Jeux d’argent et de hasard interdits aux mineurs ? De qui Bruno Le Maire ose-t-il se moquer ?

Bonjour

8 mars 2019. Actualité : la privatisation de la Française des Jeux (FDJ) entreprise hautement rentable se nourrissant de l’addiction d’une fraction croissante de citoyens devenus dépendants. Une affaire suivie de près par les buralistes, premiers concernés. Hier les députés ont donné leur feu vert au projet de privatisation de la Française des Jeux (FDJ), dans le cadre de l’examen en commission du projet de loi Pacte.

En première lecture, début octobre, l’Assemblée nationale avait autorisé le transfert au privé de la majorité du capital de la FDJ, actuellement détenu à 72 % par l’État, malgré de vives critiques de l’opposition dénonçant la logique économique de l’opération et les risques accrus d’addiction aux jeuxLe Sénat s’y était ensuite opposé en février.

Cohérence avec le tabac et l’alcool

Mais en démocratie force revient toujours à la majorité : via un amendement du gouvernement, défendu par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les députés ont rétabli leur version en commission. Des sous-amendements, portés par le député Christophe Blanchet (LREM, Calvados), ont ajouté au texte des dispositions pour renforcer la protection des mineurs. En d’autres termes possibilité, via une future ordonnance, de la « mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre » de jeux d’argent et de hasard à des mineurs.

Que croyez-vous qu’il arriva ? M. Le Maire s’est dit « favorable à renforcer toutes les garanties et les protections». « L’idée d’avoir une amende qui sanctionne la vente de jeux aux mineurs, c’est cohérent par rapport à ce que nous demandons aussi en matière de vente de tabac ou de vente d’alcool ».

Posons, avec tout le respect dû à un ministre de la République, la question à Bruno Le Maire : de qui vous moquez-vous ?

Dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire François Bourdillon, directeur général de Santé ­publique France, use d’un euphémisme en écrivant, dans son éditorial  que « l’interdiction de vente aux mineurs peut être considérée comme non respectée ». Les derniers résul­tats d’une enquête officielle (Escapad – OFDT)  démon­trent qu’en France les mineurs de 17 ans et moins « n’éprou­vent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91 % d’entre eux ». Mieux : « ils sont 77,5 % à en avoir consommé dans un débit de boissons » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7 % des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4 %) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. La majorité d’entre eux (52,7 %) a déclaré n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Répression de l’ivresse publique

Or, et M. Le Maire ne saurait l’ignorer, le code de la santé publique, au nom de la « protection des mineurs » et de la « répression de l’ivresse publique » dispose qu’il est interdit de vendre de ­l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut ainsi exiger du client « une preuve de sa majorité », notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est de même ­interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Et il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable.

Et M. Le Maire n’ignore pas qu’il en va de même pour les ventes de tabac chez les buralistes. Et ce alors que depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Afin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure, deux enquêtes ont été menées pour le Comité national de lutte contre le tabagisme. Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans – plus d’un tiers des buralistes ­acceptant de vendre du tabac à des enfants de 12 ans. Et 60 % des jeunes fumeurs ­indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et ­faudrait-il rappeler que, conséquence ­immédiate de cet interdit bafoué, plus d’un jeune Français de 17 ans sur trois est, déjà, un consommateur de tabac ?

Où l’on comprend bien ici que, loin d’une politique de réduction des risques, nous sommes, compte tenu de ce que l’on sait des addictions, avec un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques. Qui se souvient que le candidat Macron avait fait de la prévention l’une des clefs de voûte de la nouvelle cathédrale politique qu’il entendait construire au sein d’un nouveau monde ?

A demain

@jynau

 

Tabagisme : combien de temps encore le buraliste sera-t-il «fier de sa carotte rouge» ?

Bonjour

Dernières nouvelles du front tabagique : les prix montent, les ventes officielles diminuent légèrement tandis que la contrebande augmente. Un grand classique du commerce des produits addictifs qui ne sont pas illicites. Dans ce contexte les chiffres du « nombre de fumeurs » avancés par les autorités sanitaires n’ont guère de signification – sinon celle d’afficher l’efficacité de la politique mise en œuvre visant à « un paquet à 10 euros en 2020 ».

 Reste une certitude : les conséquences de la baisse des ventes officielles sur les 24 500 débits de tabac de l’Hexagone.   Peut-on d’ores et déjà comparer l’avenir des buralistes à celui des sidérurgistes ? Les prix augmentent et les médias interrogent Philippe Coy, dynamique président de la Confédération des buralistes. Lemondedu tabac.com a repris ses dernières déclarations sur France Info. Propos édifiants quant à l’écartèlement de ces débitants :

France Info  : L’objectif annoncé est le paquet de cigarettes à 10 euros en 2020. Cela vous inquiète ?

Philippe Coy : Cela fait du tort au réseau (des buralistes) : les volumes (des ventes de paquets de cigarettes( se retrouvent impactés, la fréquentation de nos magasins aussi. On peut être totalement favorable au plan de santé mis en place par le gouvernement, mais aujourd’hui, un paquet à un prix aussi élevé reste pour nous un souci puisque nous avons le prix le plus élevé de l’Europe occidentale. L’année dernière, le volume a été impacté de 9,3 % : c’est toujours des fréquentations de clients en moins et si on peut comprendre cette politique, il est important pour nous que le dispositif européen soit plus performant, puisque la santé de tous les Européens doit compter et l’Europe n’est pas protectionniste dans ce domaine-là.

Accompagner la santé publique grâce à la cigarette électronique

F. I. : Vous comprenez cet objectif de santé publique ?

P.C.: Personne n’est contre la santé publique. La hausse de la fiscalité ne doit pas être le seul outil pour lutter contre le tabagisme: il devrait y avoir plus d’éducation, plus de prévention. Aujourd’hui, il y a 24 500 entrepreneurs qui peuvent être inquiets. Nous avons lancé un grand plan de transformation, nous accompagnons la santé publique à travers le dispositif de vapotage, mais le prix ne doit pas être le seul argument.

F.I.  : Vous faites une croix sur le tabac ?

P.C. : Non, je suis très fier de ma carotte rouge 1 devant mon établissement. Je m’adapte aussi aux usages des consommateurs parce que quand on fait du commerce, c’est bien pour répondre aux besoins des consommateurs.

Il est évident que notre métier principal, notre ADN, est autour de la vente du tabac, des produits de vapotage, des produits de services. Je suis commerçant et quand un réseau accueille chaque jour 10 millions de Français, il est nécessaire de s’adapter aux comportements de nos clients. Pour demain, il faut que nous proposions plus de services, plus de proximité, plus d’offres pour que le Français puisse nous fréquenter toujours aussi régulièrement.

 A demain

@jynau

1 La « carotte », c’est d’abord le nom donné à cette enseigne rouge que l’on trouve à l’entrée de tous les bureaux de tabac. C’est une obligation légale : tous les buralistes sont obligés d’arborer cette signalétique depuis 1906 , pour indiquer qu’ils vendent du tabac. Elle a d’ailleurs beaucoup évolué : elle n’était pas nécessairement rouge à l’origine, parfois marron. « Aujourd’hui, elle doit être obligatoirement lumineuse » affirme France Bleu. Pourquoi ?

L’une des explications souvent entendues au sujet de l’origine de ce symbole est que la carotte permet une meilleure conservation du tabac. Mettre un morceau de carotte dans un pot à tabac permet de le maintenir frais, c’est vrai… Mais ce n’est pas la véritable explication. Mais alors, d’où vient la forme et le nom de cette enseigne ? C’est une évocation de la vente du tabac telle qu’elle se faisait au XVIe siècle : à l’époque, le tabac était vendu en feuilles, que l’on mâchait ou que l’on fumait .

Or ces feuilles n’étaient pas rassemblées en paquets, mais en petits rouleaux ficelés… ressemblant à des carottes ! De plus, pour consommer ces rouleaux de tabac, le fumeur (ou le mâcheur) devait le râper, comme une carotte ! Depuis, l’usage du tabac, désormais tassé dans des cigares ou des cigarettes, a changé, mais le symbole de la carotte est resté.  Pour France Bleu, cette carotte « enseigne culte » fait partie du patrimoine français.

Gilets Jaunes : la Marlboro passe in extremis à 8,80 euros. Aucun chiffre sur les trafics

Bonjour

Un mois de retard. Ce n’est que ce 28 février que le Journal Officiel publie un arrêté daté du 30 janvier : «Arrêté du 30 janvier 2019 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer ». Un texte signé, pour le ministre de l’action et des comptes publics (Gérald Darmanin), par le directeur général des douanes et droits indirects (R. Gintz) et, pour la ministre des solidarités et de la santé (Agnès Buzyn), par le directeur général de la santé (J. Salomon).

« Buralistes et industriels du tabac auront retenu leur souffle jusqu’au bout, observe Le Figaro (Ivan Letessier). Le gouvernement a attendu la dernière limite pour valider la nouvelle liste des prix des cigarettes. L’arrêté était prêt depuis quinze jours, les industriels ayant remis leurs prix fin janvier à l’administration des Douanes. Mais, selon des sources proches des industriels, il était bloqué à Matignon depuis, car l’entourage du Premier ministre craint l’impact de l’annonce d’une nouvelle hausse des prix du tabac: les ‘’gilets jaunes’’ ont remis le sujet du pouvoir d’achat au centre du débat, faisant douter le gouvernement sur la poursuite de sa politique. »

La plupart des hausses, tenues secrètes jusqu’à la publication au Journal Officiel, deaient être de 50 à 60 centimes par paquet de vingt cigarettes. Voici ce qu’il en sera :

• Marlboro red et gold : 8,80 euros
• Philip Morris marron : 8,60 euros
• Lucky Strike bleu  : 8,20 euros
• Camel filtres : 8,50 euros
• News bleu : 8,50 euros
• Winston Authentic : 8,40 euros
• Gauloises blondes bleu : 8,50 euros

« Cette hyperinflation va se traduire à nouveau par une diminution du marché légal et une augmentation de la contrebande et des achats réalisés à l’étranger sans garantie de faire baisser la consommation réelle», a confié un industriel anonyme au Figaro. Une réalité sanitaire et économique que le gouvernement se refuse obstinément à chiffrer.

A demain

@jynau

 

 

Darmanin : « Lutter contre le tabac illicite, pour la santé des Français et des buralistes » (sic)

Bonjour

Lundi 25 février 2019 le ministère de l’Action et des Comptes publics a émis un communiqué. Extraits :

« Gérald Darmanin, Ministre de l’Action et des Comptes publics, a présenté ce matin, lors d’un déplacement au bureau de dédouanement postal de Chilly-Mazarin, les résultats de la douane pour l’année 2018 (…) Le Ministre de l’Action et des Comptes publics a tenu à remercier particulièrement de sa présence Philippe Coy, Président de la Confédération des buralistes ».

Leur Ministre de tutelle a salué les résultats remarquables des 17 000 douanier.ère.s dans les nombreuses missions de lutte contre la fraude et d’accompagnement du commerce international qui leur sont confiées.

« Il s’est notamment déclaré très satisfait des résultats enregistrés contre les trafics de tabacs, dont il avait fait une priorité pour la douane pour l’année 2018, mais aussi dans les autres domaines de la lutte contre la fraude :
 16 171 infractions ont été relevées en matière de tabac (+ 15,1 %) et 241,1 tonnes de tabacs saisis (+1,2 %)
 97,4 tonnes de stupéfiants ont été saisis sur le territoire national et en haute mer (+ 47,3 %) dont 12,2 tonnes de cocaïne (+ 32,6 %) et 63,9 tonnes de cannabis (+ 38,6 %)
 s’ajoutent 49,1 tonnes de drogues saisies à l’étranger sur renseignement de la douane française (+ 45,3 %), dont 16,1 tonnes de cocaïne (+ 6,5 %) et 33 tonnes de cannabis (+ 77,4 %).

Est-ce dire que l’augmentation des prises de tabac est le reflet fidèle de l’augmentation des trafics ? Gérald Darmanin ne le dit pas. Il a toutefois déclaré :

« En 2018, j’ai demandé aux douaniers de s’atteler en priorité à la lutte contre le tabac illicite. Nous devons cet engagement à la santé des Français ainsi qu’aux buralistes qui constituent le seul réseau légal de distribution du tabac en France. Les résultats de cette année en la matière sont très encourageants, avec une forte hausse des saisies et des amendes pour le trafic de petites quantités. »

 Lutter contre le tabac illicite –  un engagement que doit l’Etat à la « santé des Français ainsi qu’aux buralistes ». Ou quand le nouveau monde est beau comme l’antique.

A demain

@jynau

Tabac connecté et duplicité : savez-vous que Philip Morris s’intéresse à votre santé ?

Bonjour

Comment s’y retrouver ? Jadis tout était simple : on fumait. Puis vint l’épidémiologie et la (tardive) démonstration des considérables dégâts du tabac les poumons, le cœur, les vaisseaux, le cerveau. Big Tobacco n’était plus un ami. Le combat s’engagea suivi par la (tardive) action du pouvoir politique. Un pouvoir qui engrangeait depuis toujours les (considérables) taxes inhérentes à cette dépendance. Big Tobacco freinait de tout son poids mais des lois furent (enfin) promulguées pour interdire la publicité.

C’est alors que surgit la cigarette électronique et la (rapide) prise de conscience que l’on disposait là d’un extraordinaire outil au service de la réduction des risques. Oublions un instant l’addiction à la nicotine et privilégions les bénéfices apportés aux poumons, au cœur, aux vaisseaux, au cerveau du fumeur adoptant le vapotage. On connaît la suite, le pérsent et (en France) le coupable déni du pouvoir politique vis-à-vis de cet outil.  C’set dans ce cadre qu’il faut replacer les actuelles stratégies de Big Tobacco. Comme celle que vient de rapporter l’AFP reprise sur le site des buralistes français : « Philip Morris, le plus grand fabricant de cigarettes au monde, veut utiliser la technologie contenue dans ses nouveaux produits de vapotage pour offrir des services de dépistage de santé à ses utilisateurs ».

Ecole Polytechnique de Lausanne

Où l’on nous rappelle qu’il y a trois ans, Philip Morris International (PMI) avait annoncé son intention de réduire sa production de cigarettes classiques pour les remplacer par une ligne de produits « sans fumée », comme les cigarettes électroniques et les articles qui « chauffent le tabac sans le brûler ». Le géant affirme que ces produits sont beaucoup moins nocifs, « même si le fabricant des célèbres Malboro n’a pas encore réussi à convaincre l’Organisation mondiale de la santé et la communauté médicale ».

Dans l’attente PMI va user de la technologie contenue dans ses nouveaux produits « pour proposer des services allant du suivi de santé à l’assurance vie ». André Calantzopoulos, 61 ans, ancien ingénieur électronicien de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne ey PDG de PMI :

« Dans le monde d’aujourd’hui, je vois (…) un écosystème que vous créez autour du produit, par exemple quels autres services vous offrez au consommateur en plus de votre produit phare. Nous avons de l’électronique dans ce nouveau produit, nous avons donc la possibilité de nous connecter aux consommateurs qui le transportent 16 à 17 heures par jour. »

L’un des premiers projets de PMI est de proposer une assurance vie aux utilisateurs de son produit le plus populaire, l’Iqos, qui-chauffe-le-tabac-au lieu-de-le-brûler. M. Calantzopoulos estime notamment que les consommateurs de produits sans combustion devraient bénéficier d’un rabais sur les assurances vie (sic) par rapport aux fumeurs traditionnels, qui doivent souvent payer deux fois plus cher que les non-fumeurs en raison des risques liés à leur addiction.

Bracelets détecteurs

Cette pratique soulèverait-elle  des questions de droit relatives à la vie privée ?  PMI observe  que des assureurs envisagent d’ores et déjà d’offrir des rabais aux fumeurs qui peuvent prouver qu’ils ont abandonné la cigarette traditionnelle pour les produits « sans fumée ». Et des bracelets connectés peuvent par exemple détecter les mouvements de la main selon que l’on fume une cigarette ou un produit électronique.

Le Dr Derek Yach (ancien de l’OMS) fondateur et président de la « Fondation pour un monde sans fumée » (entreprise controversée soutenue par PMI) défend cette initiative. « Je pense que les objets connectés sont la direction à suivre, a-t-il déclaré à l’AFP. Ils poussent déjà les gens à faire davantage d’exercice, à mieux manger et dormir. Ce qui manque, c’est aider les gens à arrêter de fumer. »

Certains font aussi appel au concept de duplicité. Ils se souviennent que Big Tobacco, affirmait déjà que leurs nouvelles cigarettes « à filtre » étaient bénéfiques pour la santé. L’aurait-on oublié ?

 A demain

@jynau

Tabagisme : pour y entrer, les ados français n’ont pas besoin de cigarette électronique

Bonjour

Qui s’en souvient ? Il y a cinq ans, jour pour jour, François Hollande, président de la République lançait solennellement, à la Maison de la Chimie,  le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer et confiait à Marisol Touraine, ministre de la Santé, le soin d’élaborer un « Programme national de réduction du tabagisme ». Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

On sait ce qu’il en résulta. A commencer par un invraisemblable (et coupable) déni ministériel (et gouvernemental) du levier sanitaire que représentait, déjà, la cigarette électronique en tant qu’outil de réduction des risques tabagiques.

Cinq ans après, jour pour jour. C’est une information qui (pourquoi ?) a bien du mal à émerger : « Plus d’un ado sur deux a déjà testé la cigarette électronique » (RMC-BFM-TV). Une information qui, paradoxalement, semble gêner ceux qui la produisent. Une information reprise sur  le site des buralistes français : plus d’un adolescent de 17 ans sur deux (52 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique, soit un pourcentage voisin de ceux qui ont expérimenté la cigarette de tabac (59 %). Ce sont là les premiers résultats d’une étude de l’Inserm, financée par la Ligue contre le Cancer, dans le cadre du programme dit « PETAL » 1 .

« Alors qu’un quart des jeunes de 17 ans fument tous les jours, seulement 2 % d’entre eux vapotent quotidiennement, et un sur six occasionnellement. Cette nouvelle étude semble écarter l’hypothèse d’une porte d’entrée du vapotage dans le tabagisme. Les jeunes de 17 ans qui testent la cigarette électronique ont déjà expérimenté le tabac auparavant. C’est toujours le tabac qui vient en premier et pas l’inverse.

 « La baisse de consommation de tabac chez ces ados ne serait pas plus liée à la cigarette électronique : 63 % des jeunes vapoteurs sont aussi des fumeurs réguliers ou quotidiens de cigarette. L’e-cigarette se cumulerait avec d’autres comportements à risque, tabac mais alcool et stupéfiants. S’il y a autant de filles qui fument des cigarettes que de garçons, toujours à 17 ans, les garçons ont davantage tendance à vapoter (21 % d’entre eux le font occasionnellement contre 13 % des filles). Autant de pistes et de données que les chercheurs vont continuer à approfondir, sachant que la vente de la cigarette électronique est interdite aux moins de 18 ans. »

Incurie gouvernementale et présidentielle

Tout ou presque est dit, ici, de l’incurie gouvernementale récurrente face à ce fléau. A commencer par l’exposé officiel du contexte dans lequel s’inscrit l’étude PETAL (nous soulignons):

«  Compte tenu des lourdes conséquences sanitaires du tabagisme et du potentiel addictif des produits du tabac, sa consommation par les adolescents et les jeunes adultes constitue un enjeu primordial de santé publique. En France, le Programme National de Réduction du Tabagisme 2014-2019 vise en premier lieu la prévention de l’initiation tabagique chez les adolescents. Au cours de la dernière décennie, certaines mesures de lutte contre le tabagisme étaient spécifiquement destinées aux jeunes, comme l’interdiction de fumer dans les établissements scolaires en 2007, l’interdiction de vente de tabac étendue à l’ensemble des moins de 18 ans en 2009 et la mise en place du paquet neutre. Dans la mesure où des évaluations robustes n’ont pas été systématiquement menées, les décideurs disposent de peu d’éléments permettant de savoir si ces mesures ont été efficaces. »

Ce projet de recherche inclut notamment deux objectifs : évaluer l’efficacité et l’équité de l’interdiction de vente de tabac aux moins de 16 ans puis aux moins de 18 ans, comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France.

« L’utilisation de l’e-cigarette chez les jeunes s’est rapidement développée ces dernières années. Plusieurs études récentes ont évoqué son possible rôle dans l’initiation tabagique. Dans le cadre de la prévention du tabagisme des jeunes, il apparaît donc important de comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France. »

Les premiers résultats officiels sont donc là, qui confirment mille et une observations ponctuelles. Combien faudra-t-il encore d’années avant que les autorités sanitaires et politiques françaises acceptent la réalité, organisent et amplifient des stratégies de réduction des risques tabagiques, se plient à la loi du pragmatisme ? Combien de temps, en un mot, avant que l’actuel président de la République, champion de la prévention avant de prendre la place de François Hollande, accepte de prendre modèle sur la politique britannique ?

A demain

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

2018 : les ventes officielles de tabac ont baissé. Qui nous dira très précisément pourquoi ?

Bonjour

Les ventes de cigarettes en France ont nettement reculé l’an dernier. La conséquence directe d’une forte hausse des prix en mars et, plus largement, d’une politique publique anti-tabac qui commence à porter ses fruits, estime l’AFP (Rebecca Frasquet). Serait-ce si simple ?

Les chiffres. En 2018, 40,23 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes dans l’Hexagone, contre 44,36 milliards en 2017, soit un recul de 9,32 % en volume, selon des chiffres de Logista, fournisseur de la quasi-totalité des points de vente cité par le site des buralistes français. En 2017, les ventes officielles de cigarettes avaient déjà baissé de 1,48 % en volume après un recul de 1,2 % en 2016 et une hausse de 1 % en 2015.

Ajoutons que les ventes de tabac à rouler ont enregistré en 2018 un recul de 9,40 % après une diminution de 5,66 % l’année précédente. Et que globalement sur l’année passée, les livraisons de tabac (cigarettes, tabac à rouler, cigares et tabac à mâcher) sont en baisse de 9,15 %.

 Les explications. « C’est une politique de santé publique qui marche, cela va faire des milliers de vies sauvées, c’est important, se félicite le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus – et qui ne craint pas d’établir ici un lien de causalité. Selon lui, cette baisse des ventes de cigarettes résulte du relèvement d’un euro du prix du paquet appliqué le 1er mars 2018, pour atteindre un prix moyen aux alentours de 8 euros. «  Ce prix a motivé beaucoup de gens à arrêter de fumer : le prix est redevenu un facteur d’arrêt du tabac, car fumer un paquet par jour coûte maintenant 240 euros par mois » calcule-t-il.

Et d’ajouter que cet effet aurait  été « boosté » par « les autres mesures du programme national de lutte contre le tabac, comme le paquet neutre, qui joue beaucoup sur les jeunes ». Compter aussi avec (enfin !) le remboursement des substituts nicotiniques (gommes à mâcher, patchs, pastilles). Les prescriptions de ces traitements ont bondi de 75 % entre mars et septembre, selon l’Assurance maladie.

La cigarette électronique.  « Le recul des ventes légales de tabac est le résultat d’un choc de prix administré aux fumeurs », estime lui aussi Éric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole non officiel de Big Tobacco. « Un fumeur sur deux qui arrête de fumer, passe au vapotage », dit-il. C’est selon lui une « alternative crédible au tabac » dont le développement devrait, selon lui, « bénéficier du soutien actif du gouvernement ». Où l’on voit ainsi, une nouvelle fois, Big Tobacco se faire l’ambassadeur quelque peu pervers de la Révolution des Volutes.

 De leur côté, les cigarettiers se positionnent à marche forcée sur la cigarette électronique, réputée beaucoup moins nocive que le tabac : l’américain Altria, fabricant de l’emblématique Marlboro, a investi 13 milliards de dollars dans Juul, une start-up qui détient près de 75% du marché aux États-Unis

Quant à BAT, il a investi 2,5 milliards de dollars en recherche et développement sur ces produits, ces dernières années (voir Lmdt du 16 décembre).

Pour réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre.

La contrebande. C’est le grand sujet, celui que les zélateurs de l’exécutif se gardent bien d’aborder. Pour le Pr Dautzenberg les ventes de tabac de contrebande ne représenteraient que « 4 à 5 % de la consommation » en France (où 80 % du prix est constitué de taxes – 8,74 % revenant aux buralistes et le solde aux fabricants). Mais le site des buralistes cite l’étude Sun réalisée par KPMG pour le compte des cigarettiers  (avec une méthodologie « ramasse-paquets » empirique, qui retrace l’origine présumée d’emballages retrouvés sur la voie publique)  les « cigarettes illicites » représenteraient  14,8 % de la consommation en France.

Si l’on y ajoute les achats « transfrontaliers légaux » et le duty free, les ventes hors buralistes représenteraient 26,8% de la consommation, selon les cigarettiers. Ce qui, faute de données plus précises, impose de modérer l’enthousiasme né des chiffres officiels. Le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre. Aucune étude ne semble prévue pour évaluer l’évolution de la consommation « non officielle ».

Seule certitude chiffrées : l’addiction au tabac est, en France, directement responsable de 75 000 décès prématurés chaque année.

A demain

@jynau