Sperme et PMA : si les importations sont licites, à quoi sert la loi française de bioéthique ?

Bonjour

Que retenir, en résumé, du long monologue jupitérien ? L’interdiction faite, désormais, aux pauvres de jeter des pierres sur les « premiers de cordée » (« sinon c’est toute la cordée qui dégringole »). Et le refus de tirer à boulets rouges sur celles et ceux qui ne partagent pas les convictions présidentielles sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou homosexuelles. Car si le discours ne varie pas sur le fond le ton, lui, a bien changé. A commencer par cette précision de taille : si elle devait se faire l’ouverture des indications de PMA des outils juridiques devraient prévenir une évolution mécanique vers la GPA à laquelle Emmanuel Macron affirme avec une plus grande clarté être totalement opposé.

Pour le reste, gant de velours : « Le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences » ; « sujet complexe qui heurte les convictions philosophiques et religieuses ». Et volonté réitérée d’obtenir, en 2018, un climat apaisé seul garant d’un débat de qualité. Comment Emmanuel Macron apaisera-t-il les passions qui enflamment, sur ce sujet, Mmes Marlène Schiappa, jeune secrétaire d’Etat, Irène Théry, sociologue militante médiatisée et Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ».

Insémination artificielle à domicile

C’est dans ce contexte qu’un autre mouvement radicalisé (« L’AVenir pour Tous ») vient d’annoncer à ses ouailles « avoir découvert sur internet que l’auto-reproduction (…) est bien une réalité consommée depuis les années 1990 et son développement via internet. En effet, l’insémination à domicile avec donneur anonyme est pratiquée et commercialisée depuis le Danemark (première banque de sperme au monde) dans plus de 100 pays dont … la France. Et ce depuis 30 ans ! ».

A dire vrai le sujet est loin d’être nouveau qui était abordé il y a quelques jours dans un documentaire diffusé sur Arte : « Bébés sur mesure ».  Pour autant il s’agit bien d’un sujet essentiel qui soulève, en France, une série de questions juridiques, médicales et éthique hautement dérangeantes et, à ce titre, régulièrement occultées. Où l’on reparle de la firme danoise Cryos International spécialisée dans le commerce de paillettes de sperme congelé. Cryos dont Libé livrait un portrait il y a dix ans déjà « Sperme de luxe ».

Cryos International, donc, ses « donneurs », la « sélection » de ses derniers, les « réservations », les « tarifs » et son mode d’emploi pour la livraison et l’insémination à domicile . Avec ces précisions :

« Expédiez-vous du sperme de donneur à des clients privés dans le monde entier pour des inséminations à domicile ?

– Oui. Cryos est une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et cellules humains. À ce titre Cryos peut expédier du sperme de donneur ayant fait l’objet de tests de dépistage à des clients privés à des fins d’insémination à domicile, quelles que soient leur situation matrimoniale et leur orientation sexuelle. Toutefois nous recommandons toujours à tous nos clients d’être suivis par un médecin. De nombreux facteurs peuvent influer sur le résultat d’une insémination artificielle, comme les examens médicaux, le diagnostic, les analyses, le moment choisi, la stimulation hormonale ou les autres traitements médicamenteux. Un traitement est généralement plus efficace s’il est réalisé par un médecin ou dans une clinique, et présente un taux de réussite trois ou quatre fois supérieur par cycle. Le traitement peut prendre la forme d’une insémination intra-utérine (insémination directement dans la cavité utérine avec du sperme purifié) ou d’une FIV (fécondation in vitro). Ces deux méthodes ne peuvent être réalisées que par un médecin ou dans une clinique.

Le sperme de donneur est du même standard de la même qualité que celle fourni aux médecins et aux établissements de procréation médicalement assistée.

Ai-je légalement le droit d’importer du sperme de donneur?

L’Union européenne forme un espace sans frontière et la libre circulation des marchandises est garantie. Cependant, vous êtes tenu(e) de respecter la législation nationale concernant l’importation et l’utilisation des marchandises. »

Le sperme est-il une marchandise ? Que dit la législation française sur la question de l’importation des gamètes ? Qui interdit, en pratique, à des femmes seules ou homosexuelles françaises d’avoir recours à un tel service ? Et si rien ne l’interdit pourquoi modifier la loi ? Nous allons, sur ce sujet, interroger l’Agence de la biomédecine.

A demain

Stimulation cérébrale « miraculeuse » : Libération accuse les chercheurs de mensonge

 

Bonjour

La charge est massive : « Stimulation cérébrale, quand les chercheurs mentent ». Restera-t-elle sans réponse ? On savait que la publication-événement  de l’équipe lyonnaise quant à la stimulation cérébrale d’un malade en état végétatif déclencherait des réactions passionnées avec, en toile de fond, les déchirements de l’affaire Vincent Lambert. On espérait qu’elles seraient, sinon idéologiquement moins marquées, du moins plus élaborées. Las, les chercheurs eux-mêmes se sont mis dans une situation difficile : en omettant volontairement de préciser que leur patient était décédé au moment où leur travail été publié ils ont, de facto, déclenché des accusations éthiques jusqu’alors retenues.

De ce point de vue Libération constitue un cas d’école. Dès le 26 septembre, au lendemain de la médiatisation de la publication dans Current Biology  le quotidien de Jean-Paul Sartre titrait : « Une stimulation cérébrale aurait redonné un peu de conscience à un patient en état végétatif ». Et d’interroger par téléphone la dernière signataire de l’étude, la Dr Angela Sirigu directrice de l’Institut de science cognitive Marc-Jeannerod de Lyon (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du Monde) :

Apprentis en sorcellerie

« N’avez-vous pas eu le sentiment, parfois, de jouer aux apprentis sorciers ?

– Et pourquoi ? Nous ne sommes pas des sorciers. On fait des choses, et l’on sait très bien ce que l’on fait. Ce n’est en rien de la sorcellerie. Là, nous avons montré qu’il y a des signes de conscience. C’est notre espoir, il faut continuer, et nous, on travaille.

« Mais vous pouvez comprendre l’éventuel choc pour les proches du millier de patients qui sont depuis des années en état végétatif, en France aujourd’hui ?

– D’abord, il ne s’agit que d’un cas. Ensuite, la science est faite pour faire changer les idées, les opinions, voire la réalité. C’est notre métier, c’est notre mission. Mais bien sûr, il faut attendre. »

Aujourd’hui Libération n’interroge plus mais commente à la lumière des précisions données par Le Monde quant au décès du patient :

« (…) Propos ahurissants d’un chercheur. Non seulement ils ont caché une information décisive pour ne présenter qu’une version miraculeuse de leur essai. Qui plus est, ils l’ont fait pour un essai qui d’un point de vue éthique pose des problèmes délicats. Ainsi, le patient, évidemment, n’avait pu donner son consentement. De plus, qui peut affirmer que cette stimulation était sans douleur ? Mais encore, on peut se demander si le patient se trouvait «mieux» dans cet état de légère conscience qu’avait provoqué la stimulation. Enfin, même si les chercheurs insistent pour dire qu’il n’y a pas de lien entre cette stimulation et le décès de ce jeune homme, qui peut désormais les croire ? »

Questionnements et critiques éthiques

Qui peut croire en quoi à la lisière du coma et de la conscience ? La Dr Angela Sirigu apporte quelques éléments de réponse dans un entretien accordé au Quotidien du Médecin :

« Vos recherches sur un patient dans un état végétatif ont soulevé de nombreux questionnements éthiques et de nombreuses critiques. Qu’en pensez-vous ?

– Pour ce type de patient, il faut choisir entre ne rien faire ou faire quelque chose. Si nous ne faisons rien, il va rester tout le temps dans cet état végétatif. Nous avons choisi de faire quelque chose, sachant que nos études n’étaient pas invasives, hormis l’intervention chirurgicale d’une vingtaine de minutes pour implanter le stimulateur dans son thorax. Je trouve décevant que certaines personnes critiquent le fait qu’on cherche à aider ces patients.

– Nous nous sommes consacrés à étudier les mécanismes de la conscience et à chercher comment nous pourrions améliorer les interactions avec l’environnement de patients en état végétatif. Nous ne l’avons pas fait que dans le but de faire une découverte, nous l’avons fait pour aider ces patients et aussi pour sensibiliser les chercheurs à cette problématique. Il y a peu de recherches faites sur ces patients donc on ne peut pas avancer. Peut-être qu’un jour nous pourrions leur faire atteindre un seuil de conscience leur permettant d’interagir avec leur environnement.

– Certains nous ont reproché de réveiller le patient d’un état où il ne souffre pas, mais en fait on ne sait pas si les patients dans un état végétatif souffrent ou non. En tant que scientifique, ma mission est de comprendre pourquoi ils sont dans cet état et d’essayer de les aider. Nous avons obtenu des résultats intéressants, mais il faut les prendre avec précaution car il faut les répliquer. Nous avons ouvert une brèche, il faut que d’autres études viennent étayer nos résultats et les confirmer. Je souhaite plus de recherches pour avoir plus de connaissances et pour mieux aider ces patients. Je pense que c’est nécessaire. »

A demain

 

 

«PMA pour toutes» : pénurie nationale de dons de sperme annoncée à partir de 2018

Bonjour

Le mardi 12 septembre 2017 Marlène Schiappa a parlé. C’était un nouveau ballon d’essai lancé par le président Emmanuel Macron. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV . Jean-Jacques Bourdin ou l’inoxydable épreuve matinale de vérité. Avec un message à passer pendant la manifestation de la CGT :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes [en âge de procréer] sera proposée par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique.

Respectant à la lettre les éléments de langage, la jeune et souvent controversée secrétaire d’Etat a affirmé que « cet engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait « tenu ». « En termes de calendrier, nous serons sur l’année qui arrive, 2018, probablement avec les révisions de la loi bioéthique », a-t-elle précisé. « Le comité d’éthique a émis un avis favorable, il n’y a rien qui nous empêche de rendre la PMA légale pour toutes les femmes », a encore assuré Mme Schiappa, faisant référence à l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Ballon d’essai sous le soleil républicain

 Mme Schiappa a aussi puisé dans une rhétorique associative bien connue : il s’agirait là d’une mesure de « justice sociale » permettant de mettre fin à une « forme de discrimination à l’égard des femmes lesbiennes et célibataires » et à « l’inégalité » entre celles qui ont les moyens financiers de recourir à des PMA à l’étranger et celles qui ne les ont pas.

Du nouveau sous le soleil républicain et démocratique ? Peu de choses à dire vrai : en juillet dernier Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, avait fait la même annonce. Elle s’exprimait alors sur France Inter. A la différence de Mme Schiappa, Mme Buzyn avait toutefois pris la précaution de dire que ce sujet serait discuté durant les Etats Généraux de bioéthique qui seront organisés durant l’année 2018. Le pouvoir exécutif devra aussi faire avec un débat parlementaire qui, en dépit de la dimension monolithique du parti présidentiel au pouvoir, pourrait réserver quelques surprises.

Pour l’heure on ne peut être que (tristement) surpris de voir que le débat ne parvient pas, en dépit des ballons d’essai élyséens, à prendre de la hauteur. Loin d’être unanime sur le sujet 1, le CCNE avait pourtant montré la voie : autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur soulève bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

Préoccupations politiciennes et associatives

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là des questions éthiques essentielles ; des questions pour l’heure noyées sous les considérations politiciennes ou partisanes.

« La ‘’PMA pour toutes’’ permet à Macron de donner des gages sur sa gauche et à LR d’attaquer le gouvernement, observe Libération. ‘Cette annonce va juste servir à redonner un nouveau souffle à Sens commun et aux participants de la Manif pour tous, commente un député LR. C’est là un joli cadeau pour Laurent Wauquiez. Il va pouvoir surfer un peu plus sur le noyau dur de son électorat’’.».

Et dans une tribune publiée aujourd’hui par Le Monde, un collectif d’associations demande que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la procréation médicalement assistée aux femmes lesbiennes et célibataires – et ce sans attendre la révision des lois de bioéthique. Tout et tout de suite. La pénurie annoncée de dons de sperme ? La prise en charge par l’assurance maladie ? La marchandisation du corps humain ?

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

Affaire du Levothyrox : la ministre Agnès Buzyn a parlé. Il ne reste plus qu’à «dédramatiser»

Bonjour

C’est une règle non écrite : quand la pression médiatique devient trop forte le ministre se doit de parler. « Des lettres ouvertes, des pétitions, un point presse en catastrophe de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mercredi 6 septembre… résume aujourd’hui Libération. L’affaire autour de la nouvelle formule du Levothyrox, ce médicament agissant sur la thyroïde, s’emballe comme jamais. Un nouveau symptôme de l’incroyable incapacité française à gérer correctement la vie d’un médicament. »

Agnès Buzyn a parlé. Pour dire quoi ? « Ce n’est pas un scandale sanitaire, mais c’est une crise d’information. Nous devons sortir du registre du drame et dédramatiser l’information autour du médicament. J’ai décidé de mettre en place une mission d’information sur cette question.» (Libération)

« Les patients rencontrent des effets secondaires réels, il ne faut pas les minimiser. Mais ils sont passagers pour la plupart d’entre eux. [La nouvelle formule du Lévothyrox] est commercialisée depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis, sans alerte sanitaire à déplorer. Le seul danger pour la santé des patients est d’arrêter leur traitement. Ils trouveront le bon dosage avec l’aide de leur médecinNous réfléchissons aux moyens d’une ouverture du marché français à d’autres formules alternatives de la lévothyroxine. Le fait qu’une seule formule du Lévothyrox soit disponible pour les patients pose un problème. » (Le Quotidien du Médecin)

« C’est une crise liée à un défaut d’information et à un défaut d’accompagnement, qu’il faut entendre [mais il n’y a] pas de faute, pas de fraude. [Il y a] un sentiment permanent de complotisme dès lors que l’on parle du médicament [alimenté par des réseaux sociaux]. » (Le Monde).

Une ministre dépassée

En pratique ? Un groupe de travail va être mis en place « pour mieux informer les patients et les professionnels de santé sur les médicaments ». Mieux communiquer, à l’avenir, pour pallier un manque d’information passé, en somme. Où l’on voit que la prise de parole ministérielle n’apporte aucune solution pratique au phénomène de crise aujourd’hui en plein développement.

« Nous ne reviendrons pas à l’ancienne formule, elle va disparaître peu à peu » a encore Mme Buzyn, ruinant ainsi les espoirs des 200 000 personnes qui ont signé une pétition sur ce thème. Une croix sur l’ancienne formule mais, bientôt, des formules alternatives ? Pourquoi ? Nous ne le saurons pas.

Au final une ministre qui semble, ici, comme dépassée par une « crise d’information » dont elle a (pour partie) hérité ; dépassée aussi par le bouillonnement des réseaux sociaux et les failles récurrente du système national de pharmacovigilance – sans oublier une forme de légèreté de l’Agence nationale de sécurité des médicaments.

A demain

 

 

 

 

VIH : alertes et prises de conscience des émergences de souches virales résistantes

Bonjour

Une nouvelle « Conférence mondiale sur le sida » (IAS 2017) vient de s’ouvrir à Paris. Qu’attendre de ce rituel huilé ? Peut-être ceci, de Jean-François Delfraissy, son coprésident. L’ancien directeur de l’Agence nationale française de recherche sur le sida glisse, dans un entretien accordé à Libé :

« L’apparition de résistance aux traitements antiviraux dans les pays du Sud m’inquiète. C’est un vieux thème, un peu récurrent dans l’histoire du sida et des maladies infectieuses. Au début, je n’y étais pas sensible. Mais dans un certain nombre de pays d’Afrique, il y a des ruptures de distribution de médicaments. Des patients prennent donc des traitements en discontinu. Cela n’est pas sans risque, cela peut entraîner l’apparition de virus résistants. J’étais serein il y a quelques années, mais là, nous devons nous interroger sur ces virus mutants et leur transmission, en particulier en Afrique subsaharienne. »

 D’ores et déjà

Pour leur part les responsables de l’Onusida se félicitent du seuil franchi à l’échelon planétaire : pour la première fois plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH ont accès à un traitement antirétroviral. Mais dans le même temps l’Organisation mondiale de la santé voisine met en garde contre l’apparition des résistances du VIH aux médicaments. Ce document, fruit du travail conjoint de l’OMS, de la Banque mondiale et des CDC se fonde sur des enquêtes nationales menées dans les onze premiers pays ayant adopté un programme de surveillance recommandé par l’OMS.

Dans six de ces onze pays, plus de 10 % des personnes qui débutent un traitement antirétroviral sont d’ores et déjà infectées par une souche virale résistante aux antirétroviraux de première ligne : l’Angola (16,3 %), la République démocratique du Congo (10 %), le Honduras (11,5 %), l’Ouganda (11,6 %), la Papouasie Nouvelle Guinée (16,1 %) et l’Afrique du Sud (18 %). Une fois ce seuil de 10 % atteint, l’OMS recommande à ces pays de revoir d’urgence leurs programmes de traitement du VIH.

 « La résistance aux médicaments antimicrobiens pose un problème croissant pour la santé mondiale et le développement durable, observe Tedros Adhanom Ghebreyesus, nouveau directeur général de l’OMS. Nous devons préventivement nous occuper des niveaux croissants de résistance aux médicaments anti-VIH si nous voulons atteindre la cible mondiale de mettre fin au sida d’ici à 2030 ». Mettre fin au sida ?

Echos

En écho, le Dr Gottfried Hirnschall directeur à l’OMS du département VIH/sida : « Nous devons veiller à ce que le traitement reste efficace pour ceux qui le commencent, afin de prévenir l’émergence de résistances. Lorsque les niveaux de résistance deviennent élevés, nous recommandons de changer de thérapie de première intention pour ceux qui démarrent leur traitement. »

Toujours en écho : le Dr Shannon Hader, directeur aux CDC de la « Division of Global HIV and TB » : « Ce nouveau rapport confirme la nécessité de réfléchir d’une manière prospective dans nos efforts pour combattre la résistance : étendre les tests mesurant la charge virale, améliorer la qualité des programmes de traitement et passer à de nouveaux médicaments comme le dolutégravir ».

Et, dans l’ombre de l’Onusida, on entend l’OMS proposer un « nouveau plan d’action mondial sur cinq ans visant à coordonner les efforts des pays pour prévenir et surveiller la résistance du VIH ».

A demain

 

Vaccins et post-vérité : la rougeole recommence à tuer en Europe. Faudrait-il ne pas en parler ?

 

Bonjour

C’est un communiqué de presse mandé de Copenhague par l’OMS. Daté du 11 juillet il nous dit que les flambées épidémiques de rougeole qui sévissent actuellement dans la Région européenne de l’OMS ont causé 35 morts au cours des douze derniers mois. La dernière victime a été recensée en Italie (un garçon de 6 ans) où plus de 3 300 cas de rougeole et 2 décès ont été notifiés depuis juin 2016. Plusieurs autres pays ont également signalé des flambées épidémiques. Selon les données des autorités nationales de santé publique, celles-ci sont à l’origine de 31 décès en Roumanie, d’un décès en Allemagne et d’un autre au Portugal.

Inadmissible tragédie

« Chaque décès ou invalidité imputable à cette maladie à prévention vaccinale constitue une inadmissible tragédie, explique le Dr Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe. Nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que, malgré l’existence d’un vaccin sûr et efficace à un prix abordable, la rougeole reste l’une des principales causes de mortalité chez les enfants du monde entier, et que l’Europe n’est malheureusement pas épargnée. » Un seul objectif : obtenir (et maintenir) des couvertures vaccinales élevées dans l’ensemble de la population

Selon les données officielles (datant de 2015) de la Région européenne de l’OMS trente-sept pays étaient parvenu à interrompre la transmission endémique de cette maladie. « Cependant, les dernières poches de déficience de couverture vaccinale permettent à ce virus hautement contagieux de se propager chez les personnes qui choisissent de ne pas se faire vacciner, celles qui ne bénéficient pas d’un accès équitable aux vaccins ou ne peuvent être protégées par la vaccination en raison de problèmes de santé sous-jacents » observe-t-on à Copenhague. L’OMS recommande que chaque enfant éligible reçoive deux doses de vaccin à valence rougeole, et encourage également les adultes qui ne sont pas entièrement vaccinés (ou qui ne sont pas sûrs de leur état vaccinal) de se faire vacciner.

Décoder les arguments des opposants

C’est dans ce contexte que le gouvernement italien a pris des mesures visant à rendre obligatoire certains vaccins et à exiger douze vaccinations pédiatriques à l’entrée en maternelle. Et on sait qu’en France pour « lutter contre la défiance vaccinale » la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé l’extension de trois à onze le nombre des obligations vaccinales avant l’âge de deux ans. La polémique qui a suivi l’annonce de cette mesure a conduit plusieurs médias à prendre des positions claires sur ce sujet de santé publique.

C’est notamment le cas du Monde qui a entrepris un patient, peu banal et courageux travail de « décodage » des arguments développés par les différents porte-parole des opposants : « Les bébés recevront-ils 76 doses en dix-huit mois ? L’aluminium est-il dangereux ? Les arguments des opposants aux vaccins sont parfois entachés de contre-vérités. »

C’est aussi le cas de Libération et de sa Une du 12 juillet : « Anti-vaccins : stopper la contagion » et un éditorial signé David Carzon :

« La décision de rendre obligatoires les vaccins de la petite enfance ne va certainement pas résoudre la question de la confiance dans la vaccination. Mais il y a urgence sanitaire à le faire pour remettre tout un système en ordre de marche, et ainsi mettre un terme à cette résurgence de maladies que l’on croyait disparues (…) Ce qui se joue en toile de fond est tout simplement la question du vivre ensemble, car on se vaccine pour soi et pour les autres. Et n’oublions pas l’essentiel : il s’agit d’abord de la protection des enfants. »

Pas d’autre choix

Et le même Libération donne la parole à la ministre de la Santé. « Les pouvoirs publics ont baissé la garde ces dernières années, je dirais même depuis vingt ans, sur l’intérêt de la vaccination, observe Agnès Buzyn. On a laissé faire, on a pensé que le progrès s’imposait et que l’on n’avait plus besoin de faire de la pédagogie sur l’utilité de la vaccination. Mon tempérament ne me porte pas à l’obligation. Mais nous arrivons tard, trop tard. On a laissé les doutes s’installer, et aujourd’hui, en France, nous avons l’une des populations les plus défiantes du monde sur le sujet. Ce doute est si ancré que si on retirait l’obligation qui existe déjà sur la diphtérie, le tétanos et la polio, on assisterait probablement à une baisse de la couverture vaccinale. Nous sommes donc arrivés à un moment où il faut savoir dire stop, c’est une question de santé publique.  Je ne dis pas que je vais convaincre le noyau dur des opposés à la vaccination, mais quand l’Etat prend ses responsabilités, cela rassure. Je le redis, la situation s’est à ce point dégradée que je n’ai pas d’autre choix. »

Objectif gouvernemental : non pas 100 % des enfants vaccinés mais atteindre au plus vite 95%. Et contrecarrer le relativisme généralisé, la dénonciation des experts, les théoriciens du complot. Vaste chantier.

A demain

 

Affaire des vaccins : la ministre Agnès Buzyn et le mépris ressenti par les parents-citoyens 

 

Bonjour

Ce sera la polémique de l’été. Puis celle de l’automne – sans parler des saisons qui suivront. Comment l’exécutif parviendra-t-il (sans mal) à mettre en musique sa décision concernant les nouvelles onze obligations vaccinales ? Le Premier ministre Edouard Philippe II s’expliquera-t-il sur le sujet ? Pour l’heure l’homme est étrangement en tournée de promotion pour vendre un nouveau livre 1 – damant ainsi le pion médiatique à Emmanuel Macron. Et puis soudain, dans le vieux Libé, en ce lundi de tempête et sur le front vaccinal, une peu banale tribune parentale 2 : « Vaccins obligatoires, un geste politique autoritariste au profit des laboratoires ».

Une tribune en forme de lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Où l’on retrouve toutes les trois principales têtes de chapitre d’une affaire multiforme et grossissante. Et des signataires qui qualifient de « scandale » les prochaines onze obligations vaccinales.

1 L’accusation réfutée d’être « sous-informés »

« Non, nous ne sommes ni inconscients ni mal informés. Non, il ne suffira pas de faire auprès de nous de la «pédagogie». Car nous savons que les vaccins ont permis de faire disparaître des épidémies invalidantes, voire mortelles. Nous sommes convaincus de l’importance de faire vacciner massivement les populations. Nous savons aussi que si une part significative de la population cesse de se faire vacciner, des épidémies, jusqu’ici disparues, referont surface. 

« Ce n’est donc pas par ignorance que nous sommes en France des millions de parents, de médecins et de professionnels à nous opposer à votre projet d’élargir l’obligation vaccinale chez les nourrissons et les jeunes enfants de trois à onze – c’est-à-dire à l’ensemble des vaccins recommandés en 2017. »

2 La contestation du discours mandarinal.

 « Non, la ‘’méfiance’’ des Français (médecins généralistes compris) n’est pas le fruit de la ‘’désinformation’’ comme l’explique, avec condescendance, le Pr Alain Fischer, président de la Concertation citoyenne sur la vaccination mise en place en 2016 par l’ex-ministre de la Santé. Elle est liée à un soupçon grandissant – et loin d’être seulement français – quant à l’ampleur des effets indésirables liés aux nouveaux vaccins plurivalents, du fait des adjuvants entrant dans leur composition.

 « Et ce soupçon est nourri par l’inertie des pouvoirs publics, qui se refusent de façon incompréhensible à y répondre par une pharmacovigilance accrue, relayée par des recherches indépendantes de tout intérêt industriel, ainsi que par l’application d’un principe de précaution pour le moins justifié par le climat de méfiance généralisée. »

 « Le 29 juin, dans les colonnes du Parisien, 200 grands médecins prenaient collectivement la parole pour soutenir la ministre de la Santé dans son projet. Ils parlaient à son propos de ‘’courage politique’’ ! Mais quel courage y a-t-il à user de la force pour contraindre le peuple sans lui accorder les lumières ? Le vrai courage ne consisterait-il pas plutôt à poser des limites à un pouvoir industriel et financier, qui agit et s’exprime en toute impunité ? »

 3 Le cadeau fait à quelques multinationales pharmaceutiques

« Mettre des limites aux grandes firmes pharmaceutiques serait-il devenu impossible ? Sinon, comment expliquer qu’une ministre de la Santé préfère rendre obligatoires les vaccins commercialisés par lesdites firmes plutôt que de leur imposer de commercialiser ceux qui sont obligatoires (le vaccin DTPolio, indisponible depuis 2008) ? Comment expliquer qu’elle se refuse à leur demander de réétudier la composition de ceux soupçonnés de présenter des risques pour la santé humaine ?

« La dépendance des pouvoirs publics envers les intérêts macroéconomiques est-elle si forte qu’au projet politique légitime d’une pharmacovigilance accrue et rigoureuse ainsi que d’une recherche de pointe sur les effets des nouveaux vaccins, il faille préférer le mépris et l’abandon des victimes de maladies d’origine vaccinale, et la mise à l’écart des quelques chercheurs courageux qui osent poursuivre la voie que leur indique la science ? »

Seconde citoyenne

Au final, comment conclure cette supplique sur papier et sur site ? En exhortant la ministre à faire preuve du « véritable courage politique » ; un courage qui ne consiste pas à « mépriser les voix citoyennes exprimant leur méfiance envers certaines formes de ces produits évidemment essentiels que sont les vaccins ». Où l’on perçoit l’hétérogénéité de la supplique. Où l’on perçoit, aussi, ce que peut être le profond embarras du politique. Et où l’on revient à la clef de voûte du dispositif désormais affiché par Edouard Philippe II : les modalités de la clause d’exemption : que réserve l’exécutif aux parents rétifs aux immunisations systématiques ?

Quand elle en aura fini avec son « Des hommes qui lisent » dédicacé par le Premier ministre, la ministre des Solidarités et de la Santé aura-t-elle une petite seconde citoyenne pour jeter un œil sur Libé ?

A demain

1 Message de France Culture : « Le Premier ministre Edouard Philippe sera en exclusivité dans les Matins d’été produits par Lucas Menget mardi 11 juillet de 8h20 à 8h40 pour la sortie de son livre Des hommes qui lisent (éditions JC Lattès) » (…) Edouard Philippe est Premier ministre. Il a été député et maire du Havre. Il est l’auteur de deux romans écrits avec Gilles Boyer : L’heure de vérité et Dans l’ombre. Interview à suivre en facebook live www.facebook.com/franceculture. Entretien à réécouter et podcaster sur franceculture.fr »

2 Cette tribune est signée de Mmes et Mrs Séverine et Christophe Angebault-Rousset, Miguel Benasayag, François Cam, Bastien Cany, Angélique Del Rey, Géraldine Gaudefroy-Demomby.