Vincent Lambert : sera-t-il «euthanasié» ou ses «traitements» vont-ils être «interrompus» ?  

Bonjour

Ne pas ajouter au malheur du monde. Dans la tragique affaire Vincent Lambert, trouver les mots justes, nommer au mieux les choses.

24 avril 2019, nouvelle décision du Conseil d’Etat : « 24 avril 2019 | Décision contentieuse. Interruption des traitements de M. Vincent Lambert. Le Conseil d’État juge légale la décision d’interrompre les traitements de M. Vincent Lambert. » On appréciera l’usage qui est fait, par les magistrats de la plus haute juridiction administrative, du mot « interruption » quand il s’agit, plus précisément d’arrêt définitifs. Et non pas des « traitements » mais bien de l’alimentation et de l’hydratation d’une personne malade qui, nous assure-t-on, a conservé son réflexe de déglutition. Extrait de la décision.

« Le juge des référés du Conseil d’État en déduit qu’étaient réunies les différentes conditions exigées par la loi pour que la décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation artificielles de M. Lambert, en accompagnant l’arrêt de ce traitement d’une sédation profonde et continue, puisse être prise par le médecin en charge du patient. En conséquence, il juge que cette décision ne peut être tenue pour illégale . »

Cette décision du Conseil d’Etat fait suite à une nouvelle requête en urgence déposée le 9 avril 2018 par les parents de Vincent Lambert pour tenter d’annuler la décision collégiale du CHU de Reims de suspendre les soins. La veille, le 8 avril 2018, le CHU avait pris collégialement la décision d’arrêter les soins – décision validée fin janvier par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) qui avait jugé que « le maintien des soins et traitements » de Vincent Lambert constituait bien « une obstination déraisonnable ».

Et maintenant ?

« Vincent Lambert, handicapé, va être euthanasié (…) Condamner à mort Vincent Lambert, c’est signifier aux personnes handicapées que leur vie n’a aucune valeur aux yeux de la société, fait valoir Jean Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, qui dénonce cette décision et alerte sur la situation des autres patients en état pauci-relationnel qui risquent de connaître le même sort. »

« C’est le pire dénouement possible pour Vincent, pour ses parents, les frères et sœurs qui le soutiennent, pour ses amis et les 110 000 soutiens du comité, mais aussi pour les milliers de patients qui vivent en France dans le même état pauci-relationnel que Vincent, commente le comité de soutien à Vincent Lambert. Les experts mandatés par le Tribunal Administratif avaient eux-mêmes affirmé que sa prise en charge ne relevait pas de l’acharnement thérapeutique ou d’une obstination déraisonnable. Ils avaient préconisé son transfert (…)La justice en a décidé autrement et préfère avaliser des pratiques d’élimination des handicapés sous couvert de lutte contre l’acharnement thérapeutique et de la manière la plus hypocrite qui soit : en provoquant la mort de faim et de soif pour éviter d’avoir à pousser sur la seringue. »

Ce même comité assure toutefois décision du Conseil d’Etat n’est pas définitive. « Les avocats qui défendent la vie de Vincent ont annoncé de nouveaux recours, explique-t-il. En premier lieu devant les instances internationales défendant les droits des handicapés en application de conventions auxquelles la France a adhéré. »

Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision du Conseil d’Etat, les parents de Vincent Lambert ont annoncé le dépôt de deux recours au fond, « sur des fondements différents ». L’un devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et l’autre devant le Comité international de protection des droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU. « La décision du Conseil d’Etat n’est donc pas définitive et la décision de provoquer la mort de Vincent Lambert ne peut pas être exécutée », expliquent -ils.

Sollicité par Le Monde, Nicolas Hervieu, spécialiste du droit européen et chargé d’enseignement à Sciences Po a déclaré : « il est très vraisemblable que la CEDH rejette assez rapidement la demande, peut-être en quelques jours, car sa jurisprudence sur le sujet, établie lors de sa première décision dans l’affaire Lambert le 5 juin 2015, est claire ».

Et ce  juriste d’affirmer qu’il est par ailleurs possible que la France choisisse d’« ignorer » une « mesure provisoire » que pourrait prendre le CIDPH interdisant au CHU de mettre en œuvre la décision d’arrêt des traitements le temps qu’il se prononce. La France, ajouter au malheur du monde ?

A demain

@jynau

Aujourd’hui, 20 avril 2019 place de la République: pourquoi une telle ignominie ?

Bonjour

Il faudra bien comprendre comment et pourquoi on peut en arriver à une telle extrémité ? 20 avril 2019, place de la République à Paris, en marge du XXIIIème acte des Gilets Jaunes. Des violences, des flammes. Puis l’impensable.

« Suicidez-vous, suicidez-vous, suicidez-vous ! » ont hurlé certains manifestants aux forces de l’ordre. Des vidéos les montrent vêtus de gilets jaunes ou non, scander ces paroles face à des forces de l’ordre que l’on peut voir, casquées, à plusieurs mètres.

« Honte à ceux qui se sont livrés à une telle ignominie!  a réagi en début de soirée sur Twitter le ministre de l’Intérieur. Soutien total à nos forces mobilisées, et à leurs familles. L’immense majorité des Français sait ce qu’elle leur doit. »

Anatole France, l’état d’urgence

La veille les syndicats de forces de l’ordre appelaient à une mobilisation pour alerter sur le nombre élevé et croissants de suicides dans leurs rangs. Le même jour Eric Morvan, 62 ans,  directeur général de la police nationale (DGPN), dans une lettre envoyée à tous les policiers invitait la profession au dialogue et à la libération de la parole face ce phénomène – un sujet longtemps tabou chez les forces de l’ordre. Aujourd’hui Le Monde consacrait sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence »,

« Ignominie  : Action, parole basse et déshonorante. ‘’Nous vivons dans un âge fréquent en lâchetés, abondant en ignominies, fertile en crimes’’. » Une phrase signée Anatole France ; extraite de « Sur la pierre blanche », roman philosophique, à la fois historique et d’anticipation. L’œuvre traite dans son ensemble de l’évolution de l’Humanité et esquisse la possibilité d’une création des États-Unis du monde. Elle se termine par la description d’un idéal socialiste/communisme en l’an 2270, et par une remarque sur les limites biologiques et temporelles de l’espèce humaine, qui ont pour conséquence que non seulement l’Humanité disparaîtra, mais que d’autres espèces, peut-être plus intelligentes, prendront la suite.

L’ouvrage fut publié en 1905. Nous sommes en 2019, place de la République, à Paris.

A demain

@jynau

Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues

Enfin, le ministère de la Santé reconnaît que des Gilets Jaunes blessés ont pu avoir été «fichés»

Bonjour

C’est un nouvel élément, de taille, dans l’affaire grossissante du « fichage » des Gilets Jaunes blessés et pris en charge ces derniers mois dans des établissements hospitaliers publics. Jusqu’ici Agnès Buzyn s’était cantonnée à une déclaration de principe.

« Exaspérée » par le sujet la ministre des Solidarités et de la Santé avait affirmé, le 7 février dernier sur Europe 1 (à partir de 7’) qu’un tel fichier relevait de la fiction. « Je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent !  avait-elle déclaré avec emphase. Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit des “gilets jaunes”, soit des forces de l’ordre, ça n’est pas comme ça que fonctionnent les hôpitaux, et heureusement ! »

La question, alors, concernait l’usage qui avait ou non pu être fait du système « SI-VIC ». L’affaire, depuis, a pris de l’ampleur avec les révélations de Mediapart, Libération et du Canard enchaînéJusqu’à l’entrée en scène du Conseil national de l’Ordre des médecins et au dépôt d’une première plainte contre X pour violation du secret professionnel.

A cette double dimension, déontologique et judiciaire il faut aujourd’hui ajouter les déclarations faites au Monde (François Béguin) par la Direction Générale de la Santé (DGS) du ministère des Solidarités et de la Santé – une DGS interpellée la veille par l’institution ordinale. La DGS dont l’une des missions est de « garantir la déontologie, la transparence et l’accès de tous à des soins de qualité ». Le Monde :

« A la DGS, on assure que SI-VIC a déjà été activé ‘’plus d’une centaine de fois’’ depuis sa création, lors d’attentats ou lors d’événements avec de nombreuses victimes. Selon la DGS, le système n’a par ailleurs été activé lors des manifestations de ‘’gilets jaunes’’ sur l’ensemble du territoire national ‘’que les 8 et 15 décembre 2018. Il a ensuite été activé ponctuellement selon la situation locale par les agences régionales de santé ou les SAMU’’ ».

« Sous couvert d’anonymat, un médecin urgentiste de l’AP-HP raconte au Monde avoir trouvé ’très gênant’’ la demande de la direction de remplir SI-VIC, notamment parce que ‘’les patients n’étaient pas informés qu’ils étaient inscrits dans ce fichier’’. Il explique avoir choisi à titre personnel de ne pas remplir les noms des patients, ’sauf en cas d’attentat’’.

« Interrogée par le Monde sur cette absence de communication aux principaux concernés, la DGS assure que ‘’ce système d’information transitoire sera remplacé dans les prochains mois par un système d’information pérenne qui comprendra une fonctionnalité permettant de délivrer à la personne une information sur ses droits’’ ».

Où l’on comprend soudain que le citoyen ne savait, malheureusement, pas très bien, jusqu’ici, comment « fonctionnent les hôpitaux ». Et que le même citoyen aimerait bien, demain, en savoir un peu plus sur cette future « fonctionnalité » sur laquelle la ministre des Solidarités et de la Santé devra sans doute prochainement s’expliquer.

 

A demain

@jynau

1  « Délibération n° 2016-208 du 7 juillet 2016 autorisant le ministère des affaires sociales et de la santé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel ayant pour finalité l’établissement d’une liste unique des victimes d’attentats pour l’information de leurs proches par la cellule interministérielle d’aide aux victimes, intitulé ‘’SIVIC’’ ».

 

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

A demain

@jynau

 

E171 : pourquoi autant d’atermoiements du gouvernement avant d’interdire cet additif ?

Bonjour

Son « réitérer » aura payé. Il y a trois jours l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) disait brutalement son fait au gouvernement. Ce dernier l’interrogeait une nouvelle fois : que penser du « E171 » ? Et retour médiatique sur cette substance potentiellement cancérigène constituée de particules de dioxyde de titane (TiO2)  utilisée dans de nombreux produits alimentaires pour ses propriétés colorantes et opacifiantes – puisqu’il est dit que les aliments contemporains doivent être (pourquoi ?) « colorés » et « opacifiés ».

A nouveau saisie du sujet par le gouvernement 1 l’Anses « réitérait ses recommandations générales sur les nanomatériaux visant notamment à limiter l’exposition des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement, en favorisant des alternatives sûres et équivalentes en termes d’efficacité ». « Rien de nouveau sous le soleil scientifique, en somme, écrivions-nous alors. Et un pouvoir exécutif qui devrait savoir en tirer au plus vite les conclusions. Vingt-quatre heures plus tard le gouvernement annonçait sa décision de « suspendre » l’E171. Une suspension « par précaution » à compter de l’an prochain, décision à laquelle Agnès Buzyn n’a pas été associée 2.

Un arrêté suspendant la mise sur le marché des denrées alimentaires contenant l’additif E171 à partir du 1er janvier 2020 vient d’être signé « et sera publié dans les meilleurs délais ». L’additif E171 bénéficiant d’une autorisation délivrée au niveau de l’Union européenne, cet arrêté sera notifié dès signature à la Commission européenne et aux autres Etats-membres, qui se réuniront dans un délai de dix jours « pour examiner cette mesure ».

Le ministère de la santé aux abonnés absents

« Cette décision, qui vise à garantir un haut niveau de sécurité sanitaire de l’alimentation, s’inscrit dans la continuité des actions prises par le gouvernement depuis plusieurs mois » assure le pouvoir exécutif. Pourquoi n’a-t-elle pas été prise plus tôt ? L’Anses s’était prononcée il y a, précisément deux ans à la demande du gouvernement, sur le sujet. Et avait rendu un avis détaillé concluant à l’existence « d’effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant, notamment les potentiels effets promoteurs de la cancérogenèse du E171 ».

Dans une tribune publiée dans Le Monde fin décembre 2018, une vingtaine d’associations – dont la Ligue contre le cancer, Greenpeace, Foodwatch, 60 millions de consommateurs ou encore l’Alliance pour la santé et l’environnement, qui rassemble plusieurs dizaines d’ONG, de sociétés savantes et d’instituts de recherche européens – demandaient au gouvernement d’agir. Et le gouvernement de saisir, une nouvelle fois l’Anses.

Définitivement prohibé le E171 ? Pas vraiment. L’interdiction ne s’appliquera qu’aux seuls aliments. Médicaments courants et dentifrices quotidiens ne seront nullement concernés. Pourquoi ? « Parce que s’est plus compliqué » confie-t-on aux médias à Bercy, le ministère de la Santé ne semblant ici curieusement pas concerné.

A demain

1 L’Anses avait été saisie le 28 février 2019 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la Direction générale de la santé, la Direction générale de l’alimentation et la Direction générale de la prévention des risques « pour rendre un appui scientifique et technique sur les risques liés à l’ingestion de l’additif alimentaire E171 ».

2 La décision a été prise par « François de Rugy, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire ».

 

@Xavier Bertrand a définitivement choisi : oui au camp de l’homéopathie et du remboursement !

Bonjour

C’est, résume Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy) un soutien inattendu pour les acteurs pro-homéopathie. Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé (2005-2009 ; 2010-2012), aujourd’hui président de la région des Hauts-de-France, a annoncé le 14 avril dans un tweet avoir signé une pétition demandant « le maintien du remboursement de l’homéopathie ». Ce soutien a aussitôt déclenché l’ire des « anti-homéopathie », qui ont rétorqué via plusieurs centaines de tweets à celui qui, qouiqu’isolé à droite, ne désespère pas de revenir aux affaires centrales.

Xavier Bertrand ✔@xavierbertrand Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! Je suis comme des millions de Français, je veux le maintien du remboursement de l’#homéopathie. Je signe la pétition #MonHomeoMonChoix !https://www.monhomeomonchoix.fr/ 

Sourde oreille ex-ministérielle

Cette pétition contre le déremboursement des médicaments homéopathiques (132 000 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes) a été lancée par dix-huit organisations professionnelles, des sociétés savantes, des associations de patients et des laboratoires ; et ce via une  campagne de mobilisation intitulée « Mon homéo, mon choix ». Objectif affiché : « donner la parole aux Français pour qu’ils expriment leur attachement à cette thérapeutique et revendiquent le maintien de son remboursement ».

L’ancien ministre s’expliquera-t-il plus avant ? Osera-t-il dépasser la seule vision comptable du sujet ? Aborder sa dimension médicale, philosophique ?  Sollicité par Le Quotidien du Médecin Xavier Bertrand a fait la sourde oreille 1. On peut toutefois utilement revenir à ce qu’il déclarait  au Monde (Sandrine Blanchard) dans ce papier publié le 16 septembre 2005 :

« Xavier Bertrand est catégorique. « Tant que je serai ministre, on ne touchera pas à l’homéopathie«  , a indiqué au Monde , jeudi 15 septembre, le ministre de la Santé. Interrogé sur le sort qu’il entendait réserver aux petits tubes de granules au moment où la Haute Autorité de santé (HAS) prône le déremboursement de 221 médicaments à service médical rendu (SMR) insuffisant (Le Monde du 16 septembre), M. Bertrand répond que le déremboursement de l’homéopathie n’aurait pas d’avantage financier. Il affirme ainsi que « dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée, car, aussitôt, on assisterait à un transfert des prescriptions sur l’allopathie, ce qui, économiquement, coûterait plus cher » .

« Cette décision ne manquera pas de satisfaire les laboratoires français Boiron, leader mondial de ce secteur, qui bataillent depuis plus de deux ans pour défendre leurs produits. Le vieux débat sur la nécessité ou non de maintenir dans la liste des médicaments remboursables des spécialités homéopathiques dont l’intérêt thérapeutique n’a jamais été scientifiquement prouvé est donc clos. En 2003, le ministère de la Santé avait rouvert le dossier en décidant de baisser le taux de remboursement des médicaments homéopathiques de 65 % à 35 %, jetant alors le trouble sur cette médecine alternative.

Respecter l’équité

Pour Jean-François Mattei, ministre de l’époque, il s’agissait de respecter « l’équité »entre les laboratoires pharmaceutiques. Alors que des dizaines de spécialités allopathiques venaient de subir une diminution de leur niveau de remboursement pour cause de SMR insuffisant, rien ne justifiait, à ses yeux, que l’homéopathie ­ dont le SMR n’a jamais été évalué par la commission de la transparence ­ continue d’être prise en charge à 65 % (…)

Philippe Douste-Blazy, le successeur de M. Mattei, a botté en touche. Soulignant que « 10 millions de Français en consomment, 25 000 médecins en prescrivent, le tout pour 70 millions d’euros par an, soit une goutte d’eau dans les dépenses pharmaceutiques«  , il décida de ne pas dérembourser l’homéopathie tout en promettant de demander à la Haute Autorité de santé de trancher sur l’intérêt de cette médecine douce. Las. M. Douste-Blazy ne saisira jamais l’instance scientifique indépendante sur cette question. Et M. Bertrand non plus.

« Politiquement, cela ne vaut pas la peine pour un ministre de susciter beaucoup d’émoi dans la population pour quelques millions«  , analyse Jean-François Bergmann, vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché.  Mais, ajoute-t-il, « en tant que professeur de thérapeutique, il est difficile d’expliquer le fondement rationnel d’un système de soins qui veut, d’un côté, dérembourser les veinotoniques et qui, de l’autre, continue à rembourser l’homéopathie. Dans les deux cas, c’est de la placebothérapie«  . »

Georgina Dufoix, Jean-François Mattei, Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand, Marisol Touraine ne sont plus ministres de la Santé. L’homéopathie est toujours remboursée. On attend aujourd’hui Agnès Buzyn (et son couperet HAS) au tournant. Ce sera avant le prochain été.

A demain

@jynau

1 Observons que Xavier Bertrand ne s’est d’autre part jamais expliqué (à notre connaissance) sur la question de l’obligation de la vaccination anti-grippale des professionnels de santé. Cell-ci figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. »