La farce et les dindons français : comment l’Etat pourrait-il en finir un jour avec le tabac ?

Bonjour

12 avril 2019. Chercher l’erreur. « Un euro de plus sur chaque paquet de cigarettes, ça rapporte gros, observe  aujourd’hui Solveig Godeluck (Les Echos). L’augmentation de la fiscalité sur les produits du tabac a permis de prélever 900 millions d’euros de plus en 2018, d’après les chiffres du programme de stabilité transmis par Bercy à Bruxelles.  A l’automne 2017, dans le projet de budget de la Sécurité sociale, le gouvernement avait inscrit une recette supplémentaire de 510 millions d’euros sur l’année. »

Au total, les taxes sur les tabacs ont rapporté près de 13 milliards d’euros (hors TVA) en 2018 contre 11,9 milliards en 2017. « Cette bonne surprise pour le budget est un peu moins réjouissante pour la santé publique et pour les comptes de la Sécurité sociale à long terme, poursuivent Les Echos. Cela signifie que la consommation légale de tabac a un peu moins baissé que prévu. Les volumes de cigarettes ont néanmoins diminué de 9,1 % en 2018, a calculé l’association ‘’Droits des non-fumeurs’’, une baisse substantielle. » Mais l’Etat s’attendait à un recul plus important encore de la consommation compte tenu de l’ampleur du renchérissement des taxes. Gouverner c’est, aussi, calculer.

Cigarette électronique/réduction des risques

Résumons. Il y a un an se mettait en place, à l’initiative du gouvernement, un programme d’augmentation par étapes des prix/relèvement de la fiscalité jusqu’en 2020. Il s’agissait, officiellement de lutter contre la consommation de tabac en annonçant que le paquet de cigarettes atteindrait un minimum de 10 euros en 2020. On observe d’autre part (et en dépit du déni gouvernemental quant aux vertus de la cigarette électronique/réduction des risques) que les tentatives pour arrêter de fumer sont sur une pente croissante encouragées par une meilleure prise en charge des substituts nicotiniques par la collectivité.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics/autorités sanitaires ont annoncé (sans jamais fournir de données statistiques objectives) une diminution, en un an et demi, de 1,6 million de fumeurs.  « De leur côté, notent Les Echos, les industriels du tabac ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 3,9 % en 2018 du fait de l’augmentation du prix moyen, en dépit de la baisse des volumes, note ‘’Droits des non-fumeurs’’. Un chiffre d’affaire qui s’est élevé à 15,65 milliards. » Sans parler des ventes parallèles, des achats à l’étranger et de la contrebande qui, par définition, ne figure pas dans les statistiques officielles. Où est l’erreur ?

A demain

@jynau

 

Publicité : heureuses comme Heineken® et Guinness® aux stades de l’inconscient humain

Bonsoir

« Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons ». On peut le dire autrement : expliquer que la publicité a un impact majeur sur nos consommation, notre santé, notre vie. Et les  amateurs de rencontres sportives n’y échappent pas, bien au contraire, via les incrustations publicitaires aux armes des marques de boissons alcooliques industriellement élaborées.

Une étude franco australienne à paraître dans la revue Drug and Alcohol Review  apporte sur ce thème de nouvelles et sombres lumières. Elle a mesuré ce qui résulte de  l’exposition des téléspectateurs aux logos alcooliques omniprésentes dans les stades et sur les écrans.« Il y a beaucoup de données déjà publiées sur la corrélation entre le temps d’exposition (aux marques de boissons alcooliques) et le niveau de consommation , explique Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble et coauteur de l’étude. L’intérêt de ces recherches c’est de voir, au-delà de la corrélation, si on a un effet causal sur la perception des marques et de l’alcool en général».

On sait qu’en France la loi Evin interdit (en théorie et depuis près d’un quart de siècle) le « parrainage sportif » par des alcooliers. Pour autant les téléspectateurs peuvent y être exposés lors des compétitions internationales télévisées. Dernière démonstration en date : le sacre noir 1 de la Guinness, sponsor principal du dernier tournoi des VI Nations – désormais intitulé « Guinness Six Nations » – sauf (pour l’heure) en France : « L’exception française au cœur du « Guinness/Greatness Six Nations » » (MAGALI TÉZENAS DU MONTCEL, Les Echos)

Rassurer les alcooliers

Pour cette étude franco-australienne une centaine de citoyens français volontaires ont été répartis en trois groupes – groupes qui ont visionné un extrait de match de rugby où était visible soit la marque de bière Heineken, soit la marque néo-zélandaise Steinlager, moins connue en France, soit un sponsor n’ayant aucun lien avec l’alcool (la marque d’huile de moteur Castrol Edge). Puis on leur a ensuite demandé de classer de «très agréable» à «très désagréable» des images de boissons alcooliques (avec ou sans marque), des bouteilles d’eau ou des aliments et différents autres objets.

Les résultats rassureront, s’il en était besoin, alcooliers industriels et publicitaires ? Ils montrent que ceux qui ont visionné un extrait où une marque de bière était présente ont ensuite une évaluation indirecte plus positive de cette marque. Pour les chercheurs suggère «qu’elle est plus facilement accessible en mémoire, et qu’elle sera plus susceptible d’être prise en considération lorsque l’individu devra faire un choix».

Mieux : ces résultats sont également observés lorsque les participants ont au préalable effectué une tâche destinée à diminuer leurs capacités de concentration observent les auteurs de l’étude. « Cela implique que les processus sous-jacents à la publicité pour de l’alcool se produiraient de manière automatique, sans qu’il ne soit nécessaire de traiter volontairement et consciemment le message , estime Laurent Bègue. Ce résultat doit sensibiliser au fait qu’on peut être influencé par des images sans en être nécessairement conscient. Cette nouvelle étude est un argument supplémentaire pour que les pouvoirs publics mettent autant d’énergie à réguler la publicité pour l’alcool que celle pour le tabac. »

Où l’on voit qu’un spécialiste affûté de psychologie sociale peut ne pas connaître des véritables énergies qui animent les « pouvoirs publics ». « Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons » est de George Orwell.

A demain

@jynau

1 Extrait du discours des Gros Pardessus internationaux : « Ce sponsoring est un accord de six ans et renforce considérablement l’engagement de GUINNESS envers le rugby, et s’ajoute à un portefeuille qui compte déjà le Guinness PRO14, des partenariats avec les fédérations anglaises, irlandaises, écossaises et galloises ainsi que les provinces du Leinster et du Munster.

GUINNESS travaillera avec le Tournoi des Six Nations pour construire sur l’incroyable patrimoine de sa marque. En particulier, l’équipe GUINNESS essayera de soutenir l’expérience des joueurs et des supporters, et utilisera son sponsoring pour encourager les millions de supporters adultes qui regardent ou assistent aux matchs, de boire de manière responsable.

Pour commenter ce nouveau partenariat, le PDG des Six Nations Benjamin Morel a dit : ‘’Nous sommes absolument ravis d’augmenter notre relation de longue date avec GUINNESS, et ce sera un super sponsor principal du Plus Grand Tournoi de Rugby. GUINNESS est un leader mondial et notre partenariat entre deux marques emblématiques va nous permettre d’atteindre de nouvelles audiences sur une échelle globale. On ne peut être plus enthousiastes de travailler avec l’équipe GUINNESS ces prochaines années pour développer de manières nouvelles et innovantes pour se connecter avec les supporters et les consommateurs. »

 

Foule sentimentale : Eric Zemmour fait-il partie de la tradition des «polémistes français» ?

Bonjour

« France moisie » ? Voici un nouveau symptôme, médiatique, à ranger dans le syndrome sans nom dont nous souffrons. Il nous est rapporté par Le Monde (François Bougon). Dans une lettre adressée à Guillaume Durand, animateur de la matinale de Radio Classique, et publiée dans le numéro de mars du Nouveau Magazine littéraire, son directeur éditorial, Maurice Szafran, explique sa décision d’abandonner la radio, alors qu’il y intervenait presque chaque semaine depuis plusieurs années.

Pourquoi ? A cause de la récente arrivée, parmi les éditorialistes de cette filiale du Groupe Les Echos (pôle média de LVMH), d’Eric Zemmour. Le célèbre polémiste y rejoint notamment des plumes majoritairement de droite ou de centre droit – comme, précise Le Monde, Philippe Tesson, Jean-Louis Bourlanges, Luc Ferry, Guillaume Tabard (Le Figaro), et quelques voix de gauche, parmi lesquelles Laurent Joffrin, le directeur de Libération. On observera l’absence radicale de femmes.

Précision : Maurice Szafran ne conteste en aucune façon la liberté « éditoriale » de son confrère mais il entend exercer la sienne : celle de se retirer « d’une radio où Zemmour est appelé à jouer un rôle majeur, ne serait-ce qu’en raison de ses prochains et inéluctables “dérapages” ». Où l’on retrouve la trace de Minority Report.

« Prêcheur de haine culturelle »

« Ce n’est pas la première fois qu’Eric Zemmour provoque un départ, rappelle Le Monde. Le 19 février, le jour des manifestations contre l’antisémitisme, invité sur le plateau de LCI, le polémiste du Figaro, chantre du déclinisme, pourfendeur du féminisme et de l’islam – en mai 2018, il a été condamné en appel pour des propos islamophobes –, dénonce ‘’l’immigration de masse, terreau de l’antisémitisme’’ et défend ‘’les identitaires [qui] ne sont pas nazis’’. ‘’Ils essayent de défendre l’identité de la France contre l’islamisation. Ce n’est pas nazi’’, déclare-t-il. Ces saillies ont provoqué le départ comme chroniqueur de la chaîne d’information en continu de l’humoriste Yassine Belattar. »

Dans sa lettre, Maurice Szafran affirme ne pas vouloir appartenir à la même « collectivité éditoriale » qu’un « prêcheur de haine culturelle ou de violence idéologique ». « Au moment où la société française est recuite de rages, j’espérais en des médias qui, comme Radio Classique, remplissent une fonction d’apaisement et d’explication. »

Dans sa réponse, également publiée dans le  Nouveau Magazine littéraire, son confrère Guillaume Durand explique voir dans Eric Zemmour la « tradition des polémistes français », tout en soulignant qu’« il incarne avec brio le bretteur de la gloire disparue de la France ». Ce « matinalier » juge également « normal et démocratique » qu’une voix représente les Républicains et le Rassemblement national, qui frôlent les 40 % dans les sondages. « La France, écrit-il encore,est une foule sentimentale, en ce moment violent, où ces idées et ces goûts existent. Les combattre ne signifie pas, bien au contraire, qu’il faille renoncer à les entendre et à les affronter. »

« France moisie ». Mettre un nom sur le syndrome dont nous souffrons ? A quand la voix de Sollers sur Radio Classique ?

A demain

@jynau

Vaccin contre la dengue : six responsables de Sanofi Pasteur mis en examen aux Philippines

Bonjour

Rebondissement dans l’affaire internationale du Dengvaxia®, le vaccin contre la dengue de Sanofi Pasteur. L’AFP annonce que le gouvernement philippin a fait savoir, vendredi 1er mars, que six responsables du géant pharmaceutique françai allaient être inculpés dans l’enquête sur la mort d’une dizaine d’enfants vaccinés. Les procureurs philippins accusent le groupe « de ne pas avoir observé activement et surveillé de près les sujets vaccinés », selon un communiqué du ministère de la justice.

A l’origine de cette polémique, la mort de quatorze personnes aux Philippines. L’Etat philippin, qui soupçonne que ces décès soient liés à la prise du vaccin a engagé des poursuites contre Sanofi en février 2018. Il avait aussi demandé au groupe français de rembourser l’intégralité du coût (environ 60 millions d’euros) du programme de vaccination contre la dengue lancé en 2015 auprès de huit cent soixante-dix mille enfants.

Dans un communiqué, Sanofi a fermement rejeté les accusations des autorités philippines, rappelant que l’hôpital général du pays avait assuré qu’il n’y avait« aucune preuve liant directement la prise du Dengvaxia à la mort de quatorze personnes. En dix ans d’essais cliniques, et près d’un million de doses injectées, aucune mort liée au vaccin n’a été observée. Au contraire, l’administration du vaccin a réduit les risques liés à la prévalence de la dengue dans le pays ».

Sanofi a toutefois reconnu que le vaccin pouvait augmenter le risque de développer une forme grave de la dengue dans certains cas sur des personnes vaccinées qui n’avaient pas été exposées auparavant à la maladie. Mais le groupe a toujours assuré que le Dengvaxia était sûr et s’est montré confiant « dans son potentiel prouvé pour réduire le nombre de cas de dengue dans les pays où la maladie est endémique ».

Antilles françaises, Polynésie française, île de la Réunion

En avril dernier, l’OMS a recommandé de tester individuellement les sujets devant être vaccinés avec le Dengvaxia®  – afin de s’assurer qu’ils n’ont pas été préalablement infectés et, ainsi, de réduire les risques. Sanofi rappelle que son Dengvaxia® a été évalué dans le cadre d’études cliniques ayant inclus plus de quarante mille personnes dans quinze pays, complétées par des études d’efficacité et de tolérance « de grande envergure » intégrant jusqu’à six années de suivi à ce jour.

C’est dans ce contexte que les autorités sanitaires européennes viennent d’autoriser la commercialisation du Dengvaxia®. « Avec cette autorisation, expliquent Les Echos,  le médicament va pouvoir être vendu dans les territoires européens d’outre-mer de climat tropical, comme les Antilles françaises, la Polynésie française ou encore l’île de la Réunion, durement frappée cette année par une épidémie de dengue. Il est destiné aux personnes de 9 à 45 ans ayant déjà contracté le virus par le passé, et vivant dans des zones où il est endémique. »

Ce n’était pas, précisément, le projet de départ. A l’origine, Sanofi prévoyait de commercialiser son vaccin aux quelque 3 à 4 milliards de personnes menacées par cette maladie virale transmise par les moustiques dans les zones tropicales. Le marché n’est plus ce qu’il était.

A demain

@jynau

Champs de compétences : Agnès Buzyn pourrait prochainement quitter le gouvernement

Bonjour

C’est une « indiscrétion exclusive » des Echos (Cécile Cornudet) : Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, pourrait très prochainement quitter le gouvernement. Cette figure de proue de la société civile « envisagerait f’être candidate aux prochaines élections européennes » sur la liste de La République En marche (LREM). « Elle doit rencontrer prochainement Stéphane Séjourné, le directeur de la campagne du mouvement présidentiel. Sans être tête de liste, elle pourrait faire partie d’un quatuor de personnalités pour porter la campagne » précise le quotidien économique.

Il ajoute que cette l’ancienne hématologue et professeure des universités a souvent exprimé son envie de s’inscrire en politique sur la durée, dans un mandat électif. Quitter le gouvernement ? C’était le 10 février dernier. Nous avions, pour notre part, déjà perçu un symptôme signifiant.  « Quand le moment du bilan sera venu, voilà un portrait qu’il faudra retrouver » écrivions-nous. Un portrait intitulé « Buzyn, la ministre qui veut se ‘’lâcher’’ ». Signé d’Anna Cabana on le trouvait alors dans le Journal du Dimanche.

S’autoriser à parler de tout

Portrait peu banal d’une ministre longtemps tenue pour idéale et dont on découvrirait (à l’Elysée) qu’elle serait notablement sous-employée. « Profil rassurant », certes, mais ne parvenant pas à imprimer dans les médias – à la différence notable de Marlène Schiappa, 36 ans. « Aux yeux des journalistes, les sujets n’existent que s’ils sont polémiques, confiait Agnès Buzyn. Je ne parle pas fort et je ne suis pas clivante. » Et encore :

« J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujets (…) On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Elle disait encore souhaiter désormais « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). « Si cette option se confirmait, elle devrait quitter le gouvernement précisent Les Echos. Et ce à l’occasion du remaniement qui est envisagé dans les prochaines semaines pour remplacer les ministres candidats aux européennes du 26 mai et aux élections municipales de 2020. » Contacté le vendredi 22 février par Le Quotidien du Médecin  (Martin Dumas Primbault), l’entourage d’Agnès Buzyn  a déclaré « ni confirmer ni infirmer cette information » et « ne pas vouloir faire de commentaire pour le moment ». Certes. Mais jusqu’à quand ?

A demain

@jynau

Jactance et Gilets Jaunes : annulation du moratorium, pas de détricotage, zéro entourloupe

Bonjour

Les crises politiques voient émerger des mots généralement inusités sous les ors et dans les médias. C’est tout particulièrement vrai avec celle des Gilets Jaunes, une crise violente qui soulève également des difficultés linguistiques comme le rapporte Slate.fr 1. Une crise qui voit le pouvoir exécutif ne plus savoir comment dire ce qu’il entend peut-être faire.

5 décembre 2018. Après la suspension des taxes et la mise en place d’un « moratoire » justifié et développé par le Premier ministre voici que la foudre est venue, à la nuit tombée, des horloges du Palais de l’Elysée : le moratorium n’est plus vive l’annulation des taxes programmées pour janvier.

« Annulation » : Action d’annuler, de s’annuler; résultat de cette action. Annulation de mariage; cas d’annulation; demander l’annulationDroit d’annulation, recours en annulation, demande en annulation, procédure d’annulation; annulation des actes, des délibérations, des élections, des contrats, d’un testament.

« Un des résultats les plus considérables de cette annulation de l’autorité royale par des causes pourtant presque opposées, c’est que la loi salique devient inutile ». Hugo, Le Rhin,1842, p. 448.

La psychanalyse parle aussi d’annulation rétro-active.  « Défense caractérisant notamment la névrose obsessionnelle par laquelle une action est accomplie pour abolir magiquement une action antérieure. »  (Piéron 1963).

Tricoteuses

Le 5 décembre 2018 vit aussi réémerger « détricoter »  dans un pays où les femmes ne tricotent plus guère. Dans le champ politique ce verbe avait notamment été utilisé par Marisol Touraine quand, quoique ministre de la Santé de François Hollande, elle n’avait rien pu faire contre le détricotage d’une partie alcoolique de la loi Evin.

Emmanuel Macron, s’est ainsi opposé au cours du conseil des ministres, à tout rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF), a rapporté l’Elysée, confirmant une information des Echos. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a déclaré le chef de l’Etat.

« Détricoter » : Défaire les mailles d’un tricot. Familier. Défaire point par point ce qui avait été soigneusement élaboré : Détricoter une loi. Peut aussi, dans l’inconscient collectif français, renvoyer aux heures sombres des formidables « Tricoteuses »;

 A cette occasion le chef de l’Etat a « recadré » la très imprudente Marlène Schiappa qui, benoîtement, pensait pouvoir exprimer une opinion contraire à la sienne. « Recadrer » : rappeler à l’ordre après un comportement ou des propos jugés  inappropriés. Remettre dans le droit chemin.

Jactance et bobards

Et puis, après la peu banale jactance républicaine, l’émergence d’ « entourloupe ».

Les augmentations de taxes sur les carburants sont « annulées pour l’année 2019 », a confirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après' » ».

« Entourloupe » : Plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un.  Synon. fam. crasse. « Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… » (Céline, Mort à crédit,1936 p. 342)

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France Inter, à l’aube du 6 décembre : « Si nous ne réformons pas, le pays est foutu ».

A demain

@jyanu

1 « Le défi posé aux médias par les ‘’gilets jaunes’’ est aussi linguistique »  Thomas Deslogis Slate.fr 5 décembre 2018

A lire aussi: «  La crise des ‘’gilets jaunes’’ révèle l’histoire d’une France qui disparaît » Daniel Behar Slate.fr 5 décembre 2018

 

 

La «cystite» de Buzyn, le «rhume» de Fillon et la «couronne dentaire» de Castaner

Bonjour

Simplifier n’évite pas le danger. C’est tout particulièrement vrai quand le politique se pique de médecine. Trois exemples récents en témoignent.

I Nous étions en décembre 2016. La campagne pour l’élection présidentielle montait en puissance. Grand favori : François Fillon. Ce dernier commençait à s’attaquer à une Sécurité sociale en déficit, évoquant l’idée, politiquement suicidaire, que les « petits risques » pourraient ne plus être pris en charge au même titre que les « gros ».

Le 12 décembre Jérôme Chartier, alors député (Les Républicains, Val d’Oise) et porte-parole de François Fillon parlait sur France Inter (Léa Salamé). Interrogé sur le fait de savoir si, Fillon président, les rhumes seraient ou non toujours pris en charge par la Sécurité sociale, il répond:

«Le rhume, ça dépend de quel rhume. Il faut entrer dans le détail. Je ne suis pas médecin, je ne suis pas capable de vous le dire, c’est le médecin qui pourra le dire, un rhume si ça tourne mal, ça peut devenir beaucoup plus qu’un rhume, c’est le médecin qui va le déterminer.»

France Inter en fera bien vite des gorges chaudes. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, pourtant peu rompue à l’humour, osa ironiser sur Twitter : ✔@MarisolTouraine J Chartier annonce qu’avec #Fillon, seuls certains rhumes seront remboursés. Il veut indexer le remboursement sur le degré d’éternuement ? 09:48 – 12 déc. 2016

Et Florian Philippot, alors vice-président du  »Front national », d’expliquer, dans un docte communiqué, qu’«une prise en charge différenciée des consultations médicales en fonction de la sévérité des pathologies n’est pas acceptable (…). Ce qui s’apparente à un rhume peut être plus sévère.»

A dire vrai il n’était guère besoin, en décembre 2016, d’être fin spécialiste pour comprendre que l’exemple du rhume était, très précisément, celui à ne pas prendre pour établir une nouvelle cartographie des «petits risques» 1.

II Nous étions en juin 2017. Emmanuel Macron était président de la République et, déjà, présent sur tous les écrans Christophe Castaner, 51 ans. Venu du Var profond, titulaire d’un DESS de « juriste d’affaires internationales » et d’un diplôme de sciences pénales et de criminologie il n’était pas encore ministre de l’Intérieur. Porte-parole d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale il venait d’être nommé secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe.

Ce jour-là il était, déjà, invité sur RMC-BFM-Jean-Jacques Bourdin. Question de dents et de gros sous. Avec une mise en parallèle de l’impact de la hausse de la CSG pour les retraités avec la baisse des coûts de l’audioprothèse et des soins dentaires. Et tout particulièrement de la « couronne dentaire ». Christophe Castaner :

 « L’augmentation de la CSG de 1,7 % (…) touchera seulement les 20% des retraités les plus aisés et en parallèle, je peux vous dire que quand ils n’auront plus à payer les prothèses auditives, un certain nombre de soins dentaires, les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu’un exemple, ils verront qu’ils auront fait beaucoup d’économies ».

La couronne à 1 500 euros ! Réaction immédiate de la Confédération nationale des syndicats dentaires : « Mais quelle mouche a piqué le ministre ? Quel rapport entre la hausse de la CSG et les soins dentaires ? D’où sort-il ce chiffre de 1500 € alors que le prix moyen d’une couronne céramique est de 539 € et d’une couronne métallique de 321 € ? »

Christophe Castaner parlait-il d’une seule couronne de sa connaissance ou du seul exemple des couronnes dans leur ensemble ? A-t-il, à 51 ans, confondu couronne et implant ?

III Nous étions le 23 octobre 2018. Reprenant à son compte un amendement explosif permettant aux pharmaciens d’officine de diagnostiquer et de prescrire, Agnès Buzyn osait, dans Les Echos, jouer avec son camps politique contre son titre de médecin et son Ordre professionnel. Les députés macroniens avaient estimé  que plusieurs pathologies pouvaient, sans danger, être directement prises en charge (sous certaines conditions) par les pharmaciens : « la cystite, la conjonctivite ou l’eczéma par exemple ».

Et, dans le quotidien économique, la ministre des Solidarités et de la Santé d’approuver : elle cite ainsi  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ».

« Boire votre vin pur »

 « Petites maladies » ? « Diagnostic facile » ? Serait-ce si simple ? Le commentaire, sur ce blog d’U. Ucelli :

« La médecine ça a l’air simple. Cela ne l’est pas. La machine dont les médecins s’occupent, c’est un modèle unique chaque fois, globalement très similaire à tous les modèles de la série et la série, ils n’en n’ont pas les plans, on ne sait pas parfaitement comment ça fonctionne (…) La cystite c’est simple. Certes. Oui, indiscutable ! Oui, mais non. La cystite ça a l’air simple mais il y a quelques pièges qui font mal. Vous n’imaginez-pas. Même si 98% des cas sont très simples. Simples après qu’on ait fait le diagnostic. Avant c’est avant.

Donc un pharmacien/pharmacienne devra avoir un local isolé pour interroger la patiente et : vérifier qu’elle n’a pas de pertes vaginales ; pas de fièvre (la mesurer car l’interrogatoire n’est pas fiable) ; il devra s’assurer qu’il n’y a pas de douleur lombaire …  Et les recommandations très officielles que si vous ne les observez-pas vous êtes dans le rouge, c’est la HAS qui les impose aux médecins, disent de faire un examen d’urine à la bandelette réactive. Les pharmaciens en seront-ils dispensés ? Pas envisageable n’est-ce pas? Donc prélèvement d’urine et bandelette à la pharmacie. Vraiment ?

Après comment traiter ? La dame est-elle enceinte ? Quels antibiotiques reçus les derniers mois ? Est-ce une récidive ? Si oui il faut un examen d’urine au laboratoire. On peut donner un tableau similaire de simplicité pas si simple pour l’angine.

Ignorantus ignoranta ignorantum 2 Moins on en sait , moins on a peur de faire une bêtise- parce qu’on se connait pas les bêtises possibles. »

Simplifier n’évite pas le danger.

A demain

@jynau

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon »  Slate.fr 14 décembre 2016

2 « TOINETTE : IgnorantusignorantaIgnorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville. » (Molière, Le Malade imaginaire Acte III).