Affaire du Levothyrox : la ministre Agnès Buzyn a parlé. Il ne reste plus qu’à «dédramatiser»

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C’est une règle non écrite : quand la pression médiatique devient trop forte le ministre se doit de parler. « Des lettres ouvertes, des pétitions, un point presse en catastrophe de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mercredi 6 septembre… résume aujourd’hui Libération. L’affaire autour de la nouvelle formule du Levothyrox, ce médicament agissant sur la thyroïde, s’emballe comme jamais. Un nouveau symptôme de l’incroyable incapacité française à gérer correctement la vie d’un médicament. »

Agnès Buzyn a parlé. Pour dire quoi ? « Ce n’est pas un scandale sanitaire, mais c’est une crise d’information. Nous devons sortir du registre du drame et dédramatiser l’information autour du médicament. J’ai décidé de mettre en place une mission d’information sur cette question.» (Libération)

« Les patients rencontrent des effets secondaires réels, il ne faut pas les minimiser. Mais ils sont passagers pour la plupart d’entre eux. [La nouvelle formule du Lévothyrox] est commercialisée depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis, sans alerte sanitaire à déplorer. Le seul danger pour la santé des patients est d’arrêter leur traitement. Ils trouveront le bon dosage avec l’aide de leur médecinNous réfléchissons aux moyens d’une ouverture du marché français à d’autres formules alternatives de la lévothyroxine. Le fait qu’une seule formule du Lévothyrox soit disponible pour les patients pose un problème. » (Le Quotidien du Médecin)

« C’est une crise liée à un défaut d’information et à un défaut d’accompagnement, qu’il faut entendre [mais il n’y a] pas de faute, pas de fraude. [Il y a] un sentiment permanent de complotisme dès lors que l’on parle du médicament [alimenté par des réseaux sociaux]. » (Le Monde).

Une ministre dépassée

En pratique ? Un groupe de travail va être mis en place « pour mieux informer les patients et les professionnels de santé sur les médicaments ». Mieux communiquer, à l’avenir, pour pallier un manque d’information passé, en somme. Où l’on voit que la prise de parole ministérielle n’apporte aucune solution pratique au phénomène de crise aujourd’hui en plein développement.

« Nous ne reviendrons pas à l’ancienne formule, elle va disparaître peu à peu » a encore Mme Buzyn, ruinant ainsi les espoirs des 200 000 personnes qui ont signé une pétition sur ce thème. Une croix sur l’ancienne formule mais, bientôt, des formules alternatives ? Pourquoi ? Nous ne le saurons pas.

Au final une ministre qui semble, ici, comme dépassée par une « crise d’information » dont elle a (pour partie) hérité ; dépassée aussi par le bouillonnement des réseaux sociaux et les failles récurrente du système national de pharmacovigilance – sans oublier une forme de légèreté de l’Agence nationale de sécurité des médicaments.

A demain

 

 

 

 

Affaire du Levothyrox : cri d’Anny Duperey ; accusations du Figaro ; silence des autorités

Bonjour

1 C’est aujourd’hui dans Le Parisien. Bien connue des Français la comédienne et romancière Anny Duperey, 70 ans « lance un cri d’alarme et explique pourquoi elle souhaite que l’on revienne à l’ancienne formule du Levothyrox ». « Ce mardi matin, comme tous les autres depuis plusieurs semaines, Anny Duperey a avalé des anti-douleurs et de la vitamine C pour ‘’essayer, dit-elle, de faire bonne figure’’, précise le quotidien. La comédienne  est à l’affiche de la série culte Une famille formidable, dont elle tourne actuellement six épisodes. Elle assure souffrir d’effets indésirables ‘’graves et inquiétants’’ depuis qu’elle prend la nouvelle formule du Levothyrox, le médicament de la thyroïde prescrit à trois millions de personnes en France. »

Que nous dit Anny Duperey ? Qu’elle a commencé à avoir des problèmes de thyroïde après 50 ans et prends un comprimé par jour de 100 ug de Levothyrox depuis environ douze ans sans jamais ressentir le moindre problème. Et qu’aujourd’hui elle souffre d’une fatigue extrême. « Il n’est plus question pour moi d’aller au théâtre ou au cinéma : j’en suis physiquement incapable, dit -elle. J’ai même dû abandonner le vélo d’appartement que je pratique normalement tous les jours avec plaisir pour me maintenir en forme. La faute à la nouvelle formule du Levothyrox. »

Elle le sait car ses symptômes « sont apparus très exactement au moment où j’ai terminé ma dernière boîte de l’ancienne formule pour commencer la nouvelle ». « C’était fin avril, au moment où nous allions tourner des scènes d’Une famille formidable au Portugal, précise-t-elle. J’ai commencé à avoir des malaises très inquiétants, une fatigue intense mais une incapacité à dormir, des vertiges, des crampes aux cuisses qui me tétanisent dans mon lit, des désordres intestinaux handicapant socialement. J’ai fait un échodoppler pour évaluer la circulation cérébrale, des examens. Il n’y a rien d’anormal. Il n’y a pas d’autres explications que le médicament. »

L’actrice a adressé une lettre ouverte à Agnès Buzyn, ministre de la Santé. (lettre qui s’ajoute à une pétition qui a désormais recueilli près de 200 000 signatures) :

 « Rendez-nous l’ancienne formule du Levothyrox ! Ou tout du moins, laissez-nous le choix entre l’ancienne ou la nouvelle formule. Mon caractère est plutôt doux mais je suis vraiment furieuse de cette situation. Aujourd’hui, des patients sont pris en otage, servent de cobaye. Laissez perdurer cette situation est insensé et dangereux : certaines personnes arrêtent leur traitement. J’y ai pensé moi aussi, mais bien sûr il ne faut surtout pas faire cela car ce médicament est vital. Alors j’espère que notre cri d’alarme sera très vite entendu. »

2 C’est aujourd’hui dans Le Figaro. Le quotidien brosse un tableau inquiétant de la situation. « Les déclarations d’effets indésirables liés au Levothyrox s’empilent. Et elles ne concernent pas que des pertes de cheveux, une grande fatigue ou des crampes musculaires, écrit-il.  ‘’Certaines patientes ont des troubles très sérieux comme des vertiges avec chute et des troubles du rythme cardiaque’’, observe un pharmacovigilant. Selon nos informations, au moins 1500 cas graves ont déjà été enregistrés depuis deux mois. »

Selon Le Figaro le système d’alerte français imploserait. Plusieurs centres de pharmacovigilance lui ont confié qu’ils croulaient tellement sous les déclarations que certains d’entre eux ne les enregistreraient pas toutes – ou les entasseraient sans vraiment les lire. Et le quotidien de faire le procès du « portail » Internet de déclaration des effets secondaires des médicaments voulu par l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine.

« Les pharmacovigilants pâtissent directement de l’usine à gaz qu’est le site gouvernemental » affirme le quotidien. L’ancien député (PS), Gérard Bapt, spécialiste des questions de santé, a écrit à la ministre pour lui faire part de sa «préoccupation» concernant la crise actuelle. Il n’a pas reçu de réponse. «C’est dégueulasse de changer la formule d’un médicament dans un pays où il n’y a pas d’alternative. Certains vont acheter des boîtes de l’ancienne version en Espagne ! », explique crûment l’ancien député.

3 Silence des autorités sanitaires. Face à ces derniers éléments (et sans même évoquer le bouillonnement qui prévaut sur les « réseaux sociaux ») on observe un silence total de l’Agence du médicament et du ministère de la Santé. Pourquoi ? Et jusqu’à quand ?

A demain

PS : Mercredi 6 septembre, à l’issue d’une réunion avec les associations de patients, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a reconnu « un défaut d’information » sur le changement de formule du Levothyrox. Un groupe de travail va être mis en place « pour mieux informer les patients et les professionnels de santé sur les médicaments ».

La ministre appelle à un débat apaisé. « Les patients rencontrent des effets secondaires réels, il ne faut pas les minimiser. Mais ils sont passagers pour la plupart d’entre eux , a-t-elle affirmé. Le seul danger pour la santé des patients est d’arrêter leur traitement. Ils trouveront le bon dosage avec l’aide de leur médecin. »

Agnès Buzyn a aussi annoncé que les autorités réfléchissaient à ouvrir le marché à d’autres génériques du Lévothyrox. « Nous réfléchissons aux moyens d’une ouverture du marché français à d’autres formules alternatives de la lévothyroxine, a-elle indiqué. Le fait qu’une seule formule du Lévothyrox soit disponible pour les patients pose un problème. » Sans préciser lequel.

 

L’origine cérébrale des «voix» entendues par les personnes schizophrènes a été localisée

 

Bonjour

Ce sont de premiers résultats présentés lors du 30e congrès du Collège européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) 2017 qui vient de se tenir à Paris. Spectaculaires ils ont été évoqués sur France Inter et sont détaillés par le Quotidien du Médecin.  Des chercheurs français ont localisé une zone du cerveau d’où proviennent les « voix » perçues par les personnes souffrant de schizophrénie. A partir d’un essai clinique contrôlé contre placebo mené auprès de cinquante-neuf patients, ils ont pu montrer qu’une stimulation magnétique transcrânienne (SMT/TMS) permettait la disparition partielle de ce symptôme.

« Il s’agit du premier essai contrôlé qui montre une amélioration chez ces patients en ciblant une zone spécifique du cerveau et en utilisant cette stimulation (SMT/TMS) à haute fréquence », souligne le Pr Sonia Dollfus (CHU de Caen, France), auteur principal de l’étude. De telles hallucinations auditives sont présentes chez environ 70 % des patients souffrant de schizophrénie.

Dans cette étude, 26 patients ont bénéficié d’un traitement par stimulation transcrânienne à haute fréquence (20 hertz) au cours de deux séances par jour pendant deux jours au niveau d’une zone précise du lobe temporal associée au langage, au niveau de la branche ascendante du sulcus latéral gauche (scissure de Sylvius) et du sulcus temporal supérieur gauche. Tout comme les 33 autres participants qui, eux, ont reçu le placebo, les « voix » entendues par les patients traités ont été évaluées au moyen d’une échelle des hallucinations auditives (AHRS)

Zone anatomique spécifique

Une réduction significative a été observée chez plus d’un tiers des patients traités (35 %) contre seulement 9 % dans le groupe contrôle. La baisse était considérée comme « significative » lorsque les patients amélioraient leur score de plus de 30 %. Pour le Pr Dollfus ce résultat permet de faire deux types d’observation. « Nous pouvons maintenant dire avec certitude que nous avons trouvé une zone anatomique spécifique du cerveau associée à des hallucinations auditives verbales dans la schizophrénie. Nous avons d’autre part montré que le traitement avec la stimulation magnétique transcrânienne à haute fréquence fait une différence chez certaines personnes atteintes ».

Pour autant la spécialiste reste prudente et souligne l’importance du travail qui reste à accomplir quant à l’usage thérapeutique qui pourra être fait de ces premiers résultats.

« Ces travaux s’appuient sur des études antérieures qui ont montré le rôle important de l’activité excessive des sous-régions du lobe temporal dans la génération des hallucinations vocales dans la schizophrénie, commente le Pr Andreas Meyer-Lindenberg (Central Institute of Mental Health, Mannheim) membre du comité exécutif de l’ECNP, cité par Le Quotidien du Médecin. Pour en faire un traitement, un essai contrôlé, comme celui de Dollfus et de ses collègues, est important. Même si les taux de réponse ont été modérés, la TMS est une arme de plus de l’arsenal thérapeutique, notamment pour les patients qui ne répondent pas aux médicaments. »

A demain

 

 

 

Levothyrox : l’Agence du médicament met en garde ; on n’exclut pas un demi mea culpa  

 

Bonjour

Il suffisait d’attendre. C’est fait : l’AFP rapporte qu’une avocate venait de faire savoir qu’elle avait déposé plainte à Mougins (Alpes-Maritimes) contre le laboratoire Merck pour « mise en danger de la vie d’autrui »Anne-Catherine Colin-Chauley, 58 ans, a déclaré avoir subi des problèmes de santé liés, selon elle, à la nouvelle formule du Levothyrox, dont elle n’avait pas été avertie.

« Il y a bien une négligence fautive du laboratoire Merck et une faute de celui qui a ordonné le changement de la molécule sans indiquer les conséquences possibles de ce changement », dénonce-t-elle dans sa plainte déposée mardi29 août. Mme Colin-Chauley a subi une ablation totale de la thyroïde en 2006 et assure souffrir depuis le mois de mai de « vertiges, crampes, fatigue ».

Retour à l’ancienne formule

Ce type de plaintes pourrait bientôt se multiplier.  Une pétition signée par plus de 170 000 personnes réclame le retour à l’ancienne formule, estimant que la nouvelle est responsable de divers effets secondaires pour certains difficilement supportables. Pour leur part les autorités sanitaires font observer que le changement de formule (destiné à améliorer la stabilité du produit) ne concerne pas le principe actif (la lévothyroxine, hormone de substitution) mais porte sur les excipients » qui lui sont associées, le lactose ayant été remplacé par le mannitol et l’acide citrique.

Dans ce contexte, deux nouvelles série de données doivent aujourd’hui être mentionnées : les déclarations faites par le Dr Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), d’abord au Quotidien du Médecin puis, ensuite, au Monde .

Ne pas « switcher » avec les gouttes

Que nous dit de nouveau le directeur général qui vient d’être reconduit dans ses fonctions ? Tout d’abord que le prescripteurs ne doivent surtout pas « switcher » avec une autre forme de lévothyroxine.  « Surtout pas, dit-il au Quotidien. Il existe en France un quasi-monopole du Lévothyrox de Merck. Une autre forme, la L-thyroxine Serb, sous forme de gouttes, est destinée aux enfants de moins de 8 ans et aux personnes présentant des troubles de la déglutition. Le report des patients prenant du Lévothyrox vers la L-thyroxine Serb serait potentiellement catastrophique car l’industriel qui la fabrique n’est pas en capacité d’augmenter la production. Cela conduirait à un épuisement des stocks pour ces personnes qui ne disposent pas d’alternative. »

Mais encore ? Quelle lecture des troubles rapportés par les patients après le changement de formule du Levothyrox de Merck-Serono ?  Le changement d’excipients entraîne-t-il des effets secondaires ? « Le passage du lactose au mannitol et acide citrique a changé la pharmacocinétique du médicament, dans le but de le rendre plus stable dans le temps, précise-t-il.  (…) Avec la nouvelle formule, qui change la pharmacocinétique, certains patients peuvent ressentir des effets secondaires transitoires, qui peuvent être corrigés par une adaptation du traitement, après examen clinique, et si nécessaire dosage de la TSH. Les retours que nous recevons de la part des médecins indiquent cependant qu’il n’y a pas de difficulté dans la grande majorité des cas. Nous avons lancé un suivi de pharmacovigilance dès le mois de mars (au moment du changement de formule), et les résultats en seront connus en octobre. »

Cent mille courriers

Une meilleure communication aurait-elle été possible ? à propos du changement de formule du Lévothyrox aurait-elle été possible, par exemple auprès des patients ?

« Nous avons préparé ce changement avec les associations de patients, avec lesquelles on a travaillé notamment sur les Questions/réponses mises à disposition sur le site de l’ANSM. Nous avons aussi réalisé un point d’information en mars et envoyé 100.000 courriers aux professionnels de santé. Nous n’avons manifestement pas touché suffisamment les usagers mais il s’agit d’abord d’un sujet de dialogue médecins/patients et, quant aux notices, elles ne constituent pas une solution adéquate car elles ne sont pas systématiquement lues.

Fatigues, vertiges, troubles de la concentration, douleurs, palpitations… Un phénomène d’une ampleur certaine qui ne peut raisonnablement être ignoré. A la fin août, plus de 5 000 déclarations d’effets inhabituels liés au Levothyrox ont précisé indique au Monde l’ANSM. « Alors que, tous médicaments confondus, le site signalement-sante.gouv.fr – ouvert aux médecins et usagers pour déclarer tout effet indésirable – reçoit en moyenne entre 20 à 50 signalements chaque jour, les déclarations se sont envolées depuis le 16 août, liées au Levothyrox, avec 140 ce jour-là. Jusqu’à un pic de 1 000 à 1 200 les 23 et 24 août, souligne le quotidien vespéral. Sur les quelque 5 000 déclarations, 765 cas ont pour l’instant été transmis aux centres régionaux de pharmacovigilance, débordés. » Le numéro vert mis en place le 23 août (0800-97-16-53) ? En une semaine il a reçu plus de 154 000 appels.

Signe des temps, Le Monde de citer le « médecin généraliste et blogueur » Dominique Dupagne qui a dénoncé, jeudi 31 août sur France Inter« la prise en compte insuffisante du problème, qui dure depuis plusieurs mois ». Pour lui, « le principal fautif dans cette affaire reste l’Agence du médicament, qui ne parvient toujours pas à communiquer correctement avec le public ». Et le médecin généraliste Christian Lehmann, très actif sur Twitter, où il parle « d’une information d’une médiocre qualité ».

 « Il y a eu un défaut d’information aux patients, nous en sommes conscients et ne nions pas leurs difficultés, concède Dominique Martin. Pour autant on ne peut pas dire que nous n’avons rien fait. » Personne ne dit le contraire.

A demain

Radicalisation et maladie mentale : Gérard Collomb déclenche une polémique psychiatrique

Bonjour

Repérer au plus vite, et grâce aux psychiatres, les individus a priori les plus susceptibles de commettre un acte terroriste. En osant cette proposition Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, savait-il qu’il déclencherait une polémique ? Au lendemain des attentats de Barcelone, dans une fin août caniculaire, l’ancien maire de Lyon connaît désormais les forces en présence. Il y eut tout d’abord la réaction solennelle du Conseil national de l’Ordre des médecins ; réaction vigoureuse rappelant ce qu’il en est, déontologiquement, de cette question.

« Dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République.  C’est sur ces bases que l’Ordre des médecins se tient prêt à dialoguer avec les autorités de l’Etat afin de garantir, aux médecins et aux patients, le respect du contrat déontologique qui les lie. »

Impuissance de la police

Dans la foulée l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (IDEPP) fait part de son émotion. Tout en reconnaissant que « certains actes de terrorisme ont été commis par des individus souffrant de trouble psychique », ce syndicat affirme dit « ne [pas pouvoir] accepter la teneur des propos du ministre de l’Intérieur ». « La stigmatisation des malades mentaux ne peut apporter aucun élément de progrès, ni en général, ni sur ce sujet, souligne-t-il. L’amalgame entre le terrorisme et la psychiatrie n’est pas acceptable, pas plus que l’amalgame entre la criminalité et la psychiatrie. » Plus généralement l’IDEPP « condamne toute surenchère et toute tentative de pointer la population des malades mentaux comme vecteur de criminalité, dangerosité et de terrorisme en particulier ».

Contactée par le Quotidien du Médecin le Dr Rachel Bocher s’est dit pour sa part « outrée » des propos « extrêmement graves » du ministre de l’Intérieur. « Face à cette confusion entre le monde politique et le monde médical, j’en appelle au président de la République, fustige la présidente de l’INPH, psychiatre et chef de service au CHU de Nantes. Cette vision simpliste de la psychiatrie et ce renvoi de la problématique de la radicalisation et du terrorisme sur la scène médicale traduisent l’impuissance des services de police. »

Quant au Dr Maurice Bensoussan, président du Syndicat des psychiatres français (SPF), il appelle également à arrêter les amalgames et les confusions. « C’est très outrageant pour les personnes atteintes de troubles psychiatriques » souligne-t-il. Des cadres existent déjà, les psychiatres ont des obligations de signalement, peuvent déroger au secret médical dans certains cas très précis. Nous pouvons avoir une réflexion commune sur le sujet, mais chacun doit rester à sa place. »

Domination psychanalytique

Mais il faut également compter avec le point de vue dissonant du Dr Patrice Schoendorff, président de la Fédération française de psycho-criminalistique. Longuement interrogé par le Journal du Dimanche du 27 août. « Il y a urgence à agir sur ces sujets, mais malheureusement, les freins habituels sont tous là, à tous les étages, regrette- t- il. La psychiatrie française, longtemps dominée par la psychanalyse, s’arc-boute derrière le secret médical. Certes, mais travailler avec la justice ou la police ce n’est pas, en soi, violer le secret médical. Nous aurions besoin de davantage de pragmatisme. »

Le Dr Schoendorff ajoute que « l’école française de psychiatrie » a pour caractéristique de « détester le profilage ». « L’immense majorité de mes collègues ne veut pas entendre parler de profils de malades… Or tous les jours, nous sommes bien face à des attaques terroristes perpétrées par des personnes en souffrance psychologique manifeste. Il faudrait bien réfléchir à la question !

Réfléchir ? Le psychiatre précise que la Fédération française de psycho-criminalistique a d’ores et déjà isolé trois « profils », trois « catégories » de « terroristes » : « la première regroupe les idéologues embrigadés. Ceux- là ne concernent que la justice. Ils peuvent intéresser les psys uniquement s’ils cherchent ensuite à se faire passer pour fous. » La deuxième catégorie est celle des individus souffrant de troubles de la personnalité, de l’identité, des personnes fragiles qui peuvent basculer et passer à des actions violentes. « Ceux- là fréquentent un jour ou l’autre les urgences psychiatriques, ou une consultation… C’est sur cette catégorie, probablement celle du conducteur du camion de Nice, que nous devons le plus travailler. Sur laquelle il y a des choses à faire en amont.»

Meilleur maillage au monde

La troisième catégorie regroupe ceux que le Dr Schoendorff appelle des copycats. « Ce sont nos malades habituels, dit-il en souriant (sic). Ils défraient aujourd’hui la chronique un couteau à la main, ou au volant d’une voiture, comme à une autre époque, ils ont défrayé la chronique en tuant des joggeuses quand les meurtres de joggeuses étaient médiatisés. »

Et puis on lit ceci, toujours dans Le Journal du Dimanche (Laurent Valdiguié) : « Le ministère de la Santé devrait immédiatement créer un centre référent pour ces questions. Il faut aussi constituer une banque de données sur ces cas », confie un directeur d’hôpital de la région lyonnaise, sous couvert d’anonymat. Dans son hôpital, il détecte chaque année « jusqu’à cinq cas de radicalisation islamiste ». Ce qui ferait 500 cas potentiels par an en France… « Dans les faits, aucun psychiatre n’est formé à détecter des personnes en cours de radicalisation, admet- il. Mais nous “estimons” des cas comme nous le pouvons et les signalons à la justice et à la préfecture. Mais après, il n’y a aucun retour. »

« En France, nous avons un des meilleurs maillages au monde pour suivre les personnes souffrant de troubles mentaux. Il y a l’hôpital, les consultations… Mais tout ce dispositif n’est pas mobilisé, ni même sensibilisé, à ces phénomènes. C’est navrant », conclut le Dr Patrice Schoendorff. Navrant ?

A demain

Levothyrox : l’Agence du médicament confrontée à l’emballement d’une étrange affaire  

Bonjour

Comment comprendre ? Tout a commencé en mars dernier lorsque le géant pharmaceutique américain Merck a commencé à modifier la formule de son célébrissime Levothyrox (trois millions de consommateurs en France). Et ce « afin de garantir une stabilité plus importante de la teneur en substance active (lévothyroxine) tout le long de la durée de conservation du médicament ».

« La substance active reste identique, assurait alors l’Agence nationale du médicament (ANSM). Cette nouvelle formule sera mise à disposition dans les pharmacies à compter de la fin du mois de mars 2017.Ces modifications ne changent ni l’efficacité ni le profil de tolérance du médicament. Aucun changement lié à la modification de formule n’est attendu pour les patients. Toutefois, la lévothyroxine étant une hormone thyroïdienne de synthèse à marge thérapeutique étroite, l’équilibre thyroïdien du patient peut être sensible à de très faibles variations de dose. »

Six mois plus tard, affolement dans les médias. « On est face à une crise majeure », a déclaré Chantal L’Hoir, fondatrice de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT), mercredi 23 août sur France info. Certains vont jusqu’à décrire « un enfer » depuis plusieurs mois : vertiges, pertes de mémoire, crampes…

Calmer la polémique

Et plus de 80 000 personnes ont signé une pétition pour alerter sur les effets de la nouvelle formule. L’AFMT a saisi l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour qu’elle fasse « cesser, sans attendre, l’utilisation de la nouvelle formule du Levothyrox », a expliqué Nell Gaudry, coprésidente de l’association, dans une interview au Parisien. Jusqu’au sénateur (LR, Haute-Savoie) Jean Claude Carle qui  a interrogé la ministre de la santé à ce sujet.

Comment comprendre ? Généralement médecins, pharmaciens et autorités sanitaires se veulent rassurants. « Il peut y avoir des effets sur certains patients, mais il faut calmer la polémique car la majorité d’entre eux ne sont que temporaires » explique le Pr Jean-Christophe Lifante, spécialiste d’endocrinologie à l’hôpital Lyon-Sud, dans Le Parisien.

L’ANSM assure de son côté  que seuls les excipients ont été modifiés. Mais elle souligne toutefois que « l’équilibre thyroïdien [des] patient[s] peut être sensible à de très faibles variations de dose ». Quant au ministère de la santé, interrogé par Le Parisienil certifie que « les études de pharmacovigilance […] ne permettent pas, en l’état actuel des choses, de remettre en cause la nouvelle formule du Levothyrox, à bien des égards meilleure que l’ancienne ».

Or c’est là un argument largement insuffisant aux yeux des plaignants. « C’est lamentable », commente Chantal L’Hoir sur France info. Au-delà des conséquences sur leur santé, les patients dénoncent l’absence de communication des autorités sanitaires et du géant Merck. Et face au nombre croissant de signalements, l’ANSM vient de mettre en place un numéro vert « concernant le changement de formule et de couleur des boîtes de Levothyrox ». Peut-être eût-il été judicieux de commencer par s’occuper de la communication avec celles et ceux qui, aujourd’hui, sont inquiets et entendent le faire savoir. Où l’on voit aujourd’hui, après la dernière affaire du baclofène, une ANSM souvent en difficulté 1 confrontée à un nouvel abcès.

A demain

1 Le Quotidien du Médecin nous apprend que Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), a été reconduit dans ses fonctions par décret du président de la République le 7 août. Spécialiste de psychiatrie, Dominique Martin a notamment été directeur des programmes à Médecins sans frontières (MSF) et conseiller social auprès du préfet de Paris. De 2001 à 2002, il est nommé conseiller technique au cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la Santé. De 2002 à 2011, il est directeur de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), puis, en 2011, il prend la tête de la branche des risques professionnels à la Caisse nationale d’assurance-maladie. Il a été nommé en 2014 à la tête de l’ANSM.

 

 

Et si aller « au bout du traitement antibiotique » ne devait plus être un geste automatique ?

 

Bonjour

Provocation ou pragmatisme ?  Dans une longue tribune documentée publiée par le British Medical Journal un groupe de spécialistes britanniques 1 remet en cause la règle (officielle et internationale)  jusqu’ici jamais contestée qui veut que l’on termine un traitement antibiotique une fois que ce dernier a été prescrit et commencé. Selon les auteurs, cela favoriserait l’antibiorésistance au lieu de la limiter. Une publication et des interrogations qui sont reprises par la BBC : « Should you finish a course of antibiotics ? » et, en France, par le Quotidien du Médecin.

Pour les auteurs cette règle aurait fait son temps. « L’idée que cesser le traitement plus tôt encourage l’antibiorésistance n’est pas prouvée, alors que prendre des antibiotiques plus longtemps que nécessaire augmente à coup sûr le risque de résistance, affirment-ils. Un traitement plus court est clairement plus bénéfique, au niveau individuel, pour un patient. Son risque de résistance dépend de son exposition passée aux antibiotiques et en plus, réduire l’exposition en réduisant la durée du traitement est associé à un risque réduit d’infection résistante. »

 « La situation change actuellement à l’hôpital, où des marqueurs de la réponse au traitement peuvent guider les médecins pour savoir quand cesser celui-ci. Mais, hors de l’hôpital, on peut simplement conseiller au patient d’arrêter le traitement quand il se sent mieux. » 

Pour les auteurs britanniques, aller au bout du traitement est « une croyance fallacieuse, profondément ancrée chez les patients et les médecins », sans doute parce qu’elle est « simple et claire », et que ne pas la suivre « est considéré comme un comportement irresponsable ». Dans le même temps ils estiment que des essais cliniques devraient être menés pour préciser quelles devraient être les meilleures durées de traitement afin d’optimiser l’efficacité de ces précieux outils thérapeutiques.

A demain

1 Martin J Llewelyn, professor of infectious diseases2 ; Jennifer M Fitzpatrick, specialist registrar in infection2 ; Elizabeth Darwin, project manager3 ; SarahTonkin-Crine, health psychologist4 ; Cliff Gorton, retired building surveyor5 ; John Paul, consultant in microbiology6 ; Tim E A Peto, professor of infectious diseases7 ; Lucy Yardley, professor of health psychology8 ; Susan Hopkins, consultant in infectious diseases and microbiology9 ; Ann Sarah Walker, professor of medical statistics and epidemiology3. Author affiliations