Marisol Touraine devient un cas clinique pour les observateurs médiatiques et politiques

La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi la commission des conflits du PS en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Bonjour

Cette affiche fait aujourd’hui la Une des médias généralistes. Elle est devenue un triple symbole : de la nécessaire évolution politique, de l’opportunisme ou d’une trahison trop tardive pour être pardonnée. Dans tous les cas le fait est là : jusqu’ici protégée des médias l’ancienne ministre socialiste de la Santé est désormais devenue un cas clinique. Placée en observation jusqu’aux élections législatives. Pronostic très incertain.

 

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier a épinglé Marisol et son affiche dans la catégorie des « candidats mutants ».

« Ministre de la Santé durant les cinq années de la présidence Hollande, elle a gardé l’investiture PS dans l’Indre-et-Loire mais se présente sur son matériel de candidature comme ‘’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, écrit-il. Résultat : dans sa circonscription, des militants PS ont décidé de la lâcher et d’appeler à voter pour les candidats écologiste ou France Insoumise, tandis que des militants En Marche! ont fait part de leur ‘’dégoût’’ à l’idée de ne pas avoir de candidat(e). »

Exit les oripeaux socialistes

Dans Libération Lilian Alemagna décrypte l’affiche ligérienne : « Son nom est en bleu ciel. Tout comme la mention ’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, inscrite sur un liseré jaune. Exit le rose, le vert et tous les oripeaux du Parti socialiste. Marisol Touraine a beau s’être inscrite comme ‘’socialiste’’ en préfecture pour la législative de la 3e circonscription d’Indre-et-Loire, les codes couleur choisis pour son matériel de campagne sont très proches de ceux de La République en marche (LREM). »

Et Marisol Touraine (très critiquée localement et sur les réseaux sociaux pour cette prise de distance avec «l’identité» socialiste) dit à Libération qu’elle «assume» :

«Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que je suis socialiste. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ! Dans ce document, je rappelle que je suis une femme de gauche, que je suis candidate avec mon histoire, avec mon bilan, avec mes regrets, mes projets…»

Certes. Mais alors, pourquoi avoir choisi l’étiquette «majorité présidentielle» alors qu’elle n’est pas LREM. C’est, dit-elle, parce qu’elle « assume clairement » d’aider Emmanuel Macron à avoir une « majorité qui soit stable » et «de gauche ». « Assumer ? ». Lequel ? Marisol Touraine veut-elle dire « Prendre sur soi, à son compte, avec toutes les implications de ce qu’on assume » ou « Prendre mais sans le faire sien, c’est-à-dire se donner ou recevoir à titre d’hypothèse comme base d’une recherche d’un raisonnement » ?

Vinaigre local

Dans les deux cas, localement, l’affaire tourne vinaigre. « L’ex-ministre a changé d’étiquette pour s’afficher “ Macron ”. Au PS, on crie “ à la trahison ” et des militants appellent à voter pour d’autres candidats annonce La Nouvelle République (Olivier Pouvreau et Pierre Calmeilles):

« Marisol Touraine a-t-elle trahi le PS, ses militants, ses électeurs ? Jusqu’à vendredi dernier et la clôture des candidatures, elle est restée dans le  »flou  ». Elle se disait toujours au PS, mais regardait avec bienveillance du côté d’Emmanuel Macron et de ses ‘’Marcheurs’’. Puis, comme par hasard, elle n’a pas eu de candidat investi La République en marche face à elle en Lochois, ce qui lui dégage bien le terrain.

« Et ce week-end, surprise, elle sautait le fossé. Ses affiches ne présentent plus le logo à la rose « PS », et s’intitulent  ‘’Majorité présidentielle, avec Emmanuel Macron’’. (…)  Des militants et cadres socialistes de tout le département ont lancé un « appel » aux électeurs du Lochois ‘’à ne pas voter pour Mme Touraine en portant leurs votes sur les candidats fidèles aux valeurs de la gauche et de l’écologie’’. Officiellement, la fédération ne dit mot, mais c’est bien une grande partie du PS qui s’insurge de cette « trahison », dont le député frondeur chinonais Laurent Baumel. Il parle lui-même d’un « opportunisme scandaleux » de Marisol Touraine. » 

Après Libération l’intéressée, repartie en campagne, a parlé au journal local : « Je me suis enregistrée à la préfecture en tant que socialiste, mais je dis clairement que, face au choix qui est devant nous entre être dans la majorité ou dans l’opposition, j’assume être dans la majorité présidentielle. » La suppression du logo PS sur la désormais fameuse affiche ? « C’est un choix. Personne ne m’a rien demandé. » Opportunisme scandaleux? Evolution ? Trahison ?

A demain

PS: La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi 23 mai la commission des conflits en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Comment, en trois clics, en savoir trop sur le Premier ministre Edouard Philippe

 

Bonjour

Combien de temps Edouard Philippe (hier maire du Havre, aujourd’hui Premier ministre) résistera-t-il au dépeçage médiatique ? Quelques heures après l’annonce de sa nomination (un secret élyséen de Polichinelle) voici que l’on sait tout de lui – et que l’on peut aussi, en trois clics déjà tout savoir sur bien des coulisses. Démonstration :

Le Monde se régale en donnant les extraits les plus croustillants de ce que le maire du Havre, intime d’Alain Juppé écrivait dans Libération (sic) sur celui qui allait le sacrer Premier ministre. Car pendant les quatre derniers mois de la campagne, M. Philippe tenait une chronique dans le quotidien de Jean-Paul Sartre. Et il prenait alors plaisir à éreinter le futur président de la République.

« Chaque semaine, explique Le Monde, le maire Les Républicains du Havre – également romancier occasionnel 1– a livré dans une chronique publiée dans Libération son regard sur cette élection atypique, dans laquelle « la réalité a définitivement battu la fiction dans le registre de l’inattendu »comme il l’écrit le 12 avril. Des textes dans lesquels il n’épargne pas toujours celui qui est devenu président de la République. »

Naevius Sutorius Macro

Edouard Philippe consacre précisément sa première chronique, le 18 janvier, à Emmanuel Macron. Quand certains voient en lui Brutus, le fils adoptif de César qui a participé à la mort de son père, lui estime que « le Romain qui ressemble le plus à Macron, c’est Macron » , ou plus précisément « Naevius Sutorius Macro, dit Macron ».  Il décrit ce « haut fonctionnaire devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes », chef qu’il « finira par assassiner ».

Le futur Premier ministre dépeint encore un Emmanuel Macron « tribun adepte d’un populisme désinvolte », « qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».  « Il marche sur l’eau en ce moment », note M. Philippe le 15 février. Et d’ironiser sur l’attitude christique du candidat : « Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. A la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche !” (…) Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. » Le maire du Havre cite alors Saint-Matthieu – « par ailleurs saint patron des banquiers, ça ne s’invente pas  » – rapportant les paroles de Jésus : « Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens. »

Puis le ton change à mesure que l’on s’approche du premier tour. « Il faut aider Macron car sa victoire n’est pas acquise » écrira-t-il bientôt. Aider Naevius Sutorius Macro ? On connaît la suite.

Un « pote de droite »

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier éclaire joliment l’affaire sous un autre angle : « Édouard Philippe, notre ‘’pote de droite’’ ». Depuis plus d’une décennie, la caméra de Laurent Cibien, un ancien camarade de lycée, suit l’ascension politique du nouveau Premier ministre. Il faut lire (et regarder) pour comprendre.

Enfin, sur France Culture on retrouve le maire du Havre, ancien rocardien passé avec armes humour et bagages dans le camp d’en face.  Cela donne : « Édouard Philippe : pourquoi j’ai vu 4 fois la série « The West Wing » ». Un entretien daté de novembre 2016 dans lequel David Kessler (ancien conseiller à la présidence de la République) échange avec Édouard Philippe, autour d’une passion qui leur est commune, la série « The West Wing ». Ou comment les séries permettent au personnel politique de voir son travail avec distance.

« C’est dans l’air du temps: la politique française se raconte en séries, au point que même Alain Juppé s’incruste sur le tournage de la deuxième saison de Baron noir. observe Jean-Marie Pottier. Après le film de Yann L’Hénoret sur Emmanuel Macron, dont on a évoqué une possible version sérielle sur Netflix, voici donc la nomination à Matignon d’un Premier ministre, le député-maire du Havre Édouard Philippe qui est déjà le héros d’une série documentaire. » Déjà.

A demain

1 Libération (Alain Auffray) rapporte qu’avec son grand ami Gilles Boyer (ex-directeur de campagne d’Alain Juppé) il a écrit en 2011 un thriller politique remarqué. Dans l’ombre (Le livre de poche) raconte une primaire truquée précédant une élection présidentielle infestée de magouilles et de trahisons. Dans le dénouement, une scène haletante montre le narrateur, un «apparatchik» sans état d’âme, découvrant que la personne que son «patron» s’apprête à nommer Premier ministre est mouillée jusqu’au cou dans une histoire criminelle. Mais tout finit bien. Démasqué in extremis, le méchant n’ira pas à Matignon.

Mediapart révélait d’autre part il y a peu que le député Philippe était aussi, dans la vraie vie, capable de petits dérapages désinvoltes. Il a ainsi écopé d’un blâme de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique qui a constaté quelques négligences dans sa déclaration de patrimoine de 2014. « Aucune idée », avait-il écrit en réponse aux questions sur la valeur de son appartement parisien.

Psychologie et post-vérité : Emmanuel Macron restera-t-il le « maître des horloges » ?

Bonjour

Futur président de la République ou pas, nous chérissons tous quelques formules. A échéance régulière Emmanuel Macron parle ainsi, depuis des mois, du « maître des horloges ». C’est pour dire qu’il l’est, le sera, le restera. Maître des horloges pour ne pas dire maître définitif d’un temps qui ne fait que passer ? La formule ne manque pas d’intriguer chez un homme de pouvoir, par ailleurs désireux d’embrasser et la carte et le territoire.

Or voici que tout, depuis quelques jours, nous laisse penser que, précisément, Emmanuel Macron ne maîtrise plus pleinement les aiguilles. Un effet amplifié par les médias qui brûlent chaque heure un peu plus vite ce qu’ils trouvaient utile d’adorer. Jusqu’à cette « folle séquence Whirlpool » d’Amiens où l’homme politique piégé est venu, bien tard, à la rencontre des ouvriers et de son passé.

Le « maître des horloges » ? Ce fut un livre pour enfants paru en 2003 aux Editions Milan, signé de Anne Jonas et illustré par Arnaud Hug.

« Las de toutes ses richesses et de son pouvoir sans limites, un roi prend soudain conscience de la vanité des choses et de la course du temps lorsqu’il aperçoit une ride en se regardant dans un miroir. Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête: trouver le secret de l’immortalité. Il croit arriver à ses fins lorsqu’il rencontre le Maître des horloges, celui qui détient la clé du mystère du temps, mais en voulant provoquer le destin, c’est sa propre mort qu’il va trouver. Ce conte classique fait écho à « La Mort marraine » des frères Grimm et nous livre une petite leçon de sagesse. »

Calendrier grégorien

En 2001 Libération avait découvert non pas un mais bien deux « maîtres des horloges ». UTC (Coordinated Universal Time, temps universel coordonné). Le quotidien de Sartre et de July rappelait alors que le temps universel est basé sur la rotation de la Terre autour de son axe et sur le calendrier grégorien, fondé sur le temps que met la Terre pour tourner autour du Soleil. Quant à UTC, c’est, depuis 1978, la version « moderne » de l’heure GMT (Greenwich Mean Time), tirant profit des horloges atomiques. Elle est essentielle dans la synchronisation des systèmes de navigation radio ou satellite, ou des réseaux informatiques. Tous les dix-huit mois environ, l’UTC doit être corrigé d’une seconde par rapport au temps atomique.

Mais il faut aussi compter avec NTP (Network Time Protocol). Ce protocole informatique est utilisé pour synchroniser un PC connecté au Web avec celui d’un serveur relié à une source de référence (un satellite par exemple). Sa précision par rapport à l’UTC est de l’ordre de la milliseconde. Le NTP prend en compte les délais de transmission et corrige les dérives des horloges locales.

Le « maître des horloges » ? C’était, en 1991, un ouvrage de Philippe Delmas publié aux éditions Odile Jacob. Il y était question de la modernité de l’action publique. Emmanuel Macron avait, alors, quatorze ans.

A demain

 

Pilule contraceptive : le pharmacien devra-t-il, demain, remplacer le médecin ?

Bonjour

Nouvelle polémique confraternelle en vue avec « #LiberezMaPilule ». C’est un appel lancé par un collectif de pharmaciens, associé au Planning familial et à des militantes féministes et différentes personnalités. Tous réclament la mise sur le marché d’une pilule contraceptive qui pourrait être délivrée sans ordonnance médicale. Leurs arguments sont développés dans une lettre ouverte et une pétition a été lancée sur la plateforme Change.org.

Il s’agit ici de « faire pression » sur les laboratoires pharmaceutiques et les agences française et européenne du médicament. L’initiative a aussitôt été saluée par Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.

Sans doute faut-il ici élargir la focale hexagonale. BuzzFeed (Sandrine Chesnel) rappelle que la possibilité pour les femmes d’acheter leur pilule contraceptive directement en pharmacie, sans passer par un médecin, est déjà une réalité dans la plupart des pays d’Amérique du Sud, mais aussi dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, ou encore en Turquie, en Roumanie et au Portugal.

Simple questionnaire

On sait qu’en France la délivrance d’une contraception hormonale par un pharmacien d’officine est soumise à la prescription d’un médecin ou d’une sage-femme délivre une ordonnance. Ce qui, pour Clara de Bort, directrice d’hôpital, féministe et auteure du blog Enjupe.com, citée par Libération (Aurore Coulaud) ne correspond à aucune justification scientifique.

Les auteurs de cette initiative expliquent notamment qu’en 2012 le Collège américain des gynécologues obstétriciens recommandait d’autoriser la vente des pilules contraceptives sans ordonnance. Selon lui un certain nombre d’arguments laissent penser que les femmes sont capables d’évaluer si l’utilisation de la pilule contraceptive est possible en répondant à un questionnaire avec l’aide d’un pharmacien.

Selon ce Collège la prescription d’une pilule contraceptive ne nécessite ni le dépistage d’une infection sexuellement transmissible ni celui d’un cancer du col de l’utérus ou du sein. Cette société savante estimait en outre que les femmes auraient une approche plus prudente que les prescripteurs eux-mêmes quant aux contre-indications. Quatre ans après l’affaire dite « des pilules de troisième génération » 2, il sera intéressant de connaître, ici, l’opinion du Collège national des gynécologues obstétriciens français.

A demain

 1 Parmi les premiers signataires figurent notamment Caroline de Haas, Martin Winckler, Titiou Lecoq  Dominique Dupagne et Jaddo

2 « Pilule de troisième génération: une gestion de crise à ne pas suivre » Slate.fr 3 janvier 2013.

Emmanuel Macron fait marche arrière après quelques confusions sur les vaccinations

Bonjour

Comment marcher trop vite sans se perdre ? Il y a quelques heures un lecteur de ce blog nous incitait à de nous pencher sur un billet de Libé. Notre confrère Eric Favereau s’y interrogeait sur une (nouvelle) étrange sortie d’Emmanuel Macron. Avant le rectificatif sur l’affaire de « l’île de Guyane » il y a avait eu le « Pr Joyeux ». Libé :

« Mais quelle mouche a donc piqué Emmanuel Macron lors de son meeting à la Réunion, samedi 25 mars ? La scène est passée sur le moment inaperçue. A l’occasion de questions du public, et pendant un passage sur le thème de la santé, Emmanuel Macron, alors très détendu, a expliqué ‘’qu’on n’a pas assez développé la prévention, la médecine par les plantes et les thérapies alternatives’’. Et voilà qu’il poursuit : ‘’J’étais il y a quelques mois en Guadeloupe, où le Pr Joyeux fait un travail remarquable. C’est une manière intelligente d’utiliser la biodiversité.’’ »

 Où l’on retrouvait, après Nicolas Dupont-Aignan, un homme politique (ici de poids) aux côtés du Pr Henri Joyeux, personnalité controversée à la tête d’une très large pétition (plus d’un million de signatures) dénonçant l’actuelle politique vaccinale –  et, à ce titre, radié (en première instance) de l’Ordre des médecins. Comment comprendre ? Emmanuel Macron, un néo anti-vaccinal ? Aussitôt un tweet du Dr Olivier Veran, neurologue, socialiste, ancien proche de Marisol Touraine et aujourd’hui en charge des questions de santé chez Macron «Le combat pour la politique vaccinale est une priorité absolue de santé pub. Aucune proximité avec M. Joyeux et ses thèses ».

Révolution

Ce n’était pas suffisant. Aussi, il y a quelques heures, ce communiqué d’En Marche ! intitulé « Fausse polémique sur le Pr Joyeux » :

« Lors d’un meeting à la Réunion le 25 mars dernier, Emmanuel Macron a été interrogé par un participant sur la place des « méthodes naturelles pour se soigner ». Il a répondu sur la question des travaux qui portent sur la biodiversité et le phytosanitaire. Il estime en effet qu’il faut s’intéresser à ce qui peut, dans l’environnement, être responsable de la survenue de maladies ou à l’inverse, permettre de développer de nouvelles thérapeutiques.

Il a ensuite évoqué par erreur les travaux du Pr Henri Joyeux, « très connu en Guadeloupe » dans le domaine des thérapies par les plantes et de la biodiversité. Mais il ne faisait absolument pas allusion au Pr Henri Joyeux, dont les prises de position et thèses lui ont valu d’être radié à vie par le conseil de l’ordre des médecins. Il parlait en réalité du Dr Henri Joseph, pharmacien guadeloupéen, cofondateur d’un laboratoire visant à encourager la valorisation des plantes locales.

 De façon générale, Emmanuel Macron tient à rappeler qu’il est extrêmement attaché à la vaccination. La politique vaccinale est une priorité absolue de santé publique. Il n’y a pas de matière à polémique, d’autant qu’Emmanuel Macron met vraiment l’accent sur la révolution de la prévention dans son programme. »

Le Dr Henry Joseph, donc, spécialiste de pharmacognosie 1. Et non le Dr Henri Joyeux. Où l’on voit les grands dangers qu’il y a, pour un homme politique, à s’aventurer trop vite sur des terrains trop éloignés de ses bases traditionnelles.

A demain

1 Bien lire Henry Joseph et non Henri comme indiqué dans le communiqué officiel de « En Marche ! »

La Fondation Jérôme-Lejeune mérite-t-elle toujours d’être reconnue «d’utilité publique» ?

 

Bonjour

Une forme de violence médiatique s’exprime aujourd’hui dans le sillage du politique. Fait sans précédent (ou presque) elle atteint, en France, les sphères scientifiques et éthiques. Dans une tribune publié aujourd’hui par Le Monde, cent quarante-six médecins et chercheurs 1 (dont une trentaine d’académiciens et de professeurs au Collège de France, et plusieurs présidents de sociétés savantes) dénoncent certains des aspects de l’action de la Fondation Jérôme-Lejeune – plus précisément les procédures judiciaires lancées contre des autorisations accordées pour des recherches menées sur des embryons humains.

Fait notable, et qui constitue une première : les signataires demandent aux pouvoirs publics de « reconsidérer » la reconnaissance d’utilité publique attribuée à cette fondation lors de sa création en 1996. La Fondation Jérôme-Lejeune est  reconnue d’utilité publique depuis 1996, agit pour les personnes atteintes de déficiences intellectuelles d’origine génétique. Se déclarant au service des malades et de leurs familles, elle poursuit trois objectifs : « chercher, soigner, défendre ». Elle dispose de moyens financiers, soutient des recherches expérimentales et cliniques et a fondé un centre de consultations médicales prenant en charge de nombreux patients, notamment ceux porteurs de trisomie 21.

Mais la Fondation a aussi, ces dernières années, développé une nouvelle stratégie, nettement plus agressive sinon radicale, au service de ses convictions religieuses, philosophiques et éthiques : elle cherche à bloquer les recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires humaines. Et ce en multipliant les procédures juridiques pour faire annuler les autorisations de recherche accordées par l’Agence de biomédecine – institution en charge de l’application et du garant des dispositions de la loi française de bioéthique. Les auteurs de la tribune observent et dénoncent une forme de radicalisation de cette Fondation. La parole est d’autre part donnée aux deux camps dans les colonnes du quotidien (Gaëlle Dupont).

Caricatures

Tout en reconnaissant à la Fondation Jérôme-Lejeune et à ses membres « la liberté d’avoir les opinions qu’ils souhaitent et de pouvoir les exprimer publiquement » ils qualifient de « souvent caricaturales » les déclarations de cette Fondation et de son président. Ils « regrettent » que les prises de position de cette fondation « dénaturent et dégradent le débat éthique qu’il convient de mener sur les évolutions des sciences de la vie et de la santé ». Ils « constatent » que les actions menées par la Fondation sont « peu compatibles avec les échanges qui ont lieu habituellement entre scientifiques et médecins – et qui contribuent à la découverte de nouvelles connaissances et de nouveaux traitements ». Ils condamnent, enfin, « les actions entreprises par cette fondation qui cherchent à empêcher de mener à bien des recherches scientifiques réalisées dans le cadre des lois en vigueur ».

En pratique, ils « demandent aux pouvoirs publics de reconsidérer la reconnaissance ‘’d’utilité publique’’ » qui lui a été attribuée il y a vingt ans. Ils appellent « les responsables des institutions scientifiques et universitaires publiques à s’interroger sur les collaborations qu’ils peuvent développer avec elle ». Ils invitent « les médecins et chercheurs à bien s’informer des déclarations et de la signification de ses actions dans le champ éthique, sociétal et politique avant d’engager quelque activité que ce soit en lien avec elle ». Ils attirent, enfin, « l’attention des donateurs sur le fait qu’une partie de leurs dons contribue à financer des actions sans rapport avec la compréhension et le traitement des déficiences intellectuelles d’origine génétique ».

Jacques Testart

Ce sont là une stratégie et un objectif qui ne laissent guère place au doute. C’est aussi le démonstration, confirmée, de l’impossibilité d’un dialogue entre deux conceptions de la licéité de la recherche sur l’embryon humain. Mais c’est aussi le symptôme de l’émergence de nouvelles et inquiétantes expressions des tensions montantes dans de nouveaux pans de la société française –  phénomènes qui ne sont pas sans faire songer aux affrontements autour de la dépénalisation de l’avortement dans une France alors en mutation.

L’affaire loin d’être finie, ne fait que commencer. Cette tribune sera-t-elle intégrée dans les tourmentes médiatiques de l’actuelle campagne présidentielle française ? Demandera-t-on aux candidats s’ils sont « pour ou contre la recherche sur l’embryon » ? Que répondront MM Macron, Fillon, Mélenchon et Hamon à la question de savoir si, au pouvoir, ils feraient le nécessaire pour ne plus reconnaître « l’utilité publique » de cette Fondation ? Qu’en dira Mme Le Pen ? Ainsi attaquée et cernée comment cette Fondation réagira-t-elle ? Adoptera-t-elle la position du martyr ? Que diront  de tout cela Libération, Le Figaro, Esprit et  La Croix ? Quelle sera l’analyse de Jacques Testart ?

A demain

1 Premiers signataires : Yves Agid, Etienne Baulieu, Yehezkel BenAri, Florence Brugnon, Georges David, John De Vos, Anne Fagot-Largeault, Patricia Fauque, Alain Fischer, René Frydman, Alain Gougeon, François Gros, Pierre Jouannet, Nicole Le Douarin, Cécile Martinat, Israël Nisand, Marc Pechanski, Alain Prochiantz, Jean Paul Renard, Nathalie Rives, Virginie Rouiller-Fabre, Alain Tedgui et Jean Didier Vincent On trouvera ici la liste complète, publiée par Le Monde, des médecins et chercheurs signataires de la tribune

 

Psychiatrie : que faire quand l’isolement et la contention mécanique sont nécessaires ?

 

Bonjour

Spécialité médicale éminemment politique, la psychiatrie est aujourd’hui radicalement absente de la sphère politicienne. Son nom n’est jamais prononcé dans les torrents verbeux de la campagne présidentielle. Dans les gazettes ? Elle ne figure plus que dans quelques rubriques : les faits divers sanglants et quelques procès de cour d’assises. On l’avait toutefois retrouvée ici ou là, ces dernières années (dans La Croix et Libération notamment) au travers de la question, médicale, légale et éthique, de la « contention des malades » 1 Une question enfin abordée de manière pragmatique par la Haute Autorité de Santé – un travail original, éthique et politique qui doit être salué 2.

« L’évolution de la psychiatrie se caractérise par d’importants progrès en matière de prises en charge plus précoces, ouvertes sur la cité et plus efficaces. Elles impliquent de plus en plus les patients et leurs proches en améliorant le pronostic des troubles mentaux les plus sévères, écrit la HAS.  Aujourd’hui, le plus fréquemment, l’hospitalisation ne correspond qu’à un temps limité des prises en charge souvent pour des tableaux cliniques décompensés. Les différentes réponses en termes de soins doivent s’appuyer sur la relation et la participation du patient. Le recours à une mesure d’isolement ou de contention ne peut se justifier qu’en dernier recours, au terme d’un processus de désamorçage d’un tableau clinique critique. »

Fatalité asilaire

 Dans un tel contexte le recours aux mesures d’isolement et de contention psychiatriques est devenu un sujet hautement sensible. Ce qui était jadis tenu pour une fatalité asilaire (la « camisole ») ne peut plus l’être aujourd’hui. Le respect des libertés individuelles entre ici en conflit avec le rôle et la fonction des intervenants, la légitimité de telles mesures, la sécurité du malade et celle d’autrui. Reste la question de la fréquence de ces situations de contentions. « Les données épidémiologiques/statistiques sont rares et aucun suivi n’existait jusqu’à présent mais il semble que le recours à l’isolement et la contention soit en recrudescence, avec des situations inégales d’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, voire d’un service à l’autre. »

De fait, depuis plusieurs années, diverses autorités attirent l’attention sur les recours aux mesures d’isolement et de contention, considérant que leur usage n’est pas toujours motivé par des raisons thérapeutiques et qu’il convient de les encadrer. Ce fut le cas du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et du Comité européen pour la prévention de la torture qui, depuis plusieurs années, dénoncent « un usage non systématiquement justifié de ces mesures ». C’est dans ce contexte et pour répondre à la nécessité d’un encadrement plus rigoureux de ces mesures que la Direction Générale de la Santé et celle de l’Organisation des Soins ont dans leur demandé à la HAS de travailler le sujet.

On entend bien que l’angélisme n’est pas ici de mise. Ces « pratiques thérapeutiques » peuvent « être considérées comme indispensables dans certaines situations ». Pour autant cette nécessité, et la violence qui la sous-tend, ne saurait tout justifier. Cette contrainte nécessaire pour les personnes concernées justifie, précisément, que ces pratiques soient « particulièrement encadrées et envisagées dans des conditions très précises ». Comment, en d’autres termes, maintenir dans les espaces psychiatriques un état de droit, une déontologie et une éthique dans les espaces psychiatriques.

« Soins sans consentement »

L’essentiel ? En France, 400 000 personnes sont hospitalisées chaque année dans des établissements et services psychiatriques. Les épisodes de violence des patients hospitalisés, lorsqu’ils surviennent, affectent autant les soignants que ces patients. Pour la HAS les mesures d’isolement et de contention « ne doivent s’appliquer qu’aux patients hospitalisés en soins sans consentement » et ce « en dernier recours ».

L’isolement et la contention ne sauraient être que des mesures d’ultime recours, mises en œuvre quand l’ensemble des mesures de prévention des épisodes de violence a échoué. Et les différentes recommandations pratiques formulées par la HAS visent « à améliorer la prise en charge des patients et la qualité des soins, et à veiller au respect de leurs droits fondamentaux ainsi qu’à leur sécurité ». Extraits :

« Il doit s’agir de faire face à un danger important et imminent pour le patient ou autrui. L’utilisation de la contention et de l’isolement ne peut avoir lieu que pour une durée limitée, après une évaluation du patient, sur décision du médecin présent. Si ce n’est pas un psychiatre, la confirmation de cette décision par un psychiatre doit intervenir dans l’heure. La contention ne peut être mise en place que dans le cadre de l’isolement. 

« L’objectif de ces mesures ne peut en aucun cas être de punir, humilier ou établir une domination sur des patients ou de résoudre un problème organisationnel comme un manque de personnels. La HAS encourage les établissements de santé à aménager des espaces d’apaisement dans les unités de soins afin de constituer une étape supplémentaire de désescalade avant l’isolement et la contention.

« À l’initiation de la mesure d’isolement, l’indication est limitée à 12 heures (6 heures pour la contention). Si l’état de santé du patient le nécessite, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées dans les 12 heures (6 heures pour la contention). En cas de prolongation, la décision et la fiche de prescription doivent être renouvelées toutes les 24 heures. Les isolements de plus de 48 heures et les contentions de plus de 24 heures doivent rester exceptionnels. »

Registres

On ajoutera que la mise en place d’une mesure d’isolement doit être effectuée dans des conditions de sécurité suffisantes pour le patient et l’équipe de soins dans un lieu dédié adapté, un espace d’isolement qui permette le repos et l’apaisement. La contention mécanique doit être faite dans cet espace. Enfin, il est primordial que le patient en situation d’isolement ou de contention bénéficie d’une surveillance accrue avec au minimum deux visites médicales toutes les 24 heures.

Par ailleurs (comme le prévoit la loi de modernisation du système de santé) chaque mesure d’isolement ou de contention devra être recensée dans un registre en préservant l’anonymat du patient. Ce registre mentionnera le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé ayant surveillé le patient.  La HAS ne désespère pas : de tels registres devraient, à terme, permettre un meilleur recueil de données relatives à ces pratiques. Dans l’attente on peut s’interroger sur les raisons qui font que le spectacle politique, alors même qu’il s’en nourrit, est devenu allergique à la psychiatrie.

A demain

1 « Une épidémie de « contentions physiques » en milieu psychiatrique et hospitalier est annoncée » Journalisme et santé publique 18 septembre 2015

2 « Isolement et contention en psychiatrie générale. Méthode Recommandations pour la pratique clinique » Haute Autorité de Santé. Février 2017.