Cigarette électronique : notre président Macron est-il informé des victoires britanniques ?

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Les gazettes rayonnent de plaisir. Si l’on excepte Libération et un éditorial au canon sur Calais (Johan Hufnagel) toutes s’esbaudissent devant un nouveau phénomène : la macron-mania a franchi nos frontières, elle touche désormais une large fraction du Vieux Continent. Le vieux couple franco-allemand est en marche vers de nouvelles aventures. Corollaire : l’antique Angleterre redevient une île solitaire. Nouvelle séquence : la France ferme les yeux sur les réfugiés et retrouve une dynamique qui n’est pas sans mysticisme.

Tout cela ne va pas sans éclosion de paradoxes. Ainsi dans l’Hexagone les buralistes ne sont pas les derniers à s’occuper de santé publique. Ils viennent ainsi de relever les derniers chiffres britanniques du formidable Office for National Statistics. Ils sont ici : « Adult smoking habits in the UK: 2016 »

Brexit or not

« Nous avons l’habitude d’employer la formule, mais force est de constater que le paquet neutre (mis en place en mai) n’y aura été pour strictement rien, soulignent les buralistes français. Le pourcentage de fumeurs parmi la population adulte, au Royaume-Uni, est tombé à 15,8 % en 2016. En revanche, le pourcentage d’utilisateurs de cigarettes électroniques est monté à 5,6 %. Ces chiffres sont d’autant plus spectaculaires que cela signifierait une baisse de 4 points du pourcentage de la population ayant l’habitude de fumer, en six ans. Marisol Touraine aurait été contente d’avancer à un tel rythme … »

Pour les buralistes français l’apport de l’arrivée de la cigarette électronique dans cette évolution marquante apparaît clairement quand on juxtapose les statistiques brutes : les fumeurs de tabac « traditionnels » âgés de plus de 18 ans sont 7,6 millions au Royaume-Uni. Les vapoteurs de plus de 16 ans sont 2,9 millions. La ministre de la Santé a-t-elle transmis ces chiffres au Palais de L’Elysée. Brexit or not, la e-cigarette est d’ores et déjà l’une grande question de notre quinquennat.

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Jupiter- tabac : le prix n’augmentera pas avant les calendes de la seconde année du quinquennat  

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Des politiques présentées comme différentes peuvent avoir les mêmes effets. Le 4 juillet, le Premier Ministre Édouard Philippe II prononcera devant l’Assemblée nationale son discours de politique générale. L’ancien maire du Havre a donc demandé expressément aux principaux ministres de faire remonter une note de dix pages détaillant la vision de leur propre travail ministériel ; une « feuille de route ». Et le Premier ministre d’en faire son miel politique : y puiser sources d’inspiration et imposer ses premiers arbitrages.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) a fait le travail demandé par Matignon et, curieusement, la feuille de route a « fuité » (sans que l’origine de la fuite soit encore localisée). Nous avons vu que L’Argus de l’assurance avait été privilégié. Le site des buralistes a aussi observé que L’Argus avait tweeté : « Feuille de route d’Agnès Buzyn : la lutte contre le tabagisme sera intensifiée en augmentant dès 2018 le prix du tabac ». Confirmation, ce vendredi 23 juin, par Les Echos : « Agnès Buzyn veut intensifier la lutte contre le tabagisme, en augmentant rapidement et fortement, dès 2018, le prix du tabac ».

On se souvient que Mme Buzyn avait expliqué au Parisien « ne pas être contre » la promesse du candidat Macron de passer à un paquet à 10 euros. On voit désormais que cette promesse (essentielle contre la principale cause évitable de mort prématurée) s’éloigne à grand pas. Où l’on comprend que des politiques présentées comme nouvelles, consensuelles et différentes peuvent, en même temps, être strictement équivalente aux anciennes.

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Véridique : les buralistes réclament une politique de lutte efficace contre le tabagisme

Bonjour

Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) reste silencieuse sur le principal dossier de santé publique dont elle a la charge : la lutte contre le tabagisme. Elle semble, avec ses nouvelles fonctions, avoir oublié ce que furent ses convictions quand elle était à la tête de l’Institut National du Cancer. Le cas est connu : il est des maroquins républicains qui font perdre la mémoire.

La mémoire est-elle une spécialité des buralistes ? Le président de leur Confédération vient d’adresser un courrier à la ministre de la Santé. Et le site des buralistes en révèle l’essentiel. Cela donne des phrases aussi formidables que celles-ci :

 « Il va de soi que nous ne sommes en rien opposés à une politique de lutte contre le tabagisme efficace, parfaitement conscients que nous sommes des risques que le tabac représente en termes de santé publique. Nous avons d’ailleurs à plusieurs reprises proposé aux ministres de la santé successifs que le réseau des buralistes soit associé à cette politique, par exemple à travers la vente de substituts nicotiniques. Puisque le fait est là : les buralistes sont au contact quotidien des fumeurs. »

 Une consommation intacte

Les buralistes font aussi une lecture politique de la situation passée et présente. Il observent « les mauvais résultats de notre politique de lutte contre le tabagisme, au regard de la situation observée dans des pays voisins ». Et selon eux l’incurie des gouvernements précédents « pourrait conduire les pouvoirs publics à remettre en question les grandes orientations prises sans succès depuis des décennies ». Où l’on revient sur l’abcès du « paquet neutre » voulu et imposé par Marisol Touraine, ex-ministre. « Les premiers chiffres enregistrés en France laissent penser que la consommation de tabac n’en a pas été affectée » estiment les buralistes qui rêvent encore de le voir disparaître.

L’augmentation des prix ? « Cette mesure est en réalité illusoire, comme le montre la progression – constatée d’année en année et mesurée officiellement par la direction générale des douanes – du marché parallèle du tabac (c’est-à-dire l’ensemble des produits de tabac achetés hors du réseau officiel des buralistes : contrebande et trafics divers, achats transfrontaliers, achats sur Internet, …) » estiment-ils. On avoue, ici, ne pas être certain de percevoir toutes les finesses du raisonnement buralistique.

 Au final les buralistes espèrent avoir donné un aperçu à la ministre de la complexité du problème de la lutte contre le tabagisme. « Sans doute les priorités que nous réclamons méritent-elles quelque attention de la part des pouvoirs publics, concluent-il. Sans oublier la pédagogie à laquelle nous savons que vous êtes attachée et qui, probablement, n’a pas été suffisamment développée, notamment en milieu scolaire ». Quand on connaît la proportion des adolescents qui fument en France (et achètent du tabac à des buralistes qui ne devraient pas leur en vendre), ce probablement est tout bonnement admirable.

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« Tabac chauffé » sans danger pour la santé : mais de qui Philip Morris se moque-t-il ?  

Bonjour

Ancien de Colgate Palmolive, Frédéric de Wilde est aujourd’hui le président de Philip Morris International Europe. Le site des buralistes français nous apprend qu’il a accordé un entretien à Losange, leur « magazine 100% »  ; entretien éclairant en ce qu’il donne de nouvelles précisions sur la grande nouveauté de sa firme : le « tabac fumé » (marque Iqos) que son groupe vient de lancer sur certains marchés-tests en France 1.

Frédéric de Wilde : « En dehors de la Chine et des États-Unis, environ trois cigarettes sur dix vendues sont fabriquées par le groupe Philip Morris International. Il y a environ 1,1 milliard de fumeurs actuellement sur notre planète. L’Organisation mondiale de la Santé estime que ce nombre évoluera peu jusqu’en 2025. Notre groupe se devait donc d’offrir une alternative à nos consommateurs adultes, avec des produits potentiellement moins nocifs. »

Pleinement nocifs

Ainsi donc Philip Morris reconnaît publiquement qu’il commercialise, à haute dose, des produits pleinement nocifs. Question des buralistes : « quid de la validité scientifique du ‘’risques potentiellement réduits’’ » ? Frédéric de Wilde :

« PMI conduit des recherches approfondies sur Iqos pour en vérifier le potentiel de réduction du risque de maladies liées au tabagisme par comparaison avec la fumée de cigarette. Notre recherche est très avancée et s’inspire des normes et des pratiques adoptées depuis longtemps dans l’industrie pharmaceutique comme des recommandations et orientations de la Food and Drug Administration aux États-Unis pour les produits de tabac à risque modifié. Les données à ce jour pointent clairement en direction d’une réduction des risques par comparaison avec la fumée. »

« La vapeur d’Iqos contient, en moyenne 90 à 95 % de niveaux inférieurs, de constituants nocifs et potentiellement nocifs – à l’exclusion de la nicotine – par rapport à la fumée provenant d’une cigarette de référence conçue à des fins de recherche scientifique ; comme mesuré selon les modèles de laboratoire, la vapeur générée par Iqos est significativement moins toxique que la fumée de cigarette ; les fumeurs qui ont complètement adopté Iqos, dans deux études cliniques sur une semaine et deux études sur trois mois, ont réduit leur exposition à 15 constituants nocifs. Les niveaux d’exposition mesurés ont approché ceux observés chez les personnes qui ont cessé de fumer pendant la durée des études ».

Tour de bras

Nocif ou pas Philip Morris implante Iqos à tour de bras. Outre le Japon l’objet est commercialisé dans quatorze pays européens : Danemark, Allemagne, Grèce, Italie, Lituanie, Monaco, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Espagne, Suisse, Royaume-Uni – et la France depuis le mai 2017.

 Ancien de Colgate Palmolive, Frédéric de Wilde ne nous dit pas tout sur le sujet. A commencer par ce qui se passe en Suisse. Il faut ici consulter vapolitique.blogspot.fr : « Philip Morris avoue la pyrolyse de l’Iqos mais tente de faire retirer l’étude lausannoise » (Philippe Poirson).   Où il est question de la pyrolyse, cette décomposition chimique d’un composé organique dû à une augmentation importante de sa température et qui génère d’autres produits qu’il ne contenait pas.

« La fumée dégagée par l’Iqos contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle », souligne une étude conduite par une équipe de recherche lausannoise publiée dans JAMA Internal Medicine le 22 mai dernier.

« Nous n’avons jamais affirmé que l’Iqos est dépourvu de processus pyrolytiques, bien connus pour augmenter avec l’augmentation de la température, et qui sont responsables de la plupart des composés nocifs ou potentiellement nocifs (HPHC) restant trouvés dans l’aérosol de l’Iqos. Cependant, aucune combustion ne se produit dans l’Iqos » peut-on lire dans la réponse publiée le 30 mai sur le site de Philip Morris. Puis, début juin, Jean-Daniel Tissot, doyen de la faculté de biologie et médecine de l’Université de Lausanne, a reçu un courrier de Philip Morris exigeant le retrait de l’étude…

Silence de la nouvelle ministre

« En d’autres termes, réduire les cigarettes classiques allumées à un processus de combustion complète serait abusif, estime Philippe Poirson. Or ce sont les résidus de combustion incomplète et pyrolyse qui forment les composés les plus nocifs du tabagisme, point bien connu des spécialistes sérieux sur la question. (…) la génération de monoxyde de carbone (CO) en est un élément clef. Sa présence atteste de combustion incomplète ou de pyrolyse. Le processus de dégradation des composés en absence d’oxygène produit du CO en place du CO2 dégagé en combustion complète. L’étude lausannoise confirme la présence de CO dans la fumée produite par l’Iqos. De son côté, les cadres scientifiques de Philip Morris en contestent le taux mesuré mais pas sa présence. Difficile dans ces conditions d’accorder crédit aux médias présentant l’Iqos comme produit « smokeless » sans fumée. »

En France, face aux allégations d’une moindre nocivité les autorités sanitaires font comme si rien n’existait. La nouvelle ministre de la Santé fait comme celle qui l’a précédée. Aucune réponse fournie aux fumeurs qui s’interrogeront. Comme avec la cigarette électronique, aucune étude, aucun conseil qui s’inscrirait dans une politique citoyenne du moindre risque.

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1 « IQOS, le « tabac chauffé à moindre nocivité » arrive en France. Silence des autorités » Journalisme et santé publique, 14 avril 2017

Post-vérité : pourquoi tant de haines exprimées contre Marisol Touraine ?

 

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Fin de partie. Pour elle le temps s’est figé. Son blog est muet. Reconnaissant brièvement sa défaite elle a dit « partir en vacances ». Comment organise-t-on un sevrage de l’addiction à la politique ?

On peut aussi voir dans cette chute brutale aux élections législatives un divorce enfin prononcé. Un divorce bien mal négocié. « Ils l’auront détestée jusqu’au bout. Très remontés contre Marisol Touraine, les médecins célèbrent (sans pitié) depuis dimanche soir de la défaite de l’ex-ministre de la Santé aux élections législatives dans l’Indre-et-Loire, observe Le Quotidien du Médecin. Sur Twitter, les messages fusent pour enfoncer celle qui a mené la politique de santé pendant cinq ans sous la présidence de François Hollande et dont le nom était évoqué pour occuper la présidence de l’Assemblée nationale lors de la prochaine législature. »

« Son comportement opportuniste indigne succédant à son dogmatisme intraitable l’a achevée « ose le Pr Guy Vallancien. L’Union française pour une médecine libre (UFML) croit pouvoir saluer la fin « d’une époque où le mépris des soignants et la construction d’une politique sanitaire idéologique ont servi pendant cinq ans de fil conducteur ». Jusqu’aux infirmier(e)s « Elle nous a méprisé et pourri la vie pendant cinq ans, elle a supprimé postes et lits », tweete le syndicat national des professionnels infirmiers.

Calice et cigarette électronique

Boire le calice impose aussi de lire le site des buralistes : « Certes, en politique, le désespoir est une sottise absolue mais il semble bien que les résultats d’hier mettent un terme à la carrière politique de l’ex-ministre de la Santé. Au-delà du sort de la modeste personne, on souhaitera vivement que disparaisse avec elle ce qu’elle avait soigneusement réussi à incarner : l’arrogance, l’idéologie et l’outrance. Sa politique concernant les sujets qui nous intéressent l’illustre parfaitement. »

Et les buralistes de développer leurs accusations. On retiendra ce passage : « Plutôt que d’attaquer le grave problème du tabagisme à sa racine ou de reconnaître la dure réalité du marché parallèle, elle a joué « démago « en vilipendant les multinationales du tabac. Et en imposant le paquet neutre. Aveuglée par cette idéologie, elle a complètement loupé une approche intelligente du phénomène de la cigarette électronique. » Résultat sans appel : « les chiffres fondamentaux de la prévalence tabagique n’ont fondamentalement pas bougé pendant son règne ».

Fin de partie. Pour elle le temps s’est figé. Son blog est muet. Une question reste : pourquoi tant de haines ?

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Prix du tabac et e-cigarette : l’incroyable frilosité de la nouvelle ministre de la Santé

Bonjour

Déception est un euphémisme. On la savait, de par son parcours, pleinement consciente du fléau. Devenue ministre, on l’imaginait désormais pleinement maîtresse de ce dossier sanitaire majeur et prioritaire. On découvre une ministre de la Santé (et des Solidarités) comme dépassée par le sujet, empêtrée dans ses nouvelles fonctions, déjà condamnée au coupable immobilisme de celle qui, hier occupait ses fonctions.

Dans l’entretien exclusif qu’elle vient d’accorder au Parisien Agnès Buzyn est interrogée sur la première cause de mortalité évitable. On lui demande si elle envisage d’augmenter le prix du paquet de cigarettes à 10 euros comme l’avait solennellement promis le candidat Emmanuel Macron qui l’a nommée ministre. Réponse :

« C’est une option qui doit être discutée avec l’ensemble des acteurs, mais elle doit s’accompagner de pédagogie. Je ne suis pas contre cette hausse. Il faut une prise de conscience, surtout chez les jeunes et les femmes. Aujourd’hui, le taux de fumeuses de 20 à 40 ans en France est le plus élevé du monde. La mortalité liée aux cancers et les infarctus ne cessent d’augmenter chez les femmes. La hausse du prix du paquet est donc une façon de faire baisser le nombre de fumeurs. J’entends l’inquiétude des Français sur leur pouvoir d’achat, mais il s’agit d’un impératif de santé publique. Le tabagisme est une vraie maladie. »

La ministre de la Santé n’est pas contre un outil qui a amplement fait la preuve de son efficacité. Elle veut en discuter avec l’ensemble des acteurs (sic).

« Hausse drastique des prix »

Est-ce bien la même Agnès Buzyn qui, il y a précisément quatre ans, publiait dans Le Monde une tribune où, la présidente de l’Institut national du cancer écrivait :

« A l’heure où se construit le troisième Plan cancer, le pilotage de cette lutte doit revenir au ministère en charge de la santé avec un investissement marqué dans une politique de prévention. (…) Priorité à la prévention, protection de la jeunesse, hausse drastique des prix, paquets neutres, respect des lois, et réorganisation de la vente du tabac : nous devons repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme face à cette bombe à retardement sanitaire. La médecine est à court d’arguments, le temps est à la volonté politique ».

Quatre ans plus tard Le Parisien lui demande, puisque le tabagisme est une vraie maladie, ce qu’elle attend « pour promouvoir la cigarette électronique ». Réponse :

 « Actuellement, on a peu de preuves scientifiques pour considérer qu’il s’agit d’un outil efficace. Le vapotage permet de réduire sa consommation mais pas l’arrêt complet du tabac. Or, c’est ce qui compte pour prévenir les cancers et les maladies cardiovasculaires. On ne reviendra donc pas sur l’interdiction de vapoter mise en place le 1er octobre prochain dans certains lieux publics. »

Ainsi donc, ruinant tous les espoirs, Agnès Buzyn ne sera pas la ministre de la réduction des risques. Déception est, vraiment, un euphémisme.

A demain

PS : Réaction des buralistes aux propos de la ministre : « Agiter ainsi le chiffon rouge devant les buralistes, en évoquant ainsi la perspective d’une forte hausse des prix du tabac, juste avant le second tour des législatives … ce n’est pas franchement rendre service à son gouvernement. Même si la majorité actuelle n’a rien à craindre (…) Sa réponse sur la cigarette électronique tend à rappeler qu’elle n’a guère saisi l’ampleur et l’intérêt du phénomène. C’est la ministre qui a besoin de pédagogie. »

 

 

 

Brigitte parlera-t-elle à Emmanuel du « tabac chauffé moins nocif » de Philip Morris ?

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Longtemps Marisol Touraine ne daigna pas s’intéresser à la cigarette électronique. Puis elle trouva que cela ressemblait furieusement à la cigarette de tabac. On connaît (malheureusement) la suite. Tel ne fut pas le cas, on le sait, de Brigitte Macron. Mme Macron, future Première Dame à laquelle Le Monde vient de consacrer un portrait-pleine page tandis que Régis Debray apprécie, sur Arte, qu’elle ait été professeure de français.

Le changement de président (et ses innombrables effets connexes) coïncide avec le lancement, en France, de l’IQOS appareil à base de tabac « chauffé à moindre nocivité » commercialisé par le géant Philip Morris. Nous avons déjà évoqué l’affaire en dénonçant la passivité des autorités sanitaires. L’Agence France Presse revient fort utilement sur le sujet qui voit également sur les rangs les autres géants : Japan Tobacco International et sa Ploom (appareil en forme de stylo qui chauffe des petites capsules de tabac à usage unique) et British American Tobacco (et sa « chaufferette » rectangulaire Glo, dans laquelle on insère des bâtonnets de tabac).

Depuis quelques jours Philip Morris teste le marché français : IQOS est vendu sur internet (70 euros avec chargeur) et les recharges sont disponibles, sous la marque Heets, dans quatre-vingt dix bureaux de tabac en région parisienne et neuf à Nice.

22 long rifle et/ou kalachnikov

« Tabac chauffé à moindre nocivité ? » « Tout ça est absolument non avéré », avertit le Pr Albert Hirsch, pneumologue et vieux militant anti-tabac. Il faut valoir qu’il n’y a pas encore d’études indépendantes (pourquoi ?) et que l’on ne dispose pas d’un recul suffisant sur de tels produits (combien faudra-t-il attendre ?). « L’industrie du tabac nous a déjà fait le coup il y a 40 ans, avec le filtre, puis les cigarettes légères, et on s’est aperçu qu’il y avait des risques majeurs, donc il faut être extrêmement prudent », ajoute Yves Martinet ancien président de l’Alliance contre le tabac.

« Il est possible que ça soit moins toxique, mais qu’on se fasse tuer par un 22 long rifle ou par une kalachnikov, dans les deux cas, on est mort », attaque le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-militant et spécialiste de la lutte contre le tabac. Même s’il y a « beaucoup moins de monoxyde de carbone dans l’air expiré qu’avec les cigarettes », il y en a quand même un peu, souligne-t-il. Il y a aussi des nitrosamines, substances cancérigènes naturellement présentes dans le tabac, sans même qu’il soit brûlé.

Plus grave, IQOS est selon lui « fait pour créer de la dépendance ». « Une fois allumé, on doit prendre les 10 à 15 bouffées en cinq minutes contrairement à une cigarette électronique ». Cela entraîne des « pics de nicotine », phénomène qui augmente le nombre de récepteurs de la nicotine et « entretient la dépendance ». Voilà, avec la cigarette électronique, un bien beau dossier d’actualité pour le prochain ministre de la Santé et de la réduction des risques. A fortiori s’il est incité à s’en saisir depuis le Palais de l’Elysée.

A demain