Ebola : quelle mise en scène pour l’arrivée de l’infirmière contaminée à Saint-Mandé ?

Bonjour

Pour l’heure, la discrétion est de mise (1). A l’exception, paradoxale, du service de santé de la Grande Muette. Mais demain ? Quelle sera la mise en scène que nous réserveront les BFMTV et consorts ? On sait depuis moins de 24 heures que « la France attend pour la première fois l’arrivée sur son sol d’un malade atteint d’Ebola ». On sait qu’il s’agit d’une volontaire française de MSF contaminée à Monrovia (Libéria). La mise en œuvre d’une opération à laquelle les autorités sanitaires françaises se préparent depuis des semaines. Quelle place ces autorités laisseront-elles aux médias ? Et quelle place les médias en boucle s’approprieront-ils ?

Chambres à pression négative

Pour l’heure cette femme se trouverait toujours à Monrovia.  Contactés par l’AFP, ni le ministère des Affaires étrangères, ni celui de la Santé n’ont (encore ?) souhaité confirmer  la date et le lieu d’arrivée de la malade. Mais le service de santé des armées a précisé qu’elle serait soignée à l’hôpital militaire Bégin (Saint-Mandé) qui est équipé spécifiquement « de deux chambres à pression négative ».

MSF attend un avion médicalisé « dédié » pour la rapatrier en France. « Ca fait déjà plus de 40 heures et c’est trop long », a expliqué Bertrand Draguez, directeur médical de l’ONG, lors d’une conférence de presse organisée à midi, heure de Paris. Un symptôme du profond embarras dans lequel sont les compagnies de rapatriement sanitaire et les rares sociétés aériennes spécialisées. Nul ne sait, officiellement, que sera le coup de ce rapatriement et, moins encore, qui le prendra en charge.  On sait seulement qu’ici l’avion médicalisé, appartient à à une compagnie privée et qu’il devait décoller des Etats-Unis.

Tierce personne

MSF  n’a donné aucune précision sur l’identité de la patiente, soucieuse de protéger son « intimité ».  Et cette intimité a, pour l’heure été respectée. Pour combien de temps ? Et qui la violera ? Cette femme a été placée mardi 16 septembre dans un centre d’isolement de l’organisation au Liberia – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes ».

« Les conditions de transport et d’hospitalisation vont strictement respecter toutes les recommandations internationales pour éviter toute contamination d’une tierce personne », avaient assuré dans la soirée du mercredi 17 septembre  les ministères des Affaires étrangères et de la Santé, soucieux de rassurer l’opinion. Un micro-trottoir est-il déjà en cours dans les rues de Saint-Mandé ?

Le cas d’Atlanta

BFMTV et consorts ont d’ores et déjà un modèle : il date de cinq semaines et concerne la médiatisation de l’arrivée sur le sol américain du Dr Kent Brantly. Ce dernier travaillait lui aussi au Libéria mais pour le compte de la puissante association caritative Samaritan’s Purse. Il était  arrivé samedi 2 août aux Etats-Unis, à Atlanta. Le rapatriement avait été effectué  au moyen d’un appareil privé, un Gulfstream spécialement équipé qui s’était posé sur la « Dobbins Air Reserve Base »  (Géorgie).

La chaîne de télévision locale WSB avait filmé l’arrivée de l’avion sanitaire. Puis elle a suivi le trajet de l’ambulance (suivie de plusieurs voitures) qui transportait le Dr Brantly. Le cortège s’était alors rendu  jusqu’au  Emory University Hospital – un établissement qui, comme l’hôpital Bégin, comporte une unité spéciale d’isolement pour malades hautement contagieux.  Les images télévisées avaient ensuite montré le Dr Brantly habillé comme un astronaute, enveloppé dans une épaisse combinaison, sortir de l’ambulance en marchant. Il était  aidé par une autre personne, également protégée, qui lui prenait les deux mains pour le guider dans l’entrée du bâtiment.

 Saint-Mandé

« Les médecins, infirmières et le personnel de l’Emory University Hospital  peuvent traiter ces deux patients en sécurité et de manière efficace. Nous sommes honorés d’avoir le privilège de soigner ces patients qui ont contracté Ebola en participant à une mission humanitaire » a indiqué l’établissement hospitalier américain dans un communiqué. L’établissement hospitalier de Saint-Mandé fera-t-il de même ?

Reste, au-delà de la mise en scène les interrogations concernant la contamination de l’infirmière de MSF. Interrogé sur les conditions de travail de cette femme contaminée, les responsables de l’ONG soulignent que « l’investigation prend du temps ». « C’est pas en deux secondes qu’on va savoir comment elle a été contaminée, a expliqué Bertrand Draguez. Ce qu’on sait c’est que les mesures de protection standard, qui sont extrêmement rigoureuses et strictes, ont été suivies. Le personnel médical reste entre 1H, 1H30, avec la combinaison, parce qu’après c’est trop chaud. Au bout d’une heure, il y a des rotations entre le personnel. »

Gratuitement

Ce sont là des images que les télévisions ne montrent pas. Des moments que les photographes de guerre ne prennent pas, que les reporters ne rapportent pas. Nous avons dit pourquoi. Il faut surtout,  pour comprendre, lire le témoignage, palpitant, d’une autre infirmière de MSF. Il est signé Anja Wolz et mis en ligne (gratuitement) sur le site du New England Journal of Medicine.

A demain

(1) Actualisation: un avion médicalisé a atterri le 19 septembre vers 01H30 à l’aéroport militaire de Villacoublay. Une ambulance escortée de quatre motards et plusieurs véhicules a quitté la base peu après et pris la direction de l’hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne), où elle est arrivée environ une demi-heure plus tard, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Ebola : « Ebolathon » scientifique britannique. La France absente.

Bonjour

L’initiative ne pouvait venir que des Britanniques, ces pragmatiques chroniques. C’est donc le Wellcome Trust qui, le premier en a eu l’idée. A l’aube du 21 août il a lancé (sans prononcer le nom) un appel à un « Ebolathon ». On verra ici (en anglais) de quoi il retourne.  Mondialisation aidant CNN a aussitôt pris le relais et tout indique que l’affaire, contagieuse,  n’en restera pas là.

Magnat de la pharmacie

Mal connu en France le Wellcome Trust est, après la Fondation Bill-et-Melinda-Gates , la plus riche des institutions caritatives (plus de 30 milliards de dollars d’avoirs). Sa création remonte à 1936 avec pour objet d’administrer la fortune du magnat britannique de la pharmacie sir Henry Wellcome  Sa mission générale est d’« encourager et promouvoir la recherche dans le but d’améliorer la santé de l’homme et des animaux » ; au-delà de son financement dans la recherche biomédicale il tente d’améliorer la compréhension de la science par le grand-public.

L’annonce du Wellcome coïncide avec la publication, dans Nature, d’un texte annonçant une nouvelle perspective chiffrée de la situation épidémiologique africaine. (« Ebola : les chiffres dramatiques que personne n’avait encore osé publier (Nature) »). Ce texte est signé d’Olivier Brady  épidémiologiste britannique de l’Université britannique d’Oxford. Difficile de voir là une simple coïncidence. Il existe bien un nouvel empire britannique, un empire scientifique et biologique.

Futures éclosions épidémiques 

Selon Olivier Brady «des dizaines de milliers de doses de médicaments expérimentaux » sont nécessaires pour lutter contre l’épidémie africaine d’Ebola. Le « all call » pour une recherche de grande ampleur sur Ebola et les virus des fièvres hémorragiques est lancé conjointement par le Wellcome Trust et le  Department for International Development du gouvernement britannique.

«Nous croyons que la recherche rapide dans les interventions humanitaires et thérapeutiques peut avoir un impact sur ​​le traitement et le confinement de la flambée actuelle, souligne le Dr Jeremy Farrar (Wellcome Trust) Ce que nous apprenons pourrait aussi changer la façon dont nous abordons les éclosions épidémiques futures, en nous fournissant des outils et des techniques éprouvées qui, aujourd’hui, ne sont pas disponibles. »

« Appel d’urgence » à projets

Un premier fonds britannique pour la recherche Ebola a été créé (plus de dix millions de dollars). Le Wellcome Trust s’engage pour un complément sur cinq ans  de 66,5 millions de dollars pour le développement de la prochaine génération de scientifiques d’Afrique subsaharienne travaillant sur des maladies infectieuses et tropicales. Un appel à projet est d’ores et déjà lancé. Pour l’heure l’ « appel d’urgence » se focalise sur la recherche concernant l’Ebola et sa propagation.

« Cela va nous aider à mieux équiper ceux qui travaillent sur ​​le terrain afin qu’ils puissent faire face à la flambée de manière aussi efficace que possible et éviter que d’autres personnes ayant contracté cette terrible maladie » explique Justine Greening Secrétaire au Développement international  britannique.

Brouillons Etats-Unis

L’initiative britannique fait suite à la manifestation (brouillonne mi-intéressée et mi-messianique) des Etats-Unis pour faire du terrain africain une sorte de champ expérimental pour des substances encore non sorties du pipe-line de leurs start-ups. Les premiers essais cliniques d’un nouveau genre sont d’ailleurs lancés (ou sur le point de l’être) d’abord au Libéria puis en Sierra Leone et au Nigéria – la Guinée semblant nettement plus réticente.

 Dans ce contexte force est de constater que la France est absente. Après avoir brillamment isolé et caractérisé la souche du virus Ebola (comme on peut le voir dans The New England Journal of Medicine) (1) elle fait silence. Le gouvernement français semble totalement absent dans l’actuelle  mobilisation internationale. Aucun spécialiste français dans le comité d’éthique constitué en urgence par l’OMS.

Ethique en panne

Aucune manifestation  gouvernementale concrète de solidarité avec les quatre pays africains touchés, à commencer par la Guinée. Aucune manifestation du Comité national d’éthique français sur la question, fondamentale, de l’usage de médicaments et de vaccins non homologués en terre africaine.

 Pourquoi un tel silence ? Et jusqu’à quand ?

 A demain

(1) L’édition datée du 21 août du New England Journal of Medicine consacre quatre papiers de « Perspective » à l’épidémie d’Ebola. Dont un signé du Dr Margaret Chan – article dans lequel la directrice générale de l’OMS reconnaît les vertus de l’intense couverture médiatique à laquelle donne lieu l’actuelle épidémie africaine. Un évènement.

 

Paludisme : deux bonnes et une très mauvaise nouvelle. On commence par laquelle ?

Bonjour

Il existe une histoire et une géographie de la lutte contre le paludisme (entre 600 000 et 800 000 morts prématurées chaque année). Il existe aussi une histoire médiatique du paludisme. Depuis trente ans elle colle assez fidèlement aux publications scientifiques. Quelques avancées, toujours  hypothétiques. Des essais vaccinaux, toujours sans lendemain. Et, dans la foulée du sida la création d’un « Fonds mondial » de lutte sur les trois fronts : viral (VIH), bactérien (tuberculose) et parasitaire (paludisme). Avec les succès et les échecs que l’on sait.

Ambivalence

31 juillet 2014 : trois publications illustrent à merveille l’ambivalence du  front antipaludéen. La première est sur le site de Science Translational Medicine  (on peut voir le résumé ici) On peut la résumer : une équipe de chercheurs a identifié des anticorps jusque-là inconnus pouvant permettre de développer des vaccins contre le parasite Plasmodium falciparum, responsable de la forme la plus grave du paludisme. Ce travail a été dirigé par le Dr Faith Osier (Pathogen Vector and Human Biology Department, Kenya Medical Research Institute Centre for Geographical Medicine Research, Kilifi, Kenya). .

Antigènes inconnus

En soumettant un grand nombre de protéines de ce parasite à des anticorps produits naturellement par le système immunitaire d’enfants kenyans  infectés, les auteurs ont identifié des antigènes jusqu’alors inconnus. Ils estiment avoir également découvert de nouvelles façons d’utiliser ces antigènes (qui provoquent une réaction immunitaire) en les associant à des vaccins pour accroître la protection. « La résistance aux traitements antipaludiques (…) est un problème grandissant qui rend indispensable la mise au point de vaccins pour combattre le Plasmodium falciparum avant qu’il ne rende malade les personnes infectées, explique le Dr Faith Osier. Cette étude fournit un grand nombre de nouveaux vaccins candidats qui offrent un véritable espoir. »

Combinaisons d’anticorps

Les chercheurs ont suivi pendant plus de six mois un groupe de 286 enfants porteurs de parasites. Certains ont développé la maladie, tandis que d’autres ont été protégés par des anticorps naturels ayant empêché ce mêmes parasites de pénétrer dans leurs cellules sanguines et leur a épargné des symptômes graves (forte fièvre, anémie). Les échantillons sanguins prélevés sur ces derniers ont permis d’identifier des combinaisons d’anticorps pouvant conférer une protection totale contre le paludisme, indiquent en substance les auteurs.

« Les essais cliniques de vaccins anti-paludéens se concentraient dans le passé sur une seule cible et avaient un succès limité, souligne le Dr Julian C. Rayner (Malaria Programme, Wellcome Trust Sanger Institute, Cambridge Sanger Institute). Avec cette approche, on peut tester systématiquement un plus grand nombre de cibles ainsi que des combinaisons de cibles. »

« Milestone »

La seconde publication est sur le site de PLOS Medicine. On peut la lire en intégralité ici. Elle est est également rapportée par la BBC (voir ici). BBC qui parle de milestone en citant le Pr Sanjeev Krishna (St George’s University of London) qui n’a pas participé au travail mais qui a été reviewer du papier. Ce travail concerne le vaccin « RTS,S/AS01 » développé par la multinationale britannique GlaxoSmithKline (GSK) en collaboration avec l’organisation non-profit « Path Malaria Vaccine Initiative » et le soutien financier de la « Bill & Melinda Gates Foundation ».

 Onze pays africains

Il s’agit ici d’un essai clinique de phase III mené dans onze pays africains dans lesquels des enfants avaient reçu trois doses vaccinales dix-huit mois au préalable :  6.537 enfants âgés de  6 à 12 semaines et 8.923 enfants âgés de 5 à 17 mois. Dans le meilleur des cas sur 1000 enfants vaccinés 800 épisodes paludéens ont en moyenne pu être prévenus.  Bien que l’efficacité du vaccin tende à diminuer au fil du temps, l’étude suggère qu’il peut avoir le plus grand impact dans les zones fortement impaludées.

Commercialisation

Les scientifiques cherchent désormais à savoir si un rappel pourrait améliorer les taux de protection. Il faut aussi compter avec de possibles  effets secondaires sévères (méningites).  En toute hypothèse la protection conférée n’est que relative et d’autres mesures préventives comme les moustiquaires et les insecticides demeurent indispensables. GlaxoSmithKline a d’ores et déjà demandé une autorisation de commercialisation à l’Agence européenne du médicament.

Nouvelles résistance

La très mauvaise nouvelle ? Elle est dans les augustes colonnes du New England Journal of Medicine. (On trouvera le résumé ici). Et ici le traitement qu’en fait la BBC. En substance on observe une inquiétante montée de la résistance du parasite à l’artémisine, médicament jusqu’ici efficace contre lui. Et cette émergence de nouvelles résistances est nettement plus sévère que ce que redoutaient les spécialistes. Aussi une « action radicale » est-elle désormais indispensable et  urgente pour éviter le pire. Ou du moins pour le retarder.

Frontières Cambodge-Thaïlande

Ces conclusions résultent d’une vaste étude menés dans dix pays africains et asiatiques chez plus de 1200 enfants et adultes victimes d’accès paludéens après avoir été traités par artéminisine. Alors qu’elle n’est pas (encore ?) observée sur les sites africains (Kenya, Nigerian République Démocratique du Congo) la résistance est désormais émergente  chez les populations parasitaires du Cambodge, de Thaïlande, du Vietnam et de Myanmar. Plus grave : elle s’ajoute à d’autres résistances préalablement observées, notamment dans les régions frontières du Cambodge et de la Thaïlande.

Worse than we expected

Pr Nicholas White (University of Oxford): ‘’Resistance is now present over much of South East Asia. It’s worse than we expected. We have to act quickly if we are going to do anything. We will need to take more radical action and make this a global public health priority, without delay.’’

Une autre publication du même New England Journal of Medicine (voir ici) permet de nourrir quelques espoirs quant à une nouvelle molécule anti-paludéenne. C’est un essai de phase II mené sur trois sites de Thaïlande – un  travail financé par la multinationale pharmaceutique suisse Roche.

A demain

 

Euthanasie : le défi lancé par le Pr Philippe Juvin (UMP) au Dr Bernard Senet (ADMD)

Rebondissement pratique dans la polémique sur l’euthanasie. Sur RTL un opposant est confronté à un pratiquant. Le premier met au défi le second d’ouvrir ses dossiers médicaux. Que va-t-il désormais se passer ?    

Lundi 16 décembre 2013. Publication peu avant midi des conclusions de la « conférence citoyenne sur la fin de vie ». Coup d’éclat : à 13 heures le défi lancé par un médecin urgentiste membre de l’UMP à un confrère généraliste de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Ce dernier assure avoir participé à l’euthanasie d’une soixantaine de personnes. Le duel était organisé sur RTL (« Les auditeurs ont la parole »).  Le Dr Senet face au Pr Juvin.

Chantal Sébire

Le Dr Bernard Senet est médecin généraliste, membre de la commission médicale de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) et milite pour la légalisation de l’euthanasie volontaire. Il « a participé à l’euthanasie volontaire de Chantal Sébire ». Il a été  médecin agréé à l’hôpital local de l’Isle-sur-la-Sorgue et  a participé à la création des cinq lits de soins palliatifs. Il s’exprime notamment sur le site Huffington Post. On peut le voir et l’entendre ici.

Le Pr Philippe Juvin est chef du service des urgences de l’hôpital Européen-Georges Pompidou par ailleurs député européen et conseiller politique de l’UMP.  Il cite une publication (2009) du New England Journal of Medicine concluant selon lui que la moitié des personnes euthanasiées (légalement) en Belgique le seraient contre leur volonté.

Gravité

Le Dr Senet argumente, demande à voir cette publication. Le Pr Juvin lui donnera les références. Mais l’urgentiste va plus loin et lance un défi à son confère généraliste. Qu’il ouvre les dossiers médicaux des soixante personnes aujourd’hui disparues dont il parle. Alors il se fait fort de démontrer que des solutions, antalgiques notamment, étaient possibles. Des solutions qui n’ont pas été mises en œuvre.

C’est là un défi inhabituel. Un défi dont on mesure aisément la gravité. Que fera le Dr Bernard Senet ?

 

Le Tour dans Le Monde: un quart de siècle et des poussières d’EPO

Lynchage, sorcières, boucs émissaires, omerta. Flonflons et odeurs de soufres médicamenteux. Nouvelles tornades dopantes sur le vélo et sur ceux qui en ont fait leur métier. Le Tour fête son centenaire et il est rattrapé par ses vieux démons. Ethique ? Santé ? Qu’importe : le spectacle doit continuer. Et il continue. Regard dans le rétroviseur de l’EPO.

« Il n’y a pas de chasse aux sorcières, il ne faut pas de lynchage médiatique. Le Tour de France n’est pas que le dopage et le dopage n’est pas que le Tour de France. » Ces mots viennent d’être prononcé par Valérie Fourneyron, ministre des Sports. C’était à Porto-Vecchio d’où, en ce 29 juin 2013, vient de s’élancer la centième édition de la Grande Boucle. En Corse la ministre a aussi demandé que soient « levée l’omerta ». On écoutera ici les propos assez stupéfiants de Mme Fourneyron sur France Info. Bref le Tour c’est pour l’essentiel le dopage. Depuis cent ans. Et depuis un quart de siècle le Tour ce fut l’EPO.

Hormone humaine longtemps inconnue du plus grand nombre l’érythropoïétine est devenue un médicament à la fois  générique et maudit. On a su la produire industriellement par génie génétique bien avant de savoir (officiellement) en détecter l’usage à des fins dopantes. Depuis vingt-cinq ans la presse sportive joue à cache-cache avec elle.

Quelques souvenirs extraits de la vaste mémoire du quotidien du soir.

Janvier 1988. Luxueux voyage en Suisse. Tout, déjà, était écrit et nous avions cherché à le dire dans les colonnes du Monde (éditions du 29 janvier 1988).  Voici comment :

« Pour la première fois au monde

Commercialisation d’une hormone humaine qui multiplie les globules rouges

Pour la première fois au monde, une hormone _ l’érythropoiétine _ jouant un rôle essentiel dans la physiologie sanguine va, grâce aux techniques de manipulation génétique, pouvoir être produite à l’échelle industrielle. La commercialisation de cette molécule constituera, selon toute vraisemblance, un progrès thérapeutique considérable pour des milliers de malades insuffisants rénaux traités par rein artificiel. D’autres utilisations de cette molécule sont déjà envisagées, qui pourraient faire de la fabrication et de la mise à disposition de cette substance l’un des chapitres les plus importants de l’application des biotechnologies à la médecine.

La Suisse, pays neutre, un hôtel de grand luxe : les responsables de la multinationale américaine Johnson and Johnson et de sa filiale Ortho-Cilag n’ont pas craint d’innover pour annoncer devant la presse internationale le prochain lancement d’EPO (nom commercial de l’érythropoïétine). Un cadre inédit pour une affaire de taille. On lance en effet pour la première fois sur le marché pharmaceutique mondial une hormone humaine que l’on ne savait pas jusqu’à présent fabriquer à l’échelle industrielle.

Comme pour la plupart des événements médicaux de ces dernières années, tout ici est dû à la maitrise croissante des techniques de manipulation génétique. Et tout est allé très vite. En 1985, une équipe scientifique révèle, dans la revue de l’Académie américaine des sciences, qu’elle a réussi à isoler le gène qui, au sein du patrimoine héréditaire (génome) des cellules humaines, dirige la synthèse de l’érythropoïétine. Cette hormone sanguine, produite par des cellules rénales, joue un rôle central dans le maintien du niveau normal de la production de globules rouges. L’isolement de ce gène devait rapidement permettre de disposer de l’hormone dont il dirige la synthèse.

Une équipe de la société californienne AMG-en, spécialisée dans les techniques de manipulation génétique, réussissait rapidement à intégrer ce gène dans le patrimoine héréditaire de cellules de mammifères mises en culture in vitro. Expérimentée, purifiée, l’érythropoiétine ainsi produite se révélait la copie exacte de l’hormone naturellement synthétisée par les cellules rénales humaines. Premier objectif, à la fois médical et commercial : démontrer qu’une telle hormone pouvait être utilisée à des fins thérapeutiques chez les malades insuffisants rénaux traités par rein artificiel. Ces malades, en effet, sont le plus souvent incapables de synthétiser suffisamment d’érythropoiétine et souffrent ainsi d’anémie (chute de la concentration sanguine en hémoglobine), ce qui impose des transfusions sanguines fréquentes et répétées.

Au début de 1987, le New England Journal of Medicine publiait les premiers résultats positifs de l’utilisation de cette hormone produite par manipulation génétique. L’expérimentation, alors, avait été faite sur une vingtaine de malades, hospitalisés à Seattle (le Monde du 10 janvier 1987). Un an plus tard, le dossier EPO a considérablement évolué.  » On compte aujourd’hui à travers le monde plus de cinq cents personnes qui ont été ou qui sont actuellement traitées par ce produit, explique le docteur Chris Winearls, professeur titulaire de la chaire de médecine rénale à la Medical School de Londres. Il s’agit de malades insuffisants rénaux. Dans la plupart des cas, l’utilisation par voie intraveineuse de ce produit obtenu par manipulation génétique permet d’améliorer notablement l’état clinique des malades. « 

Ce spécialiste insiste toutefois sur la nécessité de maitriser l’utilisation de ce produit compte tenu des effets secondaires parfois très graves (hypertension artérielle, accidents vasculaires) qu’il est susceptible d’entrainer. Il souligne dans le même temps l’enthousiasme que suscite chez lui comme chez ses confrères la mise à disposition d’un produit que les médecins ne pouvaient jusqu’à présent utiliser.

Des prix exorbitants

Reste à savoir quand cette mise à disposition sera effective. Il apparait aujourd’hui que, si les moyens de production industrielle sont en cours de création, on ne dispose, en revanche, d’aucune certitude quant à la mise effective sur le marché de ce médicament.  » Nous avons déposé une série de demandes d’autorisation de mise sur le marché, à la fois en France, dans différents pays européens, aux Etats-Unis et en Asie, précise M. Bert Van Deun, l’un des responsables de la multinationale Johnson and Johnson. Cette molécule sera fabriquée en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.  » Aucune indication ne peut encore être donnée sur le prix auquel sera commercialisée (et éventuellement remboursée en France par la Sécurité sociale) cette hormone.  » Compte tenu des prix exorbitants auxquels sont commercialisées certaines molécules pharmaceutiques produites par les manipulations génétiques pour les malades insuffisants rénaux, nous sommes très inquiets « , confient plusieurs spécialistes français.

On peut souligner la responsabilité prise par les dirigeants d’une multinationale qui décide de faire connaitre les vertus d’un produit alors même que ce dernier ne peut être utilisé par les équipes médicales spécialisées. S’agit-il, de manière tout à fait légitime, de vanter les mérites d’une substance à plusieurs égards révolutionnaire ? S’agit-il, au contraire, d’exercer une pression indirecte sur les autorités sanitaires de différents pays en faisant savoir aux milliers de malades insuffisants rénaux qu’une substance encore indisponible pourrait améliorer de façon notable leur état de santé ? Ou de prendre de vitesse les concurrents, qui, depuis peu, contestent à la filiale de Johnson and Johnson le monopole du brevet de l’érythropoïétine produite par manipulation génétique ?

En toute hypothèse, le dossier de cette molécule ne se limite nullement au traitement des malades en hémodialyse. Déjà, en effet, les spécialistes envisagent l’utilisation thérapeutique de cette hormone dans de multiples situations pathologiques infectieuses ou cancéreuses. Certains médecins envisagent aussi dès maintenant d’avoir recours à cette molécule dans le cadre de l’autotransfusion, technique de plus en plus utilisée outre-Atlantique en raison des risques de contagion nés de l’épidémie de SIDA.

Autant d’utilisations potentielles restant à étudier mais qui font de l’érythropoiétine produite par manipulation génétique l’un des marchés les plus considérables de la fin de ce siècle. Un marché que fabricants et autorités sanitaires devraient contrôler de la manière la plus rigoureuse. Déjà, en effet, on commence à envisager l’utilisation de cette substance à des fins de dopage, dans la mesure où ses effets sur l’organisme humain pourraient instantanément reproduire ceux du séjour en altitude et, peut-être entrainer, non sans risques, certaines améliorations des performances musculaires. »

 7 mars 1996

L’éclaircie annoncée

« L’érythropoïetine pourrait désormais être décelable dans les contrôles antidopage, selon le prince Alexandre de Mérode, président de la commission médicale du Comité international olympique (CIO). Celui-ci devait annoncer, mercredi 6 mars à Lausanne, devant la commission exécutive du CIO, la mise au point de procédés pouvant déceler la présence de ce produit, jusqu’à maintenant indétectable. L’érythropoïetine (EPO), employée en médecine contre les anémies et les insuffisances rénales, est sans doute utilisée dans les sports exigeant des efforts prolongés. »

Et dans le Monde (daté du 15 mars 1996)

« Le dépistage du dopage à  l’EPO est désormais possible

DANS UNE « correspondance scientifique » publiée par l’hebdomadaire britannique Nature (daté du 14 mars), une équipe franco-canadienne annonce avoir mis au point une méthode permettant de dépister les cas de dopage à l’érythropoïétine. Cette substance également dénommée EPO est une protéine de la famille des cytokines, naturellement synthétisée par l’organisme humain, dans lequel elle a, entre autres fonctions, celle de contrôler la production des globules rouges. On sait notamment que la production d’EPO (et celles des globules rouges) augmente lorsque la concentration atmosphérique en oxygène diminue (en altitude par exemple). A l’inverse, elle diminue en cas d’hyperoxygénation des tissus.

L’EPO fut, au milieu des années 80, l’un des grands succès de la biologie moléculaire. En 1985, une société californienne réussissait à cloner le gène dirigeant la synthèse de cette molécule. Trois ans plus tard, la firme Ortho-Cilag (groupe Johnson and Johnson) annonçait sa commercialisation internationale, offrant ainsi un nouvel et réel espoir thérapeutique pour de nombreux malades insuffisants rénaux et souffrant d’anémie (Le Monde du 29 janvier 1988). Dès cette époque, le fabricant avait, en liaison avec de nombreuses autorités sanitaires, pris une série de mesures visant à contrôler étroitement la diffusion de cette substance.

Il était clair, en effet, que la commercialisation de l’EPO allait susciter de nouveaux appétits dans le monde sportif, l’administration de cette hormone naturelle (et donc a priori indétectable) permettant d’augmenter les quantités d’oxygène apporté aux tissus et donc d’améliorer les performances musculaires et sportives. En dépit des précautions prises, l’utilisation de l’EPO à des fins de dopage fut rapidement possible, les fabicants ne maîtrisant guère, tout compte fait, la diffusion d’un produit très coûteux, dont l’administration incontrôlée peut être dangereuse, voire mortelle.

PRÉLÈVEMENTS SANGUINS « Le test que nous avons mis au point avec nos collègues canadiens est basé sur l’identification de deux substances témoignant de l’impact biologique de l’EPO dans l’organisme humain, a expliqué au Monde le docteur Alain Duvallet, spécialiste de médecine du sport (faculté de médecine Cochin-Port Royal, Paris). Nous pouvons donc désormais dire si tel ou tel athlète a eu ou non recours à des injections d’EPO, les administrations à des fins de dopage n’ayant rien à voir avec l’augmentation physiologique observée lors des séjours en altitude. Il reste à savoir quel usage sera fait par les institutions sportives de notre procédé. La quasi-totalité des recherches sur les produits dopants se fait sur des prélèvements urinaires. Or nous avons ici besoin de quelques gouttes de sang. Celles-ci peuvent être obtenues au bout du doigt ou au lobe de l’oreille. Mais acceptera-t-on de pratiquer de tels prélèvements, dont on pourra toujours dire qu’ils touchent à l’intégrité physique de l’athlète ? »

19 juillet 1998

Retour à la ligne de départ

« Les tests sanguins mis en place début 1997 pour lutter contre l’usage de l’EPO (érythropoiétine) ont fait long feu. Certains n’hésitent pas à dire qu’en fixant à 50 % le taux maximum d’hématocrite (concentration de globules rouges) contenu dans le sang, l’Union cycliste internationale (UCI) a « légalisé » l’EPO. Le premier défi des dopés fut de se maintenir dans la zone des 50 %. Ensuite, pour rendre les tests caducs, les spécialistes ont trouvé une autre parade. Ils ont d’abord recouru à des mélanges d’injections d’EPO et d’hormones de croissance : un savant dosage des deux maintient l’hématocrite en dessous du seuil. Dernière trouvaille, selon Christian Daulonède, médecin du sport à Bordeaux, « l’injection de sérum glucosé en intraveineuse, quelques dizaines de minutes avant le test, afin de fluidifier le sang. »

2 août 1998

Un bilan de quinze ans

« L’histoire du détournement illicite d’un médicament

« DÈS l’annonce de sa mise sur le marché, il y a dix ans, par la multinationale pharmaceutique Johnson and Johnson, l’érythropoïétine (EPO) a fait l’objet de rumeurs concernant son utilisation à des fins autres que thérapeutiques ainsi qu’il était signalé dans Le Monde du 29 janvier 1988. L’EPO, expliquait-on, avait pour effet d’entraîner non sans risques une augmentation des performances musculaires.

Ce médicament apparut rapidement comme une molécule pouvant être détournée de son usage médical (le traitement de l’anémie des malades hémodialysés et des nouveau-nés prématurés) et consommée à des fins de dopage. Alors que les responsables de la firme Ortho-Cilag, filiale de Johnson and Johnson, affirmaient qu’ils parviendraient à encadrer leurs systèmes de production et de distribution de manière à prévenir toute utilisation illicite, ce coûteux médicament est progressivement apparu dans les milieux du cyclisme professionnel.

Commencèrent alors une série d’expérimentations sauvages sur les cyclistes visant à mettre au point les doses et les associations optimales de ce produit dont la consommation ne répond en rien, ici, aux normes préconisées en médecine humaine. Bientôt connue sous le nom d’EPO dans les milieux cyclistes, l’érythropoïétine s’ajouta ainsi à la liste déjà longue des médicaments détournés de leur usage par des médecins et des soigneurs désirant augmenter les performances des sportifs avec le consentement plus ou moins éclairé de ces derniers. Avec l’hormone de croissance, elle fut aussi la première molécule dopante issue des techniques de recombinaison génétique.

En France, ce produit (commercialisé sous le nom d’« Eprex » par la firme Janssen-Cilag et de « Recormon » ou « Néorecormon » par Boehringer Mannheim) n’est disponible que dans les établissements hospitaliers et dans les centres de dialyse. Il n’en va pas de même en Italie ou en Suisse, pays où une simple prescription médicale permet de l’obtenir dans les pharmacies d’officine. Ainsi, en dépit du mouvement amorcé depuis quelques années par l’Union européenne dans le champ de la réglementation pharmaceutique, via l’Agence européenne du médicament, tout se passe comme si certains trouvaient intérêt à ne pas tenter de prévenir ce type de comportement illicite. Il faut en outre compter avec les trafics internationaux croissants de médicaments qui trouvent dans Internet un vecteur face auquel les services douaniers et les autorités sanitaires ne peuvent qu’avouer leur impuissance.

Le mode d’utilisation de cette molécule par les cyclistes expose ces derniers à un risque élevé d’accidents vasculaires. « L’utilisation détournée du produit (par exemple chez des personnes saines à des fins de dopage) est susceptible de provoquer une augmentation excessive de l’hématocrite [proportion du volume des globules rouges par rapport au volume sanguin total] pouvant entraîner des complications cardiovasculaires mettant en jeu le pronostic vital », souligne le fabricant Boehringer Mannheim dans le dictionnaire Vidal des médicaments.

En d’autres termes, l’EPO est un produit dopant pouvant entraîner la mort des jeunes sportifs qui le consomment. C’est ce qui conduit l’entourage de ces derniers à préconiser soit des exercices physiques nocturnes, soit de nouvelles consommations médicamenteuses destinées à « fluidifier » un sang surchargé en globules rouges. Et c’est sans doute l’extrême dépendance physique des coureurs vis-à-vis de cette molécule qui explique qu’elle a pu être retrouvée dans les hôtels où ils logeaient alors même qu’ils étaient avertis de l’arrivée de services de police.

L’acceptation, par le milieu cycliste, de la pratique des prises de sang dans le cadre des contrôles antidopage a ouvert la voie à un dépistage que ne permettaient pas les seules analyses urinaires. Pour autant, seuls des examens plus précis et plus fréquents que ceux mis en œuvre aujourd’hui permettraient aux biologistes et aux médecins d’affirmer que tel ou tel coureur a consommé ce médicament. »

La Boucle bouclée

Ainsi en dix années la boucle était-elle bouclée. Mais tout allait continuer comme par le passé. Et ce dès 1999. Le Monde de 1998 avait éditorialisé pour en finir avec le Tour du dopage et des dopés (affaire Festina). Quinze plus tard il vient de faire de même en recueillant les propos de Lance Armstrong qui, après avoir juré, vient d’avouer.

Le Monde éditorialise une nouvelle fois sous le titre « Grande Boucle, grande supercherie ». Extraits :

« La 100e édition du Tour de France s’élance de Corse, samedi 29 juin. En emmenant les coureurs pour la première fois sur l’île de Beauté, les organisateurs de la Grande Boucle espéraient peut-être, naïvement, pouvoir lui donner un nouveau départ. Et larguer dans les profondeurs de la Méditerranée le boulet du dopage accroché à la roue du peloton depuis quinze ans et l’affaire Festina.

Amaury Sport Organisation, propriétaire de la course, et l’Union cycliste internationale (UCI) devaient également croire qu’il suffisait de rayer Lance Armstrong des tablettes pour faire table rase du passé. Mais, comme le rappelle l’ancien septuple vainqueur (1999-2005), déchu et honni du Tour, dans l’entretien qu’il nous a accordé : » Je n’ai pas inventé le dopage. Et il ne s’est pas non plus arrêté avec moi. « 

L’Américain, expert en la matière, affirme qu’il est  » impossible de gagner le Tour sans se doper « . De fait, l’Allemand Jan Ullrich, lauréat en 1997, vient, lui aussi, de passer aux aveux. Le Danois Bjarne Riis, vainqueur en 1996, l’avait précédé de quelques années. Quant à Marco Pantani, qui avait remporté le funeste Tour 1998, il est mort à 34 ans, victime de ses addictions. Et la liste ne s’arrête pas aux années Armstrong. En 2006, son compatriote Floyd Landis doit rendre son maillot jaune à cause d’un abus de testostérone. Et, en 2010, c’est au tour du nouveau prodige du cyclisme mondial, l’Espagnol Alberto Contador, d’être contrôlé positif en pleine gloire.

Le Tour de France n’a plus de crédibilité sportive. Une étude d’opinion réalisée fin mai par CCM Benchmark Panel indique que plus de 40 % des Français seraient indifférents si le Tour s’arrêtait demain. Le Tour est donc en danger. Il doit restaurer sa crédibilité. Cela passe par une politique antidopage sans faille.

Cette année, la ministre des sports, Valérie Fourneyron, a réussi à forcer la main à l’UCI pour redonner la maîtrise des contrôles à l’Agence française de lutte contre le dopage. Elle a également envoyé un signal clair à la police – en l’occurrence à l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique -, pour qu’elle s’attaque aux trafics de produits dopants pendant le Tour.

Dans le sillage de l’affaire Armstrong, les sénateurs ont créé une commission d’enquête sur l’efficacité de la lutte antidopage. Leurs travaux ont permis de mettre en évidence que Laurent Jalabert, l’ancien meilleur grimpeur du Tour, reconverti en consultant pour le service public, avait lui aussi abusé de l’EPO en 1998. Et de nouvelles révélations sont à attendre d’ici au 18 juillet, lors de la publication de leur rapport.

 » On veut tuer le Tour de France « , a réagi Bernard Hinault, quintuple et dernier vainqueur français de la Grande Boucle. Il a tort. Comme Laurent Jalabert a tort de ne pas reconnaître, que, à l’instar d’Ullrich ou d’Armstrong, il s’est effectivement dopé. L’Américain se dit prêt à  » tout raconter  » devant une commission  » vérité et réconciliation « , du nom de celle qu’avait mise en place – pour des crimes autrement plus graves – l’Afrique du Sud après l’apartheid.

L’UCI serait bien inspirée d’en accepter la création. Coureurs, manageurs, dirigeants, organisateurs, sponsors et médias qui, au mieux, ont fermé les yeux, au pire ont été complices de ces années de supercherie, devraient s’y relayer à tour de rôle. C’est la condition pour que le Tour prenne enfin un nouveau départ. »

L’humour corrosif du quotidien sportif

Le lendemain le quotidien sportif L’Equipe, sans parler de l’entretien accordé par Armstrong au Monde, titre ; « Avis de beau temps ». On peut y voir une forme d’humour.

(A suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Virus H7N9 : les démangeaisons libérales du Figaro

Faudra-t-il un jour prochain alerter la population française du risque de pandémie associé au nouveau virus aviaire H7N9 aujourd’hui émergent en Chine ? Fort bien informé Le Figaro s’inquiète ici du grand silence du ministère de la Santé. Que n’auraient pas dit ses informateurs zélés si le même ministère avait déjà appelé les médecins et la population à la plus grande vigilance ? Gouverner c’est certes prévoir. Mais prévoir  n’est pas tambouriner 

 « Grippe chinoise : le silence du ministère ». C’est le titre d’un article du Figaro de ce jour, article que l’on pourra lire in extenso ici. L’auteure y souligne que « les autorités de santé ont fait le choix de ne pas communiquer vers le grand public. » Elle indique notamment qu’en fin de semaine dernière, quelque 6 500 médecins ont reçu une mise en garde intitulée: «Alerte sanitaire. Recommandation de prise en charge des cas suspects de grippe A H7N9». Cette mise en garde était, dit Le Figaro, signée du Syndicat des médecins libéraux (SML). Le SML « deuxième syndicat de médecins en France », écrit à ses adhérents: «Même si de nombreuses inconnues persistent, les formes cliniques observées ce jour en Chine sont graves dans plus de 90 % des cas (…). Une hospitalisation en urgence après appel au Samu Centre 15 est recommandé devant toute personne ayant voyagé ou séjourné en Chine et qui, au cours des dix jours après son retour, présente des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë.»

L’extrême vigilance du syndicat libéral

Et Le Figaro ce citer un médecin parisien (anonyme) qui a reçu cet e-mail et qui s’étonne: « C’est fou de voir que c’est un syndicat qui nous informe d’une alerte sanitaire et pas les autorités compétentes ! » Interrogé – toujours par Le Figaro –  le Dr Roger Rua, président du SML, explique avoir voulu faire une «campagne préventive» pour les médecins, en amont, avant que le ministère et le directeur général de la Santé (DGS) ne mènent eux une information destinée au grand public. «Le DGS m’a prévenu il y a une dizaine de jours de la situation en Chine. Nous voulions faire circuler l’information chez les professionnels, mais ne pas affoler les gens.» Jean-Yves Grall, le DGS, assure en effet avoir alerté les médecins, hôpitaux, Samu, aéroports, etc.: «Nous avons sensibilisé l’ensemble des professionnels qui pourraient être confrontés à des cas de H7N9. C’est un sujet surveillé de près. Notre vigilance est extrême.»

Les réfrigérateurs des cabinets

« En revanche, rien pour le grand public, que ce soit en termes de spots radio-télé ou de campagne dans la presse écrite, observe Le Figaro. La crise du H1N a laissé des traces dans les relations entre médecins libéraux et autorités de santé, les premiers reprochant au ministère d’avoir découvert les détails de son plan grippal dans la presse. L’été 2009, la ministre de la Santé avait annoncé un plan de vaccination mais en excluant les médecins de ville au motif que le mode de conditionnement des vaccins rendait leur conservation difficile. ‘’Nous avons des réfrigérateurs dans nos cabinets’’, avaient répondu en substance les praticiens. Le ministère avait finalement décidé de les inclure dans la vaccination, désengorgeant ainsi les gymnases bondés de patients. Pour ne pas affoler la population via ‘’les gros titres du 20 heures’’, c’est donc une communication a minima qui a été choisie en ce qui concerne la grippe chinoise. Paul, un trentenaire parisien parti en vacances en Chine il y a une semaine, confirme: ‘’Avant de partir, on ne nous a rien dit. Rien du tout.’’ »

Tancer les autorités ?

Mais encore ? Le SML pense-t-il véritablement devoir pallier les insuffisances supposées de la DGS ? A partir de quel degré d’urgence les autorités sanitaires doivent-elles sonner le tocsin et alerter la population « via les gros titres du 20 heures (ou la Une du Figaro ? 1 ). Les risques d’une alerte trop précoce (et la psychose collective  pouvant en résulter) ne sont-ils pas supérieurs aux bénéfices préventifs pouvant en résulter ? Quel doit être ici le rôle des médias d’information générale ? Doit-il être de tancer à titre préventif les autorités sanitaires sur la base d’une action syndicale ?

Ces questions ne sont certes pas nouvelles et les épisodes récents du H5N1 puis (plus encore) du H1N1 ont montré à quel point l’adéquation entre la réalité épidémique à venir et la juste mobilisation des professionnels et de la population peut être un exercice difficile, parfois chaotique, et dispendieux. Mais ces épisodes ont aussi permis d’apprendre et de rôder les mécanismes ; de huiler les rouages de l’articulation entre le savoir d’épidémiologie virologique et les décisions géostratégiques de politique sanitaire. Les informations documentées, vérifiées et, autant que faire se peut, hiérarchisées circulent désormais à une vitesse sans précédent.

En témoignent les dernières publications scientifiques du Lancet et du New England Journal of Medicine que nous avons rapportées il y a peu sur ce blog et sur le site Slate.fr. On peut en conclure que les autorités sanitaires nationales et internationales sauront réagir en temps et en heure. C’est sans doute à cette aune qu’il faut mesurer les inquiétudes du SML et  les échos libéraux que peut leur donner Le Figaro. Pour sa part dans son édition datée de demain 7 mai Libération observe que le  ministère de la Santé fait « motus », ne donne pas  de consignes  » y compris pour les voyageurs ». « Depuis quelques jours, pourtant, on sent une légère poussée d’inquiétude rue de Grenelle mais aussi au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève, autour de ce nouveau virus H7N9 qui sévit surtout en Chine » croit pouvoir préciser le quotidien.

1 On observera incidemment que rien n’interdit aujourd’hui à un média d’alerter s’il le juge nécessaire les professionnels de santé et l’ensemble de la population de la menace potentielle inhérente au H7N9. L’hypothèse peut en effet être raisonnablement posée que  les rédactions des différents médias possèdent désormais peu ou prou les mêmes informations que la Direction générale de la santé en particulier, le gouvernement en général.

De ce point de vue on se doit d’observer la situation est radicalement différente de celle qui, par exemple, prévalait durant les premiers jours de la canicule de 2003 (lorsque la préfecture de police de Paris et le cabinet du ministre de l’Intérieur d’alors disposaient des relevés quotidiens alarmants de mortalité de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris). Différente également de celle qui prévalait il y a trente ans lorsque le ministère de la justice prenait la décision de faciliter les collectes de sang en milieu carcéral; et ce alors même que les premières données épidémiologiques disponibles  laissaient redouter que la prévalence du LAV/VIH  dans la population carcérale ne constitue, précisément, une contre-indication absolue à cette pratique.

 

 

 

 

 

A(H7N9) : une veillée d’arme « exceptionnelle »

Pandémie ou pas ? Les informations en provenance de Chine ne permettent pas encore de trancher. Les médias n’ont pas les éléments pour réagir comme ils le firent lors de l’émergence du H5N1 ou du H1N1. Ou ils en ont trop.

Les organisations internationales (OIE, OMS, FAO, OMC) prennent position sur les tarmacs sanitaires et médiatiques. Une bien drôle de guerre, comme un balcon en forêt. Sans troupes allemandes certes ; mais avec un possible virus pandémique chinois.

Et, chez Gallimard, hasard ou fatalité, un ouvrage majeur de l’historien (EHESP) Patrick Zylberman (1)

 

En ce début d’avril 2013 le citoyen (journaliste ou pas) qui s’intéresse à l’actuel bouillonnement virologique A(H7N) a trois sources d’information (gratuites) à sa disposition. Soit l’OMS, que l’on retrouve ici. Soit l’OIE, ici-même. Et encore la FAO, en cliquant ici.

Trois sources on ne peut plus prolixes mais, au final, bien peu de certitudes en provenance de Chine. Une Chine qui fait pourtant preuve d’une transparence remarquable pour qui se souvient des brouillards du SRAS. Ainsi ce que transmet à Genève la Commission de la santé et de la planification familiale chinoise a notifié à l’OMSdix cas confirmés en laboratoire d’infection humaine par le virus grippal A(H7N9) supplémentaires.

un homme de 70 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 29 mars 2013; un homme de 74 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 2 avril 2013; un homme de 65 ans originaire du Zhejiang et tombé malade le 3 avril 2013; une femme de 76 ans originaire de Shanghai et tombée malade le 1er avril 2013; une femme de 81 ans originaire de Shanghai et tombée malade le 4 avril 2013; un homme de 74 ans originaire de Shanghai et tombé malade le 11 avril 2013; une femme de 83 ans originaire de Shanghai et tombée malade le 2 avril 2013; un homme de 68 ans originaire de Shanghai et tombé malade le 4 avril 2013; un homme de 31 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 31 mars 2013 et un homme de 56 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 3 avril 2013.

Soit, à ce jour, un nombre de cas d’infection par le virus grippal A(H7N9) confirmés en laboratoire en Chine de 38 au total, parmi lesquels 10 décès, 19 cas sévères et 9 cas bénins. « Plus de 760 contacts proches des cas confirmés font l’objet d’une surveillance étroite, ajoute Pékin. Le gouvernement chinois enquête activement sur cet événement et a relevé le niveau de surveillance. Des analyses rétrospectives sur des prélèvements provenant de cas récemment signalés d’infection respiratoire sévère pourraient révéler des cas supplémentaires, passés inaperçus précédemment. Un groupe de travail intergouvernemental spécial a été formellement établi et sa coordination a été confiée à la Commission nationale de la santé et de la planification familiale, au Ministère de l’agriculture et à d’autres ministères clés. Le secteur de la santé animale a intensifié ses investigations sur les sources et les réservoirs possibles du virus. » À l’heure actuelle l’OMS assure  ne disposer d’aucune preuve d’une transmission interhumaine en cours.

Tamiflu toujours en question

L’OMS nous rassure autant que faire se peut : le siège suisse est en contact avec les autorités nationales et suit de près cet événement. Il coordonne la réponse internationale et organise la coopération avec les centres collaborateurs OMS de référence et de recherche pour la grippe et d’autres partenaires pour s’assurer de la disponibilité des informations et de la mise au point de matériels destinés au diagnostic et au traitement de la maladie et au développement de vaccins. Mais le fait est là : aucun vaccin n’est actuellement disponible pour ce sous-type de virus grippal. Les résultats d’essais préliminaires fournis par le Centre collaborateur de l’OMS en Chine laissent à penser qu’il est sensible aux inhibiteurs de la neuraminidase (oseltamivir et zanamivir). La multinationale Roche doit être en première ligne pour assurer les précieuses livraisons. Et ce alors même que comme le rappelle le BMJ le dossier du Tamiflu continue à poser question.

FAO n’est pas en reste qui insiste aujourd’hui « sur la nécessité d’adopter des mesures de biosécurité drastiques ». « Contrairement à d’autres souches, y compris celle de la grippe aviaire H5N1, hautement pathogène, ce nouveau virus est difficile à détecter chez les volailles parce que les animaux montrent peu – voire aucun – signe de maladie » souligne-t-on à Rome.  Où l’on n’oublie pas le langage diplomatique indispensable avec une telle puissance : « la FAO félicite la Chine pour avoir fait rapidement état des cas observés chez l’homme et pour avoir informé l’opinion publique en détail sur la nature du virus et avoir pris d’autres mesures de précaution. Grâce à ces informations, la FAO et la communauté scientifique internationale peuvent analyser la séquence virale dans l’espoir de mieux comprendre le comportement du virus et son incidence potentielle chez les êtres humains et chez les animaux. »

Soit, en pratique, six recommandations

1 Tenir toutes les volailles et tous les animaux d’élevage à l’écart des zones d’habitation. Un contact direct avec des animaux infectés peut mettre les personnes en danger. Cette séparation entre animaux et êtres humains est cruciale dans la mesure où la grippe A(H7N9) déclenche peu, voire aucun, signe de maladie chez les volatiles.

2 Tenir les oiseaux sauvages éloignés des volailles et des autres animaux, séparer les différentes espèces de volailles et d’animaux. Pour séparer les espèces et limiter les risques de transmission, il est possible d’utiliser des écrans, des clôtures ou des filets.

3 Signaler tout animal malade ou mort aux autorités vétérinaires (ou de santé publique) locales. Si ce n’est pas possible, informer vos voisins et les représentants de la collectivité. Il est important que tous les signes de maladie ou de morts subites et inexpliquées de volailles, d’oiseaux d’élevage, d’oiseaux sauvages ou d’autres animaux soient rapportés aux autorités pour permettre à ces dernières d’y remédier et de stopper la propagation du virus.

4 Se laver souvent les mains pour tuer le virus. Et se laver systématiquement les mains après avoir été en contact avec des oiseaux, volailles ou autres animaux, après avoir préparé et cuisiné des produits d’origine animale, et avant de manger.

Consommer des produits carnés bien cuits. Ne jamais consommer d’animaux malades ou morts de maladie, et ne jamais les donner ou les vendre. Ces animaux ne doivent pas non plus servir à alimenter d’autres animaux.

6 Demander immédiatement conseil à un médecin si vous avez de la fièvre après avoir été en contact avec des volailles, des oiseaux d’élevage, des oiseaux sauvages ou d’autres animaux.

S’il est confirmé que cette grippe d’origine animale menace la santé humaine, l’élimination des animaux atteints apparaît comme la solution appropriée à condition d’être réalisée de manière humaine et que les éleveurs concernés touchent des compensations appropriées

Le CDC chinois – aidé d’un maillage dense d’un réseau de surveillance des maladies respiratoires – a rapidement procédé à une analyse virale détaillée et a conclu qu’il s’agissait d’une nouvelle forme du virus H7N9, différente de celle connue jusqu’alors. Ce virus avait déjà sévit en effet dans le pays entre 2003 et 2009 – avec un maximum de 6 décès annuels en 2006 – pour un total de 25 morts. En 2008, un virus H7N9 avait été isolé en Mongolie mais n’avait pas été considéré comme très pathogène  Ce virus est doté d’un potentiel pandémique puisque la population humaine n’a pas été exposée massivement par le passé aux virus H7 ou N9 et ne possède donc pas des anticorps dirigés contre ce virus.

Pour sa part le site Medscape rappelle, en France, que  tout a commencé à la mi-mars, avec dans un premier temps la détection de trois cas de décès d’origine inconnue à Shanghai et dans la province de Anhui. Ces personnes jeunes (45 et 48 ans) ou moins jeunes (83 ans) étaient mortes des suites d’une infection respiratoire basse foudroyante. Seule une d’entre elles étaient en contact avec de la volaille.  Ces trois premiers cas viennent de faire font l’objet d’une publication dans The New England Journal of Medicine.

 Editorial de Nature

« Le gène de la protéine N de ce virus est similaire à celui d’une souche H11N9 isolée en Corée en 2011, en Chine en 2010 et en république tchèque en 2005, toutes des souches aviaires, précise Medscape. Celui de la protéine H a déjà été isolé lui aussi dans des souches aviaires. Il semble donc que le virus soit purement aviaire, contrairement au virus H1N1 qui était le fruit d’un réarrangement entre des virus aviaires, porcins et humains. Le séquençage montre aussi que le virus H7N9 a acquis une mutation spécifique qui lui permet de se fixer au niveau des cellules pulmonaires humaines par le biais d’un récepteur. C’est l’absence de contacts précédents chez l’homme – donc d’antigénicité contre ce virus – qui fait tout le potentiel pathogène de ce virus. Reste que pour l’instant il semble peu transmissible d’homme à homme mais c’est une donnée qu’il va falloir particulièrement surveiller dans les jours à venir.

A l’heure actuelle, aucun vaccin pré-pandémique H7N9 n’a été développé. Pour autant six vaccins  spécifiquement dirigés contre H7 (H7N2, H7N7, H7N3, H7N1) sont en cours de développement.Le 2 avril, un éditorial est paru dans la revue Nature (2) soulignant le potentiel pandémique de ce virus.

Quête obsessionnelle médiatique du malheur

L’OIE annonce elle aussi qu’elle est aujourd’hui « pleinement engagée » dans l’effort mondial collectif pour gérer ce nouveau risque. L’OIE rappelle que lors de la crise précédente (et sans précédent) due au virus H5N1 elle a géré des banques régionales de vaccins. Aujourd’hui elle « souhaite faire profiter la communauté mondiale de son expérience dans ce domaine ». En sachant que la  disponibilité d’un vaccin efficace pour protéger les volailles du virus A(H7N9) en quantités appropriées « pourrait prendre quelques temps ». Du maniement international de l’euphémisme en quelque sorte. Une part importante, essentielle, du travail de cette organisation consiste, dans le même temps, à élaborer par les normes indispensables pour se protéger de l’introduction de maladies et d’agents pathogènes par le biais des échanges commerciaux d’animaux et de leurs produits. Le tout « sans pour autant instaurer des barrières sanitaires injustifiées ». Qui fait ici la part de ce qui est juste et de ce qui ne l’est plus ? L’OIE ne nous le dit pas.

« Selon l’information disponible aujourd’hui, nous sommes confrontés à une situation assez exceptionnelle nous a déclaré le Directeur général de l’OIE, Dr Bernard Vallat.  J’entend par  exceptionnel  ce qui n’est pas habituel : un influenza d’origine aviaire qui infecterait l’homme sans symptôme chez les oiseaux. »

Fatalité ou hasard ? « Tout concourt aujourd’hui à exalter la logique du pire sur laquelle s’appuie l’intelligence de la terreur biologique » nous prévient Patrick Zylberman l’historien dans l’avant-propos de ses Tempêtes. Une logique du pire qui n’est pas sans faire songer à cette quête médiatique obsessionnelle du malheur qui caractérise les temps que nous traversons, souvent en compagnie de journalistes, historiens de l’instant.

(1) Zylberman P. Tempêtes microbiennes. Essai sur la politique de sécurité sanitaire dans le monde transatlantique, Paris Editions Gallimard, Collection NRF Essais, 2013. Nous y reviendrons

(2) http://www.nature.com/news/novel-bird-flu-kills-2-in-china-1.12728