«Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie !» M. Valls devrait lire le prochain Prescrire

 

Bonjour

Le candidat Manuel Valls à la Primaire de la Gauche redirait-il ce que le ministre Valls de l’Intérieur déclarait en septembre 2013  ? C’était au micro de France Inter :

«Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, et pour cela il faut que l’Union européenne, avec les autorités bulgares et roumaines, puissent faire en sorte que ces populations soient d’abord insérées dans leur pays (…) Cela passe aussi par la fin de cette aide au retour qui a créé un véritable appel d’air. Nous y avons mis fin, et je constate aujourd’hui que les populations d’origine rom ne viennent plus en France parce qu’elles savent parfaitement aujourd’hui qu’il y a une politique particulièrement ferme, républicaine, respectueuse des personnes, mais particulièrement ferme».

La déclaration jugulaire avait ému au-delà de la gauche humaniste. «Ces propos sont d’une extrême gravité. Ils insinuent que des modes et lieux de vie seraient déterminés par une origine ethnique», commenta le mouvement antiraciste européen EGAM dans un communiqué. Certains accusèrent le ministre de l’Intérieur de «se vautrer dans le larmier du populisme».

Détérioration

Deux ans et trois mois plus tard, numéro de janvier 2017 de la revue Prescrire: « Roms migrants : un état de santé alarmant » 1 :

« Les Roms migrants, à différencier des Roms français arrivés en France au cours des derniers siècles, arrivent surtout de Roumanie et de Bulgarie. Ils seraient entre 15 000 et 20 000 personnes. Nombre d’entre eux vivent en situation précaire en France, notamment dans des campements régulièrement démantelés par les autorités.

D’une façon générale, dans l’Union européenne, les Roms migrants ont un état de santé nettement moins bon que le reste de la population des pays où ils vivent. Les taux de mortalité infantile et de mortalité néonatale sont supérieurs. Ils ont davantage de maladies chroniques et infectieuses. Leur santé buccodentaire est souvent dégradée.

 On constate chez les nouveau-nés davantage de prématurés, de complications prénatales, de petits poids de naissance, et de retards staturo-pondéraux que dans le reste de la population. Le taux de couverture vaccinale est très faible. Peu d’enfants sont suivis par la médecine scolaire car beaucoup ne sont pas scolarisés.

Les conditions de vie des Roms migrants ne favorisent pas une bonne santé. Plusieurs éléments d’ordre social conduisent à détériorer leur santé : l’instabilité et la précarité de leur travail, les discriminations répétées dont ils sont victimes dans toutes les sphères de leur vie quotidienne.

 Méfiance

 « La précarité des lieux de vie et les évacuations répétées de leurs campements, l’accès difficile aux prestations sociales et à l’assurance maladie, leur sentiment de méfiance lié à la discrimination sont autant d’éléments qui contribuent à la dégradation de leur état de santé.

 « L’amélioration de l’état de santé des Roms migrants dépend de diverses actions publiques de politique d’éducation, d’accès aux soins et aux prestations sociales, de condition de vie, mais aussi d’un meilleur accueil de ces personnes fortement marginalisées. »

Terrible et piégeux constat sanitaire et politique. Expulser sans soigner ? Soigner et expulser ? Soigner sans expulser ? On attend, sur le sujet, les opinions et propositions de MM Mélenchon, Macron et Fillon. Et, s’il a changé, de l’ancien ministre de l’Intérieur.

A demain

1 ©Prescrire 1er janvier 2017 « État de santé alarmant des Roms migrants en France » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 68. (pdf, réservé aux abonnés)

François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

«Responsable mais pas coupable» (1991) – «Coupable mais dispensée de peine» (2016)

 

Bonjour

Un quart de siècle. Nous étions le 4 novembre 1991 sur TF1. Dans les tornades naissantes des affaires du sang contaminé :

« Je me sens profondément responsable; pour autant, je ne me sens pas coupable, parce que vraiment, à l’époque, on a pris des décisions dans un certain contexte, qui étaient pour nous des décisions qui nous paraissaient justes. ».

Ainsi parlait  Georgina Dufoix. Elle évoquait l’année 1985, quand elle était ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale du gouvernement Fabius et que se tramaient des affaires sont personne ne mesurait la portée. La longue phrase de Georgina Dufoix fut vite résumée : « responsable mais pas coupable ». La formule fit florès, donna lieu à bien des exégèses. Laurent Fabius et Georgina Dufoix furent relaxés le 9 mars 1999 par la Cour de Justice de la République, l’accusation d’homicide involontaire n’étant pas retenue à leur encontre.

Nous sommes le 19 décembre 2016. Christine Lagarde, 60 ans, ancienne ministre de l’Economie et des Finances (de François Fillon) vient d’être condamnée pour « négligence » dans l’un des chapitres politiques de l’affaire (incompréhensible) dite « du contentieux entre Bernard Tapie et le Crédit lyonnais ». Condamnée pour « négligence » mais dispensée de peine. Avec un petit cadeau sur le gâteau : non-inscription au casier judiciaire. Ainsi ont décidé les juges de la Cour de Justice de la République (six députés, six sénateurs et trois magistrats de la Cour de cassation).

Haines et incrédulités

Un jugement radicalement inaudible. Un non-jugement à mi-chemin de la culpabilité et de l’innocence. On gardera en mémoire que c’est  devant une chaise vide que la présidente de la Cour, Martine Ract-Madoux, a prononcé l’arrêt qui déclarait « coupable » Christine Lagarde. Cette dernière s’était envolée l’avant-veille pour Washington où se trouve le siège du FMI, institution qu’elle dirige ce qui fait d’elle, dit-on, l’une des femmes les plus puissantes de notre planète.

De fait, les juges ont tenu compte de la « réputation nationale et internationale » de la prévenue. Comment comprendre ?

« L’avalanche de commentaires, au mieux déconcertés et incrédules, au pis haineux, suscités par les débats de ce procès, est instructive même s’ils ne sont pas représentatifs d’une majorité du pays, écrit notre consœur Pascale Robert-Diard dans Le Monde de ce soir. Quel que soit le sens de l’arrêt, condamnation ou relaxe, le procès était en effet dès le départ voué à l’incompréhension, voire à la suspicion ». On peut ci faire un parallèle avec le procès de 1999.

Jean de la Fontaine

« Etrange jugement en vérité… Christine Lagarde s’est bien rendue coupable de négligence mais elle n’encourra aucune sanction. On se gardera ici de jouer les Savonarole ou de vouloir la mort du pécheur, écrira Laurent Joffrin, dans le Libé de demain. Mais qu’en retiendra l’opinion ? Une impression de demi-mesure et donc de demi-justice. (…) Dès lors, le justiciable ordinaire, avec lequel on prend souvent moins de gants, en tirera l’idée que le quidam, ne disposant pas d’une «réputation internationale», selon les termes du jugement, ne pourra bénéficier d’une semblable indulgence. »

Dès lors c’est (comme souvent) François Bayrou, 65 ans, ancien ministre le l’Education nationale d’Edouard Balladur, qui tire les marrons moraux du feu. Il cite Jean de La Fontaine (1621-1695) : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir».

C’est, on le sait, la morale d’une fable terrible intitulée « Les Animaux malades de la peste ». Cinq siècles plus tard, combien de blancs, combien de noirs ? Combien d’ânes pelés pour un seul superbe Lion ?

A demain

 

Sécurité Sociale : François Fillon a entendu le son du canon et perçu le vent du boulet

Bonjour

Il est des pétitions dont on aimerait imaginer qu’elles font de l’effet. Car, sauf à invoquer la fatalité, comment expliquer que celle dont nous parlions de matin (intitulée « Pour la Sécurité Sociale ») soit aussitôt suivie par la tribune que signe, dans Le Figaro de demain, François Fillon ? Longue tribune, très longue tribune qui entend rassurer quant au maintien des bases législatives, réglementaires et éthique du système actuel de couverture sociale. Bien loin de vouloir  « privatiser l’Assurance maladie »  (on l’a mal compris) le programme de François Fillon entend « sauver son caractère universel en responsabilisant les assurés».  « Le recul c’est maintenant » titrera, demain, Libération. Reculer sans tomber ?

Ordonnances de 1945

François Fillon: « L’Assurance-maladie obligatoire et universelle, pilier de la solidarité, doit rester le pivot dans le parcours de soins dont le médecin généraliste est l’acteur-clé (…)  elle continuera à couvrir les soins comme aujourd’hui et même, mieux rembourser des soins qui sont largement à la charge des assurés, comme les soins optiques et dentaires (…)  

« Au lieu de regarder les faits, mes détracteurs me soupçonnent de vouloir privatiser” l’Assurance-maladie et diminuer les remboursements. C’est évidemment faux !  Au passage, la gauche préfère oublier que le poids des mutuelles et des assurances personnelles n’a cessé d’augmenter depuis des décennies, y compris dans le cadre des réformes qu’elle a elle-même votées (…)»

« (…)  Mon objectif est de sauver notre système de santé qui fut l’un des meilleurs au monde et qui doit le redevenir. J’entends réaffirmer le principe d’universalité dans l’esprit des ordonnances de 1945. Il n’est donc pas question de toucher à l’Assurance-maladie et encore moins de la privatiser. J’entends faire en sorte que tous les Français puissent bénéficier d’une protection complémentaire appropriée sur la base de contrats homogènes. »

Abandon du tiers payant généralisé

Parmi les engagements : assurer le meilleur remboursement pour les patients en plaçant l’Assurance-maladie obligatoire et les organismes complémentaires sous le pilotage d’une « agence de régulation et de contrôle » ; abandon de la généralisation du tiers payant ; maintien de l’équilibre médecine publique et médecine libérale ; libre choix par le patient de son établissement de soins et ce  son professionnel de santé, « ce dernier devant rester maître de ses prescriptions ».

Il ajoute : « N’en déplaise aux charlatans du ‘’toujours plus à n’importe quel prix’’, on ne peut pas continuer de financer notre Assurance-maladie à crédit et d’en faire porter le poids aux générations futures. » Plus de « petits risques » non pris en charge… évanouie la « bobologie »… Il est des pétitions qui sembleraient faire de l’effet.  Ne pas se précipiter. D’innombrables questions se posent, pour l’heure sans aucune réponse. Seul un décryptage spécialisé et une surveillance active diront, dans un proche avenir, ce qu’il fallait retenir de cette tribune exclusive gracieusement offerte au Figaro.

A demain

H1N1: voici le temps de l’indemnisation des victimes collatérales du vaccin antigrippal

Bonjour

Quand la justice dicte ses lois. Première judicaire à Grasse sur l’autoconservation du sang de cordon. Première judiciaire à Strasbourg : le tribunal administratif de la ville vient de juger que les proches d’une jeune fille souffrant de narcolepsie (après avoir été vaccinée contre le virus A(H1N1) de la pandémie grippale – 2009/2010) devaient être indemnisés. Bien entendre : les proches et non la jeune fille elle-même. Cette nouvelle affaire est rapportée par Libération (Eric Favereau).

« C’est une première. Plusieurs membres d’une même famille, victimes indirectes du vaccin contre la grippe H1N1, ont été indemnisées par le tribunal administratif de Strasbourg, fin novembre. Il s’agit du père d’une jeune fille, Julie, qui avait développé une narcolepsie avec cataplexie à la suite de cette vaccination. »

Voici le texte du jugement du 30 novembre :

«Considérant qu’il résulte de l’instruction que la jeune Lucie a été, du fait de sa narcolepsie, atteinte d’un déficit fonctionnel temporaire évalué à 50%, que son dommage esthétique permanent et temporaire est estimé à 3/7 et les souffrances endurées à 4/7, que son état de santé a eu des répercussions sur son activité étudiante, sur ses activités d’agrément et qu’il est probable qu’il en aura sur sa vie professionnelle à venir, que sa perte d’autonomie est importante et nécessite une assistance significative de ses parents ; compte tenu qu’il n’est pas contestable que ces préjudices subis par Lucie et causés par sa narcolepsie ont des répercussions sur ses proches, en l’occurrence ses parents et sa sœur, dans la mesure où son état de santé les affecte moralement et perturbe leur quotidien, ils sont ainsi fondés à demander à l’Oniam l’indemnisation du préjudice d’affection, ainsi que du préjudice dit « d’accompagnement » qui doit être analysé comme un préjudice lié aux troubles dans les conditions d’existence.»

Vingt-cinq mille euros

Et la justice évalue le préjudice à chacun des parents de Lucie à la somme de 10 000 euros et, pour la sœur de cette dernière, à 5 000 euros.

 « La narcolepsie est un trouble du sommeil qui se caractérise par une somnolence excessive au cours de la journée, avec des accès de sommeil incontrôlables, explique l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle peut s’accompagner, à la suite d’une émotion, de pertes soudaines du tonus musculaire (cataplexie). Chaque année, environ 900 nouveaux cas de narcolepsie sont dénombrés en France, le plus souvent chez des adolescents ou des adultes jeunes ». Le lien entre narcolepsie et la vaccination contre la grippe H1N1 n’est  généralement plus discuté aujourd’hui (lire la mise au point de l’ANSM en 2013). En 2013, 18 dossiers avaient été acceptés par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam). La moyenne des indemnisations se situe autour de 338 000 euros

Une centaine de personnes

Où l’on retrouve, à la source directe de l’information, , Me Charles Joseph-Oudin qui s’est confié à Libération : « En France il doit y avoir plus d’une centaine de personnes touchées, et j’ai moi-même plus de 60 dossiers». Les cas suspects correspondent le plus souvent à des personnes ayant été vaccinées avec Pandemrix® (GSK).

La question de l’indemnisation des proches était, de fait, consubstantielle à celle de l’indemnisation des personnes vaccinées. On sait désormais ce qu’il en est. Comme dans le cas de l’autorisation de l’autocongélation du sang de cordon cette décision de justice ne sera pas sans suites.

A demain

Agé de 33 ans le Comité national d’éthique vient de perdre sa tête. Et d’en retrouver une.

Bonjour

La France de la bioéthique est en émoi. Elle vient d’apprendre le départ surprise du président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) : Jean-Claude Ameisen. Nommé par François Hollande président de la République, il qui occupait ce poste depuis 2012. Le Palais de l’Elysée vient de faire savoir qu’il n’avait « pas souhaité être renouvelé dans cette fonction ». La bioéthique française est sous le coup d’une double émotion : le même Palais fait savoir que « le président de la République envisage de nommer M. Jean-François Delfraissy en qualité de président du Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé ».

Le Président de l’Assemblée nationale et le Président du Sénat sont saisis de ce projet de nomination, afin que la commission intéressée de chacune des assemblées se prononce dans les conditions prévues par le cinquième alinéa de l’article 13 de la Constitution. Le candidat déjà prénommé sera auditionné « dans les prochains jours par le Parlement en vue de cette nomination ». Tout indique que les jeux sont faits et que le nom de Jean-François Delfraissy s’ajoutera à ceux de Jean Bernard (1983-1993), Jean-Pierre Changeux (1993-1999), Didier Sicard (1999-2007), Alain Grimfeld (2010-2012) et Jean-Claude Ameisen.

Star radiophonique

Jean Claude Ameisen ?  Avant d’occuper le trône du CCNE il avait longuement fais ses armes, notamment  au sein du comité d’éthique de l’INSERM et du comité éthique et scientifique de la Fondation internationale de la recherche appliquée sur le handicap (FIRAH). De formation immunologique c’est un esprit curieux, boulimique, atypique, féru de rhétorique.  Auteur de nombreux essais sur la science, il est aussi, depuis septembre 2010, le concepteur et l’animateur de l’émission hypnotique  Sur les épaules de Darwin sur France Inter. Il ne fait guère mystère de son engagement politique dans les rangs de ce qu’était il y a peu encore le socialisme.

Jean-François Delfraissy ? Actuel directeur de l’Agence national de recherche sur le sida et les hépatites virales (INRS) il n’est pas connu pour ses travaux dans le champ de l’éthique ou pour son intérêt vis-à-vis de cette « morale en marche ». Egalement immunologiste c’est pour aussi un spécialiste de virologie dont la carrière a été marquée par les recherches sur les hépatites virales B et C – ainsi que par l’émergence du sida et la lutte contre ce fléau (sous l’angle de la coopération avec les pays les plus touchés et les plus déshérités).

Se cacher pour croire

 Sans avoir endossé les vieux habits blancs des anciens mandarins l’homme s’est révélé fin politique, maîtrisant les relais médiatiques et ne dédaignant nullement l’exercice du pouvoir. Cet immunologiste, longtemps chef de service au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne  a une particularité assez rare : il joue collectif, dit de lui Eric Favereau dans Libération.  Et il est apprécié de tous. Ainsi, dans le monde parfois égocentrique de la planète sida, il détonnait, toujours aimable, détestant les conflits, n’aimant pas se faire remarquer, mais aussi efficace (…). Jean-François Delfraissy est croyant. Ne s’en cache pas. »

Faudrait-il se cacher quand on croit ? Voilà un bien beau sujet d’éthique théologique. D’autres viendront sous peu aux frontières du politique, du droit et de la société. A commencer par celle de l’accès des techniques de procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes homosexuelles. Qu’en pense ce croyant que l’on tient pour être timide ? Ce joueur collectif devenu capitaine imposera-t-il sa voix ?

A demain

Si les hôpitaux publics sont malades, c’est qu’ils ressemblent toujours plus au privé (Libé)

 

Bonjour

Nouvelle « journée de mobilisation avec grève » dans le monde hospitalier. Cette fois c’est à l’initiative de la Coordination nationale infirmière – rejointe par les fédérations FO, CGT et SUD des secteurs de la santé. Il faut lire le cahier des doléances infirmières pour prendre le pouls du malaise des hôpitaux publics. A commencer par  cette adresse à François Hollande, Manuel Valls et Marisol Touraine :  « L’ensemble de la communauté des soignants de France s’indigne du peu d’égard que vous lui témoignez ! »

« Aux interpellations des professionnels de santé, suite aux suicides médiatisés cet été, vous avez, Madame Touraine, après un long silence répondu par des annonces de plan à venir sur la prévention des risques psychosociaux, puis d’amélioration de la qualité de vie au travail. Mais, tandis que les mesures concrètes se font attendre, vous poursuivez votre communication chiffrée.

Marisol Touraine sur RMC et BFM TV

« Vous affirmez au micro de RMC que les infirmiers ont été augmentés de 250 à 500 € puis, sur BFM TV, vous annoncez la hausse des salaires et des recrutements dans la fonction publique. N’est-ce pas un mensonge par omission Madame Touraine ? Pourquoi n’avez-vous pas évoqué la conversion des primes en points d’indices expliquant cette pseudo revalorisation mais qui ne traduira pas de majoration de nos revenus mensuels ?

Pourquoi ne parlez-vous pas du nombre de demandes de disponibilités qui explose dans la fonction publique ? Pourquoi ne parlez-vous pas du nombre croissant de soignants qui quittent le secteur hospitalier pour s’installer, au mieux, en libéral et tenter d’exercer dans des valeurs qui leurs sont chères – au pire, pour se reconvertir ? » 

Libération de ce 7 novembre s’intéresse au sujet. Il est, étrangement, l’un des rares titres de la presse. Eric Favereau est allé glaner quelques confidences dans l’entourage de la ministre. « Au ministère de la Santé, écrit-il, on se dit ‘’vigilant’’, on insiste sur le fait que pendant ce quinquennat, Marisol Touraine s’est ‘’battue’’ pour défendre l’hôpital public. Devant le ‘’malaise’’ actuel, elle devrait annoncer fin novembre une ‘’stratégie nationale pour améliorer la qualité de vie au travail à l’hôpital’’. » Puis Libé  cite l’un des opposants hospitaliers historiques à l’économie de marché : le Pr André Grimaldi : «A quoi bon rester dans le public si c’est pour faire comme dans le privé ?». Tout est dit.

Herboriste des racines de la souffrance

Libé, est c’est heureux, est aussi allé recueillir (Amandine Cailhol) l’analyse du sociologue Frédéric Pierru. On n’écoute pas assez les sociologues qui herborisent aux racines du monde hospitalier. Spécialiste des questions de santé (et plus largement de la sociologie de l’action publique) M. Pierru est chercheur au Ceraps-Lille 2 et au CNRS. Extraits des propos d’un sociologue qui parle clair :

« Il existe des indicateurs objectifs de la souffrance au travail en milieu hospitalier. Prenez le taux d’absentéisme : il est de 10 % chez les soignants. Le turnover augmente aussi entre les services. Les gens sont cuits, donc ils vont voir ailleurs si l’herbe y est plus verte. Cela atteste d’une dégradation des conditions de travail. Il faut aussi regarder l’évolution de la productivité hospitalière, qui n’a fait que croître, alors que les effectifs ont souvent baissé. Là aussi, c’est une preuve de l’intensification de la charge de travail.

« Tous les soignants sont concernés, mais ils ne font pas face de la même manière. Il y a un ruissellement du plus haut échelon vers le plus petit. Une délégation du sale boulot. Les médecins échappent donc, en partie, aux conséquences de cette dégradation, car ils les répercutent sur les infirmiers, qui eux-mêmes répercutent sur les aides-soignants. En bas de l’échelle, les aides-soignants ont peu de marge de manœuvre. C’est donc plus difficile pour eux de lutter contre la détérioration des conditions de travail. En plus, ce sont eux qui sont au contact des patients et de leurs familles. Ils ramassent toutes les réclamations et les plaintes. »

Peut-on dater le début du mal ?

« Le vrai changement date du passage, en 2003, à la tarification à l’activité (T2A) 1 et sa logique gestionnaire perverse, qui va de pair avec le renforcement des contraintes budgétaires. Ce système a alourdi la charge mentale pour les soignants. Désormais, chaque patient se voit affecter une somme financière. Avec, d’un côté, les «rentables», et de l’autre, ceux qui ne le sont pas, les «mistigris», dont il faudrait se débarrasser. L’économique est désormais au cœur du soin. Les soignants vivent cela comme un «viol éthique». Pour eux, l’hôpital doit soigner tout le monde et non uniquement ceux qui rapportent de l’argent. Ils n’ont pas choisi ce métier pour ça. Du coup, ils ont l’impression de mal faire leur boulot, d’être dans le ‘’quick and dirty’’. »

Quick and dirty  ? Tout est dit.

A demain

1 La « tarification à l’activité » est un mode de financement des établissements de santé qui vise à « médicaliser » le financement tout en équilibrant l’allocation des ressources financières et en « responsabilisant » les acteurs de santé.

Ce mécanisme vise à la mise en place d’un cadre unique de facturation et de paiement des activités hospitalières dans lequel l’allocation des ressources est fondée à la fois sur la nature et le volume de leurs activités. La logique de moyens qui prévalait jusque-là cède la place à une logique de résultats. Ce sont les recettes issues des activités hospitalières qui vont déterminer les dépenses et non l’inverse.