Grosse ire ordinale après l’essai clinique sauvage de l’abbaye de Sainte-Croix de Saint-Benoît

Bonjour

On croyait avoir tout dit. C’était compter sans le Conseil national de l’Ordre des médecins. Ce dernier vient de publier un communiqué intitulé « Essais cliniques menés sans autorisation ». Où l’on apprend qu’en juin 2019, le Conseil départemental de la Vienne avait porté plainte pour « exercice illégal de la médecine » après la découverte « d’un essai clinique conduit illégalement sur des patients atteints notamment des maladies de Parkinson et d’Alzheimer ». Essai qui, Ordre dixit, « suscite une indignation et une colère légitimes » ordinalement pleinement partagée.

Ainsi donc le Conseil départemental de la Vienne de l’Ordre des médecins, ayant été alerté par des médecins et les autorités sanitaires, avait en juin 2019 porté plainte auprès du procureur de la République à l’encontre de M. Jean-Bernard Fourtillan pour exercice illégal de la médecine. Pourquoi ne l’apprend-on que maintenant, après l’annonce de la descente de la police sanitaire sur les berges du Clain ? Pourquoi avoir tant attendu 1 ?

« L’Ordre des médecins, à tous ses échelons et en lien avec les autorités judiciaires et sanitaires, sera extrêmement attentif à l’avancée de l’enquête judiciaire en cours, nous dit-on. Il poursuivra tout médecin qui, ayant participé à ces faits, contreviendrait à ses obligations déontologiques. Cette affaire fera d’ores et déjà l’objet d’un examen lors de la session plénière du national des 3 et 4 octobre. » On peut penser que le Pr Henri Joyeux sera, une nouvelle fois, cité. Et que cette remarquable vidéo, réunissant le pharmacien Fourtillan et le médecin Joyeux, sera analysée.  

A demain @jynau

1 La chronologie des faits, selon Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb)

Fin 2018 : plusieurs patients interpellent l’association France Parkinson, affirmant avoir reçu des demandes de dons de la part du Fonds Josefa, en vue du développement d’un traitement des maladies neurodégénératives par la valentoline.

Mai 2019 : France Parkinson alerte l’ANSM suite à la découverte de formulaires, remis à des patients parkinsoniens participants à l’étude du Fonds Josefa, présidé par le Pr Jean-Bernard Fourtillan. Il y est fait mention d’un essai sur un patch transdermique indiqué dans Alzheimer, Parkinson, est trouble du sommeil, la dépression, etc.

13 juin : l’ANSM convoque le Pr Fourtillan pour une audition le 19 juin. Ce dernier refusera, contestant par courrier la qualification d’essai clinique.

Du 3 au 5 septembre : l’ANSM procède à une inspection dans un laboratoire chargé d’analyser les prélèvements des participants. Ils y trouvent les preuves de l’existence d’un essai non autorisé.

19 septembre : L’ANSM demande au Pr Fourtillan de cesser immédiatement l’essai et d’informer chaque participant de cette interdiction.

Nouvelles lumières sur l’essai clinique sauvage de l’Abbaye de Sainte-Croix à Saint-Benoît

Bonjour

Faire la lumière. Nous sommes moins d’une semaine après l’étrange révélation, fortement médiatisée, de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Et plusieurs éléments nouveaux éclairent l’ « essai clinique sauvage » mené au sein de l’abbaye de Sainte-Croix à Saint-Benoît, près de Poitiers (Vienne). Grâce notamment au travail mené localement par FR3 Nouvelle Aquitaine (V.P. avec Antoine Morel et François Bombard).

Rappel : cet essai clinique mené sans autorisation de l’ANSM concernait des personnes souffrant de maladies de Parkinson ou d’Alzheimer (ou de « troubles du sommeil »). Il avait été organisé par une structure baptisée « Fonds Josefa » domiciliée à Poitiers.

« Cette structure, précise FR3, a été créée en 2015 avec pour objectif de financer des travaux de recherche de Jean-Bernard Fourtillan, pharmacien mais aussi ingénieur chimiste dont le cursus et les expertises sont détaillés sur le site du Fonds Josefa. Le conseil d’administration du Fonds Josefa est composé de neuf membres, dont les profils sont aussi mis en ligne. Ils sont pharmaciens, ingénieur, cancérologue, professeur émérite de la faculté de médecine, cardiologue , docteur en droit et avocat. »

Parmi eux, ajoute FR3, un ancien professeur du CHU de Poitiers et un médecin en exercice au CHU et à la Polyclinique que l’une de ses équipes a pu joindre par téléphone. Témoignage anonyme : «  Si ces produits apportent un plus et permettent de transformer un Parkinson qui est au fauteuil, qui se remet à marcher et à vivre à peu près correctement, si ça agit de façon bénéfique mais ça, on ne le sait pas encore dans l’Alzheimer, ce sont des travaux futurs qui seront menés dans les facultés. »

Interrogé sur l’organisation du Fonds Josefa, le CHU de Poitiers explique dans un courriel ignorer l’engagement de ce médecin et n’avoir aucun lien avec cette affaire. Selon le CHU la participation de ce professionnel au fonds mis en cause pour des essais cliniques, relève d’un engagement individuel.

La lettre ouverte à Agnès Buzyn

Il faut aussi compter avec la lettre ouverte du Pr Jean-Bernard Fourtillan – lettre adressée au Directeur général de l’ANSM et à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Les Professeurs Jean-Bernard FOURTILLAN et Henri JOYEUX (Professeur de Pharmacie, Professeur de Médecine) ont décidé en 2015 d’unir leurs efforts pour faire connaître au grand public, en même temps qu’aux Professionnels de santé et aux Chercheurs, une découverte essentielle et les médicaments en cours de préparation qui en découleront. La découverte concerne deux hormones physiologiques (naturelles) sécrétées par la glande pinéale située dans le cerveau : – La Valentonine (hormone du sommeil et de la nuit), découverte par JB Fourtillan en 1994 – Le 6-Méthoxy-Harmalan (hormone de la vigilance et du jour), découverte par W.M.Mac Isaac en 1961

« Ces deux hormones assurent la régulation totale des vies psychiques et végétatives de l’organisme pendant une journée de 24 heures. Cette découverte a permis de comprendre, pour la première fois, les mécanismes, totalement inconnus auparavant, des troubles du sommeil, des dépressions nerveuses et des maladies neurodégénératives de Parkinson et d’Alzheimer. Parce que ces affections sont dues à une insuffisance des sécrétions pinéales nocturnes de ces deux hormones régulatrices, leur administration par patchs transdermiques, pendant la nuit, permet de traiter efficacement ces maladies. C’est dans ce cadre que 402 personnes, dont les Professeurs Fourtillan et Joyeux, atteintes d’une de ces affections, ont librement décidé de se soigner. »

On ajoutera que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a indiqué à l’AFP avoir reçu « trois signalements, entre novembre 2018 et février 2019 », ayant permis d’avertir les autorités concernées.  Selon ces signalements, « trois soirées, sur trois lieux différents » ont été organisées « pour des professionnels de santé » susceptibles d’avoir parmi leurs patients des personnes atteintes des maladies neurologiques concernées. Anne Josso, secrétaire générale de la Miviludes précise que pour ces malades « des patchs circulaient sous le manteau, vendus au prix de 1.500 euros ». L’objectif assumé était de « lever des fonds pour le financement d’un médicament en cours de développement » – et ce « pour le fonds Josefa ».

Er maintenant ?

« L’essai de ces patchs, soutient le Pr Fourtillan dans Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) n’est pas un essai clinique, au sens réglementaire du terme, qui doit être soumis à l’aval de l’ANSM parce qu’il n’est pas effectué avec un médicament. En témoigne l’emballage des patchs, fabriqués par la société allemande Gen-Plus qui comporte la mention « Technical sample. Not for human use », ce qui signifie« qu’il ne s’agit pas d’un « médicament » et que son utilisation est de l’unique responsabilité des 402 personnes. Ainsi les reproches formulés par l’ANSM dans sa décision sus-mentionnée sont sans fondement. Le test en question est effectué en toute légalité ».

Un argument jugé irrecevable par l’ANSM, contactée par Le Quotidien  : « au même titre que des patchs nicotiniques ou l’implant Mirena, ces patchs sont considérés comme des médicaments et doivent être traités comme tels d’un point de vue réglementaire ».

Le Pr Fourtillan paraît  déterminé à poursuivre son essai, comme semblent le confirmer les témoignages recueillis par le Pr Philippe Damier (CHU de Nantes), neurologue et vice-président du comité scientifique de l’association France Parkinson, qui a lancé l’alerte en mai dernier.  L’ANSM assure que si le Pr Fourtillan ne se plie pas à sa décision de justice sanitaire c’est le pôle santé du parquet de Paris (d’ores et déjà saisi)qui  prendra le relais. « L’Agence n’a pas de droit de perquisition, en dehors des inspections comme celle réalisée dans le laboratoire impliqué dans l’étude. Il nous est donc impossible d’inspecter l’abbaye de Sainte-Croix dans laquelle les patients ont été accueillis, et de saisir les listes de patients ou les patchs », explique l’ANSM.

Convoqué en juin dernier, le Pr Fourtillan ne s’est pas rendu dans les locaux de l’ANSM. Il sait que mener un essai clinique sans autorisation constitue une infraction, au titre de l’article L.1121-1 du code de santé publique, et est passible de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison. Il sait aussi que l’Académie nationale de Pharmacie « s’est insurgée des propos fallacieux du Professeur Henri Joyeux sur France Inter faisant allusion à une « publication de ses recherches à l’Académie nationale de Pharmacie. » :

« Le Pr Fourtillan a effectivement présenté à l’Académie ses travaux sur ‘’la glande pinéale et le système veille-sommeil – applications thérapeutiques’’ le 2 décembre 2015 ; cependant, cette présentation a fait immédiatement l’objet d’une critique virulente des Académiciens présents dans l’auditoire, comme il est rapporté dans le compte rendu de la séance. L’Académie nationale de Pharmacie soutient totalement les actions de Madame la Ministre en charge de la Santé ainsi que de l’ANSM sur l’étude illégale menée sur des patients parkinsoniens et atteints de la maladie d’Alzheimer. »

Est-ce assez clair ?

A demain @jynau

Ethique: un médecin français peut-il, en Corse, exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

C’est un nouvel épisode dans une série faite de médecine et de politique, d’argent et de pouvoir. Sans oublier le journalisme. Entre prise de risques, tragédie et psychiatrie. On se souvient de Jérôme Cahuzac, chirurgien prometteur, ancien proche de Claude Evin, ancien ministre du Budget sous la présidence de François Hollande, condamné en 2018 pour fraude fiscale et qui souhaite pouvoir exercer à nouveau la médecine. Officiera-t-il bientôt au centre hospitalier de Bonifacio (Corse-du-Sud) ?

« C’est ce que révèlent nos confrères de  Corse-Matin  ce vendredi 20 septembre. Selon le quotidien régional, l’ancien chirurgien esthétique aurait postulé pour un poste vacant au sein de l’hôpital de Bonifacio et sa candidature serait actuellement « en pourparlers », rapporte Le Quotidien du Médecin (Marie Foult). Aubaine, ce futur emploi serait situé non loin de la résidence des Cahuzac, située à Pianottoli-Caldarello, où le médecin purge tranquillement sa peine avec un bracelet  électronique (condamné en mai 2018 à quatre ans de prison dont deux avec sursis, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, il a bénéficié d’un aménagement de peine lui évitant la prison). » 

Les amateurs de la série se souviennent que depuis plus d’un an, l’ancien ministre demandait à exercer à l’hôpital de Bonifacio. Mais que la justice ordinale a eu bien des peines à parler d’une seule voix déontologique. Le conseil régional de l’Ordre des médecins de Corse y était favorable  (et avait validé son inscription au tableau insulaire) quand Paris bloquait – et qu’un étrange confrère faisait barrage évoquant l’hypothèse d’une radiation.

Des avis que l’on dit « partagés »  

« En juin dernier, la formation restreinte de l’Ordre national a finalement donné son aval et a jugé Jérôme Cahuzac « apte » à l’exercice de la médecine générale », résume Le Quotidien.

Selon Dominique Russo, directeur du centre hospitalier de Bonifacio, interrogé par Corse-Matin, le poste serait au « service de soins longue durée ». « Nous nous sommes déjà rencontrés. Nous faisons face à une pénurie de médecins dans la région et nous avons du temps médical disponible, des bras supplémentaires ne seraient pas de trop pour faire tourner la boutique », indique-t-il. D’après le conseil de surveillance de l’hôpital, les avis seraient en revanche plus « partagés », au sein du personnel. Corse-Matin :

« Le départ du docteur Isabelle Grimaldi, membre du conseil de surveillance et présidente du comité médical d’établissement de l’hôpital, a libéré du temps médical. Cette dernière, qui continuera à assurer des missions transversales au sein de l’établissement, a rejoint l’agence régionale de santé « au poste de conseillère médicale à la direction de l’offre de soin », confirme Corinne Orsoni, directrice du service de communication de l’ARS. Du côté des patients, la nouvelle de sa possible embauche au sein du service hospitalier est plutôt bien perçue. ‘’Je suis allée à la rencontre des patients pour qui ça ne pose pas de problème », assure Dominique Russo. »

La prise de fonction de Jérôme Cahuzac n’est pas encore officielle, et aucune date d’embauche précise n’a été arrêtée. Les discussions sont encore en cours, notamment sur les modalités d’exercice « liées aux contraintes de sa surveillance électronique », conclut Corse-Matin. Contactée, la direction du CH de Bonifacio n’a pas encore répondu aux questions du Quotidien. Pourquoi, dès lors, parle-t-elle à Corse-Matin ? La série peut continuer.

A demain @jynau

Alerte : Agnès Buzyn désormais menacée par une implosion psychiatrique nationale

Bonjour

Il est des journalistes, et c’est heureux, qui ne lâchent pas leurs dossier. On les appelait, jadis, des rubriquards. Souvent respectés, parfois moqués des reporters. Ainsi François Béguin (Le Monde), l’un des rares, dans la presse généraliste, à se pencher régulièrement sur le dédain politique dont souffre la psychiatrie française.  « C’est un rapport d’initiative parlementaire dont se serait sans doute bien passée la ministre de la santé, Agnès Buzyn, écrit-il aujourd’hui 18 septembre 2019. A quelques jours d’une nouvelle journée d’action des personnels paramédicaux des urgences en grève, et quelques mois seulement après des mouvements sociaux d’ampleur dans plusieurs établissements psychiatriques, les députées Caroline Fiat (La France insoumise, LFI, Meurthe-et-Moselle) et Martine Wonner (La République en marche, LRM, Bas-Rhin) livrent, mercredi 18 septembre, un diagnostic explosif de la situation de la psychiatrie en France. 

« Ce rapport est avant tout un manifeste politique et un cri d’alarme », expliquent les deux élues que la triste logique politique devrait opposer – la première aide-soignante, la seconde médecin psychiatre. « Sans être véritablement inédit, tant les rapports et alertes sur le sujet se sont accumulés ces dernières années, les constats de la mission d’information sur ‘’l’organisation territoriale de la santé mentale’’ sont très forts, observe le rubriquard du Monde. Cette organisation y est qualifiée d’’’ inefficiente’’ et d’ ‘’ inefficace’’, la filière psychiatrique publique est jugée ‘’au bord de l’implosion’’, et la prise en charge des patients est décrite comme ‘’catastrophique’’. A l’issue de plusieurs semaines d’auditions de soignants et de patients à travers tout le pays, les deux femmes se demandent même si ‘’l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut (…) encore soigner les malades’’ ».

Il faut ici remonter dans le temps pour mieux saisir la désespérancela c, olère montante. Plus précisément en janvier 2018 quand Agnès Buzyn s’exprimait sur dans Le Monde (Sandrine Cabut , François Béguin et Laetitia Clavreul) en marge de la présentation de son plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Extraits :

 « Déstigmatiser » « Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

« Différentes chapelles » « Il faut que les psychiatres de secteur, les généralistes et les acteurs du médico-social se parlent et mettent en place des filières de prise en charge. Les différentes chapelles de professionnels de santé mentale doivent aussi un peu baisser la garde, car nous avons besoin de tout le monde pour assurer les soins sur le territoire. »

Le cercle vicieux de la pédopsychiatrie « La démographie est en chute libre dans cette spécialité. Les professionnels sont débordés, et les universitaires ne peuvent plus faire d’enseignement et de recherche tellement il y a de patients à prendre en charge. C’est un cercle vicieux, plus personne ne veut s’investir. Il y a des régions entières où il n’y a pas de formation. Je souhaite donc qu’il y ait au moins un poste de professeur de pédopsychiatrie par faculté de médecine. C’est un premier pas indispensable pour retrouver l’attractivité.»

Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorque la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. »

On apprit, par la suite la nomination en avril 2019 du Pr Frank Bellivier au poste de délégué ministériel à la psychiatrie. Puis rien, ou presque. Pour les deux élues, les problèmes sont « identifiés », les solutions sont « connues » et « ce qui a manqué jusque-là, c’est une volonté politique suffisamment forte pour faire changer les choses de manière radicale ».

Le « secteur » ? Soixante ans après sa mise en place ce système qui  structure géographiquement la prise en charge psychiatrique en France, est jugé en « échec ». Au fil des années il s’est complexifié, transformé en un « mille-feuille indigeste » et « illisible » de structures et d’acteurs. Conséquence : « une incompréhension totale du dispositif de la part des patients et de leurs familles », relèvent les députées.

Le « parcours de soins » ?  Un « parcours du combattant » et un « labyrinthe ». L’ « offre de soins » ? Outre sa complexité, elle est devenue « hétérogène et incohérente ». Les centres médico-psychologiques (CMP), censés proposer une aide au plus proche du domicile du demandeur ? « Saturés ». Les urgences psychiatriques ? « Engorgées ».  Sans oublier la croissance – jugée « sans précédent » par le contrôleur général des lieux de privation de liberté – du nombre d’hospitalisation sans consentement. Mille patients supplémentaires hospitalisés sans consentement entre 2017 et 2018, selon les chiffres de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. 

Que faire ? On lira les propositions des députées dans Le Quotidien du Médecin ( Marie Foult). Sans oublier la mise en place d’une « Agence nationale en charge des politiques de santé mentale », sur le modèle de ce qui avait été fait pour lutter contre le cancer avec la création de l’Institut national du cancer (INCa). Un dispositif dont le coût serait« modeste » au regard des innombrables souffrances et des milliards d’euros que coûtent chaque année les maladies psychiatriques à notre collectivité.

 Où l’on en revient à ceci :

 « La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles… On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur.» (Agnès Buzyn, Le Monde, 26 janvier 2018).

Le pire, depuis, a gagné la partie.

A demain @jynau

L’affaire du chirurgien pédophile de Jonzac : l’Ordre des médecins était bel et bien informé

Bonjour

« Le chirurgien pédophile de Jonzac ». C’est une affaire sans précédent connu, face à laquelle les médias avancent à pas menus. Il y eut, après les révélations de La Charente Libre (Antoine Beneytou), celles du JDD ( Pierre Bafoil) : « Les secrets effarants du chirurgien de Jonzac, accusé de viols sur mineurs ». Puis, aujourd’hui les déclarations faites au Quotidien du Médecin (Marie Foult) par le Dr Pascal Revolat, président du conseil départemental de l’Ordre des médecins de Charente-Maritime.

Le JDD avait eu accès à plusieurs pièces de l’enquête mettant en cause le Dr Joël Le Scouarnec, accusé de viols et agressions sexuelles sur mineures. Et les carnets retrouvés à son domicile, qui dévoilent les fantasmes cachés du médecin, pourraient mener à un grand nombre d’autres victimes.

« Lorsque les gendarmes font irruption dans la maison d’une rue tranquille de Jonzac, début mai 2017, ils ne s’attendent pas à découvrir un capharnaüm parsemé d’indices menant vers ce qui pourrait être, si les faits sont avérés, la plus grande affaire de pédophilie jamais mise au jour en France. Le propriétaire des lieux, Joël Le Scouarnec, chirurgien gastrique à l’hôpital de cette petite ville de Charente-Maritime, vient d’être interpellé pour une agression sexuelle, dénoncé par la fille de ses voisins, âgée de 6 ans.

Dans l’intérieur chaotique de la maison du médecin, ils trouvent des documents pédopornographiques ; des godemichets ; des films où il se met en scène affublé de longues perruques. Ils tombent également sur 20 poupées apprêtées, dont l’une a les poignets enchaînés. Une autre, plus grande, de 1 mètre environ, trône sur le canapé. A quoi servent-elles? « A remplacer une vraie petite fille lors d’un acte sexuel, lors de la masturbation », lâche Le Scouarnec aux enquêteurs le 30 mai 2017, lors d’une audition que le JDD a pu consulter. Tout au long de l’enquête, l’homme parle cru et affiche un penchant pédophile décomplexé et assumé. »

Egalement poursuivi pour le viol de sa voisine de 6 ans

Le Dr Le Scouarnec, aujourd’hui âgé de 68 ans, avouera bientôt cinq agressions sexuelles précises, outre celle de sa jeune voisine. Certaines correspondent à des récits et à des noms figurant dans les carnets. Trois sont prescrites. Deux non, qui concernent ses nièces. Il est mis en examen pour atteintes sexuelles sur l’une, viol aggravé sur l’autre. Au terme de l’enquête, il est également poursuivi pour le viol de sa voisine de 6 ans, après qu’une expertise gynécologique de la fillette a confirmé une pénétration. Il  parle alors d’ « autres attouchements sur des enfants hospitalisés » à Loches (Indre-et-Loire), où il a exercé auparavant.

« Devant les enquêteurs, le chirurgien, 68 ans aujourd’hui, fait remonter le début de ses penchants aux années « 1985-1986 », alors qu’il vit à Loches, sa première affectation en tant que praticien, précise le JDD. A cette époque, ses relations avec son épouse, la seule femme qu’il ait connue « intimement » et avec laquelle il s’est marié en 1974, se détériorent. « J’ai reporté ma sexualité sur cette petite fille, dit-il. [Elle] a été l’élément déclencheur. » Cette première victime, aujourd’hui quadragénaire, est sa nièce par alliance. »

Voici les informations données, sur ce sujet  par La Nouvelle République du Centre Ouest : « A Loches, le praticien a exercé de 1984 à 1989, à la clinique de La Fontaine, fermée depuis, et au centre hospitalier. L’hôpital de Loches indiquait ‘’s’être tenu à la disposition de la justice pour les besoins de l’enquête’’. Au conseil départemental de l’Ordre des médecins d’Indre-et-Loire  on explique que les membres « actuels » de l’instance n’ont pas connaissance de ce médecin ni de « plaintes enregistrées » à son encontre. »

Le JDD fournit ici quelques repères :

1983 : Première affectation à Loches, en tant que chirurgien gastrique 2005 : Condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques 2008 : Arrivée au centre hospitalier de Jonzac Avril 2017 : Plainte de ses voisins pour agression sexuelle sur leur fille de 6 ans, requalifiée en viol Mai 2017 : Perquisition et découverte des carnets à son domicile Mars 2019 : Mise en accusation devant la cour d’assises de Charente-Maritime pour deux viols et deux agressions sexuelles sur mineurs

Tout le monde pointe l’Ordre du doigt !

Que peut répondre l’Ordre des médecins de Charente-Maritime ? Le Dr Pascal Revolat, président du conseil départemental depuis mars 2018 explique que con conseil avait bien eu connaissance de la première condamnation du chirurgien pour détention d’images pédopornographiques en 2005 ?

«  Oui, c’était connu. En 2008, l’Ordre de Charente-Maritime a eu les mêmes renseignements que l’Ordre du Finistère, c’est-à-dire la mention de sa condamnation en 2005 par le tribunal de Vannes. L’hôpital avait également cette information. Cette condamnation avait été transmise à l’époque à la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales, sous l’autorité de laquelle se trouvaient les médecins hospitaliers jusqu’en 2009. Mais il n’y a jamais eu de réponse de l’administration ! »

Que se passe-t-il en 2008 lorsque le chirurgien s’installe à Jonzac ?

« Comme pour toutes les demandes d’inscription et les transferts de dossiers, le médecin a été reçu par un conseiller ordinal – aujourd’hui décédé – en entretien. Et l’Ordre départemental a ensuite validé son inscription. À l’époque, tout le monde a estimé que la décision judiciaire était souveraine. Le médecin était condamné avec du sursis, sans obligation de soins, suivi psychologique ni interdiction d’exercice. D’après Le Télégramme, les faits ont été à l’époque qualifiés d’infraction à la suite d’une jurisprudence de la Cour de Cassation selon laquelle la consultation de sites pornographiques mettant en scène des mineurs ne suffit pas à caractériser un délit. Cela a peut-être été vu comme moins alarmant… »

Le Quotidien du Médecin (Marie Foult) lui fait observer qu’il semble suggérer que c’est la justice qui a été défaillante. Réponse :

« Non, la justice n’a pas été défaillante. Mais je constate que tout le monde pointe l’Ordre du doigt et personne ne remet en cause l’institution judiciaire. Certes, elle a jugé en fonction des faits de l’époque, bien différents de ceux reprochés au médecin aujourd’hui. Et tous les médecins auteurs d’infraction ne sont pas interdits d’exercer… Cela aurait-il changé quelque chose ? À ce stade, les faits pour lesquels le médecin est en détention se seraient déroulés hors du cadre professionnel. S’il avait été interdit d’exercice, ces faits auraient malheureusement quand même pu se dérouler. »

« Je ne vois pas comment un chirurgien pourrait se retrouver en consultation seul avec des enfants – qui sont forcément accompagnés de leurs parents – ou pendant le trajet opératoire, que ce soit au bloc opératoire ou en salle de réveil, ajoute le président de l’Ordre. Je serais sidéré que cela ait pu se passer comme cela. Mais ce sera aux enquêteurs de le démontrer. Si tout cela s’est passé, c’est tout simplement ahurissant ! Cela met à mal l’image de la profession. C’est d’autant plus choquant au niveau éthique. Les médecins prêtent le serment d’Hippocrate 1…»

A demain @jynau

1 « Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité (…) Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité (…) Reçu à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs. (…) Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. »

Overdoses d’«ecstasy chinois» : Agnès Buzyn entendra-elle les «professionnels de la nuit»?

Bonjour

Bouteille à la mer ? C’est un appel à l’aide du « Collectif Action Nuit » (CAN):

« Depuis le début de l’été, dirigeantes et dirigeants d’établissements de nuit, organisteurs-trices de soirées et associations ont constaté avec effroi la recrudescence de consommation de produits stupéfiants particulièrement dangereux. Ceux-ci sont particulièrement nocifs et provoquent des réactions graves, amenant souvent l’hospitalisation des consommateurs-trices, voire pire. Communément appelés « ecstasys », des produits largement surdosés circulent ces dernières semaines en France, laissant présager une arrivée de produits asiatiques transformés et également surdosés appelés vulgairement « ecstasy chinois ».

« Le N-Ethylpentylone, comme l’indique un rapport de 2018 de la World Health Organization (WHO) à son sujet, pourrait être présenté et vendu comme ecstasy ou MDMA, sous forme de poudre, cristal, capsule ou cachets mais dont les effets seraient davantage désastreux. Au Royaume-Uni, la National Crime Agency a rapporté plus de 125 probables morts au total liées à la consommation de N-Ethylpentylone sur le territoire, tandis que le rapport de la WHO indique que cette drogue a été retrouvée dans 25 cas de décès américains entre 2016 et 2018.

« Trop peu de médias français ont pris la parole pour mettre en garde le public, comme l’a fait Mixmag. L’information ne circule donc ni dans les médias, ni via les autorités, et le public ne peut être mis au courant et protégé. Si notre devoir est évidemment d’alerter le public potentiellement touché par ce désastre, c’est avant tout à l’État de traiter et de mettre en œuvre des actions concrètes afin de l’éradiquer au plus vite. Il s’agit d’un sujet de santé publique grave. Des jeunes meurent. Nous, professionnels de la nuit, revendiquons une considération de l’État à la mesure de l’enjeu, pour éviter de nouvelles tragédies au sein de nos établissements.

« Le CAN a transmis cinq propositions de mesures urgentes à mettre en œuvre pour lutter contre ce fléau aux Ministres de l’Intérieur et de la Santé en mars 2018. Aucune à ce jour n’est en place. Nous le regrettons et rappelons l’urgence de la situation. »

Le Quotidien du Médecin (Coline Garré) précise que cet appel du fait suite à la mort, le 1er septembre, d’un jeune homme de 21 ans à l’hôpital, après une consommation présumée de produits stupéfiants « dans une boîte éphémère parisienne » 1. Selon une source policière citée par Le Parisien (Céline Carez) le jeune aurait absorbé beaucoup d’ecstasy en association avec des boissons alcooliques. Une enquête a été confiée à la brigade des stupéfiants de la police judiciaire parisienne. On attend les résultats de l’autopsie.

A demain @jynau

1 Le Parisien : « Le drame s’est noué à 4h30 du matin, au « Dehors Brut », boulevard Poniatowski (XIIe), un établissement de nuit de quelque 5 000 m2, immense dancefloor éphémère sur un site SNCF, en marge de la ZAC de Bercy-Charenton, ouvert depuis le 27 juillet, avec le feu vert de l’Hôtel de ville. Le site, dédié à la musique électronique, est tenu par l’ancienne équipe de la Concrète, boîte de nuit flottante, ouverte en 2012 sur une barge amarrée au quai de la Rapée (XIIe) et fermée depuis, suite à un litige. »

Médecin, comment accepter que Big Pharma puisse t’acheter en t’offrant repas et digestifs ?

Bonjour

C’est frais, léger, rassérénant : #NoFreeLunch. Où l’on voit que la génération montante peut se débarrasser de quelques boulets traînés par leurs aînés. Pour un peu on applaudirait. Explications. Mandé de Lyon c’est un communiqué de presse de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG). Elle annonce  lancer (pour la deuxième année consécutive) une campagne en ligne durant septembre. Objectif : « sensibiliser les jeunes médecins à l’impact du marketing pharmaceutique dans leur pratique quotidienne ».

En pratique : obtenir de tous les juniors qu’ils refusent « les divers repas sponsorisés par l’industrie ». Des vidéos retraçant les stratégies mises en œuvre pour séduire les généralistes seront dévoilées sur les réseaux sociaux. Un guide élaboré par la trop méconnue Troupe du R.I.R.E.(collectif d’étudiants en médecine mobilisé autour de l’indépendance médicale) sera diffusé, illustrant les comportements à adopter pour répondre aux funestes agissements de Big Pharma.

ISNAR-IMG @ISNARIMG Cette année encore, dites #NoFreeLunch !
Notre métier ne peut se concevoir sans l’industrie du médicament, mais il est primordial de nous garantir une formation basée sur les données acquises de la science et non soumise aux stratégies marketing.

Rassérénant. Cette opération « Pied de nez à Big Pharma » est menée avec le soutien de la revue Prescrire et de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). Les différentes techniques utilisées par le marketing pharmaceutique seront passées au crible. Idées reçues, documentations, études scientifiques et même vidéos seront distillées sur les réseaux sociaux pour analyser et déconstruire les techniques de marketing.

Lundi 23 septembre, ouverture du procès pénal de l’affaire Mediator

« Point culminant de la campagne, une vidéo aura pour objectif de nous faire prendre conscience de la vulnérabilité que nous pouvons avoir en tant que prescripteurs, peut-on lire sous le plume des responsables de l’ISNAR-IMG : Lucie Garcin, présidente, Marianne Cinot, porte-parole et Matthieu Thomazzo, chargé de mission ‘’Lutte contre les conflits d’intérêt’’. Ce débat ne manquera pas de s’imposer dans le paysage médiatique de cette rentrée avec l’ouverture le 23 septembre du procès au pénal de l’affaire Mediator. Cette affaire avait ouvert les premiers débats publics sur l’indépendance des professionnels de santé et menée en 2011 à la Loi dite « anti-cadeaux », qui a notamment rendu obligatoire la déclaration des conflits d’intérêts en santé. »

Mediatorou pas, on lit des choses inimaginables il y a quelques années encore : « Notre métier, centré sur l’intérêt des patients, ne peut se concevoir sans l’industrie du médicament. Cependant, il est primordial de garantir aux futurs professionnels une formation basée entièrement sur les données acquises de la science et non soumise aux stratégies marketing. »

« Le nombre de repas offerts ou sponsorisés reste difficile à quantifier, croit savoir Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). La pratique serait néanmoins assez courante (sic). ‘’En milieu hospitalier, la présentation d’une nouvelle molécule par l’industrie peut être réalisée à midi devant un repas. Chez le médecin généraliste, ça peut prendre la forme d’un petit-déjeuner ou d’une pause entre deux patients, explique Matthieu Thomazo. Sous couvert de formation, ils réalisent des présentations publicitaires : médicaments, dispositifs médicaux ou prestataires de santé. Même si on pense être invulnérable, un mécanisme inconscient de réciprocité se met en place, on va rendre ce qu’on nous a offert inconsciemment. Les résultats des études montrent que ces présentations peuvent avoir un impact sur nos prescriptions.’’ »

Rasséréné ? Pourquoi ne pas poursuivre sur cette lancée ? Et obtenir des géants de Big Pharma qu’ils s’engagent, sur l’honneur, à en finir avec ces repas-démarchages méprisants, méprisables autant que d’un autre âge ? Ou faudrait-il, politique, se résoudre à considérer que ces pratiques sont consubstantielles de l’industrie pharmaceutique capitaliste ?

A demain @jynau