Un système génial de WiFi neuronal laisse espérer que des paralysés pourront, demain, marcher

 

Bonjour

Une nouvelle fois c’est l’anglais qui résume à merveille le sujet. L’anglais et la BBC : “‘Brain wi-fi’ reverses leg paralysis in primate first”. En langue scientifique cela donne, dans le dernier numéro de Nature : “A brain–spine interface alleviating gait deficits after spinal cord injury in primates”.

 On peut aussi se reporter au communiqué de presse de l’Inserm: « Des macaques retrouvent le contrôle d’un membre paralysé ». Sans emphase ce titre fait état d’un espoir considérable dans un domaine où, malheureusement, les espoirs éveillés dans la presse généraliste ont souvent été sans véritables lendemains.

« Des primates non-humains ont retrouvé le contrôle d’un membre inférieur paralysé suite à une lésion de la moelle épinière. Cette avancée a été rendue possible grâce à une interface cerveau-moelle épinière (dite « neuroprothèse »). Ce système agit comme un pont sans fil entre le cerveau et les centres de la marche situés dans la moelle épinière, court-circuitant ainsi la lésion.

« Cette neuroprothèse a été développée par un consortium international mené par l’École Polytechnique de Lausanne (EPFL) au sein duquel l’Institut des maladies neurodégénératives (CNRS/Université de Bordeaux) sous la direction d’Erwan Bezard, directeur de recherche Inserm a mené la validation expérimentale chez l’animal. Les résultats sont publiés le 9 novembre 2016 dans la revue Nature. Un essai clinique a d’ores et déjà été initié à l’hôpital universitaire de Lausanne afin de tester les effets thérapeutiques de cette neuroprothèse chez des patients souffrant de lésions de la moelle épinière. »

Premiers essais chez l’homme

On ajoutera que l’interface est composée d’un implant cérébral, d’un système d’enregistrement, d’un ordinateur, d’un stimulateur implantable et d’un implant spinal. Quant à l’implant cérébral c’est est une puce comparable à celles déjà utilisées chez l’homme pour des recherches sur les interfaces cerveau-ordinateur, et placée (neurochirurgicalement) sur le cortex moteur. L’implant spinal, lui, est composé de seize électrodes préalablement placées chirurgicalement à des endroits précis sur la partie dorsale de la moelle épinière lombaire. Il « active de manière synergique les groupes de muscles de la jambe paralysée, permettant la production des mouvements de flexion et d’extension nécessaires à la marche ».

En d’autres termes ces primates non-humains condamnés à l’horizontalité se lèvent et marchent. La Pr. Jocelyne Bloch, neurochirurgienne, du centre hospitalier universitaire de Lausanne (CHUV) conduit actuellement l’essai clinique qui permettra d’évaluer, chez l’homme, le potentiel thérapeutique de cette technologie qui permettrait à des patients avec des lésions incomplètes de la moelle épinière de remarcher.

On observera que dans son communiqué de presse l’Inserm prend soin d’user d’une majuscule pour le mot Homme. La langue française a des subtilités que la concision de l’anglais interdit. Et c’est à Lausanne, en Suisse francophone, que désormais et grâce au WiFi, l’espoir luit.

A demain

 

Sida : le mythe du « patient zéro » Gaëtan Dugas peut (enfin) voler définitivement en éclats

 

Bonjour

« Ah, la légende du patient « zéro »… ! Combien de fois avons nous colporté cette croyance, à nos externes ou internes, en conférence ou à nos proches … Je crois même me souvenir que Mirko Dražen  Grmek, dans son « Histoire du sida » (1989) l’avalisa…. La légende s’écroule …? Tant mieux… C’est bien pour la mémoire du steward… c’est bien pour Air Canada …et c’est essentiel pour l’Histoire du sida… »

C’est un ancien interniste de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris qui parle.  Le Dr William Lowenstein résume à merveille la leçon qui nous reste collectivement à tirer d’une formidable publication de Nature du 26 octobre 2016.  Un travail de génétique posthume mené par une équipe de l’Université de l’Arizona et des chercheurs de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni). Les auteurs ont travaillé à partir du matériel génétique dégradé du VIH de huit échantillons sanguins vieux de près de 40 ans (1978-1979).

Remontons dans notre temps. Le début des années 1980, une nouvelle maladie « venue des Etats-Unis »… une épidémie… le « cancer des homosexuels »… les « quatre H »… et bientôt les « sidaïques »… les frayeurs ancestrales revisitées… Puis, sur l’autre face, le lent décryptage de la raison raisonnante… la volonté de comprendre… la puissance du hasard et de la virologie … le travail parisien mené autour du Pr Luc Montagnier…  La découverte du LAV-VIH ne changea pourtant rien à certaines affaires, bien au contraire… A commencer par l’affaire « Gaëtan Dugas ».

La messe était presque dite

Il restera à comprendre l’enchaînement des raisons (peu glorieuses) qui firent naître la légende, le mythe du « patient zéro », cette confusion entre un « cas index » et le « premier cas ‘’Out of Calfornia’’ ». Il y eut ensuite, pour solidifier le tout, ‘’And the Band Played On: Politics, People and the Aids Epidemic’’ du journaliste Randy Shilts. Nous étions en 1987 et cet ouvrage qui entendait retracer les premiers temps de l’épidémie du sida aux Etats-Unis fut amplement salué. Un best-seller. En 1988 son auteur remportait le prix Stonewall, qui récompense des livres dont les thématiques concernent la communauté LGBT.  La messe était dite. Ou presque.

Cold case. C’était donc compter sans les progrès considérables à venir de la biologie moléculaire et la mémoire glacée des échantillons biologiques. Au début des années 2010 il fut établi que le virus du sida avait émergé en Afrique noire environ un siècle plus tôt. En mars 2016, comme le rapporta Slate.fr (Emeline Amétis), une publication établit que que Gaëtan Dugas n’était pas le-steward-homosexuel-d’Air Canada- qui-a-importé-le sida-aux Etats-Unis. C’était, dans Science, « ‘Patient Zero’ no more » de notre confrère Jon Cohen.

Injustement villipendé

 Tout est aujourd’hui scientifiquement décrypté dans Nature. Et repris dans Le Journal de Montréal :

« L’agent de bord québécois Gaëtan Dugas, surnommé le «patient zéro», a été injustement accusé au milieu des années 1980 d’être le premier responsable de l’épidémie du sida aux États-Unis, confirme une étude publiée mercredi. Le virus, responsable d’un total de quelque 650 000 morts aux États-Unis, a fait un «saut» des Caraïbes à New York vers 1970, devenue la plaque tournante à partir de laquelle il s’est ensuite répandu, rapportent les chercheurs dans la revue scientifique Nature.

Vilipendé à titre posthume comme l’épicentre de l’épidémie américaine, Gaëtan Dugas n’était qu’une des nombreuses victimes de la maladie. Il a d’ailleurs fait des efforts pour aider les responsables de la santé à comprendre comment le sida s’était propagé en nommant des dizaines de ses nombreux partenaires sexuels avant sa mort en 1984, alors que d’autres ne pouvaient retrouver qu’une poignée de noms. La publication Nature qui devrait mettre fin au mythe popularisé dans le monde du «patient zéro» repose sur une solide analyse historique et génétique. »

La diabolisation et le Vatican

 Les auteurs de Nature n’ont trouvé ainsi «ni preuve biologique ni historique que le « patient zéro » ait été le premier cas aux États-Unis» « Dugas est l’un des patients les plus diabolisés dans l’histoire», constate Richard McKay (Cambridge), historien de la santé publique et l’un des deux principaux auteurs de l’étude. »

La génétique moléculaire ne nous dit pas comment on dédiabolise les patients. Pour les exorcistes il faut généralement s’adresser au Vatican. Un Vatican qui, en matière de sida et de préservatifs, tarde durablement à faire son immense mea culpa. Ayons confiance : c’est écrit, cela viendra.

A demain

 

Des biologistes japonais ouvrent la voie à la procréation humaine sans utilisation d’ovocytes

 

Bonjour

C’est fait. Des biologistes japonais viennent de révéler être parvenus à créer des souris à partir d’ « œufs artificiels », créés à partir de cellules de peau de souris adultes. Réalisée par une équipe dirigée par le Pr Katsuhiko Hayashi (département de biologie du développement de cellules souches de l’Université de Kyushu) cette première est publiée 1 et détaillée  dans la revue Nature : “Mouse eggs made from skin cells in a dish” (David Cyranoski). Elle est aussi commentée, le plus souvent avec enthousiasme, par des chercheurs britanniques, notamment sur les sites de la BBC : « Healthy mice from lab-grown eggs » et du Telegraph : “Scientists create live animals from artificial eggs in ‘remarkable’ breakthrough”.

Quoique donnant les signes de la prudence le chercheur japonais n’exclut nullement une application à l’homme : un nouveau traitement, pour le coup révolutionnaire, de la stérilité où les ovocytes ne seraient plus nécessaires.Pour l’heure les animaux ainsi créés semblent sains et fertiles. «Je dirais que ces essais devrait être d’abord menés sur de grands animaux – porcs, moutons et vaches – avant de tenter l’expérimentation humaine », estime le Pr James Adjaye, directeur de l’Institut pour la recherche sur les cellules souches et la médecine régénérative à l’Université de Düsseldorf. Tout est une question d’éthique, dit-il. Qui oserait-dire le contraire ?

A demain

1  http://www.nature.com/nature/journal/vaop/ncurrent/full/nature20104.html(2016).

Alzheimer : publication d’une étude préliminaire «alléchante». Un vaste essai clinique commence

 

Bonjour

Comme une promesse de rosée dans un désert thérapeutique. « Tantalising » trompettent les gazettes anglo-saxonnes. On peut, de fait, trouver l’affaire alléchante.

Résumons. Il s’agit d’une publication de Nature daté de ce 1er septembre . Un essai clinique mené sur 165 personnes souffrant de maladie d’Alzheimer à partir de l’anticorps monoclonal aducanumab administré mensuellement par voie intraveineuse. Développée par la société américaine de biotechnologie Biogen cette molécule expérimentale est depuis quelque temps déjà présentée comme prometteuse dans cette indication. Des résultats préliminaires avaient déjà été présentés l’an dernier à Nice lors d’une conférence internationale sur la maladie d’Alzheimer.

Son action vise, schématiquement, à « dissoudre » les agrégats de protéine bêta-amyloïde dans les tissus cérébraux l’un des signes caractéristiques de cette maladie neurodégénérative aujourd’hui incurable. Est-ce une action sur un symptôme ou sur la cause ? Tout est là… Les auteurs de la publication de Nature annoncent avoir observé, après un an de traitement à doses élevées, des résultats positifs en terme de réduction des pertes de mémoire – résultats positifs également à l’imagerie cérébrale. Mais ils font aussi état d’effets secondaires handicapants (céphalées) qui ont conduit un quart des personnes à arrêter cet essai.

Frisson de fièvre

Ces résultats mitigés seront suivi d’un essai clinique de phase III qui inclura 2700 personnes à un stade très précoce de la maladie en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. L’enthousiasme des promoteurs de ce travail (la société Biogen et la société suisse Neurimmune ) tranche avec les commentaires prudents de spécialistes recueillis par quelques titres de la presse anglo-saxonne comme la BBC ou encore The Guardian.

On retiendra le commentaire du Dr Tara Spires-Jones (Centre for Cognitive and Neural Systems at the University of Edinburgh) : « Je suis prudemment optimiste quant à ce traitement, mais en essayant de ne pas trop être excité parce que de nombreux médicaments ont donné des résultats à un stade précoce avant de se révéler des échecs lors d’essais plus importants ».  Ou encore la phrase de John Hardy, professeur de neurosciences à l’University College de Londres : «Ces nouvelles données sont alléchantes, mais elles ne sont pas encore définitives ».

« Alléchantes » ? En 1899, dans Les Morts qui parlent le vicomte Marie-Eugène-Melchior de Vogüé  écrit : « ‘’Nouvelles révélations sur le Panama. Demandes de poursuites contre plusieurs députés. Séance sensationnelle. ‘’ − Sous ces titres alléchants, les rédacteurs s’efforçaient de communiquer au public le frisson de fièvre qui secouait leur prose. »

A demain

Modifier les génomes humains ? L’Inserm recommande d’agir, sans oublier de réfléchir

Bonjour

Hervé Chneiweiss l’avait annoncé. On attendait. C’est fait. Le président du comité d’éthique de l’Inserm vient de rendre public un avis sur les innombrables questions soulevées par la nouvelle technologie de réédition des génomes humains 1. C’est là un document centré sur l’usage qui pourrit ou non être fait de la technique dite CRISPR-Cas 9 dont on peut voir ici un bref mais bon résumé du mode de fonctionnement.

Le comité d’éthique de l’Inserm devait répondre à quelques questions  qui agitent les responsables et un certain nombre des membres de cet organisme. La principale est celle de savoir si le formidable potentiel de cette technique, la rapidité de son développement et la simplicité de son utilisation réclame un encadrement de sa mise en œuvre dans les laboratoires de l’Inserm et (plus généralement) en France. C’est une question essentielle de bioéthique à laquelle le politique semble étranger ou, plus vraisemblablement, allergique. Aussi laisse-t-il les scientifiques débattre entre eux des modalités de l’utilisation de la technique. Certains pourraient voir là un conflit d’intérêt.

Utopies

Pour le comité d’éthique de l’Inserm il faut notamment s’interroger sur l’application de la technologie  à l’homme, ce qui soulève essentiellement la question des « modifications de la lignée germinale » de notre espèce. La réponse est, à dire vrai, très exactement celle, utilitariste éclairée, que l’on attendait : agir (pour rester dans la course) tout en prenant des précautions. Cela peut se dire autrement : encourager une recherche (« qui permettra d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de la technologie CRISPR et des autres technologies d’édition du génome récemment publiées ») qui  permettra de déterminer la balance bénéfice/risque d’une application thérapeutique.

Ce comité va toutefois un peu plus loin que ce que l’on pouvait penser. Ainsi précise-t-il que cette recherche expérimentale pourra, « éventuellement » (sic) être menée « sur des cellules germinales humaines et l’embryon humain ». Pourquoi ? Pour pouvoir « définir, dans le futur, ce qui pourrait être autorisé chez l’homme en termes d’approches thérapeutiques ». La fin, en somme, pourrait une nouvelle fois justifier les moyens.

Dystopies

Le comité d’éthique ajoute aussitôt, qu’il sera nécessaire de « respecter l’interdiction de toute modification du génome nucléaire germinal à visée reproductive dans l’espèce humaine » et de « n’appuyer aucune demande de modification des conditions légales » ; du moins « pas avant que les incertitudes concernant les risques ne soient clairement évaluées » – et pas avant non plus  « qu’une concertation élargie incluant les multiples partenaires de la société civile n’ait statué sur ce scénario ».

Les jésuites, leurs proches et les férus de rhétorique apprécieront comme il convient la dernière et superbe recommandation :

« Attirer l’attention sur la question plus philosophique qui met en tension la plasticité du vivant avec l’idée d’une nature humaine fondée sur le seul invariant biologique. Il convient de susciter une conscience qui fasse la part de l’utopie et des dystopies que peuvent engendrer certaines promesses thérapeutique. »

Hasard et fatalité réunis font que cet avis du comité d’éthique français coïncide avec l’obtention par les NIH américains d’un premier feu vert pour un essai d’immunothérapie anticancéreuse chez l’homme – comme on peut le lire dans NatureFirst CRISPR clinical trial gets green light from US panel”.  Tout, désormais, va aller en s’accélérant. .

A demain

1 Le « groupe de travail » du Comité d’éthique de l’Inserm était composé de Bernard Baertschi, Catherine Bourgain, Hervé Chneiweiss, François Hirsch et Anne-Sophie Lapointe.

 

 

Des biologistes britanniques annoncent pouvoir cultiver des embryons humains au-delà de 14 jours

Bonjour

C’était écrit. Des biologistes britanniques réclament, au nom du droit à la connaissance, qu’on leur donne la possibilité de pouvoir cultiver des embryons humains fécondés in vitro au-delà de 14 jours. Lorsqu’elles sont autorisées, de telles recherches ne peuvent actuellement être menées au-delà de cette période. C’est là une forme de consensus international qui repose sur une forme de pragmatisme éthique et quelques données biologiques.

Il tient faut aussi tenir compte de la réalité biologique : pour se développer l’embryon humain doit, après quelques jours, se nicher au sein de la muqueuse utérine. C’est ce qui avait conduit les britanniques à mettre au point le concept utilitariste de « pré-embryon », nullement reconnu en France.

Implantés ou détruits

Cultiver plus longtemps ces embryons permettrait – tous les biologistes de la reproduction l’affirment – de mieux comprendre les processus moléculaires et cellulaires (normaux et pathologiques) des premiers instants de la vie humaine – à ce titre ils permettraient d’engranger de nouvelles connaissances fondamentales et, très vraisemblablement, de mettre au point de nouvelles thérapeutiques contre l’infertilité.

Faute de moyens adéquats de culture ces embryons ne peuvent, in vitro, être conservés au-delà de quelques jours. Ils sont alors soit implantés chez la future mère (dans les programmes de procréation médicalement assistée) soit détruits. Or la donne vient de changer avec l’annonce de chercheurs britanniques dirigés par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz (Mammalian Embryo and Stem Cell Group, University of Cambridge, Department of Physiology, Development and Neuroscience).

Au-delà de la frontière

Cette annonce vient d’être faite dans la revue Nature Cell Biology  dans une publication au titre éloquent : “Self-organization of the human embryo in the absence of maternal tissues”. Elle est d’autre part remarquablement commentée dans Nature par trois spécialistes américains : ‘’Embryology policy: Revisit the 14-day rule’’(Insoo Hyun, Amy WilkersonJosephine Johnston). Elle est enfin reprise par la BBC, toujours friande de ces questions éthiques : « Embryo study shows ‘life’s first steps’ ».

Les biologistes britanniques expliquent avoir mis au point de nouvelles techniques de culture imitant l’environnement utérin et être ainsi parvenus à obtenir des développements embryonnaires jusqu’à la frontière des 14 jours. Ils se seraient arrêtés à 13 jours. Il s’agit là d’un saut considérable qui nous mène bien au-delà du moment où ces embryons (quatre ou cinq jours) auraient dû être implantés. Corollaire, ils demandent à pouvoir aller plus loin, à ne plus respecter la limites des 14 jours (après lesquels un embryon humain ne peut plus se segmenter et conduite à la formation de jumeaux)

Relire « L’Utérus artificiel »

Tout ceci a été mis en scène. La Pr Magdalena Zernicka Goetz a confié à la BBC  ne pas se souvenir quand elle avait été plus heureuse que le jour où elle est parvenue à ce résultat – résultat dont elle vante par ailleurs les perspectives scientifiques. « Nous pourrions peut-être (…) étudier les causes potentielles de l’autisme et trouver pourquoi des produits chimiques dans l’environnement peuvent affecter le développement de l’embryon », fait valoir une autre chercheur. L’horizon des nouveaux possibles s’élargit comme rarement.

Au Royaume-Uni le Nuffield Council of Bioethics (qui a joué un rôle de premier plan dans l’acceptation de la création de « bébés à trois parents ») vient de faire savoir qu’il examinera sous peu cette question éthique qui apparaît, avec celle de l’usage du CRISPR dans l’espèce humaine, comme la plus importante de celles des années à venir.

Nous sommes le 5 mai 2016. Combien de temps faudra-t-il, en France, avant que le Comité national d’éthique songe à s’intéresser à ce sujet ? On attend, pour l’heure et avec intérêt, les réflexions de Jacques Testart et de René Frydman. Et l’on peut suggérer à Henri Atlan et aux éditions du Seuil une réédition, augmentée, de « L’Utérus artificiel ».

A demain

Semonce éthique: des biologistes chinois ont à nouveau modifié le génome d’embryons humains.

 

Bonjour

Les médias généralistes s’habituent à tout, au merveilleux comme aux tremblements de la Terre. L’an dernier on avait enregistré un petit séisme éditorial. La nouvelle technique révolutionnaire dénommée CRISPR avait été utilisée, en Chine à des fins auparavant tenues pour inacceptables. C’était en juin, dans le numéro de mai de la revue Protein & Cell. Une équipe dirigée par Junjiu Huang (Université Sun Yat-sen, Canton) y expliquait comment elle a réussi à modifier des génomes humains. Objectif affiché : corriger un gène responsable de la bêta-thalassémie. Objectif non déclaré: prendre de l’avance dans la course à un nouvel eldorado, celui des modifications génétiques du génome humain dans l’espèce humaine – modifications transmissibles à la descendance. Un tabou éthique.

L’affaire avait ému, au point que l’on parla (y compris dans certains cénacles scientifiques) de la nécessité d’une forme de moratoire : « Maintenant que les Chinois peuvent modifier génétiquement les humains, si on appuyait sur «pause» pour réfléchir un peu ? » (Slate.fr, 17 mai 2015).

Résistance au VIH

Un an a passé. Cette fois c’est une publication dans le Journal of Assisted Reproduction and Genetics: Introducing precise genetic modifications into human 3PN embryos by CRISPR/Cas-mediated genome editing” – lien vers le papier complet via Sci-Hub. Il s’agissait ici de modifier génétiquement des embryons humains afin de les rendre résistants à l’infection du VIH. Il s’agit ici d’une manière de présenter les choses tout en marquant l’opinion. Il s’agissait, comme dans la publication de l’an dernier, d’embryons chromosomiquement non viables et donc non destinés à être implanté. Un essai de faisabilité. Pour autant c’est, bien évidemment, un deuxième coup de semonce.

L’équipe (Xiangjin Kang, Wenyin He, Yuling Huang, Qian Yu, Yaoyong Chen,  Xingcheng Gao, Xiaofang Sun) était dirigée par Yong Fan (Key Laboratory for Major Obstetric Diseases of Guangdong Province, Key Laboratory of Reproduction and Genetics of Guangdong). Collecte de  213 ovocytes humains d’avril à septembre 2014. Travail sur 87 ovocytes fécondés dotés d’une paire de chromosomes supplémentaires. Recours à la technique CRISPR-Cas9 pour introduire une mutation connue pour être un obstacle naturel à l’infection cellulaire par le VIH – mutation CCR5Δ32). Opération génétique réussie dans quatre embryons sur 26). L’affaire est commentée dans Nature :Second Chinese team reports gene editing in human embryos. Study used CRISPR technology to introduce HIV-resistance mutation into embryo.

Consentements sous le volcan

Conclusion factuelle : confirmation que CRISPR permet d’introduire une modification génétique avec succès sur des embryons humains. Et il reste du chemin à faire avant d’obtenir des taux de succès véritablement signifiants. De nombreux scientifiques ne voient aucun problème éthique à des tels travaux sur l’humain. Ils font valoir qu’un comité d’éthique local les avait approuvés et que les donneurs étaient « consentants ». Bien évidemment les auteurs font valoir en substance que toute tentative de modifier génétiquement des embryons humains doit être interdite avant qu’on ait résolu les problèmes juridiques et éthiques.

Moins loin que la Chine, au Royaume-Uni, des travaux voisins vont être bientôt menés, après feu vert des autorités,  au Francis Crick Institute. Menée pour mieux comprendre les causes des interruptions précoces de certaines grossesses. Cette recherche anglaise sera effectuée sur des embryons humains à la condition que ces derniers soient détruits au plus tard après quatorze jours de développement.

L’impression, de plus en plus marquée, d’une digue qui se fragilise, de lézardes sur un mur de soutènement, d’une soif d’agir qui efface les vieilles frontières.  Au-dessous du volcan, l’alcool en moins.

A demain

Zika et échographies : le temps venu de la grande cacophonie au sujet des «microcéphalies»

 

Bonjour

Signé du Dr Isabelle Catala, un papier du site Medscape consacré à Zika  résume le mieux la désagréable impression de grand flottement qui prévaut aujourd’hui. Flottement au carré pourrait-on dire. Il concerne tout d’abord le lien de causalité (toujours évoqué, jamais démontré) entre l’infection de la femme enceinte et la microcéphalie foetale. Il concerne ensuite la conduite à tenir (selon les autorités sanitaires) face à ce risque hypothétique. On a, ici, l’impression d’avancer dans le brouillard médical et scientifique.

Revenons au 3 févier 2016 et à la conférence de presse  au cours de laquelle Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Droits de la Femme, a, concernant Zika, souhaité « faire un point très précis sur la situation épidémiologique en France ». La ministre a alors indiqué que depuis le début de l’épidémie, dans les départements français d’Amérique, vingt femmes enceintes ont été détectées positives au virus Zika. Ces femmes font l’objet d’un suivi renforcé, aucune malformation n’a été détectée à ce jour.

Le 22 janvier 2016, le Haut Comité de la Santé Publique (HCSP)  avait actualisé ses recommandations de 2015. Il estimait nécessaireen cas d’infection confirmée chez la mère, « de réaliser une surveillance échographique mensuelle avec recherches d’anomalies morphologiques orientées sur les signes infectieux et les malformations neurologiques, de préférence dans un centre de diagnostic anténatal surtout en cas de RT-PCR positive dans le liquide amniotique ».

Femme enceinte, conduite à tenir en cas d’infection confirmée :

«  Information de la patiente sur les risques supposés liés à une infection Zika et les risques connus pouvant résulter des investigations cliniques et paracliniques, (notamment si elles sont menées sans bénéfice direct pour la patiente ou le fœtus) ; il n’y a pas lieu de pratiquer d’amniocentèse systématique après confirmation d’une infection par le virus Zika ; surveillance échographique mensuelle avec recherche d’anomalies morphologiques orientées sur les signes infectieux et les malformations neurologiques de préférence dans un centre de diagnostic anténatal surtout en cas de RT-PCR positive dans le liquide amniotique (…)

« A la naissance : RT-PCR Zika sur le sang du cordon et les urines ainsi que dans le placenta ; sérologie dengue (en zone épidémique ou au retour de zone épidémique) et Zika chez l’enfant ; surveillance et suivi pédiatrique adaptés.

Conduite à tenir en cas de découverte d’anomalies à l’échographie :

« Une échographie par trimestre est normalement proposée à toute femme enceinte. En cas de découverte de microcéphalie, d’anomalies cérébrales ou de signes de dysfonctionnement du tronc cérébral (hydramnios avec troubles de la déglutition) ou de retard de croissance intra-utérin (non vasculaire, non syndromique) : information de la patiente ; bilan étiologique adapté selon l’anomalie : recherche de causes infectieuses (CMV, toxoplasmose, rubéole, herpès…) ou toxiques (alcool, drogues) ou génétiques ; sérologie et séroneutralisation Zika chez la mère.

« Adresser la patiente à un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) pour une évaluation étiologique et pronostique de l’affection fœtale dont les conséquences possibles seront expliquées à la mère. »

Le Conseil national professionnel de gynécologie et obstétrique (CNPGO  recommande pour sa part une surveillance échographique mensuelle des biométries céphaliques fœtales « pour les femmes enceintes qui ont récemment voyagé en zone d’endémie, notamment dans la zone s’étendant du Paraguay jusqu’au Mexique y compris les Antilles, en élargissant au Cap Vert et au Pacifique à une période où elles auraient p être exposées au risque ».

Préservatifs recommandés

Par ailleurs, le CNPGO précise que du fait de la possibilité de transmission par voie sexuelle, « l’emploi du préservatif est recommandé pour les femmes enceintes dont le compagnon est suspect d’être infecté ». « Le Ministère de la santé va devoir trancher rapidement sur cette question du nombre d’échographies chez les femmes potentiellement exposées en raison des conséquences en termes de remboursement de ces actes » estime Medscape.

On pourrait certes soutenir que ces échographies de précaution permettront de documenter la question du lien de causalité… Une question qui, en dépit des nombreux raccourcis médiatiques et politiques n’a toujours pas de réponse assurée.  « On sait déjà que le virus peut passer la barrière hémato-placentaire et infecter le fœtus, résume Medscape. Par deux fois, du virus a été détecté dans le liquide amniotique et des séquences ARN ont aussi été retrouvées chez un enfant mort-né infecté. Pour autant, le Zika suffit-il à lui seul à créer des microcéphales ? Existe-t-il un co-facteur comme le suggère le Dr Anne Schuchat du CDC américain ? »

Données imparfaites

Il faut aussi tenir compte de la récente publication signée de notre confrère Declan Butler qui, dans  Nature  cite Jorge Lopez-Camelo et Ieda Maria Orioli du Latin American Collaborative Study on Congenital Malformations(ECLAMC). Ces derniers soulignent que les données épidémiologiques dont on disposait jusque là – et qui servent désormais à calculer la progression du nombre des cas – étaient imparfaites. Une donnée confirmée en coulisse par plusieurs spécialistes français.

Les chercheurs sud-américains précisent, en outre, que les critères diagnostiques de microcéphalie sont très peu spécifiques, et que certains enfants rattraperont les courbes normales en grandissant (en termes de périmètre crânien) ; sans pour autant que cela augure de l’absence de séquelles. Le brouillard ne se lève pas.

A demain

 

Zika et transmissions sexuelles : les Etats-Unis viennent de confirmer l’hypothèse. Et après ?

Bonjour

Les Centers for Disease Control and Prevention américains n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Ces CDC ont, mardi 2 février,  confirmé un cas de transmission du virus Zika par voie sexuelle. Le Dr Tom Frieden, directeur des CDC a confirmé mardi 2 février cette  contamination par voie sexuelle  annoncée peu auparavant par les autorités de santé publique du comté de Dallas (Texas). Un voyageur qui s’était rendu au Venezuela est rentré aux Etats-Unis et a développé des symptômes d’infection par le virus du Zika tout comme la personne avec laquelle il a eu des relations sexuelles et qui n’a pas, elle, quitté le territoire américain »  écrit le Dr Frieden sur Twitter. « Ce premier cas d’infection domestique a été confirmé par des tests de laboratoire », précise-t-il. Il ajoute aussitôt que  la meilleure méthode de prévention contre Zika demeure la protection contre les piqûres de moustiques.

Suspicion à Tahiti

The New York Times expose en détail cette observation : “ ”. Il rappelle notamment que cette hypothèse avait été  documentée il y a précisément un an par une équipe française dans la revue Emerging Infectious Diseases. On trouvera cette publication ici “Potential Sexual Transmission of Zika Virus”. Dirigés par le Dr Didier Musso, directeur de l’unité des maladies infectieuses émergentes Louis Malardé de Papeete (Tahiti, Polynésie française) ces chercheurs décrivent un cas de contamination chez un homme âgé de 47 ans et traité pour une hématospermie après un épisode infectieux. Le virus Zika avait alors été retrouvé dans son sperme évoquant la possibilité d’une transmission par voie sexuelle.

Cette transmission avait également fait l’objet d’une publication en 2011 “Probable Non–Vector-borne Transmission of Zika Virus, Colorado, USA”. La transmission par voie sexuelle du Zika avait été observée chez la femme d’un chercheur américain de retour aux Etats-Unis après avoir été infecté au Sénégal. Une forte suspicion de transmission par voie sanguine avait également été rapportée en 2014 par l’équipe du Dr Musso lors d’une épidémie de Zika en Polynésie française : Potential for Zika virus transmission through blood transfusion demonstrated during an outbreak in French Polynesia, November 2013 to February 2014

Moustiques et pauvreté

L’annonce par les CDC du cas de transmission par voie sexuelle au Texas intervient dans un contexte particulier marqué notamment par la décision de l’OMS de faire de l’épidémie de Zika une « urgence de santé publique de portée mondiale ».  Les ministres de la Santé du Mercosur (marché commun du continent sud-américain) le plus touché, doivent se réunir mercredi 3 février en Uruguay pour traiter de l’épidémie et de ses conséquences.  La Croix-Rouge a pour sa part lancé un appel urgent aux dons pour lutter contre cette épidémie  actuellement en progression en Amérique latine.

« La seule manière de stopper le virus Zika est de contrôler les moustiques vecteurs  ou d’interrompre totalement leur contact avec les humains, en accompagnant cela de mesures pour réduire la pauvreté » explique Walter Cotte, directeur pour les Amériques de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC).

Ne plus aller à Rio

La possibilité de transmissions par voie sanguine et sexuelle de ce virus ne modifie pas fondamentalement la principale question soulevée par cette épidémie d’une infection le plus souvent inapparente et dans presque tous les cas bénigne. Cette question, toujours sans réponse, concerne le lien de causalité entre cette infection et ses conséquences sur le fœtus lorsqu’elle survient chez une femme enceinte. L’augmentation des cas de microcéphalies annoncée au Brésil fait aujourd’hui l’objet d’un début de controverse dans la communauté scientifique comme en témoigne Declan Butler dans Nature : “ Zika virus: Brazil’s surge in small-headed babies questioned by report “.

Dans l’attente d’une confirmation quant à ce lien de causalité le Brésil a, lundi 1er février,  formellement déconseillé lundi aux femmes enceintes étrangères de venir dans le pays où sont prévus les Jeux Olympiques en août prochain. Le comité organisateur des JO de Rio se dit aujourd’hui « inquiet » face à l’épidémie mais confiant dans une chute du nombre de cas pour le début des compétitions en août, en plein hiver austral.

A demain

 

Zika : après Ebola, l’OMS fonce dans le brouillard épidémiologique et les nuages de moustiques

 

Bonjour

2  février 2016. C’est une annonce solennelle de l’OMS. La menace de l’infection par le virus Zika constitue « une urgence de santé publique de portée mondiale ». Pourquoi une telle initiative face à une maladie certes épidémique mais dont l’OMS nous dit par ailleurs qu’elle est le plus souvent inapparente et pratiquement toujours inoffensive ? La réponse, aux accents soviétiques, vient de Genève où tous les experts ont été réunis dare-dare. « Cette qualification officielle de la maladie est de nature à accélérer l’action internationale contre le virus et la recherche scientifique » nous dit le Dr  Margaret Chan, directrice générale. Question : de quelle manière l’OMS peut-elle actionner l’accélérateur ?

Depuis quelques jours Zika  surfe sur les ondes. On y répète que ce virus sévit actuellement « dans 21 des 55 pays (sic) du continent américain » 1. On y redit qu’un million-et-demi de personnes ont été infectées au  Brésil. On y redit aussi que l’OMS « laisse entendre » que quatre millions de cas pourraient être attendus sur le continent. Tout cela pour une maladie presque toujours asymptomatique et pour laquelle on ne fait jamais, sur le terrain, de diagnostic virologique… On évoque jusqu’à plus soif des hypothèses alarmistes fondées sur des postulats-moustiques. Les entomologistes disparaissent au moment précis où émergent Aedes aegypti et Aedes albopictus (ne pas oublier son synonyme : « moustique tigre »).

Zika à la lumière d’Ebola

Reste l’essentiel : la décision alarmiste de l’OMS se fonde sur le lien (pour l’heure suspecté mais non démontré) entre l’infection de la femme enceinte par le virus Zika et des malformations fœtales, au premier rang desquelles des « microcéphalies ». « Au Brésil, près de 4 200 bébés pourraient être atteints de microcéphalie, soit une multiplication par 20 à 30 par rapport aux années précédentes » rapportent les médias. En coulisse des experts confient que ce sont là des extrapolations à très haut risque faute de données épidémiologiques brésiliennes préalables concernant les malformations fœtales.  Dans Nature notre confrère Declan Butler fournit des éléments qui confortent ces interrogations. “ Zika virus: Brazil’s surge in small-headed babies questioned by report “.

« Nous devons agir » affirme la directrice générale de l’OMS. Le Dr Margaret Chan se souvient des accusations dont elle a été la cible lors de l’épidémie d’Ebola – des accusations qui n’ont en rien touché cette inoxydable organisation onusienne. Aveugle durant des très longs mois face à Ebola en terre africaine la direction suprême de Genève décrète que Zika est, aux Amériques, « une urgence de santé publique de portée mondiale ». Au risque, demain, de devoir rétropédaler. C’est un exercice que l’on maîtrise généralement assez bien dans les couloirs et les bureaux climatisés du monde onusien.

A demain