Vente de tabac aux enfants : mais pourquoi Agnès Buzyn ne fait-elle pas respecter la loi ?

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Glané sur le site des buralistes français : la US Food and Drug Administration (FDA) vient d’adresser un courrier à douze chaînes de magasins de grande et de moyenne surface ainsi que de points de vente de proximité. Motif : leur demander de présenter, d’ici la mi-mai, leur plan d’action afin d’améliorer leur dispositif d’interdiction de vente de tabac aux mineurs de moins de 18 ans (et à 21 ans dans certains Etats).

Parmi les géants appelée à s’expliquer, tous les grands noms de la distribution outre-Atlantique : Walmart, 7-Eleven, Kroger, Casey’s General Store, Family Dollar Stores. Ainsi que Chevron (stations-service). En février, la FDA avait lancé une procédure contre la chaîne Walgren Boots Alliance, plusieurs cas de ventes aux mineurs de cigarettes menthol et de cigarillos ayant été constatés.

Dans sa lettre de demande d’explications, la FDA déclare (Reuters) : « Nous partageons tous l’importante responsabilité de veiller à ce que les produits du tabac, nocifs et addictifs, ne se retrouvent pas entre les mains des enfants. Les détaillants, en particulier, sont en première ligne pour contribuer à réduire les conséquences sur la santé de l’usage du tabac et de la dépendance à la nicotine. »

 On sait, en France, l’incurie qui règne depuis des années dans ce domaine – une situation d’autant plus inacceptable que les buralistes, sous l’autorité directe de l’exécutif, disposent du monopole et que la loi, sur ce thème, ne barguigne pas.

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@jynau

FDJ – polémiques : la vente aux mineurs et la nomination de la directrice de la communication

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Derrière les turbulences politiques concernant Aéroport de Paris (ADP), la FDJ (Française des Jeux). Le projet de loi « Pacte » a été définitivement adopté par le Parlement, le 11 avril. Et avec lui, la privatisation de la FDJ. Une adoption qui coïncide avec une cocasserie marqué du sceau de la Macronie :  l’annonce, mardi 9 avril, de la nomination à partir de mai de Raphaële Rabatel, la femme de Gilles Le Gendre, président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, au poste de « directrice de la communication de la FDJ ». Un hasard ?

« Mme Rabatel a été choisie et recrutée car elle coche toutes les casesdit-on dans l’entourage de Stéphane Pallez, le PDG de l’entreprise publique (Le Monde, Philippe Jacqué) Elle a déjà travaillé pour des banques et des entreprises de réseaux, ce qui la qualifie pour travailler pour la FDJ. Et puis elle a préparé et accompagné l’ouverture du capital de GDF en 2005, ainsi que sa privatisation et la fusion avec Suez. Bref, elle a été recrutée pour ses compétences. Qu’elle soit la femme de M. Le Gendre n’est pas le sujet. » Ce que l’on peut, précisément, contester. Et qui commence à faire polémique.

Mais encore ? La loi « Pacte » votée, il reste maintenant pour le Gouvernement à en déterminer certaines modalités pratiques ainsi que certaines dispositions adoptées pendant le débat parlementaire. « Notamment le dispositif concernant l’amende pour la vente de jeux aux mineurs, observe le site des buralistes français.  En fait, le ministre de l’Économie a annoncé une « concertation avec les buralistes » sur le sujet. Elle ne devrait pas tarder. » Extraits du texte de la loi :

« Le transfert au secteur privé de la majorité du capital de la société La Française des Jeux est autorisé (…) Le Gouvernement est habilité à prendre par voie d’ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la publication de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi ayant pour objet : (…) de modifier ou renforcer les sanctions administratives et pénales existantes et prévoir de nouvelles sanctions en cas de méconnaissance des règles applicables au secteur des jeux d’argent et de hasard, notamment par la mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre au titre gratuit de jeux d’argent et de hasard aux  mineurs. »

Le site des buralistes rappelle qu’une proposition parlementaire visant à inscrire, dès maintenant dans la loi, une « amende disproportionnée » a fait long feu. On avait évoqué alors une amende d’un montant de 7 500 euros – soit l’équivalent de l’amende pour vente d’alcool aux mineurs 1. Rappelons que la vente de tabac aux mineurs 2 est actuellement sanctionnée par une amende (de classe 4) de 135 euros. Et que cette disposition n’est jamais appliquée ; un tiers ou presque des Français mineurs sont des consommateurs de tabac.

Où l’on prend la mesure, dans le champ des addictions légalisées et fortement taxées, de l’incapacité d’un pouvoir exécutif à faire appliquer la loi. Pourquoi en irait-il différement avec l’addiction aux « jeux d’argent » dont la « communication » sera assurée par la femme du président des députés de la majorité ?

A demain

@jynau

1 S’expose à une peine de 7500 € d’amende la personne qui : vend des boissons alcooliques à des mineurs ; offre ces boissons à titre gratuit à des mineurs, dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics ; fait boire un mineur jusqu’à l’ivresse. En cas de récidive (moins de 5 ans après une première condamnation pour l’un de ces faits) la peine encourue est portée à un an d’emprisonnement et 15000 € d’amende.

2 Jusqu’à un décret en date du 25 mai 2010, la vente de tabac aux mineurs âgés d’au moins 16 ans était autorisée. Désormais, l’interdiction a été étendue à l’ensemble des personnes de moins de 18 ans. Le vendeur peut demander à l’acheteur d’apporter la preuve de sa majorité par pièce d’identité ou tout autre document officiel muni d’une photographie.  Le fait de ne pas respecter cette interdiction expose le vendeur à l’amende prévue pour les contraventions de 4ème classe hormis lorsque celui-ci prouve qu’il a été induit en erreur sur l’âge du mineur.

Hystérie et cigarette électronique : aujourd’hui voici l’angoisse des « crises d’épilepsie »

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A peine l’ombre d’un soupçon de la possibilité d’une hypothèse. A mille lieux d’une corrélation, à des années-lumières de la possibilité d’une causalité. Qu’importe. Roulements de tambour de la  Food and Drug Administration américaine : elle  enquête sur d’éventuels liens entre vapotage et convulsions épileptiques. « Some E-cigarette Users Are Having Seizures, Most Reports Involving Youth and Young Adults ». « On aura vraiment tout dit contre le vapotage », observe le site des buraliste français.

Au total, trente-cinq « cas » ont été rapportés à la FDA entre 2010 et le début de l’année 2019. «Des rapports indiquent que certaines personnes utilisant des cigarettes électroniques, en particulier des jeunes et de jeunes adultes, sont ultérieurement prises de convulsions», indique l’Agence dans un communiqué. Même si le nombre de signalements semble dérisoire au regard du nombre total de vapoteurs aux États-Unis, l’Agence estime que cela «justifie une enquête scientifique afin de déterminer s’il existe vraiment un lien ».

Parmi les cas rapportés, certains impliquent des personnes qui avaient déjà été victimes de convulsions par le passé. D’autres ont été observés chez des des vapoteurs qui consommaient également du cannabis ou des amphétamines. Et la FDA de préciser que  «certains des incidents signalés peuvent ne pas être directement liés à l’utilisation de cigarettes électroniques» – mais dus à une pathologie sous-jacente, ou à l’utilisation d’autres « substances ».

Tremblements récurrents des responsables sanitaires

«De nombreux facteurs peuvent conduire à des crises convulsives, indique la FDA. Par exemple, les concentrations de nicotine dans les e-liquides varient, et certaines caractéristiques de conception de la cigarette électronique peuvent permettre à un utilisateur d’obtenir rapidement des niveaux élevés de nicotine. Les comportements d’utilisation de la cigarette électronique varient également et les utilisateurs peuvent inhaler délibérément ou par inadvertance plus de nicotine que ce qui se produirait normalement».

La FDA précise toutefois savoir que la nicotine n’est pas une substance nocive, «notamment pour le développement cérébral des jeunes». « L’usage de cigarettes électroniques a explosé parmi les jeunes Américains au cours de la dernière décennie, dépassant même celui de la cigarette, rappellent Le Figaro (Cécile Thibert) et l’AFP.  Au total, le nombre de vapoteurs est passé de 1,5 à plus de 20% chez les lycéens de 2011 à 2018, tandis que le tabac «combustible», sous toutes ses formes, tombait de 22 à 14%. »

Où l’on en revient au croisement d du concept de la réduction des risques et du tremblement récurrent des responsables sanitaires devant des responsabilités qu’ils n’osent plus assumer. D’une part (sauf au ministère français de la Santé) un consensus scientifique sur le fait que le recours à la cigarette électronique est moins nocif que le tabagisme.  De l’autre ce lieu commun faisant valoir que  «la cigarette électronique n’est pas sans risque».

«Nous voulons préciser que nous ne savons pas encore s’il existe une relation directe entre l’utilisation de la cigarette électronique et le risque de convulser. Nous ne pouvons pas encore affirmer avec certitude que les cigarettes électroniques sont à l’origine de ces crises», insiste l’Agence américaine qui encourage le public à rapporter tous les effets indésirables liés à la cigarette électronique dont il pourrait faire l’objet.

Et si la FDA « partage cette information avec le public » c’est parce qu’il est de son rôle d’agence sanitaire de faite connaître tous ses sujets potentiels de préoccupations». Au risque, après-demain, d’être poursuivie pour préjudice d’anxiété ?

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@jynau

 

Message au président de la République : non, les vapoteurs ne sont pas des enfants de chœurs !

Bonjour

Certains le savaient 1 mais c’est désormais définitivement amplement confirmé outre-Manche. La ministre française des Solidarités et de la Santé continuera-t-elle à ne rien vouloir entendre ? Une étude, publiée mardi 2 avril, dans la revue spécialisée Thorax (l’une des revues spécialisées du British Medical Journal) vient confirmer les enseignements d’autres études parues ces dernières années et concluant que la cigarette électronique chez les adolescents n’est pas une « porte d’entrée » vers le tabac.

Agnès Buzyn pourra la découvrir ici : « Have e-cigarettes renormalised or displaced youth smoking? Results of a segmented regression analysis of repeated cross sectional survey data in England, Scotland and Wales ». Un travail dirigé par la Dre Britt Hallingberg, School of Social Sciences, Cardiff University. Un travail repris par The Guardian (Steven Morris). Un travail jamais mené en France où le déni constant du pouvoir exécutif prime sur le pragmatisme de la réduction des risques tabagiques.

Dénormalisation du tabac

Le sujet a néanmoins intéressé le site de buralistes français. Résumons :  un travail mené auprès de 250 000 jeunes britanniques entre 1998 et 2015  établit que le pourcentage de 13-15 ans ayant déjà fumé au moins une fois a chuté de 60  à 19 %  – la part de fumeurs réguliers passant de 19 % à 5 %. En d’autres termes l’émergence de l’intérêt pour la cigarette électronique ne s’est en rien opposée à la poursuite du déclin de l’usage du tabac chez les jeunes de cette tranche d’âge. Dans le même temps la « dénormalisation » du tabac : en 2015 seuls 27 % des jeunes adolescents britanniques jugeaient acceptable d’essayer la cigarette, contre 70 % 17 ans plus tôt. Et le développement massif du recours à la e-cigarette n’a en rien freiné la dégradation de l’image du tabac. Le « vapoteur » est aux antipodes du « fumeur ».

La ministre française des Solidarités et de la Santé apprendra peut-être sous peu que gouvernement britannique vient quant à lui de publier une mise à jour de ses données et recommandations en matière de vapotage. Il souligne à cette occasion  que les vapoteurs sont toujours quasi-exclusivement des adultes fumeurs et anciens fumeurs (l’abandon du tabac est la principale motivation des vapoteurs adultes) ; que  la cigarette électronique demeure l’outil le plus utilisé pour arrêter de fumer (notamment en raison de ses atouts psycho-comportementaux) ; que le vapotage régulier chez les jeunes demeure très faible (seuls 1,7% des moins de 18 ans sont concernés, dont la grande majorité est par ailleurs consommatrice de tabac). Seuls 0,2% des adolescents n’ayant jamais fumé auparavant utilisent un produit de la vape.

Brexit et cigarette électronique

« Ainsi, et contrairement à ce qui peut parfois être perçu dans un contexte où la cigarette électronique est trop souvent stigmatisée, la large promotion du vapotage par les pouvoirs publics britanniques ne conduit ni à une hausse de son usage chez les jeunes, ni à une augmentation du tabagisme, bien au contraire, résume France Vapotage qui représente des professionnels du secteur proches de Big Tobacco. Les pouvoirs publics britanniques confirment ainsi leur position, fondée sur :  la prise en compte de la cigarette électronique comme outil efficace dans une stratégie globale de réduction des risques et de diminution de la prévalence tabagique,  des études régulières et une veille attentive des modes de consommation pour s’assurer que ce produit s’adresse bien essentiellement aux fumeurs adultes désirant réduire ou arrêter leur consommation de tabac. »

Usant des outils médiatiques et de diplomatie, France Vapotage dit espérer que ces nouvelles données « viendront nourrir utilement la réflexion des pouvoirs publics français pour que notre pays, qui enregistre l’une des plus fortes prévalences tabagiques en Europe (plus de 30%), adopte une attitude pragmatique et saisisse enfin à son tour le vapotage comme une opportunité de santé publique ». On peut aussi espérer, Brexit ou pas, que cette approche britannique (également défendue avec force et constance par #sovape) soit victorieusement soutenue, auprès de la ministre et du président de la République, par le prochain directeur général de Santé publique France.

A demain

@jynau

1 Lire notamment : « Le vapotage n’est pas une porte d’entrée dans le tabagisme pour les jeunes » du Dr Philippe Arvers, The Conversation, 28 novembre 2017

Pour votre addiction tabac : voici les pastilles de nicotine – zéro goudron, mais trois saveurs

Bonjour

Coûte que coûte faire de l’argent avec les addictions. Attention, publicité : « il ne s’agit pas de bonbons pour arrêter de fumer mais bien d’une nouvelle façon de consommer le tabac ». Le géant cigarettier Reynolds (groupe BAT) vient d’annoncer le lancement sur les marchés de Revel® : des pastilles à la nicotine (sans tabac, ni goudron) qui se dissolvent dans la bouche – vendues en trois saveurs.

C’est le premier nouveau produit lancé par l’entreprise, à une large échelle commerciale, depuis l’e-cigarette Vuse® en 2013 précise le site des buralistes français. Publicité : « Des petites pastilles en forme de losange qui se dissolvent sur la langue. Commercialisée sous la marque Revel®, les pastilles sont aromatisées à la menthe, aux fruits rouges ou à la crème. Oui, comme des bonbons. Mais à la nicotine. »

« Produit de cessation »

 « Nous ne positionnons pas cela comme un produit de cessation. C’est simplement un moyen simple pour les adultes de consommer la nicotine dans un format différent », a déclaré le  vice-president consumer marketing  de la firme. « Les pastilles s’adressent exclusivement aux adultes qui fument déjà » explique encore le site des buralistes français. Reynolds ferait ici un pari : qu’un grand nombre de ces clients recherchent « une manière plus simple et plus discrète d’utiliser la nicotine, en dehors des cigarettes traditionnelles et des e-cigarettes ».

Que diront, ici, les addictologues? Et  les producteurs de substituts nicotiniques vendus en pharmacie ? Et les militants radicaux de l’anti-tabac qui ne voient d’issue que dans le sevrage ?

Afin anticiper toute critique d’« appel aux jeunes », les pastilles Revel® seront vendues « hors linéaire apparent » et « conditionnées dans des emballages protégés ». Et les ventes en ligne ? Elles seront limitées à deux commandes par client, à la fois, et avec vérification de l’âge (21 ans) par un logiciel (sic). « Le marketing responsable est au cœur de la manière dont nous voulons rendre disponibles ces produits » a précisé le vice-president consumer marketing. Attention, ceci était une publicité.

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@jynau

Mystère sanitaire : où sont les 1 600 000 Français qui auraient soudain décidé de ne plus fumer ?

Bonjour

Hier, 25 mars 2019, annonce matinale fracassante des services du Premier ministre : on recense, en France 1,6 million de fumeurs en moins. Un chiffre pour mettre en appétit avant, dans l’après-midi, un « Comité interministériel pour la Santé » au cours duquel « seront présentés les résultats marquants obtenus suite aux décisions prises il y a un an par le Gouvernement ». Plus précisément 600 000 « fumeurs quotidiens » auraient « arrêté le tabac lors du premier semestre 2018 ». Ils s’ajouteraient à la baisse d’un million officiellement enregistrés en 2017  et qui, déjà, avait été auto-qualifiée d’ « historique » par le gouvernement d’Edouard Philippe. La méthodologie pour parvenir à ce chiffre était alors plus que fragile, reposant sur une simple enquête aléatoire du « Baromètre Santé » :

« La mesure de la prévalence annuelle du tabagisme en France est appréciée par une enquête aléatoire représentative de la population des personnes âgées de 18 à 75 ans résidant en France métropolitaine, le Baromètre santé 2017 (A. Pasquereau et coll.). Elle a reposé en 2017 sur un échantillon de 25 319 personnes, permettant de disposer de données intégrant des variables d’âge, géographiques (régions) et de situation sociale. En 2017, la prévalence du tabagisme quotidien était de 26,9%, soit une baisse de 2,5 points par rapport à 2016, année où 29,4% des personnes déclaraient fumer quotidiennement. Cette baisse représente un million de fumeurs quotidien de moins en un an : c’est considérable ! »

Sobriété communicationnelle

« Un million » dans ces conditions et 600 000 supplémentaires, donc. Hier matin rien n’était dit par l’exécutif sur les consommations issues de la contrebande de cigarettes. Et rien, non plus, sur le rôle joué par ces phénomènes majeurs que sont  l’émergence de la cigarette électronique, la Révolution des volutes et le rôle des addictologues dans la diffusion en pratique du concept de réduction des risques. Mais du moins pouvait-on espérer que ces 600 000 soient consolidés. Or rien. Et ces quelques lignes sur le site des buralistes :

« On s’étonnera de la sobriété de la communication gouvernementale d’hier sur la baisse du nombre de fumeurs depuis 2016 (-1,6 million), avec une précision sur le seul premier semestre 2018 (-600 000) . Sachant qu’il s’agirait de fumeurs ayant effectivement abandonné le tabac traditionnel (et pas de fumeurs cherchant à s’approvisionner en dehors du réseau officiel). On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle. Mais pour qu’elle soit confirmée et reste dans les esprits, il serait utile de bien comprendre. Les mêmes sources gouvernementales évoquent les prix, le remboursement des substituts nicotiniques et le Mois sans Tabac. Sans citer, le moins du monde, le passage au vapotage ou au tabac chauffé. Surprenant. Des explications plus complètes ne sauraient tarder. »

 Puis l’arrivée de Big Tobacco dans le paysage. Avec Éric Sensi-Minautier, Directeur des Affaires publiques et de la Communication de British American Tobacco / Europe de l’Ouest et son adresse aux médias :

 « British American Tobacco (BAT) soutient les politiques de santé publique raisonnables et efficaces [sic]. Or, aujourd’hui, le Gouvernement se félicite d’une baisse supposée de la prévalence tabagique après plusieurs années d’une politique anti-tabac acharnée dont le principal effet incontestable a été d’encourager la contrebande de cigarettes.

 « Cette baisse supposée de la prévalence nous paraît moins être le résultat des multiples interdictions (dont les fumeurs ont été la cible ces dernières années) que celui du développement de la cigarette électronique, seule alternative efficace à la cigarette traditionnelle [re-sic].  Rappelons, parmi d’autres éléments, que selon les chiffres du Ministère de la Santé lui-même, plus de 50 % des personnes qui arrêtent de fumer ont déclaré avoir eu recours à la cigarette électronique.

 « Dans ce contexte, il est regrettable que ce levier puissant reste superbement ignoré par les autorités françaises alors même qu’il permettrait d’accélérer le basculement des fumeurs vers cette alternative au tabac, ce que démontre l’exemple britannique. Plus que jamais, il apparaît urgent de s’orienter vers une politique de santé publique pragmatique basée sur la réduction des risques plutôt que de s’entêter dans des approches idéologiques. »

Dix minutes au téléphone

Reste donc la question de la crédibilité à accorder aux données chiffrées gouvernementales. Nous avons demandé à Santé publique France de bien vouloir nous éclairer. Où sont les références de ces données ? Réponse de l’Unité de valorisation presse (Direction de la communication et du dialogue avec la société) : « ces données sont issues du Baromètre de Santé publique France 2018 et l’ensemble des résultats sur le tabac sera publié à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai prochain ».

Il faudra donc encore attendre deux mois puisque les résultats du Baromètre de Santé publique France 2018 sont en cours de dépouillement. Seul élément connu : le « terrain de l’enquête ». Elle a été menée du 10 janvier au 25 juillet 2018, auprès de 9 076 personnes âgées de 18 à 75 ans. Les numéros de téléphone, fixes et mobiles, ont été générés aléatoirement. L’entretien téléphonique a duré en moyenne 10 minutes.

 Et, si l’on comprend bien la communication, c’est ainsi que l’on aurait conclu, par extrapolation, à la disparition de 600 000 fumeurs.

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@jynau

Jeux d’argent et de hasard interdits aux mineurs ? De qui Bruno Le Maire ose-t-il se moquer ?

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8 mars 2019. Actualité : la privatisation de la Française des Jeux (FDJ) entreprise hautement rentable se nourrissant de l’addiction d’une fraction croissante de citoyens devenus dépendants. Une affaire suivie de près par les buralistes, premiers concernés. Hier les députés ont donné leur feu vert au projet de privatisation de la Française des Jeux (FDJ), dans le cadre de l’examen en commission du projet de loi Pacte.

En première lecture, début octobre, l’Assemblée nationale avait autorisé le transfert au privé de la majorité du capital de la FDJ, actuellement détenu à 72 % par l’État, malgré de vives critiques de l’opposition dénonçant la logique économique de l’opération et les risques accrus d’addiction aux jeuxLe Sénat s’y était ensuite opposé en février.

Cohérence avec le tabac et l’alcool

Mais en démocratie force revient toujours à la majorité : via un amendement du gouvernement, défendu par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les députés ont rétabli leur version en commission. Des sous-amendements, portés par le député Christophe Blanchet (LREM, Calvados), ont ajouté au texte des dispositions pour renforcer la protection des mineurs. En d’autres termes possibilité, via une future ordonnance, de la « mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre » de jeux d’argent et de hasard à des mineurs.

Que croyez-vous qu’il arriva ? M. Le Maire s’est dit « favorable à renforcer toutes les garanties et les protections». « L’idée d’avoir une amende qui sanctionne la vente de jeux aux mineurs, c’est cohérent par rapport à ce que nous demandons aussi en matière de vente de tabac ou de vente d’alcool ».

Posons, avec tout le respect dû à un ministre de la République, la question à Bruno Le Maire : de qui vous moquez-vous ?

Dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire François Bourdillon, directeur général de Santé ­publique France, use d’un euphémisme en écrivant, dans son éditorial  que « l’interdiction de vente aux mineurs peut être considérée comme non respectée ». Les derniers résul­tats d’une enquête officielle (Escapad – OFDT)  démon­trent qu’en France les mineurs de 17 ans et moins « n’éprou­vent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91 % d’entre eux ». Mieux : « ils sont 77,5 % à en avoir consommé dans un débit de boissons » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7 % des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4 %) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. La majorité d’entre eux (52,7 %) a déclaré n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Répression de l’ivresse publique

Or, et M. Le Maire ne saurait l’ignorer, le code de la santé publique, au nom de la « protection des mineurs » et de la « répression de l’ivresse publique » dispose qu’il est interdit de vendre de ­l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut ainsi exiger du client « une preuve de sa majorité », notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est de même ­interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Et il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable.

Et M. Le Maire n’ignore pas qu’il en va de même pour les ventes de tabac chez les buralistes. Et ce alors que depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Afin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure, deux enquêtes ont été menées pour le Comité national de lutte contre le tabagisme. Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans – plus d’un tiers des buralistes ­acceptant de vendre du tabac à des enfants de 12 ans. Et 60 % des jeunes fumeurs ­indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et ­faudrait-il rappeler que, conséquence ­immédiate de cet interdit bafoué, plus d’un jeune Français de 17 ans sur trois est, déjà, un consommateur de tabac ?

Où l’on comprend bien ici que, loin d’une politique de réduction des risques, nous sommes, compte tenu de ce que l’on sait des addictions, avec un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques. Qui se souvient que le candidat Macron avait fait de la prévention l’une des clefs de voûte de la nouvelle cathédrale politique qu’il entendait construire au sein d’un nouveau monde ?

A demain

@jynau