« Vus du foie », les propos d’Agnès Buzyn sur les services d’hépatologie ne passent pas

 

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Dos à la Tour Eiffel illuminée, Emmanuel Macron n’est pas tombé dans le piège de l’hépatite C. Avait-il in extremis été conseillé par la Santé ? Une curieuse histoire initiée par Agnès Buzyn qui en est aujourd’hui l’arroseuse arrosée.

Rappel : lors d’un entretien accordé à Libération, Agnès Buzyn tenait à expliquer comment on pouvait désormais en France « économiser » des lits hospitaliers. Elle avait alors trouvé judicieux de prendre en exemple les services d’hépatologie :

Agnès Buzyn : « Il y a des secteurs hospitaliers qui sont en surchauffe comme les urgences, mais il y a aussi des services en sous-activité. Regardez en hépatologie, on soigne et on guérit des hépatites avec des médicaments sans hospitaliser les malades ; il y a donc des lits qui devraient basculer.»

Puis la ministre repris cette image de la vacuité des services d’hépaologie. Nous demandâmes alors ce qu’en pensaient les premiers concernés. Réponse de Patrick Favrel, contributeur du rapport de recommandations 2014 sur la prise en charge des personnes infectées par les virus des hépatites B ou C.

« Pour un scoop c’en est un ! Même au temps du seul Interféron, les patients atteints d’une hépatite C n’étaient pas hospitalisés. Sur les 8 000 à 12 000 traitements en bi-thérapie idem. Pour les anti-protéases de 1ère génération (bocéprévir/télaprévir) accumulant les effets secondaires et le recours à l’EPO et les culots de sang, au pire, on était en ambulatoire.

« Alors d’où vient cette fable qui d’ailleurs ne peut s’appuyer sur aucune donnée épistémologique fiable & récente ? On ne connaît même pas le nombre exact de cancer du foie (natif or not, ni le nombre de décès).
Elle reposerait sur les patient.e.s avec cirrhose décompensée, cancer du foie, ascite, encéphalopathie qui sont arrivé.e.s en soins intensifs parce que dépisté.e.s plus que tard et les transplantations.

Près de 80 000 personnes sont malades chroniques du VHC sans le savoir. Et ce n’est pas avec les budgets débloqués pour le dépistage, les TROD & le matériel de prévention de RDR pour les usagers injecteurs & crackers que les choses vont s’arranger. »

Trouver d’autres lits à « basculer »

Les propos de la ministre de la Santé Agnès Buzyn ont également été particulièrement mal reçus par les hépatologues français, réunis à Paris le 11 avril à l’ouverture du congrès international du foie (International Liver Congress 2018). Le secrétaire général de l’Association Française pour l’Etude du Foie (AFEF), le Pr Christophe Bureau (service d’hépato-gastroentérologie au CHU de Toulouse), cité par Le Quotidien du Médecin  :

 « Les patients hospitalisés ne sont pas des patients atteints d’hépatite C. Les données PMSI sont invariables depuis une dizaine d’années : la majorité des patients hospitalisés dans les services d’hépato-gastroentérologie sont des patients avec une cirrhose nutritionnelle décompensée, c’est-à-dire des patients avec des consommations d’alcool mais aussi des facteurs de risque métabolique. »

Pour le Pr Bureau, l’hépatite C est un motif de consultation et non d’hospitalisation, et l’élimination virale espérée pour 2025 ne devrait pas impacter les taux d’hospitalisation pour des motifs tels que les hémorragies digestives par rupture de varices œsophagiennes ou les cirrhoses alcooliques.

« Si on supprime des lits, ces patients-là devront être traités ailleurs, en hématologie par exemple, car il faudra de toute façon les hospitaliser. Les malades souffrant de cirrhoses nous arrivent en urgence et restent une dizaine de jours, on n’est pas dans une démarche de savoir si on peut faire une opération en ambulatoire. On les garde parfois un peu longtemps car on a des problèmes d’aval, mais ce flux de patient reste constant car nous n’avons pas en France une politique forte de réduction des risques. »

En avoir le cœur net ? L’AFEF prépare un document qui reprendra les chiffres actuels des motifs d’admission en hospitalisation. Sans doute Agnès Buzyn devra-t-elle alors cherche ailleurs des lits à « basculer ».

A demain

Alcool, gastronomie et espérance de vie : nouvelle dimension de l’équation d’Emmanuel Macron

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Palais de Chaillot. Un mot sur le tabagisme (silence sur la cigarette électronique) et rien sur la lutte contre l’alcoolisme. Pour le reste, plus qu’évasif sur la crise majeure de l’hôpital public et la désespérance des EHPAD. Sur le front de la « santé » Emmanuel Macron n’a guère été bousculé, hier, par les deux journalistes-hommes-blancs-de-plus-de-60 ans qu’il avait choisis pour l’interroger face à la Tour Eiffel illuminée. Une étrange rencontre qualifiée de « physique » et de « virile » (de « combat de coqs, d’ego et d’ergots »). Une rencontre faire-valoir qui, déjà, semble destinée à se renouveler chaque année.

Rien, donc sur le conflit ouvert qui, sur le vin français, oppose depuis deux mois le président de la République et sa ministre de la Santé – et, par voie de conséquence, cette dernière au ministre de l’Agriculture. Une opposition politique et sanitaire qui fait malheureusement l’économie du rôle et de la responsabilité des grands alcooliers industriels. Et, à ce titre, une équation mal posée à laquelle il faut ajouter de nouvelles données publiées dans The Lancet :  « Risk thresholds for alcohol consumption: combined analysis of individual-participant data for 599 912 current drinkers in 83 prospective studies ». Une étude reprise par la BBC (Alex Therrien) et repérée par Slate.fr. (Léa Polverini).  Sans oublier Le Quotidien du Médecin.

Laxisme

Il s’agit, pour résumer, d’une vaste méta-analyse dirigée par le Dr Angela Wood (service de santé publique et soins primaires à l’Université de Cambridge, Royaume-Uni) et qui porte sur près de 600 000 consommateurs réguliers de boissons alcooliques (quatre-vingt trois études prospectives menées dix-neuf pays à haut revenu). On sait que que le niveau maximal de consommation « sans danger exagéré » est officiellement de 100 grammes d’alcool pur par semaine – soit 10 verres « standard » (25 cl de bière, 10 cl de vin, ou 3 cl d’alcool fort). Et ce alors que plusieurs pays européens ou américains fixent des seuils bien plus laxistes.

Dans ce travail ( 5,4 millions de « personnes-années ») la moitié des participants fait état d’une consommation d’alcool supérieure à 100 g par semaine – et, pour 8,4 %, de plus de 350 g. Les auteurs établissent une association claire entre la consommation d’alcool et la mortalité prématurée. À partir de 100 g d’alcool par semaine, le risque de mourir d’AVC, de maladie coronaire (à l’exception de l’infarctus du myocarde), d’arrêt cardiaque, de cardiopathie hypertensive, et d’anévrisme aortique augmente avec la consommation. Ce qui peut s’expliquer par les effets de l’alcool sur l’élévation de la pression sanguine et sur des facteurs liés aux taux élevés de lipoprotéines de haute densité cholestérol (HDL-C).

« A partir de 40 ans, on diminue son espérance de vie de six mois en consommant de 100 à 200 g d’alcool par semaine, d’un à deux ans avec 200 à 350 g, et de quatre à cinq ans avec plus de 350 g. À l’échelle de la population, il faudrait descendre sous le seuil de 100 g d’alcool par semaine pour voir l’espérance de vie augmenter jusqu’à 2 ans » résume Le Quotidien.

Efforts

Les auteurs estiment que l’Italie, le Portugal et l’Espagne devraient réduire de moitié les seuils fixés dans leurs recommandations et appellent les États-Unis (où la limite pour les hommes est fixée à … 196 g/semaine ), le Canada ou la Suède à faire des efforts. On peut aussi citer la Belgique (21 verres par semaine pour les hommes, 14 pour les femmes) ou la Suisse (10 à 15 verres par semaine pour les hommes).

Et la France ?  Actuellement, les repères définis par la Haute Autorité de Santé, reprise par la Société française d’alcoologie, suite à une préconisation du Programme national nutrition santé (PNNS) sont : jamais plus de 4 verres par occasion pour l’usage ponctuel, pas plus de 21 verres/semaine pour l’usage régulier chez l’homme et pas plus de 14 verres/semaine chez la femme. Mais Santé Publique France a, depuis, diffusé en mai 2017 une nouvelle recommandation préconisant 10 verres par semaine maximum.

Les experts à l’origine de cette recommandation soulignent que ces nouveaux repères de consommation « ne sont pour eux qu’un élément d’un discours public unifié qui se veut prévenir les risques liés à la consommation d’alcool tout en ne niant pas les intérêts économiques associés ». « Pour être cohérent, écrivaient-ils, ce discours doit également être lié à des actions sur la fiscalité, sur la disponibilité des produits et leur promotion, ainsi que des actions d’éducation, de communication et de marketing social. »

C’était il y a un an. On sait, depuis, que le président de la République a décidé que la loi Evin, détricotée par son prédécesseur, ne serait pas retricotée. Et l’on attend du gouvernement la solution qui ne niera pas les intérêts de la viticulture française tout en prévenant, en même temps et autant que faire se peut, les risques de dépendance à l’alcool.

A demain

 

 

Homéopathie : Agnès Buzyn a créé l’événement avec #demandetonremboursement

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C’était une information de poids distillée en quelques secondes et qui, aujourd’hui, ruisselle en cascade, grossit les rivières, suscite au choix l’ire ou l’hilarité. Avec cette question : une bourde à coup sûr, mais une bourde volontaire ou pas ?

Rappel : invitée le jeudi 12 avril 2018 de la matinale RMC/BFM TV, Agnès Buzyn a traité d’une question essentielle  quant à la place du rationnel en médecine et, plus largement, dans notre système de protection sociale et de solidarité nationale : continuer ou pas à rembourser l’homéopathie ?

L’homéopathie continuera à être remboursée a, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ».

Ce fut, aussitôt, un embrasement sur les réseaux sociaux. Moins sur la question des spécialités homéopathiques (« cette eau diluée dans le l’eau » disent les rationalistes) que sur les prolongements que l’on peut faire à partir de ce raisonnement.

Dans la foulée le hashtag, #demandetonremboursement a été créé dans la foulée par @JeSuisBigPharma, un compte satirique  sur Twitter :

« J’adore ce nouveau jeu. Voici les règles: – Trouve une activité ou un produit qui te fait du bien et qui n’est pas dangereuse. – Explique le à @agnesbuzyn. – Demande comment on procède pour obtenir le remboursement – Ajoute le hashtag #DemandeTonRemboursement »

La lecture en est réjouissante, parfois acidulée :

« Citron Alcalin  🍋‏ @CitronAlcalin

Rebonsoir @agnesbuzyn, j’ai un partenariat avec différentes marques de sirop (Monin, Teisseire…) qui font beaucoup de bien aux gens sans que ce soit nocif. Serait-il possible d’avoir un remboursement ? C’est surtout du sucre mais vous avez l’habitude. #DemandeTonRemboursement »

 Parfois acerbe :

 « Sophie 👩‏ @orthosophie

#DemandeTonRemboursement @agnesbuzyn je fais des Pilates chaque semaine afin de rester zen face à mes patients et leur prodiguer la même qualité de soins tt au lg de l’année. ça m’évite aussi d’être violente à votre égard, étant donné le mépris que vs m’opposez. Vous remboursez ? »

 Parfois floral et politique :

« tellinestory‏ @tellinestory

Chère @agnesbuzyn, j’ai semé des cosmos et des tournesols. Ce n’est pas nocif, ça me fait beaucoup de bien et ce n’est même pas cher. J’en ai eu pour 3€75. J’accepte le remboursement à 35% même si je déplore qu’en Alsace il puisse atteindre 90%. #DemandeTonRemboursement »

 La liste ne cesse de s’allonger. Chacun peut participer : cinquante ans après l’imagination est à nouveau au pouvoir !

A demain

 

Homéopathie : un banal « placebo » qui restera remboursé par la collectivité (Agnès Buzyn)  

Bonjour

C’est une information de poids qui tient en quelques lignes. Invitée ce jeudi 12 avril 2018 de la matinale RMC/BFM TV, Agnès Buzyn a fait le point sur plusieurs chantiers sensibles – dont l’homéopathie.

Jean-Jacques Bourdin (et non Edwy Plenel) a interrogé la ministre des Solidarités et de la Santé sur la question de sa prise en charge par la collectivité. Une affaire financière autant que symbolique quant à la place du rationnel thérapeutique dans notre communauté.

Virulence

On se souvient que dans une publiée par Le Figaro le 19 mars, des médecins s’en étaient pris avec virulence à l’homéopathie. D’autres praticiens, plus que favorables à cette pratique, ont répliqué en portant plainte devant l’Ordre des médecins contre leurs confrères signataires.

Continuer à rembourser ou pas ? L’homéopathie continuera à être remboursée a, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ».

Voilà, tout est dit. Mme Buzyn précise que parmi les médecines « non conventionnelles » l’homéopathie est « aujourd’hui  la seule à être remboursée ». On peut raisonnablement se demander pourquoi tant il existe de pratiques auxquelles les Français sont attachés, pratiques qui peuvent éviter le recours à des procédés allopathiques toxiques – et qui ne font pas de mal.

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Traumatismes crâniens : quand les sports violents augmentent le risque de démence

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Il y a quelques années déjà un lien entre traumatismes crâniens (TC) répétés et augmentation du risque de maladie neurodégénérative avait été suspecté. On s’intéressait alors aux pratiquants professionnels de certains sports « de contact » (boxe, football américain et hockey sur glace notammen) ou à certains vétérans rentrés de théâtres de violents conflits armés. Quelques polémiques surgirent avant que le sujet ne soit abandonné. Pas assez d’effectifs, expliquaient les statisticiens, pour établir une relation de causalité.

Le sujet réapparaît aujourd’hui et de nouveaux argument devront être trouvés pour réfuter un tel lien : une vaste étude publiée dans The  Lancet Psychiatry établit que le risque de démence augmente avec le nombre et la sévérité des traumatismes crânien : « Long-term risk of dementia among people with traumatic brain injury in Denmark: a population-based observational cohort study ».

Ditigée par le Pr Jesse R Fann (Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, University of Washington, Seattle) et financée par la Fondation Lundbeck cette étude a  été menée sur une cohorte danoise (près de 2,8 millions de personnes, pour un total de 27 632 020 personnes-années). Elle établit que les personnes ayant subi un TC ont un risque de démence augmenté de 24 %, et un risque spécifique de maladie d’Alzheimer augmenté de 16 %. Le risque est aussi augmenté (17%) même quand il s’agit d’un TC de sévérité moyenne (commotion cérébrale), avec une augmentation de 17 %.

L’Equipe et Midi Olympique

Cette étude est la première du genre à étudier ce phénomène sur un temps aussi long et sur un effectif de cette taille.  à suivre pendant un temps long un échantillon de taille suffisante. Entre 1977 et 2013, 4,7 % des 2,8 millions de personnes de la cohorte ont subi au moins un TC. Et entre 1999 et 2013, chez environ 4,5 % des personnes de plus de 50 ans on a vu apparaître une démence. Eélément plus que troublant : le risque augmente avec le nombre de TC, de 22 % avec un seul TC, jusqu’à 183 % (près de trois fois plus) avec cinq TC ou davantage.

D’autre part, plus la personne subit un TC tôt dans sa vie, plus le risque de démence s’élève. Et les auteurs montrent que les personnes qui ont été victimes des fractures traumatiques en dehors de la tête et du cou ne présentent pas de sur-risque de démence.

 « Il est important de signaler que même si le risque relatif de démence augmente après un TC, le risque absolu reste faible, souligne le Pr Fann. Nos résultats ne signifient pas du tout que toutes les personnes qui ont subi un TC vont développer une démence plus tard. Il suggère toutefois que des programmes de prévention des TC pourraient permettre de réduire le poids de la démence dans le monde.»

Pour l’heure le sujet a intéressé la BBC et Le Quotidien du Médecin. Il ne serait pas inutile de le voir traité, largement, dans L’Equipe et Midi Olympique.

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La tragédie Vincent Lambert rebondit : va-t-on avoir recours à la pratique de l’euthanasie ?

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Dix ans de coma profond et une tragédie qui toucherait à sa fin ? Le CHU de Reims s’est prononcé, lundi 9 avril, en faveur d’un « arrêt des traitements » de Vincent Lambert. C’est une information qui provient « de sources concordantes ».

La décision aurait, in fine,  été prise par le Dr Vincent Sanchez, spécialiste de gériatrie et de soins palliatif – et ce  « à l’issue d’une procédure collégiale d’environ cinq mois » qui a conclu à une « obstination déraisonnable » envers ce patient tétraplégique. C’est la « décision qui s’imposait », s’est aussitôt félicité François Lambert, neveu de Vincent auprès de différents médias. Médias qui l’ont aussitôt cité.

« C’est un maintien artificiel en vie, il y a un corps qui souffre, le médecin le dit. Ça veut dire qu’on n’est pas sûr que Vincent ne ressent pas la souffrance. Il est possible, il est envisageable que Vincent vive un calvaire depuis cinq ans. »

 

L’honneur de la médecine

Moins de citations, en revanche, dans les mêmes médias, pour le camp opposé. « Les amis de Vincent Lambert » réunis dans son comité de soutien viennent de dénoncer une « décision scandaleuse d’euthanasie » prise par le Dr Sanchez du CHU de Reims consistant à suspendre son alimentation et son hydratation:

« Des médecins, chefs de services et spécialistes de la prise en charge des patients en EVC /EPR (patients en état végétatif et pauci-relationnel) avaient pourtant montré à l’hôpital de Reims que la situation de Vincent Lambert est positive, qu’il respire de manière autonome, que son état général est stable et qu’il ne relève pas d’une obstination déraisonnable. Vincent Lambert n’est ni sans conscience ni sans relation. On ne peut donc absolument pas dire de sa vie qu’elle est simplement végétative. Ces médecins qui n’ont pas pu rester silencieux et ont défendu Vincent sont l’honneur de la médecine. »

Selon eux « prendre aujourd’hui la décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent revient à le mettre à mort alors que plusieurs établissements sont prêts à le prendre en charge ». « Au delà de Vincent, cette grave décision aura des répercussions sur des centaines de patients dans le même état ».

Pour l’heure une question : qui, concrètement, appliquera cette « décision médicale collégiale » ? Et quand ? Les parties défavorables à cette décision – les parents de Vincent Lambert – ont dix jours pour déposer un recours – délai au-delà duquel l’équipe médicale pourra mettre en place l’arrêt des traitements.

A demain

Médecine, violences et agressions croissantes : dès demain des cabinets vidéo-surveillés ?

 

Bonjour

C’est un reflet de notre époque que publie, chaque année depuis 2003 l’Observatoire de la sécurité des médecins. Avec, pour 2017, un triste record : pour la première fois plus d’un millier « d’incidents » recensés  agressions verbales et physiques, menaces, vols ou dégradations. Plus d’un millier au minimum, rien n’imposant au médecin de déclarer qu’il a été agressé, menacé ou victime d’un vol.

« Les généralistes restent de loin les premières victimes de ces violences, résume Le Quotidien du Médecin (Elsa Bellanger) qui reprend dans le détail les chiffres établis par l’institution ordinale.  Ils sont ainsi à l’origine de 61 % des déclarations – alors qu’ils ne représentent que 44 % de la profession. Chez les spécialistes, les praticiens les plus touchés sont, comme en 2016, les ophtalmologues (58 incidents soit 6 % des déclarations), les psychiatres (33 incidents soit 3 % des cas) et les dermatologues (25 incidents, 2 % des déclarations). »

Signe des temps l’Ordre s’inquiète également de la « progression préoccupante » des incidents relayés par les médecins du travail. Toutes spécialités confondues, les femmes sont surreprésentées parmi les victimes : elles ont déclaré 51 % des incidents (46 % en 2016), alors qu’elles ne représentent que 47 % de la profession médicale. « Le fait qu’elles soient de plus en plus nombreuses dans la profession ne suffit pas à expliquer l’augmentation des violences dont elles sont victimes et parfois la cible en tant que femmes », souligne la CSMF. Le syndicat ne donne toutefois pas d’explication.

Singuliers colloques

En pratique les agresseurs sont en majorité des patients (50 %) ou des personnes accompagnant le patient (16 %). Dans 1 % des cas, il s’agit d’un collègue ou d’un collaborateur… Les agressions ont lieu principalement en milieu urbain, en centre-ville (53 % des cas) ou en banlieue (21 %), dans le cadre d’un exercice de médecine de ville (76 % des déclarations). Principaux événements recensés : agressions verbales et menaces (62 %) mais les vols ou tentatives de vols (ordonnances et ordonnanciers, tampons professionnels, sacs à main, argent). « Dans 2 % des cas, l’agresseur utilise une arme – couteau ou un cutter le plus souvent, mais aussi des cailloux, une canne ou une hache (cas unique)… note Le Quotidien. Dans 7 % des déclarations, l’agression a entraîné une interruption de travail.

Signe des temps, encore, et de l’évolution du « colloque singulier » : les principaux motifs avancés relèvent souvent de l’exercice médical : un reproche sur la prise en charge (29 %), un refus de prescription de médicament ou d’arrêt de travail (14 %) ou encore un temps d’attente jugé excessif (10 %). Les vols et la falsification de document (ordonnance, certificat, etc.) motivent respectivement 22 % et 10 % des vols. Plus rarement, on trouve une contestation de décision médicale ou le refus de payer la consultation.

Massacres hospitaliers

Et après ? Aucune suite n’est donnée dans la majorité des cas (52 %). Seuls 10 % des incidents donnent lieu au dépôt d’une main courante. Regrettant ces taux trop faibles, l’Ordre appelle « chaque médecin victime d’une agression à engager des procédures adéquates auprès des autorités et à le signaler à l’Ordre afin qu’il puisse s’y associer ».

Et ensuite ? Le syndicat CSMF dénonce ces « situations inadmissibles » et en appelle aux pouvoirs publics : « combien faudra-t-il de médecins agressés, blessés, voire tués, pour que les pouvoirs publics réagissent ? ». Il en appelle à Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur et réclame des mesures concrètes : la reconnaissance prioritaire des numéros de téléphone des cabinets et des médecins par les services de police ou de gendarmerie ; a sécurisation des cabinets médicaux par l’installation de caméras de vidéosurveillance à proximité sur la voie publique ; l’aide publique pour l’installation de caméras de vidéosurveillance dans les salles d’attente, et de boutons d’alarme dans les cabinets. »

Pour la CSMF cette insécurité croissante est un facteur aggravant qui décourage encore plus les jeunes médecins de s’installer en libéral. L’exercice hospitalier est-il moins exposé aux violences et autres harcèlements ? On peut en douter en refermant « Hôpitaux en détresse, patients en danger. Arrêtez le massacre ! » des Prs Philipe Halimi et Christian Marescaux 1. Ce réquisitoire hors collection vient d’être publié par Flammarion. Nous y reviendrons.

A demain

1 A découvrir également la web-série « Hôpital à la dérive, patients en danger » visible sur https://passeurdalertes.org/ « Deux ans d’enquête pour comprendre ce qu’il se passe dans nos hôpitaux publics au bord de l’implosion. Maltraitance institutionnelle, souffrance des soignants, suicides, burn-out, mise en danger des patients, telles sont les conséquences des politiques menées à l’hôpital public. »