Scandale au SAMU : l’opératrice parle et dit être « lynchée sur la place publique »

Bonjour

Jamais un échange téléphonique aussi bref (3’04) avait suscité aussi vite une telle indignation nationale : « Allo ne quittez pas le permanencier du samu 67 va vous répondre…. Allo ne quittez pas le permanencier du samu 67 va vous répondre… ». Abscence totale d’empathie (euphémisme) et, in fine, la mort de Naomie, 22 ans.

Depuis sa révélation, fin avril, par le lanceur d’alerte alsacien Heb’di la principale accusée, l’opératrice, restait silencieuse. Dimanche 13 mai, elle s’est exprimée dans un très bon reportage-enquête diffusé par M6 dans l’émission « 66 minutes ». Voir à partir de 30’. On y voit et entend Naomie chanter, ses proches pleurer. D’autres racontent les passions de cette jeune mère. Et l’on voit et entend, enfin, Thierry Hans, directeur du mensuel l’Heb’di («Accroche-toi » en alsacien, 15 000 exemplaires).

Puis on entend à nouveau l’enregistrement téléphonique. « Comme un diagnostic fait avant l’appel » dit, justement, Thierry Hans. Puis on entend, pour la première fois, l’opératice, une ancienne ambulancière (pendant vingt ans), opératrice depuis quatre ans. Par téléphone, elle confie vivre cloîtrée chez elle : « Moi je suis lynchée sur la place publique. » Avant d’ajouter : « Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais peut-être plus de ce monde aujourd’hui. » Elle précise que certains de ses collègues ont reçu « des menaces ». « Les équipes qui vont intervenir sur le terrain risquent aussi de se faire caillasser, ou ce genre de chose », s’inquiète l’opératrice.

Dans son échange avec la journaliste de M6, l’employée du Samu reconnaît une réponse « malvenue », mais assume avoir renvoyé Naomi vers SOS Médecins. Elle refuse de porter l’ensemble de la responsabilité de l’affaire. « Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système. On est sous pression en permanence. On travaille douze heures d’affilée – en tout cas à Strasboug. Ce sont des conditions de travail qui sont pénibles. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout. Quand on passe en procédure dégradée parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde censé les gérer, on n’y arrive pas ! »

Des propos formellement et tranquillement contestés par Christophe Gautier directeur général des Hospices civils de Strasbourg. Une seule hypothèse selon lui : « une faute individuelle ». Trois enquêtes sont en cours.

A demain

 

 

Le président de la République parle aux malades et à ceux qui les soignent (extraits choisis)

Bonjour

Hier, 31 décembre 2017, le président de la République a présenté ses vœux aux Français. Extraits choisis :

« Mes chers compatriotes,

Alors que l’année s’achève, je suis heureux de vous retrouver pour vous présenter pour la première fois mes vœux pour l’année 2018. Je vous espère en famille, au milieu de vos proches, de celles et ceux qui vous aiment.

Je sais aussi que certains d’entre vous sont aujourd’hui au travail parce qu’ils font partie des forces armées ou des forces de l’ordre, parce qu’ils sont médecins ou personnels soignants, parce qu’ils sont en charge des transports ou de la continuité des services publics. Je veux ce soir les remercier pour cet engagement.

Je sais aussi que plusieurs d’entre vous ce soir sont seuls, souffrent ou sont malades et je sais que dans ces moments de fête et de retrouvailles, cette solitude et cette souffrance sont plus dures encore à supporter. Alors à nos concitoyens qui sont dans cette situation, je veux dire qu’ils appartiennent à une grande Nation et que les mille fils tendus qui nous tiennent, sont plus forts que leur solitude et je leur adresse une pensée fraternelle. (…)

Je veux aussi miser sur la fraternité. La fraternité, c’est ce qui nous unit, ce qui nous a fait un, ce qui nous tient ensemble. Je crois dans la réussite, dans les succès mais que valent ces succès s’ils ne sont en quelque sorte que les succès de quelques-uns ? Que s’ils nourrissent les égoïsmes ou les cynismes ? Rien de bien durable. Tant de Nations sont en train de se fracasser parce que seuls quelques-uns y réussissent ! Nous avons en effet besoin de repenser un grand projet social pour notre pays, c’est celui-ci que je déploierai durant l’année qui s’ouvre. C’est celui qui doit inspirer notre politique de santé, notre politique en faveur de celles et ceux qui vivent en situation de handicap, notre politique d’hébergement pour les sans-abri, notre politique sociale aidant les plus démunis. 

Exceptionnel

Sans cela, sans cette exigence humaniste, notre pays ne se tiendra pas uni. Cela implique des règles et de la rigueur aussi et je sais parfois quelques tensions éthiques que je ne sous-estime pas et que j’assume pleinement. Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri (…)Comptez sur ma détermination entière en la matière. (…)

Enfin, notre cohésion nationale dépend aussi de votre engagement. Oui, la cohésion de la Nation, ça n’est pas simplement le travail du président de la République, de son Premier ministre ou du gouvernement ; c’est le travail de chacune et chacun d’entre vous. Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays et au-delà de votre quotidien, de votre vie, parfois de ses difficultés, dites-vous toujours que vous appartenez à un collectif plus fort, plus grand que vous : la Nation française. C’est ce collectif qui vous a éduqué, qui vous soigne, qui quand vous tombez, vous aide à vous relever, qui vous aidera dans vos vieux jours et dites-vous à chaque instant que vous avez quelque chose à faire pour la Nation. J’ai besoin de cet engagement. (…) Nous sommes capables de l’exceptionnel.

Vive la République et vive la France. »

Pour ses premiers vœux aux Français en tant que Président de la République, Emmanuel Macron a rassemblé 11,2 millions de téléspectateurs, précise Le Figaro. Selon le site Ozap, c’est TF1 qui a rassemblé le plus de spectateurs, avec 4,1 millions de Français soit 24,1% de part d’audience. Tout juste derrière, France 2  a obtenu 23,6% d’audience soit 4 millions de personnes. Ensuite, 1,8 million de Français ont choisi France 3, et seulement 997.000 ont regardé les vœux sur M6. France Ô ferme enfin la marche avec 2000 téléspectateurs.

Un succès ? L’an dernier les derniers vœux de François Hollande avaient attiré 10,1 millions de spectateurs, et ceux de la fin d’année 2015 avaient rassemblé 11 millions de spectateurs. Nouveauté ? En plus des vœux télévisés, qui ont duré environ 20 minutes, Emmanuel Macron a, en même temps, diffusé des vœux raccourcis à deux minutes, sur les réseaux sociaux.

A demain

 

 

Tennis et tragédie : l’étrange symptomatologie de Marion Bartoli. Elle dit craindre pour sa vie

Bonjour

Une championne et une énigme. Tous les lecteurs de L’Equipe ont connu et se souviennent de Marion Bartoli, 31 ans. Née au  Puy-en-Velay (Haute-Loire) elle fut joueuse de tennis professionnelle de février 2000 à août 2013. Le 30 janvier 2012, elle se hisse au 7e rang mondial, son meilleur classement. Gloire nationale. Le 6 juillet 2013, pour sa deuxième finale en Grand Chelem, elle remporte Wimbledon face à l’Allemande Sabine Lisicki. Gloire absolue : elle  devient l’une des trois seules Françaises de l’ère Open (avec Mary Pierce et Amélie Mauresmo) à avoir gagné au moins un titre en Grand Chelem et à avoir atteint les quarts de finale en simple dans les quatre tournois du Grand Chelem.

Puis la chute, brutale, mystérieuse, inacceptable (pour ses fans et la presse tennistique) : le 14 août 2013, après sa défaite face à Simona Halep au second tour de l’Open de Cincinnati, elle annonce brutalement sa retraite du tennis professionnel à cause de toutes les blessures et des douleurs qu’elle n’est plus en mesure d’endurer : « J’ai le sentiment que le moment est venu pour moi de m’en aller. Je n’y arrive tout simplement plus […] Mon corps n’arrive plus à tout supporter. »

Douleurs résurgentes

Vient le temps de l’errance assumée, de la reconversion anticipée, des angoisses identitaires. La chaîne Eurosport en tant que consultante lors de l’US Open. Elle n’a « aucun regret » d’avoir annoncé sa fin de carrière mais n’écarte pas totalement l’idée d’un retour car « on ne sait jamais ce qu’il va se passer ». De la difficulté de décrocher… Première saison de l’émission de M6 : Ice Show, au côté notamment de Richard Virenque et Kenza Farah. Tristesse. Elle est coachée par Gwendal Peizerat, comme le chanteur Merwan Rim. Finalement elle doit renoncer à participer au show, à la suite de douleurs apparues lors des entraînements.

Plusieurs projets … dessiner sa propre collection de bijoux et lancer ses collections d’articles de sport, de chaussures. On la voit même lancer son propre yogourt glacé à Wimbledon. Le 2 mars 2015, elle tweete, s’interroge sur son retour ou non au tennis. Puis met finalement un terme à la rumeur d’un come-back : « Je voulais juste impliquer mes fans, voir ce qu’ils pensaient à mon sujet ».

Nous sommes en juillet 2016. Marion Bartoli « a peur pour sa vie ». Elle évoque un mystérieux virus contracté en février, qui la rend « très malade » et lui a fait perdre beaucoup de poids. C’était le jeudi 7 juillet sur la chaîne britannique ITV. « J’ai peur pour ma vie, je crains qu’un jour mon cœur s’arrête », a-t-elle dit dans l’émission « This Morning ». C’était au lendemain de de son éviction du « tournoi des légendes » à Londres pour « raisons médicales ».

Tweeter avec des gants

« Ma vie est devenue un cauchemar (…) Je suis en train de dépérir et je ne sais pas pourquoi », a-t-elle ajouté. Tous les téléspectateurs ont été frappés par son apparence chétive, son visage marqué, ses démentis quant aux  rumeurs d’anorexie. « Je ne m’inflige pas de souffrances à moi-même » assure-t-elle. L’hypothèse diagnostique ? Elle a dit avoir « attrapé un virus », que les médecins ne peuvent nommer. C’était en février après  trois longs trajets en avion entre l’Australie, l’Inde et New York. « Au début, je pensais que c’était dû au décalage horaire », a-t-elle dit. Mais après deux autres voyages à Dallas et à Miami, pour ses activités liées à la mode, elle s’est sentie « de plus en plus mal »« Mon corps refusait de plus en plus de choses », ajoute-t-elle.

 « Je ne peux plus pianoter sur les touches de mon téléphone portable sans utiliser de gants » dit-elle encore, évoquant des risques de « tachycardie ». Elle dit aussi qu’elle ne se lavait plus qu’à « l’eau minérale », qu’elle ne portait plus de bijoux et qu’elle ne pouvait manger que des légumes bio. Pas de sucres, pas de sel, pas de gluten. « J’en suis réduite à manger des salades et des concombres sans la peau parce que mon corps ne la supporte pas. » « Ce sont des méthodes de survie. Je prie Dieu tous les jours pour revenir à une vie normale. »

Marion Bartoli ne peut plus tweeter sans gants. Elle ne peut plus nous parler. Le tennis ne veut plus d’elle. Elle doit commencer un nouveau traitement lundi dans une clinique pour soigner son mal. Quel est ce mal ?

A demain

Vincent Lambert : ce regard que le CSA aurait aimé censurer sur huit chaînes de télévisison

Bonjour

A quoi sert au juste le CSA, ce « gendarme de l’audiovisuel » ? C’est une question qu’habituellement on ne se pose guère. Qui, d’ailleurs, sait en France ce qu’est le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce que l’audiovisuel au temps du numérique ? Le CSA fait songer à l’ORTF. On l’imagine en noir et blanc, faisant la part du grain et de l’ivraie. Les antiques ciseaux, jamais rouillés, de la censure. Mieux, ceux de l’autocensure, de la peur du gendarme. C’est le carré blanc pour les petits enfants à l’époque de l’i-phone.

Mimiques

On se souvient de la vidéo du visage de Vincent Lambert – et des émois qu’elle suscita. Ce qu’on voulut lui faire dire et qu’elle ne disait pas. Pour beaucoup ce fut la découverte d’une réalité : les personnes en état végétatif chronique ne sont pas des corps rivés à des machines. Cela ne change rien à leur degré de conscience mais cela n’en fait nullement des morts-vivants. Ils ont des yeux ouverts, des cycles veille-sommeil et comme des mimiques qui n’en sont pas mais que l’on se plait à interpréter. Dans un sens ou dans un autre. Ce sont d’ailleurs ces mimiques, ces comportements réflexes qui furent interprétés comme « des refus de soins » – interprétation qui conduisit à la décision d’un processus de fin de vie – le début de la tragédie que l’on suit.

La diffusion de cette courte vidéo, sur les réseaux sociaux souleva la question de son exploitation par les chaînes de télévision. Conférences de rédaction…  interrogations sur la concurrence…  appels des directions… consultations des services juridiques…  l’impasse… le floutage… l’intégral … Chaque chaîne fit comme elle put, comme elle crut devoir faire, se contredisant parfois à quelques heures de distance.

Intimité

Aujourd’hui 18 juin le CSA agit. Huit jours plus tard. Il vient de faire savoir qu’il a « mis en garde » BFM TV, LCI, M6 et TF1. « La diffusion de ces images de M. Vincent Lambert sans consentement préalable et sans floutage constitu(e) une atteinte à l’intimité de sa vie privée et à son image » fait valoir, dans sa sagesse désuète  le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce n’est pas tout : le CSA a également adressé un « courrier » à Canal+, France 2, France 3 et i-Télé – qui ont, eux, flouté le visage de Vincent Lambert. Le gendarme leur rappelle « que la diffusion de telles images sans consentement préalable était de nature à porter atteinte à l’intimité de la vie privée ».

Le gendarme de l’audiovisuel avait été saisi le 10 juin. Par qui ? On rappellera, ici, que ce sont des proches du malade, réunis en « comité de soutien » qui sont à l’origine de cette initiative.  On y voit le malade sur son lit d’hôpital, les yeux mi-clos ; une main plaque à son oreille un téléphone portable qui diffuse la voix de sa mère venant d’apprendre la décision de la CEDH le concernant. Un autre plan serré montre son demi-frère David en train de lui parler, penché à quelques centimètres de son visage alors que le patient cligne des yeux et semble du regard. « Cette vidéo piétine sa dignité et son droit à l’image, c’est de la manipulation intellectuelle en jouant sur l’émotion », avait alors réagi le Dr Éric Kariger, l’ancien médecin de Vincent Lambert.

Excuses

Et maintenant ? La « mise en garde » est le premier niveau d’avertissement du CSA avant la « mise en demeure ». En cas de récidive, après une « mise en demeure », le CSA peut décider (dans de très rares cas) de « sanctions », comme la suppression d’une tranche de publicité, la lecture d’un « communiqué d’excuses » lors d’un journal télévisé. Voire une amende. Les plus âgés songent immanquablement, ici, à un sketch de Coluche concernant les sanctions pouvant frapper les policiers et la maréchaussée.

Qui contrôle le CSA ?

A demain

Angoulême : ses alcoolisés engrillagés, son Festival de la bande dessinée menacé

Bonjour

Xavier Bonnefont jeune maire (UMP) d’Angoulême (Charente) tiendra-t-il le choc ? Il a fait démonter en catimini, dans la nuit du 25 au 26 décembre, l’appareillage de cages grillagées qu’il avait fait monter la veille de Noël sur les neufs bancs du centre de ca ville.  Neuf bancs « attenant à la verrière de la galerie du Champ de Mars » utilisés de manière récurrente par des SDF présentés comme régulièrement alcoolisés. Révélée par La Charente Libre l’affaire avait déclenché une vague locale, puis nationale, d’indignation. Un phénomène amplifié par la mise au point plus qu’embarrassée du maire et de ses adjoints.

Dangerosité

La nuit de Noël tombée Antoine Truffaux, directeur de cabinet indiquait que le maire avait décidé « d’enlever provisoirement les grilles en raison de leur dangerosité ». Cette après-midi, deux ados s’y étaient introduits. Mais le directeur de cabinet à aussi précisé que ces grilles seront réinstallées dès l’arrivée des galets de l’installation paysagère. Cette réinstallation verra-t-elle le jour ?

Marginaux

Le jour de Noël Xavier Bonnefont avait réagi sur sa page Facebook, en insistant sur le fait que cette mesure ne vise pas les SDF mais les marginaux:

« Neuf bancs attenant à la verrière de la galerie du Champ de Mars, sur la trentaine que compte la place, ont été grillagés pour devenir des panneaux en gabion. Il s’agit d’une installation paysagère contenant des galets, qui s’inscrit dans l’esthétique minérale du lieu.

Cet aménagement est en cours et je comprends qu’il puisse, en l’état, susciter l’interrogation de certains de nos concitoyens. Je regrette que les travaux aient commencé à la veille de Noël.

Cette mesure, prise en concertation avec les commerçants, ne vise aucunement les SDF, mais les marginaux qui se livrent à une alcoolisation récurrente, et les trafiquants de stupéfiants qui « squattaient » ces bancs en interdisant l’accès au grand public.

Elle s’inscrit dans un dispositif global qui comprend le renforcement des patrouilles de la Police nationale et municipale avec des cadencements quotidiens, la vidéo-protection, le nettoyage des trottoirs deux fois par jour à proximité de l’entrée de la galerie du Champ de Mars, mais aussi une médiation sociale auprès des sans abris, dont une vingtaine ont déjà été accompagnés par la municipalité. »»

Bancs mis en cage

Le 25 décembre La Charente Libre veillait au grain :

« En ce jour de Noël, pas grand monde dans les rues d’Angoulême. Excepté à l’angle de la verrière du Champ de Mars, où les gens du coin viennent voir les fameux bancs mis en cage depuis hier, et révélés par Charente Libre. Les médias nationaux sont là, caméras et micros de TF1, M6, BFM TV, RTL ou France 2 alpaguent les riverains qui ne demandent qu’à commenter ce qu’ils considèrent comme une honte. Des anonymes ont accroché aux grillages des pancartes pour afficher leur indignation

Galeries Lafayette

Thierry Courmont, commerçant de la Galerie marchande, fait face aux micros, et défend mordicus son point de vue: «  »Il ne s’agit pas de SDF, mais de marginaux. Les SDF, ils sont plus loin (il montre les galeries Lafayette), ils ne nous dérangent pas. Ici, ce sont des gens qui dealent de la drogue ». Un passant l’interpelle: « Même le FN ne le fait pas! Ca ne vous choque pas? » Les Angoumoisins viennent faire des photos, commentent, ironiques, la qualité du travail, s’interrogent sur le prix de ces cages. « 3000€ l’unité », croit savoir l’un. On se prend la tête dans les mains. On lâche: « Angoulême est la risée du monde ». »

Verrue politique

La risée du monde ? Il ne faut pas exagérer. Disons qu’Angoulême est devenue, l’espace d’un Noël, un bel abcès, un abcès grotesque doublée d’une verrue politique. Un objet d’indignation doublé d’une menace. Internet a amplifié l’évènement, et des menaces pèsent désormais sur le prochain et célèbre Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (29 janvier-1er février).

Leurs fesses

Denis Robert, Yan Lindinge, Lefred Thouron et Diego Aranéga, ont ainsi adressé une lettre ouverte cinglante au maire d’Angoulême en lui demandant de retirer ces cages:

« Au début, nous avons cru à un gag mais il a bien fallu nous rendre à cette évidence.  Vous avez réellement fait grillager les bancs publics d’Angoulême pour éviter que les sdf et autres punks à chien ne s’y posent. Il est très délicat pour nous, dessinateurs,  journalistes, éditeurs, amateurs de bandes dessinées ou simples passants d’accepter cette manifestation d’intolérance, de laideur et d’indignité sans broncher. Nous vous demandons donc de retirer ces grilles et de rendre aux bancs publics d’Angoulême leur fonctionnalité. Nous aimerions y poser nos fesses lors du prochain festival. Cela vous éviterait des embarras et des manifestations supplémentaires de notre désarroi. »

Front national

« Quelle honte, ce n’est pas ça la France » tweete  le député (PS, Mayenne) Guillaume Garot, président du Domaine national de Chambord.

Quelle France ? Le Front National de la Charente vient de réagir, par la voie de son responsable départemental Christophe Gillet :

« Le Front National de la Charente, une fois n’est pas coutume, soutient cette action de la municipalité d’Angoulême concernant la condamnation des bancs au Champ de mars. Il s’agit d’une mesure de bon sens visant à stopper les graves troubles à l’ordre public perpétrés chaque jour par des marginaux et dealers en tous genres. Ils pourrissent la vie des commerçants et riverains quotidiennement. »

Béquilles-alcool

Un marginal, membre du groupe angoumoisin  des « SDF alcoolisés » témoigne: « Je viens ici pour rejoindre mes amis. C’est vrai, il y a de l’alcool et de la drogue. Quand on vit dans la rue, on a besoin de béquilles. Je comprends que ça gêne les gens. Mais c’est un peu radical, comme solution, non? Peut-être que la médiation aurait suffi, on aurait pu se déplacer dans un coin un peu plus reculé. Tout ce qu’on veut, c’est être entre potes. »

Entre « potes » ? A Angoulême ? Sur des bancs publics ?

A demain

Avec le baclofène, M6 rend la maladie alcoolique télégénique

Bonjour

On peut tout mettre en scène. Surtout le malheur. Longtemps la maladie résista. Puis le sida arriva, qui autorisa des spectacles la veille encore impensables. Hier, 16 mars 2014, M6 a démontré que la tragédie alcoolique pouvait, elle aussi, ne pas résister à un bon scénario (1). Il suffit pour cela d’un peu de savoir faire, d’une bonne histoire  et de quelques bons acteurs. Audiences assurées.

Joseph Kessel

Avec l’alcool les choses sont assez simples. Les alcooliques sont généralement des acteurs formidables.  Ils écrivent eux-mêmes leur rôle mais personne (surtout eux) ne connaît la fin de l’histoire. Les alcooliques ont une famille qui les soutient – ou pas. Le plus souvent ils rechutent. Des médecins, des alcoologues, des psychologues, des infirmières, des centres de désintoxication sont là. Des médicaments aussi, des associations où les médecins qui ont souvent fait une croix sur  le corps médical – les célèbres AA (Joseph Kessel). Parfois tout cela aide à sortir de l’enfer. Parfois pas.

Ivresses programmées

Aujourd’hui le fléau gagne. C’est la même maladie, les mêmes rites sous de nouveaux visages, sous de nouvelles appellations, avec de nouvelles fréquences et de nouvelles doses. Binge drinking, neknomination. La vieille assuétude touche plus tôt les jeunes et, plus encore, les jeunes femmes, les jeunes filles. Ces dernières s’affichent en terrasse, souvent en fumant. Où il est démontré que l’ « égalité » peut ne pas toujours être un progrès.

Hier M6  nous a donné hier une bonne partie de l’alcoolisme contemporain en spectacle – spectacle entrelardé de publicités.  Nous vîmes surtout de jeunes filles accepter que l’on filme leurs ivresses programmées. Une ou deux bouteille d’ « alcool de patate » avant de partir en soirée. On fume, on boit. On drague, on boit. On expérimente, on a des sensations, on boit, on reboit, on croit partir à le découverte de soi. D’ailleurs on y part ;  de plus en plus souvent. Et puis, c’est écrit, il est de plus en plus difficile de revenir chez son autre soi. Puis on n’y revient plus. Ou beaucoup, beaucoup, plus tard – le corps assez abimé avec comme un goût de renaissance.

Vichy

Au cœur de ce Zone Interdite trois parcours de femmes. Des parcours mis en scène bien sûr mais des parcours sur la durée où il n’était pas trop difficile de faire la part du vrai, du joué et du surjoué. Une mise en abyme au carré, aussi, avec la caméra filmant la caméra d’une alcoolique formidable filmant, à Vichy, sa tentative de remontée de son propre abyme de bière. Le tout en compagnie du baclofène.

Où l’on voit que la communauté des alcooliques et des alcoologues a beaucoup à faire avec cette vieille molécule. Pénétrant dans quelques cabinets médicaux la caméra de Zone Interdite laissa entrevoir les incohérences  majeures de la situation actuelle. Nous vîmes un généraliste expérimentant – puis refusant de suivre sa malade dans l’escaladeOu la patiente dictant au psychiatre d’un jour ce que devait être sa posologie. Le pharmacien d’officine (masqué) refuser de délivrer. L’’alcoolique guéri (non médecin) conseillant sur la Toile les nouveaux adeptes quant aux doses de permettant d’atteindre les espaces thérapeutiques du désintérêt de l’alcoolique pour l’alcool. Puis les rechutes sous baclofène.

Paroles sur l’alcool

Ces parcours de femmes, ces incohérences structurelles, cette critique d’une administration comme hors-sol  suffisaient pour comprendre le chemin collectif qui reste à accomplir face à l’alcoolisme. Le reste, la petite cuisine pharmaceutique, apparut ce soir là comme hors-cadre, déplacé. On gagnerait sans doute, tous, à l’oublier. L’essentiel, sur le fond: une révolution est-elle en marche dans le champ de l’alcoolisme comme elle l’est dans celui du tabagisme avec la cigarette électronique? Assiste-t-on à la reprise en main, par lui-même, de l’alcoolo-tabagique?

La diffusion de ce documentaire coïncidait avec « l’octroi » d’une disposition réglementaire qui devrait faciliter son usage. Déjà des nuages apparaissent, de nouvelles critiques émergent.  Tout se passe comme si le baclofène ne pouvait, décidément, rentrer dans le cadre existant.  Pour l’heure il permet de libérer la parole sur l’alcool. C’est déjà beaucoup.

Guy Debord

La mise en scène de la guerre du baclofène aidera-t-elle les malades alcooliques, ceux qui les aident et ceux qui les soignent ? Le spectacle de cette société peut-il avoir des vertus thérapeutiques ? On aimerait, ici, entendre l’impossible Guy Debord. Mais ce n’est pas possible, depuis vingt ans, pour les raisons que nous savons.

A demain

(1) Zone Interdite. « Emission Femmes : enquête sur les nouvelles victimes de l’alcool » Une enquête de 90 minutes de Stéphane Girard avec Stéphane Mallard. Un film produit par TAC Presse.

(2) Kessel J. Avec les Alcooliques Anonymes. Avant-propos de Fabienne Deschamps. Editions Gallimard, collection Folio.

Don d’organes : s’il suffisait de « le dire » …

Nous manquons d’organes transplantables. Près de cent mille personnes, en France, s’opposent au prélèvement. Les autres sont officiellement des donneurs « présumés ». Dans les faits ils ne le sont pas. Comment sortir de l’ambiguïté ? L’Agence de la biomédecine s’y essaie. A vous de juger.

Avez-vous prêté intérêt à la « Journée Nationale de réflexion sur le don d’organes et la greffe, et reconnaissance aux donneurs » ? Saviez-vous que cette journée existait ? C’était le 22 juin, le lendemain d’une nuit largement consacrée à la musique et -dit-on- aux ivresses du solstice.

Solidarité biologique

Ce jour-là, une fois encore, l’Agence de la biomédecine a prêché pour la grande solidarité biologique associée à la non-patrimonialité des corps humains. On connaît les termes de l’équation. Le nombre des greffes d’organes augmente (élargissement des indications, progrès chirurgicaux et médicaux, vieillissement de la population) plus vite que celui des greffons disponibles (réduction du nombre des donneurs dû notamment à la réduction du nombre des accidents mortels de la circulation).

Des solutions sont trouvées : augmentation de l’âge des donneurs, facilitation – le cas échéant – du don de personnes vivantes, élargissement (prudent) des circonstances de prélèvement. Mais ces solutions se situent toujours à la marge. Le socle éthique et législatif demeure inchangé depuis la loi Caillavet de 1976 fondée sur le principe du consentement présumé : chacun d’entre nous est considéré comme un donneur potentiel après sa mort à moins de s’y être opposé de son vivant en s’étant inscrit dans le Registre national des refus.  Cette structure gérée par l’Agence de biomédecine compte aujourd’hui environ 100 000 noms.

« Il suffit de le dire »

Ce registre doit être consulté avant tout prélèvement. Mais nous savons aussi que si le nom du donneur potentiel n’y figure pas (et en dépit du principe du consentement présumé) les équipes médicales et chirurgicales demandent de facto l’accord de principe des proches. Et se heurtent souvent sinon à un refus du moins au manque de connaissance de ces mêmes proches quant aux volontés sur ce thème de celui qui vient de mourir (mais maintenu en état de « survie artificielle » – formule fausse et source de regrettables confusions).

C’est pour tenter d’éclaircir cette zone grise, cette zone de non-dit que l’Agence de biomédecine mobilise les énergies et les initiatives.  Elle nous a adressé, comme à beaucoup de journalistes, le lien d’un « film événementiel » (1). Voici ce lien  http://www.youtube.com/watch?v=H4Jh1X4eJz0 . Slogan : « il suffit de le dire. Maintenant. »

Relayez sur les sites de vos médias

L’Agence ajoute : « nous vous invitons non seulement à le visionner mais surtout, si cela vous est possible, à le relayer sur les sites de vos médias afin de mobiliser au maximum les Français autour du don d’organes car il crucial que chacun fasse le geste de transmettre sa position à ses proches. Nous comptons sur vous pour le relais de ce film afin de toucher le plus grand nombre de Français ».

Voilà, ici, qui est fait. Ce qui n’interdit pas les interrogations. Fallait-il que les sympathiques acteurs communiquent par téléphone pour, en trois secondes, confier à un de leur proche (qui manifestement ne comprend pas de quoi il retourne), un choix à ce point essentiel ? L’urgence et le téléphone sont-ils  ici métaphoriques ? Fallait-il absolument que tous soient favorables au don comme si les opposants n’avaient, par définition pas voix au chapitre ?

Ne fallait-il pas inciter à la réflexion personnelle (à l’introspection) plutôt que de donner la désagréable impression de forcer la main à des indécis ? Offrir à autrui des éléments de son corps pour permettre à autrui de prolonger la vie et le dire à ceux dont vous partagez la vie peut-il faire l’objet d’une campagne publicitaire ?  A vous de juger.

Sortir de l’ambiguïté ?

Il y aurait bien une autre solution : imposer à chacun, majeur, de faire figurer sur sa carte Vitale la nature de son choix (disposition modifiable à tout moment). Passer du consentement présumé au consentement explicite. Evoquer cette perspective dans les cénacles éthiques ou professionnels concernés conduit immanquablement  à la même réponse : ce serait réduire encore le nombre des donneurs potentiels. On en vient dès lors à supposer que la situation actuelle (ses ambiguïtés et les déchirements qu’elle suppose chez les proches au moment du choix) est encore préférable à celle où l’on en finirait avec la la zone grise. Est-ce bien la bonne analyse ?

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il y a peu la formule faisait fureur sur les ondes et dans les gazettes. Elle est du cardinal de Retz dont personne ne songe à célébrer, à Montmirail,  le demi-siècle de la naissance (20 septembre 1613). Mais célèbre-ton la mémoire d’un roué ?

 

(1) Ce « spot événementiel de deux minutes a, dimanche 23 juin, été diffusé aux heures de grande audience sur les grandes chaines de télévision (TF1, France 2, France 3, France 5, Canal+ et M6).

Il a été réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano (auteurs du film Intouchables) avec la participation de Nathalie Baye, Isabelle Carré, Marina Foïs, Gilles Lelouche et Frédéric Testot. « Sa mise en scène sans artifices permet de traiter d’un sujet lourd sans drame » explique l’Agence de biomédecine. Pour suivre l’actualité du don d’organes :

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