Procréation pour «toutes» et filiation : in fine Emmanuel Macron dit ok au Conseil d’Etat

Bonjour

Après les homards ministériels millésimés – et avant la publication officielle – ce fut une nouvelle exclusivité de Mediapart (Louise Fessard) -« PMA: le Conseil d’Etat rend un avis lui aussi a minima » – vite confirmée par La Croix (Loup Besmond de Senneville) – « Le Conseil d’État précise et valide le projet de loi de bioéthique ». Où l’on apprenait que dans un avis de trente-deux pages, les juristes du Palais-Royal avalisaient l’essentiel du projet de révision des lois de bioéthique présenté mercredi 24 juillet en Conseil des ministres.

Sur l’extension à « toutes » de la pratique de la PMA : le Conseil d’État reprenait de très nombreux éléments déjà présentés en juin 2018 dans une fort savante étude (« Révision de la loi de bioéthique : quelles options pour demain ? »).  Les juristes du Palais-Royal rappellent notamment qu’en matière de PMA, le droit n’impose aucune extension. « Cette dernière relève d’un choix politique,écrivent les auteurs de ce nouvel avis. Le droit ne commande ni le statu quo, ni l’évolution. » De même, ils répètent que l’extension de la PMA « n’est pas de nature à entraîner juridiquement l’autorisation en France d’autres techniques, telles la gestation pour autrui ». Ce qui restera, avec le temps, à démontrer comme le laisse aujourd’hui entendre Marlène Schiappa.

Corollaire : le Conseil d’Etat se dit favorable au souhait gouvernemental quant à la prise en charge du coût de cette extension à visée non thérapeutique par  l’assurance maladie. Il cite sur ce point « l’étude d’impact » du gouvernement : l’exécutif évalue à « entre 10 et 15 millions d’euros le coût total annuel de la prise en charge par la solidarité nationale de l’accès à l’AMP des couples de femmes et des femmes non mariées, ce qui représenterait 5 % du coût total actuel de l’AMP, lequel s’élève environ à 300 millions d’euros ». « Une estimation officielle rendue publique pour la toute première fois » observe La Croix. Soit 15 millions d’euros annuels, une somme dont le montant (à la différence de la charge symbolique) ne devrait pas faire polémique

Porte d’entrée à la commercialisation des gamètes

Passons aux deux points qui retaient en discussion : le mode de filiation pour les couples de femmes et l’accès aux origines des enfants nés par le biais d’un don de gamètes ; deux points pour lesquels le gouvernement n’avait pas tranché, allant jusqu’à rédiger, pour deux articles, deux versions différentes. C’est dire, ici, l’incertitude qui prévalait dans les rangs l’exécutif et tout particulièrement celle du président de la République

Première question : comment établir le lien de filiation de deux femmes en couples avec leur enfant ? Le gouvernement envisage de demander aux intéressées de procéder, avant la naissance, à une déclaration anticipée devant un notaire qui serait transmis à l’officier d’état civil chargé de retranscrire la filiation sur les registres après la naissance. Ce système doit-il concerner tous les couples recourant à une PMA avec don de gamètes ou seulement les couples de femmes ? Le gouvernement hésite.

Le Conseil d’État, lui, préconisait clairement la deuxième option.« Elle préserve le cadre actuel de l’établissement de la filiation pour les couples composées d’un homme et d’une femme et leur liberté de choix de révéler ou de ne pas révéler à leur enfant son mode de conception », peut-on lire dans son avis. Comment justifier une différence de traitement avec les couples de femmes ? « Cet état du droit se justifie par une différence objective de situation : la référence à une vraisemblance biologique leur est radicalement inapplicable » observent, depuis le Palais Royal, les magistrats du Conseil d’État.

Finalement c’est la solution préconisée qui a été retenue par le président de la République et le gouvernement : un régime d’établissement de la filiation spécifique pour les couples de lesbiennes avec leurs futurs enfants. « De quoi mécontenter une partie de la communauté gay, qui dénonce ce côté ‘’à part ‘’» prévient LibérationEric Favereau et Catherine Mallaval).

Et c’est encore la solution du Conseil d’Etat qui a été retenue quant aux  modalités d’accès aux origines des enfants nés d’un don de gamètes. Exclue, finalement, par le président et le consentement du géniteur est recueilli lors de son don – donnneur ne pouvant donné s’il n’est pas d’accord pour une éventuelle révélation de son identité. Solution retenue : la question ne peut lui être (le cas échéant) posée lorsque l’enfant exprime la demande de connaître son identité, c’est-à-dire a minima dix-huit ans après son don. Et le donneur-géniteur conserve le choix de dire non.

« Conséquence collatérale de l’accès pour tous à des données non identifiantes : il est prévu de détruire les stocks actuels de gamètes donnés sous un total anonymat, explique Libération.  Une pénurie est-elle à craindre ? Les célibataires (et notamment l’association Mam’ensolo) ont déjà fait part de leur inquiétude sur le sujet : seront-elles les dernières de la liste à bénéficier d’un don de sperme ? »

Si oui, comment ne pas voir là une porte d’entrée à la commercialisation des gamètes – pratique largement en cours derrière nos frontières ? Nous y reviendrons.

A demain @jynau

De quel droit l’Etat français pourrait-il s’autoriser à violer le secret de la conception ?

Bonjour

C’est peu dire, à la veille de sa présentation en conseil des ministres, que le projet de loi de bioéhique fait monter la température 1. L’un des points les plus délicats (mais très rarement abordé jusqu’à présent dans les médias) concerne l’éventuelle inscription du mode de conception sur l’acte de naissance de l’enfant. Deux camps, deux idéologies, deux philosophies s’opposent pour établir la filiation des enfants conçus par assistance médicale à la procréation (AMP, ou PMA) avec don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes) par une déclaration spécifique. Soit réserver cette déclaration aux couples de femmes, soit l’étendre à tous les couples hétérosexuels et aux femmes célibataires.

Cette déclaration serait mentionnée sur toute copie intégrale de l’acte de naissance et révélerait ainsi le mode de conception de l’enfant. Si le président de la République, le gouvernement et finalement le Parlement confirmait ce dernier choix se confirmait ce serait, tout bonnement, une discrimination des citoyens en fonction de leur mode de conception.

En quoi est-il nécessaire d’inscrire une telle mention sur un document administratif ? Il faut ici lire la tribune, dans Le Monde, de Laurence Brunet, juriste, spécialiste en droit de la famille, chercheuse associée à Paris-I Panthéon-Sorbonne, Stéphane Viville, professeur, biologiste de la reproduction et généticien, CHU de Strasbourg et Martine Wonner, députée (LRM) du Bas-Rhin, vice-présidente de la commission des affaires sociales : « Informer un enfant sur la façon dont il a été conçu doit être une décision libre d’entrave ». Extrait :

« Certains arguent qu’une telle mention sur l’acte de naissance ‘’obligera’’ le(s) parent(s) à divulguer à leurs enfants leur mode de conception par recours à un tiers donneur. Où allons-nous si l’Etat oblige, même de manière masquée, les parents à révéler le mode de conception à leurs enfants, au prétexte qu’ils ont eu recours à une AMP avec tiers donneur ? Ce sont les mêmes, ceux qui souhaitent instaurer cette règle, qui dénoncent le rôle de l’Etat comme instigateur d’un secret. D’un côté, ils s’offusquent que l’Etat puisse détenir et conserver au secret une information sensible, l’identité du donneur ; de l’autre, ils voudraient que l’Etat incite fortement, en prenant une mesure quasi coercitive, les parents à divulguer le mode de procréation à leurs enfants, lors d’un recours à un tiers donneur. Pourquoi tantôt dénoncer l’intrusion de l’Etat dans la sphère personnelle, tantôt la plébisciter ? »

Voilà qui est fort bien résumé. Et encore:

« Nous estimons que la divulgation à l’enfant de sa conception doit rester une décision de son ou de ses parents, libre de toute entrave et pression extérieure. Inscrire sur un acte officiel public, comme l’est l’acte de naissance, ce qui relève du dossier médical, revient à interférer avec la sphère privée du couple ou de la femme célibataire. Nous ne voyons pas ce qui justifierait que l’Etat s’immisce de la sorte dans la vie privée de certaines familles. Que notre propos ne soit pas mal compris. Nous sommes pleinement favorables à ce que les personnes conçues avec l’aide d’un tiers donneur aient accès, si elles le souhaitent, à l’identité de leur donneur à partir de leur majorité. Il nous semble que la procédure prévue actuellement pour les couples hétérosexuels, qui doivent consentir au don de gamètes devant un notaire, pourrait de manière satisfaisante être étendue aux couples de femmes et aux femmes seules. »

Où l’on voit, une nouvelle fois les errances auxquelles peuvent conduire certains beaux esprits qui, se piquant de transparence à outrance, nous rapprochent chaque jour un peu plus de l’enfer orwellien. Nous y reviendrons un jour prochain.

A demain @jynau

1 Voir Mediapart (Louise Fessard) « PMA: le Conseil d’Etat rend un avis lui aussi a minima » : « Saisi par le gouvernement du projet de loi de bioéthique qui doit être adopté mercredi lors du dernier Conseil des ministres, le Conseil d’État recommande de créer un régime spécifique de filiation pour les enfants conçus par procréation médicalement assistée (PMA) par les couples de lesbiennes. Et de laisser la possibilité aux donneurs de gamètes de ne pas dévoiler leur identité aux enfants conçus grâce à leur don. »

Démission soudaine de François de Rugy : Macron et les Dix petits nègres d’Agatha Christie

Bonjour

16 juillet 2019. Mis en cause par les révélations de Mediapart (dîners fastueux entre amis sur les fonds publics et coûteuse rénovation de son logement de fonction) François Goullet de Rugy a présenté sa démission. Il s’en explique dans un communiqué :

« Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction. La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques.

Face aux contre-vérités de Médiapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale en diffamation (…) Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire – ce que chacun comprendra. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre.

Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin (…) Je remercie le Président de la République et le Premier ministre de la confiance qu’ils m’ont témoignée en me demandant de relever le défi du ministère de la transition écologique et solidaire. Je leur redis ma fidélité.

Je pense aussi à mes collaborateurs qui ont servi avec conscience et engagement. Merci à elles et à eux. Je pense enfin à ma femme et à ma famille, que je veux aussi protéger par ma décision difficile. Je veux dire aussi à bientôt (…) »

Château d’Yquem et crustacés

Mediapart, rappelle Le Monde ;  a recensé mercredi 10 juillet une dizaine de repas, avec homards et grands crus, qui ont eu lieu entre octobre 2017 et juin 2018 et où étaient reçus à chaque fois entre dix et trente invités appartenant au cercle amical et relationnel (sic) de Séverine Servat de Rugy, l’épouse de l’ex-écologiste (re-sic), journaliste à Gala. Parmi les convives identifiés par le site figuraient aussi des membres de la famille de l’ancien président de l’Assemblée et des amis de son épouse. Les photos montrant Mme de Rugy poser devant une bouteille de Mouton Rothschild 2004 ou M. de Rugy devant une table de Saint-Valentin ornée de pétales de rose ont été abondamment relayées sur les réseaux sociaux et ont fait aussitôt scandale. On vit aussi des bouteilles de château d’Yquem étrangement trôner devant mayonnaise et crustacés.

D’autres révélations croustillantes suivirent. Et c’est peu dire que ces images passèrent mal – après les Gilets Jaunes et les exhortations gouvernementales et présidentielles à moins dépenser. La polémique fit des vagues grossissantes au sein même du parti du Président. La députée et ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho estima très vite que la démission s’imposait. C’est donc fait. Reste la question du remboursement des sommes injustement dépensées… Et celle de savoir si l’ancien ministre d’Etat demeurera député.

Rappelons que François Goullet de Rugy, 45 ans, avait été nommé en septembre dernier au gouvernement après la démission surprise de Nicolas Hulot. Il nourrissait alors une nouvelle ambition : durer au « ministère de l’impossible ». « Je suis ici pour agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps », avait-il lancé lors de sa prise de fonction au ministère.

« République de la délation »

La veille de l’annonce de cette démission Emmanuel Macron, depuis la Serbie amie, était revenu sur le dossier de Rugy, masi pour s’en prendre aux médias – comme il l’avait fait il y a un an lors de la piteuse affaire Benalla.  Voici ce qu’il déclara :

« Il y a encore dans notre pays le respect de la personne individuelle, des droits de la défense et de la possibilité de répondre, sinon ça devient la République de la délation. Il suffit que je sorte une photographie, dise des choses sur vous, sur n’importe qui, ça devient les Dix petits nègres « Je souhaite que chacun puisse être respecté, que les principes que j’ai posés soient respectés »

« Dix petits nègres » ?Quel rapport avec la République française, le contre-pouvoir médiatique et le respect de la personnes. Est-ce l’inconscient du Président qui nous parle depuis la lointaine Serbie ?

On se souvient de ce célèbre roman d’Agatha Christie, vieux précisément de quatre-vingts ans. En quoi concerne-t-il François de Rugy ? Dix personnages, qui ont tous, par le passé, perpétré un homicide devant lequel la justice est impuissante, sont invités à se rendre sur une île : bien qu’ils en soient alors les seuls résidents, ils sont mystérieusement assassinés les uns après les autres, d’une façon qui rappelle les dix couplets d’une comptine. Voici le premier couplet :

« Dix petits nègres s’en allèrent dîner.
L’un d’eux s’étouffa
et il n’en resta plus que Neuf. »

On attend la suite.

A demain @jynau

L’homéopathie déremboursée et les riches dîners de François de Rugy en l’hôtel de Lassay

Bonjour

Hasard ou fatalité ? Quand Agnès Buzyn, sur RTL, explique ce 10 juillet quand, comment et pourquoi les médicaments homéopathiques ne seront plus remboursé voilà, sur France Inter, que François Goullet de Rugy doit s’expliquer sur des dîners dont les factures seront réglées par les citoyens français. Et au risque de faire le jeu des extrêmes et des désabusés les médias s’en donnent à cœur joie.

 « En période de disette budgétaire, la dépense passe mal auprès de certains fonctionnaires de l’Assemblée, résume Le Monde. Le site d’information en ligne Mediapart révèle, mercredi 10 juillet, que François de Rugy a organisé entre octobre 2017 et juin 2018 au moins une dizaine de dîners dans les salons de l’hôtel de Lassay, lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, sans lien apparent avec ses fonctions.

Parmi les convives identifiés par Mediapart (Fabrice Arfi) figurent notamment des membres de sa famille et des amis de sa femme Séverine, journaliste à Gala. Interrogé par le site d’information, le célèbre éditorialiste Jean-Michel Aphatie, invité par l’intermédiaire de sa femme, une proche de Mme de Rugy, raconte : « J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. (…) J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail. Et si c’était à refaire, non, je ne le referais pas. » (sic)

Défendre sa femme

Sur France Inter, celui qui est devenu ministre, d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire a qualifié l’article de Mediapart de « grotesque » et « pamphlétaire » : « La réalité, c’est que, élu président de l’Assemblée nationale, j’ai mis un peu d’ordre dans la gestion de certains budgets. J’ai réduit la retraite des députés, supprimé les avantages des anciens présidents de l’Assemblée… » Et d’ajouter :

« J’assume que ma femme ait pu participer, je défendrai ma femme. Nous n’avons rien à nous reprocher (…). [Quant aux invités], ce ne sont pas des amis, certains nous les connaissions, d’autre pas (…), c’est ça le propre d’avoir des relations de travail. » A Mediapart, François Goullet de Rugy avait assuré qu’il s’agissait de « dîners informels liés à l’exercice de [ses] fonctions avec des personnalités issues de la société civile », pour « répondre à l’exigence de représentation liée à [sa] fonction ».

Saint-Valentin et déjeuner de mariage

Mais ce n’est pas tout. Selon d’autres éléments (également recueillis par Mediapart),  les moyens de l’Assemblée nationale auraient également été utilisés pour organiser le dîner de Saint-Valentin du couple en 2018. « Le service de restauration de l’hôtel de Lassay a eu la délicate attention, sans qu’aucune demande préalable ne leur soit faite, de décorer la table de François de Rugy et son épouse », a justifié l’entourage du ministre au site d’information.

L’ancien président de l’Assemblée nationale avait déjà été épinglé par la presse en juillet 2018, pour avoir notamment organisé le déjeuner de son mariage à l’hôtel de Lassay, le 17 décembre 2017. Il avait alors affirmé avoir remboursé une partie importante des frais engagés par l’Assemblée nationale.

Sur RTL, Agnès Buzyn explique qu’une grande partie des médicaments homéopathiques ne sont pas remboursés.

« Ces médicaments coûtent très peu chers. Nous avons fait des calculs, quand on regarde les 1% des Français qui consomment le plus l’homéopathie, des très gros consommateurs, ils sont remboursés au plus fort de 25 euros par mois, c’est-à-dire de 2 euros par mois. »
« Cela ne peut pas grever le budget des Français car cela coûte très peu cher. Je pense que cela ne créera pas de la médecine à deux vitesses pour ceux qui souhaitent vraiment continuer à en consommer. Sachant que beaucoup de médicaments homéopathiques aujourd’hui sont consommés sans jamais avoir été remboursés. » 

Hasard médiatique ou fatalité politique ? Prendre le risque, en rapportant tout ceci, de faire le jeu des extrémistes ?

A demain @jynau

Pollution de l’incendie de Notre-Dame de Paris : pourquoi cet étrange silence de plomb ?

Bonjour

D’abord se taire. Aux antipodes de la « démocratie sanitaire », c’est une information de Mediapart (Pascale Pascariello) retprise par Libération (Marine Caturia). Où l’on apprend que les quantités massives de plomb libérées lors de l’incendie du 15 avril dernier ont provoqué de fortes pollutions dans le quartier – pollution dont les pouvoirs publics et les autorités sanitaires ont tardé (et tardent) à révéler l’ampleur.

Des taux de plomb 400 à 700 fois supérieurs à la limite autorisée ont été détectés à l’intérieur et aux alentours de la cathédrale. Des chiffres volontairement passés sous silence selon Médiapart. «Cette pollution est abyssale, il y aura des victimes», déclare à Libération Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm.

Ce sont les 400 tonnes de plomb qui couvraient la partie brûlée de la cathédrale qui sont en question. Selon les informations de Médiapart, le taux de concentration de ce métal lourd toxique a pu être relevé par plusieurs laboratoires, dont celui de la préfecture de police de Paris.

« Bien que les autorités connaissent les risques, il a fallu attendre deux semaines après l’incendie, soit le 27 avril, pour que la préfecture de police et l’ARS invitent les habitants du quartier à nettoyer leurs habitations avec des lingettes humides et à consulter leur médecin si nécessaire. Des précautions tardives, sans qu’aucune mesure légale pour protéger les riverains et les salariés n’ait été mise en œuvre. Médiapart révèle que le 6 mai, une réunion a été organisée avec les responsables du laboratoire central de la préfecture de police, de la mairie de Paris, du centre antipoison, de la caisse régionale d’assurance maladie et de la direction du travail. Réunion à l’issue de laquelle les participants ont décidé de ne pas dévoiler les chiffres. »

Pourquoi ? Trois associations, celle des familles de victimes de saturnisme, Robin des Bois, et Henri-Pézerat, envisagent de saisir la justice afin d’obtenir les résultats des prélèvements. Face au mutisme des instances concernées, ces associations ont multiplié les courriers auprès des ministères de la Santé et de la Culture, mais aussi de l’Agence régionale de la santé et de la préfecture de police de Paris.  Un manque de communication qui inquiète également les associations de riverains, qui n’ont d’autre choix que de se tourner vers la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada).

Soucieux de la suite des opérations de nettoyage et de décontamination, tous se demandent également ce que deviennent les déchets de poussière récoltés. Contactée par Libération, l’entreprise chargée du nettoyage n’a pas donné suite. Toujours ses taire. On fêtera officiellement, l’an prochain, les dix-huit ans de la démocratie sanitaire.

A demain @jynau

Maladie de la «vache folle»: graves questions après la mort d’une chercheuse de l’INRA

Bonjour

Où l’on reparle des prions pathologiques. La famille d’une chercheuse âgée de 33 ans, morte lundi 17 juin d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, a porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire a été révélée, vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirme aujourd’hui, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

Coment comprendre ? L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportent plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

Grande tristesse

Toutes les précautions ont-elles été prises pour prévenir puis prendre en charge une éventuelle infection ? C’est ce que demandent les avocats de la famille d’Emilie J. (Marc et Julien Bensimhon), qui soulèvent quatre questions précises : la jeune femme avait-elle bénéficié de la formation nécessaire face au risque de contamination ? Etait-elle équipée des gants anti-coupures qui auraient pu prévenir l’accident ? Le protocole qui impose une décontamination sur place et immédiate a-t-il été respecté ? L’INRA a-t-il veillé à la santé de la jeune femme après cet incident ? « Nous avons décidé de porter cette affaire sur le terrain médiatique, parce que l’INRA s’est désintéressé du sujet »,soutient Marc Bensimhon.

Est-ce vrai ?  Et si oui que faudra-t-il en conclure ? L’INRA, qui ne conteste pas la survenue de l’accident en 2010, a rendu public vendredi 21 juin ce communiqué :

« C’est avec une grande tristesse que l’INRA, sa direction et ses collègues ont appris le décès d’une ancienne chercheuse de l’INRA, qui a travaillé au sein de l’unité Virologie et immunologie moléculaire à Jouy-en-Josas de 2009 à 2012.

Il s’agirait d’un cas de maladie de Creutzfeld-Jakob nouveau variant. Les autorités sanitaires (Santé Publique France) en charge de la surveillance de ces maladies poursuivent leurs investigations. Cette ancienne chercheuse ayant eu un accident de service en 2010 lors d’une expérimentation au sein du laboratoire, il est essentiel de comprendre les causes de la maladie.

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique. L’INRA va par ailleurs contribuer à la mission confiée par la Ministre de la Recherche à l’IGAENR et à l’inspection santé et sécurité au travail, destinée à évaluer les mesures de sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions.»

On attend donc que la vérité soit faite. Et qu’elle soit dite.

A demain @jynau

L’envenimement des grèves aux urgences : il ne faut pas dévoyer l’arrêt maladie (Agnès Buzyn)

Bonjour

Hier invisible ou presque des médias généralistes la grève des urgentistes vient de s’envenimer : des grévistes réquisitionnés viennent ainsi de se mettre en « arrêt-maladie » pour protester contre leurs conditions de travail. Après un très gros abcès à Lons-le-Saunier on apprend que dans la nuit du 3 au 4 juin, à l’hôpital Lariboisière de Paris, les équipes de nuit n’étaient pas présentes. C’est donc le personnel de jour qui a dû être réquisitionné : l’équipe a travaillé durant dix-huit heures d’affilée. Des pompiers et le SAMU ont aussi dû transférer des malades vers d’autres services hospitaliers.

« C’est une forme extrême de protestation qui a été utilisée. […] On peut contester cette modalité d’action mais ce qu’il faut bien comprendre,c’est que la réponse du personnel est liée à l’inconséquence des gens qui nous gouvernent » a déclaré, sur RTL le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (mouvements nationaux les 6 et 11 juin) :

« La situation dans les services d’urgence et plus globalement dans les hôpitaux est catastrophique.  Le mouvement de grève débuté à l’hôpital Saint-Antoine s’est étendu dans de nombreux hôpitaux, parfois au-delà des services d’urgences.

Les plans d’économie successifs, associés à des fermetures de lits et des services rendent les conditions de travail des personnels insupportables.  Nous n’avons plus aujourd’hui les moyens de prendre en charge nos patients dans des conditions dignes et en toute sécurité.

Le gouvernement doit entendre notre cri d’alarme, à la veille de l’été, période toujours très difficile dans les hôpitaux.  Nous demandons à la Ministre de la Santé d’ouvrir immédiatement des négociations pour répondre aux revendications posées par les personnels. »

Très grosses fatigues

Réponse de la ministre Agnès Buzyn, ce matin sur France Inter . Qu’a-t-elle à dire, au-delà « de la calinothérapie et des mots doux » ?

« D’abord j’ai mis beaucoup d’argent sur la table [sic] pour l’hôpital public l’année dernière et cette année (…) ce qui permet aux hôpitaux de retrouver un peu de souffle. (…) Aujourd’hui l’engorgement aux urgences est essentiellement lié au fait que les patients ne trouvent pas de médecins capables notamment de les prendre sans rendez-vous. (…) Je comprends leur impatience [celle des médecins urgentistes] Je dis à tous les Français qui le peuvent (évidemment il y a des endroits où il n’y a pas de médecins et donc je l’entends …) d’éviter d’aller aux urgences quand on peut essayer de trouver un rendez-vous avec un médecin généraliste, dans un centre de santé, dans une maison de santé …. 

« Je reçois les urgentistes, je les reçois régulièrement. Ils attendent une initiative pour repenser les urgences de l’avenir et je travaille avec eux sur ces perspectives. [Sur Lariboisière et les ‘’arrêts maladie’’] : Je pense effectivement qu’il y a une très grosse fatigue des personnels aux urgences. Je l’entends et j’y travaille. Ce qui c’est passé à Lariboisière est assez inédit. Ils se sont mis en arrêt maladie. C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie. Je pense que ce n’est pas bien car ça entraîne une surcharge de travail pour les autres (…) La règle, dans le monde médical, quand on fait grève, c’est de mettre un brassard et de venir travailler pour ne pas mettre en danger la vie d’autrui. (…) Nous sommes totalement mobilisés pour améliorer la situation et nous attendons les prochaines générations de médecins urgentistes qui sont entrain d’être formés. Il y en a quatre cents par an et il vont arriver sur le terrain. »

La garde montante arrivera-t-elle à temps ?

A demain

@jynau