Bar à vins et soins de fin de vie : une première mondiale au CHU de Clermont-Ferrand

Bonjour

Une première dérangeante. Pour LePoint.fr c’est « une idée qui a de quoi surprendre ». On pourrait aussi être étonné que cette idée n’ait pas émergé plus tôt. Résumons : Le CHU de Clermont-Ferrand annonce l’ouverture, dès la rentrée, d’un « bar à vin » dans le service de « soins palliatifs ». C’est une première. Cela se passe au CHU de Clermont-Ferrand  et on la doit au Dr Virginie Guastella. Tout est raconté, par le menu, sur le trop méconnu « L’actu des CHU ».

Plaisir de fin de vie

L’affaire sera amplement commentée, dans le milieu hospitalier et ailleurs. Elle fait déjà parler à l’étranger. Comme avec The Telegraph. Le Dr Virginie Guastella, chef du service des soins palliatifs de l’hôpital auvergnat, s’en explique. « C’est une autre façon de penser le prendre soin de l’autre » répond-elle aux critiques. Le Dr Virginie Guastella est un cas : elle défend, pour ses patients, « le droit de se faire plaisir et de faire plaisir». Même en fin de vie. Surtout en fin de vie.

Mais nous sommes en milieu hospitalier. Et le médecin précise que la consommation, si elle « égaiera un quotidien souvent difficile », sera « médicalement encadrée ». Elle ne précise pas encore les modalités de cet encadrement. Tout cela risque fort de ne pas être simple. Qui aura droit aux breuvages ? Quels breuvages ? Quelles alcoolémies accepter pour ne pas dire rechercher ?

Vin-médecin

Comment même accepter l’idée de l’entrée officialisée des vins (des boissons alcooliques) dans un espace hospitalier qui les prohibe, chez des médecins qui les vouent aux gémonies ? Sera-ce, ici, ressortir le vieux concept du « vin-médecin » ? Et comment manier l’idée de l’ivresse qui facilite la fin ? L’eau du Styx et la Romanée Conti ? La fine de Maigret et l’eau-de-vie, le marc de raisin du vendangeur à la fin de sa journée ?

Le Dr Guastella rappelle que les Français « entretiennent un rapport hédonique à la nourriture et au vin, synonymes de moments privilégiés de partage et de convivialité ». Pourquoi dès lors leur refuser les plaisirs organoleptiques qu’ils ont connus tout au long de leur vie au moment même où ils la quittent ? On pourrait élargir la question – et ouvrir à cette occasion le dossier de la qualité (généralement) détestable des mets hospitaliers et, plus encore, celle de l’insanité de leur présentation.

Grands crus à l’étude

Partage : les proches pourront  offrir dans l’enceinte hospitalière « des cadeaux de bouche  dans un environnement propice à la détente et aux échanges ». « Grâce à des partenariats et à différentes formules de mécénat, l’équipe dispose désormais d’une cave où les bouteilles de bons vins, de champagne, whisky… sont conservées dans de bonnes conditions » précise-t-on. L’accès aux grands crus est à l’étude. Tout cela prêtera immanquablement à rire : cela ne peut que faire peur. Etranges Happy Hours.

Hospices de Beaune

Pour l’heure on nous explique que les employés du centre de soins palliatifs de l’hôpital auvergnat devraient  être formés à cette nouvelle pratique par la socio-anthropologue Catherine Le Grand-Sébille, spécialiste de l’alimentation en milieu hospitalier (voir ici ses publications). Mme Le Grand-Sébille développe depuis plusieurs années l’idée que boire du vin peut-être « bon jusqu’à la fin de la vie ». Un sujet qu’elle a déjà longuement travaillé en milieu hospitalier avec le groupe de réflexion Questionner Autrement le Soin – groupe rattaché à l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France. Un travail ensuite « valorisé » par  « Vin et Société ».

Mme Le Grand-Sébille avait présenté ses résultats en décembre 2013. C’était  à l’ombre des hospices de Beaune.

A demain

Une première version de ce texte a été publiée sur le site Slate.fr

Rugbymen internationaux sabrés à Millau : l’enquête s’oriente vers Saint-Martin (Antilles)

Bonjour

Grosse couverture médiatique : l’affaire des trois rugbymen internationaux passionne la France. Tout y est. Millau, bien sûr, et ses nuits fauves. La stature des colosses, revus à la télévision. La nature et la finesse des lames (sabres, machettes, couteaux, pelles). La fulgurance de l’attaque (féline et en scooter). Des armes blanches et du sang dans la nuit aveyronnaise. Et puis l’heure (3 h du matin, ou plus). Sans oublier la boîte de nuit millavoise (genre ‘’lounge’’) et les présupposés qui accompagnent et ce lieu et cette heure.

Auditions prolongées

C’est La Montagne qui couvre le plus d’intensité cette affaire qui frappe Clermont-Ferrand et son club Auvergne. Une enquête pour « violences volontaires avec armes en réunion » est ouverte. La Montagne nous apprend qu’hier 21 juillet un jeune homme de 21 ans a été interpellé vers 19 heures à son domicile à Millau (précision du commandant Eric Delchambre). Le suspect a été placé en garde à vue. Ils sont désormais cinq « entendus sur les conditions de l’agression ». « Contacté par nos soins, le procureur de la République, Yves Delperié, a indiqué que les auditions seront prolongées ce soir. « Deux sont connus pour des violences légères, les quatre pour usage de stupéfiants », souligne encore La Montagne. Tous sont originaires de Saint-Martin (Antilles) mais installés en métropole depuis longtemps. Ils ont entre 20 et 25 ans. « On s’oriente vers l’ouverture d’une information judiciaire », déclare le procureur. « D’autres personnes restent à identifier et à interpeller ». »

Dix ans de prison

Deux des hommes en garde à vue ont été formellement identifiées par des témoins derrière des vitres sans teint. L’un des suspects avait déjà été condamné pour des faits de violence et l’autre pour usage de stupéfiants. Agés respectivement de 20 et 22 ans ils devraient être incarcérés dans la journée, en attendant leur comparution. Ils risquent dix ans de prison. Les trois autres suspects devraient être relâchés dans la journée, faute de preuve formelle de leur implication.

Cinq autres personnes ont pu être identifiées grâce aux gardes à vue et devraient être interpellées rapidement. Le procureur a également confirmé la thèse avancée par les joueurs, selon laquelle  « Aurélien Rougerie est intervenu de manière très calme », pour porter secours à une jeune femme qui se faisait importuner par un client de la discothèque.

A l’abordage

Saint-Martin… les Antilles françaises… la Caraïbe…  Haïti… l’île de la Tortue… l’assaut à l’abordage… Les imaginations voyagent, à Millau, à Clermont et sous les volcans d’Auvergne. Ce matin L’Equipe est plus prosaïque (1). L’Equipe n’aime guère les faits divers impliquant des sportifs loin des stades et des tiroirs-caisses.  L’Equipe nous dit que le Midi-Libre a bavardé avec de jeunes Millavois qui avaient sympathisé avec des joueurs et qui se trouvaient avec eux au moment de la fermeture (à 3h30 du matin) : « C’était assez chaud devant la porte. Il y a eu des insultes mais Aurélien Rougerie a calmé ses troupes ». Puis Aurélien Rougerie « a reçu un coup de pelle au coude qui a engendré une plaie profonde et un tendon a été touché ». Benjamin Kayser a été « touché au bras et à la main (muscle extenseur) ». Et Julien Pierre a eu un « muscle fessier suturé ». Tout cela à Millau, au centre hospitalier.

Actualités rugbystiques

LePoint.fr  retravaille quant à lui la question des violences hors des stades de rugby (le mythe de « la troisième mi-temps qui finit mal ») :

«  L’actualité rugbystique de ces dernières années regorge d’épisodes de retour de soirée ou d’après-matchs qui, à cause ou non des joueurs, ont mal tourné. En mars 2013, l’international australien Digby Ioane est suspendu après une agression présumée sur un homme dans un bar. En juin, il se retrouve même sous le coup d’un mandat d’arrêt pour non-présentation à l’audience au tribunal.En juin de la même année, c’est le Gallois Craigh Mitchell qui est condamné à six mois de prison avec sursis après avoir blessé un homme à la jambe lors d’une rixe dans un pub australien à la suite d’un match entre les Lions britanniques et l’Australie.  Le mois suivant, tandis que le Perpignanais Florian Cazenave se blesse « bêtement », selon ses propres termes, et perd l’usage de son oeil gauche, le Castrais Brice Dulin est violemment agressé, par derrière et sans raison évidente, aux fêtes de Mont-de-Marsan. Secouru par des passants qui mettent ses agresseurs en fuite, il s’en sort avec une fracture de la mâchoire. Même sauvagerie contre le Sud-Africain Jonathan Adendorff. Il est assommé, dépouillé et poignardé à quatre reprises à la sortie d’une boîte de nuit. Le poumon perforé, il s’en tire malgré tout et retrouve les terrains après plusieurs semaines d’indisponibilité.

Violence inouïe

Et encore : « En septembre 2013, en Pro D2, après un match chez le futur champion lyonnais, des joueurs de Pau sont attaqués à la sortie d’une boîte de nuit. Les agresseurs, armés de battes de base-ball, blessent les deux joueurs Sipa Taumoepeau et Daniel Ramsay. Les jeunes des « petits » clubs ne sont pas en reste. En novembre 2013, le match entre les cadets de Sarcelles et de Senlis débouche sur un déchaînement de violence inouï. Après un match tendu terminé par un refus de poignée de main et une bagarre, les jeunes joueurs de Senlis tombent dans un guet-apens à la sortie du club-house. Une trentaine d’adolescents, des joueurs de Sarcelles et leurs « amis » armés de ceintures s’en prennent violemment au groupe. Isolé et lynché, l’un des cadets de Senlis en ressortira profondément marqué.

Poignardé dans un bar

Pour finir : « En mai 2014, mois funeste pour le rugby français. Le dimanche 11 mai, Quentin Fisset, un jeune joueur, meurt à Toulouse des suites d’une altercation. Rentrant de boîte avec des amis, il est poignardé lors d’une rixe provoquée par un autre groupe de jeunes. Moins d’une semaine plus tard, un autre rugbyman est poignardé dans le bar de sa compagne par un Toulousain de 33 ans expulsé quelques heures auparavant. Le joueur décédera lui aussi, à l’âge de 33 ans. Dans le même temps, à l’occasion des demi-finales de Top 14 à Lille, l’ancien international français et animateur de radio sur RMC Vincent Moscato est provoqué et agressé en plein jour et sur une place fréquentée par un autre homme. Rapidement séparés, l’altercation en restera là. »

« Célébrités normales »

On pourrait en rester là. On peut aussi tenter de comprendre.  Comme Jean-Marc Lhermet, un responsable de Clermont-Auvergne  au micro de Stade 2 : « Peut-être qu’ils ont voulu se faire des vedettes, c’est possible. Quelquefois, les joueurs sont provoqués en soirée parce qu’ils sont des personnes publiques, c’est à prendre en compte, désormais. » LePoint.fr voit dans les rugbymen des sortes de « célébrités normales », une problématique profondément attachée au rugby : celle d’un sport tiraillé entre sa simplicité, ses « valeurs » héritées du temps de l’amateurisme, et les réalités du sport professionnel.

Que sont-ils devenus, ceux en qui le grand Blondin voyait soit des pianistes soit des déménageurs de pianos ? Certains sortent des pianos-bars, vers 3h30 du matin. A Millau (Aveyron).

A demain

(1)    A noter dans ce numéro de L’Equipe du 22 juillet (également page 11) un portrait-confession d’une grande finesse (Jean-Christophe Collin) de Jonny Wilkinson devenu « entraîneur chargé de la technique individuelle » au RC Toulon.