Agnès Buzyn, grippe, politique et vaccins : le « deux poids deux mesures » de la ministre     

 

Bonjour

C’est un jeune rituel médiatique  : la publication du rapport annuel de la très vieille Cour des comptes. Un rituel doublé d’une facilité journalistique : le travail est fait, Mediapart peut faire du copié-collé.

7 février 2018. La Cour nous offre son rapport. Glanons-y un extrait :  « La politique vaccinale : un enjeu de santé publique, une confiance à conforter ». C’est une approche émdicale et comptable  des limites et des failles de l’action publique et des responsables sanitaires. Extraits :

« La France a joué un rôle majeur dans l’histoire de la vaccination, en établissant les bases scientifiques de son principe grâce notamment à l’école pasteurienne et en mettant au point de nombreux vaccins (rage, BCG, diphtérie, hépatite B).

«  À mesure que tend à s’effacer la mémoire des grandes épidémies du passé, un débat se diffuse à nouveau sur la nécessité de la vaccination en raison du décalage ressenti entre un risque infectieux jugé faible et d’éventuels effets indésirables, voire une accusation de nocivité. La coexistence en France de vaccinations obligatoires et de vaccinations recommandées a eu tendance à l’aviver. »

La Cour a cherché à prendre la mesure des résultats obtenus par les actions engagées durant le quinquennat Hollande-Touraine  pour faire face à ces évolutions au cours des dernières années. Elle a constate que des disparités fortes persistent selon les vaccins, les territoires et les populations. Elle observe aussi que ces fragilités « peuvent être à l’origine de réémergences épidémiques », et qu’elles « s’inscrivent dans un contexte d’hésitation vaccinale grandissante, nettement plus marquée qu’ailleurs et très largement relayée et alimentée par les réseaux sociaux ».

Ce phénomène complexe et mal appréhendé par les pouvoirs publics a des incidences fortes sur les comportements des patients et des professionnels de santé » ajoutent les magistrats de la rue Cambon. Et maintenant ? Que pensent-ils de l’action Macron-Buzyn ?

« L’extension récemment décidée des obligations vaccinales de la petite enfance, pour nécessaire qu’elle apparaisse pour rétablir rapidement des couvertures vaccinales satisfaisantes, doit impérativement s’accompagner de la mobilisation des différents professionnels de santé, impliquer plus activement l’école et mettre l’accent sur une information et une communication aux modalités adaptées aux nouveaux médias sociaux ».

Rhétorique politique

La Cour rappelle d’autre part que la vaccination contre la grippe saisonnière des professionnels de santé été rendue obligatoire (article 62 de la loi du 19 décembre 2005) avant d’être suspendue par un décret du 14 octobre 2006 signé de Xavier Bertrand qui ne s’est jamais expliqué sur le sujet 1.  Elle insiste pour qu’elle soit rétablie, ce qui « apparaît d’autant plus nécessaire qu’outre le renforcement de la protection des patients et des professionnels qu’elle poursuit, elle revêt un caractère encore accru d’exemplarité dans le contexte nouveau d’extension des obligations vaccinales de la petite enfance ».

Réponse d’Agnès Buzyn :

« S’agissant des professionnels de santé et de votre recommandation visant à rétablir l’obligation vaccinale (grippe) de ces derniers, je souhaite souligner que je tiens à ce stade à privilégier la conviction et faire appel à la déontologie de ces professionnels en vue d’une conduite exemplaire plutôt qu’à la contrainte. »

 Où l’on voit que la ministre des Solidarités et de la Santé un argumentaire et, en même temps, son contraire 2. Contraindre pour convaincre d’une part. Et, de l’autre, tenter de convaincre sans contraintes. Une rhétorique politique qui pourrait ne pas résister à une agression virale grippale massive.

A demain

1 « Décret n°2006-1260 du 14 octobre 2006 pris en application de l’article L. 3111-1 du code de la santé publique et relatif à l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels mentionnés à l’article L. 3111-4 du même code ».

2 « Vaccin anti-grippe : Agnès Buzyn osera-t-elle l’imposer à l’ensemble des soignants ? » Journalisme et santé publique 6 octobre 2017

 

 

#Metoo au Mans : mise en examen pour viols et agressions sexuelles d’un psychiatre de 72 ans

 

Bonjour

La vie comme elle va, dans la Sarthe et les médias. Le 10 janvier un psychiatre installé au Mans a été mis en examen pour « viols et agressions sexuelles ». C’est ce que révèlent les médias locaux, dont France Bleu -ainsi que le site d’informations Mediapart.

Selon ces médias, l’information judiciaire a été ouverte après une garde à vue du médecin  pendant 48 heures, résume Le Quotidien du Médecin. Elle fait suite à la plainte d’une patiente déposée à la mi-décembre. C’était la première plainte déposée devant la justice à l’encontre de ce spécialiste. Ce dernier avait en revanche fait l’objet d’une série de plaintes devant l’Ordre des médecins – plaintes restées sans suite pour la plupart, comme l’explique Mediapart.

Accusé à trois reprises de viol, en 1995, en 2004 et en 2017, le médecin avait été condamné en octobre 2017 à trois mois de suspension pour « gestes déplacés sur ses patientes ». La qualification de viol n’a pas été retenue par la chambre disciplinaire de première instance « faute de preuves ». Le psychiatre avait décidé de faire appel.

Témoignages

Selon les témoignages des femmes qui ont porté plainte contre ce médecin (témoignages recueillis dans le détail par France Bleu), le psychiatre leur caressait les cheveux, les embrassait ou encore leur demandait d’enlever leurs vêtements lors des consultations, pour ensuite avoir des relations sexuelles avec elles. L’une d’elles, suivie depuis 2001 par le médecin après le décès de son mari, a toutefois finit par porter plainte au pénal – et ce  « à la suite de l’affaire Weinstein et après avoir arrêté un médicament »« Je me suis rendu compte qu’il m’avait manipulée physiquement et moralement », témoigne-t-elle, en précisant qu’elle n’a pas réagi car elle était très fragile au moment des faits.

Une autre femme affirme avoir été victime d’attouchements sexuels répétés et d’un viol à partir de ses 16 ans – le médecin est l’un des seuls à être aussi pédopsychiatre dans le département. Elle consultait « à la suite du suicide de son frère et de la séparation de ses parents », rapporte Médiapart. Seule la plainte déposée en 2016 aboutira à une sanction en 2017.

Âgé de 72 ans, installé depuis près de quarante ans, le médecin exerçait toujours. « Le procureur de la République a décidé de mettre en examen le psychiatre à l’issue de sa garde à vue. Une information judiciaire est ouverte pour viols, agressions sexuelles, écrit France Bleu.  Il est aussi placé sous le statut de témoin assisté pour abus de faiblesse. Selon le procureur, il pourrait y avoir d’autres victimes. Une perquisition a d’ailleurs été menée hier matin au cabinet du psychiatre. Le procureur de la République a requis son placement sous contrôle judiciaire avec une interdiction d’exercer son métier jusqu’à nouvel ordre. Le médecin manceau nie les accusations de viols et d’agressions sexuelles. D’après nos informations, il aurait reconnu avoir eu avec sa patiente des relations sexuelles consenties. Ce qui évidemment est contraire à code de déontologie de la médecine. »

La vie comme elle va, dans la Sarthe, l’Ordre et les médias.

A demain

Edouard Philippe, Bayrou et les journalistes : la «petite affaire d’Etat» tourne vinaigre

 

Bonjour

C’est l’histoire d’un trop vieil élève qui se rebiffe contre son trop jeune maître. L’histoire d’un exécutif qui perd son sang-froid et se donne en spectacle. Une histoire que ne saurait goûter un président de la République occupé à concentrer tous les pouvoirs 1.

Soit François Bayrou, 66 ans, Ministre d’État, Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Mercredi 7 juin le citoyen Bayrou prend son téléphone républicain pour joindre Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l’investigation de Radio France. Et de se plaindre de l’enquête que mènent les journalistes de la Maison ronde sur les soupçons d’emplois fictifs des assistants du MoDem (son propre parti politique) au Parlement européen. Les plus anciennes cartes de presse revoient soudain planer l’ombre de l’ORTF. Le citoyen Bayrou au journaliste Monin :

“Des gens de chez vous sont en train de téléphoner à des salariés du MoDem, de les harceler de manière inquisitrice, et de jeter le soupçon sur leur probité. C’est inacceptable. »

Et de s’expliquer à l’AFP et à Mediapart :

« J’ai dit que les jeunes femmes ressentaient comme du harcèlement ces appels sur leurs portables personnels ». « Ce n’est pas une menace, ni de l’intimidation. J’ai seulement dit que je trouvais cela choquant ». « Je ne fais jamais pression sur les journalistes. On n’est pas condamné au silence parce qu’on est Garde des Sceaux ».

Un « truc assez simple »

C’est peu dire que l’affaire fait désordre. On parle de pressions inacceptables. Dominique Pradalié, secrétaire nationale du SNJ, premier syndicat chez les journalistes, parle d’une « petite affaire d’Etat ». Six jours plus tard c’est le Premier ministre, Edouard Philippe, 46 ans, qui monte au créneau radiophonique et rappelle au Garde des Sceaux ce qu’est le concept d’exemplarité. Sur France Info :

« Le truc est assez simple : quand on est ministre on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. Je comprends parfaitement que l’homme François Bayrou ait été agacé peut-être (…) par la façon dont les questions étaient posées, avec beaucoup de pression probablement, sur des gens qui ne s’y attendaient pas »,

« Il se trouve que, quand on est ministre, on n’est plus simplement un homme animé par ses passions ou sa mauvaise humeur, ou par son indignation. J’ai indiqué à l’ensemble de mes ministres qu’il fallait systématiquement penser à cette question de l’exemplarité, pas seulement au titre des fonctions qu’on occupe, mais parce que justement lorsque vous êtes ministre, vos actes, vos propos, votre façon de réagir, parfaitement humaine, n’est jamais interprétée (…) comme simplement humaine, mais toujours dans le cadre de ces fonctions. »

Camouflet au Premier ministre

 Et le ministre d’Etat de se rebiffer. Quelques heures plus tard, lors d’un déplacement et devant la presse :

« Chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire à des Français, des responsables, qu’ils soient politiques, qu’ils soient journalistiques, qu’ils soient médiatiques, chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire, je le dirai.  Il faut aussi qu’il puisse y avoir le rappel d’un certain nombre de convictions civiques que nous devons partager tous.

 « Quand il y a quelque chose à dire, on le dit. On le dit simplement, on le dit sans aucune pression, mais on le dit. Pour que le dialogue civique entre journalistes et responsables et citoyens soit un dialogue franc. »

Comment ne pas voir là un camouflet au Premier ministre ? Alors que la communication gouvernementale est plus que verrouillée depuis le Palais de l’Elysée on peut voir là, déjà, un premier symptôme. Inquiétant ou rassurant ? Nous le saurons sous peu.

A demain

1 Les sociétés de journalistes de vingt-trois médias considèrent, dans un communiqué commun publié mardi 13 juin, que le gouvernement continue d’envoyer « des signaux extrêmement préoccupants » au regard de l’indépendance des médias et de la protection des sources. « Face à la liberté d’informer, le nouvel exécutif fait le choix de la tentative de pression, de la répression judiciaire et du procès d’intention » écrivent les sociétés des journalistes de l’AFP, Alternatives économiques, BFM-TV, Les Echos, Europe 1, L’Express, France 2, Rédaction nationale de France 3, Libération, les JT de M6, Mediapart, Le Monde, L’Obs, Le Point, Premières Lignes Télévision, Radio France, RFI, RMC, RTL, Télérama, La Vie et les rédactions de Dream Way Production et LaTeleLibre.

 

Santé et post-vérité : la ministre Agnès Buzyn se souvient-elle de ce qu’elle a dit du tabac ?

 

Bonjour

Surprise, intrigue et parité. Ni le Dr Olivier Véran (député, ancien Parti socialiste), ni Arnaud Robinet (député, encore Les Républicains). Ce sera donc la Pr Agnès Buzyn, 54 ans, ministre des Solidarités et de la Santé. Jusqu’ici un parcours médical sans faute suivi d’une déjà longue carrière en marche vers les frontières du pouvoir politique social-démocrate. Pour autant encore mal connue de la sphère médiatique. Sur France Info les commentateurs hésitent encore sur la prononciation de son nom. « Tout semble lui réussir » commente, à gauche, un rubriquard santé qui ne cache pas être épaté.

Fille d’Élie Buzyn, chirurgien orthopédiste et d’Etty Buzyn, psychologue, psychanalyste et écrivaine. Fait sa médecine après l’Ecole alsacienne. Interne des hôpitaux de Paris, professeur à Paris-Descartes, spécialiste d’hématologie à l’hôpital Necker, responsable de l’unité de soins intensifs d’hématologie adulte et de greffe de moelle (1992-2011). Mariée en secondes noces à Yves Lévy, directeur général de l’Inserm. Ce qui ne manquera pas de soulever des interrogations quant à de possibles conflits d’intérêts.

Parité et société civile

Exerce progressivement de nombreuses fonctions au sein de société savantes et de conseils d’administrations : l’Agence de la biomédecine (ABM), l’Établissement français du sang (EFS) , l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le Comité à l’énergie atomique. Membre du conseil d’administration de l’Institut national du cancer (INCa) elle en devient la présidente en 2011. Aurait refusé en 2014 de devenir Directrice générale de la santé. Puis est nommée présidente du collège de la Haute Autorité de santé en mars 2016 (1).

S’était faite tancer il y a un an par Mediapart pour avoir jugé que, pour des médecins, avoir des liens d’intérêts avec des labos n’était pas obligatoirement répréhensible. La Dr Irène Frachon en avait été troublée. Un propos sur lequel la ministre devra, dorénavant, clairement s’expliquer. Le plus tôt sera le mieux si elle tient à assurer sa crédibilité dans un milieu où les sensibilités sont plus qu’exacerbées.

Aujourd’hui, donc, ministre des Solidarités et de la Santé. Au nom de la parité et de la société civile réunie ? Pour combien de temps ? Et pour faire quoi ? La Pr Buzyn sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ? Prudente et, déjà, politique elle ne s’est jamais beaucoup exprimée sur le sujet. Même sur le tabac quand elle fut présidente de l’INCa.

Bombe à retardement sanitaire

Ce blog garde néanmoins la mémoire d’une tribune publiée en juin 2013 dans Le Journal du Dimanche. Elle écrivait ceci (nous surlignons):

« L’organisation de la vente du tabac est en partie responsable de nos difficultés à lutter contre le tabagisme. La France a longtemps été un pays d’industrie du tabac – d’où une certaine prudence politique dans l’éradication de ce fléau – mais les États-Unis, autre grand producteur, ne sont-ils pas passés sous la barre symbolique des 20% de fumeurs [34% en France] ?

À l’heure où se construit le troisième plan cancer, le tabac ne doit plus être considéré comme un enjeu économique (taxes et contrebande) mais comme un problème de santé publique. Une étude récente montre que 62% des buralistes se mettent hors la loi en vendant des cigarettes aux mineurs. Ils sont mêmes 38% à en fournir à des enfants de 12 ans ! Dans les autres pays, cette profession dédiée au tabac n’existe pas. Cette spécificité française est un frein car une baisse importante de la consommation, en réponse à un objectif sanitaire, pénaliserait ces professionnels. Il est temps d’ouvrir une concertation avec les buralistes pour réfléchir à une diversification ou à une reconversion de leur activité. Il faut réorganiser le système pour protéger la jeunesse contre cette bombe à retardement sanitaire. »

Elle avait aussi, parfois, appelé à une « hausse drastique » des prix du tabac. Ne fut jamais entendue. Jamais ne s’en offusqua. La nouvelle ministre se souvient-elle de tout cela ? Saura-t-elle, devenue ouvertement femme politique, travailler avec les avocats de la cigarette électronique, ceux de la lutte contre les addictions et de la réduction des risques ? Aura-t-elle le courage d’avancer là où Marisol Touraine avait, durant cinq ans, très largement échoué ? Avancer ou démissionner ? De nombreux témoignages permettent d’en douter. Peut-être en existe-t-il qui permettraient d’espérer.

A demain

1 Sur ce point : « Après l’INCa, le Pr Agnès Buzyn présidera la Haute Autorité de Santé. On ne saura pas pourquoi » (Journalisme et santé publique, 7 mars 2016)

 

Comment, en trois clics, en savoir trop sur le Premier ministre Edouard Philippe

 

Bonjour

Combien de temps Edouard Philippe (hier maire du Havre, aujourd’hui Premier ministre) résistera-t-il au dépeçage médiatique ? Quelques heures après l’annonce de sa nomination (un secret élyséen de Polichinelle) voici que l’on sait tout de lui – et que l’on peut aussi, en trois clics déjà tout savoir sur bien des coulisses. Démonstration :

Le Monde se régale en donnant les extraits les plus croustillants de ce que le maire du Havre, intime d’Alain Juppé écrivait dans Libération (sic) sur celui qui allait le sacrer Premier ministre. Car pendant les quatre derniers mois de la campagne, M. Philippe tenait une chronique dans le quotidien de Jean-Paul Sartre. Et il prenait alors plaisir à éreinter le futur président de la République.

« Chaque semaine, explique Le Monde, le maire Les Républicains du Havre – également romancier occasionnel 1– a livré dans une chronique publiée dans Libération son regard sur cette élection atypique, dans laquelle « la réalité a définitivement battu la fiction dans le registre de l’inattendu »comme il l’écrit le 12 avril. Des textes dans lesquels il n’épargne pas toujours celui qui est devenu président de la République. »

Naevius Sutorius Macro

Edouard Philippe consacre précisément sa première chronique, le 18 janvier, à Emmanuel Macron. Quand certains voient en lui Brutus, le fils adoptif de César qui a participé à la mort de son père, lui estime que « le Romain qui ressemble le plus à Macron, c’est Macron » , ou plus précisément « Naevius Sutorius Macro, dit Macron ».  Il décrit ce « haut fonctionnaire devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes », chef qu’il « finira par assassiner ».

Le futur Premier ministre dépeint encore un Emmanuel Macron « tribun adepte d’un populisme désinvolte », « qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».  « Il marche sur l’eau en ce moment », note M. Philippe le 15 février. Et d’ironiser sur l’attitude christique du candidat : « Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. A la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche !” (…) Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. » Le maire du Havre cite alors Saint-Matthieu – « par ailleurs saint patron des banquiers, ça ne s’invente pas  » – rapportant les paroles de Jésus : « Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens. »

Puis le ton change à mesure que l’on s’approche du premier tour. « Il faut aider Macron car sa victoire n’est pas acquise » écrira-t-il bientôt. Aider Naevius Sutorius Macro ? On connaît la suite.

Un « pote de droite »

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier éclaire joliment l’affaire sous un autre angle : « Édouard Philippe, notre ‘’pote de droite’’ ». Depuis plus d’une décennie, la caméra de Laurent Cibien, un ancien camarade de lycée, suit l’ascension politique du nouveau Premier ministre. Il faut lire (et regarder) pour comprendre.

Enfin, sur France Culture on retrouve le maire du Havre, ancien rocardien passé avec armes humour et bagages dans le camp d’en face.  Cela donne : « Édouard Philippe : pourquoi j’ai vu 4 fois la série « The West Wing » ». Un entretien daté de novembre 2016 dans lequel David Kessler (ancien conseiller à la présidence de la République) échange avec Édouard Philippe, autour d’une passion qui leur est commune, la série « The West Wing ». Ou comment les séries permettent au personnel politique de voir son travail avec distance.

« C’est dans l’air du temps: la politique française se raconte en séries, au point que même Alain Juppé s’incruste sur le tournage de la deuxième saison de Baron noir. observe Jean-Marie Pottier. Après le film de Yann L’Hénoret sur Emmanuel Macron, dont on a évoqué une possible version sérielle sur Netflix, voici donc la nomination à Matignon d’un Premier ministre, le député-maire du Havre Édouard Philippe qui est déjà le héros d’une série documentaire. » Déjà.

A demain

1 Libération (Alain Auffray) rapporte qu’avec son grand ami Gilles Boyer (ex-directeur de campagne d’Alain Juppé) il a écrit en 2011 un thriller politique remarqué. Dans l’ombre (Le livre de poche) raconte une primaire truquée précédant une élection présidentielle infestée de magouilles et de trahisons. Dans le dénouement, une scène haletante montre le narrateur, un «apparatchik» sans état d’âme, découvrant que la personne que son «patron» s’apprête à nommer Premier ministre est mouillée jusqu’au cou dans une histoire criminelle. Mais tout finit bien. Démasqué in extremis, le méchant n’ira pas à Matignon.

Mediapart révélait d’autre part il y a peu que le député Philippe était aussi, dans la vraie vie, capable de petits dérapages désinvoltes. Il a ainsi écopé d’un blâme de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique qui a constaté quelques négligences dans sa déclaration de patrimoine de 2014. « Aucune idée », avait-il écrit en réponse aux questions sur la valeur de son appartement parisien.

Tempêtes annoncées sur l’insuffisance rénale : conflits d’intérêts ou savoir raison garder ?

 

Bonjour

Editorial éclairant dans la dernière livraison de La Revue du Praticien (février 2017). Le Dr Alain Tenaillon y brosse le tableau d’un monde médical (celui de la prise en charge, de l’insuffisance rénale chronique) confronté à quelques sérieuses tempêtes. Des tempêtes médiatiquement relayées et amplifiées. Il y eut ainsi, en 2015, « un rapport à charge de la Cour des comptes »,  puis en 2016 une tribune sur la dialyse publiée dans Le Monde usant de la métaphore carcérale puis un rapport critique du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie . Plus récemment Mediapart dénonçait les incohérences de la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique terminale.

« La communauté néphrologique peut légitimement vivre cela comme un acharnement, alors que sa compétence n’est pas en cause et que les inégalités sociales dénoncées dans la prise en charge de l’insuffisance rénale sont celles que l’on observe pour toutes les maladies chroniques » écrit, fort justement, l’éditorialiste. Le sujet est éthiquement et économiquement redoutable. Extrait :

« Le coût important et croissant de la dialyse et de la greffe équivaut à 2,1 % du budget de l’assurance maladie (pour 0,12 % de la population). « Le paradoxe est que si la greffe, quand elle est possible, a les meilleurs résultats en termes de qualité et de durée de vie, c’est aussi et de loin le traitement le moins cher et encore le moins utilisé (malgré une nette progression), alors que cet acte est peu rentable pour les hôpitaux publics seuls habilités à le pratiquer ; en revanche, la dialyse est un traitement médical entrant dans la tarification à l’acte, ce qui la rend très rémunératrice tant dans le public que dans le privé d’autant que les patients sont captifs. Une situation source de conflits d’intérêts potentiels dans le choix thérapeutique entre greffe et dialyse ou entre les diverses formes de dialyse plus ou moins rémunératrices, ce que dénoncent les différents rapports ou articles. »

Débordements néfastes

Ce qui, hier, serait resté dans les coulisses ne peut plus l’être. A commencer par la confrontation des intérêts entre la greffe et la dialyse. Dans la dynamique de la démocratie sanitaire les associations de patients sont, ici, entrée sur la scène. Qui songerait, désormais, à faire sans elles ?

« Bien informées, actives, tenaces et parfois virulentes leur but n’est pas de faire la guerre aux néphrologues mais d’améliorer à tout prix la transparence et la qualité de vie des malades : en cherchant à développer par tous les moyens la greffe et ses conditions de suivi, quitte à dénoncer certains manquements ; en essayant d’améliorer les conditions de la dialyse en fonction de chaque cas (dialyse autonome, nocturne, longue…) pour favoriser le maintien dans la vie active, quitte à demander de modifier le fonctionnement de certains centres et à réaffecter une partie de la masse budgétaire attribuée à la dialyse au profit de ces améliorations ; en essayant d’obtenir une information et une prise en charge globale et coordonnée des malades entre les médecins traitants et les divers secteurs de la néphrologie pour permettre le meilleur choix thérapeutique ; enfin, en demandant une prise en compte plus fine de tous les aléas qui affectent la vie quotidienne des patients (par exemple pour les assurances ou pour faciliter l’accès aux consultations de diététique, de psychologie, de kinésithérapie… dans les centres). »

« Plutôt que de s’insurger face à ces critiques, ne vaudrait-il pas mieux les analyser, les comprendre, et agir pour s’en trouver tous ensemble grandis et éviter les débordements néfastes » demande, calmement,  l’éditorialiste. Il est, ainsi, des éditoriaux et des éditorialistes qui aident à prendre date.

A demain

 

Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

Bonjour

Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

A demain