Gilets Jaunes et trésors de la langue française : aujourd’hui « cagnotte» et vipère au poing

Bonjour

Post-Jactance. A l’heure où nous écrivons ces lignes (8 janvier 2019, midi) la « cagnotte du boxeur » aurait engrangé « plus de 114 000 euros » – 8 000 donateurs . Un trésor en forme d’épine irritative du politique, un abcès puisant sa sève dans le numérique et la colère épidémique 1.

Mais encore ? Certains parlent d’un « élan de solidarité » envers le boxeur Christophe Dettinger – ex-sportif désormais célèbre pour avoir « perdu son sang-froid » . Un citoyen placé en garde à vue (puis relâché) pour avoir « boxé » des représentants des forces de l’Ordre, lors du dernier Acte parisien en date des Gilets Jaunes. Avant de s’expliquer/excuser de ses gestes.

« Solidarité » numérique ou « indignité » numérisée ?  Pour Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique l’affaire est entendue. « Apparemment, ça rapporte de frapper un policier. Quand l’attrait de l’argent vient s’ajouter à la haine et à la violence, je n’ai que du dégoût, écrit M. Mahjoubi sur Twitter. Tout le monde doit être responsable : cette cagnotte est indigne. »

Complicité

« Soutenir cela, c’est être complice de cet acte et encourager [les violences] », avait argué Marlène Schiappa, invitée de Franceinfo. Interrogée sur la même chaîne, la ministre des transports, Elisabeth Borne, avait pour sa part déclaré:  « Est-ce que c’est normal de vouloir apporter un soutien à ce monsieur qu’on a vu frapper un policier à terre, qu’on a vu boxer un policier ? […] Je pense qu’il faut aussi que chacun reprenne un peu ses repères. »

Face à la polémique, la plateforme Leetchi (qui hébergeait la cagnotte) a décidé de la clôturer à la mi-journée. Dans un communiqué, Leetchi « s’engage à ce que les fonds collectés sur la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger servent uniquement à financer les frais de justice conformément à nos CGU[conditions générales d’utilisation] et à la législation en vigueur ».

Cagnotte, donc. Jadis « petite cuve utilisée dans certains départements du sud de la France pour écraser le raisin ». Puis, par analogie, récipient (cassette, corbeille, plateau, etc.) destiné à recevoir l’argent que les joueurs paient dans des circonstances convenues. La cagnotte des jeux; mettre, verser de l’argent dans la cagnotte.

Par extension : « Caisse commune d’une association, d’un cercle ou de tout autre groupe de personnes, alimentée par des cotisations, des amendes, des dons… » ;  « Boîte, cassette, qui renferme les économies d’une personne, d’une famille » ; somme d’argent recueillie dans une cagnotte; fonds d’une association, d’un cercle de jeu.  Mais c’était aussi un « argent économisé petit à petit ».

« Folcoche trichait, lésinait maintenant sur tout. Elle se constituait une cagnotte(H. Bazin, Vipère au poing,1948, p. 241). Soixante-dix ans plus tard, un gilet jaune et une vipère au poing.

A demain

@jynau

1  Sur ce thème: « Au bout de la colère, réflexion sur une émotion contemporaine » de Michel Erman (Plon)

 

 

 

 

Officiel : le Plan gouvernemental 18-22 de mobilisation contre les addictions oublie l’alcool

Bonjour

Officiellement le gouvernement était « aux abonnés absents ». Pour autant dans les milieux bien informés (mais tenus à la réserve) c’était un secret de polichinelle : annoncé depuis près d’un an, sans cesse reporté à plus tard le « plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » avait bel et bien été adopté par le gouvernement dans les denier jour de décembre – mais en catimini, de manière presque honteuse. Il se présente comme un gros document assez jargonneux associé à six feuillets daté du 27 décembre – feuillets adressés aux préfets et signés de Nicolas Prisse , président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

Dans un éditorial Edouard Philippe, Premier ministre, explique que le « Plan national de mobilisation contre les addictions » vise à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il sera décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Ce Plan sera « porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque ». Il mettra l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcera la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposera de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Silence de la ministre des Solidarités

Et Edouard Philippe se souligner que les chiffres de la mortalité prématurée imputable au tabac (73 000 décès par an) et à l’alcool (49 000 décès par an) en France « ne sont pas acceptables ». Pour autant le Plan ne permet guère d’imaginer que la lutte changera véritablement de braquet. On sait déjà ce qu’il en est pour le tabac. Et on sait ce qu’il ne peut en être pour l’alcool après les positions exprimées par Emmanuel Macron, président de la République et les silences d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« Cette absence de mesure forte sur l’alcool devrait susciter la déception des addictologues qui avaient publié, en avril 2018, une tribune appelant à un véritable plan alcool, prophétise Le Monde (François Béguin). ‘’De ce que l’on sait du plan, il n’y aura pas de mesure contraignante, comme l’instauration d’un prix minimum, l’interdiction des publicités pour l’alcool autour des écoles ou l’encadrement de la publicité sur Internet’’, prédisait, il y a quelques semaines, Nelly David, la directrice générale de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), regrettant l’absence de  politique volontariste’’ des pouvoirs publics sur ce sujet. »

Seule mesure concrète : l’agrandissement « significatif » (sic) du pictogramme « femmes enceintes » pour les boissons alcooliques – mesure déjà annoncé dans un « plan prévention » mais toujours à l’étude …

« Même s’il ne contient pas de mesure flamboyante, c’est un plan techniquement très équilibré, qui tient globalement la route » a déclaré au Monde Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction. Elle estime que le « problème majeur » du texte« c’est sa dimension politique » : « Il souffre de ne pas être porté par l’ensemble du gouvernement, ce qui donne l’impression que la question des addictions n’est pas une priorité pour lui ». Impression amplement confirmée – et ce alors même que la mobilisation contre les addictions est, au premier chef, une question politique.

A demain

@jynau

Richard Ferrand, ancien journaliste, a-t-il le droit de faire taire un confrère sur Twitter ?

Bonjour

Tout craque dans l’étrange. Et le Nouveau Monde auto-proclamé par Emmanuel Macron prend chaque jour un peu plus, un peu mieux, les vieux traits de l’Ancien. Ainsi cette affaire rapportée par notre antique et toujours vespéral Le Monde (Alexandre Berteau). Une première en France.

« La justice va devoir déterminer si un responsable politique peut empêcher un journaliste d’accéder à son compte Twitter. En l’occurrence, si le président de l’Assemblée nationale est en droit de bloquer le journaliste indépendant Guillaume Tatu sur le réseau social. Proche de La France insoumise (LFI), ce dernier a porté plainte, vendredi 4 janvier, contre Richard Ferrand pour ‘’discrimination’’ en raison de ses ‘’ opinions politiques’’..

Guillaume Tatu, jeune journaliste prometteur a découvert, en septembre dernier, qu’il ne pouvait plus lire ni commenter les tweets du président siégeant au Palais Bourbon. Un blocage qu’il interprète comme une réaction aux nombreux articles de presse relayés sur Twitter par M. Tatu au sujet de l’affaire des Mutuelles de Bretagne dans laquelle le puissant Richard Ferrand est impliqué au premier chef..

Dans sa plainte (que Le Monde a pu consulter) le journaliste déplore « une restriction à sa liberté d’être informé et de pouvoir informer » et ce au motif que le fil twitter du président de l’Assemblée nationale relevant, selon lui, d’un « profil d’intérêt général ».

Expressions cadenassées

« On parle du quatrième personnage de l’Etat, qui tweete de façon exclusive et à longueur de journée sur ses activités parlementaires », a déclaré au Monde l’avocat de M. Tatu, Me Arash Derambarsh. Ce dernier estime que son client « se voit entravé dans son travail de journaliste » (même si un utilisateur bloqué peut encore voir les publications de l’intéressé en naviguant sur Twitter sans se connecter à un compte). Et au-delà des seuls détenteurs d’une carte de presse, les publications de M. Ferrand sur le réseau social « doivent être accessibles à tous les citoyens », estime M. Tatu dans sa plainte.

Conseiller médias de Jean-Luc Mélenchon pendant la dernière campagne présidentielle et ex-journaliste du Média, la web-télé proche de LFI, le journaliste Guillaume Tatu a été « bloqué » par M. Ferrand en tant qu’«opposant politique », estime l’avocat du journaliste. Dans l’entourage du ponte de l’Assemblée nationale on pointe que « cette plainte permet à M. Tatu de se faire une publicité extraordinaire ».

Elargissant sa focale Le Monde conclut qu’outre-Atlantique, se prononçant sur une plainte déposée par sept citoyens contre Donald Trump, une juge fédérale de New York avait estimé, en mai 2018, que le président américain n’avait pas le droit de bloquer ses détracteurs sur Twitter, au titre de la liberté d’expression protégée par le premier amendement.

Vies antérieures

Le Monde ne nous dit pas que Richard Ferrand, dans une vie antérieure, exerça la profession de journaliste, notamment pour Le Monde. C’était avant Twitter, comme l’explique Wikipédia. Né à Rodez le 1er juillet 1962 Richard adhère au PS à l’âge de 18 ans et  commence sa vie professionnelle comme journaliste en collaborant à Centre PresseAuto MotoCirculerVie publiqueLa Dépêche du Midi , et Le Monde.

En 1988, à l’âge de 26 ans, il devient directeur associé d’une agence de graphisme de presse qu’il dirige jusqu’en 1990, date à laquelle il se lance, comme tant d’autres, dans le « conseil en communication ». En 1991, il devient « conseiller en communication » de Kofi Yamgnane, alors secrétaire d’Etat. Dès 1992, il demande à Kofi Yamgnane s’il peut « s’installer en Bretagne et continuer le travail pour le ministère ». L’épouse de Kofi Yamgnane lui trouve une maison à Hanvec, où il s’installe en famille.

Battu aux législatives de 1993, Kofi Yamgnane fait entrer Richard Ferrand aux Mutuelles de Bretagne, via un de ses amis qui en est alors président. Richard Ferrand devient directeur général des Mutuelles de Bretagne en 1998. En mars de la même année, il obtient son premier mandat politique en étant élu conseiller général du Finistère dans le canton de Carhaix-Plouguer.

La suite est connue. Sera-t-il bientôt interdit de la narrer ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Viandes, poissons : allez-vous jurer ne plus jamais manger, le lundi, de «choses ayant eu vie»?

Bonjour

Aux frontières de l’étrange. C’est une exhortation sans religion à un nouveau carême : une tribune 1 publiée au lendemain des bombances des réveillons 2018-2019. A lire dans Le Monde ; un engagement citoyen et publicitaire qui ne mange guère de pain : « parce qu’elles le font déjà ou qu’elles l’envisagent, 500 personnalités, parmi lesquelles Isabelle Autissier, Juliette Binoche, Luc Ferry, Isabelle Adjani, Matthieu Ricard, s’engagent dans un appel des 500 publié dans « Le Monde », à remplacer chaque lundi la viande et le poisson à partir de 2019 ». Extrait :

« Il existe aujourd’hui des raisons impératives de diminuer collectivement notre consommation de chair animale en France. Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens pour l’un ou l’autre des motifs suivants : la sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale. Nous nous engageons à titre personnel à remplacer la viande et le poisson chaque lundi (ou à aller plus loin dans ce sens). »

Il faut lire et relire cette tribune  pour saisir les limites de l’entreprise.  Les arguments qui « semblent décisifs » aux signataires constituent un ensemble bien complexe jouant à la fois sur la raison, sur les peurs et les émotions. Le respect de l’environnement et des animaux, avec une place toute particulière réservée à la « santé »:

« La santé humaine est la deuxième raison objective de limiter la consommation de chair animale. L’intérêt que les êtres humains ont développé pour la viande ne présente plus aujourd’hui les mêmes bénéfices que durant d’autres périodes de l’évolution humaine. Selon les autorités scientifiques, la viande n’est absolument pas indispensable à l’équilibre alimentaire : dans tous les pays développés, elle peut être remplacée par des végétaux, lesquels fournissent des protéines et des nutriments que l’organisme peut assimiler. Manger moins de viande serait même favorable à la santé en contribuant à atténuer le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi que la viande rouge transformée était en effet une cause certaine de cancer, tandis que la viande rouge non transformée en était une cause probable. Aujourd’hui, les Français consommant près de 100 g de viande chaque jour augmentent de 30 % leur probabilité de développer un cancer en comparaison à ceux qui se limitent à 40 g en moyenne.

Plus globalement, si l’humanité optait pour une alimentation entièrement à base de végétaux, le taux de mortalité humaine chuterait entre 6 % et 10 %. Enfin, les risques sanitaires liés à l’élevage industriel sont un autre préjudice majeur : les fermes industrielles qui regroupent des milliers d’animaux dans des espaces très confinés facilitent la propagation d’épidémies et de souches bactériennes dont certaines sont résistantes aux antibiotiques. »

Au final un discours à la fois séduisant et militant. Un appel à la raison qui perd de sa puissance en usant du fouet de la contrition et de la peur de la maladie. Une incitation au végétalisme intégral qui se bornerait au trois repas du lundi sur les vingt-et-un de la semaine. Etrange tribune qui réunit ces « 500 personnalités ». Comment l’interpréter ? On peut, après Le Monde, retrouver le lumineux Jean de La Fontaine :

« Un Loup rempli d’humanité
(S’il en est de tels dans le monde)
Fit un jour sur sa cruauté,
Quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité,
Une réflexion profonde.
Je suis haï, dit-il, et de qui ? De chacun.
Le Loup est l’ennemi commun :
Chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte.
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris ;
C’est par là que de loups l’Angleterre est déserte :
On y mit notre tête à prix.
Il n’est hobereau qui ne fasse
Contre nous tels bans publier ;
Il n’est marmot osant crier
Que du Loup aussitôt sa mère ne menace.
Le tout pour un Âne rogneux,
Pour un Mouton pourri, pour quelque Chien hargneux,
Dont j’aurai passé mon envie.
Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ;
Paissons l’herbe, broutons ; mourons de faim plutôt.
Est-ce une chose si cruelle ?
Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle ?
Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rôt
Mangeants un agneau cuit en broche.
Oh, oh, dit-il, je me reproche
Le sang de cette gent. Voilà ses Gardiens
S’en repaissants eux et leurs Chiens ;
Et moi, Loup, j’en ferai scrupule ?
Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule.
Thibaut l’Agnelet passera
Sans qu’à la broche je le mette ;
Et non seulement lui, mais la mère qu’il tette,
Et le père qui l’engendra.
Ce Loup avait raison. Est-il dit qu’on nous voie
Faire festin de toute proie,
Manger les animaux, et nous les réduirons
Aux mets de l’âge d’or autant que nous pourrons ?
Ils n’auront ni croc ni marmite ?
Bergers, bergers, le loup n’a tort
Que quand il n’est pas le plus fort :
Voulez-vous qu’il vive en ermite ? »

A demain

@jynau

 1 Premiers signataires : Isabelle Adjani, actrice ; Christophe André, psychiatre ; Yann Arthus-Bertrand, photographe ; Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF France ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Stéphane Bern, journaliste ; Juliette Binoche, actrice ; Allain Bougrain-Dubourg, journaliste ; Eymeric Caron, journaliste ; Jean Paul Curtay, médecin nutritionniste (académie des sciences de New York) ; Boris Cyrulnik, neuropsychiatre ; Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France ; Luc Ferry, ancien ministre ; Flavie Flament, animatrice ; Cécile de France, actrice ; Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 ; Jean François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Lolita Lempicka, créatrice de mode ; Frédéric Lopez, animateur ; François Mariotti, nutritionniste (INRA-AgroParisTech) ; Eric Piolle, maire de Grenoble ; Matthieu Ricard, moine bouddhiste ; Liv Sansoz, triple championne du monde d’escalade ; Jean-Louis Servan-Schreiber, patron de presse ; Matthieu Vidard, journaliste ; Cédric Villani, mathématicien et député ; Delphine Wespiser, Miss France 2012. La liste complète

Schumpeter et Magritte, naissance programmée des infirmiers-banquiers au Royaume de Belgique

Bonjour

Dans l’ombre portée de Joseph Schumpeter (1883-1950) c’est une édifiante histoire que vient de rapporter Le Monde (Véronique Chocron). Deux problèmes d’effectifs, une solution pragmatique empruntée au miracle des verres communicants.

« En Belgique, une résolution insolite vient d’être mise sur la table pour régler les questions d’effectifs rencontrées par deux secteurs-clés de l’économie du royaume. Comme en France, le secteur bancaire belge, bouleversé par la révolution numérique, l’intelligence artificielle et la chute de fréquentation des agences, ne cesse de détruire des emplois. » Les effectifs sont en baisse constante depuis vingt ans, de 2 % par an en moyenne ; des chiffres donnés par  Rodolphe de Pierpont, porte-parole de la Febelfin, la Fédération belge du secteur financier.

« Febelfin intervient pour défendre les intérêts de tous ses membres : grandes banques, non grandes banques, spécialistes de niche, organisations et institutions financières non bancaires, fournisseurs d’infrastructures financières, … Elle est le porte-parole du secteur financier tout entier (à l’exception des compagnies d’assurances). »

Talents mobiles

Outre-Quiévrain ce mouvement continuel de réduction de troupes s’est jusqu’à présent « passé en douceur » (mobilités internes et départs – volontaires ou à la retraite-  non remplacés). Mais demain ?   « Pour éviter des licenciements secs, nous proposons d’accompagner cette transformation en facilitant la mobilité externe » dit la Febelfin. Et d’expliquer les projets de ponts avec d’autres secteurs qui peine à recruter – à commencer par celui de la santé.

Parler ici de « mobilité des talents » ;  la Febelfin vient de signer avec plusieurs syndicats un protocole, dévoilé par le quotidien belge L’Echo (Paul Gérard). Objectif : « Faciliter la rencontre entre le collaborateur et un futur employeur potentiel, l’offre d’une formation adéquate et, si le travailleur le souhaite, la conclusion d’un nouveau contrat auprès d’un nouvel employeur ».

On proposera ainsi aux agents bancaires d’entamer une formation d’infirmier ou d’aide-soignant à partir de septembre 2019. « Une rémunération sera versée pendant le temps de cette formation, prise en charge pas le futur employeur, avec l’aide du fonds social de formation pour le secteur de la santé, précise Rodolphe de Pierpont. L’idée a été testée, il existe bien une demande pour changer de parcours. »

Lof pour lof : faire de l’argent avant de donner des soins. Apprendre de la Belgique. Relire Joseph Schumpeter. Revoir René Magritte.

A demain

@jynau

Mais qui est ce médecin et député macronien soudain accusé de sexisme et de vulgarité ?

Bonjour

Le nouveau monde macronien n’est pas sans réserver quelques surprises et autres désinhibitions. Au lendemain de Noël les citoyens apprenaient que le chef de file des députés La République en marche (LRM), Gilles Le Gendre, dénonçait les « propos inadmissibles » d’un député LRM – député « des Français établis à l’étranger ». Avant le réveillon ce député avait tweeté ceci à l’adresse d’Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val-de-Marne.

« Avec le pot de maquillage @EstherBenbassa que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant? https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1076414210370883584 … »

Réaction, deux jours plus tard, de M. Le Gendre sur Twitter : « Le bureau du groupe parlementaire LRM se désolidarise de notre collègue Joachim Son-Forget à la suite de ses propos inadmissibles contre la sénatrice Esther Benbassa. Aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité », a déclaré M. Le Gendre sur Twitter.

Pour sa part la sénatrice déclarait à l’Agence France Presse que « l’expression sans complexe d’un tel sexisme, venant d’un parlementaire, après #metoo, a de quoi laisser sans voix ». Et le député de répliquer : « La référence au maquillage ne peut en aucun cas être mélangée à une attaque sur le physique ». Et Le Monde de rappeler qu’en septembre dernier ce député des Français de l’étranger avait déjà reçu de vives critiques pour avoir défendu le forain Marcel Campion, qui avait tenu des propos homophobes à propos d’élus parisiens.

Rebondissement à la veille des vœux du président de la République : le député accusé de sexisme a annoncé au magazine Valeurs actuelles puis à l’Agence France-Presse, samedi 29 décembre, qu’il venait de quitter le parti présidentiel et son groupe parlementaire. Ce représentant à l’Assemblée nationale « des Français de Suisse et du Liechtenstein » a confié à l’hebdomadaire continuer de soutenir le président Emmanuel Macron, mais ne pas exclure de « constituer une liste aux élections européennes et de créer un parti, quitte à continuer à utiliser la satire et des méthodes de communication innovantes ».

Drame et constance

« Après échanges téléphoniques non fructueux, j’ai pris ma décision après l’avoir annoncée au président. Pas de drame mais de la constance », a, de son côté, écrit le député de 35 ans dans un de ses nombreux messages publiés samedi sur Twitter. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la paix », a-t-il encore publié, citant ainsi le rappeur Booba, accompagné du mot-clé « démissionLREM ».

Et la sénatrice EELV Esther Benbassa de se réjouir (toujours sur Twitter) de ce départ :

« Merci à ttes & ts pour votre soutien. D’abord suspendu de son groupe à l’#Assemblée, @sonjoachim quitte #LREM. Le #sexisme en politique, ça ne passe plus, ça casse. Un seul espoir: qu’il ne passe plus nulle part. C’est notre combat commun à ttes et à ts. Avis à @MarleneSchiappa. »

Les médias recensent les sorties du député abandonnant son groupe. Un peu avant minuit jeudi, il avait commencé par un selfie posté par le député avec une peluche de blaireau, où il s’en prenait à ceux, dont ses collègues LRM, qui avaient critiqué ses propos envers Mme Benbassa. « Dédicace spéciale à tous les trolls, collègues hypocrites déversant leur fiel, poltrons cachés dans leur anonymat, et toute ma compassion envers les binaires et les coincés au level 1, le boss de fin étant trop subtil et trop intelligent pour eux », avait-il légendé.

Plus tard, le député a posté une vidéo de lui tirant avec un fusil de sniper – un de ses hobbies – ou des photomontages le montrant en personnage de dessin animé ou en joueur de foot avec le maillot de la Suisse devant le drapeau du Kosovo.

Mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle

Mais qui est donc ce député ? Il s’agit de Joachim Son-Forget, 35 ans, né Kim Jae Duk à Séoul – avant d’être adopté, à l’âge de trois ans, par une famille française et de grandir à Langres. Il fait ses études à Dijon, Paris et Lausanne. Une carrière peu banale exposée dans le détail sur Wikipédia :

« Titulaire d’un master recherche en sciences cognitives (co-accrédité par l’université Paris-Descartes, l’EHESS et l’ENS Paris) qu’il valide avec un mémoire encadré par Stanislas Dehaene. Poursuivant aussi des études de médecine, il obtient en 2008 son diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales à l’université de Dijon puis passe l’examen classant national.

« À la suite de cet examen, il décide de poursuivre son cursus médical en Suisse et d’y effectuer l’intégralité de son internat, en tant qu’interne en radiologie au centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il obtient en 2015 un doctorat en sciences médicales en neurosciences cohabilité par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’université de Lausanne ; rédigé sous la direction d’Olaf Blanke et Reto Meuli, il porte sur le thème des mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle. »

Et, en parallèle, ce médecin soutient François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard est nommé candidat nommé de LREM  aux élections législatives dans la sixième circonscription des Français établis hors de France. Obtient 63,21 % des voix dès le premier tour. Une trop forte abstention ne lui permet pas d’être directement élu13. Au second tour, il obtient 74,94 % des voix, l’abstention culminant à 81,22 %.

Président du cercle de réflexion Global Variations il obtient la nationalité kosovare en juin 2018 « à titre exceptionnel ». Il explique que dès son adolescence « il a été très tôt captivé par la richesse culturelle et humaine du pays » et est par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France-Kosovo à l’Assemblée nationale.  Le Monde parle, à son endroit, d’un député qui signe « de nombreux tweets assez éloignés de la réserve attendue d’un député ». Euphémisme. Nouveau monde macronien, surprises et désinhibitions.

A demain

@jynau

 

«Sérotonine» et Captorix® : à l’attention des lecteurs du prochain roman de Houellebecq

Bonjour

Nouveau rituel français : le lancement, multimédias et en fanfare, du prochain roman de Houellebecq. Tous ou presque sacrifient à cette nouvelle idole. Un lancement d’autant plus aisé que le plus grand des romanciers français (vivants) leur a offert un marchepied : son entretien à Harper’s avec un panégyrique en trompe l’oeil de Donald Trump : « Donald Trump Is a Good President. One foreigner’s perspective By Michel HouellebecqJohn Cullen (Translator) » 1.

Rituel tristement moutonnier. Voici donc un roman programmé pour devenir un produit de consommation pour masses plus ou moins laborieuses. Michel Houellebecq, « Sérotonine »Flammarion, 348 pp., 22 €. En librairie et dans toutes les bonnes gares dès le 4 janvier 2.

Un rituel où il convient de déflorer avec talent, le recenseur pouvant aisément se mettre en valeur. « Dans ‘’Sérotonine’’, son septième roman qui paraît le 4 janvier, l’écrivain endosse un nouvel avatar du mâle occidental, homophobe à la libido en berne et sous antidépresseur. Une dérive émouvante autour de la perte du désir, sur fond de révolte des agriculteurs. » peut-on lire dans Libération (Claire Devarrieux). Extrait :

« Deux occurrences ne font pas une tradition. Mais depuis que deux romans de Michel Houellebecq ont coïncidé avec une catastrophe, on guette la sortie de ses livres en croisant les doigts. Rentrée littéraire 2001 : des terroristes font un carnage sur une plage de Thaïlande à la fin de Plateforme. Le livre paraît le 3 septembre, le 11 ont lieu les attentats à New York. Un an plus tard, à peu près dans le même contexte que dans Plateforme, 200 touristes sont tués à Bali. Janvier 2015 : Soumission imagine sur un mode ironique l’arrivée au pouvoir en France d’un parti islamiste. Le roman sort le 7, le jour même de la tuerie à Charlie Hebdo. D’où l’impeccable brève publiée la semaine dernière par l’hebdomadaire, au moment où on s’apprête à aborder le quatrième anniversaire de «Charlie». «Trouillards Hebdo : « Le prochain livre de Houellebecq sortira le 4 janvier. On s’abstiendra d’en dire du mal : la dernière fois, ça ne nous a pas franchement réussi. » »

Désirs érotiques

Et Libé d’ajouter que si Sérotonine ne fait que peu de cas de scènes sexuelles c’est, précisément, que Florent-Claude (le narrateur) n’a plus de désirs érotiques. Il prend du Captorix®. Cet antidépresseur lui permet « de moins souffrir, de se laver à nouveau et d’entretenir un minimum de sociabilité », mais il a un effet plus que dévastateur sur la libido : il la supprime.

Et le multimédias de nous dire que ce nouveau roman houellebecquien est l’un des plus « émouvants » de l’auteur. Que sa « tonalité dépressive » est en harmonie avec l’époque que nous traversons. Sans pour autant fermer la porte à la possibilité du bonheur. Le Monde (Jean Birnbaum) :

« Autant Soumission (Flammarion, 2015) tendait à dominer ses lecteurs, à leur forcer la main, autant Sérotonine leur restitue une belle liberté. Ce congé (temporaire ?) donné à l’idéologie marque ainsi le plein retour de Houellebecq à la littérature. A l’heure de la solitude en ligne et des « cœurs » numériques, il fait du texte poétique le lieu où l’amour se réfugie. D’où, pour finir, la portée ironique du titre, Sérotonine. Contrairement à ce qu’il semble indiquer, le bonheur humain n’est pas une affaire d’hormone ou de neurotransmetteur, en réalité il passe par les mots adressés, par la langue à même la peau. »

« Le narrateur ne fait que boire et gober des antidépresseurs afin de booster cette hormone qui donne son titre au roman, et que les toxicomanes connaissent bien – la sérotonine est notamment stimulée par la consommation d’ecstasy ou de LSD » croit pouvoir rapporter Frédéric Beigbeder dans Le Figaro où il tresse mille couronnes de lauriers à son mystérieux et dérangeant ami.

Plexus intramuraux du tube digestif

Peut-être faut-il pour comprendre la puissance de Sérotonine se pencher sur le récent essai d’Agathe Novak-Lechevalier : Houellebecq, l’art de la consolation (Stock). Il faudra aussi s’intéresser à la 5-hydroxytryptamine (5-HT) ; sur ce neurotransmetteur dans le système nerveux central et dans les plexus intramuraux du tube digestif. Cette sérotonine impliquée dans la gestion des humeurs et associée à l’état de bonheur lorsqu’elle est à un taux équilibré, réduisant la prise de risque et en poussant ainsi l’individu à maintenir une situation qui lui est favorable.

Le Monde évoqua pour la première fois son existence le 23 mai 1957, dans un papier du Dr Claudine Escoffier-Lambiotte : « La psychopharmacologie et les médicaments psychiatriques » :

« Un certain nombre de travaux récents donnent un nouvel intérêt à l’hypothèse de l’origine chimique des psychoses. Les Allemands, synthétisant un dérivé de l’acide lysergique ou L.S.D. 25, réussissent à provoquer des troubles d’allure hallucinatoire et même schizophrénique par l’injection de doses infinitésimales de ce produit, de l’ordre du microgramme par kilo, remettant ainsi en question tout le problème d’une auto-intoxication de l’organisme par une substance jusqu’ici passée inaperçue.

« Les Américains, s’efforçant d’extraire du sérum des schizophrènes le principe de leur maladie, découvrent que les substances inductrices de troubles psychiques comme la mescaline et le L.S.D. 25 renforcent en réalité l’action d’une hormone nouvelle : la sérotonine, alors que les médicaments réducteurs des psychoses comme la réserpine et la chlorpromazine apparaissent comme des anti-sérotonines.

« Les travaux français ont montré toute la complexité du problème et l’importance primordiale du terrain constitutionnel à l’égard de ces divers produits chimiques, qui permettront peut-être un jour de comprendre mieux le mécanisme de la maladie mentale. »

23 mai 1957. Michel Houellebecq, né Michel Thomas, a vu le jour le 26 février 1956. Ou, selon les sources, deux ans plus tard.

A demain

1 « In all sincerity, I like Americans a lot; I’ve met many lovely people in the United States, and I empathize with the shame many Americans (and not only “New York intellectuals”) feel at having such an appalling clown for a leader.

However, I have to ask—and I know what I’m requesting isn’t easy for you—that you consider things for a moment from a non-American point of view. I don’t mean “from a French point of view,” which would be asking too much; let’s say, “from the point of view of the rest of the world.” (…) »

2 Michel Houellebecq. Sérotonine.  « Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue. Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret. »

Hors collection – Littérature française. 352 pages – 139 x 210 mm. Broché. ISBN : 9782081471757 À paraître le 04/01/2019