Jactance et Gilets Jaunes : annulation du moratorium, pas de détricotage, zéro entourloupe

Bonjour

Les crises politiques voient émerger des mots généralement inusités sous les ors et dans les médias. C’est tout particulièrement vrai avec celle des Gilets Jaunes, une crise violente qui soulève également des difficultés linguistiques comme le rapporte Slate.fr 1. Une crise qui voit le pouvoir exécutif ne plus savoir comment dire ce qu’il entend peut-être faire.

5 décembre 2018. Après la suspension des taxes et la mise en place d’un « moratoire » justifié et développé par le Premier ministre voici que la foudre est venue, à la nuit tombée, des horloges du Palais de l’Elysée : le moratorium n’est plus vive l’annulation des taxes programmées pour janvier.

« Annulation » : Action d’annuler, de s’annuler; résultat de cette action. Annulation de mariage; cas d’annulation; demander l’annulationDroit d’annulation, recours en annulation, demande en annulation, procédure d’annulation; annulation des actes, des délibérations, des élections, des contrats, d’un testament.

« Un des résultats les plus considérables de cette annulation de l’autorité royale par des causes pourtant presque opposées, c’est que la loi salique devient inutile ». Hugo, Le Rhin,1842, p. 448.

La psychanalyse parle aussi d’annulation rétro-active.  « Défense caractérisant notamment la névrose obsessionnelle par laquelle une action est accomplie pour abolir magiquement une action antérieure. »  (Piéron 1963).

Tricoteuses

Le 5 décembre 2018 vit aussi réémerger « détricoter »  dans un pays où les femmes ne tricotent plus guère. Dans le champ politique ce verbe avait notamment été utilisé par Marisol Touraine quand, quoique ministre de la Santé de François Hollande, elle n’avait rien pu faire contre le détricotage d’une partie alcoolique de la loi Evin.

Emmanuel Macron, s’est ainsi opposé au cours du conseil des ministres, à tout rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF), a rapporté l’Elysée, confirmant une information des Echos. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a déclaré le chef de l’Etat.

« Détricoter » : Défaire les mailles d’un tricot. Familier. Défaire point par point ce qui avait été soigneusement élaboré : Détricoter une loi. Peut aussi, dans l’inconscient collectif français, renvoyer aux heures sombres des formidables « Tricoteuses »;

 A cette occasion le chef de l’Etat a « recadré » la très imprudente Marlène Schiappa qui, benoîtement, pensait pouvoir exprimer une opinion contraire à la sienne. « Recadrer » : rappeler à l’ordre après un comportement ou des propos jugés  inappropriés. Remettre dans le droit chemin.

Jactance et bobards

Et puis, après la peu banale jactance républicaine, l’émergence d’ « entourloupe ».

Les augmentations de taxes sur les carburants sont « annulées pour l’année 2019 », a confirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après' » ».

« Entourloupe » : Plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un.  Synon. fam. crasse. « Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… » (Céline, Mort à crédit,1936 p. 342)

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France Inter, à l’aube du 6 décembre : « Si nous ne réformons pas, le pays est foutu ».

A demain

@jyanu

1 « Le défi posé aux médias par les ‘’gilets jaunes’’ est aussi linguistique »  Thomas Deslogis Slate.fr 5 décembre 2018

A lire aussi: «  La crise des ‘’gilets jaunes’’ révèle l’histoire d’une France qui disparaît » Daniel Behar Slate.fr 5 décembre 2018

 

 

La «cystite» de Buzyn, le «rhume» de Fillon et la «couronne dentaire» de Castaner

Bonjour

Simplifier n’évite pas le danger. C’est tout particulièrement vrai quand le politique se pique de médecine. Trois exemples récents en témoignent.

I Nous étions en décembre 2016. La campagne pour l’élection présidentielle montait en puissance. Grand favori : François Fillon. Ce dernier commençait à s’attaquer à une Sécurité sociale en déficit, évoquant l’idée, politiquement suicidaire, que les « petits risques » pourraient ne plus être pris en charge au même titre que les « gros ».

Le 12 décembre Jérôme Chartier, alors député (Les Républicains, Val d’Oise) et porte-parole de François Fillon parlait sur France Inter (Léa Salamé). Interrogé sur le fait de savoir si, Fillon président, les rhumes seraient ou non toujours pris en charge par la Sécurité sociale, il répond:

«Le rhume, ça dépend de quel rhume. Il faut entrer dans le détail. Je ne suis pas médecin, je ne suis pas capable de vous le dire, c’est le médecin qui pourra le dire, un rhume si ça tourne mal, ça peut devenir beaucoup plus qu’un rhume, c’est le médecin qui va le déterminer.»

France Inter en fera bien vite des gorges chaudes. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, pourtant peu rompue à l’humour, osa ironiser sur Twitter : ✔@MarisolTouraine J Chartier annonce qu’avec #Fillon, seuls certains rhumes seront remboursés. Il veut indexer le remboursement sur le degré d’éternuement ? 09:48 – 12 déc. 2016

Et Florian Philippot, alors vice-président du  »Front national », d’expliquer, dans un docte communiqué, qu’«une prise en charge différenciée des consultations médicales en fonction de la sévérité des pathologies n’est pas acceptable (…). Ce qui s’apparente à un rhume peut être plus sévère.»

A dire vrai il n’était guère besoin, en décembre 2016, d’être fin spécialiste pour comprendre que l’exemple du rhume était, très précisément, celui à ne pas prendre pour établir une nouvelle cartographie des «petits risques» 1.

II Nous étions en juin 2017. Emmanuel Macron était président de la République et, déjà, présent sur tous les écrans Christophe Castaner, 51 ans. Venu du Var profond, titulaire d’un DESS de « juriste d’affaires internationales » et d’un diplôme de sciences pénales et de criminologie il n’était pas encore ministre de l’Intérieur. Porte-parole d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale il venait d’être nommé secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe.

Ce jour-là il était, déjà, invité sur RMC-BFM-Jean-Jacques Bourdin. Question de dents et de gros sous. Avec une mise en parallèle de l’impact de la hausse de la CSG pour les retraités avec la baisse des coûts de l’audioprothèse et des soins dentaires. Et tout particulièrement de la « couronne dentaire ». Christophe Castaner :

 « L’augmentation de la CSG de 1,7 % (…) touchera seulement les 20% des retraités les plus aisés et en parallèle, je peux vous dire que quand ils n’auront plus à payer les prothèses auditives, un certain nombre de soins dentaires, les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu’un exemple, ils verront qu’ils auront fait beaucoup d’économies ».

La couronne à 1 500 euros ! Réaction immédiate de la Confédération nationale des syndicats dentaires : « Mais quelle mouche a piqué le ministre ? Quel rapport entre la hausse de la CSG et les soins dentaires ? D’où sort-il ce chiffre de 1500 € alors que le prix moyen d’une couronne céramique est de 539 € et d’une couronne métallique de 321 € ? »

Christophe Castaner parlait-il d’une seule couronne de sa connaissance ou du seul exemple des couronnes dans leur ensemble ? A-t-il, à 51 ans, confondu couronne et implant ?

III Nous étions le 23 octobre 2018. Reprenant à son compte un amendement explosif permettant aux pharmaciens d’officine de diagnostiquer et de prescrire, Agnès Buzyn osait, dans Les Echos, jouer avec son camps politique contre son titre de médecin et son Ordre professionnel. Les députés macroniens avaient estimé  que plusieurs pathologies pouvaient, sans danger, être directement prises en charge (sous certaines conditions) par les pharmaciens : « la cystite, la conjonctivite ou l’eczéma par exemple ».

Et, dans le quotidien économique, la ministre des Solidarités et de la Santé d’approuver : elle cite ainsi  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ».

« Boire votre vin pur »

 « Petites maladies » ? « Diagnostic facile » ? Serait-ce si simple ? Le commentaire, sur ce blog d’U. Ucelli :

« La médecine ça a l’air simple. Cela ne l’est pas. La machine dont les médecins s’occupent, c’est un modèle unique chaque fois, globalement très similaire à tous les modèles de la série et la série, ils n’en n’ont pas les plans, on ne sait pas parfaitement comment ça fonctionne (…) La cystite c’est simple. Certes. Oui, indiscutable ! Oui, mais non. La cystite ça a l’air simple mais il y a quelques pièges qui font mal. Vous n’imaginez-pas. Même si 98% des cas sont très simples. Simples après qu’on ait fait le diagnostic. Avant c’est avant.

Donc un pharmacien/pharmacienne devra avoir un local isolé pour interroger la patiente et : vérifier qu’elle n’a pas de pertes vaginales ; pas de fièvre (la mesurer car l’interrogatoire n’est pas fiable) ; il devra s’assurer qu’il n’y a pas de douleur lombaire …  Et les recommandations très officielles que si vous ne les observez-pas vous êtes dans le rouge, c’est la HAS qui les impose aux médecins, disent de faire un examen d’urine à la bandelette réactive. Les pharmaciens en seront-ils dispensés ? Pas envisageable n’est-ce pas? Donc prélèvement d’urine et bandelette à la pharmacie. Vraiment ?

Après comment traiter ? La dame est-elle enceinte ? Quels antibiotiques reçus les derniers mois ? Est-ce une récidive ? Si oui il faut un examen d’urine au laboratoire. On peut donner un tableau similaire de simplicité pas si simple pour l’angine.

Ignorantus ignoranta ignorantum 2 Moins on en sait , moins on a peur de faire une bêtise- parce qu’on se connait pas les bêtises possibles. »

Simplifier n’évite pas le danger.

A demain

@jynau

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon »  Slate.fr 14 décembre 2016

2 « TOINETTE : IgnorantusignorantaIgnorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville. » (Molière, Le Malade imaginaire Acte III).

 

Agnès Buzyn a déclenché un affrontement sans précédent entre médecins et pharmaciens

Bonjour

Comment a-t-on pu en arriver là ? Au départ il y a ces seize députés 1 de la majorité présidentielle (LREM) obtenant de faire voter, grâce au médecin neurologue hospitalier Olivier Véran, un amendement explosif . Pitch :

« Les médecins, les pharmaciens et les autres professionnels de santé sur un même territoire doivent pouvoir coopérer facilement, sans passer par des voies dérogatoires, et ce, afin de faciliter l’accès aux soins des patients. Aussi, les pharmaciens d’officine doivent pouvoir dispenser certains médicaments à prescription médicale obligatoire dans le cadre d’un protocole conclu avec le médecin traitant et/ou les communautés de santé des structures d’exercice coordonnées. La liste de ces médicaments est définie par arrêté des ministres. »

Puis, contre toute attente confraternelle la ministre des Solidarités et de la Santé ne s’y est pas opposée. Dans Les Echos d’hier elle cite  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ». Agnès Buzyn prenait ici la suite de Marisol Touraine offrant aux pharmaciens la possibilité de vacciner.

Arrêter les frais !

 « On attend la position de l’Ordre » écrivions-nous le 23 octobre. Nous sommes le 24 du même mois et la réponse est déjà là. Dans Le Monde, Francois Béguin cite le Dr Patrick Bouet, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins. « Ça commence à suffire ! On ne transforme pas le système de santé en enlevant des compétences aux médecins pour les donner à des professionnels qui ne les ont pas dans leur périmètre ou dans leur formation ! Il y a un moment où il faut que les choses s’arrêtent ! » déclare-t-il au quotidien vespéral. « Lassé » et « déçu » le président ordinal dénonce une « surenchère d’amendements proposant des expérimentations ne s’inscrivant pas dans une stratégie de réforme du système de santé ».

Laisser des pharmaciens d’officine diagnostiquer et prescrire des médicaments (dont ils assurent par ailleurs la commercialisation…) ? Mme Carine Wolf-Thal, présidente de l’Ordre des pharmaciens n’est nullement contre. « Ce sont des demandes quasi quotidiennes , explique-t-elle au Monde. Je comprends l’inquiétude des médecins. L’idée n’est pas de faire sans eux (sic), mais de sécuriser ce que les pharmaciens peuvent faire. A un moment, il faut être pragmatique par rapport aux problèmes d’accès aux soins que vivent les Français. » Elle ajoute :

« Que faire lorsqu’une femme se présente en soirée avec les symptômes d’une cystite ? J’ai eu ce type de demande lors de ma garde dimanche dernier. Il était 14  heures. J’ai dû demander à cette femme d’aller aux urgences faire un test. Elle est revenue à 18  heures après avoir attendu quatre heures à l’hôpital. Mais certains confrères, après avoir consciencieusement interrogé la patiente, délivrent le sachet d’antibiotique sans ordonnance médicale. »

Est-ce bien raisonnable ? « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron les médecins n’avaient condamné de façon aussi forte et aussi unanime une réforme touchant le système de santé » observe Le Monde. Une première qui correspond à une montée en puissance des critiques contre Agnès Buzyn, de plus en plus perçue comme une ministre jacobine et technocratique. Certains l’accusent déjà d’organiser une « vente à la découpe » de la profession médicale. Une vente suicidaire.

A demain

@jynau

1 Mme Bagarry, Mme Cazarian, Mme Bureau-Bonnard, Mme Krimi, Mme Vanceunebrock-Mialon, Mme Dupont, Mme Robert, Mme Tuffnell, M. Pont,Mme Vidal, Mme Khattabi, M. Maillard, M. Daniel, M. Sommer, Mme Khedher et M. Fiévet.

Pour Agnès Buzyn les pharmaciens d’officine peuvent, eux aussi, diagnostiquer et prescrire

Bonjour

L’affaire sent la poudre sinon l’embrocation. Dans un entretien aux Echos Agnès Buzyn allume la mèche : feu vert gouvernemental à une mesure législative qui suscite déjà l’ire médicale. Tout a commencé il y a quelques jours lors de la discussion, en commission, du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Seize députés 1de la majorité présidentielle (LREM) ont fait adopter un amendement explosif . Pitch :

« Les médecins, les pharmaciens et les autres professionnels de santé sur un même territoire doivent pouvoir coopérer facilement, sans passer par des voies dérogatoires, et ce, afin de faciliter l’accès aux soins des patients. Aussi, les pharmaciens d’officine doivent pouvoir dispenser certains médicaments à prescription médicale obligatoire dans le cadre d’un protocole conclu avec le médecin traitant et/ou les communautés de santé des structures d’exercice coordonnées. La liste de ces médicaments est définie par arrêté des ministres.

Ceci est dans la droite ligne des coopérations recherchées aux travers des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) qui devront mailler le territoire. En mars 2018, 20 % des officines suisses proposaient ce service aux patients. Plusieurs pathologies ont été identifiées comme la cystite, la conjonctivite ou l’eczéma par exemple. Des arbres de décisions ont été définis pour harmoniser la qualité et la sécurité de la dispensation de ces médicaments par le pharmacien d’officine. »

Contre toute attente confraternelle la ministre des Solidarités et de la Santé n’y est pas opposée. Dans Les Echos elle cite  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ».

 « L’idée est intéressante, jugeait, il y a quelques jours le Dr Olivier Véran député (LREM, Isère) et proche de Mme Buzyn. Le gouvernement aura peut-être à cœur de retravailler les choses pour que l’expérimentation entre dans les cadres nécessaires. Mais en l’état, on est favorable sous réserve de l’avis de la ministre en séance publique ».

René Descartes et Wikipédia

On attend la position de l’Ordre. « Aussitôt connu, cet amendement a soulevé un tollé du côté des médecins libéraux » rapporte Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy).  La CSMF dénonce « une remise en cause complète des contours de métier ». « Cela revient à donner au pharmacien la responsabilité d’un diagnostic médical et d’une prescription de médicaments habituellement prescrits par le médecin », analyse le syndicat. Son président Jean-Paul Ortiz souligne que « le protocole est général alors que chaque individu est un cas à part. Je pense cela va générer de la non-qualité et un retard de diagnostic comme traiter une cystite alors que c’est un calcul enclavé près de la vessie. On ne peut pas mettre la médecine dans des protocoles, ce serait facile ».

 « À quoi jouent les députés ? demande le Dr Jean-Paul Hamon. Le président de la FMF rappelle qu’il a « toujours défendu les pharmaciens d’officine, barrières de sécurité sanitaire indispensables, mais s’est toujours opposé à ce que les pharmaciens changent de métier…sous prétexte de sauver un exercice en péril ! ». Quant à  MG France, il juge la méthode des députés « inacceptable » sans pour autant opposer un refus de principe.

Sans surprise la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) estime que cet amendement est « de bon sens ». Un concept qui, on le sait depuis René Descartes et Wikipédia, est la chose du monde la mieux partagée ». Ou pas.

A demain

1 Mme Bagarry, Mme Cazarian, Mme Bureau-Bonnard, Mme Krimi, Mme Vanceunebrock-Mialon, Mme Dupont, Mme Robert, Mme Tuffnell, M. Pont, Mme Vidal, Mme Khattabi, M. Maillard, M. Daniel, M. Sommer, Mme Khedher et M. Fiévet. Mis au vote, cet amendement avait été adopté en commission grâce au soutien du rapporteur général le député (LREM, Isère) et médecin neurologue hospitalier Olivier Véran.

2 Descartes R. Discours de la Méthode. «  Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup d’avantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en éloignent (…).»

Lactalis contaminé : 25 nouveaux cas et de bien étranges confessions-accusations du PDG

 

Bonjour

Quelle est la stratégie du PDG du Lactalis, premier groupe laitier mondial aujourd’hui dans la tourmente ? Après avoir observé un mutisme total au plus fort de la crise Emmanuel Besnier parle. Il se confie et ne manque pas d’étonner. Dans une interview publiée par Les Echos il déclare ainsi « ne pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé » entre 2005 et 2017.

Pourquoi une telle déclaration ? Parce que les salmonelles retrouvées dans les laits de 2017 sont les mêmes que celles de 2005. M. Besnier ne fait ici que confirmer les précieuses données déjà  établies par l’équipe de François-Xavier Weill, directeur du  le Centre National de Référence des Salmonella  de l’Institut Pasteur de Paris. Ces spécialistes ont ainsi la preuve génétique indiscutable que les deux souches de Salmonella sérotype Agona  (toutes deux responsables d’épisodes de contamination de nourrissons) sont identiques.

« Nous avons libéré des salmonelles Agona en réalisant des travaux sur les sols et les cloisons de la tour de séchage numéro 1 » reconnaît aujourd’hui le PDG. Selon lui ces bactéries pathogènes étaient « confinées » depuis des années dans « les infrastructures » de cette tour. « C’est ce que nous venons de découvrir », assure-t-il, précisant qu’en 2005, l’entreprise n’était « pas propriétaire du site ». Une manière de se défausser ?

« Zéro positif »

« Nous faisons réaliser des analyses systématiques par un laboratoire extérieur de référence. Il ne nous a communiqué aucune alerte sur les produits. En revanche, nous avons eu deux alertes à la salmonelle en août, puis en novembre, dans l’environnement. Quand cela arrive, on nettoie jusqu’à ce que tout soit conforme. Et on reprend l’activité », explique le responsable.

Emmanuel Besnier fait observer que durant la période 2005-2017 les analyses sur les produits finis ont toujours été « conformes aux exigences sanitaires ». Corollaire : il s’interroge sur le « laboratoire extérieur de référence » qui en était chargé. « Nous nous posons beaucoup de questions sur la sensibilité des analyses faites par ce laboratoire. Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16 000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la fiabilité des tests. Ce n’est pas possible qu’il y ait eu zéro positif », s’interroge le PDG du groupe laitier.

Est-ce dire que  sa responsabilité serait, ici, quelque peu diluée ? Des bébés ont-ils été contaminés entre 2005 et 2017 ? M. Besnier anticipe-t-il dès aujourd’hui des données médicales et bactériologiques à paraître [voir PS] ? Comment le « laboratoire extérieur de référence » se défendra-t-il ? Quel impact auront ces développements sur les affaires judiciaires en cours ? L’affaire Lactalis est loin, bien loin, d’être bouclée.

A demain

PS. De fait, quelques heures après les déclarations du PDG de Lactalis, l’Institut Pasteur a précisé que la même bactérie avait été à l’origine de 25 contaminations entre 2006 et 2016. «Ce sont des cas sporadiques de salmonellose chez des nourrissons, 25 sur dix ans, pour lesquels nous avons pu confirmer qu’il s’agissait de la même souche de salmonelle qu’en 2005 et 2017, a expliqué François-Xavier Weill. On a d’abord prouvé que la même bactérie de type Salmonella Agona était en cause dans les deux épidémies de salmonellose, de 2005 et 2017. Et on s’est demandé où avait pu résider la souche pendant les 12 années entre temps.  La seule hypothèse possible scientifiquement, c’est qu’elle est restée dans l’usine en question.»

Le flacon de Keytruda® ne vaut plus que 1314 €. Les troublants regrets de MSD-France  

Bonjour

Il faudra bien un jour prochain, rapprocher le prix et la morale. Chiffrer l’espérance de vie. Dire ce qu’il peut ou non en être de la solidarité citoyenne. Et pouvoir connaître les comptes des géants de Big Pharma.

C’était, hier, un scoop des Echos : un accord avait été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Scoop plus qu’opportun : une conférence de presse était organisée ce 28 novembre 2017 – conférence de presse qui se tenait (on ne se refait pas) Hôtel de Sers – Salon du Marquis, 41 Avenue Pierre 1er de Serbie, 75008 Paris.

Cela donne notamment ceci – destiné à la presse  :

« Innovation de rupture de MSD dans le cancer du poumon : Keytruda® (pembrolizumab), 1ère et seule immunothérapie mise à disposition des patients en  1ère ligne de traitement Environ 6000 patients français vont désormais pouvoir bénéficier de Keytruda® avec une médiane de survie globale plus que doublée. Keytruda® bouleverse la prise en charge en monothérapie en 1ère et 2ème lignes des patients atteints d’un cancer du poumon dans une approche de médecine de précision. »

Survie doublée

Depuis Courbevoie, MSD se félicite d’avoir trouvé un accord avec le Comité Economique des Produits de Santé (entendre le gouvernement français) permettant la prise en charge de son traitement d’immunothérapie Keytruda®  en 1ère ligne en monothérapie pour les patients souffrant de cancer bronchique non à petites cellules métastatique (CBNPC). Après des années d’attente, tout, désormais, doit aller très vite :

« Dès publication de ces éléments, les patients éligibles au traitement pourront donc bénéficier de Keytruda®. (…) Keytruda® constitue une innovation de rupture sans précédent dans l’histoire de la prise en charge de ce cancer. ‘’Pour les patients ayant un cancer du poumon au stade métastatique, la forme la plus grave, les plus susceptibles de répondre à l’immunothérapie et encore naïfs de tout traitement, Keytruda® double la survie par rapport à la chimiothérapie, avec une tolérance et une qualité de vie bien meilleures que la chimiothérapie classique. C’est une innovation majeure, qui va bouleverser la prise en charge d’un grand nombre de patients atteints de cancer du poumon. Depuis la présentation scientifique des résultats cliniques et l’obtention de l’AMM, depuis plus d’un an donc, nous attendions de pouvoir traiter nos patients avec cette immunothérapie. Dans le cancer du poumon – qui reste un des cancers les plus fréquents et les plus graves, il n’y avait pas eu d’innovation de cette ampleur depuis des années’’ a déclaré le Pr Christos Chouaid, pneumologue en oncologie thoracique au CHI de Créteil.

Réjouissance et regrets

L’argent ? Nous y voilà : « Dans un double esprit de responsabilité clinique et économique, MSD a proposé une baisse de tarif de 17 % de Keytruda®  (…) Keytruda® va baisser alors que la Commission de la Transparence a reconnu l’apport thérapeutique de Keytruda® en monothérapie avec l’octroi d’une ASMR de niveau III dans le CBNPC 1ère ligne (AMM en janvier 2017) et qu’il s’agit du seul médicament bénéficiant d’une telle reconnaissance de progrès thérapeutique dans cette indication. Le nouveau tarif du flacon de 50mg de Keytruda sera de 1314,305€ HT [contre 1583,50 € HT] et sera applicable à l’ensemble des indications de Keytruda prises en charge : CBNPC 1ère ligne et 2e ligne ainsi que le mélanome métastatique.

« L’accord négocié avec le Comité pour Keytruda® , incluant une baisse de prix et en complément du ciblage des patients, permet de répondre à l’enjeu de soutenabilité des dépenses de santé liées aux innovations de rupture (sic). Notre approche responsable s’inscrit dans la continuité de celle que nous avions déjà adoptée pour permettre l’accès universel à Zepatier®, notre traitement contre l’hépatite C », a déclaré Cyril Schiever, président de MSD France.

Applaudir ? M. Schiever a étrangement ajouté ceci : « Si nous nous réjouissons de l’accord trouvé pour Keytruda®, nous regrettons que dans le cas de cette extension d’indication thérapeutique, le cadre réglementaire français n’ait pas offert la possibilité d’un accès précoce des patients à cette innovation de rupture. Rappelons que jusque-là, avant Keytruda® , la médiane de survie des patients souffrant de cancer bronchique non à petites cellules métastatique était d’environ un an. Nous appelons de nos vœux une évolution de la réglementation pour qu’à l’avenir, les patients puissent bénéficier de ce type de traitement multi-indications dans les meilleurs délais. Nous espérons que le travail accompli ces derniers mois avec les autorités permettra d’accélérer l’accès à Keytruda® pour les patients dans les indications à venir ».

Les extensions d’indication dans le lymphome de Hodgkin (AMM en mai 2017) et dans le cancer de la vessie en 2ème ligne (AMM en août 2017) sont en cours d’évaluation par la HAS. Les spécialistes apprécieront.

A demain

Prix indécents des médicaments : rebondissement mystère dans l’affaire du Keytruda®

Bonjour

C’est un scoop économique nocturne des Echos : un accord a été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Contacté par l’Agence France-Presse, le ministère de la santé a confirmé l’information, précisant que le deal avait été passé – « après six mois de négociations ». « Keytruda® était déjà disponible pour les patients français depuis août 2014, mais de façon dérogatoire, donc pour un nombre d’indications limitées » précise le ministère. Ces indications pourront être élargies sans trop grever les dépenses de l’assurance-maladie – dépenses que le gouvernement entend par ailleurs réduire de manière drastique.

Il y a déjà plus de deux ans que le dossier Keytruda® est grand ouvert. Les gazettes généralistes évoquaient alors, en septembre 2015, la présentation des résultats essais cliniques de ce qui était déjà présenté comme l’un des futurs blockbusters du géant pharmaceutique Merck. Un peu comme on présenterait à la presse une nouvelle collection, un nouveau concept, une nouvelle tablette tactile. En avant-première, donc, le pembrolizumab – Keytruda®  pour lequel existait déjà un site illustré puisque la molécule était déjà autorisée aux Etats-Unis.

Les résultats des essais cliniques ? Tout bonnement « spectaculaires ». Et la molécule était alors autorisée depuis juillet par l’Agence européenne du médicament.

Dans le plus grand secret

Encore faudrait-il s’entendre sur les prix ; le coût unitaire du traitement allant jusqu’à 150 000 dollars par an aux États-Unis. On parlait alors, en France, de 100 000 euros par patient et par an – avec négociation sur le champ des indications. Silence total du côté du Comité Economique des Produits de Santé  (CEPS), institution qui fixe dans le plus grand secret le prix des médicaments remboursés par la collectivité.

Retour du Keytruda® dans les médias en avril 2016 : « Dénonciation du prix des anticancéreux : Emmanuel Macron signera-t-il la pétition ? » : la Ligue contre le cancer lançait alors une pétition exigeant une baisse des prix des nouveaux médicaments contre le cancer. La Ligue, vieille dame, ne parlait pas de profitinhumains mais d’optimisation des gains. 

« Face à l’inflation des prix pratiqués par des laboratoires pharmaceutiques enclins à optimiser leurs gains, des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès des patients aux traitements innovants des cancers et sur la pérennité de notre système de santé solidaire. »

Vœu pieux

La Ligue prenait ici le relais du Figaro qui avait peu auparavant en publié une pétition de plus d’une centaine de cancérologues dénonçant la situation :  « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».  Puis, en juin, Médecins du Monde (MdM) lançait une campagne, atypique destinée à faire mal : « Le Prix de la Vie ». Une campagne, une pétition adressée à Marisol Touraine et un slogan : « Le prix indécent des médicaments, ça va durer encore longtemps ? ». Conçue par l’agence DDB Paris, la campagne se « décline en douze visuels prenant pour angle la rentabilité des maladies ». Où l’on retrouvait le Keytruda®

« Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser, expliquait le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat. »

Novembre 2017 : le prix arrêté le Keytruda® n’est pas connu mais, selon Les Echos« les autorités espèrent à présent contenir en dessous de 600 millions d’euros par an la dépense liée à Keytruda® et Opdivo® [Bristol Myers Squibb], les deux traitements vedettes de l’immunothérapie en oncologie. Arrêté il y a un an le prix d’Opdivo® s’élève aujourd’hui à 5 400 euros par mois pour un malade de 70 kg – sans compter les remises secrètes négociées avec le gouvernement ».

Où l’on voit que le citoyen est loin d’être démocratiquement informé sur les coulisses d’un marché financé avec l’argent de la collectivité. Où l’on voit aussi que la célèbre démocratie sanitaire reste, ici, un vœu pieux.

A demain

1 « Le prochain anticancéreux sera à plus de 100 000 euros par an. La France acceptera-t-elle de payer ? » Journalisme et santé publique 17 septembre 2015.

2 « Indécence et prix des médicaments : MdM lance une guérilla publicitaire et vise Marisol Touraine » Journalisme et santé publique 13 juin 2016