C’est désormais scientifiquement démontré : non, il n’a jamais existé de «gène gay». Oui, mais …

Bonjour

L’affaire est au moins aussi vieille que la génétique : associer un gène à un comportement. A fortiori sexuel et plus encore quand on osait le tenir pour pathologique. Nature ou culture ? Pourquoi sommes-nous sexuellement ce que nous sommes et pas autrement ? Le sujet rebodit aujourd’hui avec une publication dans Science : « Large-scale GWAS reveals insights into the genetic architecture of same-sex sexual behavior » (Ganna A, Verweij K, Nivard M et al). Vingt auteur.e.s sans oublier la « 23andMe Research Team ». Publication et mise en perspective : « Genetics may explain up to 25% of same-sex behavior, giant analysis reveals » (Jocelyn Kaiser) .

« C’est la conclusion d’une analyse réalisée sur un demi-million de profils ADN par un groupe de chercheurs en Europe et aux Etats-Unis, et dont la publication, jeudi 29 août, par la prestigieuse revue Science  vise à enterrer l’idée, née dans les années 1990, qu’il existe un « gène gay » aussi prévisible que ce qui existe pour la couleur des yeux, résume l’AFP.  ‘’Il est de facto impossible de prédire l’orientation sexuelle d’une personne d’après son génome’’, souligne Benjamin Neale, membre du Broad Institute d’Harvard et du MIT, l’une des nombreuses institutions dont sont issus les auteurs. »

« Enterrer l’idée » ? Bigre.  L’orientation sexuelle a bien une composante génétique, selon ces chercheurs, confirmant des études précédentes plus petites, notamment sur des jumeaux. Mais cette composante dépend d’une myriade de gènes. « Il n’y a pas de gène gay unique, mais de nombreux petits effets génétiques répartis dans le génome », explique Benjamin Neale. A cela s’ajoute un facteur essentiel : l’environnement dans lequel une personne grandit et vit. Où l’on voit que rien n’est simple et que la génétique ne nous apprend rien de définitif. Ce qui autorise tous les interprétations, sinon tous les fantasmes.

« La nouvelle analyse statistique a permis de découvrir cinq positions précises sur nos chromosomes, appelées locus, qui apparaissent clairement liées à l’orientation sexuelle, bien qu’ayant chacune une influence ‘’très petite’’ précise encore l’AFP.. Biologiquement, il se trouve qu’un marqueur est aussi associé à la perte de cheveux, ce qui suggère un lien avec la régulation des hormones sexuelles (sic). Vraisemblablement, il existe des centaines ou des milliers d’autres marqueurs, que de futures analyses sur de plus grandes banques ADN pourraient un jour découvrir. »

« C’est un comportement complexe où la génétique joue un rôle, mais probablement de façon minoritaire. L’effet de l’environnement existe, mais on n’arrive pas à le mesurer exactement », ajoute Fah Sathirapongsasuti, scientifique de 23andme.com (qui a donc contribué à l’étude avec des profils génétiques de ses clients – volontaires). Le gros de l’analyse a été fait sur des hommes et femmes de la banque britannique UK Biobank, en majorité d’origine européenne, qui avaient répondu à la question : « avez-vous déjà eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe ? ». Ce qui ne manquera pas d’alimenter de vastes interrogations méthodologiques sinon psychanalytiques et/ouphilosophiques.

« Les auteurs ont conscience de la délicatesse du sujet, et les deux chercheurs cités ont pris soin de rappeler, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, qu’ils étaient eux-mêmes gays. Désireux d’éviter toute mauvaise interprétation, ils sont allés jusqu’à consulter des associations LGBT sur la façon de communiquer leurs résultats, qu’ils ont résumés sur un site spécial, geneticsexbehavior.info, ajoute l’AFP ». L’association américaine Glaad a salué des travaux confirmant qu’« être gay ou lesbienne est une partie naturelle de la vie humaine ». On progresse: en 1993, une étude sur quarante familles avait cru identifier un lieu unique, le gène Xq28, définissant l’orientation sexuelle. La nouvelle analyse réfute ce modèle simpliste. 

Attention : une donnée chiffrée avancée dans Science produit est susceptible de créer la confusion. Les chercheurs estiment que « 8 à 25 % » des différences d’orientation sexuelle dans la population testée sont dues à des variations génétiques. Il ne faut voir ici qu’un concept statistique et ne pas comprendre  qu’entre 8 et 25 % de l’orientation d’une personne dépend de ses gènes. Et comme rien ne saurait être simplifié dans le champ de la sexualité les chercheurs ajoutent : « Supposer que plus on est attiré par quelqu’un du même sexe, moins on est attiré par l’autre sexe est une simplification excessive ». Et l’on sait, dans ce domaine, tous les dangers des excès.

A demain @jynau

Tchao le tabac et vive la cigarette électronique ? Sur les fonts baptismaux : Super Big Tobacco

Bonjour

Mouvements tectoniques induits par la cigarette électronique. C’est la nouvelle industrielle, capitalistique et addictologique du jour : « Les sociétés mères de Marlboro prêtes à se remarier. Philip Morris International et Altria ont entamé des pourparlers en vue d’une fusion. Le nouvel ensemble atteindrait un chiffres d’affaires de 55 milliards de dollars » (Le Monde, Laurence Girard). « Altria et Philip Morris veulent reformer un géant mondial de la cigarette » (Les Echos, Nicolas Rauline avec Marie-Josée Cougard).

« En fait, l’ancien groupe Philip Morris International s’était scindé en deux, en 2008, entre ses activités aux États Unis (sous le nom Altria) et dans le reste du monde (toujours sous le nom de Philip Morris International / PMI), rappelle le site des buralistes français. Mais à l’époque, de part et d’autre, on ne parlait que de cigarettes et singulièrement de la marque-phare, Marlboro. Aujourd’hui, l’heure est au regroupement. Mais dans un contexte, radicalement changé, de développement d’alternatives à la cigarette traditionnelle. La récente décision de la FDA (Food and Drug Administration, autorité régulatrice américaine) d’autoriser la vente de l’Iqos de PMI sur le marché des États-Unis ayant été, fort probablement, un facteur déclenchant de l’annonce d’aujourd’hui. »

Si elle devait se concrétiser, toutefois, la fusion donnerait naissance à un ensemble de plus de 200 milliards de dollars de capitalisation boursière, Altria pesant 90 milliards de dollars en Bourse et Philip Morris International (PMI) 120 milliards

Tremblements de terre et Révolution des Volutes ? Il faut lire Les Echos :

«Longtemps considérés comme des valeurs refuges en Bourse, les majors du tabac affrontent une vraie crise de confiance depuis des mois. Alors même que le marché mondial est encore estimé à l’équivalent de 470 milliards d’euros. Les cigarettiers ont vu leur capitalisation boursière fondre comme neige au soleil depuis 2017 même si les ventes continuent d’augmenter dans les pays en développement. La perte de confiance des investisseurs est bien réelle, et difficile à résoudre par les seules perspectives d’un essor du vapotage. Le marché de la cigarette électronique n’en est qu’à ses débuts avec 36 millions de vapoteurs contre un milliard de fumeurs. »

Or, de tous les cigarettiers Philip Morris est le seul à croire à ce stade, que le remplacement total de la cigarette classique par l’e-cigarette se fera. Et le géant entend être celui qui conduira cette évolution. « Le produit emblématique de cette révolution est pour lui IQOS, la cigarette électronique à base de tabac à chauffer, soulignent Les Echos. Il permet au fumeur de retrouver des sensations proches de la cigarette classique sans encourir le risque cancérigène de la combustion du papier et du tabac. »

Où l’on comprend que la partie sanitaire est encore loin, bien loin, très loin, d’être gagnée.

A demain @jynau

Emmanuel Macron, à la différence du ministre Castaner, lit bien «The Lancet» dans le texte

Bonjour

Douce illusion : il suffirait d’écrire pour être lu en haut lieu. De signer dans une revue médicale étrangère pour, un jour, franchir le portail du Palais de l’Elysée. Etre reçu par le président de la République et, les yeux dans les yeux, lui vanter les mérites de la réduction des risques.

Nous rapportions hier, sur ce blog, le contenu d’une « lettre au Lancet » signée de douze spécialistes français de chirurgie maxillo-faciale œuvrant dans six établissements hospitalo-universitaires de l’AP-HP.  « Une lettre éminement politique dans une revue internationale prestigieuse, écrivions-nous. Mais une lettre qui n’a guère eu d’écho médiatique dans l’Hexagone – à l’exception notable La Croix (Pierre Bienvault) : ‘’ Des médecins dénoncent la gravité des blessures par LBD ‘’ puis par Le Canard Enchaîné (Sorj Chalandon) : ‘’Des chirurgiens dissèquent le LBD’’ ».

Force est aujourd’hui de poser l’hypothèse que, sans même parler de ce blog, l’Elysée lit Le Canard Enchaîné, La Croix ou The Lancet. Ou les quatre. Preuve nous en est offerte par Le Monde (Cédric Pietralunga) qui rapporte l’essentiel de la rencontre organisée le mercredi 21 août, entre le chef de l’Etat et les journalistes de l’Association de la presse présidentielle (APP). C’était, résume le dernier quotidien vespéral de la capitale, « la première expression publique depuis le retour de ses trois semaines de vacances au fort de Brégançon. Un rendez-vous présenté par son entourage comme exemplaire de cette nouvelle ‘’méthode’’ ».

Chef de l’Etat et des Armées

Signe « d’ouverture » (sic), Emmanuel Macron a reconnu devant l’APP que des « blessures inacceptables » et des « mutilations » avaient été enregistrées lors des manifestations des « gilets jaunes », chez les contestataires comme chez les policiers. « Cela doit nous conduire à repenser certaines méthodes d’intervention, à les relégitimer si besoin », a-t-il expliqué. Le chef de l’Etat s’est aussi engagé à recevoir une délégation des médecins qui ont dénoncé, dans une lettre publiée par la revue britannique The Lancet, les lésions provoquées par les lanceurs de balles de défense.

Un bristol présidentiel devrait donc être prochainement adressés aux Pr.e.s et Dr.e.s Lartizien Rodolphe, Schouman Thomas, Raux Mathieu, Debelmas Alexandre, Lanciaux-Lemoine Sophie, Chauvin Aurore, Toutee Adelaïde, Touitou Valérie, Bourges Jean-Louis, Goudot Patrick, Bertolus Chloé, Foy Jean-Philippe. Tous pourront redire aux chef de l’Etat et des Armées ce que déclarait la Professeure Chloé Bertolus, chef du service de chirurgie maxillo-faciale à La Pitié-Salpêtrière à Paris à La Croix :

« En tant que médecins, nous estimons qu’il est de notre devoir d’alerter sur la gravité des blessures que peuvent provoquer ces armes dites non létales, explique à La Croix la professeure Chloé Bertolus, chef du service de chirurgie maxillo-faciale à La Pitié-Salpêtrière à Paris. Nous avons reçu des personnes ayant de graves fractures au niveau de la mâchoire ou de la pommette. Ce sont les mêmes blessures que l’on retrouve chez des individus qui se font frapper à coups de batte de baseball » 

On peut le dire autrement : le chef des Armées va-t-il leur annoncer la fin de l’usage, sinon de la force, du moins des LBD ?

A demain @jynau

Chirurgie et pédophilie : un praticien soupçonné d’agressions sexuelles à très grande échelle

Bonjour

Entre le code pénal et l’inimaginable. Entre faits avérés et horreurs fantasmées ou pas. Pour l’heure les médias tournent autour du sujet, usent encore du conditionnel, évoquent néanmoins « la plus grande affaire française connue de pédophilie ». Nous sommes à Jonzac (Charente-Maritime)et La Charente Libre (Antoine Beneytou) révèle le tout : « PÉDOPHILIE: 200 VICTIMES DANS TOUTE LA FRANCE POUR L’EX-CHIRURGIEN DE JONZAC ? » :

« Un chirurgien de Jonzac est renvoyé devant les assises pour des actes pédophiles. Durant des années, il aurait agressé sexuellement des enfants. On recenserait plus de 200 victimes à travers la France. Ce sont des carnets glaçants qui dessinent et narrent par le menu le plus sordide, ce qui pourrait être le plus grand scandale pédophile de France. Ces carnets, ce sont ceux du Dr Joël Le Scouarnec, spécialiste en chirurgie viscérale à l’hôpital de Jonzac de 2008 à 2017. Durant des décennies, ce médecin, aujourd’hui incarcéré, a raconté dans le détail les abus sexuels commis sur des enfants, ses fantasmes, mis des mots sur ses excitations nauséeuses. À l’intérieur de ces sordides journaux intimes tenus depuis les années 90, les enquêteurs ont retrouvé près de 200 noms d’enfants, qui auraient subi les sévices de ce docteur, aujourd’hui sexagénaire.

« Spécialisé en chirurgie digestive, il a officié dans des hôpitaux bretons, en Touraine, mais aussi plus près de nous, à Jonzac, aux portes de la Charente. Et aurait agressé sexuellement des mineurs, parfois « en phase de réveil », lors de leur séjour à l’hôpital. « C’était un vivier facile pour lui », déplore une source. Selon nos informations, deux cents noms figureraient à l’intérieur de ces journaux intimes. Soit autant de victimes potentielles. »

Se taire ? Me Francesca Satta, l’avocate saintaise des parents d’une victime, confirme le côté insoutenable de ces carnets : « Vous ouvrez le cahier et vous le refermez aussitôt, dès la première page. C’est énorme de perversion. Il considère l’enfant comme un objet sexuel, comme s’il parlait d’une rencontre faite dans le quartier de Pigalle. Il n’y a pas de prise en considération de la personnalité des gens en face. C’est un récit où il relate les excitations qui sont les siennes ».

Me Thibault Kurzawa, l’avocat saintais du médecin confirme l’existence de ces carnets : « Il écrivait beaucoup. Il y a des noms qui sont donnés. Après, est-ce que cela correspond à des agressions? On n’en sait rien. On ne peut pas dire qu’il y ait autant de victimes que de noms. Contacté par Le Monde, Me Kurzawa rappelle que « les 200 noms ne font pas 200 faits » : « L’existence d’une déviance est incontestable, mais dans le carnet, certains des actes sont décrits au conditionnel ou au futur. Il faut prendre du recul et faire la part des faits et des fantasmes sans perdre de vue la présomption d’innocence. »

Journal intime au contenu « difficilement soutenable »

 Selon l’enquête du Parisien (Pascale Égré et Jérémie Pham-Lê) le suspect a  reconnu plusieurs agressions sexuelles lors des interrogatoires – mais aucun viol. Un premier procès doit se tenir à la fin de 2019 ou au début 2020 au tribunal de Saintes (communiqué du parquet de La Rochelle daté du 21 août) : pour des faits d’exhibition sexuelle et de viol sur quatre mineures, qui auraient été commis entre 1989 et 2017.

Pour autant une enquête préliminaire lancée sur la base des « carnets est en cours : croiser les dates, les noms des personnes mentionnées par le chirurgien et les données contenues dans les archives des différents établissements où il a exercé (les actes en question étant souvent décrits par le suspect comme ayant eu lieu au sein des services hospitaliers dont il avait la charge). Enquête confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Poitiers (Vienne).

Selon une source citée par La Charente libre, les mineurs traités dans les hôpitaux où officiait le chirurgien constituaient un « vivier facile ». Il aurait commis des agressions sexuelles sur certains d’entre eux alors qu’ils se trouvaient « en phase de réveil » après une intervention. Déjà, sur les réseaux sociaux, les victimes présumées du chirurgien tentent de se regrouper, rapporte encore  La Charente libre. Sur Facebook, un groupe privé créé le 6 juillet « pour toutes les personnes qui ont été victimes du chirurgien » compte actuellement soixante-six membres.

L’affaire a pris cette dimension après les mots simples d’une enfant de 6 ans. Un jour de printemps, en 2017, à Jonzac,  elle et son père rentrent de promenade et aperçoivent leur voisin chirurgien. L’enfant confie alors à son père que l’homme qu’ils viennent de croiser a récemment exhibé son sexe devant elle, à travers la grille qui sépare les jardins des deux propriétés voisines. Le chirurgien (déjà condamné à du sursis en 2005 pour consultation et diffusion d’images d’un mineur à caractère pornographique) est alors placé en garde à vue.

L’enquête révèle que la petite fille, outre l’acte exhibitionniste, aurait été victime d’un viol sous les yeux de son petit frère alors âgé de 2 ans. Perquisition au domicile du suspect. Sous le parquet les enquêteurs découvrent une collection de perruques, de jouets sexuels, de photos du suspect nu, des poupées, des images pédopornographiques et surtout un carnet, sorte de journal intime, au contenu « difficilement soutenable ».

Il reste désormais à faire la part entre les fantasmes et les faits avérés. Et, peut-être, à tenter, sinon de tout comprendre, du moins d’éclairer les zones encores obscures de cette invraisemblable et insoutenable affaire.

A demain @jynau

 

L’OMS et la cigarette électronique : à propos d’une métaphore verticale qui tombe à plat

Bonjour

La métaphore est un outil qui ne se manie pas sans quelques risques. Le Dr Vinayak Prasad est le grand responsable du programme antitabac à l’OMS. Il est aujourd’hui cité dans Le Monde – qui arrive quelques jours après la bataille : « Sévère mise en garde de l’OMS sur la cigarette électronique » (Pascale Santi). Une fois n’est pas coutume.

On se souvient de la violente polémique qui avait suivi la reprise (légèrement détournée) par l’AFP d’un rapport de l’OMS. Ou plus précisément d’un rapport financé par Bloomberg Philanthropies. Il abordait les différentes stratégies de sevrage tabagique – et donc le vapotage/cigarette électronique. « Ce ne sont que deux pages sur cent-neuf, observe Le Monde. Largement reprises par les médias, leurs conclusions sont sans appel : ‘’Les SEAN (systèmes électroniques d’administration de nicotine) sont incontestablement nocifs et doivent faire l’objet de régulation’’ (…) Le niveau de risque n’a pas encore été estimé de façon concluante’’ ».

D’étages en étages

Cette position de l’OMS a incontestablement suscité de très vives réactions. Où l’on a une nouvelle fois perçu, sur un sujet sanitaire d’ampleur majeure et de dimensions planétaires, l’incapacité de l’OMS à saisir ce qu’il en est du concept de réduction des risques.

Faute de concept, reste la métaphore. « Nous n’avons jamais dit que les fumeurs ne devaient pas utiliser la cigarette électronique. Si ça les aide à arrête [le tabac], tant mieux, a déclaré le Dr Vinayak Prasad  au Monde. Mais nous ne les promouvons pas ». Et d’ajouter : « Je compare ça à une chute. Au lieu de tomber du 7étage avec la cigarette normale, vous tombez du 3étage avec la cigarette électronique. La question, c’est : est-ce que vous allez survivre pour autant ? »

Est-ce une bonne question ? C’est une bien pauvre comparaison. Que le Dr Prasad se rassure : il aura beau ne pas bouger le petit doigt pour aider les vapoteurs, ces derniers, jetés par la fenêtre, rentrerons par la porte de la salle d’audience. Pour témoigner au procès d’une OMS alors poursuivie pour ne rien avoir compris à la réduction des risques tabagiques. Est-ce là une image métaphorique ?

A demain @jynau

L’affaire des «stades alcoolisés» : que fera Agnès Buzyn au-delà de quelques mots tweetés ?

Bonjour

C’est bien peu dire que l’exécutif sanitaire est aujourd’hui embarrassé par la proposition de loi « stades alcoolisés » des députés « marcheurs ». Officiellement, pour l’heure, on en reste à un tweet ministériel :

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

Il faut y ajouter, en écho, celui du Directeur Général de la Santé, Jérôme Salomon – tweet redondant mais aussi étrangement un peu plus politique que celui de la ministre. Il y évoque le mauvais « ménage » que font alcool et sport, le fait que la proposition de loi LREM est « totalement contraire à la politique volontariste de prévention et de promotion de la santé publique voulue par le président de la République, le gouvernement d’Edouard Philippe et portée par Agnès Buzyn ».

Compassion et rond-point

Pour sa part la Fédération Addiction écrit que l’article 18 de cette proposition de loi LREM, qui prévoit d’autoriser le retour de la vente d’alcool dans les stades, au prétexte d’un financement nécessaire, « entre en contradiction complète avec les objectifs de lutte contre les conduites addictives ». Une réaction qui vient gonfler le flot montant de celles, médicales, associatives et sanitaires, radicalement opposées à la volonté des quelques dizaines de députés LREM, par définition proche du président de la République. Un président qui est toujours apparu plus qu’ambivalent sur ce sujet éminemment politique  – au rond-point de l’économie, de la santé publique et de la réduction des risques.

Nul ne sait, pour reprendre la formule de la ministre des Solidarités et du Directeur Général de la Santé, si la ferveur a ou pas besoin d’alcool pour « s’exprimer dans nos stades ». Il est en revanche acquis qu’Agnès Buzyn doit désormais mieux montrer quelle quantité d’énergie elle entend, dans ce dossier, véritablement dépenser. Et dépasser, pour reprendre la formule d’un récent éditorial du Monde, son talent « dans l’art de manifester sa compassion ».

A demain @jynau

Le Monde, éditorial assassin : « Mme Buzyn excelle dans l’art de manifester sa compassion »

Bonjour

L’éditorial peut être une arme redoutable. Ainsi, aujourd’hui celui du Monde. Le dernier quotidien vespéral de la capitale revient sur la grève des services hospitaliers des urgences. Nous sommes cinq mois après le début de ce mouvement atypique, déclenché après une série d’agressions à l’hôpital parisien Saint-Antoine. Aujourd’hui ce sont 216 services d’urgences (sur 478) qui sont « en grève » – un mouvement invisible ou presque ; pour autant une colère montante contre l’exécutif .

« Il y a un mois, le vendredi 12 juillet, Agnès Buzyn a dû quitter précipitamment l’hôpital de La Rochelle, poursuivie par des urgentistes en grève, rappelle Le Monde. La ministre de la santé, qui connaît bien l’hôpital pour y avoir exercé son métier de médecin, était venue afin de mesurer l’ampleur de la colère des personnels des urgences. Elle a été servie. Le 2 août, à Verneuil-sur-Seine (Yvelines), elle a dû reconnaître qu’elle était face à ‘’une crise qui persiste’’ ». Ou un abcès qui gonfle. Une pathologie qui n’aura en rien été soignée par les annonces de la ministre en juin – 70 millions d’euros pour financer des mesures immédiates permettant notamment la revalorisation de la prime de risque des soignants. La colère est là, qui gronde. La fronde n’a cessé de s’étendre. Les « grévistes » réclament toujours 10 000 emplois supplémentaires, une hausse des salaires de 300 euros net par mois et l’arrêt des fermetures de lits.

Certes, observe le quotidien l’épisode qui s’est produit, début juillet, où, lors d’une manifestation nationale à Paris, une douzaine de soignants se sont injecté un produit présenté comme de l’insuline devant le ministère de la santé, ne s’est pas répété. On sait désormais que, pour « accentuer la pression », certains ont eu recours à des « arrêts maladie » – phénomène  médiatiquement porteur mais qui est resté marginal. Le Monde :

« Est-ce parce que cette « grève sans grève » semble indolore, voire invisible, que le gouvernement paraît s’en accommoder ? Est-ce parce qu’il n’y a pas eu d’incident majeur, d’accident, y compris lors de la récente séquence caniculaire, que le ministère de la santé n’apporte pas de réponse à la hauteur de cette colère qui monte ?

« Pourtant, on ne découvre pas, en 2019, la détresse des urgences, confrontées à une forte hausse de la demande, avec un cruel manque de moyens et une pénurie criante de médecins : alors que des patients expriment parfois de façon violente leur impatience et leur mécontentement, la population prise en charge aux urgences est passée, entre 1996 et 2016, de 10 millions à 21 millions. En 2018, selon SAMU-Urgences de France, 180 000 patients ont passé une nuit sur un brancard dans les couloirs des services destinés à les accueillir. Et cette situation intenable ne fait que s’aggraver durant l’été. »

Et puis cette phrase assassine : « Mme Buzyn excelle dans l’art de manifester sa compassion ». On a connu le vieux quotidien plus tendre à l’endroit de celle qui se situe dans la lignée de Simone Veil et qui rêva d’une destinée européenne. « L’heure n’est plus aux belles paroles, ajoute-t-il. Plutôt que de jouer la guerre d’usure, il y a urgence à poser des actes pour trouver une issue à la crise avant que des drames ne surviennent. » C’est désormais imprimé – et daté du 10 août 2019. L’éditorial, une arme redoutable

A demain @jynau