Cannabis sur la voie publique : la ministre de la Justice baisse pavillon devant la Police

Bonjour

Qui connaît Nicole Belloubet ? La nouvelle ministre de la Justice, généralement absente des gazettes, a accordé un entretien à L’Obs. Elle y « dévoile sa feuille de route ». Pour dire quoi ? Que tout va bien avec Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. (Il faut le lire pour ne pas le croire). Pour dire, aussi, que tout va bien avec Emmanuel Macron « qui visitera bientôt une prison ». (Comment ne pas la croire ?) Pour assurer, enfin, le service avant-vente sur la dépénalisation du cannabis.

Quelques lignes qui en disent long. Moins sur l’exécutif actuel que sur la vision qu’il peut avoir du citoyen et de la santé publique. On demande à Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice si les « fumeurs de cannabis ont leur place au tribunal correctionnel » (sic). Réponse :

« La santé publique est en question (sic)

Il faut bien entendu que le constat de l’infraction soit maintenu et que l’aspect dissuasif de la peine soit renforcé (re-sic) mais il me semble important d’adapter la réponse judiciaire pour la rendre plus efficace. »

Qu’est-ce à dire, Mme la ministre ?

« Il s’agirait de mettre en place une amende forfaitisée comme cela a été fait pour certains délits routiers, par exemple la conduite sans permis ou sans assurance. Cela veut dire qu’une sanction de l’infraction existe, mais qu’elle ne se traduit pas nécessairement par un passage au tribunal. Je suis favorable à ce que l’usager soit verbalisé sur la voie publique par le policier et n’aille pas devant le juge. »

Où l’on voit la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, baisser pavillon devant le ministre de la Police.  Question : qui, au sein du gouvernement d’Edouard Philippe et sous le présidence-prévention d’Emmanuel Macron, traite de la dimension « santé publique » du cannabis ?

A demain

 

Les terribles diagnostics de Mme Elisabeth Roudinesco sur François et Pénélope Fillon

Bonjour

François et Pénélope Fillon porteront-ils plainte contre Mme Elisabeth Roudinesco, psychanalyste à Paris ? Dans la dernière livraison de L’Obs la gardienne des temples freudiens se livre à un exercice qui n’est ni anodin ni sans danger : porter à distance des diagnostics sur les Grands de ce monde.

C’est, dans la période moderne, une entreprise que mena depuis Genève, avec talent et succès,  le Dr Pierre Rentchnick (« Ces malades qui nous gouvernent »). François Mitterrand n’était pas encore au pouvoir en France et l’affaire apparaissait alors comme encore sulfureuse. On sait ce qui, depuis, s’est passé.

Judas et Brutus

N’étant pas médecin Mme Roudinesco se borne aux pathologies mentales. Et encore, traitant longuement de Donald Trump elle se garde de décréter qu’il est « cliniquement fou ». « Je ne peux pas le dire, car je ne fais pas de diagnostic foudroyant (sic) » prévient-elle. Pour la France et l’actuelle élection présidentielle la psychanalyste ne résiste pas à nous offrir ses lumières. Nous avons assisté « à la mise à mort de François Hollande par Judas et Brutus, c’est-à-dire Emmanuel Macron et Manuel Valls ».

D’où il ressort que l’auteur de la célèbre formule selon laquelle « la politique c’est mystique » est bien un homme qui trahit pour de l’argent. Et qu’il n’a, si l’on se souvient bien, guère d’avenir. Puis vient le cas et l’affaire Fillon qui voit un homme s’acharner.  Mme Roudinesco :

« L’acharnement à dénier est un mécanisme que chacun peut comprendre, mais s’acharner à dénier un fait avéré en affirmant avoir la légalité avec soi mais pas la moralité, et bafouer ce qu’on a dit, c’est un vrai problème, cela montre que ce candidat est atteint de démesure. Voilà une névrose qui effare tout le monde, y compris son propre camp. Pour se défendre, il ne peut que développer des théories complotistes : « Je n’ai rien fait, les médias sont ligués contre moi pour m’abattre etc. »

Donald Trump a d’ailleurs usé de la même rhétorique. François Fillon n’est pas fou mais son raisonnement l’est. Car s’il perd, il détruit son parti. Et s’il gagne, comment pourra-t-il être président après avoir refusé de se soumettre à la justice ? »

Le cas Emma Bovary

Pour Mme Roudinesco (qui vote Benoît Hamon), François Fillon « fait  passer son narcissisme personnel avant son parti et avant l’intérêt de l’Etat ». Est-il le premier ? « Il fait d’ailleurs peser un risque non négligeable sur sa vie de famille, ajoute-t-elle. On peut éprouver de la compassion pour Pénélope Fillon réduite au silence et dont on en connaît la voix que par une vidéo où elle exprime une plainte, un ennui, une sorte de bovarysme. »

Rappelons que le « bovarysme »  est, schématiquement, un trouble de la personnalité dont souffrent (parfois) les personnes dites « insatisfaites » 1. Ce terme fait référence à la célèbre héroïne de Gustave Flaubert, Emma Bovary. On se souvient qu’Emma passe son enfance dans un couvent. Pour tromper son ennui, elle se réfugie dans la lecture, rêvant d’une vie aventureuse et romanesque. Plus tard, elle épousera un triste médecin, Charles Bovary. En apparence, Emma a tout pour être heureuse. Mais elle s’ennuie en Normandie, sa vie amoureuse ne correspond en rien à celle de ses rêves. Elle va alors dépenser sans compter et entretenir plusieurs liaisons adultères. On connaît la fin. Cette entité a fait l’objet de nombreux travaux et écrits médicaux, psychiatriques et psychanalytiques.

Au final cette étrange conclusion de Mme Roudinesco concernant le couple Fillon : « Le spectateur-électeur est ainsi mis dans une situation de voyeur devant quelque chose qui ne le regarde pas ».

A demain

1 http://madamebovary.fr/definition-du-bovarysme/

 

 

L’esclavage de mères porteuses : avoir tort avec J.-P. Sartre plutôt que raison avec R. Aron ?

 

Bonjour

Un nouveau livre vient de sortir sur les mères porteuses : « La fabrique des bébés, Enquête sur les mères porteuses dans le monde » (Editions Stock, 18 euros). Il est signé de Natacha Tatu, journaliste à L’Obs. Les choses étant bien faites dans certains médias L’Obs donnait il y a peu des extraits de cet ouvrage.

Flore

Demain c’est Libération qui se fend d’une critique du même ouvrage. Etrange recension signée de Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyse que l’on dit proche du Parti socialiste et habituée des colonnes de Libération. Que nous dit Mme de Parseval ? Que l’ouvrage de Mme Tatu « fait un sort aux clichés qui entourent la GPA ». Or rien, précisément n’est moins sûr. Prenons cet extrait de Libé :

« Natacha Tatu raconte l’histoire d’une jeune femme mère de deux enfants de 7 et 9 ans : on lui a transféré l’embryon d’un couple étranger puis elle est allée dans une surrogate house confortable jusqu’à l’accouchement, ses enfants sont venus la voir une fois par semaine avec leur père, ouvrier agricole. Elle a rencontré une fois les futurs parents. Puis elle est rentrée chez elle, à 50 kilomètres de là.

«Sur son compte en banque il y a les 50 dollars qu’elle touche chaque mois, plus 4 000 dollars à la naissance. L’équivalent de dix ans de salaire : une vraie fortune quand on gagne moins d’un dollar par jour. Elle s’est acheté un «toit en dur», puis un lopin de terre, puis un bœuf, peut-être deux. D’autres mères financeront les études de leurs enfants dans des écoles privées. Les histoires, toutes différentes, se succèdent dans ce seul chapitre, remarquable. »

Deux Magots

Puis Mme de Parseval glisse que, « de manière un peu malicieuse », Mme Tatu oppose en fin d’ouvrage (chapitre «Féministes contre féministes») les points de vue diamétralement opposés d’Elisabeth Badinter et de Sylviane Agacinski. Toutes deux, dit-elle, sont « agrégées de philo, de gauche… ». On voit mal où est, ici la malice… L’affrontement qui oppose Mmes Badinter et Agacinski est l’un des plus radical, des plus violents qui puissent être.

« Qui sommes-nous pour juger ? » conclut la psychanalyste. S’interdire de juger parce que l’on ne sait plus qui on est ? Or, précisément l’histoire indienne qu’elle rapporte interdit de jouer au relativisme, à l’identité troublée. C’est bien d’esclavage qu’il s’agit.

Et c’est ainsi que l’on croit voir resurgir, devant l’antique église de Saint-Germain-des-Prés, la vieille question du grand plaisir d’avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Aron. On connaît, dans les grandes lignes, la suite.

A demain

Maladie de Lyme : le «Téléphone sonne» toujours, mais plus personne ne se comprend

 

Bonjour

Mardi 10 janvier 2016. France Inter est depuis peu inaudible sur les « grandes ondes ». Au fond des forêts les non-connectés ne peuvent entendre ce qui demeurera un document historique dans la constitution d’un abcès. Hier maladie, Lyme est en train de devenir une « affaire ». Ce soir-là il fallait disposer de la fréquence modulée pour comprendre à quel point la communication peut devenir radicalement impossible.

Ainsi, donc, l’inoxydable « Téléphone sonne » (créé en  1978 par Gilbert Denoyan) traitait de la « maladie de Lyme ». Les tambours battaient, la polémique annoncée. Sur le ring : Pr Christian Perronne, de l’hôpital Raymond Poincaré (Garches), hétérodoxe. Face à lui : Dr François Bricaire de la prestigieuse Pitié-Salpêtrière, mandarin orthodoxe.  La banlieue compréhensive à l’assaut du la Bastille de l’infectiologie. Arbitres : Nicolas Demorand et Véronique Julia, journalistes. Parole donnée aux auditeurs souffrants. Spectacle garanti. Allait-on crever l’abcès ? Allait-on s’entendre ?

Trente-huit minutes d’anthologie

Brouillards diagnostiques et thérapeutiques… labyrinthes physiopathologiques… liens neuronaux entre Lyme et Alzheimer….  Mieux que des mots, mettre le son. Il faut, pour prendre le pouls de l’incompréhension, écouter ces 38 minutes d’anthologie médicale, médiatique et politique : « La maladie de Lyme : un diagnostic compliqué et un traitement aléatoire ». En voici la présentation :

« Après les Etats-Unis, la France promet un plan national de lutte contre la maladie qui devrait être opérationnel d’ici l’été prochain. Des centres régionaux spécialisés devraient voir le jour, ainsi qu’un protocole national de diagnostic et de soin.

« Ces annonces clarifient un peu une vive controverse scientifique. Sur la maladie de Lyme, le corps médical est divisé entre orthodoxes et hétérodoxes, les associations de malades sont exaspérées. Pour quelles raisons ? On ouvre le débat dans le téléphone sonne. »

Savoir manier l’empathie

Il faut ajouter que le Pr Christian Perronne sait prendre des accents dramatiques, fait sans cesse référence à la science et manie l’empathie. C’est le dernier en date des « lanceurs d’alerte » médiatisés. A ce titre il est admiré et défendu mordicus par plusieurs gazettes – au premier rang desquelles le progressiste L’Obs. Et qu’il vient de publier un ouvrage-profession de foi aux Editions Odile Jacob : « La Vérité sur la maladie de Lyme. Infections cachées, vies brisées, vers une nouvelle médecine »

« La maladie de Lyme, cette étrange infection déclenchée par une piqûre de tique, peut provoquer dermatoses, arthrites et jusqu’à des atteintes neurologiques. Pourquoi les patients sont-ils souvent abandonnés à leur souffrance ? Pourquoi ne traite-t-on pas plus efficacement cette maladie alors que des solutions thérapeutiques existent ?

Le professeur Perronne, médecin et chercheur de renom, le premier à avoir sensibilisé les pouvoirs publics, raconte dans ce livre de manière claire et précise tout ce qu’on sait aujourd’hui de cette maladie et comment la guérir. Il répond également aux multiples interrogations de ceux, de plus en plus nombreux, qui sont concernés par cette affection.

 Ce livre nous aide aussi à mieux comprendre et à savoir soigner cet ensemble de maladies mal connues dues à des infections cachées, comme la maladie de Lyme. »

Nous reviendrons, bientôt, sur cet ouvrage. Et on regrettera qu’aux fonds des forêts, exposés aux tiques, les non-connectés n’aient pu écouter France-Inter. Et qu’ils n’aient pu entendre que, sur certains sujets, des professeurs de médecine ne puissent se comprendre

A demain

 

 

Brouillards de Lyme : un généraliste et une biologiste condamnés. L’Obs ne comprend pas

 

Bonjour

Le temps ordinal est parfois celui de la science. Ce n’est pas celui des (tentatives de) compromis politiques. La ministre de la Santé tente de trouver un terrain d’entente avec les militants alternatifs de Lyme. La justice de l’Ordre tranche dans le vif. Un médecin généraliste de la banlieue de Lyon vient d’être condamné en appel à quatre mois de suspension ferme par le Conseil de l’Ordre pour « prescriptions abusives de tests de dépistage de borréliose » et « soins non-conformes aux données actuelles de la science ». Sans oublier une « absence d’adaptation de la thérapeutique aux résultats des tests biologiques ».

Charlatanisme et compérage

« Je n’ai plus 40 ans, mon activité est derrière moi, mais c’est chiant d’arrêter quatre mois quand on a des patients dont on essaie d’améliorer la qualité de vie, avait commenté le Dr Raphaël Cario après le premier jugement. J’essaie de dédramatiser, mais on se sent harcelé, c’est comme si on voulait notre peau, et on ne sait pas pourquoi. »  En première instance, trois autres médecins avaient aussi été suspendus. Voici ce qu’écrivait, en février 2015, La Tribune de Lyon :

« Raphaël Cario, un homéopathe de Limonest est jugé cette semaine en correctionnelle. La raison ? Comme une centaine de médecins en France, il a envoyé en analyse à un laboratoire strasbourgeois des tests complémentaires (dits Werstern blot) de patients susceptibles d’être atteints par la maladie de Lyme.“Je suis poursuivi pour charlatanisme et compérage avec ce laboratoire, qui s’est fait rembourser ces Wertern blot par la Sécu, alors qu’il n’avait pas le droit. Je n’étais pas au courant de cette règle”, confie le médecin lyonnais. »

Le Dr Cario va faire appel de sa condamnation devant le conseil d’Etat. Toutefois cette condamnation n’est pas suspensive et il devra cesser de consulter à partir de mai prochain.

« Scandale et pétition »

L’Obs (Emmanuelle Anizon et Elodie Lepage) ne comprend pas. C’est que L’Obs, sur Lyme, est devenu un journal militant (comme il le fut avec les « OGM cancérogènes »):

« Fin septembre, le Dr Cario était retourné plaider sa cause devant le Conseil de l’Ordre. Le contexte paraissait meilleur : en juillet, « L’Obs » avait fait sa une sur ce scandale sanitaire et lancé une pétition de médecins demandant qu’on arrête de les poursuivre. De nombreux médias avaient relayé leur cause. Le ministère de la Santé déclenchait un plan Lyme, le Directeur Général de la Santé s’engageant même devant les associations de malades à se rapprocher du Conseil de l’Ordre et de la Sécurité sociale pour que les poursuites soient menées « avec mesure »… »

Les hebdos ne sont plus ce qu’ils étaient. Une de L’Obs ou pas il existe, en France et depuis un certain temps déjà, une « séparation des pouvoirs ». Le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé ne pourrait (à supposer qu’il puisse l’imaginer) peser sur les juridictions ordinales. Et, Lyme ou pas, on peut penser qu’il vaut mieux que cela soit ainsi.

Toujours selon L’Obs, Marie-Claude Perrin, présidente de Lyme sans frontières, se dit « atterrée ». « Les poursuites contre les médecins ‘’Lyme’’ deviennent d’autant plus incompréhensibles que la ‘’loi Lyme’’ [qui reconnaît la chronicité de la maladie,] vient d’être adoptée aux Etats-Unis » commente pour sa part à L’Obs le Pr Christian Perronne, chef du service infectiologie de Garches, vice-président de la FFMVT (Fédération française des maladies vectorielles à tiques).

«Produit naturel»

« Autre jugement, et même fermeté » dit L’Obs : le 14 décembre, Viviane Schaller, directrice d’un laboratoire utilisant des tests de détection Lyme « en dehors du protocole officiel », a sa condamnation à neuf mois d’emprisonnement avec sursis (et 300.000 euros de dommages et intérêts pour la Caisse d’assurance maladie) confirmée en appel. « La condamnation est un copié-collé de la première décision, c’est comme s’il n’y avait pas eu d’audience entre les deux, ni de nouveaux éléments apportés par la défense » s’indigne son avocat Me Julien Fouray. On est très en colère, on se pourvoit en Cassation. »

L’action contre un deuxième biologiste Bernard Christophe (qui était aussi poursuivi en appel pour avoir mis au point et commercialisé un « produit naturel », « le Tic Tox, soulageant les malades de Lyme ») est quant à elle éteinte. Lui-même atteint, il est en effet décédé d’une crise cardiaque quelques jours avant le jugement. L’Obs  l’avait eu au téléphone l’été dernier : « J’ai été malade toute ma vie, j’ai chez moi les témoignages de milliers de personnes que j’ai aidées. J’ai alerté par courrier les ministres de ce scandale de Lyme, sans jamais une réponse. J’ai 68 ans, et on attend que je m’éteigne ».

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Noël pour les médecins interdits d’exercer: applaudissements de la ministre de la Santé

 

Bonjour

Pour Marisol Touraine ce n’était rien. Pour eux c’était tout. La ministre de la Santé a, jeudi 24 novembre, royalement qu’elle allait apporter une solution aux quelques dizaines de médecins qui – n’ayant pas passé leur thèse dans le temps qui leur était imparti – ne sont pas autorisés à exercer la médecine en France. La bénédiction républicaine est rapportée par Le Quotidien du Médecin (Christophe Gattuso).

« Je vais proposer des dispositions —nécessairement législatives— qui permettront de traiter la situation des médecins qui n’ont pas soutenu leur thèse dans les temps et souhaitent exercer la médecine », a déclaré Marisol Touraine à l’Assemblée nationale, lors de l’examen de la proposition de loi du député (UDI, Eure-et-Loir) Philippe Vigier destinée à garantir un « égal accès aux soins sur l’ensemble du territoire ».

L’affaire était inconnue du plus grand nombre. Comme une honte d’être enfermé dans une forme de trou à rats, une impasse universitaire et ordinale. Un petit enfer. On parle ici des quelques dizaines d’internes de médecine générale  qui n’ont pas (en temps et en heure) soutenu leur thèse. Des médecins qui se voient empêcher d’exercer le métier pour lequel ils ont été formés. Kafka roi.

Portrait cocasse

Ici ou là un portrait cocasse. « Il allait être médecin, il fait désormais charcutier… » Rires dans l’assemblée… L’Obs s’était  heureusement, pédagogiquement,  emparé du dossier :

« Titulaires d’un bac+8 en médecine générale et ayant pour la plupart exercé pendant plusieurs années, ils sont aujourd’hui au chômage ou en reconversion professionnelle. La raison ? Un décret, paru en 2004 qui enjoignait les étudiants n’ayant pas encore obtenu leur doctorat de fin de cursus à soutenir leur thèse avant la fin de l’année universitaire 2011-2012.

Pour diverses raisons, ces ex-étudiants n’ont pas pu tenir le délai. Tous avaient un pied dans la vie active, grâce à des statuts leur permettant d’exercer la médecine provisoirement sans diplôme, et repoussaient ainsi l’échéance. Surtout, tous affirment ne jamais avoir été informés de ce décret par leur université, ou alors bien trop tard.

Ils sont au minimum une quarantaine en France, selon le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG), qui a commencé à les recenser via son site internet. Mais ce nombre serait sous-estimé : « Nous manquons d’informations à ce sujet et la situation de précarité dans laquelle se trouvent certains ‘privés de thèse’ peut les dissuader d’en parler. A cela s’ajoutent également parfois un sentiment de honte et une certaine résignation », précise Christine Wyttenbach, qui est chargée de ce dossier au SNJMG.

Pourquoi empêche-t-on des professionnels formés et motivés de passer leur doctorat pour exercer, alors que la pénurie de médecins généralistes en France n’a jamais été aussi criante ?  Nous sommes allés à la rencontre de quatre « privés de thèse ». Qu’ils et elles soient inscrits à Pôle emploi, agent immobilier, vendeuse en charcuterie ou étudiante en sophrologie, tous demandent à l’Etat de leur octroyer une seconde chance. Ils témoignent. »

 Injuste et ubuesque

Il y a deux ans, le SNJMG avait demandé une intervention de la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Aucun son de cloche. L’intervention de Marisol Touraine (si elle se traduit dans les faits) devrait permettre de sortir de l’injustice et de l’ubuesque.

Contactée par Le Quotidien du Médecin, le Dr Émilie Frelat, présidente du SNJMG, a applaudi l’annonce de la ministre de la Santé : « C’est la première fois que de manière claire et publique, un ministre s’engage clairement sur ce dossier. Tout le travail que nous menons depuis plusieurs années de lobbying et de médiatisation porte ses fruits. Il faut voir maintenant concrètement comment vont se traduire ces propositions. »

Pour Marisol Touraine ce sera sans doute bientôt oublié. Pour eux, si tout va bien, ce sera presque tout.

A demain

 

Une journaliste licenciée : «Nous crevons de ne pas donner aux lecteurs ce qu’ils attendent»

 

Bonjour

Nous avons déjà évoqué ici l’histoire et les réflexions de Aude Lancelin, journaliste-cadre méchamment licenciée de L’Obs (groupe Le Monde) qu’elle a rebaptisé L’Obsolète. Son livre-témoignage  paraît ce jeudi 13 octobre : Le Monde libre (éd. Les liens qui libèrent). Cette publication donne lieu à une étrange mise en abyme, certains médias exposant à cette occasion les raisons pour lesquelles ils souffrent et (parfois) disparaissent. Parler de son mal pour le conjurer ?

Pessimisme

Le Point y consacre aujourd’hui une large place. « Aude Lancelin : ‘’L’Obs est un petit poumon malade encore nécessaire à Hollande » ». L’entretien a été réalisé par la journaliste Violaine de Monclos. « Dans un livre qui paraît ce jeudi 13 octobre, la journaliste livre le long récit de cet événement et aussi de quinze ans de presse écrite qui l’ont laissée fort pessimiste sur l’avenir du métier, dont on se demande d’ailleurs si elle conserve quelque espoir de l’exercer encore» écrit-elle.

Violaine de Montclos ajoute: « En effet, on peut s’agacer de l’humilité très relative et du style un rien tragique et grandiloquent de ce livre, on peut même pour les plus sceptiques mettre en doute sa version politique d’un licenciement qui n’était selon la partie adverse que « managérial », mais on ne peut pas manquer de saluer l’indéniable courage, et le talent, avec lequel elle dézingue tous les petits marquis faiseurs de carrière qui sévissent dans le monde de la presse : intellectuels, patrons et autres « amis des rédactions » qu’il convient, lorsqu’on est simple journaliste, de ne jamais fâcher. Les voilà pour beaucoup, dans ce livre jouissif pour qui les reconnaîtra, pulvérisés façon puzzle »

Extraits :

« Vous racontez votre licenciement comme un événement grave, symptomatique de la crise de la presse et surtout d’une crise profonde de la gauche, mais dans un pays où des licenciements ont lieu tous les jours, ne craignez-vous pas que le récit de votre éviction soit lu comme une tempête dans un petit, tout petit verre d’eau ?

Aude Lancelin : Je comprends l’objection. Mais la seule chose que l’on m’ait laissée, c’est ma liberté enfin entièrement retrouvée, notamment celle de raconter ce monde de la presse dont j’ai vu durant 15 ans le délitement s’accélérer, et dont je peux aujourd’hui témoigner. Il n’est par ailleurs pas question dans ce livre de mes états d’âme, mais d’un système de connivence avec le pouvoir, de renoncement intellectuel, de quête du clic dont tous les journalistes souffrent. D’ailleurs, je reçois d’innombrables courriers de confrères qui se retrouvent dans ce récit. Et puis, quand on est journaliste, un licenciement qui est dû à la collusion entre des actionnaires et le pouvoir politique, c’est loin d’être anodin.

D’après vous, la vraie raison serait que vous incarnez une gauche critique vis-à-vis du gouvernement. François Hollande, en vue des élections à venir, aurait donc obtenu votre tête des actionnaires pour remettre L’Obs dans le « droit » chemin. Mais franchement, la presse magazine a-t-elle encore tellement de lecteurs et d’influence qu’un président de la République juge nécessaire, pour être réélu,  de se mêler de ses organigrammes ? Vous l’écrivez d’ailleurs vous-même dans votre livre : « L’Obsolète ne pesait plus grand-chose dans le débat public… »

– François Hollande fait partie de cette génération de politiques qui se préoccupe encore énormément de ce qui se passe dans les rédactions. Il passe sa vie à recevoir des aréopages de journalistes, à échanger des SMS avec eux… Et puis le PSet François Hollande vont si mal, sont si impopulaires que, oui, même un petit poumon malade comme L’Obs leur est encore très nécessaire… Ce journal a encore un portefeuille de plus de 300 000 abonnés, dont énormément d’enseignants, et il jouit toujours d’un certain prestige dans quelques milieux. C’est une supernova en train de s’éteindre, mais qui luit encore… et dont François Hollande croit fermement avoir besoin.

« Grandes figures des médias »

(…) Vous taillez en pièces un nombre considérable de grandes figures des médias, directeurs, producteurs, intellectuels et économistes « amis » des rédactions parfaitement reconnaissables et qui sont d’ordinaire intouchables. Comment espérez-vous être réembauchée quelque part ? On a le sentiment d’assister à un suicide professionnel… Vous renoncez à ce métier ?

– Non, ce n’est pas un adieu au métier. C’est un adieu à certains lieux où il est exercé. J’ai pris goût à cette liberté de parole retrouvée, je ne pourrai plus recommencer à ruser sans cesse, à dire des demi-vérités pour ne pas fâcher les uns et les autres comme nous sommes tous obligés de le faire constamment. La presse française traverse une période extrêmement difficile, elle est désormais entièrement à la main des avionneurs, des bétonneurs, des géants du luxe et du CAC 40. Or nous crevons justement de ne pas donner aux lecteurs ce qu’ils attendent.Mais je crois beaucoup à une prise de conscience. D’autres voix que la mienne commencent à s’élever. »

A demain