Google en justice : quand un médecin est la cible de propos diffamatoires concernant sa pratique

Bonjour

Enfin ! Un médecin, psychiatre exerçant à Metz a décidé de passer à l’attaque en justice contre Google : il avait fait l’objet de commentaires publics « peu sympathiques » quant à sa pratique. L’affaire est révélée par L’Est Républicain, (Kevin Grethen) et relayée par Le Quotidien du Médecin (Marie Foult).

Ce a vu apparaître sur le net sa fiche « Google my business ». Il n’avait rien signé, rien autorisé. Et puis, il y découvre des avis désobligeants. « Des avis anonymes. On ignore s’il s’agit réellement de patients », observe l’avocat du praticien, Me  Xavier Iochum. « Impossible de dire s’il s’agit de personnes qui ont eu un différend personnel avec ce spécialiste, s’il s’agit d’un canular… » L’Est Républicain :

« Agacé, le praticien a décidé de réagir. Pour une question de principe, mais pas seulement. Ce système permet une cotation. Et il est mal noté. Il a vu une inflexion de la fréquentation de son cabinet. On pousse rarement la porte d’un restaurant mal noté. Pourquoi serait-ce différent pour un médecin ?

« Le praticien voudrait répondre, demander aux auteurs d’enlever les messages. Ils en ont le pouvoir en un clic. Mais demander à qui ? ‘’Voilà un outil qui permet de laisser des messages et de noter des spécialistes, et ceux-ci n’ont même pas la possibilité de répliquer.’’ Une demande d’effacement des messages a reçu une fin de non-recevoir du géant américain. Comme celle pour la levée de l’anonymat. »

Conduite à tenir

Face au praticien, l’avocat de Google France, Me Sébastien Proust: il se retranche derrière une jurisprudence : « Les avis qui se contentent d’exprimer le point de vue négatif d’un consommateur ou d’un patient sur un professionnel relèvent de la libre critique.  « Nous ne sommes pas d’accord avec le fait que des professionnels soient cloués ainsi au pilori, sur la place publique. Cela porte atteinte à leur exercice et à leur réputation, réplique Me  Iochum. Cet outil donne des possibilités de condamnation professionnelle sans moyen de se défendre. Cela pose un problème d’équité, de contradictoire, et pour tout dire, de comportement totalitaire. C’est dangereux pour la démocratie. »

Google a été assigné devant le tribunal de grande instance de Metz après une procédure qui ressemble à un parcours du combattant. « Il a fallu aller les chercher dans l’État du Delaware puisque Google France n’est pas hébergeur et n’est responsable de rien. Il fallait aller jusqu’au bout pour mettre un frein à ce système. Et remettre de l’ordre. »

Le Quotidien précise que ce n’est pas la première fois que des médecins s’en prennent à la multinationale de Mountain View. Jusqu’à présent, les praticiens en colère ciblaient également les patients auteurs de ces commentaires. L’UFML-Syndicat conseille de porter plainte systématiquement pour les propos diffamatoires et de « durcir le ton ». Concrètement, l’organisation propose aux médecins d’ajouter le message suivant, en forme d’avertissement aux patients, sur leur profil « Google My Business » : 

« Il vous est possible de poster des commentaires sur mon activité et le vécu de votre consultation. Face aux dérives constatées dans l’exercice de ce service, il est à préciser que tout commentaire diffamatoire à mon égard, à celui de ma profession, ou portant atteinte à mon honneur ou à ma probité entraînera le dépôt d’une plainte auprès de la juridiction compétente et la saisie immédiate de l’avocat de mon syndicat professionnel et de Google »

A demain

@jynau

«Notre-Dame Mère de la Lumière» : compatible avec la médecine hospitalo-universitaire ?

Bonjour

Nous avions parlé de lui en juillet 2018, soit le cas édifiant d’un médecin urgentiste par trop catholique. Ce médecin comparaissait mardi 21 mai devant le tribunal correctionnel de Caen (Calvados), pour « abus de faiblesse et sujétion psychologique » , rapporte Le Parisien (Louise Colcombet). Un médecin, qui exerce au CHU de Caen. Un médecin qui préside de l’association Notre-Dame Mère de la Lumière (NDML) – une jeune pousse du « renouveau charismatique », mouvement religieux apparu dans les années 1960 au sein des églises traditionnelles. Est-ce compatible ? Et la justice peut-elle, ici, se prononcer ?

« D’origine Libanaise, Alberto Maalouf est médecin urgentiste au CHU de Caen et travaille aussi au SAMU. Avec un groupe de jeunes catholiques, ils annoncent l’évangile et l’amour de Jésus à travers leur témoignage, l’aide aux plus pauvres (distribution de nourriture et de vêtements) et l’organisation de rassemblements de louange et de prières pour la guérison des malades. Alberto Maalouf témoigne partout dans la Francophonie de sa rencontre forte avec le Christ ! »  (Soirée Miracles et Guérisons. 17 novembre 2017 à 19:30)

L’urgentiste est soupçonné d’avoir fait de ce groupe religieux une communauté sectaire, au sein de laquelle vivent une vingtaine de personnes (hommes et femmes séparément) dans deux maisons, à proximité de Caen. Une dizaine d’entre elles serait dépendante psychologiquement du médecin et consacrerait leur existence et la moitié de leurs revenus à l’association.

Le Parisien : « Fils d’un ancien soldat libanais devenu prêtre, Alberto Maalouf raconte avoir trouvé Dieu en 2008, lors d’une visite à Medjugorje, le Lourdes bosniaque – pèlerinage marqué par sa guérison miraculeuse. La justice lui reproche ainsi d’avoir, lors de soirées marquées par des expériences mystiques intenses avec transes et convulsions, pratiqué l’exorcisme. Il organiserait également des « prières de guérison » avec apposition des mains et tiendrait des propos très durs, au-delà du rigorisme. »

Exaltations mystiques

La justice reproche notamment au médecin d’avoir pratiqué l’exorcisme lors de soirées avec « des expériences mystiques intenses ». L’urgentiste aurait également organisé des « prières de guérison » avec apposition des mains et tiendrait des propos « très durs ». Les membres de l’association seraient par ailleurs obligés de prier jusqu’à des heures tardives au point d’être épuisés, de jeûner deux jours par semaine ou de rompre avec leur famille.

« Les avocats du médecin ont balayé les accusations d’emprise sectaire, évoquant plutôt ‘’des louanges et des choses un peu exaltées’’, résume Le Quotidien du Médecin . La plupart des membres de l’association Notre-Dame Mère de la Lumière ne se considèrent pas comme victimes. NDML compterait jusqu’à 300 sympathisants.

Mais le mode de vie des membres « consacrés » a pourtant de quoi inquiéter, estime Me Rodolphe Bosselut, défenseur de deux anciennes adeptes – dont l’une sous curatelle renforcée, et de l’Unadfi, une association de lutte contre les dérives sectaires. « Sous des dehors fréquentables, on retrouve tous les signes de l’emprise sectaire avec perte d’identité progressive, souligne l’avocat. Les membres prient jusqu’à des heures tardives au point d’être épuisés, jeûnent deux jours par semaine, rompent avec leur famille. Tous ceux qui critiquent le mouvement sont diabolisés… ».

Le Parisien :  « Vivant en communauté dans deux maisons différentes – l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes – les membres de NDML doivent être ‘’chastes’’. Vêtements moulants et jupes au-dessus des genoux sont proscrits pour les femmes et plusieurs couples ont été séparés par Maalouf et son bras droit, une certaine Marthe Q. qui, elle, prétend entendre la Vierge. »

L’urgentiste encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende, la peine maximale prévue par le Code pénal lorsque l’abus de faiblesse est commis par le dirigeant d’un groupement « qui poursuit des activités ayant pour effet de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique ». Le conseil départemental de l’Ordre des médecins du Calvados s’est constitué partie civile.

A demain

@jynau

La Loire et les déserts médicaux : l’anesthésie-réa du CHU de Saint-Etienne prend tous les risques

Bonjour

Enthousiasmant. C’est une remarquable vidéo de soignants partant en guerre ; vidéo « à but non lucratif » ;  3’41’’ toniques  calquées sur la mythique « Agence tous risques ». Succès assuré. Un concentré de volonté heureusement relayé par Le Progrès et Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Où l’on voit des soignants qui « ne lâcheront pas », qui feront tout pour que vive le service d’anesthésie réanimation à prédominance neurologique et cardiovasculaire avec unité de soins intensifs du CHU de Saint-Etienne. Service aujourd’hui menacé faute de postulants.

« …. C’est notre dernière chance pour des recrutements de réanimateurs-anesthésistes… On a besoin de vous…. Service public en danger… faites attention….  des lits vont fermer… Où va-t-on se faire soigner ???? ….On est inquiets pour les patients, direction Clermont et Lyon, jusqu’ou vous enverra-t-on ? ….»

Promotion du chaudron et de la célebrissime A-S Saint-Etienne, du marché de Noël, des musées d’Art moderne et de la Mine, de la Cité du design. Rien sur l’antique coutellerie et la Manufacture d’armes. Après un rapide mot de l’actuel chef de service , son prédecesseur, conclut : « Il faut remplacer les retraités, et vous verrez, vous ne le regretterez pas.»  

Où l’on voit, une nouvelle fois, des soignants partir en guerre contre l’avancée des déserts médicaux et la désaffection croissante, en France, pour les plus beaux sites hospitaliers. A Saint-Etienne, une certitude : affûtés, soudés ils ne « lâcheront pas » et ne regretteront rien.

A demain

@jynau

«Fichage – gag » de Gilets Jaunes hospitalisés : les étranges explications de l’AP-HP

Bonjour

Scandale potentiel ou triste gag ? L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) n’en finit plus de communiquer pour se défendre face aux accusations circonstanciées du Canard enchaîné de « fichage » de Gilets Jaunes blessés pris en charge lors des manifestations récurrentes du samedi.

On pensait qu’après bien des atermoiements l’AP-HP avait tout dit. Jusqu’à plaider « l’erreur humaine ». Nous avions tort. Voici un nouveau communiqué daté de ce 29 avril : « Sur SI-VIC, l’ARS-Ile-de-France et l’AP-HP précisent les informations saisies : plusieurs commentaires correspondaient à des cas fictifs, créés pour un exercice dans un des hôpitaux ». Le plus grand CHU de France et d’Europe était  accusé d’avoir utilisé le « système d’information pour le suivi des victimes » (SI-VIC) pour ficher des patients hospitalisés en marge des manifestations des Gilets Jaunes.

« Homme black lunettes rouges » 

« Mais aujourd’hui, l’explication donnée à l’inscription dans le fichier SI-VIC d’informations personnelles pourrait prêter à rire s’il ne s’agissait pas d’une question aussi sérieuse, écrit Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault).  Il s’agirait en fait de quelques identités « fictives », créées par un stagiaire à des fins de formation. Ces avatars ont été sauvegardés par erreur dans la réelle base de données du fichier, indique ce lundi l’AP-HP dans un communiqué commun avec l’agence régionale de santé (ARS) Île-de-France. Extraits :

« Le travail préalable de recueil d’informations mené ces derniers jours a déjà permis de préciser plusieurs éléments qui sont transmis à la mission d’enquête.

Ont été entrés dans la base SI-VIC, les éléments d’un exercice conduit dans un des hôpitaux de l’AP-HP, dans le cadre d’une formation. A cette occasion, un stagiaire a créé des « avatars », avec des identités fictives. Les données fictives de l’exercice ont été par erreur intégrées dans la base réelle. Lors de cet exercice, 10 « patients fictifs » ont été affublés de caractéristiques fantaisistes dans l’idée de simuler d’arrivée de victimes non identifiées du type « chaussettes vertes à petits pois », « homme black lunettes rouges », « homme blanc mal rasé cicatrices vertes », « tatouage tempe gauche » ou encore « fausse rousse ? grande mince adore les ballades ».

A ce stade de l’investigation, ce type de commentaires, totalement inappropriés, pouvant être considérés comme tendancieux et pour le moins fantaisistes, n’a jamais été porté sur de réels patients ; pour autant, même dans le cadre d’un exercice sur des profils créés à cette occasion, il n’est pas approprié d’inscrire de tels commentaires.

Par ailleurs, il a été également relevé qu’un patient était mentionné comme « décédé » alors qu’il était rentré à son domicile, à la suite d’une erreur de saisie qui a été corrigée dès qu’elle a été détectée.

Sans attendre la fin de l’enquête, des actions correctrices ont déjà été faites et des rappels à l’application stricte du cadre tel qu’autorisé par la CNIL ont été réalisés. D’autres actions correctrices pourront être entreprises et de nouvelles consignes pourront être données, en fonction des constats réalisés et de la volonté de s’en tenir aux seules mesures prises dans l’intérêt de la bonne prise en charge des patients. »

« Fausse rousse ? Grande mince adore les ballades » 

 « Le dispositif SI-VIC a notamment pour objectif de retrouver des victimes lorsqu’on n’a pas leur identité, a rappelé François Crémieux, directeur général adjoint de l’AP-HP, interrogé par Le Quotidien. Mais la manière dont cela a été formulé dans la case commentaires est à la fois fantaisiste et inadaptée. » La « bévue » aurait été commise par … un « stagiaire en formation complémentaire » (sic) appartenant à une …. des « équipes qualité et gestion des risques » (re-sic) en charge des formations à l’usage du dispositif SI-VIC auprès du personnel des hôpitaux (re-re-sic). « Les avatars auraient dû être créés sur une base de données d’exercice comme c’est prévu par le dispositif et non sur la base des événements réellement déclarés », détaille encore François Crémieux. Et d’ajouter : « La deuxième erreur est la sauvegarde des faux patients en question, au nombre de dix, qui sont ceux qu’on retrouve dans l’article du “Canard enchaîné” ».

Il assure que, « à la connaissance de l’AP-HP à ce jour », il s’agit des dix seuls cas existants. Et précise qu’une mission d’enquête a été déclenchée vendredi 26 avril pour « faire toute la transparence sur l’ensemble de l’utilisation du dispositif SI-VIC ». Un retour est prévu « dans les six semaines avec un point d’étape mi-mai », a-t-il ajouté. Sans remercier Le Canard enchaîné.

A demain

@jynau

Autisme et politique : Sophie Cluzel regrette-t-elle vraiment d’avoir insulté les psychiatres ?

Bonjour ?

Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Le 1er avril, sur les ondes de RMC   elle déclenchait une violente polémique en succombant avec délice à l’invite « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin. C’était le début d’une affaire sans précédent connu, affaire qui est loin d’être terminée.

Dix jours plus tard, ce communiqué : « Pédopsychiatres et psychiatres du service public exigent des excuses à la suite des propos outranciers de Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat au Handicap ». Un texte adressé à Sophie Cluzel avec copie « à Monsieur le président de la République à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé ». Ire comparable au sein du Syndicat national des psychiatres privés – ainsi que du Conseil national professionnel de psychiatrie (qui regroupe l’ensemble des sociétés savantes et syndicats de psychiatrie) « condamnant à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées .»

 Qui allait pouvoir effacer l’outrage ? Agnès Buzyn vient de faire un premier pas. La ministre des Solidarités et de la Santé visitait, le 12 avril, l’Établissement de santé mentale de l’agglomération lilloise (EPSM-AL). Elle y a rencontré, le Dr Patricia Do Dang, cheffe de pôle du secteur 59I04 et de la Clinique intersectorielle de l’adolescent. Cette soignante lui a déclaré que, comme nombre de pédopsychiatres, elle avait été très heurtée par les propos de la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées.

Totale confiance dans la psychiatrie et les psychiatres

Des propos « disqualifiants voire insultants » qui démontraient, selon la pédopsychiatre, une ignorance des réalités de terrain. Des paroles, rapporte Le Quotidien du Médecin (Géraldine Langlois), qui  révélaient également selon elle le « manque de soutien du plus haut sommet de l’Etat » envers les professionnels.

Réponse d’Agnès Buzyn, les propos de Mme Cluzel faisaient référence « à un vieux reproche fait par des familles sur la prise en charge des enfants autistes dans les années 1980, qui culpabilisaient les familles ». Et, selon la ministre, la secrétaire d’État « doit regretter d’avoir heurté » les pédopsychiatres. « Nous avons totalement confiance dans la psychiatrie et les psychiatres dans la prise en charge » de ces enfants, a assuré la ministre des Solidarités et de la Santé.

Ce « nous » ministériel, en toute logique républicaine, s’impose désormais à Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat. Cette dernière, désormais n’a plus le choix si elle entend continuer à assumer ses responsabilités : il lui revient, au plus vite, de présenter ses regrets à la communauté des soignants qu’elle a « heurtés » Et de s’expliquer.

A demain

@jynau

@Xavier Bertrand a définitivement choisi : oui au camp de l’homéopathie et du remboursement !

Bonjour

C’est, résume Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy) un soutien inattendu pour les acteurs pro-homéopathie. Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé (2005-2009 ; 2010-2012), aujourd’hui président de la région des Hauts-de-France, a annoncé le 14 avril dans un tweet avoir signé une pétition demandant « le maintien du remboursement de l’homéopathie ». Ce soutien a aussitôt déclenché l’ire des « anti-homéopathie », qui ont rétorqué via plusieurs centaines de tweets à celui qui, qouiqu’isolé à droite, ne désespère pas de revenir aux affaires centrales.

Xavier Bertrand ✔@xavierbertrand Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! Je suis comme des millions de Français, je veux le maintien du remboursement de l’#homéopathie. Je signe la pétition #MonHomeoMonChoix !https://www.monhomeomonchoix.fr/ 

Sourde oreille ex-ministérielle

Cette pétition contre le déremboursement des médicaments homéopathiques (132 000 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes) a été lancée par dix-huit organisations professionnelles, des sociétés savantes, des associations de patients et des laboratoires ; et ce via une  campagne de mobilisation intitulée « Mon homéo, mon choix ». Objectif affiché : « donner la parole aux Français pour qu’ils expriment leur attachement à cette thérapeutique et revendiquent le maintien de son remboursement ».

L’ancien ministre s’expliquera-t-il plus avant ? Osera-t-il dépasser la seule vision comptable du sujet ? Aborder sa dimension médicale, philosophique ?  Sollicité par Le Quotidien du Médecin Xavier Bertrand a fait la sourde oreille 1. On peut toutefois utilement revenir à ce qu’il déclarait  au Monde (Sandrine Blanchard) dans ce papier publié le 16 septembre 2005 :

« Xavier Bertrand est catégorique. « Tant que je serai ministre, on ne touchera pas à l’homéopathie«  , a indiqué au Monde , jeudi 15 septembre, le ministre de la Santé. Interrogé sur le sort qu’il entendait réserver aux petits tubes de granules au moment où la Haute Autorité de santé (HAS) prône le déremboursement de 221 médicaments à service médical rendu (SMR) insuffisant (Le Monde du 16 septembre), M. Bertrand répond que le déremboursement de l’homéopathie n’aurait pas d’avantage financier. Il affirme ainsi que « dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée, car, aussitôt, on assisterait à un transfert des prescriptions sur l’allopathie, ce qui, économiquement, coûterait plus cher » .

« Cette décision ne manquera pas de satisfaire les laboratoires français Boiron, leader mondial de ce secteur, qui bataillent depuis plus de deux ans pour défendre leurs produits. Le vieux débat sur la nécessité ou non de maintenir dans la liste des médicaments remboursables des spécialités homéopathiques dont l’intérêt thérapeutique n’a jamais été scientifiquement prouvé est donc clos. En 2003, le ministère de la Santé avait rouvert le dossier en décidant de baisser le taux de remboursement des médicaments homéopathiques de 65 % à 35 %, jetant alors le trouble sur cette médecine alternative.

Respecter l’équité

Pour Jean-François Mattei, ministre de l’époque, il s’agissait de respecter « l’équité »entre les laboratoires pharmaceutiques. Alors que des dizaines de spécialités allopathiques venaient de subir une diminution de leur niveau de remboursement pour cause de SMR insuffisant, rien ne justifiait, à ses yeux, que l’homéopathie ­ dont le SMR n’a jamais été évalué par la commission de la transparence ­ continue d’être prise en charge à 65 % (…)

Philippe Douste-Blazy, le successeur de M. Mattei, a botté en touche. Soulignant que « 10 millions de Français en consomment, 25 000 médecins en prescrivent, le tout pour 70 millions d’euros par an, soit une goutte d’eau dans les dépenses pharmaceutiques«  , il décida de ne pas dérembourser l’homéopathie tout en promettant de demander à la Haute Autorité de santé de trancher sur l’intérêt de cette médecine douce. Las. M. Douste-Blazy ne saisira jamais l’instance scientifique indépendante sur cette question. Et M. Bertrand non plus.

« Politiquement, cela ne vaut pas la peine pour un ministre de susciter beaucoup d’émoi dans la population pour quelques millions«  , analyse Jean-François Bergmann, vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché.  Mais, ajoute-t-il, « en tant que professeur de thérapeutique, il est difficile d’expliquer le fondement rationnel d’un système de soins qui veut, d’un côté, dérembourser les veinotoniques et qui, de l’autre, continue à rembourser l’homéopathie. Dans les deux cas, c’est de la placebothérapie«  . »

Georgina Dufoix, Jean-François Mattei, Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand, Marisol Touraine ne sont plus ministres de la Santé. L’homéopathie est toujours remboursée. On attend aujourd’hui Agnès Buzyn (et son couperet HAS) au tournant. Ce sera avant le prochain été.

A demain

@jynau

1 Observons que Xavier Bertrand ne s’est d’autre part jamais expliqué (à notre connaissance) sur la question de l’obligation de la vaccination anti-grippale des professionnels de santé. Cell-ci figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. »

 

 

L’affaire du professeur réputé du CHU d’Angers poursuivi pour des «propositions appuyées»

Bonjour

En d’autres temps le presse régionale catholique aurait tu son nom avant le procès. Aurait ignoré, méprisé, les rumeurs de la ville. #Metoo ou pas, tel n’est plus le cas. L’affaire dépasse déjà la ville d’Angers. « Des dizaines de SMS, des propositions appuyées et des cadeaux déposés dans la boîte à lettres de sa victime – une jeune secrétaire du CHU d’Angers –, le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi vient de recevoir une convocation à comparaître devant le tribunal correctionnel d’Angers le 14 juin » rapporte le correspondant du Monde, Yves Tréca-Durand, dans la cité du Roi René.

Ce médecin de réputation internationale (« un des experts internationaux des traitements focaux du cancer de la prostate localisé avec la plus grande expérience dans le domaine de la photothérapie dynamique. Il participe également activement à la mise en place de nouvelles méthodes permettant des biopsies ciblées pour le diagnostic du cancer de la prostate à un stade précoce» précise le CHU de la ville) est par ailleurs un ancien élu municipal d’Angers. Il est poursuivi pour harcèlement sexuel, avec circonstance aggravante : il aurait abusé de l’autorité que lui conférait sa fonction de médecin et de chef de service. Il devra également s’expliquer sur une accusation de détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel (en l’occurrence le dossier médical de la victime) – un délit passible selon le code pénal de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

La directrice du CHU d’Angers avait été alertée en juin 2018 par la victime qui réclamait une protection de l’établissement. Le procureur de la République de la ville avait alors ouvert une enquête conduisant rapidement à la garde à vue du médecin. Ce dernier avait reconnu l’envoi « de dizaines de SMS » et de cadeaux (« des chocolats, des bonbons et un DVD du film A bras ouverts » précise Le Monde), mais assuré qu’il n’avait « jamais eu de geste déplacé ni fait d’allusion sexuelle ».

Corticoïdes et abaissement des standards moraux

Mais le Pr Abdel-Rahmene Azzouzi avait aussi invoqué pour sa défense la prise d’un traitement à base de corticoïdes qui aurait altéré son discernement et « abaissé ses standards moraux » (sic). Il avait, par ailleurs, parlé de « cabale » ourdie par des collègues jaloux – allant jusqu’à dénoncer un racisme latent au sein du CHU.

L’affaire s’enrichit et se complique du fait que le Pr Azzouzi s’est déjà fait connaître pour ses prises de position en faveur de l’islam de France – notamment dans ses écrits publiées dans Le Monde des religions (voir Le Quotidien du Médecin). Il a aussi longtemps soutenu Tariq Ramadan, dit Le Monde, jusqu’à ce que ce dernier fasse l’objet d’accusations de viol par plusieurs jeunes femmes. L’urologue a d’ailleurs choisi pour le défendre Me Samim Bolaky, qui a lui aussi pris publiquement la défense de l’islamologue suisse :

« Ce dossier ne méritait pas d’aller en correctionnelle. Certains éléments de cette convocation sont scandaleux. M. Azzouzi a souligné la plastique exceptionnelle de la partie civile, lui a envoyé des SMS, s’est rendu à son domicile pour déposer des cadeaux dans sa boîte à lettres et lui a proposé de sortir. Le parquet entend démontrer le harcèlement sexuel mais ce n’est pas ça. C’est de la drague, maladroite peut-être, mais rien de plus, rien de moins. On est dans une ère où, à coups de lois, on essaie de crisper les relations hommes-femmes, de criminaliser le fait pour un homme de vouloir séduire une femme. L’intention de harceler sexuellement n’a jamais habité M. Azzouzi. »

La poursuite de la pratique de la médecine ? Le CHU d’Angers indique que le Pr Azzouzi « est toujours suspendu de sa chefferie de service par mesure conservatoire » mais qu’il « continue à assurer son activité médicale » tant que la justice ne s’est pas prononcée. Et ajoute « qu’il reviendra ensuite au Conseil de l’Ordre et au Centre national de gestion des carrières de décider des suites professionnelles éventuelles ».

A demain

@jynau