VIH : alertes et prises de conscience des émergences de souches virales résistantes

Bonjour

Une nouvelle « Conférence mondiale sur le sida » (IAS 2017) vient de s’ouvrir à Paris. Qu’attendre de ce rituel huilé ? Peut-être ceci, de Jean-François Delfraissy, son coprésident. L’ancien directeur de l’Agence nationale française de recherche sur le sida glisse, dans un entretien accordé à Libé :

« L’apparition de résistance aux traitements antiviraux dans les pays du Sud m’inquiète. C’est un vieux thème, un peu récurrent dans l’histoire du sida et des maladies infectieuses. Au début, je n’y étais pas sensible. Mais dans un certain nombre de pays d’Afrique, il y a des ruptures de distribution de médicaments. Des patients prennent donc des traitements en discontinu. Cela n’est pas sans risque, cela peut entraîner l’apparition de virus résistants. J’étais serein il y a quelques années, mais là, nous devons nous interroger sur ces virus mutants et leur transmission, en particulier en Afrique subsaharienne. »

 D’ores et déjà

Pour leur part les responsables de l’Onusida se félicitent du seuil franchi à l’échelon planétaire : pour la première fois plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH ont accès à un traitement antirétroviral. Mais dans le même temps l’Organisation mondiale de la santé voisine met en garde contre l’apparition des résistances du VIH aux médicaments. Ce document, fruit du travail conjoint de l’OMS, de la Banque mondiale et des CDC se fonde sur des enquêtes nationales menées dans les onze premiers pays ayant adopté un programme de surveillance recommandé par l’OMS.

Dans six de ces onze pays, plus de 10 % des personnes qui débutent un traitement antirétroviral sont d’ores et déjà infectées par une souche virale résistante aux antirétroviraux de première ligne : l’Angola (16,3 %), la République démocratique du Congo (10 %), le Honduras (11,5 %), l’Ouganda (11,6 %), la Papouasie Nouvelle Guinée (16,1 %) et l’Afrique du Sud (18 %). Une fois ce seuil de 10 % atteint, l’OMS recommande à ces pays de revoir d’urgence leurs programmes de traitement du VIH.

 « La résistance aux médicaments antimicrobiens pose un problème croissant pour la santé mondiale et le développement durable, observe Tedros Adhanom Ghebreyesus, nouveau directeur général de l’OMS. Nous devons préventivement nous occuper des niveaux croissants de résistance aux médicaments anti-VIH si nous voulons atteindre la cible mondiale de mettre fin au sida d’ici à 2030 ». Mettre fin au sida ?

Echos

En écho, le Dr Gottfried Hirnschall directeur à l’OMS du département VIH/sida : « Nous devons veiller à ce que le traitement reste efficace pour ceux qui le commencent, afin de prévenir l’émergence de résistances. Lorsque les niveaux de résistance deviennent élevés, nous recommandons de changer de thérapie de première intention pour ceux qui démarrent leur traitement. »

Toujours en écho : le Dr Shannon Hader, directeur aux CDC de la « Division of Global HIV and TB » : « Ce nouveau rapport confirme la nécessité de réfléchir d’une manière prospective dans nos efforts pour combattre la résistance : étendre les tests mesurant la charge virale, améliorer la qualité des programmes de traitement et passer à de nouveaux médicaments comme le dolutégravir ».

Et, dans l’ombre de l’Onusida, on entend l’OMS proposer un « nouveau plan d’action mondial sur cinq ans visant à coordonner les efforts des pays pour prévenir et surveiller la résistance du VIH ».

A demain

 

Vaccins et post-vérité : la rougeole recommence à tuer en Europe. Faudrait-il ne pas en parler ?

 

Bonjour

C’est un communiqué de presse mandé de Copenhague par l’OMS. Daté du 11 juillet il nous dit que les flambées épidémiques de rougeole qui sévissent actuellement dans la Région européenne de l’OMS ont causé 35 morts au cours des douze derniers mois. La dernière victime a été recensée en Italie (un garçon de 6 ans) où plus de 3 300 cas de rougeole et 2 décès ont été notifiés depuis juin 2016. Plusieurs autres pays ont également signalé des flambées épidémiques. Selon les données des autorités nationales de santé publique, celles-ci sont à l’origine de 31 décès en Roumanie, d’un décès en Allemagne et d’un autre au Portugal.

Inadmissible tragédie

« Chaque décès ou invalidité imputable à cette maladie à prévention vaccinale constitue une inadmissible tragédie, explique le Dr Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe. Nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que, malgré l’existence d’un vaccin sûr et efficace à un prix abordable, la rougeole reste l’une des principales causes de mortalité chez les enfants du monde entier, et que l’Europe n’est malheureusement pas épargnée. » Un seul objectif : obtenir (et maintenir) des couvertures vaccinales élevées dans l’ensemble de la population

Selon les données officielles (datant de 2015) de la Région européenne de l’OMS trente-sept pays étaient parvenu à interrompre la transmission endémique de cette maladie. « Cependant, les dernières poches de déficience de couverture vaccinale permettent à ce virus hautement contagieux de se propager chez les personnes qui choisissent de ne pas se faire vacciner, celles qui ne bénéficient pas d’un accès équitable aux vaccins ou ne peuvent être protégées par la vaccination en raison de problèmes de santé sous-jacents » observe-t-on à Copenhague. L’OMS recommande que chaque enfant éligible reçoive deux doses de vaccin à valence rougeole, et encourage également les adultes qui ne sont pas entièrement vaccinés (ou qui ne sont pas sûrs de leur état vaccinal) de se faire vacciner.

Décoder les arguments des opposants

C’est dans ce contexte que le gouvernement italien a pris des mesures visant à rendre obligatoire certains vaccins et à exiger douze vaccinations pédiatriques à l’entrée en maternelle. Et on sait qu’en France pour « lutter contre la défiance vaccinale » la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé l’extension de trois à onze le nombre des obligations vaccinales avant l’âge de deux ans. La polémique qui a suivi l’annonce de cette mesure a conduit plusieurs médias à prendre des positions claires sur ce sujet de santé publique.

C’est notamment le cas du Monde qui a entrepris un patient, peu banal et courageux travail de « décodage » des arguments développés par les différents porte-parole des opposants : « Les bébés recevront-ils 76 doses en dix-huit mois ? L’aluminium est-il dangereux ? Les arguments des opposants aux vaccins sont parfois entachés de contre-vérités. »

C’est aussi le cas de Libération et de sa Une du 12 juillet : « Anti-vaccins : stopper la contagion » et un éditorial signé David Carzon :

« La décision de rendre obligatoires les vaccins de la petite enfance ne va certainement pas résoudre la question de la confiance dans la vaccination. Mais il y a urgence sanitaire à le faire pour remettre tout un système en ordre de marche, et ainsi mettre un terme à cette résurgence de maladies que l’on croyait disparues (…) Ce qui se joue en toile de fond est tout simplement la question du vivre ensemble, car on se vaccine pour soi et pour les autres. Et n’oublions pas l’essentiel : il s’agit d’abord de la protection des enfants. »

Pas d’autre choix

Et le même Libération donne la parole à la ministre de la Santé. « Les pouvoirs publics ont baissé la garde ces dernières années, je dirais même depuis vingt ans, sur l’intérêt de la vaccination, observe Agnès Buzyn. On a laissé faire, on a pensé que le progrès s’imposait et que l’on n’avait plus besoin de faire de la pédagogie sur l’utilité de la vaccination. Mon tempérament ne me porte pas à l’obligation. Mais nous arrivons tard, trop tard. On a laissé les doutes s’installer, et aujourd’hui, en France, nous avons l’une des populations les plus défiantes du monde sur le sujet. Ce doute est si ancré que si on retirait l’obligation qui existe déjà sur la diphtérie, le tétanos et la polio, on assisterait probablement à une baisse de la couverture vaccinale. Nous sommes donc arrivés à un moment où il faut savoir dire stop, c’est une question de santé publique.  Je ne dis pas que je vais convaincre le noyau dur des opposés à la vaccination, mais quand l’Etat prend ses responsabilités, cela rassure. Je le redis, la situation s’est à ce point dégradée que je n’ai pas d’autre choix. »

Objectif gouvernemental : non pas 100 % des enfants vaccinés mais atteindre au plus vite 95%. Et contrecarrer le relativisme généralisé, la dénonciation des experts, les théoriciens du complot. Vaste chantier.

A demain

 

Affaire des vaccins : la ministre Agnès Buzyn et le mépris ressenti par les parents-citoyens 

 

Bonjour

Ce sera la polémique de l’été. Puis celle de l’automne – sans parler des saisons qui suivront. Comment l’exécutif parviendra-t-il (sans mal) à mettre en musique sa décision concernant les nouvelles onze obligations vaccinales ? Le Premier ministre Edouard Philippe II s’expliquera-t-il sur le sujet ? Pour l’heure l’homme est étrangement en tournée de promotion pour vendre un nouveau livre 1 – damant ainsi le pion médiatique à Emmanuel Macron. Et puis soudain, dans le vieux Libé, en ce lundi de tempête et sur le front vaccinal, une peu banale tribune parentale 2 : « Vaccins obligatoires, un geste politique autoritariste au profit des laboratoires ».

Une tribune en forme de lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Où l’on retrouve toutes les trois principales têtes de chapitre d’une affaire multiforme et grossissante. Et des signataires qui qualifient de « scandale » les prochaines onze obligations vaccinales.

1 L’accusation réfutée d’être « sous-informés »

« Non, nous ne sommes ni inconscients ni mal informés. Non, il ne suffira pas de faire auprès de nous de la «pédagogie». Car nous savons que les vaccins ont permis de faire disparaître des épidémies invalidantes, voire mortelles. Nous sommes convaincus de l’importance de faire vacciner massivement les populations. Nous savons aussi que si une part significative de la population cesse de se faire vacciner, des épidémies, jusqu’ici disparues, referont surface. 

« Ce n’est donc pas par ignorance que nous sommes en France des millions de parents, de médecins et de professionnels à nous opposer à votre projet d’élargir l’obligation vaccinale chez les nourrissons et les jeunes enfants de trois à onze – c’est-à-dire à l’ensemble des vaccins recommandés en 2017. »

2 La contestation du discours mandarinal.

 « Non, la ‘’méfiance’’ des Français (médecins généralistes compris) n’est pas le fruit de la ‘’désinformation’’ comme l’explique, avec condescendance, le Pr Alain Fischer, président de la Concertation citoyenne sur la vaccination mise en place en 2016 par l’ex-ministre de la Santé. Elle est liée à un soupçon grandissant – et loin d’être seulement français – quant à l’ampleur des effets indésirables liés aux nouveaux vaccins plurivalents, du fait des adjuvants entrant dans leur composition.

 « Et ce soupçon est nourri par l’inertie des pouvoirs publics, qui se refusent de façon incompréhensible à y répondre par une pharmacovigilance accrue, relayée par des recherches indépendantes de tout intérêt industriel, ainsi que par l’application d’un principe de précaution pour le moins justifié par le climat de méfiance généralisée. »

 « Le 29 juin, dans les colonnes du Parisien, 200 grands médecins prenaient collectivement la parole pour soutenir la ministre de la Santé dans son projet. Ils parlaient à son propos de ‘’courage politique’’ ! Mais quel courage y a-t-il à user de la force pour contraindre le peuple sans lui accorder les lumières ? Le vrai courage ne consisterait-il pas plutôt à poser des limites à un pouvoir industriel et financier, qui agit et s’exprime en toute impunité ? »

 3 Le cadeau fait à quelques multinationales pharmaceutiques

« Mettre des limites aux grandes firmes pharmaceutiques serait-il devenu impossible ? Sinon, comment expliquer qu’une ministre de la Santé préfère rendre obligatoires les vaccins commercialisés par lesdites firmes plutôt que de leur imposer de commercialiser ceux qui sont obligatoires (le vaccin DTPolio, indisponible depuis 2008) ? Comment expliquer qu’elle se refuse à leur demander de réétudier la composition de ceux soupçonnés de présenter des risques pour la santé humaine ?

« La dépendance des pouvoirs publics envers les intérêts macroéconomiques est-elle si forte qu’au projet politique légitime d’une pharmacovigilance accrue et rigoureuse ainsi que d’une recherche de pointe sur les effets des nouveaux vaccins, il faille préférer le mépris et l’abandon des victimes de maladies d’origine vaccinale, et la mise à l’écart des quelques chercheurs courageux qui osent poursuivre la voie que leur indique la science ? »

Seconde citoyenne

Au final, comment conclure cette supplique sur papier et sur site ? En exhortant la ministre à faire preuve du « véritable courage politique » ; un courage qui ne consiste pas à « mépriser les voix citoyennes exprimant leur méfiance envers certaines formes de ces produits évidemment essentiels que sont les vaccins ». Où l’on perçoit l’hétérogénéité de la supplique. Où l’on perçoit, aussi, ce que peut être le profond embarras du politique. Et où l’on revient à la clef de voûte du dispositif désormais affiché par Edouard Philippe II : les modalités de la clause d’exemption : que réserve l’exécutif aux parents rétifs aux immunisations systématiques ?

Quand elle en aura fini avec son « Des hommes qui lisent » dédicacé par le Premier ministre, la ministre des Solidarités et de la Santé aura-t-elle une petite seconde citoyenne pour jeter un œil sur Libé ?

A demain

1 Message de France Culture : « Le Premier ministre Edouard Philippe sera en exclusivité dans les Matins d’été produits par Lucas Menget mardi 11 juillet de 8h20 à 8h40 pour la sortie de son livre Des hommes qui lisent (éditions JC Lattès) » (…) Edouard Philippe est Premier ministre. Il a été député et maire du Havre. Il est l’auteur de deux romans écrits avec Gilles Boyer : L’heure de vérité et Dans l’ombre. Interview à suivre en facebook live www.facebook.com/franceculture. Entretien à réécouter et podcaster sur franceculture.fr »

2 Cette tribune est signée de Mmes et Mrs Séverine et Christophe Angebault-Rousset, Miguel Benasayag, François Cam, Bastien Cany, Angélique Del Rey, Géraldine Gaudefroy-Demomby.

 

Mort d’Adama Traoré : quand « Libération » rectifie les révélations du «Parisien»

Bonjour

Le fait est trop rare pour ne pas être signalé. Dans son édition du 5 juillet Le Parisien apportait de nouvelles lumières sur les circonstances et la cause de la mort d’Adama Traoré – une affaire complexe à l’origine de nombreuses et vives polémiques 1. Or dans son édition du 6 juillet Libération révèle que les révélations du Parisien étaient, bien malheureusement, incomplètes.

« L’information que révèle le Parisien, sur une nouvelle expertise médicale réalisée à la suite du décès d’Adama Traoré l’année dernière, est en partie simplifiée. Dans son édition du 5 juillet, le quotidien cite une phrase de conclusion du rapport d’expertise en omettant la fin, pourtant essentielle » écrit ainsi Ismaël Halissat. Consultée par Libération, cette nouvelle contre-expertise rejette l’hypothèse (un temps évoquée par le procureur de la République de Pontoise) d’une infection et retient surtout un « syndrome asphyxique aigu » dont la cause n’est pas précisément établie. Libération :

« Voici ce que conclut réellement ce rapport daté du 22 juin : ‘’La mort de monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress.’’ Le Parisien en est resté là. Pourtant la phrase continuait avec ces mots : ‘’d’un état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie et une granulomatose systémique de type sarcoïdose‘’. Un ‘’état antérieur plurifactoriel ’’ que n’a donc pas mentionné Le Parisien. »

Pourquoi ne pas avoir fait mention de l’existence d’une « cardiomégalie » et d’une « granulomatose systémique de type sarcoïdose » ? Qui y avait (ou pas) intérêt ? « Ce document est une contre-expertise anatomopathologique, pas un rapport médical définitif. Une synthèse va bientôt être réalisée à partir de tous éléments qui sont sur la table » a confié une source judiciaire à Libération. Attendons, prudemment, cette synthèse.

 A demain

1 On lira ici les différents papiers consacrés, sur ce blog, à cette affaire

Le prix à payer par le Pr Michel Aubier pour un remplacement et des liens d’intérêts

 

Bonjour

On peut sans mal imaginer que le Pr Michel Aubier pourrait regretter d’avoir remplacé Martin Hirsch devant la commission d’enquête sénatoriale sur le coût économique et financier de la pollution de l’air. Un remplacement demandé par le directeur général de l’AP-HP. C’était le 16 avril 2015. Nous sommes le 5 juillet 2017 et le spécialiste de pneumologie-allergologie, unanimement reconnu pour ses compétences (chef de service à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot et chercheur à l’Inserm), vient d’être condamné à six mois de prison (avec sursis) et 50 000 euros d’amende. La justice lui reproche de ne pas avoir déclaré aux sénateurs qu’il était rémunéré, parallèlement à ses activités hospitalo-universitaires, par le géant français Total.

Vérité (toute la)

Pour quelques gazettes c’est là une « première » doublée d’un « jugement historique et symboliquement fort » (Libération). De fait il s’agit d’une condamnation pour « faux témoignage » devant la représentation nationale. Celui qui est présenté comme un mandarin à la retraite encourait, pour ce délit, une peine de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende.

En avril 2015, avant de s’exprimer devant les sénateurs, le Pr Aubier avait prêté serment en promettant de dire « toute la vérité». Puis il avait déclaré n’avoir « aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques». « Sauf que, comme nous l’avons révélé un an plus tard, en mars 2016, il était en fait employé par le pétrolier Total depuis 1997 comme médecin-conseil des dirigeants du groupe, en plus d’être membre du conseil d’administration de la Fondation Total » rappelle Libération. Le quotidien souligne aussi que cet expert longtemps apprécié des médias (pour exposer les effets du diesel et de la pollution atmosphérique sur la santé) percevait en moyenne « autour de 100 000 euros par an de Total » (soit environ la moitié de ses revenus annuels) pour « neuf demi-journées par mois».

Pulluler

On ne commente pas une décision de justice ; mais, contacté par Libération, le sénateur (LR) Jean-François Husson (qui représentait le Sénat, partie civile, à l’audience) estime que la décision du tribunal est « équilibrée et juste». « J’imagine que celles et ceux qui seront demain auditionnés devant une commission d’enquête parlementaire prêteront une attention plus importante à ce qu’ils disent et à leur comportement », ajoute-t-il. On ne commente pas un jugement du tribunal correctionnel de Paris présidé par Evelyne Sire-Marin ; mais Nadir Saïfi, vice-président de l’ONG Ecologie sans frontières (et conseiller parlementaire de la sénatrice Leïla Aïchi), se dit « extrêmement satisfait » de la décision du tribunal:

« C’est un message fort à tous les Michel Aubier et tous les Claude Allègre [ancien ministre de l’Education connu pour ses propos climatosceptiques] qui pullulent dans la communauté scientifique et qui, pour des raisons bassement matérielles, n’hésitent pas à mettre la santé des gens en dangerCe message doit être reçu par la communauté scientifique dans son ensemble comme par les industriels. Il faut que l’on arrive à lutter contre la fabrique du doute, à discréditer ces gens qui sont payés par les industriels pour semer le doute sur la réalité scientifique de certains sujets graves, retardant ainsi la prise de décision publique. »

Suggérer

Pour la présidente du tribunal, Evelyne Sire-Marin, cette condamnation est  « proportionnée à la gravité des faits : mentir devant la représentation nationale ». Le tribunal a aussi condamné Michel Aubier à verser un euro de dommages et intérêts à l’AP-HP, elle aussi partie civile. Comment s’empêcher de commenter ? « Quand on représente son hôpital, on ne ment pas, ni devant le Sénat ni où que ce soit. Il y a un caractère exemplaire dans ce jugement, au sens où il montre que dura lex, sed lex» a déclaré Martin Hirsch.

« Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, qui ‘’n’était pas au courant’’ des liens du médecin avec Total jusqu’à ce que nous l’appelions en mars 2016 pour les besoins de notre enquête » révèle Libération. Il ajoute un élément selon lui « frappant » : « Que ce soit devant le tribunal ou devant moi, à aucun moment Michel Aubier n’a semblé exprimer la conscience de l’existence d’un vrai problème. Et ce n’est pas faute de le lui avoir suggéré. »

 A demain

Las Vegas : son cannabis désormais en vente libre, la soirée d’Emmanuel Macron dans le désert

Bonjour

2 juillet 2017. L’actualité a ses surprises qui, soudain, braque les projecteurs sur une scène non prévue. Aujourd’hui cela devait être Liège (Belgique), deuxième étape du Tour de France. Cela sera Las Vegas (Nevada), temple du jeu et du vice fondé par les mormons au milieu du désert.

« L’usage récréatif de la marijuana est devenu légal, samedi 1er juillet, dans le Nevada, nous explique l’Agence France Presse. Des milliers d’habitants et d’étrangers se sont rués sur les trente-huit points de vente ouverts à Las Vegas, la plus grande ville de l’Etat, qui attire chaque année des millions de touristes dans ses hôtels casinos.

Certains sont restés plus de trois heures dans la file d’attente pour acheter du cannabis en toute légalité, rapporte le quotidien local Las Vegas Sun’La file d’attente du samedi matin à The Source – waouh’’, a tweeté le sénateur démocrate Tick Segerblom, avocat de longue date de la légalisation de cette substance psychotrope.

En pratique les adultes de 21 ans et plus peuvent acheter jusqu’à 28 grammes de cannabis par jour ou 3,5 grammes de « concentré ». Pragmatique, la police de Las Vegas a dressé la liste de ce qui reste interdit : vendre à des jeunes de moins de 21 ans, fumer du cannabis dans la rue, ou conduire sous l’emprise du cannabis.

Las Vegas et ses casinos ont attiré plus de 40 millions de touristes en 2016. Les autorités locales estiment que ceux-ci constitueront 63 % de la clientèle, pronostique l’agence de presse AP. Le Nevada pourrait ainsi devenir le plus important marché du cannabis légal des États-Unis . Selon le groupe Arcview (un réseau d’investisseurs qui a publié un rapport annuel sur l’industrie légale du cannabis) les Nord-Américains ont dépensé 6,7 milliards de dollars en 2016 en cannabis légal, soit une hausse de plus de 30 % par rapport à l’année précédente. L’amorce d’un cannabisness assez éloigné des lointaines imaginations californiennes

James Bond ou Frédéric Dard

« L’opération Las Vegas » : cela pourrait être un James Bond ou un Frédéric Dard. C’était une manifestation centrée sur Emmanuel Macron, alors ministre français de l’Economie organisée dans le désert du Nevada lors du Consumer Electronics Show – « grand-messe mondiale réunissant des entreprises américaines et françaises du secteur des hautes technologies ». Elle est aujourd’hui à la Une du Journal du Dimanche qui, après Libération, fait des révélations assez embarrassantes pour le gouvernement du président Macron ; plus précisément pour Muriel Pénicaud, ministre du travail du gouvernement Philippe II.

Dans un courrier électronique daté du 11 décembre 2015, Fabienne Bothy-Chesneau, alors directrice de la communication de Business France (organisme dirigé à l’époque par la ministre) écrit que cette dernière a été « briefée » par l’équipe de communication en amont sur les problèmes financiers liés à l’organisation de la soirée à Las Vegas en l’honneur d’Emmanuel Macron. Or celle qui est ministre n’aurait pas, alors, pas agi en conséquence. « Elle gérera aussi quand la CdesC [Cour des comptes] demandera des comptes à BF [Business France], ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit », poursuit Fabienne Bothy-Chesneau dans son courrier électronique.

Il faut, pour comprendre, savoir que l’événement festif du 6 janvier 2016 a coûté 289 000 euros en fonds publics, qui ont été versés à l’agence Havas, et 45 000 euros de frais d’hôtel. Sans appel d’offres ; un montant revu à la baisse après appel à l’Inspection générale des finances. Une enquête judiciaire, ouverte par le parquet de Paris pour « favoritisme », suspecte Business France, organisme public, de ne pas avoir organisé de mise en concurrence. Selon les révélations du JDD, Business France aurait davantage servi d’intermédiaire dans une opération lancée par le cabinet du ministre Emmanuel Macron.

Le 28 juin Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement et du Président demandait instamment à la presse de « ne pas chercher à affaiblir » la ministre du Travail Muriel Penicaud visée par une enquête judiciaire. Pourquoi cette menace ? « Car nous sommes dans un moment important pour la réforme du travail » a-t-il expliqué. Et après ? Qui retrouvera, intacte, la mémoire du désert ? Qui l’emportera à Liège ?

A demain

Cigarette électronique : notre président Macron est-il informé des victoires britanniques ?

Bonjour

Les gazettes rayonnent de plaisir. Si l’on excepte Libération et un éditorial au canon sur Calais (Johan Hufnagel) toutes s’esbaudissent devant un nouveau phénomène : la macron-mania a franchi nos frontières, elle touche désormais une large fraction du Vieux Continent. Le vieux couple franco-allemand est en marche vers de nouvelles aventures. Corollaire : l’antique Angleterre redevient une île solitaire. Nouvelle séquence : la France ferme les yeux sur les réfugiés et retrouve une dynamique qui n’est pas sans mysticisme.

Tout cela ne va pas sans éclosion de paradoxes. Ainsi dans l’Hexagone les buralistes ne sont pas les derniers à s’occuper de santé publique. Ils viennent ainsi de relever les derniers chiffres britanniques du formidable Office for National Statistics. Ils sont ici : « Adult smoking habits in the UK: 2016 »

Brexit or not

« Nous avons l’habitude d’employer la formule, mais force est de constater que le paquet neutre (mis en place en mai) n’y aura été pour strictement rien, soulignent les buralistes français. Le pourcentage de fumeurs parmi la population adulte, au Royaume-Uni, est tombé à 15,8 % en 2016. En revanche, le pourcentage d’utilisateurs de cigarettes électroniques est monté à 5,6 %. Ces chiffres sont d’autant plus spectaculaires que cela signifierait une baisse de 4 points du pourcentage de la population ayant l’habitude de fumer, en six ans. Marisol Touraine aurait été contente d’avancer à un tel rythme … »

Pour les buralistes français l’apport de l’arrivée de la cigarette électronique dans cette évolution marquante apparaît clairement quand on juxtapose les statistiques brutes : les fumeurs de tabac « traditionnels » âgés de plus de 18 ans sont 7,6 millions au Royaume-Uni. Les vapoteurs de plus de 16 ans sont 2,9 millions. La ministre de la Santé a-t-elle transmis ces chiffres au Palais de L’Elysée. Brexit or not, la e-cigarette est d’ores et déjà l’une grande question de notre quinquennat.

A demain