Alerte au paludisme : le parasite résistant à l’artémisine est présent sur le continent africain

 

Bonjour

C’est une correspondance inquiétante. A lire dans la dernière livraison du New England Journal of Medicine : « Emergence of Indigenous Artemisinin-Resistant Plasmodium falciparum in Africa ».  Vingt-et-un auteurs dirigés par Jun Cao (Jiangsu Institute of Parasitic Diseases Wuxi, China) parmi lesquels Didier Menard, Institut Pasteur du Cambodge, Phnom Penh).

Correspondance inquiétante : elle établit l’émergence de la résistance du principal parasite du paludisme à l’artémisine sur le continent africain, plus précisément en Guinée équatoriale. L’identification du parasite résistant a été faite en Chine sur un citoyen chinois. Agé de 43 ans ce dernier avait contracté le paludisme en Guinée où il avait travaillé durant vingt mois. Le diagnostic avait été porté à l’hôpital de Jiangsu deux mois après son retour en Chine.

Confrontés à des difficultés thérapeutiques, l’équipe chinoise a voulu en savoir plus en nouant une collaboration internationale. Par séquençage il a pu être démontré que le Plasmodium falciparum était porteur de la mutation K13. Les chercheurs ont cherché à établir si cette souche était bien originaire de Guinée équatoriale. Après avoir séquencé le génome entier du parasite, l’équipe du laboratoire du Pr Arnab Pain (King Abdullah University of Science and Technology, Thuwal, Saudi Arabia) a conclu à l’origine africaine de la souche parasitaire.

Euphémisme

Les premières souches résistantes de ce type sont apparues en 2008 au Cambodge. Puis le rôle du gène mutant K13 (principal agent de résistance en Asie du Sud-Est) a été démontré en 2014 par des chercheurs de l’Institut Pasteur à Paris et au Cambodge. « La propagation de la résistance à l’artémisinine en Afrique serait un revers dans la lutte contre le paludisme », craint le Pr Arnab Pain qui, ici, a identifié l’origine africaine. Revers est ici un euphémisme.

En octobre 2015 nous rapportions la très vive inquiétude des spécialistes au vu de l’évolution des données et de résultats expérimentaux : « Paludisme : le spectre asiatique de la résistance à l’artémisinine se rapproche de l’Afrique » (Journalisme et santé publique, 21 octobre 2015). Pour l’heure la résistance observée en Asie du Sud-Est reste partielle, nécessitant d’associer l’artémisinine à d’autres antipaludéens et de prolonger la durée de traitement, l’OMS redoute que le Plasmodium falciparum ne finisse pas développer une résistance totale à l’artémisinine. Si tel devait être le cas la situation serait, tout simplement, catastrophique.

A demain

Géants du sucre: hier, ils remplissaient le pot à confiture de mensonges. Et maintenant ?

 

Bonjour

Mieux vaut (le savoir) tard que jamais. Ici c’est une affaire d’un demi-siècle. On vient de les exhumer au grand jour de la Toile : des documents inédits et compromettants dévoilés par quelques grand titres de la presse américaine (et relayés par Slate.fr ainsi que par le Huffington Post). C’est un scandale qui peut aisément être résumé : les industriels du sucre ont, dès les années 1960,  cherché à se servir de médecins et scientifiques pour masquer l’une des caractéristiques pathogènes de la substance qui a fait et continue de faire sa fortune. Et, pour ce faire,  elle a mis en avant le danger des graisses et du cholestérol. Il faut ici rappeler que l’épidémie des maladies cardiovasculaires prenait son envol aux États-Unis – et que la controverse sur la responsabilité relative des sucres ajoutés versus celui des graisses alimentaires nourrissait bien des débats.

L’agence Associated Press explique ainsi qu’au début des années 1960, la Sugar Association a lancé ce qu’elle appelait le «Projet 226»,  Il s’agissait de financer (pour près de 50.000 dollars d’aujourd’hui) une étude qui fut publiée deux ans plus tard dans le toujours prestigieux New England Journal of Medicine. Une étude qui allait minimiser le rôle du sucre dans la genèse des affections cardiovasculaires  tout en mettant l’accent sur celui du gras.  En 1964, trois scientifiques de Harvard auraient ainsi reçu  6 500 dollars chacun pour faire évoluer leurs conclusions.

Aujourd’hui, Coca-Cola

Le New York Times explique pour sa part que ces documents internes à l’industrie du sucre ont été «récemment découverts par un chercheur de l’université de Californie à San Francisco» . Ils viennent de faire  l’objet d’une publication dans le JAMA Internal Medicine. Selon Stanton Glantz, l’un des coauteurs de la publication, l’industrie du sucre a ainsi «pu faire dérailler la discussion à propos du sucre pendant des décennies». Selon les auteurs, cette influence a touché jusqu’à la Food and Drug Administration (FDA) qui estimait encore, en 1976, que le sucre était sans danger pour la santé. Et qui voulait ignorer son puissant potentiel addictif.

Dans un éditorial publié par la revue, la chercheuse Marion Nestle (Department of Nutrition and Food Studies, New York University) démontre à quel point  cette découverte est susceptible d’éclairer notre présent. Selon elle de telles pratiques perdurent. A commencer par la façon dont le géant dont Coca-Cola finance de nombreuses fondations et organisations.

Avec ou sans sucre ?

«Laissez-moi vous assurer que c’est plutôt ce que nous avions en tête et que nous attendons avec impatience sa parution dans la revue», écrivait, il y a un demi-siècle un responsable de la Sugar Association à un des chercheurs que cette dernière finançait. Dans un communiqué qu’il vient de publier ce cartel des sucres reconnaît qu’il aurait alors dû exercer une «plus grande transparence» dans son financement d’activités de recherche. Mais  il attaque à son tour les auteurs en les accusant d’une forme soft de manipulation des données historiques.

En France les journalistes d’investigation ne s’intéressent pas (encore) à de tels sujets. On peut le regretter. Célébrité assurée. Il serait ainsi sans doute éclairant de connaître les conditions exactes  qui ont permis la transformation des « classes du goût » (humanistes, laïques et républicaines initiées par Jacques Puisais) pour en faire des « Semaines du goût » 1.

L’actualité est toute trouvée : « la 27e Semaine du goût se tient du 10 au 16 octobre 2016. Et cette année, elle fait peau neuve autour d’une thématique: mieux manger pour vivre mieux ». Vivre mieux ? Avec ou sans sucre ?

A demain

1 « Sucre à l’école : les racines du scandale » (Journalisme et santé publique, 6 février 2014)

ZIKA : l’infection virale est officiellement devenue transmissible par voie sanguine aux Etats-Unis.

 

Bonjour

Le virus Zika peut se transmettre par les voies sanguine et sexuelle. Pour le sang ce qui était vrai via les moustiques l’ait aussi au sein de l’espèce humaine. Pour la transmission sexuelle la recherche fondamentale vient confirmer les premières observations cliniques et biologiques. Les autorités sanitaires se doivent d’en tirer les conséquences.

Pour sa part, décision spectaculaire, la FDA américaine a annoncé le 26 août le dépistage systématique de tous les donneurs de sang vis-à-vis de cette infection par le virale : FDA advises testing for Zika virus in all donated blood and blood components in the US”.  Information reprise dans The New York Times: All Donated Blood in U.S. Will Be Tested for Zika”. « Il y a encore beaucoup d’incertitude en ce qui concerne la nature et l’étendue de la transmission du virus du Zika, explique la FDA.  À ce stade, cette recommandation aidera à s’assurer que du sang non contaminé est disponible pour les gens qui auraient besoin d’une transfusion ».

Antilles et Guyane

Le 17 août la démonstration de la possibilité d’une contamination transfusionnelle avait été publiée dans le New England Journal of Medicine: “Evidence for Transmission of Zika Virus by Platelet Transfusion”.

Que fait la France ? « Les femmes enceintes résidant aux Antilles et en Guyane ayant besoin d’une transfusion de concentrés de globules rouges reçoivent depuis le 4 janvier des produits en provenance de la métropole, précise l’Etablissement Français du Sang. Les personnes souhaitant donner leur sang en métropole et dans les territoires ultra-marins non touchés par le Zika font l’objet d’une contre-indication temporaire de 28 jours, lorsqu’ils reviennent d’une région où sévit le virus Zika. Tous les dons prélevés aux Antilles à compter du 15 février 2016 feront l’objet d’un dépistage du Zika. Ce dépistage sera réalisé par le laboratoire expert de l’Etablissement français du sang  à Marseille. »

Incubation vaginale

Les Centres fédéraux américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont d’autre part annoncé  qu’un homme contaminé par le virus Zika lors d’un voyage (mais qui n’avait pas développé de symptômes) avait contaminé sa partenaire lors d’une relation sexuelle (non protégée) avec elle. Différentes observations en ce sens ont déjà été faites. A la contamination homme-femme s’ajoute aussi des observations laissant penser que l’inverse est aussi possible.

De nouveaux résultats expérimentaux (sur la souris) laissent penser que ce virus  peut se dupliquer dans le vagin plusieurs jours après l’infection. Ces résultats viennent d’être publiés dans Cell : Vaginal Exposure to Zika Virus during Pregnancy Leads to Fetal Brain Infection”.

Cette nouvelle cartographie génitale et sexuelle d’une infection transmise par les piqûres sanguines de moustiques femelles pousse les autorités sanitaires à rappeler l’importance de l’abstinence et de la protection des rapports sexuels. Elle impose aussi  (compte tenu des risques d’embryofœtoathies) à prendre les mesures de protection qui s’imposent dans le cadre des pratiques de PMA.

A demain

 

Truvada® «à la demande» : l’efficacité chez les homosexuels séronégatifs démontrée. Et après ?

 

Bonjour

C’est un message mandé de Durban (Afrique du Sud)  où se tient la 21ème Conférence internationale sur le sida (AIDS 2016). Un message qui clôt une période problématique sinon polémique et qui en ouvre une autre. Résumons : la dernière phase de l’essai ANRS IPERGAY confirme que la prophylaxie pré-exposition (PrEP) « à la demande » est une méthode très efficace de prévention du risque d’infection par le VIH, chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et déclarant des comportements à haut risque.

On se souvient que la Prophylaxie Pré-exposition (PrEP) consiste à proposer un traitement antirétroviral non plus en thérapeutique mais de manière préventive à des personnes non infectées par le VIH. Est-ce efficace ? On ne peut ici que se référer aux essais cliniques, et en particulier sur les résultats de deux études : PROUD, réalisée en Angleterre, et l’essai franco-canadien ANRS IPERGAY 1 mené avec l’association AIDES. Ce dernier est un essai de PrEP « à la demande », la PrEP c’est-à-dire « au moment de l’exposition aux risques sexuels ».

Double aveugle

Cet essai a été mené chez des hommes séronégatifs ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et ayant déclaré des comportements à risque dans les six mois précédant l’inclusion. Cet essai a connu plusieurs phases. Lancée en 2012, la première phase d’ANRS IPERGAY a été réalisée en double aveugle (la moitié du groupe a pris par voie orale un antirétroviral associant TDF-FTC (Truvada®) au moment des rapports sexuels, l’autre un placebo). Elle a montré que pris au moment des périodes d’activité sexuelle, le Truvada® diminuait de 86 % le risque d’être infecté par le VIH (Molina et al. New England Journal of Medicine Dec 3, 2015).

Depuis novembre 2014 cet essai est entré dans sa seconde et dernière phase : tous les participants de l’étude ont reçu le Truvada®. Objectif: s’assurer du maintien du bénéfice de la PrEP « à la demande » et de sa tolérance sur une plus longue période et vérifier également son impact sur les comportements sexuels. Ce sont les résultats définitifs de l’essai, dans sa dernière phase (dite « en ouvert »), qui sont présentés à Durban 2.

« 362 volontaires (333 ayant participé à la phase randomisée + 29 nouvelles recrues) ont été suivis entre novembre 2014 et juin 2016. Les résultats présentés aujourd’hui sont encore plus spectaculaires que ceux de la première phase : 1 seule personne, qui avait en fait interrompu la PrEP, a été infectée par le VIH dans la phase « en ouvert ». L’incidence (le nombre de nouveaux cas) est en conséquence de seulement 0,19 infection pour 100 personnes-années de suivi. Cette incidence était de 0,91 % dans le bras Truvada® pendant la phase en double-aveugle.

« ‘’Les résultats de la phase de l’essai « en ouvert » confirment la très bonne efficacité et la très bonne tolérance de la PrEP à la demande pour prévenir le risque d’infection chez des HSH à haut risque. Ces résultats devraient favoriser une plus large utilisation de la PrEP dans les populations à risque, dans les pays où la situation de l’épidémie le justifie’’, déclare le Pr Molina.

« Le Pr Jean-François Delfraissy, Directeur de l’ANRS salue la décision française d’avoir autorisé (avec une recommandation temporaire d’utilisation, RTU), fin 2015, la PrEP et son remboursement, « La question n’est plus aujourd’hui de savoir si la PrEP est efficace et doit être utilisée, mais comment la mettre rapidement à disposition des personnes les plus à risque » affirme-t-il.»

 Préservatif « pierre angulaire »

Reste la question, essentielle, de l’usage du préservatif – « préservatif qui reste la pierre angulaire de la prévention contre l’infection par le VIH et les autres infections sexuellement transmissibles ».

«  Une étude sur les comportements réalisée pendant la phase ouverte de l’essai révèle une légère baisse de l’usage du préservatif, en particulier chez les personnes identifiées comme en étant fortement utilisatrices lors de la phase en double aveugle. Cette diminution est compensée dans la grande majorité des cas par le recours à la PrEP.

« ‘’La diminution de l’utilisation du préservatif dans l’essai « en ouvert » n’est pas inquiétante pour l’instant, déclare le Dr Bruno Spire. Les participants de l’essai étaient sûrs d’être protégés par la PrEP, qu’ils savaient efficace. Il existe cependant une petite minorité de participants n’utilisant ni la PrEP ni le préservatif. Nous devons essayer de comprendre quels sont les freins à la prévention chez ces personnes. Il semble désormais important de parler de prévention diversifiée, où on laisse la liberté de choix, plutôt que de prévention combinée, car il est assez illusoire d’imaginer qu’une majorité de personnes pourront utiliser plusieurs moyens de prévention en même temps.’’».

Et maintenant ?

Ce sont là des propos à la fois réalistes et inquiétants Et maintenant ? Et après ? L’ANRS va prochainement lancer un « ambitieux programme de recherche opérationnelle » qui sera mené en Ile-de-France auprès d’environ 3000 personnes à haut risque d’infection par le VIH (HSH, personnes transgenres, et personnes migrantes principalement). « ANRS PREVENIR » vise à réduire le nombre de nouvelles infections par le VIH, et mesurera le bénéfice d’un accompagnement communautaire sur l’observance et le maintien des participants dans la PrEp à long terme. De nouvelles questions sanitaires, virologiques et économiques ne tarderont pas à être soulevées.

A demain

1 L’essai ANRS IPERGAY a été réalisé en étroite collaboration avec l’association AIDES qui a assuré l’accompagnement des volontaires tout au long de l’essai et a participé activement à leur recrutement. Il a été mené à Paris (Hôpital Saint-Louis et Hôpital Tenon, AP-HP), ainsi qu’à Lyon, Nice, Tourcoing et Nantes. Il a été mené en parallèle à Montréal (CHUM) en partenariat avec l’association Rezo.

2  “Efficacy of on demand PrEP with TDF-FTC in the ANRS IPERGAY open-label extension study”

J.-M. Molina1,2, I. Charreau3, B. Spire4, L. Cotte5, J. Chas6, C. Capitant3, C. Tremblay7, D. Rojas-Castro8, E. Cua9, A. Pasquet10, C. Bernaud11, W. Rozenbaum2, C. Delaugerre12, V. Doré13, S. Le Mestre13, M.-C. Simon13, J.-F. Delfraissy13, L. Meyer3,14, ANRS IPERGAY Study Group

1University of Paris Diderot, INSERM UMR 941, Paris, France, 2Hospital Saint-Louis, APHP, Infectious Diseases Department, Paris, France, 3INSERM, SC 10-US 19, Villejuif, France, 4INSERM, UMR 912, Marseille, France, 5Hospices Civils de Lyon, Infectious Diseases Department, Lyon, France, 6Hospital Tenon, APHP, Infectious Diseases Department, Paris, France, 7Centre de Recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal, Canada, 8AIDES, MIRE, Pantin, France, 9Hospital de l’Archet, Infectious Diseases Department, Nice, France, 10Hospital Gustave Dron, Infectious Diseases Department, Tourcoing, France, 11CHU Hôtel Dieu, Infectious Diseases Department, Nantes, France, 12Hospital Saint-Louis, Virology Department, Paris, France, 13INSERM-ANRS, Paris, France, 14INSERM, Paris 11 University, Kremlin Bicêtre, France

“Reported changes in PrEP and condom use in MSM during the open-label extension of the ANRS IPERGAY study”

  1. Sagaon-Teyssier1,2,3, M. Suzan-Monti1,2,3, D. Rojas-Castro4, M. Danet4, N. Hall5, L. Fressard1,2,3, M. Di Ciaccio1,3,6, C. Capitant7, V. Foubert7, C. Chidiac8, V. Doré9, C. Tremblay10, J.-M. Molina11, B. Spire1,2,3, ANRS IPERGAY Study Group

1INSERM, UMR_S 912, Sciences Economiques & Sociales de la Santé et Traitement de l’Information Médicale (SESSTIM), Marseille, France, 2Aix Marseille Université, UMR_S 912, IRD, Marseille, France, 3Observatoire Régional de la Santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marseille, France, 4AIDES MIRE, Paris, France, 5CHU, Nantes, France, 6GREPS, Université Lyon 2, Lyon, France, 7INSERM SC 10 US 19, Villejuif, France, 8Hôpital de la Croix Rousse, INSERM U 1052, Department of Infectious Diseases, Lyon, France, 9ANRS, Paris, France, 10Research Center of the Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal, Canada, 11Hospital Saint-Louis, Department of Infectious Disease, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Paris, France

 

Des biologistes chinois ont créé des spermatozoïdes de souris artificiels et fonctionnels

Bonjour

Comme une fenêtre s’entrouvrant sur des abîmes.  Développée  par la BBC : “Lab-grown sperm makes healthy offspring” (James Gallagher) l’information originelle  est dans Cell Stem Cell, journal spécialisé dans l’exploration de l’Eldorado des cellules-souches. On la trouvera ici : “Complete Meiosis from Embryonic Stem Cell-Derived Germ Cells In Vitro”. Une équipe de quinze chercheurs chinois annoncent approcher du but humain : ils ont, chez la souris, mis au point une technique permettant à partir de simples cellules souches de créer des pré-spermatozoïdes ayant toutes les caractéristiques fécondantes de spermatozoïdes « naturels ».

Ces cellules sexuelles ont ainsi permis de créer des souris présentant toutes les caractéristiques de la normalité. Ces chercheurs expliquent que leur première constitue une nouvelle étape sans la thérapeutique de la stérilité. On peut aussi, sans grand risque, postuler que c’est aussi une nouvelle étape vers des modifications génétiques transmissibles du patrimoine héréditaire de différentes espèces, dont l’humaine.

Exploit de laboratoire

L’équipe chinoise était dirigée par Quan Zhou,  Mei Wang, Yan Yuan et Qi Zhou (Department of Developmental Biology, School of Basic Medical Sciences, Southern Medical University, Guangzhou).  « La fabrication de sperme dans les testicules [via la méiose] est l’un des processus les plus longs et les plus complexes de ceux qui se produisent dans le corps – c’est un processus qui peut prendre plus d’un mois chez la plupart des mammifères résume la BBC. Des scientifiques ont été en mesure de reproduire cet exploit en laboratoire. »

Ayant initialement recours à des cellules souches embryonnaires les chercheurs ne sont pas allés stricto sensu jusqu’à l’obtention de spermatozoïdes véritablement matures. Ils se sont arrêtés à un stade précédent de la spermatogénèse, celui dit de spermatide. Pour autant ces spermatides ont permis, in vitro, de féconder des ovocytes ; puis les embryons ainsi obtenus se développés et des animaux ont été obtenus qui ont eux-mêmes pu avoir une descendance.

Passage expérimental à l’humain

D’ores et déjà la question du passage expérimental à l’humain est posée. Cette perspective soulève d’innombrables questions éthiques qui ne sont toutefois pas perçues et interprétées de la même manière selon les pays – la Chine étant très généralement considérée comme moins « stricte » que la plupart des pays occidentaux, au premier rang desquels la France.

L’un des obstacles est d’ores et déjà levé puisque le recours à des spermatides en lieu et place de spermatozoïdes a déjà, en marge des pratiques officielles, été utilisé dans l’espèce humaine 1 – notamment au Japon avec la naissance de quatorze enfants : “Fourteen babies born after round spermatid injection into human oocytes”.

Applaudissements britanniques

Un autre obstacle est celui de l’obtention de cellules souches. Ici les chercheurs chinois on travaillé à partir de cellules souches extraites d’embryons ayant dû être détruits pour cette opération. Rien n’interdit toutefois d’imaginer, à très court terme, l’obtention de spermatides à partir ce cellules de peau, prélevées chez un homme souffrant de stérilité par absence ou anomalies de ses spermatozoïdes. Et dans un tel contexte rien, techniquement, ne s’opposera bientôt plus à la modification du génome de ces néo-cellules sexuelles via la nouvelle technique, révolutionnaire du « CRISPR ».

Ce serait là non plus une nouvelle thérapeutique de la stérilité mais bien une correction-amélioration du génome humain. Interrogés par la BBC des spécialistes britanniques, on ne peut plus pragmatiques, applaudissent à l’annonce de la première chinoise.

A demain

1 Sur ce thème, se reporter à la première “historique” :  Tesarik JN, Mendoza C, Testart J. Viable Embryos from Injection of Round Spermatids into Oocytes.New Engl J Med. 1995;333(8):525

 

Cigarette électronique : Marisol Touraine va, demain, nous parler tabac. Pour dire quoi ?

Bonjour

Cette semaine l’agenda de la ministre a été diffusé avec retard. Versailles s’inquiète. On y apprend que le 24 février 2015, à 14h30, Marisol Touraine assurera « l’ouverture de la conférence de presse sur la consommation de tabac en France (données 2013-2014) ». « À cette occasion elle « présentera les chiffres de la consommation de tabac en France ». Elle « évoquera les avancées du Programme national de réduction du tabagisme (PNRT) depuis son lancement le 25 septembre 2014 ».

En présence de 

Tout cela se fera en présence de Benoît Vallet, Directeur général de la santé François  Bourdillon, Directeur général de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) et Thierry Breton, Directeur général de l’Institut national du cancer (INCA). Rendez-vous Salle Fontenoy, Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes.

Les buralistes s’interrogent: « De quoi va-t-elle parler exactement ? De la consommation du tabac en France ? S’il s’agit de présenter les chiffres (2013 / 2014, paraît-il) correspondant au réseau de vente officiel (les buralistes), la ministre va pouvoir afficher sa satisfaction : – 6,15 % en volume pour 2013 ; – 5 % en 2014. Mais si on parle de consommation globale, il va falloir intégrer les chiffres du marché parallèle … Sujet dont viennent de se préoccuper, par le biais d’un communiqué, ses collègues Michel Sapin et Christian Eckert, aujourd’hui même. S’apprête-t-elle à faire une autre annonce ? Sur le paquet neutre lui-même ? A propos de la prochaine apposition du logo « femme enceinte » sur les paquets ? ».

Allergies

Marisol Touraine tentera-t-elle une corrélation entre la consommation en baisse et la cigarette électronique, cet outil sanitaire auquel elle semble durablement allergique ?

Marisol Touraine se prononcera-t-elle sur le nouveau et étonnant en conflit entre l’Inserm et Big  Tobacco ? Plus précisément entre la Seita, filiale du géant Imperial Tobacco et Catherine Hill, épidémiologiste à l’Inserm. On trouvera ici, relayées par les buralistes, les accusations de la Seita à l’endroit de la chercheuse de l’Inserm. Où il est question du cadeau que le gouvernement a fait (aurait fait) aux fabricants du tabac. La Seita jure que non et accuse Mme Hill. Nous avons interrogé Mme Hill.

Mensonge de la Seita

«  La Seita ment, nous a-t-elle déclaré. Jusqu’au premier janvier 2015, les taxes étaient chaque année déterminées en fonction du prix moyen de l’année précédence, ainsi quand les prix augmentaient, le pourcentage de taxe des cigarettes au prix moyen de l’année précédente restait le même. Au premier janvier 2015, si le système n’avait pas changé, les cigarettes coutant 340 € les 1000 donc 6,80 les 20 auraient été taxées à 64,7%, or le changement de système fait qu’elles sont taxées à 64,04%. Cette réforme est donc bien un cadeau aux fabricants de tabac et à personne d’autre  ».

Marisol Touraine évoquera-t-elle cette accablante  publication du New England Journal of Medicine ? Une publication que vient de reprendre The New York Times (Denise Grady).  C’est là un travail officiel des autorités sanitaires américaines qui établit que les dégâts médicaux et sanitaires du tabac sont bien plus important encore que ce que l’on pensait – un constat qui confère un intérêt décuplé de cigarette électronique.

Nous aurons sous peu les réponses à ces questions. Nous en reparlerons.

A demain

La cigarette électronique à nouveau accusée d’être (possiblement) cancérigène

Bonjour

« Une nouvelle étude accable la cigarette électronique ». C’est ainsi que plusieurs médias  vendent depuis quelques heures le sujet. On retiendra le verbe accabler. Cette étude a été réalisée par des chercheurs de l’Université d’Etat de Portland » et elle vient d’être publiée dans la dernière édition du New England Journal of Medicine (NEJM).

A la vérité il s’agit d’une simple « correspondance » adressée à la prestigieuse revue – un courrier qui n’a pas le rang d’une publication.  Cette lettre est titrée « Hidden Formaldehyde in E-Cigarette Aerosols ». On la trouvera ici. Elle a aussitôt été médiatisée par l’université où travaillent les auteurs, comme on peut le voir ici.  Ou bien encore là.

Vieux formol

Le formaldéhyde, donc. C’est ici une question aussi vieille que la cigarette électronique. Gaz formaldéhyde qui, liquide, devient le formol des anciennes classes de sciences naturelles.  A la fois désinfectant et dangereux, cancérigène. On le trouve dans les produits d’une combustion incomplète de substances carbonées. Aussi y en a-t-il  dans la fumée des feux de forêt, dans les rejets des voitures automobiles, et dans la fumée du tabac. C’est dire si les peurs nées du formaldéhyde sont légitimes.

Que nous disent les six signataires de Portland ? Que dans certains cas la combustion des e-liquides des e-cigarettes peut produire du formaldéhyde. Ils nous disent aussi que selon leurs travaux cette substance ne se forme pas lorsque la cigarette électronique fonctionne à faible voltage (3,3 volts). Le formaldéhyde  apparaît lorsque le e-liquide est chauffé à une puissance plus importante (5 volts). A cette puissance, le taux de formaldéhyde fabriqué est alors largement plus élevé (de cinq à quinze fois) que ceux trouvés avec la combustion des cigarettes conventionnelles.

Conditionnels

Selon les auteurs  un utilisateur de cigarette électronique qui inhalerait chaque jour l’équivalent de trois millilitres de ce liquide vaporisé chauffé au maximum, absorberait environ 14 milligrammes de formaldéhyde. Une personne qui fume un paquet de cigarettes de tabac par jour absorbe environ trois milligrammes de ce cancérigène. On oeut encore extrapoler : sur le long terme, l’inhalation quotidienne de 14 milligrammes (à plus ou moins 3 mg près)  pourrait multiplier le risque de cancer par des facteurs allant de 5 à 15.

Tous les experts du domaine ne partagent pas cette lecture. C’est le cas du Pr Peter Hajek, Director of the Tobacco Dependence Research Unit at the Wolfson Institute of Preventive Medicine, Barts and The London, Queen Mary’s School of Medicine and Dentistry, University of London. « Quand les fumeurs de cigarettes électroniques surchauffent le liquide cela produit un goût âcre désagréable ce qu’ils évitent de faire » dit-il.

Métaphore du steak

 « Il semble qu’ils ont testé du dry puffing, des bouffées sans liquides, qu’aucun vapoteur n’inhale, nous a pour sa part expliqué le Pr Jean-François Etter (université de Genève), autre expert international du sujet.  Comme dit mon collègue  Konstantinos Farsalinos, c’est comme carboniser un steak et ensuite tester s’il y a des substances cancérigènes. Mais personne ne mangera jamais ce steak. » La publication de la correspondance du New England Journal of Medicine  fait aussi l’objet de sérieuses critiques dans le milieu scientifique spécialisé, comme on peut le voir ici (Dr Michael Siegel) ou encore ici (Dr Konstantinos Farsalinos).

Cette nouvelle publication va, une fois encore, alimenter la controverse quant à l’innocuité d’un procédé qui démontre pourtant chaque jour un peu plus sa capacité à réduire les risques cancérigènes (amplement démontrés) de la consommation de tabac. C’est là une situation qui résulte du désintérêt majeur des autorités sanitaires vis-à-vis des recherches scientifiques et médicales sur ce sujet. Qui, par exemple, pourrait dire ce que fait, en France, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur ce sujet majeur de santé publique ?

A demain