Lactalis contaminé : 25 nouveaux cas et de bien étranges confessions-accusations du PDG

 

Bonjour

Quelle est la stratégie du PDG du Lactalis, premier groupe laitier mondial aujourd’hui dans la tourmente ? Après avoir observé un mutisme total au plus fort de la crise Emmanuel Besnier parle. Il se confie et ne manque pas d’étonner. Dans une interview publiée par Les Echos il déclare ainsi « ne pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé » entre 2005 et 2017.

Pourquoi une telle déclaration ? Parce que les salmonelles retrouvées dans les laits de 2017 sont les mêmes que celles de 2005. M. Besnier ne fait ici que confirmer les précieuses données déjà  établies par l’équipe de François-Xavier Weill, directeur du  le Centre National de Référence des Salmonella  de l’Institut Pasteur de Paris. Ces spécialistes ont ainsi la preuve génétique indiscutable que les deux souches de Salmonella sérotype Agona  (toutes deux responsables d’épisodes de contamination de nourrissons) sont identiques.

« Nous avons libéré des salmonelles Agona en réalisant des travaux sur les sols et les cloisons de la tour de séchage numéro 1 » reconnaît aujourd’hui le PDG. Selon lui ces bactéries pathogènes étaient « confinées » depuis des années dans « les infrastructures » de cette tour. « C’est ce que nous venons de découvrir », assure-t-il, précisant qu’en 2005, l’entreprise n’était « pas propriétaire du site ». Une manière de se défausser ?

« Zéro positif »

« Nous faisons réaliser des analyses systématiques par un laboratoire extérieur de référence. Il ne nous a communiqué aucune alerte sur les produits. En revanche, nous avons eu deux alertes à la salmonelle en août, puis en novembre, dans l’environnement. Quand cela arrive, on nettoie jusqu’à ce que tout soit conforme. Et on reprend l’activité », explique le responsable.

Emmanuel Besnier fait observer que durant la période 2005-2017 les analyses sur les produits finis ont toujours été « conformes aux exigences sanitaires ». Corollaire : il s’interroge sur le « laboratoire extérieur de référence » qui en était chargé. « Nous nous posons beaucoup de questions sur la sensibilité des analyses faites par ce laboratoire. Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16 000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la fiabilité des tests. Ce n’est pas possible qu’il y ait eu zéro positif », s’interroge le PDG du groupe laitier.

Est-ce dire que  sa responsabilité serait, ici, quelque peu diluée ? Des bébés ont-ils été contaminés entre 2005 et 2017 ? M. Besnier anticipe-t-il dès aujourd’hui des données médicales et bactériologiques à paraître [voir PS] ? Comment le « laboratoire extérieur de référence » se défendra-t-il ? Quel impact auront ces développements sur les affaires judiciaires en cours ? L’affaire Lactalis est loin, bien loin, d’être bouclée.

A demain

PS. De fait, quelques heures après les déclarations du PDG de Lactalis, l’Institut Pasteur a précisé que la même bactérie avait été à l’origine de 25 contaminations entre 2006 et 2016. «Ce sont des cas sporadiques de salmonellose chez des nourrissons, 25 sur dix ans, pour lesquels nous avons pu confirmer qu’il s’agissait de la même souche de salmonelle qu’en 2005 et 2017, a expliqué François-Xavier Weill. On a d’abord prouvé que la même bactérie de type Salmonella Agona était en cause dans les deux épidémies de salmonellose, de 2005 et 2017. Et on s’est demandé où avait pu résider la souche pendant les 12 années entre temps.  La seule hypothèse possible scientifiquement, c’est qu’elle est restée dans l’usine en question.»

Le flacon de Keytruda® ne vaut plus que 1314 €. Les troublants regrets de MSD-France  

Bonjour

Il faudra bien un jour prochain, rapprocher le prix et la morale. Chiffrer l’espérance de vie. Dire ce qu’il peut ou non en être de la solidarité citoyenne. Et pouvoir connaître les comptes des géants de Big Pharma.

C’était, hier, un scoop des Echos : un accord avait été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Scoop plus qu’opportun : une conférence de presse était organisée ce 28 novembre 2017 – conférence de presse qui se tenait (on ne se refait pas) Hôtel de Sers – Salon du Marquis, 41 Avenue Pierre 1er de Serbie, 75008 Paris.

Cela donne notamment ceci – destiné à la presse  :

« Innovation de rupture de MSD dans le cancer du poumon : Keytruda® (pembrolizumab), 1ère et seule immunothérapie mise à disposition des patients en  1ère ligne de traitement Environ 6000 patients français vont désormais pouvoir bénéficier de Keytruda® avec une médiane de survie globale plus que doublée. Keytruda® bouleverse la prise en charge en monothérapie en 1ère et 2ème lignes des patients atteints d’un cancer du poumon dans une approche de médecine de précision. »

Survie doublée

Depuis Courbevoie, MSD se félicite d’avoir trouvé un accord avec le Comité Economique des Produits de Santé (entendre le gouvernement français) permettant la prise en charge de son traitement d’immunothérapie Keytruda®  en 1ère ligne en monothérapie pour les patients souffrant de cancer bronchique non à petites cellules métastatique (CBNPC). Après des années d’attente, tout, désormais, doit aller très vite :

« Dès publication de ces éléments, les patients éligibles au traitement pourront donc bénéficier de Keytruda®. (…) Keytruda® constitue une innovation de rupture sans précédent dans l’histoire de la prise en charge de ce cancer. ‘’Pour les patients ayant un cancer du poumon au stade métastatique, la forme la plus grave, les plus susceptibles de répondre à l’immunothérapie et encore naïfs de tout traitement, Keytruda® double la survie par rapport à la chimiothérapie, avec une tolérance et une qualité de vie bien meilleures que la chimiothérapie classique. C’est une innovation majeure, qui va bouleverser la prise en charge d’un grand nombre de patients atteints de cancer du poumon. Depuis la présentation scientifique des résultats cliniques et l’obtention de l’AMM, depuis plus d’un an donc, nous attendions de pouvoir traiter nos patients avec cette immunothérapie. Dans le cancer du poumon – qui reste un des cancers les plus fréquents et les plus graves, il n’y avait pas eu d’innovation de cette ampleur depuis des années’’ a déclaré le Pr Christos Chouaid, pneumologue en oncologie thoracique au CHI de Créteil.

Réjouissance et regrets

L’argent ? Nous y voilà : « Dans un double esprit de responsabilité clinique et économique, MSD a proposé une baisse de tarif de 17 % de Keytruda®  (…) Keytruda® va baisser alors que la Commission de la Transparence a reconnu l’apport thérapeutique de Keytruda® en monothérapie avec l’octroi d’une ASMR de niveau III dans le CBNPC 1ère ligne (AMM en janvier 2017) et qu’il s’agit du seul médicament bénéficiant d’une telle reconnaissance de progrès thérapeutique dans cette indication. Le nouveau tarif du flacon de 50mg de Keytruda sera de 1314,305€ HT [contre 1583,50 € HT] et sera applicable à l’ensemble des indications de Keytruda prises en charge : CBNPC 1ère ligne et 2e ligne ainsi que le mélanome métastatique.

« L’accord négocié avec le Comité pour Keytruda® , incluant une baisse de prix et en complément du ciblage des patients, permet de répondre à l’enjeu de soutenabilité des dépenses de santé liées aux innovations de rupture (sic). Notre approche responsable s’inscrit dans la continuité de celle que nous avions déjà adoptée pour permettre l’accès universel à Zepatier®, notre traitement contre l’hépatite C », a déclaré Cyril Schiever, président de MSD France.

Applaudir ? M. Schiever a étrangement ajouté ceci : « Si nous nous réjouissons de l’accord trouvé pour Keytruda®, nous regrettons que dans le cas de cette extension d’indication thérapeutique, le cadre réglementaire français n’ait pas offert la possibilité d’un accès précoce des patients à cette innovation de rupture. Rappelons que jusque-là, avant Keytruda® , la médiane de survie des patients souffrant de cancer bronchique non à petites cellules métastatique était d’environ un an. Nous appelons de nos vœux une évolution de la réglementation pour qu’à l’avenir, les patients puissent bénéficier de ce type de traitement multi-indications dans les meilleurs délais. Nous espérons que le travail accompli ces derniers mois avec les autorités permettra d’accélérer l’accès à Keytruda® pour les patients dans les indications à venir ».

Les extensions d’indication dans le lymphome de Hodgkin (AMM en mai 2017) et dans le cancer de la vessie en 2ème ligne (AMM en août 2017) sont en cours d’évaluation par la HAS. Les spécialistes apprécieront.

A demain

Prix indécents des médicaments : rebondissement mystère dans l’affaire du Keytruda®

Bonjour

C’est un scoop économique nocturne des Echos : un accord a été trouvé, le 23 novembre entre la filiale française du géant pharmaceutique américain MSD et le gouvernement français – accord sur le prix  du plus qu’onéreux médicament anticancéreux Keytruda®. Semi- scoop car le montant du prix n’a pas été révélé. Contacté par l’Agence France-Presse, le ministère de la santé a confirmé l’information, précisant que le deal avait été passé – « après six mois de négociations ». « Keytruda® était déjà disponible pour les patients français depuis août 2014, mais de façon dérogatoire, donc pour un nombre d’indications limitées » précise le ministère. Ces indications pourront être élargies sans trop grever les dépenses de l’assurance-maladie – dépenses que le gouvernement entend par ailleurs réduire de manière drastique.

Il y a déjà plus de deux ans que le dossier Keytruda® est grand ouvert. Les gazettes généralistes évoquaient alors, en septembre 2015, la présentation des résultats essais cliniques de ce qui était déjà présenté comme l’un des futurs blockbusters du géant pharmaceutique Merck. Un peu comme on présenterait à la presse une nouvelle collection, un nouveau concept, une nouvelle tablette tactile. En avant-première, donc, le pembrolizumab – Keytruda®  pour lequel existait déjà un site illustré puisque la molécule était déjà autorisée aux Etats-Unis.

Les résultats des essais cliniques ? Tout bonnement « spectaculaires ». Et la molécule était alors autorisée depuis juillet par l’Agence européenne du médicament.

Dans le plus grand secret

Encore faudrait-il s’entendre sur les prix ; le coût unitaire du traitement allant jusqu’à 150 000 dollars par an aux États-Unis. On parlait alors, en France, de 100 000 euros par patient et par an – avec négociation sur le champ des indications. Silence total du côté du Comité Economique des Produits de Santé  (CEPS), institution qui fixe dans le plus grand secret le prix des médicaments remboursés par la collectivité.

Retour du Keytruda® dans les médias en avril 2016 : « Dénonciation du prix des anticancéreux : Emmanuel Macron signera-t-il la pétition ? » : la Ligue contre le cancer lançait alors une pétition exigeant une baisse des prix des nouveaux médicaments contre le cancer. La Ligue, vieille dame, ne parlait pas de profitinhumains mais d’optimisation des gains. 

« Face à l’inflation des prix pratiqués par des laboratoires pharmaceutiques enclins à optimiser leurs gains, des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès des patients aux traitements innovants des cancers et sur la pérennité de notre système de santé solidaire. »

Vœu pieux

La Ligue prenait ici le relais du Figaro qui avait peu auparavant en publié une pétition de plus d’une centaine de cancérologues dénonçant la situation :  « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».  Puis, en juin, Médecins du Monde (MdM) lançait une campagne, atypique destinée à faire mal : « Le Prix de la Vie ». Une campagne, une pétition adressée à Marisol Touraine et un slogan : « Le prix indécent des médicaments, ça va durer encore longtemps ? ». Conçue par l’agence DDB Paris, la campagne se « décline en douze visuels prenant pour angle la rentabilité des maladies ». Où l’on retrouvait le Keytruda®

« Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser, expliquait le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’Etat. »

Novembre 2017 : le prix arrêté le Keytruda® n’est pas connu mais, selon Les Echos« les autorités espèrent à présent contenir en dessous de 600 millions d’euros par an la dépense liée à Keytruda® et Opdivo® [Bristol Myers Squibb], les deux traitements vedettes de l’immunothérapie en oncologie. Arrêté il y a un an le prix d’Opdivo® s’élève aujourd’hui à 5 400 euros par mois pour un malade de 70 kg – sans compter les remises secrètes négociées avec le gouvernement ».

Où l’on voit que le citoyen est loin d’être démocratiquement informé sur les coulisses d’un marché financé avec l’argent de la collectivité. Où l’on voit aussi que la célèbre démocratie sanitaire reste, ici, un vœu pieux.

A demain

1 « Le prochain anticancéreux sera à plus de 100 000 euros par an. La France acceptera-t-elle de payer ? » Journalisme et santé publique 17 septembre 2015.

2 « Indécence et prix des médicaments : MdM lance une guérilla publicitaire et vise Marisol Touraine » Journalisme et santé publique 13 juin 2016

Présidence des riches : le gouvernement va adoucir sa hausse de la fiscalité sur les cigares

Bonjour

C’est une information des Echos (Ingrid Feuerstein) – une information que la ministre de la Santé n’a pas commentée : les buralistes ont obtenu que le palais de l’Elysée fasse un « geste sur les cigares ». Le gouvernement a déposé  un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. Il s’agit de réviser la trajectoire de hausse de la fiscalité des cigares et des cigarillos. « L’augmentation globale de la fiscalité est très légèrement atténuée, tout en respectant l’objectif de convergence des prix souhaité par le gouvernement », précise l’amendement, qui sera prochainement examiné au Sénat.  On appréciera les pincettes.

« Le plan de marche du gouvernement pour augmenter les prix du tabac, inscrit dans le budget de la Sécurité sociale, prévoyait initialement  une hausse encore plus marquée pour les produits de substitution (tabac à rouler, à mâcher ou cigares), afin d’éviter les effets de report, rappellent Les Echos. Avec pour intention que les tarifs de ces produits rattrapent progressivement ceux des cigarettes, sachant qu’à l’heure actuelle, leur fiscalité est plus avantageuse. »

Mais le gouvernement a composé. Avec les buralistes et leur ire continuelle. Avec la Fédération des fabricants de cigares qui jugeait « incompréhensible » cette trajectoire fiscale. Ses représentants avaient « pointé le risque que les fumeurs abandonnent les cigarillos pour revenir à la cigarette » (sic). D’où cette concession du gouvernement, « de manière à permettre au secteur de s’adapter aux évolutions prévues ». Les autres types de tabac (à priser, à rouler, à mâcher) ne sont pas concernés par ce « geste ».

Président fumeur de Havane

Le Sénat ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé vient de s’y exprimer. C’était lors de l’ouverture des Dixièmes rencontres de l’ association bronchopneumopathie chronique obstructive .

« Nous le savons, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie chronique très invalidante, dont la fréquence augmente sur notre territoire. Aussi implique-t-elle une activité médicale importante : le nombre d’hospitalisations se situe, chaque année, entre 100 000 et 160 000 (…)

« Le premier des facteurs de risque pour la bronchopneumopathie chronique obstructive, c’est le tabac. Deux décès par insuffisances respiratoires chroniques sur trois sont attribuables à la cigarette (…) je veux faire de la lutte contre le tabac auprès des plus jeunes, ma priorité. Deux adolescents de 17 ans sur trois fument tous les jours.

 « Ce sont donc 250 000 adolescents qui rentrent dans une consommation chronique de tabac. C’est pourquoi l’un des trois objectifs du programme national de réduction de tabagisme est d’aller, d’ici 2032, vers la première génération sans tabac : c’est l’engagement du président de la République. »

Qui sera président de la République française en 2032 ? Combien de BPCO ? Et qui, alors, dégustera des Havanes ?

A demain

 

Le premier médicament «avalé-connecté» bientôt sur le marché. Applaudir ou s’inquiéter ? 

 

Bonjour

Mi-novembre 2017. Gel sur la France et réveil avec George Orwell. De ce côté-ci de l’Atlantique l’information vient d’être donnée par la BBC « FDA approves ‘trackable’ pill » et par Les Echos : « Les Etats-Unis autorisent le premier médicament connecté ». « Les médicaments seront bientôt plus intelligents que les malades » croient savoir Les Echos. Avec toutes les conséquences que l’on peut, désormais, redouter. The New York Times ne s’y est pas trompé : « First Digital Pill Approved to Worries About Biomedical ‘Big Brother’ »

Résumons. La  Food and Drug administration (FDA), l’agence américaine du médicament , vient d’approuver la mise sur le marché de la première « pilule connectée ». Il s’agit d’une spécialité à visée psychiatrique : un « antipsychotique » auquel on a associé un capteur assurant une traçabilité sans faille. capable de tracer la régularité à laquelle il est absorbé. Abilify MyCite (aripiprazole) est plus précisément un traitement destiné aux personnes souffrant de schizophrénie et de troubles bipolaires. « Il sera proposé à certains assureurs à partir de l’an prochain » annoncent Les Echos qui ne dit rien sur les intentions de notre Assurance maladie.

Rien de sorcier : le capteur, de la taille d’une puce, génère un signal électrique dès qu’il entre en contact avec les sucs gastriques – signal aussitôt détecté par un patch collé sur le corps. Un tiers peut ainsi, via un signal Bluetooth et une application smartphone, avoir accès à une série de précieuses informations (comme la date et l’heure d’ingestion du médicament). Le capteur peut aussi collecter des éléments sur le rythme de vie (heures de sommeil, niveau d’activité…). « Les patients peuvent autoriser jusqu’à cinq personnes à recevoir ces informations » nous explique-t-on. A commencer par le médecin prescripteur – sans oublier l’assureur.

Appétits des assureurs

Ce premier « médicament électronique » est le fruit d’une collaboration entre le laboratoire japonais Otsuka Pharmaceutical (producteur d’Abilify MyCite), et l’entreprise californienne Proteus Digital Health, qui a conçu le capteur. « Profitant de l’appétit des investisseurs pour le secteur de la santé, cette dernière a levé 400 millions de dollars auprès de fonds et d’autres laboratoires, dont Novartis, pour financer ses travaux sur les capteurs » précise Les Echos.

Pour l’heure la plupart des médias applaudissent : voilà le remède tant attendu pour améliorer le respect des prescriptions médicales. Et de se lamenter sur les coûts faramineux des failles dans l’observance : 9 milliards d’euros par an en France assurent Les Echos.

Le prix d’Abilify MyCite électronique qui n’a pas encore été fixé. Il dépendra de l’accueil que lui réserveront les bienveillants assureurs santé qui verront là une source d’importantes économies. Bien évidemment, en retour, ils consentiront de conséquentes réductions tarifaires aux patients-clients acceptant d’être connectés.

Outre-Atlantique certains médecins s’élèvent toutefois déjà contre l’utilisation potentiellement intrusive et coercitive de cette technologie. Et pour tenter de répondre à ces interrogations, Otsuka Pharmaceutical a embauché plusieurs spécialistes de bioéthique. Gel sur la France et réveil avec George Orwell.

A demain

Les médecins traitants vont-ils devoir demander «l’orientation sexuelle» de leurs patients ?

Bonjour

Qui trop embrasse mal étreint ? C’est une information en provenance d’outre-Manche, diffusée par la BBC (« NHS patients to be asked about sexuality »)  et les Echos (Alexandre Counis): « Les médecins anglais invités à demander l’orientation sexuelle des patients ». Le célèbre National Health Service (NHS) recommande désormais aux membres du corps médical anglais de poser la question à tous les patients âgés de plus de 16 ans, à chaque entretien en face-à-face. La mesure, bientôt obligatoire, fait partie des nouvelles lignes directrices qui viennent d’être publiées (« Implementation Guidance Fundamental Standard for Sexual Orientation Monitoring).

« Parmi ces différentes propositions, quelle est celle qui correspond le mieux à la manière dont vous vous définiriez ? », devront demander les médecins. Leurs patients devront ainsi choisir entre « hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, autre orientation sexuelle, incertain, non établi ou inconnu ». Même Knock n’aurait pas osé.

Soins adaptés

L’objectif de cette étonnante collecte de données ? Eviter les inégalités de traitement dont sont victimes les patients homosexuels. Le NHS veut s’assurer qu’il respecte l’« Equality Act » de 2010 en adaptant ses soins aux spécificités de chaque patient, en particulier lorsqu’ils sont homosexuels.

Selon le NHS, les patients homosexuels ou bisexuels seraient davantage sujets aux risques d’automutilation ou de suicide que le reste de la population. « Collecter et analyser des données sur l’orientation sexuelle permet de mieux comprendre ces patients, de mieux leur répondre et d’améliorer leur accès aux services de santé », précisent les lignes directrices.

« La Fondation LGBT, qui a été associée au projet, ajoute que les patients homosexuels ou bisexuels seraient sept fois plus souvent exposés à la drogue que la moyenne, et deux fois plus exposés au risque de ‘’binge drinking’’, précise Les Echos. Dans un pays où l’on collecte les données raciales des gens lorsqu’ils prennent une carte de bibliothèque municipale, tout le monde semble s’accorder sur le fait que la mesure part d’un bon sentiment. »

Chambres à coucher

Pour autant «  ce qui semble bon sur le papier… devient très intrusif quand on l’applique dans la vraie vie », observe la conservatrice Nicky Morgan, ancienne secrétaire d’Etat à l’éducation. De même l’Association des médecins de famille estime « potentiellement intrusif et offensant » pour les médecins de surveiller la sexualité des gens, estimant, sur la BBC que « l’Etat n’a rien à faire dans nos chambres à coucher ».

Les patients pourront certes refuser de répondre à la question de leur médecin ou de leur infirmière. Mais le NHS recommande que leur réponse soit dans ce cas consignée sous l’intitulé « non établi » dans le nouveau système de surveillance qui devrait être mis en place, avant avril 2019, dans l’ensemble de l’Angleterre.

On attend, en France, le point de vue du Conseil national de l’Ordre des médecins et celui de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

A demain

Désert médical et capitale : quand les infirmiers remplaceront les médecins de l’AP-HP

Bonjour

25 septembre 2017. La République En Marche n’est pas entrée au Sénat et, déjà, les déserts médicaux ont atteint la capitale. Pire, ses bastions hospitaliers jusqu’ici inexpugnables seraient touchés. Un symptôme : la toute dernière commission médicale d’établissement de l’AP-HP début septembre. L’affaire vient d’être traitée par le site Medscape à la lumière des informations des Échos qui avaient « vendu la mèche ».

Que faire pour contrer des déserts menaçants de part et d’autre de la Seine parisienne ? Comment pallier les sous-effectifs médicaux quand on ne peut les augmenter ? Les solutions envisagées sont de nature à décoiffer. Il s’agit, ni plus ni moins, que de multiplier par dix, puis par vingt, le nombre de soignants impliqués dans des « pratiques avancées » : des infirmiers habilités à pratiquer certains actes médicaux. On entend, déjà, la polémique.

Oïkeiosis

On compte, actuellement à l’AP-HP, 45 soignants en « pratiques avancées ». L’objectif est désormais de faire passer au plus vite ce nombre à 500 – puis à 1000 d’ici fin 2019. Contacté par Medscape édition française, l’AP-HP a confirmé les informations des Échos – mais « sans vouloir toutefois dévoiler les contours du projet de transformation élaboré par le premier CHU de France » ; Un projet joliment baptisé Oïkeiosis 1. Un projet radicalement contesté par la CGT :

« Les Directeurs de l’AP-HP se sont autorisés à penser au cours d’un séminaire au mois de juillet. Il en résulte un plan stratégique d’ensemble visant à désintégrer encore plus l’APHP (…) Encore un pas de plus dans la mobilité débridée contrariant la vie privée des agents ! Pour les agents hospitaliers ou les AEQ, une formation sera obligatoire pour leur imposer une orientation vers un « nouveau métier » (sic) (…) OIKEIOSIS est un nom grec et un concept stoïcien d’appropriation, passant par l’acceptation de la destruction de tout ce qui contrarie une communauté. » 

Soins « low cost »

Certains parlent déjà de directions hospitalières organisant des soins « low cost ». Plus généralement les syndicats infirmiers sont plus que réservés. « Nous sommes hostiles au transfert d’actes quand il s’agit d’un simple glissement de tâches, avec une formation théorique de 25 heures sans validation », a déclaré Thierry Amouroux, président du Syndicat national des professionnels infirmiers, aux Échos. Ce syndicat dit attendre le décret sur « l’infirmier en pratique avancée », défini par la loi de santé (qui réclamerait un niveau « master »). Ce décret précisera notamment les domaines d’intervention, les actes techniques et les actes de surveillance clinique et les prescriptions de produits de santé.

« Délégation de tâches » ? Elle a, rappelle Medscape, été définie par la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) – dite Loi Bachelot, en 2009. Mais les procédures sont lourdes et la fluidification des rouages reste à faire. A la pointe du nouveau progrès la direction de l’AP-HP voudrait que les choses avancent au plus vite. Et pour susciter des vocations chez les infirmiers elle souhaiterait qu’un texte réglementaire autorise une meilleure rémunération des tâches supplémentaires.

A demain

 1 Oïkéiosis (en grec ancien οἰκείωσις) est un concept par lequel l’être vivant s’appartiendrait. Que l’être s’appartient signifie qu’il ne passerait pas à côté de lui-même, et « saisirait son être comme le sien propre »1. On le traduit par « apparentement » ou encore « appropriation ».