Vincent Lambert: le troublant message aux Français d’un expert mondial des comas dépassés

Bonjour

21 mai 2019. Libération dépassé par le justice : le quotidien aura été incapable d’intégrer le coup de théâtre judiciaire de la veille dans son dossier du jour sur l’affaire Vincent Lambert (« Vincent Lambert question de vie et de mort. L’équipe médicale a interrompu, lundi matin, les traitements maintenant en vie l’ancien infirmier, plongé depuis 2008 dans un état ‘’pauci-relationnel’’ irréversible. Epilogue annoncé d’une affaire hors norme qui met la France face à ses hésitations bioéthiques. ») Un coup de théâtre qui, déjà, relance en France la question de l’euthanasie. Et les médias moutonniers de découvrir, en interrogeant en boucle Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), les vertus supposées de la « loi belge » et des modalités de la pratique, dans ce pays, de l’euthanasie.

En dépit de son « ratage » Libération, dans sa version papier, offre un document important : l’entretien que lui a accordé  Steven Laureys, spécialiste belge de neurologie, à la tête  Coma Science Group centre pionnier du  CHU de Liège et expert de renommée internationale (on trouvera ici sa biographie résumée). Steven Laureys avait notamment examiné Vincent Lambert en 2012. Sept ans plus tard il dit regretter le « manque d’apaisement en France ». Voici le message essentiel délivré (propos recueillis par Eric Favereau) dans Libé :

 «Cette affaire m’inspire un sentiment de tristesse à l’égard de tous les acteurs impliqués. D’abord pour Vincent. Ces onze ans, son coma, tout ce qui a suivi après… Ensuite pour sa femme et toute sa famille qui ont vécu les différentes étapes, la réanimation, un bout d’espoir, et puis finalement ce qui est devenu un combat pour le respect de ses souhaits.

« Les parents avaient un autre combat, je pense qu’ils ont agi par amour pour leur fils. Sentiment de tristesse pour tous les autres aussi, la France mais plus largement le monde entier, qui sont devenus spectateurs. C’est une triste histoire, mais je pense que l’on peut en apprendre quelque chose. Aujourd’hui, en France, il y a des centaines de Vincent Lambert dans les hôpitaux et dans les maisons de soins 2. Et c’est un drame, ce sont des patients qui sont négligés, abandonnés. Et dans ce drame, tout le monde souffre. J’aimerais inciter chaque Français à se demander : et si c’était moi qui étais dans ce lit ? Des centaines de patients sont ainsi et personne n’en parle. Nous sommes tous des Vincent Lambert, car cela peut arriver à vous, à tous : un accident de la route, une hémorragie cérébrale, une foule de situations imprévues. Ces patients en état de conscience modifiée, qui survivent à leur coma et qui ne vont pas évoluer vers la mort cérébrale, ceux-là vont vivre un calvaire avec une absence de prise en charge digne de ce nom.

«Il faut en parler différemment. Il faut remplacer l’expression maladroite d’ »état végétatif », qui nous enferme comme une plante. Parlons plutôt d’une situation d’ »éveil non-répondant ». C’est cela que l’on voit : ils ouvrent les yeux, mais ne répondent pas à la demande. Ils sont censés être complètement inconscients – vous parlez en France d’ »états pauci-relationnels ». Je pense que l’histoire de Vincent nous invite à nous intéresser à tous ces autres patients dont personne ne veut améliorer le traitement ou la prise en charge. Il faut faire des centres de rééducation, partout en France, leur qualité est aujourd’hui par trop variable. Il y a des centres qui s’intéressent à cette problématique, cela ne doit pas être uniquement à visée scientifique mais aussi clinique. A Liège, depuis vingt ans, nous sommes pionniers, mais on est presque seuls et cela reste un combat.

«Mon deuxième message est d’inviter chaque citoyen à rédiger un testament de vie ou des directives anticipées, ou à choisir une personne qui saura dire votre souhait si vous n’êtes plus en état de l’exprimer. C’est essentiel que la personne soit entendue et que, par exemple, le choix de Vincent Lambert soit entendu. Mais pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur ces sujets ? Les situations ne sont jamais ni toutes noires ni toutes blanches. Avec Vincent, l’histoire s’est tant polarisée qu’elle est devenue une affaire de lobbys. Et cela des deux côtés. On oublie la complexité, la réalité biologique. Il n’y a pas un droit à la vie ou la mort, mais un droit à la qualité de vie. En vingt ans, j’ai fait un cheminement, je ne juge plus. Qui suis-je pour dire le bon choix ? C’est triste que ce débat soit si difficile en France. Vous avez d’excellents hôpitaux, des soins intensifs remarquables, mais il y a des choses qui nous échappent. Là est le défi : avoir un débat serein.»

A demain

@jynau

1 En Belgique la loi du 28 mai 2002  définit l’euthanasie comme étant « l’acte, pratiqué par un tiers, qui met intentionnellement fin à la vie d’une personne à la demande de celle-ci ». L’acte d’euthanasie y est autorisé sous trois conditions : le patient doit être majeur (ou mineur émancipé), capable et conscient au moment de sa demande ; celle-ci doit être formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée et ne résulte pas d’une pression extérieure ; le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fait état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable. Le médecin qui pratique l’acte doit être volontaire, aucune personne ne peut être contrainte d’y participer.

2 « Ces 1.500 Vincent Lambert dont personne ne parle » Slate.fr 24 juin 2014

Dossier Vincent Lambert : le retour du Dr Kariger, le silence d’Emmanuel Macron

Bonjour

20 mai 2019. La semaine médiatique commence sur une mort programmée. Le Figaro, manchette, éditorial et dossier : « Emotion avant l’arrêt des soins de Vincent Lambert ». Libération : « La tension monte avant l’arrêt des soins ». La Croix : « La prise en charge de Vincent Lambert en question ». Impasses et répétitions radiophoniques. Sur RTL le candidat du Rassemblement National en vient à suggérer qu’Emmanuel Macron use de son pouvoir d’accorder la « grâce présidentielle ».

L’éditorialiste du Figaro (Etienne de Montety) écrit ceci :

« Mais en ce matin crucial, une évidence s’insinue en nous: il n’existe pas pour le malheureux de solution facile, peut-être même pas de bonne solution. C’est le doute qui domine, le terrible doute. Dans un procès, il profiterait à l’accusé. Nous ne sommes pas dans un procès mais dans un dilemme. Alors pourquoi ne pas accorder à la victime, Vincent Lambert l’est incontestablement, le bénéfice du doute, c’est-à-dire la vie? »

Le Monde se garde encore d’éditorialiser mais expose (François Béguin) les différentes questions que pose l’arrêt des « traitements » (en réalité la nutrition et l’hydratation). Combien de temps jusqu’au décès ?

Un premier « arrêt » de trente-et-un jours

« La mort survient en quelques jours.’ Cela peut-être long de mourir d’un arrêt d’alimentation et d’hydratation, si le reste du corps est encore en bon état : plusieurs jours au moins, jusqu’à deux pleines et longues semaines parfois’’, explique la Dr Véronique Fournier, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, dans La mort est-elle un droit ? (La Documentation française, 2016). Or, rappelle Le Monde, « un premier arrêt avait duré trente-et-un jours ».

« En mai 2013, un premier arrêt des traitements avait été interrompu au bout de trente et un jours sur injonction du tribunal administratif, saisi par les parents de Vincent Lambert, au motif qu’ils n’avaient pas été informés de cette décision. Si leur fils était toujours en vie au bout de cette période, c’est parce que l’équipe médicale avait fait le choix de maintenir 200 millilitres d’hydratation par jour. ‘’L’idée était de le laisser partir lentement, de sa belle mort. C’était une erreur. A l’époque, nous ne savions pas faire’’, reconnaîtra le docteur Eric Kariger, le médecin alors à l’origine de la décision, dans Ma Vérité sur l’affaire Vincent Lambert (Bayard, 2015). »

Où l’on voit ainsi réapparaîre, dans les médias le Dr Eric Kariger qui, pour une large part, fut à l’origine de l’affaire Vincent Lambert. Il parle dans La Croix (Flore Thomasset). Le quotidien catholique expose les différends médicaux concernant de dossier. A commencer par le type d’établissement spécialisé et la nature de la prise en charge de ce type de malade. Dans un autre sercice que celui du CHU de Reims tout ses serait passé autrement « dans un projet de vie et non dans un projet de mort », résume le Pr Xavier Ducrocq, chef d’un service de neurologie et conseil des parents. « Ces établissements EVC-EPR sont faits pour des patients dont l’état de conscience est altéré, et ce quel que soit leur niveau de conscience, explique un autre de leurs conseils, le docteur Bernard Jeanblanc. Cet état peut fluctuer: les personnes peuvent sembler plus ou moins “présentes” en fonction des moments. Ce sont en tout cas des personnes qui ont besoin d’être stimulées, alors que Vincent Lambert, lui, est allongé dans un lit depuis cinq ans, à regarder le plafond. C’est inhumain. »

Directives anticipées

Des critiques que rejette fermement le Dr Éric Kariger. « Dire cela est faux et c’est une insulte à l’équipe médicale. Vincent Lambert est déjà dans un service spécialisé pour les patients cérébrolésés, il est même dans l’unité régionale dédiée à ces patients. La vulnérabilité, c’est mon champ d’action depuis toujours et je vous assure que Vincent Lambert a toujours été respecté. C’est un patient qui a eu toutes ses chances, médicales et aussi juridiques. »

Un partient qui a eu « toutes ses chances » ? Ce médecin a toujours contesté la nécessité d’un transfert: « On transfère quand le médecin ou l’équipe s’estiment incompétents ou quand on pense que le patient n’est pas au bon endroit, mais ce n’est pas le cas. Son épouse, qui a été désignée et confirmée en justice comme sa tutrice, n’a d’ailleurs jamais demandé ce transfert. »

Ce conflit particulier renvoie à un débat plus large sur la prise en charge des patients cérébrolésés, ajoute La Croix. « Il y a deux types de structures en France, estime le Pr Ducrocq. Celles, majoritaires, qui sont proactives, développent et cherchent des techniques nouvelles pour éveiller et stimuler les patients ; et des équipes plus passives, c’est le registre de celle de Reims, davantage tournées vers l’accompagnement, le nursing. Vincent Lambert bénéficie à cet égard de soins remarquables. Mais ça ne peut pas suffire pour un patient durablement stabilisé dans un état de conscience altéré: il n’est pas stimulé, il n’est pas sorti, il n’a plus de kiné, il est en situation d’isolement affectif… Il n’y a pas de projet de vie, même de vie limitée, pour lui. » L’unité où est hospitalisé Vincent Lambert se trouve au sein des services de soins palliatifs et non de réadaptation, relève aussi le Dr Jeanblanc, convaincu que la prise en charge s’en ressent. « La circulaire de 2002 sur les prises en charge des patients EVC-EPR dit qu’ils doivent bénéficier de séances de kiné six fois par semaine! Il aurait besoin d’une stimulation multisensorielle, d’être levé, de sortir, et non de rester comme ça, enfermé. »

À l’opposé, le Dr Kariger, toujours dans La Croix : « Tout ce dont cet homme a besoin désormais, c’est d’un accompagnement et d’une gestion de ses inconforts, pour une fin de vie digne et apaisée, dans le respect de ses volontés particulières ». Des directives anticipées que cet homme n’a jamais rédigées.

A demain

@jynau

Homéopathie : de quel droit le placebo et ses effets ne seraient-ils pas remboursés ?

Bonjour

Acte V, scène 4.  Elle a commencé par un communiqué de presse des Laboratoires Boiron daté du 17 mai 2019. Où l’on voit la firme confirmer des informations qui avaient fuité dans la presse (Libération, France Info)  – peut-être avec l’aide d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Et où l’on voit, aussi, que l’ire lyonnaise demeure ; de même que les ronds de fumée peine voilés à destination de Bercy et du Palais de L’Elysée. Cela donne ceci :

« Les laboratoires Boiron ont reçu le premier avis de la commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), jeudi 16 mai 2019 en fin de journée, soit bien après sa fuite dans un média. La diffusion par la presse de ce premier avis, censé être confidentiel, cause un réel préjudice aux salariés, clients et actionnaires du groupe.

Dans ce premier avis, la commission de la transparence émet une recommandation défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques.

La procédure d’évaluation en cours prévoit qu’après réception de ce premier avis, les laboratoires Boiron disposent de 10 jours pour transmettre des commentaires écrits ou pour demander une audition auprès de la HAS. Cette procédure permettra aux laboratoires de présenter leurs arguments quant au bien-fondé de la prise en charge des médicaments homéopathiques. A l’issue de cette procédure, la HAS rendra un avis définitif qui sera transmis à la ministre des Solidarités et de la santé pour décision.

74% des Français qui ont recours aux médicaments homéopathiques les jugent efficaces et sont contre l’arrêt de leur remboursement (Ipsos, octobre 2018). Un déremboursement éventuel aurait des conséquences négatives pour les patients, pour les finances publiques et pour l’économie française.

La France génère 60% du chiffre d’affaires du groupe Boiron et un éventuel déremboursement menacerait un millier d’emplois. La cotation des actions des laboratoires Boiron, suspendue jeudi 16 mai 2019 en raison de la diffusion par un média d’une information confidentielle, reprendra lundi 20 mai à l’ouverture de la Bourse. »

Extraits précieux

Le même jour Le Monde (Paul Benkimoun) avait publié de précieux extraits du texte, en particulier l’analyse sur laquelle la HAS a fondé son avis. Cela donnait cela :

« Le Monde a consulté le projet d’avis adopté le 15 mai par la commission de la transparence(CT)  de la HAS (…) Dans ce document de 85 pages (plus une bonne cinquantaine de pages d’annexes), la commission précise le contexte de l’évaluation qui lui a été demandée. Celle-ci porte sur ‘’les médicaments à nom commun (hors préparations magistrales) soumis à la procédure d’enregistrement auprès de l’ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament] et bénéficiant actuellement d’une prise en charge à 30 % par l’Assurance-maladie’’. Après une présentation des principes de l’homéopathie – dont elle rappelle qu’ils  ‘’ne sont pas soutenus par les données actuelles de la science’’ –, et une description de son utilisation en France, la CT détaille les documents sur l’analyse desquels elle fonde son avis.

‘’Près de 1 000 études ont été identifiées et près de 300 ont été sélectionnées sur la base de critères de sélection détaillés dans le présent avis.’’ La commission a examiné ‘’23 revues systématiques de la littérature et méta-analyses, 10 essais contrôlés randomisés et 6 études concernant la consommation médicamenteuse, dans 25 indications ou symptômes.’’ Après analyse, la CT souligne qu’’’au total aucune étude n’a démontré la supériorité en termes d’efficacité (morbidité) de l’approche homéopathique par rapport à des traitements conventionnels ou au placebo.’’

Dans la conclusion de son projet d’avis, la commission met en balance les arguments. D’un côté, elle pointe l’absence de gravité de certaines affections ou symptômes bénins, spontanément résolutifs, pour lesquels ‘’le recours aux médicaments (dont l’homéopathie) n’est pas nécessaire’’, ‘’l’absence de démonstration d’efficacité’’ des médicaments homéopathiques, ‘’l’absence de démonstration de leur impact sur la santé publique’’, ‘’l’absence de place définie dans la stratégie thérapeutique’’. A l’inverse, elle reconnaît ‘’la gravité et/ou l’impact potentiel sur la qualité de vie des patients de certains symptômes/affections étudiés pour lesquels il existe un besoin médical à disposer d’alternatives thérapeutiques ou de médecines complémentaires’’ et ‘’la très bonne tolérance et le profil de sécurité des médicaments homéopathiques.’’ »

C’est sur cette base que la  CT donne « un avis défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques ». Or Agnès Buzyn a déjà (de manière étrangement apolitique) assuré qu’elle « suivrait l’avis de la Haute Autorité de Santé. Il restera à cette ministre d’expliquer aux citoyens pourquoi la collectivité ne devrait pas prendre en charge les possibles vertus du placebo et de ses effets. A quel titre et de quel droit ?

A demain

@jynau

Homéopathie-embrouillamini : Agnès Buzyn serait-elle à l’origine de la « fuite médiatique » ?

Bonjour

C’est fait : le « déremboursement de l’homéopathie » a envahi tous les médias généralistes. Avec tout ce que l’on pouvait redouter de mauvaise foi, d’approximations/incompréhensions, de réductionnisme et d’amateurisme. De violence, aussi, comme ce peu banal « échange à trois » diffusé peu après midi, aujourd’hui, sur France Info.

Pour l’heure, l’actualité c’est la « fuite médiatique » qui, à retardement, aura indigné la multinationale lyonnaise Boiron.

Le « projet d’avis » la Commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) n’est pas encore officiellement connu mais, a révélé jeudi 16 mai France Info il est  « défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques. » La veille Libération (Eric Favereau) avait laissé entendre qu’il en était ainsi. Et aujourd’hui 17 mai Le Monde (Paul Benkimoun) annonce avoir  pu prendre connaissance de ce « projet d’avis ». Le Monde :

« Selon nos informations, un journaliste de Franceinfo avait appelé le laboratoire Boiron jeudi 16 mai « vers 10 heures », en indiquant « connaître la conclusion de la CT ». Dans un communiqué commun mis en ligne le même jour à 17 heures, les trois industriels précisent qu’à « l’heure de l’envoi de ce communiqué les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis. » Ils rappellent que « cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et réservé aux seuls laboratoires concernés ».

Un peu plus d’une heure plus tard, à 18 h 19, Franceinfo faisait savoir sur son site que la CT recommandait le déremboursement des médicaments homéopathiques. Pour sa part, la Haute Autorité de santé déclarait avoir adressé le jour même aux laboratoires le projet d’avis et refusait de confirmer les informations révélées par Franceinfo. »

Trébuchet du Palais de l’Elysée

Mais il y a plus grave. Il se murmure, dans les milieux bien informés, que plusieurs sources n’écarteraient pas l’hypothèse que le cabinet d’Agnès Buzyn puisse être à l’origine de la « fuite médiatique ». Le ministère des Solidarités et de la Santé ? Il se borne (officiellement) a préciser qu’il ne faisait aucun commentaire tant que la procédure contradictoire n’était pas menée à son terme.

« La révélation sur la teneur du projet d’avis permet, en effet, de prendre de vitesse les industriels dans leur contre-argumentation, notamment en direction de Matignon et Bercy, suggère Le Monde. Ces derniers pourraient ne pas être insensibles à des arguments sur la préservation de l’emploi et l’impopularité éventuelle de la mesure. »

Serait-ce dire que les seules données concernant l’efficacité médicamenteuse scientifiquement démontrée ne seraient pas les seuls paramètres pris en compte par le pouvoir exécutif dansla gestion de ce dossier ? Qu’Agnès Buzyn serait ici en compétition avec Bruno Lemaire ? Et qu’à la fin le déremboursement des médicaments Boiron sera arbitré par le trébuchet dynamisé d’Emmanuel Macron ?

A demain

@jynau

«Fuite médiatique» sur l’homéopathie : Boiron s’indigne et suspend son cours de Bourse

Bonjour

Qui ment ? Qui dit vrai ? Qui prêche ? Et pourquoi cet usage du non-dit mêlé au conditionnel ? 16 mai 2019. C’est un « communiqué de presse commun » signé par trois entreprises dans le champ industriel de l’homéopathie (Boiron – Lehning – Weleda). Ecoutons-les :

« Les entreprises du médicament homéopathique ont appris aujourd’hui que l’avis préliminaire de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS), chargée d’évaluer le bénéfice médical rendu par les médicaments homéopathiques, aurait été transmis à un média.

« Cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et est réservé aux seuls laboratoires concernés par cette évaluation dans le but de faire valoir leurs arguments lors d’une phase contradictoire.  Or, à l’heure de l’envoi de ce communiqué, les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis préliminaire. 

« Le fait qu’un média puisse être informé de la teneur de cet avis confidentiel, constitue une violation du secret de la procédure d’évaluation en cours remettant potentiellement en cause sa régularité. Dans ce contexte, les laboratoires Boiron, entreprise française cotée, ont dû prendre la décision de suspendre leur cours de bourse. »

Associé au communiqué de presse: « Ensemble, mobilisons-nous pour le maintien du remboursement de l’homéopathie sur MonHomeoMonChoix.fr »

Quelques observations.

1 La HAS n’a pas « communiqué » quant à l’avis de sa Comission de transparence. Si elle l’avait fait son avis aurait été  à tout coup contesté avant d’être annulé par le Conseil d’Etat.

2 Les trois entreprises disent apprendre le 16 mai une information qui a, notamment, fait la Une du Libération daté du 15 mai (« Homéopathie, les granules ont les boules »). Pourquoi ce retard à la réaction ? Ni lit-on pas Libé à Lyon ? Extrait du papier (Eric Favereau) :

« La commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) devrait rendre un avis qui appelle au déremboursement pour l’ensemble des produits homéopathiques, s’appuyant sur un manque d’efficacité prouvée. Cette prise de position est la première étape vers la fin effective du remboursement. Les industriels concernés, et au premier chef les laboratoires Boiron, leader du marché mondial auront dix jours pour la contester, puis quarante-cinq pour défendre leur position. L’avis définitif sera alors transmis à la ministre de la Santé, qui décidera ou non du déremboursement. (…) C’est cet avis qui doit être adopté ce mercredi par la commission de la transparence. Censé ne pas être public pour donner la possibilité aux industriels de se défendre, il ouvre la voie au déremboursement. »

3 Comment peut-on passer de « aurait été transmis à un média » à « le fait qu’un média puisse être informé de la teneur de cet avis confidentiel » avant de parler de « violation du secret de la procédure d’évaluation en cours remettant potentiellement en cause sa régularité » pour finir par « prendre la décision de suspendre leur cours de bourse ».

4 Faut-il voir là une menace quant à la procédure en cours ? La démonstration que le déremboursement est en route ? Une volonté de s’attaquer à la protection des sources journalistiques ?

5 On attend avec intérêt, sur tous ces points, les réactions/précisions de la HAS, de Boiron et de Libération.

A demain

@jynau

Homéopathie déremboursée : prière de ne pas bousculer la Haute Autorité de Santé

Bonjour

C’est, toute proportion gardée, une forme de tragédie médicamenteuse. Ou un secret de Polichinelle. Résumons. La Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) procède, de puis plusieurs mois, à « l’évaluation des médicaments homéopathiques ». Elle le fait à la demande (il y a un an) d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé (qui présidait auparavant la HAS). Il s’agit, à mi-chemin du scientifique et du politique de « rendre un avis sur le bien-fondé de leur remboursement ». Et Agnès Buzyn a d’emblée fait savoir qu’elle suivrait ses conclusions. Où l’on voit, étrangement, le centre de gravité d’une décision éminemment politique se déplacer vers une HAS  dont la vocation n’est que scientifique.

Prudente, la commission de la transparence s’est ici donnée un objectif de publication en juin prochain ». Or voici que les médias (dont Libération) annoncent (sans prendre de grands risques) que les jeux seraient faits. Faudrait-il rappeler qu’il y a un an les membres de cette commission glissaient déjà dans un de leur avis un commentaire politique«La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité » ?

« Fuites médiatiques »

Après les premières « fuites médiatiques » la HAS vient de rappeler avec force aux médias qu’elle ne rendrait son avis définitif (au mieux) qu’en juin, « une fois que l’ensemble des étapes d’évaluation seront franchies ». Et de rappeler que la procédure d’évaluation des produits de santé est réglementée, « qu’elle comporte différentes étapes » qui « garantissent l’équité de l’évaluation de chaque produit, l’indépendance de l’expertise et in fine la légitimité scientifique de l’avis rendu par la HAS ». Et encore :
 
« La HAS rappelle son attachement à la confidentialité des travaux dans leur phase d’élaboration et ne commentera pas les informations qui circulent dans la presse. Comme l’ensemble de ses travaux, l’avis sur les médicaments homéopathiques sera public et communiqué quand celui-ci sera définitif. Les phases de l’évaluation d’un produit de santé sont fixées dans la réglementation qui prévoit la confidentialité des travaux et des documents jusqu’à l’adoption de l’avis définitif.

Préparation du dossier par le service évaluation du médicament de la HAS : Analyse de la littérature scientifique, des contributions, des documents et dossiers déposés par les laboratoires : travail initié en septembre 2018 et mené jusqu’à la fin du 1e trimestre 2019. Adoption du projet d’avis : 15 mai 2019​​​. Phase contradictoire d’une durée de 10 à 55 jours : mai/juin ;  Les trois laboratoires concernés disposent de dix jours à compter de la réception du projet d’avis pour formuler des observations écrites et/ou demander à être entendus par la commission. Si c’est le cas, la commission de la transparence dispose alors de quarante-cinq jours pour donner suite à ces demandes d’audition. »

Puis avis définitif rendu public avant les vacances de juillet. Avec toutes les conséquences économiques et politiques que l’on peut imaginer, souhaiter ou redouter. D’ici là les actions de lobbying se poursuivent au grand jour, comme en témoigne aujourd’hui le quotidien économique Les Echos (Solveig Godeluck).   Extrait :

« ‘’Les granules ne coûtent pas cher et diminuent le recours à une pharmacopée nocive’’, plaide Alain-Michel Ceretti, le président de la fédération de patients France Assos Santé [association qui ne prend pas parti]. Néanmoins, dans les officines, on redoute un déremboursement. ‘’On ne saura pas quoi dire aux gens qui n’arrivent pas à dormir, et qui veulent un traitement qui n’existe pas’’, prédit Philippe Besset, le président de la Fédération des pharmaciens d’officine. Il cite aussi les dermatoses et les rhumes, « mais pas les grippes ». Lorsque l’on soigne il faut, dit-il, savoir ‘’composer avec l’adhésion du patient’’. »

Insomnie, dermatoses, rhumes etc. Soigner ou l’art, dilué, de la composition.

A demain

@jynau  

Vincent Lambert, mort programmée : méchante veillée d’armes avant le 20 mai

Bonjour

C’est une étrange veillée d’armes. Ainsi donc un médecin vient d’annoncer, par courrier, à des parents que la mort de leur fils était programmée « dans la semaine du 20 mai ». Le Dr Vincent Sanchez (CHU du Reims) est certes dans son droit.Il est aussi soutenu par ceux qui, ouvertement ou pas, militent pour une forme ou une autre en faveur du « droit de mourir dans la dignité ».

« Non sans courage, le Dr Vincent Sanchez et son équipe ont décidé d’assumer leurs responsabilités, peut-on lire aujourd’hui dans Libération (Eric Favereau). Car Vincent Lambert est nourri et hydraté artificiellement, ce qui relève d’un traitement. Et selon la loi, quand le patient n’est plus en état de prendre une décision, c’est au médecin, après une procédure collégiale, qui peut décider de l’arrêt des traitements. »

On peut voir là un glissement militant de la situation. Pourquoi qualifier d’ « artificielles » la nutrition et l’hydratation d’un patient qui a conservé son réflexe de déglutition ? Pourquoi sinon pour qualifier de « traitement » ce qui relève de l’ordre des soins ? Et ensuite pour justifier une décision collégiale qui s’inscrit dans le cadre de l’acharnement thérapeutique et d’une obstination qui a franchi les frontières de la raison ?

C’est précisément ce glissement sémantique qui avait constitué le fondement de la première décision du Conseil d’Etat dans cette affaire 1. Puis qui justifie aujourd’hui la réponse d’Agnès Buzyn au Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l’ONU. Ce dernier vient de demander à la France de suspendre toute décision mortelle concernant Vincent Lambert, dans l’attente d’une instruction sur le fond. Et la ministre des Solidarités et de la Santé  de déclarer que cette demande n’était en rien contraignante.

« Cette prise de position a été importante, estime Libération. Certes, la ministre de la Santé ne peut intervenir dans la liberté du choix d’une décision médicale, mais le fait qu’elle donne implicitement son feu vert change la donne. D’autant qu’au cours de cette longue histoire, la direction du CHU de Reims s’est montrée à plusieurs reprises réticente quant à un arrêt des soins, voire peu soutenante vis-à-vis de l’équipe. Ce n’est plus le cas. »

Où l’on voit que des paroles ministérielles pourraient bien, in fine, peser sur la mise en œuvre d’une décision médicale terminale. Troublante veillée d’armes.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème : « Nourrir un malade en état végétatif est désormais un «traitement»: il pourra être ‘’arrêté’’» Slate.fr, 17 février 2014