«Google my business», ou le triomphe de la liberté d’expression du patient-consommation

Bonjour

Voici de quoi alimenter le réquisitoire sans espoir contre les réseaux sociaux. Fin mai nous avions rapporté l’initiative d’un médecin, psychiatre, exerçant à Metz qui avait attaqué Google en justice. Il avait été la cible avait de commentaires publics « peu sympathiques »  quant à sa pratique. L’affaire était alors révélée par L’Est Républicain, (Kevin Grethen) et relayée par Le Quotidien du Médecin (Marie Foult).

Ce médecin avait  vu apparaître sur le net sa fiche « Google my business » (« Attirez de nouveaux clients… »). Il n’avait alors rien signé, rien autorisé. Et il réclamait  la suppression de la fiche de son cabinet et des commentaires « négatifs » dont il était la victime. Que croyez-vous qu’il arriva ? La justice le débouta –  décision rendue publique le mardi 16 juillet par la première chambre civile du tribunal de grande instance de Metz.

Le psychiatre avait sollicité Google à plusieurs reprises pour obtenir la suppression de sa fiche référencée sur le moteur de recherche et la fermeture des commentaires publics – ce que la société avait refusé. Des utilisateurs avaient notamment déposé des remarques critiquant son attitude et le tarif de ses consultations.

Information et consommation

« Agacé, le praticien avait décidé de réagir, expliquait  L’Est Républicain. Pour une question de principe, mais pas seulement. Ce système permet une cotation. Et il est mal noté. Il a vu une inflexion de la fréquentation de son cabinet. On pousse rarement la porte d’un restaurant mal noté. Pourquoi serait-ce différent pour un médecin ? Le praticien voudrait répondre, demander aux auteurs d’enlever les messages. Ils en ont le pouvoir en un clic. Mais demander à qui ? 1 Une demande d’effacement des messages avait reçu une fin de non-recevoir du géant américain. Comme celle pour la levée de l’anonymat. »

Le médecin avait donc assigné en référé la société Google devant la première chambre civile, estimant que la publication de la fiche de son cabinet constituait « un trouble manifestement illicite ». N’ayant pas « consenti à la création de cette fiche » et jugeant les commentaires « diffamatoires », il sollicitait la levée de l’anonymat des auteurs des critiques négatives afin de s’assurer qu’il s’agissait de ses patients.

Mais lors de l’audience Google a soulevé « l’intérêt légitime d’information du consommateur » et « la liberté d’expression ». Les demandes du psychiatre ont été rejetées sur ces motifs. Et le médecin devra par ailleurs verser 2 000 euros à Google au titre des frais de procédure. Le conseil de l’Ordre des médecins de Moselle, qui soutenait l’action en justice du psychiatre, (estimant que le système de notation mis en place par Google pouvait porter atteinte aux professionnels de santé) a également été débouté.

Où l’on comprend que le médecin est, tout bien pesé, devenu un prestataire de service. Et les soins un objet de consommation pouvait être soumis à l’évaluation du consommateur – un consommateur qui, légitimement, peut informer publiquement ses contemporains de son opinion. Des pratiques qui ne sauraient être confondues avec de la diffamation. Certains patients verront là un progrès. D’autres non.

A demain @jynau

1 Interrogée sur ce sujet par Le Quotidien du Médecin, Me Maud Geneste explique que face à des propos calomnieux le médecin a  la possibilité de répondre en ligne aux avis ou propos le concernant via son compte « Google My Business » – « ce qui implique souvent d’entrer dans un débat polémique ». « Si vous souhaitez inviter vos patients à porter eux-mêmes un avis qui viendrait contredire ceux en cause, ne le faites pas par écrit, car une telle démarche envers la patientèle vous est interdite, ajoute-t-elle. Vous pouvez également solliciter le retrait desdits propos malveillants. ‘’Google My Business’’ met à votre disposition un formulaire vous permettant de faire une demande de retrait d’un contenu ‘’enfreignant la loi’’, en cliquant ici. Toutefois, un simple avis, même très négatif, peut ne pas être considéré comme un contenu ‘’enfreignant la loi’’. C’est pourquoi Google n’obtempérera peut être pas à votre demande de retrait. Dans ce cas, cela devient problématique car en effet, les mentions légales de Google précisent que tout litige avec un professionnel sera soumis à la juridiction exclusive des tribunaux anglais. Dès lors, si vous souhaitez engager une action aux fins de retrait et ou de dommages intérêts, il faudra le faire selon les règles procédurales du droit anglais et cela demande un étude plus approfondie. »

Google en justice : quand un médecin est la cible de propos diffamatoires concernant sa pratique

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Enfin ! Un médecin, psychiatre exerçant à Metz a décidé de passer à l’attaque en justice contre Google : il avait fait l’objet de commentaires publics « peu sympathiques » quant à sa pratique. L’affaire est révélée par L’Est Républicain, (Kevin Grethen) et relayée par Le Quotidien du Médecin (Marie Foult).

Ce a vu apparaître sur le net sa fiche « Google my business ». Il n’avait rien signé, rien autorisé. Et puis, il y découvre des avis désobligeants. « Des avis anonymes. On ignore s’il s’agit réellement de patients », observe l’avocat du praticien, Me  Xavier Iochum. « Impossible de dire s’il s’agit de personnes qui ont eu un différend personnel avec ce spécialiste, s’il s’agit d’un canular… » L’Est Républicain :

« Agacé, le praticien a décidé de réagir. Pour une question de principe, mais pas seulement. Ce système permet une cotation. Et il est mal noté. Il a vu une inflexion de la fréquentation de son cabinet. On pousse rarement la porte d’un restaurant mal noté. Pourquoi serait-ce différent pour un médecin ?

« Le praticien voudrait répondre, demander aux auteurs d’enlever les messages. Ils en ont le pouvoir en un clic. Mais demander à qui ? ‘’Voilà un outil qui permet de laisser des messages et de noter des spécialistes, et ceux-ci n’ont même pas la possibilité de répliquer.’’ Une demande d’effacement des messages a reçu une fin de non-recevoir du géant américain. Comme celle pour la levée de l’anonymat. »

Conduite à tenir

Face au praticien, l’avocat de Google France, Me Sébastien Proust: il se retranche derrière une jurisprudence : « Les avis qui se contentent d’exprimer le point de vue négatif d’un consommateur ou d’un patient sur un professionnel relèvent de la libre critique.  « Nous ne sommes pas d’accord avec le fait que des professionnels soient cloués ainsi au pilori, sur la place publique. Cela porte atteinte à leur exercice et à leur réputation, réplique Me  Iochum. Cet outil donne des possibilités de condamnation professionnelle sans moyen de se défendre. Cela pose un problème d’équité, de contradictoire, et pour tout dire, de comportement totalitaire. C’est dangereux pour la démocratie. »

Google a été assigné devant le tribunal de grande instance de Metz après une procédure qui ressemble à un parcours du combattant. « Il a fallu aller les chercher dans l’État du Delaware puisque Google France n’est pas hébergeur et n’est responsable de rien. Il fallait aller jusqu’au bout pour mettre un frein à ce système. Et remettre de l’ordre. »

Le Quotidien précise que ce n’est pas la première fois que des médecins s’en prennent à la multinationale de Mountain View. Jusqu’à présent, les praticiens en colère ciblaient également les patients auteurs de ces commentaires. L’UFML-Syndicat conseille de porter plainte systématiquement pour les propos diffamatoires et de « durcir le ton ». Concrètement, l’organisation propose aux médecins d’ajouter le message suivant, en forme d’avertissement aux patients, sur leur profil « Google My Business » : 

« Il vous est possible de poster des commentaires sur mon activité et le vécu de votre consultation. Face aux dérives constatées dans l’exercice de ce service, il est à préciser que tout commentaire diffamatoire à mon égard, à celui de ma profession, ou portant atteinte à mon honneur ou à ma probité entraînera le dépôt d’une plainte auprès de la juridiction compétente et la saisie immédiate de l’avocat de mon syndicat professionnel et de Google »

A demain

@jynau

Euthanasies : fortes suspicions au sein d’un Ehpad de Pontarlier (Doubs). Un médecin mis à pied.

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Le Grand Débat National se met en place, relayé en priorité par les chaînes « diffusant l’information en continu ». Remarquable spectacle, hier 25 janvier en direct de Sartrouville (Yvelines) et en présence d’Edouard Philippe, Premier ministre. On y évoqua, un instant, les Ehpad et les mille et une souffrances que ces « établissements d’hébergement », désormais, suggèrent 1.

Au même instant, cet « urgent » de L’Est Républicain (Willy Graff), repris par France Info: « Exclusif. Pontarlier : suspicions d’euthanasies à l’Ehpad ». Saisi par l’Agence Régionale de Santé, qui a inspecté l’établissement, le procureur de la République de Besançon confirme l’existence de faits « préoccupants ». Une enquête préliminaire a été ouverte au sein de l’Ehpad du Larmont, aux portes de Pontarlier.

Projet majeur du Centre hospitalier intercommunal de Haute Comté, l’Ehpad du Larmont a ouvert ses portes le 8 juin 2010. Implantée sur la commune de Doubs, cette nouvelle structure a voulu recréer l’esprit d’un village à taille humaine.

« Son parvis d’entrée facilitant l’arrivée des familles et des visiteurs, les moments de rencontre entre Résidents. Les unités d’hébergement situées de part et d’autres du hall d’accueil et organisée, chacune en 3 maisonnées de 14 lits, autour d’un cœur de vie que sont les salles à manger et d’animation. L’orientation des espaces de vie communautaire vers le soleil. Des lieux extérieurs offrant la possibilité de promenades et de loisirs.

Les  installations  de  ce  nouveau  bâtiment  ont  été  particulièrement  conçues  afin  de proposer des locaux adaptés aux handicaps de la Personne âgée et d’offrir une chambre individuelle à chaque Résident. Il accueille des personnes âgées de plus de 60 ans, valides ou en perte d’autonomie, pour un accompagnement temporaire ou permanent. Il est agréé par la caisse d’allocation familiale et habilité à recevoir des bénéficiaires de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie et de l’aide sociale le cas échéant. Il répond aux normes d’attribution de l’allocation logement. »

Surmortalité des résidents de cet établissement

« Quelqu’un a-t-il accéléré les fins de vie de résidents, et si oui, selon quels procédés, demande le quotidien régional. Ces questions sont posées de manière officielle. » Au départ ce fut la famille d’une patiente décédée « dans de troublantes circonstances », au printemps 2018, qui a déposé un signalement à l’Agence Régionale de Santé. Cette dernière a ouvert une enquête administrative. Puis en décembre, une inspection étalée sur deux jours a été menée au sein de cet Ehpad. Les premiers éléments recueillis ont été jugés suffisamment inquiétants pour qu’à son tour, l’ARS saisisse le parquet de Besançon.

« Les premiers constats qui m’ont été apportés sont préoccupants, a confirmé à L’Est Républicain le procureur de la République, Étienne Manteaux. C’est pourquoi j’ai décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour homicide involontaire. »

Deux éléments retiennent d’ores et déjà l’attention de la justice, explique le procureur : « Une surmortalité des résidents de cet établissement comparée à la moyenne nationale d’une part, et l’utilisation de molécules jamais ou rarement utilisées dans la majorité des Ehpad d’autre part ».

L’ARS délivrera très prochainement un rapport définitif, qui précisera le résultat de ses investigations. « Dans l’attente, un médecin de l’Ehpad a été mis à pied à titre conservatoire », précise le quotidien. Outre le cas initial ayant déclenché la procédure, plusieurs autres morts suspectes retiendraient l’attention des inspecteurs. De nouvelles expertises médico-légales devraient être seront sans diligentées par le parquet de Besançon. Ces investigations devraient durer de longs mois. Bien après la fin du Grand Débat.

A demain

@jynau

1 A noter la récente publication d’un ouvrage édifiant qui bénéficie déjà d’une forte « couverture médiatique » : « EHPAD, une honte française » signé de Anne-Sophie Pelletier (Editions Plon) 17,90 euros.

« Anne-Sophie Pelletier ouvre les portes vers une humanité qu’on oublie voire met de côté, et dévoile les secrets des EHPAD, lieux où souvent les mots « humain », « dignité » sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et du profit. »

 

«Buralistes en colère» et «cannabis légal»: les ventes progressent un peu partout en France

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La chronique du phénomène est fidèlement tenue par le site des buralistes français. Et force est de constater que la progression est rapide – à Paris comme dans de nombreuses villes, petites ou grandes, du pays.

Prenons le cas  rapporté par L’Est Républicain (Jacques Balthazard). On apprend qu’à Montbéliard, « Le Royal » est le premier dépôt de tabac presse « équipé depuis peu d’un rayon de produits dérivés du chanvre ». Ces derniers répondent à la réglementation en vigueur concernant ce type de produit naturel. D’où l’appellation donnée par certains de « cannabis légal ». On y explique que l’article R.5132-86 du Code de santé publique autorise certains principes actifs extraits du plant de chanvre tel que le cannabidiol. Sous réserve que la teneur en tétrahydrocannabinol (THC) soit inférieure à 0,2 %.

« Il n’y a pas d’effet psychotrope à ce taux. Les experts en pharmacodépendance appellent toutefois à la prudence, jugeant qu’il n’y a pas assez de recul par rapport à ce type de produits. Toujours est-il que ce dispositif réglementaire, qui pourrait évoluer dans un avenir proche, permet de commercialiser ces dérivés du chanvre sous forme de tisane, cristaux, huiles et autres liquides pour cigarette électronique. »

A Montbéliard « Le Royal » sera le premier à distribuer ce type de produits sous la marque « BuralZen® » (sic). « Une marque distribuée à l’échelle nationale dans le seul réseau des dépôts de tabac presse », précise-t-on. Le sachet de plantes à infuser de trois grammes est vendu au prix de 29,90 euros. Chacun des produits proposés est accompagné d’un rapport d’analyse réalisé par un laboratoire indépendant garantissant en particulier la teneur en THC dans les limites prévues par la loi. Les plants de chanvre sont cultivés en Suisse puis les dérivés sont envoyés chez un importateur en Lozère.

Macron et la diversification

Le phénomène vient de troucher Dijon, comme le rapporte Le Bien Public. Au « Petit Cîteaux » on trouve du CBD en liquide pour vapoteuse ou en sachet de fleurs de chanvre En une journée, les sept poches en stock ont toutes été vendues. Et d’autres buralistes de la ville suivent.

« ‘’C’est simple, Macron nous a dit de nous diversifier… Eh bien voilà, je me diversifie’’, s’amuse une buraliste dijonnaise.  buraliste. ‘’Entre la hausse du prix du tabac, les cigarettes vendues illégalement, etc. … cela fait du mal au métier. Je me suis donc lancée, il y a un an, avec le liquide pour cigarette électronique. J’étais obligée et je ne le regrette pas. Concernant le CBD, j’ai des clients qui m’en achètent pour arrêter de fumer des pétards, pour retrouver le goût, sans avoir les effets négatifs. Cela détend, soulage et, surtout, c’est légal ! »

Pour 10 ml de liquide Amnesia (dosé à 100 mg de CBD) c’est 19,90 euros ; pour un dosage plus fort, à 300 mg de CBD, on est à 39,90 euros, indique cette buraliste. « Notre marge est bien plus grande sur ces produits que sur un paquet de cigarette où l’on gagne maximum entre 20 et 30 centimes. Avec le CBD, c’est nous qui fixons les prix » ajoute-t-elle.

A l’origine de cette vague montante : l’association nationale « Buralistes en colère ». La Confédération nationale des buralistes a mis en place un « groupe de réflexion » sur ces « produits dérivés du chanvre » mais cette association a pris les devants avec la marque BuralZen®. Responsable nationale de la structure, Eric Hermeline explique que « l’enjeu est économique. Il s’agit de produits en plein essor. Le marché est conséquent. Il doit nous permettre de compenser, en partie au moins, les pertes enregistrées suite aux augmentations de prix du tabac ».

Agnès Buzyn et Emmanuel Macron avaient-il imaginé une telle « compensation » ? Quelle sera leur réaction ?

A demain

 

 

Trois viols et quatre agressions sur des patientes: combien pour le pharmacien-biologiste ?

 

Bonjour

Violences et agressions sexuelles cinématographiques outre-Atlantique. Justice en deçà. Sans oublier de nouvelles promesses présidentielles et un futur avant-projet de loi dévoilé dans La Croix par la secrétaire d’Etat ad hoc. Et le hashtag #balancetonporc qui fait fureur et frémir.

Et puis la justice, à son rythme, entre Nancy et Metz. Accusé : un pharmacien-biologiste. La première plainte à son encontre avait été déposée en décembre 2005 par une infirmière exerçant dans une maternité. Lors d’un prélèvement gynécologique dans son laboratoire, il avait palpé son pubis, introduit un doigt dans ses parties génitales, et tenu des propos déplacés, lui narrant notamment des détails sur sa vie sexuelle. Un grand classique du genre.  Des faits très proches de ceux relatés ensuite par d’autres femmes, parties civiles.

« Dans une nasse »

Dix ans après la première plainte l’affaire était arrivée devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle. On peut lire ici le compte-rendu d’audience de 2015 de L’Est Républicain (Christophe Gobin) : « Viols : 7 ans contre le biologiste de Jarville ».

« Un poisson coincé dans une nasse. Il a beau se débattre encore et encore. Rien n’y fait. Le biologiste de Jarville n’arrive pas à échapper aux questions de la présidente. Dans le box de la cour d’assises de Nancy, cet homme de 56 ans écarte les bras, fait des grands gestes et donne de la voix. Il multiplie les dénégations. Il se défend pied à pied. Viols après viols. La Justice lui reproche d’avoir abusé de cinq patientes lors de prélèvements dans son laboratoire. Pour l’une, le praticien parle carrément ‘’d’affabulations’’. Pour les quatre autres, il soutient : « ‘’J’ai fait mon travail comme je le fais habituellement’’. Ses gestes, purement médicaux selon lui, auraient été mal interprétés par les victimes. »

 « Le biologiste de Jarville concède, quand même, des propos ‘’déplacés’’ à l’encontre d’une de ses patientes, une jeune infirmière. Il lui a dit qu’elle avait de « belles fesses » et a demandé à voir ses seins en fin d’examen. Lors de sa garde à vue, le praticien avait avoué être allé beaucoup plus loin. Il avait reconnu avoir ‘’dérapé’’ et commis un viol (…). Pas d’excuses de l’accusé. Et pas de pitié de la part des victimes. L’avocat général requiert 7 ans de prison et l’interdiction d’exercer sa profession. Me Sandrine Aubry puis Me François Robinet reprennent un par un les cinq dossiers et plaident l’acquittement. « Vous voulez broyer ce qui reste d’espoir à cet homme en le condamnant ? » conclut Me Robinet.  Verdict : 7 ans de prison et interdiction d’exercer.

Nouveaux viols

Deux ans plus tard le pharmacien-biologiste a été condamné en appel à Metz à une peine de 6 ans de prison. Cet homme aujourd’hui âgé de 58 ans avait eu, selon la présidente de la cour d’assise de Moselle, des « actes au-delà de la pratique scientifique ».

Et ont été confirmées en appel la condamnation à ne plus exercer sa profession et à être inscrit au fichier automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. Ses nouvelles dénégations avaient, selon la procureure de la République, été vécues par ses victimes « comme un nouveau viol ». La procureure avait requis à nouveau sept années de prison, ne pouvant demander plus en raison d’une erreur du parquet général de Nancy, dont l’appel avait été annulé en cassation.

A demain

La suite de l’affaire du médecin anesthésiste et des empoisonnements de Besançon

 

Bonjour

Rien de tel qu’un beau reportage pour tenter d’approcher la vérité. Pour Le Monde notre consœur Ariane Chemin a fait le voyage de Besançon et livre les derniers éléments d’une affaire étrangement encore assez peu couverte par les gazettes : « L’anesthésiste de Besançon au cœur d’une affaire d’empoisonnement avec préméditation ».

Tout avait commencé début mars avec la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il était soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients dont deux mortellement. Le parquet dénonçait des actes « volontaires ». Le médecin niait catégoriquement tandis que la vice-procureure Christine de Curraize affirmait lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements « n’étaient pas un accident ».

 L’affaire se compliqua bien vite et l’on évoqua la notion de « frisson de la réanimation ». « Frédéric P., 45 ans » est devenu de Dr Frédéric Péchier et l’on parle de la clinique Saint-Vincent de Besançon. « Grand, sportif, barbe de trois jours, ce médecin de 45 ans, charmeur et sûr de lui, a de quoi rassurer les deux mille patients qu’il endort chaque année dans cet établissement privé de 250 lits, qui se plaçait l’an dernier en douzième place au tableau d’honneur des 50 meilleurs hôpitaux et cliniques du Point, rapporte Ariane Chemin. Preuve d’une certaine reconnaissance, ou de son autorité : on a confié à cet homme disponible le « planning » des dix anesthésistes de l’établissement. »

L’affaire de Poitiers

Six ans d’études à la fac de Poitiers, l’internat puis un poste de chef de clinique au CHU de Besançon, l’anesthésiste n’a plus quitté Saint-Vincent depuis 2005 – hormis une parenthèse de six mois à la Polyclinique de Franche-Comté. Puis, come on le sait, deux accidents cardiaques inexpliqués en début d’année. Alerté par la direction de la clinique, le parquet de Besançon commande en urgence, le 14 février, une enquête à l’Agence régionale de santé (ARS). Et Le Monde a « pris connaissance » de ce document qui conclut à « des actes intentionnels » pour ces deux accidents. Et note aussi la présence « remarquable » du médecin dans quatre cas recensés depuis 2008 à la clinique Saint-Vincent (dont deux mortels), mais aussi dans trois cas à la Polyclinique, où il n’a pourtant exercé qu’entre le 1er janvier et le 22 juin 2009.

« On m’accuse de crimes odieux que je n’ai pas commis », s’est défendu le médecin dans L’Est républicain. « Une moitié des anesthésistes de l’établissement a trouvé son coupable, tandis que l’autre défend Péchier et cherche un autre responsable, ressuscitant des jalousies feutrées de cette bourgeoisie médicale qui aime réveillonner ensemble, plongeant cette ville de douves, de créneaux et de remparts dans une ambiance toute chabrolienne » rapporte Le Monde. L’avocat du médecin, Me Randall Schwerdorffer parle d’une « affaire hors normes, sans équivalent, pas même l’histoire de Poitiers ». Il évoque ici la célèbre « affaire Mériel » que nous couvrîmes pour Le Monde à compter de 1984.

On lira avec le plus vif intérêt le reportage d’Ariane Chemin, sa volonté de comprendre en contextualisant, la complexité du milieu socioprofessionnel et celle l’enquête, la compétence reconnue du médecin et les soupçons qui émaille son parcours.  « Nous examinons une quarantaine d’autres événements indésirables graves, dont une vingtaine mortels », explique la vice-procureure de la République de Besançon. Et la procureure, Edwige Roux-Morizot, évoque des cas « échelonnés sur une période de dix-sept ans ». Qui établira la vérité ?

A demain

A Besançon un anesthésiste est soupçonné de sept empoisonnements volontaires

 

Bonjour

Que se passe-t-il aujourd’hui dans les hôpitaux français ? A quelques heures d’intrevalle le suicide d’une infirmière de 45 ans à l’hôpital Cochin de Paris et, à Besançon, la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il est soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients à Besançon, dont deux mortellement. Le parquet dénonce des actes « volontaires ». Le médecin nie catégoriquement. L’Est Républicain suit l’affaire et précise que la vice-procureure Christine de Curraize a précisé lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements ne sont « pas un accident ».

Les doses létales de potassium ou d’anesthésiques auraient été introduites « sciemment » dans des poches de perfusion de réhydratation, « où normalement, elles n’ont pas lieu d’être », ce qui montrerait qu’« il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires de nature à entraîner la mort des patients ».

Et le parquet soupçonne aujourd’hui le médecin anesthésiste (qui a exercé à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté) d’avoir administré ces doses à sept patients au moins entre 2008 et 2017. « Ce dossier va nécessiter un certain nombre d’expertises, et on n’est pas à l’abri de voir le nombre de victimes s’élargir », ajoute Mme de Curraize. Les victimes présumées, quatre femmes et trois hommes âgés de 37 à 53 ans, « n’avaient pas de prédispositions ou de fragilités particulières ». Nous ne sommes donc nullement ici dans le cadre de suicides « médicalement assistés ».

Arrêts cardiaques

Les produits ont provoqué des arrêts cardiaques chez les patients, dont deux n’ont jamais pu être réanimés : un homme de 53 ans, décédé en 2008 pendant une intervention rénale, et une femme de 51 ans, décédée en 2016 au cours d’une intervention orthopédique. Deux cas, en janvier 2017, ont alerté l’hôpital, puis la justice. Puis, explique le parquet, le lien a ensuite été fait avec les précédents empoisonnements, pour lesquels des informations judiciaires étaient ouvertes.

L’anesthésiste, lui, nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. « Mon client conteste fondamentalement tout empoisonnement que ce soit. Il dit passer sa vie à réanimer les gens, pas à les tuer, a déclaré son avocat, Me Randall Schwerdorffer. L’accident ou la négligence restent des hypothèses tangibles. C’est un professionnel archi-reconnu, de grande qualité, qui pratique deux mille anesthésies par an, et dont le métier est plus qu’un métier, c’est une passion. »,

Le parquet avait demandé un placement en détention et entend faire appel du contrôle judiciaire. Il s’agit selon lui de « faits gravissimes ». L’affaire ne fait que commencer.

A demain