Contre le déni politique de la cigarette électronique : écoutez France Inter, lisez Slate.fr  

Bonjour

Le trou de souris s’agrandit. Hier ignorée quand elle n’était pas méprisée la cigarette électronique fait, petit à petit son entrée dans les espaces officiels ; et avec elle un nouveau discours, politique, sur les incohérences politiques majeures de la lutte contre le tabagisme. A la veille de la Toussaint et du « Moi(s) sans tabac » une démonstration éclairante en a été apportée sur les ondes publiques, avec l’inusable « Téléphone sonne » de France Inter :  « Tabac, j’arrête » 35 minutes avec les Drs William Lowenstein et Marion Adler.1

Un président de SOS Addiction à la pédagogie tranchante, une tabacologue hospitalo-universitaire en contrepoint (soutenant étrangement le Champix®…), une productrice (Fabienne Sintes) personnellement concernée par le sujet : cela donne une émission du tonnerre, à faire siffler les tympans de bien des autorités sanitaires. On y a redit des vérités déniées sur la cigarettes électronique, sur le scandale que constitue le non remboursement intégral des substituts nicotiniques, sur la duplicité de Bercy et des buralistes vendant du tabac aux mineurs, sur l’inefficacité programmée de la trop lente montée des prix annoncée par le gouvernement.

Déni quinquennal

Et osons une auto-citation : nous avons, pour notre part, sur Slate.fr, cherché à décrypter sinon les causes premières du moins la mécanique et les conséquences du mortel déni politique qui, depuis un quinquennat, frappe ce puissant levier anti-tabac que constitue la cigarette électronique – et ce en donnant la parole à quelques chevau-léger de la révolution des volutes : « La cigarette électronique : pourquoi tant de déni ? ».

On ajoutera un autre décryptage, complémentaire, sur Medscape France, qui traite aussi de la promotion par Big Tobacco de ses tabacs à chauffer : « E-cigarette et tabac à chauffer : les nouvelles stratégies des cigarettiers expliquées aux oncologues ». C’est ainsi : le trou de souris s’agrandit.

A demain

1 Pour l’heure ce lien ne renvoie pas à l’émission du 31 octobre mais à celle de la veille … Nous demandons à France Inter de corriger cette erreur …

Levothyrox : des milliers de malades vont demander 10 000 euros chacun pour préjudices

 

Bonjour

Les temps changent à grande vitesse. C’est une information de Medscape France (Aude Lecrubier) : la firme pharmaceutique Merck, productrice du Levothyrox polémique est ciblée par une vague de plaintes sans précédent. Si l’on en croit un communiqué de presse (24 octobre) du cabinet d’avocats MySMARTCab, 3500 personnes ont rejoint l’action collective et conjointe menée par Me Christophe Lèguevaques (avocat au barreau de Paris et fondateur de la plateforme MySMARTCab – activateur de justice). Où l’on voit la porosité de plus en plus grande entre les affaires médicales, les réseaux sociaux et les actions en justice.

Le 25 octobre, Me Christophe Lèguevaques a déposé les 108  premières plaintes auprès du Tribunal d’instance de Lyon et une centaine de nouveaux dossiers devraient être déposés chaque semaine jusqu’à la première audience fixée par le Tribunal de Lyon au 18 décembre 2017. A ce stade, 1 200 dossiers de plaignants seraient en cours de constitution et une trentaine de dossiers complets (pièce d’identité, cahier de doléances et documents médicaux) arriveraient quotidiennement sur la plate-forme.

Cette action complète celle, de moindre ampleur, menée par Me Bertella-Geffroy. Cette ancienne magistrate bien connue des médias attaque le laboratoire Merck pour « non-assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d’autrui, atteinte à l’intégrité de la personne et tromperie sur les qualités substantielles du médicament aggravée par une atteinte à la santé ». Rompu aux affaires complexes et médiatiques Me Lèguevaques entend quant à lui démontrer que les laboratoires Merck ont manqué à leur devoir d’information « sur les conséquences scientifiquement prévisibles de la substitution d’une nouvelle formule du Levothyrox® à son ancienne formule ».

L’avocat rappelle qu’un fabriquant ou titulaire d’une AMM a, de par la loi, une obligation d’informer les malades du contenu de son médicament et des effets indésirables qu’il peut induire. « Or, dans ce dossier d’après moi, il y a trois niveaux de manquements à l’obligation d’information du fabriquant », a expliqué Me Lèguevaques à Medscape édition française.

Honoraire de résultat : 10% HT des sommes pour l’avocat

Le premier manquement concerne la notice du médicament. La comparaison de la notice française et de la notice de produits équivalents à l’étranger montrerait que la notice française est extrêmement réduite. Le deuxième manquement porte sur l’absence d’information sur les conséquences scientifiquement prévisibles de la substitution d’une nouvelle formule du Levothyrox® à son ancienne formule. Le troisième niveau de manquement d’information concerne la mission de pharmacovigilance des laboratoires.

Dans ce cadre, Me Lèguevaques sollicite une indemnité forfaitaire pour réparer les préjudices moraux subis par chaque demandeur. En clair une  indemnité de 10 000 € : 5000 € de « préjudice résultant du défaut d’information » ; 5000 € provenant du « préjudice d’angoisse ». 1

Interrogé sur le fait de savoir si l’ANSM et le gouvernement ont une part de responsabilité dans cette affaire Me Lèguevaques estime que l’ANSM « aurait dû prévoir les conséquences éventuelles du changement de formule, informer et anticiper les difficultés liées à la disparition de la spécialité de Merck ». « Concernant le gouvernement, les patients se sentent incompris, ajoute-t-il. Ils ont le sentiment d’avoir été trompés par l’annonce du retour du médicament. 90 000 boîtes ont été mises en circulation alors qu’entre 200 000 et 300 000 personnes voulaient revenir à l’ancienne formulation. Les patients et les pharmaciens ont l’impression que l’on s’est moqué d’eux. » Existe-t-il, ici aussi, matière à préjudice ?

On sait que, dans un premier temps, Agnès Buzyn ministre des Solidarités et de la Santé avait estimé que les responsabilités dans ce dossier incombaient au gouvernement précédent.

A demain

1 Ce cabinet d’avocats demande d’emblée un honoraire de base de 96 € TTC (pour la première instance) et un honoraire de résultat de 10 % HT des sommes récupérées. En cas d’appel, il sera demandé un nouvel honoraire de base de 96€ TTC. « Une telle action peut être prise en charge par votre assurance protection juridique, précisent les avocats. Renseignez-vous auprès de la compagnie d’assurances qui gère votre assurance-maison ou assurance-auto. Souvent, la protection juridique fait partie d’un package. »

 

 

 

 

 

Champignons hallucinogènes : leurs chemins thérapeutiques dans les cerveaux dépressifs

Bonjour

D’abord ne pas s’automédiquer. Puis (re)lire Aldous Huxley en ouvrant « Les Portes de la perception » (1954). Et enfin découvrir ce papier de Medscape France : « Quand la psilocybine des champignons hallucinogènes ‘’reboote’’ le cerveau »  (Stéphanie Lavaud).

Psilocybine : principe actif de nombre de champignons hallucinogènes. Medscape nous rappelle que la recherche anglaise, et en particulier l’équipe menée par le Dr David Nutt (centre de psychiatrie, Imperial College London), a montré ces dernières années que cet alcaloïde de type indole avec un radical d’acide phosphorique est une voie possible d’un traitement potentiel de la dépression – comme d’autres molécules psychédéliques. Aujourd’hui l’équipe de l’Imperial College s’est attachée à comprendre comment la psilocybine agit au niveau cérébral pour entraîner des améliorations de l’humeur.

« C’est la première fois qu’il mène une étude d’imagerie, non pas sur des volontaires sains, mais sur 19 patients dépressifs dont 47% étaient comme ‘’re-bootés’’ le lendemain de la prise. De façon anecdotique, les chercheurs rapportent que les meilleurs « trip » étaient prédictifs de la réponse à 5 semaines. Malgré ces résultats enthousiasmants, les neurobiologistes mettent en garde contre l’automédication. »

Les 19 patients (âge moyen 42 ans) souffraient d’une dépression résistante aux traitements ; deux doses de psilocybine (10 mg et 25 mg) à une semaine d’intervalle. Tous ont bénéficié d’une IRM fonctionnelle initiale (avant tout traitement) et un jour après la deuxième dose (25 mg) ; imagerie utilisée pour mesurer le flux sanguin cérébral et pour évaluer la connectivité entre les différentes régions du cerveau. Les patients ont aussi rempli un questionnaire à 16 items pour évaluer leurs symptômes dépressifs, en début d’étude, au moment de l’imagerie et à 5 semaines pour évaluer les modifications sur le long terme.

« Douce euphorie »

« Quasi immédiatement après le traitement par psilocybine, les patients rapportent une diminution des symptômes dépressifs –les patients parlant même d’un effet ‘’afterglow’’ (une douce euphorie) pour décrire l’amélioration de l’humeur et la diminution de l’angoisse (…) Un effet qui s’est maintenu dans le temps (…)

L’imagerie fonctionnelle a montré des flux sanguins diminués dans des régions du cerveau, y compris l’amygdale, impliquées dans la gestion de la réponse émotionnelle, au stress et à la peur (…) Toujours par IRMf, les chercheurs se sont intéressés à la connectivité entre 4 régions cérébrales différentes que l’on sait être impliquées dans la dépression, à savoir le cortex cingulaire antérieur, cortex préfrontal ventromédian, l’amygdale bilatérale et la région de l’hippocampe. Ils ont observé une augmentation de la connectivité fonctionnelle des réseaux à l’état de repos après traitement par psilocybine. »

Ces résultats donnent un premier aperçu de ce qui se passe dans les cerveaux ainsi traités. Non, les hallucinogènes n’entraînent pas ipso facto une simple « désintégration » initiale des réseaux neuronaux (une dissolution de l’ego). Oui, les champignons psychédéliques peuvent aussi « réinitialiser » les réseaux associés à la dépression, permettant au patient de « sortir » de cet état.

Ne pas partir « en vrille »

On ne peut, ici, ne pas être marqué par les analogies faite avec le langage informatique – lointain écho des analogies de la psychanalyse avec celui de la thermodynamique. « Outre le fait d’avoir été comme ‘’ré-initialisé (reset)’’, certains ont évoqué l’impression d’avoir été défragmenté à la manière d’un disque dur, et d’autres ont dit avoir été ‘’re-booté’’, comme si la psilocybine avait permis à ces patients le ‘’redémarrage (kick-start)’’ dont ils avaient besoin pour se sortir de l’état dépressif » expliquent les chercheurs cités par Medscape ; qui rappelle que des effets similaires ont été mentionnés avec l’électroconvulsivothérapie.

Résultats prometteurs mais aussi des chercheurs qui mettent en garde les patients déprimés contre l’automédication, précisant qu’en dehors d’un contexte thérapeutique bien défini, l’expérience peut vite partir « en vrille ».

« Les Portes de la perception » ? Après une brève présentation des recherches autour de la mescaline, Huxley raconte qu’il en a consommé 0,4 grammes un beau jour de mai 1953. Il espérait ainsi pouvoir générer des visions hautement colorées. Puis il déchanta, sans vraiment déchanter. « L’hédonisme, écrit-il, est une philosophie insuffisante. Notre nature et le monde sont tels que, si nous faisons du bonheur notre but, nous n’atteindrons pas au bonheur.»

Il écrit aussi que la philosophie implicite  dans la publicité moderne est une forme spéciale de l’hédonisme. « Le bonheur, nous apprennent les auteurs de réclames, doit être poursuivi comme une fin en soi ; et il n’y a d’autre bonheur que celui qui vient de l’extérieur, comme résultat de l’acquisition de l’un des produits de la technologie en progrès. » (Re)voir Mad Men. (Re)lire Huxley. Ne pas s’automédiquer.

A demain

La peste progresse à Madagascar. Air France  maintient ses vols sur Antananarivo

Bonjour

Dans son dernier rapport sur la peste à Madagascar, daté du 20 octobre, l’OMS recense 1 297 cas suspects, probables et confirmés de peste sur la Grande Ile. Il s’agissait de 846 atteintes pulmonaires, 270 pestes buboniques et 180 cas non spécifiés. Ils ont été à l’origine de 102 décès.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens est passé de 30 à 40 entre le 1 er et le 17 octobre à 140 en moyenne depuis le 18 du même mois. Au total, 14 des 22 régions du pays sont atteintes ; le district de la capitale, Antananarivo, est le plus concerné avec 63,6 % des cas. Les autorités sanitaires du pays sont mobilisées et en concertation avec l’OMS, elles ont pu proposer une antibioprophylaxie à 1 621 des 2 476 personnes en contact très proche avec un malade confirmé.

L’OMS considère que comme « très élevé » le risque de peste pour l’ensemble de la population, et ce en raison du nombre important de patients concentrés dans les zones urbaines où les densités de population sont élevées. Les équipes en place sur le terrain ont pour mission de proposer « une stratégie de prévention et de contrôle fondées sur des effecteurs de surveillance, de diagnostic, de traitement curatif et préventif ».

« Neuf centres de soins dédiés ont été individualisés, dont six dans la capitale. Trois-cents techniciens d’hygiène ont déjà été formés, ainsi que quarante-cinq soignants qui ont ensuite été déployés dans la population, précise le site Medscape France. Un numéro de téléphone spécifique, le 910, est accessible à la population. En cas de suspicion importante de peste, des ambulances dédiées sont disponibles. »

Importance économique et symbolique

Dès les premiers jours d’octobre l’OMS avait alerté sur le risque de dissémination de la maladie et insisté sur les mesures à mettre en place au sein des aéroports. Plusieurs pays (les Comores, Maurice, l’Afrique du Sud, l’Irlande, Hong Kong, les Emirats Arabes Unis) ont choisi de vérifier la température des voyageurs en provenance de Madagascar et de mettre en quarantaine toutes les personnes fébriles.

Certains compagnies aériennes (comme Air Seychelles) ont d’ores et déjà suspendu les vols sur Antananarivo. Nous avons demandé à Air France quelle politique était, ici, suivie :

“A ce stade, Air France confirme maintenir son programme de vols de/vers Madagascar (Antananarivo).  La priorité d’Air France est de veiller à la santé et à la sécurité de ses clients, de ses équipages et de son personnel au sol. Air France applique les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé et des autorités sanitaires françaises et internationales (ministère français de la Santé, CDC, ECDC, IATA).”

Air France souligne aussi l’importance, économique et symbolique, , pour un pays touché par une épidémie, de pouvoir maintenir des relations aériennes avec les pays étrangers. La compagnie n’avait pas modifier ses dessertes lors de l’épidémie ouest-africaine d’Ebola.

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La méchante lettre politique de 400 médecins hospitaliers à la nouvelle ministre de la Santé

 

Bonjour

Marisol Touraine- Agnès Buzyn : même politique, même effets, même colère inquiète. C’est une lettre-alerte adressée à la ministre des Solidarités et de la Santé. Même adresse : 14, Avenue Duquesne, 75350 Paris 07.

« Depuis l’arrivée d’Agnès Buzyn au ministère de la Santé, on n’avait guère entendu les praticiens hospitaliers se plaindre, observe le site Medscape. Ce silence appartient désormais au passé : 400 praticiens hospitaliers viennent de publier une lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn qui fait l’effet d’une bombe. À l’origine de cette initiative, soutenue par une grande part des syndicats de praticiens hospitaliers, des médecins de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Mais pas seulement. »

« Nous, médecins hospitaliers et syndicats de médecins hospitaliers, tenons : à vous alerter sur la dégradation du service public hospitalier, à témoigner des difficultés croissantes rencontrées par ses usagers, nos patients, pour y accéder et y être soignés dans des conditions suffisamment bonnes, à dénoncer et détailler ici les grandes difficultés que nous rencontrons, comme les autres professionnels de santé, pour exercer notre métier, en raison de la politique de santé en cours depuis plusieurs années et du « management » qui en découle.

« (…) Nous vivons un plan triennal d’économies (2015-2017) avec des réductions de moyens rebaptisées souvent « restructurations », « amélioration de l’efficience », « virage ambulatoire »…, dont les conséquences sont fermetures de lits par centaines, retard de prises en charge, embouteillage aux urgences, prise de risque, abandon thérapeutique, impossibilité de faire hospitaliser les patients les plus fragiles… Nous vivons un management destructeur et contre-productif qui met à mal tous les personnels y compris les médecins hospitaliers. »

Effets médiatiquement claironnés

Les signataires ajoutent que les nombreux témoignages à ce sujet, recueillis notamment par l’association Jean-Louis Mégnien et les syndicats, vont tous dans le même sens. Ils assurent que nombre de leurs collègues sont maltraités par leurs directions, qu’un un nombre significatif d’entre eux se retrouvent en arrêt de travail pour burn-out et qu’il ne s’agit pas là de défaillances individuelles. Ils disent encore subir  les effets conjugués des dernières lois sur l’hôpital (Loi du 21 juillet 2009 Hôpital Patient Santé Territoire, Loi du 26 janvier 2016 de Modernisation du système de santé avec ses Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT).) et d’une « politique générale de destruction des services publics ».

Plus grave, sans doute, aux yeux du gouvernement d’Edouard Philippe et du président de la République, les signataires font valoir à la ministre qu’elle « s’inscrit dans la continuité » de celle qui l’a précédée  « en accélérant les GHT donc les fermetures de structures et en annonçant un taux directeur à 2.1 qui oblige les établissements de santé à supprimer de nouveaux postes de dépense ». Où l’on comprend, in fine, qu’au sein de l’hôpital public certains n’ont pas encore perçu les effets médiatiquement claironnés du changement politique.

Il y a quelques jours Agnès Buzyn répondait à Sébastien Jumel député communiste (Seine-Maritime) qui l’interrogeait sur les mesures envisagées par le gouvernement pour améliorer les conditions de travail des personnels hospitaliers. M. Jumel invitait le Pr Buzyn à venir « faire le tour des hôpitaux, sans le filtre des visites organisées […]  », pour constater à quel point les « personnels sont à bout ».  « Contrairement à vous, je n’ai pas besoin de ”visiter” les hôpitaux. J’y ai passé 25 ans de ma vie » répondit la ministre, déclenchant, écrit Le Quotidien du Médecin,  un tonnerre d’applaudissements. Pour combien de temps ?

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Désert médical et capitale : quand les infirmiers remplaceront les médecins de l’AP-HP

Bonjour

25 septembre 2017. La République En Marche n’est pas entrée au Sénat et, déjà, les déserts médicaux ont atteint la capitale. Pire, ses bastions hospitaliers jusqu’ici inexpugnables seraient touchés. Un symptôme : la toute dernière commission médicale d’établissement de l’AP-HP début septembre. L’affaire vient d’être traitée par le site Medscape à la lumière des informations des Échos qui avaient « vendu la mèche ».

Que faire pour contrer des déserts menaçants de part et d’autre de la Seine parisienne ? Comment pallier les sous-effectifs médicaux quand on ne peut les augmenter ? Les solutions envisagées sont de nature à décoiffer. Il s’agit, ni plus ni moins, que de multiplier par dix, puis par vingt, le nombre de soignants impliqués dans des « pratiques avancées » : des infirmiers habilités à pratiquer certains actes médicaux. On entend, déjà, la polémique.

Oïkeiosis

On compte, actuellement à l’AP-HP, 45 soignants en « pratiques avancées ». L’objectif est désormais de faire passer au plus vite ce nombre à 500 – puis à 1000 d’ici fin 2019. Contacté par Medscape édition française, l’AP-HP a confirmé les informations des Échos – mais « sans vouloir toutefois dévoiler les contours du projet de transformation élaboré par le premier CHU de France » ; Un projet joliment baptisé Oïkeiosis 1. Un projet radicalement contesté par la CGT :

« Les Directeurs de l’AP-HP se sont autorisés à penser au cours d’un séminaire au mois de juillet. Il en résulte un plan stratégique d’ensemble visant à désintégrer encore plus l’APHP (…) Encore un pas de plus dans la mobilité débridée contrariant la vie privée des agents ! Pour les agents hospitaliers ou les AEQ, une formation sera obligatoire pour leur imposer une orientation vers un « nouveau métier » (sic) (…) OIKEIOSIS est un nom grec et un concept stoïcien d’appropriation, passant par l’acceptation de la destruction de tout ce qui contrarie une communauté. » 

Soins « low cost »

Certains parlent déjà de directions hospitalières organisant des soins « low cost ». Plus généralement les syndicats infirmiers sont plus que réservés. « Nous sommes hostiles au transfert d’actes quand il s’agit d’un simple glissement de tâches, avec une formation théorique de 25 heures sans validation », a déclaré Thierry Amouroux, président du Syndicat national des professionnels infirmiers, aux Échos. Ce syndicat dit attendre le décret sur « l’infirmier en pratique avancée », défini par la loi de santé (qui réclamerait un niveau « master »). Ce décret précisera notamment les domaines d’intervention, les actes techniques et les actes de surveillance clinique et les prescriptions de produits de santé.

« Délégation de tâches » ? Elle a, rappelle Medscape, été définie par la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) – dite Loi Bachelot, en 2009. Mais les procédures sont lourdes et la fluidification des rouages reste à faire. A la pointe du nouveau progrès la direction de l’AP-HP voudrait que les choses avancent au plus vite. Et pour susciter des vocations chez les infirmiers elle souhaiterait qu’un texte réglementaire autorise une meilleure rémunération des tâches supplémentaires.

A demain

 1 Oïkéiosis (en grec ancien οἰκείωσις) est un concept par lequel l’être vivant s’appartiendrait. Que l’être s’appartient signifie qu’il ne passerait pas à côté de lui-même, et « saisirait son être comme le sien propre »1. On le traduit par « apparentement » ou encore « appropriation ».

Prévenir la mort subite du nourrisson augmente-il le nombre des «bébés à tête plate» ?

Bonjour

Qui trop prévient mal étreint ? C’est une polémique peu banale et un vrai dilemme de santé publique posé à la Haute Autorité de Santé (HAS). L’affaire est parfaitement résumée sur le site Medscape France (Dr Isabelle Catala).  Une association de patients – le Lien – a saisi la HAS quant au risque de plagiocéphalie (ou « bébés à tête plate ») en rapport  avec la couchage des enfants sur le dos tandis que des pédiatres des centre de référence de la mort inattendue du nourrisson (Ancrenim) redoutent que l’abandon du couchage sur le dos augmente le risque de survenue de mort inattendue.

Pour Le Lien trois mille enfants de plus de deux ans et demi sont atteints de cranioplagie en France, avec des conséquences parfois graves. Pour cette association la plagiocéphalie est liée à la diffusion de masse des recommandations de couchage sur le dos des enfants depuis les années 1990 précise Medscape. Elle parle de « troubles de diverses gravités, avec parfois des dégâts importants du développement psychique, cérébral ou physique du nourrisson. Ces troubles peu récupérables passé l’âge de deux ans et demi, entraînent chez certains enfants, un coefficient de développement abaissé associé à des problèmes biomécaniques, physiologiques, esthétiques et psychologiques.

Experts auto-proclamés

Pour leur part les pédiatres de l’association Ancrecim (Association des centres référents sur la mort inattendue du nourrisson) craignent que l’agitation autour des « bébés à tête plate » incite les parents à ne plus respecter la règle du couchage sur le dos qui évite chaque année des morts subites. Une crainte relayée par l’association « Naître et vivre » qui parle de« grave désinformation médiatique »:

« Parler de la plagiocéphalie n’autorise pas à anéantir 25 ans de prévention de la mort inattendue du nourrisson ! il faut continuer de coucher les bébés sur le dos, c’est vital… ! La préoccupation  de parents et de médecins concernant l’aplatissement du crâne de certains bébés, est bien sûr légitime. Cet inconvénient survient lorsque les bébés sont en permanence positionnés sur le dos, sans pouvoir bouger, et peut provoquer une déformation inesthétique. Cela n’est en rien incompatible avec les précautions de couchage diffusées depuis 25 ans et qui ont permis, en France comme partout dans le monde de réduire de 75% le nombre de morts inattendues du nourrisson. Elles ont été établies à partir de multiples études scientifiques, épidémiologiques et physiopathologiques publiées depuis 30 ans.

Rappelons l’efficacité de cette prévention à tous ceux qui n’en mesureraient pas immédiatement l’enjeu : on déplore encore en France chaque année 100 à 150 morts d’enfants qui auraient été évitables si les conseils de base avaient été respectés. Ainsi que les professionnels cités (« experts » auto-proclamés du sujet) qui semblent surtout avides d’assurer la   notoriété de leurs activités et de promouvoir leurs liens commerciaux, internet ou publicitaires, avec tout le mépris qu’ils expriment pour leurs « scarabées » de clients…. mais néanmoins pourvus de parents suffisamment aisés…  En fait, dans l’immense majorité des cas, le crâne des bébés concernés se remodèle spontanément avec la croissance et le développement de l’enfant. »

Couchage dorsal strict

Pour les pédiatres de l’Ancremin les recommandations internationales de couchage dorsal strict dans un environnement sécurisé de literie sont de mise « tant que le nourrisson d’arrive pas à se retourner sans aide ». « Le couchage sur le côté augmente singulièrement le risque de mort inattendue par basculement puis étouffement, tout comme les coussins ou cales-bébés, ajoutent-ils. Les plagiocéphalies sont avant tout dues au fait que le bébé soit empêché de varier ses postures et ne soit pas libre de sa motricité. »

Les experts de la HAS prendront sans doute connaissance du livre « Mon bébé n’aura pas la tête plate » des Drs Bernadette de Gasquet et Thierry Marck, ouvrage recommandé par Le Lien. Ainsi que des travaux du Pr Guillaume Captier, chef du service de chirurgie orthopédique et plastique pédiatrique du CHU de Montpellier. Ce dernier estime notamment qu’« en cas de déformation du crâne, ce n’est donc surtout pas le couchage sur le dos qui doit être remis en question, mais bien la mobilité cervicale de l’enfant ». On attend la synthèse et les conclusions de ces experts. Mettront-elles un terme à la polémique ?

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Commotions cérébrales : faut-il imaginer voir un jour le génial Neymar jouer casqué ?

Bonjour

Faut-il imaginer Neymar heureux ? Les gazettes ne parlent que de lui. L’Equipe célèbre un roi à Paris, Le Figaro évoque la démesure et Le Monde voit dans ce joueur le méchant reflet de la flambée des prix dans le football. Du pain, des millions d’euros et des jeux.

C’est aussi de football dont il est question dans le Journal de l’American Medical Association , de football américain, d’autopsies et de lésions. Une publication reprise et développée par Medscape France Vincent Bargoin) qui apporte de nouvelles preuves des conséquences neurologiques et psychiatriques à long terme des commotions cérébrales observées dans certains sports. Un travail remarquable : il a été mené à partir  d’une banque de tissus cérébraux constituée à partir de dons à la science faits par 202 joueurs de football américains décédés.

A l’autopsie, 177 de ces sujets présentaient une encéphalopathie traumatique chronique (ETC), taupathie liée à des commotions cérébrales répétées, et que l’on sait associée aux maladies neurodégénératives, souligne Medscape.  On note en outre une sorte de relation dose-effet puisque chez les 111 joueurs professionnels de la National Football League américaine, 110 présentaient des lésions cérébrales. Le diagnostic post-mortem d’encéphalopathie traumatique chronique repose sur la présence d’agrégats fibrillaires de protéine Tau phosphorylée au niveau des neurones et des astrocytes, en particulier autour des petits vaisseaux. La dementia pugilistica était connue depuis longtemps chez les boxeurs, mais le premier cas chez un joueur professionnel de football américain a été décrit en 2005. »

« Protocole commotion »

Medscape ajoute que si le football américain est « connu pour sa spectaculaire brutalité », une autre enquête, publiée en février dans Neurology, établit que les simples têtes au « football tout court » sont elles-aussi facteur de commotion cérébrale. Dans un éditorial  du JAMA le Dr Gil Rabinovici (California University, San Francisco) incite à la prévention.

« Les auteurs observent l’ECT non seulement chez des joueurs professionnels, mais également chez des personnes qui ont joué à l’université, ou même au collège, ce qui suggère que les niveaux d’exposition les plus faibles pourraient être suffisants pour provoquer des lésions cérébrales, écrit-il. En termes de santé publique, cet aspect est plus préoccupant que les observations chez des joueurs professionnels ».

Et ce d’autant plus qu’il faudrait également prendre en compte les « sub-commotions », impacts à la tête d’une moins grande intensité mais qui pourraient également augmenter les risques d’encéphalopathie traumatique chronique. Pour l’heure la Fédération Française de Rugby semble avoir entendu une partie du message américain avec la mise en place de la procédure de « protocole commotion » ; une procédure, toutefois, qui ne prévient pas la commotion elle-même. En viendra-t-on à imposer les casques à l’ensemble des joueurs de rugby ? Faut-il imaginer Neymar casqué ?

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Vélo, dopage et placebo : pourquoi ne pas dépénaliser les injections cyclistes d’EPO ? 

Bonjour

Froome, étrange étranger, a encore gagné. Bardet, vrai Français, n’a pas démérité ; aurait pu le supplanter. Poulidor n’est pas mort et nous avons traversé le Grand Palais. 2017. Pendant le dopage le spectacle peut continuer.

« Avouons-le: comment, ces derniers jours ne pas songer au dopage en admirant les inhumaines performances alpines des héros du Tour 2017? Un Tour au choix hallucinant ou désastreux, caparaçonné dans ses non-dits, filmé comme jamais mais désormais comme protégé contre toute forme d’investigation biologique.

On pourrait certes ne voir là qu’une forme de retour aux sources. Longtemps, la Grande Boucle ne se préoccupa pas du dopage. Le mot n’existait pas. La chose était omniprésente, mais on n’en parlait pas. Plus exactement elle était acceptée, consubstantielle à cette épreuve, indissociable du spectacle des souffrances des célèbres forçats décrits par Albert Londres. Au lendemain de la première guerre mondiale, Henri et Francis Pélissier marchaient à la dynamite. Alcool sous toutes ses formes, chloroforme, cocaïne et autres pilules, pommades ou cataplasmes: il s’agissait autant de calmer les souffrances que d’améliorer les performances. Mais comment faire la différence ? (…) «

Lire la suite sur Slate.fr : « Tour de France : pourquoi interdire l’EPO s’il ne s’agit que d’un placebo ? »

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Post mortem & post-vérité : les premiers pas des certificats de décès électronisés

 

Bonjour

Notre époque, dit-on, est à la dématérialisation. A quelle vitesse ? Il aura fallu quatorze années, pas moins, pour que l’on commence à tenter d’abandonner le papier des certificats médicaux de décès. Tout avait commencé en 2003, au lendemain de la canicule 1. Tremblant devant un risque majeur gravement sous-estimé quelques responsables politiques avaient alors pris la mesure d’une faille majeure du système d’alerte sanitaire. C’est ainsi que l’on commença à parler de « certification électronique des décès », un système permettant de disposer en temps réel de données médicalement fiables tout en allégeant la charge logistique. Soit un gain de plusieurs mois dans la collecte et l’analyse des données -essentiel en cas d’émergence d’une urgence sanitaire.

Quatorze ans plus tard, à l’occasion de la « Paris Healthcare Week », la Direction Générale de la Santé (DGS) vient d’annoncer le lancement de la première expérimentation de dématérialisation de la totalité des certificats de décès (volet médical et administratif). Cela se fera, comme le rapporte le site Medscape (Stéphanie Lavaud) « en situation de mobilité, via l’application CertDc » 2. En pratique l’expérimentation commence (pour une durée de six mois), dans six villes de taille moyenne disposant d’un EHPAD : les cités d’Antibes, d’Aurillac, de Créteil, de La Rochelle, de Montluçon et de Villejuif. Les médecins hospitaliers seront prévenus par leurs établissements et leur Agence régionale de santé ; les libéraux via les Conseils nationaux et départementaux de l’Ordre des médecins. La participation ne se fera toutefois (pourquoi ?) que sur la base du volontariat.

Présidence Macron et ubérisation

Il faut ici compter avec les freins, matériels ou psychologiques au changement des pratiques. Depuis 2007 la mise au point de l’application web CertDc permet aux médecins qui le souhaitent de saisir en ligne un certificat de décès et d’en transmettre « quasi immédiatement » le volet médical auprès des services en charge de l’analyse des causes de décès (CépiDc-Inserm) et de Santé publique France. Mais une étude publiée dans le BEH établissait qu’en 2011 moins de 5% de la mortalité nationale était certifiée électroniquement, avec une répartition hétérogène par département. Fiasco, ou presque.

Aujourd’hui la nouvelle mouture de l’appli Cert Dc permet de déclarer les décès « en situation de mobilité » (au domicile, en EHPAD, sur la voie publique) – soit près de 40% des décès. Elle est aussi dotée du volet administratif (à destination de l’opérateur funéraire et de la mairie du lieu de décès). « Un bon moyen de s’affranchir de la nécessité d’imprimer ce document pour envoi par voie postale…et du risque d’erreur quand l’employé de l’état civil n’arrive pas à déchiffrer l’écriture du médecin » note Medscape.

En ce mois de juin 2017 on évoque déjà une généralisation à l’ensemble de l’Hexagone pour 2018. A l’heure de la présidence Macron et de l’ubérisation les médecins français se révéleront-ils des vecteurs zélés de la dématérialisation

A demain

1 Sur ce thème : « Décès ‘’ internetement ‘’ certifiés : la France piétine ». Rev Med Suisse 2012; 340-341

2 Cette application est disponible sous Android et Apple. La connexion est sécurisée au même titre que la messagerie de santé (CPS). Le remplissage du formulaire peut se faire hors réseau et la présentation est la même que le certificat de décès papier. Enfin le scan de la bande MRZ qui figure au bas des papiers d’identité (CNI, passeport, permis de conduire) permet de prévenir les erreurs.