Le père, la mère, la bioéthique et le symbolique : voici ce qu’Agnès Buzyn n’a jamais dit

Bonjour

Pour être parfois, ici, critique avec l’actuelle ministre des Solidarités et de la Santé il importe de rapporter le détournement sémantique dont elle est aujourd’hui la victime – dans un certain champ politique comme sur les « réseaux sociaux » qui les jouxtent. Un sujet opportunément traité par « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat).

Agnès Buzyn était invitée de l’émission « Ça vous regarde » sur LCP, le 24 septembre. Elle y était interrogée longuement au sujet du projet de loi de bioéthique en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Et notamment sur « l’absence de père » quand un couple de femmes ou une femme seule ont recours à une forme de « PMA pour toutes » qui n’est pas (encore) autorisée en France. « Que répondez-vous à cela ? », demande la journaliste Myriam Encaoua.

« Ecoutez, déjà, elles existent déjà [les familles sans père] (…) Il y a une famille sur cinq à une famille sur quatre qui est monoparentale et souvent, les pères sont totalement absents. Donc ces familles existent et les femmes réussissent à élever des enfants qui n’ont pas de problème particulier, de difficultés. »

Agnès Buzyn évoque alors le fait que « beaucoup de femmes font des enfants seules » aujourd’hui, « cette réalité-là, elle existe ». Selon elle, le projet de loi bioéthique vise donc aussi en partie à « sécurise[r] le parcours » de ces femmes. « L’idée n’est évidemment pas que toute la société bascule vers des enfants, voilà…, sans père… » Et c’est à ce moment-là qu’intervient l’échange sur la place « symbolique »du père. C’est une séquence de 24 secondes:

« – Myriam Encaoua, : « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut être une femme ? »

Agnès Buzyn : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles, […] une grand-mère. Je crois que les enfants ont besoin d’amour, tout nous démontre aujourd’hui que ce qui compte c’est la sérénité autour de l’enfant et cela, toutes les familles peuvent le garantir. »

Délire magnifique

C’est cet extrait, explique Le Monde, qui a été mis en avant par des opposants à l’élargissement de la PMA ces derniers jours. Dès le jeudi 26 septembre, Nicolas Dupont-Aignan réécrivait la réponse d’Agnès Buzyn en lui prêtant la phrase : « Un père, ça peut être une femme, évidemment ». Un véritable « délire », selon le chef de file de « Debout la France ». Le Monde rapporte encore que cet extrait a également fait les « choux gras » de plusieurs sites opposés à la PMA, comme Contre-info.com.

« Elle a par la suite fait son chemin jusqu’à Eric Zemmour, qui y a fait allusion dans son intervention à la convention de la droite de Marion Maréchal samedi 28 septembre. Le polémiste, qui dénonçait le monde moderne en maniant l’ironie (à partir de 4 minutes 30 secondes) :

« Comment ne pas être heureux de voir ces hommes au système pileux abondant qui peuvent enfin avouer leur vraie nature de femme ? De ces femmes qui n’ont pas besoin du contact dégoûtant des hommes pour faire des bébés. De ces mères qui n’ont plus besoin d’accoucher pour être mères. Comme dit la magnifique Agnès Buzyn, une femme peut être un père. »

Où l’on perçoit clairement la malignité-perversité du propos. « En résumé, conclut Le Monde, Agnès Buzyn n’a pas dit : « Une femme peut être un père » ou « un père peut être une femme ». Interrogée sur le rôle « symbolique » du père, elle a répondu qu’il pouvait « évidemment » être occupé par une « mère » ou un autre membre de la famille. Mais où l’on perçoit, aussi, la complexité du maniement dans les médias du symbolique par le politique.

A demain @jynau

Alerte : Agnès Buzyn désormais menacée par une implosion psychiatrique nationale

Bonjour

Il est des journalistes, et c’est heureux, qui ne lâchent pas leurs dossier. On les appelait, jadis, des rubriquards. Souvent respectés, parfois moqués des reporters. Ainsi François Béguin (Le Monde), l’un des rares, dans la presse généraliste, à se pencher régulièrement sur le dédain politique dont souffre la psychiatrie française.  « C’est un rapport d’initiative parlementaire dont se serait sans doute bien passée la ministre de la santé, Agnès Buzyn, écrit-il aujourd’hui 18 septembre 2019. A quelques jours d’une nouvelle journée d’action des personnels paramédicaux des urgences en grève, et quelques mois seulement après des mouvements sociaux d’ampleur dans plusieurs établissements psychiatriques, les députées Caroline Fiat (La France insoumise, LFI, Meurthe-et-Moselle) et Martine Wonner (La République en marche, LRM, Bas-Rhin) livrent, mercredi 18 septembre, un diagnostic explosif de la situation de la psychiatrie en France. 

« Ce rapport est avant tout un manifeste politique et un cri d’alarme », expliquent les deux élues que la triste logique politique devrait opposer – la première aide-soignante, la seconde médecin psychiatre. « Sans être véritablement inédit, tant les rapports et alertes sur le sujet se sont accumulés ces dernières années, les constats de la mission d’information sur ‘’l’organisation territoriale de la santé mentale’’ sont très forts, observe le rubriquard du Monde. Cette organisation y est qualifiée d’’’ inefficiente’’ et d’ ‘’ inefficace’’, la filière psychiatrique publique est jugée ‘’au bord de l’implosion’’, et la prise en charge des patients est décrite comme ‘’catastrophique’’. A l’issue de plusieurs semaines d’auditions de soignants et de patients à travers tout le pays, les deux femmes se demandent même si ‘’l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut (…) encore soigner les malades’’ ».

Il faut ici remonter dans le temps pour mieux saisir la désespérancela c, olère montante. Plus précisément en janvier 2018 quand Agnès Buzyn s’exprimait sur dans Le Monde (Sandrine Cabut , François Béguin et Laetitia Clavreul) en marge de la présentation de son plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Extraits :

 « Déstigmatiser » « Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

« Différentes chapelles » « Il faut que les psychiatres de secteur, les généralistes et les acteurs du médico-social se parlent et mettent en place des filières de prise en charge. Les différentes chapelles de professionnels de santé mentale doivent aussi un peu baisser la garde, car nous avons besoin de tout le monde pour assurer les soins sur le territoire. »

Le cercle vicieux de la pédopsychiatrie « La démographie est en chute libre dans cette spécialité. Les professionnels sont débordés, et les universitaires ne peuvent plus faire d’enseignement et de recherche tellement il y a de patients à prendre en charge. C’est un cercle vicieux, plus personne ne veut s’investir. Il y a des régions entières où il n’y a pas de formation. Je souhaite donc qu’il y ait au moins un poste de professeur de pédopsychiatrie par faculté de médecine. C’est un premier pas indispensable pour retrouver l’attractivité.»

Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorque la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. »

On apprit, par la suite la nomination en avril 2019 du Pr Frank Bellivier au poste de délégué ministériel à la psychiatrie. Puis rien, ou presque. Pour les deux élues, les problèmes sont « identifiés », les solutions sont « connues » et « ce qui a manqué jusque-là, c’est une volonté politique suffisamment forte pour faire changer les choses de manière radicale ».

Le « secteur » ? Soixante ans après sa mise en place ce système qui  structure géographiquement la prise en charge psychiatrique en France, est jugé en « échec ». Au fil des années il s’est complexifié, transformé en un « mille-feuille indigeste » et « illisible » de structures et d’acteurs. Conséquence : « une incompréhension totale du dispositif de la part des patients et de leurs familles », relèvent les députées.

Le « parcours de soins » ?  Un « parcours du combattant » et un « labyrinthe ». L’ « offre de soins » ? Outre sa complexité, elle est devenue « hétérogène et incohérente ». Les centres médico-psychologiques (CMP), censés proposer une aide au plus proche du domicile du demandeur ? « Saturés ». Les urgences psychiatriques ? « Engorgées ».  Sans oublier la croissance – jugée « sans précédent » par le contrôleur général des lieux de privation de liberté – du nombre d’hospitalisation sans consentement. Mille patients supplémentaires hospitalisés sans consentement entre 2017 et 2018, selon les chiffres de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. 

Que faire ? On lira les propositions des députées dans Le Quotidien du Médecin ( Marie Foult). Sans oublier la mise en place d’une « Agence nationale en charge des politiques de santé mentale », sur le modèle de ce qui avait été fait pour lutter contre le cancer avec la création de l’Institut national du cancer (INCa). Un dispositif dont le coût serait« modeste » au regard des innombrables souffrances et des milliards d’euros que coûtent chaque année les maladies psychiatriques à notre collectivité.

 Où l’on en revient à ceci :

 « La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles… On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur.» (Agnès Buzyn, Le Monde, 26 janvier 2018).

Le pire, depuis, a gagné la partie.

A demain @jynau

PMA pour toutes, veuves exceptées ? Comment Agnès Buzyn convaincra-t-elle les députés ?

Bonjour

Voici donc l’histoire –édifiante– d’une profonde incohérence politique révélée par la révision de la loi de bioéthique.On sait que le gouvernement défendra dès le 24 septembre devant le Parlement l’extension aux couples de femmes et aux femmes seules l’accès aux techniques de procréation médicalement assistée, une mesure aussi appelée «PMA pour toutes».

La mesure a été votée le 11 septembre par la commission spéciale de l’Assemblée nationale, mais elle est contestée par celles et ceux estimant qu’une thérapeutique contre la stérilité ne saurait être mise en œuvre à d’autres fins sans danger et prise en charge par la collectivité. Des contestataires qui empruntent parfois les chemins esparpés de la religion catholique et invoquent la « malédiction » (François-Xavier Bellamy).

Dans une belle unité le gouvernement et les députés macroniens répondent, en substance, qu’il ne s’agit ici que de répondre à une nouvelle « demande sociétale », de gommer autant que faire se peut une forme de discrimination entre femmes et de ne pas établir de différence entre la stérilité pathologique d’un couple hétérosexuel et la situation des femmes seules ou homosexuelles. A l’unisson (ou presque) le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) explique que cette ouverture s’inscrit «dans une revendication de liberté et d’égalité dans l’accès aux techniques de PMA pour répondre à un désir d’enfant».

« Désir d’enfant » ? Qui pourrait résister ? Qui devrait ? On peut certes entendre la logique gouvernementale. Il est en revanche nettement plus difficile de comprendre comment le même gouvernement peut, dans le même temps, s’opposer à une demande s’inscrivant dans la même logique: celle de lever l’interdiction de la PMA post mortem….

A lire sur Slate.fr : « PMA pour toutes, sauf pour les veuves. Agnès Buzyn entend maintenir coûte que coûte l’interdiction faite aux femmes d’avoir accès aux spermatozoïdes de leur compagnon décédé conservés par congélation ou à leurs embryons. »

A demain @jynau

Maladie de la «vache folle » : que fera l’Etat après la mort d’Emilie, chercheuse à l’INRA ?

Bonjour

Nous rapportions en juin dernier le cas douloureux d’une chercheuse âgée de 33 ans, qui venait de mourir de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Sa famille avait porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire avait été révélée, le vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirmait alors, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportaient encore plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

L’INRA, qui ne contestait pas l’accident en 2010, avait rendu public, vendredi 21 juin, un communiqué. Extrait :

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique..»

Plainte déposée pour homicide involontaire

Trois mois après la mort l’affaire rebondit aujourd’hui dans les colonnes de La Nouvelle République (Julien Coquet). Où l’on apprend qu’une audience s’est tenue le 3 septembre au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – une autre deux jours plus tard avec les conseillers du président de la République, au palais de l’Élysée :

« Armel Houel, veuf d’Émilie Jaumain, veut voir en ces rencontres au sommet de l’État des premiers signes de ‘’considération’’. Trois jours avant son décès, la diplômée en génie biologique de l’IUT de Tours, son époux et ses parents ont déposé plainte pour « homicide volontaire » (…)  Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a confirmé, la semaine dernière, avoir diligenté une mission d’inspection nationale sur la sécurité des laboratoires confinés manipulant des prions. ‘’Si cet audit vient à dire que les réglementations, bien que draconiennes, ne sont pas toujours appliquées par les scientifiques, cela nous concerne’’, présente Me Julien Bensimhon, conseil de la famille. »

L’avocat nourrit l’espoir de voir un juge d’instruction nommé d’ici la fin de l’année. L’enclenchement d’un travail judiciaire qui s’annonce long 1. En parallèle, une procédure de référé a été initiée pour obtenir la désignation d’un expert. Il sera chargé de vérifier si un lien entre l’accident de travail d’Émilie Jaumain et la déclaration de sa maladie (donc de son décès) est établi. C’est, explique le quoidien régional, « une étape dans le bras de fer qui oppose leurs clients à l’Inra quant aux responsabilités engagées. Et puis on lit cet encadré :

« Suite au décès d’Émilie Jaumain, Santé publique France a eu à se prononcer sur les causes du décès de la laborantine tourangelle. Les conclusions de l’établissement public, placé sous la tutelle du ministère de la Santé, renvoient à ‘’un cas probable de variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob’’ dû ‘’possiblement à une exposition dans son enfance par voie alimentaire à l’instar de la population générale’’. La lecture des travaux de Santé publique France évoque également ‘’une possible exposition à des protéines prions d’origine humaine dans un contexte professionnel’’.»

Une mort due « possiblement à une exposition dans son enfance par voie alimentaire à l’instar de la population générale ». « Une possible exposition à des protéines prions d’origine humaine dans un contexte professionnel ». A trop élargir le champ des possibles on dépasse, parfois, celui du raisonnable, sinon de l’acceptable.

A demain @jynau

1 Un groupe de soutien à Émilie Jaumain a été créé: « Justice pour Emilie. Collectif de soutien à Emilie décédée de la maladie Creutzfeldt-Jakob »

Grossesses alcoolisées : Agnès Buzyn a-t-elle toujours le pictogramme à son programme ?

Bonjour

Nul ne le sait mais elle existe : la « Journée mondiale de sensibilisation au Syndrome d’Alcoolisation Fœtale » (SAF). Ce sera  le 9-09-2019. A cette occasion Santé publique France (SpF) « souhaite sensibiliser les femmes et leur entourage aux différents risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse ». Ce qui est tout sauf inutile 1. Depuis 2015 on ne compte plus les campagnes recommandent, par précaution, de s’abstenir de consommer toute boisson alcoolisée pendant la grossesse. « Dans cette perspective l’entourage peut être d’un très grand soutien aux femmes concernées » estime SpF. Ce qui n’est pas faux.

C’est ainsi que pendant un mois la France découvira durant une nouvelle « campagne d’information » (montant non connu)  pour promouvoir le message « Par précaution, zéro alcool pendant la grossesse ». Le dispositif s’appuie sur un message pédagogique, transparent et accessible avec pour objectif de renforcer la connaissance des risques « sans culpabiliser les femmes ».

Un logo ignoré du plus grand nombre

« Il comprend notamment un spot publicitaire développé en partenariat avec les chaines du Groupe M6. Il met en scène les deux animateurs Norbert Tarayre et Julia Vignali. Parents eux-mêmes, ils témoignent de l’aide essentielle que l’entourage (familles, amis) peut apporter aux femmes enceintes pour rester abstinentes face aux nombreuses sollicitations auxquelles elles sont confrontées tout au long de leur grossesse (sorties, festivités…). »

Compter aussi avec un important volet digital (sic) pour promouvoir par précaution l’abstinence en ciblant plus particulièrement la consommation occasionnelle d’alcool pendant la grossesse. Sans oublier  http://www.alcool-info-service.fr/alcool-et-vous/alcool-grossesse/accueil

On rappellera toutefois (treize ans déjà !)  qu’un arrêté du 2 octobre 2006 (signé de Xavier Bertrand) impose la présence sur toutes les bouteilles d’alcool d’un pictogramme représentant une femme enceinte, un verre à la main, barrée d’un trait rouge, ou d’un message ainsi rédigé: «La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.»  Un logo ignoré du plus grand nombre – à commencer par les premières intéressées. Agnès Buzyn s’était intéressée à cet avertissement. A dire vrai elle ne connaissait pas très bien le sujet (Le Monde). Depuis plus d’un an elle « travaille avec les alcooliers sur la taille et la couleur ». On attend. Pour voir.

A demain @jynau

1 Selon les données du Baromètre santé 2017 publiées par Santé publique France, la consommation d’alcool pendant la grossesse, n’est pas rare en France. En effet, parmi les femmes interrogées, enceintes au moment de l’enquête ou mères d’un enfant de moins de 5 ans : près de 6 femmes sur 10 ont déclaré avoir été informées des risques de la consommation d’alcool par le médecin ou la sage-femme les suivant ou les ayant suivies ; une sur dix  a déclaré avoir consommé de l’alcool occasionnellement pendant sa grossesse.  Bien que moins élevée qu’en 2010 (deux femmes sur dix selon les résultats de l’Enquête Nationale Périnatale), cette proportion reste importante puisqu’elle pourrait avoir eu un impact sur près de 90 000 naissances.

Ecstasy : combien de temps avant qu’on l’utilise pour lutter contre la dépendance à l’alcool ?

Bonjour

Rien de tel qu’un bon verre pour aguicher les médias. Ainsi Le Monde (Raphaëlle Bacqué), depuis Biarritz et Espelette : C’est « à la demande de l’équipe de communication de la Maison Blanche », assure l’Elysée, que la First Lady américaine a goûté, chez un caviste basque, un verre d’irouléguy, alors même que son mari menace de surtaxer les vins français. Irouléguy : un goûteux timbre poste sur le chemin des pèlerins de Saint-Jacques ; deux cents hectares sur quinze commune ; classé AOC depuis 1970 ; rouge et rosés à base des cépages  tannatcabernet franc et cabernet sauvignon ; vins blancs issus de courbu blanc, du petit courbu B, de petit manseng et gros manseng.

Dans le même temps ou presque, à l’autre bout de la chaîne, The Guardian (Helena Blackstone) : « MDMA treatment for alcoholism could reduce relapse, study suggests. Researchers say drug is safe and appears more effective than conventional treatments ». Des informations glanées lors de l’International Conference on Psychedelic Consciousness (Londres, 16-18 août) – reprises et développées par Medscape France (Stéphanie Lavaud) : « Résultats prometteurs pour la 1re étude à tester la MDMA (ecstasy) dans l’alcoolisme ».

« MDMA » cette reine de la nuit 1 ? « Un ‘’revival’’ thérapeutique, rappelle Medscape. Ce produit qui a été largement utilisé de façon thérapeutique entre les années 70 et 1985. La molécule synthétique provoque des effets euphorisants et créé une vision positive et empathique des choses et des gens, ce qui lui a valu le surnom de ‘’pilule de l’amour’’. Si on ne sait pas exactement par quels mécanismes elle agit dans le cerveau, elle doit son action à un dérivé d’un produit actif tiré de la mescaline (la methylenedioxy-amphetamine or MDA). Moins hallucinogène et moins toxique que la MDA, la MDMA a connu son heure de gloire au sein du « Boston group ». A partir de 1976, ce cercle influant comprenant un chimiste, des personnes intéressées par la spiritualité et des chercheurs en intelligence artificiel du MIT (Boston), a répandu l’usage du MDMA à visée thérapeutique auprès de psychiatres et  de thérapeutes. Comme avec le LSD, l’usage a par la suite débordé le champ de la psychiatrie. Devenue très en vogue dans les clubs newyorkais en 1983, la MDMA a fini par être classée sur la liste des molécules « Schedule 1 » et interdite en 1985 par le gouvernement américain, même à titre médical. »

Aujourd’hui, donc, focus sur la maladie alcoolique. L’étude présentée à Londres portait sur huit semaines et comprenait deux sessions avec de la MDMA. Les auteurs rapportent une bonne tolérance du traitement, sans conséquences néfastes physiques ou psychiques chez les premiers participants à avoir terminé l’étude. Et The Guardian rapporte les résultats, non encore publiés, onze patients avec un suivi de neuf mois.

Zéro black Monday/blue Tuesday

« Nous avons une personne qui a totalement rechuté, revenant à sa consommation d’alcool d’origine, 5 personnes qui ne boivent plus une goutte d’alcool, et 4 ou 5 personnes qui boivent encore 1 ou 2 verres mais pour lesquelles ne s’applique plus le diagnostic de trouble alcoolique » a rapporté le Dr Ben Sessa, psychiatre, chercheur en neuropsychopharmacologie (Imperial College London) et premier auteur de l’étude. En utilisant ce que la médecine propose de mieux, 80% des gens boivent dans les trois ans qui suivent leur cure de sevrage. Et pas de black Monday ou de blue Tuesday, peu importe comment les ravers l ’appellent. De mon point de vue, [la descente que décrivent les ravers au lendemain et sur-lendemain de la prise] est un artefact du raving, mais ce n’est pas dû à la MDMA. »

Pour le Dr Ben Sessa, la MDMA n’a rien de dangereux, qui a été prescrite aux Etats-Unis (entre 1970 et 1985) et en Suisse (jusqu’en 1993) pour augmenter l’efficacité de certaines psychothérapies et qui est parfois utilisées dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique. «Il reste désormais à étudier la possibilité de mener un essai clinique randomisé versus placebo, pour véritablement s’assurer de l’efficacité du traitement » souligne, sagement, Medscape. Peut-on raisonnablement espérer, manseng ou pas, que ces travaux puissent, aussi, être menés en France ?

A demain @jynau

1 Merlo S, Jamme S, Gatner B et al Drogues festives : quand « récréation » rime avec « consultation » Rev Med Suisse 2019; volume 15.1394-1396

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau