Maladie de Lyme : le «Téléphone sonne» toujours, mais plus personne ne se comprend

 

Bonjour

Mardi 10 janvier 2016. France Inter est depuis peu inaudible sur les « grandes ondes ». Au fond des forêts les non-connectés ne peuvent entendre ce qui demeurera un document historique dans la constitution d’un abcès. Hier maladie, Lyme est en train de devenir une « affaire ». Ce soir-là il fallait disposer de la fréquence modulée pour comprendre à quel point la communication peut devenir radicalement impossible.

Ainsi, donc, l’inoxydable « Téléphone sonne » (créé en  1978 par Gilbert Denoyan) traitait de la « maladie de Lyme ». Les tambours battaient, la polémique annoncée. Sur le ring : Pr Christian Perronne, de l’hôpital Raymond Poincaré (Garches), hétérodoxe. Face à lui : Dr François Bricaire de la prestigieuse Pitié-Salpêtrière, mandarin orthodoxe.  La banlieue compréhensive à l’assaut du la Bastille de l’infectiologie. Arbitres : Nicolas Demorand et Véronique Julia, journalistes. Parole donnée aux auditeurs souffrants. Spectacle garanti. Allait-on crever l’abcès ? Allait-on s’entendre ?

Trente-huit minutes d’anthologie

Brouillards diagnostiques et thérapeutiques… labyrinthes physiopathologiques… liens neuronaux entre Lyme et Alzheimer….  Mieux que des mots, mettre le son. Il faut, pour prendre le pouls de l’incompréhension, écouter ces 38 minutes d’anthologie médicale, médiatique et politique : « La maladie de Lyme : un diagnostic compliqué et un traitement aléatoire ». En voici la présentation :

« Après les Etats-Unis, la France promet un plan national de lutte contre la maladie qui devrait être opérationnel d’ici l’été prochain. Des centres régionaux spécialisés devraient voir le jour, ainsi qu’un protocole national de diagnostic et de soin.

« Ces annonces clarifient un peu une vive controverse scientifique. Sur la maladie de Lyme, le corps médical est divisé entre orthodoxes et hétérodoxes, les associations de malades sont exaspérées. Pour quelles raisons ? On ouvre le débat dans le téléphone sonne. »

Savoir manier l’empathie

Il faut ajouter que le Pr Christian Perronne sait prendre des accents dramatiques, fait sans cesse référence à la science et manie l’empathie. C’est le dernier en date des « lanceurs d’alerte » médiatisés. A ce titre il est admiré et défendu mordicus par plusieurs gazettes – au premier rang desquelles le progressiste L’Obs. Et qu’il vient de publier un ouvrage-profession de foi aux Editions Odile Jacob : « La Vérité sur la maladie de Lyme. Infections cachées, vies brisées, vers une nouvelle médecine »

« La maladie de Lyme, cette étrange infection déclenchée par une piqûre de tique, peut provoquer dermatoses, arthrites et jusqu’à des atteintes neurologiques. Pourquoi les patients sont-ils souvent abandonnés à leur souffrance ? Pourquoi ne traite-t-on pas plus efficacement cette maladie alors que des solutions thérapeutiques existent ?

Le professeur Perronne, médecin et chercheur de renom, le premier à avoir sensibilisé les pouvoirs publics, raconte dans ce livre de manière claire et précise tout ce qu’on sait aujourd’hui de cette maladie et comment la guérir. Il répond également aux multiples interrogations de ceux, de plus en plus nombreux, qui sont concernés par cette affection.

 Ce livre nous aide aussi à mieux comprendre et à savoir soigner cet ensemble de maladies mal connues dues à des infections cachées, comme la maladie de Lyme. »

Nous reviendrons, bientôt, sur cet ouvrage. Et on regrettera qu’aux fonds des forêts, exposés aux tiques, les non-connectés n’aient pu écouter France-Inter. Et qu’ils n’aient pu entendre que, sur certains sujets, des professeurs de médecine ne puissent se comprendre

A demain

 

 

Brouillards de Lyme : un généraliste et une biologiste condamnés. L’Obs ne comprend pas

 

Bonjour

Le temps ordinal est parfois celui de la science. Ce n’est pas celui des (tentatives de) compromis politiques. La ministre de la Santé tente de trouver un terrain d’entente avec les militants alternatifs de Lyme. La justice de l’Ordre tranche dans le vif. Un médecin généraliste de la banlieue de Lyon vient d’être condamné en appel à quatre mois de suspension ferme par le Conseil de l’Ordre pour « prescriptions abusives de tests de dépistage de borréliose » et « soins non-conformes aux données actuelles de la science ». Sans oublier une « absence d’adaptation de la thérapeutique aux résultats des tests biologiques ».

Charlatanisme et compérage

« Je n’ai plus 40 ans, mon activité est derrière moi, mais c’est chiant d’arrêter quatre mois quand on a des patients dont on essaie d’améliorer la qualité de vie, avait commenté le Dr Raphaël Cario après le premier jugement. J’essaie de dédramatiser, mais on se sent harcelé, c’est comme si on voulait notre peau, et on ne sait pas pourquoi. »  En première instance, trois autres médecins avaient aussi été suspendus. Voici ce qu’écrivait, en février 2015, La Tribune de Lyon :

« Raphaël Cario, un homéopathe de Limonest est jugé cette semaine en correctionnelle. La raison ? Comme une centaine de médecins en France, il a envoyé en analyse à un laboratoire strasbourgeois des tests complémentaires (dits Werstern blot) de patients susceptibles d’être atteints par la maladie de Lyme.“Je suis poursuivi pour charlatanisme et compérage avec ce laboratoire, qui s’est fait rembourser ces Wertern blot par la Sécu, alors qu’il n’avait pas le droit. Je n’étais pas au courant de cette règle”, confie le médecin lyonnais. »

Le Dr Cario va faire appel de sa condamnation devant le conseil d’Etat. Toutefois cette condamnation n’est pas suspensive et il devra cesser de consulter à partir de mai prochain.

« Scandale et pétition »

L’Obs (Emmanuelle Anizon et Elodie Lepage) ne comprend pas. C’est que L’Obs, sur Lyme, est devenu un journal militant (comme il le fut avec les « OGM cancérogènes »):

« Fin septembre, le Dr Cario était retourné plaider sa cause devant le Conseil de l’Ordre. Le contexte paraissait meilleur : en juillet, « L’Obs » avait fait sa une sur ce scandale sanitaire et lancé une pétition de médecins demandant qu’on arrête de les poursuivre. De nombreux médias avaient relayé leur cause. Le ministère de la Santé déclenchait un plan Lyme, le Directeur Général de la Santé s’engageant même devant les associations de malades à se rapprocher du Conseil de l’Ordre et de la Sécurité sociale pour que les poursuites soient menées « avec mesure »… »

Les hebdos ne sont plus ce qu’ils étaient. Une de L’Obs ou pas il existe, en France et depuis un certain temps déjà, une « séparation des pouvoirs ». Le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé ne pourrait (à supposer qu’il puisse l’imaginer) peser sur les juridictions ordinales. Et, Lyme ou pas, on peut penser qu’il vaut mieux que cela soit ainsi.

Toujours selon L’Obs, Marie-Claude Perrin, présidente de Lyme sans frontières, se dit « atterrée ». « Les poursuites contre les médecins ‘’Lyme’’ deviennent d’autant plus incompréhensibles que la ‘’loi Lyme’’ [qui reconnaît la chronicité de la maladie,] vient d’être adoptée aux Etats-Unis » commente pour sa part à L’Obs le Pr Christian Perronne, chef du service infectiologie de Garches, vice-président de la FFMVT (Fédération française des maladies vectorielles à tiques).

«Produit naturel»

« Autre jugement, et même fermeté » dit L’Obs : le 14 décembre, Viviane Schaller, directrice d’un laboratoire utilisant des tests de détection Lyme « en dehors du protocole officiel », a sa condamnation à neuf mois d’emprisonnement avec sursis (et 300.000 euros de dommages et intérêts pour la Caisse d’assurance maladie) confirmée en appel. « La condamnation est un copié-collé de la première décision, c’est comme s’il n’y avait pas eu d’audience entre les deux, ni de nouveaux éléments apportés par la défense » s’indigne son avocat Me Julien Fouray. On est très en colère, on se pourvoit en Cassation. »

L’action contre un deuxième biologiste Bernard Christophe (qui était aussi poursuivi en appel pour avoir mis au point et commercialisé un « produit naturel », « le Tic Tox, soulageant les malades de Lyme ») est quant à elle éteinte. Lui-même atteint, il est en effet décédé d’une crise cardiaque quelques jours avant le jugement. L’Obs  l’avait eu au téléphone l’été dernier : « J’ai été malade toute ma vie, j’ai chez moi les témoignages de milliers de personnes que j’ai aidées. J’ai alerté par courrier les ministres de ce scandale de Lyme, sans jamais une réponse. J’ai 68 ans, et on attend que je m’éteigne ».

A demain

Noël pour les médecins interdits d’exercer: applaudissements de la ministre de la Santé

 

Bonjour

Pour Marisol Touraine ce n’était rien. Pour eux c’était tout. La ministre de la Santé a, jeudi 24 novembre, royalement qu’elle allait apporter une solution aux quelques dizaines de médecins qui – n’ayant pas passé leur thèse dans le temps qui leur était imparti – ne sont pas autorisés à exercer la médecine en France. La bénédiction républicaine est rapportée par Le Quotidien du Médecin (Christophe Gattuso).

« Je vais proposer des dispositions —nécessairement législatives— qui permettront de traiter la situation des médecins qui n’ont pas soutenu leur thèse dans les temps et souhaitent exercer la médecine », a déclaré Marisol Touraine à l’Assemblée nationale, lors de l’examen de la proposition de loi du député (UDI, Eure-et-Loir) Philippe Vigier destinée à garantir un « égal accès aux soins sur l’ensemble du territoire ».

L’affaire était inconnue du plus grand nombre. Comme une honte d’être enfermé dans une forme de trou à rats, une impasse universitaire et ordinale. Un petit enfer. On parle ici des quelques dizaines d’internes de médecine générale  qui n’ont pas (en temps et en heure) soutenu leur thèse. Des médecins qui se voient empêcher d’exercer le métier pour lequel ils ont été formés. Kafka roi.

Portrait cocasse

Ici ou là un portrait cocasse. « Il allait être médecin, il fait désormais charcutier… » Rires dans l’assemblée… L’Obs s’était  heureusement, pédagogiquement,  emparé du dossier :

« Titulaires d’un bac+8 en médecine générale et ayant pour la plupart exercé pendant plusieurs années, ils sont aujourd’hui au chômage ou en reconversion professionnelle. La raison ? Un décret, paru en 2004 qui enjoignait les étudiants n’ayant pas encore obtenu leur doctorat de fin de cursus à soutenir leur thèse avant la fin de l’année universitaire 2011-2012.

Pour diverses raisons, ces ex-étudiants n’ont pas pu tenir le délai. Tous avaient un pied dans la vie active, grâce à des statuts leur permettant d’exercer la médecine provisoirement sans diplôme, et repoussaient ainsi l’échéance. Surtout, tous affirment ne jamais avoir été informés de ce décret par leur université, ou alors bien trop tard.

Ils sont au minimum une quarantaine en France, selon le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG), qui a commencé à les recenser via son site internet. Mais ce nombre serait sous-estimé : « Nous manquons d’informations à ce sujet et la situation de précarité dans laquelle se trouvent certains ‘privés de thèse’ peut les dissuader d’en parler. A cela s’ajoutent également parfois un sentiment de honte et une certaine résignation », précise Christine Wyttenbach, qui est chargée de ce dossier au SNJMG.

Pourquoi empêche-t-on des professionnels formés et motivés de passer leur doctorat pour exercer, alors que la pénurie de médecins généralistes en France n’a jamais été aussi criante ?  Nous sommes allés à la rencontre de quatre « privés de thèse ». Qu’ils et elles soient inscrits à Pôle emploi, agent immobilier, vendeuse en charcuterie ou étudiante en sophrologie, tous demandent à l’Etat de leur octroyer une seconde chance. Ils témoignent. »

 Injuste et ubuesque

Il y a deux ans, le SNJMG avait demandé une intervention de la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Aucun son de cloche. L’intervention de Marisol Touraine (si elle se traduit dans les faits) devrait permettre de sortir de l’injustice et de l’ubuesque.

Contactée par Le Quotidien du Médecin, le Dr Émilie Frelat, présidente du SNJMG, a applaudi l’annonce de la ministre de la Santé : « C’est la première fois que de manière claire et publique, un ministre s’engage clairement sur ce dossier. Tout le travail que nous menons depuis plusieurs années de lobbying et de médiatisation porte ses fruits. Il faut voir maintenant concrètement comment vont se traduire ces propositions. »

Pour Marisol Touraine ce sera sans doute bientôt oublié. Pour eux, si tout va bien, ce sera presque tout.

A demain

 

Une journaliste licenciée : «Nous crevons de ne pas donner aux lecteurs ce qu’ils attendent»

 

Bonjour

Nous avons déjà évoqué ici l’histoire et les réflexions de Aude Lancelin, journaliste-cadre méchamment licenciée de L’Obs (groupe Le Monde) qu’elle a rebaptisé L’Obsolète. Son livre-témoignage  paraît ce jeudi 13 octobre : Le Monde libre (éd. Les liens qui libèrent). Cette publication donne lieu à une étrange mise en abyme, certains médias exposant à cette occasion les raisons pour lesquelles ils souffrent et (parfois) disparaissent. Parler de son mal pour le conjurer ?

Pessimisme

Le Point y consacre aujourd’hui une large place. « Aude Lancelin : ‘’L’Obs est un petit poumon malade encore nécessaire à Hollande » ». L’entretien a été réalisé par la journaliste Violaine de Monclos. « Dans un livre qui paraît ce jeudi 13 octobre, la journaliste livre le long récit de cet événement et aussi de quinze ans de presse écrite qui l’ont laissée fort pessimiste sur l’avenir du métier, dont on se demande d’ailleurs si elle conserve quelque espoir de l’exercer encore» écrit-elle.

Violaine de Montclos ajoute: « En effet, on peut s’agacer de l’humilité très relative et du style un rien tragique et grandiloquent de ce livre, on peut même pour les plus sceptiques mettre en doute sa version politique d’un licenciement qui n’était selon la partie adverse que « managérial », mais on ne peut pas manquer de saluer l’indéniable courage, et le talent, avec lequel elle dézingue tous les petits marquis faiseurs de carrière qui sévissent dans le monde de la presse : intellectuels, patrons et autres « amis des rédactions » qu’il convient, lorsqu’on est simple journaliste, de ne jamais fâcher. Les voilà pour beaucoup, dans ce livre jouissif pour qui les reconnaîtra, pulvérisés façon puzzle »

Extraits :

« Vous racontez votre licenciement comme un événement grave, symptomatique de la crise de la presse et surtout d’une crise profonde de la gauche, mais dans un pays où des licenciements ont lieu tous les jours, ne craignez-vous pas que le récit de votre éviction soit lu comme une tempête dans un petit, tout petit verre d’eau ?

Aude Lancelin : Je comprends l’objection. Mais la seule chose que l’on m’ait laissée, c’est ma liberté enfin entièrement retrouvée, notamment celle de raconter ce monde de la presse dont j’ai vu durant 15 ans le délitement s’accélérer, et dont je peux aujourd’hui témoigner. Il n’est par ailleurs pas question dans ce livre de mes états d’âme, mais d’un système de connivence avec le pouvoir, de renoncement intellectuel, de quête du clic dont tous les journalistes souffrent. D’ailleurs, je reçois d’innombrables courriers de confrères qui se retrouvent dans ce récit. Et puis, quand on est journaliste, un licenciement qui est dû à la collusion entre des actionnaires et le pouvoir politique, c’est loin d’être anodin.

D’après vous, la vraie raison serait que vous incarnez une gauche critique vis-à-vis du gouvernement. François Hollande, en vue des élections à venir, aurait donc obtenu votre tête des actionnaires pour remettre L’Obs dans le « droit » chemin. Mais franchement, la presse magazine a-t-elle encore tellement de lecteurs et d’influence qu’un président de la République juge nécessaire, pour être réélu,  de se mêler de ses organigrammes ? Vous l’écrivez d’ailleurs vous-même dans votre livre : « L’Obsolète ne pesait plus grand-chose dans le débat public… »

– François Hollande fait partie de cette génération de politiques qui se préoccupe encore énormément de ce qui se passe dans les rédactions. Il passe sa vie à recevoir des aréopages de journalistes, à échanger des SMS avec eux… Et puis le PSet François Hollande vont si mal, sont si impopulaires que, oui, même un petit poumon malade comme L’Obs leur est encore très nécessaire… Ce journal a encore un portefeuille de plus de 300 000 abonnés, dont énormément d’enseignants, et il jouit toujours d’un certain prestige dans quelques milieux. C’est une supernova en train de s’éteindre, mais qui luit encore… et dont François Hollande croit fermement avoir besoin.

« Grandes figures des médias »

(…) Vous taillez en pièces un nombre considérable de grandes figures des médias, directeurs, producteurs, intellectuels et économistes « amis » des rédactions parfaitement reconnaissables et qui sont d’ordinaire intouchables. Comment espérez-vous être réembauchée quelque part ? On a le sentiment d’assister à un suicide professionnel… Vous renoncez à ce métier ?

– Non, ce n’est pas un adieu au métier. C’est un adieu à certains lieux où il est exercé. J’ai pris goût à cette liberté de parole retrouvée, je ne pourrai plus recommencer à ruser sans cesse, à dire des demi-vérités pour ne pas fâcher les uns et les autres comme nous sommes tous obligés de le faire constamment. La presse française traverse une période extrêmement difficile, elle est désormais entièrement à la main des avionneurs, des bétonneurs, des géants du luxe et du CAC 40. Or nous crevons justement de ne pas donner aux lecteurs ce qu’ils attendent.Mais je crois beaucoup à une prise de conscience. D’autres voix que la mienne commencent à s’élever. »

A demain

 

Tragique: «L’Obs» devient «L’Obsolète». La dynamique du «Monde Diplomatique »

 

Bonjour

Il ne faudrait jamais licencier certains journalistes. C’est le cas d’Aude Lancelin, « talentueuse directrice adjointe de L’Obs ». On peut la présenter ainsi :

« Aude Lancelin  née en 1973 à Tours, compagne de Frédéric Lordon. Ancienne élève du lycée Henri IV, en hypokhâgne et khâgne, puis étudiante à la Sorbonne-Paris IV, agrégée de philosophie, enseigne dans un établissement classé ZEP de l’Essonne.

 « Engagée en 2000 par le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées. Réalise de nombreux entretiens avec les philosophes contemporains. Parallèlement, collabore aux émissions télévisées Culture et dépendances (France 3) et Postface (i-télé, Canal+).

« Relève en 2010 que Bernard-Henri Lévy a cité naïvement (elle parle d’« autorité du cuistre ») un auteur imaginaire, Jean-Baptiste Botul, dans un ouvrage alors à paraître – ce qui provoque une vague de réactions amusées ou consternées. En août 2011, elle rejoint Marianne, en tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable des pages « Culture » et « Idées » de l’hebdomadaire.

« En 2014, à la suite de la nomination de Matthieu Croissandeau à la direction de la rédaction, elle revient à L’Obs. Est licenciée par M. Croissandeau en mai 2016. Cette décision est, selon Mediapart imposée par les actionnaires, en l’occurrence Claude Perdriel et Xavier Niel. Elle est présentée comme un ‘’choix managérial’’, mais une grande partie de la presse y voit des motivations politiques : Claude Perdriel a en effet ouvertement reproché à Aude Lancelin d’avoir publié des textes « anti-démocratiques », c’est-à-dire trop à gauche, dans les pages « Débats » de L’Obs et d’avoir soutenu le mouvement Nuit Debout.

« Le fait que le compagnon d’Aude Lancelin soit Frédéric Lordon, figure de la gauche de la gauche, pourrait aussi avoir motivé l’éviction. Le 25 mai 2016, une quarantaine d’intellectuels publient dans Libération une lettre de protestation contre le licenciement d’Aude Lancelin . »

Plan média

Le plus généralement les journalistes licenciés (ou « invités à partir ») gardent le silence. Tel n’est pas le cas d’Aude Lancelin. Elle va publier « Le monde libre » (19 euros). Elle y narre, vu  de l’intérieur « la dérive du système médiatique français ». Voici ce qu’en dit (extraits) Livres Hebdo :  

« On se demandait qui allait éditer le livre d’Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de L’Obsdont le licenciement avait fait grand bruit fin mai. Ce sont Les liens qui libèrent qui, après avoir réussi à garder le secret jusqu’à cette fin de semaine, publieront le 12 octobre Le monde libre avec un tirage de 14000 exemplaires dont 10000 seront mis en place. Dès ce dimanche 9 octobre, le plan média démarre avec une interview dans le JDD.

« Elle raconte de l’intérieur la dérive du système médiatique français avec l’histoire de la numéro deux d’un hebdomadaire de gauche qui s’appelle L’Obsolète, dirigé par un certain Jean Joël. Elle fustige « la décadence d’un métier,  les opérations de police intellectuelle et le socialisme d’appareil à l’agonie » et trace de durs portraits de Manuel Valls « petit homme colérique aux idées simples devenu l’enfant chéri de l’Obsolète » ou Bernard-Henri Levy, « le sentencieux maître à penser de l’Obsolète ».

« La force de ce texte est qu’il est l’expression d’une époque, explique Henri Trubert, son éditeur. On voit comme les théories de management ont envahi les rédactions, le glissement des médias mais aussi de la gauche qui emprunte ses valeurs et concepts à la droite. » »

« Les Valls et les Macron »

Dans Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) l’ancienne de L’Obsolète cogne dur. L’hebdomadaire dominical du groupe Lagardère « a décidé de donner la parole à Aude Lancelin car son ouvrage «  bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression ». « Aude Lancelin : « Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française  » » (propos recueillis par Marie-Laure Delorme) – sur abonnement. On y lit des choses désespérantes, que L’Obs est devenu le nom de la gauche officielle, prétendument « sociale-démocrate », en réalité néolibérale et autoritaire, « une gauche obligée de mentir en permanence sur elle-même », mais dont « plus grand monde n’est tout à fait dupe désormais ».

Aude Lancelin a écrit un pamphlet, œuvre contestataire 1 et non « entreprise de dénigrement systématique ». Elle dénonce le « monde Uber » et le « monde El Khomri » prônés « par les Valls et les Macron ». Et elle n’a pas « assuré ses arrières », pas assuré son « avenir professionnel ». Ce serait, en somme, une fin.

« Ce livre est évidemment une lettre d’adieu à ces lieux que l’on appelle encore journaux par habitude, mais où l’esprit a été vaincu, où les combats de sont plus que d’apparence. Pour autant ce n’est nullement un adieu à ce métier. Les journalistes étouffent, nous sommes nombreux à ne plus supporter d’être les hochets de géants des télécoms intrumentalisant la presse à leurs propres fins. Avec l’aide des lecteurs, eux aussi spoliés, une autre histoire reste à écrire ».

« Notre vigueur découle de votre appui »

Hasard ou fatalité, on lit ceci dans le dernier numéro du Monde Diplomatique :

« Depuis deux ans, la diffusion du Monde diplomatique s’est nettement redressée  ; le nombre de ses abonnés atteint un record historique ; la situation de ses finances n’inspire plus d’inquiétude. Un tel rétablissement détonne dans le paysage de la presse et dans le climat idéologique actuel. Il tranche en particulier avec le délabrement éditorial et économique de la plupart des périodiques, dont certains ne diffèrent leur trépas qu’en se transformant en prime numérique du géant des télécoms qui les possède. Notre santé contraste également avec la situation politique et idéologique générale. (…)

«  Depuis 2009, nous avons fait appel à vous pour mener ce combat éditorial et politique. Le résultat est là, puisque notre vigueur découle de votre appui. La période qui s’annonce réclamera plus que jamais que notre voix porte. Votre contribution aura donc également pour avantage de prévenir tous les dynamiteurs du bien commun que leur offensive nous trouvera sur leur chemin.,Soutenez-nous ! Le Monde diplomatique  ambitionne de faire vivre un journalisme affranchi des pouvoirs et des pressions. Une liberté qu’il doit essentiellement à ses acheteurs et abonnés. »

Peut-être faudrait-il, parfois, licencier certains journalistes. Ou les inviter à quitter ces lieux que l’on appelle encore journaux. Par habitude.

A demain

1 Sur ce thème, le remarquable : « L’âge d’or du pamphlet », de Cédric Passard. CNRS éditions. 25 euros.

 

Baclofène: son efficacité et les conflits d’intérêts exacerbent de nouvelles passions médicales

Bonjour

Baclofène, c’est une huile sans cesse versée sur un feu toujours ravivé. On imaginait que les dernières publications scientifiques, présentées début septembre à Berlin, seraient de nature à calmer le jeu. Il y eut aussi la remarquable émission télévisée (France 5, 20 septembre) Un documentaire fait d’intelligence et de respect (Marie Agostini) suivi d’un débat mené sous une bienveillante férule (Marina Carrère d’Encausse).

Las. La guerre de tranchée n’a pas cessé pour autant. Aujourd’hui 5 octobre nouveau pilonnage, massif, en provenance de L’Obs : « Baclofène : deux études très positives et deux autres conçues pour échouer »

Il est signé du Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre, chef de service à l’hôpital Paul Guiraud (Villejuif), de Samuel Blaise, président de l’association Olivier Ameisen, de Yves Brasey, vice-président de l’association Baclofène, du Dr Bernard Granger, professeur de psychiatrie, université Paris Descartes et de Sylvie Imbert, présidente de l’association Baclofène.

Qui veut sa peau ?

Le chapô dit tout ou presque du contenu : « Sur quatre études, deux montrent que le baclofène est efficace dans le traitement de l’alcoolo-dépendance et deux ne montrent aucun bénéfice. Mais pour ces deux dernières, les protocoles sont dès le départ mal conçus. Qui veut la peau du baclofène ? »

« L’instillation du doute est une technique industrielle bien connue pour déconsidérer des données scientifiques incontestables. Avec cette série des quatre études, on a l’impression que l’histoire est en train de se répéter, que le même objectif est atteint : le baclofène est un traitement qui donne des résultats variables selon les études, c’est un traitement controversé. On occulte volontairement la question de la dose. Et on demande des études complémentaires.

«Comme si l’important était de remettre à plus tard la reconnaissance du baclofène dans le traitement de l’alcoolisme. Les malades peuvent bien mourir, c’est accessoire. Qui a intérêt à ce que les choses se passent ainsi? L’analyse des commentaires de certains collègues, ou de sociétés savantes, ainsi que les conditions d’apparition du baclofène comme traitement de l’alcoolisme suggèrent des pistes de réponse.

Le charabia de la SFA 

Les auteurs estiment que le dernier discrédit en date le plus exemplaire du baclofène est le « Communiqué de presse concernant les études baclofène » publié par la Société Française d’Alcoologie (SFA) le 19 septembre 2016. Il signé par le président de la SFA, le Pr Mickael Naassila (Inserm, Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances, université de Picardie).

« (…) Autrement dit, un charabia qui noie le poisson et nie l’évidence : le baclofène est efficace dans les études où il peut être prescrit à doses suffisantes (le traitement doit être adapté à chaque patient, qui répond à une dose donnée, faible ou forte, qui est la sienne) et pas dans celles ou les doses maximales sont trop faibles. Et le communiqué de conclure : « il reste encore beaucoup à faire… », c’est-à-dire que la SFA attend des études complémentaires. »

« On instille le doute, on repousse à plus tard… Toute la stratégie des industriels qui veulent discréditer des données scientifiques incontestables est là. Un membre de la SFA, l’alcoologue suisse Jean-Bernard Daeppen, dans une interview au journal Le Matin dimanche (le 25/09/16), va d’ailleurs plus loin : « Ce que démontrent ces études est plutôt le peu d’efficacité du Baclofène ». Comment expliquer de telles déclarations toujours hostiles malgré des essais qui confirment l’efficacité du baclofène dans l’addiction à l’alcool ? »

Feu sur le laboratoire Lundbeck !

Les auteurs de L’Obs vont alors plus loin, beaucoup plus loin. Ils estiment que les réponses à leur question sont de plusieurs ordres et « sont en rapport avec des liens d’intérêts, la mentalité du microcosme de la SFA et l’absence d’une pratique médicale centrée sur le patient ».

« La SFA en tant que société savante et ses dirigeants, dont le Pr Daeppen cité ci-dessus, ont des liens d’intérêts massifs et privilégiés avec le laboratoire Lundbeck. Ce laboratoire possède un produit appelé nalmefène ((Selincro ®), d’une famille thérapeutique et d’un mode d’action différents de ceux du baclofène. Le nalmefène a été développé alors que le baclofène faisait irruption dans le paysage pharmacologique de l’alcoolo-dépendance. Il a été commercialisé en septembre 2014 en France.

 « Il faut ajouter que ce produit a peu d’efficacité et que certains pays ont refusé de l’admettre dans leur pharmacopée, comme encore dernièrement l’Australie, dont les autorités sanitaires considèrent que « son efficacité clinique ne peut être déterminée ». L’enjeu commercial pour Lundbeck est donc considérable et le laboratoire a tout intérêt à doper les ventes du nalmefène, bien qu’il en connaisse la faible efficacité. Cela passe d’une part à travers des actions pseudo scientifiques à visée commerciales via les prises de position des leaders d’opinion, et nécessite d’autre part de dénigrer le baclofène, qui menace ses parts de marché.

 Transparence et bienveillance

« La SFA reçoit des financements du laboratoire Lundbeck depuis des années car dans le cadre du lancement du nalmefène ce laboratoire a financé la SFA par des subventions directes, en participant aussi de façon substantielle au financement des journées annuelles de la SFA et en finançant aussi en partie la mise au point de recommandations édictées par la SFA parues quelques trois mois après la commercialisation du nalmefène, dont ces recommandations disent évidemment grand bien, malgré toutes les critiques dont ce produit a fait l’objet de la part d’évaluateurs indépendants.

 « Les dirigeants de la SFA ont des liens multiples avec Lundbeck comme cela peut se vérifier sur le site transparence.sante.gouv.fr. On y trouve des pages entières d’avantages et de conventions en faveur du président de la SFA, de ses prédécesseurs, les Prs H.-J. Aubin et F. Paille. Sur les vingt-trois membres de son bureau et de son conseil d’administration, seuls trois n’ont aucun lien d’intérêt avec Lundbeck. Il faut ajouter que les liens avec d’autres laboratoires sont quasi inexistants. »

Mandarins établis

Bienveillants, les auteurs de la tribune de L’Obs « se refusent à penser que des liens d’intérêt aient pu motiver telle ou telle réaction publique, tel ou tel article à prétention scientifique ». Ils « n’osent pas imaginer que des médecins pour certains universitaires puissent s’abandonner à de telles pratiques déshonorantes ». Ces auteurs « préfèrent se convaincre que seule l’ignorance de la juste prescription du baclofène dans le traitement de l’alcoolo-dépendance est à l’origine de leur fâcheuse méprise ».

Ils citent, pour finir, le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique. Dans son introduction à la journée consacrée au baclofène organisée à l’hôpital Cochin le 17 septembre dernier, il évoqua l’hypothèse d’un « establishment qui s’est senti blessé ». Establishment est-il le nouveau patronyme de l’antique mandarinat ?

A demain

Cancer du sein : Marisol Touraine entend-elle les accusations visant l’environnement ?

 

Bonjour

En France le cancer du sein tue prématurément 12 000 femmes chaque année en France. Le discours officiel est clair : « pour combattre cette maladie, la meilleure arme, c’est le dépistage ». « S’il est détecté tôt, ce cancer est guéri dans neuf cas sur dix ». Nous assistons une nouvelle fois, avec Octobre Rose, à une multiplication des initiatives visant à rappeler la gravité de cette maladie et à sensibiliser les femmes à l’importance du dépistage. Marisol Touraine salue publiquement cette mobilisation. Et  annonce parallèlement une « rénovation profonde du programme de dépistage organisé ». On n’en saura pas plus avant la fin de l’année.

On ne peut, pour l’heure, que se reporter aux recommandations remises à la ministre par l’Institut national du cancer (INCa), sur la base du rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique lancée il y a un an sur le sujet 1. Il y est notamment question « de développer  un parcours plus personnalisé, fondé sur une meilleure information des femmes, mieux coordonné et impliquant davantage le médecin traitant ».

Cancer épidémique

Et puis, dans ce contexte il faut compter avec la sortie en librairie, aujourd’hui, du très médiatisé « Cancer du sein ; en finir avec l’épidémie » d’André Cicolella (membre de la commission santé d’Europe-Ecologie les Verts, administrateur de la Fondation sciences citoyenne et président de l’association Réseau Environnement Santé) :

« Pourquoi le nombre de cancers du sein dans le monde a-t-il doublé entre 1990 et 2013 ? Pourquoi la Belgique connaît-elle vingt-deux  fois plus de cas que le Bhoutan ? Pourquoi note-t-on des écarts importants entre pays de même niveau de développement, voire entre régions françaises ? Pourquoi les jeunes femmes sont-elles de plus en plus touchées ?

 « Des facteurs tels que le vieillissement de la population ou les progrès du dépistage n’expliquent que très partiellement l’épidémie qui touche toute la planète. Si les cancers du sein se multiplient, c’est que les facteurs de risque présents dans notre environnement quotidien se sont multipliés.

 « S’appuyant sur les enquêtes scientifiques les plus récentes, André Cicolella passe au crible tous ces facteurs environnementaux, du DDT des années 1950 au bisphénol A aujourd’hui en passant par l’alimentation, la sédentarité ou les conditions de travail. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de faire reculer l’épidémie, à condition de bien identifier ses causes et de mener les politiques publiques adéquates. »

 Stress au travail

André Cicollela dont les propos médiatiquement mis en scène ont conduit  l’Association Française pour l’Information Scientifique(AFIS) à accuser France Info et L’Obs, comme on a pu le voir il y a quelques jours. André Cicollela qui était à nouveau l’invité privilégié, aujourd’hui, du « 13 heures » de France Inter. Le même message. C’est une « épidémie » ; « si les cancers du sein se multiplient, c’est que les facteurs de risque présents dans notre environnement quotidien se sont multipliés ».

Quels risques ? Tous, la contamination chimique durant la gestation, les solvants, l’alcool, le tabagisme. Mais aussi les perturbateurs endocriniens, le travail de nuit, le stress au travail, notamment chez les avocates et les journalistes. Tilt. Rien n’est dit sur le dépistage, rien sur la guérison. Qu’entendent, ici, les femmes ? Que fera Marisol Touraine des accusations publiques de ce lanceur d’alerte ? Toutes les alertes sanitaires se valent-elles ?

A demain

 1 On peut lire ici la lettre de recommandations de l’INCa, ainsi que le rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique sont consultables sur le site de l’Institut