des études médicales et des modes de rémunération afin de répondre aux aspirations des professionnels.

Impuissance-inefficacité

« En affichant sa ferme volonté d’encadrer la liberté d’installation, Manuel Valls tranche avec la politique du gouvernement qu’il a dirigé pendant les trois dernières années, rappelle Le Quotidien du Médecin. Lors des conclusions de la grande conférence de la santé, il y a moins d’un an (11 février 2016) le Premier ministre souhaitait alors mieux faire connaître les aides à l’installation des médecins, dans la foulée du pacte territoire-santé.

« Nous poursuivons ainsi notre objectif d’encourager l’installation des professionnels en secteur à tarifs opposables, afin de garantir l’accès aux soins à tous »,

Encourager hier, contraindre maintenant: cela s’appelle le changement. Et Manuel Valls ne prendre le risque d’affirmer chaque jour qu’il a changé.  Au-delà de l’ironie le Dr Claude Leicher, déplore la « démagogie politique poussée à l’extrême » de ce candidat socialiste : « C’est un discours d’impuissance et d’inefficacité. Il ne l’a pas fait car il ne peut pas le faire. Il faudrait obliger les gens à terminer leurs études de médecine, à choisir la médecine générale et à s’installer en médecine libérale là où on leur demande. Cela fait beaucoup d’obligations. »

Droit de chasse

Le président de MG France est dans le vrai : les responsables politiques français sont, sur ce front, dans une situation impossible. On vient de le voir avec la brutale reculade de François Fillon sur la Sécurité Sociale. Premier ministre Manuel Valls ne s’était guère intéressé aux questions médicales laissant Marisol Touraine ferrailler pendant des mois pour, in fine, obtenir un tiers payant généralisé que François Fillon entend détricoter.

Le responsable politique français n’est pas né qui pourrait exprimer sa volonté de toucher au secteur II et/ou à la liberté d’installation. Visser sa plaque où on le veut, être libre de dépasser ses honoraires comme on l’entend. Ce sont là des droits plus ou moins exercés mais auxquels le politique ne peut toucher sans prendre le risque d’être décapité. C’est l’équivalent de l’antique droit de chasse, des ces droits de passage dont on ne retrouve plus la trace dans le cadastre. C’est une relique d’un âge d’or qui n’a jamais existé, une symbolique qui doit rester hors des mains de l’exécutif.

On attend, sur ce front, les solutions d’Emmanuel Macron.

A demain

Vitamine D et nouveau-né décédé : le mystère de l’autopsie, un coup de fil déplacé au Figaro

Bonjour

Il est des affaires qui n’en finissent pas. Et est des pratiques antiques que l’on pensait définitivement abandonnées. On peut, aujourd’hui 7 janvier, lire quelques lignes peu banales dans Le Figaro – quotidien qui a révélé la mort du nouveau-né à qui on venait d’administrer quelques gouttes d’Uvestérol D.

Le journal raconte ainsi avoir reçu, jeudi 5 janvier un coup de téléphone de Claude Pigement, vice-président du Conseil d’administration de l’Agence du médicament (ANSM).

Le Dr Claude Pigement est une personnalité bien connue dans les milieux médicaux comme des journalistes spécialisés. Il a, très longtemps, été le « monsieur santé » du Parti socialiste (successivement délégué puis responsable national à la santé entre 1985 et 2008). Ce médecin gastro-entérologue, a été élu en 2013 à la vice-présidence de l’ANSM.

« Go-between » 

Le Quotidien du Médecin expliquait alors qu’à ce poste non exécutif, il seconderait la présidente et devrait jouer un rôle de « go-between » entre le Pr Dominique Maraninchi, alors directeur général de l’Agence et la ministre de la Santé Marisol Touraine. « L’ANSM est une  jeune agence en construction, qui devra trouver ses marques entre le « travail de fond et la gestion des urgences » déclarait-il. « À son poste de vice-président, le Dr Pigement entend prendre sa part à ces nouveaux défis » ajoutait Le Quotidien du Médecin.

Trois ans plus tard le « go-between » entre en action : il appelle Le Figaro. Et Le Figaro entend une sonnerie politique : « il s’agit de défendre l’ANSM et la ministre Marisol Touraine dans la gestion calamiteuse de l’affaire Uvestérol D ». Que dit le Dr Pigement ?

« Les choses ont été faites en temps et en heure. L’ANSM a été transparente (…) Je ne réponds pas aux si. Avec des si, on mettrait l’Agence en bouteille (…) On n’est pas là pour refaire le match ou pour rejouer la partie. »

 « Go-between » ou pas, il est des métaphores que l’on se devrait d’éviter après la mort d’un nouveau-né.

Retrouvée morte aux urgences de Cochin

Nous évoquions, hier, à propos de cette mort, l’incompréhensible attitude du pédiatre présent qui n’avait pas proposé pas d’autopsie « devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents »

 « On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie médico-légale, écrivions-nous alors. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ? ».

On nous indique aujourd’hui que le procureur d’Evry n’a pas demandé d’autopsie médico-légale. Il y a donc eu permis d’inhumer et le bébé a été enterré au Mali. Le même cas de figure, totalement incompréhensible, s’était déjà produit dans l’affaire de la femme retrouvée morte, il y aura bientôt trois ans, dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Nous avions traité ce sujet sur le site Slate.fr « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité ».

Article 74 du code pénal :

« En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations.

Le procureur de la République se rend sur place s’il le juge nécessaire et se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Il peut, toutefois, déléguer aux mêmes fins, un officier de police judiciaire de son choix.

Sur instructions du procureur de la République, une enquête aux fins de recherche des causes de la mort est ouverte. Dans ce cadre et à ces fins, il peut être procédé aux actes prévus par les articles 56 à 62, dans les conditions prévues par ces dispositions. A l’issue d’un délai de huit jours à compter des instructions de ce magistrat, ces investigations peuvent se poursuivre dans les formes de l’enquête préliminaire. »

Posologie

Les investigations sur les causes de la mort d’un nourrisson ont été confiées au pôle santé publique du parquet de Paris. Ce dernier poursuit l’enquête pour « recherches des causes de la mort » après le dessaisissement du parquet d’Évry, initialement compétent car le nouveau-né est mort dans l’Essonne.

« Selon nos informations, les parents de la victime de Grigny ne parlent, ni le lisent le français, ce qui a nui à la compréhension de la posologie, indique L’Express. A ce jour, ils n’ont pas déposé de plainte. »

Il est des affaires qui n’en finissent pas.

A demain

Lumières thérapeutiques : jouer sur la couleur verte pour calmer les douleurs chroniques

 

Bonjour

« La santé c’est la vie dans le silence des organes » (René Leriche).On a beaucoup écrit sur la nécessité médicale de la douleur, symptôme éclairant  d’une pathologie émergente. Il en va tout autrement quand le phénomène s’installe, devient chronique. Ce n’est plus la douleur mais bien la souffrance. S’il devait exister on pourrait voir là un avant-goût des soufres de l’enfer.

Et puis, ici ou là, quelques lumières, scientifiques et médicales. Une équipe internationale, comprenant des chercheurs français (CNRS, Inserm) et espagnols (Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique de Barcelone) vient d’annoncer avoir identifié (et pouvoir « contrôler »)  un des centres cérébraux associés aux douleurs chroniques. Cette découverte vient d’être publiée dans Molecular Psychiatry : Dynamic modulation of inflammatory pain-related affective and sensory symptoms by optical control of amygdala metabotropic glutamate receptor 4”. Elle fait l’objet d’un communiqué de presse du CNRS qui n’a malheureusement connu qu’une diffusion restreinte.

Désordres affectifs

Le postulat des auteurs était que les épisodes de douleurs chroniques (une personne sur cinq en a fait – ou en fera – l’expérience) est associée à des modifications du système nerveux central. Comment le cerveau module-t-il la douleur physique et les désordres affectifs et cognitifs qui l’accompagnent (anxiété majeure, perte des « émotions positives », hypersensibilité à la douleur etc.).

Ces chercheurs ont, ici, focalisé leur attention sur l’amygdale, une région du cerveau passionnante en ce qu’elle est impliquée dans la gestion de la douleur et des émotions. Puis ils ont réduit leur focale sur le récepteur du glutamate de type 4 (mGlu4). Il s’agit là du principal transmetteur des signaux de douleur dans le système nerveux des mammifères. Pour faire court, ce neurorécepteur « détecte la présence du glutamate et diminue, selon les besoins, sa libération au niveau de la synapse ». Voici la suite de leur travail :

« Afin d’étudier ces récepteurs, les chercheurs utilisent en général un ligand capable de les activer ou de les inhiber. Ils ont innové en créant un ligand particulier photo-contrôlable, l’optogluram, dont l’action sur mGlu4 est pilotée par la lumière. L’utilisation de fibres optiques leur permet alors de contrôler très précisément l’activation du neurorécepteur dans une zone donnée du cerveau. »

Souris libres et conscientes

Ces chercheurs ont travaillé  sur des souris « conscientes et libres de leurs mouvements » mais souffrant de douleurs inflammatoires chroniques. En activant l’optogluram par la lumière, ils ont pu inhiber de manière rapide et réversible ces symptômes douloureux. Ils démontrent ainsi que le cerveau de ces souris conservait sa capacité à contrer ces effets. Avec l’identification d’un modulateur capable d’agir sur la douleur chronique, ces travaux sont  porteurs d’espoirs thérapeutiques.

On parle ici d’ « optopharmacologie ». « Quand une lumière verte est projetée dans le thalamus via une fibre optique est allumée, l’animal atteint de douleur chronique inflammatoire se comporte normalement, poursuit Le Quotidien du Médecin. Quand cette lumière est violette, il redevient hypersensible à la douleur, se toilette moins et explore peu son environnement. » Moins se toiletter…

Amygdales et Parkinson

Cyrille Goudet chercheur au CNRS (Institut de génomique fonctionnelle, Université de Montpellier) :

 « L’amygdale est impliquée dans le contrôle des émotions, elle reçoit des infos provenant de diverses régions du cerveau pour intégrer les émotions dans la réponse à la douleur. Nos travaux ont mis en évidence que des récepteurs aux neurotransmetteurs régulent, dans certains circuits de l’amygdale, les symptômes liés aux douleurs chronique. »

 « L’optopharmacologie est une technique complémentaire à l’optogénétique. Cette dernière qui consiste à exprimer par manipulation génétique des canaux ioniques commandés par la lumière pour prendre le contrôle des neurones, l’optogénétique nous renseigne sur le rôle des différents circuits de neurones, tandis que l’optopharmacologie, nous permet d’agir sur les mécanismes naturels de ces circuits », et ainsi débusquer de nouvelles pistes pharmaceutiques. »

« Il n’existe pas encore de médicament agissant sur le récepteur, mGlu4. Des molécules sont toutefois en développement dans le traitement symptomatique de la maladie de Parkinson ».

On rapprocher ce travail de celui, récents (maladie d’Alzheimer)  où la rétine semble pouvoir devenir, comme avec l’hypnothérapie, une nouvelle approche soignante. L’espoir luirait-il ?

A demain