Perfuser les buralistes et lutter contre le tabagisme : l’écartèlement du pouvoir exécutif

Bonjour

Une chose et son contraire. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé est officiellement en charge de lutter contre le tabagisme. Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics est en charge de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat  et – en l’occurrence – de protéger la profession en charge de vendre du tabac cancérigène taxé à 80%. Ségur contre Bercy. Devinez qui peut l’emporter ?

Lutter contre le tabagisme ? Faute d’avoir le courage de s’appuyer sur le puissant phénomène de la cigarette électronique (et sur une véritable politique de réduction des risques) le gouvernement réduit son action à un train de hausses successives pour tenter d’ atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de vingt cigarettes. Or ce sont les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’État ne pouvant « qu’inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes.

Pour autant, postulant que les ventes tabagiques iront en déclinant Gérald Darmanin annonçait, en février dernier avoir signé un nouveau « protocole d’accord sur la transformation du réseau des buralistes pour la période 2018-2021 ».

« L’accord s’inscrit dans le cadre de la politique de santé publique voulue par le Gouvernement, se traduisant par une augmentation des prix du tabac qui portera progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros. L’objectif prioritaire de ce nouveau protocole est d’accompagner les buralistes dans la transformation profonde de leur métier, passant du modèle de débitant de tabac à celui de nouveau commerçant de proximité. Il prévoit à ce titre la création d’un fonds temporaire de transformation des buralistes destiné à permettre la mutation de la profession vers une moindre dépendance à l’activité de vente de tabac. »

 « Ce protocole a également pour objet d’apporter un soutien à ceux dont l’activité économique serait significativement pénalisée par l’augmentation des prix du tabac et les accompagner en renforçant les aides existantes, notamment à travers une remise transitoire pour les buralistes dont les livraisons de tabac auraient connu une baisse significative. »

Gérald Darmanin : « Je suis heureux de signer aujourd’hui ce protocole venant concrétiser l’engagement que j’ai pris le 20 octobre dernier lors du Congrès des buralistes. Ces mesures créent toutes les conditions pour que l’Etat accompagne la profession de buraliste dans sa démarche active de transformation, tout en soutenant ceux qui en ont le plus besoin. Le Gouvernement demeure déterminé à lutter avec fermeté contre la fraude et le trafic de tabac de contrebande qui est l’ennemi de la santé des Français et des buralistes, seul réseau légal de distribution du tabac en France.»

Les nouveaux commerçants (de proximité)

C’est dans ce cadre que s’inscrit la mesure qui vient d’être détaillée sur le site des buralistes français : la rémunération des buralistes sur la vente du tabac va augmenter de 0,10 point, ce mardi 1er janvier. La rémunération nette sur la vente de cette substance addictive et hautement pathogène passe donc à 7,80 %. « Rappelons que la remise avait augmenté de 0,60 point en 2017, précise le site des buralistes. Elle a progressé de 0,20 point, il y a un an. Elle augmentera, à nouveau, de 0,10 point au 1er janvier 2020 et au 1er janvier 2021 : de sorte à ce que la rémunération nette sur le tabac soit de 8 % en 2021. »

 Ce n’est pas tout. Le protocole d’accord sur la transformation des buralistes dispose aussi d’une remise transitoire trimestrielle. Pour tout buraliste connaissant une chute, en valeur, de plus de 15 % de ses livraisons tabac sur un trimestre (par rapport au même trimestre de l’année précédente), versement d’une rémunération supplémentaire de 0,8 % (en plus de la rémunération ordinaire).

C’est ainsi que le gouvernement accompagne la transformation des vendeurs de tabac vers le métier de « commerçants de proximité ». Sans pouvoir offrir ma moindre garantie quant à la réussite de son plan anti-tabagique.

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes ou pas, au 1er janvier 2019, le prix du tabac n’augmentera pratiquement pas

Bonjour

Le 20 décembre dernier le Journal Officiel publiait un arrêté ayant beaucoup à voir avec la santé publique car co-signé par la ministre des Solidarités et de la Santé (par délégation, par le directeur général de la santé, J. Salomon) : « Arrêté du 14 décembre 2018 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer ».

Parmi les mouvements significatifs sur le segment des cigarettes le site des buraliste retient :

Chez Philip Morris France :  + 20 centimes sur les Marlboro ; + 10 centimes pour les Philip Morris, Chesterfield et L&M

Chez Seita : + 10 centimes sur les Gauloises brunes ; + 20 centimes sur Gitanes

Chez Japan Tobacco France: pas de changements

Chez BAT : + 10 centimes sur certaines références Winfield.

L’oubli tragique de la cigarette électronique

Et ce site, avec l’AFP, de résumer que l’heure est à la stabilité pour la plupart des références, à quelques légères hausses marginales près.

« Parmi ces rares relèvements de prix, le paquet de 20 Marlboro Red (groupe Philip Morris), qui coûte 8 euros depuis le 1er mars contre 7,30 euros auparavantpasse à 8,20 euros. En revanche le prix du paquet de Gauloises blondes reste à 8 euros, tout comme celui des Lucky Strike Bleu Classic, inchangé à 7,70 euros, ou encore celui des Camel (sans filtre) stable à 7,90 euros. Enfin, les Winfield rouge de 20 unités se maintiennent également à 7,90 euros, tout comme les Winfield bleu. »

 Il s’agit ici de la septième révision des prix du tabac depuis l’arrivée du gouvernement Macron en mai 2017, après quatre années de stabilité. Lutter contre le tabagisme, première cause évitable de morts prématurées (80 000 chaque année) ?  Faute d’avoir le courage de s’appuyer sur le puissant phénomène de la cigarette électronique (et sur une véritable politique de réduction des risques) le gouvernement réduit son action à un train de hausses successives pour tenter d’ atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de vingt cigarettes.

Mais faudrait-il rappeler qu’en France (pourquoi ?) ce sont les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’État ne pouvant « qu’inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes – qui représentent déjà plus de 80 % du prix ? Où l’on voit qu’en matière de dépendance et de rapport à l’Etat, le tabac n’est guère loin de l’essence.

A demain

@jynau

 

 

E-cigarette et Big Tobacco : combien de milliards de dollars pour racheter son âme au diable ?

Bonjour

Vapotage versus tabagisme : mariage contre nature ou, à terme, concubinage obligatoire ? Une étonnante affaire américaine impose de soulever cette dérangeante question.

« Après avoir vendu le poison, les cigarettiers espèrent faire fortune avec l’“antidote” » titre Le Monde (Philippe Escande). Et de résumer les derniers épisodes de l’histoire de JUUL Labs jeune start-up née californienne fondée sur la cigarette électronique, ses vertus anti-tabagiques et sa place présente et à venir dans le paysage de la réduction des risques. Succès absolu, au-delà des business plans les plus délirants.

« Avec son look moderne et discret, ses parfums envoûtants et son marketing agressif, JUUL est devenue en un an l’une des plus belles start-up des Etats-Unis. A tel point que sa croissance phénoménale et ses marges stratosphériques ont fait de cette jeune pousse de 1 500 personnes l’une des entreprises les plus chères des Etats-Unis. »

Le géant du tabac Altria (ex-Philip Morris) n’a guère tardé devant la bergerie : achat de 35 % des parts de JUUL pour un montant de 12,8 milliards de dollars. Cet investissement, le plus important de l’histoire d’Altria, valorise JUUL à 38 milliards de dollars, plus de deux fois la valeur actuelle (16 milliards) de cette start-up, indique le géant. Et de promettre que JUUL – qui n’est pas coté en Bourse – restera indépendant. Howard Willard, PDG d’Altria :

« Nous agissons avec vigueur pour préparer un futur dans lequel les fumeurs adultes choisissent en masse les produits non-combustibles de préférence aux cigarettes. L’investissement d’Altria est un signal clair que la technologie de Juul nous a donné une opportunité véritablement historique d’améliorer la vie du milliard de gens qui fument des cigarettes. »

Marché du vice

« Pour Altria, il s’agit de sortir du piège de la décroissance de son marché historique. Sa production chute de 3 à 4 % par an et ses marges sont comprimées, ajoute Le Monde. Alors, il se précipite sur d’autres paradis artificiels plus en vogue. Il a jeté son dévolu sur un producteur de marijuana canadien, Cronos, et se développe dans la cigarette électronique et les substituts. Après avoir vendu le poison, il aimerait bien faire fortune dans les antidotes. Son pari sur JUUL est donc compréhensible, même si l’entreprise est désormais dans le collimateur des autorités qui veulent renforcer l’interdiction de vente aux mineurs et de certains parfums addictifs. Les gendarmes de la santé s’aperçoivent avec horreur qu’au lieu de détourner les gros fumeurs de leur vice le petit stylo de JUUL fabrique de nouveaux et jeunes adeptes de l’herbe à Nicot. Le marché du vice est inépuisable. »

Le marché du vice n’est jamais éloigné de celui de l’or, de l’argent et du dollar. Qui n’est pas très loin du diable. Ainsi vient-on d’apprendre que, pour « devancer le mécontentement de ses employés », JUUL va leur verser deux milliards de dollars, soit (en moyenne) 1,3 million de dollars (1,15 million d’euros) chacun. C’est que chez JUUL, jusqu’à présent, Altria était considéré comme un géant à abattre au nom, notamment, de la santé publique.

« Selon la presse américaine, les discussions entre les deux groupes ont duré plusieurs mois. Les responsables de JUUL  se sont finalement laissés convaincre par un chèque de 12,8 milliards de dollars. Mais aussi, assure Kevin Burns, le directeur général, par les promesses du nouvel investisseur. La start-up va conserver son ’ entière indépendance’’, complète Le Monde (Jérôme Marin). Elle va également avoir accès au réseau de distribution d’Altria et pourra glisser des publicités dans ses paquets de cigarettes.)

Jean de la Fontaine

Dans un communiqué de presse, puis devant ses salariés, M. Burns a reconnu que le cigarettier était un investisseur « contre-intuitif ». Il dit comprendre la polémique suscitée par le rapprochement avec Altria. « Nous étions aussi sceptiques, concède-t-il. Mais au final, cette opération  va nous permettre d’accélérer notre succès pour convertir les fumeurs adultes. »

En interne certains ont vu dans cette alliance avec le premier groupe de tabac comme « un pacte avec le diable », le sang du vapotage versé au bénéfice du monstre des enfers tabagiques.  « Altria aura tout intérêt à pousser JUUl à concevoir des produits qui pénalisent le moins possible les ventes de cigarettes », abonde Matthew Myers, président de l’association Campaign for Tobacco-Free Kids. Les paris sont ouverts. Oublions le diable. Qui, du loup, des bergers et des moutons, l’emportera ?

A demain

@jynau

Capitalisme et addictions : faire une croix sur le tabac pour mieux s’enrichir avec le cannabis

Bonjour

On peut, certes, s’en amuser, laisser la métaphore filer. « De la cigarette à la fumette, il n’y a qu’un pas, que vient de franchir au triple galop le propriétaire de Marlboro, la marque au cow-boy. Le groupe américain Altria a en effet annoncé, vendredi 7 décembre, avoir misé 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) pour s’emparer de 45 % du capital de la société canadienne Cronos, rapporte Le Monde. De quoi mettre du beurre dans les épinards de cette PME – qui vient de lancer sa marque de cannabis Spinach – et, pour ses actionnaires, de décrocher le jackpot, alors que le chiffre d’affaires de Cronos ne pèse guère plus qu’un nuage de fumée (3 millions de dollars). Altria devient ainsi le premier cigarettier à se laisser séduire par le marché de la marijuana, qu’il espère lucratif. Il est notamment soucieux de trouver un nouveau souffle face à la baisse de la consommation du tabac et aux incertitudes liées à l’avenir du vapotage. »

Le site des buralistes français s’intéresse au sujet. Il nous précise que cet investissement « représente une nouvelle opportunité de croissance excitante pour Altria », a commenté le PDG de l’entreprise, Howard Willard, dans un communiqué annonçant l’opération. Y aurait-il, dans, ce monde d’autres excitations que dans le champ de la croissance ?

Précision : cet investissement donne à Altria la possibilité de participer à un « secteur émergent au niveau mondial » qui « devrait connaître une croissance rapide au cours de la prochaine décennie » : entendre émergence de la consommation (légale) de cannabis dans la foulée canadienne.

« L’opération est aussi l’occasion pour Altria d’investir dans des produits « complémentaires » à son cœur de marché, le tabac » précise lemondedutabac.com. Comment mieux dire l’homogénéité et la rapacité capitalistique au cœur de l’addiction ? En comme rien n’est simple cette paracité peut aussi se nourrir de la réduction des risques. Ainsi, selon The Wall Street Journal, le « propriétaire de Marlboro, la marque au cow-boy » est aussi en discussions pour prendre une participation dans Juul Labs, une start-up qui efait un malheur sur le marché des e-cigarettes aux États-Unis ».

« Cronos, ajoute le site des buralistes, est basé à Toronto et commercialise aussi bien du cannabis à usage thérapeutique qu’à usage récréatif et ambitionne de construire un ‘’portefeuille de marques iconiques’’ (sic). »

« Les alcooliers avaient ouvert la voie, rappelle Le Monde. En août, le propriétaire de la bière Corona, le groupe américain de spiritueux Constellation Brands, a fait sensation, en déboursant près de 4 milliards de dollars pour monter au capital de la société canadienne Canopy Growth et en détenir 38 %. Les brasseurs Molson Coors et Heineken, de leur côté, ont noué des partenariats avec des spécialistes de la feuille verte afin de proposer des boissons non alcoolisées infusées au cannabis. Puis, mi-septembre, le géant des sodas, Coca-Cola, a dévoilé son intention de mettre une pincée de cannabidiol dans ses canettes. »

Il y a là de nouveaux gisements de développements psychotropes et fiscaux. La France demeurera longtemps en retard dans la marche vers cet Eldorado ?

A demain

@jynau

 

Le tabac tue, les mégots polluent. Big Tobacco aura-t-il encore longtemps pignon sur rue ?

Bonjour

Information des médias belges : le gouvernement de la région de Bruxelles-Capitale va réclamer 200 000 euros à l’industrie du tabac pour « compenser l’argent public dépensé pour lutter contre la pollution des mégots de cigarettes dans la rue ». Ces médias précisent que, la secrétaire d’État à la Propreté de la région, Fadila Laanan, va envoyer, dès la semaine prochaine, un courrier dans ce sens à Cimabel, l’association des fabricants.  « Notre objectif est de faire contribuer les fabricants de cigarettes aux actions que nous menons » a indiqué Fadila Laanan en faisant référence aux investissements menés en matière de propreté et de sensibilisation des fumeurs.

 Cette région souhaite notamment pouvoir distribuer gratuitement 12 000 cendriers portables lors du célèbre festival de musique « Couleur Café » qui se tient fin juin. Mais elle aurait aussi prévu de lancer une série d’appels à projets, précise la RTBF. Bruxelles-Capitale se serait inspirée d’un exemple venant de Flandre : l’industrie du tabac y a déjà financé un millier de « dalles à cigarettes », s’incrustant dans les trottoirs et qui permettent aux fumeurs d’y jeter leurs mégots.

« Une opération qui ne pourrait se dérouler en France, dans le cadre de la réglementation actuelle » précise le site des buralistes français.

Fadila et Brune

En France, précisément, pendant l’inaction, le spectacle politique continue. Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire (et en charge des mégots) a rencontré les ambassadeurs de Big Tobacco. Et tient à le faire savoir.

« Lors de sa réunion avec les industriels du tabac, Brune Poirson, est revenue sur le fléau environnemental que constituent les déchets de cigarettes et leur a fait part de sa déception quant à l’insuffisance de leurs propositions initiales.  Grâce à ses demandes, notamment réitérées publiquement hier, les industriels du tabac ont convenu de la nécessité de faire évoluer leur copie et de réfléchir à des propositions financées et quantifiées qui s’inscriraient dans le cadre du déploiement d’une filière de responsabilité élargie du producteur (REP). Ces propositions d’action doivent en effet répondre au défi environnemental posé par les mégots mais aussi aux attentes de nos concitoyens et des collectivités.

« Brune Poirson a donc indiqué aux industriels que, conformément à la feuille de route de l’économie circulaire du gouvernement, elle allait désormais explorer les modalités de déploiement d’une REP, spécifiquement adaptée aux enjeux de l’industrie du tabac. (…) Cette industrie doit comme d’autres mettre en œuvre le principe « pollueur payeur ». Depuis des décennies, ces industriels s’y dérobent mais en les convoquant j’ai voulu leur rappeler que s’il convient d’appeler les fumeurs au civisme en faisant le bon geste pour l’environnement en jetant leurs mégots dans une poubelle, il est aussi de la responsabilité des cigarettiers de participer financièrement à la collecte et à l’élimination de leurs déchets ».

Fadila Laanan vs Brune Poirson. Où l’on voit les étroites limites du pouvoir exécutif français quand il s’agit de faire plier cette puissance commerciale dont la toxicité n’est, pourtant, plus à démontrer.

A demain

 

Comment peut-on  laisser  Big Tobacco faire la publicité sanitaire de ses tabacs «chauffés» ?

Bonjour

Que se passe-t-il à Genève, au sein de la 8e édition du sommet anti-tabac de l’OMS (COP 8). Un sommet fermé à la presse et autres oreilles affûtées 1. Le sujet intéresse au plus haut point le site des buralistes français : « COP 8 / Sommet anti-tabac de l’OMS : les arguments de Philip Morris sur les produits de nouvelle génération … face à l’obstruction ».  A Genève on examine, dit-on, les résultats obtenus dans la lutte contre le tabagisme ainsi que … « les stratégies pour lutter contre l’émergence de nouveaux produits du tabac et l’ingérence de l’industrie du tabac dans les efforts de lutte anti-tabac(sic)».

Moira Gilchrist est la vice-présidente de la communication scientifique de Philip Morris International. Elle voit dans la réunion de Genève une rencontre « historique ». « Pour la première fois toute la gamme des nouveaux produits sans fumée, développés depuis trois ans, peut être évaluée, dit-elle. Nous pensons que nos produits réduisent de manière drastique les risques pour la santé par rapport aux cigarettes traditionnelles ».

 Invraisemblable

Et la scientifique Gilchrist de demander tout simplement à débattre de ce sujet. Et de rappeler que d’après diverses estimations, le seul vapotage concernerait aujourd’hui de 10 à 20 % des fumeurs réguliers en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis notamment. Les chiffres de Philip Morris International confirment cette tendance. En 2017, ses nouveaux produits à « tabac chauffé » représentaient 13 % des ventes du géant mondial – et ils vont compter à hauteur de 16 % cette année.

 « Il n’y a que 2,5% des fumeurs qui arrêtent de fumer chaque année » explique encore la responsable de Philip Morris International. Elle a plus ou moins compté : à ce rythme, il faudrait au moins un siècle pour l’éradication tabagique. « Dès lors, il est effectivement utile de trouver des moyens de substitution pour accélérer la démarche de ceux qui veulent sortir de l’addiction à la cigarette, ose le site des buralistes français. Un argument qui va bien finir par prendre toute sa place, malgré les polémiques auxquelles sont contraints de se livrer les tenants du discours dominant en la matière. »

Que de confusions savamment entretenues. Faudrait-il ici encore rappeler que les nouveaux produits à  « tabac chauffé » ne sont en rien comparable à la cigarette électronique ? Qu’ils n’ont nullement fait la preuve de leur intérêt en termes de réduction des risques ? Que les meilleurs experts soutienne une opinion contraire ? Et que, de manière invraisemblable les autorités sanitaires françaises se désintéressent radicalement du sujet – laissant ainsi le champ libre à toutes la approximations-manipulations des puissants marchands de tabac.

A demain

1 Sur ce sujet lire le délicieux compte-rendu de Philippe Poirson : « #COP8FCTC Premier jour, première boulette: Anne Bucher, nouvelle DG santé Européenne, croit que la vape est du tabac ». Où l’on découvre, sur ce sujet, les compétences et étranges convictions de Mme Anne Bucher, nouvellement nommée à la tête de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE) de la Commission européenne.

 

AXA et les géants de la finance lancent une croisade mondiale contre les géants du tabac

Bonjour

Que se passe-t-il dans les hautes sphères de la finance internationale ? Ceci est un message du géant français AXA spécialiste mondial de l’assurance et la gestion d’actifs. Le symptôme d’un vent qui tourne dans les étages où l’on parle en millions/milliards de dollars. Un document qui, hier encore, serait apparu proprement ahurissant :

« AXA signe le Tobacco Free Finance Pledge . Nous réaffirmons, aujourd’hui encore, l’importance de notre rôle dans le mouvement anti-tabac en signant le « Tobacco Free Finance Pledge » 1 devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.  Le Tobacco-Free Finance Pledge (TFPP) 1 est une initiative émanant du Tobacco Free Portfolios (TFP), une ONG internationale ayant pour objectif d’éradiquer le tabac à l’échelle mondiale, en incitant les investisseurs de tous les pays à céder leurs actifs dans l’industrie du tabac. Cette initiative appelle tous les dirigeants des secteurs public et privé, aussi bien que les ONG et les institutions internationales, à rejoindre le combat contre le tabac.

«  Se désengager de l’industrie du tabac constitue une décision naturelle (sic) pour un assureur responsable tel qu’AXA. Les produits dérivés du tabac constituent en effet une menace majeure pour la santé publique : ils tuent aujourd’hui six  millions de personnes par an, un chiffre qui devrait atteindre 8 millions d’ici 2030, principalement dans les pays en développement.

 Cigarette électronique

 « Le tabac représente, en outre, un coût net pour la société, et ne possède aucun niveau d’exposition sûr. C’est pourquoi nous avons débuté notre voyage sans tabac avec le Dr Bronwyn King, fondatrice de Tobacco-Free Portfolios, une oncologue australienne qui consacre sa vie professionnelle et personnelle à la lutte contre le tabac. Tout a commencé en 2016, AXA étant alors l’une des premières entreprises du secteur de l’assurance et de la finance à suivre l’initiative de Bronwyn. Nous décidons ensuite de céder nos actifs dans l’industrie du tabac, évalués à environ 1,8 milliard d’euros.

« En tant qu’assureur de santé, nous constatons chaque jour les conséquences du tabagisme sur la santé et le bien-être des individus. Chez AXA, nous souhaitons que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société. En 2016, nous étions le premier investisseur et assureur mondial à cesser d’investir et d’assurer le tabac, 2 avec la conviction forte que seule une action collective puisse apporter des changements réels. C’est pourquoi je suis très fier de voir aujourd’hui la force de cet engagement collectif. »

 « La communauté financière mondiale reconnaît l’augmentation des résistances commerciales, réglementaires et sociales auxquelles fait face l’industrie du tabac et la nécessité d’adopter une approche particulière vis-à-vis du tabac en mettant fin à toutes les relations commerciales et financières avec cette industrie », précise d’autre part un communiqué explicatif repris par le site des buralistes français. Or « le secteur financier a longtemps été la pièce manquante dans le contrôle du tabac, considérant cette industrie comme un acteur classique de l’économie mondiale, et la finançant par le biais de prêts, d’assurances et d’investissements », ajoute le document, précisant que « l’abandon du financement du tabac est aujourd’hui une question inscrite à l’ordre du jour des conseils d’administration des institutions financières dans le monde entier ».

Face au tabac, AXA « souhaite que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société ». Qui ne le souhaiterait ? Pourquoi seulement maintenant, si tard ? Et quelles sont les véritables raisons de fond, économiques et financières, de cet abandon des marchands de tabac en passe de devenir des parias ?

Pourquoi cet intérêt soudain du monde de l’argent pour la « santé publique » ? Et pourquoi ne pas soutenir, dans cette logique, la cigarette électronique et la réduction des risques ? Ni AXA ni les autres géants de l’assurance et de la finance ne répondent à ces questions.

A demain

1  Le Tobacco Free Finance Pledge est une initiative créée par l’ONG « Tobacco Free Portfolios » et développée en collaboration avec UNEP FI, PSI, PRI, AXA, BNP Paribas, Natixis et AMP Capital. « Cette initiative regroupe actuellement soixante signataires fondateurs et vingt-huit soutiens, dont des institutions financières du monde entier « représentant des milliers de milliards de dollars de capitaux, dont plus de 6 400 milliards de dollars d’actifs sous gestion, plus de 1 800 milliards de dollars de portefeuilles de prêts aux entreprises et plus de 179 milliards de dollars de primes d’assurances ».

2 « Argent et morale : le géant de l’assurance Axa ne veut plus faire de profits avec le tabac » Journalisme et santé publique du 23 mai 2016