Vincent Lambert : nouveaux combats, vidéo et «remontada»; funestes polémiques médiatiques

Bonjour

Jusqu’où ? La régression médiatique n’épargnera pas ce drame familial devenu affaire judiciaire. Bientôt les humoristes s’empareront de l’affaire Vincent Lambert. Déjà Les Grosses Têtes, sur RTL, offrent une croisière gratuite à un auditeur « s’il peut dire le nom de l’un des avocats des parents de Vincent Lambert » -celui qui a osé, hier, « être en liesse » en apprenant la décision de la Cour d’appel de Paris. Et qui a osé parler de « remontada » 1 Plus que funeste expression dont s’est aussitôt emparé le député (Mouvement Radical, Charente-maritime) Olivier Falorni gagant ainsi quelques minutes de célébrité médiatique dans l’hémicycle.

Où l’on voit aussi Laurent Joffrin, directeur de Libération, céder délibérément à la passion en dénonçant les fanatiques.

« Paroles des avocats des parents de Vincent Lambert, à l’annonce de la décision de la cour d’appel prescrivant la reprise des traitements, le tout dans une ambiance de fin de match : «On a gagné !», «c’est la remontada !». Déclaration de la mère de Vincent Lambert, avant ce nouveau délai, quand la fin des traitements a été annoncée : «C’est un crime, ce sont des nazis !» Laquelle a filmé une vidéo de son fils pour mettre le voyeurisme de son côté et exigé la «radiation» du médecin dont le «crime» a consisté à appliquer la loi. On voit de quel côté se situent la délicatesse, la décence, le sens de l’intimité et, pour tout dire, la charité chrétienne, dans cette affaire à tous égards tragique.

La vérité, c’est que les autorités médicales et judiciaires, jusqu’à la décision de la cour d’appel incluse, ont scrupuleusement respecté la lettre et l’esprit de la loi Claeys-Léonetti sur la fin de vie médicalisée, votée à la quasi-unanimité par l’Assemblée nationale (une assemblée de «nazis»,sans doute…) et appliquée depuis dans des centaines de cas similaires. L’indécence est d’ailleurs contagieuse : plusieurs leaders de la droite ont pris le parti extrême des parents Lambert, en contradiction totale avec le texte qu’ils ont eux-mêmes voté.

Cette loi est claire, en effet : si la volonté du patient va dans ce sens et si famille et médecins sont d’accord, il est à la fois légal et humain de ne pas se livrer à un acharnement «déraisonnable» en faveur de personnes réduites l’état végétatif sans espoir d’amélioration. Il n’y a aucun «crime»,aucune «illégalité», et encore moins de «nazis» ou de « remontada ». L’usage de ce vocabulaire outrancier, agressif et vulgaire confirme ce qu’on sait depuis le début : les parents Lambert, membre d’une secte illuminée d’intégristes catholiques, la Fraternité Saint Pie X, avec laquelle Vincent Lambert avait rompu brutalement, ont instrumentalisé la souffrance de leur fils dans le but d’imposer leurs principes obscurantistes et de porter haut les dogmes dont ils sont les croisés enfiévrés.

La volonté de Vincent Lambert ? Son épouse Rachel, qui vit depuis dix ans un double calvaire, personnel et médiatique, en est l’interprète légitime : Vincent, dit-elle – sans que les beaux-parents puissent la contredire sur ce point – ne souhaitait en rien qu’un jour, en cas de malheur, on fasse preuve d’acharnement à son endroit. C’est l’obstination de sa mère et celle de son père, longtemps militant de l’association Laissez-les vivre, qui a bloqué le processus légal. Cette obstination aboutit maintenant à clouer au pilori le docteur Sanchez, honnête médecin qui s’est contenté d’agir dans les règles.

La décision de la cour d’appel, surprenante, prolonge cette situation absurde. Ainsi le chemin de croix de son épouse et de ses proches pourra continuer pendant des mois, sous l’œil impudique des caméras, au milieu des cris discordants de zélotes fanatisés. »

Et maintenant ? Les parents de M. Lambert demandent, à nouveau, sa prise en charge dans un autre établissement de santé. « Ce n’est pas un sursis, c’est un nouveau départ. Le combat, à partir d’aujourd’hui, c’est le transfert de Vincent dans une unité spécialisée où il sera pris en charge de manière bienveillante par des spécialistes et non plus par ce CHU qui n’a fait de lui qu’un mort en sursis », a déclaré l’un des avocats des parents, Me Jérôme Triomphe, reprenant une position maintes fois affirmée. Et un transfert qui (pourquoi ?) n’avait jamais été autorisé. La mère, Viviane Lambert, s’était exprimée dans le même sens plus tôt dans la matinée en arrivant au CHU : « Vincent va bien. Nous demandons qu’il sorte de cet hôpital. Vincent n’est pas en fin de vie. Regardez les vidéos. Tout se passe dans le regard. Vincent n’a besoin que de boire, manger et d’amour. »

A l’opposé, Me Francis Fossier, l’avocat de Rachel Lambert, l’épouse et tutrice de Vincent Lambert, a annoncé sur Franceinfo qu’une plainte allait être déposée à la suite de la publication sur le site de l’hebdomadaire Valeurs actuelles d’une vidéo vraisemblablement tournée par les parents de M. Lambert montrant le patient allongé sur le côté tandis que sa mère lui parle. « On est dans l’intime d’un couple, d’une famille, a dénoncé Me Fossier. Diffuser de telles images, parler de “remontada” , vous vous rendez compte ? Comme dans un match de foot… C’est inqualifiable ».

On ne qualifiera pas

A demain

@jynau

1 « Remontada ». « Remontada in Spanish language means comeback. The word is often used when a team is behind on goals and needs to turn things around in order to win. They need a big comeback or remontada.

One of the most famous comebacks in history is when Liverpool overcame the first half 3-0 deficit to AC Milan in the 2005 Champions League final, to even the game up at 3-3 and eventually win the tournament via penalties.

The more recent ‘Remontada’ for the history books is the 2017 Barcelona win over Paris Saint-Germain in the Round of 16 of the Champions League. PSG won the first game in Paris 4-0 and Barcelona won the return match with the score of 6-1. Barca scored three times in the last few minutes of the game
. »

Quand Libération et Le Figaro éclairent de manière exemplaire l’affaire Vincent Lambert

Bonjour

21 mai 2019. Il y a la solennité tragique du sujet. L’émotion nationale et internationale (« Vincent Lambert: Life support must resume after court reverses ruling », BBC) qu’elle suscite. Les rebondissements spectaculaire dont elle est l’objet. L’affaire Vincent Lambert a pour effet de conduire les médias généralistes à dépasser les propos attendus, à élargir leurs colonnes. C’est le cas aujourd’hui de Libération et du Figaro.

Pour Libé nous venons de citer le remarquable « message aux Français » du Pr  Steven Laureys, spécialiste belge de neurologie, à la tête  Coma Science Group centre pionnier du  CHU de Liège et expert de renommée internationale (on trouvera ici sa biographie résumée). Extrait

« Mon deuxième message est d’inviter chaque citoyen à rédiger un testament de vie ou des directives anticipées, ou à choisir une personne qui saura dire votre souhait si vous n’êtes plus en état de l’exprimer. C’est essentiel que la personne soit entendue et que, par exemple, le choix de Vincent Lambert soit entendu. Mais pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur ces sujets ? Les situations ne sont jamais ni toutes noires ni toutes blanches. Avec Vincent, l’histoire s’est tant polarisée qu’elle est devenue une affaire de lobbys. Et cela des deux côtés. On oublie la complexité, la réalité biologique.

« Il n’y a pas un droit à la vie ou la mort, mais un droit à la qualité de vie. En vingt ans, j’ai fait un cheminement, je ne juge plus. Qui suis-je pour dire le bon choix ? C’est triste que ce débat soit si difficile en France. Vous avez d’excellents hôpitaux, des soins intensifs remarquables, mais il y a des choses qui nous échappent. Là est le défi : avoir un débat serein.»Et en écho, dans Le Figaro un texte également remarquable : « Vincent Lambert, l’otage de nos peurs ». Il est signé de Laurence de Charrette. Extrait

«  Vincent Lambert est la victime de cette grande opération de dénégation qu’a entreprise l’homme moderne, qui croit vaincre la mort en la donnant lui-même, ou bien la nie en chassant les mourants des maisons comme autrefois on éloignait les lépreux dont on craignait la contagion. Il est l’exutoire d’une nouvelle poussée de cet hygiénisme hostile à toutes les formes de faiblesse, vues comme autant d’affronts au progrès et d’obstacles à l’épanouissement. Et, plus profondément, il est l’otage de nos peurs

« Dans cette conception manichéenne du monde amputée de transcendance, les ‘’gentils’’ sont ceux qui nous feraient la politesse de s’en aller proprement, vite fait bien fait, s’il vous plaît – «dignement», nous dit-on. Non parce qu’ils seraient forcément si las de cheminer sur la terre, même lorsqu’il leur faut emprunter des sentiers escarpés, mais bien parce que, nous, nous ne voulons pas voir sur leurs visages et dans leurs corps les signes des maladies ou du temps qui passe et nous attend, quelque part, à notre heure.

« Les ‘’méchants’’, quant à eux, chercheraient à imposer une vie monstrueuse à des êtres déchus pour lesquels l’existence serait une humiliation – à moins que ce ne soit l’inverse, et que ce ne soit eux que l’on juge humiliants pour le monde. Ces rustres seraient pleins de cruauté pour les plus faibles et de ridicule dans leur obstination à chercher la grandeur de l’humanité dans ses blessures. Sans doute Romain Gary, si merveilleux poète des fragilités dont on loue l’entrée dans la ‘’Pléiade’’, devrait-il aujourd’hui être classé du côté obscur de la Force…« Aveuglés par cette sorte de dolorisme masochiste – qu’on attribue aux catholiques notamment -, les ‘’méchants’’, toujours, issus d’une caste désuète et ignorante qui n’aurait pas été suffisamment éclairée par les lumières du progrès, nourriraient un appétit malsain pour la souffrance – surtout chez les autres. Peu importe, aux yeux de leurs accusateurs, que de grands établissements de soins palliatifs, comme l’institut Jeanne-Garnier, où Jean Vanier s’est éteint il a deux semaines, aient été au contraire fondés sous l’impulsion des chrétiens… (…)

« Il ne faut pas s’étonner que cette vision tronquée et cruellement privée de compassion de l’humanité conduise à glisser, un jour ou l’autre, du désir d’«accompagner la fin de vie sans faire obstacle à la mort» (soins palliatifs) à la volonté de provoquer la mort en faisant obstacle, cette fois, à la vie. L’euthanasie, qui est au cœur du débat que soulève l’affaire Vincent Lambert, sorte de raccourci magique qui permettrait de passer de vie à trépas en court-circuitant l’agonie, serait ainsi une assurance contre toutes souffrances, espèrent ses partisans. Ils en font ainsi une ‘’liberté’’ (fondamentale, forcément), se refusant à admettre que, par nature, la liberté ne peut déprendre d’un événement et qu’elle ne se conquiert que par la voie intérieure. »

21 mai 2019. Il n’est pas interdit de lire le plus vieux quotidien de France encore en vie et, en même temps, celui créé par Jean-Paul Sartre. Pas plus qu’il est interdit d’imaginer que le message à nous adressé par le Pr Steven Laureys n’est pas incompatible avec les convictions exprimées par Laurence de Charrette.

A demain

@jynau

Vincent Lambert: le troublant message aux Français d’un expert mondial des comas dépassés

Bonjour

21 mai 2019. Libération dépassé par le justice : le quotidien aura été incapable d’intégrer le coup de théâtre judiciaire de la veille dans son dossier du jour sur l’affaire Vincent Lambert (« Vincent Lambert question de vie et de mort. L’équipe médicale a interrompu, lundi matin, les traitements maintenant en vie l’ancien infirmier, plongé depuis 2008 dans un état ‘’pauci-relationnel’’ irréversible. Epilogue annoncé d’une affaire hors norme qui met la France face à ses hésitations bioéthiques. ») Un coup de théâtre qui, déjà, relance en France la question de l’euthanasie. Et les médias moutonniers de découvrir, en interrogeant en boucle Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), les vertus supposées de la « loi belge » et des modalités de la pratique, dans ce pays, de l’euthanasie.

En dépit de son « ratage » Libération, dans sa version papier, offre un document important : l’entretien que lui a accordé  Steven Laureys, spécialiste belge de neurologie, à la tête  Coma Science Group centre pionnier du  CHU de Liège et expert de renommée internationale (on trouvera ici sa biographie résumée). Steven Laureys avait notamment examiné Vincent Lambert en 2012. Sept ans plus tard il dit regretter le « manque d’apaisement en France ». Voici le message essentiel délivré (propos recueillis par Eric Favereau) dans Libé :

 «Cette affaire m’inspire un sentiment de tristesse à l’égard de tous les acteurs impliqués. D’abord pour Vincent. Ces onze ans, son coma, tout ce qui a suivi après… Ensuite pour sa femme et toute sa famille qui ont vécu les différentes étapes, la réanimation, un bout d’espoir, et puis finalement ce qui est devenu un combat pour le respect de ses souhaits.

« Les parents avaient un autre combat, je pense qu’ils ont agi par amour pour leur fils. Sentiment de tristesse pour tous les autres aussi, la France mais plus largement le monde entier, qui sont devenus spectateurs. C’est une triste histoire, mais je pense que l’on peut en apprendre quelque chose. Aujourd’hui, en France, il y a des centaines de Vincent Lambert dans les hôpitaux et dans les maisons de soins 2. Et c’est un drame, ce sont des patients qui sont négligés, abandonnés. Et dans ce drame, tout le monde souffre. J’aimerais inciter chaque Français à se demander : et si c’était moi qui étais dans ce lit ? Des centaines de patients sont ainsi et personne n’en parle. Nous sommes tous des Vincent Lambert, car cela peut arriver à vous, à tous : un accident de la route, une hémorragie cérébrale, une foule de situations imprévues. Ces patients en état de conscience modifiée, qui survivent à leur coma et qui ne vont pas évoluer vers la mort cérébrale, ceux-là vont vivre un calvaire avec une absence de prise en charge digne de ce nom.

«Il faut en parler différemment. Il faut remplacer l’expression maladroite d’ »état végétatif », qui nous enferme comme une plante. Parlons plutôt d’une situation d’ »éveil non-répondant ». C’est cela que l’on voit : ils ouvrent les yeux, mais ne répondent pas à la demande. Ils sont censés être complètement inconscients – vous parlez en France d’ »états pauci-relationnels ». Je pense que l’histoire de Vincent nous invite à nous intéresser à tous ces autres patients dont personne ne veut améliorer le traitement ou la prise en charge. Il faut faire des centres de rééducation, partout en France, leur qualité est aujourd’hui par trop variable. Il y a des centres qui s’intéressent à cette problématique, cela ne doit pas être uniquement à visée scientifique mais aussi clinique. A Liège, depuis vingt ans, nous sommes pionniers, mais on est presque seuls et cela reste un combat.

«Mon deuxième message est d’inviter chaque citoyen à rédiger un testament de vie ou des directives anticipées, ou à choisir une personne qui saura dire votre souhait si vous n’êtes plus en état de l’exprimer. C’est essentiel que la personne soit entendue et que, par exemple, le choix de Vincent Lambert soit entendu. Mais pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur ces sujets ? Les situations ne sont jamais ni toutes noires ni toutes blanches. Avec Vincent, l’histoire s’est tant polarisée qu’elle est devenue une affaire de lobbys. Et cela des deux côtés. On oublie la complexité, la réalité biologique. Il n’y a pas un droit à la vie ou la mort, mais un droit à la qualité de vie. En vingt ans, j’ai fait un cheminement, je ne juge plus. Qui suis-je pour dire le bon choix ? C’est triste que ce débat soit si difficile en France. Vous avez d’excellents hôpitaux, des soins intensifs remarquables, mais il y a des choses qui nous échappent. Là est le défi : avoir un débat serein.»

A demain

@jynau

1 En Belgique la loi du 28 mai 2002  définit l’euthanasie comme étant « l’acte, pratiqué par un tiers, qui met intentionnellement fin à la vie d’une personne à la demande de celle-ci ». L’acte d’euthanasie y est autorisé sous trois conditions : le patient doit être majeur (ou mineur émancipé), capable et conscient au moment de sa demande ; celle-ci doit être formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée et ne résulte pas d’une pression extérieure ; le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fait état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable. Le médecin qui pratique l’acte doit être volontaire, aucune personne ne peut être contrainte d’y participer.

2 « Ces 1.500 Vincent Lambert dont personne ne parle » Slate.fr 24 juin 2014

Dossier Vincent Lambert : le retour du Dr Kariger, le silence d’Emmanuel Macron

Bonjour

20 mai 2019. La semaine médiatique commence sur une mort programmée. Le Figaro, manchette, éditorial et dossier : « Emotion avant l’arrêt des soins de Vincent Lambert ». Libération : « La tension monte avant l’arrêt des soins ». La Croix : « La prise en charge de Vincent Lambert en question ». Impasses et répétitions radiophoniques. Sur RTL le candidat du Rassemblement National en vient à suggérer qu’Emmanuel Macron use de son pouvoir d’accorder la « grâce présidentielle ».

L’éditorialiste du Figaro (Etienne de Montety) écrit ceci :

« Mais en ce matin crucial, une évidence s’insinue en nous: il n’existe pas pour le malheureux de solution facile, peut-être même pas de bonne solution. C’est le doute qui domine, le terrible doute. Dans un procès, il profiterait à l’accusé. Nous ne sommes pas dans un procès mais dans un dilemme. Alors pourquoi ne pas accorder à la victime, Vincent Lambert l’est incontestablement, le bénéfice du doute, c’est-à-dire la vie? »

Le Monde se garde encore d’éditorialiser mais expose (François Béguin) les différentes questions que pose l’arrêt des « traitements » (en réalité la nutrition et l’hydratation). Combien de temps jusqu’au décès ?

Un premier « arrêt » de trente-et-un jours

« La mort survient en quelques jours.’ Cela peut-être long de mourir d’un arrêt d’alimentation et d’hydratation, si le reste du corps est encore en bon état : plusieurs jours au moins, jusqu’à deux pleines et longues semaines parfois’’, explique la Dr Véronique Fournier, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, dans La mort est-elle un droit ? (La Documentation française, 2016). Or, rappelle Le Monde, « un premier arrêt avait duré trente-et-un jours ».

« En mai 2013, un premier arrêt des traitements avait été interrompu au bout de trente et un jours sur injonction du tribunal administratif, saisi par les parents de Vincent Lambert, au motif qu’ils n’avaient pas été informés de cette décision. Si leur fils était toujours en vie au bout de cette période, c’est parce que l’équipe médicale avait fait le choix de maintenir 200 millilitres d’hydratation par jour. ‘’L’idée était de le laisser partir lentement, de sa belle mort. C’était une erreur. A l’époque, nous ne savions pas faire’’, reconnaîtra le docteur Eric Kariger, le médecin alors à l’origine de la décision, dans Ma Vérité sur l’affaire Vincent Lambert (Bayard, 2015). »

Où l’on voit ainsi réapparaîre, dans les médias le Dr Eric Kariger qui, pour une large part, fut à l’origine de l’affaire Vincent Lambert. Il parle dans La Croix (Flore Thomasset). Le quotidien catholique expose les différends médicaux concernant de dossier. A commencer par le type d’établissement spécialisé et la nature de la prise en charge de ce type de malade. Dans un autre sercice que celui du CHU de Reims tout ses serait passé autrement « dans un projet de vie et non dans un projet de mort », résume le Pr Xavier Ducrocq, chef d’un service de neurologie et conseil des parents. « Ces établissements EVC-EPR sont faits pour des patients dont l’état de conscience est altéré, et ce quel que soit leur niveau de conscience, explique un autre de leurs conseils, le docteur Bernard Jeanblanc. Cet état peut fluctuer: les personnes peuvent sembler plus ou moins “présentes” en fonction des moments. Ce sont en tout cas des personnes qui ont besoin d’être stimulées, alors que Vincent Lambert, lui, est allongé dans un lit depuis cinq ans, à regarder le plafond. C’est inhumain. »

Directives anticipées

Des critiques que rejette fermement le Dr Éric Kariger. « Dire cela est faux et c’est une insulte à l’équipe médicale. Vincent Lambert est déjà dans un service spécialisé pour les patients cérébrolésés, il est même dans l’unité régionale dédiée à ces patients. La vulnérabilité, c’est mon champ d’action depuis toujours et je vous assure que Vincent Lambert a toujours été respecté. C’est un patient qui a eu toutes ses chances, médicales et aussi juridiques. »

Un partient qui a eu « toutes ses chances » ? Ce médecin a toujours contesté la nécessité d’un transfert: « On transfère quand le médecin ou l’équipe s’estiment incompétents ou quand on pense que le patient n’est pas au bon endroit, mais ce n’est pas le cas. Son épouse, qui a été désignée et confirmée en justice comme sa tutrice, n’a d’ailleurs jamais demandé ce transfert. »

Ce conflit particulier renvoie à un débat plus large sur la prise en charge des patients cérébrolésés, ajoute La Croix. « Il y a deux types de structures en France, estime le Pr Ducrocq. Celles, majoritaires, qui sont proactives, développent et cherchent des techniques nouvelles pour éveiller et stimuler les patients ; et des équipes plus passives, c’est le registre de celle de Reims, davantage tournées vers l’accompagnement, le nursing. Vincent Lambert bénéficie à cet égard de soins remarquables. Mais ça ne peut pas suffire pour un patient durablement stabilisé dans un état de conscience altéré: il n’est pas stimulé, il n’est pas sorti, il n’a plus de kiné, il est en situation d’isolement affectif… Il n’y a pas de projet de vie, même de vie limitée, pour lui. » L’unité où est hospitalisé Vincent Lambert se trouve au sein des services de soins palliatifs et non de réadaptation, relève aussi le Dr Jeanblanc, convaincu que la prise en charge s’en ressent. « La circulaire de 2002 sur les prises en charge des patients EVC-EPR dit qu’ils doivent bénéficier de séances de kiné six fois par semaine! Il aurait besoin d’une stimulation multisensorielle, d’être levé, de sortir, et non de rester comme ça, enfermé. »

À l’opposé, le Dr Kariger, toujours dans La Croix : « Tout ce dont cet homme a besoin désormais, c’est d’un accompagnement et d’une gestion de ses inconforts, pour une fin de vie digne et apaisée, dans le respect de ses volontés particulières ». Des directives anticipées que cet homme n’a jamais rédigées.

A demain

@jynau

Homéopathie : de quel droit le placebo et ses effets ne seraient-ils pas remboursés ?

Bonjour

Acte V, scène 4.  Elle a commencé par un communiqué de presse des Laboratoires Boiron daté du 17 mai 2019. Où l’on voit la firme confirmer des informations qui avaient fuité dans la presse (Libération, France Info)  – peut-être avec l’aide d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Et où l’on voit, aussi, que l’ire lyonnaise demeure ; de même que les ronds de fumée peine voilés à destination de Bercy et du Palais de L’Elysée. Cela donne ceci :

« Les laboratoires Boiron ont reçu le premier avis de la commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), jeudi 16 mai 2019 en fin de journée, soit bien après sa fuite dans un média. La diffusion par la presse de ce premier avis, censé être confidentiel, cause un réel préjudice aux salariés, clients et actionnaires du groupe.

Dans ce premier avis, la commission de la transparence émet une recommandation défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques.

La procédure d’évaluation en cours prévoit qu’après réception de ce premier avis, les laboratoires Boiron disposent de 10 jours pour transmettre des commentaires écrits ou pour demander une audition auprès de la HAS. Cette procédure permettra aux laboratoires de présenter leurs arguments quant au bien-fondé de la prise en charge des médicaments homéopathiques. A l’issue de cette procédure, la HAS rendra un avis définitif qui sera transmis à la ministre des Solidarités et de la santé pour décision.

74% des Français qui ont recours aux médicaments homéopathiques les jugent efficaces et sont contre l’arrêt de leur remboursement (Ipsos, octobre 2018). Un déremboursement éventuel aurait des conséquences négatives pour les patients, pour les finances publiques et pour l’économie française.

La France génère 60% du chiffre d’affaires du groupe Boiron et un éventuel déremboursement menacerait un millier d’emplois. La cotation des actions des laboratoires Boiron, suspendue jeudi 16 mai 2019 en raison de la diffusion par un média d’une information confidentielle, reprendra lundi 20 mai à l’ouverture de la Bourse. »

Extraits précieux

Le même jour Le Monde (Paul Benkimoun) avait publié de précieux extraits du texte, en particulier l’analyse sur laquelle la HAS a fondé son avis. Cela donnait cela :

« Le Monde a consulté le projet d’avis adopté le 15 mai par la commission de la transparence(CT)  de la HAS (…) Dans ce document de 85 pages (plus une bonne cinquantaine de pages d’annexes), la commission précise le contexte de l’évaluation qui lui a été demandée. Celle-ci porte sur ‘’les médicaments à nom commun (hors préparations magistrales) soumis à la procédure d’enregistrement auprès de l’ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament] et bénéficiant actuellement d’une prise en charge à 30 % par l’Assurance-maladie’’. Après une présentation des principes de l’homéopathie – dont elle rappelle qu’ils  ‘’ne sont pas soutenus par les données actuelles de la science’’ –, et une description de son utilisation en France, la CT détaille les documents sur l’analyse desquels elle fonde son avis.

‘’Près de 1 000 études ont été identifiées et près de 300 ont été sélectionnées sur la base de critères de sélection détaillés dans le présent avis.’’ La commission a examiné ‘’23 revues systématiques de la littérature et méta-analyses, 10 essais contrôlés randomisés et 6 études concernant la consommation médicamenteuse, dans 25 indications ou symptômes.’’ Après analyse, la CT souligne qu’’’au total aucune étude n’a démontré la supériorité en termes d’efficacité (morbidité) de l’approche homéopathique par rapport à des traitements conventionnels ou au placebo.’’

Dans la conclusion de son projet d’avis, la commission met en balance les arguments. D’un côté, elle pointe l’absence de gravité de certaines affections ou symptômes bénins, spontanément résolutifs, pour lesquels ‘’le recours aux médicaments (dont l’homéopathie) n’est pas nécessaire’’, ‘’l’absence de démonstration d’efficacité’’ des médicaments homéopathiques, ‘’l’absence de démonstration de leur impact sur la santé publique’’, ‘’l’absence de place définie dans la stratégie thérapeutique’’. A l’inverse, elle reconnaît ‘’la gravité et/ou l’impact potentiel sur la qualité de vie des patients de certains symptômes/affections étudiés pour lesquels il existe un besoin médical à disposer d’alternatives thérapeutiques ou de médecines complémentaires’’ et ‘’la très bonne tolérance et le profil de sécurité des médicaments homéopathiques.’’ »

C’est sur cette base que la  CT donne « un avis défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques ». Or Agnès Buzyn a déjà (de manière étrangement apolitique) assuré qu’elle « suivrait l’avis de la Haute Autorité de Santé. Il restera à cette ministre d’expliquer aux citoyens pourquoi la collectivité ne devrait pas prendre en charge les possibles vertus du placebo et de ses effets. A quel titre et de quel droit ?

A demain

@jynau

Homéopathie-embrouillamini : Agnès Buzyn serait-elle à l’origine de la « fuite médiatique » ?

Bonjour

C’est fait : le « déremboursement de l’homéopathie » a envahi tous les médias généralistes. Avec tout ce que l’on pouvait redouter de mauvaise foi, d’approximations/incompréhensions, de réductionnisme et d’amateurisme. De violence, aussi, comme ce peu banal « échange à trois » diffusé peu après midi, aujourd’hui, sur France Info.

Pour l’heure, l’actualité c’est la « fuite médiatique » qui, à retardement, aura indigné la multinationale lyonnaise Boiron.

Le « projet d’avis » la Commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) n’est pas encore officiellement connu mais, a révélé jeudi 16 mai France Info il est  « défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques. » La veille Libération (Eric Favereau) avait laissé entendre qu’il en était ainsi. Et aujourd’hui 17 mai Le Monde (Paul Benkimoun) annonce avoir  pu prendre connaissance de ce « projet d’avis ». Le Monde :

« Selon nos informations, un journaliste de Franceinfo avait appelé le laboratoire Boiron jeudi 16 mai « vers 10 heures », en indiquant « connaître la conclusion de la CT ». Dans un communiqué commun mis en ligne le même jour à 17 heures, les trois industriels précisent qu’à « l’heure de l’envoi de ce communiqué les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis. » Ils rappellent que « cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et réservé aux seuls laboratoires concernés ».

Un peu plus d’une heure plus tard, à 18 h 19, Franceinfo faisait savoir sur son site que la CT recommandait le déremboursement des médicaments homéopathiques. Pour sa part, la Haute Autorité de santé déclarait avoir adressé le jour même aux laboratoires le projet d’avis et refusait de confirmer les informations révélées par Franceinfo. »

Trébuchet du Palais de l’Elysée

Mais il y a plus grave. Il se murmure, dans les milieux bien informés, que plusieurs sources n’écarteraient pas l’hypothèse que le cabinet d’Agnès Buzyn puisse être à l’origine de la « fuite médiatique ». Le ministère des Solidarités et de la Santé ? Il se borne (officiellement) a préciser qu’il ne faisait aucun commentaire tant que la procédure contradictoire n’était pas menée à son terme.

« La révélation sur la teneur du projet d’avis permet, en effet, de prendre de vitesse les industriels dans leur contre-argumentation, notamment en direction de Matignon et Bercy, suggère Le Monde. Ces derniers pourraient ne pas être insensibles à des arguments sur la préservation de l’emploi et l’impopularité éventuelle de la mesure. »

Serait-ce dire que les seules données concernant l’efficacité médicamenteuse scientifiquement démontrée ne seraient pas les seuls paramètres pris en compte par le pouvoir exécutif dansla gestion de ce dossier ? Qu’Agnès Buzyn serait ici en compétition avec Bruno Lemaire ? Et qu’à la fin le déremboursement des médicaments Boiron sera arbitré par le trébuchet dynamisé d’Emmanuel Macron ?

A demain

@jynau

«Fuite médiatique» sur l’homéopathie : Boiron s’indigne et suspend son cours de Bourse

Bonjour

Qui ment ? Qui dit vrai ? Qui prêche ? Et pourquoi cet usage du non-dit mêlé au conditionnel ? 16 mai 2019. C’est un « communiqué de presse commun » signé par trois entreprises dans le champ industriel de l’homéopathie (Boiron – Lehning – Weleda). Ecoutons-les :

« Les entreprises du médicament homéopathique ont appris aujourd’hui que l’avis préliminaire de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), chargée d’évaluer le bénéfice médical rendu par les médicaments homéopathiques, aurait été transmis à un média.

« Cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et est réservé aux seuls laboratoires concernés par cette évaluation dans le but de faire valoir leurs arguments lors d’une phase contradictoire.  Or, à l’heure de l’envoi de ce communiqué, les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis préliminaire. 

« Le fait qu’un média puisse être informé de la teneur de cet avis confidentiel, constitue une violation du secret de la procédure d’évaluation en cours remettant potentiellement en cause sa régularité. Dans ce contexte, les laboratoires Boiron, entreprise française cotée, ont dû prendre la décision de suspendre leur cours de bourse. »

Associé au communiqué de presse: « Ensemble, mobilisons-nous pour le maintien du remboursement de l’homéopathie sur MonHomeoMonChoix.fr »

Quelques observations.

1 La HAS n’a pas « communiqué » quant à l’avis de sa Comission de transparence. Si elle l’avait fait son avis aurait été  à tout coup contesté avant d’être annulé par le Conseil d’Etat.

2 Les trois entreprises disent apprendre le 16 mai une information qui a, notamment, fait la Une du Libération daté du 15 mai (« Homéopathie, les granules ont les boules »). Pourquoi ce retard à la réaction ? Ni lit-on pas Libé à Lyon ? Extrait du papier (Eric Favereau) :

« La commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) devrait rendre un avis qui appelle au déremboursement pour l’ensemble des produits homéopathiques, s’appuyant sur un manque d’efficacité prouvée. Cette prise de position est la première étape vers la fin effective du remboursement. Les industriels concernés, et au premier chef les laboratoires Boiron, leader du marché mondial auront dix jours pour la contester, puis quarante-cinq pour défendre leur position. L’avis définitif sera alors transmis à la ministre de la Santé, qui décidera ou non du déremboursement. (…) C’est cet avis qui doit être adopté ce mercredi par la commission de la transparence. Censé ne pas être public pour donner la possibilité aux industriels de se défendre, il ouvre la voie au déremboursement. »

3 Comment peut-on passer de « aurait été transmis à un média » à « le fait qu’un média puisse être informé de la teneur de cet avis confidentiel » avant de parler de « violation du secret de la procédure d’évaluation en cours remettant potentiellement en cause sa régularité » pour finir par « prendre la décision de suspendre leur cours de bourse ».

4 Faut-il voir là une menace quant à la procédure en cours ? La démonstration que le déremboursement est en route ? Une volonté de s’attaquer à la protection des sources journalistiques ?

5 On attend avec intérêt, sur tous ces points, les réactions/précisions de la HAS, de Boiron et de Libération.

A demain

@jynau