Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tous les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sauver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

L’exécutif feint de l’ignorer mais la e-cigarette est le premier outil de ceux qui veulent arrêter

Bonjour

Qu’attend le gouvernement pour se saisir, enfin, du levier anti-tabagique électronique ? Pourquoi, sur ce dossier, Agnès Buzyn est-elle médiatiquement absente ? Pourquoi le nouveau Directeur général de la Santé a-t-il rompu les ponts construits par son prédécesseur avec les révolutionnaires du vapotage ?

Le site des buralistes français reprend, sur le thème de la lutte contre le tabagisme, les commentaires du Pr Bertrand Dautzenberg qui ,sur le thème de la lutte contre le tabagisme, était, le 10 août, interrogé sur France 5. Et ce spécialiste atypique de rappeler ces vérités, trop souvent passées sous silence par les autorités sanitaires :

« Il faut savoir que la cigarette électronique est le premier recours des Français pour arrêter de fumer.

« D’ailleurs, selon moi, il faut absolument l’intégrer au parcours d’arrêt du tabac, tout comme le sont déjà les substituts nicotiniques, car c’est un moyen d’arrêter de fumer par plaisir et non par effort. L’arrivée de la cigarette électronique a aussi eu un impact positif sur les jeunes … »

La cigarette électronique premier recours pour lutter contre la première cause de mortalité évitable en France… La e-cigarette, achetée par ses utilisateurs, loin devant les substituts nicotiniques – ces substituts qui commencent (enfin) à être pris en charge par la collectivité. Pr Dautzenberg:

« Le remboursement intégral des substituts est une excellente mesure selon moi pour encourager les patients à arrêter. Il suffira d’aller à la pharmacie avec sa carte vitale et sa carte de mutuelle, sans aucun reste à charge. Je pense que cette mesure aura un impact immense notamment sur les plus gros fumeurs … »

 La cigarette électronique qui, en toute logique, devrait venir compléter un dispositif politique associant le paquet neutre et l’augmentation (trop) progressive des prix.

Les chiffres incomplets de la Douane française

 La Direction générale de la Douane vient de publier les chiffres officiels du marché du tabac pour la France continentale  (les livraisons en volume aux buralistes pour lee mois de juillet) :Cigarettes : -2,40 % ; Tabac à fumer (à rouler et à pipe) : -0,23 % ; Cigares et cigarillos : + 7,16 % ; Tabac à priser et à mâcher : + 9,01 %.  Soit un marché total du tabac se situant aux alentours de -1,85 %. Tendance en cumul, depuis le début de l’année, sur sept mois pour la totalité du marché total : -9,2 %.

Des chiffres qui doivent toutefois être rapprochés de ceux du dernier rapport KPMG sur la contrebande et la contrefaçon du tabac en Europe. Un rapport élaboré en collaboration avec le think tank britannique RUSI (Royal United Services Institute). Il précise que le marché parallèle en France (achats frontaliers plus contrebande et contrefaçon) représente 24,6 % de la consommation de tabac, la France étant pays constitue, en volume, le plus gros marché européen de tabac et de contrefaçon. Commentaire de British American Tobacco (BAT) France:

« La France reste championne d’Europe du marché parallèle avec 24,6% des cigarettes consommées en dehors du réseau officiel des buralistes en 2017. À la suite de la politique de choc de prix mise en place en 2018, la situation risque de s’aggraver cette année. Les résultats préliminaires des études « ramasses paquets » de 2018 indiquent d’ailleurs un regain de la contrebande de 9% au second semestre et de 15,6% de l’ensemble des achats hors réseau ». KPMG souligne d’ores et déjà̀ que la tendance à la baisse observée en 2017 s’inverse au regard des hausses fiscales menées par le gouvernement. »

Au-delà des mafias, de Big Tobacco  et de la contrebande qu’attend le gouvernement pour se saisir, enfin, du levier anti-tabagique électronique ? Pourquoi, sur ce dossier, Agnès Buzyn est-elle médiatiquement absente ? Pourquoi le nouveau Directeur général de la Santé a-t-il rompu les ponts construits par son prédécesseur avec les révolutionnaires du vapotage ?

A demain

 

 

 

La vaporisation du cannabis électronique est-elle une contrefaçon de la cigarette du même nom ?

Bonjour

Chauffer vaut-il mieux que brûler ? Dans une France caniculée c’est une information du Parisien (Aurélien Viers et Elsa Mari) – reprise non sans gourmandise par le site des buralistes : « Cannabis : le vaporisateur à herbe arrive en France ». Où l’on apprend que l’on peut se procurer (sur Internet mais aussi « dans quelques magasins de cigarettes électroniques ») des vaporisateurs électroniques portables – des instruments qui chauffent l’herbe de cannabis jusqu’à 190 °C, pour en dégager de la vapeur.

« On aspire ainsi uniquement les principes actifs de la plante » explique-t-on au lecteur – tout en rappelant que cette aspiration est illégale en France. Ce serait là une autre forme de réduction des risques sur laquelle les cerveaux de l’Inserm ne se sont pas encore penchés. Grimhild (le prénom a peut-être été changé) dans son magasin « vap’» du XIe arrondissement de Paris :

« Aujourd’hui, les gens veulent inhaler propre et manger sain. Beaucoup veulent l’adopter et abandonner la cigarette électronique, qu’ils trouvent trop toxique. Sur Internet et dans notre boutique, on en vend jusqu’à 5 à 10 par jour ».

Dans le creux de la main

Certains de ces ressemblent à s’y méprendre à des cigarettes électroniques, d’autres tiennent dans le creux de la main. Les prix varient de 75 à 300 €. « On ne peut pas parler de boom, comme avec la cigarette électronique, mais d’une tendance », assure Nicolas Atlan, de la boutique « Docteur Vaporisateur ».

Qu’en dit la faculté ? Le Parisien a interrogé le Dr Amine Benyamina, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Il  confirme que si on ne peut pas se passer d’herbe, la vaporisation se révèle « moins nocive » :

« Tous les produits issus de la combustion sont à éviter. Avec ce procédé, on évite le tabac, qui contient plus de 4 000 substances, la plupart toxiques. Ils ont raison de l’utiliser. Cette technique est même indiquée dans le cas de chanvre thérapeutique ».

 Un chanvre thérapeutique qui, en dépit des annonces faites sur le sujet par la ministre Agnès Buzyn, est toujours inaccessible en France.

A demain

 

 

 

Rentrée : contrairement aux engagements du gouvernement le prix du tabac ne bougera pas

Bonjour

C’est une paradoxe français que la plupart des Français ne connaissent pas : en France, ce sont les puissants industriels du tabac qui fixent les prix de vente de leurs spécialités. L’Etat peut seulement « inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes qui représentent plus de 80 % du prix de vente. Pour le dire autrement -et sauf à imaginer une véritable volonté politique anti-tabagique – c’est bel et bien Big Tobacco qui mène la danse infernale.

Or on sait que pour tenter de réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu un train de hausses successives des prix pour atteindre (d’ici à novembre 2020) un prix minimal de 10 euros le paquet de vingt cigarettes. Comment y parviendra-t-il au vu de l’arrêté publié aujourd’hui 31 juillet au Journal officiel (arrêté co-signé par le Directeur général de la Santé, J. Salomon) ?

Ce texte porte homologation des prix de vente des produits du tabac au 20 août. Sa publication a été aussitôt suivie d’un communiqué émanant des ministères de l’Action et des Comptes publics ainsi des Solidarités et de la Santé. Un texte qui ne manque pas d’un triste sel :

 « Dans le cadre de sa politique de santé publique et conformément aux engagements du Président de la République, le Gouvernement a décidé une augmentation du prix du tabac en se fixant un objectif de prix du paquet de 20 cigarettes à 10 euros en novembre 2020.

« Un arrêté d’homologation des prix du tabac a été publié au Journal officiel mardi 31 juillet 2018. Les prix proposés par les fabricants et les fournisseurs de tabac sont homologués conjointement par la direction générale des douanes et droits indirects et la direction générale de la santé.

« Ces prix entrent en vigueur le lundi 20 août 2018. Aucun mouvement significatif de prix n’a été enregistré au cours de cette campagne d’homologation. (…) »

Traduction : pas de changement de prix annoncé, si ce n’est « quelques centimes à la hausse ou à la baisse pour certaines marques ». A la rentrée le prix moyen français du paquet de 20 cigarettes restera stable :  à 7,90 euros. « Il n’y a pas de surprise sur ces évolutions, a commenté Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole officieux de Big Tobacco International. Les grosses références (Marlboro, Lucky Strike, etc.) ne changent pas, et c’est assez logique. Après un choc de taxes (…) sans précédent au mois de mars, il est normal que les prix se stabilisent et que le marché reprenne sa respiration ».

Ainsi donc les marchands de tabac respirent mieux. Fument-ils ? L’AFP rappelle, quant à elle, que le tabac, responsable de cancers et de maladies cardiovasculaires, tue prématurément quelque 75 000 Français chaque année.

A demain

Cannabis light libéré : le gouvernement français siffle soudain la fin du début de la récré

Bonjour

Trop laxiste, pas assez macronien,  pour pouvoir durer. « Face à la multiplication des coffee shops en France, la Chancellerie a rappelé à l’ensemble des procureurs le cadre légal très restrictif applicable, leur demandant d’assurer avec « fermeté » la répression des infractions constatées » vient d’annoncer lAFP.

 « Les parquets sont invités, sur leur ressort, à assurer la poursuite et la répression des infractions susceptibles d’être retenues avec une particulière fermeté en ce qu’elles sont de nature à porter atteinte à la santé et à causer un trouble important à l’ordre public », écrit le directeur des affaires criminelles et des grâces dans un courrier, révélé aujourd’hui  par Le Figaro et consulté par l’AFP .

Les tenanciers des « coffee shops » naissantes  entendaient profiter des brouillards juridiques  qui semblent autoriser  la mise sur le marché du le cannabidiol (CBD) – molécule ayant un effet psychotrope présente dans la plante de cannabis – et ce dès lors que la teneur en THC (delta9-tétrahydrocannabinol) n’excède pas 0,2%.

Partie de plaisir

Mais pour la Chancellerie, il s’agit là d’une lecture erronée de l’arrêté du 22 août 1990 sur le cannabis : cette dérogation est seulement prévue pour une utilisation « industrielle et commerciale » concernant la filière traditionnelle du chanvre.  De plus, ajoute la DACG, cette teneur « s’applique à la plante de cannabis » et non, comme le prétendent certains vendeurs, « au produit fini qui en serait issu ».

 « La Chancellerie comble la brèche où s’étaient ruées ces boutiques vendant des dérivés du cannabis, résume pour Le Figaro  Paule Gonzalès. Lundi, la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) a fait claquer une dépêche à l’attention de tous les parquets de France rappelant’’le régime juridique applicable aux établissements proposant à la vente au public des produits issus du cannabis’’. Après le boom des coffee shops et des semaines d’exégèses sur d’éventuels vides juridiques, la Chancellerie siffle les arrêts de jeu. L’ouverture d’établissement vendant du cannabis dont le taux en THC est inférieur à 0,2 % doit entraîner ‘’une réponse pénale ferme et adaptée à la hauteur des enjeux’’, prévient le ministère de la Justice ».

Ce coup de semonce médiatisé a été pleinement reçu dans les espaces buralistiques. Un espace où bien des tenanciers se disaient « prêts à commercialiser » un cannabis récréatif s’il était réglementé – et ce pour pallier la baisse des ventes des produits du tabac. Où l’on voit que, sans même parler de sevrage,  la réduction politique des risques est loin d’être une partie de plaisir.

A demain

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Etat, drogues et mafias : le ministre Darmanin rappelle l’existence des bureaux de tabac

Bonjour

Sous les orages politiques de  l’affaire Benalla les travaux législatifs continuent. La réforme de la Constitution est certes reportée aux vendanges, mais le « projet de loi relatif à la lutte contre la fraude » est examiné par les commissions des Lois et des Finances de l’Assemblée nationale.

« Nous nous intéressons à ce projet puisqu’il inclut désormais les deux amendements gouvernementaux de Gérald Darmanin fixant une limite claire et sans ambiguïté au transport de tabac par les particuliers. Soit, pas plus de quatre cartouches pour les cigarettes, par exemple, peut-on lire sur le site des buralistes. Avec un renforcement des amendes. »

Et Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics était, ce 24 juillet à l’heure des croissants au beurre, l’invité de France Inter. Extraits croustillants concernant la fraude au tabac :

 « La fraude au tabac est une fraude très importante. C’est des recettes en moins pour l’Etat. C’est tuer le réseau des buralistes qui est le seul, je voudrais le répéter ici,  où on peut acheter du tabac. Et c’est contraire à la politique de santé publique du gouvernement qui augmente le prix du tabac.

 « Nous devons lutter  contre toute forme de trafic. Et nous constatons de plus en plus que ces trafics de cigarettes ne servent seulement ‘’à la papa’’ – à avoir quelques cartouches quand on passe une frontière- mais, souvent, financent des réseaux qui étaient auparavant des réseaux de la drogue – parce c’est apparemment moins risqué et plus rémunéré de faire du trafic de cigarettes.

 « Et parfois ce trafic paye des réseaux criminels voire d’autres réseaux qui sont tout à fait inquiétants du point de vue de la sécurité nationale. Il est hors de question désormais de laisser prospérer une contrebande de tabac ! »

Le même jour, les services de Bercy annonçaient qu’en moins d’une semaine les brigades des douanes d’Hendaye, Arcachon, Narbonne et Perpignan avaient réalisé plusieurs saisies majeures de cannabis sur l’autoroute et les axes secondaires. Soit, au total,  5,2 tonnes de cannabis interceptées (3,9 tonnes de résine et 1,2 d’herbe de cannabis) par les agents des douanes dans divers véhicules en provenance d’Espagne.

La valeur totale de la marchandise saisie est estimée à près de 42 millions d’euros sur le marché illicite de la revente au détail de stupéfiant – en dehors du réseau des buralistes.

A demain

La fumée sortant du flanc droit de Poelvoorde ; Anne Hidalgo et le tout Paris sans mégots

Bonjour

9 juillet 2018. Le tabac brûlé nous rapproche parfois de l’étrange. C’est le cas avec un film que ne goûtent guère les critiques bien pensant.e.s : « Au poste ! » de Quentin Dupieux. Une décalque surréaliste du « Garde à vue » de Claude Miller (1981). Une comédie au-delà des normes, une mise en abyme comme le cinéma n’en montre pas. Ou si peu.

Ventura et Serrault ne sont plus. Voici Benoît Poelvoorde (commissaire Buron) et Grégoire Ludig (suspect Fugain). Marc Fraize (Philippe) prend la place de Guy Marchand dans le placard. On ne gobe pas, ici. On croque. Le temps ne sait plus passer. Magritte. Bouffées de tragique et de rires. L’absurdité s’ouvre sous nos pieds. Les équerres servent à tuer au carré. (On peut ne pas aimer).

Interdiction étant faite de spoiler on taira, ici, la trouvaille qui permet à la cigarette de prendre toute la nouvelle place qui est la sienne, dans les corps malades comme dans la psyché collective. Une trouvaille qui vaut mille publicités sanitaires gouvernementales. Et qui vient incidemment ruiner le récent discours d’une ministre de la Santé voulant censurer la vision du tabac au cinéma.

Hors des salles obscures, la politique ne perd jamais ses droits. Le Conseil de Paris vient d’adopter un vœu, (déposé par le groupe radical de gauche, centre et indépendants) visant à expérimenter l’interdiction pendant quatre mois de la cigarette dans quatre parcs et jardins de la capitale.

Abattoirs de Vaugirard

C’est ici la décalque expérimentale de l’interdiction mise en place depuis le 1er juillet à Strasbourg dans tous les parcs et jardins publics de la ville. C’est aussi la poursuite d’une logique sans faille : elle fait suite à celle instaurée en France dans les lieux de travail et les lieux publics (centres commerciaux, aéroports, gares, hôpitaux et écoles) en février 2007, étendue en 2008 aux cafés, bars, restaurants, hôtels et discothèques.

Le Monde rappelle que la cigarette est déjà interdite dans les 500 aires de jeux des parcs parisiens depuis 2015. Quant à l’interdiction de la cigarette dans les parcs publics, elle est déjà en vigueur en Finlande, en Islande, au Royaume-Uni ou dans certaines villes des Etats-Unis. A Paris il s’agit de « lutter contre la banalisation de la cigarette chez les plus jeunes », de donner de « l’air frais » aux promeneurs et de lutter contre la pollution qu’entraînent les jets de mégots par terre.

Dès aujourd’hui il est interdit d’allumer une cigarette dans l’un des six parcs ou jardins choisis par la Ville de Paris pour être des espaces sans tabac : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Pas de verbalisation durant les quatre mois de l’expérimentation. Les agents des parcs et jardins rappelleront les fumeurs à l’ordre.

Ne plus jamais fumer dans le parc qui porte le nom de Georges Brassens aménagé à la place du marché aux chevaux de Vaugirard et de ses abattoirs. Entrons dans une salle obscure. Dans le commissariat le fumée de tabac sort du flanc droit du commissaire Buron. Qui nous dira pourquoi ?

A demain