Menaces de la Sécurité sociale sur le secret médical des salariés ? L’Ordre n’est pas inquiet

Bonjour

L’affaire commence à faire un peu de bruit dans les médias. On se demande pourquoi.  Résumons : dans un entretien accordé à l’Express/L’Entreprise  le chef du département des « services aux assurés » de l’assurance-maladie, Laurent Bailly, annonce une expérimentation hardie en direction de cinq grandes entreprises de plus de 200 salariés ayant des taux d’absentéisme atypique (à Amiens, Bourg en Bresse, Marseille, Grenoble et l’une sur la Côte d’opale). Il s’agit d’alerter ces entreprises sur leur score record, tout en les informant sur les motifs d’absences de leurs salariés. Objectif affiché : « challenger » ces entreprises « pour faire amorcer une réflexion sur ses conditions de travail, en vue de faire baisser le taux d’absentéisme »,  justifie ce responsable du « service aux assurés ».

Il précise que pour encourager cette « prise de conscience », la Sécu communique d’abord à l’entreprise concernée les coûts d’absence en convertissant « les absences en coût direct (valeur des salaires versés) et en coûts indirects ».

« En cas de contrôle de l’assuré, le motif de l’arrêt est codifié, nous disposons donc de l’information. En l’absence de contrôle, nous parvenons à reconstituer la pathologie à partir des consultations et des remboursements de médicaments. Par exemple, si le salarié a vu un psychiatre et pris des antidépresseurs, on peut en conclure qu’il a été arrêté pour dépression. Ce sont des algorithmes qui font le travail. ».

Questionnement déontologique ? « On s’assure qu’il n’est pas possible, même de manière indirecte, de tracer les personnes. Par ailleurs, nous nous focalisons uniquement sur les établissements de plus de deux cent salariés. Dans les plus petites sociétés, l’employeur pourrait trop facilement établir un lien évident avec tel ou tel collaborateur. » C’est heureux.

Lombalgies, troubles psychosociaux et musculo-squelettiques

Quelques confrères, médecins ou journalistes, en viennent à s’inquiéter, voire à s’indigner. Secret médical potentiellement violé ? Interrogée par Le Quotidien du Médecin l’assurance-maladie affirme bien évidemment respecter les lois sur le secret médical et la protection des données personnelles :

« Sur les entreprises visitées, il y a en moyenne 14 000 jours d’arrêt de travail. Nous ne leur donnons des données agrégées et anonymisées que pour trois types de pathologies, lombalgies, troubles musculo-squelettiques et troubles psychosociaux. Il n’y a aucune donnée, salarié par salarié. Il est impossible de tracer en raison de la taille de ces entreprises. L’intérêt est de donner ces informations en les comparant avec d’autres entreprises du même secteur et de même taille. L’objectif est de les inciter à agir en prévention sur l’organisation du travail par exemple. ».

S’inquiéter ? Vendredi 26 janvier, le Conseil national de l’Ordre des médecins s’est exprimé, dit Le Monde, par la voix de son vice-président, Jacques Lucas : « Nous allons d’abord nous informer précisément et nous agirons ensuite le cas échéant, s’il existe un risque d’identification d’un salarié en particulier. Ce qui ne semble pas être le cas à la lecture intégrale de l’article. »

L’Ordre connaît bien le sujet : il vient de publier « un livre blanc et 33 propositions » pour  soutenir le développement d’une société numérique au service des soignants et des patients. Ne manque qu’un chapitre : « au service de l’entreprise et de ses dirigeants ». On l’attend.

A demain

Le gouvernement va-t-il bientôt augmenter le prix des cigares fumés par le Président ?  

Bonjour

Au registre des symboles, manque le haut-de-forme. C’est une information de L’Express qui, cette semaine, s’intéresse à la « vie nocturne » du Président de la République : réunions tardives à l’Élysée, communication à toute heure avec ses proches, cinq heures de sommeil par nuit. On y apprend à cette occasion qu’Emmanuel Macron est un fumeur régulier de cigares. Les services du Palais de l’Élysée ont confirmé cette information auprès de l’hebdomadaire. L’information fait les délices du site des buralistes qui précise que la rumeur « courait depuis quelque temps dans le monde des aficionados parisiens ».

Ainsi donc le président de la République, rédigeant lui-même certains textes, « chercherait l’inspiration à travers la dégustation d’un bon cigare ». Comment le sait-on ? En avril dernier, Emmanuel Macron a voulu solliciter un prêt pour financer la campagne présidentielle. Pour cela, il a dû légalement souscrire à une assurance décès. Et dans le formulaire de renseignements médicaux, il a répondu « oui » à la question « Êtes-vous fumeur ? ». L’Express affirme avoir eu connais­sance de ce document.

Pudique et symbolique

Rien n’est dit quant à la provenance, au mûrissement ou à la taille. Certaines gazettes croient néanmoins savoir que le président de la République « n’est pas accro à la nico­tine » (sic), qu’il ne fumerait que « de temps en temps dans son bureau ». « Cepen­dant aucune photo d’Emma­nuel Macron, coupe-cigare à la main, n’existe, ajoutent-elles. Pudique au sujet de ‘’cette pratique haute­ment symbo­lique’’», il fume toujours à l’abri des regards indis­crets. »

Aujourd’hui consommateur averti le président l’était déjà lorsqu’il était ministre de l’Économie et, avant, secrétaire général adjoint de l’Elysée. Durant la campagne présidentielle Emmanuel Macron avait évoqué sa volonté d’augmenter le prix du paquet de cigarettes – volonté bientôt traduite dans les faits par le gouvernement d’Edouard Philippe. Rien n’a encore été précisé au citoyen pour ce qui est des augmentations de cet autre « produit du tabac » dont les luxueuses boîtes, en bois de cèdre, demeurent vierges de tout message préventif.

A demain

Tensions : faut-il parler ou non de l’affaire du Pr Mourad, conseiller santé d’Emmanuel Macron ?

Bonjour

Nous traversons des temps médiatiquement bien étranges. Hier, dimanche 12 mars, la France a été abreuvée d’une affaire de vestes de garde-chasse de haute confection offertes à François Fillon. Et après ? Nul ne sait.

Quelques jours avant c’était une affaire de conflit d’intérêts qui venait jeter une ombre sur la marche vers le pont d’Arcole d’Emmanuel Macron : l’affaire dite Jean-Jacques Mourad, du nom d’un spécialiste de l’hypertension artérielle qui occupait un poste de « conseiller santé » dans le mouvement « En Marche ! ». Une semaine après l’agitation est retombée. Que peut-on raisonnablement penser de cette affaire – affaire justement résumée par site Medscape (Jean-Bernard Gervais) : « Fin de campagne pour le Pr Jean-Jacques Mourad pour cause de conflits d’intérêt ».

« Avatars anonymes »

On peut, ici, voir une affaire symptomatique de l’évolution considérable des rapports de force dans le champ du sanitaire. Medscape observe ainsi qu’il aura suffi d’un simple tweet du Formindep (Association pour une Formation et une information médicales indépendantes) pour allumer la mèche et « jeter la suspicion sur l’un des soutiens d’Emmanuel Macron » dans sa campagne.

« A propos du Pr Jean-Jacques Mourad, le Formindep écrit, dans un tweet daté du 5 mars : « Qui parle ? Le porte-parole de Macron ou le speaker de Servier » ?  Et d’accompagner son propos d’une capture d’écran de la page transparence.sante.gouv. Ce site, mis en place après le scandale Servier, recense les liens d’intérêt des médecins qui travaillent pour l’industrie pharmaceutique. Le Pr Jean-Jacques Mourad y figure. Chef de l’unité médecine interne-HTA au CHU Avicenne depuis 2004, professeur de médecine à Paris 13 depuis la même année, Jean-Jacques Mourad fut aussi secrétaire scientifique de la société française d’HTA (SFHTA) en 2015.

« Entre 2012 et 2016, le site transparence.sante.gouv recense 165 avantages et 97 conventions , au nom de Jean-Jacques Mourad. La plupart lie le cardiologue à Servier, justement. En termes de frais de restaurant et de transport, Jean-Jacques Mourad aura été défrayé de plus de 80 000 euros, et aura donc participé à une ou deux conférences par mois en moyenne en l’espace de deux ans. »

Et le Pr Mourad de reconnaître bien vite « ne pas avoir fait état de ses liens avec le laboratoire Servier », ni au moment d’intégrer ce groupe, ni au cours des travaux qu’il avait pu commencer à y mener. Quelques « articles de presse » et l’homme démissionnait.  Il s’en expliqua dans un communiqué de presse publié le 7 mars. Qualifiant le Formindep « d’avatars anonymes », le Pr Mourad apporte cet éclairage qui pourr être perçu comme une confession :

« Depuis des années, comme beaucoup d’experts, j’ai une activité de consultance et d’orateur pour plusieurs labos, dont Servier en particulier. Très tôt et bien avant les lois Bertrand, j’ai fait le choix du non-mélange des genres en démissionnant de toute fonction dans les agences publiques (commission de publicité du médicament et expertises pour l’ANSM). Je trouve normal et sain qu’il y ait des experts à la recherche et à l’innovation qui collaborent avec les labos d’un côté, et d’autres, à la vigilance et à l’évaluation dans les instances dédiées.»

Missions dans l’Orient compliqué

Medscape ajoute que sur le montant des frais de transport constatés sur le site Formindep, et payés par Servier (certains de ces frais sont de l’ordre de plusieurs milliers d’euros), le spécialiste de médecine interne évoque « plusieurs missions en Asie ». Sur son engagement dans le pôle santé d’Emmanuel Macron, le Pr Mourad rappelle qu’il s’est borné à s’investir dans quatre thèmes : « le remboursement à 100% des trois déficiences, le service sanitaire, la délivrance à l’unité et le rétablissement à 100% de l’HTA sévère, ce dernier point étant l’une des revendications qu’a porté le CISS (collectif de patients) à l’époque devant le Conseil d’Etat » 1.

Quant à ses liens avec le laboratoire Servier, il se cantonne, écrit-il, à « avoir une communication éthique sur leurs produits dans l’HTA ». Et d’ajouter : « Cette activité n’a aucune connexion avec le médicament Médiator bien entendu ». Que peut bien être une communication éthique rémunérée par un laboratoire pharmaceutique ? Nul ne le sait. Et comment de tels propos sont-ils interprétés dans la sphère de la confraternité ? Le Dr Olivier Véran, neurologue et homme politique était hier proche de Marisol Touraine. Il est aujourd’hui aux côté d’Emmanuel Macron et ne voit pas d’inconvénient dans cette situation. Aux antipodes du neurologue, la Dr Irène Frachon est estomaquée par cette collusion : « C’est du jamais-vu ! Je suis sidérée par le niveau d’avantages, de cadeaux et de conventions menées quasi exclusivement avec Servier, dit-elle. Ce serait bien que les candidats à la présidentielle sachent que la transparence est en marche », déclare-t-elle dans un article du Monde .

Kauf Mich ! (Achète-moi !).

Transparence ? Le candidat Emmanuel Macron, inspiré par ses conseillers, a proposé un meilleur remboursement des médicaments contre l’hypertension artérielle. C’était le 6 janvier dernier. Transparence ? « S’il perd Jean-Jacques Mourad, Emmanuel Macron conserve Bernard Mourad, nous apprend Medscape.  Le frère du médecin démissionné fait lui aussi partie de la team d’En Marche ! Ancien de la banque Morgan Stanley, ancien conseiller de Patrick Drahi et patron d’Alice media group (L’Express entre autres), directeur général de SFR, Bernard Mourad a démissionné de toutes ses fonctions pour devenir le conseiller spécial de Macron en octobre 2016. Il apporte au mouvement En Marche ! sa connaissance des milieux d’affaire, et sera actif dans la levée de fonds pour mener campagne. »

Nous avons vérifié. Tout est vrai. Mais c’est aussi incomplet. En 2006 Bernard Mourad a publié un roman Les Actifs corporels. Il y met en scène un capitalisme poussé à l’extrême, où les êtres humains peuvent être cotés en Bourse sous la forme de « sociétés-personnes » dans le cadre de la « Nouvelle Économie individuelle ». Le héros, Alexandre Guyot, un consultant trentenaire, est le premier homme introduit sur le marché. L’ouvrage développe une perspective entre dystopie et critique socio-économique, que l’auteur place dans la lignée de Michel Houellebecq et de Bret Easton Ellis.

Ce roman a été traduit en allemand par la maison d’édition Ullstein, sous le titre Kauf Mich ! (Achète-moi !). Il est sorti en poche en 2007 aux éditions J’ai Lu (collection « Nouvelle génération »). Puis, en mai 2008 est publié le deuxième roman de Bernard Mourad, Libre échange. « Dans la même veine d’anticipation réaliste, l’ouvrage développe une analyse psychologique et sociale de la recherche du bonheur et de l’identité, dans un contexte d’emprise croissante du pouvoir médiatico-politique, dit la Toile. On y suit le parcours sombre et inquiétant d’un héros suicidaire qui se voit proposer d’échanger sa vie contre celle d’un autre homme. »

A demain

1 Il faut ici rappeler que l’hypertension artérielle sévère avait, par voie de décret, été sortie de de la liste des affections de longue durée (ALD) en 2011- au motif qu’elle était un « facteur de risque » et non une « maladie avérée ». Un argument alors massivement contesté par les associations de patients et les professionnels de santé. Voir « L’hypertension, nouveau symbole d’une politique de santé court-termiste et choquante » de Nicolas Postel-Vinay Slate.fr 30 juin 2011.

Dr Frédéric Saldmann (AP-HP): un nouveau cas aigu de poussée médiatique dithyrambique

 

Bonjour

Faute de l’acheter (4,50 euros) on pourra, chez son dentiste, feuilleter demain la dernière livraison (n°3423) de L’Express. On y retrouvera, en majesté photographiée, le Dr Frédéric Saldmann. Sans surprise, un nouveau livre sur un créneau en or massif et sans danger :

« Dans  »Votre santé sans risque », le Dr Frédéric Saldmann, cardiologue nutritionniste et spécialiste de l’hygiène, nous livre ses conseils pour rester jeune plus longtemps. « La force qui est en chacun de nous est notre plus grand médecin. » Sans forcément le savoir, les Français ont adopté cette maxime d’Hippocrate en prenant leur santé en main. Il faut dire qu’une succession vertigineuse de scandales sanitaires –amiante, Mediator, etc.- (sic) a attisé la défiance et que le développement d’Internet a démocratisé le savoir médical. « Chacun devient auto entrepreneur de sa santé », proclame Frédéric Saldmann, jamais avare d’une analogie à la mode. » 

Nous nous sommes déjà intéressés à ce cas atypique dans paysage hyper-normé de l’AP-HP. Le Dr Saldmann qui aurait soigné François Hollande. Le Dr Saldmann  qui n’exerce pas à l’Américain mais au cœur même de l’AP-HP. Le Dr Saldmann nouveau gourou des stars dans Vanity Fair. Le Dr Saldmann briseur de glaces pour le médecin préféré des Français.

Bernard-Henri Levy

Dans Vanity Fair la journaliste Sophie des Déserts brossait le portrait de l’auteur (best-seller mondial – traduit en 22 langues) de « Le meilleur médicament c’est vous – Votre santé est entre vos mains » (Albin Michel). La partie la plus originale concernait les détails sur la consultation assez atypique donnée par ce médecin à l’Hôpital européen Georges-Pompidou. On pouvait lire : « Avec ces bilans, jusqu’alors inédits à l’AP-HP, le tandem [le Dr Frédéric Saldmann et le Pr Gérard Friedlander] concurrence les fameux check-up de l’Hôpital Américain, qui drainaient naguère la plupart des beautiful people. ‘’Je suis en quelque sorte le médecin des pauvres pour les riches’’ plaisante Saldmann. »

C’était il y a deux ans. Où en sont les fameux check-up ? On ne le saura pas à la lecture de L’Express. En revanche nous avons droit à une consultation gratuite et hospitalo-universitaire (Bruno D. Cot) avec ce toubib qui essaie d’être « le plus cash possible » (re-sic). Etrange consultation obtenue à on ne sait quel prix avec ce médecin qui a (potentiellement) « trois millions de patients dans sa salle d’attente ». Quelle salle d’attente puisque cette célébrité (on peut le voir « jusqu’à la terrasse du Flore (de Jean-Paul Sartre) ») n’a pas bureau, pas de plaque vissée, comme en partance. Il consulte « anonymement » (mais quotidiennement) « dans un bureau qu’il partage avec un confrère ». On peut, dans le plus grand secret y croiser des célébrités : Claude Lelouch, Bernard-Henri Levy, Jacques-Antoine Granjon et le multi-étoilé Joël Robuchon.

Louis Jouvet

Compter deux ans d’attente en moyenne pour être reçu. Dans l’attente lisez L’Express. Vous y apprendrez comment (avec un assistant) il met le doigt sur les « points de vulnérabilité ». Comment il ose lever les voiles de l’intimité que ses confrères laissent tirés. Comment (ce n’est qu’un exemple à proximité du périnée) « nettoyer son sillon interfessier. Comment (autre exemple) bien uriner. Comment relarguer avec aisance ses gaz intestinaux plus ou moins odoriférants. Il « vend du bonheur » résume la gazette qui le promeut dans les grandes largeurs.Et sans médicaments.  A quel prix ? Tiers payant hospitalier généralisé ? CMU acceptés ? Mystères.

Comme ce mystère qui interdit d’en savoir plus sur le site de l’AP-HP : « accès refusé » alors même que « lemedecin.fr » reste très discret.

Toujours dans L’Express un psychiatre libéral et médiatisé (le Dr Gérard Apfeldorfer) décrypte et tacle son confrère. Il y vante notamment les charcuteries et les pâtisseries. Il doute aussi de la valeur des « hugs » [câlins]  dont fait grand cas l’atypique de l’AP-HP.  Qui croire, dans quel étage errer ? On peut résumer. Il y a, chez le Dr Saldmann comme quelque chose d’un Knock inversé ? Le malade est un bien portant qui s’est égaré. Mais sur le fond c’est bien, sous les fards, la même emprise. Un siècle plus tard c’est bien Knock, sans les paroles de Jules Romains, sans la grandeur mystifiante et libératrice de Louis Jouvet.

A demain

Vitamine D et nouveau-né décédé : le mystère de l’autopsie, un coup de fil déplacé au Figaro

Bonjour

Il est des affaires qui n’en finissent pas. Et est des pratiques antiques que l’on pensait définitivement abandonnées. On peut, aujourd’hui 7 janvier, lire quelques lignes peu banales dans Le Figaro – quotidien qui a révélé la mort du nouveau-né à qui on venait d’administrer quelques gouttes d’Uvestérol D.

Le journal raconte ainsi avoir reçu, jeudi 5 janvier un coup de téléphone de Claude Pigement, vice-président du Conseil d’administration de l’Agence du médicament (ANSM).

Le Dr Claude Pigement est une personnalité bien connue dans les milieux médicaux comme des journalistes spécialisés. Il a, très longtemps, été le « monsieur santé » du Parti socialiste (successivement délégué puis responsable national à la santé entre 1985 et 2008). Ce médecin gastro-entérologue, a été élu en 2013 à la vice-présidence de l’ANSM.

« Go-between » 

Le Quotidien du Médecin expliquait alors qu’à ce poste non exécutif, il seconderait la présidente et devrait jouer un rôle de « go-between » entre le Pr Dominique Maraninchi, alors directeur général de l’Agence et la ministre de la Santé Marisol Touraine. « L’ANSM est une  jeune agence en construction, qui devra trouver ses marques entre le « travail de fond et la gestion des urgences » déclarait-il. « À son poste de vice-président, le Dr Pigement entend prendre sa part à ces nouveaux défis » ajoutait Le Quotidien du Médecin.

Trois ans plus tard le « go-between » entre en action : il appelle Le Figaro. Et Le Figaro entend une sonnerie politique : « il s’agit de défendre l’ANSM et la ministre Marisol Touraine dans la gestion calamiteuse de l’affaire Uvestérol D ». Que dit le Dr Pigement ?

« Les choses ont été faites en temps et en heure. L’ANSM a été transparente (…) Je ne réponds pas aux si. Avec des si, on mettrait l’Agence en bouteille (…) On n’est pas là pour refaire le match ou pour rejouer la partie. »

 « Go-between » ou pas, il est des métaphores que l’on se devrait d’éviter après la mort d’un nouveau-né.

Retrouvée morte aux urgences de Cochin

Nous évoquions, hier, à propos de cette mort, l’incompréhensible attitude du pédiatre présent qui n’avait pas proposé pas d’autopsie « devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents »

 « On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie médico-légale, écrivions-nous alors. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ? ».

On nous indique aujourd’hui que le procureur d’Evry n’a pas demandé d’autopsie médico-légale. Il y a donc eu permis d’inhumer et le bébé a été enterré au Mali. Le même cas de figure, totalement incompréhensible, s’était déjà produit dans l’affaire de la femme retrouvée morte, il y aura bientôt trois ans, dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Nous avions traité ce sujet sur le site Slate.fr « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité ».

Article 74 du code pénal :

« En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations.

Le procureur de la République se rend sur place s’il le juge nécessaire et se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Il peut, toutefois, déléguer aux mêmes fins, un officier de police judiciaire de son choix.

Sur instructions du procureur de la République, une enquête aux fins de recherche des causes de la mort est ouverte. Dans ce cadre et à ces fins, il peut être procédé aux actes prévus par les articles 56 à 62, dans les conditions prévues par ces dispositions. A l’issue d’un délai de huit jours à compter des instructions de ce magistrat, ces investigations peuvent se poursuivre dans les formes de l’enquête préliminaire. »

Posologie

Les investigations sur les causes de la mort d’un nourrisson ont été confiées au pôle santé publique du parquet de Paris. Ce dernier poursuit l’enquête pour « recherches des causes de la mort » après le dessaisissement du parquet d’Évry, initialement compétent car le nouveau-né est mort dans l’Essonne.

« Selon nos informations, les parents de la victime de Grigny ne parlent, ni le lisent le français, ce qui a nui à la compréhension de la posologie, indique L’Express. A ce jour, ils n’ont pas déposé de plainte. »

Il est des affaires qui n’en finissent pas.

A demain

Etienne Klein, physicien plagiaire flashé au-delà de la vitesse de la lumière

Bonjour

C’est un nouveau cas de plagiat. Il est épinglé dans un article pendable de L’Express (Jérôme Dupuis). Le coupable désigné est une célébrité : Etienne Klein, physicien omniprésent depuis des années sur les meilleures ondes. Des compétences outrancières. Un CV de rêve :

« Directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), dirige actuellement le « Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière », installé à Saclay. Aparticipé à divers grands projets, en particulier la mise au point du procédé de séparation isotopique par laser et l’étude d’un accélérateur à cavités supraconductrices. Président de l’IHEST depuis le 29 septembre 2016. »

Le monde selon lui

A enseigné pendant plusieurs années la physique quantique et la physique des particules à l’École centrale Paris. Professeur de philosophie des sciences et spécialiste de la question du temps en physique A notamment démontré qu’il est possible de traiter de la mécanique quantique sans tomber dans le travers consistant à la présenter avec les ingrédients de la mécanique classique. Etienne Klein a 58ans. Il a écrit d’innombrables ouvrages, tenu mille et une conférences, virevolte sur France Culture où il a un monde selon lui.

Habituellement le plagiaire est dans le déni, évoque l’intertextualité. Tel n’est pas le cas ici : il a immédiatement reconnu les « emprunts » mis en lumière par le journaliste Jérôme Dupuis. Ce dernier est un expert, nous dit Wikipédia :

« Il a notamment révélé, en janvier 2011, et surtout démontré, citations à l’appui, le plagiat commis par Patrick Poivre d’Arvor dans son livre sur Hemingway, Hemingway, la vie jusqu’à l’excès, où il a démarqué une centaine de pages inspirées d’une biographie d’Hemingway par Peter Griffin, publiée en France chez Gallimard en 1989. L’ouvrage de Patrick Poivre d’Arvor avait été envoyé – pratique courante – avant sa mise en vente aux journalistes spécialisés et dédicacé de la main même de l’auteur. »

Ancien chroniqueur à La Croix, Etienne Klein a quant à lui signé une kyrielle de livres sur la science et l’histoire des sciences, en particulier sur la révolution de la physique quantique au début du XXe siècle. « Dans son dernier livre, Le pays qu’habitait Albert Einstein (Actes Sud) il se rend sur deux roues dans la Suisse où Albert Einstein a séjourné, nous raconte Le Monde (Julie Clarini). Cette promenade personnelle sur les traces d’un homme qui eut si peu d’ancrages correspond bien à Etienne Klein : il aime par-dessus tout les paradoxes – ses livres regorgent de ceux dont la vie et la physique sont fertiles. »
Recopié « sans guillemets »

Or le voici flashé hors sol, bien au-delà du plausible : il a recopié « sans guillemets » des formules appartenant (entre autres)  à Gaston Bachelard, Louis Aragon, Emile Zola ou Stefan Zweig.  « J’ai pris beaucoup de notes de lecture et, en les intégrant à l’ouvrage, j’ai pu oublier qu’elles provenaient d’autres auteurs et croire qu’elles étaient de moi. C’est ce qui a pu se passer pour les emprunts à Bachelard, par exemple », a-t-il répondu l’intéressé à L’Express. Fera-t-il pénitence ? IL explique qu’il a voulu répondre à la demande de son éditeur qui exigeait un ouvrage littéraire : « C’est peut-être pour cela que j’ai intégré un passage d’Aragon sans le citer. C’était une erreur. »

Une erreur ou une faute ? « Certains auteurs contemporains voient des paragraphes ou des images leur être volés » accuse Le Monde. C’est le cas de l’écrivain Philippe Claudel ou du théologien François Cassingena-Trévedy , moine de Saint-Martin de Ligugé, ancien élève de l’ENS (Ulm), docteur en théologie, maître de conférences à l’Institut catholique de Paris, par ailleurs membre associé du Laboratoire d’études sur les monothéismes.  Michel Houellebecq, accusé lui aussi de plagiat-Wikipédia, s’était lui également imprégné de Saint-Martin de Ligugé. Saint-Martin : symbole chrétien du partage.

La chrétienté ? L’Express évoque encore un « gigantesque copier-coller » dans une chronique donnée à La Croix« Je plaide coupable pour certains copier-coller dans mes chroniques, notamment celles données à La Croix au printemps 2016, répond le physicien. J’aurais dû citer mes sources ou réécrire les extraits empruntés à d’autres. »

C’est Etienne Klein, aussi, qui nous dit que l’on peut s’étonner ou s’émerveiller de ce que La vitesse de la lumière soit l’anagramme de Limite les rêves au-delà. 

A demain

François Hollande ferait un geste en faveur des buralistes. Rien pour la cigarette électronique

 

Bonjour

L’idée est dans l’air. Ces mots, glanés dans les indiscrets de L’Express du jour :

« Du bon tabac. François Hollande surveille de près la renégociation du contrat d’avenir (sic) entre les buralistes et Bercy, avec une idée en tête : pas de vagues à l’approche de l’élection présidentielle. La discussion doit s’achever d’ici la fin de l’année et pourrait porter notamment, sur un meilleur ciblage des aides financières ainsi que sur une augmentation de la rémunération des professionnels. »

 Il y a quelques jours le site des buralistes soulignait que Michel Sapin avait annoncé au « Grand Jury RTL / LCI/ Le Figaro » qu’il n’y aurait pas d’augmentation de taxes du tabac. Pas de vagues.  Et le site ajoutait que RTL annonçait  que le Président de la République souhaitait un geste marquant en faveur des buralistes : « François Hollande aurait décidé de s’attaquer aux géants du tabac tout en soutenant les buralistes en vue de l’arrivée du fameux paquet neutre ».

Bruno Le Roux applaudit

Ce serait un consensus antivagues pré-électorales  : François Hollande souhaiterait tout simplement une réduction des marges des cigarettiers au profit des buralistes tout en imposant un marquage des paquets pour réduire la contrefaçon. La décision aurait été prise par le chef de l’Etat lors d’une réunion à l’Élysée il y a quinze jours. L’idée serait de compenser le surcroît de travail représenté, pour les buralistes, par le paquet neutre.

François Hollande n’est pas seul à voler au secours de ceux qui vendent, pour l’Etat, du tabac à des esclaves fumeurs. Il faut aussi compter avec Bruno Le Roux, fidèle président du Groupe Socialiste à l’Assemblée nationale. Le 8 septembre il publiait un communiqué explicite ; il partage, approuve et applaudit la tribune, publiée le même jour dans  Les Échos, par Bernard Gasq, président des buralistes d’Ile-de-France, Oise et Seine-Maritime. A savoir :

 « Vente exclusive du tabac et des jeux dans les bureaux de tabac, hausse de la rémunération à 11% du prix d’un paquet de cigarettes, meilleure sécurité des bureaux de tabac, plan de lutte contre le commerce parallèle de tabac et plan pour une plus grande diversification ».

Euphémisme

On rappellera (pour mémoire) que François Hollande a solennellement annoncé, le 4 février 2014, le lancement d’un « Plan national de réduction du tabagisme », qu’aucune hausse du prix du tabac n’est intervenue sous son quinquennat et que, depuis, la consommation de tabac n’a cessé d’augmenter. Sans oublier que rien n’a été fait (euphémisme) pour promouvoir le recours à la cigarette électronique dans le cadre d’une politique de réduction des risques tabagiques (80 000 mors prématurées par an).

 Pluraliste, le site des buralistes cite aujourd’hui  Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction qui vient de sortir un kit pratique « Jeunes et Tabac ». Invité d’Europe 1 Midi  Jean-Pierre Couteron, membre actif de SOS Addictions a rappelé que, parmi les conseils prodigués, les addictologues préconisent la cigarette électronique aux mineurs fumeurs afin d’éviter la cigarette classique.

Il ne s’agit pas là d’encourager les praticiens à violer la loi mais bien de « laisser une place à la réduction des risques ».  Les buralistes (qui ne rechignent pas à vendre du tabac à des mineurs) font observer que la cigarette électronique est interdite à la vente aux moins de 18 ans.

A demain