Dangers affichés sur les paquets de tabac : pourquoi l’Etat joue-t-il à ce point petit bras ?

Bonjour

« Fumer bouche vos artères » dit-on aux fumeurs – avec, en prime, un beau cliché de jambe amputée. Plus de place pour les cautères. Mais, en prime, un fait divers qui régale la presse régionale, française et européenne. Une histoire de notre époque : celle d’un sexagénaire albanais résidant à Metz (Moselle) et qui affirme s’être reconnu sur un message de prévention utilisé à grande échelle sur des paquets de cigarettes vendus dans l’Union européenne. C’est à lire, à voir et à entendre sur France Bleu (Magali FichterAntoine Barège) et dans Le Républicain Lorrain, (Kevin Grethen) :

« Sa photo s’affiche sur tous les paquets de cigarettes commercialisés en France et au Luxembourg. Peut-être dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Sa photo, disons plutôt celle du moignon de sa jambe gauche. Une image choc comme l’impose depuis 2016 la politique contre le tabac. Mais surtout choquante pour cet Albanais installé à Metz depuis quelques années. Il n’a signé aucune autorisation pour l’utilisation de ce cliché ». Plus curieux encore, il y a tromperie sur le message diffusé : ‘’Fumer bouche vos artères’’  dénonce la marchandise. Or, l’amputation de ce membre n’a aucun lien avec le tabagisme. 

« Le fils du sexagénaire est tombé le premier sur l’image. ‘’Il revenait du Luxembourg. Sans rien nous dire, il dépose une grosse boîte de tabac à rouler sur la table, raconte sa sœur qui joue la traductrice pour son père. On est restés interdits un moment… On n’y croyait pas. » La photo montre un tronc, une jambe coupée assez haut. Ils la connaissent assez pour n’avoir aucun doute. « C’est celle de notre père. Ses cicatrices sont caractéristiques.’’ L’avocat messin de la famille, Antoine Fittante, confirme : ‘’Chaque cicatrice est spécifique, unique. Cet homme a également des traces de brûlures sur l’autre jambe, c’est très net. Un expert n’aura aucune difficulté à identifier l’image.’’

Oublier la fusillade en Albanie

« Depuis son arrivée en France, et son installation auprès de ses enfants parfaitement intégrés, cet homme rêvait d’un appareillage pouvant l’aider à marcher sans béquilles. Et à oublier cette fusillade en Albanie qui l’a estropié à vie en 1997. Il y a cru lorsqu’un orthopédiste l’a envoyé en 2018 vers un spécialiste de l’hôpital militaire Legouest à Metz. Des photos – dont celle diffusée – ont été envoyées pour évaluer les possibilités. Le patient a passé une IRM. ‘’On avait espoir. Vraiment. Mon père vit avec des béquilles depuis plus de vingt ans. Il ne s’était jamais résigné. Il a toujours espéré retrouver de l’autonomie. Pour lui, c’était synonyme d’une nouvelle vie’’, sourit sa fille.

« La petite flamme s’est éteinte en même temps que la découverte de l’image sur les paquets. ‘’On n’a plus jamais eu de retour du médecin de Legouest.’’ Le patricien n’y travaille plus aujourd’hui.

« Les explications de la Commission européenne n’ont pas permis de retracer le parcours de la photo. Parce que ‘’ la personne dont vous nous avez communiqué le nom ne figure pas dans la bibliothèque de ces images destinées aux avertissements de santé’’, a-t-elle répondu. Cela soulève une autre question : quelqu’un a-t-il signé le document de consentement sous un autre nom ? ‘’La commission va devoir me produire ces éléments’’, prévient Me Fittante.

Le Monde et ses « Décodeurs » ont travaillé le sujet et concluent que ce témoignage « souffre de sérieuses incohérences » « La chronologie invalide la version des faits avancée par ce monsieur, sa famille et son avocat, estiment-ils. La présence de ces photographies sur les paquets de cigarettes est obligatoire depuis 2016. Selon la Commission européenne, le choix des quarante-deux images – qui ont été successivement utilisées à partir de 2016 – a été arrêté dès 2014. La directive, diffusée le 10 octobre 2014, inclut la ‘’ bibliothèque de mises en garde assorties d’images à appliquer sur les produits du tabac’’. La photographie de la personne unijambiste fait bien partie de la série, ce qui rend impossible la version du sexagénaire albanais qui affirme que le cliché date de 2018 ».

Interrogée par Le Parisien, la Commission a assuré que la photographie a été acquise et utilisée dans le respect des droits de la personne à l’image, qui ne serait pas le sexagénaire qui s’est exprimé dans la presse : « Nous disposons de l’identité, de l’accord et des droits pour toutes les personnes photographiées pour cette campagne. Au vu des informations dont nous disposons, nous pouvons affirmer sans aucun doute que cet individu n’en fait pas partie. »

Pourquoi en rester là ?

De nombreuses preuves confirment que l’image date d’avant « mai ou juin 2018 » et n’a donc pas pu être prise lors du séjour du sexagénaire à l’hôpital. Des documents officiels émanant de la Commission européenne, ou encore de l’agence suédoise de santé publique et hébergé sur de nombreux sites, par exemple le site spécialisé Tobaccolabels.ca  et datés de 2014, 2015 ou 2016 comportent ainsi la photo en question.

Qui dit la vérité vraie ? Et comment conclure ? Par exemple en observant les limites de ces affichages « sanitaires », l’inefficacité de ces clichés tenus pour effrayer celles et ceux qui sont devenus esclaves de l’addiction au tabac. Des esclaves rapidement devenus insensibles à des images de corps souffrants, horreurs qu’ils ne voient plus, slogans-choc qu’ils ne lisent plus.

Pourquoi en rester là ? Pourquoi jouer à ce point petit bras ? Pourquoi, par exemple, ne pas indiquer sur toute la surface du paquet, le montant exact des taxes prélevées par l’Etat sur ce toxique addictif en vente libre ?

A demain @jynau

Trente-deux ans après, trois membres de la famille du petit Grégory placés en garde à vue

Bonjour

« Vertigineux » dit Le Républicain Lorrain. Qui dit mieux ? Nous sommes le 14 juin 2017. Ce matin, vers 8 heure les gendarmes de la section de recherche de Dijon ont débarqué dans la vallée de la Vologne, là où il y a un peu plus de trente-deux ans le petit Grégory Villemin, 4 ans, a été assassiné. Ils se sont rendus dans un petit village du secteur de Bruyères. Puis ils ont interpellé et placé en garde à vue un couple de septuagénaires. « Un couple dont le nom figure depuis belle lurette dans ce dossier hors-norme et qui a été conduit à la brigade de Bruyères, révèle le quotidien régional. Les militaires leur ont signifié leurs droits, leur ont indiqué pourquoi ils étaient momentanément privés de liberté. Les qualifications pour lesquelles ils ont été placés en garde à vue sont les suivantes : complicité d’assassinat, non-dénonciation de crime, non-assistance à personne en danger et abstention volontaire d’empêcher un crime ».

Les trois personnes interpellées appartiennent à la famille Villemin : il s’agit de l’oncle et de la tante de Jean-Marie Villemin – le père du petit Grégory –, ainsi qu’une belle-sœur, a fait savoir une source proche du dossier. Une quatrième personne, la grand-mère de Grégory Villemin, Monique Villemin, est également actuellement entendue mais en audition libre – son état de santé ne permet pas d’être placée en garde à vue.

Vertigineux. Les plus de cinquante ans comprendront que c’est là un véritable séisme dans la mémoire nationale. Car l’affaire Grégory est bien l’une des plus grandes énigmes criminelles de l’histoire judiciaire française. La mémoire revient à grande vitesse. Le corps sans vie de Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé au soir du 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne. Bernard Laroche, un cousin de Jean-Marie Villemin, inculpé d’assassinat, incarcéré, remis en liberté le 4 février 1985. Son assassinat par Jean-Marie Villemin d’un coup de fusil de chasse. Jean-Marie Villemin condamné pour ce meurtre à quatre ans de prison en 1993.

L’affaire Libération-Duras

Juillet 1985, le juge Jean-Michel Lambert porte soudain ses soupçons sur Christine Villemin. La mère est qui totalement innocentée en 1993 au terme d’un non-lieu retentissant pour « absence totale de charges ».

La mémoire journalistique revient au pas de charge. C’est aussi en 1985, et la demande de Serge July, que Marguerite Duras se rend à Lépanges-sur-Vologne pour le journal Libération. La mère de Grégory refuse de parler à l’écrivaine. Le 17 juillet de cette année-là Libé publie une tribune signée Duras, qui pointe la culpabilité criminelle de Christine Villemin 1. « Sublime, forcément sublime… ». L’article est certes précédé d’un avertissement, « La transgression de l’écriture », rédigé par Serge July, qui rappelle la liberté inhérente à l’écriture de l’artiste. Il n’empêche, l’affaire fait scandale. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Dans sa biographie Marguerite Duras (Gallimard), Laure Adler expliquera en 1998 que « Marguerite Duras se défendra toujours de ce « sublime, forcément sublime ». Huit ans plus tard le journaliste Denis Robert (qui suivait en 1985 l’affaire Grégory pour Libération ) révèle que le texte est en réalité une « version allégée » d’une première tribune, refusée par la rédaction du journal, et dans laquelle Marguerite Duras « développait l’idée qu’une mère qui donne la vie a le droit de la retirer ». Où est la vérité ?

Vertiges de la mémoire. 1985 : c’est le début des « empreintes génétiques » utilisée à des fins d’enquête criminelle; en Angleterre grâce à Alec Jeyffreys. La quête de l’ADN sur les bords de la Vologne ne commencera qu’en 1999, puis en 2008 – l’ADN est alors recherché sur les scellés. En 2013, mise au jour de nouvelles traces d’ADN sur les cordelettes ayant servi à entraver le corps de l’enfant relance une nouvelle fois l’affaire. Puis le procureur général de la cour d’appel de Dijon assure que c’est là une nouvelle impasse. « Il y a toujours un espoir, dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais, d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne », avait-il alors déclaré.

Au delà des vertiges, que peut-on dire, aujourd’hui 14 juin 2017 ?

A demain

1 Sur l’écriture et les grandes affaires criminelles on lira avec le plus vif intérêt la réédition de « Trois crimes rituels » de Marcel Jouhandeau (Les Editions du Chemin de fer)

 

 

L’effarante histoire de René, 50 ans: traité dix ans pour un Alzheimer qu’il n’avait pas

Bonjour

C’est une histoire qui fait peur. Une histoire anonyme d’enfermement moderne. L’Agence France Presse nous la rapporte après l’avoir repérée dans les colonnes du Républicain Lorrain (Kevin Grethen). Elle est assez simple : un quinquagénaire croyait être atteint de la maladie d’Alzheimer et suivait des traitements en conséquence depuis un diagnostic médical de 2004 – diagnostic porté au CHU de Nancy, mais celui-ci était en réalité erroné.

Dix ans d’angoisse

« Ce qui est dramatique c’est qu’un homme a été soigné pendant dix ans pour une maladie d’Alzheimer, avec toutes les conséquences socioprofessionnelles que cela implique (…). Il a perdu dix ans de sa vie, dix ans d’angoisse », a expliqué son avocat Me Jean-Christophe Duchet, interrogé par l’AFP. Il faut ici lire le papier exemplaire du  Républicain Lorrain :

« En octobre 2004, le quadragénaire souffrait de brèves pertes de mémoire. « Les noms, les dates… j’avais des vertiges aussi. J’étais fortement déprimé, à l’époque, par ces problèmes. On a d’abord consulté à l’hôpital de Marange-Silvange. » Une batterie de tests plus poussés à l’hôpital Central de Nancy, et tous les spécialistes en arrivent à la même conclusion.

« Le docteur m’annonce que je vais devoir me faire soigner parce que je suis malade. Il n’a prononcé le nom de la maladie qu’une fois, quand on lui a demandé avec insistance. » René souffre d’Alzheimer. « On n’y croyait pas, soupire son épouse. Il était tellement jeune. Mais ça peut se déclarer chez des enfants, nous a-t-on dit. »

Ne pas être un légume

Déclaré inapte, René perd son emploi. Il ne sort plus de chez lui, s’éloigne de ses amis. « Avoir Alzheimer lorsqu’on n’a qu’une quarantaine d’années, c’est… je l’ai ressenti comme une catastrophe. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour ne pas être un légume ni un poids. Mais je n’en ai pas eu le courage. »

Il ingurgite des quantités de médicaments. « Avec leurs effets secondaires. » Son épouse sombre dans la dépression. « La vie change devant la maladie. » Elle intervient : « Pendant des mois et des mois, le sommeil a été perturbé par les pleurs de l’un ou de l’autre. » Lui s’enferme dans la solitude. Son quotidien se résume aux tâches ménagères et au bricolage. « Une vie triste. »

Efficacité médicamenteuse

Chaque année, les mêmes tests répétés à Nancy délivrent la même réponse. Pourtant, l’état de santé de René ne se détériore pas. « On se disait avec le médecin qui me suivait que les médicaments étaient efficaces. Je souffrais encore de certains oublis. » Une fois, le professeur nancéien s’interroge à haute voix sur une possible erreur. « Mais il est vite passé à autre chose. »

La remplaçante de ce médecin parti à la retraite se montre plus curieuse. « Lorsqu’on la rencontre en 2012, raconte l’épouse, elle me dit que c’est bien que je sois là pour qu’on puisse un peu discuter. Je lui réponds qu’elle peut aussi parler avec mon mari ; elle n’y croyait pas. Il était impossible qu’un malade souffrant d’Alzheimer depuis huit ans soit encore debout et capable de dialoguer normalement. »

Cachets vitaux

Le neurologue stoppe les traitements. « J’aurais pu être content mais en fait, j’étais très inquiet. Dans mon esprit, ces cachets me tenaient en vie, indique René. Et qui croire ? J’étais choqué et complètement perdu. » Il a fallu deux ans et de nouvelles analyses pour que le patient et son épouse aient la certitude que « tout ceci n’était qu’un cauchemar. Mes absences proviennent d’anciens traumatismes crâniens. »

Un mauvais rêve aux conséquences difficiles à mesurer. Ils avaient honte avant, ils ont toujours honte aujourd’hui. « On a menti à tellement de gens, à notre propre famille… C’est impossible de leur révéler la vérité. Ils ne comprendraient pas » Raison pour laquelle nous avons préservé leur identité. René ne souffre pas d’Alzheimer, c’est une bonne nouvelle. Mais lui et sa femme se sentent condamnés à affronter l’avenir seuls. »

Inadmissible

Et maintenant ?  « La question maintenant c’est de savoir si cette erreur de diagnostic était admissible ou pas », explique Me Duchet. L’avocat va prochainement saisir un juge administratif pour solliciter une expertise judiciaire devant déterminer s’il y a eu faute médicale ou non.  L’avocat rapporte aussi qu’au terme d’une procédure de conciliation avec le CHU de Nancy, l’hôpital a expliqué qu’ « en l’état des connaissances en 2004 on ne pouvait pas faire autrement que de poser le diagnostic d’Alzheimer ».

Voilà une affirmation qui ne sera pas simple à étayer. Et il faudra démontrer pourquoi la piste des diagnostics différentiels n’a pas, en dix ans, été creusée. On peut voir là une démonstration éclairante de la fatalité qui est associée à la maladie d’Alzheimer dès que le diagnostic a été porté.

Toxicité

On s’intéressera aussi, incidemment, à l’impact potentiellement toxique des  spécialités anti-Alzheimer dont l’inefficacité est désormais assez largement démontrée – médications toujours remboursées par  notre collectivité.

Sollicitée par l’AFP, une porte-parole du CHU de Nancy n’a pas été en mesure de s’exprimer sur l’affaire. « Il faudra attendre les résultats de l’expertise judiciaire », a-t-elle précisé. Attendons.

A demain

Appendicectomie mortelle : les nouvelles révélations du « Républicain Lorrain »

Bonjour

Il y a dix jours mourait à Nancy un enfant de 11 ans prénommé Corentin (« Appendicectomie mortelle (aorte et foie touchés) » au décours d’une appendicectomie pratiquée à « l’hôpital-clinique Claude-Bernard » de Metz (établissement de 259 lits, dont 93 pour la chirurgie générale et spécialisée).

Coups du sort

Aujourd’hui 12 novembre Le Républicain Lorrain (Alain Morvan) revient sur ce drame avec une série de révélations. Extraits :

« Le petit Corentin Jeras, 11 ans, a été victime de deux coups du sort, que la justice qualifiera peut-être un jour d’erreur, ou de faute pénale. Selon nos informations, les chirurgiens qui se sont occupés de lui pendant les sept heures et demie qui séparent le début de l’opération des premières informations données à la famille, ont lésé des zones très sensibles de son abdomen. En attendant de connaître le scénario exact ayant conduit à la mort de Corentin, il est possible de décrire schématiquement deux des étapes critiques de l’intervention. Dans le huis clos du bloc opératoire, les praticiens ont été confrontés à une situation qui a fini par les dépasser.

Parents convaincus

En ce samedi 1er novembre, Corentin vient de passer la nuit à l’hôpital Claude-Bernard. Malgré la prescription du radiologue, qui l’avait renvoyé chez lui la veille avec un traitement pour ses douleurs à l’abdomen, les urgences pédiatriques choisissent, sur avis d’un chirurgien, de le garder à demeure et de l’opérer sur le champ. Son père n’était pas très chaud dans un premier temps pour l’intervention, estimant que le scanner et la prise de sang réalisés plus tôt étaient rassurants. Mais les parents se laissent convaincre de passer la nuit à l’hôpital.

Le samedi matin, vers 9h, Corentin manifeste un peu de douleur à la palpation du chirurgien. Fatiha, sa mère, prépare elle-même l’enfant, lavant son corps à la Bétadine. Corentin part au bloc. Là, le premier chirurgien, qui pratique par cœlioscopie, toucherait l’aorte abdominale, provoquant une première hémorragie. Selon nos sources, le praticien ne parvient pas à la juguler et il serait, alors, fait appel à un spécialiste de la chirurgie vasculaire de Claude-Bernard. Malheureusement, dans cette phase de reprise, le foie serait lésé, et en particulier, l’artère hépatique. La situation s’aggrave. Un troisième praticien est même appelé au chevet de Corentin qui est abondamment transfusé. En vain. »

Transfert à Nancy

L’enfant est alors transféré à l’hôpital de Nancy-Brabois en ambulance. Les parents le rejoignent en voiture. En salle d’attente une bonne partie de la nuit, ils sont informés régulièrement par une infirmière. Vers 1h du matin, ils sont autorisés à entrer en salle de réanimation pour voir Corentin. Dans la matinée, son état est critique : son sang ne coagule plus et les médecins annoncent qu’ils vont stopper la transfusion. Les parents résistent mais il est trop tard. Corentin mourra à 17h59. »

Chirurgien anéanti

Interrogés par l’Agence France Presse, ni le parquet, ni la police judiciaire de Metz, en charge de l’enquête, n’ont encore voulu confirmer ou démentir ces informations. Il en va de même de la direction de l’hôpital-clinique Claude-Bernard de Metz. Son directeur, Cyril Dufourq, a refusé de préciser combien de praticiens étaient intervenus au bloc opératoire au chevet de Corentin. On peut toutefois lire ici un entretien accordé par le directeur de l’établissement au Dauphiné.

Dans un entretien accordé au Républicain Lorrain  l’un des chirurgiens qui a opéré l’enfant s’est dit « effondré, anéanti » par ce drame. On peut lire ici cet entretien émouvant.

« Très humain »

Extraits : « Je suis en deuil,  je pleure, ma femme pleure, mes enfants pleurent. Je suis effondré, anéanti » affirme le quadragénaire, spécialiste de chirurgie thoracique et digestive qui a travaillé successivement à Nancy, Bar-le-Duc, Lunéville mais également en proche banlieue parisienne.

« Je suis très humain. Demandez-le aux gens qui me connaissent, ils vous diront, je suis toujours prêt à aider tout le monde. J’opère des gens dans tous les milieux, des gens modestes avec la CMU. Je ne trouve pas les mots pour parler de ce qui s’est passé. C’est trop tôt ». Il dit ignorer l’interdiction de bloc opératoire dont il fait l’objet. « Je n’ai rien d’officiel, rien d’écrit sur le sujet. Je vis un peu en reclus de toute façon depuis plusieurs jours », avance celui qui n’a pas encore été entendu par la police judiciaire de Metz, saisie vendredi du dossier.

Pas d’alcool

Le 1er novembre, il était dans un état normal ont assuré plusieurs sources, dont la direction de l’hôpital elle-même. Pas d’alcool, pas de substances qui auraient pu altérer son jugement. Alors pourquoi opérer un jour férié un enfant dont le cas ne présente aucun caractère d’urgence et qu’un radiologue de la même clinique renvoyait chez lui avec une simple prescription d’antalgique ? « Je ne veux pas évoquer les faits », répète le praticien qui devrait être auditionné très prochainement par la PJ.

Les parents de Corentin ont porté plainte « contre X » dès le lendemain du décès. « Mes clients n’ont pas encore été invités par le juge d’instruction à se constituer partie civile, donc je n’ai pas accès au dossier et je ne sais pas ce qu’il y a dedans » explique leur avocat, Me Marc Baerthelé. L’Agence régionale de santé a  diligenté une enquête médico-administrative, dont les résultats seront communiqués à la justice. L’hôpital-clinique Claude-Bernard mène en parallèle une enquête interne.

Curieuse formulation

Le parquet de Metz a ouvert une information judiciaire contre X mais  les personnes impliquées dans l’affaire n’ont pas encore été entendues par la justice, indique le procureur de Metz Christian Mercuri. « Dans ce genre d’affaires, il faut déjà rassembler des éléments médicaux, c’est une procédure lourde, très complexe » a confié à l’Agence France Presse une source proche de l’enquête qui assure que le dossier est considéré comme « prioritaire ». Une autopsie du corps de l’enfant a été réalisée la semaine dernière, mais les résultats définitifs ne devraient « pas être connus rapidement ». « Les experts vont prendre leur temps, considérant les enjeux » confie  cette « source ».

Loin de toute arrière-pensée complotiste, on ne peut manquer de voir ici une bien curieuse formulation.

A demain

Appendicectomie mortelle (aorte et foie touchés) « Les chirurgiens vont devoir s’expliquer »

Bonjour

Tout va si vite aujourd’hui que l’on en viendrait presque à se demander pourquoi l’affaire n’émerge que maintenant au plan national. Ou pourquoi la justice a été si longue à se saisir de cette mort. Le parquet de Metz n’a ouvert qu’hier 7 novembre, une information judiciaire « contre X, pour homicide involontaire après le décès de Corentin, 11 ans. Le jeune garçon, qui habite Metz, est mort le  2 novembre des suites d’une appendicectomie.

« Selon nos informations, le chirurgien aurait partiellement sectionné l’aorte de l’enfant au tout début de l’intervention et cette erreur n’aurait jamais pu être récupérée malgré le renfort d’un spécialiste de la chirurgie vasculaire venu de l’hôpital de Mercy et le transfert final du petit patient à Nancy-Brabois » écrit aujourd’hui Le Républicain Lorrain.  « L’autopsie de Corentin [réalisée mercredi 5 novembre dans le cadre d’une enquête initiale du parquet ] révèle en effet une plaie à l’aorte et une autre au foie », confirme une porte-parole du procureur de la République. Ce dernier a estimé le 7 novembre qu’un juge d’instruction devait faire toute la lumière sur ce tragique décès.

Réponses réservées

Contactée, la direction de « l’hôpital-clinique Claude-Bernard » (établissement privé de 259 lits, dont 93 pour la chirurgie générale et spécialisée) a publié un communiqué : « Une enquête médico-administrative est en cours. Nous pensons à la famille, que nous assurons de tout notre soutien. Nous réservons nos réponses à l’enquête et la famille. »

France Info évoque « des parents dans le milieu médical ». Le quotidien lorrain  les cite : Pierre Jeras, psychiatre à Illange et Fatiha Chami, secrétaire médicale à l’hôpital d’instruction des armées Legouest.

Médecin traitant absent

« Ils ont l’impression de vivre un cauchemar depuis une semaine. Ils s’étaient inquiétés de la santé de Corentin plusieurs jours avant l’admission de leur fils unique, élève en 6e à l’Institution de La Salle, à la clinique Claude-Bernard. ‘’ Il avait mal au ventre. Un autre jour, il a vomi. Vendredi [le 31 octobre], mon médecin traitant m’a dit qu’il ressentait une douleur à la palpation au niveau de l’appendice. Il m’a alors conseillé d’aller aux urgences pédiatriques de Mercy’’, raconte Fatiha »

« Après analyse d’un scanner abdominal, le médecin de Mercy estime que Corentin a bien une appendicite mais qu’elle n’est pas « enflammée » et qu’un traitement suffit pour l’instant. La maman et son fils sont orientés vers leur médecin traitant, mais, comme il est midi, celui-ci ne consulte plus. Ils sont donc dirigés vers les urgences pédiatriques de Claude-Bernard pour l’obtention d’un simple médicament. »

Urgence pédiatrique

« Là-bas, les médecins choisissent de garder Corentin et annoncent à la famille qu’un chirurgien viendra les voir un peu plus tard. Corentin entre au bloc vers 10h, le 1er novembre. « J’ai attendu plusieurs heures, puis mon mari a pris le relais. Il m’a dit qu’il m’appelait s’il y avait un problème ». Quand le téléphone de Fatiha sonne vers 17h30, elle panique puis déboule à toute vitesse à la clinique. « Mon mari s’est jeté dans mes bras en pleurs en me disant qu’ils avaient touché une artère. Puis le chirurgien est venu nous dire qu’il avait touché l’aorte. Puis, il s’est tourné vers mon mari en lui assurant qu’ils faisaient tout leur possible, qu’ils étaient dessus depuis le matin », soupire la maman, dans le bureau de son avocat, Me Marc Baerthelé. »

C’est cet avocat que l’on entend depuis peu sur les ondes nationales.  Le temps passant tout ou presque est écrit dans Le Républicain Lorrain. L’appel à un « spécialiste de la réparation des vaisseaux et artères » venu en toute hâte de Mercy, puis le transfert de l’enfant à l’hôpital Brabois de  Nancy.  Corentin meurt le dimanche 2 novembre, à 17h59.

Responsabilités pénales

Les  parents  ont porté plainte dès le lundi. Ils veulent comprendre « l’enchaînement des circonstances qui a conduit à cette issue fatale ». « C’était un acte non urgent, les risques étaient en théorie maîtrisés, l’hôpital et les chirurgiens vont devoir s’expliquer », plaide Me Baerthelé. Personne n’a toutefois été visé nommément dans la plainte, l’enquête dira s’il y a des responsabilités pénales.

Les obsèques de Corentin ont eu lieu ce 8 novembre, à Metz. Les élèves de son collège devaient porter des tee-shirts blancs. « Sa couleur préférée » nous dit Le Républicain Lorrain.

A demain