Jean Cormier (1943 -2018) : il incarna, durant un demi-siècle, un journalisme de fraternité

Bonjour

C’était un cri doublé d’un sourire malicieux. Un amoureux de l’humanité et des mots tricotés. Un homme parfois désespéré mais ne cessant de distribuer autour de lui des raison d’espérer. Et un journaliste dont on gardera la mémoire. Les hasards et la fatalité le firent embrasser cette profession  – et il officia durant un demi-siècle. Un demi-siècle d’une pratique qui a progressivement, dans le même temps, changé de visage. Aucune nostalgie, mais bien une vérité : Jean Cormier fut un journaliste comme nous n’en verrons plus.

Aujourd’hui, au lendemain de sa mort,  le souvenir d’un confrère au-delà de l’atypique, un camarade humanisant un milieu professionnel qui n’est pas, parfois, sans sauvagerie. Un journaliste sportif d’exception œuvrant au bien commun, celui des sports et celui des journalistes.

Se souvenir de Jean Cormier (« La Corme ») c’est, d’abord, se souvenir de l’amour qu’il portait à sa mère, basque, (« Cette dame qui aimait tans la fête (…) ma passé comme un ballon doré cette passion de l’autre qui anime et adoucit mon temps terrestre » – Alcool de nuit, avec Antoine BlondinRoger Bastide, 1988, Rocher). C’est aussi la résurgence de mille et une situations comiques, troublantes, surréalistes. Des centaines de matchs de rugby, des dizaines de Tour de France, des chapelets de Jeux Olympiques. Des nuits sans fin, des ivresses avec et sans alcools. Des amis d’un jour et d’une vie. Un Gargantua de la seconde moitié du XXème siècle.

Il faut, pour bien comprendre, lire les nécrologies qui lui sont consacrées Celle du Parisien (Olivier François), quotidien où il rayonna durant un demi-siècle : « Jean Cormier s’est éteint ». Celle de L’Equipe (Pierre-Michel Bonnot) : « Mort de Jean Cormier, un guerrier de la nuit ». Celle du Monde (Philippe Ridet) : « Le journaliste Jean Cormier est mort ».

Des sportifs pleurent leur chroniqueur

Bonnot rapporte plusieurs inédits où « La Corme » entra par effraction dans l’histoire, comme dans le village olympique assiégé de Munich (1972) ou sur le planchot final du Tournoi des Cinq Nations de 1982. « Par soif du scoop ? Même pas, écrit Bonnot. Juste par curiosité journalistique, car Jean Cormier était soucieux de l’autre avant d’être journaliste, chaleureux et attentif avant d’être obnubilé par la prospérité de sa signature et surtout infiniment ouvert sur le vaste monde où la fraternité du rugby lui tint souvent lieu de passeport. » Comment mieux dire ?

Biographe absolu de Che Guevara (y compris du Che médecin) Basque devenu citoyen de l’Amérique du Sud, citoyen pour l’éternité son jardin de Saint-Germain-des-Prés Jean Cormier ne cessa d’être, plus que simple passeur, catalyseur de rencontres, ambassadeur en fraternité. Pour notre part il nous fit entrer, journaliste-médecin du Monde, dans le cercle fermé du rugby. Nous fit quelques confidences, nous invita à partager, avec Blondin et Bastide les repas hebdomadaires de la rue Lobineau. Nous laissa mettre sur pied, en 1987, la superbe équipe pluri-médiatique « Théophraste Renaudot » du premier « Marathon des Leveurs de coudes » germanopratin. Tous ne pouvaient pas suivre, mais tous se souviennent.

« Ça, un journaliste ? On vous voit venir avec votre petit manuel de déontologie sous le bras, écrit Ridet. Et bien oui, c’était un journaliste, comme il n’y en aura plus. Serge Blanco : « C’était un ami, un complice. » Reverrons-nous des sportifs pleurer leur chroniqueur ? Un souvenir personnel : parfois, il faisait de l’auto-stop à la sortie du Parisien, avenue Michelet, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), pour se faire voiturer jusqu’à la station de métro Porte de Clignancourt. Il charriait toujours une énorme besace. Je le prenais à bord de ma 4L Safari. J’avais l’impression qu’il débordait de l’habitacle. Arrivé à destination, il disparaissait comme un courant d’air. Ça laissait un vide. »

Le vide est bel est bien là. Avec gros nuage de tristesse sous lequel on perçoit son sourire. Et son cri.

A demain

@jynau

Une messe en hommage à Jean Cormier sera dite vendredi 21 décembre à 12 h 30 à l’église Saint-Sulpice, à Paris.

 

Jeu de rugby : trois jeunes morts en sept mois ; les vieux «Gros Pardessus» ne bougent pas

Bonjour

« Nicolas Chauvin : un sourire s’est effacé » titre L’Equipe. Et le quotidien sportif de consacrer deux pages édifiantes : « Morts au jeu » et un éditorial lumineux : « Urgences » (Alexandre Bardot). Trois morts, donc. Trois morts en sept mois : Adrien Descrulhes (17 ans, 20 mai), Louis Fajfrowski (21 ans, 10 août), Nicolas Chauvin (18 ans, 12 décembre).

L’émotion, bien sûr. Et de l’émotion collective à venir. La Fédération Française de Rugby et la Ligue Nationale de Rugby ont annoncé qu’une « minute d’applaudissements serait respectée cette semaine et ce week-end avant le coup d’envoi de toutes les compétitions de rugby amateur et professionnel ». Et ce « en hommage à Nicolas Chauvin, décédé mercredi ». Applaudir pour rendre hommage à un adolescent de 18 ans mort sur le pré ? On aurait, aussi, pu faire silence 1.

Mais encore ? Ceci : « la FFR a demandé à World Rugby la tenue immédiate d’une réunion exceptionnelle dédiée à la sécurité ». La belle affaire. Trois morts en sept mois ? Les Gros Pardessus s’émeuvent a minima mais ne bougent pas.

Les deux pages de L’Equipe du jour (Pierre-Michel Bonnot, Ollivier Bienfait) décryptent le sujet essentiel : les dangers inhérents à la pratique actuelle des plaquages « hauts » associés à l’évolution des gabarits : en quarante ans le joueur de rugby d’élite a pris 12,5 centimètres et 18 kg.

Suicide et fatalité

Aucune fatalité ici : il faut d’urgence modifier les règles du plaquage et interdire ceux, contre nature, pratiqués au-dessus de la taille. Et l’histoire montre, avec la mêlée, que les dirigeants du rugby ont su évoluer et s’engager dans une politique de réduction des risques – une politique loin de ruiner la beauté du jeu et du spectacle. Il en irait de même avec les interdits des « plaquages-hauts » qui contribueraient à fluidifier le jeu et à l’éloigner de son rapprochement suicidaire vers le « football américain ».

On peut, bien évidemment, soutenir une opinion contraire. Comme, toujours dans L’Equipe,  Grégory Lamboley, jouer retraité ou Brett Gosper, directeur général de World Rugby qui, sur Canal +, estime en substance que les morts sur le pré pèsent assez peu rapportés à la somme des bénéfices apportés par ce jeu.

Pour sa part Grégory Lamboley reprend l’antienne selon laquelle la vie humaine ne tient qu’à un fil et que la chance n’appartient guère à ceux qui, finalement, se trouvent au mauvais moment au mauvais endroit. Où l’on comprend que le rugby aide aussi à faire la part entre ceux qui plaident pour la  perpétuation de la jungle humaine et ceux qui plaident pour sa réduction. Au planchot français, trois morts. Dans la tribune d’honneur, légion du même nom sous l’hermine, les Gros Pardessus, immobiles.

A demain

@jynau

1 Sur les rapports et les évolutions entre « minute de silence » et « applaudissements »se reporter à : « Pourquoi les Niçois ont applaudi pendant la minute de silence » (Claire Digiacomi) HuffPost

 

 

Rugby : nouvel « accident grave » après placage. La Fédération soumise à la question

Bonjour

Combien faudra-t-il encore de drames avant que Bernard Laporte, président de la FFR et le Dr Serge Simon, vice-président, prennent la mesure de leurs responsabilités ?

Le dimanche 9 décembre Nicolas Chauvin, 19 ans, joueur de l’équipe Espoirs du Stade français a été victime d’un arrêt cardiaque au cours d’un match organisé au stade Moga de Bègles (Gironde) face aux Espoirs de Bordeaux-Bègles. Nicolas Chauvin « ne s’est pas relevé » après un plaquage survenu à la 5e minute du match. Victime d’un arrêt cardiaque, il a été pris en charge par l’équipe médicale du club girondin. Un massage cardiaque a été pratiqué pendant près de vingt minutes. « Lorsque les pompiers et le SAMU sont arrivés sur les lieux, le pouls du joueur, toujours inconscient, était reparti et il a été transporté à l’hôpital » rapportent les médias.

Lundi 10 décembre le Stade français précisait que Nicolas Chauvin, se trouvait « en réanimation, dans un état grave », au CHU Pellegrin de Bordeaux. Le troisième-ligne aile « a été opéré en urgence d’une fracture de la deuxième cervicale », a précisé le club.

Réduire les risques

Cet accident n’est pas sans rappeler celui survenu le 10 août quand Louis Fajfrowski, 21 ans, joueur d’Aurillac (Pro D2) avait trouvé la mort à la suite d’un plaquage lors d’un match amical contre Rodez.

La justice avait conclu, en novembre, que cette mort était due à « un traumatisme thoracique précordial, responsable d’une commotion cardiaque létale sur un cœur pathologique ». Et le parquet a précisé que cette « mort accidentelle » était survenue « à la suite et non pas à cause d’un plaquage » subi par le joueur à mi-hauteur.

Cette mort avait relancé, au sein du rugby français, un très vif débat sur la réduction des risques auxquels sont exposés les  joueurs de rugby – risques sans cesse plus élevés du fait de l’évolution du jeu, de la violence croissante et des règles qui demeurent en vigueur. L’accident dont vient d’être victime Nicolas Chauvin soulève, à nouveau et de manière frontale, les mêmes questions – à commencer par celles de la modification de la hauteur maximale autorisées pour les placages. On attend, une nouvelle fois, les réponses de Bernard Laporte et du Dr Serge Simon.

A demain

@jynau

Société du spectacle : la contusion de Mbappé, l’élongation de Neymar … l’angoisse du PSG

Bonjour

Du pain et des bleus. Oublions (un instant) les Gilets Jaunes. Et découvrons que la société du spectacle mariée à la capitalisation footballistique aident considérablement à la diffusion des rudiments de la pédagogie anatomique. C’est ainsi que le richissime Paris-Saint-Germain (PSG) vient d’annoncer, en ce mercredi 21 novembre, la nature des blessures de ses attaquants Mbappé et Neymar, sortis la veille en cours de match avec leur sélection respective. Un sujet omniprésent sur tous les médias généralistes – sans parler des réseaux sociaux et sportifs. Extraits :

« Ces deux blessures ont plongé le PSG dans l’angoisse (sic) à une semaine d’un match capital face à Liverpool en Ligue des champions, alors que le club parisien se trouve déjà en mauvaise posture dans son groupe. ‘’Une période de quarante-huit heures de soins sera observée afin de juger l’évolution clinique’’, a dit le club sans davantage de précision sur leur retour au terrain. »

De confidences de stadiers en recoupements, de fuites distillées  et orchestrations camouflées on croit en cet instant pouvoir affirmer que Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrirait d’une « élongation des adducteurs droits » – élongation qui semble compromettre sa présence mardi prochain contre les Reds. Faut-il rappeler qu’à Milton Keynes (Angleterre) ce phénomène est sorti du terrain après seulement huit minutes de jeu (et ce pour un match amical du Brésil face au Cameroun !).

« Le no 10 de la Seleçao, qui était déjà en discussion avec l’équipe médicale brésilienne en tout début de rencontre, s’est tenu l’adducteur droit après une accélération et une frappe, avant de finalement céder sa place à Richarlison. Il est rentré directement aux vestiaires. Sa sortie survient quelques mois après sa grave blessure au pied droit, à la fin de février, qui l’avait notamment privé du huitième de finale retour de la Ligue des champions contre le Real Madrid. »

Le tableau pathologique semble nettement moins catastrophique pour cet autre phénomène, français celui-ci, qu’est  Kylian Mbappé. Le jeune prodige (bientôt 20 ans) ne souffrirait que  d’une « contusion de l’épaule droite ». Au Stade de France, l’attaquant tricolore était sorti à la demi-heure de jeu (match amical contre l’Uruguay !). La star précoce s’est d’abord « tordue de douleur » en se tenant l’épaule droite après être mal retombée lors d’une chute dans la surface de réparation adverse. Puis le « champion du monde » est revenu sur le terrain dans la foulée – mais pour quelques secondes seulement, avant d’être remplacé par Florian Thauvin, à la 36e minute.

Interrogé en urgence par le quotidien L’Equipe, le Dr Alain Simon, ancien médecin de l’équipe de France et du PSG, expliquait : « Si c’est une contusion de stade 1, c’est une question de jours, pas de soucis, il pourra jouer face à Liverpool. Si c’est un stade 2, ce sera très difficile parce qu’il aura de fortes douleurs lors des courses. »

A demain

@jynau

 

Gilets jaunes, le noir, le froid et l’alcool : Christophe Castaner devait-il vraiment dire ça ?

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18 novembre 2018. Les journalistes, ces historiens de l’instant, interrogent à qui mieux mieux les sociologues en chaire médiatique. Il s’agit de comprendre l’étrange phénomène français d’hier : « les gilets jaunes ». On aurait parlé, jadis, de « jacquerie » :

« Insurrection populaire, notamment paysanne. J’ai reçu une lettre lamentable de MmeSand. Il y a une telle misère dans son pays, qu’elle redoute une jacquerie (Flaubert., Corresp.,1870, p. 136). Les émeutes serviles, les jacqueries, les guerres des gueux, les révoltes des rustauds (Camus, Homme rév.,1951, p. 139) »

Certes. Mais aujourd’hui ?

Sur toutes les ondes : Christophe Castaner, jeune ministre de l’Intérieur. Prenons RTL, « première radio de France ». « Gilets jaunes » : « ll y a eu 282 interpellations », annonce Castaner sur RTL » :

« Les chiffres ont considérablement augmenté cette nuit. Au lendemain de la mobilisation des « gilets jaunes », Christophe Castaner a dressé un nouveau bilan. Invité de RTL, il a ainsi comptabilisé 287.710 manifestants sur les 2.034 sites occupés samedi 17 novembre (…) Cette nuit a été agitée. (…) Il y a eu des agressions, des bagarres, des coups de couteau », a détaillé le ministre. « Il y a aussi eu des bagarres entre ‘gilets jaunes’. Il y a eu beaucoup d’alcool dans certains endroits, et ça a provoqué ces comportements idiots qui peuvent pousser à la violence, et là ça devient inacceptable » »

Plus précisément Christophe Castaner a déclaré : « Il y a eu beaucoup d’alcool dans certains endroits, et pour tenir la nuit…  avec le froid qui arrive… et du coup ça a provoqué ces comportements idiots … [la suite sans changement] ».

L’alcool, pour « tenir la nuit avec le froid qui arrive ». Chacun sait qu’en réalité l’alcool ingéré ne réchauffe que par illusion  1. Ce que ne peut manquer de savoir le ministre de l’Intérieur. Mais encore ? Journalistes, sociologues ou citoyens, pourraient aussi percevoir dans cet alcool « qui aide à tenir la nuit » comme une amorce de métaphore politique. Quel ministre, quel gouvernement, quel président, viendra dire, simplement,  que, tout bien pesé, l’espoir luit ?

A demain

@jynau

 1 On notera toutefois ici le dernier, épais et glacé supplément de L’Equipe : « Whisky. Tout savoir de cette eau-de-vie à l’occasion des fêtes de fin d’année » (sic)

 

 

 

 

Plaquage : les Gros Pardessus français auraient-ils enfin perçu le premier vent du boulet ?

Bonjour

L’Ovalie serait-elle une jungle plus humaine qu’on ne le croit ?  Et son empereur plus réceptif aux foules que ses mutiques affidés ?  Page 19 de L’Equipe de ce 29 août 2018 : « La touche Laporte » (sic). Où l’on apprend (Frédéric Bernès) qu’il faut décrypter pour saisir ce que veut l’ancien ministre, aujourd’hui président de la Fédération française de rugby (FFR).

Si l’on comprend bien Bernard Laporte aimerait pouvoir garroter une hémorragie : celle des jeunes licenciés des écoles de rugby. Et, pour cela, rassurer leurs parents. Au risque de se prendre dans les tapis des réseaux sociaux. Non, il ne s’agit pas d’anesthésier un sport aujourd’hui florissant sous de formidables perfusions financières. Pour autant l’heure est venue de  « renforcer la sécurité ».

Cœur du sujet : la réduction des plaquages traumatiques. Et faute de pouvoir agir sur les adultes, se pencher sur les moins les de 12 ans, dans les écoles de rugby. « A défaut d’interdire tout plaquage, l’idée est d’appliquer peu à peu le jeu à toucher : chaque jeune a désormais obligation de faire une passe deux secondes après avoir été heurté par un adversaire » nous explique Le Monde (Adrien Pécout).  Cette nouvelle réglementation est censée « encourager à la prise d’informations, de décisions, au travail des appuis », selon la lettre présidentielle envoyée aux dirigeants des 1900 clubs du pays de France.

« Fuite des gamins »

Nous sommes ici, précisément,  au croisement de la pédagogie et de l’histoire rugbystique : « Ce changement dans la formation doit permettre une future pratique cultivant plus encore l’évitement et la passe pour le franchissement ». C’est, pour le dire autrement, une révolution annoncée conjointement par Canal Plus, Louis XVI et Joseph Fouché. Le Monde :

« Plus les enfants apprendront à jouer dans les espaces, plus ils privilégieront le rugby en mouvement, et non le rugby de collisions qui a cours aujourd’hui chez les adultes, et en particulier chez les joueurs professionnels. La mesure est un pari sur l’avenir. Elle constitue aussi un signal visant à rassurer les parents qui craindraient de laisser leur progéniture pratiquer un sport dont l’évolution inquiète. L’enjeu est d’importance, à l’heure où la FFR lutte contre l’érosion du nombre de licenciés, aujourd’hui estimé à 272 000. »

Il y a un an l’empereur Laporte faisait déjà état d’une « perte de 16 000 gamins à l’école de rugby depuis 2012 ». Et, avec des mots impériaux, insistait sur la nécessité de bien « vendre notre sport ». Le Monde nous apprend aussi que  Florian Grill (« l’un des principaux opposants à Bernard Laporte au sein du comité directeur de la FFR ») entend, par exemple, « interdire et sanctionner sévèrement les plaquages » au-dessus de la poitrine, ou encore « matérialiser la ligne de plaquage » autorisée « par une couleur différente sur les maillots ou les shorts ».

Question citoyenne à MM Bernard Laporte et Florian Grill : pourquoi, côté spectacle, plaquage et réduction des risques, ne pas faire plus et mieux – viser un peu plus bas ?

A demain

Plaquages et anatomie : les Gros Pardessus du rugby français ne peuvent plus se cacher

Bonjour

Jadis, sur les prés du rugby, tout était simple :  le plaquage consistait à « mettre à terre l’attaquant porteur du ballon en encerclant ses cuisses dans l’étreinte des bras et en accompagnant la chute ».  Une effusion castratrice, en somme. Puis l’affaire évolua vers le haut du corps – au point qu’il est aujourd’hui possible de « plaquer » jusque « sous la ligne des épaules ». Une sorte de liberté donnée à la seule fin de « défoncer » le porteur du ballon. Avec toutes les conséquences que l’on peut redouter, toutes les lésions thoraciques et cérébrales que l’on peut imaginer.

La récente mort d’un jeune joueur d’Aurillac (Louis Fajfrowski) continuant à semer le trouble dans la jungle de l’Ovalie, le dossier du plaquage est plus que jamais d’actualité. L’Equipe du 28 août y consacre deux belles et pleines pages (Frédéric Bernès) : « Baisse-toi et plaque ». Et nourrit son propos d’un travail scientifique édifiant réalisé par l’analyste Ben Hester pour World Rugby. Un vrai spécialiste avec publications scientifiques. L’Equipe :

« Ce mardi midi, au stade Arcul de Triumf à Bucarest, des cobayes samoans et des souris de laboratoire hongkongaises vont s’affronter sous l’oeil du microscope de World Rugby. Dans ses réflexions autour de la sécurité du jeu, la Fédération internationale a choisi le Trophée – 20 ans – Coupe du monde des équipes de Deuxième Division organisée en Roumanie (28 août-9 septembre) – pour tester pour la première fois l’interdiction de plaquer au-dessus de ce que les anglophones nomment la «nipple lane», la ligne des tétons. Le match d’ouverture Samoa – Hongkong inaugurera le labo. Dans quelques semaines, une initiative cousine sera menée par la Fédération anglaise à l’occasion de la nouvellement créée Championship Cup, la Coupe des équipes de Deuxième Division. Mais cette fois, la démarcation sera fixée par la ligne des aisselles. Il faut suivre.

Dans la géographie des plaquages, l’expérience roumaine ne se propose d’abaisser la limite maximale que d’une dizaine de centimètres, entre ce qui est autorisé aujourd’hui (la ligne des épaules) et ce qui va être testé (la ligne des tétons). «Même si ce n’est que huit ou dix centimètres, ça peut changer beaucoup de choses, pense Sébastien Piqueronies, entraîneur des champions du monde (moins de 20 ans) français. Je prends souvent l’exemple d’une cible. Si elle fait trois mètres de circonférence, tu peux y aller comme un bourrin. Si elle devient plus petite, il te faudra être plus précis. Cette initiative peut également enrayer le phénomène du plaquage qui ripe (qui commence à bonne distance mais finit au-delà … »

« Encerclant ses cuisses dans l’étreinte des bras et en accompagnant la chute » 

Tout ou presque est là. Et tout pourrait (peut-être) bientôt changer. Le règlement interdit actuellement les plaquages au-dessus de la ligne des épaules – mais World Rugby envisage de les proscrire au-dessus de la poitrine. Des expérimentations sont en cours tandis que, en Top 14, les arbitres ont été appelés à plus de sévérité.

On lira, dans L’Equipe, les détails et le chiffres scientifiques fournit par Ben Hester. L’homme a décortiqué 4.500 plaquages Une première qui confirme l’extrême dangerosité des plaquages thoraciques. Et l’on découvre que modifier expérimentalement la règle conduit à une véritable réduction des risques. Modifier la frontière verticale du plaquage ? Un monument de marbre du rugby mondial (Steve Hansen, sélectionneurs des  All Blacks) est pour :

« Je pense que c’est bien parce que c’est plus clair que ‘’la ligne des épaules’’. On sait tous où se trouvent les tétons »

Un effort, Steve : nous savons tous, aussi, où se trouvent l’abdomen, l’ombilic, les hanches et la frontière septentrionnale indépassable des crêtes illiaques. Et il ne doit pas être très difficile de traduire, dans toutes les langues de l’Ovalie « mettre à terre l’attaquant porteur du ballon en encerclant ses cuisses dans l’étreinte des bras et en accompagnant la chute ».

Descendre pour progresser, en somme. On aimerait, précisément sur ce sujet, entendre de lourds spécialistes jadis affûtés. A commencer par le responsable estampillé de la section médicale des Gros Pardessus ouatés du rugby français.

A demain

Les Gros Pardessus, ou la descente aux enfers programmée des joueurs de rugby français 

Bonjour

Hier L’Equipe résumait en deux mots l’objectif de la saison rugbystique 2018-2019 : préserver « l’intégrité physique » (sic). Message repris à l’envi, ruissellement de bonnes intentions officielles insufflées aux arbitres et claironnées aux entraîneurs. Du vent, en somme. Une manière pour les Gros Pardessus de se protéger : il en va de l’avenir du sport sur lequel ils prospèrent et qui, pour l’heure engrange de substantielles recettes. Tout fait ventre en Ovalie. Jusqu’à quand ?

« Intégrité physique ». Il faut voir là une conséquence du décès, le 10 août dernier de Louis Fajfrowski, 21 ans joueur d’Aurillac, disparu après un match amical. Conséquenc paradoxale puisque rien n’est encore établi quant au lien de causalité entre sa mort et le placage magistral qui l’a précédée. Mais conséquence éclairante quant au malalaise qui gagne au vu de la violence croissante qui, désormais, caractérise un jeu qui semble n’avoir jamais connu les grâces de la légèreté. Pour la première journée du Top 14, samedi 25 et dimanche 26 août, une minute d’applaudissements précédera chaque match. Applaudir ? « Une forme d’hommage » dit-on. Et ensuite ?

Applaudir ? La vérité est que rien n’est prévu pour agir en amont des fameuses « commotions cérébrales » qui commencent à terroriser les joueurs. Rien et surtout pas une refonte radicale du règlement concernant les placages – aucun ne devrait plus être autorisé au dessus de la ceinture abdominale. Aucune mesure, non plus, pour réduire les violences inhérentes aux invraisemblables déblayages. Aucune amorce, en somme, d’une prise de conscience de la nécessité d’une politique de réduction des risques. Aucune anticipation quant au fait que cette dernière, loin de lui nuire, ajouterait à la beauté du spectacle.

On entend déjà les plus férus des Gros Pardessus réciter leur rugby. Et de citer, comme pour s’exonérer, la mort de l’Agenais Michel Pradié, 18 ans, des suites d’un placage en 1930. « Mais le drame actuel s’inscrit dans l’évolution du rugby, où les professionnels courent de plus en plus vite, tapent de plus en plus fort, façonnés au rythme de leurs séances de musculation, rapporte Le Monde.  Il y a un mois, l’un des meilleurs joueurs au monde lançait déjà l’alerte sur ce rugby moderne : le capitaine gallois Sam Warburton a préféré prendre sa retraite dès l’âge de 29 ans. « Une décision devenue évidente » à force d’endurer blessures et opérations, selon l’homme de Cardiff, qui désire maintenant préserver ‘’sa santé’’ et ‘’son bien-être’’ ».

Nimier, Lalanne, Lacouture, Georges, Cormier, Blondin …

Et puis ce courage de Jefferson Poirot (Union Bordeaux-Bègles, XV de France) : « Pour être honnête, je ne suis pas totalement sûr de vouloir que mon fils de 9 mois fasse du rugby… ». Ce pilier ose avouer qu’il attend « des mesures pour améliorer les choses » : « Cette question de la santé des joueurs, on doit se la poser toute l’année ». Comme dans un métier. Sauf à imaginer, sous son pardesssus, que le spectacle passe avant la santé. Et que l’argent des retransmissions télévisées prime tout. Jefferson Poirot :

 « A la télé, on voit le ralenti d’un gros choc trois ou quatre fois, alors qu’un cadrage-débordement, ça peut être bien plus efficaceMon fils, s’il fait du rugby, je l’encouragerai à pratiquer ce rugby d’évitement qu’on ne voit plus assez. »

Rien de plus beau que l’absurde beauté de la mêlée quand elle porte en gestation l’intelligence à venir de l’évitement-cadrage-débordement.  Rien de plus suave qu’une entreprise de déménageurs qui permettra, demain, d’entendre pianoter sur l’ensemble de la gamme. A condition que personne ne meure dans l’affaire. Une affaire qui, égoïsme bien compris, concerne aussi l’écriture et le journalisme. Pour ne citer qu’eux:  Denis Lalanne, Jean Lacouture, Pierre Georges et Jean Cormier.

Roger Nimier (Arts, 13 avril 1960), rapportant un France-Irlande joué à Colombes « où un public de hasard, groupé sur un stade misérable, vient se livrer à son sport favori, le chauvinisme » :

« L’homme naît mauvais, la société le déprave, mais le rugby le sanctifie. Aussi un paradis toujours verdoyant attend-il les âmes de Cahors, de Pau, de Cork, de Brive, d’Edimbourg ou de Lourdes. C’est pourquoi -il est intéressant de le savoir- un joueur de rugby ne meurt pas. A la touche, il saute directement au ciel. A moins qu’il ne soit directement talonné par saint Pierre, qui recueille le bon et le mauvais de nos mêlées humaines et sauve tout ce qu’il peut des ballons – souvent ingrats – que nous lui fournissons ».

Applaudissements.

A demain

Nimier R. « Variétés » Arléa éditions (mars 1999)

Hugo Lloris inculpé pour ivresse au volant : le football, la célébrité, la fatalité. Et après ?

Bonjour

En France les médias radiophoniques font mine de s’indigner. Lui ? Le « gendre idéal » ? Lui, le « portier vainqueur du Mondial » ? Les faits : Hugo Lloris, 31 ans, a été inculpé pour conduite en état d’ivresse par la police de Londres (Metropolitan Police). Le gardien tricolore et du club de Tottenham a été contrôlé vers 2 h 20 le vendredi 24 août  dans le centre de Londres. Un « test de routine « qui a permis de détecter qu’il conduisait en état d’ivresse –  selon le quotidien britannique The Sun.

Le gardien a passé sept heures au commissariat situé près de Charing Cross à Londres. Il aurait même passé quelques heures en cellule de dégrisement afin de retrouver ses esprits, selon le média britannique. Il est finalement ressorti libre avoir dû se plier au prélèvement de ses empreintes digitales, de son ADN et à des photographies d’identité judiciaires.

Puis le « gendre idéal » a présenté ses excuses : « Je tiens à m’excuser de tout cœur auprès de ma famille, du club, de mes coéquipiers, du manager et de tous les supporteurs. L’alcool au volant est totalement inacceptable, j’assume l’entière responsabilité de mes actes et ce n’est pas l’exemple que je souhaite donner. »

« Bagatelle »

En Angleterre le taux légal d’alcoolémie au volant (à ne pas dépasser) est de 0,8 g par litre de sang –  0,5 g en France. Un autre quotidien britannique, le Daily Mail, précise que Lloris a dîné au « Bagatelle », un restaurant franco-méditerranéen du quartier de Mayfair, en compagnie de deux autres joueurs qui évoluent à Londres, un autre champion du monde, Olivier Giroud (Chelsea), et Laurent Koscielny (Arsenal), absent du tournoi russe pour cause de blessure. Le journal a publié une photo postée sur Instagram par le DJ Alexandre Billard qui pose avec les trois Bleus.

Hugo Lloris sera convoqué le 11 septembre prochain devant le tribunal de Westminster pour répondre de ses actes. Côté français on temporise :  « c’est une affaire privée qui n’aura pas d’incidence sur le prochain rassemblement de l’équipe de France » a confié la Fédération française de football auprès de  l’AFP.  Noël Le Graët, son président, évoquera cet « incident » avec le capitaine de la sélection à l’occasion de ce rassemblement de septembre. Capitaine en sélection comme en club, Hugo Lloris est unanimement décrit par ses coéquipiers comme un joueur respecté, dont la parole est rare mais forte. Mais sans excès, d’aucun type.

On lira le long entretien qu’il a accordé à L’Equipe (Vincent Duluc). Un entretien publié dans l’édition datée du 24 août. Un entretien intitulé « Le film de ma vie défile ». Mis en kiosque quelques heures après le contrôle londonien post-Bagatelle Un incident. Certes. La fatalité, le football, la célébrité. Et après ?

A demain

 

Le rugby ne faisait pas de «beaux vieux». Devrait-il, désormais, tuer des jeunes ?

Bonjour

Ne pas désespérer ?  La prise de conscience semble en marche après la mort de Louis Fajfrowski, 21 ans et joueur professionnel d’Aurillac. Un placage « viril mais correct » nous dit-on – placage thoracique sur lequel il faudra bien revenir.

Se souvenir. C’est une de ces formules comme le rugby et les journalistes en ont le secret. Elle parle de ce jeu merveilleux et de ceux qu’il a pu enchanter, qu’il a pu abîmer. Des formules nées dans les gradins, les vestiaires et le papier dicté aux sténos avant l’heure fatidique d’une mi-temps dite troisième. La formule qui parlait des pianos, de ceux qui en jouaient et de ceux qui les déménageaient.

Et puis cette autre, une affaire d’homme, de virils en noir et blanc prenant crânement conscience des frontières temporelles de leur virilité : « nous risquons de ne pas faire de beaux vieux … ». La formule est reprise aujourd’hui dans L’Equipe (Frédéric Bernès – avec L.C., A.R. et P.P.). Elle nous dit que tout, certes, nétait pas rose jadis (notamment au sein des rachis des mêlées effondrées). Mais cette même formule est aussi citée parce que, désormais, c’est le spectre de la mort qui plane autour des tribunes, sur le pré, dans les colonnes et sur les sites.

Jeune Gros Pardessus

« On ne sait pas si le rugby tue » (sic) titre L’Equipe.  Et le quotidien sportif de réunir les témoignages de ceux qui le redoute. Bel éventail : vraies inquiétudes – lâches défausses des petits-enfants des Gros Pardessus. Une suite de syllogismes qui parle à la fois d’un « jeu » et d’un « travail ».

Mais avec aussi, enfin, une vraie question. Non  plus celle, hypocrite, des « protocoles commotions », mais bien celle, urgente, de la modification des règles du placage. Ce placage qui est au cœur des interrogations quant à l’origine de la mort du jeune Louis Fajfrowski. Ce placage qui aurait, selon L’Equipe, été filmé et enregistré mais dont les images sont aujourd’hui tenues secrètes.

Le Dr Serge Simon, jeune Gros Pardessus,  pourrait-il, au plus vite, nous dire pourquoi ? Pourquoi, après avoir tant (et quelquefois si bien) parlé il se mure désormais dans un étrange silence.

A demain