Marisol Touraine aimerait que Macron se souvienne qu’elle appelle à voter pour lui

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La ministre partante de la Santé n’avait pas encore parlé. Et puis, quelques minutes après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle elle a tweeté : « J’appelle les Français à voter massivement en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai prochain ».

Comme tant d’autres et sans surprise, face à Marine Le Pen, elle justifie son choix. Défendre « nos valeurs démocratiques » et œuvrer pour « l’avenir de la France ». « L’enjeu, ce n’est pas seulement que Emmanuel Macron l’emporte et que Marine Le Pen soit battue, mais c’est qu’elle soit battue le plus largement possible », a insisté la ministre sur France Info.

Loches, cages mouvantes

On observera que Marisol Touraine ne pose aucune condition à son soutien au candidat d’ « En Marche ! ». Pouvait-elle faire autrement ? Pour autant elle lui lance un étrange appel. S’il devait l’emporter au second tour « Emmanuel Macron devra se souvenir que c’est grâce à un large rassemblement qu’il aura pu devenir président de la République ». Elle lui demande aussi d’entendre les voix des « hommes et les femmes de gauche, socialistes, réformistes, progressistes ». Pourquoi ne les entendrait-il pas ?

On connaît la violence extrême qui prévaut, parfois, dans les arènes politiques. Emmanuel Macron se souviendra-t-il de celle qui, aujourd’hui, se prépare à retourner sur le terrain de son ancien « fief électoral » : la 3ème circonscription d’Indre-et-Loire. Centrée sur Loches qui a préféré Fillon. Loches et les terribles cages mouvantes de Louis XI où souffrit durablement Jean de la Balue. Souvenons-nous. Carrière fulgurante. Déchéance. Et retour en grâce en fin de carrière.

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Politique et post-vérité : non, le Dr Irène Frachon ne sera pas ministre de la Santé.

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Certains osent tout. Ainsi Nicolas Dupont-Aignan qui a déjà annoncé la composition imaginaire de son futur gouvernement idéal. Aux côtés de Natacha Polony (Instruction publique), Henri Guaino (Défense),  Rama Yade (Affaires étrangères), Philippe Bilger (Justice) figure Irène Frachon à la Santé. Les réactions de cette dernière furent alors rapportées par Le Télégramme de Brest (Jean-Luc Padellec):

« Qu’il salue mon travail, pourquoi pas… Mais je désapprouve totalement la démarche qui consiste à associer mon nom de façon ostensible à son engagement. C’est un procédé choquant car cela laisse entendre indirectement que je pourrais le soutenir. Or, je ne partage aucune idée commune avec Nicolas Dupont-Aignan.»

Sermonner l’équipe de Macron

Le quotidien breton explique que le candidat souverainiste n’était pas le premier à tenter de débaucher celle qui incarne à la perfection le rôle de la lanceuse d’alerte n’abandonnant pas le combat. Ainsi Benoît Hamon faisant savoir qu’il aimerait bien qu’Irène Frachon prenne la parole, lors de son récent meeting brestois. Refus.  « Mon combat est citoyen mais n’a rien à voir avec un quelconque positionnement partisan, dit-elle. Je suis persuadée que m’engager politiquement ruinerait ma crédibilité. Et derrière ma crédibilité, c’est la défense des victimes du Mediator qui est en jeu. »

Pour autant elle répond favorablement à toutes les sollicitations qui permettent aux candidats « d’affiner leur pensée politique » sur le scandale du Mediator, les conflits d’intérêt, la puissance des lobbys, ou la protection des lanceurs d’alerte. « C’est ainsi qu’elle s’est prêtée de bonne grâce à un dialogue filmé avec Jean-Luc Mélenchon, qui a donné lieu à une vive polémique au sein du corps médical ; une polémique sur laquelle la pneumologue vient revient dans Le Quotidien du Médecin où elle présente ses excuses à ceux de ses confrères spécialistes qu’elle aurait pu blesser.

Irène Frachon a aussi « sermonné » l’équipe d’Emmanuel Macron quand elle a appris qu’un proche des laboratoires Servier le conseillait sur les questions de santé. Mais, pour le reste, chacun est prévenu. « Je ne serai jamais la ministre de la Santé de quiconque. Ce serait d’ailleurs absurde sur le plan de l’efficacité car je n’ai aucune compétence. » Et il en va de même pour un rôle plus modeste dans un conseil municipal. Celui de Brest, par exemple. Où l’on voit, une nouvelle fois, que l’exercice de la politique fait nettement moins rêver qu’autrefois.

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Grossesse : deux ou trois cigarettes par jour, c’est 228 grammes de moins pour le nouveau-né

 

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En France 20 % des femmes enceintes consomment du tabac. C’est ainsi que chaque année plus de 158 000 enfants sont exposés in utero à un tabagisme maternel – un puissant facteur, notamment, de prématurité et de retard de croissance. On peut aller plus loin dans l’analyse du phénomène, tenter de mesurer l’impact en fonction de la dose. C’est ce qu’a fait l’équipe du Dr Ivan Berlin (AP-HP, la Pitié-Salpêtrière, Université Pierre-et-Marie-Curie, INSERM) qui publie ses résultats dans Nicotine & Tobacco Research : « Cigarette Smoking During Pregnancy: Do Complete Abstinence and Low Level Cigarette Smoking Have Similar Impact on Birth Weight ? »

Cette équipe a mené son travail (dans le cadre d’une étude plus générale sur le sevrage tabagique) auprès de 371 femmes enceintes et fumeuses, âgées en moyenne de 29,5 ans. Le poids du nouveau-né à la naissance était en moyenne de 3 417 grammes (si la mère avait totalement arrêté de fumer à partir de la fin du premier trimestre) de 3 081 g si elle avait fumé moins de cinq cigarettes par jour, de 3 043 g si la mère avait fumé entre 5 à 9 cigarettes et de 2 831 g dès qu’elle fumait plus d’un demi-paquet.

Abstinence et fatalité

On peut, en tenant compte d’autres facteurs, le dire autrement : la perte moyenne de poids de naissance était de 228 g si la mère avait fumé moins de cinq cigarettes/jour par rapport au poids de naissance des bébés dont la mère s’était montrée totalement abstinente. Cette perte va jusqu’à 262 grammes, au-delà des dix cigarettes.

Ces chiffres vont radicalement à l’encontre d’une opinion largement répandue selon laquelle une faible consommation serait sans véritable risque. « Le poids de naissance est surtout influencé par les petites consommations de tabac. Les plus fortes consommations n’aggravent pas beaucoup le risque », explique le Dr Berlin dans une petite vidéo pédagogique.

Pour le Dr Berlin la conclusion s’impose : « une petite consommation n’est donc pas la solution : il faut à tout prix arriver à ‘’zéro consommation’’ pendant tout le long de la grossesse. » En France 20 % des femmes enceintes consomment du tabac. Pourquoi le politique se plaît-il à ne voir là qu’une forme de fatalité ?

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Légaliser le cannabis après le tabac : les rêveries d’un candidat-président solitaire

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 Derniers quinze jours, serrer le propos. Dans un entretien au Quotidien du Médecin, le candidat socialiste Benoît Hamon explique (en moins de huit cents caractères) pourquoi il entend, président, légaliser le cannabis – et pourquoi il n’a aurait pas, selon lui, de risque de santé publique à prendre une telle mesure. Cela donne ceci :

« Il faut affirmer clairement que le cannabis est dangereux pour la santé, tout particulièrement pendant l’adolescence. Une consommation intense et précoce, pendant cette période de la vie, peut impacter le développement du cerveau, et diminuer les capacités de mémoire, de concentration, de motivation. Les troubles peuvent être irréversibles. Mais nous devons avoir le courage de la clairvoyance : l’interdiction du cannabis est un échec, les Français sont de grands consommateurs de cannabis.

La légalisation du cannabis permettra de mieux réguler sa distribution et de lutter efficacement contre les réseaux criminels et la violence qui y est liée, mais également de financer de vastes politiques de lutte contre l’addiction. La légalisation permettra de mieux en interdire l’accès aux mineurs, mais aussi de mieux contrôler la toxicité du produit délivré aux consommateurs. »

Postulat

L’argumentaire ne manque pas de sel. Benoît Hamon ne conteste nullement la toxicité du cannabis consommé sous certaines conditions durant l’adolescence. C’est une vérité. Il observe ensuite que son interdiction officielle n’est en rien un rempart contre une consommation massive à l’échelon national. C’en est une autre. Ensuite un postulat : légaliser sa consommation permettra d’assécher les économies mafieuses parallèles et de garantir la faible toxicité du produit. Et l’Etat d’utiliser les taxes ainsi récoltées pour financer … la lutte contre l’addiction.

Enfin cette légalisation permettra de « mieux interdire l’accès de cannabis aux mineurs ». Vraiment ? L’exemple du tabac montre à quel point cet argument est de peu de poids. La majorité des buralistes ne respectent pas la loi qui leur interdit la vente aux mineurs – et un tiers des adolescents français fument des produits dérivés du tabac. Aucune politique cohérente et durable de réduction des risques tabagiques n’est plus menée, en France, depuis des lustres. On peut rêver et se convaincre qu’il en irait différemment avec la légalisation-fiscalisation du cannabis.

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Après la Moselle, percée de la rougeole en Occitanie. Attendre que la situation empire ?

 

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Il y a avait eu Metz et Forbach. Voici Toulouse et l’Occitanie où quatorze cas de rougeole ont été diagnostiqués ces dernières semaines – et  l’ARS Occitanie alerte sur une couverture vaccinale insuffisante et rappelle les consignes de vigilance.

Huit cas de rougeole avaient été enregistrés sur l’ensemble du territoire en 2016 mais depuis le début de l’année soixante, déjà, dans l’Est et quatorze signalés à l’ARS Occitanie. De nouvelles percées qui s’inscrivent dans un contexte de résurgence, en France et en Europe.

« Tous les cas recensés concernent la région toulousaine, sur les 14 cas diagnostiqués, 2 sont des cas groupés. Ce sont des enfants non vaccinés, un adolescent et un adulte, détaille le Dr Olivier Glass médecin épidémiologiste à l’ARS Occitanie. Soixante cas ont été recensés dans le département de la Moselle depuis le début de l’année et on en a moins parlé, on ne peut pas parler de vraie recrudescence, néanmoins, il faut rappeler que la couverture vaccinale, seul rempart efficace contre la rougeole est insuffisante en France. »

Remonter le courant

Et l’ARS de redire l’essentiel à la population : qu’il n’existe pas de traitement contre la rougeole ; que seule la vaccination constitue une protection efficace ; que la rougeole a quasiment disparu dans de nombreux pays ; que le virus circule toujours de manière active en France en raison d’une couverture vaccinale insuffisante ; que se  faire vacciner et faire vacciner son enfant est nécessaire, pour être protégé et pour protéger les autres..

Mais l’ARS ne dit rien des raisons qui font que la couverture vaccinale est insuffisante en France, rien sur la méfiance croissante vis-à-vis de la vaccination dans la population, rien sur l’action du Pr Henri Joyeux. En France la couverture vaccinale n’est plus que de l’ordre de 80 %. Or il faudrait une population vaccinée à 95 % pour prévenir toute épidémie. Comment remonter le courant ?

« Marisol Touraine devrait dire sous peu quelles suites elle entend donner aux recommandations formulées au terme de la consultation nationale sur la vaccination » écrivions-nous lors de l’épisode de Moselle. Passer, ou pas, au stade de l’obligation vaccinale ? Le temps passe, et rien n’est dit. Encore un peu et il sera trop tard.

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Post-vérité : cinq ans après, savez-vous pour qui les médecins français s’apprêtent à voter ?

 

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La campagne électorale ? Mélenchon remonte… Fillon s’enferme… Indécisions sans précédent… tentations pour les extrêmes… Instituts de sondage qui, inoxydables, transforment en statistiques l’impalpable…

Peut-on encore, dans ces brouillards, se fonder sur les catégories socio-professionnelles traditionnelles ? Et si oui peut-on tenter d’évaluer ce que sera le vote du corps médical – du moins du corps médical dans sa fraction libérale ? Si oui, voici un résultat :

François Fillon (avec 1 point d’avance) et Emmanuel Macron sont « les candidats » des médecins libéraux à un mois de la présidentielle. À eux deux, les champions de LR et d’En marche ! totalisent 71 % des intentions de vote de la profession au premier tour. Ce sont les résultats d’un sondage effectué pour Le Quotidien du Médecin 1.

Ceci situe les deux hommes bien plus haut que ce que leur promettent aujourd’hui l’ensemble des Français (44 % des voix pour leurs deux têtes), et les porte également à un niveau qui, dans les enquêtes politiques menées par l’Ifop et Le Quotidien,  n’avait pas été atteint depuis dix ans par les forces conjuguées des centristes, UMP (puis LR) et divers droite : en 2012, seuls 56,5 % des médecins annonçaient voter dans ces « familles » ; en 2007, la dynamique Sarkozy leur assurait 77 % d’intentions de vote.

Cinq ans avec Marisol Touraine

Ainsi donc, au sein de ce duo gagnant, François Fillon est encore à 36 % d’intentions de vote. Quant à Emmanuel Macron il lévite et marche sur l’eau, dix coudées plus haut chez les médecins chez tous les électeurs confondus : il semble rassembler derrière lui les deux tiers des médecins déçus du hollandisme et une petite frange (15 %) de sarkozystes qui le choisissent plutôt que François Fillon. Pourquoi ? Comment ? Vers où ? Les algorithmes ne le disent pas.

« Le peu d’amour des médecins pour Marine Le Pen ne se dément pas, observe Le Quotidien. Quand la fibre FN des Français se gonfle (25 % d’intentions de vote au premier tour), les praticiens ne suivent pas le mouvement. Ils restent aux lisières du vote d’extrême-droite : les 5 % affichés aujourd’hui rappellent les 4 % de 2002, 2 % de 2007, 6 % de 2012. Les médecins qui, à droite, ne sont pas/plus tentés par Fillon se tournent plus volontiers que le reste de la population vers les candidats « souverainistes » (5 % contre 0,5 %). »

En revanche, l’effondrement du château-fort socialiste  – et plus largement l’émiettement de la « gauche de gouvernement » – trouve les mêmes résonances chez les médecins que chez l’ensemble des Français : 8 % de praticiens prêts à voter Benoît Hamon contre 30 % qui ralliaient François Hollande et Eva Joly en 2012. On peut voir là, aussi, un effet des rapports plus que compliqués, souvent passionnels, jamais apaisés, entretenus entre le corps médical et Marisol Touraine au cours des cinq dernières années. Cinq années longues et riches ; une étrange histoire qui restera bientôt à écrire.

A demain

1 Étude réalisée par l’Ifop pour Le Quotidien  : l’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 370 médecins inscrits sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 400 médecins libéraux, représentatif de la population des médecins libéraux exerçant en France métropolitaine (méthode des quotas après stratification par région et catégorie d’agglomération).

 

 

Dernières vérités chiffrées sur les agressions dont sont victimes les médecins français

 

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C’était, ce matin, une exclusivité du Quotidien du Médecin (Henri de Saint Roman). Une exclusivité vite relayée par le Conseil national de l’Ordre des médecins. Elle prend la forme d’un bulletin chiffré venu d’un front que nul ne sait identifier, de zones d’insécurité mouvantes, d’une nouvelle réalité des quartiers et des cités.

L’erreur serait ici de trop noircir ce qui nous est livré. Pour autant ce bulletin dit bien le malaise croissant et, si l’on peut utiliser le mot, la forme de désacralisation de l’espace et du geste médical. Il dit aussi l’impossibilité désormais chronique du politique à peser sur cette réalité pour la prévenir. Il exprime aussi la nécessité d’un renouveau, d’un sursaut solidaire qui reste à imaginer.

Document ordinal :

« L’Ordre des médecins publie aujourd’hui les résultats de l’Observatoire de la sécurité des médecins en 2016. 968 incidents ont été déclarés en 2016. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de cet Observatoire.  Dans ce contexte préoccupant, et comme en 2015, 56% des incidents n’entraînent cependant pas de suites légales, proportion la plus élevée depuis la création de l’Observatoire

« L’Observatoire de la sécurité s’est basé en 2016 sur 968 fiches de déclarations d’incidents. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de l’Observatoire, et d’un nombre qui reste nettement supérieur à la moyenne constatée (741 déclarations d’incidents par an). Depuis 2010 est observée une stabilité globale élevée. Les départements les plus touchés sont les Bouches-du-Rhône (68 incidents) et le Nord (59 incidents). L’on constate également une recrudescence importante des déclarations en Seine-Saint-Denis (49 déclarations, contre 27 en 2015).

« La surreprésentation des généralistes parmi les médecins déclarant s’accentue par ailleurs depuis 2012, et est demeurée en 2016 au même niveau record qu’en 2015 : les généralistes représentent 65% des déclarants, alors qu’ils ne représentent que 45% des praticiens. »

Crachats

Il faut ajouter que ces chiffres regroupent les agressions verbales et menaces (majoritaires) les agressions physiques, les vols et tentatives et les actes de vandalisme. L’agresseur est le patient dans un peu plus d’un cas sur deux, un accompagnant ou une tierce personne. Une arme a été utilisée dans 2 % des agressions. Les  violences physiques sont majoritairement des coups et blessures, des crachats au visage.

Quant à « l’élément déclencheur » de l’ « incivilité » il est souvent d’une redoutable banalité. Trois cents incidents sont nés d’un reproche sur une prise en charge, cent-cinquante faisaient suite à un refus de prescription, une centaine avait trait à une demande de falsification de certificat et une autre centaine résultait d’un temps d’attente jugé excessif.

A demain