Néo-journalisme, gauchisme et burn out : hémorragie de soutien au nouveau Média citoyen

Bonjour

Retour sur LeMedia un tout nouveau site d’information politique très proche de La France insoumise – et donc accusé d’être inféodé à Jean-Luc Mélenchon. Un site déjà dans les turbulences après  la publication par le site spécialisé Electron libre, samedi 24 février, d’un mail d’Aude Rossigneux, annonçant son éviction du poste de rédactrice en chef du jeune pure player. Elle brossait alors un portrait au vitriol de cette nouvelle « webtélé ».

Moins d’une semaine plus tard rien ne va plus comme nous l’apprend Le Monde (Ariane Chemin): « Une dizaine de soutiens du Média se désolidarisent de la webtélé proche des ‘’insoumis’’». A savoir : l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti, proche de Benoît Hamon, l’avocat Antoine Comte, l’écrivain Gérard Mordillat, le médecin urgentiste Patrick Pelloux, les comédien et comédienne François Morel et Judith Chemla, les journalistes Cécile Amar, de L’Obs, et Edouard Perrin, de Cash investigation, les musiciens Giovanni Mirabassi et Médéric Collignon. Sans oublier Noël l’une des « vedettes » de l’antenne qui a fait savoir qu’il n’y remettrait plus jamais les pieds.

 C’est, une nouvelle fois, l’évanouissement d’un doux rêve, la fins de nouvelles illusions quant à l’usage révolutionnaire que l’on pourrait faire d’un média qui serait nouveau avec des outils qui ne le sont pas. Tous les partants avaient, il y a quelques mois, applaudi de la naissance d’un « nouveau média citoyen », à la fois « humaniste et antiraciste, féministe, écologiste et progressiste ». Las, ils se mordent aujourd’hui les doigts d’avoir, avec quelques dizaines d’autres personnalités de la politique et du spectacle, , apposé leur nom en bas du « manifeste » publié dans Le Monde en septembre.

Journalisme fondamentalement alternatif

 L’Eldorado tout proche, alors, était dans ce « pure player » « fondamentalement alternatif par sa gouvernance, son modèle économique et son fonctionnement » – une affaire dirigée par le psychanalyste Gérard Miller et la communicante chargée des campagnes de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou.

Pourquoi cette prise de distance ? Parce que LeMédia  « ne répond plus, à nos yeux, à la promesse initiale ». Parce qu’il y a eu le limogeage d’Aude Rossigneux mais aussi, nous dit Ariane Chemin, à cause des propos tenus à l’antenne, vendredi 23 février, par Claude El Khal, correspondant (Le Monde met des guillemets à ce terme) au Liban de la chaîne sur la guerre de Syrie. Il avait justifié le choix de ne pas diffuser d’images des massacres perpétrés dans la Ghouta orientale, en banlieue de Damas, au motif qu’elles ne seraient pas « vérifiées de manière indépendante » et par refus du « sensationnalisme ».

« Quand l’information et la culture sont trop souvent traitées comme des marchandises, quel rôle les citoyens peuvent-ils encore jouer pour faire vivre le pluralisme et le débat ? Cette question appelle une réponse qui ne saurait attendre » pouvait-on lire dans la tribune de lancement de LeMédia. C’était en septembre dernier. En mars, la réponse n’est toujours pas trouvée.

A demain

Gauchisme, le burn out et le nouveau journalisme : la triste affaire du pure player «LeMédia»

Bonjour

On pourrait bien sûr en rire. Ou en pleurer. Ou, mieux encore, s’y intéresser de près comme on le ferait pour un syndrome en gestation. Soit le site pure player LeMedia un tout nouveau site d’information politique très proche de La France insoumise – et donc accusé d’être inféodé à Jean-Luc Mélenchon. Un site déjà dans les turbulences, sous l’œil affûté des confrères, mi-amusés mi-inquiets. Comme Libération. Ou Le Monde.

Après des semaines d’attente et mille et une promesses le tonnerre a grondé avec  la publication par le site spécialisé Electron libre, samedi 24 février, d’un mail d’Aude Rossigneux, annonçant son éviction du poste de rédactrice en chef du jeune pure player. Elle brosse un portrait au vitriol de cette nouvelle webtélé. Elle évoque notament des « troupes toujours motivées, mais épuisées », à deux doigts du « burn out » :

« Hier, l’annonce de mon éviction du journal, et de mon licenciement du Media m’a assommée au point que je n’étais pas en mesure de répondre comme je l’aurais voulu. Je ne suis pas sûre d’être encore en état d’affronter un dialogue direct. Écrire est une façon de parler sans être interrompue. Voilà ce que j’aurais pu dire si la force ne m’avait manquée.

« Je suis arrivée au Média parce qu’on est venu me chercher. J’étais alors la femme de la situation, parée de toutes les vertus. Trop, peut-être… L’idée d’une télé différente, engagée mais libre, portée par ses téléspectateurs et non par l’argent, d’une rédaction unie par un idéal commun mais où seraient respectées les individualités m’a enthousiasmée. Je m’y suis lancée à corps perdu, et pendant la période de pré-lancement, j’ai été envoyée au charbon chez les confrères plus ou moins bien disposés, pour présenter et défendre le projet. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me suis exposée…(…)

Tout ce travail, je l’ai fait bénévolement, sans recevoir un sou pendant plusieurs mois. Je ne le regrette pas, je demande seulement qu’on s’en souvienne (…) Dois-je porter seule la responsabilité des difficultés, des tensions, et des imprécisions de réglage ? En quoi ai-je démérité ? Qu’est ce qui me vaut ce traitement d’une violence et d’une brutalité qui me laisse dans un état de sidération. Une brutalité qui n’est pas exactement conforme à l’idée que chacun se fait d’un « management » de gauche. Une brutalité qui serait peut-être un sujet pour LeMédia si elle était le fait d’un Bolloré…

Zhǐ lǎohǔ 

De nombreux souscripteurs de cette chaîne de télévision alternative ont alors, selon Libération, exprimé leur déception et demandé des explications après ce licenciement. Etait-ce trop ? Le psychanalyste Gérard Miller − qui fait partie du comité de pilotage – a confié auprès du Monde qu’il n’avait  « jamais été question d’un licenciement » de Mme Rossigneux.

« C’est la fin de sa période d’essai. Cela peut se faire à la demande de l’employeur ou du salarié », précise M. Miller qui conteste le fond et la forme de la missive de la journaliste. Aucune « brutalité » assure-t-il. « Quand on l’a prévenue qu’on souhaitait mettre fin à sa période d’essai, on lui a proposé de continuer avec nous, confie encore le psychanalyste. On voulait qu’elle prenne la tête d’une émission hebdomadaire, continue M. Miller. Elle nous a proposé trois thèmes − la santé, le jazz et le vin. On était OK pour une émission sur la santé. »

Et puis rien ne s’est fait. Jusqu’à l’assimilation de LeMédia aux firmes de Vincent Bolloré (à la tête notamment des conseils de surveillance de Vivendi et du groupe Canal+). « On a mal pris la comparaison avec Bolloré, dit-il. C’est d’une méchanceté inouïe, c’est infâme. Mais quand on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage. » Ce qui n’est pas sans faire songer, un demi-siècle après, au 紙老虎 (tigre de papier).

A demain