«PMA pour toutes/sans père» : Emmanuel Macron ne maîtrise plus les aiguilles des horloges   

Bonjour

Le décryptage politique affûté reste à faire – mais c’est à l’évidence un symptôme signifiant des tâtonnements récurrents de  la Macronie.  Nous l’évoquions hier, sur la foi d’une indiscrétion de Libération. C’est aujourd’hui acté par l’AFP. « Pressé par sa majorité et toute la gauche, mais faisant face aux bruyantes réticences de la droite, le gouvernement a décidé de reporter aux alentours de l’été l’examen à l’Assemblée nationale du texte controversé qui ouvre la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. Une décision qui a suscité la colère des militants. »

 « Il y a un décalage de quatre mois et demi ou cinq mois [par rapport au calendrier initial] en raison de l’encombrement du calendrier parlementaire », a fait savoir, jeudi 16 novembre, à l’AFP, le rapporteur de la mission d’information sur la bioéthique, Jean-Louis Touraine, médecin et député (La République en marche, Rhône). Le Pr Touraine est bien bon de justifier le recul temporel par l’encombrement calendaire. Et ce spécialiste reconnu d’immunologie en ignorerait-il les effets ?

« Une stratégie électorale avant l’intérêt des familles », a sèchement dénoncé le président de SOS-Homophobie, Joël Deumier. Ce dernier y voit une manière d’éviter des débats polémiques avant les élections européennes de mai 2019 – tandis que l’exécutif souffre depuis plusieurs semaines d’une baisse continue de sa popularité.

Qu’en dit Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, récente partisane de la « PMA pour toutes/sans père » ? On ne le saura pas. Son ministère a toutefois assuré à l’AFP que « l’objectif est de présenter le projet de loi au premier trimestre [2019], quitte à ce que le débat ait lieu plus tard pour des raisons de calendrier ».

Le pouvoir exécutif avait initialement annoncé qu’il présenterait le projet de révision de la loi de bioéthique avant la fin de l’année 2018 – pour un débat au Parlement au premier trimestre 2019. On se souvient aussi que l’ouverture de la PMA/IAD à « toutes les femmes » figurait dans le programme du candidat Emmanuel Macron – qui l’avait toutefois conditionné à un avis favorable du Comité consultatif national d’éthique.

L’affaire Benalla !

On se souvient enfin que cet avis obtenu, ainsi que celui de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, tout était soudain apparu nettement plus compliqué que prévu – à commencer par les hésitations publiquement exprimées par Edouard Philippe, Premier ministre hier encore opposé à cette évolution.

« Il faut créer les conditions pour un débat le plus apaisé possible, pour un projet de loi aux enjeux complexes, dont la PMA n’est pas le plus difficile » confie l’entourage d’Agnès Buzyn, citant « la congélation des ovocytes, les recherches sur l’embryon, le droit de la filiation. On souhaiterait que l’examen soit précédé d’un travail en commun entre les députés et les sénateurs. » Ce dont ne veut ni M. Larcher ni M. Ferrand.

L’annonce du report dans le temps suscite l’ire des associations LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans). « Nous sommes furieux, a tonné auprès de l’AFP Laurène Chesnel, déléguée famille de l’Inter-LGBT. On nous fait passer après la réforme constitutionnelle. (…) Ce n’est pas à nous de payer l’affaire Benalla ! ».

Comprenne qui pourra.

A demain

@jynau

 

Information-intoxication : Libération annonce que, tout bien pesé, la Macronie reculera sur la PMA

Bonjour

« La PMA attendra ». Selon les informations distillées par Libération, le projet de révision de la loi  de bioéthique – comprenant l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes homosexuelles et célibataires sera (sans être abandonné) reporté : examiné à l’Assemblée nationale après le 26 mai, date des élections européennes, et non pas en janvier, comme avait cru pouvoir l’annoncer le décidément bien jeune porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

« Officiellement, pas de motif politique à cela : la Macronie explique par de simples raisons ‘’de calendrier’’ ce report de la promesse de campagne d’Emmanuel Macron, confie Libé à ses abonnés.  De fait, plusieurs projets de loi doivent être examinés dès le début de l’année 2019. ’On aura le projet de loi de révision constitutionnelle, reporté cet été à cause de l’affaire Benalla, la réforme des retraites, la loi école…’ énumère le député (LR, Ain)  Xavier Breton, co-président de la mission d’information. Mais d’autres y voient une manœuvre politique. ‘’Je suppose en effet que c’est pour éviter un débat lourd et potentiellement clivant avant les européennes’’, note de son côté le député (LR, Bas-Rhin) Patrick Hetzel, qui a assisté à de nombreuses auditions de la mission d’information de l’Assemblée sur la bioéthique.

Et puis, comme toujours omniprésente sur mille et un médias, Marlène Schiappa. La secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes a, le même jour, cru pouvoir annoncer que la « PMA pour toutes/sans pères »  serait « bien évidemment » remboursée par la sécurité sociale. Voilà un bien  bel exercice d’anticipation économique à la frontière du démocratique.

A demain

@jynau

«PMA sans père»: la famille LR prépare la guerre contre le président et le gouvernement

Bonjour

Non. Contrairement à ce que souhaitait Emmanuel Macron il n’ y aura pas de « débat apaisé » sur la « PMA pour toutes/sans père ». Si nul n’en connaît encore l’intensité un fait est acquis : l’affrontement sera là, politique et sociétal, idéologique et frontal. Le gouvernement vient de faire savoir que bien évidemment cette mesure figurerait dans le projet de loi de révision de la loi de bioéthique. Et, tout naturellement ou presque, l’un des  camps adverses affûte ses lames.

Premier coup de semonce : une tribune dans Le Figaro 1 – papier signé de la brochette des principaux responsables de la famille « LR » : Laurent Wauquiez, Christian Jacob, Bruno Retailleau, Franck Proust et Jean Leonetti 2. Que nous disent-ils ? Quelques vérités et une forme d’embarras à venir, quand il faudra croiser le fer. Cela donne sinon de jeunes puedurs du moins des précautions de vieux sioux devant la caravane En marche :

« Les questions dites sociétales soulèvent des enjeux éthiques lourds que les revendications légitimes pour l’égalité, le bonheur ou l’amour ne sauraient évacuer. Souvent sensibles dès lors qu’elles touchent à notre intimité, elles n’en sont pas moins des questions politiques exigeant de nous, non pas les seuls bons sentiments, mais «un cœur intelligent»: tout ce qui est scientifiquement possible est-il pour autant humainement souhaitable? Tous les désirs individuels doivent-ils être satisfaits par la technique? La marche du progrès signifie-t-elle la négation des limites? En résumé, de quelle société voulons-nous ?

 « Gardons bien ces questions en tête lorsque est proposée l’instauration de la PMA sans père.   Aussi bien intentionné soit-il, ce projet ouvre la voie à des dérives qu’il faut mesurer avec lucidité. N’y a-t-il pas de risque à nier ainsi délibérément le rôle et la représentation du père dans l’éducation de l’enfant ? »

Trahison

Et nos sages sioux de scruter l’horizon :

« De plus, dans la logique égalitariste à l’œuvre, ce nouveau droit constitue une étape vers les mères porteuses et la marchandisation du corps de la femme. Un engrenage est à l’œuvre: comment refuser demain aux couples d’hommes ce que l’on accorderait aux couples de femmes ? »

LR  garde aussi la mémoire, vivace, d’une récente trahison : « Il y a cinq ans, l’actuel Premier ministre s’engageait à ‘’s’opposer résolument’’ à la PMA sans père. Sa résolution fut de courte durée. Il dirige aujourd’hui un gouvernement qui souhaite la mettre en œuvre, tout en se disant ‘’très défavorable à la GPA’’. Qu’en sera-t-il dans cinq ans ? »

Edouard Philippe répondra-t-il à ses anciens compagnons de lutte ? Quand et comment ?

Enfin les signataires reprennent l’argument, contingent mais essentiel, de la menace d’une pénurie de dons de sperme anonymes et gratuits. De ce point de vue, comme le souligne le Comité consultatif national d’éthique, l’extension de la pratique de la PMA par insémination artificielle avec sperme de donneur ouvre la voie à une marchandisation croissante des gamètes et, plus largement, des éléments du corps humain. « Elle risque d’accompagner une dérive eugéniste dont témoigne le site Internet de Cryos, la plus grande banque de sperme du monde: ses clients y choisissent leurs gamètes selon une douzaine de critères dont la couleur de la peau ou des yeux ; le panier de commande – habituellement représenté par un Caddie – y est illustré par un landau » écrivent les auteurs de la tribune du Figaro – sans redouter les conséquences de leur antonomase 3.

Orwell et Bové

« Nous semblons entraînés par une injonction au mouvement perpétuel, par un dépassement incessant des frontières, par une extension infinie des droits oublieuse de nos devoirs. Le philosophe Jean-François Mattei relevait que «le tragique de l’existence occidentale tient à la dérive de sa mesure naturelle dans un déchaînement de démesure». Se développe aujourd’hui une idéologie, le transhumanisme, promouvant un «homme augmenté» et même «la résolution du problème de la mort». La médecine traitant les pathologies laisserait ainsi place à une technique toute-puissante au service de tous les désirs et de tous les fantasmes repoussant sans cesse plus loin les frontières de l’éthique. »

Et Laurent Wauquiez, Christian Jacob, Bruno Retailleau, Franck Proust et Jean Leonetti de citer, étrangement, George Orwell: «Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains ».  Et les mêmes de citer José Bové 4: « Une certaine écologie politique se soucie à raison de protéger la planète, l’alimentation, les océans, les végétaux, les animaux, mais pas l’enfant à naître. Faisant exception, José Bové a courageusement décrit l’extension de la PMA comme ‘’la boîte de Pandore vers l’eugénisme et l’homme augmenté’’ ; preuve que cette question échappe aux clivages politiciens. » Et, pour finir ,cette envol :

« Si la liberté d’entreprendre et d’innover a fait notre prospérité, l’extension illimitée du domaine du marché n’est pas souhaitable: nous n’accepterons pas que l’être humain soit déraciné et marchandisé. Il est illusoire de réduire le débat en un clivage simpliste et imaginaire: le nouveau monde contre l’ancien monde, les gentils progressistes contre les méchants réactionnaires. Ce n’est pas la meilleure manière d’aborder des questions à la fois si complexes et si essentielles. La courbe des sondages ne nous dictera pas l’idée que nous avons de la société et de l’être humain. »

 A demain

@jynau

 1 « Pourquoi Les Républicains s’opposeront à la PMA sans père» Le Figaro du 3 novembre 2018

2 Respectivement président de LR, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, président du groupe LR au Sénat, président de la délégation française au groupe du Parti populaire européen (PPE) du Parlement européen et président du Conseil national de LR.

3 Wikipédia : Aujourd’hui, le nom « caddie » est couramment utilisé pour désigner tous les types de chariots en fil métalliques, quelle que soit leur marque. Il s’agit d’un cas particulier d’antonomase du nom propre. Cet usage est cependant risqué car le nom a été déposé par la société « Les Ateliers réunis Caddie SAS », qui possède donc la propriété intellectuelle de la marque, et fait régulièrement valoir ses droits. Elle a notamment obtenu à plusieurs reprises la condamnation de journaux pour un tel usage- dont Libération et Le Figaro

4 Sur ce thème : « José Bové est un néo-chrétien : anti-PMA et contre toutes les manipulations de l’humain » Journalisme et santé publique, 5 mai 2014

Le Blanc : comment transformer une maternité en un établissement pour personnes âgées ?

Bonjour

Soit Le Blanc, sous-préfecture l’Indre arrosée par La Creuse. Un centre hospitalier certifié. Un peu plus de six mille habitants ; une soixantaine d’élus du département qui s’apprêtent à démissionner : ils refusent la fermeture définitive de la maternité (treize lits).  On n’y accouche plus depuis trois mois déjà, faute d’un nombre suffisant de soignants. Le Blanc et la Creuse,  la désertification des petites bourgades, les concentrations médicales dans les grosses villes, la symbolique et l’angoisse de ne pas donner la vie à proximité immédiate de son domicile.

Le Monde (François Béguin) a fait le déplacement jusqu’à cette extrémité symptomatique. Le Blanc située à environ une heure de route de Châtellerault (Vienne), de Poitiers (Vienne) et de Châteauroux (Indre), où se trouvent les maternités les plus proches. Les élus déposeront, jeudi 11 octobre, leur lettre de démission à la préfecture de Châteauroux. Et le dernier quotidien vespéral parisien de rapporter les témoignages, de donner les chiffres qui condamnent la maternité locale comme tant et tant d’autres furent décapitées avant elle. Soit 400 accouchements en 2009 et 255 en 2017.

Le Monde cite un « rapport », publié le 28 septembre, identifiant « plusieurs dysfonctionnements pouvant mettre gravement en jeu la sécurité des prises en charge ». Un document (rendu public par La Nouvelle République) qui a conduit la directrice de l’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire à exprimer, vendredi 5 octobre, son « souhait d’une fermeture définitive du site, au profit d’un centre périnatal de proximité ». Refus de la population et des élus qui attendent de la ministre des Solidarités et de la santé Agnès Buzyn, qu’elle renouvelle les moratoires accordés par ses deux prédécesseurs, Xavier Bertrand en 2011, puis Marisol Touraine en 2012. Un temps pré-macronien où Paris cédait encore à la révolte des campagnes.

Mépris des ruraux

Puis Emmanuel Macron devint président et, observe Le Monde,  les élus locaux « enragent de ne pas être entendus ». « Nous sommes dans une situation inédite, avec un gouvernement dont la marque de fabrique est de ne rien céder », déplore Jean-Michel Molls, le président du comité de défense des usagers de l’hôpital. « Nous sentons comme un mépris à l’égard des zones rurales », ajoute Annick Gombert, la maire (PS) – démissionnaire – de la commune.

Comme jadis Libé et les ouvriers de Lip, La Nouvelle République tient la chronique de cette révolte et des manifestations se suivent, sans succès : « Maternité du Blanc : l’histoire du lutte ». « Le 15 septembre, entre 2 000 et 3 000 personnes se sont rassemblées devant la mairie, résume Le Monde. Le 28, une cinquantaine d’élus ont accroché des portraits officiels du chef de l’Etat aux grilles de la sous-préfecture. Devant les caméras, certains ont même brûlé des photos d’Emmanuel Macron. ‘’On est en train de franchir une étape dans la colère, les citoyens et les élus se sentent exclus de la République’’, prévient Jean-Paul Chanteguet, qui a été maire (PS) du Blanc pendant trente ans. »

Au Blanc on redoute la suite : la fermeture de la maternité annonçant la mort du service de chirurgie, des urgences et, à terme, de l’école d’infirmières, « le seul établissement de formation post-bac de la ville ». Fermeture de l’hôpital et naissance d’un gros EHPAD au sein d’un désert médical. Pour l’heure, à l’entrée de l’hôpital, un panneau désespéré : « Liberté, égalité, maternité de proximité ».

A demain

 

Diesel et conflits d’intérêts : après l’affaire Aubier, l’étrange accord entre Total et l’AP-HP

Bonjour

On se souvient des récents malheurs du Pr Michel Aubier 1, spécialiste réputé de pneumologie au sein de la non moins renommée AP-HP. Libération du 5 juillet 2017 (Coralie Schaub) : « Le pneumologue qui minimisait dans les médias l’impact du diesel sur la santé a été condamné mercredi à six mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende, pour avoir caché aux sénateurs qu’il était grassement payé depuis 1997 par Total. Une première. » Libération y voyait un jugement « historique et symboliquement fort »:

« Pour la première fois en France, la justice a condamné mercredi une personne pour «faux témoignage» devant la représentation nationale. Pour avoir menti devant une commission d’enquête du Sénat, le pneumologue Michel Aubier a été condamné à six mois de prison avec sursis et à 50 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris. La sanction est plus lourde que celle requise par le parquet – qui avait seulement demandé une amende de 30 000 euros, au terme d’une audience de sept heures, le 14 juin – mais moindre que la peine maximale encourue pour ce délit de «faux témoignage» (cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende). »

Et Libération de rappeler, avec de nombreux médias, que ce « mandarin » (ancien chef de service à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot et chercheur à l’Inserm) avait « minimisé pendant des années dans les médias les effets du diesel et de la pollution atmosphérique sur la santé. Et qu’il avait touché en moyenne autour de 100 000 euros par an de Total. Soit environ la moitié de ses revenus annuels. Le tout pour «neuf demi-journées par mois», comme l’indiquait son contrat de travail.

Emphases

Le Monde (Stéphane Mandard) n’était pas moins emphatique :

« Le professeur Michel Aubier est entré dans l’histoire en devenant la première personne condamnée pour avoir menti sous serment devant une commission d’enquête parlementaire. La 31e chambre correctionnelle de Paris l’a en effet condamné mercredi 5 juillet à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 50 000 euros.

Le tribunal est donc allé plus loin que le parquet, qui à l’issue de l’audience du 14 juin, avait seulement requis une peine de 30 000 euros d’amende. La présidente du tribunal, Evelyne Sire-Marin, a estimé que cette condamnation était « proportionnée à la gravité des faits : mentir devant la représentation nationale. » 

Un mensonge incompréhensible de la part de celui qui était allé devant cette commission d’enquête à la demande étonnante de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Un directeur général qui, plus tard, assura ne rien savoir, alors, des lien entre Total et ce mandarin.

L’affaire Aubier est de retour avec le procès en appel qui s’est tenu le vendredi 5 octobre. Et Le Monde (Stéphane Mandard) est toujours là :

« Costume-cravate sombre et teint hâlé, Michel Aubier a nié avoir menti devant les sénateurs. « Je reconnais m’être trompé, mais ce n’était pas intentionnel. J’ai fait une erreur mais je n’ai pas menti ». Me François Saint-Pierre a tenté d’expliquer que « dans un contexte de stress », son client avait « confondu les notions de conflit et de lien d’intérêt » et commis une « erreur d’interprétation » qui a « ruiné toute sa carrière ».

Des arguments qui n’ont pas convaincu l’avocate générale : « Quand on lui demande s’il a des liens avec des acteurs économiques, il ne peut pas ne pas savoir. Ce mensonge sous serment est une infraction grave, avec un dommage important pour toute la société. C’est la porte ouverte à toutes les suspicions, aux fake news ».

Le jugement a été mis en délibéré au 9 novembre. Mais l’important, cette fois, était ailleurs. Dans la révélation, par les médias de « l’étonnant partenariat de l’AP-HP avec Total » « L’affaire Aubier servira « d’électrochoc » pour « traiter ce mal que représentent les conflits d’intérêts », avait réagi le patron de l’AP-HP, Martin Hirsch, après la condamnation en première instance, écrit Le Monde. En avril, l’AP-HP a pourtant signé un étonnant accord de partenariat avec… Total. Un partenariat qui rapporterait 300 000 euros sur trois ans à l’AP-HP. »

Précieux concepts

Identiques à celle de Total, les explications officielles de l’AP-HP sont disponibles ici : « L’AP-HP et Total concluent un accord cadre de partenariat ».

« La volonté commune d’inscrire les relations entre l’AP-HP et le Groupe Total dans une convention officielle vise, d’une part à développer des actions de recherche dans le domaine de la santé publique orientées prioritairement vers des publics vulnérables et, d’autre part, à donner un cadre précis et rigoureux à l’appui que peut apporter le plus grand groupe hospitalier européen aux problématiques de santé des personnels du Groupe Total.

Cette convention qui présente un caractère novateur a été soumise par le directeur général au directoire de l’AP-HP, avant d’être approuvée, pour veiller à ce que l’équilibre trouvé soit en cohérence avec les valeurs de l’AP-HP et sa politique médicale et scientifique.

L’un des deux volets prévoit que « l’AP-HP autorisera un praticien à assurer, une demi-journée par semaine, un rôle de médecin-conseil auprès du Groupe Total ». Une mission qui ressemble à s’y méprendre à celle qu’assurait le Pr Michel Aubier. Ce qui n’a échappé ni au Monde ni à son avocat : « C’est la preuve que cette pratique est institutionnalisée et que le comportement de Michel Aubier n’a pas été préjudiciable pour l’AP-HP. » Où l’on voit réapparaître les formules « lien d’intérêt » et « conflits d’intérêts ». Deux précieux concepts sur lesquels l’affaire « Aubier contre AP-HP » incite à méditer.

A demain

1 Les articles de ce blog consacré à cette affaire sont disponibles ici : https://jeanyvesnau.com/?s=Aubier

Tous les évêques de France partent doucement en croisade contre la « PMA pour toutes »

Bonjour

La guerre est déclarée. Après le « oui » quelque peu étonnant du Conseil national de l’Ordre des médecins, voici le « non » de l’Eglise catholique. Dans un texte signé de tous les évêques de France et publié aux Éditions Bayard-Mame Cerf 1 l’épiscopat prend position sur la PMA.

En plein débat sur la révision des lois de bioéthique, ils soulèvent cinq obstacles éthiques à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Dans son édition de ce vendredi, La Croix publie des extraits du texte des évêques, révèle les coulisses de sa préparation, en fait la synthèse et analyse le texte. Pour étayer le texte, Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio répond aux questions de La Croix et explique que « l’enfant doit être voulu pour lui-même et non simplement pour satisfaire un désir d’adulte ». L’argument est connu. Mais encore ?

Le Figaro et Libération viennent de donner écho à ce texte. Nous y reviendrons sous peu.

A demain

(1) «La Dignité de la procréation», les évêques de France, coédition Bayard Éditions, Mame, les Éditions du Cerf.

Miossec et l’alcool, ou la chance d’avoir pu diviser sa vie en deux, « avant et après »

Bonjour

Christophe Miossec, 53 ans, auteur-compositeur-interprète-parolier, parfois acteur. Il est interrogé par Libé (Patrice Bardot) à l’occasion de la sortie d’un nouvel album. Intitulé « Les Rescapés » (« furia minimaliste post-punk traversée par instants par un surprenant groove radieux, quasi électronique …»). Rescapé, l’auteur en est un et ne s’en cache pas.

« Il y a ceux, nombreux, qui en arrêtant de boire observent, inquiets, leur inspiration s’assécher à son tour. Puis il y a Christophe Miossec, sobre depuis 2010, lorsque les médecins découvrent qu’il est atteint d’une maladie neuromusculaire qui modifie l’équilibre, la coordination des membres, explique Libé. Verdict : plus une seule goutte ou c’est la paralysie. Mais sa verve créatrice n’est jamais restée en rade. Le rythme continue d’être soutenu : un album quasiment tous les deux ans, suivi d’incessantes tournées. »

L’homme était devenu célèbre avec son premier album Boire, en 1995 – plus de 100 000 exemplaires vendus. Le diagnostic sera porté quatorze ans plus tard, présenté comme une forme d’ataxie « maladie orpheline chronique affectant le cervelet ». Miossec s’en explique volontiers, sans pathos ni afféterie. Pas plus qu’il n’a fait appel aux médias pour son sevrage.

LCI, en mai 2016 lui demande : « Vous avez souvent écrit sur le temps passe : « 30 ans », « En Quarantaine »… Cette fois, avec le titre « Les Mouches », vous évoquez directement la mort. C’est une angoisse ? » Miossec

« Ben oui. Il y a eu tellement de disparitions dernièrement: celle de mon pote Rémy Kolpa Kopoul (journaliste à Nova), celle de Bashung… Savoir qu’il ne sortira plus d’albums, ça me tue. J’aurais voulu savoir sur quel pied il danserait aujourd’hui. C’est terrible, on est là à fumer des clopes et puis un jour on disparait à cause d’elles… (il se roule une autre cigarette). [L’alcool aussi. On se souvient de concerts où vous arriviez sur scène fortement imbibé…]
« Ça, c’est terminé. Je n’aurais jamais du boire un seul verre d’alcool de ma vie. Je n’ai pas le cerveau pour. Aujourd’hui, je ne bois plus une goutte. Un verre de vin me fait autant de dégâts qu’une nuit d’ivresse. Quelle ironie pour un mec dont le premier disque s’appelait « Boire » ! Mais je n’aurais jamais pu monter sur scène sans boire avant. J’étais tétanisé par la timidité.

Chaise roulante

Les Inrocks en 2014 : « Tu ne bois plus depuis des années, as-tu participé à des réunions des Alcooliques anonymes ? »

« Pas du tout. Ma chance, c’est que mon cerveau ne supportait plus du tout l’alcool. A la fin, six ou sept verres et j’étais cuit. Tout le monde autour de moi pensait que je buvais en cachette. C’est venu graduellement, la pathologie se traduit aussi par des problèmes d’équilibre. La maladie, l’ataxie, a commencé par un grave mal aux genoux. Et un jour, à 11 heures du matin, un médecin m’a expliqué ce dont je souffrais. Il m’a dit : “Plus une goutte d’alcool ou c’est la chaise roulante.” J’ai dû fixer une date : celle de mon dernier verre. Le médecin m’a accordé une semaine de grâce, pendant laquelle je me suis offert les meilleurs vins. Et j’ai tenu. En partie pour emmerder mes détracteurs ! J’ai alors attaqué une nouvelle vie. C’était il y a quatre ans. »

 Libé, aujourd’hui :  « Avez-vous parfois le sentiment que votre maladie a été paradoxalement une bénédiction ? Miossec :

« Oui, avec l’âge on essaie de bien regarder la merde et de voir ce qu’elle peut nous apporter de positif. Mais s’il n’y avait pas eu la boisson, je n’aurais jamais eu le désir profond de monter sur scène, car ça désinhibe complètement. Je ne tenais pas l’alcool du tout, j’étais bourré hyper vite, je n’étais pas dans le club de ceux qui encaissent et qui sont en irrigation permanente.

 « En fait, les médecins se sont rendu compte que je fais partie des personnes qui n’auraient jamais dû boire une seule goutte en raison de cette maladie. C’est une chance d’avoir pu diviser sa vie en deux : avant et après l’alcool, même si j’ai commencé à boire tard. Il n’empêche que j’aime toujours aussi peu les buveurs d’eau et, en tournée, il y a toujours autant de boisson dans les loges. Ça ne me gêne pas de voir les autres picoler, au contraire je pousse à la consommation parce que j’aime bien entendre les conneries des gens bourrés (rires). »

 Tout au fond de la salle, Boris Vian, écrivain, parolier, chanteur, jazzant en écho : « Je bois ». C’était quarante ans avant le Boire de Miossec. Vian avait alors 35 ans. Il mourut quatre années plus tard 1. D’une crise cardiaque, lors de la projection de l’adaptation cinématographique de son « J’irai cracher sur vos tombes ».

A demain

1 De Philippe Boggio  : le passionnant Boris Vian, première éditions Flammarion 1993, réédition 1995 en livre de poche, dernière éditions mai 2009