Aimeriez-vous être payé pour arrêter de fumer ? Demain, la cigarette électronique gratuite !

 

Bonjour

Une rémunération pour aider à sortir de l’addiction tabagique ? La proposition peut faire sourire. Elle a été scientifiquement expérimentée par Felicia Schmid et Jean-François Etter  (Université de Genève). Et ce travail vient d’être publié dans le Journal of the American College of Cardiology : “Effects of Large Financial Incentives for Long-Term Smoking CessationA Randomized Trial” (commentaire audio du Dr Valentin Fuster). Une publication utilement repérée par LePoint.fr (Thomas Prévost)

Ce travail a pu être mené grâce à la participation de 805 fumeurs (hommes et femmes) gagnant moins de 50 000 francs suisses (46 500 euros) par an. Ils n’avaient recours à aucun traitement médical substitutif pour les aider à arrêter. On ne parle pas, ici, de rémunérations mais « d’incitations financières ».  Les volontaires recevaient ces incitations pour chaque semaine de sevrage. Mieux : plus la durée de leur sevrage s’allongeait,  plus la prime augmentait. Après une semaine ils recevaient 100 francs suisses (92 euros). Au bout de six mois, ils pouvaient toucher jusqu’à 1 500 francs suisses (1 380 euros). On ne plaisante guère, en Suisse avec l’argent comme avec la parole donnée : des tests biologiques étaient pratiqués pour vérifier les dires (monoxyde de carbone expiré et cotinine salivaire).

Bons d’achat pour femmes enceintes

La carotte n’a pas toujours joué son jeu et le tabac a, parfois, été plus puissant que l’esprit de lucre. Toutefois 45% des participants sont parvenus à un sevrage de six mois, le temps de l’expérience. Que s’est-il passé quand l’argent s’en est allé ? Seuls 20 % ont persévéré. C’est malgré tout un succès : dans l’autre bras de cet essai clinique original (sans argent) le taux de succès n’était que de 10 %.

« L’expérience n’est pas nouvelle, rappelle Le Point. En mai dernier, une étude sanitaire financée par l’Institut national du cancer préconisait d’utiliser la récompense financière comme motivation dans l’arrêt du tabac sur les femmes enceintes. Mais les montants sont loin des sommets suisses : seize maternités françaises ont décidé d’offrir des bons d’achat d’une valeur de 20 euros en cas d’abstinence. Cette étude qui doit durer trente-six mois n’a pas encore dévoilé ses premiers résultats. »

Il s’agit ici de l’étude « Incitation financière à arrêter de fumer pendant la grossesse ». Elle est dirigée par le Dr Ivan Berlin (Hôpital Pitié-Salpêtrière, Faculté de médecine Université P. & M. Curie, INSERM U1178). Ecoutons le Dr Berlin :

« Des études laissent entrevoir l’efficacité prometteuse des incitations financières comme récompense, pour favoriser l’arrêt du tabac pendant la grossesse. Dans une maternité écossaise, les incitations financières procurées aux femmes enceintes fumeuses ont augmenté l’abstinence tabagique de 14% par rapport aux femmes ayant seulement bénéficié des consultations habituelles.

« Bien que récompenser financièrement de « bons » comportements de santé puissent être sujet à controverse, une étude d’acceptabilité menée en population générale représentative française, montre que la majorité des répondants approuve l’idée de procurer des incitations financières par bons d’achat, afin d’aider les femmes enceintes fumeuses à arrêter de fumer. L’étude réalisée par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et financée par l’Institut du Cancer vise à diminuer le tabagisme chez la femme enceinte, en récompensant leur abstinence tabagique par des bons d’achat (valables dans de nombreuses enseignes).

Ni alcool ni cigarettes

« L’objectif n’est pas seulement un simple arrêt des cigarettes mais aussi le maintien de l’abstinence tout au long de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Cette étude est nationale, randomisée et multicentrique : les participantes sont aléatoirement assignées soit dans le groupe de contrôle ou sont dans le groupe intervention. Dans le groupe contrôle, elles recevront 20€ pour chacune des visites prénatales. Dans le groupe d’intervention, elles recevront 20€ à chaque visite prénatale ainsi qu’une incitation financière supplémentaire qui augmentera progressivement avec le nombre de fois où elles sont abstinentes.

« Les incitations financières prendront la forme de bons d’achat avec lesquels l’achat de cigarette et d’alcool est impossible. Seize maternités participent à cette étude. Lancée en avril 2016, ses premiers résultats seront disponibles dans environ  ans. Si les résultats indiquent que les incitations financières récompensant l’abstinence au tabac augmentent significativement le taux d’abstinence par rapport à l’absence d’incitation financière et que l’étude est coût-efficace (les coûts de ce type d’intervention sont largement inférieurs aux coûts liés aux problèmes de santé périnatals dus au tabagisme), les incitations financières pourraient être alors introduites comme une intervention standard pour aider les femmes enceintes à arrêter de fumer. »

E-cig

On pourra, ici, regretter le côté assez misérabiliste du « bon d’achat »  et s’interroger sur les liens avec les « grandes enseignes » associées à cet essai clinique d’un genre nouveau. On pourrait aussi, développer la problématique et l’étendre à la cigarette électronique : au vu des avantages considérables qu’elle semble apporter en termes de sevrage, pourquoi la collectivité n’aiderait-elle pas, financièrement, les vapoteurs à sortir de leur esclavage au tabac ? Faut-il au contraire laissé les dépendants payer pour qu’ils en finissent avec leur vice ?

Voilà, pour la rentrée politique, une bien belle équation éthique de santé publique.

A demain

Interdits du burkini : peut-on faire confiance à la justice (administrative) de son pays ?

 

Bonjour

Rebelote et dix de der. Le tribunal administratif de Nice a, lundi 22 août, confirmé  en référé son interdit du burkini. Il l’avait fait pour les plages de Cannes. Il le fait aujourd’hui pour celles de Villeneuve-Loubet. Son ordonnance a toutefois  été rendue en collégiale, à la différence de celle de la semaine dernière, prise par un seul magistrat. Le raisonnement se fonde sur les risques hypothétiques à l’ordre public et sur l’expression de « signes religieux ostentatoires ».

Aujourd’hui le tribunal administratif de Nice voit dans le burkini « l’expression d’une revendication identitaire » :

« Même si certaines femmes de confession musulmane déclarent porter, selon leur bon gré, le vêtement dit “burkini”, pour afficher simplement leur religiosité, ce dernier, qui a pour objet de ne pas exposer le corps de la femme (…) peut également être analysé comme l’expression d’un effacement de celle-ci et un abaissement de sa place qui n’est pas conforme à son statut dans une société démocratique. ».

Tensions exacerbées

Ce raisonnement conduit les juges administratifs à de bien curieuses réflexions : « Les plages ne constituent pas un lieu adéquat pour exprimer de façon ostentatoire ses convictions religieuses [qui] dans un État laïc, elles n’ont pas vocation à être érigées en lieux de culte ». Dans un pays où un prêtre a été égorgé dans une église de Normandie le port du burkini sur une plage de Villeneuve-Loubet risque « d’exacerber les tensions ».  Le port du burkini peut être interprété comme relevant du « fanatisme religieux » à même de choquer les croyants ou non-croyants attachés au principe d’égalité des sexes, estiment encore les magistrats niçois.

Orwell et sa novlangue ne sont pas très loin. L’interdiction du burkini sur les plages est une « restriction légitime » aux libertés, ajoutent les juristes, « dès lors que l’expression des convictions religieuses est inappropriée ». Un argument qui semble relever plus de la morale que du droit… Le tribunal explique également que les forces de police sont, au vu de la menace terroriste qui pèse sur la France, « très sollicitées », et qu’il n’apparaît « pas envisageable de les mobiliser encore davantage ».

Toutes les croyances concernées

Ne voir, ici, aucune discrimination : le tribunal relève que toutes les religions sont concernées par l’arrêté d’interdiction des signes religieux ostentatoires sur la plage. Le burkini ne serait pas le seul « signe » concerné. Aucune liste n’est malheureusement fournie qui pourrait guider les adeptes d’autres croyances 1 souhaitant aller prendre l’air et/ou l’eau sur une plage de France.

Orwell ? LePoint.fr (Marc Leplongeon) cite ici Serge Slama, maître de conférences en droit public, Université Paris Nanterre, CREDOF. Pour lui cette nouvelle ordonnance rendue à trois juges permet des « possibilités très extensives des restrictions à l’expression de la liberté de religion dans un espace public comme une plage publique ». « La façon dont les juges présentent le burkini est troublante, dit-il.On a l’impression qu’ils émettent un jugement de valeur sur les lieux où il serait adéquat d’exprimer sa religion et sur ce qui consitue ou non une « expression appropriée des convictions religieuses ». Porter un burkini exprime certes une croyance religieuse mais est-ce la pratique d’un culte comme le serait le fait de pratiquer un rite ou une messe sur une plage publique? »

Pour ce juriste  ce type de raisonnement permettrait d’interdire des nombreux signes ou tenues religieux ostentatoires dans l’espace public. Que leurs détenteurs soient musulmans, chrétiens, juifs. Sans parler des autres.

A demain

1 « Croyance » (Odile Jacob) de Jean-Claude Carrière. « La croyance, cette “certitude sans preuve”, pouvons-nous l’approcher, la connaître ? Qu’est-elle exactement ? Une rébellion individuelle, ou au contraire un ralliement à un groupe, à une secte ? Un réconfort ou une aberration ?

« Alors que nous pensions, depuis le siècle dit “des Lumières”, aller vers plus de clarté, plus de maîtrise sur le monde et sur nous-mêmes, nous voyons que la croyance a marché près de nous au même pas que la connaissance, et que l’obscurité nous accompagne toujours, avec son cortège de rage et de sang. Nous voyons qu’une vieille alliance, que nous espérions dissipée, s’est renouée entre la violence et la foi. »

Burkini : l’épidémie a touché le Cap Corse. Emmanuel Macron sourit à un naturiste de Biarritz

 

Bonjour

Avant-hier Cannes, hier Villeneuve-Loubet, aujourd’hui Sisco, non loin de Bastia.  Ange-Pierre Vivoni, maire socialiste de Sisco (Haute-Corse), vient lui aussi de prendre un arrêté interdisant le burkini sur les plages de sa commune, après les incidents violents du dernier week-end. On peut entendre M. Vivoni ici.

Le maire de Sisco a réuni dimanche soir un conseil municipal extraordinaire, au lendemain d’une violente rixe entre jeunes corses et d’autres d’origine maghrébine qui a fait cinq blessés. Selon des témoins, la « violente rixe » a éclaté quand plusieurs familles musulmanes se baignant dans une crique près du village de Sisco furent prises en photo – par des touristes dit-on.

L’arrêté de Sisco se fonde sur deux arrêtés similaires : celui de la mairie de Cannes, validé par la justice administrative, et celui de Villeneuve-Loubet, pris à la suite du premier. Dans les deux cas par des maires Les Républicains.

Que s’est-il passé à Sisco ? Une enquête de flagrance « pour violence en réunion » a été ouverte pour « établir l’origine » des faits de samedi, indique le parquet de Bastia. LePoint.fr précisait, dans la soirée du 15 août, que les autorités peinaient encore à faire toute la lumière sur les événements survenus dans une crique à la sortie de cette  petite station balnéaire. Les protagonistes : de jeunes Corses et des familles d’origine maghrébine résidant à Lupino, un quartier « populaire et métissé » du sud de Bastia.

Différend à « Scalu Vechju » 

Dans un laconique communiqué, diffusé ce dimanche après-midi, le parquet de Bastia se borne à faire état d’un « différend qui a éclaté entre une dizaine de personnes de trois familles, d’origine maghrébine, et des jeunes de la région de Sisco qui ont reçu le renfort de proches ». Le Point (Julian Mattei) :

« Mais si la voix officielle attend les conclusions de l’enquête de la section de recherches de la gendarmerie pour se prononcer sur les circonstances des affrontements, les témoins de la scène sont, eux, bien plus diserts. À l’origine des heurts, selon plusieurs témoignages concordants, un « accrochage » entre trois familles musulmanes et des touristes qui profitaient de leur passage dans la marine de Sisco pour photographier la crique dite de « Scalu Vechju », très fréquentée par les locaux.

Trois véhicules automobiles incendiés, un feu de végétation, rapidement circonscrit,  un dispositif de police et de gendarmerie  d’« une centaine d’hommes », trois familles « exfiltrées » par les forces de l’ordre. Pas suffisant pour faire redescendre la tension. Puis plusieurs centaines de personnes réunies devant la mairie de Bastia puis devant la préfecture de la Haute-Corse. Et différents symptômes locorégionaux qui montrent que l’abcès est loin d’être vidé.

Edwy Plenel et Paris Match

Sans parler des « réseaux sociaux », où l’on appelle à de nouveaux rassemblements-affrontements.

David Lisnard (Les Républicains) : « J’ai pris cet arrêté parmi tant d’autres pour assurer la sécurité de ma ville dans un contexte d’état d’urgence (…) On n’interdit pas le voile, ni la kippa, ni les croix, j’interdis simplement un uniforme qui est le symbole de l’extrémisme islamiste. »

Le tribunal administratif de Nice :

« Dans le contexte de l’état d’urgence et des récents attentats islamistes survenus notamment à Nice (…) la forme de tenues de plage affichant leur religion (…) sont de nature à créer ou exacerber des tensions (…) et un risque de trouble à l’ordre public (…) Le port d’une tenue vestimentaire distinctive (…) peut en effet être interprétée comme n’étant pas (…) qu’un simple signe de religiosité. » 

Edwy Plenel (Mediapart) : « Un vêtement comme les autres » :

« (…) on peut rencontrer, en feuilletant Paris Match de cette semaine, un homme nu se promenant sur une plage non naturiste de Biarritz qui, croisant Emmanuel Macron et son épouse, les salue, salut que le ministre lui rend avec le sourire. Mais les mêmes qui s’alarment des tenues de plage couvrantes de musulmanes ne se sont pas émus de cette transgression exactement opposée (…). »

Aucune femme burquinisée à la plage n’a, jusqu’à présent, été placée sous le joug des nouveaux arrêtés municipaux qui interdisent ce vêtement sans jamais utiliser ce mot.

A demain

Munich. Attentat. Neuf morts. Le meurtrier était suivi pour des «problèmes psychiatriques»

 

Bonjour

Les attentats meurtriers sont systématiquement suivis en live. Des coups de feu ont été tirés vendredi 22 juillet en fin d’après-midi dans le centre commercial Olympia, situé près du stade olympique de Munich. La fusillade a commencé dans un McDonald’s peu avant 18 heures. Après avoir parlé de trois suspects en fuite, la police de Munich a vite conclu que la fusillade était l’œuvre d’un tireur solitaire. Son corps a été découvert près du centre commercial. Il s’était suicidé.

Le meurtrier était un Germano-Iranien âgé de 18 ans: David Ali Sonbolyn; Il était né et avait grandi à Munich. Une perquisition menée chez ses parents, samedi matin n’a permis d’établir « aucun lien avec l’Etat islamique ». Le jeune homme était suivi pour des « problèmes psychiatriques ». Il souffrait d’une forme de dépression ». Sans plus de précision.

La police évoque ainsi un « forcené » (et précise qu’il s’est suicidé, selon l’autopsie).  Au total, les événements ont fait dix morts, dont le tireur, et vingt-sept blessés dont quatre par balles. Vers 1 h 30, la police a levé l’alerte déclenchée dans la soirée, les transports ont repris leur activité hormis dans la zone de la fusillade. Les motivations du meurtrier sont « totalement non élucidées », a déclaré le chef de la police locale, Hubertus Andrä.

Des rires normaux

Certains des élèves fréquentant la même école située près de son domicile parlent d’un jeune calme et discret. Une voisine, sur les lieux, a affirmé connaître le jeune homme, « une bonne personne (…) qui riait comme toute personne normale ». « Je ne l’ai jamais vu en colère, je n’ai jamais entendu de problème avec la police ou avec les voisins », a témoigné Delfye Dalbi, 40 ans, qui habite le même immeuble que le meurtrier.

Sur une vidéo amateur largement diffusée sur les réseaux sociaux vendredi soir peu après la tuerie, un riverain agonit d’injures un homme vêtu de noir, un pistolet à la main, qui se trouve sur le toit du centre commercial et qui, selon la police, pourrait bien être l’auteur des tirs. « Sale métèque », lui lance-t-il. Une voix qui pourrait être celle de l’assaillant lui répond : « Je suis allemand, je suis né ici. Dans un quartier de Hartz IV », (le nom de l’allocation chômage longue durée, synonyme en allemand de quartier défavorisé), avant de lancer : « Je suis en traitement hospitalier. Je n’ai rien fait ».

Selon le ministre allemand de l’intérieur, Thomas de Maizière, le tireur avait vraisemblablement attiré ses victimes en piratant un compte Facebook pour les inviter à se rendre à 16 heures dans un restaurant McDonald’s et y bénéficier de réductions. D’après les enquêteurs, le jeune homme suivait un « traitement médical et psychiatrique » pour dépression. Thomas de Maizière a aussi évoqué de possibles antécédents de « harcèlements » par d’autres « jeunes de son âge ». « Nous avons trouvé des éléments montrant qu’il se préoccupait des questions liées aux forcenés »,auteurs de tueries, notamment des livres et des articles de journaux, ont précisé les autorités allemandes.

À Berlin, la chancelière devrait s’exprimer en début d’après-midi du 23 juillet après avoir réuni en milieu de journée ses principaux ministres qui ont, pour certains, interrompu leurs vacances après cette fusillade. Dans tout le pays, les drapeaux doivent être mis en berne en hommage aux victimes, dont on ignore actuellement l’âge ou la nationalité. La dimension psychiatrique des terroristes est une nouvelle fois en question. De même, peut-être, que celle de la dimension épidémique de ces évènements.

A demain

Donald J. Trump ou la méchante histoire d’un nègre-plume et d’un porc avec rouge à lèvres

 

Bonjour

On y verra une basse vengeance, une petite mesquinerie bien tardive. Ou, peut-être mieux, un réflexe citoyen, une affaire de santé publique. Elle est racontée dans The New Yorker (‘’DONALD TRUMP’S GHOSTWRITER TELLS ALL’’) et sur LePoint.fr. C’est aussi la preuve par neuf que les auteurs doivent se méfier de leurs nègres comme de la peste.

Le nègre, la plume, c’est Tony Schwartz, un homme à qui Donald J. Trump doit (pour partie) en sa gloire. Nègre et plume Tony Schwartz est aussi maçon : il a construit, façonné, lustré et peaufiné le mythe Trump, ce cocktail imbuvable de dollars à foison et de désinhibition médiatique. Tony S. était l’auteur véritable du best-seller Trump, the Art of the Deal paru en 1987. « J’ai appliqué du rouge à lèvres à un cochon » dit-il aujourd’hui.

Masquer les tares

Il y a trente ans c’était l’amour, aujourd’hui la peur – et, plus que la haine, le ressentiment. En 1987 c’était le charismatique self-made-man, le dithyrambe, la romance appuyée. Il taisait les tares. Aujourd’hui le nègre-plume estime avoir aidé à la création d’un monstre. Frankenstein le vrai – Donald J. Trump ou le Prométhée américain /

Tony Schwartz deux siècles après Mary Shelley :

« Je pense sincèrement que si Trump gagne et obtient les codes nucléaires, il y a de grandes chances que cela entraîne la fin de notre civilisation. Il n’y a pas un Trump privé et un Trump public. […] Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus. »

« Les millions de personnes qui ont voté pour lui et croient qu’il représente leurs intérêts apprendront […] qu’il se fiche complètement d’eux (…) comme un gamin de maternelle qui ne peut pas rester tranquille en cours (…) incapable de méditer plus de quelques minutes sur un sujet qui ne concerne pas son auto-glorification.  Il a, plus que n’importe quelle autre personne que j’ai connue, cette capacité à se convaincre lui-même que tout ce qu’il dit est vrai, ou à moitié vrai, ou, au moins, devrait être vrai »,

« J’ai de profonds remords d’avoir contribué à faire de [lui] quelqu’un de plus attirant qu’il ne l’est réellement, et à lui avoir donné un public élargi (…) Il n’y a aucune façon de le réparer. »

Royalties

L’ex-journaliste avait empoché plusieurs millions de dollars de royalties après la publication du manuscrit. Contacté par le New Yorker  Donald J. Trump, 70 ans  juge quant « très déloyal » son ancien collaborateur qui n’était que le « coauteur », selon lui, d’un texte qu’il jure avoir écrit (ce que dément la maison d’édition).

Schwartz-Shelley aimerait aujourd’hui « racheter son âme ». Il  prévoit de verser sa part du gâteau à des ONG spécialisées dans la défense des personnes « dont Trump veut réduire les droits ». Il aimerait que l’on donne un nouveau titre à l’ouvrage : « Le Sociopathe ». Tout est dit. Mais rien n’est joué. Il n’est pas trop tard pour relire Frankenstein or, The Modern Prometheus. Surtout la fin.

Rappelons la trame : la création par un savant suisse, Victor Frankenstein, d’un être vivant assemblé avec des parties de chairs mortes, « le monstre », qui, doué de sensibilité, se venge d’être délaissé par son géniteur et persécuté par la société des humains.

A demain

Le meurtrier de Nice « mangeait du porc, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée » (Procureur)

 

Bonjour

Tuerie de Nice après une radicalisation ultra-rapide. Comment, ici, ne pas évoquer une dimension psychopathologique délirante aux conséquences tragiques ?

Après le ministre de l’Intérieur, le procureur de la République de Paris. Ce matin sur RTL Bernard Cazeneuve parlait d’un « individu déséquilibré ». Cet après-midi François Molins, lors d’une conférence de presse aux mots soupesés, a parlé (12 minutes) et complété, à sa façon, le tableau psychopathologique de l’auteur. Evoquant des personnalités « perturbées », il a donné des éléments lui permettant d’affirmer que l’acte meurtrier de Nice était « prémédité » et qu’il s’agissait bien d’un acte « terroriste » au sens de la définition juridique du droit pénal français : « qui a pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur »

Barbe de 8 jours

L’enquête a notamment permis de retracer une bonne partie de l’emploi du temps de Mohamed Lahouaiej Bouhlel les jours qui ont précédé l’attentat. Elle établit que l’homme avait fait des recherches sur trois précédentes attaques, celles commises Outre-Atlantique à Orlando et Dallas – ainsi que celle qui avait visé en France deux policiers, tués à leur domicile à Magnanville. L’ordinateur du meurtrier a également révélé que celui-ci avait fait plusieurs recherches sur des « accidents mortels ». Selon l’enquête, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a contacté dès le 4 juillet la société de location du camion dont il s’est servi dix jours plus tard pour foncer sur la Promenade des Anglais. Le véhicule a été loué le 11 juillet à 8h30, a encore indiqué François Molins, qui a confirmé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait fait des repérages sur le lieu du drame la veille et l’avant-veille.

« Il ne pratiquait pas le religion musulmane, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée », a rapporté François Molins.  Il a ajouté : « Depuis huit jours, il s’était laissé pousser la barbe, expliquant que la signification était religieuse. Il ne comprenait pas pourquoi Daech ne pouvait pas prétendre à un territoire », en précisant que le tueur avait fait des « recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran ».  Le Point.fr explique avoir eu accès à des éléments de l’audition de l’épouse en instance de divorce avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Elle a décrit son ex-mari comme quelqu’un d’athée, sans aucun lien avec la religion musulmane. Selon elle, il mangeait même du porc. Sa connaissance religieuse – et non sa pratique – se limitait à l’enseignement qu’il avait reçu en Tunisie dans sa jeunesse.

Psychose

Le dernier bilan, provisoire, fait état de 84 morts, de 74 blessés et de 28 personnes en réanimation – dont 19  avec pronostic vital engagé 

Aucun élément des investigations « ne démontre une allégeance » à Daesh ou « des liens avec des individus » de l’organisation terroriste. Dans Le Figaro de ce jour Gilles Kepel explique que l’État islamique « n’a même plus besoin de commanditer des attentats ».

«  Ce qui apparaît, c’est un petit délinquant aux antécédents psychiatriques lourds, condamné récemment après une altercation avec un automobiliste. Un type qui, encore une fois imprégné de cette atmosphère djihadiste qui circule sur le Net, a décidé de mettre en œuvre sa propre opération avec les moyens à sa disposition. En l’occurrence, un camion qu’il sait conduire de par sa profession de chauffeur-livreur. Une opération dont il se doute qu’elle est suicidaire, fin qui donne un aboutissement métaphysique, politique et planétaire à sa psychose.  (…) Et même le péché – boire, forniquer, voler – est effacé par le martyre rédempteur. »

Pour sa part François Molins ne dit rien d’autre. Il a précisé que dans de domaine les passages à l’acte pouvaient être « d’autant plus rapides que les personnalités étaient perturbées ». Si l’on retient cette hypothèse (hautement crédible), la rapidité de la radicalisation Mohamed Lahouaiej Bouhlel en dit long sur l’ampleur des perturbations psychopathologiques qui ont conduit à la tuerie du 14 juillet, à l’extrémité ensanglantée de la Baie des Anges.

A demain

Essai clinique mortel : BIOTRIAL attaque l’IGAS mais aussi, nommément, le CHU de Rennes

 

Bonjour

Rennes-gangrène ? La température et la tension grimpent. Deux heures avant la conférence de presse organisée par Marisol Touraine, nouvelle attaque de BIOTRIAL. Cette fois c’est sur le site du Point, sous la forme d’un entretien avec l’avocat de la société rennaise sous l’égide de laquelle a été mené l’essai clinique mortel : Me Jean Rienhart (droit pénal des affaires, contentieux contractuels). Extraits de son site :

« Jean s’est bâti une solide réputation grâce à son action dans des dossiers aussi majeurs que : le scandale des caisses noires de l’UIMM ; le dossier Kerviel, intervenant pour le compte de la Société Générale ; l’affaire d’escroquerie au sein de Renault ; les soupçons de délit d’initié présumé de dix-sept cadres dirigeants de EADS et plusieurs autres dossiers divulgués dans la presse concernant Quick, Areva… »

Nouvelles attaques

La ministre de la Santé doit rendre publiques lundi matin les conclusions de l’enquête menée par l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) – conclusions déjà divulguées hier sur les sites de Libération et du Monde. Divulgations qui avaient suscité l’ire de BIOTRIAL et une accusation à peine voilée de conflit d’intérêts visant un membre de l’IGAS. Sur Le Point.fr l’avocat complète, méchamment diront certains, l’attaque :

« BIOTRIAL a été accusé avant même que l’IGAS ne termine son enquête et ne communique le pré-rapport à mon client. En janvier, la ministre de la Santé avait voulu répondre très vite à l’émotion suscitée par le décès d’un volontaire. Ses prises de position résultaient d’abord d’un contexte politique, nous étions dans l’attente d’un remaniement ministériel et Marisol Touraine ne souhaitait pas être oubliée.

« Elle s’est appuyée sur ce pré-rapport réalisé dans des conditions douteuses. Ensuite, je considère que l’enquête de l’IGAS s’est déroulée en dehors de toutes les règles éthiques nécessaires à ce type d’investigation. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une enquête judiciaire, il existe néanmoins une procédure stricte à respecter. Les personnes entendues ne l’ont pas été sur procès-verbal, le contradictoire n’a pas été respecté et les méthodes de travail de l’IGAS sont totalement sujettes à caution. Il faut que les lecteurs sachent qu’un « enquêteur » peut téléphoner à un « témoin » hors de tout cadre formel, par exemple le week-end chez lui ! Les enquêteurs ne se gênent pas pour faire des pressions sur les salariés qu’ils interrogent pour essayer de les faire changer d’avis.

« Liens professionnels étroits »

« L’Igas devrait se réformer d’urgence et adopter les standards européens du respect des droits de l’homme. En tout état de cause, le rapport est affecté de nombreuses nullités qui lui enlèvent toute crédibilité. Madame Touraine fait une grave erreur en s’appuyant sur ce rapport qui sera annulé. Au lieu d’attaquer cette PME rennaise, elle devrait réformer l’Igas. Mais en aura-t-elle le courage ? »

L’avocat parisien juge « curieux » que le CHU de Rennes soit « épargné ». « Alors qu’il aurait pu prévenir Biotrial de l’évolution du patient hospitalisé dans son service, dit-il. Nous savons que le chef de la mission d’enquête a entretenu des liens professionnels étroits avec des membres de la direction du CHU de Rennes. Ils ont un temps travaillé ensemble. Ces liens auraient dû être déclarés, ils ne l’ont pas été. Ici encore, cette absence d’impartialité enlève tout le sérieux à l’enquête et à ses conclusions. En outre, l’Igas n’a pas fait d’enquête sur le laboratoire portugais BIAL qui a fourni la molécule testée alors qu’on sait aujourd’hui que cette molécule qui s’est muée en un enzyme glouton a été un des facteurs qui a entraîné le volontaire vers la mort. »

« Enzyme glouton » ? Cette reprise d’un vieux slogan publicitaire 1 ruine quelque peu, de l’avocat, l’argumentaire.

A demain

1 Les enzymes gloutons sont un concept publicitaire diffusé en France en 1969 pour la marque de lessive ALA (Unilever). La lessive était censée contenir des enzymes (représentées comme de petites têtes avec une grande bouche pleine de dents) qui « dévoraient » la saleté. Ce fut un échec commercial, les consommateurs craignant qu’elles ne dévorent le linge avec.