Darmanin : « Lutter contre le tabac illicite, pour la santé des Français et des buralistes » (sic)

Bonjour

Lundi 25 février 2019 le ministère de l’Action et des Comptes publics a émis un communiqué. Extraits :

« Gérald Darmanin, Ministre de l’Action et des Comptes publics, a présenté ce matin, lors d’un déplacement au bureau de dédouanement postal de Chilly-Mazarin, les résultats de la douane pour l’année 2018 (…) Le Ministre de l’Action et des Comptes publics a tenu à remercier particulièrement de sa présence Philippe Coy, Président de la Confédération des buralistes ».

Leur Ministre de tutelle a salué les résultats remarquables des 17 000 douanier.ère.s dans les nombreuses missions de lutte contre la fraude et d’accompagnement du commerce international qui leur sont confiées.

« Il s’est notamment déclaré très satisfait des résultats enregistrés contre les trafics de tabacs, dont il avait fait une priorité pour la douane pour l’année 2018, mais aussi dans les autres domaines de la lutte contre la fraude :
 16 171 infractions ont été relevées en matière de tabac (+ 15,1 %) et 241,1 tonnes de tabacs saisis (+1,2 %)
 97,4 tonnes de stupéfiants ont été saisis sur le territoire national et en haute mer (+ 47,3 %) dont 12,2 tonnes de cocaïne (+ 32,6 %) et 63,9 tonnes de cannabis (+ 38,6 %)
 s’ajoutent 49,1 tonnes de drogues saisies à l’étranger sur renseignement de la douane française (+ 45,3 %), dont 16,1 tonnes de cocaïne (+ 6,5 %) et 33 tonnes de cannabis (+ 77,4 %).

Est-ce dire que l’augmentation des prises de tabac est le reflet fidèle de l’augmentation des trafics ? Gérald Darmanin ne le dit pas. Il a toutefois déclaré :

« En 2018, j’ai demandé aux douaniers de s’atteler en priorité à la lutte contre le tabac illicite. Nous devons cet engagement à la santé des Français ainsi qu’aux buralistes qui constituent le seul réseau légal de distribution du tabac en France. Les résultats de cette année en la matière sont très encourageants, avec une forte hausse des saisies et des amendes pour le trafic de petites quantités. »

 Lutter contre le tabac illicite –  un engagement que doit l’Etat à la « santé des Français ainsi qu’aux buralistes ». Ou quand le nouveau monde est beau comme l’antique.

A demain

@jynau

Tabac connecté et duplicité : savez-vous que Philip Morris s’intéresse à votre santé ?

Bonjour

Comment s’y retrouver ? Jadis tout était simple : on fumait. Puis vint l’épidémiologie et la (tardive) démonstration des considérables dégâts du tabac les poumons, le cœur, les vaisseaux, le cerveau. Big Tobacco n’était plus un ami. Le combat s’engagea suivi par la (tardive) action du pouvoir politique. Un pouvoir qui engrangeait depuis toujours les (considérables) taxes inhérentes à cette dépendance. Big Tobacco freinait de tout son poids mais des lois furent (enfin) promulguées pour interdire la publicité.

C’est alors que surgit la cigarette électronique et la (rapide) prise de conscience que l’on disposait là d’un extraordinaire outil au service de la réduction des risques. Oublions un instant l’addiction à la nicotine et privilégions les bénéfices apportés aux poumons, au cœur, aux vaisseaux, au cerveau du fumeur adoptant le vapotage. On connaît la suite, le pérsent et (en France) le coupable déni du pouvoir politique vis-à-vis de cet outil.  C’set dans ce cadre qu’il faut replacer les actuelles stratégies de Big Tobacco. Comme celle que vient de rapporter l’AFP reprise sur le site des buralistes français : « Philip Morris, le plus grand fabricant de cigarettes au monde, veut utiliser la technologie contenue dans ses nouveaux produits de vapotage pour offrir des services de dépistage de santé à ses utilisateurs ».

Ecole Polytechnique de Lausanne

Où l’on nous rappelle qu’il y a trois ans, Philip Morris International (PMI) avait annoncé son intention de réduire sa production de cigarettes classiques pour les remplacer par une ligne de produits « sans fumée », comme les cigarettes électroniques et les articles qui « chauffent le tabac sans le brûler ». Le géant affirme que ces produits sont beaucoup moins nocifs, « même si le fabricant des célèbres Malboro n’a pas encore réussi à convaincre l’Organisation mondiale de la santé et la communauté médicale ».

Dans l’attente PMI va user de la technologie contenue dans ses nouveaux produits « pour proposer des services allant du suivi de santé à l’assurance vie ». André Calantzopoulos, 61 ans, ancien ingénieur électronicien de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne ey PDG de PMI :

« Dans le monde d’aujourd’hui, je vois (…) un écosystème que vous créez autour du produit, par exemple quels autres services vous offrez au consommateur en plus de votre produit phare. Nous avons de l’électronique dans ce nouveau produit, nous avons donc la possibilité de nous connecter aux consommateurs qui le transportent 16 à 17 heures par jour. »

L’un des premiers projets de PMI est de proposer une assurance vie aux utilisateurs de son produit le plus populaire, l’Iqos, qui-chauffe-le-tabac-au lieu-de-le-brûler. M. Calantzopoulos estime notamment que les consommateurs de produits sans combustion devraient bénéficier d’un rabais sur les assurances vie (sic) par rapport aux fumeurs traditionnels, qui doivent souvent payer deux fois plus cher que les non-fumeurs en raison des risques liés à leur addiction.

Bracelets détecteurs

Cette pratique soulèverait-elle  des questions de droit relatives à la vie privée ?  PMI observe  que des assureurs envisagent d’ores et déjà d’offrir des rabais aux fumeurs qui peuvent prouver qu’ils ont abandonné la cigarette traditionnelle pour les produits « sans fumée ». Et des bracelets connectés peuvent par exemple détecter les mouvements de la main selon que l’on fume une cigarette ou un produit électronique.

Le Dr Derek Yach (ancien de l’OMS) fondateur et président de la « Fondation pour un monde sans fumée » (entreprise controversée soutenue par PMI) défend cette initiative. « Je pense que les objets connectés sont la direction à suivre, a-t-il déclaré à l’AFP. Ils poussent déjà les gens à faire davantage d’exercice, à mieux manger et dormir. Ce qui manque, c’est aider les gens à arrêter de fumer. »

Certains font aussi appel au concept de duplicité. Ils se souviennent que Big Tobacco, affirmait déjà que leurs nouvelles cigarettes « à filtre » étaient bénéfiques pour la santé. L’aurait-on oublié ?

 A demain

@jynau

Tabagisme : pour y entrer, les ados français n’ont pas besoin de cigarette électronique

Bonjour

Qui s’en souvient ? Il y a cinq ans, jour pour jour, François Hollande, président de la République lançait solennellement, à la Maison de la Chimie,  le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer et confiait à Marisol Touraine, ministre de la Santé, le soin d’élaborer un « Programme national de réduction du tabagisme ». Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

On sait ce qu’il en résulta. A commencer par un invraisemblable (et coupable) déni ministériel (et gouvernemental) du levier sanitaire que représentait, déjà, la cigarette électronique en tant qu’outil de réduction des risques tabagiques.

Cinq ans après, jour pour jour. C’est une information qui (pourquoi ?) a bien du mal à émerger : « Plus d’un ado sur deux a déjà testé la cigarette électronique » (RMC-BFM-TV). Une information qui, paradoxalement, semble gêner ceux qui la produisent. Une information reprise sur  le site des buralistes français : plus d’un adolescent de 17 ans sur deux (52 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique, soit un pourcentage voisin de ceux qui ont expérimenté la cigarette de tabac (59 %). Ce sont là les premiers résultats d’une étude de l’Inserm, financée par la Ligue contre le Cancer, dans le cadre du programme dit « PETAL » 1 .

« Alors qu’un quart des jeunes de 17 ans fument tous les jours, seulement 2 % d’entre eux vapotent quotidiennement, et un sur six occasionnellement. Cette nouvelle étude semble écarter l’hypothèse d’une porte d’entrée du vapotage dans le tabagisme. Les jeunes de 17 ans qui testent la cigarette électronique ont déjà expérimenté le tabac auparavant. C’est toujours le tabac qui vient en premier et pas l’inverse.

 « La baisse de consommation de tabac chez ces ados ne serait pas plus liée à la cigarette électronique : 63 % des jeunes vapoteurs sont aussi des fumeurs réguliers ou quotidiens de cigarette. L’e-cigarette se cumulerait avec d’autres comportements à risque, tabac mais alcool et stupéfiants. S’il y a autant de filles qui fument des cigarettes que de garçons, toujours à 17 ans, les garçons ont davantage tendance à vapoter (21 % d’entre eux le font occasionnellement contre 13 % des filles). Autant de pistes et de données que les chercheurs vont continuer à approfondir, sachant que la vente de la cigarette électronique est interdite aux moins de 18 ans. »

Incurie gouvernementale et présidentielle

Tout ou presque est dit, ici, de l’incurie gouvernementale récurrente face à ce fléau. A commencer par l’exposé officiel du contexte dans lequel s’inscrit l’étude PETAL (nous soulignons):

«  Compte tenu des lourdes conséquences sanitaires du tabagisme et du potentiel addictif des produits du tabac, sa consommation par les adolescents et les jeunes adultes constitue un enjeu primordial de santé publique. En France, le Programme National de Réduction du Tabagisme 2014-2019 vise en premier lieu la prévention de l’initiation tabagique chez les adolescents. Au cours de la dernière décennie, certaines mesures de lutte contre le tabagisme étaient spécifiquement destinées aux jeunes, comme l’interdiction de fumer dans les établissements scolaires en 2007, l’interdiction de vente de tabac étendue à l’ensemble des moins de 18 ans en 2009 et la mise en place du paquet neutre. Dans la mesure où des évaluations robustes n’ont pas été systématiquement menées, les décideurs disposent de peu d’éléments permettant de savoir si ces mesures ont été efficaces. »

Ce projet de recherche inclut notamment deux objectifs : évaluer l’efficacité et l’équité de l’interdiction de vente de tabac aux moins de 16 ans puis aux moins de 18 ans, comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France.

« L’utilisation de l’e-cigarette chez les jeunes s’est rapidement développée ces dernières années. Plusieurs études récentes ont évoqué son possible rôle dans l’initiation tabagique. Dans le cadre de la prévention du tabagisme des jeunes, il apparaît donc important de comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France. »

Les premiers résultats officiels sont donc là, qui confirment mille et une observations ponctuelles. Combien faudra-t-il encore d’années avant que les autorités sanitaires et politiques françaises acceptent la réalité, organisent et amplifient des stratégies de réduction des risques tabagiques, se plient à la loi du pragmatisme ? Combien de temps, en un mot, avant que l’actuel président de la République, champion de la prévention avant de prendre la place de François Hollande, accepte de prendre modèle sur la politique britannique ?

A demain

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

2018 : les ventes officielles de tabac ont baissé. Qui nous dira très précisément pourquoi ?

Bonjour

Les ventes de cigarettes en France ont nettement reculé l’an dernier. La conséquence directe d’une forte hausse des prix en mars et, plus largement, d’une politique publique anti-tabac qui commence à porter ses fruits, estime l’AFP (Rebecca Frasquet). Serait-ce si simple ?

Les chiffres. En 2018, 40,23 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes dans l’Hexagone, contre 44,36 milliards en 2017, soit un recul de 9,32 % en volume, selon des chiffres de Logista, fournisseur de la quasi-totalité des points de vente cité par le site des buralistes français. En 2017, les ventes officielles de cigarettes avaient déjà baissé de 1,48 % en volume après un recul de 1,2 % en 2016 et une hausse de 1 % en 2015.

Ajoutons que les ventes de tabac à rouler ont enregistré en 2018 un recul de 9,40 % après une diminution de 5,66 % l’année précédente. Et que globalement sur l’année passée, les livraisons de tabac (cigarettes, tabac à rouler, cigares et tabac à mâcher) sont en baisse de 9,15 %.

 Les explications. « C’est une politique de santé publique qui marche, cela va faire des milliers de vies sauvées, c’est important, se félicite le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus – et qui ne craint pas d’établir ici un lien de causalité. Selon lui, cette baisse des ventes de cigarettes résulte du relèvement d’un euro du prix du paquet appliqué le 1er mars 2018, pour atteindre un prix moyen aux alentours de 8 euros. «  Ce prix a motivé beaucoup de gens à arrêter de fumer : le prix est redevenu un facteur d’arrêt du tabac, car fumer un paquet par jour coûte maintenant 240 euros par mois » calcule-t-il.

Et d’ajouter que cet effet aurait  été « boosté » par « les autres mesures du programme national de lutte contre le tabac, comme le paquet neutre, qui joue beaucoup sur les jeunes ». Compter aussi avec (enfin !) le remboursement des substituts nicotiniques (gommes à mâcher, patchs, pastilles). Les prescriptions de ces traitements ont bondi de 75 % entre mars et septembre, selon l’Assurance maladie.

La cigarette électronique.  « Le recul des ventes légales de tabac est le résultat d’un choc de prix administré aux fumeurs », estime lui aussi Éric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole non officiel de Big Tobacco. « Un fumeur sur deux qui arrête de fumer, passe au vapotage », dit-il. C’est selon lui une « alternative crédible au tabac » dont le développement devrait, selon lui, « bénéficier du soutien actif du gouvernement ». Où l’on voit ainsi, une nouvelle fois, Big Tobacco se faire l’ambassadeur quelque peu pervers de la Révolution des Volutes.

 De leur côté, les cigarettiers se positionnent à marche forcée sur la cigarette électronique, réputée beaucoup moins nocive que le tabac : l’américain Altria, fabricant de l’emblématique Marlboro, a investi 13 milliards de dollars dans Juul, une start-up qui détient près de 75% du marché aux États-Unis

Quant à BAT, il a investi 2,5 milliards de dollars en recherche et développement sur ces produits, ces dernières années (voir Lmdt du 16 décembre).

Pour réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre.

La contrebande. C’est le grand sujet, celui que les zélateurs de l’exécutif se gardent bien d’aborder. Pour le Pr Dautzenberg les ventes de tabac de contrebande ne représenteraient que « 4 à 5 % de la consommation » en France (où 80 % du prix est constitué de taxes – 8,74 % revenant aux buralistes et le solde aux fabricants). Mais le site des buralistes cite l’étude Sun réalisée par KPMG pour le compte des cigarettiers  (avec une méthodologie « ramasse-paquets » empirique, qui retrace l’origine présumée d’emballages retrouvés sur la voie publique)  les « cigarettes illicites » représenteraient  14,8 % de la consommation en France.

Si l’on y ajoute les achats « transfrontaliers légaux » et le duty free, les ventes hors buralistes représenteraient 26,8% de la consommation, selon les cigarettiers. Ce qui, faute de données plus précises, impose de modérer l’enthousiasme né des chiffres officiels. Le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre. Aucune étude ne semble prévue pour évaluer l’évolution de la consommation « non officielle ».

Seule certitude chiffrées : l’addiction au tabac est, en France, directement responsable de 75 000 décès prématurés chaque année.

A demain

@jynau

 

 

Perfuser les buralistes et lutter contre le tabagisme : l’écartèlement du pouvoir exécutif

Bonjour

Une chose et son contraire. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé est officiellement en charge de lutter contre le tabagisme. Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics est en charge de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat  et – en l’occurrence – de protéger la profession en charge de vendre du tabac cancérigène taxé à 80%. Ségur contre Bercy. Devinez qui peut l’emporter ?

Lutter contre le tabagisme ? Faute d’avoir le courage de s’appuyer sur le puissant phénomène de la cigarette électronique (et sur une véritable politique de réduction des risques) le gouvernement réduit son action à un train de hausses successives pour tenter d’ atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de vingt cigarettes. Or ce sont les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’État ne pouvant « qu’inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes.

Pour autant, postulant que les ventes tabagiques iront en déclinant Gérald Darmanin annonçait, en février dernier avoir signé un nouveau « protocole d’accord sur la transformation du réseau des buralistes pour la période 2018-2021 ».

« L’accord s’inscrit dans le cadre de la politique de santé publique voulue par le Gouvernement, se traduisant par une augmentation des prix du tabac qui portera progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros. L’objectif prioritaire de ce nouveau protocole est d’accompagner les buralistes dans la transformation profonde de leur métier, passant du modèle de débitant de tabac à celui de nouveau commerçant de proximité. Il prévoit à ce titre la création d’un fonds temporaire de transformation des buralistes destiné à permettre la mutation de la profession vers une moindre dépendance à l’activité de vente de tabac. »

 « Ce protocole a également pour objet d’apporter un soutien à ceux dont l’activité économique serait significativement pénalisée par l’augmentation des prix du tabac et les accompagner en renforçant les aides existantes, notamment à travers une remise transitoire pour les buralistes dont les livraisons de tabac auraient connu une baisse significative. »

Gérald Darmanin : « Je suis heureux de signer aujourd’hui ce protocole venant concrétiser l’engagement que j’ai pris le 20 octobre dernier lors du Congrès des buralistes. Ces mesures créent toutes les conditions pour que l’Etat accompagne la profession de buraliste dans sa démarche active de transformation, tout en soutenant ceux qui en ont le plus besoin. Le Gouvernement demeure déterminé à lutter avec fermeté contre la fraude et le trafic de tabac de contrebande qui est l’ennemi de la santé des Français et des buralistes, seul réseau légal de distribution du tabac en France.»

Les nouveaux commerçants (de proximité)

C’est dans ce cadre que s’inscrit la mesure qui vient d’être détaillée sur le site des buralistes français : la rémunération des buralistes sur la vente du tabac va augmenter de 0,10 point, ce mardi 1er janvier. La rémunération nette sur la vente de cette substance addictive et hautement pathogène passe donc à 7,80 %. « Rappelons que la remise avait augmenté de 0,60 point en 2017, précise le site des buralistes. Elle a progressé de 0,20 point, il y a un an. Elle augmentera, à nouveau, de 0,10 point au 1er janvier 2020 et au 1er janvier 2021 : de sorte à ce que la rémunération nette sur le tabac soit de 8 % en 2021. »

 Ce n’est pas tout. Le protocole d’accord sur la transformation des buralistes dispose aussi d’une remise transitoire trimestrielle. Pour tout buraliste connaissant une chute, en valeur, de plus de 15 % de ses livraisons tabac sur un trimestre (par rapport au même trimestre de l’année précédente), versement d’une rémunération supplémentaire de 0,8 % (en plus de la rémunération ordinaire).

C’est ainsi que le gouvernement accompagne la transformation des vendeurs de tabac vers le métier de « commerçants de proximité ». Sans pouvoir offrir ma moindre garantie quant à la réussite de son plan anti-tabagique.

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes ou pas, au 1er janvier 2019, le prix du tabac n’augmentera pratiquement pas

Bonjour

Le 20 décembre dernier le Journal Officiel publiait un arrêté ayant beaucoup à voir avec la santé publique car co-signé par la ministre des Solidarités et de la Santé (par délégation, par le directeur général de la santé, J. Salomon) : « Arrêté du 14 décembre 2018 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer ».

Parmi les mouvements significatifs sur le segment des cigarettes le site des buraliste retient :

Chez Philip Morris France :  + 20 centimes sur les Marlboro ; + 10 centimes pour les Philip Morris, Chesterfield et L&M

Chez Seita : + 10 centimes sur les Gauloises brunes ; + 20 centimes sur Gitanes

Chez Japan Tobacco France: pas de changements

Chez BAT : + 10 centimes sur certaines références Winfield.

L’oubli tragique de la cigarette électronique

Et ce site, avec l’AFP, de résumer que l’heure est à la stabilité pour la plupart des références, à quelques légères hausses marginales près.

« Parmi ces rares relèvements de prix, le paquet de 20 Marlboro Red (groupe Philip Morris), qui coûte 8 euros depuis le 1er mars contre 7,30 euros auparavantpasse à 8,20 euros. En revanche le prix du paquet de Gauloises blondes reste à 8 euros, tout comme celui des Lucky Strike Bleu Classic, inchangé à 7,70 euros, ou encore celui des Camel (sans filtre) stable à 7,90 euros. Enfin, les Winfield rouge de 20 unités se maintiennent également à 7,90 euros, tout comme les Winfield bleu. »

 Il s’agit ici de la septième révision des prix du tabac depuis l’arrivée du gouvernement Macron en mai 2017, après quatre années de stabilité. Lutter contre le tabagisme, première cause évitable de morts prématurées (80 000 chaque année) ?  Faute d’avoir le courage de s’appuyer sur le puissant phénomène de la cigarette électronique (et sur une véritable politique de réduction des risques) le gouvernement réduit son action à un train de hausses successives pour tenter d’ atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de vingt cigarettes.

Mais faudrait-il rappeler qu’en France (pourquoi ?) ce sont les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’État ne pouvant « qu’inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes – qui représentent déjà plus de 80 % du prix ? Où l’on voit qu’en matière de dépendance et de rapport à l’Etat, le tabac n’est guère loin de l’essence.

A demain

@jynau

 

 

E-cigarette et Big Tobacco : combien de milliards de dollars pour racheter son âme au diable ?

Bonjour

Vapotage versus tabagisme : mariage contre nature ou, à terme, concubinage obligatoire ? Une étonnante affaire américaine impose de soulever cette dérangeante question.

« Après avoir vendu le poison, les cigarettiers espèrent faire fortune avec l’“antidote” » titre Le Monde (Philippe Escande). Et de résumer les derniers épisodes de l’histoire de JUUL Labs jeune start-up née californienne fondée sur la cigarette électronique, ses vertus anti-tabagiques et sa place présente et à venir dans le paysage de la réduction des risques. Succès absolu, au-delà des business plans les plus délirants.

« Avec son look moderne et discret, ses parfums envoûtants et son marketing agressif, JUUL est devenue en un an l’une des plus belles start-up des Etats-Unis. A tel point que sa croissance phénoménale et ses marges stratosphériques ont fait de cette jeune pousse de 1 500 personnes l’une des entreprises les plus chères des Etats-Unis. »

Le géant du tabac Altria (ex-Philip Morris) n’a guère tardé devant la bergerie : achat de 35 % des parts de JUUL pour un montant de 12,8 milliards de dollars. Cet investissement, le plus important de l’histoire d’Altria, valorise JUUL à 38 milliards de dollars, plus de deux fois la valeur actuelle (16 milliards) de cette start-up, indique le géant. Et de promettre que JUUL – qui n’est pas coté en Bourse – restera indépendant. Howard Willard, PDG d’Altria :

« Nous agissons avec vigueur pour préparer un futur dans lequel les fumeurs adultes choisissent en masse les produits non-combustibles de préférence aux cigarettes. L’investissement d’Altria est un signal clair que la technologie de Juul nous a donné une opportunité véritablement historique d’améliorer la vie du milliard de gens qui fument des cigarettes. »

Marché du vice

« Pour Altria, il s’agit de sortir du piège de la décroissance de son marché historique. Sa production chute de 3 à 4 % par an et ses marges sont comprimées, ajoute Le Monde. Alors, il se précipite sur d’autres paradis artificiels plus en vogue. Il a jeté son dévolu sur un producteur de marijuana canadien, Cronos, et se développe dans la cigarette électronique et les substituts. Après avoir vendu le poison, il aimerait bien faire fortune dans les antidotes. Son pari sur JUUL est donc compréhensible, même si l’entreprise est désormais dans le collimateur des autorités qui veulent renforcer l’interdiction de vente aux mineurs et de certains parfums addictifs. Les gendarmes de la santé s’aperçoivent avec horreur qu’au lieu de détourner les gros fumeurs de leur vice le petit stylo de JUUL fabrique de nouveaux et jeunes adeptes de l’herbe à Nicot. Le marché du vice est inépuisable. »

Le marché du vice n’est jamais éloigné de celui de l’or, de l’argent et du dollar. Qui n’est pas très loin du diable. Ainsi vient-on d’apprendre que, pour « devancer le mécontentement de ses employés », JUUL va leur verser deux milliards de dollars, soit (en moyenne) 1,3 million de dollars (1,15 million d’euros) chacun. C’est que chez JUUL, jusqu’à présent, Altria était considéré comme un géant à abattre au nom, notamment, de la santé publique.

« Selon la presse américaine, les discussions entre les deux groupes ont duré plusieurs mois. Les responsables de JUUL  se sont finalement laissés convaincre par un chèque de 12,8 milliards de dollars. Mais aussi, assure Kevin Burns, le directeur général, par les promesses du nouvel investisseur. La start-up va conserver son ’ entière indépendance’’, complète Le Monde (Jérôme Marin). Elle va également avoir accès au réseau de distribution d’Altria et pourra glisser des publicités dans ses paquets de cigarettes.)

Jean de la Fontaine

Dans un communiqué de presse, puis devant ses salariés, M. Burns a reconnu que le cigarettier était un investisseur « contre-intuitif ». Il dit comprendre la polémique suscitée par le rapprochement avec Altria. « Nous étions aussi sceptiques, concède-t-il. Mais au final, cette opération  va nous permettre d’accélérer notre succès pour convertir les fumeurs adultes. »

En interne certains ont vu dans cette alliance avec le premier groupe de tabac comme « un pacte avec le diable », le sang du vapotage versé au bénéfice du monstre des enfers tabagiques.  « Altria aura tout intérêt à pousser JUUl à concevoir des produits qui pénalisent le moins possible les ventes de cigarettes », abonde Matthew Myers, président de l’association Campaign for Tobacco-Free Kids. Les paris sont ouverts. Oublions le diable. Qui, du loup, des bergers et des moutons, l’emportera ?

A demain

@jynau