Capitalisme et addictions : faire une croix sur le tabac pour mieux s’enrichir avec le cannabis

Bonjour

On peut, certes, s’en amuser, laisser la métaphore filer. « De la cigarette à la fumette, il n’y a qu’un pas, que vient de franchir au triple galop le propriétaire de Marlboro, la marque au cow-boy. Le groupe américain Altria a en effet annoncé, vendredi 7 décembre, avoir misé 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) pour s’emparer de 45 % du capital de la société canadienne Cronos, rapporte Le Monde. De quoi mettre du beurre dans les épinards de cette PME – qui vient de lancer sa marque de cannabis Spinach – et, pour ses actionnaires, de décrocher le jackpot, alors que le chiffre d’affaires de Cronos ne pèse guère plus qu’un nuage de fumée (3 millions de dollars). Altria devient ainsi le premier cigarettier à se laisser séduire par le marché de la marijuana, qu’il espère lucratif. Il est notamment soucieux de trouver un nouveau souffle face à la baisse de la consommation du tabac et aux incertitudes liées à l’avenir du vapotage. »

Le site des buralistes français s’intéresse au sujet. Il nous précise que cet investissement « représente une nouvelle opportunité de croissance excitante pour Altria », a commenté le PDG de l’entreprise, Howard Willard, dans un communiqué annonçant l’opération. Y aurait-il, dans, ce monde d’autres excitations que dans le champ de la croissance ?

Précision : cet investissement donne à Altria la possibilité de participer à un « secteur émergent au niveau mondial » qui « devrait connaître une croissance rapide au cours de la prochaine décennie » : entendre émergence de la consommation (légale) de cannabis dans la foulée canadienne.

« L’opération est aussi l’occasion pour Altria d’investir dans des produits « complémentaires » à son cœur de marché, le tabac » précise lemondedutabac.com. Comment mieux dire l’homogénéité et la rapacité capitalistique au cœur de l’addiction ? En comme rien n’est simple cette paracité peut aussi se nourrir de la réduction des risques. Ainsi, selon The Wall Street Journal, le « propriétaire de Marlboro, la marque au cow-boy » est aussi en discussions pour prendre une participation dans Juul Labs, une start-up qui efait un malheur sur le marché des e-cigarettes aux États-Unis ».

« Cronos, ajoute le site des buralistes, est basé à Toronto et commercialise aussi bien du cannabis à usage thérapeutique qu’à usage récréatif et ambitionne de construire un ‘’portefeuille de marques iconiques’’ (sic). »

« Les alcooliers avaient ouvert la voie, rappelle Le Monde. En août, le propriétaire de la bière Corona, le groupe américain de spiritueux Constellation Brands, a fait sensation, en déboursant près de 4 milliards de dollars pour monter au capital de la société canadienne Canopy Growth et en détenir 38 %. Les brasseurs Molson Coors et Heineken, de leur côté, ont noué des partenariats avec des spécialistes de la feuille verte afin de proposer des boissons non alcoolisées infusées au cannabis. Puis, mi-septembre, le géant des sodas, Coca-Cola, a dévoilé son intention de mettre une pincée de cannabidiol dans ses canettes. »

Il y a là de nouveaux gisements de développements psychotropes et fiscaux. La France demeurera longtemps en retard dans la marche vers cet Eldorado ?

A demain

@jynau

 

Le tabac tue, les mégots polluent. Big Tobacco aura-t-il encore longtemps pignon sur rue ?

Bonjour

Information des médias belges : le gouvernement de la région de Bruxelles-Capitale va réclamer 200 000 euros à l’industrie du tabac pour « compenser l’argent public dépensé pour lutter contre la pollution des mégots de cigarettes dans la rue ». Ces médias précisent que, la secrétaire d’État à la Propreté de la région, Fadila Laanan, va envoyer, dès la semaine prochaine, un courrier dans ce sens à Cimabel, l’association des fabricants.  « Notre objectif est de faire contribuer les fabricants de cigarettes aux actions que nous menons » a indiqué Fadila Laanan en faisant référence aux investissements menés en matière de propreté et de sensibilisation des fumeurs.

 Cette région souhaite notamment pouvoir distribuer gratuitement 12 000 cendriers portables lors du célèbre festival de musique « Couleur Café » qui se tient fin juin. Mais elle aurait aussi prévu de lancer une série d’appels à projets, précise la RTBF. Bruxelles-Capitale se serait inspirée d’un exemple venant de Flandre : l’industrie du tabac y a déjà financé un millier de « dalles à cigarettes », s’incrustant dans les trottoirs et qui permettent aux fumeurs d’y jeter leurs mégots.

« Une opération qui ne pourrait se dérouler en France, dans le cadre de la réglementation actuelle » précise le site des buralistes français.

Fadila et Brune

En France, précisément, pendant l’inaction, le spectacle politique continue. Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire (et en charge des mégots) a rencontré les ambassadeurs de Big Tobacco. Et tient à le faire savoir.

« Lors de sa réunion avec les industriels du tabac, Brune Poirson, est revenue sur le fléau environnemental que constituent les déchets de cigarettes et leur a fait part de sa déception quant à l’insuffisance de leurs propositions initiales.  Grâce à ses demandes, notamment réitérées publiquement hier, les industriels du tabac ont convenu de la nécessité de faire évoluer leur copie et de réfléchir à des propositions financées et quantifiées qui s’inscriraient dans le cadre du déploiement d’une filière de responsabilité élargie du producteur (REP). Ces propositions d’action doivent en effet répondre au défi environnemental posé par les mégots mais aussi aux attentes de nos concitoyens et des collectivités.

« Brune Poirson a donc indiqué aux industriels que, conformément à la feuille de route de l’économie circulaire du gouvernement, elle allait désormais explorer les modalités de déploiement d’une REP, spécifiquement adaptée aux enjeux de l’industrie du tabac. (…) Cette industrie doit comme d’autres mettre en œuvre le principe « pollueur payeur ». Depuis des décennies, ces industriels s’y dérobent mais en les convoquant j’ai voulu leur rappeler que s’il convient d’appeler les fumeurs au civisme en faisant le bon geste pour l’environnement en jetant leurs mégots dans une poubelle, il est aussi de la responsabilité des cigarettiers de participer financièrement à la collecte et à l’élimination de leurs déchets ».

Fadila Laanan vs Brune Poirson. Où l’on voit les étroites limites du pouvoir exécutif français quand il s’agit de faire plier cette puissance commerciale dont la toxicité n’est, pourtant, plus à démontrer.

A demain

 

Comment peut-on  laisser  Big Tobacco faire la publicité sanitaire de ses tabacs «chauffés» ?

Bonjour

Que se passe-t-il à Genève, au sein de la 8e édition du sommet anti-tabac de l’OMS (COP 8). Un sommet fermé à la presse et autres oreilles affûtées 1. Le sujet intéresse au plus haut point le site des buralistes français : « COP 8 / Sommet anti-tabac de l’OMS : les arguments de Philip Morris sur les produits de nouvelle génération … face à l’obstruction ».  A Genève on examine, dit-on, les résultats obtenus dans la lutte contre le tabagisme ainsi que … « les stratégies pour lutter contre l’émergence de nouveaux produits du tabac et l’ingérence de l’industrie du tabac dans les efforts de lutte anti-tabac(sic)».

Moira Gilchrist est la vice-présidente de la communication scientifique de Philip Morris International. Elle voit dans la réunion de Genève une rencontre « historique ». « Pour la première fois toute la gamme des nouveaux produits sans fumée, développés depuis trois ans, peut être évaluée, dit-elle. Nous pensons que nos produits réduisent de manière drastique les risques pour la santé par rapport aux cigarettes traditionnelles ».

 Invraisemblable

Et la scientifique Gilchrist de demander tout simplement à débattre de ce sujet. Et de rappeler que d’après diverses estimations, le seul vapotage concernerait aujourd’hui de 10 à 20 % des fumeurs réguliers en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis notamment. Les chiffres de Philip Morris International confirment cette tendance. En 2017, ses nouveaux produits à « tabac chauffé » représentaient 13 % des ventes du géant mondial – et ils vont compter à hauteur de 16 % cette année.

 « Il n’y a que 2,5% des fumeurs qui arrêtent de fumer chaque année » explique encore la responsable de Philip Morris International. Elle a plus ou moins compté : à ce rythme, il faudrait au moins un siècle pour l’éradication tabagique. « Dès lors, il est effectivement utile de trouver des moyens de substitution pour accélérer la démarche de ceux qui veulent sortir de l’addiction à la cigarette, ose le site des buralistes français. Un argument qui va bien finir par prendre toute sa place, malgré les polémiques auxquelles sont contraints de se livrer les tenants du discours dominant en la matière. »

Que de confusions savamment entretenues. Faudrait-il ici encore rappeler que les nouveaux produits à  « tabac chauffé » ne sont en rien comparable à la cigarette électronique ? Qu’ils n’ont nullement fait la preuve de leur intérêt en termes de réduction des risques ? Que les meilleurs experts soutienne une opinion contraire ? Et que, de manière invraisemblable les autorités sanitaires françaises se désintéressent radicalement du sujet – laissant ainsi le champ libre à toutes la approximations-manipulations des puissants marchands de tabac.

A demain

1 Sur ce sujet lire le délicieux compte-rendu de Philippe Poirson : « #COP8FCTC Premier jour, première boulette: Anne Bucher, nouvelle DG santé Européenne, croit que la vape est du tabac ». Où l’on découvre, sur ce sujet, les compétences et étranges convictions de Mme Anne Bucher, nouvellement nommée à la tête de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE) de la Commission européenne.

 

AXA et les géants de la finance lancent une croisade mondiale contre les géants du tabac

Bonjour

Que se passe-t-il dans les hautes sphères de la finance internationale ? Ceci est un message du géant français AXA spécialiste mondial de l’assurance et la gestion d’actifs. Le symptôme d’un vent qui tourne dans les étages où l’on parle en millions/milliards de dollars. Un document qui, hier encore, serait apparu proprement ahurissant :

« AXA signe le Tobacco Free Finance Pledge . Nous réaffirmons, aujourd’hui encore, l’importance de notre rôle dans le mouvement anti-tabac en signant le « Tobacco Free Finance Pledge » 1 devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.  Le Tobacco-Free Finance Pledge (TFPP) 1 est une initiative émanant du Tobacco Free Portfolios (TFP), une ONG internationale ayant pour objectif d’éradiquer le tabac à l’échelle mondiale, en incitant les investisseurs de tous les pays à céder leurs actifs dans l’industrie du tabac. Cette initiative appelle tous les dirigeants des secteurs public et privé, aussi bien que les ONG et les institutions internationales, à rejoindre le combat contre le tabac.

«  Se désengager de l’industrie du tabac constitue une décision naturelle (sic) pour un assureur responsable tel qu’AXA. Les produits dérivés du tabac constituent en effet une menace majeure pour la santé publique : ils tuent aujourd’hui six  millions de personnes par an, un chiffre qui devrait atteindre 8 millions d’ici 2030, principalement dans les pays en développement.

 Cigarette électronique

 « Le tabac représente, en outre, un coût net pour la société, et ne possède aucun niveau d’exposition sûr. C’est pourquoi nous avons débuté notre voyage sans tabac avec le Dr Bronwyn King, fondatrice de Tobacco-Free Portfolios, une oncologue australienne qui consacre sa vie professionnelle et personnelle à la lutte contre le tabac. Tout a commencé en 2016, AXA étant alors l’une des premières entreprises du secteur de l’assurance et de la finance à suivre l’initiative de Bronwyn. Nous décidons ensuite de céder nos actifs dans l’industrie du tabac, évalués à environ 1,8 milliard d’euros.

« En tant qu’assureur de santé, nous constatons chaque jour les conséquences du tabagisme sur la santé et le bien-être des individus. Chez AXA, nous souhaitons que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société. En 2016, nous étions le premier investisseur et assureur mondial à cesser d’investir et d’assurer le tabac, 2 avec la conviction forte que seule une action collective puisse apporter des changements réels. C’est pourquoi je suis très fier de voir aujourd’hui la force de cet engagement collectif. »

 « La communauté financière mondiale reconnaît l’augmentation des résistances commerciales, réglementaires et sociales auxquelles fait face l’industrie du tabac et la nécessité d’adopter une approche particulière vis-à-vis du tabac en mettant fin à toutes les relations commerciales et financières avec cette industrie », précise d’autre part un communiqué explicatif repris par le site des buralistes français. Or « le secteur financier a longtemps été la pièce manquante dans le contrôle du tabac, considérant cette industrie comme un acteur classique de l’économie mondiale, et la finançant par le biais de prêts, d’assurances et d’investissements », ajoute le document, précisant que « l’abandon du financement du tabac est aujourd’hui une question inscrite à l’ordre du jour des conseils d’administration des institutions financières dans le monde entier ».

Face au tabac, AXA « souhaite que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société ». Qui ne le souhaiterait ? Pourquoi seulement maintenant, si tard ? Et quelles sont les véritables raisons de fond, économiques et financières, de cet abandon des marchands de tabac en passe de devenir des parias ?

Pourquoi cet intérêt soudain du monde de l’argent pour la « santé publique » ? Et pourquoi ne pas soutenir, dans cette logique, la cigarette électronique et la réduction des risques ? Ni AXA ni les autres géants de l’assurance et de la finance ne répondent à ces questions.

A demain

1  Le Tobacco Free Finance Pledge est une initiative créée par l’ONG « Tobacco Free Portfolios » et développée en collaboration avec UNEP FI, PSI, PRI, AXA, BNP Paribas, Natixis et AMP Capital. « Cette initiative regroupe actuellement soixante signataires fondateurs et vingt-huit soutiens, dont des institutions financières du monde entier « représentant des milliers de milliards de dollars de capitaux, dont plus de 6 400 milliards de dollars d’actifs sous gestion, plus de 1 800 milliards de dollars de portefeuilles de prêts aux entreprises et plus de 179 milliards de dollars de primes d’assurances ».

2 « Argent et morale : le géant de l’assurance Axa ne veut plus faire de profits avec le tabac » Journalisme et santé publique du 23 mai 2016

E-Cigarette : permettre aux ados de « juuler » ou, comme en France, les laisser fumer ?

Bonjour

Il va nous falloir apprendre à connaître JUUL Labs : une firme californienne de cigarette électronique visée par le Dr Scott Gottlieb (patron de  la FDA)  dans sa communication mondialement médiatisée sur le vapotage et les adolescents. La JUUL qui – après un succès fulgurant aux États-Unis – se lance au Royaume-Uni, depuis juillet, et au Canada, depuis fin août. « La France faisant partie de ses prochaines cibles. D’ailleurs, cela se traduit actuellement par des propositions discrètes de recrutement à certains hauts cadres de l’industrie du tabac et du vapotage sur le marché français » confie le site des buralistes.

Pour le Dr Gottlieb, « les cigarettes électroniques peuvent aider les fumeurs adultes, mais cela ne doit pas se faire au détriment des enfants ». « Nous ne pouvons pas accepter qu’une génération entière devienne dépendante à la nicotine » dit-il. En  2017, 2,1  millions de lycéens et collégiens américains étaient des consommateurs réguliers, selon les statistiques officielles. Depuis, le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur. Selon le Washington Post, le nombre d’adolescents vapoteurs aurait augmenté de 75  % cette année.

« Cette popularité croissante s’explique en grande partie par le succès de JUUL Labs. En trois ans, cette jeune société établie à San Francisco (Californie) est même entrée dans le langage courant, rapporte Le Monde (Jérôme Marin). Dans les collèges et lycées américains, on n’utilise pas une cigarette électronique, on  » juule « . Et on l’affiche fièrement sur Instagram et Snapchat. Tout l’inverse des cigarettes, dont la consommation ne cesse de reculer – moins de 8  % des lycéens fument. »

Selon les estimations de l’Institut Nielsen JUUL  capterait 72  % du marché aux Etats-Unis, loin devant les marques lancées par les géants du tabac. Un chiffre d’affaires évalué à 1,3  milliard de dollars (1,1  milliard d’euros) au cours des douze derniers mois et qui a bondi de 730  % sur un an.

Concombre masqué et crème brûlée

La recette du succès ? Le design : une e- cigarette électronique type clé USB ; l’éventail des parfums (menthe, mangue, crème brûlée ….  intégrant du sel de nicotine pour offrir une sensation plus proche de celle d’une cigarette de tabac) ; et un marketing plus de débridé auprès des plus jeunes – ceux qui ne sont pas entrés dane le monde ringardisé et hautement toxique du tabac.

JUUL reconnaît que l’utilisation massive  de ses productions par les mineurs est un problème – et pense pouvoir le résoudre grâce aux nouvelles technologies. « L’an prochain, la société commercialisera une cigarette se connectant à un smartphone, ce qui pourrait, à terme, permettre de contrôler l’âge des utilisateurs, précise Le Monde. Le fabricant tente de redorer son blason. Il a promis d’investir 30  millions de dollars sur trois ans pour lutter contre l’utilisation de ses produits par des mineurs. Il soutient une proposition de loi pour porter à 21 ans l’âge minimum pour acheter du tabac. Avant cela, il avait aussi modifié son marketing. Ses publicités et son site Internet adoptent désormais des couleurs plus sobres et mettent en avant de vrais fumeurs qui ont basculé vers les cigarettes électroniques. »

Chez JUUL le parfum « Concombre cool » est devenu « Concombre »  et « Fruit » a remplacé « Salade de fruits ».  La firme assure également qu’elle contrôle davantage les distributeurs qui visent les adolescents ou qui ne respectent pas l’âge limite – elle aurait demandé la suppression de milliers de messages et d’annonces sur Instagram, Facebook et Amazon.

Sourire de la situation américaine ?  En France un adolescent sur trois consomme du tabac. Le pouvoir exécutif tient dans le plus profond mépris les artisans vapoteurs acteurs majeurs de la réduction des risques tabagiques. Et les paquebots internationaux de Big Tobacco entendent bien détruire, via France Vapotage, les micro-esquifs de la Révolution des Volutes. Quant à la ministre Agnès Buzyn elle semble désormais définitivement allergique, dans le champ de l’addiction, à une politique structurée de réduction des risques.

A demain

 

E-Cigarette et adolescents : en Amérique la FDA s’ingénie à augmenter les risques tabagiques

Bonjour

« Comme un ultimatum » estime le site des buralistes français.  La puissante Food and Drug Administration (FDA) vient de donner soixante jours aux fabricants d’e-cigarettes et d’e-liquides pour lui présenter un plan destiné à réduire la consommation de leurs produits par les adolescents. Cela donne ceci : « FDA takes new steps to address epidemic of youth e-cigarette use, including a historic action against more than 1,300 retailers and 5 major manufacturers for their roles perpetuating youth access ».

Pour le Dr Scott Gottlieb, patron de la FDA, le recours à la e-cigarette a, dans son pays, atteint chez les adolescents la dimension d’une « épidémie ». Il s’en explique dans une longue déclaration : « Statement from FDA Commissioner Scott Gottlieb, M.D., on new steps to address epidemic of youth e-cigarette use ». Et si l’administration sanitaire américaine n’est pas convaincue par les réponses des industriels, les « arômes parfumés » pourraient être tout simplement interdits.

Pour la FDA la commercialisation de liquides aux parfums fruités ou sucrés rend ces produits particulièrement attrayants pour les jeunes consommateurs qui n’ont pourtant pas le droit d’acheter de cigarettes électroniques. « La disponibilité des cigarettes électroniques ne peut pas se faire au prix d’une dépendance des nouvelles générations à la nicotine, cela ne se passera pas ainsi », martelle Scott Gottlieb.

Collèges et lycées

« Alors que les ventes de tabac conventionnel ne cessent de reculer aux États-Unis, celles de cigarettes électroniques progressent : en moyenne de 25 % par an depuis quatre ans, explique le site des buralistes. Et cette vogue n’a pas épargné les abords des collèges et des lycées, où le vapotage a supplanté la cigarette, en partie du fait du succès de fabricants parmi lesquels JUUL.

« La FDA est-elle sur le point de tuer la vape aux États-Unis ? » s’interroge le site vapingpost.com (Alister Servet). Il observe que si la déclaration de Scott Gottlieb commence bien elle se termine différemment :

« Notre plan global de lutte contre les effets nocifs du tabagisme (ndlr : plan de la FDA) a été fondé sur un principe d’animation central. Ce qui cause principalement la mort et les maladies liées au tabagisme n’est pas la nicotine contenue dans ces produits. C’est l’acte d’allumer du tabac pour libérer cette drogue pour l’inhalation. Alors que c’est la dépendance à la nicotine qui incite les gens à fumer,c’est surtout la combustion qui libère des milliers de constituants nocifs dans l’organisme à des niveaux dangereux, qui tue les gens  »

« Nous devons nous assurer que nous évaluons correctement l’impact net sur la santé publique de produits comme les e-cigs avant qu’ils n’obtiennent l’autorisation de mise sur le marché de la FDA, et que ces produits répondent à leurs responsabilités réglementaires. Ces produits peuvent encore poser des risques pour la santé, y compris la possibilité de libérer certains produits chimiques à des niveaux plus élevés que les cigarettes conventionnelles, et ces risques potentiels doivent être examinés de plus près ».

Pour vapingpost.com Scott Gottlieb fait très probablement référence aux nombreuses études à la méthodologie douteuse, et ayant très rapidement, après leur publication, été démontées par de nombreux experts du domaine.

« Oui, brûler un e-liquide libère des substances toxiques. Cependant, il est important de rappeler que dans le cadre d’une utilisation normale de la cigarette électronique, ces substances sont tout simplement absentes de la vapeur inhalée par les vapoteurs. »

Esclavage du tabac

Suite de Scott Gottleib :

« Nous annonçons la plus grande initiative jamais coordonnée contre les ventes illégales (ndlr : de produits de la vape à des mineurs) dans l’histoire de la FDA. Il s’agit de la plus importante mesure d’application de la loi de l’histoire de l’organisme(qui ciblera les ventes en ligne et en boutiques). Nous avons envoyé plus de 1 100 lettres d’avertissement aux magasins pour la vente illégale de cigarettes électroniques à des mineurs. De plus, nous avons imposé 131 autres pénalités civiles à des magasins qui ont continué de violer les restrictions sur les ventes aux mineurs.

«  Mais nous devons faire davantage pour endiguer ce que je considère comme une épidémie d’utilisation de la cigarette électronique chez les adolescents, et des tendances profondément inquiétantes qui ne montrent aucun signe de ralentissement. (…) L’un des facteurs que nous évaluons de près est la disponibilité des saveurs caractérisantes. Nous savons que les saveurs jouent un rôle important dans l’attrait des jeunes. Et compte tenu des tendances en cours, nous pourrions prendre des mesures pour réduire la commercialisation et la vente de produits aromatisés. Nous sommes en train d’évaluer activement comment nous pourrions mettre en œuvre une telle politique. »

Pour vapingpost.com la situation est claire : la FDA compte tout simplement ignorer les études ayant d’ores et déjà prouvé que les arômes sont l’une des principales raisons pour laquelle la vape est aussi efficace en tant qu’outil de sevrage tabagique, et pense à les supprimer. Quelles conséquences pratiques aurait une telle suppression ? Les mêems causes produisant, outre-Atlantique également, les mêmes effets on peut raisonnablement imaginer que la FDA pousserait, de fait, les adolescents à entrer directement dans l’esclavage, hautement plus toxique, de la nicotine du tabac.

A demain

Politique :  le paquebot Tobacco  se lance à l’abordage des esquifs français du vapotage

Bonjour

Cinq ans après la Révolution des volutes est-elle en grand danger ? La création de « France Vapotage » pourrait le faire craindre. Il s’agit ici, nous dit le site des buralistes, d’une « fédération professionnelle » créée par « des fabricants de produits du vapotage opérant en France ». Objectif : « défendre leurs intérêts et faire la promotion de la cigarette électronique comme ‘’outil de sortie du tabac’’ ».

 Pour un peu on applaudirait à la naissance de ce lobby. Mais la vérité, comme souvent, est un peu plus compliquée. Surtout quand on découvre que parmi les six membres fondateurs on retrouve  les géants cigarettiers  British American Tobacco, Imperial Brands et Landewyck – accompagnés de deux fabricants de produits pour cigarettes électroniques et d’une boutique spécialisée.

C’est là un symptôme : les crocodiles ont saisi que le vent commençait sérieusement à tourner.  Aujourd’hui, plus de deux millions de Français vapotent – un  chiffre est en constante progression. « Forts de ce constat, des fabricants de produits du vapotage opérant en France ont souhaité́ s’unir pour organiser et structurer leur secteur d’activité » expliquent, ouvertement, France Vapotage. Et de se donner une mission : « instaurer, auprès de l’ensemble des parties prenantes, publiques et privées, françaises et européennes, tout échange constructif propre à̀ servir les intérêts du vapotage ». Voilà qui est clair. Et pour la France ?

« Les objectifs sont de permettre le développement responsable de la filière, de promouvoir le vapotage comme outil de sortie du tabac, d’informer et défendre les consommateurs actuels et futurs. Notre Fédération a vocation à̀ rassembler et organiser la filière en France car nous sommes pleinement conscients des enjeux économiques et sanitaires majeurs portés par notre secteur d’activité́. Avec cette structure, nous voulons créer les conditions optimales du dialogue entre nos membres comme auprès de toutes les autres parties prenantes : entreprises, pouvoirs publics, communauté́ scientifique et consommateurs.»

Un siège unique pour fumer et vapoter

On peut le dire autrement : France Vapotage entend faire entendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics français qui ont toujours fermé leur porte aux militants novateurs et financièrement désintéressés de la Révolution des volutes. C’est bel et bien à cette aune qu’il faut décrypter le discours de France Vapotage qui s’attachera à « créer les conditions du dialogue entre la filière et les pouvoirs publics », à « développer une campagne de sensibilisation avec les pouvoirs publics » ou à « simplifier les règles relatives au vapotage dans les espaces à usage collectif ».

Un France Vapotage muet, par définition, sur la lutte contre la consommation de tabac. Depuis leur Celtique les buralistes observent que les boutiques indépendantes de cigarettes électroniques se sont regroupées au sein du Syndicat interprofessionnel des indépendants de la Vape (Si2V). Il faut aussi compter avec la Fivape (Fédération Interprofessionnelle de la Vape) l’Aiduce  (Association Indépendante Des Utilisateurs de Cigarette Électronique) et l’historique et irremplaçable association Sovape.

Courageuse Sovape « qui  a pour but de développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés en général et du tabagisme en particulier ». « France Vapotage (dont le siège se trouve à la même adresse que British American Tobacco France) aura-t-elle de meilleures chances que nous d’obtenir des rendez-vous avec le gouvernement, en particulier avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé qui reçoit régulièrement les buralistes » interroge, amer, Sebatien Béziau, vice-président de Sovape.

M. Béziau, comme nombre des spécialistes de la réduction des risques (et donc, par définition, indépendants de l’industrie du tabac), dénonce une nouvelle fois la disparition, de fait, du « Groupe de travail vapotage » qu’était parvenu à mettre en place le Pr Benoît Vallet, ancien Directeur général de la Santé – et ce en dépit des allergies de Marisol Touraine vis-à-vis de la cigarette électronique. Agnès Buzyn n’a pas souhaité prolonger la survie de cette une structure originale entre deux mondes étrangers. Et le successeur de Benoît Vallet ne semble nullement intéressé par ce levier – un levier politique qui aiderait à la réduction de la première cause évitable de mortalité prématurée.

Découvrira-t-on, grâce à France Vapotage, les causes véritables de l’étrange désintérêt pour la e-cigarette du pouvoir exécutif français ?

A demain