Opium et Tramadol® : pour la première fois les forçats du Tour n’y ont plus droit. Pourquoi ?

Bonjour  

6 juillet 2019. Cette fois c’est bien l’été : L’Equipe est imprimée sur papier jaune (type Midi Olympique) et le Tour de France s’élance depuis le Manneken-Pis. On fête le centenaire du Maillot Jaune et le cinquantenaire victorieux de saint Eddy Merckx. On retrouve le vieux mythe sans cesse revivifié, on applaudit la course-poursuite du gendarme-sain et du voleur-dopé.  

L’Equipe, page 12, rayon antidopage, nous apprend que la nouveauté, cette année, c’est l’interdiction du Tramadol®. « Son usage est interdit par le biais du règlement santé » précise le quotidien sportif. Mais encore ? Que savoir sur ce médicament anti-douleur dérivé de l’opium développé depuis un demi-siècle mais qui existait depuis des millénaires sr le sol africain 1 ?

Tramadol® (chlorhydrate de tramadol) :  Traitement des douleurs modérées à intenses de l’adulte. La dose devra être adaptée à l’intensité de la douleur et à la sensibilité individuelle de chaque patient. La posologie minimale efficace doit généralement être utilisée. Douleurs aiguës : la dose d’attaque est de 100 mg (2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). Douleurs chroniques :la dose d’attaque est de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). » Nombreux effets secondaires indésirables psychiatriques (notamment confusion mentale ou hallucinations) neurologiques (dont vertiges, somnolence et convulsions) et gastro-intestinaux (nausées et vomissements).

Perversité

« D’après les données de l’assurance maladie, près de dix millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde en 2015, nous enseigne l’Agence nationale de sécurité du médicament. En 2017, l’antalgique opioïde le plus consommé en France est le tramadol puis la codéine en association et la poudre d’opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine, premier antalgique opioïde fort, l’oxycodone, à présent pratiquement autant consommé que la morphine, puis le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide. »

Pourquoi interdire cet antalgique aux forçats de la route millésimés 2019 ? C’est une vieille histoire parfaitement racontée sur le site http://www.cyclisme-dopage.com. Uniquement pour des raisons de « santé », semble-t-il, plus que pour « lutter contre le dopage ». Et il semblerait, une fois n’est pas coutume, que l’Union Cycliste Internationale (UCI) est la première institution sportive à s’intéresser à la prévention via l’interdiction de ce dérivé de l’opium. Où l’on en conclut que, privés d’opium, les forçats du Tour 2019 souffriront un peu plus encore que leurs aînés. Pour la plus grande joie, cet été, des amateurs sur canapé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y « L’arbre à tramadol existe : il prend racine en Afrique » Rev Med Suisse 2013; volume 9. 1862-1863

Le corps et la testostérone des femmes athlètes appartiennent-ils aux juges-arbitres du sport ?

Bonjour

Jusqu’où la médecine, l’endocrinologie, l’industrie pharmaceutique peuvent-elles collaborer à une telle entreprise ? Depuis Lausanne (Suisse) le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rejeté, mercredi 1er mai, le recours de la célèbre athlète sud-africaine Caster Semenya . Cette dernière contestait les règles de la Fédération internationale d’athlétisme – des règles qui imposent aux athlètes hyperandrogynes ( dont le corps produit naturellement des concentrations élevées de testostérone) à prendre des traitements pour « normaliser » leurs taux hormonaux.

On parle ici, officiellement, de « femmes DSD » (différences de développement sexuel), qui présentent un taux de testostérone supérieur à 5 nmol/L. Des femmes qui ne sont pas « malades ». Et on  sait que ces athlètes sont surreprésentées dans les épreuves mêlant force et endurance (du 400 m au mile). « Avantage inique, disent les unes – Don naturel, répondent les autres » résume l’AFP.

Dans sa décision de 160 pages, le TAS ne juge pas le règlement « invalide » comme le demandait la double championne olympique. Pour autant il émet notamment  de « sérieuses préoccupations au sujet de sa future application pratique »Il a demandé à Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’amender son règlement.

Trois points posent particulièrement problème aux experts : la difficulté d’appliquer un principe de responsabilité objective en fixant un seuil de taux de testostérone à respecter ; la difficulté de prouver un véritable avantage athlétique chez les athlètes hyperandrogènes sur les distances du 1 500 m et du mile ; les éventuels effets secondaires du traitement hormonal. Comment, en d’autres termes, fixer des frontières face à la variété biologique présente dans l’espèce humaine ?

« C’est du délire »

« La corrélation directe entre le taux de testostérone et les performances est une conception des années 1980. Ce sont des idées préconçues parce que cette ligne ne regarde la performance que par le prisme de la testostérone, expliquait au Monde (Anthony Hernandez) il y a un an,  Pierre-Jean Vazel, entraîneur d’athlétisme. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas juste. Les performances dépendent de plusieurs facteurs qui se combinent comme le taux, le caryotype XX ou XY, les différents gènes mais aussi les récepteurs androgènes… D’ailleurs, parmi les femmes « DSD », certaines présentent un syndrome d’insensibilité complète ou partielle, leurs récepteurs ne reconnaissent pas ou peu la testostérone qui circule dans leur corps dans des proportions impossibles à quantifier. Or, ces dernières sont mises dans le même sac que les autres. Cela illustre l’absurdité de tout ça. »

L’absurdité et le danger. «  L’IAAF est incapable de préserver le secret médical, ajoutait Pierre-Jean Vazel. En 2009, lors des Mondiaux de Berlin, ils avaient livré en pâture une jeune fille de 17 ans. Tout le monde pérorait sur les organes sexuels, sur le taux de testostérone et sur le corps de Caster Semenya. Cette catégorie ‘’DSD’’ ouvre la même boîte de Pandore. On n’a pas à savoir qui a un micropénis, des testicules pas descendus ou tel caryotype… C’est du délire. Cela ne regarde que ces athlètes et le CIO envisage de les faire concourir dans une catégorie troisième genre. Et ça va à l’encontre des statuts de l’IAAF censée protéger la santé des athlètes. »

A quel titre, de quel droit, pourrait-on imposer à Caster Semenya et à ses semblables de prendre des « traitements » pour réduire leurs taux sanguins de testostérone ?

A demain

@jynau

Greffe, argent et football : sept ans après, la sombre affaire du lobe de foie d’Eric Abidal

Bonjour

C’était une bien belle histoire, cela devient une trop sombre affaire. Une affaire qui vient rappeler la gangrène que peut générer l’argent dans le champ des greffes d’organes. L’Equipe du jour (Florent Torchur) rapporte, depuis Madrid, que la justice espagnole vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur la greffe de foie d’Eric Abidal 1 – une greffe pratiquée le 10 avril 2012 sur ce joueur de football, ancien international français aujourd’hui directeur sportif du FC Barcelone.

Nous avions, en mars 2012, évoqué cette transplantation hors du commun médiatisée avant même qu’elle ne soit pratiquée. « Les stars du football peuvent (elles aussi) servir la cause de la santé publique, écrivions-nous alors. Un exemple nous en est fourni aujourd’hui par Eric Abidal. L’émotion internationale que suscite l’annonce de sa prochaine greffe de foie est une formidable opportunité pour, via la sphère médiatique, (re) dire et (ré) expliquer ce qu’est l’activité de prélèvement et de greffe d’organe. » Et nous citions alors la chronique parue sur Slate.fr rédigée à partir d’un entretien avec Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Extraits :

« Le footballeur Eric Abidal, 32 ans, défenseur international de l’équipe de France  et joueur du FC Barcelone est aujourd’hui  en attente d’une greffe de foie. L’information a été donnée par son club et amplement relayée par L’Equipe et de nombreux médias. Il avait subi une intervention chirurgicale il y a précisément un an –le 17 mars 2011-  pour une « tumeur au foie » (…) Dans le cas d’Eric Abidal cette transplantation hépatique  est d’ores et déjà programmée. Les responsables des activités de prélèvements et de greffes déplorent de manière récurrente la pénurie de dons d’organes et, corollaire, l’allongement des délais d’attente (…) En 2010 on a pratiqué près de 1100 greffes de foie en France alors que le nombre des personnes en attente était d’environ 2400. Dans le même temps on a pratiqué 2900 greffes de rein pour une liste d’attente de 11 600 personnes. »

Miracle

Interrogée sur le fait de savoir si elle était ou non surprise par la rapidité avec laquelle on pu programmer une prochaine greffe de foie chez Eric Abidal la directrice générale de l’Agence de la biomédecine nous répondait : « Je ne connais aucunement ce dossier, je ne sais pas où cette greffe sera pratiquée et me garderai de tout commentaire. En revanche si l’émotion collective grandit sur ce sujet nous nous saisirons peut-être de ce cas pour faire au plus vite une campagne d’information rappelant quelles sont nos règles et nos pratiques, en France concernant l’organisation des listes d’attente et les critères de répartition des greffons. »

Miracle en août 2013 quand on découvre que le greffé du foie d’avril 2012 retrouve l’équipe de France à l’occasion du match amical Belgique-France (0-0) – une sélection qui n’était en rien un « cadeau » du sélectionneur Didier Deschamps, Abidal jouant (pleinement) les 90 minutes. Un solide message d’espoir.

Puis confidence de la star dans un portrait accordé à Libération en octobre 2014 :

« Un an plus tard : la rechute. Le Catalan reçoit du soutien de tous côtés. De Platini à Blatter, le machiavélique président de la Fifa. Il y a des connus, des reconnus et des anonymes. Tout le monde, sauf Raymond Domenech. Mais cette fois, il a besoin de plus pour s’en sortir : un donneur. Son cousin Gérard se propose, et donne une partie de lui : «Je lui suis redevable de beaucoup. Aujourd’hui, c’est le plus compliqué à gérer, ça me ronge de l’intérieur. Un foie, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas comment le remercier en sachant que je n’ai pas le droit de le rémunérer, ni de lui acheter des biens.» 

Tabou

 Le remercier ? Le rémunérer ? Lui « acheter des biens » ? Nous sommes en février 2019 et rien ne va plus. Déjà, en juillet dernier, le parquet espagnol avait demandé l’ouverture d’une enquête sur cette greffe de foie après la publication d’informations sur un éventuel trafic d’organes. Ceci faisait suite à la transcription d’écoutes téléphoniques de l’ancien président du Barça Sandro Rosell – par ailleurs impliqué dans différentes affaires judiciaires – qui laissaient entendre que le club avait acheté illégalement un foie pour son ancien joueur. La justice avait enquêté durant un an sur un éventuel délit de trafic d’organes avant de classer l’affaire faute de preuves. L’ancien joueur français, le club et l’Hôpital Clinic de Barcelone, où la greffe avait été pratiquée, avaient alors démenti toute irrégularité lors de cette opération.

L’affaire rebondit aujourd’hui avec l’ouverture de cette enquête décidée par la cour d’appel de Barcelone. L’Equipe rapporte les propos et les silences des différents protagonistes. Le joueur et son cousin germain-donneur ne se parleraient plus, ce dernier supportant mal que l’on puisse imaginer qu’il a touché « un million d’euros » dans la transaction d’organe quand il n’a « pas touché un centime ». Un sujet devenu « tabou dans la famille ».

Quant à savoir si le lobe hépatique greffé a été acheté par le club sur le marché illégal la justice espagnole affirme qu’elle fera toute la lumière. Ce qui, sans préjuger de la suite, ne devrait guère, en théorie, soulever de difficultés biologiques.

 A demain

@jynau

1 Né à Saint-Genis-Laval (Rhône), formé à  l’AS Lyon-Duchère, club de CFA-2, Eric Abidal  rejoint  l’AS Monaco en 2000 puis gagne Lille (2002-2003) avant l’Olympique lyonnais et le maillot de l’équipe nationale en 2004. En 2007 il est transféré (pour environ seize millions d’euros) sur le couloir latéral gauche du FC Barcelone. Il s’ exprimera à merveille :  Ligue des champions,  championnat d’Espagne,  coupe d’Espagne,  supercoupe d’Europesupercoupe d’Espagne et coupe du monde des clubs.

 

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

Rugby : Nathan Soyeux, 23 ans, joueur amateur, mort après un plaquage « dans les règles »

Bonjour

Ce sont des lignes que l’on n’imaginait pas devoir, un jour, lire. Des lignes disponibles sur le site de L’Equipe et sur celui du Bien Public. Des lignes qui vont secouer le monde du rugby. Des lignes pour réfléchir. Les voici :

« Nathan Soyeux, 23 ans, étudiant en Master matériaux-développement durable à l’Esirem (École supérieure d’ingénieurs de recherche en matériaux et en infotronique) de Dijon, est décédé, vraisemblablement des suites d’un choc lors d’un match de rugby amateur. Le 24 novembre dernier, Nathan participait au ‘’Tournoi des 5 ballons’’, une compétition inter-écoles qui existe depuis 1979 où les étudiants s’affrontent lors de matches de foot, volley, basket, hand et rugby.

Suite à un plaquage « dans les règles » selon Albert Dipanda, le directeur de l’Esirem,  le jeune homme, « qui s’est tout de suite relevé et n’a pas perdu connaissance, ne s’est pas senti très bien et nous avons fait appel aux secours qui l’ont dirigé vers l’hôpital. » Transporté au CHU de Dijon le joueur avait d’abord été plongé dans un coma artificiel pendant dix jours avant que son état de santé ne se dégrade, récemment.

Que dire si « les règles » respectées ne préviennent pas les décès ? En changer !

C’est le quatrième décès de jeunes joueurs sur les terrains de rugby français en moins de huit mois. Le 12 décembre, Nicolas Chauvin (18 ans), joueur de l’équipe Espoirs du Stade Français, était décédé à la suite d’un double-plaquage quelques jours plus tôt. Avant lui, deux autres jeunes étaient morts en 2018 après avoir reçu un choc : l’amateur Adrien Descrulhes (17 ans) le 20 mai et le professionnel Louis Fajfrowski (21 ans) le 10 août.

Que dire ? Laisser la parole à Quentin, joueur de rugby, ami de Nathan et à son hommage sur les réseaux sociaux :

« Je persiste à dire que notre sport n’est pas dangereux. Non il n’est pas dangereux, ce sport est beau, ce sport est technique mais nous ne savons plus y jouer. Bien que l’affrontement soit inévitable, le défi purement physique avec des joueurs de plus en plus lourds, puissants et des schémas tactiques qui se résument à se rentrer dedans et à marquer son adversaire ont pris le dessus sur ce qui était destiné à être un sport d’évitement. »

A demain

@jynau

 

L’entrecôte feuilletée d’or du lièvre Ribéry, les lunettes de tortue écaillée d’Audrey Pulvar

Bonjour

Plus un débat sans violence, plus un repas sans débat. Ainsi Franck Ribéry, 35 ans, footballeur international français sur le déclin, évolue toujours néanmoins au poste d’ailier gauche du Bayern Munich. Victime, à l’âge de deux ans, d’un accident de la circulation qui lui laisse des cicatrices sur le visage,  commence le football à six ans au FC Conti de Boulogne-sur-Mer, rejoint à douze ans le centre de formation du LOSC Lille, dont il sera renvoyé quatre ans plus tard à la suite de mauvais résultats scolaires et de problèmes de comportement.  Généralement caricaturé comme un « footballeur surexcité à la syntaxe sommaire ». Converti à l’islam depuis 2006 il porte aussi le nom de Bilal Yusuf Mohammed.

Franck Ribéry vient d’insulter sans ménagement les personnes qui l’ont critiqué après un article paru dans Bild évoquant une facture de 1200 euros pour une « entrecôte recouverte d’or ». Bild avait révélé qu’en vacances à Dubaï, le célèbre joueur avait rendu visite au célèbre chef Nusret Gökçe à la Nusr-Et Steakhouse pour y déguster une des spécialités de l’établissement.

Et le quotidien allemand de se délecter, précisant que le joueur français et ses proches avaient commandé une entrecôte pailletée d’or d’une valeur de 1200 euros, déclenchant de nombreuses critiques à son égard. Une information reprise par de nombreux médias, notamment par Le Figaro.fr. Avant que l’on apprenne que la facture entrecotesque avait été largement surévaluée,  Bild confondant les euros et les dirhams émiratis. La pièce de chair coûtait un peu moins de 300 euros, et non 1200 comme indiqué.

Remettre les points sur les i et les barres sur les t…

Meurtris par les critiques, l’ancien international a violemment répondu à ses détracteurs et notamment aux médias, via les réseaux sociaux. Extrait (repris non sans délectation par Le Figaro):

«Pour 2019, remettons les points sur les i et les barres sur les t… Commençons par les envieux, les rageux, nés sûrement d’une capote trouée: n*iquez vos mères, vos grands-mères et même votre arbre généalogique. Je ne vous dois rien, ma réussite c’est avant tout grâce à Dieu, à moi et mes proches qui ont cru en moi. Pour les autres, vous n’étiez que des cailloux dans mes chaussettes!».

Ribéry poursuit, amer, regrettant notamment que les médias n’avaient pas relayé ses actions généreuses auprès des associations.

«Ensuite, concernant ces pseudo-journalistes qui ont toujours été dans la critique négative envers moi, mes actes (dernier exemple en date: le prix de ce que je mange!)… Quand je fais des dons (car on m’a appris à donner quand je reçois beaucoup), pourquoi aucun grand média national ne diffuse-t-il cela ?. Non, vous préférez parler des vacances que je passe en famille, vous scrutez mes faits et gestes, ce que je mange etc. Oh, oui, pour ce genre de futilités, vous êtes présents!»

 Puis, « pour mettre un terme à cette polémique qui n’a même pas lieu d’être », Franck Ribéry a publié une capture d’écran d’un article reprenant un tweet de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar où elle proclamait « Je fais ce que je veux de l’argent que je gagne ». A l’époque Mme Pulvar avait été particulièrement critiquée après avoir dévoilé le prix de ses lunettes en écaille de tortue… d’une valeur de 3300 euros. Un modèle de la célèbre maison Bonnet, lunetier, dont le prix habituel est nettement plus élevé.

Or aujourd’hui la même tacle le joueur sur Twitter : « Monsieur Franck Ribéry, si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, il reste plein de causes à financer et soutenir dans le monde » écrit celle qui désormais préside de la Fondation Nicolas Hulot. Reprise de volée de Franck Ribéry:

« J’espère que vos lunettes [en écaille de tortue] vous permettent d’entrevoir un meilleur avenir professionnel que celui de la pseudo journaliste que vous êtes actuellement ».

 A demain

@jynau

Jean Cormier (1943 -2018) : il incarna, durant un demi-siècle, un journalisme de fraternité

Bonjour

C’était un cri doublé d’un sourire malicieux. Un amoureux de l’humanité et des mots tricotés. Un homme parfois désespéré mais ne cessant de distribuer autour de lui des raison d’espérer. Et un journaliste dont on gardera la mémoire. Les hasards et la fatalité le firent embrasser cette profession  – et il officia durant un demi-siècle. Un demi-siècle d’une pratique qui a progressivement, dans le même temps, changé de visage. Aucune nostalgie, mais bien une vérité : Jean Cormier fut un journaliste comme nous n’en verrons plus.

Aujourd’hui, au lendemain de sa mort,  le souvenir d’un confrère au-delà de l’atypique, un camarade humanisant un milieu professionnel qui n’est pas, parfois, sans sauvagerie. Un journaliste sportif d’exception œuvrant au bien commun, celui des sports et celui des journalistes.

Se souvenir de Jean Cormier (« La Corme ») c’est, d’abord, se souvenir de l’amour qu’il portait à sa mère, basque, (« Cette dame qui aimait tans la fête (…) ma passé comme un ballon doré cette passion de l’autre qui anime et adoucit mon temps terrestre » – Alcool de nuit, avec Antoine BlondinRoger Bastide, 1988, Rocher). C’est aussi la résurgence de mille et une situations comiques, troublantes, surréalistes. Des centaines de matchs de rugby, des dizaines de Tour de France, des chapelets de Jeux Olympiques. Des nuits sans fin, des ivresses avec et sans alcools. Des amis d’un jour et d’une vie. Un Gargantua de la seconde moitié du XXème siècle.

Il faut, pour bien comprendre, lire les nécrologies qui lui sont consacrées Celle du Parisien (Olivier François), quotidien où il rayonna durant un demi-siècle : « Jean Cormier s’est éteint ». Celle de L’Equipe (Pierre-Michel Bonnot) : « Mort de Jean Cormier, un guerrier de la nuit ». Celle du Monde (Philippe Ridet) : « Le journaliste Jean Cormier est mort ».

Des sportifs pleurent leur chroniqueur

Bonnot rapporte plusieurs inédits où « La Corme » entra par effraction dans l’histoire, comme dans le village olympique assiégé de Munich (1972) ou sur le planchot final du Tournoi des Cinq Nations de 1982. « Par soif du scoop ? Même pas, écrit Bonnot. Juste par curiosité journalistique, car Jean Cormier était soucieux de l’autre avant d’être journaliste, chaleureux et attentif avant d’être obnubilé par la prospérité de sa signature et surtout infiniment ouvert sur le vaste monde où la fraternité du rugby lui tint souvent lieu de passeport. » Comment mieux dire ?

Biographe absolu de Che Guevara (y compris du Che médecin) Basque devenu citoyen de l’Amérique du Sud, citoyen pour l’éternité son jardin de Saint-Germain-des-Prés Jean Cormier ne cessa d’être, plus que simple passeur, catalyseur de rencontres, ambassadeur en fraternité. Pour notre part il nous fit entrer, journaliste-médecin du Monde, dans le cercle fermé du rugby. Nous fit quelques confidences, nous invita à partager, avec Blondin et Bastide les repas hebdomadaires de la rue Lobineau. Nous laissa mettre sur pied, en 1987, la superbe équipe pluri-médiatique « Théophraste Renaudot » du premier « Marathon des Leveurs de coudes » germanopratin. Tous ne pouvaient pas suivre, mais tous se souviennent.

« Ça, un journaliste ? On vous voit venir avec votre petit manuel de déontologie sous le bras, écrit Ridet. Et bien oui, c’était un journaliste, comme il n’y en aura plus. Serge Blanco : « C’était un ami, un complice. » Reverrons-nous des sportifs pleurer leur chroniqueur ? Un souvenir personnel : parfois, il faisait de l’auto-stop à la sortie du Parisien, avenue Michelet, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), pour se faire voiturer jusqu’à la station de métro Porte de Clignancourt. Il charriait toujours une énorme besace. Je le prenais à bord de ma 4L Safari. J’avais l’impression qu’il débordait de l’habitacle. Arrivé à destination, il disparaissait comme un courant d’air. Ça laissait un vide. »

Le vide est bel est bien là. Avec gros nuage de tristesse sous lequel on perçoit son sourire. Et son cri.

A demain

@jynau

Une messe en hommage à Jean Cormier sera dite vendredi 21 décembre à 12 h 30 à l’église Saint-Sulpice, à Paris.