Trafic d’esclaves et «athlètes Pikachu». Les dernières outrances de France Télévisions

 

Bonjour

Les temps sont bien difficiles pour Daniel Bilalian, 69 ans, « patron des sports » à France Télévisions. C’est lui qui, titre oblige, commentait il y a quelques jours la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’été à Rio de Janeiro. Et le journaliste-chef de « s’emmêler les pinceaux » – pour reprendre la formule du Figaro. «Le trafic d’esclaves a été nécessaire ici pour le développement industriel (…) Un esclavage qui a duré jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (…) Le Brésil a utilisé les services de ces esclaves africains qui venaient de l’ensemble du continent africain», avait déclaré le journaliste, en froid avec ses fiches.

Personnages de mangas

 Autre difficulté pour M. Bilalian : lors de l’épreuve de gymnastique lorsque son consultant (et ancien gymnaste) Thomas Bouhail, 30 an, a cru nécessaire de comparer les athlètes japonaises à des «personnages de mangas», des «petits Pikachu ».

« Pikachu est un petit Pokémon potelé qui ressemble à un rongeur. Il est couvert de fourrure jaune. Ses oreilles sont pointues et leurs bouts sont noirs. Il a une petite bouche, des yeux marron et deux cercles rouges sur les joues. Il y a des poches sous ses joues qui génèrent de l’électricité. Ses bras sont courts, avec cinq doigts chacun, et ses pieds possèdent trois orteils. Il a deux stries marron sur le dos, et sa queue est en forme d’éclair avec un peu de fourrure marron à la base. Il est classé comme un quadrupède, mais il est connu pour se tenir et même marcher sur ses pattes arrière (…)

Pikachu est capable de lâcher des décharges d’électricité à la puissance variante. Pikachu est connu pour générer l’énergie dans les glandes situées sous ses joues, et doit la faire sortir pour éviter des complications. Il est aussi capable de relâcher de l’énergie de sa queue, de la recharger en la plantant dans la terre, ou encore même d’aider à recharger un camarade avec des coups d’électricité. Pikachu peut aussi s’électriser lui-même pour utiliser son attaque signature, Électacle. Quand il est menacé, il relâche l’énergie de ses joues pour créer de l’électricité, et un groupe de Pikachu peut créer de véritables orages. Il est le plus souvent trouvé dans les forêts, et le signe qu’un Pikachu est passé par là est une tache d’herbe brûlée.

Les Pikachu femelles ont au bout de la queue une encoche en V qui ressemble à un cœur. »

Le Figaro observe que depuis l’entame des Jeux Olympiques, les commentateurs de France Télévisions subissent les foudres des internautes sur les réseaux sociaux. Parmi ce flot de critiques (parfois très sévères) ciblant très souvent les approximations des journalistes et des consultants à l’antenne les deux « énormes maladresses » (de MM  Bilalian et Bouhail) reviennent régulièrement.

« Hauteur de ton et de pensée »

La direction de France Télévisions a fait savoir qu’elle « regrettait » certains propos déplacés tenus par les commentateurs au cours de la cérémonie d’ouverture et de l’épreuve de gymnastique. Est-ce un désaveu de M. Bilalian ? Sera-ce suffisant ?

Metronews affirme que le CSA a été saisi. Le CRAN (Comité représentatif des associations noires) a déjà pour sa part  alerté l’instance de surveillance de la télévision en envoyant un courrier pour dénoncer les propos de Daniel Bilalian sur l’esclavage. Sollicité par L’Express, le groupe France Télévisions a réagi par la voix de sa présidente Delphine Ernotte. «La direction regrette ces commentaires, comprend les réactions et considère la situation avec sérieux», a indiqué la responsable. Elle n’a pas souhaité davantage s’étendre sur le sujet.

Le temps n’est plus aux débordements tacitement tolérés de Thierry Roland. Il n’est plus, non plus, à l’acceptation, de fait, de la sortie il y a dix ans de Philippe Candeloro qui, à Turin, avait conclu la prestation d’une patineuse Japonaise en affirmant que l’athlète « méritait un bon bol de riz ce soir ». L’ORTF n’existe plus et France Télévisions n’est certes plus « la voix de la France » encore évoquée, en juillet 1970, par Georges Pompidou dans une célèbre et formidable conférence de presse. Le président de la République demandait alors aux journalistes de la télévision (et de France Inter) une certaine « hauteur de ton et de pensée ». Est-ce vraiment toujours d’actualité ?

A demain

«Sexualité et prédestination» : un sujet philosophique du président de la République

Bonjour

Baccalauréat 2016. Académie de Paris. Sujet de philosophie. Coefficient 7. Durée 4 heures. Téléphones portables et autres tablettes prohibés.

« Choisit-on librement son orientation sexuelle ? »

Vous pourrez, autant que de besoin, vous inspirer de ces éléments contextuels:

François Hollande, président de la République a, dimanche 12 juin 2016, condamné « avec horreur » la fusillade d’Orlando. Il s’exprimait pour la première fois sur le caractère homophobe de cette fusillade au cours de laquelle cinquante personnes ont été tuées au sein d’une boîte de nuit essentiellement fréquentée par des gays.

Compassion

Le lundi 13 juin, à l’ambassade des États-Unis en France François Hollande a « exprimé sa compassion » envers le peuple américain. « C’est l’Amérique qui a été frappée, mais c’est la liberté qui était visée. La liberté de choisir son orientation sexuelle et de déterminer son mode de vie », a –t-il déclaré.

Puis ce message a aussitôt été diffusé sur Twitter via le compte officiel du président de la République :

« L’effroyable tuerie homophobe d’Orlando a frappé l’Amérique et la liberté. La liberté de choisir son orientation sexuelle et son mode de vie. » Un message diffusé par vidéo sur FranceTVInfo

Polémique

Aussitôt un débat polémique a éclaté, sur les réseaux sociaux et dans les médias, centré sur le thème du choix de l’orientation sexuelle. Cette formulation a notamment alimenté l’ire d’une partie de la communauté LGBT. Cette polémique conteste les parts respectives de la génétique et, via l’épigénétique notamment, de l’environnement  familial.

« Une bien triste erreur […] Le président de la République qui a inscrit dans la loi française l’égalité des droits et l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe explique que “l’orientation sexuelle” des individus, en particulier des homosexuels, relève d’un “choix”. Ce qui n’est  évidemment pas le cas… » a notamment affirmé  la radio Europe 1.

Vivre ou choisir

Ce tweet présidentiel polémique a été effacé quinze minutes seulement après avoir été diffusé. Un nouveau message a alors été publié où l’expression « choisir » est remplacée par « vivre » :

 « La tuerie homophobe d’Orlando a frappé l’Amérique et la liberté : la liberté de vivre son orientation sexuelle et de choisir son mode de vie. »

 L’affaire n’a pas été sans susciter des considérations politiciennes. Certains ont établi un parallèle avec l’action présidentielle : « Ce tweet est à l’image du quinquennat de Hollande: ça part d’une bonne intention et ça se termine en catastrophe »

Perversité

Vous pourrez nourrir votre réflexion des arguments développés par le Dr Philippe Brenot, enseignant en sexologie à l’université Paris-Descartes et conseiller scientifique d’un documentaire récemment diffusé sur France 2 dans l’émission Infrarouge : « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? ».  Extrait (MetroNews) :

« Les gens ne savent pas distinguer l’identité sexuelle de l’orientation ou même du désir. Un homme homosexuel n’a aucun problème d’identité, c’est un homme, comme une femme hétérosexuelle est une femme. Quant à la question de l’orientation, l’hétérosexualité n’est pas la normalité. J’ai été stupéfait, au moment des ‘’Manifs pour tous’’, de prendre conscience qu’un tiers des Français pensaient que l’homosexualité, l’intérêt pour le même sexe, était une pratique perverse choisie délibérément. Alors que ce n’est pas un choix. »

A demain

 

Traiter (par SMS) un coiffeur de «PD» n’est pas être homophobe. C’est une injure (5 000 euros)

Bonjour

Etre ministre signifie-t-il ne plus pouvoir se taire ? Myriam El Khomri, jeune ministre du travail, parle beaucoup, souvent trop. Cette fois elle ne connaissait strictement rien au dossier –  mais elle a aussitôt dénoncé un scandale. C’était ce matin sur RTL face aux griffes rentrées d’Olivier Mazerolle –  et l’affaire, cet après-midi, est partout sur la Toile. La ministre avait-elle, cette fois, vu juste ?

L’affaire ? Un  jugement du conseil des prud’hommes de Paris, rendu en décembre 2015, mais révélé par Metronews et mais diffusé dans la soirée du jeudi 7 avril sur Twitter. Saisi par un employé dans une affaire de licenciement abusif, le conseil des prud’hommes de Paris a considéré que le terme de « pédé » adressé à un coiffeur n’est pas homophobe. Le contexte ? Le jeune homme, employé en période d’essai dans un salon parisien, avait reçu (par erreur…)  en octobre 2014, un SMS de sa patronne qui disait : « Je ne garde pas [l’employé, NDLR], je le préviens demain, on fera avec des itinérants en attendant, je ne le sens pas ce mec : c’est un PD, ils font tous des coups de pute. »

SMS » inapproprié »

La période d’essai du jeune homme avait été rompue le lendemain pour « insuffisance professionnelle ». Estimant victime de discrimination liée à son orientation sexuelle, et très affecté psychologiquement, le jeune homme avait attaqué son employeur devant les prud’hommes. Il était en l’espèce soutenu par le Défenseur des droits, qui estimait qu’il y avait bien eu discrimination.

La défense ? Le salon de coiffure faisait valoir  que l’employé « travaillait lentement », avait des « difficultés d’intégration » et « qu’il refusait d’exécuter certaines tâches, mais prétendait accéder rapidement à un poste de manager ». Tout en reconnaissant « le caractère et la teneur inappropriés du SMS », l’employeur estimait que le terme de « pédé » « n’est qu’un simple abus de langage et que ce terme est entré dans le langage courant et qu’il n’a aucun sens péjoratif ou homophobe dans l’esprit de la manager ».

Milieu de la coiffure

Dans sa décision, le conseil des prud’hommes a repris les arguments de l’employeur. Mais il est allé plus loin, nettement plus loin,, très loin :

« En se plaçant dans le contexte du milieu de la coiffure, le conseil considère que le terme de “pédé” employé par la manager ne peut être reconnu comme propos homophobe, car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles, notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela pose de problèmes. »

Pour autant le même  conseil considère que « (…) que ce sont des propos injurieux qui ont été prononcés ». A ce titre, il a accordé à l’employé 5 000 euros au titre du préjudice moral. Ce dernier a fait appel.« L’injure non publique est punie par une contravention de 38 € maximum. Si c’est une injure raciste, sexiste, homophobe ou contre les handicapés, la contravention est de 750 € maximum, qu’elle ait été prononcée à l’égard d’une personne désignée ou d’un groupe de personnes », rappelle le site Service public.

Quid de la locutrice ?

Le Défenseur des droits a réagi sur Twitter : il juge la position du tribunal « surprenante ». Rappelons ici que « pédé » est un terme péjoratif désignant généralement (mais pas toujours)  un homosexuel masculin. « Il est parfois aussi repris par la communauté homosexuelle s’assumant, comme terme d’auto-désignation, sans connotation injurieuse, précise Wikipédia.  Cependant, ce terme est, selon son contexte d’utilisation, susceptible d’être considéré comme une injure homophobe et à ce titre punissable judiciairement comme tel ».

La lecture de l’ouvrage de Didier Eribon (« Pédé » in Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003, p. 355 ») laisse penser que la connotation du terme est à analyser avant tout en lien avec l’identité du locuteur, homosexuel ou non. On ne sait rien, ici, sur l’identité et la sexualité de la locutrice.

A demain

Lire aussi, sur ce thème – et sur Slate.fr : « Oui, «PD», c’est homophobe »