AXA et les géants de la finance lancent une croisade mondiale contre les géants du tabac

Bonjour

Que se passe-t-il dans les hautes sphères de la finance internationale ? Ceci est un message du géant français AXA spécialiste mondial de l’assurance et la gestion d’actifs. Le symptôme d’un vent qui tourne dans les étages où l’on parle en millions/milliards de dollars. Un document qui, hier encore, serait apparu proprement ahurissant :

« AXA signe le Tobacco Free Finance Pledge . Nous réaffirmons, aujourd’hui encore, l’importance de notre rôle dans le mouvement anti-tabac en signant le « Tobacco Free Finance Pledge » 1 devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.  Le Tobacco-Free Finance Pledge (TFPP) 1 est une initiative émanant du Tobacco Free Portfolios (TFP), une ONG internationale ayant pour objectif d’éradiquer le tabac à l’échelle mondiale, en incitant les investisseurs de tous les pays à céder leurs actifs dans l’industrie du tabac. Cette initiative appelle tous les dirigeants des secteurs public et privé, aussi bien que les ONG et les institutions internationales, à rejoindre le combat contre le tabac.

«  Se désengager de l’industrie du tabac constitue une décision naturelle (sic) pour un assureur responsable tel qu’AXA. Les produits dérivés du tabac constituent en effet une menace majeure pour la santé publique : ils tuent aujourd’hui six  millions de personnes par an, un chiffre qui devrait atteindre 8 millions d’ici 2030, principalement dans les pays en développement.

 Cigarette électronique

 « Le tabac représente, en outre, un coût net pour la société, et ne possède aucun niveau d’exposition sûr. C’est pourquoi nous avons débuté notre voyage sans tabac avec le Dr Bronwyn King, fondatrice de Tobacco-Free Portfolios, une oncologue australienne qui consacre sa vie professionnelle et personnelle à la lutte contre le tabac. Tout a commencé en 2016, AXA étant alors l’une des premières entreprises du secteur de l’assurance et de la finance à suivre l’initiative de Bronwyn. Nous décidons ensuite de céder nos actifs dans l’industrie du tabac, évalués à environ 1,8 milliard d’euros.

« En tant qu’assureur de santé, nous constatons chaque jour les conséquences du tabagisme sur la santé et le bien-être des individus. Chez AXA, nous souhaitons que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société. En 2016, nous étions le premier investisseur et assureur mondial à cesser d’investir et d’assurer le tabac, 2 avec la conviction forte que seule une action collective puisse apporter des changements réels. C’est pourquoi je suis très fier de voir aujourd’hui la force de cet engagement collectif. »

 « La communauté financière mondiale reconnaît l’augmentation des résistances commerciales, réglementaires et sociales auxquelles fait face l’industrie du tabac et la nécessité d’adopter une approche particulière vis-à-vis du tabac en mettant fin à toutes les relations commerciales et financières avec cette industrie », précise d’autre part un communiqué explicatif repris par le site des buralistes français. Or « le secteur financier a longtemps été la pièce manquante dans le contrôle du tabac, considérant cette industrie comme un acteur classique de l’économie mondiale, et la finançant par le biais de prêts, d’assurances et d’investissements », ajoute le document, précisant que « l’abandon du financement du tabac est aujourd’hui une question inscrite à l’ordre du jour des conseils d’administration des institutions financières dans le monde entier ».

Face au tabac, AXA « souhaite que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société ». Qui ne le souhaiterait ? Pourquoi seulement maintenant, si tard ? Et quelles sont les véritables raisons de fond, économiques et financières, de cet abandon des marchands de tabac en passe de devenir des parias ?

Pourquoi cet intérêt soudain du monde de l’argent pour la « santé publique » ? Et pourquoi ne pas soutenir, dans cette logique, la cigarette électronique et la réduction des risques ? Ni AXA ni les autres géants de l’assurance et de la finance ne répondent à ces questions.

A demain

1  Le Tobacco Free Finance Pledge est une initiative créée par l’ONG « Tobacco Free Portfolios » et développée en collaboration avec UNEP FI, PSI, PRI, AXA, BNP Paribas, Natixis et AMP Capital. « Cette initiative regroupe actuellement soixante signataires fondateurs et vingt-huit soutiens, dont des institutions financières du monde entier « représentant des milliers de milliards de dollars de capitaux, dont plus de 6 400 milliards de dollars d’actifs sous gestion, plus de 1 800 milliards de dollars de portefeuilles de prêts aux entreprises et plus de 179 milliards de dollars de primes d’assurances ».

2 « Argent et morale : le géant de l’assurance Axa ne veut plus faire de profits avec le tabac » Journalisme et santé publique du 23 mai 2016

E-Cigarette : permettre aux ados de « juuler » ou, comme en France, les laisser fumer ?

Bonjour

Il va nous falloir apprendre à connaître JUUL Labs : une firme californienne de cigarette électronique visée par le Dr Scott Gottlieb (patron de  la FDA)  dans sa communication mondialement médiatisée sur le vapotage et les adolescents. La JUUL qui – après un succès fulgurant aux États-Unis – se lance au Royaume-Uni, depuis juillet, et au Canada, depuis fin août. « La France faisant partie de ses prochaines cibles. D’ailleurs, cela se traduit actuellement par des propositions discrètes de recrutement à certains hauts cadres de l’industrie du tabac et du vapotage sur le marché français » confie le site des buralistes.

Pour le Dr Gottlieb, « les cigarettes électroniques peuvent aider les fumeurs adultes, mais cela ne doit pas se faire au détriment des enfants ». « Nous ne pouvons pas accepter qu’une génération entière devienne dépendante à la nicotine » dit-il. En  2017, 2,1  millions de lycéens et collégiens américains étaient des consommateurs réguliers, selon les statistiques officielles. Depuis, le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur. Selon le Washington Post, le nombre d’adolescents vapoteurs aurait augmenté de 75  % cette année.

« Cette popularité croissante s’explique en grande partie par le succès de JUUL Labs. En trois ans, cette jeune société établie à San Francisco (Californie) est même entrée dans le langage courant, rapporte Le Monde (Jérôme Marin). Dans les collèges et lycées américains, on n’utilise pas une cigarette électronique, on  » juule « . Et on l’affiche fièrement sur Instagram et Snapchat. Tout l’inverse des cigarettes, dont la consommation ne cesse de reculer – moins de 8  % des lycéens fument. »

Selon les estimations de l’Institut Nielsen JUUL  capterait 72  % du marché aux Etats-Unis, loin devant les marques lancées par les géants du tabac. Un chiffre d’affaires évalué à 1,3  milliard de dollars (1,1  milliard d’euros) au cours des douze derniers mois et qui a bondi de 730  % sur un an.

Concombre masqué et crème brûlée

La recette du succès ? Le design : une e- cigarette électronique type clé USB ; l’éventail des parfums (menthe, mangue, crème brûlée ….  intégrant du sel de nicotine pour offrir une sensation plus proche de celle d’une cigarette de tabac) ; et un marketing plus de débridé auprès des plus jeunes – ceux qui ne sont pas entrés dane le monde ringardisé et hautement toxique du tabac.

JUUL reconnaît que l’utilisation massive  de ses productions par les mineurs est un problème – et pense pouvoir le résoudre grâce aux nouvelles technologies. « L’an prochain, la société commercialisera une cigarette se connectant à un smartphone, ce qui pourrait, à terme, permettre de contrôler l’âge des utilisateurs, précise Le Monde. Le fabricant tente de redorer son blason. Il a promis d’investir 30  millions de dollars sur trois ans pour lutter contre l’utilisation de ses produits par des mineurs. Il soutient une proposition de loi pour porter à 21 ans l’âge minimum pour acheter du tabac. Avant cela, il avait aussi modifié son marketing. Ses publicités et son site Internet adoptent désormais des couleurs plus sobres et mettent en avant de vrais fumeurs qui ont basculé vers les cigarettes électroniques. »

Chez JUUL le parfum « Concombre cool » est devenu « Concombre »  et « Fruit » a remplacé « Salade de fruits ».  La firme assure également qu’elle contrôle davantage les distributeurs qui visent les adolescents ou qui ne respectent pas l’âge limite – elle aurait demandé la suppression de milliers de messages et d’annonces sur Instagram, Facebook et Amazon.

Sourire de la situation américaine ?  En France un adolescent sur trois consomme du tabac. Le pouvoir exécutif tient dans le plus profond mépris les artisans vapoteurs acteurs majeurs de la réduction des risques tabagiques. Et les paquebots internationaux de Big Tobacco entendent bien détruire, via France Vapotage, les micro-esquifs de la Révolution des Volutes. Quant à la ministre Agnès Buzyn elle semble désormais définitivement allergique, dans le champ de l’addiction, à une politique structurée de réduction des risques.

A demain

 

E-Cigarette et adolescents : en Amérique la FDA s’ingénie à augmenter les risques tabagiques

Bonjour

« Comme un ultimatum » estime le site des buralistes français.  La puissante Food and Drug Administration (FDA) vient de donner soixante jours aux fabricants d’e-cigarettes et d’e-liquides pour lui présenter un plan destiné à réduire la consommation de leurs produits par les adolescents. Cela donne ceci : « FDA takes new steps to address epidemic of youth e-cigarette use, including a historic action against more than 1,300 retailers and 5 major manufacturers for their roles perpetuating youth access ».

Pour le Dr Scott Gottlieb, patron de la FDA, le recours à la e-cigarette a, dans son pays, atteint chez les adolescents la dimension d’une « épidémie ». Il s’en explique dans une longue déclaration : « Statement from FDA Commissioner Scott Gottlieb, M.D., on new steps to address epidemic of youth e-cigarette use ». Et si l’administration sanitaire américaine n’est pas convaincue par les réponses des industriels, les « arômes parfumés » pourraient être tout simplement interdits.

Pour la FDA la commercialisation de liquides aux parfums fruités ou sucrés rend ces produits particulièrement attrayants pour les jeunes consommateurs qui n’ont pourtant pas le droit d’acheter de cigarettes électroniques. « La disponibilité des cigarettes électroniques ne peut pas se faire au prix d’une dépendance des nouvelles générations à la nicotine, cela ne se passera pas ainsi », martelle Scott Gottlieb.

Collèges et lycées

« Alors que les ventes de tabac conventionnel ne cessent de reculer aux États-Unis, celles de cigarettes électroniques progressent : en moyenne de 25 % par an depuis quatre ans, explique le site des buralistes. Et cette vogue n’a pas épargné les abords des collèges et des lycées, où le vapotage a supplanté la cigarette, en partie du fait du succès de fabricants parmi lesquels JUUL.

« La FDA est-elle sur le point de tuer la vape aux États-Unis ? » s’interroge le site vapingpost.com (Alister Servet). Il observe que si la déclaration de Scott Gottlieb commence bien elle se termine différemment :

« Notre plan global de lutte contre les effets nocifs du tabagisme (ndlr : plan de la FDA) a été fondé sur un principe d’animation central. Ce qui cause principalement la mort et les maladies liées au tabagisme n’est pas la nicotine contenue dans ces produits. C’est l’acte d’allumer du tabac pour libérer cette drogue pour l’inhalation. Alors que c’est la dépendance à la nicotine qui incite les gens à fumer,c’est surtout la combustion qui libère des milliers de constituants nocifs dans l’organisme à des niveaux dangereux, qui tue les gens  »

« Nous devons nous assurer que nous évaluons correctement l’impact net sur la santé publique de produits comme les e-cigs avant qu’ils n’obtiennent l’autorisation de mise sur le marché de la FDA, et que ces produits répondent à leurs responsabilités réglementaires. Ces produits peuvent encore poser des risques pour la santé, y compris la possibilité de libérer certains produits chimiques à des niveaux plus élevés que les cigarettes conventionnelles, et ces risques potentiels doivent être examinés de plus près ».

Pour vapingpost.com Scott Gottlieb fait très probablement référence aux nombreuses études à la méthodologie douteuse, et ayant très rapidement, après leur publication, été démontées par de nombreux experts du domaine.

« Oui, brûler un e-liquide libère des substances toxiques. Cependant, il est important de rappeler que dans le cadre d’une utilisation normale de la cigarette électronique, ces substances sont tout simplement absentes de la vapeur inhalée par les vapoteurs. »

Esclavage du tabac

Suite de Scott Gottleib :

« Nous annonçons la plus grande initiative jamais coordonnée contre les ventes illégales (ndlr : de produits de la vape à des mineurs) dans l’histoire de la FDA. Il s’agit de la plus importante mesure d’application de la loi de l’histoire de l’organisme(qui ciblera les ventes en ligne et en boutiques). Nous avons envoyé plus de 1 100 lettres d’avertissement aux magasins pour la vente illégale de cigarettes électroniques à des mineurs. De plus, nous avons imposé 131 autres pénalités civiles à des magasins qui ont continué de violer les restrictions sur les ventes aux mineurs.

«  Mais nous devons faire davantage pour endiguer ce que je considère comme une épidémie d’utilisation de la cigarette électronique chez les adolescents, et des tendances profondément inquiétantes qui ne montrent aucun signe de ralentissement. (…) L’un des facteurs que nous évaluons de près est la disponibilité des saveurs caractérisantes. Nous savons que les saveurs jouent un rôle important dans l’attrait des jeunes. Et compte tenu des tendances en cours, nous pourrions prendre des mesures pour réduire la commercialisation et la vente de produits aromatisés. Nous sommes en train d’évaluer activement comment nous pourrions mettre en œuvre une telle politique. »

Pour vapingpost.com la situation est claire : la FDA compte tout simplement ignorer les études ayant d’ores et déjà prouvé que les arômes sont l’une des principales raisons pour laquelle la vape est aussi efficace en tant qu’outil de sevrage tabagique, et pense à les supprimer. Quelles conséquences pratiques aurait une telle suppression ? Les mêems causes produisant, outre-Atlantique également, les mêmes effets on peut raisonnablement imaginer que la FDA pousserait, de fait, les adolescents à entrer directement dans l’esclavage, hautement plus toxique, de la nicotine du tabac.

A demain

Politique :  le paquebot Tobacco  se lance à l’abordage des esquifs français du vapotage

Bonjour

Cinq ans après la Révolution des volutes est-elle en grand danger ? La création de « France Vapotage » pourrait le faire craindre. Il s’agit ici, nous dit le site des buralistes, d’une « fédération professionnelle » créée par « des fabricants de produits du vapotage opérant en France ». Objectif : « défendre leurs intérêts et faire la promotion de la cigarette électronique comme ‘’outil de sortie du tabac’’ ».

 Pour un peu on applaudirait à la naissance de ce lobby. Mais la vérité, comme souvent, est un peu plus compliquée. Surtout quand on découvre que parmi les six membres fondateurs on retrouve  les géants cigarettiers  British American Tobacco, Imperial Brands et Landewyck – accompagnés de deux fabricants de produits pour cigarettes électroniques et d’une boutique spécialisée.

C’est là un symptôme : les crocodiles ont saisi que le vent commençait sérieusement à tourner.  Aujourd’hui, plus de deux millions de Français vapotent – un  chiffre est en constante progression. « Forts de ce constat, des fabricants de produits du vapotage opérant en France ont souhaité́ s’unir pour organiser et structurer leur secteur d’activité » expliquent, ouvertement, France Vapotage. Et de se donner une mission : « instaurer, auprès de l’ensemble des parties prenantes, publiques et privées, françaises et européennes, tout échange constructif propre à̀ servir les intérêts du vapotage ». Voilà qui est clair. Et pour la France ?

« Les objectifs sont de permettre le développement responsable de la filière, de promouvoir le vapotage comme outil de sortie du tabac, d’informer et défendre les consommateurs actuels et futurs. Notre Fédération a vocation à̀ rassembler et organiser la filière en France car nous sommes pleinement conscients des enjeux économiques et sanitaires majeurs portés par notre secteur d’activité́. Avec cette structure, nous voulons créer les conditions optimales du dialogue entre nos membres comme auprès de toutes les autres parties prenantes : entreprises, pouvoirs publics, communauté́ scientifique et consommateurs.»

Un siège unique pour fumer et vapoter

On peut le dire autrement : France Vapotage entend faire entendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics français qui ont toujours fermé leur porte aux militants novateurs et financièrement désintéressés de la Révolution des volutes. C’est bel et bien à cette aune qu’il faut décrypter le discours de France Vapotage qui s’attachera à « créer les conditions du dialogue entre la filière et les pouvoirs publics », à « développer une campagne de sensibilisation avec les pouvoirs publics » ou à « simplifier les règles relatives au vapotage dans les espaces à usage collectif ».

Un France Vapotage muet, par définition, sur la lutte contre la consommation de tabac. Depuis leur Celtique les buralistes observent que les boutiques indépendantes de cigarettes électroniques se sont regroupées au sein du Syndicat interprofessionnel des indépendants de la Vape (Si2V). Il faut aussi compter avec la Fivape (Fédération Interprofessionnelle de la Vape) l’Aiduce  (Association Indépendante Des Utilisateurs de Cigarette Électronique) et l’historique et irremplaçable association Sovape.

Courageuse Sovape « qui  a pour but de développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés en général et du tabagisme en particulier ». « France Vapotage (dont le siège se trouve à la même adresse que British American Tobacco France) aura-t-elle de meilleures chances que nous d’obtenir des rendez-vous avec le gouvernement, en particulier avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé qui reçoit régulièrement les buralistes » interroge, amer, Sebatien Béziau, vice-président de Sovape.

M. Béziau, comme nombre des spécialistes de la réduction des risques (et donc, par définition, indépendants de l’industrie du tabac), dénonce une nouvelle fois la disparition, de fait, du « Groupe de travail vapotage » qu’était parvenu à mettre en place le Pr Benoît Vallet, ancien Directeur général de la Santé – et ce en dépit des allergies de Marisol Touraine vis-à-vis de la cigarette électronique. Agnès Buzyn n’a pas souhaité prolonger la survie de cette une structure originale entre deux mondes étrangers. Et le successeur de Benoît Vallet ne semble nullement intéressé par ce levier – un levier politique qui aiderait à la réduction de la première cause évitable de mortalité prématurée.

Découvrira-t-on, grâce à France Vapotage, les causes véritables de l’étrange désintérêt pour la e-cigarette du pouvoir exécutif français ?

A demain

Cannibalisme, spiritueux et Pernod Ricard : légalisé le cannabis liquide sera-t-il alcoolisé ?

Bonjour

La publicité est déjà trouvée : « Un cannabis récréatif, sinon rien ! ». Et le pitch expliquera que la gamme s’ouvre du  vieux jaune jusqu’au nouveau vert. L’affaire est rapportée par Le Monde (Laurence Girard) et reprise sur le site des buralistes. Soit les confidences soupesées d’Alexandre Ricard, 46 ans, patron de Pernod Ricard, numéro deux mondial des spiritueux, derrière le britannique Diageo et devant Bacardí-Martini.

Il faut pour comprendre disposer de quelques éléments d’un contexte mouvant qui voit des géants brasseurs parier sur la légalisation progressive du cannabis récréatif. Le Monde :

« Le propriétaire de la bière Corona, le groupe de spiritueux américain Constellation Brands, en pince pour le cannabis. Il a créé la surprise, mi-août, en déboursant près de 4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) pour monter au capital de la société canadienne Canopy Growth et en détenir 38 %. Il avait pris un premier ticket de 10 % des parts en 2017. Un montant à la hauteur du pari. En s’alliant à cette entreprise spécialisée, à l’origine, dans le cannabis thérapeutique, il compte bénéficier de la légalisation de son usage récréatif. Un cap que va franchir, le 17 octobre, le Canada. Il espère que les Etats-Unis et d’autres pays lui emboîteront le pas.

« Constellation Brands n’est pas le seul groupe de spiritueux à miser sur cette plante. Le brasseur Molson Coors a annoncé, également en août, la création d’une coentreprise avec le producteur canadien The Hydropothecary Corporation. Son objectif : proposer des boissons non alcoolisées à base de cannabis. La brasserie californienne Lagunitas, détenue par le groupe néerlandais Heineken a, elle, déjà lancé, cet été, une eau pétillante infusée au cannabis, sous la marque Hi-Fi Hops. Cette coproduction avec le spécialiste de la feuille verte CannaCraft, n’a, pour l’instant, qu’une diffusion limitée à la Californie. »

Cognac Martell prisé en Chine

Dans ce paysage Pernod Ricard ne peut être absent. Et il le fait savoir. « Nous regardons de près ce marché. Même si, à ce stade, il est encore difficile de se prononcer, confie Alexandre Ricard. Mais il y a une vraie question à se poser. Est-ce que la légalisation du cannabis peut avoir un impact de cannibalisation de la consommation des spiritueux premium ? Il n’y a pas d’évidence que ce soit le cas. Nous restons prudents et continuons nos analyses.»,

Pour l’heure le groupe français triomphe : selon les résultats publiés mercredi 29 août, le groupe français a vu son chiffre d’affaires progresser de 6 % à taux de change constant. De même, son résultat opérationnel affiche une hausse de 6,3 %, à taux de change constant. Le résultat net affiche une progression de 13 %, à 1,57 milliard d’euros. De quoi augmenter la part versée aux actionnaires sous forme de dividendes. En remerciant le cognac Martell qui, prisé en Chine, décroche la palme avec une augmentation de 14 % des ventes.

« Nous poursuivons notre stratégie d’acquisitions ciblées » confie encore  M. Ricard. « Le cannabis sera-t-il un jour dans la cible ? » demande Le Monde et les buralistes. Sans obtenir de réponse.

Une autre question devra être posée. Pourquoi faudrait-il, demain, en rester à des « boissons à base de cannabis non alcoolisées » ? A quel titre, et de quel droit, interdirait-on l’association ?

A demain

Cigarette électronique : une belle leçon britannique administrée aux députés français

Bonjour

C’est un événement politique autant que médical : outre-Manche un rapport parlementaire vante, au nom de la réduction des risques, les vertus du développement de la cigarette électronique. Il fait valoir, pièces à l’appui, que le pouvoir exécutif britannique n’a pas encore pris la mesure de l’intérêt, pour la santé publique, de ce levier antitabac. Pour les auteurs de ce rapport les produits du vapotage sont encore trop souvent sous-utilisés par le National Health Service).

Le « vapotage passif » ? Ses risques sont négligeables et en toute hypothèse de très loin inférieurs au tabagisme des cigarettes conventionnelles : aussi la réglementation doit-elle être allégéenotamment en termes de publicité et de liberté de vapoter dans les lieux publics.

 Pour résumer : le risque que représente pour les fumeurs le fait de continuer à fumer des cigarettes conventionnelles est hatement plus élevé que l’incertitude sur l’usage à long terme de la cigarette électronique : il faut que le gouvernement britannique suscite un programme de recherche à long terme (supervisé par « Public Health England » et « the Committee on Toxicity of Chemicals in Food, Consumer Products and The Environment ») pour collecter, de façon indépendante, toutes les données sanitaires sur les effets de la cigarette électronique.

On trouvera ici ce rapport parlementaire britannique  : « Government missing opportunity with e-cigarettes ». Et ici la lecture, comme toujours éclairante, qu’en fait, sur son blog,  Philippe Poirson : « Brexit: les députés britanniques veulent libérer la vape de la loi tabagique made in EU ».

Sir Norman Lamb, président du Comité de la chambre des communes qui a réalisé le rapport (« Science and Technology Committee »), par ailleurs membre de la Chambre des Lords (libéral-démocrate) :

« Fumer représente toujours un problème majeur de santé publique et le gouvernement devrait envisager des démarches innovantes pour baisser le taux de prévalence tabagique.

« La cigarette électronique est moins nocive que la cigarette conventionnelle mais la politique et la réglementation actuelles ne le reflètent pas suffisamment et on doit arrêter de considérer, de la même manière, les cigarettes conventionnelles et électroniques dans les entreprises, les moyens de transports et les espaces publics.

« Quant aux craintes selon lesquelles le vapotage serait une porte d’accès à la consommation conventionnelle du tabac, notamment pour des jeunes non-fumeurs, elles ne se sont pas concrétisées. Bien employé, le vapotage peut être une arme de pointe dans l’arsenal de la politique de santé. »

Ce sont là des mots que les ministres et autres autorités sanitaires françaises n’ont jamais prononcés. Et c’est aussi un sujet sur lequel ne se sont jamais politiquement penchés les parlementaires français. Et ce alors même que l’on compte près du double de fumeurs en France qu’en Grande Bretagne. Aucun député, aucun sénateur français ne semble concerné par les moyens permettant de lutter efficacement contre la première cause de mortalité évitable.

Où sont, ici, les bataillons de la France insoumise ? Où sont les troupes innombrables de la République en marche ? Sans parler de l’ancien parti de Jacques Chirac – lui qui, en son temps et à sa façon, avait saisi l’importance de la lutte contre cette addiction.

A demain

 

Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tous les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sauver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain