Santé et post-vérité : la ministre Agnès Buzyn se souvient-elle de ce qu’elle a dit du tabac ?

 

Bonjour

Surprise, intrigue et parité. Ni le Dr Olivier Véran (député, ancien Parti socialiste), ni Arnaud Robinet (député, encore Les Républicains). Ce sera donc la Pr Agnès Buzyn, 54 ans, ministre des Solidarités et de la Santé. Jusqu’ici un parcours médical sans faute suivi d’une déjà longue carrière en marche vers les frontières du pouvoir politique social-démocrate. Pour autant encore mal connue de la sphère médiatique. Sur France Info les commentateurs hésitent encore sur la prononciation de son nom. « Tout semble lui réussir » commente, à gauche, un rubriquard santé qui ne cache pas être épaté.

Fille d’Élie Buzyn, chirurgien orthopédiste et d’Etty Buzyn, psychologue, psychanalyste et écrivaine. Fait sa médecine après l’Ecole alsacienne. Interne des hôpitaux de Paris, professeur à Paris-Descartes, spécialiste d’hématologie à l’hôpital Necker, responsable de l’unité de soins intensifs d’hématologie adulte et de greffe de moelle (1992-2011). Mariée en secondes noces à Yves Lévy, directeur général de l’Inserm. Ce qui ne manquera pas de soulever des interrogations quant à de possibles conflits d’intérêts.

Parité et société civile

Exerce progressivement de nombreuses fonctions au sein de société savantes et de conseils d’administrations : l’Agence de la biomédecine (ABM), l’Établissement français du sang (EFS) , l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le Comité à l’énergie atomique. Membre du conseil d’administration de l’Institut national du cancer (INCa) elle en devient la présidente en 2011. Aurait refusé en 2014 de devenir Directrice générale de la santé. Puis est nommée présidente du collège de la Haute Autorité de santé en mars 2016 (1).

S’était faite tancer il y a un an par Mediapart pour avoir jugé que, pour des médecins, avoir des liens d’intérêts avec des labos n’était pas obligatoirement répréhensible. La Dr Irène Frachon en avait été troublée. Un propos sur lequel la ministre devra, dorénavant, clairement s’expliquer. Le plus tôt sera le mieux si elle tient à assurer sa crédibilité dans un milieu où les sensibilités sont plus qu’exacerbées.

Aujourd’hui, donc, ministre des Solidarités et de la Santé. Au nom de la parité et de la société civile réunie ? Pour combien de temps ? Et pour faire quoi ? La Pr Buzyn sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ? Prudente et, déjà, politique elle ne s’est jamais beaucoup exprimée sur le sujet. Même sur le tabac quand elle fut présidente de l’INCa.

Bombe à retardement sanitaire

Ce blog garde néanmoins la mémoire d’une tribune publiée en juin 2013 dans Le Journal du Dimanche. Elle écrivait ceci (nous surlignons):

« L’organisation de la vente du tabac est en partie responsable de nos difficultés à lutter contre le tabagisme. La France a longtemps été un pays d’industrie du tabac – d’où une certaine prudence politique dans l’éradication de ce fléau – mais les États-Unis, autre grand producteur, ne sont-ils pas passés sous la barre symbolique des 20% de fumeurs [34% en France] ?

À l’heure où se construit le troisième plan cancer, le tabac ne doit plus être considéré comme un enjeu économique (taxes et contrebande) mais comme un problème de santé publique. Une étude récente montre que 62% des buralistes se mettent hors la loi en vendant des cigarettes aux mineurs. Ils sont mêmes 38% à en fournir à des enfants de 12 ans ! Dans les autres pays, cette profession dédiée au tabac n’existe pas. Cette spécificité française est un frein car une baisse importante de la consommation, en réponse à un objectif sanitaire, pénaliserait ces professionnels. Il est temps d’ouvrir une concertation avec les buralistes pour réfléchir à une diversification ou à une reconversion de leur activité. Il faut réorganiser le système pour protéger la jeunesse contre cette bombe à retardement sanitaire. »

Elle avait aussi, parfois, appelé à une « hausse drastique » des prix du tabac. Ne fut jamais entendue. Jamais ne s’en offusqua. La nouvelle ministre se souvient-elle de tout cela ? Saura-t-elle, devenue ouvertement femme politique, travailler avec les avocats de la cigarette électronique, ceux de la lutte contre les addictions et de la réduction des risques ? Aura-t-elle le courage d’avancer là où Marisol Touraine avait, durant cinq ans, très largement échoué ? Avancer ou démissionner ? De nombreux témoignages permettent d’en douter. Peut-être en existe-t-il qui permettraient d’espérer.

A demain

1 Sur ce point : « Après l’INCa, le Pr Agnès Buzyn présidera la Haute Autorité de Santé. On ne saura pas pourquoi » (Journalisme et santé publique, 7 mars 2016)

 

Comment, en trois clics, en savoir trop sur le Premier ministre Edouard Philippe

 

Bonjour

Combien de temps Edouard Philippe (hier maire du Havre, aujourd’hui Premier ministre) résistera-t-il au dépeçage médiatique ? Quelques heures après l’annonce de sa nomination (un secret élyséen de Polichinelle) voici que l’on sait tout de lui – et que l’on peut aussi, en trois clics déjà tout savoir sur bien des coulisses. Démonstration :

Le Monde se régale en donnant les extraits les plus croustillants de ce que le maire du Havre, intime d’Alain Juppé écrivait dans Libération (sic) sur celui qui allait le sacrer Premier ministre. Car pendant les quatre derniers mois de la campagne, M. Philippe tenait une chronique dans le quotidien de Jean-Paul Sartre. Et il prenait alors plaisir à éreinter le futur président de la République.

« Chaque semaine, explique Le Monde, le maire Les Républicains du Havre – également romancier occasionnel 1– a livré dans une chronique publiée dans Libération son regard sur cette élection atypique, dans laquelle « la réalité a définitivement battu la fiction dans le registre de l’inattendu »comme il l’écrit le 12 avril. Des textes dans lesquels il n’épargne pas toujours celui qui est devenu président de la République. »

Naevius Sutorius Macro

Edouard Philippe consacre précisément sa première chronique, le 18 janvier, à Emmanuel Macron. Quand certains voient en lui Brutus, le fils adoptif de César qui a participé à la mort de son père, lui estime que « le Romain qui ressemble le plus à Macron, c’est Macron » , ou plus précisément « Naevius Sutorius Macro, dit Macron ».  Il décrit ce « haut fonctionnaire devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes », chef qu’il « finira par assassiner ».

Le futur Premier ministre dépeint encore un Emmanuel Macron « tribun adepte d’un populisme désinvolte », « qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».  « Il marche sur l’eau en ce moment », note M. Philippe le 15 février. Et d’ironiser sur l’attitude christique du candidat : « Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. A la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche !” (…) Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. » Le maire du Havre cite alors Saint-Matthieu – « par ailleurs saint patron des banquiers, ça ne s’invente pas  » – rapportant les paroles de Jésus : « Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens. »

Puis le ton change à mesure que l’on s’approche du premier tour. « Il faut aider Macron car sa victoire n’est pas acquise » écrira-t-il bientôt. Aider Naevius Sutorius Macro ? On connaît la suite.

Un « pote de droite »

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier éclaire joliment l’affaire sous un autre angle : « Édouard Philippe, notre ‘’pote de droite’’ ». Depuis plus d’une décennie, la caméra de Laurent Cibien, un ancien camarade de lycée, suit l’ascension politique du nouveau Premier ministre. Il faut lire (et regarder) pour comprendre.

Enfin, sur France Culture on retrouve le maire du Havre, ancien rocardien passé avec armes humour et bagages dans le camp d’en face.  Cela donne : « Édouard Philippe : pourquoi j’ai vu 4 fois la série « The West Wing » ». Un entretien daté de novembre 2016 dans lequel David Kessler (ancien conseiller à la présidence de la République) échange avec Édouard Philippe, autour d’une passion qui leur est commune, la série « The West Wing ». Ou comment les séries permettent au personnel politique de voir son travail avec distance.

« C’est dans l’air du temps: la politique française se raconte en séries, au point que même Alain Juppé s’incruste sur le tournage de la deuxième saison de Baron noir. observe Jean-Marie Pottier. Après le film de Yann L’Hénoret sur Emmanuel Macron, dont on a évoqué une possible version sérielle sur Netflix, voici donc la nomination à Matignon d’un Premier ministre, le député-maire du Havre Édouard Philippe qui est déjà le héros d’une série documentaire. » Déjà.

A demain

1 Libération (Alain Auffray) rapporte qu’avec son grand ami Gilles Boyer (ex-directeur de campagne d’Alain Juppé) il a écrit en 2011 un thriller politique remarqué. Dans l’ombre (Le livre de poche) raconte une primaire truquée précédant une élection présidentielle infestée de magouilles et de trahisons. Dans le dénouement, une scène haletante montre le narrateur, un «apparatchik» sans état d’âme, découvrant que la personne que son «patron» s’apprête à nommer Premier ministre est mouillée jusqu’au cou dans une histoire criminelle. Mais tout finit bien. Démasqué in extremis, le méchant n’ira pas à Matignon.

Mediapart révélait d’autre part il y a peu que le député Philippe était aussi, dans la vraie vie, capable de petits dérapages désinvoltes. Il a ainsi écopé d’un blâme de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique qui a constaté quelques négligences dans sa déclaration de patrimoine de 2014. « Aucune idée », avait-il écrit en réponse aux questions sur la valeur de son appartement parisien.

Tempêtes annoncées sur l’insuffisance rénale : conflits d’intérêts ou savoir raison garder ?

 

Bonjour

Editorial éclairant dans la dernière livraison de La Revue du Praticien (février 2017). Le Dr Alain Tenaillon y brosse le tableau d’un monde médical (celui de la prise en charge, de l’insuffisance rénale chronique) confronté à quelques sérieuses tempêtes. Des tempêtes médiatiquement relayées et amplifiées. Il y eut ainsi, en 2015, « un rapport à charge de la Cour des comptes »,  puis en 2016 une tribune sur la dialyse publiée dans Le Monde usant de la métaphore carcérale puis un rapport critique du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie . Plus récemment Mediapart dénonçait les incohérences de la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique terminale.

« La communauté néphrologique peut légitimement vivre cela comme un acharnement, alors que sa compétence n’est pas en cause et que les inégalités sociales dénoncées dans la prise en charge de l’insuffisance rénale sont celles que l’on observe pour toutes les maladies chroniques » écrit, fort justement, l’éditorialiste. Le sujet est éthiquement et économiquement redoutable. Extrait :

« Le coût important et croissant de la dialyse et de la greffe équivaut à 2,1 % du budget de l’assurance maladie (pour 0,12 % de la population). « Le paradoxe est que si la greffe, quand elle est possible, a les meilleurs résultats en termes de qualité et de durée de vie, c’est aussi et de loin le traitement le moins cher et encore le moins utilisé (malgré une nette progression), alors que cet acte est peu rentable pour les hôpitaux publics seuls habilités à le pratiquer ; en revanche, la dialyse est un traitement médical entrant dans la tarification à l’acte, ce qui la rend très rémunératrice tant dans le public que dans le privé d’autant que les patients sont captifs. Une situation source de conflits d’intérêts potentiels dans le choix thérapeutique entre greffe et dialyse ou entre les diverses formes de dialyse plus ou moins rémunératrices, ce que dénoncent les différents rapports ou articles. »

Débordements néfastes

Ce qui, hier, serait resté dans les coulisses ne peut plus l’être. A commencer par la confrontation des intérêts entre la greffe et la dialyse. Dans la dynamique de la démocratie sanitaire les associations de patients sont, ici, entrée sur la scène. Qui songerait, désormais, à faire sans elles ?

« Bien informées, actives, tenaces et parfois virulentes leur but n’est pas de faire la guerre aux néphrologues mais d’améliorer à tout prix la transparence et la qualité de vie des malades : en cherchant à développer par tous les moyens la greffe et ses conditions de suivi, quitte à dénoncer certains manquements ; en essayant d’améliorer les conditions de la dialyse en fonction de chaque cas (dialyse autonome, nocturne, longue…) pour favoriser le maintien dans la vie active, quitte à demander de modifier le fonctionnement de certains centres et à réaffecter une partie de la masse budgétaire attribuée à la dialyse au profit de ces améliorations ; en essayant d’obtenir une information et une prise en charge globale et coordonnée des malades entre les médecins traitants et les divers secteurs de la néphrologie pour permettre le meilleur choix thérapeutique ; enfin, en demandant une prise en compte plus fine de tous les aléas qui affectent la vie quotidienne des patients (par exemple pour les assurances ou pour faciliter l’accès aux consultations de diététique, de psychologie, de kinésithérapie… dans les centres). »

« Plutôt que de s’insurger face à ces critiques, ne vaudrait-il pas mieux les analyser, les comprendre, et agir pour s’en trouver tous ensemble grandis et éviter les débordements néfastes » demande, calmement,  l’éditorialiste. Il est, ainsi, des éditoriaux et des éditorialistes qui aident à prendre date.

A demain

 

Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

Bonjour

Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

A demain

Alzheimer, ANSM, antibiotiques : abécédaire et dernier inventaire de Marisol Touraine

 

Bonjour

Entretien à la Prévert de Marisol Touraine dans Le Monde daté du 18 novembre  (Laetitia Clavreul, Paul Benkimoun, François Béguin). Comme un inventaire avant soldes. Essai ce classement.

Affaire de l’essai clinique de Rennes et des possibles manquements de l’ANSM. Il s’agit là d’un abcès loin d’être vidé. Et ce d’autant que la direction de l’Agence de sécurité du médicament cherche à faire pression sur des journalistes du Figaro et de Mediapart. Marisol Touraine est-elle en phase avec l’Agence dont elle a la tutelle ? Le sujet n’est malheureusement pas abordé directement dans Le Monde. « Des articles ont mis en cause l’autorisation de l’essai de Rennes par l’ANSM, l’accusant aussi d’avoir édulcoré sa responsabilité. Y-a-t-il eu des manquements de l’ANSM ? » demande le quotidien du soir à la ministre de la Santé. Réponse :

« L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), que j’ai missionnée après le drame, a pointé des failles du côté de l’industriel BIAL, du centre de recherche BIOTRIAL, mais pas de manquements du côté de l’ANSM, seulement des besoins de réorganisation. Des médias (sic) ont fait état de ce que la direction de l’ANSM aurait transmis une version modifiée des conclusions de ses experts. J’ai donc demandé à l’IGAS si le contenu de ces articles remettait en cause les conclusions de son rapport. Elle m’a dit que non. Je ne dispose donc d’aucun élément qui mette en cause l’ANSM. La procédure judiciaire engagée sera amenée à se prononcer le cas échéant sur les responsabilités des uns et des autres. »

Une semaine d’antibiotiques, pas plus

On n’en saura pas plus. La ministre est plus prolixe sur la question des antibiotiques dont la prescription, en France, est redevenue de plus en plus automatique. Elle annonce « un encadrement des prescriptions ». En pratique ne première prescription ne pourra être faite pour une durée supérieure à sept jours (alors qu’en moyenne  ces prescription sont aujourd’hui de dix jours en médecine de ville). Elle annonce aussi un renforcement dépistage sur l’origine virale ou bactérienne des angines par des tests rapides. Un dépistage qui, Brexit ou pas, avance à grande vitesse dans les pharmacies britanniques comme nous l’apprend la BBC: “Sore throat sufferers urged to take pharmacy test.

Rien, ou presque, sur le vertigineux dossier des prix croissants, inaccessibles, de certains médicaments (« Avec le président de la République, je porte cette question au niveau international ») à l’exception d’une pique politique (« Mais quand je vois que tous les candidats à la primaire de la droite annoncent des déremboursements massifs et qu’au Parlement, la droite a systématiquement voté contre les dispositifs de régulation des coûts que j’ai proposés, je me demande où l’on va »).

Hypothèse et question absurdes

Où allons-nous avec sa décision unilatérale est inexpliquée de ne pas dérembourser les médicaments anti-Alzheimer, que la Haute Autorité de santé a jugé inefficaces et dangereux ? Que répond-elle aux lanceurs d’alerte comme Irène Frachon (elle-a-révélé-le-scandale-du-Mediator) l’accusent  de céder au poids du lobby pharmaceutique ?

« C’est absurde ! Jamais un médicament n’a été déremboursé du jour au lendemain. Le faire plongerait les patients et leur famille dans le désarroi, alors que la qualité de la prise en charge est très variable d’un lieu à l’autre. C’est un sujet médical et humain. Je ne serai pas la ministre qui prendra une décision pour des raisons économiques. Aucun pays n’a déremboursé. Si la France décidait de le faire, elle serait la première. Ma décision est transitoire et doit permettre de faire évoluer en douceur notre système de prise en charge. J’ai demandé au professeur Michel Clanet de me faire une proposition en ce sens avant fin janvier. »

Le précédent Xavier Bertrand

Faut-il laisser sur le marché des médicaments inefficaces et dangereux au motif que les retirer « plongerait les et leur famille dans le désarroi » ? Est-ce là une politique ? Si l’on osait on dirait que la réponse de la ministre de la Santé mériterait d’être complétée, débattue, critiquée.

Sur ce sujet on lui conseillerait volontiers de ce reporter à l’éditorial (Bernard Gavid) de la dernière livraison de la Revue du Praticien Médecine Générale. Il rappelle que ces médicaments coûtent chaque années 180 millions d’euros à la solidarité nationale. Il s’interroge : « Comment comprendre les réticences de nos ministre de droite [Xavier Bertrand] ou de gauche [Marisol Touraine] à suivre les recommandations de la HAS ? Les intérêts des lobbies seraient-ils plus importants que ceux des patients ? ».

Nous savons désormais, grâce au Monde, que pour Marisol Touraine cette question est absurde. Nous la reposerons.

A demain

 

Mediapart et Le Figaro accusent l’ANSM de «pressions» sur leurs journalistes

Bonjour

Rien, vraiment rien, ne rapproche Mediapart du Figaro si ce n’est la pratique du journalisme – ce qui, parfois, peut signifier beaucoup. Or voici, précisément que les sociétés des journalistes de ces deux médias se réunissent et font cause commune contre ce qu’il faut bien appeler une étrange menace émanant de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM).

La direction de cet Etablissement public français leur reprocherait leur couverture de l’affaire BIOTRIAL, cet essai clinique ayant notamment causé la mort d’un volontaire sain. Une information judiciaire est actuellement ouverte des chefs d’homicide involontaire et de blessures involontaires.

Presse complaisante

Il faut, pour comprendre, lire le communiqué qui vient d’être diffusé « Mediapart et Le Figaro protestent contre les pressions de l’Agence du médicament ». Extraits :

« Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart dénoncent les méthodes de l’agence du médicament (ANSM) dans l’affaire de l’essai clinique de Rennes. Dominique Martin, actuel directeur général de l’agence, n’apprécie pas le travail rigoureux de certains journalistes, et préfèrerait une presse plus complaisante et plus docile. 

« Le 28 octobre, Dominique Martin a écrit à la direction du Figaro et de Mediapart à qui il n’hésite pas à demander ‘’de bien vouloir cesser de citer nommément les agents de l’ANSM’’. Il exige aussi que ces deux médias retirent les noms figurant dans les précédents articles mis en ligne depuis… janvier dernier. L’une des fonctionnaires de l’ANSM, Farida Ouadi, a de son côté fait envoyer par ses avocats, aux deux mêmes journaux, une mise en demeure. Elle exige que l’on cesse de divulguer son identité.  

Rendre compte aux citoyens

« Ni Dominique Martin, ni les avocats de Madame Ouadi, ne s’appuient sur le moindre fondement juridique qui imposerait de respecter l’anonymat des agents de la fonction publique et qui justifierait leurs demandes.  Monsieur Martin, qui fut membre du cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la santé (2001-2002), et Madame Ouadi, salariée de l’ANSM, travaillent tous deux dans une agence nationale, qui, à ce titre, a des comptes à rendre aux citoyens. 

« Retirer les noms de personnes citées dans des articles déjà publiés, tout comme s’interdire de les nommer à l’avenir, est contraire à notre métier, celui d’informer. Et cela, d’autant plus que ces personnes ont été parties prenantes dans la chaîne de décision qui a conduit à l’accident mortel. »

L’aval de Marisol Touraine ?

Il  faut ici rappeler que l’ANSM avait validé l’essai clinique de Rennes avant d’enquêter sur ce même essai. Il faut aussi souligner (comme nous l’avons fait à plusieurs reprises sur ce blog) que les enquêtes du Figaro et de Mediapart ont conduit à éclairer de lumières non officielles, certaines des conditions dans lesquelles l’ANSM avait autorisé cet essai. Elles ont aussi conduit à s’interroger sur le fait de savoir si cette puissante agence avait, ici, pleinement rempli les missions de santé publique qui sont les siennes.

Les Sociétés des journalistes du Figaro et de Mediapart  qualifient, justement, les requêtes de Dominique Martin et de Farida Ouadi d’ « inacceptables ». Elles réaffirment leur volonté de poursuivre leur travail d’information, sans céder aux tentatives d’intimidation. On voit mal, à dire vrai, comment, les connaissant, ces tentatives pourraient les intimider.

Ce travail d’information pourrait notamment s’orienter sur les véritables raisons qui conduisent à ces tentatives.  L’une des questions soulevées est celle de savoir si Marisol Touraine, ministre de tutelle de l’ANSM a donné son aval pour que de telles pressions puissent s’exercer. On peut supposer que la réponse ne manquerait pas d’intérêt.

A demain

Affaire Biotrial : révélations embarrassantes du Figaro sur l’ANSM . Le laboratoire se défausse

 

Bonjour

Cette fois le « centre de recherches Biotrial » 1 avait pris les devants. Avant même la publication du quotidien il attaquait. Il « contestait une nouvelle fois l’interprétation trompeuse donnée par Le Figaro d’un évènement survenu le 18 février 2016 ». Qu’allait donc dire Le Figaro (Anne Jouan) ? Ceci :

« Selon nos informations, le 18 février, soit un peu plus de quatre semaines après le décès de Guillaume Molinet lors de l’essai clinique de Rennes, le laboratoire Biotrial a connu ce que l’on appelle un autre effet indésirable. Ce jour-là, un volontaire a été hospitalisé suite à un malaise. Il présentait également des nausées et des céphalées. L’incident s’est produit alors qu’il testait un antiagrégant d’Actelion, un laboratoire suisse. Le patient a quitté l’hôpital le 21 février, et l’essai a ensuite été suspendu. »

Le foin de l’ANSM

Le quotidien ajoute que l’incident est évoqué par les cadres de l’Agence du médicament (ANSM) lors de  conversations téléphoniques. On sait en effet que dans le cadre de l’enquête judiciaire sur le décès de Guillaume Molinet les gendarmes ont perquisitionné l’ANSM le 19 avril dernier. Et qu’ils ont notamment saisi le téléphone portable de Farida Ouadi, évaluatrice de l’Agence. Il ne faudrait pas, parfois, garder le souvenir de certains échanges téléphoniques quand on travaille à l’ANSM. A commencer par ceux-ci :

« Le 19 février, c’était donc l’affolement à l’ANSM. Comme en témoigne ce SMS envoyé à 10 h 53: « Je ne suis pas à l’Agence aujourd’hui, mais j’ai entendu dire (de façon tout à fait officieuse) qu’il y avait encore un problème avec un essai de phase 1. Vous savez quel produit? », demande Farida Ouadi à plusieurs de ses collègues. Elle ajoute: ‘’J’espère que c’est pas un des miens!’’, en référence aux médicaments dont elle a la charge de l’évaluation, à savoir le secteur de la cardiologie et de l’endocrinologie.

« Une heure plus tard, elle écrit: « Mince! J’espère que ça ne fera pas autant de foin » (sic) que l’essai de Rennes. Pas un mot, pas une question en revanche sur l’état de santé du volontaire. Un évaluateur de l’ANSM lâche: ‘’Encore Biotrial!’’ Dominique Masset, responsable du pôle qualité pharmaceutique à la Direction de l’évaluation commente: ‘’Là ça va, il n’y a pas de mort au moins.’’ Ni Biotrial ni l’Agence du médicament n’avaient communiqué sur cet incident, ni sur le terme mis à cet essai clinique. »

La réplique de BIOTRAL:

« Le centre de recherches Biotrial conteste une nouvelle fois l’interprétation trompeuse donnée par le Figaro d’un évènement survenu le 18 février 2016 qu’il qualifie à tort d’accident.

Un volontaire a présenté des signes cliniques conduisant Biotrial à l’adresser à l’hôpital. Après 48h d’hospitalisation, le sujet a pu rejoindre son domicile, le CHU considérant que son état de santé n’inspirait plus d’inquiétude. La survenue chez des volontaires de symptômes de la vie courante tels que maux de tête, vertige, nausée, etc. est un phénomène relativement fréquent au cours des essais cliniques même chez ceux placés sous placebo.

 Les études mondiales révèlent des événements indésirables pouvant mener à une hospitalisation dans 0,4 pour mille des sujets étudiés, ce qui représente pour des centres comme celui de Biotrial un à plusieurs cas par an. Le 18 février 2016, Biotrial a mis en œuvre le nouveau dispositif souhaité par le ministère de la Santé à savoir la suspension immédiate de l’essai et l’information transmises dans les 3 heures à toutes les autorités. »

Sanctions dans l’air

BIOTRIAL ne peut, de fait, être tenu pour responsable de ce qui se passe à l’ANSM. Rappelons que cette Agence est un établissement public  ayant pour mission principale d’assurer la sécurité des médicaments. Autorité unique en matière de régulation des recherches biomédicales elle assure la gestion et l’évaluation des essais cliniques portant sur les produits de santé. A ce titre elle a pour mission de s’assurer en particulier « que ces recherches ne mettent pas en danger les personnes qui s’y prêtent ».

Et maintenant ? A la suite des révélations du Figaro et de Mediapart, Dominique Martin, le patron de l’ANSM a été convoqué en urgence au ministère de la Santé dans la soirée du 10 octobre – information distillée par Le Monde. Il se murmure que « l’entourage de Marisol Touraine » étudierait « très sérieusement » les sanctions à adopter à l’encontre de l’entreprise rennaise. On peut imaginer que la révélation des échanges téléphoniques des responsables de l’ANSM n’est pas particulièrement appréciée par la ministre de la Santé.

A demain

1 BIOTRIAL se présente ainsi : « un centre de recherche médicale privé français agréé par le ministère de la santé (implanté à Rennes et présent à l’international). Il mène des essais cliniques de phase 1, soit de première administration à l’homme, pour le compte de laboratoires et entreprises de biotechnologies. »