PMA : Nouvelle agression méchamment confraternelle contre l’Académie de médecine

Bonjour

Qui veut ruiner une institution séculaire l’accuse d’être « datée ». Agnès Buzyn vient de le faire à propos de l’Académie nationale dé médecine coupable, à ses yeux, de ne pas soutenir la « PMA pour toutes » promise par le Président et voulue par le Gouvernement. Puis vint Laurent Joffrin et ses ‘’vieilles barbes burgraves’’. Dans le sillage ministériel et celui de Libération, aujourd’hui, le Pr Jean-Louis Touraine 1 co-rapporteur du projet de loi. L’ancien immunologiste socialiste devenu député (Rhône) macronien s’exprimait aujourd’hui 24 septembre 2019 sur les ondes de France Culture.

Extraits ciblés sur ses confrères de l’Académie qui voient là « une rupture anthropologique majeure » :

« L’Académie de médecine, très souvent, émet des avis très conservateurs. Elle était contre, en son temps, l’interruption volontaire de grossesse et contre les différentes avancées … Par contre ils font de très bons travaux, de très bonnes analyses, sur le plan médical. Quand ils s’égarent à donner des avis sur des sujets sociétaux, c’est plus incertain car ils ont de la peine à comprendre la société de notre temps (sic). Mais sur le plan médical, ils font des analyses formidables (re-sic).

« Donc je les exhorte à faire le travail auquel il sont habitués, auquel ils sont rompus et pour lequel ils travaillent avec une dextérité remarquable. Là leur avis est simplement une exception parmi tous les autres, comme ceux du comité d’éthique, du Conseil d’Etat ou celui de l’Ordre des médecins qui n’est pas pourtant le plus progressiste des organismes … »  

Et le Pr Touraine de tenter de faire un peu d’anthropologie mineure. Puis de ranger l’Académie nationale de médecine dans la même catégorie que la Conférence des évêques de France. La question est désormais posée : le député macronien du Rhône sera poursuivi pour double manquement à la confraternité ?

A demain @jynau

1 A lire, dans Libération (Eric Favereau) son portrait ripoliné : « Jean-Louis Touraine, médicalement assistant ». Médecin, ce député LREM, rapporteur de la loi de bioéthique défend la PMA, mais plaide aussi pour la GPA «éthique» et la fin de vie

Bioéthique et procréation : la bien vieille barbe de l’éditorial du patron de Libération

Bonjour

Laurent Joffrin, 67 ans, exerce les redoutables fonctions de directeur de la rédaction et de la publication de Libération. A longtemps travaillé au Nouvel Observateur. Editorialise et commente dans différents médias. C’est un patron de presse qui, par ailleurs, écrit considérablement sur mille et un sujets considérés comme étant d’actualité. A ce titre il ne pouvait échapper à la révision de la loi de bioéthique et à la « PMA » dont tous les médias font aujourd’hui leurs choux gras.

Il fallait au patron de Libération un angle compatible avec le combat que mènent ses troupes militantes au nom de la « PMA pour toutes ». On peut voir là comme une forme de résurgence d’un rude combat mené par le même quotidien, il y aura bientôt cinquante ans : celui mené en faveur de la dépénalisation de l’IVG sous la professionnelle férule, notamment, de Béatrice Vallaeys. Les temps, certes, ont changé puisque le nouveau combat de Libé est celui du gouvernement voulant traduire dans la loi une promesse d’Emmanuel Macron, candidat à la présidence de la République.

Aujourd’hui Laurent Joffrin publie un éditorial intitulé  « PMA : l’Académie des vieilles barbes ». Entendre par là l’Académie nationale de médecine qui vient d’exprimer clairement sa position sur le projet de loi de bioéthique 1. Et Laurent Joffrin, qui se range sans surprise aux côtés d’Agnès Buzyn, se gausse de l’utilisation, par l’Académie de la formule «rupture anthropologique majeure» 2.

« L’argument «anthropologique» use d’un mot savant – et flou – pour stigmatiser une rupture fondamentale dans l’évolution des sociétés humaines. Aussitôt, on pense à un basculement civilisationnel dramatique qui verrait des apprentis sorciers violer les lois sacrées de la nature au détriment de millions d’enfants. »

 Anthropologie véritable

L’ennui, selon lui, c’est que les « vrais anthropologues » (sic)  ne semblent guère (re-sic) souscrire à cette version de l’anthropologie. Et le patron de Libération, ce citer, sans surprise « Françoise Héritier, l’une des plus célèbres spécialistes de la discipline » :

«Rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d’attitude et de comportement, n’est issu directement de lois naturelles. Tout passe par un filtre mental, cérébral et idéel, produit d’une réflexion collective qui prend forme à un moment de notre histoire, évolue et peut encore évoluer. […] Rien de ce qui nous paraît naturel n’est naturel.» 

Traduction du patron de Libération : « Les anti-PMA appellent la science au secours : la science les désavoue ».

L’Académie s’inquiète de la multiplication des «enfants sans père» ? « Nouveau désaveu : la plupart des études universitaires menées sur la question démentent cette horrifique angoisse, écrit Laurent Joffrin qui conseille Cairn.info, « site universitaire pour le moins sérieux » (re-re-sic) et une étude datée de 2006 : « Du désir à l’acte : les enfants de la procréation médicalement assistée (PMA) » Hélène Lazaratou et Bernard Golse. Laurent Joffrin donne la conclusion « sans appel » des auteurs :

«Au total, en accord avec les études existantes, les enfants qui sont nés par des méthodes de procréation médicalement assistée ne présentent pas de problèmes particuliers dans leur développement mental ou émotionnel.» 

Voici, en réalité, la conclusion de ces mêmes auteurs, en 2006 :

« Sur un plan psychanalytique, il va de soi que le rôle des PMA sur le développement de l’enfant ne peut être conçu qu’au sein d’un modèle polyfactoriel renvoyant au concept freudien de  » série complémentaire « . Dans cette perspective, le maniement de la relation avec les parents ayant recours aux PMA se doit donc d’être extrêmement prudent sur le plan éthique, afin de ne pas donner lieu à un processus inacceptable de culpabilisation.

Il y aurait lieu sans doute d’approfondir les dynamiques différentes du désir d’enfant et du désir de grossesse dans le cadre de ces situations particulières, mais tel n’était pas notre propos, ici Nous voulions seulement insister sur la revue de la littérature internationale qui permet, aujourd’hui, de penser que le devenir des enfants nés par PMA ne se trouve marqué par la survenue d’aucune difficulté psychologique ou psychopathologique spécifique. »

Chute de l’éditorial: « De là à penser que les scrupules  »anthropologiques » des burgraves de l’Académie de médecine ne sont que l’habillage savant de préjugés racornis, il n’y a qu’un pas. » Les Burgraves de la rue Bonaparte apprécieront.

A demain @jynau

1 L’Académie nationale de médecine a, dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté ce document par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions Auteurs du rapport : Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

2 Extrait du rapport de l’Académie nationale de médecine (ANM) :

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant.

L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines. Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pèresparmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».

Vaccinations et journalisme : Michel Cymes ou la méchante tentation de la censure médiatique

Bonjour

Où l’on découvre, une fois encore, que la tentation du mieux est l’ennemi mortel du bien. Et que le diable n’est pas toujours où l’on croit. Ainsi, aujourd’hui, l’ex-animateur du magazine de la santé, de France 5. Omniprésent dans les médias, il leur demande de ne plus donner la parole aux « anti-vaccins ». Michel Cymes, le 18 septembre sur le plateau de C à vous, l’émission de … France 5 :

« Arrêtez de donner la parole aux anti-vaccins et tout rentrera dans l’ordre », a déclaré le médecin (ORL de formation). C’est selon lui d’autant plus important que la suspicion à l’égard de la vaccination est plus importante en France que dans le reste de l’Europe. « 20 % de la population européenne, en moyenne, a des doutes sur l’innocuité des vaccins. On est à 40 % en France ! », a-t-il rappelé devant les caméras de France 5 ajoutant que, « on est dans une situation dramatique parce qu’on laisse parler tous ces gens là ».

Cette sortie médiatique a, dit-on, été très diversement appréciée sur le Web, certains internautes accusant cet animateur-médecin de vouloir restreindre la liberté d’expression. Et Michel Cymes de se justifier : « Ce sont des gens dangereux, et vous venez de montrer la dangerosité de ces gens qui font circuler des fake news, des rumeurs pour des réalités scientifiques. » 

L’ORL répondait ici à une question sur l’insuffisance de la couverture vaccinale contre certains papillomavirus humains. Cette vaccination est aujourd’hui recommandée pour toutes les filles entre 11 et 14 ans (avec rattrapage éventuel entre 15 et 19 ans), ainsi que pour les hommes de moins de 26 ans ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Or le taux de la couverture vaccinale complète des jeunes filles de 16 ans dépasse à peine les 20%. Il s’agit d’un des plus faibles taux de tous les pays qui ont recommandé cette vaccination.

Censurer pour faire taire ? L’histoire, sans parler de démocratie ni même de Voltaire 1, démontre à quel point cette solution est sans issue. Souvent pire que le mal que l’on veut combattre. Mieux vaut, ici, quitter Cymes et France 5 pour gagner Libération et  Jeremy Ward, chercheur postdoctoral en sociologie au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass) : « Hésitation vaccinale : la France championne du monde ? ». Voici un large extrait de cette tribune :

« (… Dans l’espace public, la diffusion récente de ces méfiances [vis-à-vis de certains vaccins] est le plus souvent expliquée par le développement d’Internet et par la montée de la défiance envers les institutions, voire envers la science. Il est vrai qu’Internet facilite l’accès aux arguments critiques des vaccins et que, depuis vingt ans, les autorités sanitaires ont été au cœur d’une série de scandales publics qui ont durablement entaché leur réputation. Cependant, se focaliser sur ces deux éléments occulte trois phénomènes cruciaux, comme nous le rappelons avec mes quatre coauteurs dans une récente publication 2.

L’augmentation de la part de la population ayant des réserves quant au vaccin a surtout eu lieu depuis la controverse sur la campagne de vaccination contre la grippe A en 2009 (même si une controverse émerge à la fin des années 90 autour du vaccin contre l’hépatite B). Puis suivit une succession de débats en continu portant sur le vaccin contre les papillomavirus, le recours aux vaccins multivalents, et l’usage d’aluminium dans la composition du vaccin.

On tend à penser que la défiance à l’égard des vaccins est le produit d’un manque de compréhension scientifique de la vaccination et que, par conséquent, les médecins, principales sources d’information et de conseil sur ces questions, devraient être immunisés contre ces doutes. Ce n’est pourtant pas le cas. Les résultats d’une étude réalisée en 2014 par mes collègues de Marseille montrent que près de 14 % des médecins généralistes avaient des doutes sur l’utilité ou la sécurité de certains vaccins et que près de 20 % d’entre eux pensaient que l’on vaccine contre trop de maladies. Cela traduit notamment la détérioration des relations entre médecins et autorités sanitaires dans un contexte de multiplication des scandales, de crise de financement de l’hôpital public et de négociations tendues autour de l’assurance maladie.

« On parle beaucoup des «antivaccins» : ces militants, qui n’ont jamais accepté le principe scientifique de la vaccination, préfèrent les médecines alternatives et nient la légitimité de l’Etat (corrompu) à s’introduire dans le corps de leurs enfants. Seulement, les mouvements antivaccins ont historiquement été très peu puissants en France, notamment en comparaison aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne. Cela s’est notamment traduit par l’absence des controverses sur la sécurité des vaccins avant le milieu des années 90 alors que l’Angleterre a connu des débats sur la vaccination contre la coqueluche à la fin des années 70 et les Etats-Unis sur le vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche au début des années 80.

Travailler, restaurer la confiance

« Or, les groupes au cœur de ces controverses récentes ont choisi de se distancier des antivaccins traditionnels. Ces nouveaux acteurs restreignent leur critique à un nombre limité de vaccins ou de substances qu’ils contiennent (par exemple celui contre les papillomavirus ou l’usage d’aluminium) tout en affirmant publiquement leur attachement au principe de la vaccination. Ces patients, médecins, militants, sont plus proches de mouvements sociaux mainstream (droits des patients, santé environnementale…) que des mouvements radicaux associés à l’antivaccinalisme (médecines alternatives, complotisme…). Ce positionnement moins radical explique en partie la succession des controverses évoquée plus tôt. Il permet à ces acteurs d’apparaître plus crédibles auprès du public, des journalistes et des médecins. Ce changement dans le paysage de la critique vaccinale se retrouve au niveau du public : les suspicions sont concentrées sur ces vaccins controversés et une toute petite minorité rejette toute forme de vaccination.

« Face à cette situation et à l’efficacité limitée des outils de communication à leur disposition, les autorités françaises ont opté pour la coercition. Depuis le 1er janvier 2018, les enfants doivent être à jour des 11 vaccins recommandés s’ils veulent être gardés en collectivité. La France est loin d’être seule à faire ce choix. Depuis cinq ans, de nombreux gouvernements ont renforcé leurs obligations et sanctions pour non-vaccination (Italie, Australie, Californie…) ou envisagent cette possibilité (Allemagne, Pologne…). Il est vrai que les obligations ont souvent eu pour effet d’augmenter les taux de vaccination. Cependant, leur mise en place a parfois eu pour résultat de générer de larges mouvements de résistance ainsi qu’une méfiance dans une large portion du public, comme en Angleterre au XIXe siècle ou en ce moment en Allemagne.

« Après un an, les premières conséquences de cette nouvelle loi semblent être positives. Les taux de vaccination ont augmenté et la part de Français se méfiant des vaccins semble avoir diminué. Mais près d’un tiers des parents se déclarent toujours opposés à ces obligations et plus de 20 % sont encore «hésitants». Face à ces résultats encourageants, le risque principal est donc de devenir complaisant et de laisser l’obligation faire tout le travail. Il faut continuer à travailler à restaurer la confiance dans les vaccins. Surtout, la défiance vis-à-vis de ces derniers reflète des problèmes plus larges dans le système de santé public français, comme la rupture entre certains médecins et les autorités sanitaires. Restaurer la confiance dans les vaccins ne peut que passer par un travail sur le système de santé dans son ensemble. »

Censurer ? Nullement. S’expliquer ? Souvent. Abdiquer ? Jamais.

A demain @jynau

1 « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Il s’agit ici d’une phrase non sourcée, sans doute jamais écrite mais peut-être dite, reflète parfaitement l’homme, sa pensée, sa vie et même son style. D’où la fortune historique et somme toute méritée de cette citation apocryphe.

2 «Vaccine Hesitancy and Coercion : All Eyes on France», Jeremy K. Ward, Patrick Peretti-Watel, Aurélie Bocquier, Valérie Seror and Pierre Verger, Nature Immunology, 2 septembre 2019.

Greta Thunberg: les outrances du Dr Alexandre, les mots sans violence de Jean-Marie Le Clézio

Bonjour

On se souvient peut-être de ces lignes, glanées cet été dans le flots des tweets et signées du Dr Laurent Alexandre, 59 ans :

  @dr_l_alexandre : « Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Une fraction de la Toile s’indigne. Réponse du Dr Laurent Alexandre , :

« Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg ».

Le Dr Alexandre n’était pas le seul à se déchaîner contre la jeune Greta Thunberg 1. Il y eut aussi, fort heureusement pour la médecine, une tribune publiée dans Le Monde signée du Dr Marion Robin, psychiatre pour adolescents à l’Institut mutualiste Montsouris et auteure d’« Ado désemparé cherche société vivante » (Odile Jacob, 2017).

Loin de l’urologue transhumanisant elle expliquait voir en Greta Thunberg, 16 ans, le symbole d’une jeunesse qui ne peut plus se permettre de rester en adolescence. Ou plus précisément cette psychiatre cherchait à comprendre ce qui se trame  au-delà de l’« effet Greta Thunberg », qui « insupporte certains adultes ».

Le sourire ironique des adultes

Et puis, aujourd’hui, dans Libération, un long texte signé de Jean-Marie Le Clézio,79 ans, prix Nobel de littérature 2008 :  « Greta Thunberg, la gravité de la Terre ». Extraits :

« Son visage nous est devenu familier. Elle est sérieuse comme on l’est quand on n’a pas encore 17 ans, elle regarde l’objectif sans ciller, elle lit ses discours d’une voix posée, dans un anglais parfait, ses nattes sages encadrent ses joues rondes, ses yeux nous fixent sans une hésitation, elle se tient bien droit, les bras le long du corps, elle ressemble un peu à une gymnaste, ou à une déléguée d’un groupe de collégiennes. Elle est devenue la combattante la plus crédible du mouvement de défense de notre planète menacée par le gaspillage des ressources naturelles et la disparition des espèces animales. Elle est reçue par les plus grands, des présidents, des directeurs d’industrie, des éminences des banques. (…)

« Elle dit que nous – les adultes, les responsables, les acteurs de notre monde égoïste et rapace -, nous n’avons rien fait, et que les enfants du futur nous demanderont des comptes. Elle dit même une chose plus terrible, que lorsque nous ne serons plus là, dans dix, vingt ou trente ans, elle y sera encore et que c’est à elle que les enfants demanderont des comptes. Elle nous accuse, de sa voix douce et calme, d’avoir oublié que la Terre nous est prêtée, pas donnée. Est-ce que nous pouvons l’entendre ? (…)

« Et il lui faut du courage, à Greta, pour affronter le sourire ironique des adultes. Pourtant, quand elle apparaît, sur nos écrans, dans les pages de nos journaux, avec son visage grave et ses traits doux, et qu’elle dit de sa voix de colère contenue que nous devons paniquer, que nous devons réagir, nous indigner, commencer la lutte, changer notre façon d’être, notre rapport au monde et aux animaux qui l’habitent avec nous, que nous devons nous inquiéter de l’absence des saisons, de la disparition des insectes et des oiseaux, du dépeuplement des mers et du blanchissement des coraux, de cette sorte de silence assourdissant qui s’étend peu à peu sur la planète nature, au profit des vacarmes des villes, du mouvement fébrile des hommes, de l’exploitation à outrance des richesses du sol et des forêts, comment ne pas ressentir un coup au cœur, un tressaillement, comment ne pas être envahi par la nostalgie du futur, à l’idée de ce que nous n’avons pas fait, de ce que nous avons laissé se défaire, de notre regard qui s’est détourné, du grincement cynique de nos égoïsmes ? Comment ne pas l’entendre ? (…) »

Comment dès lors, entendre les tweets du Dr Laurent Alexandre ?

A demain @jynau

1 Nau J-Y Greta Thunberg : pourquoi tant et tant de haines ? Rev Med Suisse 2019; volume 15. 1468-1469

Interdire la PMA «post mortem» : Agnès Buzyn remporte in extremis la première manche

Bonjour

C’est la polémique inversée que l’on n’attendait pas : Agnès Buzyn défendant haut et fort la « PMA pour toutes » et voulant, dans une forme de réflexe « paternaliste », interdire la « PMA post mortem. Elle s’en expliquait le 8 septembre sur France Inter :

« La logique serait de dire, acceptons-le. Si on accepte la PMA pour les femme seules, acceptons-le pour les spermatozoïdes de leur conjoint. Ce que je ne souhaiterais pas, c’est que des femmes vulnérables, en situation de deuil et parce que c’est permis par la loi, se trouvent sous une pression sociétale ou familiale (…) ‘’vous avez ces gamètes… si vous aimez votre mari faites donc un bébé … j’aimerais tant avoir un petit-fils ….’’ Mon inquiétude c’est cette pression de la famille sur des femmes qui sont dans un travail de deuil et qui n’auraient pas d’autres choix que de faire un bébé alors que, peut-être, certaines souhaitent refaire leur vie autrement. C’est cette vulnérabilité là que je souhaite faire partager avec les députés. »

Trois jours plus tard elle vient de remporter une première manche. » La commission spéciale sur la de bioéthique de l’Assemblée nationale s’est prononcée contre l’ouverture du droit, pour les femmes veuves, à disposer des gamètes de leurs maris défunts, nous apprend La Croix (Béatrice Bouniol). Un sujet qui divise jusqu’au sein de la majorité. Le débat a été long et le vote serré. Cette disposition, qui ne figure pas dans le projet de loi initial, cristallise les oppositions entre le ‘’techniquement possible’’ et ‘’l’éthiquement souhaitable’’ ».

« Si le texte prévoit, dans son article premier, l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, la PMA post mortem n’y figurait pas, observe  Libération (Laure Equy) . Il ne s’agit en aucun cas d’un oubli du gouvernement, a insisté Agnès Buzyn la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, en pointant les ‘’risques pour la construction de l’enfant’’ et la possibilité de pressions familiales sur la veuve. Mais une quinzaine d’amendements, dont ceux du co-rapporteur (LREM) Jean-Louis Touraine, ancien socialiste, visaient à l’autoriser. Il est question de permettre l’insémination ou l’implantation d’un embryon à une femme, engagée avec son conjoint dans une démarche de PMA, après la mort de ce dernier. Jean-Louis Touraine proposait de demander, au début du parcours de PMA, le consentement en cas d’un éventuel décès et de fixer des bornes dans le temps. »

Reprise de la polémique fin septembre

En 2016, le Conseil d’État a autorisé une femme à disposer et à exporter les gamètes de son mari défunt pour pratiquer une PMA en Espagne, pays où cette pratique est autorisée. Est-ce là une brèche qui pourrait inciter d’autres femmes à saisir la justice ?  Où l’on retrouve aussi, effet domino, celles et ceux qui évoquent l’« impasse éthique » que constituerait l’ouverture de la PMA non pas aux « couples de femmes » mais bien aux « femmes seules ». Comment pourra-t-on justifier que l’on puisse autoriser une femme veuve à recourir éventuellement à une PMA grâce au don d’un tiers, mais lui refuser l’accès au don de l’homme avec lequel elle a eu un projet parental ? Sans même parler de la question des embryons conservés par congélation et qui, en cas de disparition du conjoint doivent être détruits ou donnés. 

« La PMA pour les femmes seules n’entraîne pas la PMA post-mortem », croit toutefois pouvoir avancer la députée macronienne Aurore Bergé coresponsable LREM sur le projet de loi. Ce qui, comme le souhaitait le gouvernement, fut confirmé, d’extrême justesse par le vote des députés de la commission. Reprise de la polémique devrait se poursuivre lors du passage du texte dans l’hémicycle, fin septembre.

A demain @jynau

Le très grand embarras de Gabriel Attal, secrétaire d’Etat partisan d’une «GPA éthique»

Bonjour

Une secrétaire d’Etat devrait-il parler comme ça ? Gabriel Attal, 30 ans est est ce matin l’invité politique de RTL (où Alba Ventura a remplacé Elizabeth Martichoux).  Enfance dorée. Ecole alsacienne, Science po, Parti socialiste, collaborateur de Marsiol Touraine ministre de la Santé grâce Benjamin Griveaux. Bientôt macroniste, aujourd’hui secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse. Maison de famille sur l’île aux Moines, en Bretagne, un «hangar d’ostréiculteur rénové».

Vie privée : en décembre 2018  il « fait publiquement part de son homosexualité ». Puis dans un beau portrait de dernière page de Libé (Quentin Girard) il ose confier son désir d’enfant via une « GPA éthique » :

« Ce pedigree lui vaut une quarantaine de pages agressives dans le pamphlet Crépuscule du pro-gilets jaunes Juan Branco, un succès d’édition. Attal y est érigé en symbole des élites corrompues et de l’endogamie du pouvoir. Honneur étrange pour un relatif inconnu ? Le ministre soupire quand on évoque le sujet. Leur inimitié remonte au lycée, à l’Ecole alsacienne où ils étaient tous deux. Il avoue avoir hésité à porter plainte, mais refuse d’ajouter du ramdam au ramdam. Juan Branco a, notamment, outé sa relation avec un autre macroniste. Le jeune homme parle pourtant librement de son homosexualité et laisse entendre qu’il ne serait pas contre une GPA «éthique», pour avoir un enfant, si c’était légal en France. Mais il ne veut et ne peut pas s’exprimer à la place de son compagnon. »

RTL revient sur la polémique de la veille (Information exclusive de France Info sur la GPA en France rapidement démentie par la Chancellerie). Et RTL rappelle, à propos de la polémique montante sur la lutte contre l’homophobie dans les stades) l’homosexualité de Gabriel Attal. Et y ajoute ses propos sur la GPA. Grand embarras du secrétaire d’Etat. Il ne peut que rappeller l’engagement d’Emmanuel Macron – un président de la République radicalement opposé à cette pratique, fût-elle « éthique ». Tenter d’expliquer qu’il existe des opinions privées qui doivent s’effacer devant des engagements politiques.

« GPA éthique » ? Voici ce qu’en dit et pense le Conseil d’Etat (11 juillet 2018):

« Les tentatives de définition d’une GPA dite « éthique », « altruiste » ou « encadrée » sont nombreuses et retiennent souvent les critères suivants : – l’existence d’une infertilité pathologique, hypothèse dans laquelle la GPA serait réservée aux couples hétérosexuels, – l’absence de lien biologique avec la mère porteuse, – la gratuité du service rendu, en dehors de la prise en charge des frais exposés, – la preuve du consentement libre et éclairé de la mère porteuse, – des conditions liées à son âge, son état de santé, sa situation de famille.

« Si ces critères de réalisation de la GPA sont susceptibles d’en limiter les dérives marchandes ainsi que les atteintes les plus graves aux droits fondamentaux de la mère porteuse, il n’en demeure pas moins que, d’une part, ils ne lèvent pas sa contrariété aux principes d’indisponibilité du corps humain et de l’état des personnes, eu égard notamment à la difficulté de s’assurer du caractère désintéressé du geste de la mère porteuse et, d’autre part, ils ne surmontent pas davantage les objections relatives à l’enfant.

« Conçu par GPA, l’enfant est soumis à un parcours fragmenté entre ses origines génétique, gestationnelle et sociale. En outre, pendant la période de gestation il développe de nombreuses interactions avec la mère porteuse, décrites par le CCNE, dont il est séparé, parfois dans des conditions brutales. Certains voient dans cette pratique un refus de tenir compte des enjeux strictement humains qui se jouent pendant la grossesse y compris dans l’entourage de la mère porteuse, d’autres décèlent, dans l’usage du terme de gestation, la réification, consciente ou non, du corps de la femme. Enfin, quelles que soient la nature et les conditions du contrat passé avec la mère porteuse, l’enfant en demeure l’objet. »

Un secrétaire d’Etat peut-il ignorer les conclusions du Conseil d’Etat ?

A demain @jynau

Bioéthique et promesse d’égalité bradée : une même tribune médiatique pour le prix de deux

Bonjour

C’est une rareté éditoriale (ou une simple bévue rédactionnelle) : le même texte publié aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche et dans le Libé de demain. Dans les deux titres, le même titre : « Projet de loi bioéthique : une promesse d’égalité bradée ». Et une même auteure : Nadia Ramassamy, 58 ans, médecin et députée (LR, La Réunion) – par ailleurs membre de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Que nous dit, à deux reprises donc, la Dr Ramassamy ? Que si la démocratisation de la « PMA pour toutes » prévue dans le projet de loi bioéthique est une bien « avancée », le texte du projet de loi « ne permettra pas de lutter contre les discriminations à l’égard des couples de femmes et des enfants conçus par PMA ». Extraits :

« Instaurer la PMA pour toutes est une chose, permettre l’effectivité de cette mesure d’égalité en est une autre. Aujourd’hui, pour une PMA, les couples hétérosexuels doivent attendre deux ans, au minimum, entre les premières consultations et l’insémination. De même, les taux de réussite des fécondations in vitro sont très variables d’un établissement de santé à un autre. Les parcours de PMA sont donc très souvent longs et difficiles, mais rien dans le projet du gouvernement n’est prévu pour accompagner administrativement et psychologiquement les parents. »

Pour l’auteure, aucun doute : l’une des causes principales de ces délais d’attente est le « manque criant de dons de gamètes ». Or l’ouverture de la PMA à toutes les femmes va mécaniquement augmenter la demande de ces gamètes. Et le texte de loi, en l’état, ne permet pas la démocratisation de la PMA « car rien n’est prévu pour encourager le don ».

Destructions des gamètes et levée de l’anonymat

De plus, sur l’accès aux origines, le projet de loi va permettre aux enfants conçus par PMA de pouvoir, à 18 ans, s’ils le souhaitent, connaître l’identité de leur donneur.

« Or, dans tous les pays où l’on a levé l’anonymat des donneurs, les dons ont à chaque fois considérablement chuté. En outre, une fois la loi promulguée, les dons recueillis avant cette promulgation seront intégralement détruits. La destruction des gamètes et la levée de l’anonymat vont donc créer une pénurie de gamètes et faire de l’ouverture de la PMA pour toutes un «coup d’épée dans l’eau». Les déplacements à l’étranger de couples ou de femmes seules continueront et réserveront cette méthode de conception aux ménages les plus aisés. La pénurie risque de créer une hiérarchie des demandes entre les couples ou les femmes seules, et donc une inégalité. »

L’auteure observe également que rien, dans le projet de loi, n’est prévu pour organiser des campagnes de sensibilisation et d’information sur le don, ni d’augmentation des moyens pour les Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos). Ce n’est pas tout. Selon elle la promesse d’égalité, de lutte contre les discriminations et les stigmatisations est dévoyée dans l’établissement de la filiation.

« Ce n’est pas une honte d’avoir été conçus par un don, mais pourquoi donc le gouvernement veut-il inscrire le mode de conception dans l’acte intégral de naissance uniquement pour les enfants de couples de femmes homosexuelles et non pour les couples infertiles hétérosexuels ? C’est une stigmatisation et une inégalité de traitement qui peut entraîner des discriminations. L’acte de naissance des enfants et l’établissement de la filiation des enfants nés par PMA doivent être identiques quelle que soit l’orientation sexuelle des parents. »

On peut résumer : le projet de loi actuel de révision de la loi de bioéthique ne fait qu’un petit pas. « Il reste encore beaucoup de pas à faire dans la reconnaissance de la diversité des familles, dans l’égalité de droits entre toutes les familles, entre les parents et entre les enfants, quels que soit l’orientation sexuelle des parents et le mode de conception des enfants. » Qui fera tous ces pas ? La médecin-députée LR le sait-elle ? Si oui elle ne nous le dit pas. Ni dans le JDD, ni dans Libé.

A demain @jynau

 

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau

Alcool, sport et politique: Emmanuel Macron transformera-t-il les stades en loges pour VIP ?

Bonjour

C’est une polémique originale qui aide à lever les voiles. A mieux comprendre qui est qui. A décrypter certains non-dits. La proposition de loi macroniste « stades alcoolisés » vient de susciter une nouvelle prise de position au sein du gouvernement : Roxana Maracineanu, première championne du monde française de natation, aujourd’hui ministre des Sports, vient de s’opposer aux députés marcheurs. Elle l’a fait dans une déclaration-vidéo à 20 minutes (Clément Carpentier) lors d’une visite à Lacanau dans le cadre d’une compétition de surf.

Voici, notable différence, une ministre qui parle clair :

« Je pense que quand on a interdit l’alcool dans les stades, il y avait des raisons et ces raisons-là, elles n’ont pas disparu du jour au lendemain. Ma position est clairement la même que celle de Mme Buzyn. On ne peut pas associer un événement sportif avec de la communication que ce soit pour le tabac ou l’alcool. Ce serait vraiment contre-productif. Dans un lieu, comme un stade, où l’on promeut la santé par le sport et le sport comme entité, je ne peux pas en même temps promouvoir la consommation d’alcool (…) Il n’y a pas lieu de revenir sur la loi Evin ». 

Cette prise de position n’a pas encore été commentée par les leaders du groupe des 105 députés LREM (un tiers du groupe) qui ont déposé fin juillet à l’Assemblée le texte de leur proposition de loi visant « à faire de la France une Nation sportive » (sic). Il faut désormais, à cette liste qui n’a toujours pas été rendue publique de manière exhaustive (et dont nous avons publié une partie) retirer le nom de Michèle Peyron (LREM, Seine-et-Marne). « ‘’Je ne savais pas que l’alcool serait de mise dans une proposition de loi qui veut faire de la France une nation de sport’’ a-t-elle déclaré à Libération (Charles Delouche).Egalement présidente du groupe d’étude sur la lutte contre les addictions, elle a déclaré être ‘’en colère’’ et indiqué qu’elle ne voterait pas la proposition si l’article 18 [ stades alcoolisés] devait être est maintenu. »

De l’alcool et des jeux

« Le lobbying le plus dangereux est celui du sport de haut niveau qui va essayer d’avancer masqué derrière les buvettes des petits clubs amateurs qu’il ne veut plus aider, comme les financiers de l’alcool se sont cachés derrière l’œnologie, analyse Jean-Pierre Couteron, ancien président de Fédération Addiction. La manoeuvre est habile, et le « lobby de l’alcool’’ reste en retrait derrière les touts aussi puissants lobby du sport de haut niveau professionnel (…) Comme es clubs amateurs sont ‘’exsangues’’ et que le sport pro ne veut plus ‘’ partager’’…on va envoyer l’armée des petites buvettes combattre en faveur des pro…et ca risque de marcher!  J’ai vu passer sur Tweeter des échanges intéressants à ce sujet, y compris de collègue très hostiles à l’alcool, mais ‘’gestionnaires’’  de petits clubs et qui connaissent ces problèmes… »

Et maintenant ? D’autres députés signataires de la proposition de loi (des médecins notamment…) vont-ils se désolidariser de l’entreprise ? Où est ici la vision politique ? Les défenseurs de la proposition de loi dénoncent une certaine « forme d’hypocrisie » sur ce sujet. « De l’alcool, on en consomme déjà dans les stades, via les espaces VIP. […] Ceux assis aux places normales ont une offre qui est extrêmement limitée. Il s’agit simplement de se demander comment étoffer l’offre pour le spectateur, au travers de la prévention de l’alcoolisme et de l’éducation à consommer modérément», ne craint pas d’expliquer, dans Libé, le député marcheur et maître d’œuvre François Cormier-Bouligeon.

Aux antipodes du député marcheur du Cher, le Dr William Lowenstein président de SOS addictions. Pour lui l’article « stade alcoolisés » est «l’oxymore des dix-sept premiers. L’Académie nationale de médecine a souligné en mars dernier à quel point la France est en retard dans la prévention face à l’alcoolisme, mais finalement on a l’impression que ça ne sert à rien. Leur vision de l’égalité, c’est cirrhose pour tout le monde.»

Précisément, cet article sera-t-il maintenu ? Dans l’équipe gouvernementale seuls le « Sport » et la « Santé » ont parlé. Pour le reste, silence glacé dans les vestiaires. L’entraîneur Edouard Philippe semble en congé et le président Macron est au fort de Brégançon. Interdire les loges VIP au nom du sport et de la santé ? Faire du stade une immense loge VIP ? De l’alcool et des jeux. Ce sont là deux conceptions du sport, de la santé publique et de la politique.

A demain @jynau

Après celle de Steve Maia Canico, comment parvenir à mentir sur la mort de Malik Oussekine

Bonjour

Comment peut-on en arriver à de telles contre-vérités ? « Finalement, on s’est aperçu qu’il n’avait pas reçu de coups. » Invité sur RTL, le 5 août, pour parler de la mort à Nantes de Steve Maia Canico , Jean-Christophe Buisson a établi une comparaison avec la tristement célèbre affaire Malik Oussekine (décembre 1986). Spécialiste d’histoire Jean-Christophe Buisson, 51 ans, est directeur adjoint du Figaro Magazine. Présents dans le studio :Vincent Parizot (journaliste RTL), Ludovic Vigogne (journaliste à L’Opinion). Roland Cayrol (Directeur du Centre d’études et d’analyse).

Sur Twitter, les internautes ont immédiatement réagi aux propos du journaliste – les qualifiant notamment de « révisionnistes ». Certains ont aussi exhumé un ancien tweet du journaliste faisant référence au décès de Malik Oussekine, posté le 12 avril 2013 lors du mouvement de La Manif Pour Tous contre l’instauration du mariage homosexuel en France. Il s’émouvait alors de ce qu’il appelait un « drame » et exhortait le gouvernement « à renoncer à un projet de loi contesté avec force dans la rue ». Où l’on comprend l’usage politique multiple qui peut être fait d’une tragédie.

Puis, face aux protestations, excuses dans l’après-midi du 6 août : « J-Christophe Buisson@jchribuisson Je tiens à m’excuser pour mes propos tenus hier sur @rtl donnant à penser que je mets en doute le fait que Malik Oussekine soit mort à la suite d’une intervention policière le 5 décembre 1986. La justice a rendu son verdict dans cette affaire et je n’entends pas la contester. »

Les auditeurs apprécieront. A commencer par ceux qui se souviennent des difficultés rencontrées, au lendemain de la mort de Malik Oussekine, pour mener l’enquête journalistique et médico-légale. Nous avons déjà rapporté sur ce blog ce qu’il en fut, alors, pour Le Monde 1.  Trois ans plus tard le brigadier-chef  et le gardien de la paix (deux « voltigeurs ») directement impliqués furent jugés pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ils seront condamnés respectivement cinq et deux ans de prison avec sursis.

La Vérité avec un très grand V

Aujourd’hui Jean-Christopbe Buisson, après sa sortie sur RTL, répond aux questions de Libération (Fabien Leboucq Sarah Boumghar).

« Par téléphone, il détaille sa position ‘’un peu compliquée à expliquer’’ : ‘’La justice a tranché en disant que les coups l’avaient tué. Mais la vérité judiciaire n’est pas la vérité avec un grand V.’’ Et d’estimer que ‘’la vérité judiciaire n’est pas la vérité historique et que la vérité historique ne peut pas être établie avant un certain temps’’.

« Sur quoi s’appuie Jean-Christophe Buisson pour remettre en cause cette ‘’vérité judiciaire’’ ? ‘’Secret des sources’’, oppose-t-il. Il établit un parallèle entre le dossier Oussekine et l’affaire Dreyfus. Dans ce dernier cas, la justice a rendu une décision sur laquelle elle est ensuite revenue. Jean-Christophe Buisson veut croire qu’un jour ‘’des rapports parlementaires, médicaux, policiers, qu’il faudra lire entre les lignes’’ pourraient remettre en cause la condamnation des policiers responsables de la mort de l’étudiant en 1986 – sans pour autant donner d’éléments factuels appuyant cette hypothèse…

 « Journaliste et historien, Buisson précise qu’il avait quitté ces deux casquettes en entrant dans le studio de RTL, et que ses propos n’engagent ni le Figaro (pour qui il s’agit bien d’une «bavure policière»), ni son éditeur, puisqu’il s’exprimait à l’antenne ‘’en tant que polémiste’’».

Où l’on en vient à se demander le nombre de casquettes possédées par M. Buisson.

A demain @jynau

1 « Un député macroniste relance la polémique sur la mort de Malik Oussekine (1964-1986) » Journalisme et santé publique, 3 mai 2019, « Dans l’ombre de l’affaire Rémi Fraisse, la mort de Malik Oussekine (décembre 1986) » Journalisme et santé publique, 28 octobre 2014 , « La mort de Clément Méric; le souvenir de Malik Oussekine » Journalisme et santé publique, 7 juin 2013