Le poids des alcools, le choc de la honte : la thérapeutique annoncée de Jean-Vincent Placé

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C’est un dossier comme tant d’autres – à l’exception notable de la personnalité et de la carrière politique du premier concerné : Jean-Vincent Placé, 50 ans, élu sénateur de l’Essonne en 2011 président de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) quatre ans plus tard avant d’être nommé  secrétaire d’État à la Réforme de l’État et à la Simplification du 11 février 2016 au 10 mai 2017. Ancien membre des Verts. Chevalier de l’ordre national du mérite.

Connu au chapitre des faits divers : Le 12 novembre 2013, la région Ile-de-France  demande à Jean-Vincent Placé de payer ses amendes, soit 18 161 €, correspondant à 133 amendes pour stationnements interdits et excès de vitesse. Pour sa défense, il indiquera qu’il « n’est pas un homme de chiffres ».

Victime, le  3 septembre 2017, d’une agression et d’une tentative de vol de sa montre de luxe à Paris. Il  déclare alors envisager d’arrêter la politique.

Dans la nuit du 4 au 5 avril 2018, il est placé en garde à vue dans le commissariat du 5ème arrondissement de Paris pour insultes racistes et « outrage à agents » alors qu’il se trouvait en état d’ivresse. La garde à vue ne sera levée que le 6 avril 2018, jour où il est présenté au parquet de Paris. Il devra comparaître le 11 juillet devant la justice.

Pour la suite, l’ancien homme politique a choisi Paris Match . Un témoignage qui mérite d’être rapporté. « Je mesure bien la honte et l’indignité d’avoir été en état d’ébriété, d’avoir eu un comportement déplacé et inconvenant. J’en paierai les conséquences. Je le dois à ma famille auprès de laquelle je m’excuse aussi » a-t-il expliqué, par téléphone à Caroline Fontaine, journaliste de l’hebdomadaire.

Alcoolique mais ni pervers, ni raciste

Il se confie longuement sur les tourments qu’il a traversés, lui qui se définit comme un homme d’action.

 « Les trente-sept heures de garde à vue ont eu un mérite : j’ai enfin pris le temps de réfléchir. J’ai réalisé que, dans les derniers mois, j’avais bu excessivement en diverses circonstances. Il y a eu des excès, de l’alcoolisme. J’assume le mot. C’est une maladie, l’alcoolisme.

« Une chose est de boire trop, une autre d’être pris pour un pervers et un raciste. Je n’ai jamais insulté cette jeune femme. Elle l’a confirmé lors de la confrontation. Je n’ai jamais proféré d’insultes racistes. Encore moins avec ce videur qui se fait appeler Vladimir et se prétend serbe. Lui m’a mis une gifle, mes lunettes sont tombées, elles se sont cassées en deux. L’outrage aux policiers est à replacer dans ce contexte d’énervement »,

Le citoyen Placé a écrit une lettre d’excuses au préfet de police de Paris. Et Paris Match confie qu’il ne pourra cacher quelques sanglots quand il évoquera son enfance difficile quand il est arrivé en France, à l’âge de 7 ans. Aujourd’hui, il veut, dit-il «solder le temps d’avant, présenter (ses) excuses, arrêter de boire. Mais après, je veux qu’on me laisse tranquille ».

Aider à s’identifier, à avancer

Le HuffPost a, le premier, cherché à comprendre en interrogeant Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et auteure du livre « Les femmes face à l’alcool » 1. Quand prend-on conscience de sa dépendance ? Certaines personnes admettent leur dépendance dès qu’elles trouvent anormale leur relation à l’alcool. D’autres quand elles comprennent ne plus pouvoir pathologiquement s’en abstenir. En parler publiquement ? La psychiatre Christine Barois : « Au début, je trouvais que reconnaître publiquement son addiction était un peu pervers. Mais en même temps, la communauté peut nous porter. Cela a le mérite d’aider à avancer. »

Cela pourrait aussi, surtout, dépasser le seul cas Jean-Vincent Placé. « Cela peut donner du courage à d’autres personnes, assure Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Cette déclaration évoque leur souffrance. Ils peuvent s’y identifier. » «  Exactement, j’ai beaucoup de réactions de patients qui sont sensibles à cette prise de position publique  Pour le coup, bravo ! » commente Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction.

« Cette situation lui en évoque une autre, plus ou moins similaire, rappelle Le HuffPost. Au mois de janvier 2015, la chanteuse Véronique Sanson s’était, elle aussi, confiée à Paris Match sur son difficile parcours avec l’alcool. Comme le soulignait Fatma Bouvet de la Maisonneuve, à l’époque dans L’Obs, les mots de l’interprète d' »Amoureuse » sur son alcoolisme avaient permis de diffuser un message de santé publique fort: déculpabiliser les femmes qui souffrent de la même maladie et les pousser à se soigner. »

Où l’on voit qu’après quelques premières hésitations il n’était finalement pas inutile de rapporter ce qu’il en était de l’esclandre, rue Princesse, de Jean-Vincent Placé.

A demain

1 Fatma Bouvet de la Maisonneuve, « Les Femmes face à l’alcool » Editions Odile Jacob.

Pourquoi le torchon brûle-t-il à Act-Up Paris ? Question de cinéma, de sida et de politique

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Pour un peu de nombreux médias généralistes s’en mordraient les doigts. Du moins ceux qui, dans leurs « colonnes cinéma », portèrent en triomphe et à bout de bras « 120 battements par minutes ». « Le succès serait-il monté à la tête d’Act Up ? Après le triomphe du film, encensé par la critique et couronné aux derniers Césars, l’association de lutte contre le sida se paye une crise de croissance, avec la démission de sa direction et la nomination d’une nouvelle équipe décidée lors d’une assemblée générale extraordinaire » écrit L’Obs.  

L’ancienne équipe dirigeante d’Act-Up Paris a quitté ses fonctions à la veille de Pâques. Elle déplore une « transition brutale » après le carton du film. Et de nous apprendre que la déjà vieille association, en perte de vitesse (et qui fut un temps placée en redressement judiciaire – en 2014)  a vu « une vague de nouvelles arrivées » avec notamment « de jeunes militants déjà politisés et expérimentés dans d’autres luttes, notamment antiracistes » fait valoir l’équipe démissionnaire. Où l’on retrouve, quelques décennies plus tard, les vieux outils de l’entrisme politique.

Ces jeunes « détournent et exploitent l’outil d’Act Up, en se servant de son historique, pour mettre en avant d’autres luttes », accusent ainsi les deux anciens coprésidents, Rémy Hamai et Mikaël Zenouda ainsi que l’ancien vice-président Xavier Cœur-Jolly. Tous déplorent que le travail d’expertise soit « relégué au dernier plan » au profit « du commentaire permanent de la critique spectacle ». On entend la colère et le dépit. C’est une manière d’observer que le temps passe.

Séronégs, pédés, gouines, biEs, trans, intersexes, queer  etc.

Les deux nouveaux vice-présidents se nomment Fabrice Clouzeau et Marc-Antoine Bartoli. Ils font leurs premières armes en signant un premier communiqué. Extraits :

« RéuniEs en Assemblée Générale Extraordinaire convoquée par le Conseil d’Administration démissionnaire ce samedi 31 mars 2018, les membres ont renouvelé leurs instances dirigeantes (…) Le nouveau Conseil d’Administration a exprimé lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire des propositions d’orientations politiques pour l’année à venir, qui seront débattues lors d’un prochain séminaire politique. (…)

« Act Up-Paris réaffirme l’engagement de l’association dans la lutte contre le VIH/sida, sa solidarité avec les personnes vivant avec le VIH/SIDA et les personnes discriminées. L’ensemble du Conseil d’administration est solidaire des séropos, séronégs, pédés, gouines, biEs, trans, intersexes, queer, hétéros, travailleuSEs du sexe, migrantEs, étrangèrEs, raciséEs, détenuEs, usagèrEs de drogues, handicapéEs, précairEs, jeunEs, vieuxEILLEs.

« Act Up-Paris aussi dénonce la campagne de calomnies de certains membres du Conseil d’Administration démissionnaire. Il s’agit là d’une manœuvre destructrice afin de discréditer le processus démocratique qui fonde depuis son commencement Act Up-Paris, et dont les membres ont choisi sans aucune ambiguïté une nouvelle équipe afin de mobiliser des dynamiques nouvelles dans la lutte.

«  Nous assistons à une utilisation illégitime et à un détournement des réseaux sociaux de l’association pour propager des fausses nouvelles et de sciemment tromper les malades et leurs proches, ainsi que toutes personnes physiques ou morales, partenaires associatifs, institutionnels et médias. Act Up-Paris laisse aux personnes signataires de ce communiqué, l’entière responsabilité de leurs actes et se réserve le droit d’entamer des poursuites judiciaires. »

Comment comprendre ? La France se pâme à l’évocation du cinquantenaire de ses pavés parisiens. Act-Up Paris soufflera, l’an prochain, ses trente bougies.

A demain

Quand l’écologie devient spectacle politique : maître des horloges et du compteur électrique  

 

Bonjour

Devinerez-vous le nom du militant écologique qui lit, dramatiquement, ces lignes ?

« Imaginez. Vous vous réveillez et quelque chose a changé. Vous n’entendez plus le chant des oiseaux. Vous regardez par la fenêtre : les paysages que vous avez jadis chéris sont désormais desséchés et toute vie en a disparu.

« L’air et l’eau, tout ce que vous respirez et qui permet la vie, est altéré. Ce n’est pas un cauchemar et encore moins une illusion. Vous le savez. Vous le savez parce que nous en constatons les premiers effets. Le temps du déni est révolu. Nous ne sommes pas seulement en train de perdre la bataille contre le changement climatique, nous sommes en train de perdre notre bataille contre l’effondrement de la biodiversité. »

« Ces mots d’alarme ne sont pas ceux d’un militant écologiste : ce sont ceux du président de la République française, prononcés (en anglais) dans une brève vidéo postée le 24 mars à 20 h 35 sur son compte Twitter », nous dit notre confrère Stéphane Foucart (Le Monde). L’adresse d’Emmanuel Macron s’achève en enjoignant aux citoyens d’accomplir le geste symbolique institué depuis une dizaine ­d’années par le WWF, avec l’Earth Hour : éteindre la lumière pendant une heure, en signe d’adhésion aux politiques de protection de l’environnement. En clôture de la courte séquence, un dernier plan montre, en exemple, l’extinction des feux au palais de l’Elysée.

Où l’on comprend que le maître, auto-proclamé, des horloges est aussi celui du compteur électrique de l’Elysée. Et où l’on s’interroge sur la subite conversion d’Emmanuel Macron à l’écologie politique. Le souvenir, peut-être, de ses premières lectures assurée par sa grand-mère institutrice ? Elles nous sont révélées dans L’Obs par Michel Crépu, rédacteur en chef de la célèbre NRF 1. Deux écologistes avant l’heure : la douce Colette et, en même temps, le sulfureux Jean Giono.

A demain

1 A paraître (19 avril) : « Un empêchement. Essai sur l’affaire Fillon » par Michel Crépu. Gallimard, 104 pages, 10 euros

 

Néo-journalisme, gauchisme et burn out : hémorragie de soutien au nouveau Média citoyen

Bonjour

Retour sur LeMedia un tout nouveau site d’information politique très proche de La France insoumise – et donc accusé d’être inféodé à Jean-Luc Mélenchon. Un site déjà dans les turbulences après  la publication par le site spécialisé Electron libre, samedi 24 février, d’un mail d’Aude Rossigneux, annonçant son éviction du poste de rédactrice en chef du jeune pure player. Elle brossait alors un portrait au vitriol de cette nouvelle « webtélé ».

Moins d’une semaine plus tard rien ne va plus comme nous l’apprend Le Monde (Ariane Chemin): « Une dizaine de soutiens du Média se désolidarisent de la webtélé proche des ‘’insoumis’’». A savoir : l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti, proche de Benoît Hamon, l’avocat Antoine Comte, l’écrivain Gérard Mordillat, le médecin urgentiste Patrick Pelloux, les comédien et comédienne François Morel et Judith Chemla, les journalistes Cécile Amar, de L’Obs, et Edouard Perrin, de Cash investigation, les musiciens Giovanni Mirabassi et Médéric Collignon. Sans oublier Noël l’une des « vedettes » de l’antenne qui a fait savoir qu’il n’y remettrait plus jamais les pieds.

 C’est, une nouvelle fois, l’évanouissement d’un doux rêve, la fins de nouvelles illusions quant à l’usage révolutionnaire que l’on pourrait faire d’un média qui serait nouveau avec des outils qui ne le sont pas. Tous les partants avaient, il y a quelques mois, applaudi de la naissance d’un « nouveau média citoyen », à la fois « humaniste et antiraciste, féministe, écologiste et progressiste ». Las, ils se mordent aujourd’hui les doigts d’avoir, avec quelques dizaines d’autres personnalités de la politique et du spectacle, , apposé leur nom en bas du « manifeste » publié dans Le Monde en septembre.

Journalisme fondamentalement alternatif

 L’Eldorado tout proche, alors, était dans ce « pure player » « fondamentalement alternatif par sa gouvernance, son modèle économique et son fonctionnement » – une affaire dirigée par le psychanalyste Gérard Miller et la communicante chargée des campagnes de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou.

Pourquoi cette prise de distance ? Parce que LeMédia  « ne répond plus, à nos yeux, à la promesse initiale ». Parce qu’il y a eu le limogeage d’Aude Rossigneux mais aussi, nous dit Ariane Chemin, à cause des propos tenus à l’antenne, vendredi 23 février, par Claude El Khal, correspondant (Le Monde met des guillemets à ce terme) au Liban de la chaîne sur la guerre de Syrie. Il avait justifié le choix de ne pas diffuser d’images des massacres perpétrés dans la Ghouta orientale, en banlieue de Damas, au motif qu’elles ne seraient pas « vérifiées de manière indépendante » et par refus du « sensationnalisme ».

« Quand l’information et la culture sont trop souvent traitées comme des marchandises, quel rôle les citoyens peuvent-ils encore jouer pour faire vivre le pluralisme et le débat ? Cette question appelle une réponse qui ne saurait attendre » pouvait-on lire dans la tribune de lancement de LeMédia. C’était en septembre dernier. En mars, la réponse n’est toujours pas trouvée.

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Populisme : le «Bar-Tabac-Loto Le Salutaire » s’invite dans notre Hémicycle démocratique

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Elle aura fait le buzz, sur les réseaux sociaux et aux comptoirs, cette intervention du remuant François Ruffin journaliste devenu député (La France Insoumise, Somme). Il a a pris, hier, la parole devant ses collègues de l’Assemblée nationale – à l’occasion d’un débat sur le football professionnel et en portant le maillot de la commune d’Eaucourt-sur-Somme.

Le « Bar-Tabac-Loto Le Salutaire » peut-on voir sur les infinies duplication de la vidéo. « Aux couleurs de l’un de ces bar-tabacs ruraux ou de quartiers qui aident les équipes de sport locales, observe le site des buralistes français. Le sport du peuple, la proximité des joies simples et de l’exploit pour soi. Et un rappel au règlement, avec perspectives de sanctions, pour le député.

Cette sanction est aujourd’hui connue : « un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal » (que le député pourra contester devant le bureau de l’Assemblée) lui vaudra d’être privé, pendant un mois, de 1.378 euros, soit le quart de l’indemnité parlementaire. Résumons : l’élu LFI de la Somme, qui avait coécrit en 2014 « Comment ils nous ont volé le football – la mondailisation racontée par le ballon » , est monté en fin de matinée à la tribune de l’Assemblée et a enlevé son pull pour dévoiler le maillot vert de « l’Olympique Eaucourt ».

 Voulant prendre le contre-pied (sic) de la ministre Laura Flessel qui selon lui « n’a parlé de sport qu’en termes de compétitivité, comme un trader  », François Ruffin a narré la vie des bénévoles « qui lavent, plient et rangent les maillots pour pas un rond », en vantant « le don de soi dans une société où tout se marchande  ».

Pause déjeuner et contre-pied 

Cet épisode n’a pas plu au président de séance Hugus Renson (LREM) qui a rappelé à son collègue, au terme de son intervention, « le respect dû à nos débats qui implique une tenue correcte qui soit digne des lieux ». « Vos extravagances vestimentaires ne rendent pas hommage au travail que nous devons mener dans cet hémicycle », a-t-il lancé, avant de suspendre la séance pour la pause déjeuner.

A la reprise de la séance à 15 heures, le député est revenu avec son maillot, provoquant la suspension immédiate des débats. Au terme d’une vingtaine de minutes le président de l’Assemblée François de Rugy (LREM) est intervenu pour infliger cette sanction au député, estimant que son comportement « relève d’une provocation ».

François Ruffin a répondu être « très fier de faire entrer dans l’hémicycle le visage de tous les gens des petits clubs », avant de remettre son pull « en apaisement ».

Le sport du peuple… la proximité des joies simples… l’exploit pour soi…. Tout cela fait le « buzz » – y compris sur les sites de luxe, généralement inconnus des bars-tabac-loto. C’était le but. Il est marqué. Et le score est déjà oublié.

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Censurer le tabac au cinéma : quand la ministre Agnès Buzyn saisira-t-elle qu’elle se fourvoie ?

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Rien de pire, parfois, que le premier degré, la volonté de trop bien faire, le pouvoir politique de trop embrasser. On suspectait Agnès Buzyn d’être exposée à ces risques. La ministre des Solidarités et de la Santé vient de le confirmer : nous venons d’entendre qu’elle annonce sa volonté d’interdire les images de cigarettes consommées sur les pellicules des salles obscures. Et elle dit avec une forme d’ingénuité qui ne manque pas d’interroger :

« Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen [ministre de la Culture] pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Violence rare

Quelles mesures ? On imagine sans mal l’embarras de François Nyssen, bouclier politique officiel de la création artistique, embarquée d’autorité dans cette entreprise. Quelles mesures contraignantes pourra-t-elle cautionner sans apparaître aussitôt trahir sa mission ?  Tout a été résumé par le philosophe médiatique Raphaël Enthoven. C’était sur Europe 1, une charge d’une violence rare contre la ministre de la Santé. La fiction n’est pas la vertu.

 « La déclaration d’Agnès Buzyn au Sénat la semaine dernière – que nous avons signalée immédiatement à nos lecteurs  – commence à susciter une inquiétude dans les médias et l’opinion publique, observe le site des buralistes français. Elle annonçait  »des mesures » contre la présence du tabac et de fumeurs dans la création cinématographique française. Depuis les réactions s’enchaînent : sur les réseaux sociaux (voir « Nous sommes 13 millions de fumeurs adultes et responsables ») ou dans les conversations quotidiennes … tout cela amplifié dans les médias. » Et de citer Jean-Michel Helvig (La République des Pyrénées)

« (…) Si ne plus montrer de clopes au cinéma fait arrêter de fumer, alors chassons des scénarios les crimes, viols, vols, drogues et toutes formes de déviances, ainsi vivra-t-on enfin dans un monde irénique. Il y a quelques années, d’aucuns avaient cru bien faire, en effaçant sur les affiches la pipe de  »Monsieur Hulot » ou le mégot de Jean-Paul Sartre. Le sens du ridicule avait éteint de telles initiatives, espérons que le bon sens évitera au gouvernement de s’ériger par la loi en critique cinématographique. »

Cigarettes après l’amour

Où l’on retrouve, sur le fond, le vieux débat des possibles vertus de la censure, celui de l’hygiénisme qui confine au totalitarisme. Comment raisonnablement progresser dans la réflexion politique sans entendre la voix des soignants spécialistes de la prise en charge des addictions ? Comme le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :

« Entre censure et incitation à la consommation du plus grand serial killer de tous les temps (j’ai nommé le tabac fumé) entre effacement des oeuvres et placement de produit quel camp choisir ?  Nos biens les plus précieux sont la santé et là liberté. Les addictions menacent les deux. Mais, en aucun cas, on ne saurait toucher à la liberté d’expression pour raisons hygiénistes. Perdre la liberté artistique au nom de la santé deviendrait un risque de sclérose existentielle. La vie est une maladie sexuellement transmissible, constamment mortelle. Faut-il la censurer ? 

 « Non, protéger n’est pas vivre sous un immense préservatif; prévenir est lutter contre toute propagande dangereuse mais en sachant raison garder. Ne pas faire de publicité pour le tabac est une évidence (comme pour l’alcool ajouteraient nos sénateurs qui ont détricoté la loi Évin durant le quinquennat Hollande ….). Pour autant un film est une vision de la réalité pas un Photoshop sanitaire. C’est en partant de cette réalité et non en la niant que l’addictologue peut agir. En connaissant les fonctions positives initiales, en diminuant les risques des plaisirs, en se méfiant des tyrannies, comme celles de l’idéal et de l’abstinence. » 

Pour le Dr Lowenstein il est possible de ringardiser le tabac, d’en diminuer l’attractivité sans toucher à l’art, à la créativité. Possible et socialement sain.  « Ringardiser le tabac, c’est apprendre à décoder, à sourire des scènes  »cigarette après l’amour » et non pas supprimer l’amour, dit-il. Quant à l’addictologue, parce qu’il est du côté de la vie, il ne saurait la gommer. »

 A demain

1 Sur ce thème on lira aussi avec le plus grand intérêt l’entretien accordé à L’Obs par Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération addiction : « Interdire la cigarette dans les films français : censure ou mesure de santé publique ? »

 

 

 

Suicides à l’AP-HP : tout ce que Martin Hirsch dit à « L’Obs » ; et tout ce qu’il ne lui dit pas

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Poursuivant la promotion de son dernier ouvrage Martin Hirsch a accordé un entretien à L’Obs (sur abonnement). Depuis quatre ans déjà à la tête de l’AP-HP, le directeur général estime qu’il faut « réhumaniser » l’hôpital. A la fois un aveu et un programme.

Il évoque brièvement les impossibles urgences, la perversité de la tarification à l’activité, la vie qui n’a pas de prix et les soins qui ont un coût, des besoins infinis et un budget qui ne l’est pas. Il dénonce la « loi Bachelot de 2009 » et ses « pôles » –  défend une vision plus humaine via les « conseils de service ».

Et puis cette question : «  Depuis le début de l’année, des infirmiers se sont suicidés à Cochin, à Saint-Louis, à Pompidou … En décembre 2015, c’est un cardiologue, le Pr Jean-Louis Mégnien qui s’était lui aussi donné la mort à Pompidou. Quelles mesures ont été prises pour éviter que de tels drames ne se reproduisent ? »

Réponse : « Au-delà des premières actions mises en œuvre pour mieux détecter, mieux signaler et faire intervenir des personnes neutres quand un conflit se déclenche, nous avons encore beaucoup à faire. Des propositions ont été transmises aux organisations syndicales et passeront devant nos instances d’ici à la fin de l’année. »

Harcèlement moral

Fin octobre, après des déclarations du directeur général sur le harcèlement hospitalier, le bureau de l’association nationale Jean-Louis Mégnien avait publié un communiqué. Extraits :

« L’AP-HP connaît un grand nombre d’affaires de harcèlement moral. Certaines ont eu une fin tragique, comme celle qui a touché le Pr Jean-Louis Mégnien, alors qu’une alerte sur le harcèlement présumé dont il a été victime avait été lancée directement auprès de M. Martin Hirsch. Plusieurs autres situations de harcèlement moral ont valu à l’AP-HP d’être condamnée, et ce de façon définitive dans au moins deux cas récents, l’un à l’hôpital Ambroise Paré, l’autre à l’hôpital Henri Mondor (…) »

Les responsables de cette association précisaient avoir écrit à deux reprises au directeur général de l’AP-HP (avec copie à la ministre) : la première fois en février 2017 (copie à Marisol Touraine) ; a deuxième en juin 2017 (copie à Agnès Buzyn). L’association s’étonnait que les personnes désignées par la justice administrative comme auteurs de faits de harcèlement moral n’aient été en aucune manière sanctionnées.

Cœur ouvert

« M. Martin Hirsch ne nous a pas répondu, précisaient-ils. L’attitude de la direction générale de l’AP-HP n’est pas acceptable car elle ne fait qu’encourager de tels agissements. Nous constatons aussi des actes de maltraitance de la part de certains hauts responsables administratifs, sans réaction de la part de leur hiérarchie. L’un d’eux accusé de harcèlement sexuel a même été promu. »

Plus généralement, et au-delà des cas individuels, l’association s’interrogeait sur la détérioration des conditions de travail à l’hôpital public. « La gestion des ressources humaines est marquée par la dureté, la déshumanisation, la soumission brutale aux impératifs comptables plutôt qu’au respect de l’Etat de droit, de la qualité des soins et de la dignité des personnels, concluaient les responsables. La succession de suicides d’agents de l’hôpital public en est le symptôme le plus inquiétant. Il est grand temps de remettre en cause ces pratiques managériales pathogènes. »

L’ouvrage du directeur général a pour titre « L’hôpital à cœur ouvert ».

A demain