Vitamine D et nouveau-né décédé : le mystère de l’autopsie, un coup de fil déplacé au Figaro

Bonjour

Il est des affaires qui n’en finissent pas. Et est des pratiques antiques que l’on pensait définitivement abandonnées. On peut, aujourd’hui 7 janvier, lire quelques lignes peu banales dans Le Figaro – quotidien qui a révélé la mort du nouveau-né à qui on venait d’administrer quelques gouttes d’Uvestérol D.

Le journal raconte ainsi avoir reçu, jeudi 5 janvier un coup de téléphone de Claude Pigement, vice-président du Conseil d’administration de l’Agence du médicament (ANSM).

Le Dr Claude Pigement est une personnalité bien connue dans les milieux médicaux comme des journalistes spécialisés. Il a, très longtemps, été le « monsieur santé » du Parti socialiste (successivement délégué puis responsable national à la santé entre 1985 et 2008). Ce médecin gastro-entérologue, a été élu en 2013 à la vice-présidence de l’ANSM.

« Go-between » 

Le Quotidien du Médecin expliquait alors qu’à ce poste non exécutif, il seconderait la présidente et devrait jouer un rôle de « go-between » entre le Pr Dominique Maraninchi, alors directeur général de l’Agence et la ministre de la Santé Marisol Touraine. « L’ANSM est une  jeune agence en construction, qui devra trouver ses marques entre le « travail de fond et la gestion des urgences » déclarait-il. « À son poste de vice-président, le Dr Pigement entend prendre sa part à ces nouveaux défis » ajoutait Le Quotidien du Médecin.

Trois ans plus tard le « go-between » entre en action : il appelle Le Figaro. Et Le Figaro entend une sonnerie politique : « il s’agit de défendre l’ANSM et la ministre Marisol Touraine dans la gestion calamiteuse de l’affaire Uvestérol D ». Que dit le Dr Pigement ?

« Les choses ont été faites en temps et en heure. L’ANSM a été transparente (…) Je ne réponds pas aux si. Avec des si, on mettrait l’Agence en bouteille (…) On n’est pas là pour refaire le match ou pour rejouer la partie. »

 « Go-between » ou pas, il est des métaphores que l’on se devrait d’éviter après la mort d’un nouveau-né.

Retrouvée morte aux urgences de Cochin

Nous évoquions, hier, à propos de cette mort, l’incompréhensible attitude du pédiatre présent qui n’avait pas proposé pas d’autopsie « devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents »

 « On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie médico-légale, écrivions-nous alors. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ? ».

On nous indique aujourd’hui que le procureur d’Evry n’a pas demandé d’autopsie médico-légale. Il y a donc eu permis d’inhumer et le bébé a été enterré au Mali. Le même cas de figure, totalement incompréhensible, s’était déjà produit dans l’affaire de la femme retrouvée morte, il y aura bientôt trois ans, dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Nous avions traité ce sujet sur le site Slate.fr « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité ».

Article 74 du code pénal :

« En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations.

Le procureur de la République se rend sur place s’il le juge nécessaire et se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Il peut, toutefois, déléguer aux mêmes fins, un officier de police judiciaire de son choix.

Sur instructions du procureur de la République, une enquête aux fins de recherche des causes de la mort est ouverte. Dans ce cadre et à ces fins, il peut être procédé aux actes prévus par les articles 56 à 62, dans les conditions prévues par ces dispositions. A l’issue d’un délai de huit jours à compter des instructions de ce magistrat, ces investigations peuvent se poursuivre dans les formes de l’enquête préliminaire. »

Posologie

Les investigations sur les causes de la mort d’un nourrisson ont été confiées au pôle santé publique du parquet de Paris. Ce dernier poursuit l’enquête pour « recherches des causes de la mort » après le dessaisissement du parquet d’Évry, initialement compétent car le nouveau-né est mort dans l’Essonne.

« Selon nos informations, les parents de la victime de Grigny ne parlent, ni le lisent le français, ce qui a nui à la compréhension de la posologie, indique L’Express. A ce jour, ils n’ont pas déposé de plainte. »

Il est des affaires qui n’en finissent pas.

A demain

Etienne Klein, physicien plagiaire flashé au-delà de la vitesse de la lumière

Bonjour

C’est un nouveau cas de plagiat. Il est épinglé dans un article pendable de L’Express (Jérôme Dupuis). Le coupable désigné est une célébrité : Etienne Klein, physicien omniprésent depuis des années sur les meilleures ondes. Des compétences outrancières. Un CV de rêve :

« Directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), dirige actuellement le « Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière », installé à Saclay. Aparticipé à divers grands projets, en particulier la mise au point du procédé de séparation isotopique par laser et l’étude d’un accélérateur à cavités supraconductrices. Président de l’IHEST depuis le 29 septembre 2016. »

Le monde selon lui

A enseigné pendant plusieurs années la physique quantique et la physique des particules à l’École centrale Paris. Professeur de philosophie des sciences et spécialiste de la question du temps en physique A notamment démontré qu’il est possible de traiter de la mécanique quantique sans tomber dans le travers consistant à la présenter avec les ingrédients de la mécanique classique. Etienne Klein a 58ans. Il a écrit d’innombrables ouvrages, tenu mille et une conférences, virevolte sur France Culture où il a un monde selon lui.

Habituellement le plagiaire est dans le déni, évoque l’intertextualité. Tel n’est pas le cas ici : il a immédiatement reconnu les « emprunts » mis en lumière par le journaliste Jérôme Dupuis. Ce dernier est un expert, nous dit Wikipédia :

« Il a notamment révélé, en janvier 2011, et surtout démontré, citations à l’appui, le plagiat commis par Patrick Poivre d’Arvor dans son livre sur Hemingway, Hemingway, la vie jusqu’à l’excès, où il a démarqué une centaine de pages inspirées d’une biographie d’Hemingway par Peter Griffin, publiée en France chez Gallimard en 1989. L’ouvrage de Patrick Poivre d’Arvor avait été envoyé – pratique courante – avant sa mise en vente aux journalistes spécialisés et dédicacé de la main même de l’auteur. »

Ancien chroniqueur à La Croix, Etienne Klein a quant à lui signé une kyrielle de livres sur la science et l’histoire des sciences, en particulier sur la révolution de la physique quantique au début du XXe siècle. « Dans son dernier livre, Le pays qu’habitait Albert Einstein (Actes Sud) il se rend sur deux roues dans la Suisse où Albert Einstein a séjourné, nous raconte Le Monde (Julie Clarini). Cette promenade personnelle sur les traces d’un homme qui eut si peu d’ancrages correspond bien à Etienne Klein : il aime par-dessus tout les paradoxes – ses livres regorgent de ceux dont la vie et la physique sont fertiles. »
Recopié « sans guillemets »

Or le voici flashé hors sol, bien au-delà du plausible : il a recopié « sans guillemets » des formules appartenant (entre autres)  à Gaston Bachelard, Louis Aragon, Emile Zola ou Stefan Zweig.  « J’ai pris beaucoup de notes de lecture et, en les intégrant à l’ouvrage, j’ai pu oublier qu’elles provenaient d’autres auteurs et croire qu’elles étaient de moi. C’est ce qui a pu se passer pour les emprunts à Bachelard, par exemple », a-t-il répondu l’intéressé à L’Express. Fera-t-il pénitence ? IL explique qu’il a voulu répondre à la demande de son éditeur qui exigeait un ouvrage littéraire : « C’est peut-être pour cela que j’ai intégré un passage d’Aragon sans le citer. C’était une erreur. »

Une erreur ou une faute ? « Certains auteurs contemporains voient des paragraphes ou des images leur être volés » accuse Le Monde. C’est le cas de l’écrivain Philippe Claudel ou du théologien François Cassingena-Trévedy , moine de Saint-Martin de Ligugé, ancien élève de l’ENS (Ulm), docteur en théologie, maître de conférences à l’Institut catholique de Paris, par ailleurs membre associé du Laboratoire d’études sur les monothéismes.  Michel Houellebecq, accusé lui aussi de plagiat-Wikipédia, s’était lui également imprégné de Saint-Martin de Ligugé. Saint-Martin : symbole chrétien du partage.

La chrétienté ? L’Express évoque encore un « gigantesque copier-coller » dans une chronique donnée à La Croix« Je plaide coupable pour certains copier-coller dans mes chroniques, notamment celles données à La Croix au printemps 2016, répond le physicien. J’aurais dû citer mes sources ou réécrire les extraits empruntés à d’autres. »

C’est Etienne Klein, aussi, qui nous dit que l’on peut s’étonner ou s’émerveiller de ce que La vitesse de la lumière soit l’anagramme de Limite les rêves au-delà. 

A demain

François Hollande ferait un geste en faveur des buralistes. Rien pour la cigarette électronique

 

Bonjour

L’idée est dans l’air. Ces mots, glanés dans les indiscrets de L’Express du jour :

« Du bon tabac. François Hollande surveille de près la renégociation du contrat d’avenir (sic) entre les buralistes et Bercy, avec une idée en tête : pas de vagues à l’approche de l’élection présidentielle. La discussion doit s’achever d’ici la fin de l’année et pourrait porter notamment, sur un meilleur ciblage des aides financières ainsi que sur une augmentation de la rémunération des professionnels. »

 Il y a quelques jours le site des buralistes soulignait que Michel Sapin avait annoncé au « Grand Jury RTL / LCI/ Le Figaro » qu’il n’y aurait pas d’augmentation de taxes du tabac. Pas de vagues.  Et le site ajoutait que RTL annonçait  que le Président de la République souhaitait un geste marquant en faveur des buralistes : « François Hollande aurait décidé de s’attaquer aux géants du tabac tout en soutenant les buralistes en vue de l’arrivée du fameux paquet neutre ».

Bruno Le Roux applaudit

Ce serait un consensus antivagues pré-électorales  : François Hollande souhaiterait tout simplement une réduction des marges des cigarettiers au profit des buralistes tout en imposant un marquage des paquets pour réduire la contrefaçon. La décision aurait été prise par le chef de l’Etat lors d’une réunion à l’Élysée il y a quinze jours. L’idée serait de compenser le surcroît de travail représenté, pour les buralistes, par le paquet neutre.

François Hollande n’est pas seul à voler au secours de ceux qui vendent, pour l’Etat, du tabac à des esclaves fumeurs. Il faut aussi compter avec Bruno Le Roux, fidèle président du Groupe Socialiste à l’Assemblée nationale. Le 8 septembre il publiait un communiqué explicite ; il partage, approuve et applaudit la tribune, publiée le même jour dans  Les Échos, par Bernard Gasq, président des buralistes d’Ile-de-France, Oise et Seine-Maritime. A savoir :

 « Vente exclusive du tabac et des jeux dans les bureaux de tabac, hausse de la rémunération à 11% du prix d’un paquet de cigarettes, meilleure sécurité des bureaux de tabac, plan de lutte contre le commerce parallèle de tabac et plan pour une plus grande diversification ».

Euphémisme

On rappellera (pour mémoire) que François Hollande a solennellement annoncé, le 4 février 2014, le lancement d’un « Plan national de réduction du tabagisme », qu’aucune hausse du prix du tabac n’est intervenue sous son quinquennat et que, depuis, la consommation de tabac n’a cessé d’augmenter. Sans oublier que rien n’a été fait (euphémisme) pour promouvoir le recours à la cigarette électronique dans le cadre d’une politique de réduction des risques tabagiques (80 000 mors prématurées par an).

 Pluraliste, le site des buralistes cite aujourd’hui  Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction qui vient de sortir un kit pratique « Jeunes et Tabac ». Invité d’Europe 1 Midi  Jean-Pierre Couteron, membre actif de SOS Addictions a rappelé que, parmi les conseils prodigués, les addictologues préconisent la cigarette électronique aux mineurs fumeurs afin d’éviter la cigarette classique.

Il ne s’agit pas là d’encourager les praticiens à violer la loi mais bien de « laisser une place à la réduction des risques ».  Les buralistes (qui ne rechignent pas à vendre du tabac à des mineurs) font observer que la cigarette électronique est interdite à la vente aux moins de 18 ans.

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Oui au CHU de Clermont ! Et non au Puy-en-Velay ! La Carte et le Territoire hospitalier

Bonjour

Michel Houellebecq connaît-il Brioude ? Avec 6 616 habitants c’est la quatrième ville la plus peuplée du département de la Haute-Loire, derrière Le Puy-en-VelayMonistrol-sur-Loire et Yssingeaux. Depuis toujours sur un terroir difficile, le Brivadois ne plaisante pas. Et depuis Vercingétorix la Limagne, elle, ne ment pas.

Pour l’heure c’est la guerre, une guerre hospitalière, une allergie profonde au GHT (groupement hospitalier de territoire) tel qu’on voudrait lui imposer. Non au GHT de Haute-Loire, au diktat de l’ARS, à la tyrannie de Paris.

Les dernières informations viennent d’être publiées par La Montagne (Magali Roche) : l’hôpital de Brioude va bel et bien devoir intégrer le GHT de Haute-Loire. A-t-on lu le cahier de doléances, la demande en mariage  à Clermont ? Il semble que non. Les gens de l’ARS on rejeté la demande de dérogation pour un rattachement au GHT de Clermont-Ferrand (distant de 70 km). Troisième gifle et prière de ne pas sortir du GHT de  Haute-Loire. Pour autant les Brivadois de désarment pas.

Le ton se durcit

Une décision sans surprise, certes, mais contre laquelle les opposants ne désarment pas. « On reste mobilisés pour intégrer le GHT de Clermont, assure Jean-Jacques Faucher, maire de Brioude (divers droite) et président du conseil de surveillance de l’hôpital. Il nous faut des garanties sur les activités du centre hospitalier de Brioude à long terme. Avec une dérogation, on restait autonome… La finalité pour nous reste de développer les activités de l’hôpital et de consolider sa situation financière. Et de ne pas intégrer le GHT départemental. » Même motivation pour François Boudet, président du comité de vigilance de l’hôpital public de Brioude – avec un ton qui se durcit.

« J’ai appris ce matin que notre demande était rejetée, vient-il de déclarer à La Montagne. L’arrêté pris par l’ARS indique qu’il n’y aura pas de dérogation mais sans motif précis (…) Il reste notre demande de recours gracieux du 20 août. On l’a émise pour erreur manifeste d’appréciation et illégalité de la mesure. On a des arguments très forts et même s’ils ne sont pas encore entendus, on reste déterminés. Si le recours gracieux est négatif, on fera une requête au tribunal administratif. »

AVC au Puy-en-Velay

Il faut ici entendre François Boudet, le président du Comité de vigilance sur le site Egora.fr :

« Avec la nouvelle organisation voulue par l’ARS, le parcours de soins hospitalier des habitants de Brioude comportera trois étapes : le centre hospitalier de Brioude, le centre hospitalier Emile Roux (CHER) au Puy-en-Velay et si c’est plus grave, éventuellement, le CHU de Saint Etienne puisque le CHER ne peut accueillir tous les malades, notamment en cas d’AVC. Nous n’avons aucune habitude avec l’hôpital du Puy. Pour y aller, il faut emprunter une route à deux voies enneigée l’hiver. Il faut une heure un quart, alors qu’on rejoint Clermont-Ferrand en 45 minutes par l’autoroute. »

La résistance s’organise mais le temps presse.  « Je n’ai pas encore signé la convention mais je vais le faire d’ici la fin de semaine, précise Claire Maynadier, directrice du centre hospitalier de Brioude. J’ai obligation de le faire. Cela fait trois fois que l’Agence régionale de la Santé se positionne sur le GHT, je dois appliquer sa décision et la loi. On ne peut pas continuellement se poser hors du système, les autres groupements sont en train de se construire… ».

Pressions politiques

 Hors du système ? « Depuis 2013, de nombreux protocoles ont été conclus entre les établissements de Brioude et de Clermont, rappelle le Comité de vigilance. Nous sommes très inquiets, la Haute-Loire sera coupée en deux…Il y a eu beaucoup de pressions politiques, alors que l’hôpital de Clermont était d’accord pour nous intégrer dans son GHT. Une pétition avait recueilli plus de 4 000 signatures et cinquante conseils municipaux ont appuyé cette demande. En outre, quarante médecins hospitaliers et libéraux ont paraphé un texte court, spécifiant que « pour l’intérêt des patients, le CH de Brioude devait être rattaché à un GHT avec le CHU de Clermont Ferrand comme établissement support », et non au CH du Puy-en-Velay, « du fait d’un accès aux soins et d’une gradation des soins organisés selon des filières majoritairement en direction du pôle clermontois, depuis de nombreuses années, et tant dans le secteur public que privé ou participant au service public hospitalier ». »

Ce texte avait été apporté en juillet 2015 à Paris, au ministère de la Santé. La délégation a été reçue par un conseiller de Marisol Touraine (on ne connaît pas son nom). Ce conseiller avait assuré que les craintes des Brivadois étaient infondées, que la liberté de choix du patient serait garantie, comme par le passé. La rencontre s’est conclue par la promesse d’une nouvelle entrevue…. qui n’a jamais eu lieu. Le 4 juillet dernier, dressant un constat de carence de propositions émanant de l’hôpital de Brioude, l’arrêté de la direction régionale de l’ARS, actait le rattachement de Brioude au GHT du Puy-en-Velay.

Aphorisme cadastral

« La Carte et le Territoire », Prix Goncourt 2010… On a parfois accusé Michel Houellebecq d’avoir  plagié un livre de Michel Levy, un livre de nouvelles dont la première, qui porte ce titre, évoque le mystérieux domaine du Grand Meaulnes et sa topologie perdue entre le réel et l’imaginaire. A dire vrai les deux auteurs se sont inspirés de l’aphorisme signé de l’intellectuel polonais Alfred Korzybski (1879-1950) : « Une carte n’est pas le territoire » ( « A map is not the territory. »). C’est là un aphorisme cadastral et politique que la ministre de la Santé se devrait de méditer.

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Le procureur Jannier affirme qu’Adama Traoré avait fumé du cannabis avant sa mort

 

Bonjour

A qui se fier dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré ? Chaque jour un pavé, une contradiction, un doute. Toujours un peu plus éloigné de la manifestation de la vérité vraie. Pour autant, surtout, ne pas se lasser.

Hier, 10 août, le Parisien révélait  les conclusions de l’expertise toxicologique effectuée le 3 août sur le corps  d’Adama Traoré, 24 ans mort le 19 juillet dans le Val-d’Oise suite à son interpellation mouvementée par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise). Le jeune homme n’était, nous disait-on, ni sous l’emprise de la drogue ni sous celle de l’alcool » au moment de son arrestation.

Concentration sanguine élevée

Aujourd’hui 11 août, Yves Jannier, procureur de la République Pontoise, a affirmé que la victime, inhumée dimanche 7 août au Mali, avait consommé du cannabis, « moins de douze heures avant le décès », probablement « une à deux heures avant ». Le procureur  s’exprimait dans le cadre d’une instruction en cours au tribunal de grande instance de Pontoise. « L’expertise toxicologique faite à partir des prélèvements réalisés » lors de la première autopsie d’Adama Traoré conclut à la « présence de THC [tétrahydrocannabinol – principe actif du cannabis] à une concentration sanguine élevée ».

Le procureur contredit ainsi les informations communiquées à la presse par Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille d’Adama Traoré. Ce dernier avait en effet assuré que les analyses toxicologiques concluaient à  « une absence de médicaments et de stupéfiants, et également une absence d’alcool ».

THC et vomissures

Comment expliquer cette contradiction majeure ? Selon le procureur tout s’explique par le fait que deux expertises toxicologiques ont été effectuées sur le corps du jeune homme, mais qu’elles n’ont pas abouti au même résultat. L’une, réalisée à partir d’un scellé contenant « des vomissures » d’Adama Traoré, conclut à l’absence de médicaments, de stupéfiants et d’alcool. Mais la seconde, réalisée à partir de prélèvements (sanguins) sur le corps, conclut à une consommation de cannabis.

Après cette communication d’Yves Jannier, Me Bouzrou a réagi. Il a déclaré à l’AFP en précisant que ce second rapport d’expertise n’avait « pas été notifié aux parties »Interrogé par L’Express, il a ajouté : « Je suis très réservé à ce sujet. La dernière fois que le procureur a communiqué sur une expertise, il a donné de fausses informations », en évoquant les déclarations publiques d’Yves Jannier fin juillet, selon lesquelles l’autopsie d’Adama Traoré n’avait pas relevé de« traces de violence significative »  et ne mentionnant pas les « manifestations asphyxiques » décrites dans un rapport d’autopsie.

Manifestation de la vérité

D’après les deux rapports d’autopsie (consultés par différents médias) la mort du jeune homme trouverait son origine dans un « syndrome asphyxique aspécifique » (sic). Reste à trouver la cause première de cette mort par manque d’oxygène. Sont-ce les trois gendarmes provoquant une asphyxie positionnelle du fait de leur poids lors de l’intervention musclée ? Est-ce la décompensation subite, alors, d’une cardiomyopathie dont on ne sait (officiellement) rien, à commencer par son existence même. Que vient soudain faire le cannabis dans ce tableau ? Qui servira-t-il ?

Me Bouzrou affirmé avoir déposé, au nom de la famille, deux plaintes dénonçant l’attitude des forces de l’ordre pendant et après l’arrestation. L’une d’elles devait être adressée au procureur de Pontoise – qui dit n’avoir rien reçu. Combien, encore, de rebondissements ? A qui se fier ? A quand la manifestation de la vraie vérité ?

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Trafic d’esclaves et «athlètes Pikachu». Les dernières outrances de France Télévisions

 

Bonjour

Les temps sont bien difficiles pour Daniel Bilalian, 69 ans, « patron des sports » à France Télévisions. C’est lui qui, titre oblige, commentait il y a quelques jours la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’été à Rio de Janeiro. Et le journaliste-chef de « s’emmêler les pinceaux » – pour reprendre la formule du Figaro. «Le trafic d’esclaves a été nécessaire ici pour le développement industriel (…) Un esclavage qui a duré jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (…) Le Brésil a utilisé les services de ces esclaves africains qui venaient de l’ensemble du continent africain», avait déclaré le journaliste, en froid avec ses fiches.

Personnages de mangas

 Autre difficulté pour M. Bilalian : lors de l’épreuve de gymnastique lorsque son consultant (et ancien gymnaste) Thomas Bouhail, 30 an, a cru nécessaire de comparer les athlètes japonaises à des «personnages de mangas», des «petits Pikachu ».

« Pikachu est un petit Pokémon potelé qui ressemble à un rongeur. Il est couvert de fourrure jaune. Ses oreilles sont pointues et leurs bouts sont noirs. Il a une petite bouche, des yeux marron et deux cercles rouges sur les joues. Il y a des poches sous ses joues qui génèrent de l’électricité. Ses bras sont courts, avec cinq doigts chacun, et ses pieds possèdent trois orteils. Il a deux stries marron sur le dos, et sa queue est en forme d’éclair avec un peu de fourrure marron à la base. Il est classé comme un quadrupède, mais il est connu pour se tenir et même marcher sur ses pattes arrière (…)

Pikachu est capable de lâcher des décharges d’électricité à la puissance variante. Pikachu est connu pour générer l’énergie dans les glandes situées sous ses joues, et doit la faire sortir pour éviter des complications. Il est aussi capable de relâcher de l’énergie de sa queue, de la recharger en la plantant dans la terre, ou encore même d’aider à recharger un camarade avec des coups d’électricité. Pikachu peut aussi s’électriser lui-même pour utiliser son attaque signature, Électacle. Quand il est menacé, il relâche l’énergie de ses joues pour créer de l’électricité, et un groupe de Pikachu peut créer de véritables orages. Il est le plus souvent trouvé dans les forêts, et le signe qu’un Pikachu est passé par là est une tache d’herbe brûlée.

Les Pikachu femelles ont au bout de la queue une encoche en V qui ressemble à un cœur. »

Le Figaro observe que depuis l’entame des Jeux Olympiques, les commentateurs de France Télévisions subissent les foudres des internautes sur les réseaux sociaux. Parmi ce flot de critiques (parfois très sévères) ciblant très souvent les approximations des journalistes et des consultants à l’antenne les deux « énormes maladresses » (de MM  Bilalian et Bouhail) reviennent régulièrement.

« Hauteur de ton et de pensée »

La direction de France Télévisions a fait savoir qu’elle « regrettait » certains propos déplacés tenus par les commentateurs au cours de la cérémonie d’ouverture et de l’épreuve de gymnastique. Est-ce un désaveu de M. Bilalian ? Sera-ce suffisant ?

Metronews affirme que le CSA a été saisi. Le CRAN (Comité représentatif des associations noires) a déjà pour sa part  alerté l’instance de surveillance de la télévision en envoyant un courrier pour dénoncer les propos de Daniel Bilalian sur l’esclavage. Sollicité par L’Express, le groupe France Télévisions a réagi par la voix de sa présidente Delphine Ernotte. «La direction regrette ces commentaires, comprend les réactions et considère la situation avec sérieux», a indiqué la responsable. Elle n’a pas souhaité davantage s’étendre sur le sujet.

Le temps n’est plus aux débordements tacitement tolérés de Thierry Roland. Il n’est plus, non plus, à l’acceptation, de fait, de la sortie il y a dix ans de Philippe Candeloro qui, à Turin, avait conclu la prestation d’une patineuse Japonaise en affirmant que l’athlète « méritait un bon bol de riz ce soir ». L’ORTF n’existe plus et France Télévisions n’est certes plus « la voix de la France » encore évoquée, en juillet 1970, par Georges Pompidou dans une célèbre et formidable conférence de presse. Le président de la République demandait alors aux journalistes de la télévision (et de France Inter) une certaine « hauteur de ton et de pensée ». Est-ce vraiment toujours d’actualité ?

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Tuerie de Nice : diagnostiqué psychotique, Lahouaiej-Bouhlel avait été traité par Haldol®

 

Bonjour

Ainsi donc, nous dit-on en haut lieu, ce fut « un « basculement récent vers l’islam radical ». Une sorte de radicalisation express que rien ne vient éclairer. A l’inverse les éléments convergent qui commencent à donner une idée assez précise du parcours de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel mort un 14 juillet et qui restera, dans l’histoire, comme l’auteur d’une tuerie sans précédent ? Une tuerie dans cet écrin symbolique qu’est la Promenade des Anglais de Nice, fraction ensanglantée de la Baie des Anges.

Radicalisation récente et accélérée ? Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur le dit avec des précautions : le meurtrier chauffeur-livreur « semble s’être radicalisé très rapidement ». Il s’agirait là d’ « un attentat d’un type nouveau » commis par « des individus sensibles au message de Daech qui s’engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés ».

Troisième degré

Inconnu des services de renseignement, jamais signalé pour radicalisation, Lahouaiej-Bouhlel était « en relation avec des personnes elles-mêmes en contact avec des islamistes radicaux » a affirmé à l’AFP une source proche du dossier. « Mais à ce stade des investigations, cela ne prouve rien » quant à d’éventuelles complicités, a aussitôt ajouté cette même source. Une radicalisation par contamination virale au troisième degré … ? Aucun document de propagande jihadiste n’a été retrouvé à l’intérieur du camion. L’exploitation du matériel informatique saisi aux deux adresses du chauffeur, et du téléphone retrouvé dans le véhicule, est en cours. Attendons.

Pour l’heure, c’est « l’intrigante personnalité » du meurtrier qui est au cœur du sujet. « Fou de Dieu ou fou tout court ? » osent certaines gazettes. Mohamed Lahouaiej Bouhlel a-t-il agi sur ordre ? « Il a pu décider de passer à l’acte tout seul, de se suicider en faisant le plus de mal possible. Un coup de folie inspiré par la propagande de l’EI, qui a appelé à plusieurs reprises les soldats du califat à commettre des attaques, notamment en France avec tous les moyens disponibles, par exemple des voitures », relève une source proche de l’enquête interrogée, là encore, par l’AFP. Résumons.

Inconnu des services de renseignements, jamais été signalé pour radicalisation Mohamed Lahouaiej Bouhlel est né le 31 janvier 1985 à M’saken, dans la banlieue de Sousse, en Tunisie. Il avait épousé une Niçoise franco-tunisienne, dont il était séparé, et était père de trois enfants, dont un bébé. Le couple affichait des tenues vestimentaires occidentales, selon tous les témoignages recueillis par l’AFP. L’homme était connu de la justice pour des faits de violence. Il est décrit par ses anciens voisins comme taciturne et violent envers son ex-femme. Il ne fréquentait jamais la petite mosquée en contrebas de la cité où il vivait avec son épouse avant leur séparation et il « buvait des bières », selon les dires de plusieurs membres de l’Association cultuelle de Nice Nord. D’autres témoignages font état d’imprégnations alcooliques récurrentes. Que dira, sur ce point, la biologie ?

Nounours trucidé

L’homme souffrait à l’évidence de « problèmes psychologiques ». L’AFP et la BBC ont recueilli le témoignage de son père. « De 2002 à 2004, il a eu des problèmes qui ont provoqué une dépression nerveuse. Il devenait colérique, il criait, il cassait tout ce qu’il trouvait devant lui », raconte  Mohamed Mondher Lahouaiej Bouhlel devant son domicile en Tunisie. Il raconte aussi que la famille avait alors emmené Mohamed Lahouaiej Bouhlel chez un médecin, qui lui avait prescrit des médicaments pour lutter contre ces crises nerveuses. Le père décrit son fils comme un homme « toujours seul, toujours déprimé », et qui ne voulait pas parler. « Il faisait des crises. Quand il s’est séparé de sa femme, il a déféqué partout, trucidé le nounours de sa fille à coups de poignard et lacéré les matelas », a témoigné un habitant de son ancienne barre d’immeuble Le Bretagne, où le tueur vivait au 12e étage.

Quel « médecin » ? Il s’agit du Dr. Chemceddine Hamouda qui exerce à Sousse et que l’on peut voir sur You Tube traiter de l’autisme.  Dans un entretien accordé à L’Express il donne de précieux éléments : Les voici :

« Je ne l’ai vu qu’une seule fois, en août 2004 [Il avait alors 19 ans]. Il était venu avec son papa parce qu’il avait des problèmes scolaires et d’adaptation familiale. C’est son père qui l’a forcé à venir me voir. Il ne comprenait pas pourquoi son fils, qui était jusqu’ici brillant, était devenu violent avec lui et n’arrivait plus à travailler à l’école. Il était en première classe préparatoire pour des études d’ingénieur. Mes souvenirs sont flous après 12 ans, mais je me rappelle qu’il était plutôt calme lors de la consultation (…) Il souffrait d’une altération de la réalité, du discernement et de troubles du comportement. Un début de psychose donc. J’avais remarqué qu’il était dur avec son père, il devenait parfois violent avec lui. En plus d’avoir décroché scolairement, il avait des problèmes avec son corps, il ne se sentait pas très beau et ressentait le besoin de faire de la musculation.

« Il n’est pas courant de poser un diagnostic de troubles psychotiques dès la première consultation. En général, il faut plutôt attendre deux ou trois entretiens. Je lui ai prescrit un traitement, un petit tranquillisant et un anti psychotique. Comme je ne l’ai plus jamais revu après, je me suis dit que j’étais peut-être à côté de la plaque: les signes étaient insidieux (…)  Il n’y avait rien dans son comportement qui laissait présager un tel massacre. De tels troubles non soignés pendant des années peuvent conduire à une schizophrénie. Mais je refuse catégoriquement l’idée qu’il puisse être irresponsable de son acte. Une telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de radicalisation  en parallèle de ses problèmes psychologiques. Ce n’est pas l’acte d’un fou, c’est un acte prémédité et exécuté. Il y a forcément eu une préparation mentale. »

Dans le Journal du Dimanche de ce 17 juillet on apprend que la nature de la première prescription, datée du 20 août 2004: Haldol®. L’ordonnance est établie au nom de Salmane Boublel, « un second prénom qu’il utilisait souvent ». Mohamed Lahouaiej Bouhlel a-t-il agi sur ordre ? Si oui d’où venaient-ils, ces ordres ?

A demain