«Buralistes en colère» et «cannabis légal»: les ventes progressent un peu partout en France

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La chronique du phénomène est fidèlement tenue par le site des buralistes français. Et force est de constater que la progression est rapide – à Paris comme dans de nombreuses villes, petites ou grandes, du pays.

Prenons le cas  rapporté par L’Est Républicain (Jacques Balthazard). On apprend qu’à Montbéliard, « Le Royal » est le premier dépôt de tabac presse « équipé depuis peu d’un rayon de produits dérivés du chanvre ». Ces derniers répondent à la réglementation en vigueur concernant ce type de produit naturel. D’où l’appellation donnée par certains de « cannabis légal ». On y explique que l’article R.5132-86 du Code de santé publique autorise certains principes actifs extraits du plant de chanvre tel que le cannabidiol. Sous réserve que la teneur en tétrahydrocannabinol (THC) soit inférieure à 0,2 %.

« Il n’y a pas d’effet psychotrope à ce taux. Les experts en pharmacodépendance appellent toutefois à la prudence, jugeant qu’il n’y a pas assez de recul par rapport à ce type de produits. Toujours est-il que ce dispositif réglementaire, qui pourrait évoluer dans un avenir proche, permet de commercialiser ces dérivés du chanvre sous forme de tisane, cristaux, huiles et autres liquides pour cigarette électronique. »

A Montbéliard « Le Royal » sera le premier à distribuer ce type de produits sous la marque « BuralZen® » (sic). « Une marque distribuée à l’échelle nationale dans le seul réseau des dépôts de tabac presse », précise-t-on. Le sachet de plantes à infuser de trois grammes est vendu au prix de 29,90 euros. Chacun des produits proposés est accompagné d’un rapport d’analyse réalisé par un laboratoire indépendant garantissant en particulier la teneur en THC dans les limites prévues par la loi. Les plants de chanvre sont cultivés en Suisse puis les dérivés sont envoyés chez un importateur en Lozère.

Macron et la diversification

Le phénomène vient de troucher Dijon, comme le rapporte Le Bien Public. Au « Petit Cîteaux » on trouve du CBD en liquide pour vapoteuse ou en sachet de fleurs de chanvre En une journée, les sept poches en stock ont toutes été vendues. Et d’autres buralistes de la ville suivent.

« ‘’C’est simple, Macron nous a dit de nous diversifier… Eh bien voilà, je me diversifie’’, s’amuse une buraliste dijonnaise.  buraliste. ‘’Entre la hausse du prix du tabac, les cigarettes vendues illégalement, etc. … cela fait du mal au métier. Je me suis donc lancée, il y a un an, avec le liquide pour cigarette électronique. J’étais obligée et je ne le regrette pas. Concernant le CBD, j’ai des clients qui m’en achètent pour arrêter de fumer des pétards, pour retrouver le goût, sans avoir les effets négatifs. Cela détend, soulage et, surtout, c’est légal ! »

Pour 10 ml de liquide Amnesia (dosé à 100 mg de CBD) c’est 19,90 euros ; pour un dosage plus fort, à 300 mg de CBD, on est à 39,90 euros, indique cette buraliste. « Notre marge est bien plus grande sur ces produits que sur un paquet de cigarette où l’on gagne maximum entre 20 et 30 centimes. Avec le CBD, c’est nous qui fixons les prix » ajoute-t-elle.

A l’origine de cette vague montante : l’association nationale « Buralistes en colère ». La Confédération nationale des buralistes a mis en place un « groupe de réflexion » sur ces « produits dérivés du chanvre » mais cette association a pris les devants avec la marque BuralZen®. Responsable nationale de la structure, Eric Hermeline explique que « l’enjeu est économique. Il s’agit de produits en plein essor. Le marché est conséquent. Il doit nous permettre de compenser, en partie au moins, les pertes enregistrées suite aux augmentations de prix du tabac ».

Agnès Buzyn et Emmanuel Macron avaient-il imaginé une telle « compensation » ? Quelle sera leur réaction ?

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Trois viols et quatre agressions sur des patientes: combien pour le pharmacien-biologiste ?

 

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Violences et agressions sexuelles cinématographiques outre-Atlantique. Justice en deçà. Sans oublier de nouvelles promesses présidentielles et un futur avant-projet de loi dévoilé dans La Croix par la secrétaire d’Etat ad hoc. Et le hashtag #balancetonporc qui fait fureur et frémir.

Et puis la justice, à son rythme, entre Nancy et Metz. Accusé : un pharmacien-biologiste. La première plainte à son encontre avait été déposée en décembre 2005 par une infirmière exerçant dans une maternité. Lors d’un prélèvement gynécologique dans son laboratoire, il avait palpé son pubis, introduit un doigt dans ses parties génitales, et tenu des propos déplacés, lui narrant notamment des détails sur sa vie sexuelle. Un grand classique du genre.  Des faits très proches de ceux relatés ensuite par d’autres femmes, parties civiles.

« Dans une nasse »

Dix ans après la première plainte l’affaire était arrivée devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle. On peut lire ici le compte-rendu d’audience de 2015 de L’Est Républicain (Christophe Gobin) : « Viols : 7 ans contre le biologiste de Jarville ».

« Un poisson coincé dans une nasse. Il a beau se débattre encore et encore. Rien n’y fait. Le biologiste de Jarville n’arrive pas à échapper aux questions de la présidente. Dans le box de la cour d’assises de Nancy, cet homme de 56 ans écarte les bras, fait des grands gestes et donne de la voix. Il multiplie les dénégations. Il se défend pied à pied. Viols après viols. La Justice lui reproche d’avoir abusé de cinq patientes lors de prélèvements dans son laboratoire. Pour l’une, le praticien parle carrément ‘’d’affabulations’’. Pour les quatre autres, il soutient : « ‘’J’ai fait mon travail comme je le fais habituellement’’. Ses gestes, purement médicaux selon lui, auraient été mal interprétés par les victimes. »

 « Le biologiste de Jarville concède, quand même, des propos ‘’déplacés’’ à l’encontre d’une de ses patientes, une jeune infirmière. Il lui a dit qu’elle avait de « belles fesses » et a demandé à voir ses seins en fin d’examen. Lors de sa garde à vue, le praticien avait avoué être allé beaucoup plus loin. Il avait reconnu avoir ‘’dérapé’’ et commis un viol (…). Pas d’excuses de l’accusé. Et pas de pitié de la part des victimes. L’avocat général requiert 7 ans de prison et l’interdiction d’exercer sa profession. Me Sandrine Aubry puis Me François Robinet reprennent un par un les cinq dossiers et plaident l’acquittement. « Vous voulez broyer ce qui reste d’espoir à cet homme en le condamnant ? » conclut Me Robinet.  Verdict : 7 ans de prison et interdiction d’exercer.

Nouveaux viols

Deux ans plus tard le pharmacien-biologiste a été condamné en appel à Metz à une peine de 6 ans de prison. Cet homme aujourd’hui âgé de 58 ans avait eu, selon la présidente de la cour d’assise de Moselle, des « actes au-delà de la pratique scientifique ».

Et ont été confirmées en appel la condamnation à ne plus exercer sa profession et à être inscrit au fichier automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. Ses nouvelles dénégations avaient, selon la procureure de la République, été vécues par ses victimes « comme un nouveau viol ». La procureure avait requis à nouveau sept années de prison, ne pouvant demander plus en raison d’une erreur du parquet général de Nancy, dont l’appel avait été annulé en cassation.

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La suite de l’affaire du médecin anesthésiste et des empoisonnements de Besançon

 

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Rien de tel qu’un beau reportage pour tenter d’approcher la vérité. Pour Le Monde notre consœur Ariane Chemin a fait le voyage de Besançon et livre les derniers éléments d’une affaire étrangement encore assez peu couverte par les gazettes : « L’anesthésiste de Besançon au cœur d’une affaire d’empoisonnement avec préméditation ».

Tout avait commencé début mars avec la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il était soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients dont deux mortellement. Le parquet dénonçait des actes « volontaires ». Le médecin niait catégoriquement tandis que la vice-procureure Christine de Curraize affirmait lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements « n’étaient pas un accident ».

 L’affaire se compliqua bien vite et l’on évoqua la notion de « frisson de la réanimation ». « Frédéric P., 45 ans » est devenu de Dr Frédéric Péchier et l’on parle de la clinique Saint-Vincent de Besançon. « Grand, sportif, barbe de trois jours, ce médecin de 45 ans, charmeur et sûr de lui, a de quoi rassurer les deux mille patients qu’il endort chaque année dans cet établissement privé de 250 lits, qui se plaçait l’an dernier en douzième place au tableau d’honneur des 50 meilleurs hôpitaux et cliniques du Point, rapporte Ariane Chemin. Preuve d’une certaine reconnaissance, ou de son autorité : on a confié à cet homme disponible le « planning » des dix anesthésistes de l’établissement. »

L’affaire de Poitiers

Six ans d’études à la fac de Poitiers, l’internat puis un poste de chef de clinique au CHU de Besançon, l’anesthésiste n’a plus quitté Saint-Vincent depuis 2005 – hormis une parenthèse de six mois à la Polyclinique de Franche-Comté. Puis, come on le sait, deux accidents cardiaques inexpliqués en début d’année. Alerté par la direction de la clinique, le parquet de Besançon commande en urgence, le 14 février, une enquête à l’Agence régionale de santé (ARS). Et Le Monde a « pris connaissance » de ce document qui conclut à « des actes intentionnels » pour ces deux accidents. Et note aussi la présence « remarquable » du médecin dans quatre cas recensés depuis 2008 à la clinique Saint-Vincent (dont deux mortels), mais aussi dans trois cas à la Polyclinique, où il n’a pourtant exercé qu’entre le 1er janvier et le 22 juin 2009.

« On m’accuse de crimes odieux que je n’ai pas commis », s’est défendu le médecin dans L’Est républicain. « Une moitié des anesthésistes de l’établissement a trouvé son coupable, tandis que l’autre défend Péchier et cherche un autre responsable, ressuscitant des jalousies feutrées de cette bourgeoisie médicale qui aime réveillonner ensemble, plongeant cette ville de douves, de créneaux et de remparts dans une ambiance toute chabrolienne » rapporte Le Monde. L’avocat du médecin, Me Randall Schwerdorffer parle d’une « affaire hors normes, sans équivalent, pas même l’histoire de Poitiers ». Il évoque ici la célèbre « affaire Mériel » que nous couvrîmes pour Le Monde à compter de 1984.

On lira avec le plus vif intérêt le reportage d’Ariane Chemin, sa volonté de comprendre en contextualisant, la complexité du milieu socioprofessionnel et celle l’enquête, la compétence reconnue du médecin et les soupçons qui émaille son parcours.  « Nous examinons une quarantaine d’autres événements indésirables graves, dont une vingtaine mortels », explique la vice-procureure de la République de Besançon. Et la procureure, Edwige Roux-Morizot, évoque des cas « échelonnés sur une période de dix-sept ans ». Qui établira la vérité ?

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A Besançon un anesthésiste est soupçonné de sept empoisonnements volontaires

 

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Que se passe-t-il aujourd’hui dans les hôpitaux français ? A quelques heures d’intrevalle le suicide d’une infirmière de 45 ans à l’hôpital Cochin de Paris et, à Besançon, la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il est soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients à Besançon, dont deux mortellement. Le parquet dénonce des actes « volontaires ». Le médecin nie catégoriquement. L’Est Républicain suit l’affaire et précise que la vice-procureure Christine de Curraize a précisé lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements ne sont « pas un accident ».

Les doses létales de potassium ou d’anesthésiques auraient été introduites « sciemment » dans des poches de perfusion de réhydratation, « où normalement, elles n’ont pas lieu d’être », ce qui montrerait qu’« il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires de nature à entraîner la mort des patients ».

Et le parquet soupçonne aujourd’hui le médecin anesthésiste (qui a exercé à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté) d’avoir administré ces doses à sept patients au moins entre 2008 et 2017. « Ce dossier va nécessiter un certain nombre d’expertises, et on n’est pas à l’abri de voir le nombre de victimes s’élargir », ajoute Mme de Curraize. Les victimes présumées, quatre femmes et trois hommes âgés de 37 à 53 ans, « n’avaient pas de prédispositions ou de fragilités particulières ». Nous ne sommes donc nullement ici dans le cadre de suicides « médicalement assistés ».

Arrêts cardiaques

Les produits ont provoqué des arrêts cardiaques chez les patients, dont deux n’ont jamais pu être réanimés : un homme de 53 ans, décédé en 2008 pendant une intervention rénale, et une femme de 51 ans, décédée en 2016 au cours d’une intervention orthopédique. Deux cas, en janvier 2017, ont alerté l’hôpital, puis la justice. Puis, explique le parquet, le lien a ensuite été fait avec les précédents empoisonnements, pour lesquels des informations judiciaires étaient ouvertes.

L’anesthésiste, lui, nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. « Mon client conteste fondamentalement tout empoisonnement que ce soit. Il dit passer sa vie à réanimer les gens, pas à les tuer, a déclaré son avocat, Me Randall Schwerdorffer. L’accident ou la négligence restent des hypothèses tangibles. C’est un professionnel archi-reconnu, de grande qualité, qui pratique deux mille anesthésies par an, et dont le métier est plus qu’un métier, c’est une passion. »,

Le parquet avait demandé un placement en détention et entend faire appel du contrôle judiciaire. Il s’agit selon lui de « faits gravissimes ». L’affaire ne fait que commencer.

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Climat délétère. De quoi la « crise explosive » du CHRU de Besançon peut-elle bien être le nom ?

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Le mal hospitalier commence désormais à s’exprimer dans les médias au-delà de la forteresse de l’AP-HP. On quitte le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien et le « cabinet noir » de l’Hôpital Européen Georges Pompidou pour le CHRU de Besançon et sa « crise explosive ». L’affaire vient d’être longuement et remarquablement exposée dans L’Est Républicain (Yves Andrikian). Le Pr Sydney Chocron a décidé de « porter sa parole dans l’espace public ».  Chef du service de chirurgie thoracique et cardiovasculaire depuis neuf ans au CHRU de Besançon, il pèse gravement ses mots :

« Le bien-être des malades est ma priorité absolue mais, vu l’état actuel des tensions au niveau du bloc opératoire, je ne peux plus garantir la qualité des soins des patients opérés du cœur au CHRU. C’est très grave, ces tensions sont le terreau d’une hausse de la mortalité.

Exacerbation des tensions

« Je suis dans ce service depuis vingt-six ans, je suis là pour que ce service tourne bien, que la prise en charge soit bonne. Quand j’en ai pris la direction voilà neuf ans, on faisait 550 interventions à cœur ouvert par an, on en fait désormais 750 et à effectif quasi constant. Le travail est lourd au niveau du bloc opératoire, des tensions se font jour et s’exacerbent entre membres du personnel. Quand le personnel soignant dépasse l’horaire de minuit, il ne revient pas le lendemain, ce qui est normal. Souvent, par manque de personnel, on annule une ou deux interventions. Il faut imaginer l’anxiété d’un malade devant être opéré du cœur. Il y a un déficit chronique de personnel soignant, infirmières, aides-soignants.

 « Je fais quatre à six programmes opératoires par semaine car il peut y avoir six ou sept urgences. Je déprogramme des patients pour des urgences liées à des infarctus ou des patients en phase pré-infarctus ou en arrêt cardiaque respiratoire. »

Monter les gens les uns contre les autres

A ce stade de l’abcès il faut agir. Un syndicat de l’établissement a ainsi alerté Chantal Carroger, la directrice générale [voir ici ses éléments de carrière]. Le Pr Sydney Chocron précise :

« Elle a réuni le personnel soignant du service sans les médecins, il y avait une trentaine de personnes, le service en compte 90. La réunion n’était pas contradictoire, elle a pris des mesures contre les médecins, qui sont meurtris. Elle est parvenue à monter des gens les uns contre les autres, d’où la situation explosive au bloc qui me fait peur. Ce qui se passe n’est la faute ni des médecins ni des infirmières mais est dû à de mauvaises conditions de travail structurelles. Le service compte des infirmières, des aides-soignantes et ASH extraordinaires (…)  « Je sais que je suis exigeant, je le suis de la même manière que je le suis envers moi-même. »

Après L’Est Républicain, c’st France Bleu (Clément Lacaton) qui a pris le relais. Sous un autre angle : « CHU de Besançon : « un risque de hausse de mortalité » à cause de tensions au bloc opératoire ».Puis France Info : « CHU de Besançon : un médecin dénonce la dangerosité d’un climat délétère ».

Certainement pas une exception

La direction du CHU de Besançon, sollicitée à plusieurs reprises par France Bleu Besançon, n’a pas souhaité répondre au micro, mais fait simplement le constat, dans un communiqué, de « comportements individuels inappropriés » et promet l’organisation de groupes de travail. Selon un responsable syndical, le manque de moyens et les économies génèrent des problèmes similaires dans d’autres services : dermatologie, radiologie… et pèsent aussi sur les rapports humains.

A entendre, ici, où là en France, les doléances (jusqu’ici privées) de médecins hospitaliers on peut redouter que le cas du CHRU de Besançon ne soit pas une exception.

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Alcools : la mort tragique de Fanny Simon, 19 ans, pompier volontaire à Saint-Hippolyte (Doubs)

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Dimanche 20 septembre. L’Est Républicain, (Sam Bonjean) – édition de Belfort.

« C’est une catastrophe. Les pompiers sont là pour sauver des vies et au final c’est elle qui a donné la sienne ». Serge Cagnion, le maire de Saint-Hippolyte (Doubs), quitte le site de l’accident, atterré. Il doit aller annoncer l’effroyable nouvelle au papa et aux deux sœurs de Fanny Simon. Cette jeune femme de 19 ans, pompier volontaire à la caserne locale, vient de mourir. Il était à peine plus de 13 h, ce dimanche après-midi. Elle se trouvait à l’arrière d’un fourgon, avec cinq autres soldats du feu. Les pompiers de la localité venaient d’être alertés par le Centre opérationnel d’incendie et de secours de Besançon pour un accident entre une moto et une voiture à Valoreille, au lieu-dit Maurice-Maison. 

« Les secours quittent leur caserne, se dirigent sur la D39, direction vallée du Dessoubre. L’engin n’a pas fait plus de 500 mètres après le panneau de sortie d’agglomération, qu’il entame un sévère virage à droite. Que s’est-il alors passé ?

Rendre les honneurs

« D’impressionnantes traces de freinage sur le bitume semblaient indiquer que le chauffeur, Romain Péchin, 24 ans, avait cherché à maintenir le fourgon sur la chaussée. En vain. Le camion est alors venu s’encastrer sur sa gauche, contre un muret, faisant littéralement voler des pierres à plus de cinq mètres de la zone d’impact. Fanny Simon, semble avoir été atteinte à la tête. Sa mort a été immédiate.

« Fanny Simon, qui préparait un CAP petite enfance, était employée à l’école maternelle de Saint-Hippolyte. Il y a de cela quelques jours seulement, avec Boris Loichot, le chef de centre, elle avait fait office de monitrice pour les apprentis sapeurs pompiers, âgés de 11 à 15 ans. Après les honneurs qui seront rendus à la jeune victime viendra le temps de l’enquête pour établir les circonstances de ce drame. »

Mardi 22 septembre. L’Est Républicain – édition de Belfort.

« Lors de l’effroyable accident de la route, survenu dimanche à Saint-Hippolyte, qui a coûté la vie à Fanny Simon, pompier volontaire de 19 ans, le conducteur du fourgon-pompe-tonne était en état d’ivresse. Il avait 2 g d’alcool dans le sang.  Avec cinq collègues, le jeune homme de 24 ans partait sur une intervention en direction de la vallée du Dessoubre quand le fourgon a percuté de plein fouet un muret. Fanny Simon est décédée sur le coup. Le conducteur a été lui-même sérieusement blessé et transporté tout comme un autre passager au CHU Jean-Minjoz de Besançon. Hier, à sa sortie de l’hôpital, le pompier conducteur d’engin de secours a été placé en garde à vue.

 Sœur d’armes

« Aujourd’hui, il a été déféré au parquet. « Cet homme est dans état psychologique préoccupant. Il n’a que des mots pour sa sœur d’armes qui est décédée, il assume ses responsabilités. J’ai requis un placement sous contrôle judiciaire avec une obligation de soins », indique le parquet de Montbéliard qui a ouvert une information judiciaire. Le jeune homme est actuellement dans le bureau du juge d’instruction qui devrait lui signifier sa mise en examen pour homicide et blessures involontaires.

« Concernant Fanny Simon, la cérémonie d’hommage national se déroulera le 24 septembre à 14 h 30 à l’Esplanade fêtes de Saint-Hippolyte. Un représentant du ministère de l’intérieur, le directeur général de la sécurité civile, Laurent Prévost est annoncé. »

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Emotions alimentaires : une Morteau dans la stratosphère ; Rubis, l’agnelle-médicale mystère

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Morteau n’est pas loin de la Suisse. Connue pour être la véritable patrie des plus belles saucisses. Elaborées dans des tuyés de  Franche-Comté à une altitude supérieure à 600 mètres. On peut aussi viser plus haut. C’est ce qui vient d’être tenté : « Une saucisse de Morteau envoyée dans la stratosphère à bord d’un ballon-sonde est portée disparue: un « appel à témoin » a été lancé mercredi 24 juin en Suisse, où la charcuterie est probablement retombée, a-t-on appris auprès des porteurs du projet ». C’est une information de l’AFP. Elle est développée dans  L’Est Républicain qui narre la performance des dix-huit élèves du club de sciences du collège Saint-Exupéry de Beaucourt (Territoire de Belfort). Ils sont osé : envoyer une Morteau à 30.000 m d’altitude :

« C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non, c’est Super Saucisse ! Dans le ciel de Beaucourt, la petite nacelle s’élève rapidement tirée par un énorme ballon gonflé à l’hélium, le tout filmé par deux caméras embarquées. A son bord, la morteau cosmonaute du club de sciences du collège Saint-Exupéry partie pour un drôle de voyage, sous les vivats de tous les élèves de l’établissement venus assister à l’événement. Il est 9 h 20 ce mardi 23 juin au matin et au collège tout s’est arrêté pour venir assister à la concrétisation de ce projet un peu fou : envoyer une saucisse de Morteau dans l’espace (…)

« Morteau dans l’espace »

Mais derrière ce côté folklorique, l’aventure « Morteau dans l’espace » est tout ce qu’il y a de plus sérieux. « C’est une véritable mise en pratique du programme de physique-chimie de 4ème », précise le professeur. Les 18 élèves du club de sciences ont travaillé depuis septembre, à raison de deux heures par semaine, pour créer la nacelle, les capteurs embarqués et le système de « largage » de la morteau. « Il nous a bien fallu six mois pour trouver le bon système. On avait d’abord imaginé une catapulte, puis un autre système avec un moteur. Mais ils n’étaient pas assez fiables. Finalement, nous avons opté pour un fil chauffant activé par une minuterie qui libérera la saucisse », expliquent Thomas et Meziane (…)

Tout s’est finalement déroulé sans encombre. Et après un peu plus de trois heures de voyage – avec des pointes à plus de 210 km/h et un point culminant à près de 30.000 m –, la nacelle a finalement retrouvé la terre ferme un peu avant Zurich, conformément aux prévisions. Dans les prochains jours, les élèves vont étudier les données – température, presion atmosphérique – collectées tout au long de ce voyage de quelque 200 km. (…) ».

Désormais, du côté de Zurich, la Suisse (allemande) enquête.

On enquête aussi du côté de Jouy-en-Josas (Yvelines). Au siège de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Moins sur une charcuterie que sur un ovin. Une agnelle génétiquement modifiée, une affaire qui tient les médias en haleine depuis plusieurs jours déjà. Comme une lointaine résonance de Dolly et d’une vache potentiellement folle passée dans les gondoles de Carrefour. Quinze ans déjà et Libé était déjà là (1).

L’Agnelle de l’Inra

Une enquête préliminaire a été ouverte a-t-on appris mercredi de source judiciaire. L’affaire est, miracle de la transparence, racontée dans le détail sur le site de l’Inra.

« Une agnelle née d’une brebis génétiquement modifiée dans le cadre d’un programme de recherche médicale a été vendue à un particulier francilien en octobre 2014. Bien que cet ovin ne présente aucun risque pour l’homme ou l’environnement, l’Institut vient d’informer le parquet de Meaux de cette infraction au code de l’environnement. Les faits avaient en effet été dissimulés par un agent de l’Institut. »

Confiance  abusée

Puis les faits ont été révélés par Le Parisien. Confiée aux gendarmes de la section de recherche de Paris, cette enquête porte sur des faits présumés de mise sur le marché sans autorisation d’un produit contenant des OGM, abus de confiance et tromperie. Tout en dénonçant un « acte inadmissible »  commis sur son site de Jouy-en-l’Inra assure que la viande de cette agnelle ne présentait « aucun risque »  pour le consommateur.

L’Institut a évoqué « une succession d’erreurs et de responsabilités dans toute la chaîne hiérarchique ». Qui paiera ? L’agnelle expérimentale se nommait Rubis. Et la direction de l’Inra se ronge les ongles.

A demain

(1) Sur la cohabitation des animaux et des hommes, un ouvrage original et éclairant vient de paraître aux éditions Le Pommier. Loin des impasses végétariennes et anthropomorphisantes c’est une formidable clef de compréhension du vivant, normal ou pathologique. C’est aussi une reprise « profondément remaniée et enrichie » de « La vengeance  de civette masquée » (2007).

« Des épidémies, des animaux et des hommes » de François Moutou, docteur vétérinaire est l’ancien directeur du laboratoire santé animale de l’Anses (Maisons-Alfort). C’est aussi un « naturaliste dans l’âme ». Ce qui tend à démontrer que les vétérinaires ont, eux aussi, une âme.